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Géopolitique et enjeux en Asie

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L’Asie CHAPITRE

Introduction

L’Asie se présente comme un ensemble à géométrie variable. Si ses limites sont mouvantes
et discutées, elles n’entraînent néanmoins pas de passions comparables à celles de l’Europe par
exemple. Tandis que les limites orientales ne posent pas de problème, au titre des distinctions
culturelles marquées avec l’Océanie, les limites occidentales sont une source d’interrogations.
Désigner comme asiatique un État comme la Jordanie ou l’Arabie saoudite, voire l’Iran ou
l’Afghanistan, peut surprendre, alors qu’ils s’inscrivent en Asie dans le cadre d’une vision
« extensive » de cet ensemble, qualifié de continent. Entendue ici au regard des découpages
proposés par le programme de seconde année, l’Asie à prendre en compte court du Pakistan à
l’Asie orientale.
Fondée principalement sur des découpages naturels, la notion de « continent » renvoie à un
semblant de déterminisme. Cette approche diminue d’ailleurs l’impression d’un ensemble
asiatique continu. Non émiettée comme l’Océanie, pas aussi « massive » que l’Afrique, ou
continue comme l’Amérique, l’Asie est singulière et invite plus à des lectures régionales.
Un rappel des projets politiques et institutionnels semble confirmer ces visions multiples, qui
toutes ont en commun de limiter l’identification d’une Asie entière. Parmi les projets les plus
récents, l’initiative de George Bush Jr pour un « Grand Moyen-Orient » assimilait à cet
ensemble les terres jusqu’au Pakistan, sans prendre en compte le Caucase. Le Pakistan est
pourtant à intégrer à l’étude de l’entité retenue par le programme : les rancœurs qui restent vives
face à l’Inde, l’inscription dans la stratégie politique chinoise désormais bien connue du « collier
de perles », ne font que légitimer une telle prise en compte, pas seulement liée à des données
géopolitiques.
La perspective scientifique qui est ici à développer se doit donc de croiser des données de
différentes natures pour comprendre les réalités asiatiques. Elle ne fait que montrer l’importance
de l’approche régionale, de la référence constante à des entités internes. L’époque actuelle
distingue sans mal une Asie orientale, mordant sur une Asie du Sud-Est archipélagique comme
péninsulaire qui garde des spécificités. Un « monde indien » s’y ajoute, pour reprendre la

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terminologie adoptée par la dernière Géographie universelle, qui le place dans le même tome que
l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, pour des raisons d’équilibre et de volume, tant la
distinction est nette et sans appel entre les deux ensembles. Une précision supplémentaire est à
apporter pour identifier les contours de l’entité questionnée. La « Russie d’Asie » peut aussi être
évoquée, de manière moins franche, et dans la perspective de la façade sur le Pacifique qui est la
sienne. Toutes ces informations ne font pourtant que confirmer l’impression d’assemblages
régionaux internes, que la lecture soit d’essence culturelle, sociale, géopolitique ou économique.

Problématiques

Quels sont les nouveaux enjeux conflictuels du continent ?


Comment les États asiatiques, souvent récents, abordent-ils les défis politiques qui les
animent ?
Pourquoi l’Asie porte-t-elle à l’échelle mondiale quelques-unes des principales régions de
l’antimonde ?
Quelles sont les rivalités de puissance en cours en Asie entre la Chine, le Japon, l’Inde et
dans une moindre mesure la Russie ?
Entre pays les moins avancés et pays émergents, quelle est la situation du développement

sur le continent ?
Q uelle est la place de l’Asie dans la mondialisation ? Par quels moyens s’y insère-t-elle ?

Q uels sont les impacts spatiaux de la mondialisation en Asie ?

Q uels sont la place et le rôle de la Chine et de l’Inde en Asie et dans la mondialisation ?

Q uelles sont les modalités de l’émergence de la Chine et de l’Inde ?


Plan du chapitre

I. Géopolitique d’une région multipolaire


II. Les espaces asiatiques dans la mondialisation
III. D
 eux géants asiatiques : Chine, puissance mondiale ;
Inde, puissance émergente

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1

Géopolitique
d’une région multipolaire

Introduction

La géopolitique asiatique en ce début de xxie siècle n’est plus une question de tensions
armées internationales. Certes, un certain nombre de points chauds hérités de la décolonisation
et de la guerre froide demeurent, telle la question politique de la Corée du Nord. Cependant,
après la résolution de la Seconde Guerre mondiale qui avait vu s’affirmer la puissance japonaise,
les guerres de Corée et du Vietnam qui permettaient aux deux Grands de s’opposer
indirectement, les rivalités Chine-Inde et Chine-États-Unis ont pris le pas sur les conflits
internationaux. En effet, désormais, les préoccupations sont principalement centrées autour de
la croissance économique et de l’affirmation des pays émergents asiatiques sur la scène
internationale. Après les réussites spectaculaires du capitalisme japonais et des quatre dragons
(Taïwan, Hong Kong, Singapour, Corée du Sud), l’époustouflante croissance chinoise transforme
les équilibres régionaux et mondiaux, tandis que l’Inde confirme sa propre croissance, tout en
promettant de devenir le premier pôle démographique du monde. Cette nouvelle configuration
bouleverse les équilibres mondiaux, la géographie mondiale des pouvoirs et des flux, les rapports
entre politique et économie, les conceptions du pouvoir (quel avenir pour la démocratie ?) et les
représentations du monde (idéologies, gouvernance mondiale). Mais les pays asiatiques, encore
récents pour beaucoup, ne sont pas dénués de fragilités internes et d’incertitudes, qui rejaillissent
sur l’ensemble de la planète.

