Intérêts minoritaires en comptabilité
Intérêts minoritaires en comptabilité
Les intérêts minoritaires constituent un poste spécifique aux comptes consolidés et posent d’abord
un problème de classification au bilan. En effet, ils présentent des caractéristiques multiples, les unes
incitant à les rattacher aux dettes, les autres poussant à les assimiler à des capitaux propres. Cependant,
cette nature hybride a des conséquences encore plus importantes en matière d’évaluation, en particulier
dans la recherche de l’application du principe de juste valeur, qui est l’un des fondements des normes
internationales de l’IASB. Ainsi, l’analyse de la différence entre le prix payé pour les titres de participation
consolidables et la quote-part acquise dans les capitaux propres des filiales débouche sur les écarts,
mais les montants finalement retenus au bilan consolidé ne seront pas les mêmes selon la nature
attribuée aux intérêts minoritaires. D’autre part, en cas de variation du pourcentage de contrôle, il se
pose le problème de l’enregistrement des transactions, portant sur les actions, avec les minoritaires.
* Article tiré, avec permission, de « la Revue française de comptabilité », no. 411, Juin 2008.
1 Baxter G.C. & Spinney J.C., A closer look at consolidated financial statement theory, CA magazine, janvier 1975, p. 3136-; Schevin P., Information financière
et consolidation: le cas des intérêts minoritaires, Economie et Comptabilité no 180, septembre 1992.
Bilan
Bilan société
société FFau
au01/01/N-2
01/01/N-2 d’aboutir à une évaluation hybride, non représentative de la
Actif Passif réalité, et égale à :
Autres actifs 14 000 000 Capital 4 500 000
Réserves 1 500 000
• La part d’intérêt de la société mère dans les justes valeurs à la
Dettes 8 000 000 date d’acquisition,
TOTAL 14 000 000 TOTAL 14 000 000 • Et la part des minoritaires dans les valeurs nettes comptables
des postes considérés.
Au 01/01/N 2, il fallait tenir compte, au moment de la prise de contrôle, d’une plus value latente sur
Au 01/01/N-2, il fallait tenir compte, au moment de la prise de
des terrains estimée à 450 000€ et d’une plus value latente sur constructions, amortissables en 20
contrôle,
ans, de 1d’une plus value latente sur des terrains estimée à 450
350 000€. Au contraire, la méthode de la réestimation globale vise à
000€ et d’une
Le taux plus-value
de l’impôt latente
sur les sur constructions,
sociétés amortissables
est de 33 1/3 %. faire ressortir les justes valeurs des actifs (et passifs) de la
Différence
en 20 ans, dede1première
350 000€.consolidation : filiale. Elle consiste à effectuer une réévaluation totale des
5 500
Le taux000 – 60% sur
de l’impôt )4 500
les 000 + 1 500
sociétés 000(
est de 33=1/3
1 900
%. 000. éléments identifiables. Les plus-values latentes font l’objet
Différence de première consolidation : d’une répartition entre la société-mère (720 000) et les inté-
5Ecart d’évaluation
500 000 – 60% (4 500 000 + 1 500 000) = 1 900 000. rêts minoritaires (480 000). Elles comportent une part payée
La différence de première consolidation s’explique d’abord par la reconnaissance d’un écart
par l’acquéreur et une part simplement reconnue. Cette mé-
d’évaluation, à savoir « la différence entre la valeur d’entrée dans le bilan consolidé et la valeur
Ecart d’évaluation
comptable du même élément dans le bilan de l’entreprise contrôléethode » 2 permet d’assurer une homogénéité dans l’évaluation
L’écart d’évaluation découle de l’existence de plus values latentes des
La différence de première consolidation s’explique d’abord actifs identifiables
sur actifs et des passifs. Elleêtre
et doit est préconisée par les régle-
par la reconnaissance
affecté d’un écart
aux postes concernés. d’évaluation,
Ces plus à savoir
values latentes mentations
sont «susceptibles
la françaisedans
d’être imposées 6
et internationale
le futur 7
actuelles et corres-
et doivententre
différence donnerla lieu à lad’entrée
valeur prise endans
considération d’un impôt
le bilan consolidé et différé
la [Link] le biais du principe de l’évaluation à la juste valeur,
pond,
Montant
valeur des plus-values
comptable du même après impôt
élément diffère
dans : de l’entreprise
le bilan à une avancée vers le concept de l’entité économique.
)450 000 »+2 1 350 000( )1 – 33 1/3%( = 1 200 000
contrôlée
Ecart d’évaluation compris dans la différence de première consolidation :
L’écart d’évaluation découle de l’existence de plus-values
60% )450 000 + 1 350 000( )1 – 33 1/3%( = 720 000
latentes sur actifs identifiables et doit être affecté aux postes Le traitement des écarts d’évaluation découlant de
concernés. Ces plus-values latentes sont susceptibles d’être
Cependant, en ce qui concerne le montant des plus values retenu au bilan l’analyse de la deux
consolidé, différence
méthodesde première consolidation est
imposées dans le futur et doivent donner lieu à la prise en
sont envisageables : la réestimation partielle et la réestimation globale. conforme aux principes de la juste valeur et de l’entité
La première méthode
considération d’un impôt estdifféré
appliquée dans le cadre de l’optique stricte de
passif. la maison mère.
