Evaluation diagnostique :
L'évaluation diagnostique et la planification sont deux facettes indissociables du processus
E/A. Elles forment un duo dynamique où l'une informe l'autre pour optimiser et perfectionner les
résultats. De ce fait, comment l’évaluation diagnostique peut-elle contribuer à une planification
pédagogique adaptée, tout en répondant aux divers besoins des élèves dans un contexte
d’apprentissage différencié ?
1) – Objectifs de l’évaluation diagnostique :
- « Démarche permettant de porter un jugement à partir de normes ou critères établis, sur la
valeur d’une situation, d’un processus, d’un élément donné, en vue de décisions pédagogiques
ou administratives ». (Meq, 2004, Legendre, 2005)
La citation a été formulée par le Ministère de l’Education du Québec publié en 2004, ainsi
Legendre a intégré cette citation dans ses travaux en 2005. Maurice Tardif Legendre est l’auteur
du célèbre Dictionnaire actuel de l’éducation qui compile des définitions clés dans le domaine
de l’éducation.
-"Démarche permettant de porter un jugement" : cela décrit l'évaluation comme une action
réfléchie et structurée. Il s’agit d’un processus actif qui consiste à analyser, à comparer et à
formuler une opinion.
-"à partir de normes ou critères établis" : ce jugement ne se fait pas au hasard. L'évaluation
repose sur des attentes et des références précises. Ces normes assurent une cohérence et une
objectivité dans le jugement porté et elles peuvent être des compétences à acquérir, des objectifs
à atteindre ou tout autre critère défini au préalable.
-"sur la valeur d’une situation, d’un processus, d’un élément donné" : l 'évaluation peut
porter sur :
o Une situation : par exemple, les conditions d’apprentissage dans une classe. Cela inclut
des éléments tels que l’environnement physique, la dynamique de groupe, les ressources
disponibles, et le climat scolaire. Si le climat de la classe est marqué par des tensions ou un
manque de collaboration entre les élèves, l’évaluation de cette situation permet d’identifier
des freins à l’apprentissage et de proposer des actions correctives (comme des activités pour
renforcer la cohésion du groupe).
o Un processus : comme une stratégie pédagogique ou un programme éducatif. Évaluer
un processus revient à analyser le déroulement et l’efficacité d’une méthode ou d’un
programme. Une stratégie pédagogique, comme l’apprentissage par projet, peut être évaluée
en termes d’engagement des élèves, de développement de compétences spécifiques
(autonomie, collaboration) et de résultats obtenus.
o Un élément donné : comme le travail ou les performances d’un élève. L’évaluation du
travail d’un élève peut inclure l’analyse de ses copies, ses devoirs, ou ses présentations orales.
Cela peut être fait à travers une grille critériée qui mesure des éléments comme la qualité du
contenu, la structure, ou l’originalité.
-"en vue de décisions pédagogiques ou administratives" : l’évaluation ne se limite pas à un
jugement abstrait. Elle a une finalité pratique : guider et prendre des décisions :
o Pédagogiques : Adapter les méthodes d’enseignement, modifier les contenus, ou
soutenir les élèves en difficulté et les orienter.
o Administratives : Ajuster les ressources, valider un projet éducatif, ou planifier des
actions futures.
Dans un cadre d’enseignement apprentissage, la citation met en relief le caractère dynamique
de l’évaluation. Ce n’est pas une fin en soi, mais il s’agit d’un outil essentiel, basé sur des
critères précis, et qui permet de prendre des décisions éclairées qui améliorent les pratiques
éducatives.
Les types de l’évaluation : l’auto-évaluation, l’évaluation formative (aident les enseignants à
comprendre la progression des élèves et à identifier les axes d’amélioration) , sommative, critériée (se
concentre sur des critères spécifiques d’apprentissage par rapport à des objectifs précis ; ex de
production écrite), normative (compare les performances d’un élève à celles d’un groupe de référence
situe l’élève par rapport à ses pairs et permet de repérer les écarts significatifs) , ipsative (compare les
progrès d’un élève par rapport à ses propres performances antérieures encourage la réflexion
personnelle et la croissance individuelle) , certificative (sert à la validation des acquis à la fin de
formation ou de fin de cycle, et elle est sanctionnée par la délivrance d’un diplôme, d’un certificat ou
d’une attestation), par les pairs (implique que les élèves évaluent le travail de leurs camarades. Elle
encourage la collaboration et le développement de compétences d’analyse critique renforce la
communication et la compréhension mutuelle).
