Crochets de Poisson et structures hyperkählériennes
Crochets de Poisson et structures hyperkählériennes
DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE
Spécialité : MATHÉMATIQUES
hyperkählériennes
Je suis très reconnaissant à Janusz Grabowski et Olivier Schiffmann pour avoir ac-
cepté d’établir un rapport sur ma thèse. Je remercie également Joana Nunes da Costa et
Friedrich Wagemann pour avoir intégré mon jury de thèse.
Je tiens aussi à remercier Joana Nunes da Costa pour son soutien et ses encourage-
ments constants durant toutes ces années. Je la remercie en particulier pour son invariable
disponibilté : son opinion et ses conseils, mathématiques ou autres, sont très importants
pour moi.
J’ai préparé cette thèse entre le CMLS et le LAREMA à Angers. Je remercie toutes
les personnes des deux labos qui m’ont accueilli et aidé à progressé dans mes travaux.
J’aimerais ici remercier à nouveau Volodya pour m’avoir soutenu et reçu à Angers. Je
remercie particulièrement Suzanne, Cristina, Ludovic, Rémi et Serge pour les moments
passés à Angers.
5
6 REMERCIEMENTS
Universidade de Coimbra.
À minha família muito obrigado por tudo : pelo apoio, pela compreensão e pela
paciência que sempre me demonstraram. Aos meus pais, em particular, muito obrigado
por terem sempre feito tudo o que podiam, e mais ainda, pelos filhos.
Por fim, Patricia, muito obrigado pelo teu amor, pela tua paciência e pela tua com-
preensão. Sei que nem sempre foi fácil. António, obrigado pela tua alegria dia após dia.
Aos dois, muito obrigado por tudo o que me deram estes últimos anos.
Merci enfin à tous ceux que j’ai oublié. J’espère qu’ils ne se formaliseront pas et qu’ils
me pardonneront ce remerciement collectif.
Table des matières
Introduction 9
Notations 19
1 Approche supergéométrique 21
1.1 Algébroïdes de Lie et approche supergéométrique . . . . . . . . . . . . . . 21
1.1.1 Algébroïdes de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.1.2 Le superfibré ΠA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.1.3 Hamiltoniens sur ΠA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.1.4 Algébroïdes de Lie et hamiltoniens sur ΠA . . . . . . . . . . . . . . 30
1.1.5 Bi, quasi et Courant en approche supergéométrique . . . . . . . . . 32
1.2 Tenseurs et crochets sur (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) . . . . . . . . . . . . . . . . 36
1.2.1 Applications multilinéaires et tenseurs mixtes en grand crochet . . 36
1.2.2 Contraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.2.3 Crochet de Nijenhuis-Richardson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.2.4 Crochet de Schouten-Nijenhuis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.2.5 Dérivée de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.2.6 Crochet de Frölicher-Nijenhuis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
7
8 TABLE DES MATIÈRES
3 Structures compatibles 75
3.1 Algébroïdes de Lie compatibles et bigébroïdes de Lie . . . . . . . . . . . . 76
3.1.1 Algébroïdes de Lie compatibles et bicomplexes . . . . . . . . . . . 76
3.1.2 Déformation par un bivecteur de Poisson . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.1.3 Déformation par un tenseur de Nijenhuis . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.1.4 Compatibilités de tenseurs de degré 2 . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.2 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.2.1 Définition et cas particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.2.2 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et géométrie généralisée . . . . . 94
3.2.3 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et quasi-bigébroïdes de Lie . . . . 100
3.2.4 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et tenseurs (de degré 2) compatibles101
L’étude des algèbres de Poisson - dont l’exemple le plus classique est l’algèbre des
fonctions sur un fibré cotangent - a mis en évidence de nombreuses autres structures
algébriques (crochet de Schouten-Nijenhuis des multivecteurs, complexe de Koszul, algé-
broïdes et bigébroïdes de Lie, crochet de Courant, et leurs “déformations” éventuelles).
Mais toutes ces structures peuvent elles-mêmes être reconstruites à l’aide d’une struc-
ture de Poisson que l’on appelle le “grand crochet”, qui n’est au fond qu’une structure
de Poisson du type le plus classique, à savoir le crochet sur un fibré cotangent, à ceci
près que l’on doit considérer le fibré cotangent d’une supervariété. L’objet principal de
cette thèse est de convaincre le lecteur que ce grand crochet est en effet le bon outil :
non seulement les structures précédemment mentionnées s’expriment à l’aide du grand
crochet, mais celui-ci permet d’écrire, de façon remarquablement simple, les déformations
et compatibilités de ces structures, et la démonstration de nombre de leurs propriétés se
réduit à quelques manipulations algébriques.
Nous divisons cette introduction en deux parties. Dans la première, nous tentons de
donner au lecteur une idée de ce qu’est le grand crochet, d’abord en expliquant brièvement
son origine, puis en faisant quelques calculs en coordonnées. Enfin nous montrons, à titre
d’exemple, combien simples sont les conditions de compatibilités entre algébroïdes et
entre tenseurs lorsqu’exprimées à l’aide du grand crochet.
La seconde partie est un résumé de la thèse.
9
10 INTRODUCTION
comme les algèbres de Lie, mais encore d’exprimer les compatibilités de ces structures.
Elle exprime ainsi de manière compacte et élégante ce qu’est une (quasi-, proto-) bigèbre
de Lie. Ce que cette construction a de remarquable
∧ est que les structures algébriques
deviennent simplement des éléments de • (V ⊕ V ∗ ) et que les diverses compatibilités
requises deviennent des relations de commutation entre ces éléments.
Pour passer des structures d’algèbre de Lie aux structures d’algébroïde de Lie, il faut,
pour commencer, remplacer l’espace vectoriel E par un fibré vectoriel A → M . Mais,
contrairement à ce que∧ l’on pourrait croire, il ne suffit pas de faire la même construction
point par point sur • (A ⊕ A∗ ). Par exemple, ainsi que le fait remarquer Roytenberg,
(voir section 3.2 de [44]), une structure d’algébroïde de Lie sur A ne peut pas être
encodée dans un tel espace. La clef permettant de généraliser ∧ aux fibrés vectoriels est de
remarquer que dans le cas des espaces vectoriels, l’algèbre • (V ⊕ V ∗ ) est l’algèbre des
fonctions sur T ∗ (ΠV ), où ΠV est l’espace vectoriel V considéré comme une supervariété
purement impaire. Sous cette identification le grand crochet est simplement le crochet
de Poisson canonique de l’espace cotangent. Si l’on considère à présent le fibré vectoriel
A → M , il est alors naturel de définir le grand crochet comme étant le crochet de
Poisson canonique sur l’algèbre C ∞ (T ∗ (ΠA)) des fonctions sur le cotangent T ∗ (ΠA) de
la supervariété ΠA. On rappelle que ΠA est la supervariété dont M est la variété de
base M et dont les sections de A ⊕ A∗ → M sont des coordonnées impaires. Roytenberg
a utilisé cet outil pour étendre des algèbres de Lie aux algébroïdes de Lie les résultats
de Lecomte, Roger et Kosmann-Schwarzbach et donner ainsi des caractérisations simples
des (quasi-, proto-)bigébroïdes de Lie. Comme dans le cas des algèbres de Lie, ce que
cette construction a de remarquable est que les structures algébriques deviennent des
fonctions sur T ∗ (ΠA), et que les diverses compatibilités requises deviennent des relations
de commutation entre ces fonctions. Dans la suite de ce texte, nous appellerons souvent
les éléments de C ∞ (T ∗ (ΠA)) les hamiltoniens sur ΠA.
(x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n ),
xi xj = xj xi , xi ξj = ξj xi , ξi ξj = −ξj ξi .
11
L’algèbre des fonctions sur T ∗ (ΠA) est alors l’algèbre engendrée par les coordonnées
(x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n , p1 , . . . , pm , θ1 , . . . , θn ),
[., .]F N de Frölicher-Nijenhuis, défini sur l’espace Ω• (M, T M ) des formes sur M à valeurs
dans le fibré tangent, se généralise lui aussi aux algébroïdes de Lie.
Pour définir un algébroïde de Lie, il faut donc deux opérations : une ancre A → T M
et un crochet sur Γ(A). Mais un algébroïde de Lie sur A → M est déterminé, en termes du
grand crochet, par une unique fonction µ sur T ∗ ΠA qui vérifie la relation de commutation
{µ, µ} = 0. Par exemple, les fonctions µT et µg (voir la fin du paragraphe précédent)
correspondent, respectivement, à l’algébroïde de Lie des champs de vecteurs sur T Rn et
à l’algèbre de Lie g.
Illustrons la facilité avec laquelle ce dernier point de vue permet de résoudre, sans
calcul fastidieux, divers problèmes, à travers le cas d’une déformation d’un algébroïde de
Lie par un morphisme N : A → A (au dessus de l’identité de M ). En transportant la
structure d’algébroïde de Lie par etN , le terme que l’on obtient au premier ordre en t,
est un nouveau crochet sur Γ(A) donné par
pour tous a, b ∈ Γ(A). La question est de savoir quand ce nouveau crochet définit à son
tour une structure d’algébroïde de Lie. Il est facile de voir, que, lorsque tel est le cas,
l’ancre ne peut être que l’application ρ ◦ N , mais l’identité de Jacobi n’est pas a priori
satisfaite. Écrire une condition nécessaire et suffisante sur N pour qu’elle le soit n’est pas
chose aisée : si l’on prend des coordonnées locales et un triplet de sections arbitraires, on
obtient certes des équations, mais comment les interpréter ?
En terme de grand crochet, la condition nécessaire et suffisante s’écrit de façon parti-
culièrement simple. La fonction sur T ∗ ΠA qui correspond au crochet [., .]N est la fonction
{N, µ}, laquelle est, ainsi que nous venons de le voir, un algébroïde de Lie si et seulement
si elle commute avec elle-même :
Comme le grand crochet vérifie l’identité de Jacobi graduée et que {µ, µ} = 0, la condition
(1) est automatiquement satisfaite dans ce cas. Ceci justifie le caractère suffisant de la
condition [N, N ]F N = 0 pour que [., .]N soit un crochet d’algébroïde de Lie.
13
[K, L]F N = (ωK ∧LXK ωL )⊗XL +(−1)k (dωK ∧iXK ωL )⊗XL −(−1)kl (ωL ∧LXL ωK )⊗XK
− (−1)k(l+1) (dωL ∧ iXL ωK ) ⊗ XK + ωK ∧ ωL ⊗ [Xk , XL ] .
THÉORÈME Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et µ la fonction sur T ∗ (ΠA)
correspondante. En termes du grand crochet :
On remarque que le premier terme dans l’expression de [K, L]F N , à savoir {{K, µ} , L},
est exactement la formule que l’on utilise pour définir ∧un crochet dérivé. Mais le crochet
dérivé est défini sur une sous-algèbre commutative, or • A∗ ⊗ A ne l’est pas. En particu-
lier l’expression {{K, µ} , L} n’est pas antisymétrique. Au contraire, l’identité de Jacobi
donne que
{{K, µ} , L} = {K, {µ, L}} + (−1)l+1 {{K, L} , µ}
Le deuxième terme, à savoir {iL K, µ} corrige ce défaut d’antisymétrie puisque
{K, L} = iK L − (−1)(k−1)(l−1) iL K, ce qui implique bien l’antisymétrie graduée de
[., .]F N . Autrement dit, la formule du théorème ci-dessus est un crochet dérivé, mais
adapté au cas où la sous-algèbre n’est pas commutative.
Chapitre 2
Essentiellement, ce chapitre regroupe, complète, relie et étend des résultats épars
dans la littérature à propos des diverses constructions de l’algèbre de Poisson que définit
14 INTRODUCTION
∼
=
Pol(T ∗ (ΠA)) / P
I
∼
= ∇ ∼
=
∼
b ⊕ A∗ ) = / R(A ⊕ A∗ )
C(A ∇
où
– Pol(T ∗ (ΠA)) est l’algèbre des fonctions polynomiales (en les variables de la fibre)
sur T ∗ (ΠA), muni du grand crochet,
– P est l’algèbre graduée libre engendrée par les fonctions de Pol(T ∗ (ΠA)) de degré
total 0, 1 et 2, et I est un idéal de Poisson engendré
(∧par des relations de degré
) 2.
∗
⊕ k ∗
– R(A ⊕ A ) est l’algèbre des sections de r=2p+k (A ⊕ A ) ⊗ S (T M ) . Si on
p
∗
fixe une connexion ∇ sur A, on définit sur R(A ⊕ A ) une structure d’algèbre de
Poisson graduée, dite algèbre de Rothstein.
b ⊕ A∗ ) est la sous-algèbre de Poisson des multi-crochets de quasi-Courant en-
– C(A
gendrée par les élément de degré 0, 1 et 2.
Les isomorphismes PI → Pol(T ∗ (ΠA)) et PI → R(A ⊕ A∗ ) sont dûs à Roy-
tenberg [45]. Nous détaillons ces constructions en explicitant le crochet de Poisson
sur PI et montrons que l’image de PI par l’isomorphisme annoncé par Royten-
berg [45] est bien l’algèbre de Rothstein. L’isomophisme C(A b ⊕ A∗ ) → R(A ⊕ A∗ ) est
dû à Keller et Waldmann [18]. Nous construisons un morphisme d’algèbres de Poisson
Pol(T ∗ (ΠA)) → C(Ab ⊕ A∗ ), montrons que le diagramme ainsi formé est commutatif et
concluons alors que ce morphisme est bijectif.
Nous finissons ce chapitre en vérifiant que, lorsque la connexion fixée sur A est plate,
le grand crochet est le crochet de l’algèbre bicroisée [40, 28] des deux sous-algèbres de
Lie de R(A ⊕ A∗ ) suivantes
⊕ (( ∧k+1 )) ⊕ (∧k )
Γ ( A∗ ) ∧ A et Γ A∗ ⊗ T M .
k∈Z k∈Z
Chapitre 3
Dans la première partie de ce chapitre, nous écrivons à l’aide du grand crochet di-
vers types compatibilités entre structures (évoquées au chapitre 1) et divers types de
déformations, par des tenseurs, donnant des structures compatibles. L’idée générale est
la suivante : les structures sont des hamiltoniens sur ΠA de degré 3 et les déformations
se font par des hamiltoniens de degré 2. Les structures sont compatibles si leurs hamil-
toniens commutent et les déformations par les tenseurs H et H ′ donnent des structures
compatibles sous certaines conditions exprimables sous la forme [H, H ′ ]F N = 0. On unifie
15
ainsi divers types de compatibilités bien connues : compatibilité entre structures de Pois-
son (qui apparaît dans les systèmes intégrables), compatibilités à la Magri et Morosi [38]
entre bivecteur de Poisson, formes pré-symplectiques et tenseurs de Nijenhuis, paire de
Hitchin (définies par Crainic [8]), 2-formes complémentaires de Vaisman [60]. On tra-
duit toutes ces compatibilités en termes du grand crochet et on vérifie certaines relations
entre ces compatibilités. Cette section n’introduit pas à proprement parler de nouvelles
notions, mais unifie en un même langage toutes ces compatibilités entre tenseurs.
Dans la deuxième partie de ce chapitre on étudie la généralisation suivante de la
compatibilité entre un bivecteur de Poisson et un (1, 1)-tenseur.
THÉORÈME Si (π, N, ψ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux sur
A alors (A∗π , dH
N , ψ +iN H) est un quasi-bigébroïde de Lie, où dN (α) = dN (α) − iπ ♯ (α) H,
H
Chapitre 4
Ce chapitre est consacré aux structures para-hypersymplectiques qui, comme nous le
verrons, sont riches en structures compatibles.
vérifient
Ij 2 = ϵj IdA , avec ϵj = ±1, j = 1, 2, 3.
On abrégera parfois la notation et on écrira PHS au lieu de para-hypersymplectique.
Par construction, l’application Ij est ce que l’on appelle le tenseur de passage de ωj−1
à ωj+1 , pour tout j = 1, 2, 3.
Les structures hyperkähleriennes sont clairement des exemples de structures PHS
telles que J12 = J22 = J32 = −Id.
Dans ce chapitre, nous commençons par vérifier que
et que l’application bilinéaire g(., .) ainsi obtenue est symétrique non dégénérée si
ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 et symplectique sinon.
