Absorption
PRINCIPE
L’absorption correspond au lavage du gaz par une solution liquide, souvent aqueuse. Cette
opération permet de transférer les polluants de la phase gaz vers la phase liquide.
L’absorption repose sur l’équilibre physique qui existe lorsqu’on met en contact une phase
gazeuse contenant une substance donnée et une phase liquide dans laquelle cette substance
est soluble.
Le choix du liquide de lavage conditionnera la quantité de matière transférable de la phase
gazeuse vers la phase liquide. En effet, si le composé à transférer ne subit aucune modification,
le processus est une simple absorption physique basée sur la solubilité du composé dans la
phase liquide. Toutefois, l‘équilibre pourra être totalement déplacé si l’on ajoute au liquide
considéré des réactifs chimiques qui fixent ou détruisent le polluant.
Le transfert des polluants sera lié à la fois aux mécanismes diffusionnels et aux mécanis-
mes réactionnels. Pour la cinétique du transfert, c’est le mécanisme le plus lent (ici le
mécanisme diffusionnel) qui est déterminant.
Afin d’accroître le rendement de l’opération, il sera possible d’agir sur les paramètres qui
régissent la diffusion comme la température, la surface de contact gaz/liquide ou le temps de
contact. Dans le cas d’un lavage avec réaction chimique, plus la réaction chi- mique sera rapide,
plus le transfert sera accéléré.
INSTALLATIONS
L’application du principe d’absorption repose sur la mise en contact de la phase gazeuse et de
la phase liquide dans un « contacteur gaz-liquide ». Cette mise en contact sera d’autant plus
efficace que la surface d’échange sera importante.
Il existe plusieurs types de contacteurs gaz-liquide. Les absor- beurs les plus couramment
utilisés sont les colonnes à garnis- sage, fonctionnant à contre-courant, les colonnes à
plateaux, les colonnes à pulvérisation, les laveurs Venturi ou les mélangeurs statiques.
Colonne à garnissage
Le gaz et le liquide circulent en général à contre-courant. Le liquide s’écoule par gravité sur
un garnissage en formant un film de grande surface. La taille et le matériau du garnissage
sont très divers. Le débit de liquide doit être suffisant pour assurer le mouillage uniforme du
garnissage, tout en évitant l’engorge- ment de la colonne (saturation en liquide).
Colonne à plateaux
Ce type d’absorbeur ne fonctionne qu’à contre-courant. À l’inté- rieur de la colonne, des
plateaux percés d’orifices et placés en quinconce permettent le passage du gaz. Le liquide
s’écoule par gravité sur ces plateaux en formant une couche liquide à travers laquelle les
bulles de gaz se dispersent.
Ces colonnes trouvent leur application dans les domaines de débit de liquide où la colonne à
garnissage ne peut pas être uti- lisée ou pour des diamètres de colonne (Dc) supérieurs à 1,5 m.
D’un coût plus élevé (sauf pour Dc > 1,5 m), cette colonne pré- sente d’autres désavantages :
formation de mousses, pertes de charge importantes, nécessité d’un grand volume de liquide…
LES COLONNES A PLATEAUX
Les colonnes à plateaux ont à l’origine été inventées pour la distillation, mais elles peuvent
également être utilisées comme absorbeur. Les plateaux munis de déversoirs sont
particulièrement bien adaptés pour l’absorption, mais en fait, tous les types de plateaux
peuvent être utilisés.
Les plateaux, éléments actifs d'une colonne, sont en fait conçus pour assurer la dispersion
de la phase gazeuse au sein du liquide en utilisant directement l'énergie de pression de cette
phase gazeuse. Les dispositifs de dispersion divisent la vapeur en jets indépendants et
augmentent la surface de contact avec le liquide.
Au sein des colonnes à plateaux, le mouvement de la phase liquide a toujours lieu du haut
vers le bas.
Colonne à pulvérisation
Le liquide est ici pulvérisé, sous forme de gouttelettes, en tête d’une colonne vide dans
laquelle circule à contre-courant le gaz à traiter. En fonction de leur taille, les gouttelettes vont
soit des- cendre au pied de la colonne, soit être entraînées par le flux gazeux. Dans ce dernier
cas, elles devront être récupérées par un dévésiculeur. Le système fonctionne donc en régime
mixte contre-courant et co-courant.
Un compromis sera à rechercher car l’efficacité de ce type de contacteur est fonction de deux
paramètres opératoires concur- rents. Il faut en effet veiller à conserver une surface d’échange
importante (gouttelettes les plus fines possible) tout en privilé- giant le régime à contre-
courant (gouttelettes descendantes), qui s’avère plus efficace si l’absorption est de nature
physique.
Ce procédé est utilisé lorsque la résistance au transfert est entièrement dans le film gazeux
(composés très solubles en phase liquide). L’intérêt de cette technique se situe au niveau des
pertes de charge extrêmement faibles et des temps de rési- dence relativement longs
(quelques secondes).
