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Crochets de Poisson et structures hyperkählériennes

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Crochets de Poisson gradués et applications: structures

compatibles et généralisations des structures


hyperkählériennes
Paulo Antunes

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Paulo Antunes. Crochets de Poisson gradués et applications: structures compatibles et généralisations
des structures hyperkählériennes. Mathematics [math]. Ecole Polytechnique X, 2010. English. �NNT :
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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
THÈSE DE DOCTORAT

DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE

Spécialité : MATHÉMATIQUES

Présentée par Paulo ANTUNES

Pour obtenir le titre de

DOCTEUR DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE

Crochets de Poisson gradués et applications :

structures compatibles et généralisations des structures

hyperkählériennes

Soutenue le 4 mars 2010 devant le jury composé de :

Yvette KOSMANN-SCHWARZBACH Directrice de thèse, Professeur des universités honoraire


Vladimir ROUBTSOV Co-Directeur de thèse, Professeur
Paul GAUDUCHON Co-Directeur de thèse, Directeur de recherches CNRS
Janusz GRABOWSKI Rapporteur, Professeur
Olivier SCHIFFMANN Rapporteur, Chargé de recherches CNRS
Friedrich WAGEMANN Examinateur, Maître de conférences habilité
Joana NUNES DA COSTA Examinatrice, Professeur
3

Com o apoio da Fundação para a Ciência e Tecnologia através da Bolsa de Investi-


gação SFRH/BD/16093/2004.
Remerciements

Je voudrais en premier lieu remercier Yvette Kosmann-Schwarzbach et Vladimir


Roubtsov pour avoir dirigé ma thèse et pour m’avoir suggéré les thèmes étudiés dans
ma thèse. Leurs immenses cultures mathématiques m’ont souvent éclairé et m’ont per-
mis de compléter ce travail. Je les remercie tout particulièrement pour leur patience et
leur soutien durant toute cette période.

Je voudrais aussi remercier Paul Gauduchon pour m’avoir accompagné au long de


cette thèse et pour avoir accepté d’être un de mes directeurs de thèse. Je le remercie en
particulier pour sa disponibilité constante, à mon égard, au sein du CMLS.

Je suis très reconnaissant à Janusz Grabowski et Olivier Schiffmann pour avoir ac-
cepté d’établir un rapport sur ma thèse. Je remercie également Joana Nunes da Costa et
Friedrich Wagemann pour avoir intégré mon jury de thèse.

Je remercie tout particulièrement Camille Laurent-Gengoux. Il a toujours cru en


moi, parfois plus que moi-même, et son soutien pendant les derniers mois de la thèse ont
été fondamentaux pour sa conclusion. Sa disponibilité et son énorme générosité m’ont
souvent permis d’atteindre des objectifs que je croyais hors de portée. Merci.

Je tiens aussi à remercier Joana Nunes da Costa pour son soutien et ses encourage-
ments constants durant toutes ces années. Je la remercie en particulier pour son invariable
disponibilté : son opinion et ses conseils, mathématiques ou autres, sont très importants
pour moi.

J’ai préparé cette thèse entre le CMLS et le LAREMA à Angers. Je remercie toutes
les personnes des deux labos qui m’ont accueilli et aidé à progressé dans mes travaux.
J’aimerais ici remercier à nouveau Volodya pour m’avoir soutenu et reçu à Angers. Je
remercie particulièrement Suzanne, Cristina, Ludovic, Rémi et Serge pour les moments
passés à Angers.

Em termos institucionais, agradeço também todo o apoio concedido pelo Departa-


mento de Matemática da Universidade de Coimbra e pelo Centro de Matemática da

5
6 REMERCIEMENTS

Universidade de Coimbra.

À minha família muito obrigado por tudo : pelo apoio, pela compreensão e pela
paciência que sempre me demonstraram. Aos meus pais, em particular, muito obrigado
por terem sempre feito tudo o que podiam, e mais ainda, pelos filhos.

Por fim, Patricia, muito obrigado pelo teu amor, pela tua paciência e pela tua com-
preensão. Sei que nem sempre foi fácil. António, obrigado pela tua alegria dia após dia.
Aos dois, muito obrigado por tudo o que me deram estes últimos anos.

Merci enfin à tous ceux que j’ai oublié. J’espère qu’ils ne se formaliseront pas et qu’ils
me pardonneront ce remerciement collectif.
Table des matières

Introduction 9

Notations 19

1 Approche supergéométrique 21
1.1 Algébroïdes de Lie et approche supergéométrique . . . . . . . . . . . . . . 21
1.1.1 Algébroïdes de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.1.2 Le superfibré ΠA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.1.3 Hamiltoniens sur ΠA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.1.4 Algébroïdes de Lie et hamiltoniens sur ΠA . . . . . . . . . . . . . . 30
1.1.5 Bi, quasi et Courant en approche supergéométrique . . . . . . . . . 32
1.2 Tenseurs et crochets sur (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) . . . . . . . . . . . . . . . . 36
1.2.1 Applications multilinéaires et tenseurs mixtes en grand crochet . . 36
1.2.2 Contraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.2.3 Crochet de Nijenhuis-Richardson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.2.4 Crochet de Schouten-Nijenhuis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.2.5 Dérivée de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.2.6 Crochet de Frölicher-Nijenhuis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

2 Multi-crochets de Courant et algèbre de Rothstein 49


2.1 L’algèbre de Poisson (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.1.1 Connexions et endomorphismes dérivatifs . . . . . . . . . . . . . . 50
2.1.2 Décomposition de Pol(T ∗ (ΠA)) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.2 Multi-crochets de quasi-Courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.3 Algèbre de Rothstein . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.4 Théorèmes d’isomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.4.1 Morphisme de Poisson entre R(E) et C(E) . . . . . . . . . . . . . 66
2.4.2 Lien avec Pol(T ∗ (ΠA)) : cas E = A ⊕ A∗ . . . . . . . . . . . . . . 67
2.5 Structure bicroisée d’algèbres de Lie graduées . . . . . . . . . . . . . . . . 71

7
8 TABLE DES MATIÈRES

3 Structures compatibles 75
3.1 Algébroïdes de Lie compatibles et bigébroïdes de Lie . . . . . . . . . . . . 76
3.1.1 Algébroïdes de Lie compatibles et bicomplexes . . . . . . . . . . . 76
3.1.2 Déformation par un bivecteur de Poisson . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.1.3 Déformation par un tenseur de Nijenhuis . . . . . . . . . . . . . . . 81
3.1.4 Compatibilités de tenseurs de degré 2 . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.2 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.2.1 Définition et cas particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.2.2 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et géométrie généralisée . . . . . 94
3.2.3 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et quasi-bigébroïdes de Lie . . . . 100
3.2.4 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et tenseurs (de degré 2) compatibles101

4 Structures para-hypersymplectiques 105


4.1 Définitions et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.1.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.1.2 P Ω, P N et ΩN -structures induites . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.1.3 Cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.1.4 Structure PHS comme paire de ΩN -structures . . . . . . . . . . . . 120
4.2 Exemples du type ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 : équations de Monge-Ampère . . . . . . . 120
4.2.1 Lien avec l’équation de Monge-Ampère. . . . . . . . . . . . . . . . 122
4.3 Exemples du type ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
4.3.1 Exemples du type hyperproduit : ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1. . . . . . . . . . 125
4.3.2 Exemples du type para-hyperproduit : ϵ1 = ϵ2 = −1 et ϵ3 = 1. . . . 128
Introduction

L’étude des algèbres de Poisson - dont l’exemple le plus classique est l’algèbre des
fonctions sur un fibré cotangent - a mis en évidence de nombreuses autres structures
algébriques (crochet de Schouten-Nijenhuis des multivecteurs, complexe de Koszul, algé-
broïdes et bigébroïdes de Lie, crochet de Courant, et leurs “déformations” éventuelles).
Mais toutes ces structures peuvent elles-mêmes être reconstruites à l’aide d’une struc-
ture de Poisson que l’on appelle le “grand crochet”, qui n’est au fond qu’une structure
de Poisson du type le plus classique, à savoir le crochet sur un fibré cotangent, à ceci
près que l’on doit considérer le fibré cotangent d’une supervariété. L’objet principal de
cette thèse est de convaincre le lecteur que ce grand crochet est en effet le bon outil :
non seulement les structures précédemment mentionnées s’expriment à l’aide du grand
crochet, mais celui-ci permet d’écrire, de façon remarquablement simple, les déformations
et compatibilités de ces structures, et la démonstration de nombre de leurs propriétés se
réduit à quelques manipulations algébriques.
Nous divisons cette introduction en deux parties. Dans la première, nous tentons de
donner au lecteur une idée de ce qu’est le grand crochet, d’abord en expliquant brièvement
son origine, puis en faisant quelques calculs en coordonnées. Enfin nous montrons, à titre
d’exemple, combien simples sont les conditions de compatibilités entre algébroïdes et
entre tenseurs lorsqu’exprimées à l’aide du grand crochet.
La seconde partie est un résumé de la thèse.

Présentation du grand crochet


Historique succinct
Le grand crochet a d’abord été introduit en algèbre multilinéaire, dans ce qui corres-
pond, rétrospectivement, au cas d’un fibré vectoriel de base M , où M est un point. La
définition de ce crochet est dans ce contexte assez simple : étant donné un espace vectoriel
E, une forme bilinéaire < ., ∧
. > s’étend de façon unique par bidérivation en un crochet
de Poisson de degré −2 sur • E. Ce crochet de Poisson a été introduit par Kostant et
Sternberg dans [31] et par Henneaux dans [16]. Lorsque E = V ⊕ V ∗ est muni de son
produit scalaire canonique (non-positif), le crochet de Poisson ainsi obtenu a été appelé
“grand crochet” par Kosmann-Schwarzbach [21]. Elle justifie ce nom en montrant, après
les travaux de Lecomte et Roger [33] sur les bigèbres de Lie, que ce crochet permet non
seulement de retrouver sous forme de crochet dérivé [25] diverses structures algébriques

9
10 INTRODUCTION

comme les algèbres de Lie, mais encore d’exprimer les compatibilités de ces structures.
Elle exprime ainsi de manière compacte et élégante ce qu’est une (quasi-, proto-) bigèbre
de Lie. Ce que cette construction a de remarquable
∧ est que les structures algébriques
deviennent simplement des éléments de • (V ⊕ V ∗ ) et que les diverses compatibilités
requises deviennent des relations de commutation entre ces éléments.
Pour passer des structures d’algèbre de Lie aux structures d’algébroïde de Lie, il faut,
pour commencer, remplacer l’espace vectoriel E par un fibré vectoriel A → M . Mais,
contrairement à ce que∧ l’on pourrait croire, il ne suffit pas de faire la même construction
point par point sur • (A ⊕ A∗ ). Par exemple, ainsi que le fait remarquer Roytenberg,
(voir section 3.2 de [44]), une structure d’algébroïde de Lie sur A ne peut pas être
encodée dans un tel espace. La clef permettant de généraliser ∧ aux fibrés vectoriels est de
remarquer que dans le cas des espaces vectoriels, l’algèbre • (V ⊕ V ∗ ) est l’algèbre des
fonctions sur T ∗ (ΠV ), où ΠV est l’espace vectoriel V considéré comme une supervariété
purement impaire. Sous cette identification le grand crochet est simplement le crochet
de Poisson canonique de l’espace cotangent. Si l’on considère à présent le fibré vectoriel
A → M , il est alors naturel de définir le grand crochet comme étant le crochet de
Poisson canonique sur l’algèbre C ∞ (T ∗ (ΠA)) des fonctions sur le cotangent T ∗ (ΠA) de
la supervariété ΠA. On rappelle que ΠA est la supervariété dont M est la variété de
base M et dont les sections de A ⊕ A∗ → M sont des coordonnées impaires. Roytenberg
a utilisé cet outil pour étendre des algèbres de Lie aux algébroïdes de Lie les résultats
de Lecomte, Roger et Kosmann-Schwarzbach et donner ainsi des caractérisations simples
des (quasi-, proto-)bigébroïdes de Lie. Comme dans le cas des algèbres de Lie, ce que
cette construction a de remarquable est que les structures algébriques deviennent des
fonctions sur T ∗ (ΠA), et que les diverses compatibilités requises deviennent des relations
de commutation entre ces fonctions. Dans la suite de ce texte, nous appellerons souvent
les éléments de C ∞ (T ∗ (ΠA)) les hamiltoniens sur ΠA.

Le grand crochet en coordonnées locales.


Le grand crochet est, par définition, le crochet de Poisson canonique sur le cotangent
de la supervariété ΠA → M . Pour donner au lecteur une idée de ce que peut être un tel
objet, nous allons en donner l’expression explicite lorsque A est le fibré trivial de rang n
sur Rm . Comme tout fibré vectoriel est localement isomorphe à un tel objet, ce que nous
décrivons dans les lignes qui suivent est aussi la description locale du grand crochet.
L’algèbre des fonctions sur ΠA est, en ce cas, l’algèbre engendrée par les coordonnées

(x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n ),

où les coordonnées x1 , . . . , xm sont paires et les coordonnées ξ 1 , . . . , ξ n sont impaires. On


rappelle qu’une coordonnée paire commute avec toutes les autres et que deux coordonnées
impaires anti-commutent :

xi xj = xj xi , xi ξj = ξj xi , ξi ξj = −ξj ξi .
11

L’algèbre des fonctions sur T ∗ (ΠA) est alors l’algèbre engendrée par les coordonnées

(x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n , p1 , . . . , pm , θ1 , . . . , θn ),

où les coordonnées moment p1 , . . . , pm sont paires et les coordonnées moment θ1 , . . . , θn


sont impaires.
En termes de ces coordonnées locales, le grand crochet s’écrit
∂f ∂g ∂f ∂g ∂f ∂g ∂f ∂g
{f, g} = i
− (−1)|f||g| i
+ a
− (−1)|f||g| ,
∂pi ∂x ∂x ∂pi ∂θa ∂ξ ∂ξ a ∂θa
pour toutes les fonctions f, g ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)), de parité |f| et |g|.
On peut encore définir le grand crochet comme l’unique bidérivation graduée qui
vérifie
 { i a} { i }
 x , ξ = x , θa = {pi , ξ a } = {pi , θa } = 0
 {xi , xj } = {ξ a , ξ b } = {p , p } = {θ , θ } = 0

i, j ∈ {1, . . . , m}
{ } j
i j a b


j
p , x = δi a, b ∈ {1, . . . , n}
 { i b}
θa , ξ = δab

où δ est le symbole de Kronecker.


On vérifie que l’antisymétrie graduée ainsi que les identités de Jacobi et Leibniz
graduées sont satisfaites, donc que le grand crochet est un crochet de Poisson gradué.
Contrairement au crochet de Poisson usuel, le crochet d’une fonction impaire avec
elle-même n’est pas forcément nul. Néanmoins la relation {µ, µ} = 0 est satisfaite, par
exemple, pour les fonctions suivantes

1. n = m et µT = ni=1 ξ i pi ,

2. m = 0 et µg = na,b,c=1 Cabc ξ a ξ b θ , où les C c sont les constantes de structure d’une
c ab
algèbre de Lie g.

Simplicité du calcul en grand crochet


Le notion d’algébroïde de Lie ([43], voir aussi [36]) est la “plus petite” notion natu-
relle qui admet comme cas particuliers algèbres de Lie et fibrés tangents à des variétés
différentielles. Par définition, un algébroïde de Lie est un crochet de Lie sur l’espace des
sections d’un fibré vectoriel A → M défini par un opérateur bi-différentiel du premier
ordre, ce qui revient à dire qu’il existe une application ρ : A → T M , appelée ancre, telle
que
[a, f b] = (ρ(a) · f ) b + f [a, b]
pour tous f ∈ C ∞ (M ), a, b ∈ Γ(A). Par exemple, une algèbre de Lie est un algébroïde
de Lie où M est un point, et, pour toute variété M , le crochet des champs de vecteurs
munit le fibré tangent T M → M d’une structure d’algébroïde pour laquelle l’ancre est
l’identité. Ceci inclut les catégories des algèbres de Lie et des variétés dans la catégorie des
algébroïdes de Lie. Les objets usuels du calcul de Cartan (produit intérieur, différentielle
de de Rham, dérivée de Lie . . . ) se généralisent à tout algébroïde de Lie. Le crochet
12 INTRODUCTION

[., .]F N de Frölicher-Nijenhuis, défini sur l’espace Ω• (M, T M ) des formes sur M à valeurs
dans le fibré tangent, se généralise lui aussi aux algébroïdes de Lie.
Pour définir un algébroïde de Lie, il faut donc deux opérations : une ancre A → T M
et un crochet sur Γ(A). Mais un algébroïde de Lie sur A → M est déterminé, en termes du
grand crochet, par une unique fonction µ sur T ∗ ΠA qui vérifie la relation de commutation
{µ, µ} = 0. Par exemple, les fonctions µT et µg (voir la fin du paragraphe précédent)
correspondent, respectivement, à l’algébroïde de Lie des champs de vecteurs sur T Rn et
à l’algèbre de Lie g.
Illustrons la facilité avec laquelle ce dernier point de vue permet de résoudre, sans
calcul fastidieux, divers problèmes, à travers le cas d’une déformation d’un algébroïde de
Lie par un morphisme N : A → A (au dessus de l’identité de M ). En transportant la
structure d’algébroïde de Lie par etN , le terme que l’on obtient au premier ordre en t,
est un nouveau crochet sur Γ(A) donné par

[a, b]N = [N a, b] + [a, N b] − N [a, b]

pour tous a, b ∈ Γ(A). La question est de savoir quand ce nouveau crochet définit à son
tour une structure d’algébroïde de Lie. Il est facile de voir, que, lorsque tel est le cas,
l’ancre ne peut être que l’application ρ ◦ N , mais l’identité de Jacobi n’est pas a priori
satisfaite. Écrire une condition nécessaire et suffisante sur N pour qu’elle le soit n’est pas
chose aisée : si l’on prend des coordonnées locales et un triplet de sections arbitraires, on
obtient certes des équations, mais comment les interpréter ?
En terme de grand crochet, la condition nécessaire et suffisante s’écrit de façon parti-
culièrement simple. La fonction sur T ∗ ΠA qui correspond au crochet [., .]N est la fonction
{N, µ}, laquelle est, ainsi que nous venons de le voir, un algébroïde de Lie si et seulement
si elle commute avec elle-même :

{{N, µ} , {N, µ}} = 0, (1)

(où on a noté N et µ les fonctions sur T ∗ (ΠA) qui encodent le morphisme N et la


structure d’algébroïde de Lie sur A).
Par ailleurs, dans la littérature (voir [29]), on trouve qu’une condition suffisante pour
que [., .]N soit un crochet d’algébroïde de Lie est que le crochet de Frölicher-Nijenhuis de
N avec lui-même, [N, N ]F N = 0, soit nul, ce qui, comme nous le verrons, en termes du
grand crochet, s’écrit sous la forme :
{ }
{N, {N, µ}} = N 2 , µ .

Comme le grand crochet vérifie l’identité de Jacobi graduée et que {µ, µ} = 0, la condition
(1) est automatiquement satisfaite dans ce cas. Ceci justifie le caractère suffisant de la
condition [N, N ]F N = 0 pour que [., .]N soit un crochet d’algébroïde de Lie.
13

Plan et résumé de la thèse


Chapitre 1
Dans la première partie du chapitre nous rappelons les définitions des algébroïdes de
Lie dans l’approche supergéométrique et du grand crochet. Nous montrons comment les
différentes structures d’algébroïde de Lie, de bigébroïde de Lie et d’algébroïde de Courant
s’expriment en ces termes. Dans la seconde partie nous reconstruisons, à partir du grand
crochet, soit comme restriction, soit comme crochet dérivé [25], un certain nombre de
crochets usuels : le crochet de Nijenhuis-Richardson, le crochet de Schouten-Nijenhuis
et le crochet de Frölicher-Nijenhuis. L’écriture de ce dernier en termes du grand crochet
est particulièrement simple et, pour autant que nous le sachions, originale. Donnons
quelques détails. Le crochet de Frölicher-Nijenhuis est une structure d’algèbre∧• ∗de Lie
graduée sur les (k, 1)-tenseurs antisymétriques, c’est-à-dire les sections de ∧ A ⊗ A.
Son expression explicite,
∧l pour les sections décomposables K = ωK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A)
et L = ωL ⊗ XL ∈ Γ( A∗ ⊗ A), est donnée par la formule

[K, L]F N = (ωK ∧LXK ωL )⊗XL +(−1)k (dωK ∧iXK ωL )⊗XL −(−1)kl (ωL ∧LXL ωK )⊗XK
− (−1)k(l+1) (dωL ∧ iXL ωK ) ⊗ XK + ωK ∧ ωL ⊗ [Xk , XL ] .

Nous démontrons le théorème suivant

THÉORÈME Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et µ la fonction sur T ∗ (ΠA)
correspondante. En termes du grand crochet :

[K, L]F N = {{K, µ} , L} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} ,


∧ ∧
pour toutes les sections K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A).

On remarque que le premier terme dans l’expression de [K, L]F N , à savoir {{K, µ} , L},
est exactement la formule que l’on utilise pour définir ∧un crochet dérivé. Mais le crochet
dérivé est défini sur une sous-algèbre commutative, or • A∗ ⊗ A ne l’est pas. En particu-
lier l’expression {{K, µ} , L} n’est pas antisymétrique. Au contraire, l’identité de Jacobi
donne que
{{K, µ} , L} = {K, {µ, L}} + (−1)l+1 {{K, L} , µ}
Le deuxième terme, à savoir {iL K, µ} corrige ce défaut d’antisymétrie puisque
{K, L} = iK L − (−1)(k−1)(l−1) iL K, ce qui implique bien l’antisymétrie graduée de
[., .]F N . Autrement dit, la formule du théorème ci-dessus est un crochet dérivé, mais
adapté au cas où la sous-algèbre n’est pas commutative.

Chapitre 2
Essentiellement, ce chapitre regroupe, complète, relie et étend des résultats épars
dans la littérature à propos des diverses constructions de l’algèbre de Poisson que définit
14 INTRODUCTION

le grand crochet. Autrement dit nous mettons en évidence le diagramme commutatif


suivant d’algèbres de Poisson graduées


=
Pol(T ∗ (ΠA)) / P
I


= ∇ ∼
=
 ∼ 
b ⊕ A∗ ) = / R(A ⊕ A∗ )
C(A ∇


– Pol(T ∗ (ΠA)) est l’algèbre des fonctions polynomiales (en les variables de la fibre)
sur T ∗ (ΠA), muni du grand crochet,
– P est l’algèbre graduée libre engendrée par les fonctions de Pol(T ∗ (ΠA)) de degré
total 0, 1 et 2, et I est un idéal de Poisson engendré
(∧par des relations de degré
) 2.

⊕ k ∗
– R(A ⊕ A ) est l’algèbre des sections de r=2p+k (A ⊕ A ) ⊗ S (T M ) . Si on
p


fixe une connexion ∇ sur A, on définit sur R(A ⊕ A ) une structure d’algèbre de
Poisson graduée, dite algèbre de Rothstein.
b ⊕ A∗ ) est la sous-algèbre de Poisson des multi-crochets de quasi-Courant en-
– C(A
gendrée par les élément de degré 0, 1 et 2.
Les isomorphismes PI → Pol(T ∗ (ΠA)) et PI → R(A ⊕ A∗ ) sont dûs à Roy-
tenberg [45]. Nous détaillons ces constructions en explicitant le crochet de Poisson
sur PI et montrons que l’image de PI par l’isomorphisme annoncé par Royten-
berg [45] est bien l’algèbre de Rothstein. L’isomophisme C(A b ⊕ A∗ ) → R(A ⊕ A∗ ) est
dû à Keller et Waldmann [18]. Nous construisons un morphisme d’algèbres de Poisson
Pol(T ∗ (ΠA)) → C(Ab ⊕ A∗ ), montrons que le diagramme ainsi formé est commutatif et
concluons alors que ce morphisme est bijectif.
Nous finissons ce chapitre en vérifiant que, lorsque la connexion fixée sur A est plate,
le grand crochet est le crochet de l’algèbre bicroisée [40, 28] des deux sous-algèbres de
Lie de R(A ⊕ A∗ ) suivantes
⊕ (( ∧k+1 )) ⊕ (∧k )
Γ ( A∗ ) ∧ A et Γ A∗ ⊗ T M .
k∈Z k∈Z

Chapitre 3
Dans la première partie de ce chapitre, nous écrivons à l’aide du grand crochet di-
vers types compatibilités entre structures (évoquées au chapitre 1) et divers types de
déformations, par des tenseurs, donnant des structures compatibles. L’idée générale est
la suivante : les structures sont des hamiltoniens sur ΠA de degré 3 et les déformations
se font par des hamiltoniens de degré 2. Les structures sont compatibles si leurs hamil-
toniens commutent et les déformations par les tenseurs H et H ′ donnent des structures
compatibles sous certaines conditions exprimables sous la forme [H, H ′ ]F N = 0. On unifie
15

ainsi divers types de compatibilités bien connues : compatibilité entre structures de Pois-
son (qui apparaît dans les systèmes intégrables), compatibilités à la Magri et Morosi [38]
entre bivecteur de Poisson, formes pré-symplectiques et tenseurs de Nijenhuis, paire de
Hitchin (définies par Crainic [8]), 2-formes complémentaires de Vaisman [60]. On tra-
duit toutes ces compatibilités en termes du grand crochet et on vérifie certaines relations
entre ces compatibilités. Cette section n’introduit pas à proprement parler de nouvelles
notions, mais unifie en un même langage toutes ces compatibilités entre tenseurs.
Dans la deuxième partie de ce chapitre on étudie la généralisation suivante de la
compatibilité entre un bivecteur de Poisson et un (1, 1)-tenseur.

DÉFINITION Une structure de Poisson quasi-Nijenhuis∧2 avec flux sur un algébroïde


∧ de
Lie A est un quadruplet (π, N, ψ, H) où π ∈ Γ( A), N ∈ Γ(A ⊗ A ∗ ), ψ ∈ Γ( 3 A∗ ) et

H ∈ Γ( 3 A∗ ) sont tels que N ◦ π ♯ = π ♯ ◦ t N , dψ = 0, dH = 0 et vérifient les conditions
suivantes : 

 π est un bivecteur de Poisson,

Cπ,N (α, β) = 2 iπ♯ α∧π♯ β H,

 T (X, Y ) = π ♯ (iN X∧Y H − iN Y ∧X H + iX∧Y ψ),
 N
dN ψ = dH,
pour tous X, Y ∈ Γ(A), α, β ∈ Γ(A∗ ), où H est la 3-forme définie par
H(X, Y, Z) = X,Y,Z H(N X, N Y, Z),
pour tous X, Y, Z ∈ Γ(A).

Pour H = 0, on retrouve la définition d’une structure de Poisson quasi-Nijenhuis [52]


et si, de plus, Ψ = 0, alors on retrouve une structure de Poisson Nijenhuis [38].
Cette section a fait l’objet d’une publication [1] dont les principaux résultats sont les
suivants. Tout d’abord, voir théorème 3.2.12, les structures complexes généralisées [14]
sont des exemples de structures de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux. Il en va de même
si, au lieu des structures complexes, on considère des structures produits (c’est-à-dire de
carré égal à Id) ou des structures sous-tangentes (c’est-à-dire de carré nul). Un deuxième
résultat associe une structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux à toute paire (π, ω),
où π est un bivecteur de Poisson et ω est une 2-forme quelconque.

THÉORÈME Soient π un bivecteur de Poisson, ω une 2-forme et considérons


N = π ♯ ◦ ω ♭ et ωN = ω(N., .). Le quadruplet (π, N, dωN , −dω) est une structure de Pois-
son quasi-Nijenhuis avec flux sur A.

Dans la lignée de [52, 7] qui interprètent les structures complexes généralisées ou


les structures de Poisson quasi-Nijenhuis en termes de quasi-bigébroïdes de Lie, nous
démontrons aussi le théorème suivant.

THÉORÈME Si (π, N, ψ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux sur
A alors (A∗π , dH
N , ψ +iN H) est un quasi-bigébroïde de Lie, où dN (α) = dN (α) − iπ ♯ (α) H,
H

pour tout α ∈ Γ(A ).∗


16 INTRODUCTION

Chapitre 4
Ce chapitre est consacré aux structures para-hypersymplectiques qui, comme nous le
verrons, sont riches en structures compatibles.

DÉFINITION Une structure para-hypersymplectique est un quadruplet (A, ω1 , ω2 , ω3 )


où A est un algébroïde de Lie et ω1 , ω2 et ω3 sont des A-formes symplectiques telles que
les tenseurs I1 , I2 et I3 définis par

Ij = (ωj−1 ♭ )−1 ◦ ωj+1 ♭ , j = 1, 2, 3,

vérifient
Ij 2 = ϵj IdA , avec ϵj = ±1, j = 1, 2, 3.
On abrégera parfois la notation et on écrira PHS au lieu de para-hypersymplectique.

Par construction, l’application Ij est ce que l’on appelle le tenseur de passage de ωj−1
à ωj+1 , pour tout j = 1, 2, 3.
Les structures hyperkähleriennes sont clairement des exemples de structures PHS
telles que J12 = J22 = J32 = −Id.
Dans ce chapitre, nous commençons par vérifier que

ϵ3 ω1 (J1 ., .) = ϵ1 ω2 (J2 ., .) = ϵ2 ω3 (J3 ., .)

et que l’application bilinéaire g(., .) ainsi obtenue est symétrique non dégénérée si
ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 et symplectique sinon.
On résume les relations entre les quatre formes bilinéaires ω1 , ω2 , ω3 et g par le dia-
gramme suivant
ωD 35
55
55
55
ϵ2 I3 55
55
I2 55I1
 55
7 g gOO 55
oo OOO 55
ϵ3 I1 oooo O OOO 55
o o
oo ϵ1 I2 OOOO55
oo oo 
ω1 ω2
I3


– les sommets sont considérés comme des morphismes de A dans A∗ ;
– les flèches sont des morphisme de A dans A ;
– une flèche I relie le morphisme F au morphisme G si F ◦ I = G.
Il découle en particulier du diagramme que, pour i ̸= j, Ii et Ij commutent si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1
et anti-commutent sinon.
Nous associons à une structure PHS une série de P Ω-structures. Nous résumons dans
la proposition suivante plusieurs propositions que nous démontrons au long du chapitre
(pour le premier point, voir proposition 4.1.8, pour le second voir proposition 4.1.20).
17

PROPOSITION Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS, et π1 , π2 , π3 les trois struc-


tures de Poisson associées à ω1 , ω2 , ω3 .
1. Pour tous i ̸= j ∈ {1, 2, 3}, (πi , ωj ) est une P Ω-structure ;
2. Si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, alors (πi , g) est une P Ω-structure pour i = 1, 2, 3.

On note que, par des résultats du chapitre 3, chacune de ces P Ω-structures induit
une P N et une ΩN -structure, que nous détaillerons au long de ce chapitre.
Une autre conséquence de cette proposition est que I1 , I2 et I3 sont des tenseurs de
Nijenhuis. On démontre en fait que, plus généralement :

THÉORÈME Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tous j, k ∈ {1, 2, 3},

[Ij , Ik ]F N = 0.

Ce théorème est loin d’être évident, et, d’ailleurs, sa preuve n’est pas du tout la même
selon que ϵ1 ϵ2 ϵ3 vaut 1 ou −1.
Nous donnons ensuite un théorème qui montre qu’une structure PHS peut être consi-
dérée comme une paire de ΩN -structures compatibles en un certain sens.

THÉORÈME Un quadruplet (A, ω1 , ω2 , ω3 ) est une structure PHS si et seulement si


(ω1 , I2 ) et (ω2 , I1 ) sont des ΩN -structures telles que
 2
 Ij = ϵj idA , j = 1, 2
ω ♭ ◦ I2 = ω2 ♭ ◦ I1
 1
I1 ◦ I2 = ϵ1 ϵ2 ϵ3 I2 ◦ I1 .

À partir d’une paire de ΩN -structures comme ci-dessus, on retrouve ω3 et I3 de la


façon suivante {
ω3 ♭ = ω1 ♭ ◦ I2
I3 = ϵ2 I2 ◦ I1 .

Nous discutons ensuite certains exemples, en distinguant les différents cas de struc-
tures PHS. Dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, nous nous plaçons sur R4 et nous associons des
équations de type Monge-Ampère à des structures PHS. Dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, nous
donnons des exemples, et proposons une classification dans le cas ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1, qui
consiste à donner un isomorphisme entre un voisinage d’un point de M et le produit
de quatre ouverts de quatre espaces vectoriels symplectiques ; les formes ω1 , ω2 , ω3 sont
ensuite construites en prenant des combinaisons linéaires bien choisies, à coefficients dans
{−1, +1}, de ces formes.
Notations

Au long de ce texte nous considérerons


– M une variété différentielle de dimension m ;
π
– A −→ M un fibré vectoriel de rang n (de fibre F ) ;
– (U ; x1 , . . . , xm ) une carte locale de M ;
– (θ1 , . . . , θn ) une 1 n ∗
k
∧k base de l’espace vectoriel F et (ξ , . . . , ξ ) la base duale de F ;
– X (A) := ⊕ Γ( A) l’espace des A-multivecteurs homogènes de degré k ;

– X (A) := k≥0 Xk (A) l’espace des A-multivecteurs ;

– Ωk (A) := ⊕ Γ( k A∗ ) l’espace des A-formes homogènes de degré k ;
– Ω• (A) := k≥0 Ωk (A) l’espace des A-formes ;
– A(A) est l’algébroïde d’Atiyah de A ;
– D(A) = Γ(A(A)) est l’espace vectoriel des endomorphismes dérivatifs de A ;
– EndA sont les endomorphismes du fibré vectoriel A → M ;
– [., .]com est le commutateur gradué d’endomorphismes sur un espace vectoriel gradué
V défini par
[F, G]com = F ◦ G − (−1)|F ||G| G ◦ F.
Si V n’est pas gradué, on considère que tous les éléments sont de degré 0 ;

Toutes les structures apparaissant dans ce texte (variétés, fibrés, etc. . . ) sont consi-
dérées de classe C ∞ .
On utilise, en règle générale, la convention d’Einstein au long de ce texte.

19
Chapitre 1

Approche supergéométrique

Complétant et généralisant les résultats de Lecomte et Roger [33], dans [21] Kosmann-
Schwarzbach montre que le grand crochet, sur le double E ⊕ E ∗ d’un espace vectoriel E,
permet d’encoder les structures usuelles telles que algèbres et bigèbres de Lie et aussi leurs
versions plus faibles (quasi- et proto-). Les crochets de ces structures sont alors obtenus
comme des crochets dérivés (voir [25]) du grand crochet. Dans [44], Roytenberg généralise
les résultats de [21] à un fibré vectoriel A → M et aux structures d’algébroïde de Lie et
autres structures associées (bi-, quasi- et proto-). Pour cela Roytenberg (voir aussi [57])
remarque que E ⊕ E ∗ ≃ T ∗ (ΠE) et que dans le cas d’un fibré vectoriel A → M le cadre
correct pour généraliser les résultats de [21] est T ∗ (ΠA) muni du crochet de Poisson
canonique.
Dans la première partie de ce chapitre nous allons exposer les principaux résultats
de [44]. On commence par rappeler la définition et les propriétés principales d’une struc-
ture d’algébroïde de Lie sur un fibré vectoriel A → M . Puis, reprenant les résultats
de [62] et [44], on introduit le cadre supergéométrique, c’est-à-dire T ∗ (ΠA) muni du
grand crochet, et on vérifie comment les structures d’algébroïde de Lie (et leurs struc-
tures associées) s’expriment dans ce cadre. ∧
Dans la deuxième partie de ce chapitre, on s’intéresse à l’espace vectoriel Γ( • A∗ ⊗A)
des A-formes à valeurs vectorielles. On exprime,
∧ dans le cadre supergéométrique, plusieurs
crochets et opérateurs classiques sur Γ( • A∗ ⊗ A), en particulier le crochet de Frölicher-
Nijenhuis [10].

1.1 Algébroïdes de Lie et approche supergéométrique


Dans cette section, nous allons introduire le cadre supergéométrique dans lequel nous
exprimerons les structures d’algébroïde de Lie et autres structures associées : bigébroïdes
de Lie, quasi-bigébroïdes de Lie et algébroïdes de Courant. Commençons par rappeler la
définition et les propriétés fondamentales d’un algébroïde de Lie.

21
22 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

1.1.1 Algébroïdes de Lie


Considérons M une variété différentielle. Une structure d’algébroïde de Lie sur un
π
fibré vectoriel A → M est un couple (ρ, [., .]) tel que
– l’ancre ρ : A −→ T M est un morphisme de fibrés vectoriels, au dessus de l’identité
de M ,
ρ
AA / TM
AA y y
AAπ yy
AA yy
A y| y
M

– le crochet [., .] est un crochet de Lie sur l’espace des sections ΓA,
et la règle de Leibniz
[X, f Y ] = f [X, Y ] + (ρ(X) · f ) Y
est vérifiée quelles que soient la fonction f ∈ C ∞ (M ) et les sections X, Y ∈ ΓA.
Exemples:
1. Le fibré tangent est évidemment un exemple d’algébroïde de Lie.

