0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
14 vues11 pages

Alternatives à la viande rouge au Maroc

Transféré par

khl
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
14 vues11 pages

Alternatives à la viande rouge au Maroc

Transféré par

khl
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Prix des viandes rouges: Quelles alternatives pour les consommateurs?

Par L'Economiste | Edition N°:6902 Le 06/12/2024 | Partager


 Leur consommation est classée cancérigène au même titre que le tabac
 Des professionnels défendent leur produit
 Tofu, légumineuses, oléagineuses… de nombreuses alternatives plus saines
La viande rouge, composante clé dans l’assiette des Marocains, aurait des effets néfastes
sur la santé et augmenterait le risque de croissance de cellules cancérigènes selon des
nutritionnistes et de nombreuses études scientifiques consultées par L’Economiste.

Des ONG comme Greenpeace avaient souligné que remplacer les protéines animales par
des alternatives végétales, telles que les légumineuses, notamment les lentilles ou les pois
chiches, le tofu ou le quinoa, peut avoir des effets positifs à la fois sur la santé et sur
l’environnement (Ph. L’Economiste)
Une étude publiée en 2023 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que la
consommation excessive de viande rouge contribue à la forte prévalence des maladies non
transmissibles, notamment des risques de certains cancers, du diabète type II et des
maladies cardiovasculaires. Dans une autre étude publiée en 2015 intitulée
«cancérogénicité de la consommation de la viande rouge», la même organisation
onusienne souligne que la viande rouge consommée cuite ou crue, cause «probablement le
cancer».
La viande rouge transformée, qui a été fumée, séchée ou salée, quant à elle, cause
effectivement le cancer.
«Ces résultats confirment les recommandations de santé publique appelant à limiter la
consommation de viande», avait déclaré Christopher Wild, directeur du Centre international
de recherche sur le cancer, une agence de l’OMS spécialisée sur la santé. L’organisation
avait recommandé dans cette étude de limiter la consommation hebdomadaire à 350-500
grammes de viande cuite par adulte.
Quid du Maroc?
Au Maroc, la consommation annuelle moyenne de viande rouge par ménage est estimée à
55,8 kg, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Elle atteint un pic lors de la fête du
sacrifice où la moyenne par foyer est estimée à 22,8 kg.
Individuellement, la consommation moyenne annuelle est de 17 kg, selon des chiffres de
2023 du ministère de l’Agriculture. Elle reste supérieure par rapport à la Tunisie où elle est
estimée à 9,5 kg et légèrement inférieure à l’Algérie où elle s’élève à 18,06 kg. Au niveau
mondial, la consommation moyenne par habitant est de 42,9 kg.
«Manger de la viande rouge et de la viande rouge transformée est classé cancérigène au
même titre que le tabac», explique Pierre Joyeau, expert en micronutrition et co-auteur de
l’ouvrage la nouvelle révolution alimentaire.
«Ce qui est cancérigène dans la viande rouge sont les molécules qui sont fabriqués selon la
cuisson», ajoute l’expert précisant que la haute température favorise la création de
l’hydrocarbure aromatique polycyclique, une particule qui peut provoquer le cancer.
Cette même particule est retrouvée dans la combustion incomplète de matériaux comme le
charbon, le pétrole, le gaz ou le bois.
Approche plus durable
Alors que les risques associés à la consommation de protéine animale continuent à faire
débat, des nutritionnistes et ONG appellent à privilégier des alternatives plus saines et
durables. Dans une note datée de 2017 de l’organisation écologiste, Greenpeace avait
souligné que remplacer les protéines animales par des alternatives végétales, telles que les
légumineuses notamment les lentilles ou les pois chiches, le tofu ou le quinoa, peut avoir
des effets positifs à la fois sur la santé et sur l’environnement. Selon l’ONG, ces aliments,
riches en nutriments essentiels, aident à réduire les risques de maladies comme l’obésité et
les maladies cardiaques tout en diminuant l’empreinte écologique. L’organisation
encourage ainsi à intégrer ces alternatives dans son alimentation pour une approche plus
durable et saine.