- « On parlera d’évaluation diagnostique lorsqu’il s’agit d’explorer ou d’identifier certaines
caractéristiques d’un apprenant en vue de choisir la séquence de formation la mieux adaptée à
ses caractéristiques ». (C. HADJI, L’évaluation en règles du jeu, ESF, Paris, 1989)
Selon Charles HADJI, l'évaluation diagnostique sert à connaître le niveau réel d’un apprenant
avant de commencer une formation. L'idée est d'explorer ses points forts, ses lacunes, et ses
besoins pour lui proposer un enseignement adapté à son niveau. Si un professeur de langue teste
ses élèves au début de l’année et découvre que certains ne connaissent pas les bases de
grammaire, il pourra prévoir des leçons pour renforcer ces points avant de passer à des sujets
plus avancés. L’évaluation diagnostique aide donc à préparer un parcours d’apprentissage sur
mesure pour chaque élève.
- « Elle ne se limite pas au dépistage des élèves en difficultés. Le diagnostic doit permettre de
découvrir les forces et les faiblesses ainsi que le degré de préparation des élèves avant que
ceux-ci entreprennent une séquence d’étude ». (SCALLON, G. (1991). L’évaluation des
apprentissages dans une approche par compétences) Recherche d'une maladie chez une
personne en bonne santé apparente avant l'apparition de tout symptôme
Selon SCALLON, l’évaluation diagnostique opte pour une approche complète et réfléchie,
ayant une fonction prédictive. Il ne s’agit pas d’un outil qui se contente de repérer uniquement
les difficultés des élèves, mais elle vise à :
Identifier les forces : l’évaluation permet de valoriser les acquis des élèves et ce qu’ils
maitrisent déjà.
Repérer les faiblesses : Les points sur lesquels ils ont besoin d’aide et sur lesquels il faut
insister davantage.
Évaluer leur niveau de préparation : Vérifier s’ils ont les prérequis nécessaires pour
bien suivre la prochaine séquence d’apprentissage. Autrement dit, en évaluant le niveau
initial des élèves, l'enseignant peut adapter son enseignement et choisir les activités les
plus pertinentes pour chaque apprenant.
L’évaluation diagnostique se déroule au début du processus E/A permet de déterminer le
niveau initial réel de chaque élève, offrant à l'enseignant une vision précise de ses besoins
et de ses capacités. Il s’agit d’une évaluation préliminaire s'inscrit dans une démarche
pédagogique centrée sur l'élève.
2)- Outils courantes d’évaluation diagnostique :
- Les outils d’évaluation sont des instruments ou des dispositifs conçus pour mesurer et
analyser les performances, les compétences, les connaissances ou les attitudes des apprenants.
Ils permettent à l’évaluateur d’obtenir des données objectives ou subjectives afin d’identifier les
forces et les lacunes des apprenants. L’enseignant est censé de tester au début de l’année ou au
début de chaque séquence les compétences orales et écrites des élèves. Les outils se diversifient
d’un enseignant à autre ça dépend sa méthodologie de travail et sa formation, tout en prenant en
considération le niveau des apprenants (niveau A2, B1).
2.1) - Outils pour tester les compétences orales :
- La conversation : le groupe classe échange sur une question. Le rôle de l’enseignant est de
gérer les interactions, ainsi l’élève est invité à prendre la parole devant la classe entière.
- La lecture à voix haute : cette lecture est une activité qui se base sur l’oral. Elle permet à
l’apprenant de renforcer le sentiment de confiance en soi et de travailler sur l’aspect prosodique
(rythme, intonation, pause). Elle permet aussi à l’enseignant d’évaluer la prononciation de
l’élève, les erreurs commises (l’accord), etc.... Par exemple, on peut proposer à l’élève de lire un
extrait de dialogue d’une pièce de théâtre afin d’évaluer la prononciation, l’intonation, la fluidité
l’expression émotionnelle et la compréhension du texte.