T ME
id / TM
EE y y
EEπ π yy
EE yy
E" y| y
M

2. Une algèbre de Lie g est également un algébroïde de Lie. Dans ce cas, M = {∗} est
un point et l’ancre est l’application nulle.

3. Si π est un bivecteur de Poisson de M (i.e., π ∈ Γ( 2 T M ) tel que [π, π]SN = 0, où
[., .]SN est le crochet de Schouten-Nijenhuis, voir le paragraphe 1.2.4), alors T ∗ M
a une structure d’algébroïde de Lie, d’ancre π ♯ ,

π♯ / TM
T ∗ MF
FF y y
FF y
FF yyy
F# y| y
M

où on définit π ♯ : T ∗ M → T M en posant π ♯ (α) = iα (π), pour tout α ∈ Γ(T ∗ M ).


Le crochet de Lie sur Γ(T ∗ M ) est défini par

[α, β]π = Lπ# (α) β − Lπ# (β) α − d(π(α, β)),

pour tous α, β ∈ Γ(T ∗ M ) et où LX = [iX , d]com est la dérivée de Lie dans la


direction de X ∈ Γ(T M ).
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 23

Soit (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie. On définit la différentielle extérieure


d : Ω• (A) → Ω•+1 (A) en posant pour tout η ∈ Ωk (A),


k
dη(X0 , . . . , Xk ) := ci , . . . , Xk )
(−1)i ρ(Xi ) · η(X0 , . . . , X
i=0
∑ ( )
+ ci , . . . , X
(−1)i+j η [Xi , Xj ] , X0 , . . . , X cj , . . . , Xk , (1.1)
0≤i<j≤k

où X0 , . . . , Xk ∈ Γ(A) et où le symbole b au dessus d’un terme signifie que ce terme est


omis.

PROPOSITION 1.1.1 Soit (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie.


1. L’opérateur d est une dérivation de degré 1 de l’algèbre extérieure (Ω• (A), ∧), i.e.,

d(η ∧ ζ) = dη ∧ ζ + (−1)k η ∧ dζ, ∀η ∈ Ωk (A), ζ ∈ Ω• (A).

2. L’opérateur d est un opérateur de cohomologie, i.e.,

d2 = 0.

La définition (1.1) de d en fonction de ρ et [., .] est en quelque sorte réversible car on


peut définir ρ et [., .] en fonction de d :
{
ρ(X) · f = df (X)
(1.2)
< [X, Y ] , η >= ρ(X) · η(Y ) − ρ(Y ) · η(X) − dη(X, Y ),

pour tous X, Y ∈ Γ(A), η ∈ Γ(A∗ ) et f ∈ C ∞ (M ).


L’équivalence entre d et le couple (ρ, [., .]) est précisée dans le théorème suivant.
π
THÉORÈME 1.1.2 ([36]) Soit A → M un fibré vectoriel. Les relations (1.2) définissent
une correspondance biunivoque entre les structures d’algébroïde de Lie sur A, (ρ, [., .]), et
les dérivations de degré 1 de (Ω• (A), ∧), d : Ω• (A) → Ω•+1 (A), qui vérifient d2 = 0.

1.1.2 Le superfibré ΠA
π
Soit A −→ M un fibré vectoriel de fibre F , où F est un espace vectoriel de dimen-
sion finie. Dans cette section nous allons construire le superfibré vectoriel ΠA. Cette
construction est faite localement dans chacune des cartes locales d’un atlas de A, mais
on vérifie qu’elle ne dépend pas de la carte locale considérée et qu’elle peut ainsi être
étendue globalement à A.

Considérons un atlas de M formé par des cartes locales (U ; x1 , . . . , xm ) et considérons


une base (ξ 1 , . . . , ξ n ) de l’espace vectoriel dual F ∗ . On définit une structure de variété
24 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

différentielle sur A, l’espace total du fibré vectoriel, en considérant les cartes locales
(π −1 (U ); x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n ), où par un abus de notation on note x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n
les fonctions { i
x̂ = xi ◦ proj1 ◦ ϕ, i = 1, . . . , m
ξˆa = ξ a ◦ proj2 ◦ ϕ, a = 1, . . . , n.
Dans les formules précédentes, ϕ : π −1 (U ) → U × F est l’homéomorphisme provenant de
π
l’atlas du fibré vectoriel A → M et proj1 (resp. proj2 ) est la projection de U × F sur le
premier facteur (resp. sur le deuxième facteur).
Dans chacune des cartes locales (π −1 (U ); x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n ) de l’atlas considéré
sur A, attribuons un poids aux fonctions coordonnées : 0 pour les coordonnées corres-
π
pondant à la base M et 1 pour les coordonnées correspondant à la fibre de A −→ M .
Ainsi, si on note w(f ) le poids de f , on a :

w(xi ) = 0 et w(ξ a ) = 1, ∀i = 1, . . . , m, ∀a = 1, . . . , n.

Il est évident qu’un changement de coordonnées dans cet atlas respecte le poids des
coordonnées.
En outre, on peut définir la parité d’une fonction coordonnée en accord avec (la parité
de) son poids. Alors l’ensemble des (super)cartes locales (π −1 (U ); x1 , . . . , xm , ξ 1 , . . . , ξ n )
π
munit l’espace total du fibré vectoriel A −→ M d’une structure de supervariété que l’on
note ΠA. Les fonctions coordonnées vérifient

xi xj = xj xi , x i ξ a = ξ a xi et ξ a ξ b = −ξ b ξ a

pour tous i, j = 1, . . . , m et a, b = 1, . . . , n.
Par construction, les fonctions coordonnées de ΠA ont un poids et une parité compa-
tibles, c’est-à-dire qu’une fonction de poids pair (resp. impair) est paire (resp. impaire).
Ainsi, ΠA, muni de cet atlas est une N-variété (voir définition dans [50], voir aussi [62],
[45]), c’est-à-dire une supervariété où l’on associe un poids aux fonctions coordonnées,
tel que le poids d’une fonction est compatible avec sa parité.
Remarque: On démontre que la définition de ΠA ne dépend pas des cartes locales
initialement choisies sur A.

L’espace des fonctions sur ΠA


Soit une fonction f ∈ C ∞ (ΠA). On peut (localement écrire f comme une fonc-
tion des fonctions coordonnées et) développer f comme une série de puissances des
ξ a , a = 1, . . . , n. Mais comme les ξ a anti-commutent, on a

ξ a ξ a = 0, a = 1, . . . , n,

et cette série est en fait une somme (finie) :

f (x, ξ) = f0 (x) + fa (x)ξ a + fa1 a2 (x)ξ a1 ξ a2 + . . . + fa1 ...ak (x)ξ a1 . . . ξ ak (1.3)


1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 25

où a, a1 , . . . , ak sont des indices parcourant {1, . . . , n} et les variables x et ξ représentent


les vecteurs (x1 , . . . , xm ) et (ξ 1 , . . . , ξ n ). Les fonctions fa1 a2 , . . . , fa1 ...ak ∈ C ∞ (M ) véri-
fient
faσ(1) ...aσ(l) = (−1)|σ| fa1 ...al
pour tout l ∈ {2, . . . , k}, où σ est une permutation de {1, . . . , l} de parité |σ|.
Ainsi, tout f ∈ C ∞ (ΠA) s’écrit localement comme∧ dans l’équation (1.3) et peut être
considéré localement comme un élément de C ∞ (U ) ⊗ • (F ∗ ). Donc
⊕ ∧k
C ∞ (ΠA) = Γ( A∗ ) =: Ω• (A).
k≥0

1.1.3 Hamiltoniens sur ΠA


Nous appelons hamiltonien sur ΠA une fonction (à valeurs réelles) sur T ∗ (ΠA). Dans
ce paragraphe nous introduisons la structure de N-variété sur T ∗ (ΠA) induite par la
structure de N-variété sur ΠA, puis nous définissons le poids et le bidegré d’un hamilto-
nien sur ΠA. Enfin, nous introduisons la structure symplectique canonique sur T ∗ (ΠA)
et le grand crochet qui est le crochet de Poisson canonique sur C ∞ (T ∗ (ΠA)).

Structure de N-variété sur T ∗ (ΠA)


À partir de la structure de supervariété sur ΠA, on peut définir une structure de
supervariété sur T ∗ (ΠA). Considérons l’atlas déjà introduit sur ΠA, ayant pour coordon-
nées locales (xi , ξ a ). Nous allons considérer sur T ∗ (ΠA) l’atlas ayant pour coordonnées
locales (xi , ξ a , pi , θa ), où pi et θa sont les coordonnées moment associées aux coordonnées
xi et ξ a respectivement.
Afin de mieux comprendre ce que sont les coordonnées “moment” pi et θa , procédons
par analogie avec le cas classique (non gradué). Si N est une variété différentielle, on
appelle relèvement hamiltonien de Γ(T N ) à C ∞ (T ∗ N ) l’application

h : Γ(T N ) → C ∞ (T ∗ N )
v 7→ h(v)

tel que, pour tout αx ∈ Tx∗ N , on ait h(v)(αx ) =< α, v(x) >. Dans notre cas on pré-
tend définir le relèvement hamiltonien quand N est une supervariété (plus précisément
N = ΠA). Localement, on définit le relèvement hamiltonien (par analogie avec le cas
non-gradué) en posant

h : Γ(T (ΠA)) → C ∞ (T ∗ (ΠA))


∂ ∂ (1.4)
v = f i (x, ξ) i + g a (x, ξ) a 7→ h(v) = f i (x, ξ)pi + g a (x, ξ)θa
∂x ∂ξ
26 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

Afin que la définition locale de h puisse être étendue globalement, les coordonnées pi
(resp. θa ) doivent se comporter, après un changement de cartes, comme les champs de
( vec- )
teurs ∂xi (resp. ∂ξa ). Considérons alors un changement de coordonnées (x, ξ) → x
∂ ∂
b, ξb
sur ΠA défini par { i
x = xi (b x) i = 1, . . . , m
x)ξbb
ξ a = Tba (b a = 1, . . . , n
et inversement {
bj = x
x bj (x) j = 1, . . . , m
ξbb = Tbab (x)ξ a b = 1, . . . , n,
où Tca Tbbc = δba . Alors on a

∂ xj ∂
∂b ∂ ξbb ∂
= +
∂xi ∂xi ∂b
xj ∂xi ∂ ξbb
xj ∂
∂b ∂ Tbab a ∂
= + ξ
∂xi ∂b
xj ∂xi ∂ ξbb
xj ∂
∂b ∂ Tbab a ∂
= + x)ξbc
Tc (b
i
∂x ∂bx j ∂x i
∂ ξbb
et

∂ ∂ ξbb ∂
=
∂ξ a ∂ξ a ∂ ξbb

= Tbab (x(b
x)) .
∂ ξbb
( )
Ainsi, un changement de coordonnées (x, ξ) → x b, ξb sur ΠA doit induire un changement
( )
de coordonnées (x, ξ, p, θ) → x b p,
b, ξ, b θb sur T ∗ (ΠA), décrit par les équations suivantes
 i

 x = xi (b x) i = 1, . . . , m


 a a
 ξ = Tb (b x)ξbb a = 1, . . . , n
∂ Tbab a
 p i = xj
∂b
ipbj + ∂xi c
x)ξbc θbb
T (b i = 1, . . . , m (1.5)


∂x



θa = Tbab (x(bx))θbb a = 1, . . . , n.

On attribue, sur T ∗ (ΠA), à chaque coordonnée moment pi ou θa un poids opposé au


poids de la fonction coordonnée de ΠA correspondante. Ainsi, comme

w(xi ) = 0 et w(ξ a ) = 1, ∀i = 1, . . . , m, ∀a = 1, . . . , n,

on pose

w(pi ) = 0 et w(θa ) = −1, ∀i = 1, . . . , m, ∀a = 1, . . . , n.


1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 27

On vérifie facilement que ces poids sont préservés après un changement de coordonnées.
En effet, les coordonnées pi sont les seules qui ne se transforment pas en coordonnées du
même type, à cause du deuxième terme apparaissant lors du changement de pi dans (1.5).
Néanmoins ce terme supplémentaire a un poids égal à 0 (car w(ξbc ) = 1 et w(θbb ) = −1)
et le poids de pi (égal à 0) est ainsi maintenu.
En conclusion, les cartes locales (xi , ξ a , pi , θa ), telles que les changements de cartes
vérifient les équations (1.5), munies des poids définis ci-dessus, confèrent à T ∗ (ΠA) une
structure de N-variété.

Degré total sur Pol(T ∗ (ΠA))


Dans ce paragraphe nous définissons, à partir de la structure de N-variété sur ΠA,
le degré total d’une fonction polynomiale (en les variables de la fibre) sur T ∗ (ΠA). Nous
vérifions par la suite que le degré total peut aussi s’obtenir à partir de la structure de
double fibré vectoriel de T ∗ (ΠA).
Considérons, sur T ∗ (ΠA), le champ de vecteurs de Euler :

m
∂ ∑ n
∂ ∑ ∂
m∑ ∂
n
ϵw = w(xi )xi i
+ w(ξ a )ξ a a + w(pi )pi + w(θa )θa
∂x ∂ξ ∂pi ∂θa
i=1 a=1 i=1 a=1
∑n
∂ ∑
n

= ξa − θa .
∂ξ a ∂θa
a=1 a=1

En d’autres termes, l’action de ϵw sur une fonction coordonnée d’une carte locale
(xi , ξ a , pi , θa ) est égale à la multiplication de cette fonction coordonnée par son poids. En
particulier, l’action de ϵw ne dépend pas du choix des coordonnées sur T ∗ (ΠA). Le champ
de vecteurs de Euler nous permet de définir le poids d’une fonction f ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) :
on dit que f est une fonction homogène de poids k si ϵw · f = kf .

On peut aussi définir, sur T ∗ (ΠA) un “degré en fibre”. Si on considère une carte locale
(xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA), on construit le degré en fibre κ en posant :

κ(xi ) = κ(ξ a ) = 0 et κ(pi ) = κ(θa ) = 1, ∀i = 1, . . . , m, ∀a = 1, . . . , n.

On remarque que le degré en fibre κ est préservé après un éventuel changement de


coordonnées (voir les équations 1.5).
Considérons le champ de vecteur ϵκ , similaire à ϵw ,

m
∂ ∑n

ϵκ = pi + θa .
∂pi ∂θa
i=1 a=1

On dit alors qu’une fonction f ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) est homogène de degré en fibre k, si


ϵκ · f = kf . En fait, le degré en fibre d’une fonction f ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) est (s’il existe)
son degré polynômial en les coordonnées (pi , θa ).
Dans le tableau suivant nous récapitulons les différents degrés introduits sur (une
carte locale de) T ∗ (ΠA) et nous introduisons aussi le degré total t = w + 2κ.
28 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

xi ξ a pi θa
w 0 1 0 −1
κ 0 0 1 1
t = w + 2κ 0 1 2 1
Comme les degrés κ et w sont préservés par un changement de coordonnées, le degré
total t = w + 2κ est aussi préservé. On remarque par ailleurs que le degré total t (qui a
la même parité que w) est compatible avec la parité induite par la structure de N-variété
sur ΠA. Au contraire, le degré en fibre κ ne respecte pas cette parité.
De même que pour les degrés précédents, on définit le champ de vecteurs ϵt = ϵw +2ϵκ
sur T ∗ (ΠA) et on dit qu’une fonction f ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) est homogène de degré total k si
ϵt · f = kf . On notera Polk (T ∗ (ΠA) l’ensemble de ces fonctions et on appellera algèbre
des fonctions polynomiales sur T ∗ (ΠA) l’algèbre graduée

Pol(T ∗ (ΠA)) = Polk (T ∗ (ΠA).
k≥0

Pour k = 0 et k = 1, on a
Pol0 (T ∗ (ΠA) = C ∞ (M ) et Pol1 (T ∗ (ΠA) = Γ(A ⊕ A∗ ).
Dans la suite de ce paragraphe, nous allons définir le bidegré d’une fonction
f ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) et nous vérifierons que le degré total, défini ci-dessus, peut s’obtenir à
partir du bidegré.
L’application de Legendre (voir [37, 62, 44]) est un isomorphisme (et même un sym-
plectomorphisme) entre T ∗ (ΠA) et T ∗ (ΠA∗ ) qui, en termes de coordonnées locales, s’écrit

T ∗ (ΠA) −→ T ∗ (ΠA∗ )
=

(xi , ξ a , pi , θa ) 7−→ (xi , θa , pi , ξ a )


Pour A = T M cet isomorphisme a été découvert par Tulczyjew [54, 55, 56] et permet
de donner une formulation géométrique aux mécaniques Lagrangienne et Hamiltonienne.
Ainsi, T ∗ (ΠA) peut être considéré deux fois comme un fibré vectoriel, d’une part sur
ΠA et d’autre part sur ΠA∗ :

=
T ∗ (ΠA) / T ∗ (ΠA∗ ) / ΠA∗

 / (xi , θa , pi , ξ a )  / (xi , θa )
(xi , ξ a , pi , θa )
_ _

 
 / xi
(xi , ξ a )


ΠA /M }
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 29

Remarque: En fait, sur T ∗ (ΠA) on a une structure de double fibré vectoriel (voir [35]).
On peut alors attribuer deux degrés (en fibre) à une fonction polynomiale
f ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) :
– soit on considère le fibré T ∗ (ΠA) −→ ΠA et on prend en compte le degré en fibre
κ(f ), défini précédemment ;
– soit on considère le fibré T ∗ (ΠA) −→ ΠA∗ et on prend en compte le degré en fibre
κ∗ (f ), défini de façon analogue à κ(f ).
On remarque alors que le degré total de f , défini précédemment, coïncide avec la
somme κ(f ) + κ∗ (f ). Ainsi, pour les fonctions coordonnées, par exemple, on a

xi ξa pi θa
κ 0 0 1 1
κ∗ 0 1 1 0
(κ, κ∗ ) (0, 0) (0, 1) (1, 1) (1, 0)
κ + κ∗ 0 1 2 1

On appellera bidegré de f la paire (κ(f ), κ∗ (f )). Dans Pol(T ∗ (ΠA)), on note


Pol(a,b) (T ∗ (ΠA)), l’ensemble des fonctions de bidegré (a, b). Alors, pour tout k ≥ 0,

Polk (T ∗ (ΠA) = Pol(a,b) (T ∗ (ΠA)).
a+b=k

Ainsi, par exemple, 


 Pol(0,1) (T ∗ (ΠA)) = Γ(A∗ )
Pol(1,0) (T ∗ (ΠA)) = Γ(A)

Pol1 (T ∗ (ΠA)) = Γ(A ⊕ A∗ ).

Structure symplectique sur T ∗ (ΠA) et grand crochet


Tout comme dans le cas non-gradué, le fibré cotangent T ∗ (ΠA) est une supervariété
symplectique munie de la forme symplectique canonique Ω (voir par exemple [45, 57]).
Dans un système de coordonnées locales (xi , ξ a , pi , θa ), la forme symplectique canonique
Ω s’écrit sous la forme
Ω = dpi ∧ dxi + dθa ∧ dξ a .
L’espace des fonctions C ∞ (T ∗ (ΠA)) est muni d’un crochet de Poisson associé à Ω. En
termes de coordonnées locales, le crochet de Poisson s’écrit
∂f ∂g ∂f ∂g ∂f ∂g ∂f ∂g
{f, g} = i
− (−1)|f||g| i
+ a
− (−1)|f||g| ,
∂pi ∂x ∂x ∂pi ∂θa ∂ξ ∂ξ a ∂θa
pour toutes les fonctions f, g ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)), de parité |f| et |g|.
On appellera parfois ce crochet de Poisson sur C ∞ (T ∗ (ΠA)) le grand crochet parce
que quand M est un point on retrouve la notion de grand crochet utilisée par Kosmann-
Schwarzbach dans [21].
L’algèbre des fonctions C ∞ (T ∗ (ΠA)) munie du grand crochet est donc une algèbre
de Poisson graduée, c’est-à-dire que les conditions suivantes sont vérifiées,
30 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

1. l’anti-commutativité (graduée)

{f, g} = −(−1)|f||g| {g, f} ;

2. l’identité de Jacobi (graduée)

{f, {g, h}} = {{f, g} , h} + (−1)|f||g| {g, {f, h}} ;

3. la règle de Leibniz (graduée)

{f, gh} = {f, g} h + (−1)|f||g| g {f, h} ,

pour toutes les fonctions f, g, h ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)) et où |f| (resp. |g|) est la parité de f
(resp. g).
En termes de coordonnées locales (xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA) on peut définir le grand
crochet en posant
 { i a} { i }
 {xi , ξ j } = {xa, θab } = {pi , ξ } = {pi , θa } = 0
a

 x , x = ξ , ξ = {pi , pj } = {θa , θb } = 0 i, j ∈ {1, . . . , m}
{ }
j = δj

 p , x a, b ∈ {1, . . . , n}
 { i b} i
b
θa , ξ = δ a

où δ est le symbole de Kronecker.


On vérifie ainsi que le grand crochet a un bidegré (−1, −1) et donc un degré total −2,
c’est-à-dire que

{Pols (T ∗ (ΠA)), Polt (T ∗ (ΠA))} ⊆ Pols+t−2 (T ∗ (ΠA)).

En particulier, on conclut aussi le résultat suivant

PROPOSITION 1.1.3 L’algèbre Pol(T ∗ (ΠA)) est une sous-algèbre de l’algèbre de


Poisson (C ∞ (T ∗ (ΠA)), {., .}).

1.1.4 Algébroïdes de Lie et hamiltoniens sur ΠA


Rappelons que nous appelons hamiltoniens sur ΠA les fonctions sur T ∗ (ΠA). Dans
cette section, nous allons voir que l’espace des fonctions C ∞ (T ∗ (ΠA)) muni du grand
crochet est un cadre approprié pour étudier la géométrie sur le fibré vectoriel A. Tout
d’abord, rappelons de la section 1.1.2 que

Ω• (A) := Γ( • A∗ ) = C ∞ (ΠA).

Or les fonctions sur ΠA sont aussi des fonctions (constantes sur les fibres) sur T ∗ (ΠA).
Donc les A-formes (c’est-à-dire les éléments de Ω• (A)) sont des hamiltoniens sur ΠA,

Ω• (A) ⊆ C ∞ (T ∗ (ΠA)).
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 31

De même pour les A-multivecteurs :



X• (A) := Γ( • A) = C ∞ (ΠA∗ ) ⊆ C ∞ (T ∗ (ΠA∗ ))

et l’application de Legendre entre T ∗ (ΠA) et T ∗ (ΠA∗ ) induit une application entre


C ∞ (T ∗ (ΠA∗ )) et C ∞ (T ∗ (ΠA)), qui respecte la parité. Donc les A-multivecteurs sont
aussi des hamiltoniens sur ΠA,

X• (A) ⊆ C ∞ (T ∗ (ΠA)).

Dans la suite de cette section nous allons voir que, en plus des A-multivecteurs et
des A-formes, les structures d’algébroïde de Lie sur A sont des éléments particuliers de
π
l’algèbre des fonctions C ∞ (T ∗ (ΠA)). Considérons alors sur le fibré vectoriel A → M une
structure d’algébroïde de Lie définie par sa différentielle extérieure d. Alors d est une
dérivation de degré 1 de (Ω• (A), ∧) telle que d2 = 0. Mais, comme Ω• (A) = C ∞ (ΠA),
d est une dérivation de C ∞ (ΠA), autrement dit d est un champ de vecteurs sur ΠA,
c’est-à-dire que d ∈ Γ(T (ΠA)). On considère alors

µ = h(d) ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA))

où h : Γ(T (ΠA)) → C ∞ (T ∗ (ΠA)) est le relèvement hamiltonien défini par (1.4).


Afin de mieux comprendre ce qu’est la (super)fonction µ, considérons des coordonnées
locales (xi , ξ a ) sur ΠA et les coordonnées locales associées (xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA).
Ainsi, un champ de vecteurs d sur ΠA s’écrit localement :
∂ ∂
d = f i (x, ξ) i
+ g a (x, ξ) a ,
∂x ∂ξ
et on a
µ = h(d) = f i (x, ξ)pi + g a (x, ξ)θa ,
où f i et g a appartiennent à C ∞ (ΠA) et s’écrivent localement comme en (1.3).
Par ailleurs, on démontre (voir Lemme 3.3.1 dans [44]) que

d(α) = {µ, α} (1.6)

pour tout α ∈ Ω• (A), où les éléments de Ω• (A) = C ∞ (ΠA) sont considérés comme des
fonctions sur T ∗ (ΠA), constantes sur les fibres. Comme d est une dérivation de degré 1
de (Ω• (A), ∧), si on considère d comme agissant sur Ω• (A) ⊆ Pol(T ∗ (ΠA)) alors d est
de bidegré (0, 1). On conclut donc, de (1.6) et du fait que le grand crochet soit de
bidegré (−1, −1) que µ doit être de bidegré

(0, 1) − (−1, −1) = (1, 2).

Ainsi, l’hamiltonien µ doit s’écrire localement de la forme :

µ = fai (x)ξ a pi + fbc


d
(x)ξ b ξ c θd ,
32 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

d appartiennent à C ∞ (M ).
où fai et fbc
De plus, à partir de (1.6), on démontre 1 que
{
ρ(X) · f = {{X, µ} , f } ,
(1.7)
[X, Y ] = {{X, µ} , Y } ,

pour tous f ∈ C ∞ (M ) et X, Y ∈ Γ(A) considérés comme des éléments de C ∞ (T ∗ (ΠA)).


On conclut ainsi que
1 c
µ = Aia (x)pi ξ a − Cab (x)ξ a ξ b θc , (1.8)
2
où les fonctions Aia , Cabc ∈ C ∞ (M ) définissent (ou sont définies par) la structure d’algé-

broïde de Lie (ρ, [., .]) : { ∂


ρ(ea ) = Aia (x) ∂x i
c (x)e
[ea , eb ] = Cab c

où i ∈ {1, . . . , m}, a, b, c ∈ {1, . . . , n} et (ea )a=1,...,n est une base locale de Γ(A).
Enfin, pour conclure cette section, on peut à partir de l’identification d = {µ, .},
réécrire le théorème 1.1.2 en termes d’hamiltoniens sur ΠA et du grand crochet. On
obtient ainsi ce qui pourrait être une définition alternative d’un algébroïde de Lie.

PROPOSITION 1.1.4 ([59, 44]) Les structures d’algébroïde de Lie (ρ, [., .]) sur
π
A → M sont en correspondance biunivoque, par le biais des équations (1.7) ou (1.8),
avec les hamiltoniens µ ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) de bidegré (1, 2) tels que {µ, µ} = 0.

1.1.5 Bi, quasi et Courant en approche supergéométrique


Dans ce paragraphe nous allons introduire des structures plus générales que les al-
gébroïdes de Lie telles que les bigébroïdes de Lie, les quasi-bigébroïdes de Lie et les
algébroïdes de Courant. Nous montrerons que (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) est le cadre adéquat
pour étudier la géométrie de ces structures. Les résultats de ce paragraphe sont dus pour
la plupart à Roytenberg [44, 46] et à Kosmann-Schwarzbach [22, 26].
D’abord, nous remarquons que le cadre fourni par (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) permet aussi
d’écrire des structures d’algébroïde de Lie sur le fibré dual A∗ → M . En effet, en consi-
dérant le dual de ce que l’on a fait dans les paragraphes précédents, on peut affirmer
qu’un algébroïde de Lie (A∗ , ρ′ , [., .]′ ) correspond à un hamiltonien γ ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) de
bidegré (2, 1) tel que {γ, γ} = 0. L’ancre, le crochet et la différentielle extérieure s’écrivent
 ′
 ρ (α) · f = {{α, γ} , f }
[α, β]′ = {{α, γ} , β}
 ′
d (α) = {γ, α}

pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ) et f ∈ C ∞ (M ).


Donc, parmi les éléments de Pol(T ∗ (ΠA)) :
1. Pour démontrer ces formules on utilise (1.2) et un peu de calcul tensoriel en termes du grand
crochet que l’on étudiera en détail dans la suite de ce texte (voir la proposition 1.2.2).
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 33

– les structures d’algébroïde de Lie sur A sont les hamiltoniens µ de bidegré (1, 2)
qui vérifient {µ, µ} = 0 ;
– les structures d’algébroïde de Lie sur A∗ sont les hamiltoniens γ de bidegré (2, 1)
qui vérifient {γ, γ} = 0.

Bigébroïdes de Lie
Introduisons la définition suivante.

DÉFINITION 1.1.5 ([37, 22]) Soient (A, ρ, [., .]) et (A∗ , ρ′ , [., .]′ ) deux algébroïdes
de
( Lie sur le∗ fibré vectoriel
) A → M et son fibré dual A∗ → M . La paire

(A, ρ, [., .]), (A , ρ′ , [., .] ) forme un bigébroïde de Lie si
d([α, β]′ ) = [dα, β]′ + [α, dβ]′ ,
pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ) et où d est la différentielle extérieure induite par l’algébroïde de
Lie (A, ρ, [., .]).
( )
Le bigébroïde de Lie (A, ρ, [., .]), (A∗ , ρ′ , [., .]′ ) sera souvent (abusivement) noté
(A, A∗ ), quand il n’y aura pas de doute possible sur les structures considérées.
La proposition suivante caractérise les bigébroïdes de Lie en termes d’éléments de
Pol(T ∗ (ΠA)).

PROPOSITION 1.1.6 ([44]) Considérons deux structures d’algébroïde de Lie duales


(A, ρ, [., .]), correspondant à µ ∈ Pol(1,2) (T ∗ (ΠA)), et (A∗ , ρ′ , [., .]′ ), correspondant à
γ ∈ Pol(2,1) (T ∗ (ΠA)). La paire (A, A∗ ) est un bigébroïde de Lie si et seulement si
{µ, γ} = 0.

Démonstration. En termes du grand crochet, la condition


d([α, β]′ ) = [dα, β]′ + [α, dβ]′
s’écrit
{µ, {{α, γ} , β}} = {{{µ, α} , γ} , β} + {{α, γ} , {µ, β}} , (1.9)
pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ).
D’après l’identité de Jacobi, on peut écrire
{µ, {{α, γ} , β}} = {{µ, {α, γ}} , β} + {{α, γ} , {µ, β}} .
Si on applique de nouveau l’identité de Jacobi au premier terme du membre de gauche
de l’égalité précédente, celle-ci devient
{µ, {{α, γ} , β}} = {{{µ, α} , γ} , β} + {{α, {µ, γ}} , β} + {{α, γ} , {µ, β}} .
En comparant la dernière équation obtenue avec l’équation (1.9), on se rend compte que
l’équation (1.9) est satisfaite si et seulement si l’égalité
{{α, {µ, γ}} , β} = 0
34 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

est satisfaite pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ). Ainsi, utilisant le fait que {., .} est non dégénéré 2 ,
on conclut que la condition (1.9) est satisfaite pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ) si et seulement si

{µ, γ} = 0.

Pour une paire d’hamiltoniens (µ, γ) ∈ Pol(1,2) (T ∗ (ΠA)) × Pol(2,1) (T ∗ (ΠA)), on peut
exprimer les trois conditions nécessaires et suffisantes pour que ((A, µ), (A∗ , γ)) soit un
bigébroïde de Lie 
 {µ, µ} = 0
{γ, γ} = 0

{µ, γ} = 0
en une seule condition
{µ + γ, µ + γ} = 0.
On prouve ainsi le théorème suivant.

THÉORÈME 1.1.7 ([44]) Il existe une correspondance biunivoque entre les structures
de bigébroïdes de Lie sur (A, A∗ ) et les paires d’hamiltoniens
∗ ∗
(µ, γ) ∈ Pol(1,2) (T (ΠA)) × Pol(2,1) (T (ΠA)) satisfaisant

{µ + γ, µ + γ} = 0.

La caractérisation des bigébroïdes de Lie donnée par le théorème précédent rend


trivial le corollaire suivant, où on affirme que la notion de bigébroïde de Lie est autoduale.

COROLLAIRE 1.1.8 (A, A∗ ) est un bigébroïde de Lie si et seulement si (A∗ , A) est


un bigébroïde de Lie.

Proto-bigébroïdes de Lie et quasi-bigébroïdes de Lie


On remarque que toute paire (µ, γ) d’hamiltoniens considérée dans le paragraphe
précédent définit un hamiltonien

µ + γ ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)).

Mais les éléments de Pol3 (T ∗ (ΠA)) ne sont pas tous de la forme µ+γ. Un élément général
de Pol3 (T ∗ (ΠA)) est du type
S =µ+γ+ϕ+ψ
avec µ ∈ Pol(1,2) (T ∗ (ΠA))
γ ∈ Pol(2,1) (T ∗ (ΠA))

ϕ ∈ Pol(3,0) (T ∗ (ΠA)) = Γ( 3 A)

ψ ∈ Pol(0,3) (T ∗ (ΠA)) = Γ( 3 A∗ )
Par analogie avec la caractérisation des algébroïdes de Lie et bigébroïdes de Lie en
termes du grand crochet, on introduit la définition suivante
2. Pour une justification complète de ce passage voir le lemme 3.1.5
1.1. ALGÉBROÏDES DE LIE ET APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE 35

DÉFINITION 1.1.9 Un hamiltonien S = µ + γ + ϕ + ψ ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)) est une


structure de proto-bigébroïde de Lie sur (A, A∗ ) si

{S, S} = 0.

Si on développe la condition {S, S} = 0, en fonction des composantes µ, γ, ϕ et ψ, on


obtient, en tenant compte du bidegré de chaque terme, le système d’équations suivant
 1

 2 {µ, µ} + {γ, ψ} = 0


 {µ, γ} + {ϕ, ψ} = 0
2 {γ, γ} + {µ, ϕ} = 0
1



 {µ, ψ} = 0

{γ, ϕ} = 0.

Chacune de ces conditions traduit une “déformation” par ϕ et/ou ψ du crochet et


de l’ancre de A et A∗ (définis par µ et γ). Afin de simplifier l’étude de ces conditions,
considérons le cas particulier où un des termes tensoriels ϕ ou ψ est nul.

DÉFINITION 1.1.10 Une structure S = µ + γ + ϕ + ψ de proto-bigébroïde de Lie sur


(A, A∗ ) est une structure de quasi-bigébroïde de Lie (resp. bigébroïde de quasi-Lie) si
ψ = 0 (resp. ϕ = 0).

Considérons S = µ + γ + ϕ une structure de quasi-bigébroïde de Lie sur (A, A∗ ),


c’est-à-dire que les équations suivantes sont vérifiées


 {µ, µ} = 0

{µ, γ} = 0


1
{γ, γ} + {µ, ϕ} = 0
 2
{γ, ϕ} = 0.

On vérifie facilement que ces conditions se traduisent, en termes des structures définies
sur A et A∗ par µ et γ, de la façon suivante :
– µ définit une structure d’algébroïde de Lie sur A ;
– dγ est une dérivation de [., .]µ ;
– (dγ )2 = −[ϕ, .]µ ;
– dγ ϕ = 0.
Ces conditions constituent la définition classique d’un quasi-bigébroïde de Lie [44].

Algébroïdes de Courant
DÉFINITION 1.1.11 Un algébroïde de Courant est un quadruplet (E, ρ, < ., . >, [., .]),

– E → M est un fibré vectoriel ;
– ρ : E → T M est un morphisme de fibré vectoriels appelé l’ ancre ;
– < ., . > est un champ différentiable de formes bilinéaires symétriques non dégénérées
sur les fibres de E ;
36 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

– [., .] est une application R-bilinéaire Γ(E) × Γ(E) → Γ(E),


tel que les conditions suivantes sont satisfaites
1. ρ(X )· < U, V >=< [X , U] , V > + < U, [X , V] > ;
2. < U, [X , Y] + [Y, X ] >= ρ(U)· < X , Y > ;
3. [X , [Y, Z]] = [[X , Y] , Z] + [Y, [X , Z]],
pour tous X , Y, Z, U, V ∈ Γ(E).

La définition originale d’algébroïde de Courant (voir [44] ou [34] pour la version anti-
symétrique) contenait cinq axiomes. En plus des trois axiomes présents dans la définition
ci-dessus, les axiomes suivants faisaient partie de la définition originale :
4. ρ([X , Y]) = [ρ(X ), ρ(Y)]T M ;
5. [X , f Y] = f [X , Y] + (ρ(X ) · f )Y.
pour tous X , Y ∈ Γ(E) et f ∈ C ∞ (M ). Mais Uchino [58] a montré que ces deux derniers
axiomes se déduisent des trois premiers.
Toutes les structures que l’on a introduites sur A, A∗ ou (A, A∗ ) induisent des struc-
tures d’algébroïdes de Courant sur A ⊕ A∗ . On a en effet le théorème suivant.

