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Psychologie de l'Orientation et Évolution

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Cours 1

 Définition de l’orientation
L’orientation, en tant que processus continu, permet aux citoyens, à
tout âge et tout au long de leur vie, de déterminer leurs capacités,
leurs compétences et leurs intérêts, de prendre des décisions en matière
d’éducation, de formation et d’emploi, et de gérer leurs parcours de vie
personnelle dans l’éducation et la formation, au travail et dans d’autres
cadres où il est possible d’acquérir et d’utiliser ces capacités et
compétences. L’orientation comprend des activités individuelles ou
collectives d’information, de conseil, de bilan de compétences,
d’accompagnement ainsi que d’enseignement de compétences
nécessaires à la prise de décision et à la gestion de carrière.

Les psychologues de l’orientation de sont pas psychothérapeutes ; la


rencontre prend plutôt la forme d’un coaching ou d’une formation, avec
une approche bien plus proche de la psychologie du travail, c’est-à-dire
des outils et concepts théoriques spécifiques à son champ.

Guichard (2006) reprend une idée des années 50 de l’orientation comme


un terme polysémique. Il va y associer trois morceaux de définition :
 Un ensemble d’activités et processus réflexifs d’un individu lui
permettant de s’engager dans une formation ou une voie
professionnelle – c’est l’orientation comme analyse
psychologique des mécanismes décisionnels. A cet égard, des
modèles théoriques tentent d’expliquer ce qui a été levier ou ce qui
a été frein dans le choix
 Des dispositifs et pratiques d’aide aux individus visant à leur
permettre de faire face le mieux possible aux tâches requises pour
s’orienter – on a ici la définition de l’orientation comme
accompagnement ou encadrement professionnel, nécessitant des
méthodes et outils permettant la mise en pratique des théories
 Un ensemble de processus aboutissant à la répartition des jeunes
dans les différentes voies de formation ou d’apprentissage d’un
dispositif de formation – on a ici l’orientation selon son regard
sociologique, où l’on analyse les différences de genre, la relégation
scolaire, la reproduction des inégalités et d’autres mécanismes
sociologiques, dans l’orientation

Nous allons durant ce cours aborder les pratiques, les cadres théoriques,
les finalités, l’objet, l’approche sociologique consistant à se demander est-
ce un choix ou une option (on abordera cela par l’origine sociale et par le
genre), le lieu d’application ainsi que les acteurs qui composent la
psychologie de l’orientation.

Modèles théoriques, méthodes et outils


Il y a trois grands cadres théoriques dans la psychologie de l’orientation :
 La perspective adéquationniste
 La perspective développementale
 La perspective constructiviste
o Cette dernière se subdivise en l’approche de la psychologie
positive et l’approche du sens de la vie et du sens du
travail

Historiquement, les pratiques en orientation ont toujours été influencées à


la fois par les cadres théoriques mais par les contextes sociaux – ce dont
la société a besoin et ce qu’elle recherche va impacter le développement
des cadres idéologiques. Les pratiques qui en découlent sont donc une
sorte de réponse aux questions sociales.

Pour comprendre l’impact des contextes sociétaux, il faut comprendre la


notion de paradigme. Par définition, un paradigme est un modèle
conceptuel qui définit une discipline scientifique et structure une vue
prévalente des meilleures pratiques dans une communauté de chercheurs
dans une période particulière.
En sciences sociales, un changement de paradigme ne signifie pas que
tous les chercheurs l’adoptent. Le concept du genre est un exemple
parfait du changement lent d’un paradigme ; certains adoptent
directement le nouveau regard plus fluide des catégories d’autres sont
beaucoup plus conservateurs et préfèrent la dualité entre l’homme et la
femme.
La psychologie de l’orientation est évocatrice de ceci ; elle présente une
multiplicité de modèles, certains récents d’autres anciens, avec des
concurrences ou des complémentarités possibles.

Comme on l’a mentionné, le contexte sociétal influence la recherche.