Levée de boucliers des professionnels


Face à ces critiques, les professionnels de la viande continuent à défendre leur produit.
«Aucune étude scientifique à date n’a permis d’affirmer qu’un aliment pouvait être à lui
seul la cause d’un cancer ou d’une maladie complexe et multifactorielle», avait critiqué
Interbev, un lobby français regroupant les principaux acteurs de viande bovine ayant signé
en avril un partenariat avec le Maroc pour le développement de la filière laitière.
Abdallah, un boucher de 35 ans, appelle à une approche nuancée plutôt qu’à une
diabolisation du produit.
«J’ai grandi en mangeant de la viande rouge, et je n’ai jamais eu de problème de santé. Il
faut arrêter de faire peur aux gens, la viande reste un aliment irremplaçable. Il faut choisir
un produit de bonne qualité et équilibrer son alimentation, c’est tout», déclare le
professionnel établi à El Gara, une ville à une cinquantaine de kilomètres de Casablanca.
Prix des viandes rouges: La sécheresse plonge le cheptel dans la crise
Par L'Economiste | Edition N°:6902 Le 06/12/2024 | Partager
 «Le Maroc est inondé de races importées, pas adaptées à la sécheresse»
 Privilégier des races locales adaptées au climat

Pour l’année 2024, l’État a alloué 1,2 milliard de dirhams à la subvention de l’orge, soit
environ 0,6 kg par tête de cheptel ovin et caprin. Cependant, des experts estiment que cet
apport reste insuffisant pour compenser le déficit en fibres végétales, nécessaires en
l’absence de pâturage (Ph. Privée)
Le cheptel national, estimé à 20,3 millions de têtes d’ovins selon les statistiques officielles
de mai 2024, traverse une crise profonde attribuée à une combinaison de sécheresse
prolongée, de coûts alimentaires en forte hausse et de «dysfonctionnements dans la
gestion», entraînant par ricochet une augmentation des prix de la viande rouge.
Le ministre de l’Agriculture a en effet déclaré mardi dernier, en réponse à une question
orale à la Chambre des conseillers, que la situation du marché de la viande rouge dépend
de l’état du cheptel national précisant que «les années successives de sécheresse et la
hausse des prix des aliments pour bétail ont entraîné un recul préoccupant des effectifs».
Face à cette crise, le gouvernement a mis en place plusieurs mesures pour soutenir le
secteur, telles que la distribution de subventions pour l'achat de fourrage et la mise en
œuvre de programmes d’assistance à destination des éleveurs les plus touchés.
Toutefois, des experts estiment que ces mesures, bien que nécessaires, ne sont pas
suffisantes pour inverser la tendance à long terme. Ils affirment que les aides
gouvernementales, bien qu’importantes, ne répondent pas aux besoins réels des éleveurs,
notamment dans les régions marginalisées.

Déficit en fibres végétales


Pour l’année 2024, l’État a alloué 1,2 milliard de dirhams à la subvention de l’orge, soit
environ 0,6 kg par tête de cheptel ovin et caprin. Cependant, des experts estiment que cet
apport reste insuffisant pour compenser le déficit en fibres végétales, nécessaires en
l’absence de pâturage.
«Il est impératif de garantir une ration alimentaire alternative au pâturage, accessible à un
coût raisonnable et de qualité équivalente», a-t-il déclaré. Il appelle également à une
meilleure gestion des ressources en eau et à une extension des systèmes d’irrigation pour
soutenir les agriculteurs des zones enclavées, qui sont les plus durement touchés par la
crise.
La crise actuelle met en lumière les limites des pratiques traditionnelles d’élevage extensif.
Selon Saâd Raissi, il serait irréaliste de penser que le cheptel national puisse être augmenté
dans les conditions actuelles, où l’élevage repose principalement sur des apports
sporadiques de fourrage.
À titre de comparaison, il cite des pays comme l’Espagne, qui ont su adopter des modèles
d’élevage semi-intensifs pour répondre à une demande croissante en viande rouge.
L’ancien agriculteur insiste également sur l’importance de développer des races locales
adaptées aux conditions climatiques marocaines.
«Le Maroc est inondé de races importées qui ne sont pas adaptées à la sécheresse. Ces
races, bien que efficaces dans leur pays d’origine, perdent en productivité lorsqu’elles sont
élevées dans les conditions locales», explique-t-il.
Raissi loue toutefois l’initiative des éleveurs de la région d’Oulmès, qui ont créé une
fédération pour préserver et développer la race locale blonde d’Oulmès-Zaërs. Cependant,
il déplore que ces initiatives soient trop rares et manquent de soutien public.