THÉORÈME 1.1.12 ([34, 44]) Une structure de proto-bigébroïde de Lie S sur (A, A∗ )
définit un algébroïde de Courant (A ⊕ A∗ , ρS , < ., . >, [., .]S ) par
– ρS (X + α) · f = {{X + α, S} , f }
– < X + α, Y + β >= α(X) + β(Y )
– [X + α, Y + β]S = {{X + α, S} , Y + β}
pour tous X, Y ∈ Γ(A), α, β ∈ Γ(A) et f ∈ C ∞ (M ).

Dans [45], Roytenberg montre que la réciproque du théorème précédent est vraie et
qu’il existe une correspondance biunivoque entre les hamiltoniens S ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)) tels
que {S, S} = 0 et les structures d’algébroïde de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >). Dans le
chapitre 2 nous explicitons cette correspondance et la généralisons aux multi-crochets de
quasi-Courant [18].

1.2 Tenseurs et crochets sur (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .})


Dans cette section, nous allons développer l’idée que la plupart des opérations
π
de la géométrie différentielle sur un fibré vectoriel A → M “vivent” dans l’espace
Pol(T ∗ (ΠA)) ⊂ C ∞ (T ∗ (ΠA)). On sait que les tenseurs (mixtes) sont des éléments de
Pol(T ∗ (ΠA)). Mais nous verrons aussi que plusieurs opérations et crochets entre ten-
seurs s’expriment dans le cadre de (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}).

1.2.1 Applications multilinéaires et tenseurs mixtes en grand crochet


Soient F et G deux fibrés vectoriels sur M . Considérons une application
∧ ∧
T : r F −→ s G.
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 37

L’application T induit une application C ∞ (M )-multilinéaire sur les sections, que l’on
note aussi T : ∧ ∧
T : Γ( r F) −→ Γ( s G).
Le premier ∧ objectif de ce paragraphe est d’associer à l’application T un tenseur appar-
tenant à Γ( r+s (F∗ ⊕ G). Le choix de ce tenseur n’est pas unique et a des implications
en termes de signes dans beaucoup d’équations dans la suite de ce texte.
Considérons (ϕ1 , . . . , ϕp ) et (ζ1 , . . . , ζq ) des bases locales de sections de F et
G, respectivement. On définit, pour tous les indices a1 , . . . , ar ∈ {1, . . . , p} et
...bs ∈ C ∞ (M ) par
b1 , . . . , bs ∈ {1, . . . , q}, les fonctions Tab11...a r

Tab11...a
...bs
r
=< T (ϕa1 , . . . , ϕar ), ζ b1 ∧ . . . ∧ ζ bs >, (1.10)

où (ζ 1 , . . . , ζ q ) est la base locale de sections de G∗ , duale de (ζ1 , . . . , ζq ). On peut aussi


définir les fonctions Tab11...a ...bs de façon équivalente en posant
r

1 b1 ...bs
T (ϕa1 , . . . , ϕar )(x) = T (x) ζb1 ∧ . . . ∧ ζbs .
s! a1 ...ar
∧ ∧
Le tenseur Tb ∈ Γ( r F∗ ⊗ s G) est alors défini localement par
1
Tb = T b1 ...bs (x) ϕa1 ∧ . . . ∧ ϕar ⊗ ζb1 ∧ . . . ∧ ζbs , (1.11)
r!s! a1 ...ar
où (ϕ1 , . . . , ϕq ) est la base locale de sections de F∗ , duale de (ϕ1 , . . . , ϕq ).
Enfin, la dernière étape de la construction du tenseur associé à l’application T vient
de la proposition suivante.

PROPOSITION 1.2.1 Soient F et G deux fibrés vectoriels sur M . L’application


⊕ ∧r ∧ = ∧

Ψ: ( F ⊗ s G) −→ q (F ⊕ G)
r+s=q

P ⊗ Q 7−→ P ∧ Q

définit un isomorphisme de fibrés vectoriels.



Ainsi,
∧r l’élément
∧s de Γ( r+s (F∗ ⊕ G)) que l’on associera à une application
T : F −→ G est le suivant
1
Ψ(Tb) = T b1 ...bs ϕa1 ∧ . . . ∧ ϕar ∧ ζb1 ∧ . . . ∧ ζbs .
r!s! a1 ...ar

π
Dans la suite de ce texte, la construction précédente est appliquée au cas où A → M
est un fibré vectoriel et F = G = A. Ainsi, pour une application
∧ ∧
T : r A −→ s A,
38 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE


on considère, sur Γ( r+s (A∗ ⊕ A)),
1
Ψ(Tb) = T b1 ...bs (x) ξ a1 ∧ . . . ∧ ξ ar ∧ θb1 ∧ . . . ∧ θbs ,
r!s! a1 ...ar
...bs ∈ C ∞ (M ) sont définies comme en (1.10).
où les fonctions Tab11...a r
La proposition∧ suivante montre comment l’évaluation de T sur une section
X1 ∧ . . . ∧ Xr ∈ Γ( r A) s’effectue dans le cadre de (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}).

PROPOSITION 1.2.2 Soit une application


∧ ∧
T : r A −→ s A.

Pour toutes les sections X1 , . . . , Xr ∈ Γ(A), on a


{ { { }} }
T (X1 , . . . , Xr ) = Xr , . . . , X2 , X1 , Ψ(Tb) . . . .

Démonstration. Il suffit de prouver l’égalité cherchée pour des r-uplets (X1 , . . . , Xr ) de


la forme (θc1 , . . . , θcr ), où (θ1 , . . . , θn ) forme une base locale de sections de A. Ainsi,
calculons
{ { { }} }
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) . . .
{ { { }} }
1
= θcr , . . . , θc2 , θc1 , T ξ ∧ . . . ∧ ξ ∧ θb1 ∧ . . . ∧ θbs
b1 ...bs a1 ar
... .
r!s! a1 ...ar

En appliquant de façon répétitive la règle de Leibniz, on a


{ { { }} }
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) . . .
1
= T b1 ...bs {θcr , . . . , {θc2 , {θc1 , ξ a1 ∧ . . . ∧ ξ ar }} . . .} θb1 ∧ . . . ∧ θbs .
r!s! a1 ...ar
On peut calculer cette itération de grands crochets en appliquant de nouveau de façon
répétitive la règle de Leibniz, on obtient
{ { { }} }
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) . . .
( )
1 ∑
= T b1 ...bs
sign(σ)ξ (θcσ(1) ) . . . ξ (θcσ(r) ) θb1 ∧ . . . ∧ θbs .
a1 ar
r!s! a1 ...ar
σ∈Sr

Mais, comme (θ1 , . . . , θn ) et (ξ1 , . . . , ξn ) sont deux bases duales l’une de l’autre,
ξ ai (θcσ(i) ) = δcaσ(i)
i et ainsi
{ { { }} } 1 ∑
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) ... = sign(σ) Tcbσ(1) ...cσ(r) θb1 ∧ . . . ∧ θbs .
1 ...bs
r!s!
σ∈Sr
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 39

Finalement, l’antisymétrie de T implique Tcbσ(1)


1 ...bs b1 ...bs
...cσ(r) = sign(σ)Tc1 ...cr , et on obtient

{ { { }} } 1 b1 ...bs
θcr , . . . , θc2 , θc1 , Ψ(Tb) ... = T θb ∧ . . . ∧ θbs
s! c1 ...cr 1
= T (θc1 , . . . , θcr ).
∧ ∧
La même construction peut être faite pour l’application transposée t T : s A∗ −→ r A∗ .

On obtient Ψ(tc
T ) qui appartient aussi à Γ( r+s (A∗ ⊕ A)).
La proposition suivante exprime le lien entre Ψ(tc T ) et Ψ(Tb).
∧r ∧s
PROPOSITION 1.2.3 Soit T : A −→ A. On a l’égalité suivante

Ψ(tc
T ) = (−1)rs Ψ(Tb).

Démonstration. Pour tous a1 , . . . , ar ∈ {1, . . . , p} et b1 , . . . , bs ∈ {1, . . . , q}, les fonctions


∈ C ∞ (M ) sont définies par (1.10). Ainsi,
t T b1 ...bs
a1 ...ar

t
Tab11...a
...bs
r
=< t T (ξ b1 , . . . , ξ bs ), θa1 ∧ . . . ∧ θar >
=< ξ b1 ∧ . . . ∧ ξ bs , T (θa1 , . . . , θar ) >
= Tab11...a
...bs
r

Donc, d’après (1.11), on a


1
Ψ(tc
T) = T b1 ...bs θb ∧ . . . ∧ θbs ∧ ξ a1 ∧ . . . ∧ ξ ar
r!s! a1 ...ar 1
1
= (−1)rs T b1 ...bs ξ a1 ∧ . . . ∧ ξ ar ∧ θb1 ∧ . . . ∧ θbs
r!s! a1 ...ar
= (−1)rs Ψ(Tb).

Dans la suite de ce texte nous omettrons les applications b et Ψ. En d’autres termes,


on écrira T pour représenter aussi bien l’application
∧ ∧
T : r A −→ s A

que le tenseur ∧ ∧
Tb ∈ Γ( r A∗ ⊗ s A),
et on identifiera ce dernier avec son image par l’isomorphisme Ψ

Ψ(Tb) ∈ Γ( r+s (A∗ ⊕ A)).
40 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

1.2.2 Contraction
Dans ce paragraphe, nous allons exprimer en termes du grand crochet la contraction
d’une A-forme par une A-forme à valeurs vectorielles.
∧l ∗
DÉFINITION 1.2.4 Considérons ∧k ∗ une A-forme ω ∈ Γ( A ) et une A-forme à
∧k+l−1 ∗ K ∈ Γ( A ⊗ A). La contraction de ω par K est la forme
valeurs vectorielles
iK ω ∈ Γ( A ) définie, pour les éléments décomposables K = αK ⊗ XK , par

iK ω = αK ∧ iXk ω.

En termes du grand crochet, on a la proposition suivante.


∧ ∧
PROPOSITION 1.2.5 Pour toutes sections K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et ω ∈ Γ( l A∗ ), on a

iK ω = {K, ω} .
∧ ∧
Démonstration. Soient K = αK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et ω ∈ Γ( l A∗ ). Par définition,

iK ω = αK ∧ iXk ω
= αK ∧ {Xk , ω} ,

où, dans le dernier passage, on a utilisé la proposition 1.2.2. Appliquons la règle de


Leibniz, on obtient

iK ω = {αK ∧ Xk , ω}
= {K, ω} .

La contraction
∧k ∗ d’une A-forme ω ∈ Γ( l A∗ ) par une A-forme à valeurs vectorielles
K ∈ Γ( A ⊗ A) peut aussi être définie en posant

iK ω (X1 , . . . , Xk+l−1 )
1 ∑ ( )
= sign(σ) ω K(Xσ(1) , . . . , Xσ(k) ), Xσ(k+1) , . . . , Xσ(k+l−1) ,
k!(l − 1)!
σ∈Sk+l−1

pour toutes sections X1 , . . . , Xk+l−1 ∈ Γ(A).


On vérifie facilement que cette définition est équivalente à la définition 1.2.4.
On peut aussi étendre la définition 1.2.4 à la contraction d’une A-forme à valeurs
vectorielles par une A-forme à valeurs vectorielles.
∧ ∧
DÉFINITION 1.2.6 Soient K ∈ Γ( k A∗ ⊗∧ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A). On définit, pour
les éléments décomposables L = ωL ⊗ XL ∈ Γ( l A∗ ⊗ A),

iK L = (iK ωL ) ⊗ XL ∈ Γ( k+l−1 A∗ ⊗ A).
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 41

1.2.3 Crochet de Nijenhuis-Richardson


Dans cette section nous allons exprimer le crochet de Nijenhuis-Richardson ([42, 19])
de deux formes à valeurs vectorielles en termes du grand crochet. Tout d’abord, définis-
sons le crochet de Nijenhuis-Richardson.
∧ ∧
DÉFINITION 1.2.7 Soient K ∈ Γ( k A∗ ⊗∧A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A). On définit le
crochet de Nijenhuis-Richardson [K, L]N R ∈ Γ( k+l−1 A∗ ⊗ A) par

[K, L]N R = iK L − (−1)(k−1)(l−1) iL K,

pour L = ωL ⊗ XL et iK L := (iK ωL ) ⊗ XL .
∧ ∧
PROPOSITION 1.2.8 Pour toutes sections K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A),
on a
[K, L]N R = {K, L} .

Démonstration. Considérons les formes à valeurs vectorielles décomposables


∧ ∧
K = ωK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L = ωL ⊗ XL ∈ Γ( l A∗ ⊗ A).

On a

{K, L} = {ωK ∧ XK , ωL ∧ XL }
= {K, ωL } ∧ XL + (−1)(k+1)l ωL ∧ {ωK ∧ XK , XL } ,

après application de la règle de Leibniz. Si on applique de nouveau la règle de Leibniz


au deuxième terme du membre de droite, le terme contenant {XK , XL } est nul, et on
obtient

{K, L} = {K, ωL } ∧ XL − (−1)(k+1)l ωL ∧ {ωK , XL } ∧ XK


= {K, ωL } ∧ XL + (−1)k+(k+1)l ωL ∧ {XL , ωK } ∧ XK ,

où on a utilisé aussi l’anticommutativité graduée de {., .}. Par une nouvelle application
de la règle de Leibniz on obtient

{K, L} = {K, ωL } ∧ XL − (−1)(k+1)(l+1) {L, ωK } ∧ XK


= iK L − (−1)(k+1)(l+1) iL K
= [K, L]N R .

1.2.4 Crochet de Schouten-Nijenhuis


Supposons pour la suite que A est muni d’une structure d’algébroïde de Lie définie
par µ ∈ C ∞ (T ∗ (ΠA)). Le crochet de Schouten-Nijenhuis [48, 49, 41] est l’extension, par
dérivation, du crochet⊕de Lie défini,
∧k par la structure d’algébroïde de Lie, sur Γ(A) en un

crochet sur X (A) = k≥0 Γ( A). La définition exacte est la suivante.
42 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

DÉFINITION 1.2.9 Le crochet de Schouten-Nijenhuis est l’(unique) application R-


bilinéaire

[., .]SN : X• (A) × X• (A) → X• (A)

qui vérifie les propriétés suivantes


1. [f, g]SN = 0;
2. [X, f ]SN = ρ(X) · f ;
3. [X, Y ]SN = [X, Y ] ;
4. [P, Q]SN = −(−1)(p−1)(q−1) [Q, P ]SN ;
5. [P, Q ∧ R]SN = [P, Q]SN ∧ R + (−1)(p−1)q Q ∧ [P, R]SN ,
pour tous f, g ∈ X0 (A) = C ∞ (M ), X, Y ∈ X1 (A), P ∈ Xp (A), Q ∈ Xq (A), et R ∈ X• (A).

On déduit immédiatement de la définition que le crochet de Schouten-Nijenhuis est


de degré −1, c’est-à-dire que

[., .]SN : Xp (A) × Xq (A) → Xp+q−1 (A)


(P, Q) 7→ [P, Q]SN .

On peut déduire une définition explicite de [P, Q]SN (en décomposant P et Q en sommes
de produits extérieurs d’éléments plus simples). Notre objectif est plutôt d’écrire [., .]SN
en termes du grand crochet. C’est l’objet du théorème suivant.

THÉORÈME 1.2.10 Pour toutes sections P, Q ∈ X• (A), on a

[P, Q]SN = {{P, µ} , Q} .

Démonstration. Il suffit de montrer que l’application R-bilinéaire (P, Q) 7→ {{P, µ} , Q},


P, Q ∈ X• (A), vérifie les conditions de la définition 1.2.9. La première propriété est une
conséquence de la définition du grand crochet. Les deuxième et troisième propriétés sont
des conséquences de la définition de ρ et de [., .] en termes du grand crochet. Enfin les deux
dernières propriétés se vérifient en utilisant les propriétés du grand crochet. Vérifions,
par exemple, la dernière propriété. Soient P ∈ Xp (A), Q ∈ Xq (A), et R ∈ X• (A) en
utilisant la règle de Leibniz on a

{{P, µ} , Q ∧ R} = {{P, µ} , Q} ∧ R + (−1)(p+1)q Q ∧ {{P, µ} , R} ,

ce qui correspond à la dernière propriété.

Remarque: En termes du grand crochet, les expressions de [., .]SN sur X• (A) et de [., .]
sur Γ(A) coïncident. C’était prévisible puisque le grand crochet est une dérivation par
rapport au produit extérieur et c’est ce qui permet de passer de [., .] à [., .]SN .
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 43

1.2.5 Dérivée de Lie



Considérons une A-forme à valeurs vectorielles K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A). On définit la
dérivée de Lie par K,
LK : Ω• (A) −→ Ω•+k (A)
en posant
LK = [iK , d]com ,
où d est la différentielle extérieure correspondant à la structure d’algébroïde de Lie sur
A et [., .]com est le commutateur gradué.
Remarque: Si k = 0 alors K ∈ Γ(A) et LK est la dérivée de Lie usuelle.
La proposition suivante montre comment calculer la dérivée de Lie d’une A-forme par
une A-forme à valeurs vectorielles, en termes du grand crochet.
∧ ∧
PROPOSITION 1.2.11 Pour toutes sections K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et ω ∈ Γ( l A∗ ), on
a
LK ω = {{K, µ} , ω} .
∧ ∧
Démonstration. Soient K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et ω ∈ Γ( l A∗ ), par définition de LK ,

LK (ω) = [iK , d]com (ω)


= iK (dω) − (−1)k−1 d(iK ω).

Utilisant la proposition 1.2.5 et l’identification d = {µ, .}, on écrit

LK (ω) = {K, {µ, ω}} − (−1)k−1 {µ, {K, ω}} ,

et par l’identité de Jacobi, on obtient

LK (ω) = {{K, µ} , ω} .

Remarque: Récapitulons comment s’écrivent les trois dérivations “classiques” de l’al-


gèbre (Ω• (A), ∧) en termes du grand crochet. Pour tout ω ∈ Ω• (A), on a

iK ω = {K, ω} ,
dω = {µ, ω} ,
LK ω = {{K, µ} , ω} ,

où K est une A-forme à valeurs vectorielles et µ est l’hamiltonien correspondant à la


structure d’algébroïde de Lie considérée sur A. On remarque que les trois dérivations
sont des dérivations intérieures du grand crochet.
44 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

1.2.6 Crochet de Frölicher-Nijenhuis


Dans cette section nous allons écrire en termes du grand crochet le crochet de
Frölicher-Nijenhuis (voir [10, 19]). Ce crochet de A-formes à valeurs vectorielles a un
rôle important dans la suite de ce texte car il va nous permettre d’exprimer la torsion de
Nijenhuis d’un (1,∧
1)-tenseur. ∧ ∗
Soient K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∧ ⊗ A). Le crochet de Frölicher-Nijenhuis de
K et de L, noté [K, L]F N , est la section de k+l A∗ ⊗ A définie par (voir [13]) :

[K, L]F N = LK ωL ⊗ XL − (−1)kl LL ωK ⊗ XK + ωK ∧ ωL ⊗ [XK , XL ] ,


∧ ∧
pour K = ωK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L = ωL ⊗ XL ∈ Γ( l A∗ ⊗ A).

En termes du grand crochet, on “traduit” cette expression par :

[K, L]F N = {{K, µ} , ωL } ∧ XL − (−1)kl {{L, µ} , ωK } ∧ XK


+ ωK ∧ ωL ∧ {{XK , µ} , XL } . (1.12)

Le théorème suivant simplifie cette égalité.

THÉORÈME 1.2.12 Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et µ la fonction sur
T ∗ (ΠA) correspondante. En termes du grand crochet :

[K, L]F N = {{K, µ} , L} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} , (1.13)


∧ ∧
pour toutes les sections K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A).

Démonstration. Considérons
∧ des formes à valeurs ∧ vectorielles décomposables
K = ωK ⊗ XK ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L = ωL ⊗ XL ∈ Γ( l A∗ ⊗ A).
Développons d’abord {{K, µ} , L} en appliquant la règle de Leibniz :

{{K, µ} , L} = {{K, µ} , ωL } ∧ XL + (−1)kl ωL ∧ {{K, µ} , XL } . (1.14)

Le premier terme du membre de droite apparaît déjà dans la définition de [., .]F N donnée
par l’équation (1.12). Intéressons-nous à présent au deuxième terme

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = ωL ∧ {{ωK ∧ XK , µ} , XL } ,

si on applique la règle de Leibniz, on a

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = ωL ∧ {ωK ∧ {XK , µ} , XL } − ωL ∧ {{ωK , µ} ∧ XK , XL } .

Appliquons de nouveau la règle de Leibniz à chacun des termes du membre de droite, on


obtient

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = ωL ∧ ωK ∧ {{XK , µ} , XL } + ωL ∧ {ωK , XL } ∧ {XK , µ}


− ωL ∧ {ωK , µ} ∧ {XK , XL } + ωL ∧ {{ωK , µ} , XL } ∧ XK .
1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 45

Le premier terme du membre de droite est déjà un des termes de la définition de [., .]F N
donnée par l’équation (1.12). Le troisième terme est nul, car {XK , XL } = 0, et, à partir
de la règle de Leibniz, on obtient pour les deux autres termes :

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = (−1)kl ωK ∧ ωL ∧ {{XK , µ} , XL }


+ (−1)kl {ωK , ωL ∧ XL } ∧ {XK , µ} − (−1)kl {ωK , ωL } ∧ XL ∧ {XK , µ}
+ (−1)l(k+1) {{ωK , µ} , ωL ∧ XL } ∧ XK − (−1)l(k+1) {{ωK , µ} , ωL } ∧ XL ∧ XK .

Dans le membre de droite, les troisième et cinquième termes sont nuls car
{ωK , ωL } = 0 = {{ωK , µ} , ωL }. Ainsi,

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = (−1)kl ωK ∧ ωL ∧ {{XK , µ} , XL }


− (−1)k {L, ωK } ∧ {XK , µ} + (−1)k {L, {ωK , µ}} ∧ XK .

En utilisant la règle de Leibniz dans le deuxième terme du membre de droite et l’identité


de Jacobi dans le dernier terme on obtient :

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = (−1)kl ωK ∧ ωL ∧ {{XK , µ} , XL }


− (−1)k {{L, ωK } ∧ XK , µ} + (−1)k+1 {{L, ωK } , µ} ∧ XK
+ (−1)k {{L, ωK } , µ} ∧ XK + (−1)k+k(l−1) {ωK , {L, µ}} ∧ XK .

Le troisième et le quatrième termes du membre de droite s’annulent entre eux. De plus,


comme iL K = {L, ωK } ∧ XK , on a

ωL ∧ {{K, µ} , XL } = (−1)kl ωK ∧ ωL ∧ {{XK , µ} , XL }


− (−1)k {iL K, µ} − {{L, µ} , ωK } ∧ XK .

Ainsi, en employant l’égalité précédente dans l’équation (1.14), on obtient

{{K, µ} , L} = {{K, µ} , ωL } ∧ XL + ωK ∧ ωL ∧ {{XK , µ} , XL }


− (−1)k(l+1) {iL K, µ} − (−1)kl {{L, µ} , ωK } ∧ XK .

En comparant avec l’équation (1.12) qui définit [., .]F N , on conclut que

[K, L]F N = {{K, µ} , L} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} .

La propriété prouvée dans la proposition suivante est parfois considérée comme la


définition du crochet de Frölicher-Nijenhuis.

PROPOSITION 1.2.13 Le crochet de Frölicher-Nijenhuis [., .]F N satisfait la condition

[LK , LL ]com = L[K,L] ,


FN

pour tous K, L ∈ Γ( • A∗ ⊗ A)
46 CHAPITRE 1. APPROCHE SUPERGÉOMÉTRIQUE

∧ ∧
Démonstration.
∧s ∗ Considérons K ∈ Γ( k A∗ ⊗ A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗ A). Pour tout
σ ∈ Γ( A ), on a
{{ } }
L[K,L] σ = [K, L]F N , µ , σ
FN
{{ } }
= {{K, µ} , L} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} , µ , σ .

Comme {µ, µ} = 0, on a {{iL K, µ} , µ} = 0 et l’égalité précédente s’écrit

L[K,L] σ = {{{{K, µ} , L} , µ} , σ}
FN

= {{{K, µ} , {L, µ}} , σ} ,

où on a utilisé l’identité de Jacobi et le fait que {µ, µ} = 0. Si on applique à nouveau


l’identité de Jacobi, on obtient

L[K,L] σ = {{K, µ} , {{L, µ} , σ}} + (−1)ls {{{K, µ} , σ} , {L, µ}}


FN

= {{K, µ} , {{L, µ} , σ}} + (−1)kl {{L, µ} , {{K, µ} , σ}} .

Donc,

L[K,L] σ = LK (LL σ) + (−1)kl LL (LK σ)


FN

= [LK , LL ]com (σ),



pour tout σ ∈ Γ( s A∗ )

On constate immédiatement à partir de la formule (1.12) que le crochet de Frölicher-


Nijenhuis est antisymétrique gradué, c’est-à-dire que

[K, L]F N = −(−1)kl [L, K]F N


∧ ∧
pour tous K ∈ Γ( k A∗ ⊗A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗A). Mais cette propriété ne ressort pas im-
médiatement de la formule (1.13), que nous allons adopter comme définition du crochet
de Frölicher-Nijenhuis dans la suite de ce texte. Nous concluons ainsi ce chapitre en véri-
fiant à partir de la formule (1.13) que le crochet de Frölicher-Nijenhuis est antisymétrique
gradué. ∧ ∧
Considérons deux formes à valeurs vectorielles K ∈ Γ( k A∗ ⊗A) et L ∈ Γ( l A∗ ⊗A).
On a
[K, L]F N = {{K, µ} , L} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} .
Si on applique l’identité de Jacobi au premier terme du membre de droite, on obtient

[K, L]F N = {K, {µ, L}} + (−1)l+1 {{K, L} , µ} + (−1)k(l+1) {iL K, µ} .

Or, d’après la proposition 1.2.8, on a

{K, L} = [K, L]N R = iK L − (−1)(k−1)(l−1) iL K


1.2. TENSEURS ET CROCHETS SUR (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 47

et si on remplace {K, L} par cette expression dans l’égalité précédente, on obtient

[K, L]F N = {K, {µ, L}} + (−1)l+1 {iK L, µ} − (−1)k(l−1) {iL K, µ} + (−1)k(l+1) {iL K, µ}
= (−1)(l+1)+l(k+1) {L, {µ, K}} + (−1)l+1 {iK L, µ}

où dans la dernière égalité on a aussi utilisé l’anticommutativité graduée de {., .} au


premier terme du membre de droite. Cette dernière égalité peut s’écrire
( )
[K, L]F N = (−1)(l+1) (−1)l(k+1) [L, K]F N
= −(−1)kl [L, K]F N .

comme on voulait vérifier.


Chapitre 2

Multi-crochets de Courant et
algèbre de Rothstein

Le but de ce chapitre est de montrer le lien entre la structure (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .})
introduite au chapitre précédent et d’autres structures d’algèbres de Poisson déjà intro-
duites dans la littérature.
Dans un premier temps nous considérons les espaces Polk (T ∗ (ΠA)) composés par les
éléments de degré total k de Pol(T ∗ (ΠA)). Les éléments de degré 0, 1 et 2 engendrent
Pol(T ∗ (ΠA)). Les éléments de degré 0 sont les fonctions sur M et les éléments de degré 1
sont les sections de Γ(A ⊕ A∗ ). Les éléments de degré 2 jouent un rôle très important
dans cette décomposition : ils forment une sous-algèbre de Lie de (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) et
coïncident avec les sections de A(A ⊕ A∗ ), l’algébroïde d’Atiyah du fibré vectoriel A ⊕ A∗ ,
préservant la forme bilinéaire symétrique < ., . >. On peut alors considérer Pol(T ∗ (ΠA))
comme l’algèbre graduée libre engendrée par ces éléments de degré 0, 1 et 2, que l’on
quotiente par un idéal de relations entre ces éléments. Cet aspect des choses a déjà été
étudié par Roytenberg [45].
Une seconde comparaison naturelle est possible avec l’algèbre de Poisson graduée
des multi-crochets de quasi-Courant [18]. Ainsi qu’on l’a rappelé au chapitre 1, il y
a une correspondance biunivoque entre les éléments de Pol3 (T ∗ (ΠA)) qui commutent
avec eux-mêmes et les structures d’algébroïde de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >). Cette
correspondance s’étend en une correspondance entre tout Pol3 (T ∗ (ΠA)) et des structures
sur (A⊕A∗ , < ., . >) que l’on appelle structures de quasi-Courant dans [18]. La définition
des crochets de quasi-Courant s’étend du degré 3 à tout degré pour obtenir des multi-
crochets de quasi-Courant. L’ensemble des multi-crochets de quasi-Courant est munie
d’une structure d’algèbre de Poisson graduée [18] et on démontre dans ce chapitre que
cette algèbre de Poisson contient (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}), comme sous-algèbre de Poisson.
∧• Une troisième idée consiste à “trivialiser” Pol(T ∗ (ΠA)). Rappelons que les sections de
(A ⊕ A ) s’injectent de manière naturelle dans Pol(T ∗ (ΠA)) mais que tel n’est pas le

cas des sections de S • (T M ), à moins de se donner une connexion sur A. Le choix d’une

49
50 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

connexion permet alors d’identifier Pol(T ∗ (ΠA)) à


⊕ ⊕ (∧k )
R(A ⊕ A∗ ) = Γ (A ⊕ A∗ ) ⊗ S p (T M )
r≥0 r=2p+k

On démontre alors que le grand crochet devient ce que l’on appelle le crochet de Rothstein
(voir aussi [18]).
On démontre enfin la commutativité des trois constructions précédentes, ce qui im-
plique que les correspondances annoncées ci-dessus sont toutes bijectives.
Enfin, on conclut ce chapitre en vérifiant que, si la connexion fixée sur A est plate, le
grand crochet correspond au crochet de l’algèbre bicroisée [40, 28] des deux sous-algèbres
de Lie de R(A ⊕ A∗ ) suivantes
⊕ (( ∧k+1 )) ⊕ (∧k )
Γ ( A∗ ) ∧ A et Γ A∗ ⊗ T M .
k∈Z k∈Z

Dans le cas A = T M on retrouve la structure d’algèbre bicroisée étudiée par Michor [39,
40].

2.1 L’algèbre de Poisson (Pol(T ∗ (ΠA)), {., .})


Dans cette section, nous allons étudier plus en détail l’algèbre de Poisson
(Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}) et en particulier l’espace vectoriel des polynômes de degré to-
tal 0, 1 ou 2, qui engendrent Pol(T ∗ (ΠA)). Nous commençons par introduire la notion
de connexion sur un fibré vectoriel et, plus généralement, l’espace des endomorphismes
dérivatifs d’un fibré vectoriel qui sera fondamental dans l’étude de Pol(T ∗ (ΠA)).

2.1.1 Connexions et endomorphismes dérivatifs


Connexions
Soit E → M un fibré vectoriel sur une variété différentielle M .

DÉFINITION 2.1.1 Une connexion sur E est un morphisme d’espaces vectoriels

∇ : Γ(E) −→ Ω1 (M ) ⊗ Γ(E)

satisfaisant la règle dite de Leibniz

∇(f X) = df ⊗ X + f ∇(X),

pour tous f ∈ C ∞ (M ) et X ∈ Γ(E).

Pour chaque v ∈ Γ(T M ) on définit la dérivée covariante (dans la direction de v) :

∇v : Γ(E) −→ Γ(E)
X 7−→< ∇(X), v > .
2.1. L’ALGÈBRE DE POISSON (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 51

On vérifie aisément que la dérivée covariante satisfait, pour tous f ∈ C ∞ (M ),


v, v1 , v2 ∈ Γ(T M ) et X ∈ Γ(E), les conditions

 ∇f v = f ∇v
∇v1 +v2 = ∇v1 + ∇v2 (2.1)

[∇v , mf ]com (X) = (v · f ) X

où mf : Γ(E) → Γ(E) est la multiplication par f ∈ C ∞ (M ).


Remarques: 1. La réciproque de l’affirmation précédente est vraie. Ainsi,
une connexion ∇ sur E équivaut à un “champ” de dérivées covariantes,
∇v : Γ(E) −→ Γ(E), v ∈ Γ(T M ), vérifiant (2.1).
2. La troisième condition de (2.1) peut s’écrire

∇v (f X) = (v · f ) X + f ∇v (X), (2.2)

pour tous f ∈ C ∞ (M ), v ∈ Γ(T M ) et X ∈ Γ(E).

DÉFINITION 2.1.2 La courbure R∇ d’une connexion ∇ sur E est une 2-forme à


valeurs dans End(E) 1 définie par :

R∇ (v1 , v2 ) = ∇v1 ∇v2 − ∇v2 ∇v1 − ∇[v1 ,v2 ]T M , ∀v1 , v2 ∈ Γ(T M ). (2.3)

Endomorphismes dérivatifs
Soit ∇ une connexion sur E. Alors, pour tout v ∈ Γ(T M ), la dérivée covariante
∇v est un exemple d’opérateur différentiel d’un type particulier que nous définissons
maintenant.

DÉFINITION 2.1.3 Soit E → M un fibré vectoriel. Un endomorphisme dérivatif de


E → M est un endomorphisme R-linéaire

D : Γ(E) −→ Γ(E)

tel qu’il existe une section σD ∈ Γ(T M ) vérifiant

D(f X) = f D(X) + (σD · f )X, ∀f ∈ C ∞ (M ), ∀X ∈ Γ(E).

Le champ de vecteurs σD est uniquement défini par D et est appelé le symbole de D.


L’espace vectoriel des endomorphismes dérivatifs de E est noté D(E).

Exemple: Soient ∇ une connexion de E → M et v ∈ Γ(T M ) alors ∇v est un endomor-


phisme dérivatif ayant pour symbole v.
1. D’après la formule (2.3), R∇ (v1 , v2 ) agit sur Γ(E). Mais on vérifie facilement que R∇ (v1 , v2 ) est
C ∞ (M )-linéaire, donc R∇ (v1 , v2 ) provient d’un endomorphisme du fibré vectoriel E.
52 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

Les fibrés vectoriels que nous considérerons la plupart du temps sont munis d’un
produit scalaire < ., . >.

DÉFINITION 2.1.4 Un produit scalaire pseudo-euclidien 2 sur un fibré vectoriel


E → M est une application

< ., . >: Γ(E ⊗ E) −→ C ∞ (M )

C ∞ (M )-bilinéaire, symétrique et non dégénérée en chaque point, c’est-à-dire telle que


pour tout m ∈ M et tout Xm ∈ Em

< Xm , Ym >= 0, ∀ Ym ∈ Em ⇒ Xm = 0.

De plus, si < ., . > satisfait la condition

< X, X > ≥ 0, ∀ X ∈ Γ(E),

on dit que < ., . > est défini positif et, dans ce cas, < ., . > est un produit scalaire
euclidien.

La définition suivante introduit une notion de compatibilité entre un endomorphisme


dérivatif et un produit scalaire.

DÉFINITION 2.1.5 Soit E → M un fibré vectoriel muni d’un produit scalaire < ., . >.
On dit qu’un endomorphisme dérivatif D ∈ D(E) préserve < ., . > si

< D(X), Y > + < X, D(Y ) >= σD · < X, Y >,

pour toutes les sections X, Y ∈ Γ(E). On dénote D(E)<.,.> l’ensemble des endomor-
phismes dérivatifs de E préservant < ., . >.

Exemple: Soit A → M un fibré vectoriel. Considérons le fibré vectoriel A ⊕ A∗ → M


muni du produit scalaire standard sur Γ(A ⊕ A∗ ) :

< X + α, Y + β >:= α(Y ) + β(X),

pour toutes les sections X, Y ∈ Γ(A) et α, β ∈ Γ(A∗ ). Soit ∇ une connexion de A → M .


Pour tout v ∈ Γ(T M ) on sait que ∇v est un endomorphisme dérivatif de A ayant pour
symbole v. Mais on peut étendre ∇v à un endomorphisme dérivatif de A ⊕ A∗ préservant
< ., . >. Il suffit de définir ∇∗v sur A∗ en posant pour toutes sections X ∈ Γ(A), α ∈ Γ(A∗ )

< ∇∗v (α), X >= v· < α, X > − < α, ∇v (X) > .

On définit ainsi une connexion de A ⊕ A∗ préservant < ., . >.


2. Dans la suite de ce texte, par défaut, les produits scalaires considérés sont pseudo-euclidiens. Ainsi,
où on écrit “produit scalaire” on devra lire “produit scalaire pseudo-euclidien”.
2.1. L’ALGÈBRE DE POISSON (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 53

On vérifie facilement la proposition suivante

PROPOSITION 2.1.6 Soit E → M un fibré vectoriel.


1. L’espace vectoriel des endomorphismes dérivatifs, D(E), muni du commutateur, est
une algèbre de Lie.
2. De plus, si le fibré vectoriel E → M est muni d’un produit scalaire < ., . >, alors
D(E)<.,.> est une sous-algèbre de Lie de (D(E), [., .]com ).

