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Risques géopolitiques et terrorisme au XXIe siècle

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Section2.

Les risques de la faiblesse

L’avènement de la multipolarité suivie des menaces de guerres conventionnelles entrainent à


leur tour la balkanisation et les enjeux migratoires, d’une part, (paragraphe1) et des guerres
« asymétriques » nourries par l’usage du terrorisme (paragraphe2).

Paragraphe1. La balkanisation et les enjeux migratoires

Si les conflits interétatiques restent encore présents au XXIème siècle, on assiste en réalité à
une « balkanisation » de nombreux territoires, donnant naissance à des affrontements infra-
étatiques, ethniques et religieux. En effet, on relève en 2020 deux conflits armés entre États
(affrontements frontaliers entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie) sur les
39. Après les attaques de 2001, le président Bush initie sa « guerre globale contre la terreur » et
entreprend des interventions armées en Afghanistan puis en Irak et plus récemment en Libye ou
en Syrie. Cette déstabilisation du Moyen-Orient s’inscrit dans une perception américaine d’un
« arc de crise » pour reprendre l’expression du géopoliticien Brezinski, qui s’étendrait de la
Mauritanie jusqu’en Afghanistan. La destruction des États en place a donné naissance au projet
américain de « state building » c’est-à-dire à la volonté de recréer un système institutionnel
moderne et un appareil d’État d’inspiration occidentale. Les échecs de ces tentatives ont
provoqué de nombreuses conséquences. En effet, on assiste notamment aujourd’hui, du fait de
cette fragmention au Proche et Moyen-Orient, à des enjeux migratoires majeurs. Les flux
migratoires actuels se répartissent en trois voies : la voie marocaine, libyenne et enfin celle des
Balkans. Outre la première, les deux autres sont notamment la conséquence de la
déstabilisation des pays qui accueillent ces voies migratoires. La question des réfugiés dépasse
dans les faits plus largement le cadre des destructions et des guerres puisque les migrants
climatiques représentent un réel enjeu pour le 21ème siècle. Selon une nouvelle étude de la
Banque mondiale, l’aggravation des effets du changement climatique dans trois régions du
monde densément peuplées pourrait pousser plus de 140 millions de personnes à migrer à
l’intérieur de leur propre pays d’ici 2050.

Paragraphe2. Les guerres asymétriques : l’usage du terrorisme

Pour autant, l’enjeu majeur du XXIème siècle concerne la question centrale du terrorisme. Ce
phénomène ancien est à la fois nouveau par ses caractéristiques modernes et le fait d’un
processus religieux mais qui s’alimente également de la destruction des États. En effet, si al
Qaeda fut au XXème siècle et au tout début du XXIème siècle une organisation internationale
qui multipliait les attentats, l’avènement de l’État islamique avec Daesh fut possible du fait de
l’effondrement de l’état Irakien puis Syrien.

La prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan face aux échecs du state building
précédemment développé, prouve là encore que la destruction des institutions traditionnelles
entraine une prise de pouvoir de groupe religieux radicaux. Le risque de « prolifération
terroriste » est un risque avéré actuel et futur. Le terrorisme est aujourd’hui l’un des aspects
d’une nouvelle forme de guerre que l’on dit asymétrique ou de 4ème génération. Elle se définit
globalement et de manière classique comme la guerre de l’information, impliquant des
populations entières dans tous les domaines : politiques, économiques, sociaux et culturels.

En effet ces guerres du faible au fort opposent d’un côté un État moderne à la pointe de la
technologie militaire et de l’autre des combattants hybrides mi-civils-mi-militaires qui usent
d’armes clandestines et artisanales (IED) et jouent sur la psychologie des populations pour
remporter les guerres.

Le terrorisme devient alors un mode d’action privilégié face à une puissance présentée comme
« armée d’occupation » ou plus globalement dans le cadre de projection extérieure dans des
pays désignés comme ennemis (attentat en France, en Espagne etc.). Ces nouveaux enjeux
militaires ont entrainé un renouvellement de la doctrine américaine de combat «hearts and
minds » (conquérir les cœurs et les esprits ») afin de tenter de vaincre ces groupes terroristes
en s’appuyant sur les populations locales et a entrainé plus largement le développement des
combats en milieu urbain pour faire face à ces nouvelles formes de combats qui vont continuer
à rythmer le XXIème siècle.