- La dictée orale : une méthode classique mais efficace qui permet de tester les compétences
des élèves en orthographe et en grammaire. Il est nécessaire d’expliquer les erreurs après la
correction pour transformer l’exercice en apprentissage actif.
2.2) - Outils pour tester les compétences écrites :
- Le QCM : ou questionnaires à choix multiples, peut prendre plusieurs formes or le principe est
toujours le même ; l’élève a une décision à prendre, un choix à faire. On peut proposer par
exemple un texte accompagné d’un QCM afin de tester la compréhension générale ou détaillée
de l’élève.
Parmi les formes qu’on peut trouver ; Le QCM à deux ou trois choix, de type « Vrai » / « Faux
». Le QCM à trois, quatre ou cinq choix, avec une seule réponse correcte. Il comporte plusieurs
items (questions) composés d’une amorce (ou stimulus), puis de distracteurs (les réponses
incorrectes) et d’une clé (la réponse correcte). Chaque question (appelée item) propose plusieurs
réponses possibles, dont une seule est correcte (appelée clé), tandis que les autres sont des
réponses incorrectes (distracteurs).
L’amorce (ou stimulus) :
C’est l’introduction de la question ou le contexte donné. Elle peut être sous forme de phrase,
d’énoncé, ou d’image. Elle guide l’apprenant vers la réflexion.
La clé :
C’est la réponse correcte, qui reflète la connaissance ou la compétence à évaluer
La clé de cette question est la réponse A. la formulation de la clé est exemplaire. Elle est claire,
concise et précise, et elle permet de distinguer facilement la bonne réponse des distracteurs
Les distracteurs :
- Ils doivent être crédibles pour éviter que la réponse correcte soit trop évidente. Ils doivent tous
avoir la même force attractive que la réponse correcte. Les distracteurs doivent être
vraisemblables et plausibles.
Le QCM à plusieurs réponses correctes Il se construit de la même façon mais il a toutes les
réponses correctes sauf une. Le QCM à quatre choix, plus le choix « E ». Il s’agit du même type
de QCM, mais il offre une possibilité supplémentaire, le choix « E » qui permet, si l’élève veut
apporter une précision ou nuancer sa réponse, de cocher cette case et d’écrire son commentaire.
- Le QROC : ou questionnaire à réponses ouvertes courtes est un outil d’évaluation simple et
flexible en langue vivante. Il vise des réponses brèves et ciblées, souvent une seule phrase ou
une idée concise. Contrairement aux QCM, le QROC oblige l'apprenant à formuler lui-même la
réponse, ce qui permet d'évaluer non seulement ses connaissances, mais aussi sa capacité à les
exprimer de manière claire et concise.
- Rédaction libre : un outil puissant pour tester et évaluer la compréhension et la maitrise de la
langue écrite. L’enseignant aura une vision globale sur le style d’écriture de l’apprenant en
prenant en compte plusieurs critères. (Usage d’un vocabulaire précis et variés, construction des
phrases correctes, usage d’une ponctuation adéquate, emploi correct des temps verbaux).
3) – Rôle de l’évaluation diagnostique dans la planification des apprentissages :
L’évaluation diagnostique occupe une place primordiale dans le processus d’E/A. Elle permet
non seulement d’identifier les forces et les lacunes des apprenants, mais elle aide à orienter la
planification pédagogique de manière ciblée et cohérente. De ce fait, nous analysons un exemple
de ce type d’évaluation afin d’explorer comment l’évaluation diagnostique s’intègre dans la
planification pédagogique.
3.1) – Analyse de l’exemple :
L’évaluation diagnostique de notre objet d’étude est destinée aux élèves de la 1 ère année
baccalauréat science expérimentale français et respecte une certaine structure bien déterminée.
En effet, le domaine de l’évaluation des acquis lors de l’examen régional en langue française au
lycée cible deux composantes importantes ; l’étude du texte et la production écrite. La première
composante permet de vérifier les compétences de lecture de l’apprenant, c’est-à-dire sa
capacité à comprendre, à analyser ce qu’il lit et en même temps à réagir aux œuvres qui lui sont
proposées. Quant à la seconde composante, elle permet d’évaluer sa compétence rédactionnelle.