L’algèbre de Lie (D(E), [., .]com ) est l’algèbre des sections d’un algébroïde de Lie,
appelé algébroïde d’Atiyah de E [2], voir aussi [27], que l’on notera A(E). Ainsi,
D(E) = Γ(A(E)).
b de A(E) induit, sur les sections, l’application symbole
L’ancre σ

σ : D(E) −→ Γ(T M )
D 7−→ σ(D) := σD .

Son noyau est l’espace vectoriel Γ(E ⊗ E ∗ ) des endomorphismes C ∞ (M )-linéaires de


Γ(E). On a donc la suite exacte

0 −→ Γ(E ⊗ E ∗ ) −→ D(E) −→ Γ(T M ) −→ 0,


σ
(2.4)

qui, du fait que les applications sont C ∞ (M )-linéaires, provient d’une suite exacte de
fibrés vectoriels sur M
b
σ
0 −→ End(E) −→ A(E) −→ T M −→ 0. (2.5)

En outre, une connexion ∇ sur E définit une application C ∞ (M )-linéaire :

∇ : Γ(T M ) −→ D(E)
v 7−→ ∇v ,

qui correspond à un morphisme de fibrés vectoriels, ∇b : T M −→ A(E). Alors, comme


σ(∇v ) = v, le choix d’une connexion ∇ sur E équivaut à une scission de la suite exacte
de fibrés vectoriels
0 / End(E) / A(E) σb / T M / 0,
g
b

et définit un isomorphisme (dépendant de ∇) :

A(E) −→ End(E) ⊕ T M
( )
D 7−→ D − ∇b σb(D) + σ
b(D)
P + ∇v ←−[ P + v.
54 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

Par ailleurs, dans la suite de ce texte on devra considérer la suite exacte (2.4) restreinte
aux applications préservant < ., . > :

0 −→ (Γ(E ⊗ E ∗ ))<.,.> −→ D(E)<.,.> −→ Γ(T M ) −→ 0.


σ

Le fait que < ., . > soit non dégénéré permet d’identifier Γ(E) et Γ(E ∗ ). Ainsi, on peut
considérer
σ
0 −→ (Γ(⊗2 E))<.,.> −→ D(E)<.,.> −→ Γ(T M ) −→ 0.
Par ailleurs, un endomorphisme D ∈ D(E), appartenant au noyau de σ et préservant
< ., . >, doit satisfaire
< D(X), Y > + < X, D(Y ) >= 0,
pour toutes sections X, Y ∈ Γ(E). En d’autres termes, utilisant à nouveau l’identification
Γ(E) ≃ Γ(E ∗ ) induite par < ., . >, D est antisymétrique. Donc, on a la suite exacte de
C ∞ (M )-modules
∧ σ
0 −→ Γ( 2 E) −→ D(E)<.,.> −→ Γ(T M ) −→ 0,

qui, du fait que les applications sont C ∞ (M )-linéaires, provient d’une suite exacte de
fibrés vectoriels ∧ b
σ
0 −→ 2 (E) −→ A(E)<.,.> −→ T M −→ 0. (2.6)

2.1.2 Décomposition de Pol(T ∗ (ΠA))


Dans cette section, nous allons décomposer l’ensemble des fonctions polynomiales sur
T ∗ (ΠA) selon le degré total (voir section 1.1.3). Nous verrons que l’algébroïde d’Atiyah
a un rôle important dans cette décomposition.
Tout d’abord, dans la section 1.1.3 nous avons défini Polk (T ∗ (ΠA)) comme étant
le sous-espace vectoriel de C ∞ (T ∗ (ΠA)) contenant les fonctions polynomiales (en les
coordonnées des fibres) de degré total k. L’espace

Pol(T ∗ (ΠA)) = Polk (T ∗ (ΠA))
k≥0
( )
est une sous-algèbre de Poisson de C ∞ (T ∗ (ΠA)), {., .} .
De plus, on peut considérer un système de coordonnées locales du type (xi , ξ a , pi , θa )
sur T ∗ (ΠA) et on remarque qu’il est composé de fonctions de degré 0, 1 et 2. Ainsi, l’an-
neau Pol(T ∗ (ΠA)) est engendré 3 (comme des polynômes) par les polynômes de degré 0, 1
et 2.
Nous savons (voir la fin de la section 1.1.3) que le crochet de Poisson restreint aux
polynômes de degré 0 ou 1 est toujours nul sauf pour Θ1 , Θ2 ∈ Γ(A ⊕ A∗ ) pour lesquels
on a
{Θ1 , Θ2 } =< Θ1 , Θ2 >,
3. Voir [45], où Roytenberg montre que T ∗ (ΠA) est une N -variété symplectique de degré 2 et que
toute N -variété symplectique de degré 2 est une (sous-variété d’une) variété de ce type.
2.1. L’ALGÈBRE DE POISSON (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 55

où < ., . > est le produit scalaire standard sur Γ(A ⊕ A∗ ).


Intéressons-nous à présent aux polynômes de degré total 2. Tout d’abord, utilisant le
fait que le grand crochet a un degré total −2, on remarque que

{Pol2 (T ∗ (ΠA)), Pol2 (T ∗ (ΠA))} ⊆ Pol2 (T ∗ (ΠA)).

On peut alors énoncer la proposition suivante.

PROPOSITION 2.1.7 L’espace vectoriel Pol2 (T ∗ (ΠA)) est une sous-algèbre de Lie de
(Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}).

Dans la suite de ce paragraphe nous allons caractériser les éléments de Pol2 (T ∗ (ΠA)).
On verra qu’ils correspondent à des objets déjà introduits précédemment. Soit
D ∈ Pol2 (T ∗ (ΠA)). Alors {C ∞ (M ), D} ⊂ C ∞ (M ) et, si on applique la règle de Leibniz
pour {., .}, on a

{f g, D} = f {g, D} + {f, D} g, ∀f, g ∈ C ∞ (M ).

Donc {., D} agit sur C ∞ (M ) comme un champ de vecteurs σD ∈ Γ(T M ), que l’on définit
en posant
σD · f = {f, D} , ∀f ∈ C ∞ (M ).
De plus, {Γ(A ⊕ A∗ ), D} ⊂ Γ(A ⊕ A∗ ) et, si on applique la règle de Leibniz, on a

{f Θ, D} = f {Θ, D} + {f, D} Θ
= f {Θ, D} + (σD · f )Θ,

pour tous f ∈ C ∞ (M ) et Θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ). Donc {., D} est un endomorphisme dérivatif


de A ⊕ A∗ , ayant pour symbole σD . En outre, l’identité de Jacobi nous permet d’écrire,
pour toutes sections Θ1 , Θ2 ∈ Γ(A ⊕ A∗ ),

{{Θ1 , Θ2 } , D} = {Θ1 , {Θ2 , D}} + {{Θ1 , D} , Θ2 } ,

c’est-à-dire,

σD · < Θ1 , Θ2 >=< Θ1 , {Θ2 , D} > + < {Θ1 , D} , Θ2 > .

On a ainsi montré que {., D} appartient à D(A ⊕ A∗ )<.,.> . L’application

Φ : Pol2 (T ∗ (ΠA)) −→ D(A ⊕ A∗ )<.,.>


(2.7)
D 7−→ {., D}

est alors bien définie et de plus on a la proposition suivante.

PROPOSITION 2.1.8 L’application Φ définie par (2.7) est bijective.


56 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

Démonstration. Soit D ∈ Pol2 (T ∗ (ΠA)). Dans un système de coordonnées locales


(xi , ξ a , pi , θa ) de T ∗ (ΠA) on peut écrire
1 1
D = Ai (x)pi + Rab (x)ξ a ξ b + Qab (x)θa θb + Pab (x)ξ a θb ,
2 2
où Ai , Rab , Qab et Pab sont des fonctions sur M telles que Rab = −Rba et Qab = −Qba ,
pour tous i = 1, . . . , m et a, b = 1, . . . , n. Notons CD l’image de D par Φ, i.e.,

CD := Φ(D) = {., D} ∈ D(A ⊕ A∗ )<.,.> .

On a alors  ∂f
 σCD · f = −Ai (x) ∂xi
C (ξ a ) = −Pba (x)ξ b + Qac (x)θc (2.8)
 D
CD (θa ) = Rab (x)ξ b + Pac (x)θc
pour toute fonction f ∈ C ∞ (M ) et où (θa )a=1,...,n (resp. (ξ a )a=1,...,n ) sont considérés
comme des bases locales de sections
∑n de A (resp. A∗ ). Les équations (2.8) s’écrivent, pour
toute combinaison linéaire Θ = a=1 αa θa + βa ξ a , sous la forme
 1   1
P1 . . . Pn1 Q11 . . . Qn1 α
 .. .. .. ..   .. 
 . . . .   
 n   . 
 P1 . . . Pnn Q1n . . . Qnn  αn  ∑ n
∂αa ∑ i
n
∂β b
CD (Θ) =    −
 R11 . . . Rn1 −P 1 . . . −P n   β1  A i
(x) − A (x)
 1 1   ∂xi ∂xi
 .. .. .. ..   ..  a=1 b=1
 . . . .   . 
R1n . . . Rnn −Pn1 . . . −Pnn βn

Si Φ(D) = 0 cela signifie que σCD = 0, c’est-à-dire que Ai = 0, i = 1, . . . , m et que les


coefficients Pab , Rab et Qab , a, b = 1, . . . , n, de la matrice ci-dessus sont également nuls.
Donc (dans chaque carte locale) D = 0. On a ainsi prouvé que Φ est une application
injective.
Pour prouver la surjectivité de Φ, considérons C ∈ D(A⊕A∗ )<.,.> . Dans tout système
de coordonnées locales (xi , ξ a , pi , θa ) de T ∗ (ΠA), on a
 ∂
 σCD = Ai (x) ∂x i
C(ξ a ) = Pba (x)ξ b + Qac (x)θc

C(θa ) = Rab (x)ξ b + Sac (x)θc

Du fait que C préserve < ., . >, on a Pba = −Sba , Qab = −Qba et Rab = −Rba , pour tous
a, b ∈ {1, . . . , n}. Ainsi, on définit dans chaque carte locale
1 1
DC = −Ai (x)pi + Rab (x)ξ a ξ b + Qab (x)θa θb − Pab (x)ξ a θb .
2 2
D’après la première partie de la preuve, on vérifie que, pour chaque construction locale,
on a
Φ(DC ) = C.
2.1. L’ALGÈBRE DE POISSON (POL(T ∗ (ΠA)), {., .}) 57

À partir de ces constructions locales, en utilisant une partition de l’unité, on peut


construire DC sur T ∗ (ΠA) et comme Φ : Pol2 (T ∗ (ΠA)) → D(A ⊕ A∗ )<.,.> est C ∞ (M )-
linéaire, l’égalité
Φ(DC ) = C
est vérifiée. Donc Φ est surjective.

La proposition suivante montre que l’application Φ préserve le grand crochet.

PROPOSITION 2.1.9 L’application Φ définie par (2.7) est un anti-isomorphisme d’al-


gèbres de Lie
( )
Φ : (Pol2 (T ∗ (ΠA)), {., .}) −→ D(A ⊕ A∗ )<.,.> , [., .]com

où {., .} est le grand crochet et [., .]com est le commutateur.

Démonstration. La vérification du fait que Φ est un morphisme d’algèbres de Lie est


immédiate. Soient D1 , D2 ∈ Pol2 (T ∗ (ΠA)), pour tout Θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ) on a

Φ({D1 , D2 })(Θ) = {Θ, {D1 , D2 }}


= {{Θ, D1 } , D2 } + {D1 , {Θ, D2 }}
= {{Θ, D1 } , D2 } − {{Θ, D2 } , D1 }

où dans les deux dernières égalités on a utilisé l’identité de Jacobi et l’anticommutativité


(graduées) du grand crochet. Or, d’après la dernière égalité on a
( ) ( )
Φ {D1 , D2 } (Θ) = Φ(D2 ) ◦ Φ(D1 ) − Φ(D1 ) ◦ Φ(D2 ) (Θ),

pour tout Θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ). Donc on en conclut l’égalité


( )
Φ {D1 , D2 } = −[Φ(D1 ), Φ(D2 )]com .

Considérons, pour tout k ≥ 0, l’espace vectoriel


⊕ ( ∧p )
Pk = Γ (A ⊕ A∗ ) ⊗ S q (A(A ⊕ A∗ )<.,.> )
p+2q=k

et soit P = k≥0 Pk . Sur l’espace gradué P on définit un produit (de degré 0), que l’on
note ∧, en posant, pour toute paire Θ1 ⊗ C1 et Θ2 ⊗ C2 d’éléments homogènes de P,

(Θ1 ⊗ C1 ) ∧ (Θ2 ⊗ C2 ) = (Θ1 ∧ Θ2 ) ⊗ (C1 ∨ C2 ),

où ∨ est le produit symétrique, puis étendant à P par bilinéarité. Le produit ∧ permet


d’engendrer P à partir des éléments de C ∞ (M ), Γ(A ⊕ A∗ ) ⊗ 1 et 1 ⊗ D(A ⊕ A∗ )<.,.> .
58 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

On définit l’application

Ψ : (P, ∧) −→ (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧)


∑ ∑
Θi ⊗ Ci 7−→ Θi ∧ Φ−1 (Ci )
i i

où le produit ∧ de l’algèbre de droite est le produit 4 (gradué) de fonctions sur


T ∗ (ΠA) et l’application Φ, définie par (2.7), est étendue en un morphisme d’algèbres
Φ : (S • Pol2 (T ∗ (ΠA)), ∧) → (S • D(A ⊕ A∗ )<.,.> , ∨). On remarque que le produit gradué
∧ sur Pol(T ∗ (ΠA)), quand restreint à S • Pol2 (T ∗ (ΠA)) coïncide avec le produit symé-
trique.
On vérifie immédiatement que Ψ est un morphisme d’algèbres graduées de degré 0.
On définit sur P un crochet {., .}P , de degré −2, en posant


 {f, g}P = 0,



 {f, Θ ⊗ 1} = {Θ ⊗ 1, f }P = 0,

 {1 ⊗ C, f }P = − {f, 1 ⊗ C}
P P
= −σC · f,

 {Θ 1 ⊗ 1, Θ2 ⊗ 1} =< Θ1 , Θ 2 > ⊗1,


P
 {1 ⊗ C, Θ ⊗ 1}P = − {Θ ⊗ 1, 1 ⊗ C}P = −C(Θ) ⊗ 1,


 {1 ⊗ C , 1 ⊗ C } = −1 ⊗ [C , C ] ,
1 2 P 1 2 com

pour tous f, g ∈ C ∞ (M ), Θ, Θ1 , Θ2 ∈ Γ(A ⊕ A∗ ) et C, C1 , C2 ∈ D(A ⊕ A∗ )<.,.> . Puis, on


étend {., .}P à tout P par bilinéarité et en demandant à ce que la règle de Leibniz

{P, Q ∧ R}P = {P, Q}P ∧ R + (−1)pq Q ∧ {P, R}P

soit satisfaite pour tous P, Q, R ∈ P où P et Q sont des éléments homogènes de degré p


et q respectivement.
Le crochet {., .}P satisfait l’identité de Jacobi (on le vérifie rapidement sur les éléments
de degré 0, 1 et 2) et constitue un crochet de Poisson sur (P, ∧). On a la proposition
suivante.

PROPOSITION 2.1.10 L’application

Ψ : (P, ∧, {., .}P ) −→ (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧, {., .})

est un morphisme d’algèbres de Poisson.

Démonstration. On doit vérifier que Ψ préserve les crochets de Poisson et il suffit de le


vérifier pour les éléments de degré 0, 1 et 2 pour lesquels c’est immédiat par construction
de {., .}P .

4. Le signe de multiplication de ce produit est parfois omis dans nos formules où il est représenté par
la juxtaposition des facteurs.
2.2. MULTI-CROCHETS DE QUASI-COURANT 59

Le noyau
∧ (de Ψ est l’idéal
) de (P, ∧) engendré par les éléments Θ ⊗ 1 − 1 ⊗ Θ, pour
tout Θ ∈ 2 Γ(A ⊕ A∗ ) ⊂ D(A ⊕ A∗ )<.,.> . Notons I cet idéal,
∧2
I =< Θ ⊗ 1 − 1 ⊗ Θ, Θ ∈ (Γ(A ⊕ A∗ )) >,

alors Ψ induit un isomorphisme d’algèbres graduées de degré 0,


( )
Ψ : PI , ∧ −→ (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧).

Comme I est le noyau de Ψ, et Ψ est un morphisme d’algèbres de Poisson, alors I


est un idéal de Poisson pour {., .}P . Alors, le crochet {., .}P induit un crochet de Poisson
sur PI , que l’on notera aussi {., .}P .
Ces quelques considérations démontrent le corollaire suivant.

COROLLAIRE 2.1.11 L’application


( )
Ψ : PI , ∧, {., .}P −→ (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧, {., .})

est un isomorphisme d’algèbres de Poisson.

2.2 Multi-crochets de quasi-Courant


Dans cette section, nous allons définir l’algèbre de Poisson graduée des multi-crochets
de quasi-Courant. Cette section est grandement basée sur l’article [18], où cette algèbre
a été introduite, et nous renvoyons le lecteur à cet article pour les démonstrations des
résultats que nous présentons ici.
Considérons E → M un fibré vectoriel muni d’un produit scalaire < ., . > (voir
définition 2.1.4). Définissons à présent l’objet principal de cette section.

DÉFINITION 2.2.1 Soit r ≥ 2. Un r-crochet de quasi-Courant est une application


R-multilinéaire
C : Γ(E) ⊗ . . . ⊗ Γ(E) −→ Γ(E)
| {z }
r−1

telle qu’il existe une application R-multilinéaire

σC : Γ(E) ⊗ . . . ⊗ Γ(E) −→ Γ(T M ),


| {z }
r−2

appelée le symbole de C, vérifiant, pour toutes sections Θ1 , . . . , Θr−1 , U, V ∈ Γ(E), les


conditions suivantes :
1. σC (Θ1 , . . . , Θr−2 )· < U, V >=< C(Θ1 , . . . , Θr−2 , U ), V >
+ < U, C(Θ1 , . . . , Θr−2 , V ) >;
60 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

2. Si r ≥ 3, pour tout 1 ≤ i ≤ r − 2,
< C(Θ1 , . . . , Θi , Θi+1 , . . . , Θr−1 ) + C(Θ1 , . . . , Θi+1 , Θi , . . . , Θr−1 ), U >
ci , Θ
= σC (Θ1 , . . . , Θ [i+1 , . . . , Θr−1 , U )· < Θi , Θi+1 >,

où le symbole b au dessus d’un élément signifie que cet élément a été retiré.
On note Cr (E) l’ensemble des r-crochets de quasi-Courant ainsi définis. On définit aussi
C0 (E) = C ∞ (M ), C1 (E) = Γ(E) et on pose

C(E) = Cr (E).
r≥0

On vérifie dans le lemme suivant qu’un r-crochet de quasi-Courant C vérifie, au


dernier argument, la règle de Leibniz

LEMME 2.2.2 Soit C ∈ Cr (E), r ≥ 2. Alors, on a


C(Θ1 , . . . , f Θr−1 ) = f C(Θ1 , . . . , Θr−1 ) + (σC (Θ1 , . . . , Θr−2 ) · f )Θr−1 ,
pour tous f ∈ C ∞ (M ) et Θ1 , . . . , Θr−1 ∈ Γ(E).

Démonstration. Le lemme est démontré, dans [58], pour les crochets de Courant (c’est-
à-dire pour r = 3 et C vérifiant l’identité de Jacobi, voir ci-dessous corollaire 2.2.7) mais
l’argument n’utilise pas l’identité de Jacobi et est valable pour r = 2 et généralisable
pour tout r ≥ 3.
La proposition suivante montre que les 2-crochets de quasi-Courant sont des objets
que l’on a déjà définis.

PROPOSITION 2.2.3 Soit E → M un fibré vectoriel tel que Γ(E) est muni d’un
produit scalaire < ., . >. Alors
C2 (E) = D(E)<.,.> ,
où D(E)<.,.> est l’ensemble des endomorphismes dérivatifs de E préservant < ., . >.

Démonstration. L’inclusion D(E)<.,.> ⊆ C2 (E) est une conséquence immédiate des défi-
nitions respectives de ces deux ensembles.
Vérifions à présent l’inclusion C2 (E) ⊆ D(E)<.,.> . Soit C ∈ C2 (E). Alors C est un
endomorphisme R-linéaire C : Γ(E) −→ Γ(E) tel qu’il existe σC ∈ Γ(T M ) satisfaisant
σC · < U, V >=< C(U ), V > + < U, C(V ) >,
pour tous U, V ∈ Γ(E). De plus, d’après le lemme 2.2.2, C vérifie
C(f Θ) = f C(Θ) + (σC · f )Θ,
pour tous f ∈ C ∞ (M ) et Θ ∈ Γ(E).
Donc l’endomorphisme C est un endomorphisme dérivatif de E préservant < ., . >.
2.2. MULTI-CROCHETS DE QUASI-COURANT 61

Intéressons-nous à présent au cas r = 3. On prétend vérifier que C3 (E) contient les


crochets de Courant sur (E, < ., . >). En effet, un élément de C3 (E) est un couple (C, σC )
où C est une application R-bilinéaire

C : Γ(E) × Γ(E) −→ Γ(E)

et
σC : Γ(E) −→ Γ(T M )
est une application R-linéaire satisfaisant
1. σC (Θ)· < U, V >=< C(Θ, U ), V > + < U, C(Θ, V ) >;
2. < C(Θ1 , Θ2 ) + C(Θ2 , Θ1 ), U >= σC (U )· < Θ1 , Θ2 >,
pour toutes les sections Θ, Θ1 , Θ2 , U, V ∈ Γ(E). De plus, d’après le lemme 2.2.2, l’appli-
cation C vérifie la règle de Leibniz

C(Θ1 , f Θ2 ) = f C(Θ1 , Θ2 ) + (σC (Θ1 ) · f )Θ2 ,

pour tous f ∈ C ∞ (M ) et Θ1 , Θ2 ∈ Γ(E).


Les éléments de C3 (E) vérifient ainsi 3 des 5 axiomes originalement énoncés dans la
définition (voir par exemple [44]) du crochet de Courant. On pose la définition suivante.

DÉFINITION 2.2.4 Soit E → M un fibré vectoriel tel que Γ(E) est muni d’un produit
scalaire < ., . >. On appelle crochets de quasi-Courant sur (E, < ., . >) les éléments de
C3 (E).

Introduisons la définition suivante.

DÉFINITION 2.2.5 Une algèbre de Leibniz est une paire (V, [., .]) où
– V est un module sur l’anneau des fonctions C ∞ (M )
– l’opération R-bilinéaire [., .] : V × V → V vérifie l’identité suivante

[a, [b, c]] = [[a, b] , c] + [b, [a, c]]

pour tous a, b, c ∈ V .

On remarque immédiatement que les algèbres de Lie sont exactement les algèbres de
Leibniz (V, [., .]) munies d’un crochet [., .] antisymétrique.
La proposition suivante nous permet de caractériser les éléments de C3 (E) correspon-
dant à une structure de Courant sur (E, < ., . >).

PROPOSITION 2.2.6 Soit C ∈ C3 (E). Si C vérifie (la version suivante de) l’identité
de Jacobi
C(Θ1 , C(Θ2 , Θ3 )) = C(C(Θ1 , Θ2 ), Θ3 ) + C(Θ2 , C(Θ1 , Θ3 )) (2.9)
pour toutes les sections Θ1 , Θ2 , Θ3 ∈ Γ(E), alors
62 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

1. (Γ(E), C(., .)) est une algèbre de Leibniz ;


2. σC : Γ(E) −→ Γ(T M ) est un morphisme d’algèbres de Leibniz, c’est-à-dire vérifie

σC (C(Θ1 , Θ2 )) = [σC (Θ1 ), σC (Θ2 )]T M

pour tous Θ1 , Θ2 ∈ Γ(E).

Démonstration. La première partie de la proposition se vérifie immédiatement. La dé-


monstration de la deuxième partie est identique à la démonstration de la propriété ana-
logue pour les algébroïdes de Lie (voir [29]). Il suffit de développer C(Θ1 , C(Θ2 , f Θ3 )),
pour tous f ∈ C ∞ (M ) et Θ3 ∈ Γ(E), de deux façons différentes en utilisant l’identité de
Jacobi (2.9) et la règle de Leibniz démontrée dans le lemme 2.2.2.

COROLLAIRE 2.2.7 ([58, 26]) Si C ∈ C3 (E) vérifie l’identité de Jacobi (2.9), alors
C est un crochet de Courant sur (E, < ., . >).

Démonstration. Les cinq axiomes de la définition originale 5 de crochet de Courant (non


commutatif) sont vérifiés. En effet, deux des axiomes viennent de la définition de r-crochet
de Courant et un troisième axiome est l’identité de Jacobi. Un quatrième axiome est la
règle de Leibniz, mais c’est une conséquence de la définition de r-crochet de Courant
(voir le lemme 2.2.2). Enfin, la proposition 2.2.6 montre que le dernier axiome (σC est
un morphisme d’algèbres de Leibniz) est aussi vérifié.

Le cas r = 3 traité ci-dessus peut motiver la définition suivante

DÉFINITION 2.2.8 Un élément C ∈ Cr (E) vérifiant l’identité de Jacobi

C(Θ1 , . . . , Θr−2 , C(Ξ1 , . . . , Ξr−1 ))



r−1
= C(Ξ1 , . . . , Ξi−1 , C(Θ1 , . . . , Θr−2 , Ξi ), Ξi+1 , . . . , Ξr−1 ) (2.10)
i=1

est appelé un r-crochet de Courant sur (E, < ., . >).

Dans la suite de cette section, nous allons rappeler des résultats de [18] qui nous
permettent de définir une structure 6 d’algèbre de Poisson graduée sur C(E).
On définit pour tout Θ ∈ Γ(E) le produit intérieur

iΘ : C• (E) −→ C•−1 (E)


C 7−→ iΘ C = C(Θ, ., . . .)

Le théorème suivant permet de définir un produit sur C(E).


5. Voir le paragraphe où nous introduisons la définition 1.1.11 d’un algébroïde de Courant. Voir aussi
les définitions originales dans [34, 44].
6. Les signes de nos définitions du produit et du crochet sur C(E) diffèrent de ceux employés par [18].
2.2. MULTI-CROCHETS DE QUASI-COURANT 63

THÉORÈME 2.2.9 ([18]) Il existe sur C(E) un produit, noté ∧, R-bilinéaire, associatif,
commutatif gradué, de degré 0, défini de manière unique par
{
f ∧ g = fg = g ∧ f
f ∧ Θ = f Θ = Θ ∧ f,

pour tous f, g ∈ C ∞ (M ) et Θ ∈ Γ(E), et tel que, pour tout Θ ∈ Γ(E), iΘ soit une
dérivation de (C(E), ∧) :

iΘ (C1 ∧ C2 ) = iΘ C1 ∧ C2 + (−1)r C1 ∧ iΘ C2 ,

pour tous C1 ∈ Cr (E) et C2 ∈ C(E).

Afin de mieux comprendre ce qu’est le produit ∧ sur C(E) (et de vérifier en particulier
qu’il correspond à ce que l’on pouvait prétendre) explicitons la définition de ∧ pour des
éléments de degré 1 et 2. Pour tous Θ, Θ1 , Θ2 ∈ C1 (E) = Γ(E) et C ∈ C2 (E) on a
{
Θ1 ∧ Θ2 (U ) =< Θ1 , U > Θ2 − < Θ2 , U > Θ1
(2.11)
Θ ∧ C(U, V ) =< Θ, U > C(V )− < Θ, V > C(U )+ < C(U ), V > Θ,

pour tous U, V ∈ Γ(E).


Le théorème suivant nous permet de définir un crochet de Lie sur C(E).

THÉORÈME 2.2.10 ([18]) 1. Il existe une unique application R-bilinéaire, anti-


commutative graduée

[., .] : Cr (E) × Cs (E) −→ Cr+s−2 (E)

définie par 

 [f, g] = 0


 [f, Θ] = 0 = [Θ, f ]
[f, C] = σC · f = −[C, f ]



 [Θ1 , Θ2 ] =< Θ1 , Θ2 >

iΘ D = [Θ, D] = (−1)r+1 [D, Θ]
pour tous f, g ∈ C ∞ (M ), Θ, Θ1 , Θ2 ∈ Γ(E), C ∈ C2 (E) et D ∈ Cr (E), r ≥ 2,
et demandant à ce que, pour tout Θ ∈ Γ(E), iΘ = [Θ, .] soit une dérivation de
(C(E), [., .]), i.e. :

iΘ [C1 , C2 ] = [Θ, [C1 , C2 ]] = [[Θ, C1 ], C2 ] + (−1)r [C1 , [Θ, C2 ]],

pour tous C1 ∈ Cr (E) et C2 ∈ C(E).


2. Le crochet [., .] vérifie l’identité de Jacobi

[C1 , [C2 , C3 ]] = [[C1 , C2 ], C3 ] + (−1)rs [C2 , [C1 , C3 ]],

pour tous C1 ∈ Cr (E), C2 ∈ Cs (E) et C3 ∈ C(E).


64 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

On remarque en particulier que l’on a pour tous Θ ∈ C1 (E) = Γ(E) et


C, C1 , C2 ∈ C2 (E) {
[Θ, C] = C(Θ) = −[C, Θ]
[C1 , C2 ] = −[C1 , C2 ]com
où [., .]com est le commutateur.
Pour conclure cette section, le théorème suivant montre que le crochet et le produit
définis ci-dessus munissent C(E) d’une structure d’algèbre de Poisson.

THÉORÈME 2.2.11 ([18]) Le triplet (C(E), ∧, [., .]) est une algèbre de Poisson graduée
de degré −2.

2.3 Algèbre de Rothstein


Dans cette section nous allons introduire l’algèbre de Rothstein d’un fibré vectoriel
E → M . Nous devons choisir quelques structures sur E, en particulier une connexion,
pour définir le crochet de l’algèbre de Rothstein. Ce crochet s’avérera être un crochet
de Poisson gradué de degré −2. On montre dans la section suivante que cette algèbre
de Poisson correspond à une sous-algèbre de (C(E), ∧, [., .]). Nous remettons le lecteur à
l’article [18] pour les démonstrations des résultats que nous présentons ici.
Soit E → M un fibré vectoriel. On définit, pour r ≥ 0, l’espace vectoriel
⊕ (∧k )
Rr (E) = Γ (E) ⊗ S p (T M ) ,
r=2p+k

et on pose ⊕
R(E) = Rr (E).
r≥0

L’espace vectoriel R(E) est muni d’un produit canonique, noté ∧, défini par

(Θ1 ⊗ v1 ) ∧ (Θ2 ⊗ v2 ) = (Θ1 ∧ Θ2 ) ⊗ (v1 ∨ v2 ),



pour tous Θi ∈ ki (Γ(E)) et vi ∈ S pi (Γ(T M )), i = 1, 2. Dans la formule ci-dessus on a
noté ∨ le produit symétrique sur S • (T M ), c’est-à-dire que ∨ est la “symétrisation” du
produit tensoriel sur ⊗• T M .
La proposition suivante s’obtient immédiatement des définitions de R(E) et du pro-
duit ∧.

PROPOSITION 2.3.1 ([18]) L’espace vectoriel R(E) muni du produit ∧ est une al-
gèbre associative et commutative graduée, où R0 (E) = C ∞ (M ) est une sous-algèbre. De
plus R0 (E), R1 (E) et R2 (E) engendrent R(E).

Dans la suite de cette section, on définit sur R(E) le crochet de Rothstein

{., .}R : Rr (E) × Rs (E) −→ Rr+s−2 (E).


2.3. ALGÈBRE DE ROTHSTEIN 65

Comme R(E) est engendré par C ∞ (M ), Γ(E) et Γ(T M ), il suffit de définir {., .}R pour
une paire quelconque d’éléments générateurs (puis étendre comme une dérivation de
(R(E), ∧), imposant une règle de Leibniz).
La définition de {., .}R quand un des arguments appartient à C ∞ (M ) est presque
immédiate. En effet, comme {., .}R est de degré −2, on a

{C ∞ (M ), C ∞ (M )}R = {C ∞ (M ), Γ(E)}R = {0},

et il semble naturel de supposer que

{v, f }R = ± v · f,

pour tous v ∈ Γ(T M ) et f ∈ C ∞ (M ).


La définition de {., .}R dans les autres cas présuppose l’existence de certaines appli-
cations entre ces ensembles générateurs. Ainsi, considérons sur Γ(E) un produit scalaire,
c’est-à-dire une application

< ., . >: Γ(E) × Γ(E) −→ C ∞ (M )

C ∞ (M )-bilinéaire, symétrique et non dégénérée. De plus, choisissons une connexion sur


E

∇ : Γ(T M ) × Γ(E) −→ Γ(E)


(v, Θ) 7−→ ∇v (Θ)

préservant < ., . >, c’est-à-dire qui vérifie 7

< ∇v (Θ1 ) > + < ∇v (Θ2 ) >= v· < Θ1 , Θ2 >,

pour tous Θ1 , Θ2 ∈ Γ(E) et v ∈ Γ(T M ). La courbure de ∇ est une application


R∇ : Γ(T M ) × Γ(T M ) × Γ(E) → Γ(E) définie par

R∇ (v1 , v2 )(Θ) = ∇v1 ∇v2 (Θ) − ∇v2 ∇v1 (Θ) − ∇[v1 ,v2 ]T M (Θ),

pour tous v1 , v2 ∈ Γ(T M ) et Θ ∈ Γ(E). On vérifie que R∇ (., .)(.) est C ∞ (M )-linéaire
dans les 3 arguments et antisymétrique
(∧ dans les deux )premiers arguments. Ainsi, R∇
est un tenseur appartenant à Γ ( 2 T ∗ M ) ⊗ (E ∗ ⊗ E) . Mais, comme < ., . > est non
(∧ )
dégénéré on peut identifier E ∗ à E et considérer que R∇ ∈ Γ ( 2 T ∗ M ) ⊗ (⊗2 E) . Par
ailleurs, on a le lemme suivant

LEMME 2.3.2 Si ∇ est une connexion de (E, < ., . >) préservant < ., . >, alors sa
courbure vérifie

< R∇ (v1 , v2 )(Θ1 ), Θ2 >= − < R∇ (v1 , v2 )(Θ2 ), Θ1 >


7. On remarque que cette condition est une partie de l’identité de Jacobi que {., .}R devra vérifier,
quand 2 arguments appartiennent à Γ(E) et un troisième appartient à Γ(T M ).
66 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

(∧ ∧ )
Ainsi, la courbure de ∇ est un tenseur R∇ ∈ Γ ( 2 T ∗ M ) ⊗ ( 2 E) que l’on peut
envisager comme une application

R∇ : Γ(T M ) × Γ(T M ) −→ Γ( 2 E),

C ∞ (M )-bilinéaire et antisymétrique.
On est à présent en condition de définir le crochet de Rothstein, {., .}R , sur R(E) .

THÉORÈME 2.3.3 ([18]) Soit E → M un fibré vectoriel muni d’un produit scalaire.
Choisissons ∇ une connexion sur E, préservant < ., . >.
Il existe un unique crochet de Poisson gradué, de degré −2, sur R(E), défini par


 {f, g}R = 0,



 {f, Θ} = 0,

 {f, v} R = −v · f,
R
 {Θ1 , Θ2 }R =< Θ1 , Θ2 >,




 {Θ, v}R = −∇v (Θ),

 {v , v } = [v , v ] − R∇ (v , v ),
1 2 R 1 2 TM 1 2

pour tous f, g ∈ C ∞ (M ), Θ, Θ1 , Θ2 ∈ Γ(E) et v, v1 , v2 ∈ Γ(T M ).

2.4 Théorèmes d’isomorphisme


Dans cette section nous allons montrer que les différentes algèbres de Poisson définies
dans les sections précédentes sont en correspondance par le biais de morphismes de
Poisson.

2.4.1 Morphisme de Poisson entre R(E) et C(E)


Soit E un fibré vectoriel muni d’un produit scalaire < ., . >. On fixe ∇ une connexion
sur E préservant < ., . >, et on munit (R(E), ∧) du crochet de Poisson {., .}R défini dans
la proposition 2.3.3.
On définit une application

Φ∇ : R(E) → C(E)

en posant, pour les générateurs de R(E)


 ∇
 Φ (f ) = f,
Φ∇ (Θ) = Θ,
 ∇
Φ (v) = −∇v

et en imposant que
Φ∇ (Ξ1 ∧ Ξ2 ) = Φ∇ (Ξ1 ) ∧ Φ∇ (Ξ2 ),
pour tous Ξ1 , Ξ2 ∈ R(E)
2.4. THÉORÈMES D’ISOMORPHISME 67

THÉORÈME 2.4.1 ([18]) L’application Φ∇ : R(E) → C(E) est un morphisme injectif


d’algèbres de Poisson.

On remarque que Φ∇ est une correspondance biunivoque entre Rp (E) et Cp (E) pour
p = 0, 1, 2. Rappelons, par ailleurs que R(E) est engendré par R0 (E), R1 (E) et R2 (E).
On a alors la proposition suivante

PROPOSITION 2.4.2 L’image de Φ∇ : R(E) → C(E) est la sous-algèbre de


b
(C(E), ∧), notée C(E), engendrée par C0 (E), C1 (E) et C2 (E).