On résume les relations entre les quatre formes bilinéaires ω1 , ω2 , ω3 et g par le dia-
gramme suivant
ωD 35
55
55
55
ϵ2 I3 55
55
I2 55I1
55
7 g gOO 55
oo OOO 55
ϵ3 I1 oooo O OOO 55
o o
oo ϵ1 I2 OOOO55
oo oo
ω1 ω2
I3
où
– les sommets sont considérés comme des morphismes de A dans A∗ ;
– les flèches sont des morphisme de A dans A ;
– une flèche I relie le morphisme F au morphisme G si F ◦ I = G.
Il découle en particulier du diagramme que, pour i ̸= j, Ii et Ij commutent si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1
et anti-commutent sinon.
Nous associons à une structure PHS une série de P Ω-structures. Nous résumons dans
la proposition suivante plusieurs propositions que nous démontrons au long du chapitre
(pour le premier point, voir proposition 4.1.8, pour le second voir proposition 4.1.20).
17
On note que, par des résultats du chapitre 3, chacune de ces P Ω-structures induit
une P N et une ΩN -structure, que nous détaillerons au long de ce chapitre.
Une autre conséquence de cette proposition est que I1 , I2 et I3 sont des tenseurs de
Nijenhuis. On démontre en fait que, plus généralement :
THÉORÈME Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tous j, k ∈ {1, 2, 3},
[Ij , Ik ]F N = 0.
Ce théorème est loin d’être évident, et, d’ailleurs, sa preuve n’est pas du tout la même
selon que ϵ1 ϵ2 ϵ3 vaut 1 ou −1.
Nous donnons ensuite un théorème qui montre qu’une structure PHS peut être consi-
dérée comme une paire de ΩN -structures compatibles en un certain sens.
Nous discutons ensuite certains exemples, en distinguant les différents cas de struc-
tures PHS. Dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, nous nous plaçons sur R4 et nous associons des
équations de type Monge-Ampère à des structures PHS. Dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, nous
donnons des exemples, et proposons une classification dans le cas ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1, qui
consiste à donner un isomorphisme entre un voisinage d’un point de M et le produit
de quatre ouverts de quatre espaces vectoriels symplectiques ; les formes ω1 , ω2 , ω3 sont
ensuite construites en prenant des combinaisons linéaires bien choisies, à coefficients dans
{−1, +1}, de ces formes.
Notations
Toutes les structures apparaissant dans ce texte (variétés, fibrés, etc. . . ) sont consi-
dérées de classe C ∞ .
On utilise, en règle générale, la convention d’Einstein au long de ce texte.
19
Chapitre 1
Approche supergéométrique
Complétant et généralisant les résultats de Lecomte et Roger [33], dans [21] Kosmann-
Schwarzbach montre que le grand crochet, sur le double E ⊕ E ∗ d’un espace vectoriel E,
permet d’encoder les structures usuelles telles que algèbres et bigèbres de Lie et aussi leurs
versions plus faibles (quasi- et proto-). Les crochets de ces structures sont alors obtenus
comme des crochets dérivés (voir [25]) du grand crochet. Dans [44], Roytenberg généralise
les résultats de [21] à un fibré vectoriel A → M et aux structures d’algébroïde de Lie et
autres structures associées (bi-, quasi- et proto-). Pour cela Roytenberg (voir aussi [57])
remarque que E ⊕ E ∗ ≃ T ∗ (ΠE) et que dans le cas d’un fibré vectoriel A → M le cadre
correct pour généraliser les résultats de [21] est T ∗ (ΠA) muni du crochet de Poisson
canonique.
Dans la première partie de ce chapitre nous allons exposer les principaux résultats
de [44]. On commence par rappeler la définition et les propriétés principales d’une struc-
ture d’algébroïde de Lie sur un fibré vectoriel A → M . Puis, reprenant les résultats
de [62] et [44], on introduit le cadre supergéométrique, c’est-à-dire T ∗ (ΠA) muni du
grand crochet, et on vérifie comment les structures d’algébroïde de Lie (et leurs struc-
tures associées) s’expriment dans ce cadre. ∧
Dans la deuxième partie de ce chapitre, on s’intéresse à l’espace vectoriel Γ( • A∗ ⊗A)
des A-formes à valeurs vectorielles. On exprime,
∧ dans le cadre supergéométrique, plusieurs
crochets et opérateurs classiques sur Γ( • A∗ ⊗ A), en particulier le crochet de Frölicher-
Nijenhuis [10].
21
22 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE
– le crochet [., .] est un crochet de Lie sur l’espace des sections ΓA,
et la règle de Leibniz
[X, f Y ] = f [X, Y ] + (ρ(X) · f ) Y
est vérifiée quelles que soient la fonction f ∈ C ∞ (M ) et les sections X, Y ∈ ΓA.
Exemples:
1. Le fibré tangent est évidemment un exemple d’algébroïde de Lie.
T ME
id / TM
EE y y
EEπ π yy
EE yy
E" y| y
M
2. Une algèbre de Lie g est également un algébroïde de Lie. Dans ce cas, M = {∗} est
un point et l’ancre est l’application nulle.
∧
3. Si π est un bivecteur de Poisson de M (i.e., π ∈ Γ( 2 T M ) tel que [π, π]SN = 0, où
[., .]SN est le crochet de Schouten-Nijenhuis, voir le paragraphe 1.2.4), alors T ∗ M
a une structure d’algébroïde de Lie, d’ancre π ♯ ,
π♯ / TM
T ∗ MF
FF y y
FF y
FF yyy
F# y| y
M
∑
k
dη(X0 , . . . , Xk ) := ci , . . . , Xk )
(−1)i ρ(Xi ) · η(X0 , . . . , X
i=0
∑ ( )
+ ci , . . . , X
(−1)i+j η [Xi , Xj ] , X0 , . . . , X cj , . . . , Xk , (1.1)
0≤i<j≤k
d2 = 0.
1.1.2 Le superfibré ΠA
π
Soit A −→ M un fibré vectoriel de fibre F , où F est un espace vectoriel de dimen-
sion finie. Dans cette section nous allons construire le superfibré vectoriel ΠA. Cette
construction est faite localement dans chacune des cartes locales d’un atlas de A, mais
on vérifie qu’elle ne dépend pas de la carte locale considérée et qu’elle peut ainsi être
étendue globalement à A.
différentielle sur A, l’espace total du fibré vectoriel, en considérant les cartes locales
(π −1 (U ); x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n ), où par un abus de notation on note x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n
les fonctions { i
x̂ = xi ◦ proj1 ◦ ϕ, i = 1, . . . , m
ξˆa = ξ a ◦ proj2 ◦ ϕ, a = 1, . . . , n.
Dans les formules précédentes, ϕ : π −1 (U ) → U × F est l’homéomorphisme provenant de
π
l’atlas du fibré vectoriel A → M et proj1 (resp. proj2 ) est la projection de U × F sur le
premier facteur (resp. sur le deuxième facteur).
Dans chacune des cartes locales (π −1 (U ); x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n ) de l’atlas considéré
sur A, attribuons un poids aux fonctions coordonnées : 0 pour les coordonnées corres-
π
pondant à la base M et 1 pour les coordonnées correspondant à la fibre de A −→ M .
Ainsi, si on note w(f ) le poids de f , on a :
w(xi ) = 0 et w(ξ a ) = 1, ∀i = 1, . . . , m, ∀a = 1, . . . , n.
Il est évident qu’un changement de coordonnées dans cet atlas respecte le poids des
coordonnées.
En outre, on peut définir la parité d’une fonction coordonnée en accord avec (la parité
de) son poids. Alors l’ensemble des (super)cartes locales (π −1 (U ); x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n )
π
munit l’espace total du fibré vectoriel A −→ M d’une structure de supervariété que l’on
note ΠA. Les fonctions coordonnées vérifient
xi xj = xj xi , x i ξ a = ξ a xi et ξ a ξ b = −ξ b ξ a
pour tous i, j = 1, . . . , m et a, b = 1, . . . , n.
Par construction, les fonctions coordonnées de ΠA ont un poids et une parité compa-
tibles, c’est-à-dire qu’une fonction de poids pair (resp. impair) est paire (resp. impaire).
Ainsi, ΠA, muni de cet atlas est une N-variété (voir définition dans [50], voir aussi [62],
[45]), c’est-à-dire une supervariété où l’on associe un poids aux fonctions coordonnées,
tel que le poids d’une fonction est compatible avec sa parité.
Remarque: On démontre que la définition de ΠA ne dépend pas des cartes locales
initialement choisies sur A.
ξ a ξ a = 0, a = 1, . . . , n,
h : Γ(T N ) → C ∞ (T ∗ N )
v 7→ h(v)
tel que, pour tout αx ∈ Tx∗ N , on ait h(v)(αx ) =< α, v(x) >. Dans notre cas on pré-
tend définir le relèvement hamiltonien quand N est une supervariété (plus précisément
N = ΠA). Localement, on définit le relèvement hamiltonien (par analogie avec le cas
non-gradué) en posant
Afin que la définition locale de h puisse être étendue globalement, les coordonnées pi
(resp. θa ) doivent se comporter, après un changement de cartes, comme les champs de
( vec- )
teurs ∂xi (resp. ∂ξa ). Considérons alors un changement de coordonnées (x, ξ) → x
∂ ∂
b, ξb
sur ΠA défini par { i
x = xi (b x) i = 1, . . . , m
x)ξbb
ξ a = Tba (b a = 1, . . . , n
et inversement {
bj = x
x bj (x) j = 1, . . . , m
ξbb = Tbab (x)ξ a b = 1, . . . , n,
où Tca Tbbc = δba . Alors on a
∂ xj ∂
∂b ∂ ξbb ∂
= +
∂xi ∂xi ∂b
xj ∂xi ∂ ξbb
xj ∂
∂b ∂ Tbab a ∂
= + ξ
∂xi ∂b
xj ∂xi ∂ ξbb
xj ∂
∂b ∂ Tbab a ∂
= + x)ξbc
Tc (b
i
∂x ∂bx j ∂x i
∂ ξbb
et
∂ ∂ ξbb ∂
=
∂ξ a ∂ξ a ∂ ξbb
∂
= Tbab (x(b
x)) .
∂ ξbb
( )
Ainsi, un changement de coordonnées (x, ξ) → x b, ξb sur ΠA doit induire un changement
( )
de coordonnées (x, ξ, p, θ) → x b p,
b, ξ, b θb sur T ∗ (ΠA), décrit par les équations suivantes
i
x = xi (b x) i = 1, . . . , m
a a
ξ = Tb (b x)ξbb a = 1, . . . , n
∂ Tbab a
p i = xj
∂b
ipbj + ∂xi c
x)ξbc θbb
T (b i = 1, . . . , m (1.5)
∂x
θa = Tbab (x(bx))θbb a = 1, . . . , n.
w(xi ) = 0 et w(ξ a ) = 1, ∀i = 1, . . . , m, ∀a = 1, . . . , n,
on pose
On vérifie facilement que ces poids sont préservés après un changement de coordonnées.
En effet, les coordonnées pi sont les seules qui ne se transforment pas en coordonnées du
même type, à cause du deuxième terme apparaissant lors du changement de pi dans (1.5).
Néanmoins ce terme supplémentaire a un poids égal à 0 (car w(ξbc ) = 1 et w(θbb ) = −1)
et le poids de pi (égal à 0) est ainsi maintenu.
En conclusion, les cartes locales (xi , ξ a , pi , θa ), telles que les changements de cartes
vérifient les équations (1.5), munies des poids définis ci-dessus, confèrent à T ∗ (ΠA) une
structure de N-variété.
En d’autres termes, l’action de ϵw sur une fonction coordonnée d’une carte locale
(xi , ξ a , pi , θa ) est égale à la multiplication de cette fonction coordonnée par son poids. En
particulier, l’action de ϵw ne dépend pas du choix des coordonnées sur T ∗ (ΠA). Le champ
de vecteurs de Euler nous permet de définir le poids d’une fonction f ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) :
on dit que f est une fonction homogène de poids k si ϵw · f = kf .
On peut aussi définir, sur T ∗ (ΠA) un “degré en fibre”. Si on considère une carte locale
(xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA), on construit le degré en fibre κ en posant :
xi ξ a pi θa
w 0 1 0 −1
κ 0 0 1 1
t = w + 2κ 0 1 2 1
Comme les degrés κ et w sont préservés par un changement de coordonnées, le degré
total t = w + 2κ est aussi préservé. On remarque par ailleurs que le degré total t (qui a
la même parité que w) est compatible avec la parité induite par la structure de N-variété
sur ΠA. Au contraire, le degré en fibre κ ne respecte pas cette parité.
De même que pour les degrés précédents, on définit le champ de vecteurs ϵt = ϵw +2ϵκ
sur T ∗ (ΠA) et on dit qu’une fonction f ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) est homogène de degré total k si
ϵt · f = kf . On notera Polk (T ∗ (ΠA) l’ensemble de ces fonctions et on appellera algèbre
des fonctions polynomiales sur T ∗ (ΠA) l’algèbre graduée
⊕
Pol(T ∗ (ΠA)) = Polk (T ∗ (ΠA).
k≥0
Pour k = 0 et k = 1, on a
Pol0 (T ∗ (ΠA) = C ∞ (M ) et Pol1 (T ∗ (ΠA) = Γ(A ⊕ A∗ ).
Dans la suite de ce paragraphe, nous allons définir le bidegré d’une fonction
f ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) et nous vérifierons que le degré total, défini ci-dessus, peut s’obtenir à
partir du bidegré.
L’application de Legendre (voir [37, 62, 44]) est un isomorphisme (et même un sym-
plectomorphisme) entre T ∗ (ΠA) et T ∗ (ΠA∗ ) qui, en termes de coordonnées locales, s’écrit
∼
T ∗ (ΠA) −→ T ∗ (ΠA∗ )
=
/ (xi , θa , pi , ξ a ) / (xi , θa )
(xi , ξ a , pi , θa )
_ _
/ xi
(xi , ξ a )
ΠA /M }
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 29
Remarque: En fait, sur T ∗ (ΠA) on a une structure de double fibré vectoriel (voir [35]).
On peut alors attribuer deux degrés (en fibre) à une fonction polynomiale
f ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) :
– soit on considère le fibré T ∗ (ΠA) −→ ΠA et on prend en compte le degré en fibre
κ(f ), défini précédemment ;
– soit on considère le fibré T ∗ (ΠA) −→ ΠA∗ et on prend en compte le degré en fibre
κ∗ (f ), défini de façon analogue à κ(f ).
On remarque alors que le degré total de f , défini précédemment, coïncide avec la
somme κ(f ) + κ∗ (f ). Ainsi, pour les fonctions coordonnées, par exemple, on a
xi ξa pi θa
κ 0 0 1 1
κ∗ 0 1 1 0
(κ, κ∗ ) (0, 0) (0, 1) (1, 1) (1, 0)
κ + κ∗ 0 1 2 1
1. l’anti-commutativité (graduée)
pour toutes les fonctions f, g, h ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) et où |f| (resp. |g|) est la parité de f
(resp. g).
En termes de coordonnées locales (xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA) on peut définir le grand
crochet en posant
{ i a} { i }
{xi , ξ j } = {xa, θab } = {pi , ξ } = {pi , θa } = 0
a
x , x = ξ , ξ = {pi , pj } = {θa , θb } = 0 i, j ∈ {1, . . . , m}
{ }
j = δj
p , x a, b ∈ {1, . . . , n}
{ i b} i
b
θa , ξ = δ a
Or les fonctions sur ΠA sont aussi des fonctions (constantes sur les fibres) sur T ∗ (ΠA).
Donc les A-formes (c’est-à-dire les éléments de Ω• (A)) sont des hamiltoniens sur ΠA,
Ω• (A) ⊆ C ∞ (T ∗ (ΠA)).
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 31
X• (A) ⊆ C ∞ (T ∗ (ΠA)).