Réduire les coûts de production


Selon des statistiques officielles, le cheptel national est estimé à 20,3 millions de têtes
d'ovins et 5,4 millions de têtes de caprins. Ces chiffres ont connu respectivement une
baisse de 2% et 4% par rapport à 2023. 5,4 millions d’ovins et 600.000 caprins sont
sacrifiés lors de l'Aïd Al Adha. Pendant son intervention à la Chambre des conseillers, le
ministre de l’Agriculture a affirmé que son département poursuit son soutien aux aliments
pour bétail, comme l’orge et les aliments composés, afin de réduire les coûts de production.
Il a aussi fait état de campagnes de vaccination et de prévention sanitaire visant à protéger
le cheptel contre les maladies, notant qu’en 2024, environ 19 millions de têtes d’ovins et de
caprins et 1,4 million de têtes de bovins ont été vaccinées, en plus des campagnes de
rappel.
A.O.
Prix des viandes importées: Premières livraisons, premiers dérapages
Par L'Economiste | Edition N°:6902 Le 06/12/2024 | Partager
 Des professionnels pointent des pratiques qui «relèvent de la concurrence
déloyale»
 La formation des prix par le libre jeu du marché est biaisée
 Une partie des quantités importées vendue dans un parking
Les premières livraisons de viande bovine réfrigérée importée d’Espagne et du Portugal,
destinées à freiner la hausse des prix, ont été marquées par des pratiques
anticoncurrentielles, rapportent des sources concordantes à L’Economiste.