COROLLAIRE 2.4.3 L’application


( ) ( )
b
Φ∇ : R(E), ∧, {., .}R → C(E), ∧, [., .]

est un isomorphisme d’algèbres de Poisson.

2.4.2 Lien avec Pol(T ∗ (ΠA)) : cas E = A ⊕ A∗


Dans ce paragraphe nous montrons que les algèbres de Poisson considérées dans
le paragraphe précédent correspondent, quand E = A ⊕ A∗ , à l’algèbre de Poisson
(Pol(T ∗ (ΠA)), {., .}).
Dans la section 2.1 on a construit un isomorphisme d’algèbres de Poisson
( )
Ψ : PI , ∧, {., .}P −→ (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧, {., .}).

Dans la section précédente, considérant E = A ⊕ A∗ muni du produit scalaire stan-


dard, on a montré qu’une connexion ∇ sur A définit un isomorphisme d’algèbres de
Poisson ( ) ( )
Φ∇ : R(A ⊕ A∗ ), ∧, {., .}R −→ C(Ab ⊕ A∗ ), ∧, [., .] .

L’objectif de cette section est de vérifier que ces algèbres de Poisson sont toutes
isomorphes et que l’on a le diagramme commutatif suivant


=
Pol(T ∗ (ΠA)) o P
I


= ∇ ∼
=
 ∼ 
b ⊕ A∗ ) o = R(A ⊕ A∗ )
C(A ∇
68 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

L’isomorphisme de PI sur R(A ⊕ A∗ )


Considérons ∇ une connexion sur A. On prétend définir un isomorphisme, de degré 0,
d’algèbres de Poisson graduées
( ) ( )
Ψ∇ : PI , ∧, {., .}P −→ R(A ⊕ A∗ ), ∧, {., .}R

Rappelons que toute connexion sur A, ∇ : Γ(A) → Ω1 (M ) ⊗ Γ(A), peut être étendue
de manière unique à une connexion sur A ⊕ A∗ préservant < ., . >. Il suffit de définir la
connexion ∇∗ sur A∗ en posant pour toutes sections X ∈ Γ(A), α ∈ Γ(A∗ ) et v ∈ Γ(T M )

< ∇∗v (α), X >= v· < α, X > − < α, ∇v (X) > .

Alors ∇ ⊕ ∇∗ est une connexion sur A ⊕ A∗ préservant < ., . >. Dans la suite de cette
section, pour simplifier l’écriture, on écrira ∇ au lieu de ∇ ⊕ ∇∗ , considérant ainsi que
∇ est une connexion sur A ⊕ A∗ préservant < ., . >.
Toute connexion ∇ de A est ainsi une scission de la suite exacte

0 / Γ(∧2 (A ⊕ A∗ )) / D(A ⊕ A∗ )<.,.> σ / Γ(T M ) / 0,


j

et définit une bijection



Ψ∇ ∗ <.,.>
2 : D(A ⊕ A ) −→ Γ( 2 (A ⊕ A∗ )) ⊕ Γ(T M )
( )
C 7−→ C − ∇σ(C) + (−σ(C)) (2.12)
P − ∇v ←−[ P + v
∧2
Remarquons que l’espace image de Ψ∇ 2 , l’ensemble Γ( (A ⊕ A∗ )) ⊕ Γ(T M ), est
exactement R2 (A ⊕ A ) qui est une sous-algèbre de Lie de (R(A ⊕ A∗ ), {., .}R ). On a la

proposition suivante.

PROPOSITION 2.4.4 L’application


( ) ( )
Ψ∇ ∗ <.,.>
2 : D(A ⊕ A ) , −[., .]com −→ R2 (A ⊕ A∗ ), {., .}R ,

est un isomorphisme d’algèbres de Lie.



Rappelons la définition de l’algèbre graduée P = k≥0 Pk , où
⊕ (∧ )
Pk = Γ p
(A ⊕ A∗ ) ⊗ S q (A(A ⊕ A∗ )<.,.> ) .
p+2q=k

En particulier
(∧ ) ( )
P2 = Γ 2
(A ⊕ A∗ ) ⊗ R ⊕ Γ R ⊗ A(A ⊕ A∗ )<.,.>
2.4. THÉORÈMES D’ISOMORPHISME 69

et on peut étendre Ψ∇
2 en un morphisme, de degré 0, d’algèbres graduées

Ψ∇ : (P, ∧) −→ (R(A ⊕ A∗ ), ∧)

en posant  ∇
 Ψ0 (f ) = f,
Ψ∇ (Θ) = Θ,
 1∇
Ψ2 (C) défini par (2.12),
pour tous f ∈ C ∞ (M ), Θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ) et C ∈ D(A ⊕ A∗ )<.,.> . Puis on demande à ce
que Ψ∇ soit linéaire et soit un morphisme d’algèbres, c’est-à-dire que Ψ∇ vérifie

Ψ∇ (P ∧ Q) = Ψ∇ (P ) ∧ Ψ∇ (Q),

pour tous P, Q ∈ P.

PROPOSITION 2.4.5 L’application


( ) ( )
Ψ∇ : P, ∧, {., .}P −→ R(A ⊕ A∗ ), ∧, {., .}R

est un morphisme, de degré 0, d’algèbres de Poisson graduées.

Démonstration. Il suffit de vérifier que Ψ∇ préserve les crochets de Poisson mais on le


vérifie immédiatement sur les éléments de degré 0, 1 et 2, par construction de Ψ∇ et des
crochets {., .}P et {., .}R .

Le noyau de Ψ∇ est l’idéal I de (P, ∧) défini par



I =< Θ ⊗ 1 − 1 ⊗ Θ, Θ ∈ 2 (Γ(A ⊕ A∗ )) > .

Alors Ψ∇ induit un isomorphisme d’algèbres graduées de degré 0


( )
Ψ∇ : PI , ∧ −→ (R(A ⊕ A∗ ), ∧, ) .

L’idéal I est déjà apparu dans la section 2.1. On a vu alors que I est un idéal de
Poisson pour {., .}P et que le crochet {., .}P induit un crochet de Poisson, que l’on note
aussi {., .}P , sur PI .
On a le corollaire suivant.

COROLLAIRE 2.4.6 L’application


( ) ( )
Ψ∇ : PI , ∧, {., .}P −→ R(A ⊕ A∗ ), ∧, {., .}R

est un isomorphisme, de degré 0, d’algèbres de Poisson graduées.


70 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

b ⊕ A∗ )
L’isomorphisme entre Pol(T ∗ (ΠA)) et C(A
Définissons, pour tout p ≥ 0,

Φp : Polp (T ∗ (ΠA)) −→ Cbp (A ⊕ A∗ )

en posant pour tous f ∈ C ∞ (M ), Θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ), D ∈ Pol2 (T ∗ (ΠA))



 Φ0 (f ) = f,
Φ1 (Θ) = Θ,

Φ2 D = Φ(D),

où Φ : Pol2 (T ∗ (ΠA)) → D(A ⊕ A∗ )<.,.> est l’application (bijective) définie par (2.7). De
plus, demandons à ce que, pour tout p ≥ 0, Φp soit C ∞ (M )-linéaire et vérifie

Φp (Q ∧ R) = Φq (Q) ∧ Φr (R),

pour tous Q ∈ Polq (T ∗ (ΠA)) et R ∈ Polr (T ∗ (ΠA)), avec p = q + r.


Remarque: On vérifie que la règle de Leibniz est satisfaite en degré 0, 1 et 2. En effet,
pour tous Θ1 , Θ2 ∈ Γ(A ⊕ A∗ ), on a

Φ2 (Θ1 ∧ Θ2 ) = Φ1 (Θ1 ) ∧ Φ1 (Θ2 ),

i.e.,
{., Θ1 ∧ Θ2 } = Θ1 ∧ Θ2 ,
où le produit ∧ du membre de droite est le produit sur C(A ⊕ A∗ ) défini par (2.11).
On construit ainsi un morphisme d’algèbres graduées, de degré 0
( )
b ⊕ A∗ ), ∧ .
Φ : (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧) −→ C(A

Les applications que l’on a considérées jusqu’à présent forment le diagramme suivant.

Pol(T ∗ (ΠA)) o
Ψ P

= I

Φ Ψ∇ ∼
=
 
Φ∇
b ⊕ A∗ ) o
C(A R(A ⊕ A∗ )

=
On vérifie que ce diagramme est commutatif. En effet, comme les applications sont des
morphismes d’algèbres, il suffit de le vérifier pour les éléments de degré 0, 1 et 2, où c’est
évident par définition des applications. On a ainsi la proposition suivante.
2.5. STRUCTURE BICROISÉE D’ALGÈBRES DE LIE GRADUÉES 71

PROPOSITION 2.4.7 L’application


( )
b ⊕ A∗ ), ∧
Φ : (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧) −→ C(A

est un isomorphisme, de degré 0, d’algèbres graduées.

Par ailleurs, on vérifie sur les éléments de degré 0, 1 et 2 que Φ préserve les crochets
de Poisson définis sur Pol(T ∗ (ΠA)) et Cbp (A ⊕ A∗ ). On a ainsi le théorème suivant.

THÉORÈME 2.4.8 L’application


( )
Φ : (Pol(T ∗ (ΠA)), ∧, {., .}) −→ Cbp (A ⊕ A∗ ), ∧, [., .]

est un isomorphisme, de degré 0, d’algèbres de Poisson graduées.

On conclut cette section en remarquant que le diagramme commutatif ci-dessus, formé


par des bijections préservant les crochets défini sur chacun des espaces vectoriels gradués,
nous permet de donner une démonstration alternative (et plus simple que celle proposée
dans [18]) du fait que le crochet de Rothstein, défini dans le théorème 2.3.3, vérifie
l’identité de Jacobi.

2.5 Structure bicroisée d’algèbres de Lie graduées


Dans cette section, nous définissons la notion de structure bicroisée d’algèbres de Lie
graduées (voir [40] ; voir [28] pour le cas non-gradué) et montrons que l’algèbre (de Lie
graduée) ( )
⊕ (( ∧k+1 ) ∧k ∗ )
Γ ( ∗
A ) ∧ A ⊕ ( A ⊗ T M ) , {., .}R
k∈Z

a une telle structure. ( ⊕ )


Considérons deux algèbres de Lie graduées g = k∈Z gk , [., .]g et
( ⊕ )
h = k∈Z hk , [., .]h et deux applications

A : g → End(h) et B : h → End(g)
S 7→ AS T 7→ BT .

DÉFINITION 2.5.1 On dit que (A, B) est une paire de représentations bicroisées de
(g, h) si A et B sont des homomorphismes d’algèbres de Lie graduées satisfaisant les
conditions 8
8. Ces conditions traduisent le fait que A (resp. B) peut être considéré comme un 1-cocycle de h
(resp., g) à valeurs dans le h-module Hom(g, h) (resp. le g-module Hom(h, g)) défini par la représentation
B (resp. A). Voir [28].
72 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

1. AS ([T1 , T2 ]h ) = [AS T1 , T2 ]h + (−1)|S||T1 | [T1 , AS T2 ]h


−(−1)|S||T1 | ABT1 (S) (T2 ) + (−1)(|S|+|T1 |)|T2 | ABT2 (S) (T1 )
2. BT ([S1 , S2 ]g ) = [BT S1 , S2 ]g + (−1)|T ||S1 | [S1 , BT S2 ]g
−(−1)|T ||S1 | BAS1 (T ) (S2 ) + (−1)(|T |+|S1 |)|S2 | BAS2 (T ) (S1 ),
pour tous éléments homogènes S, S1 , S2 ∈ g et T, T1 , T2 ∈ h et où |X| représente le degré
d’un élément X.

On a le théorème suivant (pour une preuve voir [40]).

THÉORÈME 2.5.2
1. Soit (A, B) une paire de représentations bicroisées de (g, h). Alors g ⊕ h muni du
crochet
(
[(S1 , T1 ), (S2 , T2 )]g⊕h = [S1 , S2 ]g + BT1 (S2 ) − (−1)|T2 ||S1 | BT2 (S1 ),
)
[T1 , T2 ]h + AS1 (T2 ) − (−1)|S2 ||T1 | AS2 (T1 ) (2.13)

est une algèbre de Lie graduée (où le degré sur g⊕h est défini par (g ⊕ h)k = gk ⊕hk ).
( )
2. Réciproquement, si g ⊕ h, [., .]g⊕h est une algèbre de Lie graduée telle que g ⊕ 0
et 0 ⊕ h sont des sous-algèbres de Lie alors les applications A et B définies, pour
tous S ∈ gs et T ∈ ht , par
( )
[(S, 0), (0, T )]g⊕h = −(−1)st BT (S), AS (T )

forment une paire de représentations bicroisées de (g, h).

DÉFINITION
( 2.5.3 )On appelle algèbre de Lie bicroisée de g et de h l’algèbre de Lie
graduée g ⊕ h, [., .]g⊕h définie, comme en (2.13), par une paire (A, B) de représenta-
tions bicroisées de (g, h).

Dans la suite de cette section nous allons vérifier que des structures d’algèbres de Lie
bicroisées apparaissent dans notre contexte.
π
Considérons un fibré vectoriel A −→ M , et ∇ une connexion sur A. Alors les espaces
vectoriels  (∧ )

 g = Γ ( k−1 ∗
A ) ∧ A , k≥2
⊕ 

k

g= gk , où g1 = Γ(A),

 g0 = C ∞ (M ),
k∈Z 

gk = {0}, k<0
2.5. STRUCTURE BICROISÉE D’ALGÈBRES DE LIE GRADUÉES 73

et  (∧ )

 h = Γ k−2 ∗
A ⊗ T M , k≥3


k

 h2 = Γ(T M ),

h= hk , où h1 = {0},


k∈Z 
 h = C ∞ (M ),

 0
hk = {0}, k<0
sont des sous-ensembles de l’algèbre de Rothstein R(A ⊕ A∗ ). En effet, on a

gk ⊕ hk ⊆ Rk (A ⊕ A∗ ),

pour tout k ∈ Z.
La proposition suivante est de vérification immédiate

PROPOSITION 2.5.4
( ensembles g et )g ⊕ h sont des sous-algèbres de Lie de l’algèbre de Rothstein
1. Les
R(A ⊕ A∗ ), {., .}R ;
2. Si ∇ est une connexion(plate, c’est-à-dire ayant
) une courbure nulle, alors h est une

sous-algèbre de Lie de R(A ⊕ A ), {., .}R .

( supposer que)la connexion ∇ est plate. Ainsi


Dans la suite de la section, nous allons
g et h sont des sous-algèbres de Lie de g ⊕ h, [., .]g⊕h où le crochet [., .]g⊕h coïncide
( )
avec le crochet de Rothstein {., .}R . D’après le théorème précédent, g ⊕ h, {., .}R est
alors une algèbre de Lie bicroisée de g et de h. Pour identifier la paire de représentations
bicroisées (A, B) définissant cette algèbre bicroisée, considérons
(∧ )
S = ξ ∧ X ∈ gs = Γ ( s−1 A∗ ) ∧ A
(∧ )
t−2 ∗
T = η ⊗ v ∈ ht = Γ A ⊗ TM

et calculons

[(S, 0), (0, T )]g⊕h = {ξ ∧ X, η ⊗ v}R


= {ξ ∧ X, η}R ⊗ v − (−1)st η ∧ {v, ξ ∧ X}R .

Posons alors

A : g −→ End(h)
S 7−→ AS : h → h
T = η ⊗ v 7→ {S, η}R ⊗ v,
74 CHAPITRE 2. MULTI-CROCHETS DE COURANT ET ALGÈBRE DE ROTHSTEIN

et

B : h −→ End(g)
T = η ⊗ v 7−→ BT : h → h
S 7→ η ∧ {v, S}R .

D’après le théorème 2.5.2, la proposition suivante est immédiate.

PROPOSITION 2.5.5 Les applications A et B définies ci-dessus forment une paire


de représentations bicroisées de (g, h) et munissent l’espace vectoriel
⊕ (( ∧k−1 ) (∧ ))
g⊕h= Γ ( A∗ ) ∧ A ⊕ k−2 ∗
A ⊗ TM
k∈Z

d’une structure d’algèbre de Lie bicroisée.

Dans le cas particulier où A = T M , on retrouve une structure connue d’algèbre


bicroisée sur l’espace des dérivations des formes différentielles étudiée par Michor [39, 40].
Chapitre 3

Structures compatibles

L’objet de ce chapitre est d’écrire à l’aide du grand crochet divers types de com-
patibilités et de déformations entre tenseurs de degrés 2, et de démontrer ainsi leurs
propriétés.
Cette écriture unifie plusieurs types de compatibilités bien connues, à savoir, étant
donné un fibré vectoriel A → M ,
– la compatibilité entre deux structures d’algébroïde de Lie sur A (c’est-à-dire entre
deux hamiltoniens de Pol(T ∗ (ΠA)) de bidegré (1, 2) ;
– la compatibilité entre une structure d’algébroïde de Lie sur A et une structure
d’algébroïde de Lie sur A∗ (c’est-à-dire entre deux hamiltoniens de Pol(T ∗ (ΠA))
de bidegré (1, 2) et de bidegré (2, 1) formant un bigébroïde de Lie (A, A∗ ).
On montre que la condition de compatibilité des bigébroïdes de Lie
{ }
µ, µ′ = 0,

où µ et µ′ sont les deux hamiltoniens de degré total 3 qui encodent chacune des deux
structures, est en fait une condition générale de compatibilité de structures d’algébroïde
de Lie sur A ou A∗ .
Ensuite, étant donné A → M un algébroïde de Lie, on unifie les notions suivantes de
compatibilités :
– compatibilité entre structures de Poisson (c’est-à-dire entre deux sections de
∧2 A → M ),
– compatibilité entre une structure de Poisson et un tenseur de Nijenhuis (c’est-à-dire
entre une section de ∧2 A → M et une section de A ⊗ A∗ → M ),
– compatibilité entre une structure de Poisson et une 2-forme, (c’est-à-dire entre une
section de ∧2 A → M et une section de ∧2 A∗ → M )
– compatibilité entre deux structures de Nijenhuis (c’est-à-dire entre deux sections
de A ⊗ A∗ → M ).
On peut montrer que, dans chacun des cas précédents, une des conditions est une condi-
tion d’algèbre multilinéaire fibre par fibre tandis que la seconde s’écrit sous la forme :
[ ]
H, H ′ =0
FN

75
76 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

où H et H ′ sont les deux hamiltoniens de degré total 2 qui encodent les deux tenseurs
en question, et [., .]F N est le crochet de Frölicher-Nijenhuis, que l’on a exprimé à l’aide
du grand crochet au chapitre 1 (voir section1.2.6). On donne également la signification
de cette compatibilité en termes de compatibilité des algébroïdes de Lie obtenus comme
déformation, par ces hamiltoniens, de la structure d’algébroïde de Lie sur A.
Dans la dernière section de ce chapitre, on étudie une généralisation de la compa-
tibilité entre un bivecteur de Poisson et un (1, 1)-tenseur : les structures de Poisson
quasi-Nijenhuis avec flux. Nous introduisons la définition de ces structures qui généra-
lisent les structures de Poisson quasi-Nijenhuis introduites par Stiénon et Xu [52] sur
l’algébroïde de Lie standard T M puis par Caseiro et al. [7] sur un algébroïde de Lie
quelconque. On montre en particulier qu’une structure presque complexe sur A ⊕ A∗ ,
c’est-à-dire un morphisme J : A ⊕ A∗ → A ⊕ A∗ tel que J 2 = −IdA⊕A∗ , est intégrable,
c’est-à-dire vérifie [J, J]F N = 0, si et seulement si J correspond à une structure de Poisson
quasi-Nijenhuis avec flux. Ainsi, cette compatibilité plus générale s’exprime elle aussi, en
un certain sens, par une condition de la forme [H, H ′ ]F N = 0. Cette étude a fait l’objet
d’une publication [1].

3.1 Algébroïdes de Lie compatibles et bigébroïdes de Lie


3.1.1 Algébroïdes de Lie compatibles et bicomplexes
π
Soient M une variété différentielle et A −→ M un fibré vectoriel muni de deux struc-
tures d’algébroïde de Lie : (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ). Rappelons qu’à chacune de ces
structures d’algébroïde de Lie correspondent des hamiltoniens sur ΠA, µ et µ′ respecti-
vement, tels que { }
{µ, µ} = µ′ , µ′ = 0.

DÉFINITION 3.1.1 Deux structures d’algébroïde de Lie, sur le même fibré vectoriel,
(A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ), sont compatibles si, pour tout λ ∈ R, (A, ρλ , [., .]λ ) est un
algébroïde de Lie, où ρλ et [., .]λ sont définis par

ρλ = ρ + λρ′
[., .]λ = [., .] + λ [., .]′ .

On vérifie immédiatement que, si on note µλ l’hamiltonien de ΠA associé au triplet


(A, ρλ , [., .]λ ), on a
µλ = µ + λµ′ .
La proposition suivante traduit, en termes du grand crochet, la compatibilité entre
deux structures d’algébroïdes de Lie sur A.

PROPOSITION 3.1.2 Deux structures d’algébroïde de Lie (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ )
sont compatibles si et seulement si {µ, µ′ } = 0.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 77

Démonstration. Par définition, (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compatibles si et seulement
si (A, ρλ , [., .]λ ) est un algébroïde de Lie, pour tout λ ∈ R, c’est-à-dire si et seulement si
{µλ , µλ } = 0, ∀λ ∈ R.
Or, si on utilise la bilinéarité de {., .} et le fait que µ et µ′ correspondent à des structures
d’algébroïde de Lie, on a
{ }
{µλ , µλ } = µ + λµ′ , µ + λµ′
{ } { } { }
= {µ, µ} + λ µ, µ′ + λ µ′ , µ + λ2 µ′ , µ′
{ }
= 2λ µ, µ′ .
Donc {µλ , µλ } = 0, pour tout λ ∈ R, si et seulement si {µ, µ′ } = 0.
On remarque qu’en termes du grand crochet, la condition de compatibilité pour que
deux structures d’algébroïde de Lie, µ et µ′ soient compatibles ou forment un bigébroïde
de Lie est la même : {µ, µ′ } = 0. Cela suggère une généralisation aux structures de
Courant : deux structures de Courant S et S ′ sont compatibles si {S, S ′ } = 0.
Dans la suite de la section, nous montrons le lien entre la compatibilité de deux
structures d’algébroïde de Lie et l’existence d’un bicomplexe, une notion que l’on définit
ci-dessous.

DÉFINITION 3.1.3 Soient A une algèbre associative et Ω une algèbre graduée sur A
munie de deux dérivations, d et δ, de degré 1 et telles que d2 = δ 2 = 0. Le triplet (Ω, d, δ)
est un bicomplexe si
δ ◦ d + d ◦ δ = 0.

PROPOSITION 3.1.4 Les algébroïdes de Lie (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compa-
tibles si et seulement si (Ω• (A), d, d′ ) est un bicomplexe, où d et d′ sont les différentielles
extérieures respectives des algébroïdes de Lie.

Démonstration. On sait que d = {µ, .} et d′ = {µ′ , .}. Ainsi, pour tout ξ ∈ Ω• (A), on a
{ { }}
d ◦ d′ (ξ) = µ, µ′ , ξ
{{ } } { }
= µ, µ′ , ξ − µ′ , {µ, ξ}
{{ } }
= µ, µ′ , ξ − d′ ◦ d(ξ).
Donc {{ } }
(d ◦ d′ + d′ ◦ d)(ξ) = µ, µ′ , ξ , ∀ξ ∈ Ω• (A).
Ainsi, si (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compatibles, autrement dit si {µ, µ′ } = 0,
alors (Ω• (A), d, d′ ) est un bicomplexe.
Réciproquement, si (Ω• (A), d, d′ ) est un bicomplexe, c’est-à-dire si d ◦ d′ + d′ ◦ d = 0,
alors {{ } }
µ, µ′ , ξ = 0, ∀ξ ∈ Ω• (A),
et cela implique (pour une justification plus complète, voir le lemme suivant) que
{µ, µ′ } = 0, c’est-à-dire que (A, ρ, [., .]) et (A, ρ′ , [., .]′ ) sont compatibles.
78 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

Le lemme suivant est assez intuitif, mais comme ce type de résultat est à la base de
beaucoup de conclusions dans les preuves en grand crochet, nous allons en présenter une
démonstration.

LEMME 3.1.5 Si F ∈ Pol(r,s) (T ∗ (ΠA)), avec r > 0, vérifie

{F, ξ} = 0, ∀ξ ∈ Γ(A∗ ),

alors F = 0.

Démonstration. Nous allons d’abord montrer ∧ qu’un hamiltonien F dans ces conditions
doit être tensoriel, c’est-à-dire que F ∈ Γ( r+s (A ⊕ A∗ )). Soit f ∈ C ∞ (M ), alors pour
tout ξ ∈ Γ(A∗ ), on a
{F, f ξ} = 0
et, si on applique l’identité de Leibniz, l’égalité précédente devient

{F, f } ξ + f {F, ξ} = 0,

ce qui équivaut, de par notre hypothèse sur F , à

{F, f } ξ = 0.

Comme cette égalité doit être vérifiée pour tout ξ ∈ Γ(A∗ ), on doit avoir {F, f } = 0.
On a ainsi montré que, pour tout f ∈ C ∞ (M ), {F, f } = 0. Ceci implique 1 que F est
∧r+s
tensoriel, c’est-à-dire que F ∈ Γ( (A ⊕ A∗ )). Si on considère des coordonnées locales
(xi , ξ a , pi , θa ) sur T ∗ (ΠA), F s’écrit alors sous la forme


n ∑
n
F = Fij11...i
...jr i1
s
ξ ∧ . . . ∧ ξ is θj1 ∧ . . . ∧ θjr .
i1 ,...,is =1 j1 ,...,jr =1
i1 <...<ik j1 <...<jr

où { {{ { } } } }
Fij11...i
...jr
s
= . . . . . . F, ξ jr , . . . , ξ j1 , θis , . . . , θi1
d’où on conclut, comme {F, ξ} = 0, ∀ξ ∈ Γ(A∗ ), que

Fij11...i
...jr
s
= 0,

donc
F = 0.

Après la démonstration de ce lemme, on peut immédiatement énoncer deux autres


lemmes auxiliaires.
1. Cette affirmation peut facilement se vérifier en coordonnées locales. { En } effet, si on écrit F dans
un système de coordonnées locales (xi , ξ a , pi , θa ), à partir du fait que F, xi = 0 on conclut que tout
terme (dans l’écriture locale) de F contenant la coordonnée pi est nécessairement nul.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 79

LEMME 3.1.6 Si F ∈ Pol(r,s) (T ∗ (ΠA)), avec s > 0, vérifie

{F, θ} = 0, ∀θ ∈ Γ(A),

alors F = 0.

LEMME 3.1.7 Si F ∈ Polk (T ∗ (ΠA)), avec k > 0, vérifie

{F, Θ} = 0, ∀θ ∈ Γ(A ⊕ A∗ ),

alors F = 0.

3.1.2 Déformation par un bivecteur de Poisson



Soit (A, µ) un algébroïde de Lie. Soit P ∈ Γ( 2 A) un bivecteur. Notons que P peut
être vu comme un morphisme (C ∞ (M )-linéaire)

P ♯ : Γ(A∗ ) −→ Γ(A)
α 7−→ iα P = P (α, .).

L’antisymétrie de P s’écrit alors P ♯ + t P ♯ = 0.


En termes du grand crochet (voir section 1.2) on a, pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ),

P (α, β) = {β, {α, P }} = {{α, P } , β} .

Ainsi,
P # (α) = {α, P } = − {P, α} .
Le bivecteur P permet de munir A∗ → M d’une ancre ρP et d’un crochet sur les
sections [., .]P définis par
{
ρP = ρ ◦ P # : A∗ → T M
(3.1)
[α, β]P = LP # (α) β − LP # (β) α − d(P (α, β)),

pour tous α, β ∈ Γ(A∗ ). On notera A∗P la structure correspondant au triplet


(A∗ , ρP , [., .]P ). Le théorème suivant nous fournit l’élément de Pol(T ∗ (ΠA)) associé à
A∗P .

THÉORÈME 3.1.8 L’hamiltonien de ΠA associé à la structure A∗P est µP := {P, µ}.

Démonstration. Il suffit de prouver que


1. ρP (α) · f = {{α, {P, µ}} , f } ;
2. [α, β]P = {{α, {P, µ}} , β} ,
pour toutes sections α, β ∈ Γ(A∗ ) et toute fonction f ∈ C ∞ (M ).
80 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

1. Soient α ∈ Γ(A∗ ) et f ∈ C ∞ (M )

ρP (α) · f = ρ ◦ P # (α) · f
{{ } }
= P # (α), µ , f
= {{{α, P } , µ} , f }
= {{α, {P, µ}} , f } + {{{α, µ} , P } , f }
= {{α, {P, µ}} , f } .

2. Soient α, β ∈ Γ(A∗ ),

[α, β]P = LP # (α) β − LP # (β) α − d(P (α, β))


= iP # (α) dβ − iP # (β) dα + d(P (α, β))
{ } { }
= − dβ, P # (α) + dα, P # (β) + {µ, P (α, β)}
= − {{µ, β} , {α, P }} + {{µ, α} , {β, P }} + {µ, {β, {α, P }}}
= − {{µ, β} , {α, P }} + {{µ, α} , {β, P }} + {{µ, β} , {α, P }} −
{β, {µ, {α, P }}}
= {{µ, α} , {β, P }} − {{β, {µ, α}} , P } − {{µ, α} , {β, P }}
+ {{α, {P, µ}} , β}
= {{α, {P, µ}} , β}

La proposition suivante montre que les structures µ et µP sont toujours “compatibles”.



PROPOSITION 3.1.9 Considérons (A, µ) un algébroïde de Lie, P ∈ Γ( 2 A) un
bivecteur et la structure µP = {P, µ}, induite par P sur A∗ . On a alors
1. {µ, µP } = 0
2. (A, A∗P ) forme un bigébroïde de Lie si et seulement si A∗P est un algébroïde de Lie.

Démonstration. La démonstration de 1. est immédiate parce que {µ, µ} = 0 et la dé-


monstration de 2., en termes du grand crochet, est une conséquence immédiate de 1.

Pour quels bivecteurs P ∈ Γ( 2 A) le triplet (A∗ , ρP , [., .]P ) est-il un algébroïde de
Lie ? En termes du grand crochet et en utilisant le théorème précédent on peut affirmer
que A∗P est un algébroïde de Lie si et seulement si

{{P, µ} , {P, µ}} = 0.

En appliquant l’identité de Jacobi et le fait que {µ, µ} = 0, on obtient

{{{P, µ} , P } , µ} = 0,

i.e., { }
µ, [P, P ]SN = 0,
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 81


où [., .]SN est le crochet de Schouten-Nijenhuis. Ainsi, si P ∈ Γ( 2 A) est un bivecteur
de Poisson, c’est-à-dire un bivecteur tel que [P, P ]SN = 0, alors (A∗ , ρP , [., .]P ) est un
algébroïde de Lie. Plus généralement, on a démontré le théorème suivant.

THÉORÈME 3.1.10 Soit P ∈ Γ( 2 A) un bivecteur. La structure A∗P définie par (3.1)
est un algébroïde de Lie si et seulement si
{ }
µ, [P, P ]SN = 0.

En particulier, si P est un bivecteur de Poisson alors A∗P est un algébroïde de Lie.

3.1.3 Déformation par un tenseur de Nijenhuis


Soit N : A → A un morphisme de fibrés vectoriels. On considérera aussi N
comme une application C ∞ (M )-linéaire N : Γ(A) → Γ(A) ou comme un (1, 1)-tenseur
N ∈ Γ(A∗ ⊗ A). Le tenseur N permet de déformer la structure d’algébroïde de Lie
(A, ρ, [., .]) en un triplet (A, ρN , [., .]N ) défini par
{
ρN = ρ ◦ N : A → T M
(3.2)
[X, Y ]N = [N X, Y ] + [X, N Y ] − N [X, Y ] ,
pour tous X, Y ∈ Γ(A). Cette déformation de la structure d’algébroïde de Lie est aussi
appelée contraction par N , voir [5, 6]. On notera AN la structure (A, ρN , [., .]N ). Le
théorème suivant nous fournit l’élément de Pol(T ∗ (ΠA)) associé à AN .

THÉORÈME 3.1.11 L’hamiltonien de ΠA associé à la structure AN est µN := {N, µ}.

Démonstration. Il suffit de prouver que


1. ρN (X) · f = {{X, {N, µ}} , f } ;
2. [X, Y ]N = {{X, {N, µ}} , Y } ,
pour toutes sections X, Y ∈ Γ(A) et toute fonction f ∈ C ∞ (M ).
1. Soient X ∈ Γ(A) et f ∈ C ∞ (M )
ρN (X) · f = ρ ◦ N (X) · f
= ρ({X, N }) · f
= {{{X, N } , µ} , f }
= {{X, {N, µ}} , f } + {{{X, µ} , N } , f }
= {{X, {N, µ}} , f } .
2. Soient X, Y ∈ Γ(A),
{{X, {N, µ}} , Y } = {{{X, N } , µ} , Y } + {{N, {X, µ}} , Y }
= [N X, Y ] + {N, {{X, µ} , Y }} + {{N, Y } , {X, µ}}
= [N X, Y ] − N ([X, Y ]) + [X, N Y ]
= [X, Y ]N
82 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

La proposition suivante montre que les structures (A, µ) et (A, µN ) sont toujours
compatibles.

PROPOSITION 3.1.12 Considérons (A, µ) un algébroïde de Lie, N ∈ Γ(A∗ ⊗ A) et


la structure µN = {N, µ}, induite par N sur A. On a alors
1. {µ, µN } = 0
2. (A, µ) et (A, µN ) sont des algébroïdes de Lie compatibles si et seulement si (A, µN )
est un algébroïde de Lie .

Démonstration. La démonstration de 1. est immédiate parce que {µ, µ} = 0 et la dé-


monstration de 2., en termes du grand crochet, est une conséquence immédiate de 1.

Pour quels (1, 1)-tenseurs N ∈ Γ(A∗ ⊗ A) le triplet (A, ρN , [., .]N ) est-il un algé-
broïde de Lie ? Dans une première tentative de réponse, on pourrait de demander que
N : (Γ(A), [., .]N ) → (Γ(A), [., .]) soit un morphisme d’algèbres de Lie, c’est-à-dire tel que
soit vérifiée la condition
N [X, Y ]N = [N X, N Y ]
pour tous X, Y ∈ Γ(A). En effet, dans ce cas comme (A, ρ, [., .]) est un algébroïde de
Lie, (A, ρ ◦ N, [., .]N ) est aussi un algébroïde de Lie. Les morphismes N satisfaisant cette
condition vont être particulièrement importants dans la suite de ce texte et on introduit
la notion suivante.

DÉFINITION 3.1.13 Soit N : A → A un morphisme ∧ de fibrés vectoriels. La torsion


de Nijenhuis de N est un morphisme TN : Γ( 2 A) → Γ(A), C ∞ (M )-bilinéaire défini
par ( )
TN (X, Y ) = [N X, N Y ] − N [X, Y ]N ,
pour tous X, Y ∈ Γ(A). On dit que N est un tenseur de Nijenhuis si TN = 0.

On a, par définition de TN la proposition suivante.

PROPOSITION 3.1.14 Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et N : A → A un mor-


phisme de fibrés vectoriels. Alors TN = 0 si et seulement si (A, ρN , [., .]N ) est un algébroïde
de Lie et N : (A, ρN , [., .]N ) → (A, ρ, [., .]) est un morphisme d’algébroïdes de Lie.

Dans la proposition précédente on voit que la condition TN = 0 est trop restrictive


et ne répond pas à notre question de savoir pour quels (1, 1)-tenseurs N la structure
(A, µN ) est un algébroïde de Lie. Si on se pose la question en termes du grand crochet,
on sait que (A, µN ) est un algébroïde de Lie si et seulement si

{µN , µN } = 0
i.e.,
{{N, µ} , {N, µ}} = 0.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 83

En appliquant l’identité de Jacobi et le fait que {µ, µ} = 0, on obtient


{{{N, µ} , N } , µ} = 0.
Or rappelons que le crochet de Frölicher-Nijenhuis (voir paragraphe 1.2.6) de N avec
lui-même s’écrit en termes du grand crochet
{ }
[N, N ]F N = {{N, µ} , N } + N 2 , µ ,
ainsi, utilisant de nouveau le fait que {µ, µ} = 0, on voit que l’équation précédente est
équivalente à { }
µ, [N, N ]F N = 0.
On a prouvé ainsi le théorème suivant.

THÉORÈME 3.1.15 Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et N : A → A un mor-


phisme de fibrés vectoriels. La structure (A, ρ◦N, [., .]N ) définie par (3.2) est un algébroïde
de Lie si et seulement si { }
µ, [N, N ]F N = 0.

Afin d’unifier les résultats précédents, démontrons le lemme suivant.