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1 Des tensions héritées de l’Histoire
A. Des contestations frontalières nombreuses
L’une des particularités du continent asiatique est la relative jeunesse des États qui le
composent, dont beaucoup sont nés soit de la décolonisation après la Seconde Guerre mondiale,
soit de la chute de l’URSS en 1991, aussi les frontières entre les pays demeurent-elles des lieux
de tensions relativement vives, tout en étant un moyen d’affirmer leur puissance. Une quarantaine
de frontières étatiques longues de près de 56 000 km quadrillent le continent, dont environ 20 %
restent litigieuses. La moitié des frontières terrestres séparent les géants du continent : la Chine,
la Russie et l’Inde, tout en permettant à leurs rivalités de s’affronter, tandis que les frontières
maritimes sont contestées dans le cadre du traditionnel contrôle des routes maritimes et de plus
en plus pour l’accès aux ressources.

Des frontières terrestres contestées


La frontière la plus litigieuse se situe entre l’Inde et le Pakistan, frontière conflictuelle depuis
1947. Nés de l’indépendance des Indes britanniques en 1947, les deux nouveaux États se sont créés
par opposition tant ethnoculturelle (deux religions, deux langues) que politique. Dès leur création,
leurs relations achoppent sur la question du Cachemire, ce qui conduit à la première guerre indo-
pakistanaise de 1947 à 1949 et à la fixation de la frontière actuelle sur la ligne de cessez-le-feu
divisant de facto le Cachemire. Le conflit frontalier (sur 2 940 km de frontières) se double d’une
question religieuse – le Cachemire est une région à majorité musulmane mais à l’élite hindoue – et
d’une question d’accès à la ressource en eau. En effet, le Cachemire est le château d’eau du
Pakistan, contrôlant le bassin versant amont de l’Indus qui irrigue ce pays aride. Les fortes tensions
frontalières ont abouti à une militarisation de part et d’autre (jusqu’à la course à l’armement
nucléaire entre les deux États dans les années 1960), à des crises armées récurrentes en 1965, 1971,
1999 et 2002, et à de multiples attentats (dont les derniers à Delhi en 2005 et à Bombay en 2008).
Néanmoins, en 2004, un dialogue (le processus de dialogue composite) s’est instauré grâce à
l’émergence d’un nouveau contexte régional après l’irruption des États-Unis en 2001 dans le cadre
de leur lutte contre le terrorisme (le Pakistan doit alors composer avec la présence de l’oncle Sam
en Afghanistan et sur son territoire par l’intermédiaire de bases militaires), et à l’amélioration des
relations entre la Chine et l’Inde. La modification des soutiens régionaux a ainsi obligé les deux
belligérants à calmer les tensions qui les opposent, aussi le conflit a changé de nature pour se muer
en attentats islamistes en Inde contre des intérêts indiens ou occidentaux. Or, les attentats
perpétrés à Bombay en 2008, faisant 170 victimes, ont stoppé le processus de dialogue, car l’Union
indienne accuse les services secrets pakistanais d’avoir aidé à leur réalisation. Mais sur le terrain,
depuis 2005, l’ouverture des frontières a permis la mise en place de liaisons par bus entre les villes
de Srinagar en Inde et de Muzaffarabad au Pakistan, et d’une ligne ferroviaire en 2004 entre Delhi
et Lahore, suivie par celle de Karachi à Jodhpur depuis 2006. Ainsi, le commerce transfrontalier le
long de la frontière nord se développe pour représenter 2 milliards de dollars en 2010, mais il reste
entravé par des taxes douanières très élevées entre les deux pays.

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La région du Cachemire, exemple de tensions internationales non résolues

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en INDIENNE
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NÉPAL
7m
illio New Delhi
ns 100 km

1. Une situation héritée 2. Des revendications 3. Des tensions


La République islamique Territoires indiens Échanges de populations
du Pakistan revendiqués par le Pakistan sur des critères confessionnels
L’Union indienne, Territoires concédés Massacres interconfessionnels
État hindou par la Chine au Pakistan en 1947
Les frontières de l’État Territoires pakistanais et chinois Ligne de cessez-le-feu et de contrôle,
princier du Cachemire revendiqués par l’Union indienne fermée et minée, surveillée
avant 1947 par l’ONU depuis 1949
Territoires concédés
Frontière du partage par le Pakistan à la Chine Unique point de passage ouvert
de 1947 et revendiqués par l’Union entre le Pakistan et l’Inde
La République populaire indienne (vallée de Chaksam) Attentats d’extrémistes religieux
de Chine Territoires revendiqués
par la Chine Dharamsala, refuge du Dalaï-Lama
Frontières en exil
internationales Le glacier du Siachen
reconnues et la chaîne du Saltoro, Couloir économique stratégique
revendiqués par les trois pays entre Chine et Pakistan,
une « route de la soie »

P.-A. Havé, 2022.

