Géopolitique et enjeux en Asie
Géopolitique et enjeux en Asie
Introduction
L’Asie se présente comme un ensemble à géométrie variable. Si ses limites sont mouvantes
et discutées, elles n’entraînent néanmoins pas de passions comparables à celles de l’Europe par
exemple. Tandis que les limites orientales ne posent pas de problème, au titre des distinctions
culturelles marquées avec l’Océanie, les limites occidentales sont une source d’interrogations.
Désigner comme asiatique un État comme la Jordanie ou l’Arabie saoudite, voire l’Iran ou
l’Afghanistan, peut surprendre, alors qu’ils s’inscrivent en Asie dans le cadre d’une vision
« extensive » de cet ensemble, qualifié de continent. Entendue ici au regard des découpages
proposés par le programme de seconde année, l’Asie à prendre en compte court du Pakistan à
l’Asie orientale.
Fondée principalement sur des découpages naturels, la notion de « continent » renvoie à un
semblant de déterminisme. Cette approche diminue d’ailleurs l’impression d’un ensemble
asiatique continu. Non émiettée comme l’Océanie, pas aussi « massive » que l’Afrique, ou
continue comme l’Amérique, l’Asie est singulière et invite plus à des lectures régionales.
Un rappel des projets politiques et institutionnels semble confirmer ces visions multiples, qui
toutes ont en commun de limiter l’identification d’une Asie entière. Parmi les projets les plus
récents, l’initiative de George Bush Jr pour un « Grand Moyen-Orient » assimilait à cet
ensemble les terres jusqu’au Pakistan, sans prendre en compte le Caucase. Le Pakistan est
pourtant à intégrer à l’étude de l’entité retenue par le programme : les rancœurs qui restent vives
face à l’Inde, l’inscription dans la stratégie politique chinoise désormais bien connue du « collier
de perles », ne font que légitimer une telle prise en compte, pas seulement liée à des données
géopolitiques.
La perspective scientifique qui est ici à développer se doit donc de croiser des données de
différentes natures pour comprendre les réalités asiatiques. Elle ne fait que montrer l’importance
de l’approche régionale, de la référence constante à des entités internes. L’époque actuelle
distingue sans mal une Asie orientale, mordant sur une Asie du Sud-Est archipélagique comme
péninsulaire qui garde des spécificités. Un « monde indien » s’y ajoute, pour reprendre la
1001
Problématiques
Plan du chapitre
1002
Géopolitique
d’une région multipolaire
Introduction
La géopolitique asiatique en ce début de xxie siècle n’est plus une question de tensions
armées internationales. Certes, un certain nombre de points chauds hérités de la décolonisation
et de la guerre froide demeurent, telle la question politique de la Corée du Nord. Cependant,
après la résolution de la Seconde Guerre mondiale qui avait vu s’affirmer la puissance japonaise,
les guerres de Corée et du Vietnam qui permettaient aux deux Grands de s’opposer
indirectement, les rivalités Chine-Inde et Chine-États-Unis ont pris le pas sur les conflits
internationaux. En effet, désormais, les préoccupations sont principalement centrées autour de
la croissance économique et de l’affirmation des pays émergents asiatiques sur la scène
internationale. Après les réussites spectaculaires du capitalisme japonais et des quatre dragons
(Taïwan, Hong Kong, Singapour, Corée du Sud), l’époustouflante croissance chinoise transforme
les équilibres régionaux et mondiaux, tandis que l’Inde confirme sa propre croissance, tout en
promettant de devenir le premier pôle démographique du monde. Cette nouvelle configuration
bouleverse les équilibres mondiaux, la géographie mondiale des pouvoirs et des flux, les rapports
entre politique et économie, les conceptions du pouvoir (quel avenir pour la démocratie ?) et les
représentations du monde (idéologies, gouvernance mondiale). Mais les pays asiatiques, encore
récents pour beaucoup, ne sont pas dénués de fragilités internes et d’incertitudes, qui rejaillissent
sur l’ensemble de la planète.