Autrement dit, sa capacité à produire un texte argumentatif et ce dans une langue correcte. (Aux
Champs, nouvelle réaliste Guy de Maupassant)
Notre exemple comporte la première composante intitulé « l’étude du texte » et présente un
texte court accompagné des questions qui déterminent les trois capacités de lecture littéraire. En
d’autres termes, il s’agit de trois capacités qui sont retenus :
a) - Comprendre : consiste à identifier des informations à partir du support donné. La question 1
et 2 aident l’élève à contextualiser le texte et mieux interpréter les idées.
b) – Analyser : concerne le traitement des informations en vue de construire du sens. Les
questions posées mettent l’élève dans une dynamique de réflexion. La question 3,4 et 5 implique
de traiter les idées du texte de manière critique et approfondie pour en extraire du sens. Donc,
ces questions d’analyse permettent de développer chez l’élève une compréhension plus fine et
plus riche. De plus, la question 6,7 et 8 traitent la dimension linguistique en soulignant les cours
des registres de langue et des figures de style.
c) – Réagir : amène l’apprenant à prendre position par rapport au contenu du texte et à justifier
ou défendre son point de vue. Autrement dit, se concentrer sur la capacité de l’élève à réagir de
manière argumentée face à une question ouverte. Lors de cette phase, l’élève doit faire preuve
de produire quelque chose d’originalité et de créativité.
3.2) – Résultats de l’exemple :
Les élèves qui ont obtenus la moyenne 23
Le pourcentage 85.18%
Les élèves qui n’ont pas obtenus la moyenne 4
Le pourcentage 14.81%
Les garçons ayant obtenus la moyenne 8
Le pourcentage 8%
Les filles ayant obtenus la moyenne 16
Le pourcentage 92%
Tableau 1 : Tableau récapitulatif des résultats des élèves.
À travers les résultats de cette évaluation diagnostique, nous avons constaté que les élèves
rencontrent des difficultés sur plusieurs aspects fondamentaux. Tout d'abord, au niveau de la
compréhension des questions, beaucoup d'élèves ont du mal à saisir le sens des pronoms
interrogatifs et à répondre correctement. Pour remédier à cela, l’enseignante doit travailler avec
eux sur l’utilisation et la compréhension des pronoms interrogatifs (qui, que, quoi, lequel, etc.).
Puis, il faut faire des exercices pratiques pour les aider à mieux comprendre ce qui est demandé
dans une question, et à formuler des réponses plus précises.
Ensuite, l’enseignante a remarqué des lacunes au niveau de la maîtrise des figures de style. Les
élèves peinent à reconnaître et utiliser des figures comme la comparaison, la métaphore ou
encore l’hyperbole. L’enseignante doit donc introduire des cours spécifiques sur les figures de
style, avec des exemples simples et des exercices d’application. Cela les aidera à identifier ces
procédés dans les textes et à les utiliser correctement dans leurs propres productions écrites.
De plus, il est nécessaire de renforcer les bases en langue française, notamment en ce qui
concerne la construction de phrases, l'utilisation des adjectifs, et la distinction entre les différents
types de phrases. L’enseignante a affirmé qu’il doit reprendre avec eux les cours de grammaire
de base, en commençant par les éléments fondamentaux : la phrase simple, les adjectifs
qualificatifs, les compléments, etc. Cela leur permettra d’améliorer leurs compétences en
rédaction et d’avoir une meilleure maîtrise du langage écrit.
L'évaluation diagnostique fournit une cartographie précise des acquis et des lacunes des
élèves avant de commencer une séquence pédagogique. Cet aperçu permet d’ identifier les
compétences maîtrisées, Détecter les besoins spécifiques et de cerner les hétérogénéités. Une
fois le niveau des élèves évalué, l’enseignant peut ajuster sa planification pour :
Fixer des objectifs d’apprentissage
Hiérarchiser les priorités : L’enseignant peut se concentrer d’abord sur les lacunes les
plus bloquantes pour les apprentissages à venir.
Créer des séquences progressives : Les activités sont organisées de manière à
construire progressivement les compétences, en partant des acquis déjà identifiés