Carl
Format 140x180
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ALEXANDRA :

M4C2_P1_Cachemire
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L’Inde est aussi en conflit avec son géant voisin chinois, au nord-ouest et au nord-est.
En effet, depuis 1962, la Chine a annexé le Nord du Cachemire, la région de l’Aksai Chin, et
réclame la totalité de l’État de Jammu-et-Cachemire. L’Inde revendique les 38 000 km² occupés
par la Chine. En parallèle, contestant la ligne McMahon, la Chine revendique l’État indien
d’Arunachal Pradesh au nord-est comme étant un territoire tibétain et de ce fait chinois.
Les frontières chinoises d’une façon générale présentent d’importants litiges. Outre les conflits
sur les frontières avec l’Inde déjà évoqués, des contestations frontalières demeurent avec le
Bhoutan et avec le Vietnam, non pour des raisons de tracé, mais parce que de nombreux
Vietnamiens ont franchi illégalement la frontière. Au nord, le contentieux sur le tracé du fleuve
Amour opposant la Chine et la Russie depuis 1969 (année de la rupture des relations sino-
soviétiques) a été réglé pacifiquement en 2008.
L’Asie du Sud-Est n’est pas exempte de litiges frontaliers, mais cette fois pour des raisons
nationalistes, notamment entre la Thaïlande et le Cambodge (accrochages frontaliers en 2011)
suite au classement au patrimoine mondial de l’humanité du temple khmer de Preah Vihear
en 2008, attribué au Cambodge en juin 1962 par la Cour internationale de justice pour répondre
à une délimitation imprécise de la frontière (sur la ligne de partage des eaux lors de la création
des deux pays à la fin de la guerre d’Indochine en 1954), mais réclamé par la Thaïlande.
Cependant, c’est dans le domaine maritime que les tensions sont les plus vives et les
revendications territoriales les plus affirmées aujourd’hui.

Le cas du fleuve Amour


(frontière sino-russe, une des plus longues du monde : 4 250 km)
La Chine conteste le tracé de la frontière russo-chinoise dans la région du fleuve Amour, objet d’un grave
conflit sino-soviétique dans les années 1970. Face à l’état de faiblesse dans lequel se trouvait la Russie au
début des années 1990, Moscou ne pouvait se permettre de poursuivre une politique de confrontation avec
le géant asiatique.
Le contentieux russo-chinois a été réglé en 1997, avec confirmation en 2008 dans un contexte de rappro-
chement sans précédent des deux puissances. La Russie a accepté de faire des concessions jugées minimes
(transfert de quelques îlots sur le fleuve Amour) à la Chine afin de signer un traité de démarcation de l’en-
semble de la frontière russo-chinoise. L’important pour Moscou est d’avoir obtenu que Pékin reconnaisse
ainsi l’appartenance de ces régions d’Extrême-Orient à la Russie dans un contexte de montée en puissance
de la Chine et de pression démographique chinoise sur ces territoires riches en matières premières mais peu
peuplés et qui constituent pour la Russie une porte sur le Pacifique et son commerce (cf. infra).
Le règlement du contentieux russo-chinois renforce considérablement la position de la Russie dans les négo-
ciations avec le Japon, d’autant que Moscou souhaite maintenir son contrôle sur les Kouriles, îles
stratégiques qui lui offrent un accès indépendant à l’océan mondial (cf. infra).

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1. Des frontières
RUSSIE contestées

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Frontières délimitées
depuis les années 1990
KAZAKHSTAN Espaces maritimes
revendiqués
Frontières terrestres
contestées
KIRGHIZISTAN CORÉE Incidents militaires
DU NORD récents (depuis 2010)

CORÉE 2. Les principaux conflits...


DU SUD Conflit hérité
AFGHANISTAN de la décolonisation
Conflit hérité
de la guerre froide
CHINE
Séparatismes
NÉPAL Senkaku
Conflits ethniques
PAKISTAN et religieux dans
des États multiculturels
BANGLADESH OCÉAN Tensions politiques
et/ou sociales

1007
PACIFIQUE
INDE MYANMAR Paracels
Scarborough 3. ... aux conséquences
multiples
THAÏLANDE PHILIPPINES
VIETNAM Pays possédant ou
soupçonné de posséder
l’arme nucléaire
CAMBODGE Course à l’armement
L’Asie, un continent conflictuel ?

(dépenses militaires
≥ à 50 % en dix ans)
Multiplication des
attentats islamistes
Flux de réfugiés
OCÉAN
INDIEN

I N D O N É S I E
1 000 km
à l’équateur

A. Monot, 2022.
Carl

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Format 180x140

ALEXANDRA :
De nombreux conflits territoriaux maritimes
Les espaces maritimes asiatiques portent depuis une dizaine d’années les prétentions
impérialistes et nationalistes des grandes puissances du continent et se cristallisent sur
l’extension des zones économiques exclusives (ZEE), la possession d’îles et d’îlots, d’autant plus
si des ressources y sont supposées présentes. À nouveau, ce sont les frontières maritimes
chinoises qui offrent le plus grand nombre de contentieux, reflétant ainsi le rééquilibrage des
puissances régionales.
Les conflits latents ou ouverts à propos de la délimitation des ZEE en mer de Chine relèvent
pour la plupart d’une lutte d’influence entre puissances émergentes, au détriment du Japon mais
au profit de la Chine et de la Corée du Sud, qui veulent s’affirmer dans leur aire régionale
comme puissances mondiales. C’est le cas de la Chine, de la Russie et du Japon. Or ces tensions
se déroulent sur fond de course aux ressources halieutiques ou d’hydrocarbures et dans le cadre
de nationalismes exacerbés renaissants. Néanmoins, les interdépendances économiques des
forces en présence (la Chine est le premier partenaire commercial du Japon et la Corée du Sud
le troisième) devraient permettre d’éviter que les contentieux ne dégénèrent.