C’est la raison pour laquelle selon les périodes historiques, on distingue
des différences dans le focus de l’orientation :
 Dans l’ère préindustrielle, l’économie était principalement agricole
ou artisane. La production était généralement personnelle ou locale
tout au plus ; on travaille selon les saisons agricoles, pour produire
de la nourriture pour nous-même. Le choix professionnel est donc
assez restreint – il est quasiment établi dès la naissance, par les
traditions locales ou les opportunités économiques régionales.
L’orientation professionnelle n’existait donc pas du tout.
 Au tournant des années 1900, avec la révolution industrielle, la
psychotechnique des aptitudes physiques nait. Les travailleurs
quittent la campagne pour travailler dans les usines situées dans les
villes ; des grandes compagnies émergent et dominent rapidement
l’économie, et tout de suite apparaissent les investisseurs.
L’ouvrier est un job assez détestables avec des conditions de
travailles peu appréciables – grosses heures, salaires bas, risques
physiques, fatigue… Ainsi, alors que les enfants des classes aisées
reçoivent une éducation privée et sont préparés aux métiers
libéraux, les enfants des classes ouvrières quittent l’école
rapidement pour subvenir aux besoins de la famille. Ces enfants ont
donc une éducation très limitées et sont forcés vers les emplois peu
qualifiés – les usines.
Dans cette période, l’orientation professionnelle n’existe donc
pas trop. On vise seulement à orienter les individus
(particulièrement les garçons pauvres) vers le boulot fait pour eux –
the right man at the right place
 Entre 1925 et 1950, la psychotechnique continue à évoluer. Le
taylorisme apparait également ; il postule de diviser le travail en
tâches élémentaires et répétitives sous surveillance d’un manager
pour maximiser l’efficacité de la production en série. L’importance
de faire ce que l’on sait faire le mieux est donc encore plus grande ;
on observe l’apparition graduelle de centres d’orientation
professionnelle pour aider les jeunes à trouver l’emploi idéal pour
leurs compétences. L’utilisation de test d’aptitudes, de
compétences et autres marqueurs psychotechniques est fortement
recommandée à ce stade.
 Entre 1950 et 1980, nous sommes dans l’après-guerre. Une forte
transformation du travail s’observe, et une croissance économique
s’en accompagne. Les intérêts de l’individu prennent de l’ampleur
pour aboutir à un paradigme de l’intérêt pour le développement de
soi par le travail. Les conditions de travail sont meilleures, les droits
des travailleurs apparaissent, les emplois manuels redondants sont
donnés à des travailleurs étrangers ou très tard par la robotisation
et l’automatisation. De plus, les femmes sont graduellement
considérées comme pouvant également travailler et s’épanouir au
travail
Cette transition est due à l’apparition d’une société de
consommation – on veut un emploi stable et durable afin de
consommer pour se faire plaisir. Dès lors, l’orientation
professionnelle est principalement axée sur les besoins du marché,
pour orienter le travailleur vers le travail le plus demandé.
 Entre 1980 et 2000, l’orientation par l’accompagnement et par
l’éducation devient centrale en recherche ; vu que les conditions de
vie se sont améliorés, le seul but n’est plus de travailler pour avoir
une bonne vie. On commence à privilégier les loisirs, la famille, les
intérêts extraprofessionnels… la trajectoire développementale
devient beaucoup plus flexible et dynamique
 Après les années 2000, on observe que l’employabilité et
l’adaptabilité prennent de l’ampleur, tout comme la construction de
sens au travail. On observe de plus en plus de formes alternatives
au travail – mi-temps, temporaire, à distance… les compétences
évoluent et il est de plus en plus question d’avoir des compétences
technologiques.
Parallèlement, la conscience des crises financières, écologiques,
sanitaires augmente, qui ont eu un impact important – l’orientation
est aujourd’hui aussi une question d’un cheminement qui fera sens
dans notre vie par rapport à la société dans laquelle nous vivons.
Comment avoir un travail durable, responsable, qui a un sens ?

Pour en revenir à nos trois grandes perspectives, celles-ci sont également


transversales à ces périodes.
La première est l’adéquationniste, pionnière de la psychologie de
l’orientation dès les années 1900 et jusqu’en 1970. Celle-ci a comme objet
l’appariement de l’humain avec son travail – on rend compte des
aptitudes et intérêts du travailleur, et on lui cherche un métier qui
correspond à ceux-ci. Sous cette perspective, une correspondance entre
les aptitudes d’un travailleur et les exigences de la profession permettra
la réussite et la satisfaction individuelle, la stabilité dans la profession, et
le bien commun.
Par la suite, entre les années 1980 et 2000, la perspective
développementale devient majeure. Celle-ci s’appuie sur le
développement de soi en stades de la vie tel que l’a évoqué Erik Erikson ;
la personnalité d’un individu est à prendre en compte dans le choix du
travail. En effet, la profession est vue comme l’une des voies par
lesquelles la personnalité se manifeste ou se réalise, les individus se
développent par le travail.
A la fin des années 90, et encore aujourd’hui, la perspective
constructiviste se développe, et la construction de soi prend de
l’ampleur. Cette approche par de l’idée du sens que l’on recherche alors
que tant de crises se passent autour de nous. Les processus de
construction de sens, de réinterprétation, de symbolisation, de
détermination de conceptions individuelles du soi sont importantes. On
observe également que la psychologie positive émerge, celle-ci
proposant qu’il faille étudier, pour une même condition de vie, les
individus qui n’ont pas développé de troubles dans des conditions de vie
pourtant négatives. En comparant ceux qui vont mal avec ceux qui vont
bien dans un même contexte de vie, il serait possible de déterminer ce qui
peut jouer un rôle protecteur.

