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Éthique protestante et législation bioéthique

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LE POINT DE VUE PROTESTANT

PAR

Jean-Arnold de CLERMONT

La Fédération protestante de France, dans les < éléments de réflexion >


quoelle a publiés en mars 1987, aborde cette question dans les termes
suivants : < Bien sûr il faut légiférer pour poser certaines limites dans
ce nouveau contexte. Mais aussi il ne faut pas troP légiférer et soen tenir
par exemple aux garde-fous proposés par le Comité national d'Ethique.
Les options éthiques dans une société vivante, y compris dans nos Eglisesn
ne sont doailleurs pas toujours concordantes. Le droit doit soen tenir au
minimum qui permette leur coexistence. Nous ne sommes ni de ceux qui
veuleut ériger leur morale en loi, ni de ceux qui nient la nécessité de
toute loi. >>
Je les commente en guelgues points.
- Il ne nous appartient pas co'''yne Eglise de nous prononcer sur
le débat actuel sur le < vide juridique > existant ou non pour faire face
aux guestions posées par les nouvelles technigues biologigues. < Nous
ne sommes pas de ceux qui veulent ériger leur morale en loi... > Vous
trouvez ici loécho d'un combat auguel la famille protestante a participé
activement : celui de la séparation de I'Eglise et de I'Etat, seule capable
d'assurer la liberté de tous. Toutefois I'exercice de la liberté dans la
maîtrise de la procréation ou la génétique fait intervenir de nombreux
partenaires (médecinsoparents, famille, enfant à naître, Eglises, société...).
La législationo guand elle interviendra, devra permettre cet exercice dans
le souci d'autrui, autant que [Link] souci de soi-même.
- A l'écoute de Ia Bible, les protestants sont convaincus que les
guestions nouvelles posées à eux aujourd'hui trouveront réponses, même
si elles ne sont pas directement abordées par loEeriture I cette recherche,
et ce partage demandent réflexion et temps. Toute législation qui inter-
234 BroÉrnreun Er Dnorr

viendrait trop rapidement court-circuiterait cette réflexion, et [Link]


l'émergence d'une morale dans I'expérience de la vie.
- L'élaboration d'une morale et d'une législation qui en découlerait
exigent un large débat public sur la base d'une information aussi riche
que possible. Peut-être faudrait-il que le premier effort du législateur soit
d'éviter I'esprit d'aventure des francs-tiréu"., caractérisé par- des oipéri-
mentations qli n'ont pas pour objet de corriger des anomalies ou pour-
raient avoir des effets sur la descendance.
L'un des critères qui me semblent apparaître chez les praticiens est
celui d-u ( cas par cas )) ; si la médecine ï pour vocation de- corriger des
anomalies, elle ne crée pas pour autant un homme nouveau -1t qui
déciderait de la nature de cet homme ?
- Enïin, je le rappelle, toute législation devrait à notre avis porter
son attention en priorité aux droits de I'enfant à naître.

\) L'éthique nécessaireà la technique

Notre épo-que est_en train de vivre des progressions spectaculaires


-
dans la connaissancedes processusde Ia vie et dËs interventiofs techniques
possibles. Mais jusgu'où peuvent aLler les technigues de procréation sans
porter atteinte au_respect de la personne humaine ? Il Îaut en appeler
de la technique à l'éthique, non pour censurer la recherche, ni pour pro-
yoquel la peur, mlis _p9u1 rechercher le <<souhaitable > pdur l€tre
humain ; sans _quoi le développement technique et I'intérêt ôo'n-ercial
d'exploiter des < possibles )) sans énoncer le < préférable >.
Itjqo"n.t
Ne nous cachons pas non plus que certaines techniques de pointe peuvent
apparaître cgmme un luxe insolent si on pense à la multitude d;enfants
< sans famille->
.[Link] défavorisés, ou à la famine, aux épidémies et
à la sous-médicalisation qui y règnent. cela signifie qu'il fairt réfléchir
à la totalité de notre mode de vie et non pas seulemônt aux recherches
en biologie, génétique et procréatique, qui sont ici notre objet.
Les éléments de réflexion éthique avancés ici par Ia FédËration pro-
testante de France sont proposésà làttention de toui. En effet nous vivons
tous au même moment, dans le même monde, eto selon notre foi, tous
sont enfants du même Dieuo promis à la même bénédiction, tout comme
ils sont entourés des mêmes menaces.
C-esont des propositions humhles, car I'Eglise? cornmunauté de femmes
et d.'homrnes à loécoute de Dieu en Jésus-ehrist. à travers les témoins
bihliques, peuto-même en demandant loaide du Saint-Esprit, se tromper.
Mais ces proprsitions veulent cependant offrir guelques rèpères aux mem-
bres--de nos Eglis_es,et spécialement à ceux qùi ont des-choix difficiles
à effectuer- pour leur propr_ecouple ou leur ônfant à venir, ou pour la
poursuite de leur activité de médecins ou de chercheurs. Et ceôi dans
une s_ociétégui est manifestement en recherche doune bioéthigue, coest-à-
dire d'une morale pour la vie.
L,INTERVENTION DU LEGISLATEUR 235