1003
1004
TADJIKISTAN
Ya XINJIANG RÉPUBLIQUE
rk
AFGHANISTAN
an
d POPULAIRE
DE CHINE
Glacier
du Siachen
GILGIT-BALTISTAN K2
8 611 m
AKSAI
CHIN
AZAD
CACHEMIRE
LADAKH
Islamabad JAMMU-ET-
CACHEMIRE Ind
us
TIBET
Dharamsala
us
Ind
Lahore
Amritsar
RÉPUBLIQUE
ISLAMIQUE
DU PAKISTAN Sutlej
ab
UNION
en INDIENNE
Ch Gange
5m
na
illio
Jam
ns
NÉPAL
7m
illio New Delhi
ns 100 km
Carl
Format 140x180
1005
ALEXANDRA :
M4C2_P1_Cachemire
HGGMC_1e-2e_M4.indd 1005 20/05/2022 11:32
L’Inde est aussi en conflit avec son géant voisin chinois, au nord-ouest et au nord-est.
En effet, depuis 1962, la Chine a annexé le Nord du Cachemire, la région de l’Aksai Chin, et
réclame la totalité de l’État de Jammu-et-Cachemire. L’Inde revendique les 38 000 km² occupés
par la Chine. En parallèle, contestant la ligne McMahon, la Chine revendique l’État indien
d’Arunachal Pradesh au nord-est comme étant un territoire tibétain et de ce fait chinois.
Les frontières chinoises d’une façon générale présentent d’importants litiges. Outre les conflits
sur les frontières avec l’Inde déjà évoqués, des contestations frontalières demeurent avec le
Bhoutan et avec le Vietnam, non pour des raisons de tracé, mais parce que de nombreux
Vietnamiens ont franchi illégalement la frontière. Au nord, le contentieux sur le tracé du fleuve
Amour opposant la Chine et la Russie depuis 1969 (année de la rupture des relations sino-
soviétiques) a été réglé pacifiquement en 2008.
L’Asie du Sud-Est n’est pas exempte de litiges frontaliers, mais cette fois pour des raisons
nationalistes, notamment entre la Thaïlande et le Cambodge (accrochages frontaliers en 2011)
suite au classement au patrimoine mondial de l’humanité du temple khmer de Preah Vihear
en 2008, attribué au Cambodge en juin 1962 par la Cour internationale de justice pour répondre
à une délimitation imprécise de la frontière (sur la ligne de partage des eaux lors de la création
des deux pays à la fin de la guerre d’Indochine en 1954), mais réclamé par la Thaïlande.
Cependant, c’est dans le domaine maritime que les tensions sont les plus vives et les
revendications territoriales les plus affirmées aujourd’hui.
1006
HGGMC_1e-2e_M4.indd 1007
Frontières délimitées
depuis les années 1990
KAZAKHSTAN Espaces maritimes
revendiqués
Frontières terrestres
contestées
KIRGHIZISTAN CORÉE Incidents militaires
DU NORD récents (depuis 2010)
1007
PACIFIQUE
INDE MYANMAR Paracels
Scarborough 3. ... aux conséquences
multiples
THAÏLANDE PHILIPPINES
VIETNAM Pays possédant ou
soupçonné de posséder
l’arme nucléaire
CAMBODGE Course à l’armement
L’Asie, un continent conflictuel ?
(dépenses militaires
≥ à 50 % en dix ans)
Multiplication des
attentats islamistes
Flux de réfugiés
OCÉAN
INDIEN
I N D O N É S I E
1 000 km
à l’équateur
A. Monot, 2022.
Carl
20/05/2022 11:32
Format 180x140
ALEXANDRA :
De nombreux conflits territoriaux maritimes
Les espaces maritimes asiatiques portent depuis une dizaine d’années les prétentions
impérialistes et nationalistes des grandes puissances du continent et se cristallisent sur
l’extension des zones économiques exclusives (ZEE), la possession d’îles et d’îlots, d’autant plus
si des ressources y sont supposées présentes. À nouveau, ce sont les frontières maritimes
chinoises qui offrent le plus grand nombre de contentieux, reflétant ainsi le rééquilibrage des
puissances régionales.
Les conflits latents ou ouverts à propos de la délimitation des ZEE en mer de Chine relèvent
pour la plupart d’une lutte d’influence entre puissances émergentes, au détriment du Japon mais
au profit de la Chine et de la Corée du Sud, qui veulent s’affirmer dans leur aire régionale
comme puissances mondiales. C’est le cas de la Chine, de la Russie et du Japon. Or ces tensions
se déroulent sur fond de course aux ressources halieutiques ou d’hydrocarbures et dans le cadre
de nationalismes exacerbés renaissants. Néanmoins, les interdépendances économiques des
forces en présence (la Chine est le premier partenaire commercial du Japon et la Corée du Sud
le troisième) devraient permettre d’éviter que les contentieux ne dégénèrent.