Dans la suite de cette section nous allons voir que, en plus des A-multivecteurs et
des A-formes, les structures d’algébroïde de Lie sur A sont des éléments particuliers de
π
l’algèbre des fonctions C ∞ (T ∗ (ΠA)). Considérons alors sur le fibré vectoriel A → M une
structure d’algébroïde de Lie définie par sa différentielle extérieure d. Alors d est une
dérivation de degré 1 de (Ω• (A), ∧) telle que d2 = 0. Mais, comme Ω• (A) = C ∞ (ΠA),
d est une dérivation de C ∞ (ΠA), autrement dit d est un champ de vecteurs sur ΠA,
c’est-à-dire que d ∈ Γ(T (ΠA)). On considère alors
µ = h(d) ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA))
pour tout α ∈ Ω• (A), où les éléments de Ω• (A) = C ∞ (ΠA) sont considérés comme des
fonctions sur T ∗ (ΠA), constantes sur les fibres. Comme d est une dérivation de degré 1
de (Ω• (A), ∧), si on considère d comme agissant sur Ω• (A) ⊆ Pol(T ∗ (ΠA)) alors d est
de bidegré (0, 1). On conclut donc, de (1.6) et du fait que le grand crochet soit de
bidegré (−1, −1) que µ doit être de bidegré
d appartiennent à C ∞ (M ).
où fai et fbc
De plus, à partir de (1.6), on démontre 1 que
{
ρ(X) · f = {{X, µ} , f } ,
(1.7)
[X, Y ] = {{X, µ} , Y } ,
où i ∈ {1, . . . , m}, a, b, c ∈ {1, . . . , n} et (ea )a=1,...,n est une base locale de Γ(A).
Enfin, pour conclure cette section, on peut à partir de l’identification d = {µ, .},
réécrire le théorème 1.1.2 en termes d’hamiltoniens sur ΠA et du grand crochet. On
obtient ainsi ce qui pourrait être une définition alternative d’un algébroïde de Lie.
PROPOSITION 1.1.4 ([59, 44]) Les structures d’algébroïde de Lie (ρ, [., .]) sur
π
A → M sont en correspondance biunivoque, par le biais des équations (1.7) ou (1.8),
avec les hamiltoniens µ ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) de bidegré (1, 2) tels que {µ, µ} = 0.
– les structures d’algébroïde de Lie sur A sont les hamiltoniens µ de bidegré (1, 2)
qui vérifient {µ, µ} = 0 ;
– les structures d’algébroïde de Lie sur A∗ sont les hamiltoniens γ de bidegré (2, 1)
qui vérifient {γ, γ} = 0.
Bigébroïdes de Lie
Introduisons la définition suivante.
DÉFINITION 1.1.5 ([37, 22]) Soient (A, ρ, [., .]) et (A∗ , ρ′ , [., .]′ ) deux algébroïdes
de
( Lie sur le∗ fibré vectoriel
) A → M et son fibré dual A∗ → M . La paire
′
(A, ρ, [., .]), (A , ρ′ , [., .] ) forme un bigébroïde de Lie si
d([α, β]′ ) = [dα, β]′ + [α, dβ]′ ,
pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ) et où d est la différentielle extérieure induite par l’algébroïde de
Lie (A, ρ, [., .]).
( )
Le bigébroïde de Lie (A, ρ, [., .]), (A∗ , ρ′ , [., .]′ ) sera souvent (abusivement) noté
(A, A∗ ), quand il n’y aura pas de doute possible sur les structures considérées.
La proposition suivante caractérise les bigébroïdes de Lie en termes d’éléments de
Pol(T ∗ (ΠA)).
est satisfaite pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ). Ainsi, utilisant le fait que {., .} est non dégénéré 2 ,
on conclut que la condition (1.9) est satisfaite pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ) si et seulement si
{µ, γ} = 0.
Pour une paire d’hamiltoniens (µ, γ) ∈ Pol(1,2) (T ∗ (ΠA)) × Pol(2,1) (T ∗ (ΠA)), on peut
exprimer les trois conditions nécessaires et suffisantes pour que ((A, µ), (A∗ , γ)) soit un
bigébroïde de Lie
{µ, µ} = 0
{γ, γ} = 0
{µ, γ} = 0
en une seule condition
{µ + γ, µ + γ} = 0.
On prouve ainsi le théorème suivant.
THÉORÈME 1.1.7 ([44]) Il existe une correspondance biunivoque entre les structures
de bigébroïdes de Lie sur (A, A∗ ) et les paires d’hamiltoniens
∗ ∗
(µ, γ) ∈ Pol(1,2) (T (ΠA)) × Pol(2,1) (T (ΠA)) satisfaisant
{µ + γ, µ + γ} = 0.
µ + γ ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)).
Mais les éléments de Pol3 (T ∗ (ΠA)) ne sont pas tous de la forme µ+γ. Un élément général
de Pol3 (T ∗ (ΠA)) est du type
S =µ+γ+ϕ+ψ
avec µ ∈ Pol(1,2) (T ∗ (ΠA))
γ ∈ Pol(2,1) (T ∗ (ΠA))
∧
ϕ ∈ Pol(3,0) (T ∗ (ΠA)) = Γ( 3 A)
∧
ψ ∈ Pol(0,3) (T ∗ (ΠA)) = Γ( 3 A∗ )
Par analogie avec la caractérisation des algébroïdes de Lie et bigébroïdes de Lie en
termes du grand crochet, on introduit la définition suivante
2. Pour une justification complète de ce passage voir le lemme 3.1.5
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 35
{S, S} = 0.
On vérifie facilement que ces conditions se traduisent, en termes des structures définies
sur A et A∗ par µ et γ, de la façon suivante :
– µ définit une structure d’algébroïde de Lie sur A ;
– dγ est une dérivation de [., .]µ ;
– (dγ )2 = −[ϕ, .]µ ;
– dγ ϕ = 0.
Ces conditions constituent la définition classique d’un quasi-bigébroïde de Lie [44].
Algébroïdes de Courant
DÉFINITION 1.1.11 Un algébroïde de Courant est un quadruplet (E, ρ, < ., . >, [., .]),
où
– E → M est un fibré vectoriel ;
– ρ : E → T M est un morphisme de fibré vectoriels appelé l’ ancre ;
– < ., . > est un champ différentiable de formes bilinéaires symétriques non dégénérées
sur les fibres de E ;
36 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE
La définition originale d’algébroïde de Courant (voir [44] ou [34] pour la version anti-
symétrique) contenait cinq axiomes. En plus des trois axiomes présents dans la définition
ci-dessus, les axiomes suivants faisaient partie de la définition originale :
4. ρ([X , Y]) = [ρ(X ), ρ(Y)]T M ;
5. [X , f Y] = f [X , Y] + (ρ(X ) · f )Y.
pour tous X , Y ∈ Γ(E) et f ∈ C ∞ (M ). Mais Uchino [58] a montré que ces deux derniers
axiomes se déduisent des trois premiers.
Toutes les structures que l’on a introduites sur A, A∗ ou (A, A∗ ) induisent des struc-
tures d’algébroïdes de Courant sur A ⊕ A∗ . On a en effet le théorème suivant.
THÉORÈME 1.1.12 ([34, 44]) Une structure de proto-bigébroïde de Lie S sur (A, A∗ )
définit un algébroïde de Courant (A ⊕ A∗ , ρS , < ., . >, [., .]S ) par
– ρS (X + α) · f = {{X + α, S} , f }
– < X + α, Y + β >= α(X) + β(Y )
– [X + α, Y + β]S = {{X + α, S} , Y + β}
pour tous X, Y ∈ Γ(A), α, β ∈ Γ(A) et f ∈ C ∞ (M ).
Dans [45], Roytenberg montre que la réciproque du théorème précédent est vraie et
qu’il existe une correspondance biunivoque entre les hamiltoniens S ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)) tels
que {S, S} = 0 et les structures d’algébroïde de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >). Dans le
chapitre 2 nous explicitons cette correspondance et la généralisons aux multi-crochets de
quasi-Courant [18].
L’application T induit une application C ∞ (M )-multilinéaire sur les sections, que l’on
note aussi T : ∧ ∧
T : Γ( r F) −→ Γ( s G).
Le premier ∧ objectif de ce paragraphe est d’associer à l’application T un tenseur appar-
tenant à Γ( r+s (F∗ ⊕ G). Le choix de ce tenseur n’est pas unique et a des implications
en termes de signes dans beaucoup d’équations dans la suite de ce texte.
Considérons (ϕ1 , . . . , ϕp ) et (ζ1 , . . . , ζq ) des bases locales de sections de F et
G, respectivement. On définit, pour tous les indices a1 , . . . , ar ∈ {1, . . . , p} et
...bs ∈ C ∞ (M ) par
b1 , . . . , bs ∈ {1, . . . , q}, les fonctions Tab11...a r
Tab11...a
...bs
r
=< T (ϕa1 , . . . , ϕar ), ζ b1 ∧ . . . ∧ ζ bs >, (1.10)
1 b1 ...bs
T (ϕa1 , . . . , ϕar )(x) = T (x) ζb1 ∧ . . . ∧ ζbs .
s! a1 ...ar
∧ ∧
Le tenseur Tb ∈ Γ( r F∗ ⊗ s G) est alors défini localement par
1
Tb = T b1 ...bs (x) ϕa1 ∧ . . . ∧ ϕar ⊗ ζb1 ∧ . . . ∧ ζbs , (1.11)
r!s! a1 ...ar
où (ϕ1 , . . . , ϕq ) est la base locale de sections de F∗ , duale de (ϕ1 , . . . , ϕq ).
Enfin, la dernière étape de la construction du tenseur associé à l’application T vient
de la proposition suivante.
P ⊗ Q 7−→ P ∧ Q
π
Dans la suite de ce texte, la construction précédente est appliquée au cas où A → M
est un fibré vectoriel et F = G = A. Ainsi, pour une application
∧ ∧
T : r A −→ s A,
38 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE
∧
on considère, sur Γ( r+s (A∗ ⊕ A)),
1
Ψ(Tb) = T b1 ...bs (x) ξ a1 ∧ . . . ∧ ξ ar ∧ θb1 ∧ . . . ∧ θbs ,
r!s! a1 ...ar
...bs ∈ C ∞ (M ) sont définies comme en (1.10).
où les fonctions Tab11...a r
La proposition∧ suivante montre comment l’évaluation de T sur une section
X1 ∧ . . . ∧ Xr ∈ Γ( r A) s’effectue dans le cadre de (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}).
Mais, comme (θ1 , . . . , θn ) et (ξ1 , . . . , ξn ) sont deux bases duales l’une de l’autre,
ξ ai (θcσ(i) ) = δcaσ(i)
i et ainsi
{ { { }} } 1 ∑
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) ... = sign(σ) Tcbσ(1) ...cσ(r) θb1 ∧ . . . ∧ θbs .
1 ...bs
r!s!
σ∈Sr
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 39
{ { { }} } 1 b1 ...bs
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) ... = T θb ∧ . . . ∧ θbs
s! c1 ...cr 1
= T (θc1 , . . . , θcr ).
∧ ∧
La même construction peut être faite pour l’application transposée t T : s A∗ −→ r A∗ .
∧
On obtient Ψ(tc
T ) qui appartient aussi à Γ( r+s (A∗ ⊕ A)).
La proposition suivante exprime le lien entre Ψ(tc T ) et Ψ(Tb).
∧r ∧s
PROPOSITION 1.2.3 Soit T : A −→ A. On a l’égalité suivante
Ψ(tc
T ) = (−1)rs Ψ(Tb).
t
Tab11...a
...bs
r
=< t T (ξ b1 , . . . , ξ bs ), θa1 ∧ . . . ∧ θar >
=< ξ b1 ∧ . . . ∧ ξ bs , T (θa1 , . . . , θar ) >
= Tab11...a
...bs
r
que le tenseur ∧ ∧
Tb ∈ Γ( r A∗ ⊗ s A),
et on identifiera ce dernier avec son image par l’isomorphisme Ψ
∧
Ψ(Tb) ∈ Γ( r+s (A∗ ⊕ A)).
40 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE
1.2.2 Contraction
Dans ce paragraphe, nous allons exprimer en termes du grand crochet la contraction
d’une A-forme par une A-forme à valeurs vectorielles.
∧l ∗
DÉFINITION 1.2.4 Considérons ∧k ∗ une A-forme ω ∈ Γ( A ) et une A-forme à
∧k+l−1 ∗ K ∈ Γ( A ⊗ A). La contraction de ω par K est la forme
valeurs vectorielles
iK ω ∈ Γ( A ) définie, pour les éléments décomposables K = αK ⊗ XK , par
iK ω = αK ∧ iXk ω.
iK ω = {K, ω} .
∧ ∧
Démonstration. Soient K = αK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et ω ∈ Γ( l A∗ ). Par définition,
iK ω = αK ∧ iXk ω
= αK ∧ {Xk , ω} ,
iK ω = {αK ∧ Xk , ω}
= {K, ω} .
∧
La contraction
∧k ∗ d’une A-forme ω ∈ Γ( l A∗ ) par une A-forme à valeurs vectorielles
K ∈ Γ( A ⊗ A) peut aussi être définie en posant
iK ω (X1 , . . . , Xk+l−1 )
1 ∑ ( )
= sign(σ) ω K(Xσ(1) , . . . , Xσ(k) ), Xσ(k+1) , . . . , Xσ(k+l−1) ,
k!(l − 1)!
σ∈Sk+l−1
pour L = ωL ⊗ XL et iK L := (iK ωL ) ⊗ XL .
∧ ∧
PROPOSITION 1.2.8 Pour toutes sections K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A),
on a
[K, L]N R = {K, L} .
On a
{K, L} = {ωK ∧ XK , ωL ∧ XL }
= {K, ωL } ∧ XL + (−1)(k+1)l ωL ∧ {ωK ∧ XK , XL } ,
où on a utilisé aussi l’anticommutativité graduée de {., .}. Par une nouvelle application
de la règle de Leibniz on obtient
On peut déduire une définition explicite de [P, Q]SN (en décomposant P et Q en sommes
de produits extérieurs d’éléments plus simples). Notre objectif est plutôt d’écrire [., .]SN
en termes du grand crochet. C’est l’objet du théorème suivant.
Remarque: En termes du grand crochet, les expressions de [., .]SN sur X• (A) et de [., .]
sur Γ(A) coïncident. C’était prévisible puisque le grand crochet est une dérivation par
rapport au produit extérieur et c’est ce qui permet de passer de [., .] à [., .]SN .
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 43
LK (ω) = {{K, µ} , ω} .
iK ω = {K, ω} ,
dω = {µ, ω} ,
LK ω = {{K, µ} , ω} ,
THÉORÈME 1.2.12 Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et µ la fonction sur
T ∗ (ΠA) correspondante. En termes du grand crochet :
Démonstration. Considérons
∧ des formes à valeurs ∧ vectorielles décomposables
K = ωK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L = ωL ⊗ XL ∈ Γ( l A∗ ⊗ A).
Développons d’abord {{K, µ} , L} en appliquant la règle de Leibniz :
Le premier terme du membre de droite apparaît déjà dans la définition de [., .]F N donnée
par l’équation (1.12). Intéressons-nous à présent au deuxième terme
ωL ∧ {{K, µ} , XL } = ωL ∧ {{ωK ∧ XK , µ} , XL } ,
Le premier terme du membre de droite est déjà un des termes de la définition de [., .]F N
donnée par l’équation (1.12). Le troisième terme est nul, car {XK , XL } = 0, et, à partir
de la règle de Leibniz, on obtient pour les deux autres termes :
Dans le membre de droite, les troisième et cinquième termes sont nuls car
{ωK , ωL } = 0 = {{ωK , µ} , ωL }. Ainsi,
En comparant avec l’équation (1.12) qui définit [., .]F N , on conclut que
∧ ∧
Démonstration.
∧s ∗ Considérons K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A). Pour tout
σ ∈ Γ( A ), on a
{{ } }
L[K,L] σ = [K, L]F N , µ , σ
FN
{{ } }
= {{K, µ} , L} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} , µ , σ .
L[K,L] σ = {{{{K, µ} , L} , µ} , σ}
FN
Donc,
[K, L]F N = {K, {µ, L}} + (−1)l+1 {iK L, µ} − (−1)k(l−1) {iL K, µ} + (−1)k(l+1) {iL K, µ}
= (−1)(l+1)+l(k+1) {L, {µ, K}} + (−1)l+1 {iK L, µ}
Multi-crochets de Courant et
algèbre de Rothstein
Le but de ce chapitre est de montrer le lien entre la structure (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .})
introduite au chapitre précédent et d’autres structures d’algèbres de Poisson déjà intro-
duites dans la littérature.