2) Maîtrise de Ia nature et conooitise de Ia puissance

Pour nous protestants, c'est l'écoute individuelle et communautaire


de la Bible qui détermine le témoignage de I'Eglise. Il est certes évident
que les questions qui se posent aujourd'hui ne sont pas directement
abordéesdans la Bille, étant donné la nouveauté des techniques en cause.
Mais cette nouveauté, loin de rendre la Bible désuète, nous aide à
découvrir sa permanente actualité.
Par exemple, il y a deux récits de création au début de la Bible, qui
se complètent I'un I'autre et qui apportent ensemble une lu.1ière précieuse
pour lbntreprise scientifique et technique humaine. Dans Genèse I nous
ôntendons gue Dieu a donné à I'humanité permission et promesse de
< remplir la terre et de la dominer >. C'est pourguoi nous saluons avec
joie les découvertes nouvelles et leur portée de guérison ou d'amélioration
âe la vie à ses débuts. Mais dans Genèse 2 nous entendons que le couple,
placé dans le jardin ( pour le cultiver et le garder >o est mis 9n garde
éontre les fantasmes et les illusions de la toute-puissance, symbolisée par
ce fruit apparemment < bon à manger >, séduisant à regardero précieux
pour agir avec clairvoyance ) (Gen. 3/6).
fl y a donc à la fois dans la Bible promesse de domination de la nature
et mise en garde contre la convoitise de la toute-puissance. Eu reconnais'
sant quoil n'est pas Dieu, gue sa liberté et sa maîtrise sont limitées p,ar
loamour de Dieu et par I'amour du prochaino l'être humain ne s'affaiblit
pas, ne s'appauvrit pas, iI est gardé du désordre et du vertige.

3) Dissociations dans Ia sexualité æ identité prentale de I'enfant

Le couple humaino la procréation humaineo I'enfance humaine ne se


mesurent pas seulement en termes de processus biologiques. Ils vivent
d'une attirance, d'un échange, et d'attachements affectifs. C'est dans cette
perspective de I'amour, de la liberté humaine et de la responsabilité
parentale qu'on peut comprendre le caractère positif :
de la contraception qui dissocie sexualité et fertilité face à la
détresse doune fécondité qui peut constituer une menace ;
- de la procréation médicalement assistée qui réassocie sexualité et
fertilité face à la détresse d'une stérilité persistante.
Mais ne risgue-t-on pas de créer pour I'enfant de réelles fifficultés
à trouver et à assumer son identité s'il y a eu, lors de sa conception,
fissociation entre I'affectif et le généti'gue ?
Doune parto on doit, à cet égard, distinguer entre les méthodes de
procréation médicalement assistéene faisant pas appel à un tiers extérieur
au couple, et celles qui le font (don de sperme ou d'ovuleo don d'embryon,
prêt d.'utérus). Tandis que les premières peuvent être regardées coulme
de simples parenthèses techniqueso les secondesobligent à prendre sérieu'
sement en compte la responsabilité des donneursodes demandeurs et le droit
de loenfant à connaître ses géniteurs.
236 BroÉrHreuE Er DRorr

D'autre parto il faut souligner le recours constant de la Bibre au


concept et à I'image de I'adoption : nous sommes finalement tous des
enfants adoptés par I'amour de-leurs parents, ce qui relativise les circons-
tances techniques ou naturelles de la-fécondationi
ce qui semble devoir être sûrement rejeté, c'est I'utilisation prolongée
-
des techniques de congélation d'embryon au-delà du désir viviant d'un
couple_,car on ne peut-pas décider h nàissance d'orphelins. Et plus globa-
-et
lement nous
_croyons fondamental guoun enfant soit demandé atiendu
par un couple vivanto et non le piolongement d'un désir solitaire.