Dans la perspective constructivise, on observe que des centaines


d’ouvrages portant sur le développement personnel paraissent. Alors
que la psychologie de l’orientation vise plutôt l’orientation professionnelle
de l’individu, les pratiques du développement personnel désignent un
ensemble d’activités destinées à favoriser la croissance personnelle et
l’épanouissement individuel, sans se limiter au travail ou à l’école. Le but
de ces pratiques dépend de l’individu ou du praticien – ce peut être
l’amélioration de la confiance en soi, la communication, la gestion du
stress et des émotions, le développement de relations harmonieuses,
l’équilibre entre les sphères de la vie…
Le danger de cette approche est l’impression (qui peut être trompeuse)
d’être entièrement maître de sa vie, d’autant plus que le nombre de gens
qui se disent experts (à tort) dans la filière augmente.

La psychologie de l’orientation a donc deux finalités claires –


l’utilitarisme et l’émancipation. Comment comprendre ces deux
postures ?
 Elles peuvent s’articuler – ce n’est pas parce qu’on veut se faire de
l’argent (utilitaire) que l’on ne peut pas s’émanciper tout autant
 Elles peuvent être opposées – soit on est heureux, soit on est bien,
mais rarement les deux
Selon la question étudiée, on va observer des réponses différentes selon si
le répondeur est plus conservateur et voit la psychologie de l’orientation
comme un choix utilitaire, ou s’il est plus progressiste et aborde la
psychologie de l’orientation sous son angle émancipateur.
Par exemple, prenons la question suivante – pourquoi aider les
personnes à s’orienter ?
Dès le début des années 1900, les finalités des interventions
d’accompagnement en orientation sont discutées sous plusieurs axes.
L’un d’entre eux est le poids qu’il faut accorder à l’individu ou au travail
lorsqu’on aide à orienter.
D’un point de vue conservateur, dans le monde des affaires, le but ultime
du conseil en orientation est de fournir aux entreprises la main d’œuvre
nécessitée. Le conseil en orientation est donc purement un mécanisme de
préparation à la sélection professionnelle, il met les intérêts du marché
au-delà des intérêts de l’individu. On vise la reproduction d’une
société telle qu’elle l’est – les filles et les garçons adoptent une position
homologue à celle de leurs mères et pères.
Contrairement, les individus progressistes et leur Mouvement du Progrès
considéraient que le but majeur de l’accompagnement en orientation était
de permettre à chacun de développer ses capacités personnelles
fondamentales. Cette approche postule un besoin de réformer l’école et
l’organisation du travail pour permettre non pas un développement
économique mais un développement personnel. Ces réformes visent donc
à restructurer la société, qui deviendrait plus juste et plus équitable. On
est donc centré individu.

Le débat entre les conservateurs et les progressistes continue encore


aujourd’hui, partout dans le monde. Ceci constitue un enjeu majeur
puisque selon la perspective adoptée majoritairement au niveau social ou
politique, on aura tantôt une approche traditionnelle du devenir social,
tantôt une approche progressiste où l’idéal est de s’épanouir.
Le système scolaire et la répartition
Notre système scolaire actuel est un levier important du processus de
répartition, sans pour autant se baser sur le mérite. Souvent, la part
explicative des facteurs qui ne devraient pas compter est bien trop
importante ; en Belgique, les parcours sont fort différenciés en fonction du
niveau socioéconomique et en fonction du sexe.
Quels en sont les caractéristiques de notre système scolaire ?
 C’est un système à orientation précoce
 Il est fortement hiérarchisé entre écoles, entre filières, entre
options
 Il observe un haut taux de redoublement
 Il reproduit les inégalités scolaires
 Il reproduit les normes et rôles de genre

 Orientation ou sélection ?
Par définition, l’orientation scolaire est un ensemble de processus
psychologiques et sociaux qui font que les jeunes scolarisés sont affectés
à une certaine filière plutôt qu’à une autre.
L’orientation a des connotations positives, de choix et de liberté ; la
sélection est plutôt centrée sur la contrainte. Ainsi, dans quel cas nous
trouvons-nous ?