LEMME 3.1.16 Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et N : A → A un morphisme


de fibrés vectoriels. On a
(( ) )
1. TN (X, Y ) = 21
[X, Y ]N − [X, Y ]N 2 ;
{{ N
} }
2. TN (X, Y ) = X, − 12 [N, N ]F N , Y ,
pour tous X, Y ∈ Γ(A).

Démonstration. 1. Soient X, Y ∈ Γ(A), on a


( )
TN (X, Y ) = [N X, N Y ] − N [X, Y ]N
= [N X, N Y ] − N ([N X, Y ] + [X, N Y ] − N ([X, Y ]))
= [N X, N Y ] − N ([N X, Y ]) − N ([X, N Y ]) + N 2 ([X, Y ]).
Par ailleurs,
( )
[X, Y ]N = [N X, Y ]N + [X, N Y ]N − N ([X, Y ]N )
N
( )
= 2 [N X, N Y ] − N ([N X, Y ]) − N ([X, N Y ])
[ ] [ ]
+ N 2 X, Y + X, N 2 Y + N 2 ([X, Y ])
( )
= 2 [N X, N Y ] − N ([N X, Y ]) − N ([X, N Y ]) + N 2 ([X, Y ])
[ ] [ ]
+ N 2 X, Y + X, N 2 Y − N 2 ([X, Y ])
= 2 TN (X, Y ) + [X, Y ]N 2 .
84 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

On conclut donc que


(( ) )
1
TN (X, Y ) = [X, Y ]N − [X, Y ]N 2 .
2 N

2. On traduit l’égalité du point précédent en termes du grand crochet


1( {{ { }} })
TN (X, Y ) = {{X, {N, {N, µ}}} , Y } − X, N 2 , µ , Y
2
1 ({{ { }} })
= X, {N, {N, µ}} − N 2 , µ , Y
2
Or, rappelons que pour tout (1, 1)-tenseur N on a

[N, N ]F N = {{N, µ} , N } + {iN N, µ}


{ }
= − {N, {N, µ}} + N 2 , µ .

Donc
1 ({{ } })
TN (X, Y ) = − X, [N, N ]F N , Y
2
et, dans ce sens, on peut dire que, en termes d’hamiltoniens sur ΠA, on a
1
TN = − [N, N ]F N .
2
Nous réécrivons en termes de TN les principaux résultats que nous avons montrés
dans ce paragraphe.

THÉORÈME 3.1.17 Soient (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie et N : A → A un mor-


phisme de fibrés vectoriels.
1. La structure AN définie par (3.2) est un algébroïde de Lie si et seulement si

{µ, TN } = 0,

où TN est la torsion de Nijenhuis de N .


2. En particulier, si N est un tenseur de Nijenhuis alors AN est un algébroïde de Lie.
3. On a TN = 0 si et seulement si (A, ρ ◦ N, [., .]N ) est un algébroïde de Lie et
N : (A, ρ ◦ N, [., .]N ) → (A, ρ, [., .]) est un morphisme d’algébroïdes de Lie.

3.1.4 Compatibilités de tenseurs de degré 2


Considérons (A, ρ, [., .]) un algébroïde de Lie. Dans ce paragraphe,
∧2 nous définissons
différentes notions de compatibilités entre tenseurs appartenant à Γ( (A ⊕ A∗ )). Rap-
pelons d’abord les définitions des tenseurs que nous allons considérer.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 85


DÉFINITION 3.1.18 1. Une 2-forme présymplectique est une section ω ∈ Γ( 2 A∗ )
fermée, c’est-à-dire telle que
dω = 0,
où d est la différentielle extérieure induite par (A, ρ, [., .]).

2. Un bivecteur de Poisson est une section π ∈ Γ( 2 A) telle que

[π, π]SN = 0,

où [., .]SN est le crochet de Schouten-Nijenhuis.


3. Un tenseur de Nijenhuis est une section N ∈ Γ(A∗ ⊗ A) telle que

[N, N ]F N = 0,

où [., .]F N est le crochet de Frölicher-Nijenhuis.

Rappelons aussi que, en termes du grand crochet, on écrit

ω ♭ (X) = {X, ω} , ∀X ∈ Γ(A);


π ♯ (α) = {α, π} , ∀α ∈ Γ(A∗ );
N (X) = {X, N } , ∀X ∈ Γ(A).

Les différentes compatibilités entre ces tenseurs furent étudiées par de nom-
breux auteurs entre lesquels Magri et Morosi [38], Gutkin [15], Magri et Kosmann-
Schwarzbach [29], Vaisman [60] et Crainic [8]. Nous exprimons dans cette section les
différentes compatibilités en termes du grand crochet, et nous en profitons pour générali-
ser à un algébroïde de Lie A quelconque ce qui était souvent défini et démontré seulement
pour l’algébroïde de Lie standard A = T M .

Bivecteurs de Poisson compatibles


DÉFINITION 3.1.19 Soient P1 et P2 deux bivecteurs de Poisson. On dit que P1 et P2
sont compatibles si
[P1 , P2 ]SN = 0.

Remarque: La condition [P1 , P2 ]SN = 0 équivaut à dire que P1 + λP2 est un bivecteur
de Poisson pour tout λ ∈ R.

PROPOSITION 3.1.20 Soient P1 et P2 deux bivecteurs de Poisson.


1. Les algébroïdes de Lie A∗P et A∗P sont compatibles si et seulement si
{ } 1 2

µ, [P1 , P2 ]SN = 0
2. En particulier, si P1 et P2 sont compatibles alors les algébroïdes de Lie A∗P et A∗P
1 2
sont compatibles.
86 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

Tenseurs de Nijenhuis compatibles


DÉFINITION 3.1.21 Soient N1 et N2 deux tenseurs de Nijenhuis. On dit que N1 et
N2 sont compatibles si
[N1 , N2 ]F N = 0.

Remarque: La condition [N1 , N2 ]F N = 0 équivaut à dire que N1 + λN2 est un tenseur


de Nijenhuis pour tout λ ∈ R.

PROPOSITION 3.1.22 Soient N1 et N2 deux tenseurs de Nijenhuis.


1. Les algébroïdes de Lie AN1 et AN2 sont compatibles si et seulement si
{ }
µ, [N1 , N2 ]F N = 0
2. En particulier, si N1 et N2 sont compatibles alors les algébroïdes de Lie AN1 et AN2
sont compatibles.

On pourrait penser que deux tenseurs de Nijenhuis compatibles, N1 et N2 , commutent


en termes de déformation de l’algébroïde de Lie A. Mais, en fait, on voit facilement que
l’on a le résultat suivant.

PROPOSITION 3.1.23 Soit A → M un algébroïde de Lie et considérons N1 et N2


deux (1, 1)-tenseurs. On définit alors, comme dans (3.2), différentes structures déformées
qui, à priori, ne sont pas des structures d’algébroïde de Lie mais vérifient les relations
suivantes.
1. Supposons que [N1 , N2 ]com = 0, où [., .]com est le commutateur sur End(A). Alors
les égalités suivantes sont satisfaites

 AN1 ◦N2 = AN2 ◦N1 ,
( ) ( )
 AN1 = AN2 ,
N2 N1

2. Si [N1 , N2 ]F N = 0 on a l’égalité suivante,


( )
AN1 = AN1 ◦N2 .
N2

3. En particulier, si N1 et N2 sont deux tenseurs de Nijenhuis satisfaisant


[N1 , N2 ]com = [N1 , N2 ]F N = 0 alors les quatre structures déformées sont égales
( ) ( )
AN1 ◦N2 = AN2 ◦N1 = AN1 = AN2
N2 N1

et cette structure déformée est un algébroïde de Lie.


3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 87

P Ω-structure (à la Magri-Morosi)
Soient π un bivecteur de Poisson et ω une 2-forme présymplectique. On définit

N = π♯ ◦ ω♭

et on considère N comme un élément de Γ(A∗ ⊗ A).



DÉFINITION 3.1.24 Soit∧A un algébroïde de Lie. Considérons π ∈ Γ( 2 A) un bi-
vecteur de Poisson et ω ∈ Γ( 2 A∗ ) une 2-forme présymplectique. Le couple (π, ω) forme
une P Ω-structure si
d(iN ω) = 0,
où d est la différentielle extérieure induite par la structure d’algébroïde de Lie sur A.

Remarque: On remarque que comme N = π ♯ ◦ ω ♭ on définit bien une 2-forme ωN en


posant
ωN ♭ = ω ♭ ◦ N.
Et de plus iN ω = 2ωN .

PROPOSITION 3.1.25 Soit∧A un algébroïde de Lie. Considérons π ∈ Γ( 2 A) un
bivecteur de Poisson et ω ∈ Γ( 2 A∗ ) une 2-forme présymplectique. Si le couple (π, ω),
forme une P Ω-structure, alors N est un tenseur de Nijenhuis. La réciproque est vraie si
le bivecteur π est non dégénéré.

Avant de démontrer la proposition (et afin de simplifier la démonstration) énonçons


le lemme suivant.

LEMME 3.1.26 Considérons π un bivecteur de Poisson, ω une 2-forme fermée et


N = π ♯ ◦ ω ♭ . Alors on a 2
1
{π, {N, µ}} = − {N, {π, µ}} = − {{N, π} , µ} .
2
La démonstration du lemme est directe. Démontrons à présent la proposition.

Démonstration. Le tenseur N est de Nijenhuis si et seulement si

[N, N ]F N = 0. (3.3)

En utilisant la caractérisation de [., .]F N en grand crochet, cette égalité est équivalente à
{ }
{{N, µ} , N } = − N 2 , µ .
2. Si on utilise les notations du paragraphe suivant sur les P N -structures, cette égalité se traduit par
C(π, N ) = 0.
88 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

On sait que, en termes du grand crochet, N = {ω, π} et on peut vérifier que


N 2 = 12 {{N, π} , ω}. Ainsi, en appliquant l’identité de Jacobi au membre de gauche
de l’égalité précédente, on obtient
1
{{{N, µ} , ω} , π} + {ω, {{N, µ} , π}} = − {{{N, π} , ω} , µ} .
2
En utilisant le fait que ω est fermée, c’est-à-dire {µ, ω} = 0, et l’identité de Jacobi on
peut échanger ω et µ dans le terme du membre de droite. Au second terme du membre
de gauche, on applique le lemme précédent et on obtient ainsi l’égalité
1 1
{{{N, µ} , ω} , π} + {ω, {{N, π} , µ}} = − {{{N, π} , µ} , ω} ,
2 2
qui se simplifie immédiatement pour obtenir

{{{N, µ} , ω} , π} = 0.

On applique de nouveau l’identité de Jacobi et l’égalité {µ, ω} = 0 pour obtenir

{{{N, ω} , µ} , π} = 0.

Or {{N, ω} , µ} = d(iN ω). On a ainsi démontré que

[N, N ]F N = 0 ⇐⇒ {d(iN ω), π} = 0.

Alors, si (π, ω) est une P Ω-structure, i.e., si d(iN ω) = 0 on a [N, N ]F N = 0.


Réciproquement, supposons que [N, N ]F N = 0. Si π est non dégénéré, il existe une
2-forme ωπ telle que {π, ωπ } = IdA∗ et dans ce cas, on peut appliquer {., ωπ } aux deux
membres de l’égalité
{d(iN ω), π} = 0,
et on obtient
d(iN ω) = 0,
c’est-à-dire que (π, ω) est une P Ω-structure.

P N -structure (à la Magri-Morosi)
Soient π un bivecteur de Poisson et N un (1, 1)-tenseur. On définit un tenseur
πN ∈ Γ(⊗2 A), c’est-à-dire une application πN : A∗ ⊗ A∗ → M × R en posant

πN (., .) = π(t N (.), .),

ou, de forme équivalente, en posant

πN ♯ = π ♯ ◦ t N.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 89

LEMME 3.1.27 Si πN est antisymétrique, c’est-à-dire si π ♯ ◦ t N = N ◦ π ♯ , alors en


termes du grand crochet, on a
1 1
πN = − {N, π} = it N π.
2 2

DÉFINITION 3.1.28 On dit que les tenseurs π et N sont compatibles si


1. π ♯ ◦ t N = N ◦ π ♯ ;
2. C(π, N ) := {π, {N, µ}} + {N, {π, µ}} = 0.
Un couple de tenseurs compatibles (π, N ) forme une P N -structure 3 si N est un tenseur
de Nijenhuis.

Les deux conditions que les tenseurs π et N doivent vérifier pour être compatibles
peuvent se traduire par
1. Le tenseur πN (., .) = π(t N (.), .) est antisymétrique ;
2. La structure d’algébroïde de Lie sur A, µ, déformée par N puis transportée sur A∗
par π est égale à la structure µ transportée sur A∗ par π puis déformée par t N .
Cette deuxième condition peut être représentée sous la forme d’un diagramme commu-
tatif.
µ /o /o /o /o π /o /o /o /o / µπ
O O
O O tN
N
O O
 
µN /o πo/ o/ / (µN )π = (µπ )t N

PROPOSITION 3.1.29 Soit (π, N ) un couple de tenseurs compatibles. Si N est de


Nijenhuis alors πN = 21 iN π est un bivecteur de Poisson. La réciproque est vraie si le
bivecteur π est non dégénéré.

Avant de démontrer la proposition, énonçons deux lemmes auxiliaires de vérification


immédiate.

LEMME 3.1.30 Soient π un bivecteur de Poisson et N un (1, 1)-tenseur.


1. On a les égalités suivantes
1
{π, {{π, N } , µ}} = {π, {N, {π, µ}}} = {π, {π, {N, µ}}} .
2
2. Les affirmations suivantes sont équivalentes
– π est de Poisson pour µN ;
– π et iN π sont compatibles ;
– π est une “2-forme fermée” sur A∗ pour (µπ )t N .
3. Un couple (π, N ) dans ces conditions est aussi appelé une structure de Poisson Nijenhuis.
90 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

LEMME 3.1.31 Soient π un bivecteur de Poisson et N un (1, 1)-tenseur. Alors

C(π, N ) = 0 =⇒ π est de Poisson pour µN .

Démontrons à présent la proposition

Démonstration. Le tenseur N est de Nijenhuis si et seulement si TN = 0, ou en termes


du grand crochet, { }
{N, {N, µ}} − N 2 , µ = 0.
Si on applique {π, .} à chacun des membres on obtient
{ { }}
{π, {N, {N, µ}}} − π, N 2 , µ = 0.

Comme π et N {commutent } (π ♯ ◦ t N = N ◦ π ♯ ) on vérifie que l’on a l’égalité


{{π, N } , N } = 2 π, N . Ainsi, après quelques applications de l’identité de Jacobi,
2

l’égalité précédente s’écrit


{{ } } { }
π, N 2 , µ + {N, {{π, µ} , N }} − N 2 , {π, µ} = 0.

Appliquons de nouveau {π, .} à chacun des membres. Alors, si on applique l’identité de


Jacobi et le fait que π est de Poisson, on obtient l’égalité
{{ } } {{ } }
π, N 2 , {π, µ} + {π, {N, {{π, µ} , N }}} − π, N 2 , {π, µ} = 0

que l’on simplifie immédiatement pour écrire

{π, {N, {N, {π, µ}}}} = 0.

On applique l’identité de Jacobi, et on obtient

{{π, N } , {N, {π, µ}}} + {N, {π, {N, {π, µ}}}} = 0.

D’après les lemmes auxiliaires précédant cette démonstration, comme C(π, N ) = 0, on


peut conclure que le second terme est nul. Quant au premier terme, la condition
C(π, N ) = 0 peut s’écrire {N, {π, µ}} = − 12 {{π, N } , µ}. Ainsi, l’égalité précédente
s’écrit
{{π, N } , {{π, N } , µ}} = 0.
Donc, πN est un bivecteur de Poisson.

ΩN -structure (à la Magri-Morosi)
Soient ω une 2-forme présymplectique et N un tenseur de Nijenhuis. On définit un
tenseur ωN ∈ Γ(⊗2 A∗ ), c’est-à-dire une application ωN : A ⊗ A → R en posant

ωN (., .) = ω(N (.), .),

ou, de forme équivalente, en posant

ωN ♭ = ω ♭ ◦ N.
3.1. ALGÉBROÏDES DE LIE COMPATIBLES ET BIGÉBROÏDES DE LIE 91

LEMME 3.1.32 Si ωN est antisymétrique, c’est-à-dire si ω ♭ ◦ N = t N ◦ ω ♭ , alors en


termes du grand crochet, on a
1 1
ωN = {N, ω} = iN ω.
2 2

DÉFINITION 3.1.33 Le couple (ω, N ) forme une ΩN -structure si


{ ♭
ω ◦ N = tN ◦ ω♭;
{µ, {N, ω}} = 0.

PROPOSITION 3.1.34 Le couple (ω, N ) forme une ΩN -structure si et seulement si


ωN est une 2-forme présymplectique.

Démonstration. La démonstration est immédiate si on applique le lemme précédent.

Remarque: Dans [38], la condition de compatibilité est l’annulation du tenseur


S(ω, N ) ∈ Γ(⊗3 A∗ ) que l’on peut définir par (voir [38], p.149)
1
S(ω, N )(X, Y, Z) = (−iN dω + d(iN ω)) (X, Y, Z) + dω(X, Y, N Z),
2
pour tous X, Y, Z ∈ Γ(A).
Quand dω = 0, S(ω, N ) = 0 est équivalent à d(iN ω) = 0 et on retrouve la condition
de compatibilité de la définition ci-dessus.

Hitchin pairs (Crainic)


DÉFINITION 3.1.35 Une paire de Hitchin sur A est un couple (ω, T ) tel que
– ω est une forme symplectique, c’est-à-dire une forme présymplectique non dégéné-
rée ;
– T ∈ Γ(A∗ ⊗ A) ;
– ω♭ ◦ T = tT ◦ ω♭ ;
– d(ωT ) = 0.

On voit immédiatement que les conditions de compatibilités d’une ΩN -structure,


(ω, N ), ou d’une paire de Hitchin, (ω, T ), sont les mêmes : la 2-forme déformée par le
tenseur, ωN ou ωT , doit être antisymétrique et fermée. Les différences entre les deux
structures sont dans les conditions exigées pour la 2-forme :
– présymplectique dans le cas d’une ΩN -structure et symplectique dans le cas d’une
paire de Hitchin ;
ou pour le (1, 1)-tenseur :
– tenseur de Nijenhuis dans le cas d’une ΩN -structure et tenseur quelconque dans le
cas d’une paire de Hitchin.
92 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

Formes complémentaires (Vaisman)


DÉFINITION
∧2 ∗ 3.1.36 Soit π un bivecteur de Poisson sur A. Une 2-forme
ω ∈ Γ( A ) est dite une 2-forme complémentaire de π si

[ω, ω]π = 0

où [., .]π est le crochet sur Ω• (A) induit par la structure d’algébroïde de Lie A∗π définie
par (3.1).

PROPOSITION 3.1.37 Soit π un bivecteur de Poisson sur A et ω une 2-forme. Alors

[ω, ω]π = −d(iN ω) + 2iN (dω),

où N = π ♯ ◦ ω ♭ .

Démonstration. En termes du grand crochet et d’éléments de Pol(T ∗ (ΠA)), on a

[ω, ω]π = {{ω, {π, µ}} , ω} ,

et, si on applique deux fois l’identité de Jacobi, on obtient

[ω, ω]π = 2 {N, {µ, ω}} − {µ, {N, ω}} ,

ce qui correspond à
[ω, ω]π = 2iN dω − 2d(ωN ).

COROLLAIRE 3.1.38 Si ω est fermée (ou, plus généralement, si iπ♯ α dω = 0,


∀α ∈ Γ(A∗ )) on a
[ω, ω]π = 0 ⇐⇒ d(iN ω) = 0.

Relations entre les différentes compatibilités


Dans ce paragraphe, nous mettons en évidence certaines relations entre les différentes
compatibilités étudiées dans cette section.
∧ ∧
PROPOSITION 3.1.39 Considérons π ∈ Γ( 2 A) et ω ∈ Γ( 2 A∗ ). Si (π, ω) est une
P Ω-structure, alors (ω, N ) est une ΩN -structure, où N = π ♯ ◦ ω ♭ .

Démonstration. La preuve est immédiate car, dans ce cas, la condition de compatibilité


entre (π, ω) et (ω, N ) est la même : d(ωN ) = d(iN ω) = 0. Par ailleurs, la proposi-
tion 3.1.25 garantit que N est un tenseur de Nijenhuis et le fait que N = π ♯ ◦ ω ♭ implique
que ω et N commutent au sens où ω ♭ ◦ N = t N ◦ ω ♭ .
∧ ∧
PROPOSITION 3.1.40 Considérons π ∈ Γ( 2 A) et ω ∈ Γ( 2 A∗ ). Si (π, ω) est une
P Ω-structure, alors (π, N ) est une P N -structure, où N = π ♯ ◦ ω ♭ .
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 93

Démonstration. Comme N = π ♯ ◦ ω ♭ , π et N commutent au sens où π ♯ ◦ t N = N ◦ π ♯ .


De plus, d’après la proposition 3.1.25, N est un tenseur de Nijenhuis. Enfin, on a

C(π, N ) = {π, {N, µ}} + {N, {π, µ}}


= {π, {{ω, π} , µ}} + {{ω, π} , {π, µ}} .

Appliquons l’identité de Jacobi à plusieurs reprises sur le premier terme du membre de


droite. Alors, utilisant le fait que π est un bivecteur de Poisson ({{π, µ} , π} = 0) et que
ω est fermée ({µ, ω} = 0), on conclut rapidement que C(π, N ) = 0.

Nous regroupons les résultats obtenus dans le diagramme suivant. Certaines flèches
manquantes dans ce diagramme sont valables sous des conditions de non-dégénérescence
de π ou de ω (pour le diagramme complet, voir [30]).
ω est une 2-forme
complémentaire Z pour π

si iπ♯ α dω=0


(π, ω) R
l RRR
lll RRNR=π♯ ◦ω♭
lllll
N =π ♯ ◦ω ♭ RRR
ll RRR
v ll
l R(
(π, N ) (ω, N )

3.2 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux


Dans cette section, nous définissons, sur un algébroïde de Lie, la notion de structure
de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux. Les structures de Poisson quasi-Nijenhuis (sans
flux) ont été introduites par Stiénon et Xu [52] sur l’algébroïde de Lie standard T M
puis par Caseiro et al. [7] sur un algébroïde de Lie quelconque. En physique, la géomé-
trie des structures de Poisson quasi-Nijenhuis a été étudiée par Zucchini [65]. Dans cet
article, Zucchini s’est aussi intéressé aux structures de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux
mais nous remarquons ici qu’il manque une condition dans la définition de Zucchini de
ces structures. Cette condition, manquante dans [65], était déjà considérée dans [52] et
apparaît naturellement ici quand on demande à ce que certaines structures (par exemple
presque complexes) soient intégrables (ou que certains crochets vérifient l’identité de
Jacobi).
Le flux qui apparaît dans ces structures est une 3-forme fermée, notée H, qui déforme
en un certain sens les conditions satisfaites par une structure de Poisson quasi-Nijenhuis
(voir [52, 7]). Au lieu de l’expression “avec flux” (“with background” en anglais) certains
auteurs utilisent le terme “tordu” (“twisted” en anglais). Dans ce texte nous avons voulu
éviter la terminologie de “torsion” (ou “twist”) à cause du résultat de la proposition 3.2.18.
En effet, on prouve qu’une classe particulière de structures de Poisson quasi-Nijenhuis
94 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

avec flux est obtenue en tordant, par un procédé expliqué dans [46, 53, 20], une structure
d’algébroïde de Lie par un bivecteur de Poisson puis par une 2-forme. Ainsi, nous réser-
vons la terminologie “tordu” (ou “twisted”) quand on tord des structures par une 2-forme
ou un bivecteur, comme expliquée dans [46, 53, 20].

3.2.1 Définition et cas particuliers


Dans cette section, nous introduisons la structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux
sur un algébroïde de Lie A. C’est une généralisation des structures de Poisson Nijenhuis
(voir [38, 29]) et des structures de Poisson quasi-Nijenhuis (voir [52, 7]).

DÉFINITION 3.2.1 Une structure de Poisson quasi-Nijenhuis ∧ avec flux sur un al-
gébroïde∧de Lie A est un∧quadruplet (π, N, ψ, H) où π ∈ Γ( 2 A), N ∈ Γ(A ⊗ A∗ ),
ψ ∈ Γ( 3 A∗ ) et H ∈ Γ( 3 A∗ ) sont tels que N ◦ π ♯ = π ♯ ◦ t N , dψ = 0, dH = 0 et
vérifient les conditions suivantes :


 π est un bivecteur de Poisson,

Cπ,N (α, β) = 2 iπ♯ α∧π♯ β H,
(3.4)

 T (X, Y ) = π ♯ (iN X∧Y H − iN Y ∧X H + iX∧Y ψ),
 N
dN ψ = dH,

pour tous X, Y ∈ Γ(A), α, β ∈ Γ(A∗ ), où H est la 3-forme définie par

H(X, Y, Z) = X,Y,Z H(N X, N Y, Z), (3.5)

pour tous X, Y, Z ∈ Γ(A).

On vérifie aisément que si on considère H = 0, alors on obtient la définition de


structure de Poisson quasi-Nijenhuis [52] et si, de plus, on considère ψ = 0 alors on
obtient une structure de Poisson Nijenhuis.
Les conditions (3.4) s’expriment, en termes du grand crochet, de la forme suivante :


 {{π, µ} , π} = 0,

{{π, µ} , N } + {{N,
{ 2 µ}}, π} + {{π, H} , π} = 0, (3.6)

 {{N, µ} , N } + { N , µ − 2 {π, ψ} +{{{π, H} }}, N } + {{N, H} , π} = 0,

2 {{N, µ} , ψ} = µ, {N, {N, H}} − N 2 , H .

3.2.2 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et géométrie généralisée


Dans cette section, nous considérons que le fibré vectoriel A ⊕ A∗ est muni du produit
scalaire standard < ., . > défini par

< X + α, Y + β >= β(X) + α(Y )

pour tous X, Y ∈ Γ(A) et α, β ∈ Γ(A∗ ). Sur (A ⊕ A∗ , < ., . >), considérons une structure
d’algébroïde de Courant définie par l’hamiltonien S, c’est-à-dire que S est une fonction
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 95

appartenant à Pol(T ∗ (ΠA)) de degré total 3 et telle que {S, S} = 0. Notons [., .] le crochet
de Courant-Dorfman induit par S sur Γ(A ⊕ A∗ ) et défini par

[X , Y] = {{X , S} , Y}

pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ).


Considérons un morphisme de fibrés vectoriels

J : A ⊕ A∗ → A ⊕ A∗ .

On verra
( souvent J comme ) un tenseur de type (1, 1) sur A ⊕ A∗ , c’est-à-dire
J ∈ Γ (A ⊕ A∗ )∗ ⊗ (A ⊕ A∗ ) .

DÉFINITION 3.2.2 Le tenseur J est orthogonal si

< J(X ), Y > + < X , J(Y) >= 0,

pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ), où < ., . > est le produit scalaire standard sur A ⊕ A∗ .

Remarque: Le morphisme J est un endomorphisme dérivatif, c’est-à-dire J ∈ D(A ⊕ A∗ ),


de symbole nul. Ainsi, dire que J est orthogonal équivaut à dire que J préserve < ., . >
(voir définition 2.1.5) et, d’après ce que l’on a déjà vu précédemment, cela équivaut à
dire que (∧ )
J ∈Γ 2
(A ⊕ A∗ ) ⊂ Pol2 (T ∗ (ΠA)).

On peut déformer, par le tenseur J, la structure de Courant considérée sur


(A ⊕ A∗ , < ., . >). Le crochet déformé est défini en posant

[X , Y]J = [JX , Y] + [X , JY] − J[X , Y],

pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ), où [., .] est le crochet de Courant-Dorfman défini sur


Γ(A ⊕ A∗ ).

LEMME 3.2.3 Soit J un endomorphisme orthogonal de (A ⊕ A∗ , < ., . >). Le crochet


déformé par J, [., .]J , correspond à l’hamiltonien

SJ := {J, S} ∈ Pol(T ∗ (ΠA)),

au sens où
[X , Y]J = {{X , SJ } , Y} ,
pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ).

PROPOSITION 3.2.4 ([5]) Soit J un endomorphisme orthogonal de (A ⊕ A∗ , < ., . >).


L’hamiltonien SJ := {J, S} définit une structure de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >) si et
seulement si {S, {J, {J, S}}} = 0.
96 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

Notons que la condition de la proposition précédente se traduit en termes de structures


de Courant compatibles : ([., .]J )J est compatible avec [., .].
(∧ )
On peut aussi définir la torsion de Nijenhuis de J, TJ ∈ Γ 2
(A ⊕ A∗ )∗ ⊗ (A ⊕ A∗ ) ,
en posant
TJ (X , Y) = [JX , JY] − J ([X , Y]J ) ,
pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ).

LEMME 3.2.5 Pour tous X , Y ∈ Γ(A ⊕ A∗ ), on a


1( )
TJ (X , Y) = ([X , Y]J )J − [X , Y]J 2 .
2
COROLLAIRE 3.2.6 ([5]) Soit J un endomorphisme orthogonal de (A ⊕ A∗ , < ., . >).
L’endomorphisme J est un morphisme de Courant de (A ⊕ A∗ , SJ ) vers (A ⊕ A∗ , S) si
et seulement si l’hamiltonien {J, {J, S}} correspond à [., .]J 2 .

DÉFINITION 3.2.7 Un endomorphisme J orthogonal sur (A ⊕ A∗ , < ., . >) est une


structure presque c.p.s. si J 2 = λIdA⊕A∗ , pour un certain λ ∈ {−1, 0, 1}. Une structure
presque c.p.s. J est intégrable (et est appelée une structure c.p.s.) quand TJ = 0.

L’abréviation “c.p.s.” est due à Vaisman [61] et correspond aux trois différentes struc-
tures que l’on considère 4 : si λ = −1, J est une structure presque complexe ; si λ = 1, J
est une structure presque produit ; et si λ = 0, J est une structure presque sous-tangente.

PROPOSITION 3.2.8 Considérons un hamiltonien S, définissant une structure d’al-


gébroïde de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >), et J une structure presque c.p.s. Alors on
a {{ } }
TJ (X, Y ) = cJ , Y
X, T

où 5 :
cJ = 1 ({J, {J, S}} − λS) .
T (3.7)
2
Dans la suite
(∧ de ce texte on omettra ) le symbole b et TJ représentera aussi bien
l’élément de Γ 2
(A ⊕ A∗ )∗ ⊗ (A ⊕ A∗ ) que l’hamiltonien sur ΠA défini par (3.7).

Exemples: Soit µ une structure d’algébroïde de Lie sur A. Dans les exemples suivants,
on considère S = µ et le crochet sur Γ(A ⊕ A∗ ) s’écrit

[X + α, Y + β] = [X, Y ]µ + LX β − iY dα,
4. Dans [12], Grabowski introduit la notion d’algébroïde de Courant irréductible comme un algébroïde
de Courant où tout tenseur de Nijenhuis orthogonal est proportionnel à une structure c.p.s.. On prouve,
par exemple, que la structure d’algébroïde de Courant classique sur T M ⊕ T ∗ M est irréductible.
5. Sans l’hypothèse J 2 = λIdA⊕A∗ , cette formule ne pouvait pas être obtenue directement de
[J, J]F N = 0 ou du lemme 3.2.5 parce que, quand J est orthogonal, iJ J = J 2 est “anti-orthogonal”
/ Pol(T ∗ (ΠA)).
(au sens où < J 2 X , Y >=< X , J 2 Y >) et J 2 ∈
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 97

pour tous X, Y ∈ Γ(A) et α, β ∈ Γ(A∗ ).


1. Soit N : A → A un endomorphisme de fibrés vectoriels tel que N 2 = ϵ idA , avec
ϵ = ±1. On étend N en un morphisme orthogonal sur (A ⊕ A∗ , < ., . >) si on
définit, pour tout α ∈ Γ(A∗ ), N (α) ∈ Γ(A∗ ) en posant

< N (α), X >= − < α, N (X) >,

pour tout X ∈ Γ(A). Alors


N 2 = ϵ idA⊕A∗
et N est une structure presque c.p.s. sur (A ⊕ A∗ , < ., . >). De plus, si
N : A → A a une torsion de Nijenhuis nulle alors N est une structure c.p.s.
sur (A ⊕ A∗ , < ., . >, S = µ) avec λ = ϵ.

2. Considérons π ∈ Γ( 2 A) un bivecteur et le morphisme de fibrés vectoriels associé
π ♯ : A∗ → A. On peut étendre π ♯ à A ⊕ A∗ si on pose π|A

= 0. Alors π ♯ est un
morphisme orthogonal de (A ⊕ A∗ , < ., . >) tel que (π ♯ )2 = 0. Par ailleurs, on a
1
Tπ ♯ = ({π, {π, µ}})
2
1
= − [π, π]SN .
2

Donc, tout bivecteur π ∈ Γ( 2 A) est une structure presque c.p.s. sur
(A ⊕ A∗ , < ., . >) avec λ = 0 et π est intégrable, pour S = µ, si et seulement
si π est un bivecteur de Poisson.

3. Considérons σ ∈ Γ( 2 A∗ ) une 2-forme et le morphisme de fibrés vectoriels associé
σ ♭ : A → A∗ . On peut étendre σ ♭ à A ⊕ A∗ si on pose σ|A
♭ ♭
∗ = 0. Alors σ est un

morphisme orthogonal de (A ⊕ A∗ , < ., . >) tel que (σ ♭ )2 = 0. Par ailleurs, σ ♭ est


toujours intégrable car
1
Tσ♭ = ({σ, {σ, µ}})
2
= 0.

Donc, toute 2-forme σ ∈ Γ( 2 A) est une structure c.p.s. sur (A ⊕ A∗ , < ., . >) avec
λ = 0.

PROPOSITION 3.2.9 Considérons un hamiltonien S, définissant une structure d’al-


gébroïde de Courant sur (A ⊕ A∗ , < ., . >), et J une structure presque c.p.s. Alors
1. J définit une structure de Courant, SJ , sur A ⊕ A∗ si et seulement si {S, TJ } = 0 ;
2. [5] La torsion de Nijenhuis de J est nulle, i.e., {J, {J, S}} = λS, si et seulement si
SJ est une structure de Courant et J est un morphisme de Courant de (A ⊕ A∗ , SJ )
vers (A ⊕ A∗ , S).
98 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

Dans la proposition suivante nous allons décomposer les structures presque c.p.s. sur
(A ⊕ A∗ , < ., . >) en (somme de) structures plus simples sur A ou sur A∗ .

PROPOSITION 3.2.10 ([8, 61]) 1. Un tenseur de type (1, 1) sur A ⊕ A∗ est ortho-
gonal si et seulement si on peut le représenter sous la forme matricielle suivante,
pour toutes sections X ∈ Γ(A) et α ∈ Γ(A∗ ),
( ) ( )( )
X N π♯ X
J = (3.8)
α σ ♭ −t N α
∧ ∧
où π ∈ Γ( 2 A), σ ∈ Γ( 2 A∗ ) et N ∈ Γ(A ⊗ A∗ ).
2. Un tenseur J dans ces conditions est une structure presque c.p.s. si et seulement si

 N ◦ π ♯ = π ♯ ◦ t N,
σ♭ ◦ N = tN ◦ σ♭,

N 2 + π ♯ ◦ σ ♭ = λ IdA .

LEMME 3.2.11 En termes du grand crochet, on a


J =π+N +σ
dans le sens que
J(.) = {., π + N + σ} .

∞ ∗
Dans la suite de la section, nous allons considérer S = ∧3µ +∗ H, où µ ∈ C (T (ΠA))
définit une structure d’algébroïde de Lie sur A, et H ∈ Γ( A ) est une 3-forme fermée.
Alors on vérifie facilement que {S, S} = 0, et S définit une structure d’algébroïde de
Courant sur A ⊕ A∗ .
Le théorème suivant est le résultat principal de ce paragraphe puisqu’il établit le lien
entre les structures c.p.s. sur (A ⊕ A∗ , µ + H) et les structures de Poisson quasi-Nijenhuis
sur A ayant pour flux H.

THÉORÈME 3.2.12 Si un endomorphisme J, défini par (3.8), est une structure c.p.s.
sur (A ⊕ A∗ , µ + H), alors (π, N, −dσ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis
avec flux sur A.

Démonstration. Il suffit d’écrire la condition d’intégrabilité TJ = 0 pour J = π + N + σ


et S = µ + H, c’est-à-dire
{π + N + σ, {π + N + σ, µ + H}} − λ(µ + H) = 0.
Si on utilise la bilinéarité de {., .} et que l’on décompose l’équation précédente en fonction
du bidegré des termes qui la composent, on obtient le système d’équations


 {{π, µ} , π} = 0,

{{π, µ} , N } + {{N, µ} , π} + {{π, H} , π} = 0,
 {{N, µ} , N } + 2 {π, {µ, σ}} + {{π, σ} , µ} + {{π, H} , N } + {{N, H} , π} + λµ = 0,


{{N, µ} , σ} + {{σ, µ} , N } + {{N, H} , N } + {{π, σ} , H} + λH = 0.
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 99

Dans les deux dernières équations du système, on utilise les conditions algébriques pour
que J soit une structure c.p.s. et plus précisément la condition N 2 + π ♯ ◦ σ ♭ = λ IdA qui
s’écrit en termes du grand crochet

{π, σ} = N 2 − λIdA .