Au Maroc, où le kilogramme de viande rouge bovine coûte en moyenne entre 120 et 130
dirhams, 20.000 tonnes de viande fraîche et congelée devraient être importées d’ici la fin
de l’année pour faire face à cette flambée des tarifs.
Le gouvernement a également décidé d’importer 200.000 bovins destinés à l’abattage d’ici
la fin de l’année. Ces importations seront toutes exonérées de droits de douane et de TVA
dans la limite des quotas établis.
Hausse artificielle des prix
Selon nos sources, les premières opérations de livraisons de viande bovine réfrigérée ont
été entachées de «dérapages» qualifiés de «concurrence déloyale». «Des opérations de
cession non régulière de viande bovine importée ont eu lieu sur le parking des abattoirs de
Casablanca. Elle a été vendue au prix carcasse de 80 dirhams le kilogramme, alors qu’elle
se négocie à l’intérieur à 95 dirhams pour des bêtes abattues localement», confie Sâad
Raissi, ancien agriculteur et ancien membre de la commission nationale sur l’agriculture.
Ces pratiques font donc obstacle à la formation des prix par le libre jeu du marché en
favorisant artificiellement leur hausse et faussent le jeu de la concurrence. Les acteurs qui
profitent de cette situation malsaine, selon diverses sources, sont de grands chevillards, qui
remplissent les normes d’importation établies par l’Office national de sécurité sanitaire des
produits alimentaires (ONSSA) fixées dans son cahier des charges.
«Les premiers acheteurs de cette viande, écoulée sur un parking, ne sont autres que des
ateliers de découpe bénéficiant d’un réseau de boucheries, seuls capables d’enlever des
grandes quantités en une fois et dont la clientèle ne compte que très peu de ménages à
revenus bas et intermédiaires», ajoute Saâd Raissi. Des sources ont mentionné une
entreprise impliquée dans ces pratiques anticoncurrentielles.
Après consultation de son registre de commerce, L’Economiste a découvert qu’elle
appartient à un élu parlementaire. Cette entreprise, selon des sources, a fait venir deux
camions de viande importée devant les abattoirs de Casablanca, le dimanche 17 novembre,
et s’est mis à vendre sur le parking à de gros bouchers transformateurs à 80 dirhams le
kilogramme alors que le prix à l’intérieur est de 95 dirhams le kilogramme. Lorsqu’une
porte d’un caisson réfrigéré est maintenue ouverte pendant de longues minutes, sinon des
dizaines de minutes, cela ne permet pas d’apprécier réellement la qualité de la viande et
viole la réglementation en agissant ainsi sur la chaîne de froid.
Mode opératoire
Mais selon Sâad Raissi, cette situation n’est pas un gros souci pour les clients, dans la
mesure où cette viande est transformée en produits pouvant masquer les problèmes de
qualité, notamment des saucisses ou des brochettes panées, très demandées par les
ménages, qui ont de moins en moins de temps pour préparer leurs repas. Des sources ont
également souligné une autre irrégularité au sein des abattoirs de Casablanca. Un boucher
confie en off que des viandes abattues ailleurs ont été vendues au sein de l’abattoir de
Casablanca. Une information confirmée par différents professionnels approchés par
L’Economiste.
Mainmise
Des bouchers interrogés par L’Economiste attribuent la hausse des prix de la viande rouge
à la mainmise des grands importateurs sur les marchés et à la limitation des aides à
l’importation de bétail à une poignée de gros commerçants. Ils ont également souligné le
coût élevé du fourrage, devenu rare après plusieurs années de sécheresse, ainsi que la
limitation des aides à l’importation de bétail à certains grands commerçants. Pour Saâd
Raissi, cette situation résulte de l’absence d’encadrement dans l’importation des viandes
rouges. «Il n’existe pas d’entité spécifique chargée d’encadrer la production, l’importation
et la commercialisation de la viande rouge comme c’est le cas pour les céréales et
légumineuses avec l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses»,
explique-t-il.

Le secteur avicole dans le viseur du PJD


En plus des viandes rouges, l’inquiétude commence également à monter concernant les
prix dans la filière avicole. Les parlementaires se sont greffés sur ce dossier, pointant des
manquements aux règles de la concurrence. Dans une lettre écrite adressé au président de
la Commission des secteurs productifs, Abdellah Bouanou, président du groupement
parlementaire du parti de la justice et du développement (PJD) a sollicité une intervention
du conseil de la concurrence pour examiner le secteur avicole où aurait lieu de possibles
pratiques anticoncurrentiels.
Le parti de la lampe souligne que le prix moyen du kilogramme de poulet s’élevait à 16,75
dirhams durant les huit premiers mois de l’année, avant de grimper récemment à 30
dirhams dans plusieurs régions.
Et d’ajouter qu’un plateau de 30 œufs dépasse désormais les 70 dirhams, provoquant une
vague d’indignation, notamment parmi les foyers modestes.
Le groupement du PJD appelle le régulateur à vérifier le respect des principes de la libre
concurrence dans le secteur afin de prévenir toute concentration excessive du marché,
identifier d’éventuelles collusions et lutter contre les ententes visant à augmenter les prix
au détriment des consommateurs.
A.O.