Dans un premier temps nous considérons les espaces Polk (T ∗ (ΠA)) composés par les
éléments de degré total k de Pol(T ∗ (ΠA)). Les éléments de degré 0, 1 et 2 engendrent
Pol(T ∗ (ΠA)). Les éléments de degré 0 sont les fonctions sur M et les éléments de degré 1
sont les sections de Γ(A ⊕ A∗ ). Les éléments de degré 2 jouent un rôle très important
dans cette décomposition : ils forment une sous-algèbre de Lie de (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) et
coïncident avec les sections de A(A ⊕ A∗ ), l’algébroïde d’Atiyah du fibré vectoriel A ⊕ A∗ ,
préservant la forme bilinéaire symétrique < ., . >. On peut alors considérer Pol(T ∗ (ΠA))
comme l’algèbre graduée libre engendrée par ces éléments de degré 0, 1 et 2, que l’on
quotiente par un idéal de relations entre ces éléments. Cet aspect des choses a déjà été
étudié par Roytenberg [45].
Une seconde comparaison naturelle est possible avec l’algèbre de Poisson graduée
des multi-crochets de quasi-Courant [18]. Ainsi qu’on l’a rappelé au chapitre 1, il y
a une correspondance biunivoque entre les éléments de Pol3 (T ∗ (ΠA)) qui commutent
avec eux-mêmes et les structures d’algébroïde de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >). Cette
correspondance s’étend en une correspondance entre tout Pol3 (T ∗ (ΠA)) et des structures
sur (A⊕A∗ , < ., . >) que l’on appelle structures de quasi-Courant dans [18]. La définition
des crochets de quasi-Courant s’étend du degré 3 à tout degré pour obtenir des multi-
crochets de quasi-Courant. L’ensemble des multi-crochets de quasi-Courant est munie
d’une structure d’algèbre de Poisson graduée [18] et on démontre dans ce chapitre que
cette algèbre de Poisson contient (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}), comme sous-algèbre de Poisson.
∧• Une troisième idée consiste à “trivialiser” Pol(T ∗ (ΠA)). Rappelons que les sections de
(A ⊕ A ) s’injectent de manière naturelle dans Pol(T ∗ (ΠA)) mais que tel n’est pas le
∗
cas des sections de S • (T M ), à moins de se donner une connexion sur A. Le choix d’une
49
50 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN
On démontre alors que le grand crochet devient ce que l’on appelle le crochet de Rothstein
(voir aussi [18]).
On démontre enfin la commutativité des trois constructions précédentes, ce qui im-
plique que les correspondances annoncées ci-dessus sont toutes bijectives.
Enfin, on conclut ce chapitre en vérifiant que, si la connexion fixée sur A est plate, le
grand crochet correspond au crochet de l’algèbre bicroisée [40, 28] des deux sous-algèbres
de Lie de R(A ⊕ A∗ ) suivantes
⊕ (( ∧k+1 )) ⊕ (∧k )
Γ ( A∗ ) ∧ A et Γ A∗ ⊗ T M .
k∈Z k∈Z
Dans le cas A = T M on retrouve la structure d’algèbre bicroisée étudiée par Michor [39,
40].
∇ : Γ(E) −→ Ω1 (M ) ⊗ Γ(E)
∇(f X) = df ⊗ X + f ∇(X),
∇v : Γ(E) −→ Γ(E)
X 7−→< ∇(X), v > .
2.1. L’ALGÈBRE DE POISSON (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 51
∇v (f X) = (v · f ) X + f ∇v (X), (2.2)
R∇ (v1 , v2 ) = ∇v1 ∇v2 − ∇v2 ∇v1 − ∇[v1 ,v2 ]T M , ∀v1 , v2 ∈ Γ(T M ). (2.3)
Endomorphismes dérivatifs
Soit ∇ une connexion sur E. Alors, pour tout v ∈ Γ(T M ), la dérivée covariante
∇v est un exemple d’opérateur différentiel d’un type particulier que nous définissons
maintenant.
D : Γ(E) −→ Γ(E)
Les fibrés vectoriels que nous considérerons la plupart du temps sont munis d’un
produit scalaire < ., . >.
< Xm , Ym >= 0, ∀ Ym ∈ Em ⇒ Xm = 0.
on dit que < ., . > est défini positif et, dans ce cas, < ., . > est un produit scalaire
euclidien.
DÉFINITION 2.1.5 Soit E → M un fibré vectoriel muni d’un produit scalaire < ., . >.
On dit qu’un endomorphisme dérivatif D ∈ D(E) préserve < ., . > si
pour toutes les sections X, Y ∈ Γ(E). On dénote D(E)<.,.> l’ensemble des endomor-
phismes dérivatifs de E préservant < ., . >.
L’algèbre de Lie (D(E), [., .]com ) est l’algèbre des sections d’un algébroïde de Lie,
appelé algébroïde d’Atiyah de E [2], voir aussi [27], que l’on notera A(E). Ainsi,
D(E) = Γ(A(E)).
b de A(E) induit, sur les sections, l’application symbole
L’ancre σ
σ : D(E) −→ Γ(T M )
D 7−→ σ(D) := σD .
qui, du fait que les applications sont C ∞ (M )-linéaires, provient d’une suite exacte de
fibrés vectoriels sur M
b
σ
0 −→ End(E) −→ A(E) −→ T M −→ 0. (2.5)
∇ : Γ(T M ) −→ D(E)
v 7−→ ∇v ,
A(E) −→ End(E) ⊕ T M
( )
D 7−→ D − ∇b σb(D) + σ
b(D)
P + ∇v ←−[ P + v.
54 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN
Par ailleurs, dans la suite de ce texte on devra considérer la suite exacte (2.4) restreinte
aux applications préservant < ., . > :
Le fait que < ., . > soit non dégénéré permet d’identifier Γ(E) et Γ(E ∗ ). Ainsi, on peut
considérer
σ
0 −→ (Γ(⊗2 E))<.,.> −→ D(E)<.,.> −→ Γ(T M ) −→ 0.
Par ailleurs, un endomorphisme D ∈ D(E), appartenant au noyau de σ et préservant
< ., . >, doit satisfaire
< D(X), Y > + < X, D(Y ) >= 0,
pour toutes sections X, Y ∈ Γ(E). En d’autres termes, utilisant à nouveau l’identification
Γ(E) ≃ Γ(E ∗ ) induite par < ., . >, D est antisymétrique. Donc, on a la suite exacte de
C ∞ (M )-modules
∧ σ
0 −→ Γ( 2 E) −→ D(E)<.,.> −→ Γ(T M ) −→ 0,
qui, du fait que les applications sont C ∞ (M )-linéaires, provient d’une suite exacte de
fibrés vectoriels ∧ b
σ
0 −→ 2 (E) −→ A(E)<.,.> −→ T M −→ 0. (2.6)
PROPOSITION 2.1.7 L’espace vectoriel Pol2 (T ∗ (ΠA)) est une sous-algèbre de Lie de
(Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}).
Dans la suite de ce paragraphe nous allons caractériser les éléments de Pol2 (T ∗ (ΠA)).
On verra qu’ils correspondent à des objets déjà introduits précédemment. Soit
D ∈ Pol2 (T ∗ (ΠA)). Alors {C ∞ (M ), D} ⊂ C ∞ (M ) et, si on applique la règle de Leibniz
pour {., .}, on a
Donc {., D} agit sur C ∞ (M ) comme un champ de vecteurs σD ∈ Γ(T M ), que l’on définit
en posant
σD · f = {f, D} , ∀f ∈ C ∞ (M ).
De plus, {Γ(A ⊕ A∗ ), D} ⊂ Γ(A ⊕ A∗ ) et, si on applique la règle de Leibniz, on a
{f Θ, D} = f {Θ, D} + {f, D} Θ
= f {Θ, D} + (σD · f )Θ,
c’est-à-dire,
On a alors ∂f
σCD · f = −Ai (x) ∂xi
C (ξ a ) = −Pba (x)ξ b + Qac (x)θc (2.8)
D
CD (θa ) = Rab (x)ξ b + Pac (x)θc
pour toute fonction f ∈ C ∞ (M ) et où (θa )a=1,...,n (resp. (ξ a )a=1,...,n ) sont considérés
comme des bases locales de sections
∑n de A (resp. A∗ ). Les équations (2.8) s’écrivent, pour
toute combinaison linéaire Θ = a=1 αa θa + βa ξ a , sous la forme
1 1
P1 . . . Pn1 Q11 . . . Qn1 α
.. .. .. .. ..
. . . .
n .
P1 . . . Pnn Q1n . . . Qnn αn ∑ n
∂αa ∑ i
n
∂β b
CD (Θ) = −
R11 . . . Rn1 −P 1 . . . −P n β1 A i
(x) − A (x)
1 1 ∂xi ∂xi
.. .. .. .. .. a=1 b=1
. . . . .
R1n . . . Rnn −Pn1 . . . −Pnn βn
Du fait que C préserve < ., . >, on a Pba = −Sba , Qab = −Qba et Rab = −Rba , pour tous
a, b ∈ {1, . . . , n}. Ainsi, on définit dans chaque carte locale
1 1
DC = −Ai (x)pi + Rab (x)ξ a ξ b + Qab (x)θa θb − Pab (x)ξ a θb .
2 2
D’après la première partie de la preuve, on vérifie que, pour chaque construction locale,
on a
Φ(DC ) = C.
2.1. L’ALGÈBRE DE POISSON (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 57
On définit l’application
4. Le signe de multiplication de ce produit est parfois omis dans nos formules où il est représenté par
la juxtaposition des facteurs.
2.2. MULTI-CROCHETS DE QUASI-COURANT 59
Le noyau
∧ (de Ψ est l’idéal
) de (P, ∧) engendré par les éléments Θ ⊗ 1 − 1 ⊗ Θ, pour
tout Θ ∈ 2 Γ(A ⊕ A∗ ) ⊂ D(A ⊕ A∗ )<.,.> . Notons I cet idéal,
∧2
I =< Θ ⊗ 1 − 1 ⊗ Θ, Θ ∈ (Γ(A ⊕ A∗ )) >,
2. Si r ≥ 3, pour tout 1 ≤ i ≤ r − 2,
< C(Θ1 , . . . , Θi , Θi+1 , . . . , Θr−1 ) + C(Θ1 , . . . , Θi+1 , Θi , . . . , Θr−1 ), U >
ci , Θ
= σC (Θ1 , . . . , Θ [i+1 , . . . , Θr−1 , U )· < Θi , Θi+1 >,
où le symbole b au dessus d’un élément signifie que cet élément a été retiré.
On note Cr (E) l’ensemble des r-crochets de quasi-Courant ainsi définis. On définit aussi
C0 (E) = C ∞ (M ), C1 (E) = Γ(E) et on pose
⊕
C(E) = Cr (E).
r≥0
Démonstration. Le lemme est démontré, dans [58], pour les crochets de Courant (c’est-
à-dire pour r = 3 et C vérifiant l’identité de Jacobi, voir ci-dessous corollaire 2.2.7) mais
l’argument n’utilise pas l’identité de Jacobi et est valable pour r = 2 et généralisable
pour tout r ≥ 3.
La proposition suivante montre que les 2-crochets de quasi-Courant sont des objets
que l’on a déjà définis.
PROPOSITION 2.2.3 Soit E → M un fibré vectoriel tel que Γ(E) est muni d’un
produit scalaire < ., . >. Alors
C2 (E) = D(E)<.,.> ,
où D(E)<.,.> est l’ensemble des endomorphismes dérivatifs de E préservant < ., . >.
Démonstration. L’inclusion D(E)<.,.> ⊆ C2 (E) est une conséquence immédiate des défi-
nitions respectives de ces deux ensembles.
Vérifions à présent l’inclusion C2 (E) ⊆ D(E)<.,.> . Soit C ∈ C2 (E). Alors C est un
endomorphisme R-linéaire C : Γ(E) −→ Γ(E) tel qu’il existe σC ∈ Γ(T M ) satisfaisant
σC · < U, V >=< C(U ), V > + < U, C(V ) >,
pour tous U, V ∈ Γ(E). De plus, d’après le lemme 2.2.2, C vérifie
C(f Θ) = f C(Θ) + (σC · f )Θ,
pour tous f ∈ C ∞ (M ) et Θ ∈ Γ(E).
Donc l’endomorphisme C est un endomorphisme dérivatif de E préservant < ., . >.
2.2. MULTI-CROCHETS DE QUASI-COURANT 61
et
σC : Γ(E) −→ Γ(T M )
est une application R-linéaire satisfaisant
1. σC (Θ)· < U, V >=< C(Θ, U ), V > + < U, C(Θ, V ) >;
2. < C(Θ1 , Θ2 ) + C(Θ2 , Θ1 ), U >= σC (U )· < Θ1 , Θ2 >,
pour toutes les sections Θ, Θ1 , Θ2 , U, V ∈ Γ(E). De plus, d’après le lemme 2.2.2, l’appli-
cation C vérifie la règle de Leibniz
DÉFINITION 2.2.4 Soit E → M un fibré vectoriel tel que Γ(E) est muni d’un produit
scalaire < ., . >. On appelle crochets de quasi-Courant sur (E, < ., . >) les éléments de
C3 (E).
DÉFINITION 2.2.5 Une algèbre de Leibniz est une paire (V, [., .]) où
– V est un module sur l’anneau des fonctions C ∞ (M )
– l’opération R-bilinéaire [., .] : V × V → V vérifie l’identité suivante
pour tous a, b, c ∈ V .
On remarque immédiatement que les algèbres de Lie sont exactement les algèbres de
Leibniz (V, [., .]) munies d’un crochet [., .] antisymétrique.
La proposition suivante nous permet de caractériser les éléments de C3 (E) correspon-
dant à une structure de Courant sur (E, < ., . >).
PROPOSITION 2.2.6 Soit C ∈ C3 (E). Si C vérifie (la version suivante de) l’identité
de Jacobi
C(Θ1 , C(Θ2 , Θ3 )) = C(C(Θ1 , Θ2 ), Θ3 ) + C(Θ2 , C(Θ1 , Θ3 )) (2.9)
pour toutes les sections Θ1 , Θ2 , Θ3 ∈ Γ(E), alors
62 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN
COROLLAIRE 2.2.7 ([58, 26]) Si C ∈ C3 (E) vérifie l’identité de Jacobi (2.9), alors
C est un crochet de Courant sur (E, < ., . >).
Dans la suite de cette section, nous allons rappeler des résultats de [18] qui nous
permettent de définir une structure 6 d’algèbre de Poisson graduée sur C(E).
On définit pour tout Θ ∈ Γ(E) le produit intérieur
THÉORÈME 2.2.9 ([18]) Il existe sur C(E) un produit, noté ∧, R-bilinéaire, associatif,
commutatif gradué, de degré 0, défini de manière unique par
{
f ∧ g = fg = g ∧ f
f ∧ Θ = f Θ = Θ ∧ f,
pour tous f, g ∈ C ∞ (M ) et Θ ∈ Γ(E), et tel que, pour tout Θ ∈ Γ(E), iΘ soit une
dérivation de (C(E), ∧) :
iΘ (C1 ∧ C2 ) = iΘ C1 ∧ C2 + (−1)r C1 ∧ iΘ C2 ,
Afin de mieux comprendre ce qu’est le produit ∧ sur C(E) (et de vérifier en particulier
qu’il correspond à ce que l’on pouvait prétendre) explicitons la définition de ∧ pour des
éléments de degré 1 et 2. Pour tous Θ, Θ1 , Θ2 ∈ C1 (E) = Γ(E) et C ∈ C2 (E) on a
{
Θ1 ∧ Θ2 (U ) =< Θ1 , U > Θ2 − < Θ2 , U > Θ1
(2.11)
Θ ∧ C(U, V ) =< Θ, U > C(V )− < Θ, V > C(U )+ < C(U ), V > Θ,
définie par
[f, g] = 0
[f, Θ] = 0 = [Θ, f ]
[f, C] = σC · f = −[C, f ]
[Θ1 , Θ2 ] =< Θ1 , Θ2 >
iΘ D = [Θ, D] = (−1)r+1 [D, Θ]
pour tous f, g ∈ C ∞ (M ), Θ, Θ1 , Θ2 ∈ Γ(E), C ∈ C2 (E) et D ∈ Cr (E), r ≥ 2,
et demandant à ce que, pour tout Θ ∈ Γ(E), iΘ = [Θ, .] soit une dérivation de
(C(E), [., .]), i.e. :
THÉORÈME 2.2.11 ([18]) Le triplet (C(E), ∧, [., .]) est une algèbre de Poisson graduée
de degré −2.
et on pose ⊕
R(E) = Rr (E).
r≥0
L’espace vectoriel R(E) est muni d’un produit canonique, noté ∧, défini par
PROPOSITION 2.3.1 ([18]) L’espace vectoriel R(E) muni du produit ∧ est une al-
gèbre associative et commutative graduée, où R0 (E) = C ∞ (M ) est une sous-algèbre. De
plus R0 (E), R1 (E) et R2 (E) engendrent R(E).