On obtient


 {{π, µ} , π} = 0,

{{π, µ} , N } + {{N,
{ 2 µ}}, π} + {{π, H} , π} = 0,

 {{N, µ} , N } + N , µ + 2 {π, {µ, σ}} + {{π,{H} , N }
} + {{N, H} , π} = 0,

{{N, µ} , σ} + {{σ, µ} , N } + {{N, H} , N } + N , H − 2λH = 0.
2

On peut enfin interpréter le système d’équations précédent comme l’ensemble des


conditions suivantes


 π est un bivecteur de Poisson,

Cπ,N (α, β) = 2 iπ♯ α∧π♯ β H,
(3.9)

 T (X, Y ) = π ♯ (iN X∧Y H − iN Y ∧X H − iX∧Y dσ),
 N
2iN dσ − d(iN σ) = 2(H + λH),
pour tous X, Y ∈ Γ(A) et α, β ∈ Γ(A∗ ) et où H est définie par (3.5).
Finalement, pour conclure la démonstration, on applique d aux deux membres de la
dernière condition de (3.9) et on obtient la dernière condition de (3.4) pour ψ = −dσ.

Remarque: Dans [61], Vaisman a étudié l’intégrabilité de structures presque c.p.s. sur
T M ⊕ T ∗ M muni de la structure de Courant standard et aussi le cas où la structure
de Courant standard est déformée par une 3-forme H. Les conditions obtenues dans la
Remarque 1.5 de [61] coïncident avec le système de conditions (3.9).
Dans la démonstration précédente, on voit que la dernière équation de (3.9) est une
condition suffisante pour que soit vérifiée la dernière équation de (3.4). On peut obtenir
une équivalence si l’on impose des conditions supplémentaires au quadruplet (π, N, σ, H).

THÉORÈME 3.2.13 Soit J un endomorphisme défini par (3.8). J est une structure
c.p.s. sur (A ⊕ A∗ , µ + H) si et seulement si
1. (π, N, −dσ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux sur A,
 2
 N + π ♯ ◦ σ ♭ = λIdA ,
2. σ♭ ◦ N = tN ◦ σ♭,

2(iN dσ − H) = d(iN σ) + 2λH.
100 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

3.2.3 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et quasi-bigébroïdes de Lie


Dans cette section nous allons généraliser un résultat prouvé, pour des structures de
Poisson quasi-Nijenhuis (sans flux), dans [52, 7]. Soit (A, µ) un algébroïde de Lie sur une
variété différentielle M .

DÉFINITION 3.2.14 Un quasi-bigébroïde de Lie est un triplet (E, δ, φ) où E → M


est un fibré vectoriel muni d’une structure
( d’algébroïde) de Lie, δ ∧est une dérivation de
degré 1 de l’algèbre de Gerstenhaber X (E), ∧, [., .]SN et φ ∈ Γ( 3 E), tel que
k

{
δ 2 (.) = [φ, .]SN
δφ = 0.

Le résultat suivant généralise un résultat de Stiénon et Xu [52] ou plus généralement


de Caseiro et al. [7]. C’est le résultat principal de ce paragraphe.

THÉORÈME 3.2.15 Si (π, N, ψ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis


avec flux sur A alors (A∗π , dH N , ψ + iN H) est un quasi-bigébroïde de Lie, où
dH
N (α) = dN (α) − i ♯
π (α) H, pour tout α ∈ Γ(A∗ ).

Démonstration. L’élément de Pol(T ∗ (ΠA) qui induit la structure (A∗π , dH


N , ψ + iN H)
e ∗
est S = {π + N, µ + H} + ψ. Alors (Aπ , dN , ψ + iN H) est un quasi-bigébroïde de Lie
H

si et seulement si { }
e Se = 0.
S,

Or, si on décompose l’équation précédente en fonction du bidegré de chaque terme qui


la compose on obtient le système d’équations suivant


 {{π, µ} , {π, µ}} = 0,


 {{π, µ} , {π, H}} + {{π, µ} , {N, µ}} = 0,
{{π, H} , {π, H}} + {{N, µ} , {N, µ}} + 2 {{π, µ} , {N, H}} (3.10)



 + 2 {{π, H} , {N, µ}} + 2 {{π, µ} , ψ} = 0,

{{π, H} , {N, H}} + {{N, µ} , {N, H}} + {{π, H} , ψ} + {{N, µ} , ψ} = 0.

Il suffit à présent de vérifier que les équations (3.6) impliquent les équations (3.10).
Or si on applique {µ, .} à chaque équation de (3.6) on obtient l’équation respective de
(3.10).

COROLLAIRE 3.2.16 Si (π, N, −dσ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis


avec flux sur A alors {π + N + σ, µ + H} est une structure de quasi-bigébroïde de Lie
sur (A∗ , A) ou, de façon équivalente, une structure d’algébroïde de Courant sur A ⊕ A∗ ,
induisant une structure d’algébroïde de Lie sur A∗ .

Démonstration. Dans preuve précédente, si ψ = −dσ alors Se = {π + N + σ, µ + H}


{ la }
e Se = 0.
et on a prouvé que S,
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 101

Remarque: Dans le corollaire précédent, J = π + N + σ n’est pas nécessairement


intégrable. Autrement dit, la torsion de Nijenhuis TJ n’est pas nécessairement nulle (voir
le théorème 3.2.13 où sont énoncées les conditions nécessaires, dans le cas où J est
presque c.p.s., pour que l’intégrabilité soit vérifiée). Mais le corollaire précédent prouve
que l’hamiltonien (déformé) Se = SJ définit une structure d’algébroïde de Courant sur
A ⊕ A∗ , c’est-à-dire que {S, TJ } = 0 (voir la proposition 3.2.6), où S = µ + H.

3.2.4 Poisson quasi-Nijenhuis avec flux et tenseurs (de degré 2) com-


patibles

section nous considérons un bivecteur de Poisson π ∈ Γ( 2 A) et une
Dans cette ∧
2-forme ω ∈ Γ( 2 A∗ ). De plus nous notons

π ♯ (α) = π(α, .), ∀α ∈ Γ(A∗ ), ω ♭ (X) = ω(X, .), ∀X ∈ Γ(A),


N = π♯ ◦ ω♭, ωN = ω(N., .).

Alors le principal résultat de cette section est le suivant. Notons que l’unique hypothèse
est que le bivecteur π soit de Poisson.

THÉORÈME 3.2.17 Soient π un bivecteur de Poisson, ω une 2-forme et considérons


N et ωN définis comme ci-dessus. Le quadruplet (π, N, dωN , −dω) est une structure de
Poisson quasi-Nijenhuis avec flux sur A.

Démonstration. Notons ψ = dωN and H = −dω. Nous avons les correspondances sui-
vantes en termes d’éléments de Pol(T ∗ (ΠA))

 N = {ω, π} ,
ψ = 21 {µ, {N, ω}} ,

H = {ω, µ} .

On vérifie facilement que ψ et H sont fermées et que N ◦ π ♯ = π ♯ ◦ t N . Pour prouver


que (π, N, ψ, H) est une structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux on doit vérifier
les conditions (3.4) (ou, en termes du grand crochet, les conditions (3.6)).
1. π est un bivecteur de Poisson par hypothèse.
2. Utilisons le fait que π est un bivecteur de Poisson, c’est-à-dire que

{{π, µ} , π} = 0

et appliquons {ω, .} aux deux membres de cette équation pour obtenir

{ω, {{π, µ} , π}} = 0.

On applique l’identité de Jacobi et on obtient

{{ω, {π, µ}} , π} + {{π, µ} , {ω, π}} = 0.


102 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES

Si on applique de nouveau l’identité de Jacobi au premier terme du membre de


gauche, on obtient

{{{ω, π} , µ} , π} + {{π, {ω, µ}} , π} + {{π, µ} , {ω, π}} = 0,

qui est la seconde équation de (3.6)

{{N, µ} , π} + {{π, H} , π} + {{π, µ} , N } = 0.

3. Comme précédemment, on part de la dernière équation

{{N, µ} , π} + {{π, H} , π} + {{π, µ} , N } = 0,

et on applique {ω, .} aux deux membres de l’équation. On obtient

{ω, {{N, µ} , π}} + {ω, {{π, H} , π}} + {ω, {{π, µ} , N }} = 0,

et si on applique l’identité de Jacobi deux fois, on obtient l’équation cherchée


{ }
{{N, µ} , N } + N 2 , µ − 2 {π, ψ} + {{π, H} , N } + {{N, H} , π} = 0.

4. Nous prouvons cette condition de la même manière que pour les conditions précé-
dentes. On part de la dernière condition
{ }
{{N, µ} , N } + N 2 , µ − 2 {π, ψ} + {{π, H} , N } + {{N, H} , π} = 0,

et on applique {ω, .} aux deux membres. Puis, si on applique l’identité de Jacobi,


on obtient
{ } {{ } }
{{N, H} , N } + N 2 , H − 2 {N, ψ} − N 2 , ω , µ = 0. (3.11)

Enfin, si on applique {µ, .} aux deux membres de l’équation précédente on obtient


{ { }}
µ, {{N, H} , N } + N 2 , H − 2 {µ, {N, ψ}} = 0.

On applique de nouveau l’identité de Jacobi et le fait que ψ est fermée pour obtenir
{ { }}
2 {{N, µ} , ψ} = µ, {N, {N, H}} − N 2 , H .

La démonstration du théorème précédent suggère que la composition itérative d’une


2-forme, en un certain sens, avec un bivecteur de Poisson, fournit toutes les conditions de
la définition de structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux. Afin de mieux comprendre
comment un bivecteur de Poisson et une 2-forme engendrent ce type de structures, consi-
dérons la construction suivante (voir pour plus de détails [20]).
Soient S ∈ Pol(T ∗ (ΠA)) et σ ∈ Pol0,2 (T ∗ (ΠA)) ou σ ∈ Pol2,0 (T ∗ (ΠA)). Considérons
la série
1 1
eσ S = S + {S, σ} + {{S, σ} , σ} + {{{S, σ} , σ} , σ} + . . .
2! 3!
3.2. POISSON QUASI-NIJENHUIS AVEC FLUX 103

Comme {., .} a un bidegré (−1, −1) et σ un bidegré (0, 2) ou (2, 0), la série ci-dessus est
finie. De plus, si S est de degré total k alors eσ S aussi. Enfin, il suit des propriétés de
l’exponentielle que si {S, S} = 0, on a aussi {eσ S, eσ S} = 0. En particulier, si S est une
structure sur A ⊕ A∗ , c’est-à-dire si S ∈ Pol3 (T ∗ (ΠA)) et vérifie {S, S} = 0, alors eσ S
est aussi une structure sur A ⊕ A∗ . On dit que la structure eσ S est la structure S tordue
par σ.
La proposition suivante détaille la construction apparaissant dans la démonstration
du théorème précédent.

PROPOSITION 3.2.18 Si on note S la structure de quasi-bigébroïde de Lie induite


par la structure de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux (π, N, dωN , −dω), alors

S = e−ω ◦ (e−π µ − µ),

ou, de forme équivalente


S = e−ω (µπ ),
où µπ est l’hamiltonien correspondant à la structure d’algébroïde de Lie définie par (3.1).

Dans la proposition suivante nous montrons que la structure de Poisson quasi-


Nijenhuis avec flux (π, N, dωN , −dω) est induite (comme indiqué dans le théorème 3.2.12)
par une structure sous-tangente.

PROPOSITION 3.2.19 Le tenseur de type (1, 1)


( )
N π♯
J=
−ωN ♭ −t N

est une structure sous-tangente (c’est-à-dire une structure c.p.s. avec λ = 0) sur
(A ⊕ A∗ , µ − dω).

Démonstration. D’après les théorèmes 3.2.17 et 3.2.13 il suffit de prouver


 2
 N − π ♯ ◦ ωN ♭ = 0,
ω ♭ ◦ N = t N ◦ ωN ♭ ,
 N
2(iN dωN + H) = d(iN ωN ).

Mais la vérification des deux premières conditions est directe et, d’après le fait que
iN ωN = iN 2 ω, la dernière condition est équivalente à (3.11).

Dans la suite de cette section, on remarque que, dans le théorème 3.2.17, si on impose
certaines restrictions à la 2-forme ω alors on obtient des structures déjà connues, plus
contraignantes que les structures de Poisson quasi-Nijenhuis avec flux. On remarque aussi
que les couples (π, ω), (π, N ) et (ω, N ) ainsi obtenus correspondent à (ou généralisent
légèrement) certains couples compatibles déjà connus.
104 CHAPITRE 3. STRUCTURES COMPATIBLES


COROLLAIRE ∧3.2.20 (Poisson Nijenhuis) Si π ∈ Γ( 2 A) est un bivecteur de
Poisson et ω ∈ Γ( 2 A∗ ) est une 2-forme fermée telle que dωN = 0, alors (π, N ) est une
structure de Poisson Nijenhuis sur A.

Remarques: 1. Un couple (π, ω) dans les conditions du corollaire précédent est une
P Ω-structure (voir définition 3.1.24 ou [38]).
2. La condition dωN = 0 est la condition de compatibilité pour que (ω, N ) soit une
ΩN -structure (voir définition 3.1.33 ou [38]). De plus, dans ces conditions, on vérifie
que le tenseur N = π ♯ ◦ ω ♭ a une torsion de Nijenhuis nulle et le couple (ω, N ) est
une ΩN -structure.
3. La condition dωN = 0 est aussi la condition de compatibilité pour que (ω, N ) soit
une paire de Hitchin (voir définition 3.1.35 ou [8] pour A = T M ). Cependant le
couple (ω, N ) ci-dessus est plus général car ω n’est pas nécessairement symplectique.
4. Utilisant la proposition 3.1.37 et le fait que ω soit une forme fermée, on prouve que,
dans le corollaire précédent, la condition dωN = 0 signifie que ω est une 2-forme
complémentaire pour π (voir définition 3.1.36 ou [60]).

COROLLAIRE 3.2.21 ∧2 (Poisson quasi-Nijenhuis) Si π ∈ Γ( 2 A) est un bivecteur
de Poisson et ω ∈ Γ( A∗ ) est une 2-forme fermée alors (π, N, dωN ) est une structure
de Poisson quasi-Nijenhuis sur A (sans flux).

On peut aussi définir une structure de Poisson Nijenhuis avec flux (π, N, H) en consi-
dérant ψ = 0 dans la définition 3.2.1. À notre connaissance, ce type de structures n’a
jamais été étudié jusqu’à présent. On a le corollaire suivant.

COROLLAIRE 3.2.22 (Poisson∧2 ∗ Nijenhuis avec flux) Si π ∈ Γ( 2 A) est un bivec-
teur de Poisson et ω ∈ Γ( A ) est une 2-forme telle que dωN = 0, alors (π, N, −dω)
est une structure de Poisson Nijenhuis avec flux sur A.

Remarque: Dans toute cette section, le bivecteur π est un (vrai) bivecteur de Poisson.
La structure obtenue dans le dernier corollaire ne provient donc pas d’une éventuelle com-
patibilité entre un tenseur de Nijenhuis et une structure de Poisson avec flux (voir [51]).
Chapitre 4

Structures para-hypersymplectiques

Les formes symplectiques étant non dégénérées, étant données deux formes symplec-
tiques ω1 , ω2 sur une même variété M , il existe un tenseur de passage de ω2 à ω1 défini
par :
ω1 (., .) = ω2 (J3 ., .)
Étant données à présent 3 formes symplectiques ω1 , ω2 , ω3 sur une variété donnée, on
dispose de 3 tenseurs de passages, que l’on note J1 , J2 , J3 , qui permettent de passer,
respectivement de ω3 à ω2 , de ω1 à ω3 et de ω2 à ω1 , et qui satisfont donc la rela-
tion J3 J2 J1 = Id. Si l’on impose que les carrés de ces tenseurs valent respectivement
ϵ1 Id, ϵ2 Id, ϵ3 Id, où ϵi ∈ {−1, +1} pour i = 1, 2, 3, on obtient ce que l’on appelle une
structure para-hypersymplectique (souvent notée PHS dans la suite de ce chapitre). On
peut alors vérifier que
ω1 (J1 ., .) = ω2 (J2 ., .) = ω3 (J3 ., .)
et que l’application bilinéaire g(., .) ainsi obtenue est, selon le cas, symétrique non dé-
générée ou symplectique. Les structures hyperkähleriennes sont clairement des exemples
de telles structures : ce sont en fait des structures PHS telles que J12 = J22 = J32 = −Id,
et telles que g, qui est alors toujours symétrique, est défini positif.
Les structures PHS peuvent sans difficulté être définies pour un algébroïde de Lie
quelconque : ce sera dans ce cadre que nous travaillerons.
À une structure PHS sont donc associés 9 hamiltoniens de degré 2 : trois sont asso-
ciés aux formes, trois sont associés aux tenseurs de passages et trois sont associés aux
bivecteurs qui inversent les formes symplectiques. De plus, un dernier peut être associé
au tenseur g lorsque celui-ci est antisymétrique. Nous étudions dans ce chapitre les com-
patibilités entre ces hamiltoniens de degré 2. Nous tentons de mener notre étude sans
distinguer selon les signes de ϵ1 , ϵ2 , ϵ3 , toutefois, nous serons rapidement amenés à séparer
le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 du cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, c’est-à-dire le cas où g est symétrique du cas où g
est symplectique.
On donne ensuite des exemples nouveaux dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, exemples que nous
relions aux équations de Monge-Ampère. Pour le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, on donne des exemples,
et nous donnons une classification locale dans le cas des variétés quand ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1.

105
106 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

4.1 Définitions et propriétés


Considérons A → M un algébroïde de Lie.
Dans toute cette section, nous écrirons souvent que les indices (notés généralement i, j
ou k) appartiennent à l’ensemble {1, 2, 3}, mais pour opérer sur les indices on considérera
qu’ils appartiennent à Z/3Z.

4.1.1 Définitions

Soient ω1 , ω2 , ω3 ∈ Γ( 2 A∗ ), des A-formes symplectiques. On définit trois applica-
tions C ∞ (M )-linéaires Ij : Γ(A) → Γ(A), j = 1, 2, 3, en posant

Ij = (ωj−1 ♭ )−1 ◦ ωj+1 ♭ . (4.1)


Notation: Rappelons que l’on définit ωj ♭ : Γ(A) → Γ(A∗ ), j = 1, 2, 3, en posant

ωj ♭ (X) = iX ωj = ωj (X, .), ∀X ∈ Γ(A).


On définit aussi l’application πj ♯ : Γ(A∗ ) → Γ(A), j = 1, 2, 3, en posant

πj ♯ = −(ωj ♭ )−1
∧2
et le bivecteur πj ∈ Γ( A) par
πj (α, β) =< πj ♯ (α), β >, ∀α, β ∈ Γ(A∗ ).
On peut alors considérer que la 2-forme ωj et le bivecteur πj sont inverses l’un de l’autre
dans le sens que
πj (α, β) = ωj (πj ♯ (α), πj ♯ (β)), ∀α, β ∈ Γ(A∗ ).
En tenant compte de la notation rappelée ci-dessus, la formule (4.1) définissant Ii
peut être réécrite
Ij = −πj−1 ♯ ◦ ωj+1 ♭ . (4.2)
Observation: 1. A partir des équations (4.1), définissant les applications
Ii , i = 1, 2, 3, on déduit immédiatement
Ii ◦ Ii−1 = Ii+1 −1 . (4.3)

2. Dans la suite de cette section, on omettra le symbole ◦, on écrira par exemple Ii Ii−1
au lieu de Ii ◦ Ii−1 .

DÉFINITION 4.1.1 Une structure para-hypersymplectique est un quadruplet


(A, ω1 , ω2 , ω3 ) où A est un algébroïde de Lie et ω1 , ω2 et ω3 sont des A-formes sym-
plectiques telles que les tenseurs I1 , I2 et I3 définis par (4.1) vérifient
Ii 2 = ϵi IdA , avec ϵi = ±1, i = 1, 2, 3. (4.4)
On abrégera parfois la notation et on écrira PHS au lieu de para-hypersymplectique. Il y
a quatre type de structures PHS, auxquels on donne les noms suivants
4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 107

– quaternionique lorsque les trois tenseurs sont de carré −IdA ,


– para-quaternionique lorsque un tenseur est de carré −IdA et deux de carré IdA ,
– para-hyperproduit lorsque deux tenseurs sont de carré −IdA et un de carré IdA ,
– hyperproduit lorsque les trois tenseurs sont de carré égal à IdA .

Évidemment les structures hyperkähleriennes sont des exemples des structures PHS
de type quaternioniques.
Dans toute la suite de cette section on étudie, en termes d’algèbre linéaire sur chaque
fibre de A → M , les conséquences des conditions (4.4).

LEMME 4.1.2 Considérons une structure PHS (A, ω1 , ω2 , ω3 ). Les tenseurs I1 , I2 et I3


vérifient
1. (Ii )−1 = ϵi Ii ;
2. I3 I2 I1 = IdA et I1 I2 I3 = ϵ1 ϵ2 ϵ3 IdA ;
3. Ii = ϵi Ii−1 Ii+1 = ϵi+1 ϵi−1 Ii+1 Ii−1 ;
4. Ij Ik = ϵ1 ϵ2 ϵ3 Ik Ij , j ̸= k,
où les indices i, j, k ∈ Z/3Z.

Démonstration. 1. La démonstration vient immédiatement des égalités (4.4).


2. Il suffit d’écrire les définitions de I1 , I2 et I3 pour vérifier que

I3 I2 I1 = IdA .

Puis, si on calcule l’inverse des applications de chacun des membres de l’égalité


précédente on obtient rapidement

I1 I2 I3 = ϵ1 ϵ2 ϵ3 IdA .

3. La première égalité est une vérification immédiate à partir de la définition de Ii .


La seconde égalité s’obtient de la première en calculant l’inverse de chacun des
membres.
4. De 3. on déduit que

Ii−1 Ii+1 = ϵ1 ϵ2 ϵ3 Ii+1 Ii−1 , ∀i ∈ {1, 2, 3},

et on voit facilement que si j ̸= k toute paire (Ij , Ik ) est une paire du type
(Ii−1 , Ii+1 ) ou (Ii+1 , Ii−1 ).

On peut facilement démontrer de nombreuses égalités entre les tenseurs Ij , j = 1, 2, 3


et/ou les formes ωi , i = 1, 2, 3. Nous nous efforçons simplement de regrouper ici les pro-
priétés que nous utiliserons le plus fréquemment dans les démonstrations de cette section.
108 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

Parmi ces propriétés les applications transposées t Ij , j = 1, 2, 3, apparaissent régulière-


ment. D’après la définition de Ij , j = 1, 2, 3, on vérifie que, pour tout j ∈ {1, 2, 3}, on
a1
t
Ij = −ωj+1 ♭ ◦ πj−1 ♯ . (4.5)
Par ailleurs les applications transposées vérifient aussi

(t Ij )2 = ϵj IdA , (4.6)

et par conséquent
(t Ij )−1 = ϵj t Ij , (4.7)
ou en d’autres termes :
ωj−1 ♭ ◦ πj+1 ♯ = ϵj ωj+1 ♭ ◦ πj−1 ♯ . (4.8)

DÉFINITION 4.1.3 On définit un morphisme de fibrés vectoriels

g : A −→ A∗

en posant
g = ϵ3 ϵ2 ω3 ♭ ◦ (ω1 ♭ )−1 ◦ ω2 ♭ . (4.9)

On peut permuter les indices dans la définition de g comme le montre la proposition


suivante.

PROPOSITION 4.1.4 Les applications g, ωj ♭ et Ij , j = 1, 2, 3, vérifient les égalités


suivantes
1. t g = −ϵ1 ϵ2 ϵ3 g
2. g = ϵj−1 ϵj+1 ωj−1 ♭ ◦ (ωj ♭ )−1 ◦ ωj+1 ♭

 g = ϵj−1 ωj ♭ ◦ Ij
3. ω ♭ = ϵj ϵj−1 g ◦ Ij
 j
Ij = ϵj ϵj−1 g −1 ◦ ωj ♭
4. Pour toutes sections X, Y ∈ Γ(A),

g(Ij X, Ij Y ) = ϵj−1 ϵj+1 g(X, Y ),

où, avec un léger abus de notation, on note g(X, Y ) :=< g(X), Y >.

1. On utilise ici l’antisymétrie des tenseurs ωj et πj , j = 1, 2, 3.


4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 109

Démonstration. 1. À partir de la définition de g et utilisant l’antisymétrie des formes


ωi , i = 1, 2, 3, on écrit
t
g = −ϵ3 ϵ2 ω2 ♭ ◦ (ω1 ♭ )−1 ◦ ω3 ♭ .

Si on traduit l’égalité I2 = ϵ2 (I2 )−1 en termes de formes symplectiques et que l’on


substitue dans l’équation précédente, on a
t
g = −ϵ3 ω2 ♭ ◦ (ω3 ♭ )−1 ◦ ω1 ♭ .

Puis, en utilisant l’égalité (4.8) avec j = 1, on obtient


t
g = −ϵ3 ϵ1 ω3 ♭ ◦ (ω2 ♭ )−1 ◦ ω1 ♭ .

Finalement, en utilisant l’égalité I3 = ϵ3 (I3 )−1 , on peut écrire


t
g = −ϵ1 ω3 ♭ ◦ (ω1 ♭ )−1 ◦ ω2 ♭ ,

d’où, en utilisant la définition de g,


t
g = −ϵ1 ϵ2 ϵ3 g.

2. En utilisant le même type d’arguments que dans le point précédent (basés sur des
permutations des ωi , i = 1, 2, 3), et à partir de la définition de g (voir l’équa-
tion (4.9)) on peut permuter ω2 avec ω1 puis avec ω3 pour obtenir

g = ϵ1 ϵ2 ω2 ♭ ◦ (ω3 ♭ )−1 ◦ ω1 ♭ .

3. Utilisant le fait que les indices appartiennent à Z/3Z, on peut réécrire l’égalité du
point précédent sous la forme

g = ϵj ϵj−1 ωj ♭ ◦ (ωj+1 ♭ )−1 ◦ ωj−1 ♭ ,

c’est-à-dire
g = ϵj ϵj−1 ωj ♭ ◦ Ij −1 .
Enfin, utilisant la première égalité du lemme précédent, on conclut que

g = ϵj−1 ωj ♭ ◦ Ij .

Les expressions restantes pour ωj ♭ et Ij se déduisent facilement de cette expression


pour g.

4. Soient X, Y ∈ Γ(A). Si on voit g comme une section de 2 A∗ alors

g(Ij X, Ij Y ) =< g(Ij X), Ij Y >,

et, utilisant la deuxième égalité du point précédent, on écrit

g(Ij X, Ij Y ) =< ϵj ϵj−1 ωj ♭ (X), Ij (Y ) > .


110 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

Comme ωj est antisymétrique, on obtient

g(Ij X, Ij Y ) = −ϵj ϵj−1 < X, ωj ♭ ◦ Ij (Y ) > .

Puis, utilisant la première égalité du point précédent, on a

g(Ij X, Ij Y ) = −ϵj ϵj−1 < X, ϵj−1 g(Y ) >


= −ϵj < t g(X), Y > .

Enfin, utilisant l’égalité de 1. on obtient

g(Ij X, Ij Y ) = ϵj−1 ϵj+1 < g(X), Y >


= ϵj−1 ϵj+1 g(X, Y ).

Les égalités de la proposition précédente nous permettent de distinguer deux cas très
différents de structures PHS : ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 et ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. En effet,
– Si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, alors g (vu comme une forme bilinéaire sur Am , pour tout m ∈ M )
est symétrique et est ainsi un produit scalaire pseudo-euclidien (voir la défini-
tion 2.1.4). De plus Ij est hermitien (par rapport à g) au sens que

g(Ij X, Ij Y ) = −ϵj g(X, Y ), , ∀X, Y ∈ Γ(A)

ce qui, utilisant la relation Ij 2 = ϵj IdA , équivaut à

g(Ij X, Y ) = −g(X, Ij Y ), ∀X, Y ∈ Γ(A).

– Si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, alors g est antisymétrique et définit donc une 2-forme. De plus g et


Ij commutent au sens que 2

g(Ij X, Y ) = g(X, Ij Y ), ∀X, Y ∈ Γ(A),

ou, en d’autres termes,


g ◦ Ij = t Ij ◦ g,
où g est vu comme un morphisme de fibrés vectoriels g : A −→ A∗ .

On peut représenter sous forme de diagrammes certaines des relations de la proposi-


tion précédente et en particulier le fait que les tenseurs Ij , j = 1, 2, 3, sont des “tenseurs
de passage” entre les ωj , j = 1, 2, 3, et g.
2. Les deux différents types de compatibilité, dépendant du signe de ϵ1 ϵ2 ϵ3 , peuvent être énoncées
par la même relation :
g(Ij X, Y ) + g(Ij Y, X) = 0, ∀X, Y ∈ Γ(A),
autrement dit, g ◦ Ij définit un tenseur antisymétrique.
4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 111

ωD 35 (4.10)
55
55
55
ϵ2 I3 55
55
I2 55I1
 55
7 g g O 55
ooo OOO 5
ϵ3 I1 oo
o
o OOOO 555
ooo O
ϵ1 I2 OOOO55
oo oo 
ω1 ω2
I3

Dans le diagramme précédent :


– les sommets sont considérés comme des morphismes de A dans A∗ ;
– les flèches sont des morphisme de A dans A ;
– une flèche I relie le morphisme F au morphisme G si F ◦ I = G

On peut, dualement, déduire des formules équivalentes entre les applications inverses.
En termes de diagramme, on obtient

π3 j

tI −ϵ1 t I3 tI
2 1


g −1
pp7 gNNN
−ϵ2 t I1pppp NNN
p NNN
ppp −ϵ1 t I2 NNNN
ppp
π1 πG 2

tI
3

Dans les deux résultats suivants on traduit les diagrammes précédents en termes de
produits intérieurs de A-formes par des A-formes à valeurs vectorielles (voir les définitions
de la section 1.2).

COROLLAIRE 4.1.5 Pour tout j ∈ {1, 2, 3}, on a :


1. (iIj ωj )♭ = ϵj−1 (1 + ϵ1 ϵ2 ϵ3 ) g;
2. (iIj ωj−1 )♭ = 2 ωj+1 ♭ ;
3. (iIj ωj+1 )♭ = 2 ϵj ωj−1 ♭ .

Démonstration. 1. À partir de la définition de la contraction (iIj ωj ) et du fait que ωj est


antisymétrique, on peut écrire

(iIj ωj )♭ = ωj ♭ ◦ Ij + t Ij ◦ ωj ♭ .
112 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

Et utilisant la proposition précédente, on en déduit que

(iIj ωj )♭ = ϵj−1 g − ϵj−1 t g


= (ϵj−1 + ϵj ϵj+1 ) g.

2. La démonstration est directe, comme pour le point précédent.

(iIj ωj−1 )♭ = (ωj−1 ♭ ◦ Ij ) − t (ωj−1 ♭ ◦ Ij )


= ωj+1 ♭ − t (ωj+1 ♭ )
= 2 ωj+1 ♭

3. La démonstration est analogue à celle du point précédent.

Le point de vue dual du corollaire précédent, en termes de produit intérieur de πj ♯ ,


j = 1, 2, 3, par t Ik , k = 1, 2, 3, est le corollaire suivant.

COROLLAIRE 4.1.6 Pour tout j ∈ {1, 2, 3}, on a :


1. (it Ij πj )♯ = −ϵj+1 (1 + ϵ1 ϵ2 ϵ3 ) g −1 ;
2. (it Ij πj−1 )♯ = 2 ϵj πj+1 ♯ ;
3. (it Ij πj+1 )♯ = 2 πj−1 ♯ .

Démonstration. Les démonstrations sont analogues à celles du corollaire précédent.

Dans la proposition suivante nous énonçons, en termes de fonctions de Pol(T ∗ (ΠA))


et du grand crochet, les résultats obtenus jusqu’à présent.

PROPOSITION 4.1.7 Pour tous i, j ∈ {1, 2, 3}, on a :



 idA , i=j
1. {πj , ωi } = ϵ I
j+1 j−1 , i=j+1

Ij+1 , i=j−1
2. {Ij , Ij+1 } = − {Ij+1 , Ij } = ϵj−1 (1 − ϵ1 ϵ2 ϵ3 ) Ij−1

 ϵi−1 (1 + ϵ1 ϵ2 ϵ3 ) g , i = j
3. {Ii , ωj } = 2 ωi+1 , i=j+1

2 ϵi ωi−1 , i=j−1

 ϵi+1 (1 + ϵ1 ϵ2 ϵ3 ) g −1 , i = j
4. {Ii , πj } = 2 ϵi ωi+1 −1 , i=j+1
 −1
2 ωi−1 , i=j−1
4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 113

4.1.2 P Ω, P N et ΩN -structures induites


Dans cette section nous allons étudier les nombreuses paires de tenseurs compatibles
induites par une structure para-hypersymplectique.
Tout d’abord il est évident que les 3 paires (πj , ωj ), j = 1, 2, 3, sont des P Ω-structures
“triviales” au sens que le tenseur N = πj ♯ ◦ ωj ♭ est égal à −IdA . Chacune de ces P Ω-
structures induit ainsi une P N -structure et une ΩN -structure triviales (avec N = −IdA ).
Dans la proposition suivante, on montre qu’une structure para-hypersymplectique
induit 6 P Ω-structures (en général non-triviales).

PROPOSITION 4.1.8 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (πj+1 , ωj ) est une P Ω-structure ;
2. (πj−1 , ωj ) est une P Ω-structure.

Démonstration. 1. Par définition, la paire (πj+1 , ωj ) est une P Ω-structure si et seule-


ment si
d(iN ωj ) = 0,
où N = πj+1 ♯ ◦ ωj ♭ = −(ωj+1 ♭ )−1 ◦ ωj ♭ = −Ij−1 . Ainsi, la condition précédente
s’écrit
d(iIj−1 ωj ) = 0,
et, utilisant un des résultats précédents, peut être réécrite

d(ωj+1 ) = 0.

Or cette dernière condition est vérifiée, pour tout j ∈ {1, 2, 3}, car (A, ω1 , ω2 , ω3 )
est une structure PHS.
2. La démonstration est analogue avec N = πj−1 ♯ ◦ ωj ♭ = −ϵi+1 Ii+1 .

On a ainsi montré qu’une structure PHS (A, ω1 , ω2 , ω3 ) définit 6 P Ω-structures


non-triviales. De plus, comme les formes ωi , i ∈ {1, 2, 3}, sont fermées chacune de ces
P Ω-structures correspond à une 2-forme complémentaire pour un bivecteur de Pois-
son. D’après les propositions 3.1.39 et 3.1.40, ces P Ω-structures induisent aussi 6 P N -
structures et 6 ΩN -structures (non-triviales), comme énoncé dans les corollaires suivants.

COROLLAIRE 4.1.9 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (πj , Ij+1 ) est une P N -structure ;
2. (πj , Ij−1 ) est une P N -structure.

COROLLAIRE 4.1.10 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (ωj , Ij−1 ) est une ΩN -structure ;
114 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

2. (ωj , Ij+1 ) est une ΩN -structure.

À partir de la proposition précédente, on déduit aussi le corollaire suivant.

COROLLAIRE 4.1.11 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. Ij est un tenseur de Nijenhuis ;
( )
2. µIj I = ϵj µ.
j

Démonstration. 1. C’est une conséquence directe de la proposition précédente et de


la proposition 3.1.25.
2. Comme Ij est un tenseur de Nijenhuis, on a TIj = 0, c’est-à-dire, en termes du
grand crochet, { }
{{Ij , µ} , Ij } − Ij 2 , µ = 0.
Mais Ij 2 = ϵj idA et l’égalité précédente s’écrit

{Ij , {Ij , µ}} = ϵj µ.

Le théorème suivant permet d’établir une correspondance entre deux structures de


Poisson compatibles et un tenseur de Nijenhuis (voir résultats similaires dans [15, 38]).

THÉORÈME 4.1.12 Soit A → M un algébroïde de Lie muni de trois formes symplec-


tiques ω1 , ω2 , ω3 . Considérons les tenseurs Ii , i = 1, 2, 3, définis par (4.1). On a
{{ } }
1. [Ii , Ii ]F N = ϵi [πi+1 , πi−1 ]SN , ωi−1 , ωi+1 ;
{{ } }
2. [πi+1 , πi−1 ]SN = 13 ϵi [Ii , Ii ]F N , ωi+1 −1 , ωi−1 −1 ;
3. [Ii , Ii ]F N = 0 si et seulement si [πi+1 , πi−1 ]SN = 0.