Prix des viandes rouges: Pourquoi l’importation n’a pas cassé les tarifs
Par L'Economiste | Edition N°:6902 Le 06/12/2024 | Partager
 Des détaillants affirment ne pas avoir reçu leur part des quantités
importées
 Les clients préfèrent la viande locale
 Faible volume, coûts logistiques… l’importation peine à influer sur les tarifs
Depuis plusieurs mois, le prix de la viande rouge a atteint des niveaux jugés «très élevés»
par l’ensemble des ménages interrogés par L’Economiste
Amina a poussé un soupir de soulagement lorsqu’elle a appris que le gouvernement avait
décidé d’importer de la viande bovine pour tenter de freiner l’envolée des prix. Cette
femme de 49 ans, mère au foyer, pensait que cette mesure offrirait enfin un répit face à
l’augmentation continue des tarifs de la viande rouge au Maroc. Quelques jours plus tard,
impatiente de constater les effets de la décision gouvernementale, elle s’est rendue au
marché de Sidi Moumen à Casablanca, convaincue que les prix allaient enfin baisser. Mais à
sa grande surprise, les tarifs étaient encore plus élevés que lors de sa dernière visite: 125
dirhams pour le kilogramme de viande bovine et 140 dirhams pour l’ovine.
«Je pensais que ça allait enfin nous permettre de respirer un peu, que les prix allaient
baisser et qu’on pourrait acheter de la viande plus souvent, sans se ruiner», dit-elle.
Face à cette frustration, la quinquagénaire a opté pour de la volaille, une alternative plus
abordable pour préparer son couscous du vendredi, mais la déception reste palpable. Pour
Amina comme pour la majorité des femmes rencontrées à Sidi Moumen, les déplacements
au marché deviennent une sorte de calvaire: les sacs de courses s’allègent, mais les
dépenses s’alourdissent.
Depuis plusieurs mois, le prix de la viande rouge a atteint des niveaux jugés «très élevés»
par l’ensemble des ménages interrogés par L’Economiste. Le kilogramme de viande bovine,
qui se situe habituellement entre 80 et 85 dirhams, frôle désormais la barre des 130
dirhams.
Fraîche, congelée…
Au marché Badr à Casablanca, le prix atteint 120 dirhams. À El Baladia, près du quartier
Habous, il s’élève à 125 dirhams, un tarif également observé sur le boulevard Ghandi et à
l’Oulfa.
À El Gara, situé à une cinquantaine de kilomètres de Casablanca, le prix oscille entre 125 et
130 dirhams. Il en va de même à Guisser, aux environs de Settat.
Pour répondre à la hausse des prix, le gouvernement a décidé d’autoriser l’importation de
viande. L’objectif est d’acheminer jusqu’à 20.000 tonnes de viande fraîche et congelée d’ici
la fin de l’année, en provenance de l’Union européenne, du Nord et d’Amérique latine, selon
l’Office national de sécurité sanitaire et alimentaire (ONSSA).
L’exécutif a également exonéré ces importations des droits de douanes et de TVA dans la
limite du quota fixé et ce jusqu’au 31 décembre 2024. Il faut dire que le gouvernement est
conscient du faible impact des mesures de soutien déployées depuis l’année dernière pour
faire baisser les prix des viandes rouges. Fouzi Lekjaâ, ministre en charge du Budget, l’a
reconnu lors d’un récent passage au Parlement.