1008
u En mer du Japon
En remontant encore un peu plus vers le nord, en mer du Japon cette fois, une autre pomme
de discorde oppose la Corée du Sud au Japon à propos des rochers Dokdo contrôlés par la
Corée mais revendiqués par le Japon (sous le nom de Takeshima). Ces îlots de la discorde,
comme les Senkaku, cristallisent des relations difficiles entre Tokyo et Séoul depuis l’occupation
japonaise de la péninsule entre 1910 et 1945, en dépit d’un traité de normalisation des relations
conclu en 1965 sous la houlette étatsunienne.
1009
u Généralités
1117
« Russie. Nouvelles ambitions, forces et faiblesses », Diplomatie, Les Grands Dossiers, n° 57,
2020.
Scoccimaro R., Atlas du Japon, Autrement, 2018.
Tertrais H., Atlas de l’Asie du Sud-Est, Autrement, 2020.
u La Chine
1118
RÉVISIONS
animent ?
Pourquoi l’Asie porte-t-elle à l’échelle mondiale quelques-unes des principales régions de
l’antimonde ?
Quelles sont les rivalités de puissance en cours en Asie entre la Chine, le Japon, l’Inde et
dans une moindre mesure la Russie ?
Entre pays les moins avancés et pays émergents, quelle est la situation du développement
sur le continent ?
Quelle est la place de l’Asie dans la mondialisation ? Par quels moyens s’y insère-t-elle ?
Quels sont les impacts spatiaux de la mondialisation en Asie ?
Quels sont la place et le rôle de la Chine et de l’Inde en Asie et dans la mondialisation ?
Quelles sont les modalités de l’émergence de la Chine et de l’Inde ?
Idées à retenir
Le continent asiatique présente un profil particulier de tensions et de conflits qui y sont omni-
présents, tant au niveau maritime (différends sur les limites de ZEE, piraterie) qu’au niveau
terrestre (conflits frontaliers, séparatismes, tensions sociales et politiques). En effet, l’Asie est un
continent en ébullition :
– D’abord par une formation toujours active des États, qui ne semblent pas considérer les
frontières héritées de la décolonisation comme définitives. Depuis 1947, une trentaine de
conflits majeurs ont déjà eu lieu, qui ont abouti à des modifications de tracés de frontières.
– Ensuite, l’Asie présente un espace très hétérogène, tant au niveau culturel (mosaïque
ethnique, linguistique et religieuse) où s’affrontent ouvertement les trois grands monothéismes
et les polythéismes, qu’au niveau politique, avec différents régimes en place, dont certains
autoritaires voire totalitaires. Les minorités très nombreuses, souvent en position frontalière,
s’insurgent de plus en plus contre les autorités centrales afin de faire entendre leur voix pour
exprimer une marginalisation économique, sociale ou politique.
– L’essor du nationalisme religieux au sein de minorités nationales musulmanes conduit à une
radicalisation de l’islam comme réponse au rejet soit d’un pays dirigé par des non-musulmans
(Ouïgours en Chine), soit d’un gouvernement musulman jugé trop modéré ou à la solde des
Occidentaux (Afghanistan, Pakistan).
1121
continent tend à aggraver des tensions déjà fortes. En effet, les conflits sont localisés à des
nœuds d’interaction entre les enjeux nationaux, continentaux et mondiaux (Afghanistan,
Cachemire, Indonésie par exemple). De plus, les États-Unis, considérant l’Asie comme un
enjeu vital pour leurs intérêts géostratégiques et économiques, veulent imposer leur loi en y
jouant les gendarmes, dans un nouveau « Grand Jeu ».
Se met alors en place une géographie particulière des conflits en Asie :
– au niveau des régions frontalières ou des marges étatiques, de l’Asie centrale à l’Asie du
Sud-Est en passant par le sous-continent indien et la Chine, conflits dus à des différends sur
le tracé des frontières ou à la volonté séparatiste de minorités ethniques ;
– au niveau des espaces maritimes des mers du Japon, Jaune et de Chine ;
– sans oublier les différends soit hérités de la guerre froide (entre les deux Corées) ou de la
décolonisation (Cachemire), soit liés aux ressources (Xinjiang) ou à l’antimonde (Croissant
d’or et Triangle d’or).