u En mer de Chine méridionale


Les heurts d’influence sont renforcés par des convoitises sur les ressources naturelles : les
richesses halieutiques et les réserves pétrolières supposées. Les revendications portent sur deux
archipels formés d’îlots et de petites îles en mer de Chine méridionale, qui permettent d’étendre
les ZEE : les Paracels et les Spratleys, et sur le récif de Scarborough, contrôlé par les Philippines
et revendiqué par la Chine, l’Indonésie et Taïwan. Les îles Paracels sont revendiquées par le
Vietnam, la Chine et Taïwan depuis 1974, date à laquelle la Chine est intervenue militairement
pour déloger les troupes vietnamiennes, les Spratleys par les mêmes protagonistes augmentés
des Philippines, de la Malaisie et du sultanat de Brunei. Chaque pays a installé des bases ou des
colonies sur les îles et îlots, rendant la situation inextricable. En 2002, la Chine, nouvellement
entrée à l’ASEAN+3, a proclamé une loi établissant de fait son contrôle sur les archipels en
contrepartie d’une paix durable en mer de Chine. En parallèle, elle a mené des négociations
bilatérales avec le Vietnam sur les Paracels en contrepartie de l’abandon des revendications
vietnamiennes sur les Spratleys. La situation a été entérinée par l’ASEAN, attestant de fait que
la Chine est devenue la puissance incontournable de la zone. Les convoitises sur ces îlots
s’expliquent avant tout par leur rôle stratégique sur la route maritime la plus empruntée au
monde, c’est pourquoi Pékin revendique la possession de la totalité de la mer de Chine
méridionale jusqu’à l’Indonésie au sud, et les Philippines à l’est.
Néanmoins, les litiges ne sont pas réglés pour autant. Depuis 2014, les accrochages se
multiplient en mer de Chine méridionale. Des incidents navals se multiplient entre garde-côtes
chinois et philippins ou entre navires chinois et vietnamiens. Les tensions sont ravivées suite à
la construction par Pékin de plusieurs plateformes pétrolières et de bases navales ou aériennes
près des îles Paracels et Spratleys ou sur certains de leurs îlots, sans attendre le règlement officiel
des contentieux entre les protagonistes. La Cour de justice de La Haye, saisie par les Philippines

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et le Vietnam, a désavoué la Chine en juillet 2016, estimant que cette dernière n’a aucun droit
historique sur les eaux de la mer de Chine méridionale et qu’elle a violé les droits souverains des
Philippines dans leur ZEE. La Chine réfute cette conclusion. La colonisation et la militarisation
des îlots se poursuivent.

u En mer de Chine orientale


Plus au nord, en mer de Chine orientale, la tension monte aussi entre la Chine et le Japon à
propos des îles Senkaku, contrôlées par ce dernier depuis 1972 (suite à leur attribution par les
États-Unis) mais revendiquées par la Chine (qui nomme ce petit archipel Diaoyu) et Taïwan
(qui le nomme Tiaoyutai), et entre la Corée du Sud et la Chine à propos du rocher Ieodo
contrôlé par la Corée. Ce sont surtout les relations sino-japonaises qui se sont dégradées depuis
2012, obligeant les États-Unis à rappeler que les incidents navals relevaient du traité de sécurité
prévoyant l’intervention de Washington aux côtés du Japon en cas d’agression par un pays tiers.
En août 2012, les pressions militaires chinoises se sont faites plus pesantes sur les Senkaku, des
navires de garde-côtes ayant franchi à plusieurs reprises les eaux territoriales japonaises.
En novembre 2013, la République populaire a instauré une zone de défense aérienne incluant
les îlots disputés de la mer de Chine orientale. Ces postures conduisent à une course à
l’armement entre les deux puissances asiatiques (cf. infra).

u En mer du Japon
En remontant encore un peu plus vers le nord, en mer du Japon cette fois, une autre pomme
de discorde oppose la Corée du Sud au Japon à propos des rochers Dokdo contrôlés par la
Corée mais revendiqués par le Japon (sous le nom de Takeshima). Ces îlots de la discorde,
comme les Senkaku, cristallisent des relations difficiles entre Tokyo et Séoul depuis l’occupation
japonaise de la péninsule entre 1910 et 1945, en dépit d’un traité de normalisation des relations
conclu en 1965 sous la houlette étatsunienne.

u Le cas des Kouriles (frontière russo-japonaise)


Plus au nord encore, les relations russo-japonaises se crispent sur la question des îles
Kouriles. Le traité russo-japonais de 1855 accordait ces îles à la Russie, à l’exception des quatre
îles méridionales proches d’Hokkaido. En 1875, la Russie cédait au Japon l’intégralité des îles
Kouriles en échange de Sakhaline. La guerre russo-japonaise de 1905 puis la Seconde Guerre
mondiale ont compliqué la situation. Le traité de San Francisco (1951) stipulait en effet que les
îles Kouriles devaient être cédées à la Russie. Mais le Japon considère que les quatre îles Kouriles
méridionales doivent lui revenir au nom du traité de 1855. Pour Tokyo, ces quatre îles se
rattachent à Hokkaido. Pour la Russie, il s’agit de s’assurer l’accès à des mers libres de glace
toute l’année, ce qui n’est pas le cas plus au nord dans la mer d’Okhotsk.
Ce contentieux – dont les enjeux ne sont pas négligeables en termes de maîtrise des
ressources (halieutiques, hydrocarbures) et de contrôle des routes maritimes (le passage par les
Kouriles permet à la Russie de contrôler l’accès à l’océan Pacifique depuis son port de