Les consommateurs s’inquiètent


Hicham Jouabri, secrétaire régional des commerçants de viandes rouges en gros à
Casablanca, se montre rassurant. Il précise que les viandes congelées sont principalement
destinées aux grandes surfaces, tandis que la viande fraîche est destinée aux particuliers.
D’après cet opérateur, l’impact sur les prix reste limité en raison du faible volume des
importations jusqu’à présent.
«Je n’ai pas reçu de viande importée. J’ai entendu dire qu’elle est arrivée dans les grandes
surfaces, mais je n’ai même pas entendu parler d’un quelconque arrivage aux abattoirs de
Casablanca», affirme Adil, propriétaire d’une boucherie dans le quartier de l’Oulfa à
Casablanca ajoutant que ses clients disent préférer la viande locale que celle importée.
Selon les professionnels interrogés, les consommateurs manifestent des inquiétudes
concernant les normes d’abattage des animaux à l’origine de la viande importée. Une
méfiance grandissante qui a conduit l’ONSSA à publier un communiqué, affirmant que
«toutes les viandes importées au Maroc font l’objet d’un contrôle sanitaire systématique et
rigoureux».
Dans les mêmes mesures pour parer la hausse des prix, le gouvernement a décidé
d’augmenter le quota des bovins domestiques importés exemptés de droits de douane et
de TVA, le portant à 200.000 têtes.
«Importer ou pas, pour nous, rien ne change», déplore Amina. «Les prix restent hors de
portée, à ce rythme, on finira par ne plus en acheter du tout».

Circuits parallèles
«Concernant l’importation, j’ai uniquement reçu de la viande fraîche en provenance
d’Espagne, et non pas de la viande congelée. Le prix était de 80 dirhams le kilogramme
pour la viande bovine, mais elle n’a pas rencontré un grand succès auprès des clients»,
confie un boucher à Casablanca.
Notre interlocuteur explique que la viande invendue chez les détaillants a été réorientée
vers les restaurants, hôtels et grandes surfaces. Il ajoute que le petit détaillant n’a pas la
chaîne de froid nécessaire pour la conservation de la viande congelée ou réfrigérée.
Selon le cahier des charges de l’ONSSA pour l’importation de la viande fraîche, congelé et
réfrigérée, que L’Economiste a consulté, les professionnels concernés sont: les importateurs
de viandes rouges agréés; les unités de découpe agréés; les chevillards disposant d’un ICE
et exerçant dans un abattoir agréé; les personnes morales disposant d’un entrepôt agréé.
Ceux «qui remplissent ces normes sont comptés sur le bout des doigts. Malgré les
importations, les prix resteront donc les mêmes», conclut-il.o

Prix des viandes rouges: Les coûts des intrants ont aussi flambé
Par L'Economiste | Edition N°:6902 Le 06/12/2024 | Partager
 L’unité fourragère en paille est passée en 10 ans de 1,25 DH à plus de 6 DH
 Besoin d’une ration alimentaire alternative au pâturage au meilleur coût à
qualité égale

Pour Saâd Raissi, nous poser, encore, la question de la résilience du troupeau national de
moutons et de chèvres est révélatrice d’un certain déni de la réalité. Alors que chaque
année le quart de la production annuelle est abattu en un seul jour, aucune statistique ne
fait ressortir une baisse, même infime, de l’effectif, et c’est la preuve irréfutable de la
résilience de ce cheptel (Ph. Privée)
- L’Economiste: Avec des sécheresses plus fréquentes, quelles projections
concernant la résilience du cheptel national?
- Saâd Raissi: Afin d’aborder la question, il est important de faire la distinction entre le
cheptel ovin et caprin et le cheptel bovin, en se limitant à ces seuls herbivores étant donné
leur prépondérance dans la fourniture de viandes rouges et de lait. Nous poser, encore, la
question de la résilience du troupeau national de moutons et de chèvres est révélatrice
d’un certain déni de la réalité. Alors que chaque année le quart de la production annuelle
est abattu en un seul jour, aucune statistique ne fait ressortir une baisse, même infime, de
l’effectif, et c’est la preuve irréfutable de la résilience de ce cheptel. Il faut, évidemment,
relever que si le Plan Maroc Vert n’a pas répondu à toutes les attentes du monde agricole, il
a apporté un changement de paradigme dans la compréhension des effets néfastes du
délaissement du cheptel en période de sécheresse et dans les attitudes des éleveurs
comprenant parfaitement la nécessité de garder ce capital productif qui leur fournit les
liquidités nécessaires en attendant les récoltes.
- Quid du cheptel bovin?
- Il est urgent de l’identifier en faisant la distinction entre les races importées, les races
locales (au nombre de quatre entre blonde d’Oulmès Zaërs et brune de l’Atlas très proches
génétiquement et morphologiquement, la Pie noire de Meknès et la Tidili du Haut-Atlas et
dont le cheptel ne dépasse guère quelques dizaines de milliers) et les hybridations
nombreuses formant le gros du cheptel et sans grandes performances en production laitière
ou de viande. Cette solution de recours à l’importation de races étrangères pour la
production de lait ou de viande est insensée car ces races sont arrivées à leur meilleur
niveau de développement et, donc, de production dans les conditions de conduite dans leur
pays d’origine; lorsqu’elles sont conduites selon les conditions disponibles localement, leur
production s’en ressent à la baisse.
Il faut comprendre qu’un territoire donné ne peut supporter qu’un effectif donné en élevage
extensif, le surpâturage portant en lui les gènes de la disparition de ceux qui le pratiquent.
- On constate une flambée des prix des viandes rouges. Cette hausse est-elle
uniquement liée à la baisse du cheptel, ou d’autres facteurs comme la
spéculation jouent-ils un rôle ?
- Il y a moins d’une dizaine d’années, l’unité fourragère (UF) en paille revenait à 1,25 DH,
elle coûte, aujourd’hui, plus de 6 DH. L’équation est simple sachant qu’à cette époque, le
kilogramme de viande bovine était vendu aux alentours de 70 DH chez le boucher. La
spéculation se fait ailleurs!
Propos recueillis par Akram OUBACHIR