Comme R(E) est engendré par C ∞ (M ), Γ(E) et Γ(T M ), il suffit de définir {., .}R pour
une paire quelconque d’éléments générateurs (puis étendre comme une dérivation de
(R(E), ∧), imposant une règle de Leibniz).
La définition de {., .}R quand un des arguments appartient à C ∞ (M ) est presque
immédiate. En effet, comme {., .}R est de degré −2, on a
{v, f }R = ± v · f,
R∇ (v1 , v2 )(Θ) = ∇v1 ∇v2 (Θ) − ∇v2 ∇v1 (Θ) − ∇[v1 ,v2 ]T M (Θ),
pour tous v1 , v2 ∈ Γ(T M ) et Θ ∈ Γ(E). On vérifie que R∇ (., .)(.) est C ∞ (M )-linéaire
dans les 3 arguments et antisymétrique
(∧ dans les deux )premiers arguments. Ainsi, R∇
est un tenseur appartenant à Γ ( 2 T ∗ M ) ⊗ (E ∗ ⊗ E) . Mais, comme < ., . > est non
(∧ )
dégénéré on peut identifier E ∗ à E et considérer que R∇ ∈ Γ ( 2 T ∗ M ) ⊗ (⊗2 E) . Par
ailleurs, on a le lemme suivant
LEMME 2.3.2 Si ∇ est une connexion de (E, < ., . >) préservant < ., . >, alors sa
courbure vérifie
(∧ ∧ )
Ainsi, la courbure de ∇ est un tenseur R∇ ∈ Γ ( 2 T ∗ M ) ⊗ ( 2 E) que l’on peut
envisager comme une application
∧
R∇ : Γ(T M ) × Γ(T M ) −→ Γ( 2 E),
C ∞ (M )-bilinéaire et antisymétrique.
On est à présent en condition de définir le crochet de Rothstein, {., .}R , sur R(E) .
THÉORÈME 2.3.3 ([18]) Soit E → M un fibré vectoriel muni d’un produit scalaire.
Choisissons ∇ une connexion sur E, préservant < ., . >.
Il existe un unique crochet de Poisson gradué, de degré −2, sur R(E), défini par
{f, g}R = 0,
{f, Θ} = 0,
{f, v} R = −v · f,
R
{Θ1 , Θ2 }R =< Θ1 , Θ2 >,
{Θ, v}R = −∇v (Θ),
{v , v } = [v , v ] − R∇ (v , v ),
1 2 R 1 2 TM 1 2
Φ∇ : R(E) → C(E)
et en imposant que
Φ∇ (Ξ1 ∧ Ξ2 ) = Φ∇ (Ξ1 ) ∧ Φ∇ (Ξ2 ),
pour tous Ξ1 , Ξ2 ∈ R(E)
2.4. THÉORÈMES D’ISOMORPHISME 67
On remarque que Φ∇ est une correspondance biunivoque entre Rp (E) et Cp (E) pour
p = 0, 1, 2. Rappelons, par ailleurs que R(E) est engendré par R0 (E), R1 (E) et R2 (E).
On a alors la proposition suivante
L’objectif de cette section est de vérifier que ces algèbres de Poisson sont toutes
isomorphes et que l’on a le diagramme commutatif suivant
∼
=
Pol(T ∗ (ΠA)) o P
I
∼
= ∇ ∼
=
∼
b ⊕ A∗ ) o = R(A ⊕ A∗ )
C(A ∇
68 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN
Rappelons que toute connexion sur A, ∇ : Γ(A) → Ω1 (M ) ⊗ Γ(A), peut être étendue
de manière unique à une connexion sur A ⊕ A∗ préservant < ., . >. Il suffit de définir la
connexion ∇∗ sur A∗ en posant pour toutes sections X ∈ Γ(A), α ∈ Γ(A∗ ) et v ∈ Γ(T M )
Alors ∇ ⊕ ∇∗ est une connexion sur A ⊕ A∗ préservant < ., . >. Dans la suite de cette
section, pour simplifier l’écriture, on écrira ∇ au lieu de ∇ ⊕ ∇∗ , considérant ainsi que
∇ est une connexion sur A ⊕ A∗ préservant < ., . >.
Toute connexion ∇ de A est ainsi une scission de la suite exacte
proposition suivante.
En particulier
(∧ ) ( )
P2 = Γ 2
(A ⊕ A∗ ) ⊗ R ⊕ Γ R ⊗ A(A ⊕ A∗ )<.,.>
2.4. THÉORÈMES D’ISOMORPHISME 69
et on peut étendre Ψ∇
2 en un morphisme, de degré 0, d’algèbres graduées
Ψ∇ : (P, ∧) −→ (R(A ⊕ A∗ ), ∧)
en posant ∇
Ψ0 (f ) = f,
Ψ∇ (Θ) = Θ,
1∇
Ψ2 (C) défini par (2.12),
pour tous f ∈ C ∞ (M ), Θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ) et C ∈ D(A ⊕ A∗ )<.,.> . Puis on demande à ce
que Ψ∇ soit linéaire et soit un morphisme d’algèbres, c’est-à-dire que Ψ∇ vérifie
Ψ∇ (P ∧ Q) = Ψ∇ (P ) ∧ Ψ∇ (Q),
pour tous P, Q ∈ P.
L’idéal I est déjà apparu dans la section 2.1. On a vu alors que I est un idéal de
Poisson pour {., .}P et que le crochet {., .}P induit un crochet de Poisson, que l’on note
aussi {., .}P , sur PI .
On a le corollaire suivant.
b ⊕ A∗ )
L’isomorphisme entre Pol(T ∗ (ΠA)) et C(A
Définissons, pour tout p ≥ 0,
où Φ : Pol2 (T ∗ (ΠA)) → D(A ⊕ A∗ )<.,.> est l’application (bijective) définie par (2.7). De
plus, demandons à ce que, pour tout p ≥ 0, Φp soit C ∞ (M )-linéaire et vérifie
Φp (Q ∧ R) = Φq (Q) ∧ Φr (R),
i.e.,
{., Θ1 ∧ Θ2 } = Θ1 ∧ Θ2 ,
où le produit ∧ du membre de droite est le produit sur C(A ⊕ A∗ ) défini par (2.11).
On construit ainsi un morphisme d’algèbres graduées, de degré 0
( )
b ⊕ A∗ ), ∧ .
Φ : (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧) −→ C(A
Les applications que l’on a considérées jusqu’à présent forment le diagramme suivant.
Pol(T ∗ (ΠA)) o
Ψ P
∼
= I
Φ Ψ∇ ∼
=
Φ∇
b ⊕ A∗ ) o
C(A R(A ⊕ A∗ )
∼
=
On vérifie que ce diagramme est commutatif. En effet, comme les applications sont des
morphismes d’algèbres, il suffit de le vérifier pour les éléments de degré 0, 1 et 2, où c’est
évident par définition des applications. On a ainsi la proposition suivante.
2.5. STRUCTURE BICROISÉE D’ALGÈBRES DE LIE GRADUÉES 71
Par ailleurs, on vérifie sur les éléments de degré 0, 1 et 2 que Φ préserve les crochets
de Poisson définis sur Pol(T ∗ (ΠA)) et Cbp (A ⊕ A∗ ). On a ainsi le théorème suivant.
A : g → End(h) et B : h → End(g)
S 7→ AS T 7→ BT .
DÉFINITION 2.5.1 On dit que (A, B) est une paire de représentations bicroisées de
(g, h) si A et B sont des homomorphismes d’algèbres de Lie graduées satisfaisant les
conditions 8
8. Ces conditions traduisent le fait que A (resp. B) peut être considéré comme un 1-cocycle de h
(resp., g) à valeurs dans le h-module Hom(g, h) (resp. le g-module Hom(h, g)) défini par la représentation
B (resp. A). Voir [28].
72 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN
THÉORÈME 2.5.2
1. Soit (A, B) une paire de représentations bicroisées de (g, h). Alors g ⊕ h muni du
crochet
(
[(S1 , T1 ), (S2 , T2 )]g⊕h = [S1 , S2 ]g + BT1 (S2 ) − (−1)|T2 ||S1 | BT2 (S1 ),
)
[T1 , T2 ]h + AS1 (T2 ) − (−1)|S2 ||T1 | AS2 (T1 ) (2.13)
est une algèbre de Lie graduée (où le degré sur g⊕h est défini par (g ⊕ h)k = gk ⊕hk ).
( )
2. Réciproquement, si g ⊕ h, [., .]g⊕h est une algèbre de Lie graduée telle que g ⊕ 0
et 0 ⊕ h sont des sous-algèbres de Lie alors les applications A et B définies, pour
tous S ∈ gs et T ∈ ht , par
( )
[(S, 0), (0, T )]g⊕h = −(−1)st BT (S), AS (T )
DÉFINITION
( 2.5.3 )On appelle algèbre de Lie bicroisée de g et de h l’algèbre de Lie
graduée g ⊕ h, [., .]g⊕h définie, comme en (2.13), par une paire (A, B) de représenta-
tions bicroisées de (g, h).
Dans la suite de cette section nous allons vérifier que des structures d’algèbres de Lie
bicroisées apparaissent dans notre contexte.
π
Considérons un fibré vectoriel A −→ M , et ∇ une connexion sur A. Alors les espaces
vectoriels (∧ )
g = Γ ( k−1 ∗
A ) ∧ A , k≥2
⊕
k
g= gk , où g1 = Γ(A),
g0 = C ∞ (M ),
k∈Z
gk = {0}, k<0
2.5. STRUCTURE BICROISÉE D’ALGÈBRES DE LIE GRADUÉES 73
et (∧ )
h = Γ k−2 ∗
A ⊗ T M , k≥3
k
h2 = Γ(T M ),
⊕
h= hk , où h1 = {0},
k∈Z
h = C ∞ (M ),
0
hk = {0}, k<0
sont des sous-ensembles de l’algèbre de Rothstein R(A ⊕ A∗ ). En effet, on a
gk ⊕ hk ⊆ Rk (A ⊕ A∗ ),
pour tout k ∈ Z.
La proposition suivante est de vérification immédiate
PROPOSITION 2.5.4
( ensembles g et )g ⊕ h sont des sous-algèbres de Lie de l’algèbre de Rothstein
1. Les
R(A ⊕ A∗ ), {., .}R ;
2. Si ∇ est une connexion(plate, c’est-à-dire ayant
) une courbure nulle, alors h est une
∗
sous-algèbre de Lie de R(A ⊕ A ), {., .}R .
et calculons
Posons alors
A : g −→ End(h)
S 7−→ AS : h → h
T = η ⊗ v 7→ {S, η}R ⊗ v,
74 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN
et
B : h −→ End(g)
T = η ⊗ v 7−→ BT : h → h
S 7→ η ∧ {v, S}R .
Structures compatibles
L’objet de ce chapitre est d’écrire à l’aide du grand crochet divers types de com-
patibilités et de déformations entre tenseurs de degrés 2, et de démontrer ainsi leurs
propriétés.
Cette écriture unifie plusieurs types de compatibilités bien connues, à savoir, étant
donné un fibré vectoriel A → M ,
– la compatibilité entre deux structures d’algébroïde de Lie sur A (c’est-à-dire entre
deux hamiltoniens de Pol(T ∗ (ΠA)) de bidegré (1, 2) ;
– la compatibilité entre une structure d’algébroïde de Lie sur A et une structure
d’algébroïde de Lie sur A∗ (c’est-à-dire entre deux hamiltoniens de Pol(T ∗ (ΠA))
de bidegré (1, 2) et de bidegré (2, 1) formant un bigébroïde de Lie (A, A∗ ).
On montre que la condition de compatibilité des bigébroïdes de Lie
{ }
µ, µ′ = 0,
où µ et µ′ sont les deux hamiltoniens de degré total 3 qui encodent chacune des deux
structures, est en fait une condition générale de compatibilité de structures d’algébroïde
de Lie sur A ou A∗ .
Ensuite, étant donné A → M un algébroïde de Lie, on unifie les notions suivantes de
compatibilités :
– compatibilité entre structures de Poisson (c’est-à-dire entre deux sections de
∧2 A → M ),
– compatibilité entre une structure de Poisson et un tenseur de Nijenhuis (c’est-à-dire
entre une section de ∧2 A → M et une section de A ⊗ A∗ → M ),
– compatibilité entre une structure de Poisson et une 2-forme, (c’est-à-dire entre une
section de ∧2 A → M et une section de ∧2 A∗ → M )
– compatibilité entre deux structures de Nijenhuis (c’est-à-dire entre deux sections
de A ⊗ A∗ → M ).
On peut montrer que, dans chacun des cas précédents, une des conditions est une condi-
tion d’algèbre multilinéaire fibre par fibre tandis que la seconde s’écrit sous la forme :
[ ]
H, H ′ =0
FN
75
76 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES
où H et H ′ sont les deux hamiltoniens de degré total 2 qui encodent les deux tenseurs
en question, et [., .]F N est le crochet de Frölicher-Nijenhuis, que l’on a exprimé à l’aide
du grand crochet au chapitre 1 (voir section1.2.6). On donne également la signification
de cette compatibilité en termes de compatibilité des algébroïdes de Lie obtenus comme
déformation, par ces hamiltoniens, de la structure d’algébroïde de Lie sur A.
Dans la dernière section de ce chapitre, on étudie une généralisation de la compa-
tibilité entre un bivecteur de Poisson et un (1, 1)-tenseur : les structures de Poisson
quasi-Nijenhuis avec flux. Nous introduisons la définition de ces structures qui généra-
lisent les structures de Poisson quasi-Nijenhuis introduites par Stiénon et Xu [52] sur
l’algébroïde de Lie standard T M puis par Caseiro et al. [7] sur un algébroïde de Lie
quelconque. On montre en particulier qu’une structure presque complexe sur A ⊕ A∗ ,
c’est-à-dire un morphisme J : A ⊕ A∗ → A ⊕ A∗ tel que J 2 = −IdA⊕A∗ , est intégrable,
c’est-à-dire vérifie [J, J]F N = 0, si et seulement si J correspond à une structure de Poisson
quasi-Nijenhuis avec flux. Ainsi, cette compatibilité plus générale s’exprime elle aussi, en
un certain sens, par une condition de la forme [H, H ′ ]F N = 0. Cette étude a fait l’objet
d’une publication [1].
DÉFINITION 3.1.1 Deux structures d’algébroïde de Lie, sur le même fibré vectoriel,
(A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ), sont compatibles si, pour tout λ ∈ R, (A, ρλ , [., .]λ ) est un
algébroïde de Lie, où ρλ et [., .]λ sont définis par
ρλ = ρ + λρ′
[., .]λ = [., .] + λ [., .]′ .
PROPOSITION 3.1.2 Deux structures d’algébroïde de Lie (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ )
sont compatibles si et seulement si {µ, µ′ } = 0.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 77
Démonstration. Par définition, (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compatibles si et seulement
si (A, ρλ , [., .]λ ) est un algébroïde de Lie, pour tout λ ∈ R, c’est-à-dire si et seulement si
{µλ , µλ } = 0, ∀λ ∈ R.
Or, si on utilise la bilinéarité de {., .} et le fait que µ et µ′ correspondent à des structures
d’algébroïde de Lie, on a
{ }
{µλ , µλ } = µ + λµ′ , µ + λµ′
{ } { } { }
= {µ, µ} + λ µ, µ′ + λ µ′ , µ + λ2 µ′ , µ′
{ }
= 2λ µ, µ′ .
Donc {µλ , µλ } = 0, pour tout λ ∈ R, si et seulement si {µ, µ′ } = 0.
On remarque qu’en termes du grand crochet, la condition de compatibilité pour que
deux structures d’algébroïde de Lie, µ et µ′ soient compatibles ou forment un bigébroïde
de Lie est la même : {µ, µ′ } = 0. Cela suggère une généralisation aux structures de
Courant : deux structures de Courant S et S ′ sont compatibles si {S, S ′ } = 0.