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Bibliographie

u Généralités

POUR ALLER PLUS LOIN


Amable B., Les Cinq capitalismes. Diversité des systèmes économiques et sociaux dans la mondialisa-
tion, Le Seuil, 2005.
Balaresque N. (dir.), Géopolitique de l’Asie, Nathan, 2017.
Biarnès P., La Route de la soie – Une histoire géopolitique, Ellipses, 2014.
Carroué L., ColleT D., L’Asie, Bréal, 2016.
Chaponnière J.-R., Lautier M., Les Économies émergentes d’Asie – Entre État et marché,
Armand Colin, 2014.
Chouvy, P.-A., Les Territoires de l’opium. Conflits et trafics du Triangle d’or et du Croissant d’or,
Olizane, 2002.
Étienne G., Chine-Inde, le match du siècle, Presses de Sciences Po, coll. Références inédites,
1998. (Une bonne partie du livre est une étude historique toujours pertinente.)
Gat A., « The return of authoritarian great powers », Foreign Affairs, n° 4, vol. 86, juillet-août
2007.
« Géopolitique des mers et des océans », Diplomatie, Les Grands Dossiers, n° 55, 2020.
« Géopolitique du Japon », Diplomatie, Les Grands Dossiers, n° 56, 2020.
« Géopolitique, géoéconomie, géostratégie de la Chine », Diplomatie, Les Grands Dossiers,
n° 62, 2021.
« Géopolitique de l’Inde », Hérodote, n° 173, 2019-2.
« Géopolitique de la Russie », Hérodote, n° 166-167, 2017-3/4.
Gérardot M., Lemarchand P. (dirs.), Géographie des conflits, Atlande, 2011.
Ikenberry J., Deudney D., « The myth of autocratic revival », Foreign Affairs, n° 1, vol. 88,
janvier-février 2009.
Inglehart R., Welzel C., « How development leads to democracy : What we know about
modernization », Foreign Affairs, n° 2, vol. 88, mars-avril 2009.
« L’Asie du Sud-Est », Hérodote, n° 176, 2020-1.
« Les enjeux géopolitiques du Viet Nâm », Hérodote, n° 157, 2015-2.
Marchand P., Atlas géopolitique de la Russie, Autrement, 2020.
Mastrolia N., « L’échec des hérodiens en Inde ? », Outre-Terre, n° 54-55, 2018/1.
Nye J. S. Jr., Is the American century over ?, Cambridge/Malden, Polity, 2015. Une analyse claire
et pertinente par l’un des plus grands politologues.

1117

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Ortolland D., Pirat J.-P. (dir.), Atlas géopolitique des espaces maritimes, Technip, 2010.
Pelletier P., L’Extrême-Orient. L’invention d’une histoire et d’une géographie, Gallimard, Folio
histoire, 2011.
Royer P., Géopolitique des mers et des océans, coll. Major, PUF, 2012.
POUR ALLER PLUS LOIN

« Russie. Nouvelles ambitions, forces et faiblesses », Diplomatie, Les Grands Dossiers, n° 57,
2020.
Scoccimaro R., Atlas du Japon, Autrement, 2018.
Tertrais H., Atlas de l’Asie du Sud-Est, Autrement, 2020.

u La Chine

Amelot L., « Le dilemme de Malacca », Outre-Terre (Revue française de géopolitique), n° 25-26,


2010/2.
Cabestan J.-P., éditorial du dossier intitulé « Quel ordre international veut la Chine ? Entre
réformisme et révisionnisme », Perspectives chinoises, février 2016.
Cabestan J.-P., La Politique internationale de la Chine. Entre intégration et volonté de puissance,
Presses de Sciences Po, 2015. On y trouvera en particulier des chapitres détaillés sur différentes
relations bilatérales (sino-américaines, sino-japonaises, sino-indiennes, etc.).
Cariou A., « Les corridors centrasiatiques des nouvelles routes de la soie : un nouveau destin
continental pour la Chine », L’Espace géographique, 2018-1, pp. 19-34.
Colin S., La Chine et ses frontières, A. Colin, 2011. Une présentation des enjeux pour chaque
frontière.
Detry C.-E., « Revendications et tensions en mer de Chine méridionale », Questions interna-
tionales, n° 93, septembre-octobre 2018.
Duchâtel M., « La politique étrangère de la Chine sous Xi Jinping », Hérodote, n° 150 sur
« Regards géopolitiques sur la Chine », 3e trimestre 2013.
Duchâtel M., Géopolitique de la Chine, PUF, Que sais-je ?, 2017. Une bonne synthèse.
Gernet J., Le Monde chinois, t. III, L’Époque contemporaine, Pocket, 2006. Pour mieux
comprendre la Chine sur le long terme.
Godfard P., La Chine depuis 1949, Bréal, coll. Thèmes & Débats, 2021 (2e édition).
Grosser P., « Du “système tributaire” à la Pax Asiatica : le poids de l’histoire en Asie », Questions
internationales, n° 93 sur « La Chine au cœur de la nouvelle Asie », septembre-octobre 2018.
Mearsheimer J., « Can China rise peacefully ? », The National Interest, 25 octobre 2014. Il s’agit
d’un extrait de The Tragedy of Great Power Politics paru en 2001.