Quels sont les freins structurels qui limitent l’impact des aides publiques sur les
petits éleveurs?
Les montants alloués aux subventions sont moins importants que la destination de ces
subventions. Pour l’année 2024, l’Etat a consacré une enveloppe de 1,2 milliard de DH à la
subvention de l’orge pour une quantité totale de 11,336 millions de quintaux, ce qui est
très important et un effort louable. Mais si nous examinons en détail, cet apport est de 0,6
kg/tête/jour pour tout le cheptel ovin et caprin, y compris les naissains, ce qui est, à la fois,
trop et pas assez puisque les petits ruminants ont un besoin moyen de 0,25 kg/tête/jour de
céréales mais, et surtout, de 2,5 kg/tête/jour de fibres en l’absence de couvert végétal
spontané et cultivé suffisant.
C’est dans ce sens que la réflexion devrait être menée pour mettre en place les mesures et
les mécanismes permettant aux éleveurs d’assurer à leur cheptel une ration alimentaire
alternative au pâturage au meilleur coût à qualité égale.
Le ministre de l’Agriculture a apporté un vent d’espoir en infléchissant la répartition du
budget d’investissement du département pour en consacrer plus de 42,5% à l’irrigation et à
l’aménagement de l’espace agricole mais encore faudrait-il s’assurer de l’efficience des
mécanismes pour une meilleure utilisation de l’eau et en faire profiter les populations les
plus enclavées qui subissent la double peine d’un coût plus important des alternatives au
pâturage et de la difficulté d’accès de leur faible production aux marchés les plus
rémunérateurs.
Repère
■ 15 octobre: Décision d’importation de viandes rouges fraîches (congelées ou
réfrigérées) au Maroc
■ 16 octobre: L’Onssa publie la liste des pays autorisés à exporter vers le Maroc
■ 19 octobre: L’État prend en charge la TVA à l’importation de bovins, d’ovins, de viandes
et d’abats de l’espèce bovine, ovine et caprine.
■ 8 novembre: L’Onssa publie le cahier des charges pour l’importation de la viande fraîche
■ 14 novembre: Le porte-parole du gouvernement annonce qu’une importation de 10.000
tonnes de viandes rouges importées a déjà été traitée
■ 4 décembre 2024: Le ministre de l’agriculture déclare que la situation du marché de la
viande rouge dépend de l’état du cheptel national.

Vous aimerez peut-être aussi