À retenir : deux conflits restent ouverts et armés, en Afghanistan et entre les deux Corées.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Asie Pacifique connaît une industrialisation rapide en « vol
d’oies sauvages » à partir du Japon, en appliquant un modèle de développement fondé sur l’in-
dustrialisation par substitution aux importations et la remontée des filières, ce qui aboutit à
l’essor des quatre dragons à partir des années 1960 puis des tigres dans les années 1980.
Malgré des périodes de régimes communistes dans nombre de pays asiatiques, l’ouverture sur la
mondialisation s’impose en Asie dans les années 1980, permettant une industrialisation par les
industries traditionnelles (textile, sidérurgie) et de plus en plus par la haute technologie aux
incidences territoriales sélectives (technopôles).
Grâce à l’essor des productions agricoles, industrielles et de services, l’Asie est devenue un pôle
commercial incontournable, principalement de marchandises (produits agricoles et industriels)
empruntant les routes maritimes de la mondialisation et favorisant l’essor de grands ports au
sein de vastes façades portuaires. Néanmoins, la crise de 2007-2008 a fait émerger sur la scène
internationale l’Asie comme un pôle émetteur des flux financiers, notamment en direction des
pays développés.
Cette réussite, avant tout économique, les cultures asiatiques ayant plus de difficultés à se
diffuser, est dynamisée par le rôle des États qui contribuent à l’essor d’un « nationalisme écono-
mique » en définissant des stratégies nationales de développement, en soutenant leurs firmes
nationales, par exemple par des structures étatiques d’encadrement ou des aides logistiques et
financières aux entreprises.
1122
Éléments méthodologiques
Délimiter le sujet
Après avoir défini le sujet, il faut s’attacher à le délimiter :
– d’abord spatialement : quels espaces sont inclus dans le sujet ? Certains sujets sont simples et
leur délimitation spatiale aisée, d’autres relèvent d’une réflexion plus approfondie ;
– puis chronologiquement : les sujets peuvent avoir une dimension géohistorique ou porter sur
un phénomène de longue durée, aussi faut-il parfois fixer des bornes chronologiques à
l’analyse à mener.
Problématiser le sujet
Une fois que le sujet est bien cerné, on peut le problématiser, c’est-à-dire exposer par une formu-
lation claire la ou les question(s) contenue(s) dans le sujet et à laquelle (auxquelles) le devoir doit
répondre. C’est présenter le sujet en mettant en valeur le problème qu’il contient. Attention,
libeller le sujet sous une forme interrogative ne peut en aucun cas tenir lieu de problématique.
1126
EXERCICES
– chaque partie est subdivisée en 2, 3 ou 4 arguments qui forment autant de sous-parties ;
– chaque sous-partie est développée par un ou deux exemple(s) étayé(s) par un ou deux chiffre(s)
précis et expliqué(s) (des statistiques commentées par exemple).
Éléments de corrigé
Introduction
En 1942, le premier tunnel sous-marin est inauguré au Japon pour relier les îles d’Hokkaido et
de Honshu. Au-delà de cette performance mal affichée dans le monde en raison du contexte,
cette prouesse technique illustre l’idée de maîtrise des territoires en montrant comment les
sociétés humaines agissent aux dépens de certaines données, naturelles dans ce cas.
La maîtrise des territoires peut en effet renvoyer à une foule d’actions qu’il s’agit de classifier.
De manière générale, elle est une entreprise humaine pour gérer au mieux un territoire.
Ce dernier est plus qu’une portion de la surface terrestre disposant de ressources et porteuse de
contraintes pour les sociétés qui s’y établissent. Il est en outre une entité habitée, vécue, par une
population qui peut se faire actrice de la gestion comme subir ou intégrer les autorités qui
président au devenir de leur territoire d’inscription. L’Asie est à entendre sans prendre en
compte le Moyen-Orient étendu à des États aux problématiques communes, et donc pour
l’ensemble des territoires à l’est de l’Afghanistan jusqu’aux rivages du Pacifique. La diversité
interne rappelle que le changement d’échelle est à pratiquer pour la saisir au mieux.