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Problématiques principales

Quels sont les nouveaux enjeux conflictuels du continent ?


Comment les États asiatiques, souvent récents, abordent-ils les défis politiques qui les

RÉVISIONS
animent ?
Pourquoi l’Asie porte-t-elle à l’échelle mondiale quelques-unes des principales régions de
l’antimonde ?
Quelles sont les rivalités de puissance en cours en Asie entre la Chine, le Japon, l’Inde et
dans une moindre mesure la Russie ?
Entre pays les moins avancés et pays émergents, quelle est la situation du développement
sur le continent ?
Quelle est la place de l’Asie dans la mondialisation ? Par quels moyens s’y insère-t-elle ?
Quels sont les impacts spatiaux de la mondialisation en Asie ?
Quels sont la place et le rôle de la Chine et de l’Inde en Asie et dans la mondialisation ?
Quelles sont les modalités de l’émergence de la Chine et de l’Inde ?

Idées à retenir

u Géopolitique d’une région multipolaire

Le continent asiatique présente un profil particulier de tensions et de conflits qui y sont omni-
présents, tant au niveau maritime (différends sur les limites de ZEE, piraterie) qu’au niveau
terrestre (conflits frontaliers, séparatismes, tensions sociales et politiques). En effet, l’Asie est un
continent en ébullition :
– D’abord par une formation toujours active des États, qui ne semblent pas considérer les
frontières héritées de la décolonisation comme définitives. Depuis 1947, une trentaine de
conflits majeurs ont déjà eu lieu, qui ont abouti à des modifications de tracés de frontières.
– Ensuite, l’Asie présente un espace très hétérogène, tant au niveau culturel (mosaïque
ethnique, linguistique et religieuse) où s’affrontent ouvertement les trois grands monothéismes
et les polythéismes, qu’au niveau politique, avec différents régimes en place, dont certains
autoritaires voire totalitaires. Les minorités très nombreuses, souvent en position frontalière,
s’insurgent de plus en plus contre les autorités centrales afin de faire entendre leur voix pour
exprimer une marginalisation économique, sociale ou politique.
– L’essor du nationalisme religieux au sein de minorités nationales musulmanes conduit à une
radicalisation de l’islam comme réponse au rejet soit d’un pays dirigé par des non-musulmans
(Ouïgours en Chine), soit d’un gouvernement musulman jugé trop modéré ou à la solde des
Occidentaux (Afghanistan, Pakistan).

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– Enfin, l’Asie ne porte pas d’organisation régionale unique qui permettrait d’avoir une tribune
pour apaiser les tensions. Au contraire, le continent voit s’affronter les influences de quatre
grandes puissances qui tentent d’obtenir le leadership sur le continent et aspirent à s’affirmer
sur la scène internationale : la Chine, la Russie, l’Inde et le Japon. La multipolarité du
RÉVISIONS

continent tend à aggraver des tensions déjà fortes. En effet, les conflits sont localisés à des
nœuds d’interaction entre les enjeux nationaux, continentaux et mondiaux (Afghanistan,
Cachemire, Indonésie par exemple). De plus, les États-Unis, considérant l’Asie comme un
enjeu vital pour leurs intérêts géostratégiques et économiques, veulent imposer leur loi en y
jouant les gendarmes, dans un nouveau « Grand Jeu ».
Se met alors en place une géographie particulière des conflits en Asie :
– au niveau des régions frontalières ou des marges étatiques, de l’Asie centrale à l’Asie du
Sud-Est en passant par le sous-continent indien et la Chine, conflits dus à des différends sur
le tracé des frontières ou à la volonté séparatiste de minorités ethniques ;
– au niveau des espaces maritimes des mers du Japon, Jaune et de Chine ;
– sans oublier les différends soit hérités de la guerre froide (entre les deux Corées) ou de la
décolonisation (Cachemire), soit liés aux ressources (Xinjiang) ou à l’antimonde (Croissant
d’or et Triangle d’or).
À retenir : deux conflits restent ouverts et armés, en Afghanistan et entre les deux Corées.

u Les espaces asiatiques dans la mondialisation

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Asie Pacifique connaît une industrialisation rapide en « vol
d’oies sauvages » à partir du Japon, en appliquant un modèle de développement fondé sur l’in-
dustrialisation par substitution aux importations et la remontée des filières, ce qui aboutit à
l’essor des quatre dragons à partir des années 1960 puis des tigres dans les années 1980.
Malgré des périodes de régimes communistes dans nombre de pays asiatiques, l’ouverture sur la
mondialisation s’impose en Asie dans les années 1980, permettant une industrialisation par les
industries traditionnelles (textile, sidérurgie) et de plus en plus par la haute technologie aux
incidences territoriales sélectives (technopôles).
Grâce à l’essor des productions agricoles, industrielles et de services, l’Asie est devenue un pôle
commercial incontournable, principalement de marchandises (produits agricoles et industriels)
empruntant les routes maritimes de la mondialisation et favorisant l’essor de grands ports au
sein de vastes façades portuaires. Néanmoins, la crise de 2007-2008 a fait émerger sur la scène
internationale l’Asie comme un pôle émetteur des flux financiers, notamment en direction des
pays développés.
Cette réussite, avant tout économique, les cultures asiatiques ayant plus de difficultés à se
diffuser, est dynamisée par le rôle des États qui contribuent à l’essor d’un « nationalisme écono-
mique » en définissant des stratégies nationales de développement, en soutenant leurs firmes
nationales, par exemple par des structures étatiques d’encadrement ou des aides logistiques et
financières aux entreprises.