Dans la suite de la section, nous montrons le lien entre la compatibilité de deux
structures d’algébroïde de Lie et l’existence d’un bicomplexe, une notion que l’on définit
ci-dessous.
DÉFINITION 3.1.3 Soient A une algèbre associative et Ω une algèbre graduée sur A
munie de deux dérivations, d et δ, de degré 1 et telles que d2 = δ 2 = 0. Le triplet (Ω, d, δ)
est un bicomplexe si
δ ◦ d + d ◦ δ = 0.
PROPOSITION 3.1.4 Les algébroïdes de Lie (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compa-
tibles si et seulement si (Ω• (A), d, d′ ) est un bicomplexe, où d et d′ sont les différentielles
extérieures respectives des algébroïdes de Lie.
Démonstration. On sait que d = {µ, .} et d′ = {µ′ , .}. Ainsi, pour tout ξ ∈ Ω• (A), on a
{ { }}
d ◦ d′ (ξ) = µ, µ′ , ξ
{{ } } { }
= µ, µ′ , ξ − µ′ , {µ, ξ}
{{ } }
= µ, µ′ , ξ − d′ ◦ d(ξ).
Donc {{ } }
(d ◦ d′ + d′ ◦ d)(ξ) = µ, µ′ , ξ , ∀ξ ∈ Ω• (A).
Ainsi, si (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compatibles, autrement dit si {µ, µ′ } = 0,
alors (Ω• (A), d, d′ ) est un bicomplexe.
Réciproquement, si (Ω• (A), d, d′ ) est un bicomplexe, c’est-à-dire si d ◦ d′ + d′ ◦ d = 0,
alors {{ } }
µ, µ′ , ξ = 0, ∀ξ ∈ Ω• (A),
et cela implique (pour une justification plus complète, voir le lemme suivant) que
{µ, µ′ } = 0, c’est-à-dire que (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compatibles.
78 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES
Le lemme suivant est assez intuitif, mais comme ce type de résultat est à la base de
beaucoup de conclusions dans les preuves en grand crochet, nous allons en présenter une
démonstration.
{F, ξ} = 0, ∀ξ ∈ Γ(A∗ ),
alors F = 0.
Démonstration. Nous allons d’abord montrer ∧ qu’un hamiltonien F dans ces conditions
doit être tensoriel, c’est-à-dire que F ∈ Γ( r+s (A ⊕ A∗ )). Soit f ∈ C ∞ (M ), alors pour
tout ξ ∈ Γ(A∗ ), on a
{F, f ξ} = 0
et, si on applique l’identité de Leibniz, l’égalité précédente devient
{F, f } ξ + f {F, ξ} = 0,
{F, f } ξ = 0.
Comme cette égalité doit être vérifiée pour tout ξ ∈ Γ(A∗ ), on doit avoir {F, f } = 0.
On a ainsi montré que, pour tout f ∈ C ∞ (M ), {F, f } = 0. Ceci implique 1 que F est
∧r+s
tensoriel, c’est-à-dire que F ∈ Γ( (A ⊕ A∗ )). Si on considère des coordonnées locales
(xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA), F s’écrit alors sous la forme
∑
n ∑
n
F = Fij11...i
...jr i1
s
ξ ∧ . . . ∧ ξ is θj1 ∧ . . . ∧ θjr .
i1 ,...,is =1 j1 ,...,jr =1
i1 <...<ik j1 <...<jr
où { {{ { } } } }
Fij11...i
...jr
s
= . . . . . . F, ξ jr , . . . , ξ j1 , θis , . . . , θi1
d’où on conclut, comme {F, ξ} = 0, ∀ξ ∈ Γ(A∗ ), que
Fij11...i
...jr
s
= 0,
donc
F = 0.
{F, θ} = 0, ∀θ ∈ Γ(A),
alors F = 0.
{F, Θ} = 0, ∀θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ),
alors F = 0.
P ♯ : Γ(A∗ ) −→ Γ(A)
α 7−→ iα P = P (α, .).
Ainsi,
P # (α) = {α, P } = − {P, α} .
Le bivecteur P permet de munir A∗ → M d’une ancre ρP et d’un crochet sur les
sections [., .]P définis par
{
ρP = ρ ◦ P # : A∗ → T M
(3.1)
[α, β]P = LP # (α) β − LP # (β) α − d(P (α, β)),
1. Soient α ∈ Γ(A∗ ) et f ∈ C ∞ (M )
ρP (α) · f = ρ ◦ P # (α) · f
{{ } }
= P # (α), µ , f
= {{{α, P } , µ} , f }
= {{α, {P, µ}} , f } + {{{α, µ} , P } , f }
= {{α, {P, µ}} , f } .
2. Soient α, β ∈ Γ(A∗ ),
{{{P, µ} , P } , µ} = 0,
i.e., { }
µ, [P, P ]SN = 0,
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 81
∧
où [., .]SN est le crochet de Schouten-Nijenhuis. Ainsi, si P ∈ Γ( 2 A) est un bivecteur
de Poisson, c’est-à-dire un bivecteur tel que [P, P ]SN = 0, alors (A∗ , ρP , [., .]P ) est un
algébroïde de Lie. Plus généralement, on a démontré le théorème suivant.
∧
THÉORÈME 3.1.10 Soit P ∈ Γ( 2 A) un bivecteur. La structure A∗P définie par (3.1)
est un algébroïde de Lie si et seulement si
{ }
µ, [P, P ]SN = 0.
La proposition suivante montre que les structures (A, µ) et (A, µN ) sont toujours
compatibles.
Pour quels (1, 1)-tenseurs N ∈ Γ(A∗ ⊗ A) le triplet (A, ρN , [., .]N ) est-il un algé-
broïde de Lie ? Dans une première tentative de réponse, on pourrait de demander que
N : (Γ(A), [., .]N ) → (Γ(A), [., .]) soit un morphisme d’algèbres de Lie, c’est-à-dire tel que
soit vérifiée la condition
N [X, Y ]N = [N X, N Y ]
pour tous X, Y ∈ Γ(A). En effet, dans ce cas comme (A, ρ, [., .]) est un algébroïde de
Lie, (A, ρ ◦ N, [., .]N ) est aussi un algébroïde de Lie. Les morphismes N satisfaisant cette
condition vont être particulièrement importants dans la suite de ce texte et on introduit
la notion suivante.
{µN , µN } = 0
i.e.,
{{N, µ} , {N, µ}} = 0.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 83
Donc
1 ({{ } })
TN (X, Y ) = − X, [N, N ]F N , Y
2
et, dans ce sens, on peut dire que, en termes d’hamiltoniens sur ΠA, on a
1
TN = − [N, N ]F N .
2
Nous réécrivons en termes de TN les principaux résultats que nous avons montrés
dans ce paragraphe.
{µ, TN } = 0,
∧
DÉFINITION 3.1.18 1. Une 2-forme présymplectique est une section ω ∈ Γ( 2 A∗ )
fermée, c’est-à-dire telle que
dω = 0,
où d est la différentielle extérieure induite par (A, ρ, [., .]).
∧
2. Un bivecteur de Poisson est une section π ∈ Γ( 2 A) telle que
[π, π]SN = 0,
[N, N ]F N = 0,
Les différentes compatibilités entre ces tenseurs furent étudiées par de nom-
breux auteurs entre lesquels Magri et Morosi [38], Gutkin [15], Magri et Kosmann-
Schwarzbach [29], Vaisman [60] et Crainic [8]. Nous exprimons dans cette section les
différentes compatibilités en termes du grand crochet, et nous en profitons pour générali-
ser à un algébroïde de Lie A quelconque ce qui était souvent défini et démontré seulement
pour l’algébroïde de Lie standard A = T M .
Remarque: La condition [P1 , P2 ]SN = 0 équivaut à dire que P1 + λP2 est un bivecteur
de Poisson pour tout λ ∈ R.
µ, [P1 , P2 ]SN = 0
2. En particulier, si P1 et P2 sont compatibles alors les algébroïdes de Lie A∗P et A∗P
1 2
sont compatibles.
86 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES
P Ω-structure (à la Magri-Morosi)
Soient π un bivecteur de Poisson et ω une 2-forme présymplectique. On définit
N = π♯ ◦ ω♭
[N, N ]F N = 0. (3.3)
En utilisant la caractérisation de [., .]F N en grand crochet, cette égalité est équivalente à
{ }
{{N, µ} , N } = − N 2 , µ .
2. Si on utilise les notations du paragraphe suivant sur les P N -structures, cette égalité se traduit par
C(π, N ) = 0.
88 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES
{{{N, µ} , ω} , π} = 0.
{{{N, ω} , µ} , π} = 0.
P N -structure (à la Magri-Morosi)
Soient π un bivecteur de Poisson et N un (1, 1)-tenseur. On définit un tenseur
πN ∈ Γ(⊗2 A), c’est-à-dire une application πN : A∗ ⊗ A∗ → M × R en posant
πN ♯ = π ♯ ◦ t N.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 89
Les deux conditions que les tenseurs π et N doivent vérifier pour être compatibles
peuvent se traduire par
1. Le tenseur πN (., .) = π(t N (.), .) est antisymétrique ;
2. La structure d’algébroïde de Lie sur A, µ, déformée par N puis transportée sur A∗
par π est égale à la structure µ transportée sur A∗ par π puis déformée par t N .
Cette deuxième condition peut être représentée sous la forme d’un diagramme commu-
tatif.
µ /o /o /o /o π /o /o /o /o / µπ
O O
O O tN
N
O O
µN /o πo/ o/ / (µN )π = (µπ )t N
ΩN -structure (à la Magri-Morosi)
Soient ω une 2-forme présymplectique et N un tenseur de Nijenhuis. On définit un
tenseur ωN ∈ Γ(⊗2 A∗ ), c’est-à-dire une application ωN : A ⊗ A → R en posant
ωN ♭ = ω ♭ ◦ N.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 91
[ω, ω]π = 0
où [., .]π est le crochet sur Ω• (A) induit par la structure d’algébroïde de Lie A∗π définie
par (3.1).
où N = π ♯ ◦ ω ♭ .
ce qui correspond à
[ω, ω]π = 2iN dω − 2d(ωN ).
Nous regroupons les résultats obtenus dans le diagramme suivant. Certaines flèches
manquantes dans ce diagramme sont valables sous des conditions de non-dégénérescence
de π ou de ω (pour le diagramme complet, voir [30]).
ω est une 2-forme
complémentaire Z pour π
si iπ♯ α dω=0
(π, ω) R
l RRR
lll RRNR=π♯ ◦ω♭
lllll
N =π ♯ ◦ω ♭ RRR
ll RRR
v ll
l R(
(π, N ) (ω, N )
avec flux est obtenue en tordant, par un procédé expliqué dans [46, 53, 20], une structure
d’algébroïde de Lie par un bivecteur de Poisson puis par une 2-forme. Ainsi, nous réser-
vons la terminologie “tordu” (ou “twisted”) quand on tord des structures par une 2-forme
ou un bivecteur, comme expliquée dans [46, 53, 20].
DÉFINITION 3.2.1 Une structure de Poisson quasi-Nijenhuis ∧ avec flux sur un al-
gébroïde∧de Lie A est un∧quadruplet (π, N, ψ, H) où π ∈ Γ( 2 A), N ∈ Γ(A ⊗ A∗ ),
ψ ∈ Γ( 3 A∗ ) et H ∈ Γ( 3 A∗ ) sont tels que N ◦ π ♯ = π ♯ ◦ t N , dψ = 0, dH = 0 et
vérifient les conditions suivantes :
π est un bivecteur de Poisson,
Cπ,N (α, β) = 2 iπ♯ α∧π♯ β H,
(3.4)
T (X, Y ) = π ♯ (iN X∧Y H − iN Y ∧X H + iX∧Y ψ),
N
dN ψ = dH,
pour tous X, Y ∈ Γ(A) et α, β ∈ Γ(A∗ ). Sur (A ⊕ A∗ , < ., . >), considérons une structure
d’algébroïde de Courant définie par l’hamiltonien S, c’est-à-dire que S est une fonction
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 95
appartenant à Pol(T ∗ (ΠA)) de degré total 3 et telle que {S, S} = 0. Notons [., .] le crochet
de Courant-Dorfman induit par S sur Γ(A ⊕ A∗ ) et défini par
[X , Y] = {{X , S} , Y}
J : A ⊕ A∗ → A ⊕ A∗ .
On verra
( souvent J comme ) un tenseur de type (1, 1) sur A ⊕ A∗ , c’est-à-dire
J ∈ Γ (A ⊕ A∗ )∗ ⊗ (A ⊕ A∗ ) .
pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ), où < ., . > est le produit scalaire standard sur A ⊕ A∗ .
au sens où
[X , Y]J = {{X , SJ } , Y} ,
pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ).
L’abréviation “c.p.s.” est due à Vaisman [61] et correspond aux trois différentes struc-
tures que l’on considère 4 : si λ = −1, J est une structure presque complexe ; si λ = 1, J
est une structure presque produit ; et si λ = 0, J est une structure presque sous-tangente.
où 5 :
cJ = 1 ({J, {J, S}} − λS) .
T (3.7)
2
Dans la suite
(∧ de ce texte on omettra ) le symbole b et TJ représentera aussi bien
l’élément de Γ 2
(A ⊕ A∗ )∗ ⊗ (A ⊕ A∗ ) que l’hamiltonien sur ΠA défini par (3.7).
Exemples: Soit µ une structure d’algébroïde de Lie sur A. Dans les exemples suivants,
on considère S = µ et le crochet sur Γ(A ⊕ A∗ ) s’écrit
[X + α, Y + β] = [X, Y ]µ + LX β − iY dα,
4. Dans [12], Grabowski introduit la notion d’algébroïde de Courant irréductible comme un algébroïde
de Courant où tout tenseur de Nijenhuis orthogonal est proportionnel à une structure c.p.s.. On prouve,
par exemple, que la structure d’algébroïde de Courant classique sur T M ⊕ T ∗ M est irréductible.
5. Sans l’hypothèse J 2 = λIdA⊕A∗ , cette formule ne pouvait pas être obtenue directement de
[J, J]F N = 0 ou du lemme 3.2.5 parce que, quand J est orthogonal, iJ J = J 2 est “anti-orthogonal”
/ Pol(T ∗ (ΠA)).
(au sens où < J 2 X , Y >=< X , J 2 Y >) et J 2 ∈
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 97
Dans la proposition suivante nous allons décomposer les structures presque c.p.s. sur
(A ⊕ A∗ , < ., . >) en (somme de) structures plus simples sur A ou sur A∗ .
PROPOSITION 3.2.10 ([8, 61]) 1. Un tenseur de type (1, 1) sur A ⊕ A∗ est ortho-
gonal si et seulement si on peut le représenter sous la forme matricielle suivante,
pour toutes sections X ∈ Γ(A) et α ∈ Γ(A∗ ),
( ) ( )( )
X N π♯ X
J = (3.8)
α σ ♭ −t N α
∧ ∧
où π ∈ Γ( 2 A), σ ∈ Γ( 2 A∗ ) et N ∈ Γ(A ⊗ A∗ ).
2. Un tenseur J dans ces conditions est une structure presque c.p.s. si et seulement si
N ◦ π ♯ = π ♯ ◦ t N,
σ♭ ◦ N = tN ◦ σ♭,
N 2 + π ♯ ◦ σ ♭ = λ IdA .
∞ ∗
Dans la suite de la section, nous allons considérer S = ∧3µ +∗ H, où µ ∈ C (T (ΠA))
définit une structure d’algébroïde de Lie sur A, et H ∈ Γ( A ) est une 3-forme fermée.
Alors on vérifie facilement que {S, S} = 0, et S définit une structure d’algébroïde de
Courant sur A ⊕ A∗ .
Le théorème suivant est le résultat principal de ce paragraphe puisqu’il établit le lien
entre les structures c.p.s. sur (A ⊕ A∗ , µ + H) et les structures de Poisson quasi-Nijenhuis
sur A ayant pour flux H.
THÉORÈME 3.2.12 Si un endomorphisme J, défini par (3.8), est une structure c.p.s.
sur (A ⊕ A∗ , µ + H), alors (π, N, −dσ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis
avec flux sur A.
Dans les deux dernières équations du système, on utilise les conditions algébriques pour
que J soit une structure c.p.s. et plus précisément la condition N 2 + π ♯ ◦ σ ♭ = λ IdA qui
s’écrit en termes du grand crochet
{π, σ} = N 2 − λIdA .