Démonstration. En utilisant la formule (1.13) pour le crochet [., .]F N , la démonstration


de 1. et 2. est calculatoire mais directe, et 3. s’en déduit.

Le corollaire suivant est une conséquence directe des résultats précédents.

COROLLAIRE 4.1.13 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tous i, j ∈ {1, 2, 3}
1. Les bivecteurs πi et πj sont compatibles ;
2. Les structures d’algébroïde de Lie Aπi et Aπj sont compatibles.

Démonstration. 1. Si i = j, comme la forme ωi est fermée, le bivecteur πi est de


Poisson (ou, en d’autres termes, est compatible avec lui-même). Si i ̸= j alors le
résultat est une conséquence du fait que les tenseurs Ij , j ∈ {1, 2, 3}, soient de
Nijenhuis et du théorème précédent.
2. C’est une conséquence immédiate du point précédent.
4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 115

Le lemme suivant est utilisé dans différentes démonstrations dans la suite du chapitre.

LEMME 4.1.14 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Les égalités suivantes sont sa-
tisfaites :

{Ij , {πj , µA }} = −ϵj−1 {πj−1 , {Ij−1 , µA }} = −ϵj {πj+1 , {Ij+1 , µA }} . (4.11)

Démonstration. La double égalité est obtenue, en deux temps, en remplaçant Ij par


{πj−1 , ωj+1 } ou par ϵj {πj+1 , ωj−1 }.

Le théorème suivant généralise la propriété 1. du corollaire 4.1.11.

THÉORÈME 4.1.15 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.
Pour tous j, k ∈ {1, 2, 3},
[Ij , Ik ]F N = 0.

Démonstration. Soient j, k ∈ {1, 2, 3}. Si j = k nous sommes dans le cas du corollaire


4.1.11. Si j ̸= k on peut supposer sans perte de généralité que k = j + 1 (si ce n’est
pas le cas il suffit d’utiliser l’antisymétrie du crochet de Frölicher-Nijenhuis). Calculons
[Ij , Ij+1 ]F N en recourant au grand crochet :
{ }
[Ij , Ij+1 ]F N = {{Ij , µA } , Ij+1 } + iIj+1 Ij , µA
= − {{Ij , µA } , {ωj−1 , πj }} + ϵj ϵj+1 {Ij−1 , µA } ,

où dans la dernière égalité on a remplacé Ij+1 par − {ωj−1 , πj } et employé l’égalité


iIj+1 Ij = Ij ◦ Ij+1 = ϵj ϵj+1 Ij−1 . Si on applique l’identité de Jacobi on obtient

[Ij , Ij+1 ]F N = − {{{Ij , µA } , ωj−1 } , πj } − {ωj−1 , {{Ij , µA } , πj }} + ϵj ϵj+1 {Ij−1 , µA } .

Si on applique l’identité de Jacobi au premier terme du membre de droite on s’aperçoit


que les deux termes qui apparaissent sont nuls : le premier car ωj−1 est fermée et le
deuxième parce que la paire (ωj−1 , Ij ) est une ΩN -structure. Appliquons à présent la
deuxième égalité du lemme 4.1.14 au second terme du membre de droite, on obtient :

[Ij , Ij+1 ]F N = ϵj ϵj+1 {ωj−1 , {πj−1 , {Ij−1 , µA }}} + ϵj ϵj+1 {Ij−1 , µA } .

Il suffit maintenant d’appliquer l’identité de Jacobi au premier terme et le fait que


{ωj−1 , πj−1 } = −idA pour obtenir

[Ij , Ij+1 ]F N = ϵj ϵj+1 {πj−1 , {ωj−1 , {Ij−1 , µA }}} .

On applique de nouveau l’identité de Jacobi et le fait que ωj−1 soit une forme fermée.
On obtient
[Ij , Ij+1 ]F N = ϵj ϵj+1 {πj−1 , {{ωj−1 , Ij−1 } , µA }} .
enfin, si ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 alors {ωj−1 , Ij−1 } = 0 et on conclut que

[Ij , Ij+1 ]F N = 0.
116 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

Dans la section suivante nous verrons que le résultat du théorème précédent reste
valable dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. En effet on montrera dans la section suivante que, quand
ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1, les paires (ωj , Ij ), j ∈ {1, 2, 3}, sont des ΩN -structures et ainsi le dernier
passage de la démonstration est aussi vrai dans ce cas.
Le corollaire suivant est immédiat.

COROLLAIRE 4.1.16 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.
On a, pour tout j ∈ {1, 2, 3},
( )
1. µIj I = ϵj ϵj+1 µIj−1 ;
j+1
( )
2. µIj+1 I = ϵj−1 µIj−1 .
j

Démonstration.
1. Il suffit de réécrire, en termes du grand crochet, l’égalité [Ij , Ij+1 ]F N = 0 :

{{Ij , µA } , Ij+1 } + ϵj ϵj+1 {Ij−1 , µA } = 0

ou, en termes de structures d’algébroïde de Lie,


( )
µIj I = ϵj ϵj+1 µIj−1 .
j+1

2. La vérification est immédiate et s’appuie sur la proposition 4.1.7 et l’égalité obtenue


en 1.
( )
µIj+1 I = {Ij , {Ij+1 , µA }}
j

= {{Ij , Ij+1 } , µA } + {Ij+1 , {Ij , µA }}


= (ϵj−1 − ϵj ϵj+1 ) {Ij−1 , µA } + ϵj ϵj+1 {Ij−1 , µA }
= ϵj−1 µIj−1 .

4.1.3 Cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1
Dans la section précédente, on a montré que si (A, ω1 , ω2 , ω3 ) est une structure PHS
alors les paires (πj , Ik ), j, k ∈ {1, 2, 3}, avec j ̸= k, sont des P N -structures. En est-il de
même pour les couples (πj , Ij ), j ∈ {1, 2, 3} ? On s’aperçoit rapidement que ce n’est pas
toujours le cas : la première condition de la définition de structure de Poisson-Nijenhuis
pour un couple (πj , Ij ), c’est-à-dire la condition Ij ◦ πj ♯ = πj ♯ ◦ t Ij , est équivalente à la
condition ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. En effet,

Ij ◦ πj ♯ = (ϵj ϵj−1 g −1 ◦ ωj ♭ ) ◦ πj ♯ = −ϵj ϵj−1 g −1 ;

et par ailleurs,

πj ♯ ◦ t Ij = πj ♯ ◦ (−ϵj ϵj−1 ωj ♭ ◦ t (g −1 )) = −ϵj ϵj−1 t (g −1 ) = −ϵj+1 g −1 .


4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 117

Ainsi,
Ij ◦ πj ♯ = πj ♯ ◦ t Ij ⇐⇒ ϵj ϵj−1 = ϵj+1
⇐⇒ ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.
Donc, dans le cas ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1, les paires (πj , Ij ), j ∈ {1, 2, 3}, ne peuvent pas être
des P N -structures et, dans ce cas, une structure PHS (A, ω1 , ω2 , ω3 ) n’induit que les
6 PN-structures de la proposition 4.1.9. En particulier, dans le cas hyperkählerien, où
ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = −1 le nombre de P N -structures induites est 6 et non 9 comme affirmé
par Camacaro et Cariñena dans [4].
Le théorème suivant assure que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 est aussi une condition suffisante pour que
(πj , Ij ) soit une structure de Poisson-Nijenhuis, pour tout j ∈ {1, 2, 3}.

THÉORÈME 4.1.17 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. Pour
tout j ∈ {1, 2, 3}, (πj , Ij ) est une structure de Poisson-Nijenhuis et
( ) ( )
µIj π = µπj t I = ϵj+1 µg−1 ,
j j
{ }
où, par analogie avec les notations précédentes, on note µg−1 := g −1 , µA .

Afin de simplifier la démonstration du théorème démontrons d’abord le lemme sui-


vant.

LEMME 4.1.18 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1. Pour tout
j ∈ {1, 2, 3}, { }
− {Ij , {πj , µA }} = {πj , {Ij , µA }} = −ϵj+1 g −1 , µA .

Démonstration. Utilisons le lemme 4.1.14. La deuxième égalité de (4.11) peut s’écrire :


ϵj {πj , {Ij , µA }} = ϵj+1 {πj−1 , {Ij−1 , µA }} .
Si on emploie à présent la première égalité de (4.11) on obtient :
ϵj {πj , {Ij , µA }} = −ϵj+1 ϵj−1 {Ij , {πj , µA }} .
Comme ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 on parvient à la première égalité cherchée :
{πj , {Ij , µA }} = − {Ij , {πj , µA }} . (4.12)
D’autre part, si on applique l’identité de Jacobi, on a
{πj , {Ij , µA }} = {{πj , Ij } , µA } + {Ij , {πj , µA }} .
On emploie la proposition 4.1.7 et l’égalité (4.12) pour obtenir
{ }
{πj , {Ij , µA }} = −2 ϵj+1 g −1 , µA − {πj , {Ij , µA }} ,
donc { }
{πj , {Ij , µA }} = −ϵj+1 g −1 , µA .
118 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

Démontrons à présent le théorème 4.1.17.

Démonstration. La première condition de la définition de structure de Poisson-Nijenhuis


pour (πj , Ij ) vient directement de l’hypothèse ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 et de l’observation faite dans le
paragraphe précédant le théorème 4.1.17.
La deuxième condition se déduit directement du lemme précédent. En effet, l’égalité
du lemme 4.1.18 peut se traduire en termes de structures d’algébroïde de Lie par
( ) ( )
µπj t I = µIj π = −ϵj+1 µg−1 .
j j

Le corollaire suivant est une conséquence du théorème 4.1.17 et de la proposition


3.1.29.

COROLLAIRE 4.1.19 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.


Alors, g −1 est un bivecteur de Poisson (ou, en d’autres termes, g est une 2-forme sym-
plectique).

PROPOSITION 4.1.20 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.


Pour tout j ∈ {1, 2, 3}
1. (πj , g) est une P Ω-structure ;
2. (g −1 , ωj ) est une P Ω-structure.

Démonstration. 1. Par définition, la paire (πj , g) est une P Ω-structure si et seulement


si
d(iN g) = 0,
où N = πj ♯ ◦ g = −ϵj−1 Ij , en utilisant les égalités de la proposition 4.1.4. Ainsi, la
condition précédente s’écrit
d(iIj g) = 0,
et, utilisant un des résultats précédents, peut être réécrite

d(ωj ) = 0.

Or cette dernière condition est vérifiée, pour tout j ∈ {1, 2, 3}, car (A, ω1 , ω2 , ω3 )
est une structure PHS.
2. La démonstration est analogue. Dans ce cas, N = g −1 ◦ ωj ♭ = ϵj ϵj−1 Ij , et
iN ωj = 2ϵj g est fermée d’après le corollaire précédent.

D’après les propositions 3.1.39 et 3.1.40, ces P Ω-structures induisent des P N -


structures et ΩN -structures (non-triviales), comme énoncé dans les corollaires suivants.

COROLLAIRE 4.1.21 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.


Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
4.1. DÉFINITIONS ET PROPRIÉTÉS 119

1. (πj , Ij ) est une P N -structure ;


2. (g −1 , Ij ) est une P N -structure.

COROLLAIRE 4.1.22 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.


Pour tout j ∈ {1, 2, 3},
1. (g, Ij ) est une ΩN -structure ;
2. (ωj , Ij ) est une ΩN -structure.

Comme conséquence du corollaire précédent, et plus précisément du fait que (ωj , Ij )


soit une ΩN -structure pour tout j ∈ {1, 2, 3}, on peut améliorer le théorème 4.1.15 en
omettant la condition ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.

THÉORÈME 4.1.23 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS. Pour tous j, k ∈ {1, 2, 3},

[Ij , Ik ]F N = 0.

PROPOSITION 4.1.24 Soit (A, ω1 , ω2 , ω3 ) une structure PHS telle que ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1.


Les bivecteurs πi et g −1 sont des bivecteurs de Poisson compatibles, c’est-à-dire que
[ ]
πi , g −1 = 0,
SN

pour tout i ∈ {1, 2, 3}.

Démonstration. Soit i ∈ {1, 2, 3}. En termes du grand crochet


[ ] { }
πi , g −1 = {πi , µA } , g −1 .
SN

On emploie l’égalité 4. de la proposition 4.1.7 en remplaçant g −1 par −2ϵi {Ii−1 , πi−1 }


puis on applique l’identité de Jacobi. On obtient
[ ]
πi , g −1 = −2ϵi {{πi , µA } , {Ii−1 , πi−1 }}
SN

= −2ϵi {{{πi , µA } , Ii−1 } , πi−1 } − 2ϵi {Ii−1 , {{πi , µA } , πi−1 }} .

Le deuxième terme du membre de droite s’annule car

{{πi , µA } , πi−1 } = [πi , πi−1 ]SN = 0,

et dans le premier terme on emploie l’égalité 2. du lemme 4.1.14 qui peut s’écrire
− {Ii−1 , {πi , µA }} = {πi+1 , µA }. Ainsi,
[ ]
πi , g −1 = −2ϵi {{πi+1 , µA } , πi−1 }
SN

= −2ϵi [πi+1 , πi−1 ]SN


= 0.
120 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

4.1.4 Structure PHS comme paire de ΩN -structures


Nous finissons cette section en donnant un théorème que l’on peut considérer comme
une définition alternative des structures PHS dans laquelle une structure PHS devient
une paire de ΩN -structures, (ω1 , I2 ), (ω2 , I1 ) compatibles en un certain sens. Remarquons
que cette compatibilité de ΩN -structures ne fait intervenir que des relations linéaires sur
les fibres.

THÉORÈME 4.1.25 Un quadruplet (A, ω1 , ω2 , ω3 ) est une structure PHS si et seule-


ment si (ω1 , I2 ) et (ω2 , I1 ) sont des ΩN -structures telles que
 2
 Ij = ϵj idA
ω ♭ ◦ I2 = ω2 ♭ ◦ I1 (4.13)
 1
I1 ◦ I2 = ϵ1 ϵ2 ϵ3 I2 ◦ I1 .

À partir d’une paire de ΩN -structures comme ci-dessus, on retrouve ω3 et I3 de la


façon suivante {
ω 3 ♭ = ω 1 ♭ ◦ I2
I3 = ϵ2 I2 ◦ I1 .

Démonstration. Étant donnée une structure PHS (A, ω1 , ω2 , ω3 ), les paires (ω1 , I2 ) et
(ω2 , I1 ) sont des ΩN -structures, par le corollaire 4.1.10. Les relations (4.13) sont soit
vérifiées par définition d’une structure PHS soit découlent de la commutativité du dia-
gramme (4.10).
Inversement, si (ω1 , I2 ) et (ω2 , I1 ) sont des ΩN -structures vérifiant (4.13) alors les
formes ω1 et ω2 sont symplectiques par définition, et ω3 , définie par ω3 ♭ = ω1 ♭ ◦ I2 est
symplectique car (ω1 , I2 ) est une ΩN -structure. Enfin, les relations (4.13) impliquent que
les tenseurs I1 , I2 , I3 sont de carré ±IdA .

4.2 Exemples du type ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 : équations de Monge-


Ampère
On note (x, y, p, q) les coordonnées canoniques de R4 et on introduit les 6 formes
symplectiques suivantes

ω1 = dx ∧ dp + dy ∧ dq ω4 = dx ∧ dp − dy ∧ dq
ω2 = dx ∧ dq + dp ∧ dy ω5 = dx ∧ dq − dp ∧ dy
ω3 = dx ∧ dy + dp ∧ dq ω6 = dx ∧ dy − dp ∧ dq

∧2 4sur R sont linéairement indépendantes et engendrent tout l’espace


Ces 2-formes 4

vectoriel Γ( (R )).
La proposition suivante classe les 20 structures PHS différentes que l’on peut former
à partir des 2-formes {ω1 , . . . , ω6 }.
4.2. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 : ÉQUATIONS DE MONGE-AMPÈRE 121

PROPOSITION 4.2.1 Pour tout 1 ≤ i < j < k ≤ 6, le triplet (ωi , ωj , ωk ) est une
structure PHS de type ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1.
Plus précisément :
1. les triplets (ω1 , ω2 , ω3 ) et (ω4 , ω5 , ω6 ) sont du type quaternionique ;
2. les 9 triplets (ωi , ωj , ωk ) avec 1 ≤ i < j ≤ 3 et k ∈ {4, 5, 6} sont du type para-
quaternionique, l’unique tenseur de passage de carré −Id étant celui qui relie ωi à
ωj .
3. les 9 triplets (ωi , ωj , ωk ) avec i ∈ {1, 2, 3} et 4 ≤ j < k ≤ 6 sont du type para-
quaternionique, l’unique tenseur de passage de carré −Id étant celui qui relie ωj à
ωk .

Démonstration. Pour déterminer si un triplet (ωi , ωj , ωk ) est une structure PHS (et de
quel type), il faut déterminer les 3 tenseurs de passage et vérifier si leur carré est égal à
Id ou à −Id.
Pour tous a, b ∈ {1, . . . , 6}, on note Iab le tenseur de passage de ωa à ωb , c’est-à-dire
tel que
ωb (., .) = ωa (Iab ., .).
( )
On a alors Iab = (ωa ♭ )−1 ◦ ωb ♭ et on peut évaluer Iab sur la base ∂x ∂ ∂
, ∂y ∂ ∂
, ∂p , ∂q des
sections de T (R4 ). Par exemple, pour le tenseur I12 , on a
( ) ( )
∂ ∂ ∂ ∂
I12 = I12 =−
∂x ∂y ∂p ∂q
( ) ( )
∂ ∂ ∂ ∂
I12 =− I12 =
∂y ∂x ∂q ∂p
On vérifie alors que (I12 )2 = −Id.
Si on évalue tous les tenseurs de passage pour savoir si leurs carrés est égal à Id ou à
−Id on obtient le diagramme (tridimensionnel) suivant, où les doubles flèches indiquent
un tenseur de passage de carré −Id et les flèches simples un tenseur de passage de carré
Id.
9A ω1 BB | BBBBB
|
|||||| BBBB
|
|| BBBB
|
|||||| BBBB
BBB
||| | %
ω2 ks ω3

9 A ω4 BB
| BBBBB
||||||| BBBB
||| BBBB
|
|||| BBBB
||
| BBB
 || | % 
ω5 s k ω6

Autrement dit, le tenseur de passage Iab entre ωa et ωb est de carré −Id si


a, b ∈ {1, 2, 3} ou a, b ∈ {4, 5, 6} et est de carré Id dans tous les autres cas.
122 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

4.2.1 Lien avec l’équation de Monge-Ampère.


Étant donnée une 2-forme η sur R4 et une application α de R2 dans R2 définie par
( )
α(x, y) := P (x, y), Q(x, y) .

On note ∆η (α) la restriction de η au graphe de α, c’est-à-dire l’image réciproque de η


par l’application de R2 dans R4 suivante
( )
(x, y) 7→ x, y, P (x, y), Q(x, y) .

Dans le lemme suivant nous considérons η = ω1 et interprétons la condition ∆ω1 (α) = 0.


Dans la suite, on note fx , fy , fxy , etc. . . les dérivées partielles d’une fonction f de variables
x et y.

LEMME 4.2.2 ([32]) La condition ∆ω1 (α) = 0 équivaut à l’existence d’une fonction
f : R2 → R telle que
P = fx et Q = fy .

Démonstration. Écrivons explicitement la 2-forme, sur R2 , ∆ω1 (α) :

∆ω1 (α) = dx ∧ dP + dy ∧ dQ
= dx ∧ Py dy + dy ∧ Qx dx
= (Py − Qx )dx ∧ dy.

L’équation ∆ω1 (α) = 0 est équivalente à la condition Py (x, y) = Qx (x, y). Par le lemme
de Poincaré, cette condition équivaut à l’existence d’une fonction f : R2 → R telle que

P (x, y) = fx (x, y) et Q(x, y) = fy (x, y).

Pour toute 2-forme η sur R4 , la 2-forme ∆η (α) ∈ Ω2 (R2 ) est proportionnelle à dx∧dy.
Nous donnons ci-dessous, en termes des fonctions P (x, y) et Q(x, y), le coefficient de
proportionnalité
∆ωi α
Ei (α) = ,
dx ∧ dy
pour chacune des formes ωi , i = 1, . . . , 6 :


 E1 (α) = Py − Qx



 E2 (α) = Px + Qy

E3 (α) = 1 + Px Qy − Py Qx
(4.14)

 E4 (α) = Py + Qx



 E (α) = Qy − Px
 5
E6 (α) = 1 − Px Qy + Py Qx
4.2. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = −1 : ÉQUATIONS DE MONGE-AMPÈRE 123

Ainsi que nous venons de le voir dans le lemme 4.2.2, E1 (α) = 0 si et seulement s’il existe
une fonction f telle que P = fx , Q = fy . Dans ce cas on peut identifier α = df et, sous
cette hypothèse, les cinq Ei restants sont donnés par


 E2 (df ) = fxx + fyy = ∆(f )


 E3 (df ) = 1 + fxx fyy − fyx 2 = 1 + Hessf

E4 (df ) = 2fxy (4.15)





 E 5 (df ) = fyy − f xx

E6 (df ) = 1 − fxx fyy + fyx2 = 1 − Hessf

où ∆(f ) et Hessf sont le laplacien et le hessien de f .



Soit η := 6i=1 Ai ωi une 2-forme quelconque sur R4 , où (Ai (x, y, p, q))i=1,...,6 sont des
fonctions sur R4 . Les solutions α des deux équations
{
∆ ω1 α = 0
∆η α = 0

sont nécessairement, d’après le lemme 4.2.2, des solutions de la forme P = fx (x, y),
Q = fy (x, y). La seconde condition équivaut alors à

Afxx + 2Bfxy + Cfyy + D(fxx fyy − fyx


2
)+E =0 (4.16)

où les fonctions A, B, C, D, E sont les fonctions de (x, y, fx , fy ) données par :

A = 1
2 (A2 − A5 )
1
B = 2 A4
1
C = 2 (A2 + A5 ) (4.17)
D = 1
2 (A3 − A6 )
1
E = 2 (A3 + A6 )

L’équation (4.16) est ce que l’on appelle équation de Monge-Ampère.


On remarque que A1 n’intervient pas dans l’équation de Monge-Ampère obtenue.
Pour fixer A1 on lui impose d’être l’unique fonction telle que

η ∧ ω1 = 0.

En fait, on appelle effective une 2-forme η vérifiant cette condition. Étant donnée une
équation du type (4.16), il existe donc une unique 2-forme effective η qui lui corresponde.
On démontre (voir [32]) que si η est effective, le tenseur de passage de η à ω1 est
de carré proportionnel à l’identité. Le coefficient de proportionnalité est −Pf(η), où le
pfaffien de η est donné par
η ∧ η = Pf(η)ω1 ∧ ω1 .
On dit qu’une équation de Monge-Ampère est elliptique (resp. hyperbolique) en un
point m ∈ R4 si Pf(η)|m > 0 (resp. Pf(η)|m < 0). Dans ce cas, comme la fonction
124 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

Pf(η) : R4 → R est continue, l’équation de Monge-Ampère est elliptique (resp. hyperbo-


lique) dans un ouvert de R4 contenant m.

Dans la suite de cette section nous allons considérer les solutions d’un système de deux
équations de Monge-Ampère correspondant, comme nous le verrons, à une structure PHS
du type suivant :

DÉFINITION 4.2.3 Une structure PHS (η1 , η2 , η3 ) est dite effective si

ηi ∧ ηj = ηj ∧ ηk = ηk ∧ ηi = 0.

Parmi les 20 structures PHS données par la proposition 4.2.1, celles qui sont effectives
sont les 8 structures (ωi , ωj , ωk ), où i ∈ {1, 4}, j ∈ {2, 5} et k ∈ {3, 6}.
On appelle système de Jacobi associé à la structure PHS effective (ωi , ωj , ωk ) le triplet
d’équations : 
 ∆ωi (α) = 0
∆ωj (α) = 0

∆ωk (α) = 0
Quitte à remplacer, sur R4 , les variables (p, q) par leurs opposées, on peut toujours se
ramener aux cas où la structure PHS effective (ωi , ωj , ωk ) considérée est telle que i = 1
(au lieu de i = 4). Ainsi nous avons 4 systèmes de Jacobi engendrés par des structures
PHS effectives sur R4 . Ces 4 systèmes de Jacobi se réduisent, par le lemme 4.2.2, à des
paires d’équations de Monge-Ampère
{
∆ωj (df ) = 0
∆ωk (df ) = 0

où j ∈ {2, 5} et k ∈ {3, 6}. La première de ces équations est elliptique (resp. hyperbolique)
si j = 2 (resp. j = 5). La seconde de ces équations est elliptique (resp. hyperbolique) si
k = 3 (resp. k = 6). Les quatre systèmes d’équations de Monge-Ampère ainsi obtenus
sont
•Cas j = 2, k = 3 : {
fxx + fyy = 0
1 + fxx fyy − fyx
2 =0

Ce système est formé par deux équations de Monge-Ampère de type elliptique. Les
solutions sont les fonctions harmoniques qui vérifient la deuxième équation.

•Cas j = 2, k = 6 : {
fxx + fyy = 0
1 − fxx fyy + fyx
2 =0

Ce système est formé par une première équation de type elliptique et une seconde
de type hyperbolique. Il n’y a aucune solution à ce système qui implique la relation
2 + f2 = 0
impossible 1 + fxx yx
4.3. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 125

•Cas j = 5, k = 3 : {
fyy − fxx = 0
1 + fxx fyy − fyx
2 =0

Ce système est formé par une première équation de type hyperbolique et une se-
conde de type elliptique. Les solutions de ce système sont les fonctions de la forme
f (x, y) = h(x + y) + k(x − y) où h(u) et k(u) sont des polynômes de degré 2 dont
le produit des coefficients dominants est égal à − 81 .

•Cas j = 5, k = 6 : {
fyy − fxx = 0
1 − fxx fyy + fyx
2 =0

Ce système est formé par deux équations de Monge-Ampère de type hyperbolique.


Les solutions de ce système sont les fonctions de la forme f (x, y) = h(x+y)+k(x−y)
où h(u) et k(u) sont des polynômes de degré 2 dont le produit des coefficients
dominants est égal à 18 .

4.3 Exemples du type ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1


4.3.1 Exemples du type hyperproduit : ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1.
Nous donnons un exemple de structure PHS sur un algébroïde produit, et démontrons
que, sur l’algébroïde des champs de vecteurs d’une variété, toutes les structures PHS du
type hyperproduit sont localement de ce type.
On note G le sous-groupe de (Z/2Z)3 noyau de l’application (Z/2Z)3 → Z/2Z don-
née par (a, b, c) 7→ a + b + c. Le groupe G est alors formé de quatre éléments :
G = {(0, 0, 0), (1, 1, 0), (1, 0, 1), (0, 1, 1)}.
On se donne, pour tout triplet (a, b, c) ∈ G, un algébroïde de Lie
(Aabc → M abc , [., .]abc , ρabc ) (noté en général simplement Aabc ), et on considère l’algé-
broïde de Lie produit A → M où

M = M abc
(a,b,c)∈G

A = p∗abc Aabc ,
(a,b,c)∈G

où pabc est la projection canonique de M sur M abc . On notera encore, pour tout m ∈ M ,
avec abc
) abus de notation, Am , le sous-espace vectoriel de A, que l’on devrait noter
( ∗ unabcléger
pabc A (m).
126 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

On définit des (1, 1)-tenseurs I1 , I2 , I3 sur A, pour tout m ∈ M , par :



I1 |m = (−1)a IdAabc
m
(a,b,c)∈G

I2 |m = (−1)b IdAabc
m
(a,b,c)∈G

I3 |m = (−1)c IdAabc
m
(a,b,c)∈G

Par construction, les relations I11 = I22 = I32 = Id sont satisfaites et ces (1, 1)-tenseurs
commutent. Plus précisément, on a Ii Ij = Ik pour tous i, j, k distincts dans {1, 2, 3}.
On suppose maintenant que l’on se donne, pour tout (a, b, c) ∈ G, une 2-forme g abc
symplectique sur l’algébroïde Aabc , et on considère

g= p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

qui est, par construction, une forme symplectique sur l’algébroïde A.


On introduit alors des 2-formes sur l’algébroïde A en posant

ω1 = (−1)a p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

ω2 = (−1)b p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

ω3 = (−1)c p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

Il découle directement de leurs définitions respectives que, pour i = 1, 2, 3,


((ωi−1 )♭ )−1 ◦ ωi+1
♭ restreint à Aabc est égal à Ii , et donc que (A, ω1 , ω2 , ω3 ) est une struc-
ture PHS.

Nous avons associé un exemple de structure PHS avec ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1 à tout


quadruplet d’algébroïdes de Lie munies de structures symplectiques. La structure PHS
ainsi obtenue sera appelée structure PHS canonique d’un produit direct d’algébroïdes
symplectiques. En particulier, si l’on se donne pour tout (a, b, c) ∈ G une variété sym-
plectique∏M abc , nous pouvons construire une structure PHS sur l’algébroïde T M → M
où M = (a,b,c)∈G M abc , que nous allons appeler structure PHS canonique d’un produit
direct de variétés symplectiques.
Nous allons voir que, toute structure PHS avec ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1 sur un algébroïde
T M → M de champs de vecteurs est localement de ce type.

PROPOSITION 4.3.1 Soit M une variété connexe munie d’une structure PHS
(ω1 , ω2 , ω3 ) sur T M → M , avec ϵ1 = ϵ2 = ϵ3 = 1. Il existe une application n : G → N
4.3. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 127

∑ 1
telle que n(a, b, c) = dim(M ) et, pour tout point m ∈ M , il existe un isomor-
2
(a,b,c)∈G
phisme de ∏structures PHS entre un voisinage de m dans M et un voisinage de 0 dans
la variété (a,b,c)∈G R2n(a,b,c) munie de la structure PHS du produit direct des variétés
symplectiques où chaque variété R2n(a,b,c) est munie de la forme symplectique canonique.

Démonstration. Les formes symplectiques ω1 , ω2 et ω3 définissent les (1, 1)-tenseurs I1 , I2


et I3 dont le carré est égal à Id, qui commutent deux à deux et vérifient I1 I2 I3 = Id. Ceci
implique que, en chaque point m ∈ M , on a une décomposition du type

Tm M = Vmabc
(a,b,c)∈G

où Vmabc ⊂ Tm M est le sous-espace sur lequel I1 , I2 et I3 valent (−1)a Id, (−1)b Id et


(−1)c Id, respectivement. Ces espaces sont orthogonaux pour chacune des formes sym-
plectiques ω1 , ω2 et ω3 . En effet si on considère, par exemple, ω1 on a, pour x ∈ V abc et
′ ′ ′
y ∈Vabc ,

ω1 (x, y) = ω2 (I3 x, y)
= (−1)c ω2 (x, y)
= (−1)c ω1 (x, I3 (y))

= (−1)c (−1)c ω1 (x, y).

Donc ω1 (x, y) = 0 si c ̸= c′ . De même, on montre que si b ̸= b′ ou a ̸= a′ alors ω1 (x, y) = 0.


On peut ensuite démontrer le même résultat pour ω2 et ω3 .
Par ailleurs on définit une 2-forme sur M en posant

g(x, y) = ω1 (I1 x, y) = ω2 (I2 x, y) = ω3 (I3 x, y).

pour tous x, y ∈ Γ(T M ). On sait d’après le corollaire 4.1.19 que g est symplectique.
La distribution V abc est par ailleurs de classe C ∞ pour tout (a, b, c) ∈ G. Cela découle
de l’égalité suivante
(Id − I1 )(Id − I2 ) (Id − I1 )(Id + I2 ) (Id + I1 )(Id − I2 ) (Id + I1 )(Id + I2 )
Id = + +
4 4 4 4
où les quatre opérateurs du membre de droite sont les projections sur les espaces V abc ,
pour (a, b, c) ∈ G. Ceci permet de construire des trivialisations locales du fibré tangent
qui prennent leurs valeurs dans ces espaces. On définit n(a, b, c) comme étant le rang de
la distribution V abc .
D’après le corollaire 4.1.11, la torsion de Nijenhuis de chacun des tenseurs I1 , I2 , I3
est nulle, ce qui implique l’intégrabilité de V abc , pour tout (a, b, c) ∈ G. En effet, étant
donnée une paire (x, y) de sections de V abc , le fait que TI1 (x, y) = 0 s’écrit

I1 ([x, y]I1 ) = [I1 x, I1 y],


128 CHAPITRE 4. STRUCTURES PARA-HYPERSYMPLECTIQUES

i.e.,
I1 ([I1 (x), y] + [x, I1 (y)] − I1 ([x, y])) = [I1 x, I1 y],
et, comme I1 |V abc = (−1)a Id|V abc et I12 = Id, on obtient

I1 ([x, y]) = (−1)a [x, y].

Autrement dit, [x, y] est encore dans le sous-espace propre associé à la valeur propre
(−1)a . On raisonne ensuite avec I2 et I3 pour vérifier que [x, y] ∈ V abc et obtenir que
V abc est intégrable. ∏
Localement donc, la variété est isomorphe à (a,b,c)∈G R2n(a,b,c) et via cet isomor-
phisme, les distributions V abc deviennent les distributions tangentes aux composantes
R2n(a,b,c) .
Nous avons ici besoin d’un résultat général sur les formes symplectiques, que nous
ne démontrerons pas. Soient N1 et N2 deux ouverts connexes de R2n1 et R2n2 et ω une
forme symplectique sur N1 × N2 telle que ω(X, Y ) = 0 si X ∈ Tn N1 et Y ∈ Tn N2 pour
tout n ∈ N = N1 × N2 . Alors ω = p∗1 ωN1 + p∗2 ωN2 où pi est la projection de N1 × N2 sur
Ni et ωNi est une forme symplectique sur Ni , i=1,2. Ceci reste vrai pour le produit de
quatre variétés symplectiques. Donc la forme symplectique g est de la forme

g= p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

où gabc est une forme symplectique sur R2n(a,b,c) . Par le théorème de Darboux, quitte à
se restreindre à un ouvert de ce dernier espace, on peut supposer que g abc est écrit sous
forme canonique. On en déduit que

ω1 = (−1)a p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

ω2 = (−1)b p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

ω3 = (−1)c p∗abc g abc
(a,b,c)∈G

Ce qui achève la démonstration.

4.3.2 Exemples du type para-hyperproduit : ϵ1 = ϵ2 = −1 et ϵ3 = 1.


Nous donnons un exemple de structure PHS du type para-hyperproduit sur un algé-
broïde produit. Cet exemple est connu pour être, localement, le seul possible sur l’algé-
broïde des champs de vecteurs sur une variété (voir [3]).
Soient A → N et A′ → N ′ deux algébroïdes de Lie munies chacune d’une ΩN -
structure (ω, I) et (ω ′ , I ′ ) telle que I 2 = −IdA et (I ′ )2 = −IdA′ . Par définition les
2-formes ω et ω ′ sont symplectiques et, d’après la proposition 3.1.34 les 2-formes ωI et
ωI′ ′ déformées par les (1, 1)-tenseurs sont également symplectiques. Nous définissons une
4.3. EXEMPLES DU TYPE ϵ1 ϵ2 ϵ3 = 1 129

structure PHS avec ϵ1 = ϵ2 = −1 et ϵ3 = 1 sur l’algébroïde produit A × A′ → N × N ′ de


la manière suivante. D’abord, nous définissons trois (1, 1)-tenseurs J1 , J2 , J3 sur A × A′
en posant

 J1 = I × I ′
J2 = I × (−I ′ ) (4.18)

J3 = Id × (−Id)
Ces tenseurs vérifient évidemment J12 = J22 = −IdA×A′ et J32 = IdA×A′ . On définit
aussi la forme symplectique
g = p∗ (ω) + (p′ )∗ (ω ′ ),
où p et p′ sont les projections de A × A′ sur A et A′ . Définissons les formes ω1 , ω2 et ω3
en posant 
 ω1 = p∗ (ωI ) + (p′ )∗ (ω ′ I ′ )
ω2 = p∗ (ωI ) − (p′ )∗ (ω ′ I ′ )

ω3 = p∗ (ω) − (p′ )∗ (ω ′ ).
Ces 2-formes sont évidemment symplectiques et on vérifie que les tenseurs de passages
sont bien les tenseurs J1 , J2 et J3 définis par (4.18). Donc (A × A′ , ω1 , ω2 , ω3 ) est une
structure P HS avec ϵ1 = ϵ2 = −1 et ϵ3 = 1.

En particulier, on peut choisir pour A → N et A′ → N ′ des algébroïdes de champs


de vecteurs sur des variétés symplectiques holomorphes : on définit I et I ′ comme étant
les structures presque complexes sous-jacentes et ω (resp. ω ′ ) la partie réelle de la forme
symplectique sur N (resp. N ′ ). Ceci implique que ωI (resp. ω ′ I ′ ) est la partie imaginaire
de cette forme symplectique sur N (resp. N ′ ). On obtient alors une structure P HS avec
ϵ1 = ϵ2 = −1 et ϵ3 = 1 sur le produit de deux variétés symplectiques holomorphes.
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