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Dissertation
Sujet : La maîtrise des territoires asiatiques
EXERCICES

Éléments méthodologiques

Élaborer une dissertation en géographie, c’est suivre un raisonnement :


– savoir poser des questions sur l’espace et sur le temps : où, pourquoi (là et pas ailleurs ?), qui,
jusqu’où, comment, quand, pour ne citer que les plus simples ;
– savoir organiser ses connaissances, pour exprimer sa pensée géographique ;
– expliquer des processus spatiaux et développer des points de vue sur les pratiques spatiales,
leurs causes et leurs conséquences.
Disserter en géographie, c’est ainsi décrire le réel et l’expliquer, en analysant l’organisation spatiale
par l’interaction de différents facteurs géographiques, économiques et sociaux. L’échelle spatiale
est fondamentale. Une même question peut être traitée différemment selon l’échelle de l’analyse,
sans oublier les liens qui existent entre les espaces d’échelle différente.
Pour mener à bien cet exercice, respecter quelques étapes simples de la méthode est nécessaire
et indispensable.
Étapes de la dissertation
Définir les termes du sujet
Comprendre le sujet, c’est maîtriser son vocabulaire (notions et concepts définis), mais surtout
bien faire attention à la structure grammaticale du libellé. Cela passe par la mise en relation des
définitions des termes du sujet, en mettant en avant les liens entre les définitions de ces termes
et non pas se borner à une litanie de définitions juxtaposées.

Délimiter le sujet
Après avoir défini le sujet, il faut s’attacher à le délimiter :
– d’abord spatialement : quels espaces sont inclus dans le sujet ? Certains sujets sont simples et
leur délimitation spatiale aisée, d’autres relèvent d’une réflexion plus approfondie ;
– puis chronologiquement : les sujets peuvent avoir une dimension géohistorique ou porter sur
un phénomène de longue durée, aussi faut-il parfois fixer des bornes chronologiques à
l’analyse à mener.

Problématiser le sujet
Une fois que le sujet est bien cerné, on peut le problématiser, c’est-à-dire exposer par une formu-
lation claire la ou les question(s) contenue(s) dans le sujet et à laquelle (auxquelles) le devoir doit
répondre. C’est présenter le sujet en mettant en valeur le problème qu’il contient. Attention,
libeller le sujet sous une forme interrogative ne peut en aucun cas tenir lieu de problématique.

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Construire, au brouillon, un plan détaillé d’argumentation répondant au sujet
Le plan de la dissertation répond à une structure précise :
– de 2 à 4 parties, en général 3 parties (structure classique de la pensée à la française) ;
– chaque partie correspond à un thème ou idée majeure ;

EXERCICES
– chaque partie est subdivisée en 2, 3 ou 4 arguments qui forment autant de sous-parties ;
– chaque sous-partie est développée par un ou deux exemple(s) étayé(s) par un ou deux chiffre(s)
précis et expliqué(s) (des statistiques commentées par exemple).

Rédiger la dissertation en respectant quelques principes


Rédiger avec soin l’introduction et la conclusion afin de laisser une bonne impression à vos
correcteurs, tant au début qu’à la fin de votre dissertation.
Bien faire attention à la maîtrise du français. Il vaut mieux relire sa copie afin de corriger les
fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe.
L’écriture doit être lisible, ni pattes de mouche, ni cursive enluminée.
Le style doit être précis et simple : avec des termes, concepts, vocabulaire adaptés et maîtrisés,
des phrases courtes.
Développez un ou deux exemples au lieu d’établir une litanie d’exemples peu significatifs.
Les exemples doivent être clairement localisés et expliqués par rapport à l’idée qu’ils illustrent.

Éléments de corrigé

Introduction
En 1942, le premier tunnel sous-marin est inauguré au Japon pour relier les îles d’Hokkaido et
de Honshu. Au-delà de cette performance mal affichée dans le monde en raison du contexte,
cette prouesse technique illustre l’idée de maîtrise des territoires en montrant comment les
sociétés humaines agissent aux dépens de certaines données, naturelles dans ce cas.
La maîtrise des territoires peut en effet renvoyer à une foule d’actions qu’il s’agit de classifier.
De manière générale, elle est une entreprise humaine pour gérer au mieux un territoire.
Ce dernier est plus qu’une portion de la surface terrestre disposant de ressources et porteuse de
contraintes pour les sociétés qui s’y établissent. Il est en outre une entité habitée, vécue, par une
population qui peut se faire actrice de la gestion comme subir ou intégrer les autorités qui
président au devenir de leur territoire d’inscription. L’Asie est à entendre sans prendre en
compte le Moyen-Orient étendu à des États aux problématiques communes, et donc pour
l’ensemble des territoires à l’est de l’Afghanistan jusqu’aux rivages du Pacifique. La diversité
interne rappelle que le changement d’échelle est à pratiquer pour la saisir au mieux.
La maîtrise des territoires asiatiques interroge en effet ce qu’est l’Asie. Elle est le témoin des
aires culturelles à géométrie variable qui s’y repèrent et de la diversité des pratiques de gestion.