On obtient
{{π, µ} , π} = 0,
{{π, µ} , N } + {{N,
{ 2 µ}}, π} + {{π, H} , π} = 0,
{{N, µ} , N } + N , µ + 2 {π, {µ, σ}} + {{π,{H} , N }
} + {{N, H} , π} = 0,
{{N, µ} , σ} + {{σ, µ} , N } + {{N, H} , N } + N , H − 2λH = 0.
2
Remarque: Dans [61], Vaisman a étudié l’intégrabilité de structures presque c.p.s. sur
T M ⊕ T ∗ M muni de la structure de Courant standard et aussi le cas où la structure
de Courant standard est déformée par une 3-forme H. Les conditions obtenues dans la
Remarque 1.5 de [61] coïncident avec le système de conditions (3.9).
Dans la démonstration précédente, on voit que la dernière équation de (3.9) est une
condition suffisante pour que soit vérifiée la dernière équation de (3.4). On peut obtenir
une équivalence si l’on impose des conditions supplémentaires au quadruplet (π, N, σ, H).
THÉORÈME 3.2.13 Soit J un endomorphisme défini par (3.8). J est une structure
c.p.s. sur (A ⊕ A∗ , µ + H) si et seulement si
1. (π, N, −dσ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux sur A,
2
N + π ♯ ◦ σ ♭ = λIdA ,
2. σ♭ ◦ N = tN ◦ σ♭,
2(iN dσ − H) = d(iN σ) + 2λH.
100 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES
{
δ 2 (.) = [φ, .]SN
δφ = 0.
si et seulement si { }
e Se = 0.
S,
Il suffit à présent de vérifier que les équations (3.6) impliquent les équations (3.10).
Or si on applique {µ, .} à chaque équation de (3.6) on obtient l’équation respective de
(3.10).
Alors le principal résultat de cette section est le suivant. Notons que l’unique hypothèse
est que le bivecteur π soit de Poisson.
Démonstration. Notons ψ = dωN and H = −dω. Nous avons les correspondances sui-
vantes en termes d’éléments de Pol(T ∗ (ΠA))
N = {ω, π} ,
ψ = 21 {µ, {N, ω}} ,
H = {ω, µ} .
{{π, µ} , π} = 0
4. Nous prouvons cette condition de la même manière que pour les conditions précé-
dentes. On part de la dernière condition
{ }
{{N, µ} , N } + N 2 , µ − 2 {π, ψ} + {{π, H} , N } + {{N, H} , π} = 0,
On applique de nouveau l’identité de Jacobi et le fait que ψ est fermée pour obtenir
{ { }}
2 {{N, µ} , ψ} = µ, {N, {N, H}} − N 2 , H .
Comme {., .} a un bidegré (−1, −1) et σ un bidegré (0, 2) ou (2, 0), la série ci-dessus est
finie. De plus, si S est de degré total k alors eσ S aussi. Enfin, il suit des propriétés de
l’exponentielle que si {S, S} = 0, on a aussi {eσ S, eσ S} = 0. En particulier, si S est une
structure sur A ⊕ A∗ , c’est-à-dire si S ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)) et vérifie {S, S} = 0, alors eσ S
est aussi une structure sur A ⊕ A∗ . On dit que la structure eσ S est la structure S tordue
par σ.
La proposition suivante détaille la construction apparaissant dans la démonstration
du théorème précédent.
est une structure sous-tangente (c’est-à-dire une structure c.p.s. avec λ = 0) sur
(A ⊕ A∗ , µ − dω).
Mais la vérification des deux premières conditions est directe et, d’après le fait que
iN ωN = iN 2 ω, la dernière condition est équivalente à (3.11).
Dans la suite de cette section, on remarque que, dans le théorème 3.2.17, si on impose
certaines restrictions à la 2-forme ω alors on obtient des structures déjà connues, plus
contraignantes que les structures de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux. On remarque aussi
que les couples (π, ω), (π, N ) et (ω, N ) ainsi obtenus correspondent à (ou généralisent
légèrement) certains couples compatibles déjà connus.
104 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES
∧
COROLLAIRE ∧3.2.20 (Poisson Nijenhuis) Si π ∈ Γ( 2 A) est un bivecteur de
Poisson et ω ∈ Γ( 2 A∗ ) est une 2-forme fermée telle que dωN = 0, alors (π, N ) est une
structure de Poisson Nijenhuis sur A.
Remarques: 1. Un couple (π, ω) dans les conditions du corollaire précédent est une
P Ω-structure (voir définition 3.1.24 ou [38]).
2. La condition dωN = 0 est la condition de compatibilité pour que (ω, N ) soit une
ΩN -structure (voir définition 3.1.33 ou [38]). De plus, dans ces conditions, on vérifie
que le tenseur N = π ♯ ◦ ω ♭ a une torsion de Nijenhuis nulle et le couple (ω, N ) est
une ΩN -structure.
3. La condition dωN = 0 est aussi la condition de compatibilité pour que (ω, N ) soit
une paire de Hitchin (voir définition 3.1.35 ou [8] pour A = T M ). Cependant le
couple (ω, N ) ci-dessus est plus général car ω n’est pas nécessairement symplectique.
4. Utilisant la proposition 3.1.37 et le fait que ω soit une forme fermée, on prouve que,
dans le corollaire précédent, la condition dωN = 0 signifie que ω est une 2-forme
complémentaire pour π (voir définition 3.1.36 ou [60]).
∧
COROLLAIRE 3.2.21 ∧2 (Poisson quasi-Nijenhuis) Si π ∈ Γ( 2 A) est un bivecteur
de Poisson et ω ∈ Γ( A∗ ) est une 2-forme fermée alors (π, N, dωN ) est une structure
de Poisson quasi-Nijenhuis sur A (sans flux).
On peut aussi définir une structure de Poisson Nijenhuis avec flux (π, N, H) en consi-
dérant ψ = 0 dans la définition 3.2.1. À notre connaissance, ce type de structures n’a
jamais été étudié jusqu’à présent. On a le corollaire suivant.
∧
COROLLAIRE 3.2.22 (Poisson∧2 ∗ Nijenhuis avec flux) Si π ∈ Γ( 2 A) est un bivec-
teur de Poisson et ω ∈ Γ( A ) est une 2-forme telle que dωN = 0, alors (π, N, −dω)
est une structure de Poisson Nijenhuis avec flux sur A.
Remarque: Dans toute cette section, le bivecteur π est un (vrai) bivecteur de Poisson.
La structure obtenue dans le dernier corollaire ne provient donc pas d’une éventuelle com-
patibilité entre un tenseur de Nijenhuis et une structure de Poisson avec flux (voir [51]).
Chapitre 4
Structures para-hypersymplectiques
Les formes symplectiques étant non dégénérées, étant données deux formes symplec-
tiques ω1 , ω2 sur une même variété M , il existe un tenseur de passage de ω2 à ω1 défini
par :
ω1 (., .) = ω2 (J3 ., .)
Étant données à présent 3 formes symplectiques ω1 , ω2 , ω3 sur une variété donnée, on
dispose de 3 tenseurs de passages, que l’on note J1 , J2 , J3 , qui permettent de passer,
respectivement de ω3 à ω2 , de ω1 à ω3 et de ω2 à ω1 , et qui satisfont donc la rela-
tion J3 J2 J1 = Id. Si l’on impose que les carrés de ces tenseurs valent respectivement
ϵ1 Id, ϵ2 Id, ϵ3 Id, où ϵi ∈ {−1, +1} pour i = 1, 2, 3, on obtient ce que l’on appelle une
structure para-hypersymplectique (souvent notée PHS dans la suite de ce chapitre). On
peut alors vérifier que
ω1 (J1 ., .) = ω2 (J2 ., .) = ω3 (J3 ., .)
et que l’application bilinéaire g(., .) ainsi obtenue est, selon le cas, symétrique non dé-
générée ou symplectique. Les structures hyperkähleriennes sont clairement des exemples
de telles structures : ce sont en fait des structures PHS telles que J12 = J22 = J32 = −Id,
et telles que g, qui est alors toujours symétrique, est défini positif.
Les structures PHS peuvent sans difficulté être définies pour un algébroïde de Lie
quelconque : ce sera dans ce cadre que nous travaillerons.
À une structure PHS sont donc associés 9 hamiltoniens de degré 2 : trois sont asso-
ciés aux formes, trois sont associés aux tenseurs de passages et trois sont associés aux
bivecteurs qui inversent les formes symplectiques. De plus, un dernier peut être associé
au tenseur g lorsque celui-ci est antisymétrique. Nous étudions dans ce chapitre les com-
patibilités entre ces hamiltoniens de degré 2. Nous tentons de mener notre étude sans
distinguer selon les signes de ϵ1 , ϵ2 , ϵ3 , toutefois, nous serons rapidement amenés à séparer
le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 du cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, c’est-à-dire le cas où g est symétrique du cas où g
est symplectique.
On donne ensuite des exemples nouveaux dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, exemples que nous
relions aux équations de Monge-Ampère. Pour le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, on donne des exemples,
et nous donnons une classification locale dans le cas des variétés quand ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1.
105
106 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES
4.1.1 Définitions
∧
Soient ω1 , ω2 , ω3 ∈ Γ( 2 A∗ ), des A-formes symplectiques. On définit trois applica-
tions C ∞ (M )-linéaires Ij : Γ(A) → Γ(A), j = 1, 2, 3, en posant
πj ♯ = −(ωj ♭ )−1
∧2
et le bivecteur πj ∈ Γ( A) par
πj (α, β) =< πj ♯ (α), β >, ∀α, β ∈ Γ(A∗ ).
On peut alors considérer que la 2-forme ωj et le bivecteur πj sont inverses l’un de l’autre
dans le sens que
πj (α, β) = ωj (πj ♯ (α), πj ♯ (β)), ∀α, β ∈ Γ(A∗ ).
En tenant compte de la notation rappelée ci-dessus, la formule (4.1) définissant Ii
peut être réécrite
Ij = −πj−1 ♯ ◦ ωj+1 ♭ . (4.2)
Observation: 1. A partir des équations (4.1), définissant les applications
Ii , i = 1, 2, 3, on déduit immédiatement
Ii ◦ Ii−1 = Ii+1 −1 . (4.3)
2. Dans la suite de cette section, on omettra le symbole ◦, on écrira par exemple Ii Ii−1
au lieu de Ii ◦ Ii−1 .
Évidemment les structures hyperkähleriennes sont des exemples des structures PHS
de type quaternioniques.
Dans toute la suite de cette section on étudie, en termes d’algèbre linéaire sur chaque
fibre de A → M , les conséquences des conditions (4.4).
I3 I2 I1 = IdA .
I1 I2 I3 = ϵ1 ϵ2 ϵ3 IdA .
et on voit facilement que si j ̸= k toute paire (Ij , Ik ) est une paire du type
(Ii−1 , Ii+1 ) ou (Ii+1 , Ii−1 ).
(t Ij )2 = ϵj IdA , (4.6)
et par conséquent
(t Ij )−1 = ϵj t Ij , (4.7)
ou en d’autres termes :
ωj−1 ♭ ◦ πj+1 ♯ = ϵj ωj+1 ♭ ◦ πj−1 ♯ . (4.8)
g : A −→ A∗
en posant
g = ϵ3 ϵ2 ω3 ♭ ◦ (ω1 ♭ )−1 ◦ ω2 ♭ . (4.9)
où, avec un léger abus de notation, on note g(X, Y ) :=< g(X), Y >.
2. En utilisant le même type d’arguments que dans le point précédent (basés sur des
permutations des ωi , i = 1, 2, 3), et à partir de la définition de g (voir l’équa-
tion (4.9)) on peut permuter ω2 avec ω1 puis avec ω3 pour obtenir
g = ϵ1 ϵ2 ω2 ♭ ◦ (ω3 ♭ )−1 ◦ ω1 ♭ .
3. Utilisant le fait que les indices appartiennent à Z/3Z, on peut réécrire l’égalité du
point précédent sous la forme
c’est-à-dire
g = ϵj ϵj−1 ωj ♭ ◦ Ij −1 .
Enfin, utilisant la première égalité du lemme précédent, on conclut que
g = ϵj−1 ωj ♭ ◦ Ij .
Les égalités de la proposition précédente nous permettent de distinguer deux cas très
différents de structures PHS : ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 et ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. En effet,
– Si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, alors g (vu comme une forme bilinéaire sur Am , pour tout m ∈ M )
est symétrique et est ainsi un produit scalaire pseudo-euclidien (voir la défini-
tion 2.1.4). De plus Ij est hermitien (par rapport à g) au sens que
ωD 35 (4.10)
55
55
55
ϵ2 I3 55
55
I2 55I1
55
7 g g O 55
ooo OOO 5
ϵ3 I1 oo
o
o OOOO 555
ooo O
ϵ1 I2 OOOO55
oo oo
ω1 ω2
I3
On peut, dualement, déduire des formules équivalentes entre les applications inverses.
En termes de diagramme, on obtient
π3 j
tI −ϵ1 t I3 tI
2 1
g −1
pp7 gNNN
−ϵ2 t I1pppp NNN
p NNN
ppp −ϵ1 t I2 NNNN
ppp
π1 πG 2
tI
3
Dans les deux résultats suivants on traduit les diagrammes précédents en termes de
produits intérieurs de A-formes par des A-formes à valeurs vectorielles (voir les définitions
de la section 1.2).
(iIj ωj )♭ = ωj ♭ ◦ Ij + t Ij ◦ ωj ♭ .
112 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES
PROPOSITION 4.1.8 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (πj+1 , ωj ) est une P Ω-structure ;
2. (πj−1 , ωj ) est une P Ω-structure.
d(ωj+1 ) = 0.
Or cette dernière condition est vérifiée, pour tout j ∈ {1, 2, 3}, car (A, ω1 , ω2 , ω3 )
est une structure PHS.
2. La démonstration est analogue avec N = πj−1 ♯ ◦ ωj ♭ = −ϵi+1 Ii+1 .
COROLLAIRE 4.1.9 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (πj , Ij+1 ) est une P N -structure ;
2. (πj , Ij−1 ) est une P N -structure.
COROLLAIRE 4.1.10 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (ωj , Ij−1 ) est une ΩN -structure ;
114 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES
COROLLAIRE 4.1.11 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. Ij est un tenseur de Nijenhuis ;
( )
2. µIj I = ϵj µ.
j
COROLLAIRE 4.1.13 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tous i, j ∈ {1, 2, 3}
1. Les bivecteurs πi et πj sont compatibles ;
2. Les structures d’algébroïde de Lie Aπi et Aπj sont compatibles.
Le lemme suivant est utilisé dans différentes démonstrations dans la suite du chapitre.
LEMME 4.1.14 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Les égalités suivantes sont sa-
tisfaites :
THÉORÈME 4.1.15 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.
Pour tous j, k ∈ {1, 2, 3},
[Ij , Ik ]F N = 0.
On applique de nouveau l’identité de Jacobi et le fait que ωj−1 soit une forme fermée.
On obtient
[Ij , Ij+1 ]F N = ϵj ϵj+1 {πj−1 , {{ωj−1 , Ij−1 } , µA }} .
enfin, si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 alors {ωj−1 , Ij−1 } = 0 et on conclut que
[Ij , Ij+1 ]F N = 0.
116 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES
Dans la section suivante nous verrons que le résultat du théorème précédent reste
valable dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. En effet on montrera dans la section suivante que, quand
ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, les paires (ωj , Ij ), j ∈ {1, 2, 3}, sont des ΩN -structures et ainsi le dernier
passage de la démonstration est aussi vrai dans ce cas.
Le corollaire suivant est immédiat.
COROLLAIRE 4.1.16 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.
On a, pour tout j ∈ {1, 2, 3},
( )
1. µIj I = ϵj ϵj+1 µIj−1 ;
j+1
( )
2. µIj+1 I = ϵj−1 µIj−1 .
j
Démonstration.