Bourdieu et Passeron montrent dans leurs travaux que l’héritage


culturel impacte énormément la réussite scolaire. L’école véhicule
une culture spécifique, découpée de toute la culture existante, selon des
choix ancrés dans le contexte. Selon qu’on soit plus ou moins familiers
avec la culture légitime de l’école, la culture d’art et d’auteurs connus,
que les vacances sont imbibés de voyages cultures, on réussira plus ou
moins bien. On appelle cela le capital culturel hérité ; plus il est
important, plus les chances de réussir sont grandes.
De la même façon, la manière d’être influence également la réussite.
Selon notre comportement, notre attitude, notre accent ou notre manière
d’écrire, un professeur pourra plus facilement juger un élève tantôt
comme compétant, tantôt comme insuffisant. Le souci est que ces
comportement sont tacites ; on n’apprend pas à l’école la bonne
manière de parler ou d’écrire. Il faut apprendre par imitation, ce qui rend
la transmission difficile. Ça se base sur l’intuition, sur les habitudes. Ainsi,
si la manière d’être (l’ethos, comme dirait Bourdieu, et plus tard
l’habitus) est différent de celui que l’école véhicule, l’élève sera
désavantagé.
La dernière différence entre élèves sera celle de la typologie des
écoliers : les différents milieux sociaux transmettent des rapports à
l’école différents. Les classes favorisées, par exemple, ont un rapport très
à l’aise avec l’école – ils s’y sentent familiers, avec le professeur ou avec
les examens, ils se sentent légitimes de lever la main en cours, ils ont une
manière d’écrire des phrases bien longues ou de faire de l’abstraction qui
est favorisée à l’école. Encore une fois, si on n’a pas cette manière de
sentir l’école, on sera désavantagé. De la même manière, être dans une
famille qui pousse ses enfants à réussir parce que l’école y est vue
comme légitime avantage l’enfant énormément – c’est typiquement ce
qu’on retrouve dans les milieux sociaux moyens, qui n’ont pas le capital
culturel nécessaire, mais qui savent que l’avoir est un grand atout. Au
contraire, les milieux sociaux défavorisés où les parents ont eu un rapport
difficile à l’école peuvent transmettre un rejet de l’école, ce qui défavorise
évidemment les enfants de cette catégorie.

Que ce soit l’héritage par la culture, par la manière d’être ou par le


rapport à l’école, on observe qu’il y a des influences majeures qui
vont impacter le parcours scolaire des élèves.

Que ce soit un choix ou une sélection, il y a plusieurs questions qui


émergent :
 Si c’est un choix, le choix se base sur quoi ? D’où viennent les
informations que l’on considère ? Quels sont nos processus
décisionnels ?
 Si c’est une sélection et qu’on part du principe que les chances de
départ sont inégaux dans le parcours scolaire, est-ce que les voies
sont tracées avant d’y arriver ? Qu’en est-il des élèves résilients ?

La Belgique est certainement dans un système non-inclusif de la


variabilité des élèves. Les élèves sont hétérogènes et ne se plient pas
tous à la manière d’être communiquée de l’école. Quel en est le résultat ?
A partir de 14 ans, on observe que la moitié des élèves dans les écoles
ont été mis dans d’autres voies – la formation en alternance, la formation
professionnalisante, la qualification, ou la transition. Ceci souligne donc
qu’en Belgique, nous sommes largement trop loin du choix, et
bien plus proches de la sélection.

A ce stade, notre système scolaire conduit à la formation d’une élite


scolaire d’un excellent niveau, puisée dans les milieux socioéconomiques
aisés pour créer une élite sociale. Il apparait comme une sorte de
transposition de l’espace social dans l’espace scolaire, qui aboutit de facto
à une reproduction des rapports sociaux.
Ceci est également vrai pour les inégalités de genre – l’orientation scolaire
professionnelle prend le sens d’une orientation dans l’espace des position
sociales. On observe que les genres sont répartis inégalement entre les
filières, filières dont la fréquentation amène des bénéfices qui ne sont pas
distribués équitablement non plus. Plus clairement, les filières menant aux
métiers d’avenirs (informatique, ingénieurerie) sont encore aujourd’hui
grandement fréquentés par les garçons et bien moins par les filles.

 Insertion socioprofessionnelle
Le taux d’employabilité est dépendant des caractéristiques
socioéconomiques de l’individu – un homme blanc belgo-français bien
scolarisé et d’âge de 25 à 50 ans aura bien plus facile à trouver un emploi
que les autres individus.
Les organismes d’insertion socioprofessionnelle (OISP) sont aux services
des chercheurs d’emploi peu qualifiés. Pour offrir des solutions aux
individus défavorisés dans la recherche d’emploi se sont créé des OISP
différents :
 Les Missions Locales
 Les Organismes de formation – alphabétisation, préformation,
formation qualifiante
 Les Ateliers de formation par le travail
 Les Opérateurs de guidance

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