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Commentaire de carte
Sujet : Le monde selon la Chine
La Chine dans le monde selon Hao Xiaoguang
EXERCICES

ÉTATS-UNIS

New York
CANADA

Océan
Atlantique
Nord Pôle
Nord Océan
Arctique
Yellow River Océan
(Spitzberg) Pacifique
Nord

Rotterdam RUSSIE 1 Chittagong (Bangladesh)


Venise 2 Sittwe (Myanmar)
Dalian 3 Îles Coco (Myanmar)
Le Pirée (Grèce) Beijing 4 Hambantota (Sri Lanka)
L’armateur chinois Cosco s’est implanté Shanghai
dans le port d’Athènes depuis 2009 Gwadar Karachi CHINE Fuzhou
(Pakistan) (Pakistan)
1 Guangzhou ARCHIPEL DES PARACELS
Port-Soudan Kolkata Hanoï
(Soudan) Woody
Colombo 2
Djibouti (Sri Lanka) ARCHIPEL DES SPRATLEYS
Première base chinoise 3 Récifs de Subi, Fiery Cross et Mischief
à l’étranger ouverte en 2017 Marao 4 Kuala
Nairobi (Maldives)
Lumpur
Lamu
(Kenya) Mer de Chine
méridionale Darwin
Océan En octobre 2015, un groupe chinois
Indien a obtenu un bail de 99 ans pour
la gestion du port, convoité aussi
Perth par les Américains
AUSTRALIE

Océan
austral

Zhongshan
Océan
Atlantique Kunlun
Sud ANTARCTIQUE Baie Terra Nova
Great Pôle
Sud
Wall Océan
austral
Océan
Nouvelles ambitions maritimes Ushuaia Pacifique
d’une puissance continentale (Argentine) Sud
BRÉSIL
Principales routes maritimes
2 000 km
90 % du commerce et 40 %
à l’équateur Source : Le Monde, février 2017 mis à jour en juillet 2019.
des importations pétrolières
chinoises dépendent
du transport maritime
Mer de Chine méridionale : Arctique, Antarctique : des pôles si proches
Route maritime annoncée
un horizon « vital » où Station polaire chinoise
par Beijing en 2013, composante imposer son hégémonie Expédition antarctique
des « nouvelles routes de la soie » Récifs contestés occupés (33 expéditions, la dernière en 2016)
Installations portuaires militairement par Beijing Conseil de l’Arctique, que Beijing a intégré
construites ou en projet et transformés (poldérisation, en 2013 comme observateur permanent
construction de ports et pistes Route du Nord, raccourci stratégique rendu
que la Chine possède ou loue d’atterrissage) possible par la fonte prolongée de la banquise,
où la Chine dispose Mer de Chine méridionale emprunté par l’armateur national chinois Cosco
de facilités d’attache en 2013, 2015 et 2016

Source : [Link]
Carl la-chine-se-cartographie-comme-le-nombril-du-monde_5082283_4355770.html
Format 140x180

ALEXANDRA :
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M4C2_P3_Exercice_Chine

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Cette carte, élaborée en 2002 par le Chinois Hao Xiaoguang, est centrée sur l’« Empire du
Milieu ». Elle se trouve aujourd’hui dans les écoles chinoises et a été adoptée par l’Armée popu-
laire de libération (APL).
Elle met en relief les enjeux stratégiques de la « nouvelle route de la soie » promue par la Chine

EXERCICES
depuis 2013. Dans le cadre de ce projet, a été inaugurée en 2014 la liaison ferroviaire entre
Chongqing, à l’est de la province du Sichuan, et Duisbourg, en Allemagne, au confluent de la
Ruhr et du Rhin. En 2019, l’Italie s’est associée au projet BRI (Belt and Road Initiative), le
nouveau nom officiel de la « nouvelle route de la soie » (cette dernière fut d’abord appelée
OBOR [One Belt, One Road]). Pour Beijing, la BRI permet de renforcer son emprise sur de
nombreux pays.
Instrument de projection de puissance, on peut rapprocher la BRI des théories du Britannique
Halford Mackinder (1861-1947), père fondateur de la géopolitique. Lors de sa célèbre confé-
rence du 25 janvier 1904, il avait affirmé : « L’Asie est le pivot de l’histoire. Qui, avec les moyens
de la technologie moderne, notamment ferroviaire, la contrôlera, dominera le monde. » De plus,
par son pendant maritime, la BRI s’inspire de la pensée d’Alfred T. Mahan centrée sur la
thalassocratie.
La BRI, que son initiateur, Xi Jinping, a qualifiée de « projet du siècle », vise en effet à intégrer
et à subordonner une multitude de pays à l’économie chinoise et à assurer des débouchés au
BTP chinois. Elle doit également permettre de développer l’intérieur des terres chinoises et de
les désenclaver en les reliant à l’océan Indien par le Pakistan ou la Birmanie. Le projet terrestre
est une façon de sortir du « dilemme de Malacca », c’est-à-dire de la dépendance à cette route
maritime particulièrement vulnérable. L’expression « dilemme de Malacca » est apparue pour la
première fois en 2004 dans un article du journal hongkongais Wen Wei Po qui résumait un
discours du président chinois de l’époque, Hu Jintao.

Pour une analyse détaillée, nous renvoyons aux sous-parties suivantes : L’influence de la Chine
dans le monde : quatre exemples de zones géographiques et Un « siècle chinois » ?
Quant à l’intérêt récent de la Chine pour les régions polaires, nous vous invitons à lire l’article
en ligne suivant :
Gauquelin I., « La Chine et les régions polaires : quand la boussole indique le Nord à l’empire
du Milieu », site Asialyst. Consultable à l’adresse suivante :
[Link]

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