La maîtrise des territoires asiatiques interroge en effet ce qu’est l’Asie. Elle est le témoin des
aires culturelles à géométrie variable qui s’y repèrent et de la diversité des pratiques de gestion.
1127
ÉTATS-UNIS
New York
CANADA
Océan
Atlantique
Nord Pôle
Nord Océan
Arctique
Yellow River Océan
(Spitzberg) Pacifique
Nord
Océan
austral
Zhongshan
Océan
Atlantique Kunlun
Sud ANTARCTIQUE Baie Terra Nova
Great Pôle
Sud
Wall Océan
austral
Océan
Nouvelles ambitions maritimes Ushuaia Pacifique
d’une puissance continentale (Argentine) Sud
BRÉSIL
Principales routes maritimes
2 000 km
90 % du commerce et 40 %
à l’équateur Source : Le Monde, février 2017 mis à jour en juillet 2019.
des importations pétrolières
chinoises dépendent
du transport maritime
Mer de Chine méridionale : Arctique, Antarctique : des pôles si proches
Route maritime annoncée
un horizon « vital » où Station polaire chinoise
par Beijing en 2013, composante imposer son hégémonie Expédition antarctique
des « nouvelles routes de la soie » Récifs contestés occupés (33 expéditions, la dernière en 2016)
Installations portuaires militairement par Beijing Conseil de l’Arctique, que Beijing a intégré
construites ou en projet et transformés (poldérisation, en 2013 comme observateur permanent
construction de ports et pistes Route du Nord, raccourci stratégique rendu
que la Chine possède ou loue d’atterrissage) possible par la fonte prolongée de la banquise,
où la Chine dispose Mer de Chine méridionale emprunté par l’armateur national chinois Cosco
de facilités d’attache en 2013, 2015 et 2016
Source : [Link]
Carl la-chine-se-cartographie-comme-le-nombril-du-monde_5082283_4355770.html
Format 140x180
ALEXANDRA :
1130
M4C2_P3_Exercice_Chine
EXERCICES
depuis 2013. Dans le cadre de ce projet, a été inaugurée en 2014 la liaison ferroviaire entre
Chongqing, à l’est de la province du Sichuan, et Duisbourg, en Allemagne, au confluent de la
Ruhr et du Rhin. En 2019, l’Italie s’est associée au projet BRI (Belt and Road Initiative), le
nouveau nom officiel de la « nouvelle route de la soie » (cette dernière fut d’abord appelée
OBOR [One Belt, One Road]). Pour Beijing, la BRI permet de renforcer son emprise sur de
nombreux pays.
Instrument de projection de puissance, on peut rapprocher la BRI des théories du Britannique
Halford Mackinder (1861-1947), père fondateur de la géopolitique. Lors de sa célèbre confé-
rence du 25 janvier 1904, il avait affirmé : « L’Asie est le pivot de l’histoire. Qui, avec les moyens
de la technologie moderne, notamment ferroviaire, la contrôlera, dominera le monde. » De plus,
par son pendant maritime, la BRI s’inspire de la pensée d’Alfred T. Mahan centrée sur la
thalassocratie.
La BRI, que son initiateur, Xi Jinping, a qualifiée de « projet du siècle », vise en effet à intégrer
et à subordonner une multitude de pays à l’économie chinoise et à assurer des débouchés au
BTP chinois. Elle doit également permettre de développer l’intérieur des terres chinoises et de
les désenclaver en les reliant à l’océan Indien par le Pakistan ou la Birmanie. Le projet terrestre
est une façon de sortir du « dilemme de Malacca », c’est-à-dire de la dépendance à cette route
maritime particulièrement vulnérable. L’expression « dilemme de Malacca » est apparue pour la
première fois en 2004 dans un article du journal hongkongais Wen Wei Po qui résumait un
discours du président chinois de l’époque, Hu Jintao.
Pour une analyse détaillée, nous renvoyons aux sous-parties suivantes : L’influence de la Chine
dans le monde : quatre exemples de zones géographiques et Un « siècle chinois » ?
Quant à l’intérêt récent de la Chine pour les régions polaires, nous vous invitons à lire l’article
en ligne suivant :
Gauquelin I., « La Chine et les régions polaires : quand la boussole indique le Nord à l’empire
du Milieu », site Asialyst. Consultable à l’adresse suivante :
[Link]
1131