1. Il suffit de réécrire, en termes du grand crochet, l’égalité [Ij , Ij+1 ]F N = 0 :
4.1.3 Cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1
Dans la section précédente, on a montré que si (A, ω1 , ω2 , ω3 ) est une structure PHS
alors les paires (πj , Ik ), j, k ∈ {1, 2, 3}, avec j ̸= k, sont des P N -structures. En est-il de
même pour les couples (πj , Ij ), j ∈ {1, 2, 3} ? On s’aperçoit rapidement que ce n’est pas
toujours le cas : la première condition de la définition de structure de Poisson-Nijenhuis
pour un couple (πj , Ij ), c’est-à-dire la condition Ij ◦ πj ♯ = πj ♯ ◦ t Ij , est équivalente à la
condition ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. En effet,
et par ailleurs,
Ainsi,
Ij ◦ πj ♯ = πj ♯ ◦ t Ij ⇐⇒ ϵj ϵj−1 = ϵj+1
⇐⇒ ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.
Donc, dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, les paires (πj , Ij ), j ∈ {1, 2, 3}, ne peuvent pas être
des P N -structures et, dans ce cas, une structure PHS (A, ω1 , ω2 , ω3 ) n’induit que les
6 PN-structures de la proposition 4.1.9. En particulier, dans le cas hyperkählerien, où
ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = −1 le nombre de P N -structures induites est 6 et non 9 comme affirmé
par Camacaro et Cariñena dans [4].
Le théorème suivant assure que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 est aussi une condition suffisante pour que
(πj , Ij ) soit une structure de Poisson-Nijenhuis, pour tout j ∈ {1, 2, 3}.
THÉORÈME 4.1.17 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. Pour
tout j ∈ {1, 2, 3}, (πj , Ij ) est une structure de Poisson-Nijenhuis et
( ) ( )
µIj π = µπj t I = ϵj+1 µg−1 ,
j j
{ }
où, par analogie avec les notations précédentes, on note µg−1 := g −1 , µA .
LEMME 4.1.18 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. Pour tout
j ∈ {1, 2, 3}, { }
− {Ij , {πj , µA }} = {πj , {Ij , µA }} = −ϵj+1 g −1 , µA .
d(ωj ) = 0.
Or cette dernière condition est vérifiée, pour tout j ∈ {1, 2, 3}, car (A, ω1 , ω2 , ω3 )
est une structure PHS.
2. La démonstration est analogue. Dans ce cas, N = g −1 ◦ ωj ♭ = ϵj ϵj−1 Ij , et
iN ωj = 2ϵj g est fermée d’après le corollaire précédent.
THÉORÈME 4.1.23 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tous j, k ∈ {1, 2, 3},
[Ij , Ik ]F N = 0.
et dans le premier terme on emploie l’égalité 2. du lemme 4.1.14 qui peut s’écrire
− {Ii−1 , {πi , µA }} = {πi+1 , µA }. Ainsi,
[ ]
πi , g −1 = −2ϵi {{πi+1 , µA } , πi−1 }
SN
Démonstration. Étant donnée une structure PHS (A, ω1 , ω2 , ω3 ), les paires (ω1 , I2 ) et
(ω2 , I1 ) sont des ΩN -structures, par le corollaire 4.1.10. Les relations (4.13) sont soit
vérifiées par définition d’une structure PHS soit découlent de la commutativité du dia-
gramme (4.10).
Inversement, si (ω1 , I2 ) et (ω2 , I1 ) sont des ΩN -structures vérifiant (4.13) alors les
formes ω1 et ω2 sont symplectiques par définition, et ω3 , définie par ω3 ♭ = ω1 ♭ ◦ I2 est
symplectique car (ω1 , I2 ) est une ΩN -structure. Enfin, les relations (4.13) impliquent que
les tenseurs I1 , I2 , I3 sont de carré ±IdA .
ω1 = dx ∧ dp + dy ∧ dq ω4 = dx ∧ dp − dy ∧ dq
ω2 = dx ∧ dq + dp ∧ dy ω5 = dx ∧ dq − dp ∧ dy
ω3 = dx ∧ dy + dp ∧ dq ω6 = dx ∧ dy − dp ∧ dq
vectoriel Γ( (R )).
La proposition suivante classe les 20 structures PHS différentes que l’on peut former
à partir des 2-formes {ω1 , . . . , ω6 }.
4.2. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 : ÉQUATIONS DE MONGE-AMPÈRE 121
PROPOSITION 4.2.1 Pour tout 1 ≤ i < j < k ≤ 6, le triplet (ωi , ωj , ωk ) est une
structure PHS de type ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.
Plus précisément :
1. les triplets (ω1 , ω2 , ω3 ) et (ω4 , ω5 , ω6 ) sont du type quaternionique ;
2. les 9 triplets (ωi , ωj , ωk ) avec 1 ≤ i < j ≤ 3 et k ∈ {4, 5, 6} sont du type para-
quaternionique, l’unique tenseur de passage de carré −Id étant celui qui relie ωi à
ωj .
3. les 9 triplets (ωi , ωj , ωk ) avec i ∈ {1, 2, 3} et 4 ≤ j < k ≤ 6 sont du type para-
quaternionique, l’unique tenseur de passage de carré −Id étant celui qui relie ωj à
ωk .
Démonstration. Pour déterminer si un triplet (ωi , ωj , ωk ) est une structure PHS (et de
quel type), il faut déterminer les 3 tenseurs de passage et vérifier si leur carré est égal à
Id ou à −Id.
Pour tous a, b ∈ {1, . . . , 6}, on note Iab le tenseur de passage de ωa à ωb , c’est-à-dire
tel que
ωb (., .) = ωa (Iab ., .).
( )
On a alors Iab = (ωa ♭ )−1 ◦ ωb ♭ et on peut évaluer Iab sur la base ∂x ∂ ∂
, ∂y ∂ ∂
, ∂p , ∂q des
sections de T (R4 ). Par exemple, pour le tenseur I12 , on a
( ) ( )
∂ ∂ ∂ ∂
I12 = I12 =−
∂x ∂y ∂p ∂q
( ) ( )
∂ ∂ ∂ ∂
I12 =− I12 =
∂y ∂x ∂q ∂p
On vérifie alors que (I12 )2 = −Id.
Si on évalue tous les tenseurs de passage pour savoir si leurs carrés est égal à Id ou à
−Id on obtient le diagramme (tridimensionnel) suivant, où les doubles flèches indiquent
un tenseur de passage de carré −Id et les flèches simples un tenseur de passage de carré
Id.
9A ω1 BB | BBBBB
|
|||||| BBBB
|
|| BBBB
|
|||||| BBBB
BBB
||| | %
ω2 ks ω3
9 A ω4 BB
| BBBBB
||||||| BBBB
||| BBBB
|
|||| BBBB
||
| BBB
|| | %
ω5 s k ω6
LEMME 4.2.2 ([32]) La condition ∆ω1 (α) = 0 équivaut à l’existence d’une fonction
f : R2 → R telle que
P = fx et Q = fy .
∆ω1 (α) = dx ∧ dP + dy ∧ dQ
= dx ∧ Py dy + dy ∧ Qx dx
= (Py − Qx )dx ∧ dy.
L’équation ∆ω1 (α) = 0 est équivalente à la condition Py (x, y) = Qx (x, y). Par le lemme
de Poincaré, cette condition équivaut à l’existence d’une fonction f : R2 → R telle que
Pour toute 2-forme η sur R4 , la 2-forme ∆η (α) ∈ Ω2 (R2 ) est proportionnelle à dx∧dy.
Nous donnons ci-dessous, en termes des fonctions P (x, y) et Q(x, y), le coefficient de
proportionnalité
∆ωi α
Ei (α) = ,
dx ∧ dy
pour chacune des formes ωi , i = 1, . . . , 6 :
E1 (α) = Py − Qx
E2 (α) = Px + Qy
E3 (α) = 1 + Px Qy − Py Qx
(4.14)
E4 (α) = Py + Qx
E (α) = Qy − Px
5
E6 (α) = 1 − Px Qy + Py Qx
4.2. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 : ÉQUATIONS DE MONGE-AMPÈRE 123
Ainsi que nous venons de le voir dans le lemme 4.2.2, E1 (α) = 0 si et seulement s’il existe
une fonction f telle que P = fx , Q = fy . Dans ce cas on peut identifier α = df et, sous
cette hypothèse, les cinq Ei restants sont donnés par
E2 (df ) = fxx + fyy = ∆(f )
E3 (df ) = 1 + fxx fyy − fyx 2 = 1 + Hessf
sont nécessairement, d’après le lemme 4.2.2, des solutions de la forme P = fx (x, y),
Q = fy (x, y). La seconde condition équivaut alors à
A = 1
2 (A2 − A5 )
1
B = 2 A4
1
C = 2 (A2 + A5 ) (4.17)
D = 1
2 (A3 − A6 )
1
E = 2 (A3 + A6 )
η ∧ ω1 = 0.
En fait, on appelle effective une 2-forme η vérifiant cette condition. Étant donnée une
équation du type (4.16), il existe donc une unique 2-forme effective η qui lui corresponde.
On démontre (voir [32]) que si η est effective, le tenseur de passage de η à ω1 est
de carré proportionnel à l’identité. Le coefficient de proportionnalité est −Pf(η), où le
pfaffien de η est donné par
η ∧ η = Pf(η)ω1 ∧ ω1 .
On dit qu’une équation de Monge-Ampère est elliptique (resp. hyperbolique) en un
point m ∈ R4 si Pf(η)|m > 0 (resp. Pf(η)|m < 0). Dans ce cas, comme la fonction
124 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES
Dans la suite de cette section nous allons considérer les solutions d’un système de deux
équations de Monge-Ampère correspondant, comme nous le verrons, à une structure PHS
du type suivant :
ηi ∧ ηj = ηj ∧ ηk = ηk ∧ ηi = 0.
Parmi les 20 structures PHS données par la proposition 4.2.1, celles qui sont effectives
sont les 8 structures (ωi , ωj , ωk ), où i ∈ {1, 4}, j ∈ {2, 5} et k ∈ {3, 6}.
On appelle système de Jacobi associé à la structure PHS effective (ωi , ωj , ωk ) le triplet
d’équations :
∆ωi (α) = 0
∆ωj (α) = 0
∆ωk (α) = 0
Quitte à remplacer, sur R4 , les variables (p, q) par leurs opposées, on peut toujours se
ramener aux cas où la structure PHS effective (ωi , ωj , ωk ) considérée est telle que i = 1
(au lieu de i = 4). Ainsi nous avons 4 systèmes de Jacobi engendrés par des structures
PHS effectives sur R4 . Ces 4 systèmes de Jacobi se réduisent, par le lemme 4.2.2, à des
paires d’équations de Monge-Ampère
{
∆ωj (df ) = 0
∆ωk (df ) = 0
où j ∈ {2, 5} et k ∈ {3, 6}. La première de ces équations est elliptique (resp. hyperbolique)
si j = 2 (resp. j = 5). La seconde de ces équations est elliptique (resp. hyperbolique) si
k = 3 (resp. k = 6). Les quatre systèmes d’équations de Monge-Ampère ainsi obtenus
sont
•Cas j = 2, k = 3 : {
fxx + fyy = 0
1 + fxx fyy − fyx
2 =0
Ce système est formé par deux équations de Monge-Ampère de type elliptique. Les
solutions sont les fonctions harmoniques qui vérifient la deuxième équation.
•Cas j = 2, k = 6 : {
fxx + fyy = 0
1 − fxx fyy + fyx
2 =0
Ce système est formé par une première équation de type elliptique et une seconde
de type hyperbolique. Il n’y a aucune solution à ce système qui implique la relation
2 + f2 = 0
impossible 1 + fxx yx
4.3. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 125
•Cas j = 5, k = 3 : {
fyy − fxx = 0
1 + fxx fyy − fyx
2 =0
Ce système est formé par une première équation de type hyperbolique et une se-
conde de type elliptique. Les solutions de ce système sont les fonctions de la forme
f (x, y) = h(x + y) + k(x − y) où h(u) et k(u) sont des polynômes de degré 2 dont
le produit des coefficients dominants est égal à − 81 .
•Cas j = 5, k = 6 : {
fyy − fxx = 0
1 − fxx fyy + fyx
2 =0
où pabc est la projection canonique de M sur M abc . On notera encore, pour tout m ∈ M ,
avec abc
) abus de notation, Am , le sous-espace vectoriel de A, que l’on devrait noter
( ∗ unabcléger
pabc A (m).
126 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES
Par construction, les relations I11 = I22 = I32 = Id sont satisfaites et ces (1, 1)-tenseurs
commutent. Plus précisément, on a Ii Ij = Ik pour tous i, j, k distincts dans {1, 2, 3}.
On suppose maintenant que l’on se donne, pour tout (a, b, c) ∈ G, une 2-forme g abc
symplectique sur l’algébroïde Aabc , et on considère
∑
g= p∗abc g abc
(a,b,c)∈G
PROPOSITION 4.3.1 Soit M une variété connexe munie d’une structure PHS
(ω1 , ω2 , ω3 ) sur T M → M , avec ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1. Il existe une application n : G → N
4.3. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 127
∑ 1
telle que n(a, b, c) = dim(M ) et, pour tout point m ∈ M , il existe un isomor-
2
(a,b,c)∈G
phisme de ∏structures PHS entre un voisinage de m dans M et un voisinage de 0 dans
la variété (a,b,c)∈G R2n(a,b,c) munie de la structure PHS du produit direct des variétés
symplectiques où chaque variété R2n(a,b,c) est munie de la forme symplectique canonique.
ω1 (x, y) = ω2 (I3 x, y)
= (−1)c ω2 (x, y)
= (−1)c ω1 (x, I3 (y))
′
= (−1)c (−1)c ω1 (x, y).
pour tous x, y ∈ Γ(T M ). On sait d’après le corollaire 4.1.19 que g est symplectique.
La distribution V abc est par ailleurs de classe C ∞ pour tout (a, b, c) ∈ G. Cela découle
de l’égalité suivante
(Id − I1 )(Id − I2 ) (Id − I1 )(Id + I2 ) (Id + I1 )(Id − I2 ) (Id + I1 )(Id + I2 )
Id = + +
4 4 4 4
où les quatre opérateurs du membre de droite sont les projections sur les espaces V abc ,
pour (a, b, c) ∈ G. Ceci permet de construire des trivialisations locales du fibré tangent
qui prennent leurs valeurs dans ces espaces. On définit n(a, b, c) comme étant le rang de
la distribution V abc .
D’après le corollaire 4.1.11, la torsion de Nijenhuis de chacun des tenseurs I1 , I2 , I3
est nulle, ce qui implique l’intégrabilité de V abc , pour tout (a, b, c) ∈ G. En effet, étant
donnée une paire (x, y) de sections de V abc , le fait que TI1 (x, y) = 0 s’écrit
i.e.,
I1 ([I1 (x), y] + [x, I1 (y)] − I1 ([x, y])) = [I1 x, I1 y],
et, comme I1 |V abc = (−1)a Id|V abc et I12 = Id, on obtient
Autrement dit, [x, y] est encore dans le sous-espace propre associé à la valeur propre
(−1)a . On raisonne ensuite avec I2 et I3 pour vérifier que [x, y] ∈ V abc et obtenir que
V abc est intégrable. ∏
Localement donc, la variété est isomorphe à (a,b,c)∈G R2n(a,b,c) et via cet isomor-
phisme, les distributions V abc deviennent les distributions tangentes aux composantes
R2n(a,b,c) .
Nous avons ici besoin d’un résultat général sur les formes symplectiques, que nous
ne démontrerons pas. Soient N1 et N2 deux ouverts connexes de R2n1 et R2n2 et ω une
forme symplectique sur N1 × N2 telle que ω(X, Y ) = 0 si X ∈ Tn N1 et Y ∈ Tn N2 pour
tout n ∈ N = N1 × N2 . Alors ω = p∗1 ωN1 + p∗2 ωN2 où pi est la projection de N1 × N2 sur
Ni et ωNi est une forme symplectique sur Ni , i=1,2. Ceci reste vrai pour le produit de
quatre variétés symplectiques. Donc la forme symplectique g est de la forme
∑
g= p∗abc g abc
(a,b,c)∈G
où gabc est une forme symplectique sur R2n(a,b,c) . Par le théorème de Darboux, quitte à
se restreindre à un ouvert de ce dernier espace, on peut supposer que g abc est écrit sous
forme canonique. On en déduit que
∑
ω1 = (−1)a p∗abc g abc
(a,b,c)∈G
∑
ω2 = (−1)b p∗abc g abc
(a,b,c)∈G
∑
ω3 = (−1)c p∗abc g abc
(a,b,c)∈G
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