Une des limites du procédé est la tendance des gouttes à coales- cer, ce qui réduit
considérablement la surface d’échange.
Laveur Venturi
Pour le laveur de type Venturi classique, l’énergie est fournie au gaz qui pulvérise le liquide
ajouté au col de l’appareil par une ou plusieurs buses. Dans le type éjecteur, l’énergie est fournie
au liquide qui, en se pulvérisant, entraîne et lave le gaz à traiter.
Ce système permet d’obtenir une aire interfaciale importante, mais le temps de contact entre les
phases est faible et le fonc- tionnement se fait à co-courant. De plus, l’énergie à fournir est
importante et les pertes de charge sont élevées. Ce type d’appa- reil sera surtout utilisé pour le
dépoussiérage ou lors d’opéra- tions impliquant une réaction chimique rapide.
Mélangeurs statiques
Ce sont des contacteurs directement placés dans les canalisa- tions. Ils permettent d’obtenir des
aires d’échange très élevées en contrepartie de pertes de charge importantes.
Encore peu répandus lorsque la phase continue est un gaz, ils peuvent être utilisés pour une
installation très compacte en pré- sence d’une réaction chimique rapide.
APPLICATIONS
Avantages et inconvénients
L’absorption permet de répondre aux exigences réglementaires de rejet dans
l’environnement. Elle peut, par ailleurs, permettre un traitement simultané des
poussières et des polluants gazeux.
L’absorption physique (sans réaction chimique) est une tech- nique non destructive. Elle
permet, par la régénération du liquide, de recycler l’espèce polluante dans le procédé.
Ceci représente à la fois un intérêt technique et économique.
Un des inconvénients de cette technique est la nécessité d’avoir des compétences particulières
pour le fonctionnement et la maintenance de l’installation. De plus, le traitement de flux à
haute température ne sera généralement pas possible, du fait du phénomène d’évaporation.
Enfin, l’un des problèmes majeurs de ce procédé est qu’il repose sur un transfert de pollu-
tion de la phase gazeuse vers la phase liquide.
Domaine
D’un point de vue technique, les installations de lavage peuvent traiter des débits de 1 000 à
100 000 Nm3.h–1 d’effluents, avec des concentrations de 2 à 50 [Link]–3. Cependant, pour
des raisons purement économiques, il est difficile de traiter les effluents faiblement pollués.
De ce fait, la limite inférieure d’uti- lisation de ce procédé sera de l’ordre de 200 à 300 ppm.
Exemples
De nombreuses applications existent pour le traitement des odeurs (stations d’épuration,
équarrissage…) et des solvants (pétrochimie, industrie des encres et peintures, industrie phar-
maceutique…). Citons, par exemple, la récupération par lavage à l’huile du tétrahydrofurane
dans le secteur de la fabrication de bandes magnétiques ou encore la récupération des BTX
(Benzène Toluène Xylène) par absorption puis distillation dans les gaz de cokerie. Pour les
stations d’épuration, le lavage acido- basique est couramment utilisé. Habituellement, deux ou
trois laveurs sont utilisés en série. Le premier est un étage de traite- ment acide pour
l’élimination des composés azotés, suivi d’un étage de traitement basique oxydant ou de
traitement oxydant suivi d’un traitement basique pour les composés soufrés (SO2, H2S…).
RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT
L’absorption est une technique bien connue. Si ses performan- ces sont la plupart du temps
satisfaisantes, la gestion de la récu- pération et du devenir des composés piégés et de la
solution de lavage reste essentielle. Pour ces raisons, la recherche s’oriente vers le
développement de procédés mixtes couplant deux ou plusieurs techniques afin de détruire ou
de recycler le polluant.
Auteur : Stéphanie Marsteau, Département Ingénierie des Procédés Mise en pages : Nicole
Pellieux
Procédés mixtes
L’objectif est de développer des techniques qui permettent de conserver des performances de
dépollution importantes tout en restant économiquement acceptables. Le couplage de l’absorp-
tion avec des procédés membranaires est en voie de développe- ment. Cette technique permet à
la fois de récupérer un polluant plus concentré, éventuellement valorisable, et de régénérer le
liquide de lavage. Dans le cas de polluants non valorisables, la mise en œuvre de réactions
catalysées au moment du lavage est une voie de recherche qui est également explorée.
Autres
Des travaux sont par ailleurs menés sur l’utilisation de mélan- geurs statiques qui permettent
d’obtenir des systèmes com- pacts avec une grande aire interfaciale gaz/liquide.
Des colonnes à gouttes transportées sont à l’étude. Ces contac- teurs permettent d’effectuer le
traitement simultané des gaz et des poussières et sont utilisés, par exemple, pour les fumées
générées par combustion dans les unités d’incinération des ordures ménagères.
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1re édition (2005) • réimp. nov. 2006 • 1 000 ex.