Quant en Afrique, les questions sécuritaires en Afrique du Nord repose d’abord sur une
connivence dans la stratégie à avoir et l’évolution de la politique africaine française. D’une part,
les deux capitales partagent la volonté de s’appuyer sur les forces armées locales pour
combattre le terrorisme dans la région, les forces armées étrangères ne devant intervenir
qu’occasionnellement, et principalement en appui des armées locales, notamment dans les
domaines de la formation et du renseignement d’origine technique ou humain. D’autre part,
Nicolas Sarkozy a fait le choix d’une renégociation des accords de défense en Afrique,
annoncée en Afrique du Sud en février 2008, et d’un rapprochement avec les États-Unis,
demandant une plus grande implication de Washington au Sahel et un renforcement de la
coopération notamment dans le domaine des échanges de renseignements. Comme le résume
un mémo diplomatique de l’ambassade américaine à Paris, en date du 25 janvier 2010, « la
France est un de nos plus puissants alliés en Afrique » [Bernard, 5 décembre 2010]. Le
renforcement des échanges entre la France et les États-Unis renvoie ensuite à la
complémentarité des diplomaties et services des deux pays. Paris et Washington n’ont en effet
pas les mêmes alliés en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. Par exemple, les États-Unis
coopèrent activement avec l’Algérie qui se montre, en revanche, réticente à travailler avec Paris
du fait d’une méfiance nourrie par la mémoire de la colonisation et les questions migratoires. À
l’inverse, la Mauritanie, le Mali et le Niger souhaitent œuvrer de concert avec la France.
Cependant, il y a lieu de noter qu’au Mali depuis le coup d’Etat d’Assimi Goîta, on assiste à
l’effritement de la coopération franco-malienne dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au
nord du Mali lequel semble accentué par la présence de Wagner.

La volonté d’impliquer les États-Unis renvoie cependant surtout aux évolutions du dispositif
militaire français dans le monde. En effet, la lutte contre le terrorisme, vecteur du renforcement
de l’influence américaine au Maghreb et au Sahel, est également un révélateur des limites de
celle-ci. Malgré les efforts déployés par Washington, la coopération entre les États de la région
pâtit des écarts de perception entre les acteurs étatiques et des tensions et rivalités qui les
opposent entre eux ou à une partie de leur population. Le Sahara demeure un enchevêtrement
de logiques géopolitiques, avec d’un côté les objectifs internes et externes des États de la
région, de l’autre les puissances extérieures intervenant contre le terrorisme et, entre les deux,
des populations ne se reconnaissant parfois pas dans les régimes issus des indépendances.
Les inquiétudes devant les répercussions de la guerre civile en Libye – qui maintient l’état de
mobilisation des Touaregs nigériens et maliens et favorise les transferts d’armements dans la
région – semblent toutefois stimuler les rapprochements et inciter le Mali à davantage
s’engager contre le terrorisme. À l’occasion de la réunion le 28 avril 2011 des chefs des armées
algérienne, malienne, nigérienne et mauritanienne, le président malien se déclarait favorable à
une plus grande implication de son pays sur le terrain et, quelques jours plus tard, le ministre
des Affaires étrangères Soumeylou Boubèye Maiga, nommé le 7 avril et réputé pour avoir
critiqué la mollesse de son pays face au terrorisme, se rendait dans les trois pays voisins. Reste
en tout cas que la question des fragilités des sociétés des pays du Sahel demeure, tout comme
la faiblesse des moyens et des capacités des États.n

Bibliographie

Le cours de théorie des relations internationales s’appuie sur notre manuel Théories des
relations internationales, Paris, Presses de Sciences Po, dont la deuxième édition est sortie en

octobre 2006. La lecture d’autres ouvrages de théories des RI est fortement recommandée.

La meilleure façon d’aborder les théories des relations internationales consiste à commencer
par des manuels établissant un lien entre les théories et les grands problèmes internationaux
contemporains. Voir notamment :

-Daniel Colard, Les relations internationales de l945 à nos jours (Paris : Masson, l993)

- Dario BATTISTELLA, Théories des relations internationales, Presses de Sciences Po, 2009.

Guillaume DEVIN, Sociologie des relations internationales, La Découverte, 2002.

- Jean-Jacques ROCHE, Théories des relations internationales, Montchrestien, 1999.

-MacLeod (Alex) et al., Relations internationales. Théories et concepts, Outremont, Athéna, 2e


éd., 2004.
- Marie-Claude SMOUTS (dir.), Les nouvelles relations internationales. Pratiques et théories,
Presses de Sciences Po, 1998.

Morgenthau Hans, La réalité des normes, en particulier des normes du droit international.
Fondements d’une théorie des normes, Paris, Alcan, 1934.

Raymond ARON, Paix et guerre entre les nations, Calmann-Lévy, 1984 [1962].

Smouts (M.-C.), Battistella (D.) et Vennesson (P.), Dictionnaire des relations internationales.

Approches, Concepts, Doctrines, Paris, Dalloz, 2e éd., 2006.

-Hans Morgenthau, « Une théorie réaliste de la politique internationale », Philippe. Braillard


(1977).

Roche Jean-Jacques, « Les relations internationales : théorie ou sociologie ? », Trimestre du


monde, Novembre 1994, pp. 35-48.

La bibliographie indiquée ci-dessous est une bibliographie non exhaustive compte tenu de la
diversité des approches théoriques abordées en cours, comme de la quantité de cas qui y sont
présentés ou tout simplement évoqués. Y recourir n'aura donc d'utilité que pour éclairer un point
de cours ou pour approfondir l'étude d'un cas préalablement présenté.

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