économique, Ellel’adaptation
alors que ne fait de l’écart d’acquisition
ressortirdes
Montant queplus-values
la fractionaprès
des plus values
impôt différéincluses
: dans le prix d’acquisition des titres,
à ces principes payé plus
apparaît par laproblématique.
maison-mère
(450 000 + 1 350)720000)000(.
(1 –Elle ignore=la1 200
33 1/3%) fraction
000 des plus-values revenant aux associés minoritaires.
Elle est
Ecart logique dans
d’évaluation la mesure
compris dans laoù différence
les états financiers
de première consolidés s’adressent en priorité aux
majoritaires, et où les minoritaires sont assimilés à des tires. Elle était préconisée par l’ancienne
consolidation : Ecart d’acquisition
version de l’IAS 22 )révisée en 1998( 3 et restait autorisée, par la version initiale de la nouvelle
60% (450 000 + 1 350 000) (1 – 33 1/3%) = 720 000 La seconde composante4 de la différence de première consoli-
méthodologie des comptes consolidés, pour les groupes qui la pratiquaient jusqu’alors .
Cette solution était justifiée par le fait « que la part des minoritaires dation est,n’aselon la terminologie
pas française, l’écart d’acquisition8.
fait partie de
Cependant, en ce qui concerne le montant des 5
plus-values Cet écart
l’opération d’échange visant à effectuer l’acquisition » . Cependant, elle est habituellement
présente appelé goodwill, ce terme étant re-
l’inconvénient
d’aboutir
retenu à uneconsolidé,
au bilan évaluationdeux hybride, non représentative
méthodes de la réalité,
sont envisageables : et égale
tenu par àla: réglementation internationale9. Son existence s’ex-
La part d’intérêt
lax réestimation partielledeetlalasociété mère dans
réestimation les justes valeurs à la date
globale. d’acquisition,
plique par la prise en considération de multiples facteurs, les
La première méthode est appliquée dans le cadre de l’optique uns attachés à la filiale, les autres correspondant aux avantages
stricte de la maison-mère. Elle ne fait ressortir que la fraction et synergies, pour la société mère, ou le groupe, de la prise de
2
CRC, Règlement 99-02, § 211
3 des plus-values incluses dans le prix d’acquisition des titres,
IASC, IAS 22 (révisée en 1998), regroupements d’entreprise, § 31- 32. contrôle. Il correspond à des éléments non identifiables et est
4
payéCRC
Règlement par99la- 02,
maison-mère
§ 21121 (720 000). Elle ignore la fraction des calculé de façon résiduelle :
5
IASC, plus-values
IAS 22, § 32 revenant aux associés minoritaires. Elle est logique « La différence entre le coût d’acquisition des titres et l’évalua-
dans la mesure où les états financiers consolidés s’adressent tion totale des actifs et passifs identifiés à la date d’acquisition
en priorité aux majoritaires, et où les minoritaires sont assimilés constitue l’écart d’acquisition »10. Comme l’évaluation totale des
à des tires. Elle était préconisée par l’ancienne version de l’IAS actifs et passifs identifiés comprend l’écart d’évaluation, on en
22 (révisée en 1998)3 et restait autorisée, par la version initiale déduit que :
de la nouvelle méthodologie des comptes consolidés, pour les Ecart d’acquisition = différence de première consolidation – écart
groupes qui la pratiquaient jusqu’alors4. d’évaluation
Cette solution était justifiée par le fait « que la part des D’où :
minoritaires n’a pas fait partie de l’opération d’échange visant à Ecart d’acquisition = 1 900 000 – 720 000 = 1 180 000
effectuer l’acquisition »5. Cependant, elle présente l’inconvénient L’existence de ces éléments incorporels non identifiables11 est
Bilandu
Bilan Consolidé au 01/01/N-2 (Méthode Consolidé
purchase au 01/01/N-2
goodwill))Méthode du purchase goodwill)
Optique du Optique de la Optique de l’extension Optique de l’entité
propriétaire maison-mère de la maison-mère économique
Ecart d’acquisition ou goodwill 1 180 000 1 180 000 1 180 000 1 180 000
27 980 000 33 580 000 34 300 000 34 300 000
18 500 000 18 500 000 18 500 000 18 500 000
Actifs divers +0,6(14 000 000 + 14 000 000 + 14 000 000 + 14 000 000
+ 1 800 000 +0,6 x 1 800 000 + 1 800 000 + 1 800 000
Total actif 29 160 000 34 760 000 35 480 000 35 480 000
Capital 7 500 000 7 500 000 7 500 000 7 500 000
Réserves 4 400 000 4 400 000 4 400 000 4 400 000
Intérêts minoritaires 2 880 000
x Dans : Capital et réserves de F 2 400 000
x Dans : plus-values latentes 480 000
Capitaux propres du groupe 11 900 000 11 900 000 11 900 000 14 780 000
Intérêts minoritaires 2 400 000 2 880 000
x Dans : capital et réserves de F 2 400 000 2 400 000
x Dans : plus-values latentes 0 480 000
Dettes 16 900 000 20 100 000 20 100 000 20 100 000
Impôt différé passif 360 000 360 000 600 000 600 000
Total des dettes 17 260 000 22 860 000 20 700 000 20 700 000
Total passif 29 160 000 34 760 000 35 480 000 35 480 000