4) L'enfant à tout prix ?

Absolus et inviolables, les droits de I'enfant appeilent encore plus de


-partie
vigilance que
-les droits de l'homme en généraf ïont ils fonr ;
parce que I'enfant ne peut les revendiquer I'ui-même. Ces droits devraient
_comporterI'amour d'un père et doune àè"e, un foyer stableola paix d'une
longue enfance.
Le désir doenfant,.si.légitime et si noble soit-il comme témoignage
d.'une ouverture essentielleàu corrple sur autrui, doit rester ,""ooï pi"
rapport à ces droits de I'enfant. ceux-ci impliquent trop de devoirs pàur
les parents pour- qu_'ils puissent s'en tenir i leur < droit à
I'enfant >[Link] elles rèspectent ces exigences"e"erdiqoer
fondamentales, les techni-
ques médicales,
_silple_ palliatif de la stérilité, ne soulèvent pas d'objec-
tions majeures. Mais elles ne peuveut pas devenir ro -oy"rr- d.'avoir-un
enfant sans couple.

5) Diagnostic prénatal et aoortem,ent thérapeutique

diagnostic pré-natal in-utero est un immense progrès dans la sur-


.,Le 'des"
veillance des grossessesà risgue. Il peut rassurer mères, il peut
permettre des traitements partiôuHèrement précoces des'malâdies
ti"fgir
décelées..rl paraît tout à fait justifié- pour des eoupies à risque génétigue
afin qu'ils puissent ensuite demande^r et obtenir^ un avort'emeît théra-
peutiqueo si,_dû::elt informés d'un avenir trop menacé pour I'enfant
à naître, ils le décident. Mais il faut veiller à que cettô information
génétiqu_ecoûteuse ne serve pas au choix dtun enfant "e conforme aux fan-
tasmes des parents (éIimination d'un embryon de sexe non.désiré, etc.).
comme aussi.à c; {u'elle reste à I'usage des seuls intéressés et ne puisse
être_communiquée aux employeurs, asJureurs, etc.
Dans un souci de < moindre mal > ra l'édération protestante stest
à plusieurs reprises-e-xpriméeen faveur doune loi peïmettant I'avortement
medrcal en cas de détresse,-parcequ'il lui semblait impossible de refuser
le secours de la médecine à une fèmme dans la détre;e, ou refusant la
naissance doun enfant gravement handicapé.
DU LÉcrsLArEUR
L'TNTERVENTIoN 237

Quant au diagnostic pré-natal sur un embryon issu d'une fécondation


in viiro, qui théoriquement permettrait un dépistage encore plus précoce
de patholoeie grave,lt éventuellement un avortement in vitro de loembryon
noo impliotg] I fait I'objet d'une proposition de moratoire du Comité
national d'Ethique. C'est une décision sage car toute recherche sur I'em-
bryon non-implànté, si intéressante quoelle puisse.être pour une meilleure
connaissancedes chromosomes humains, et peut-être pour une prévention
des maladies géniques particulièrement graves' ne Peut s'engager sans
aarde-fou, c'est-à-dire sans évaluation de sa finalité thérapeutique, de
Jon risque et de son coût. Ceci ne devrait se faire que dans des centres
agréés et contrôlés au sein doéquipesparticulièrement compétentes, et dans
u-n cadre juridique qui précise que seuls les géniteurs sont responsables
de leurs embryons et doivent en décider l'implantation, la destruction,
ou le don à la recherche (après avoir été honnêtement informés). Ceci
éviterait I'intervention, sur la maîtrise de la procréation, d'intérêts exté-
rieurs économiques ou eugéniques' ou de pure compétition scientifiqueo
tout comme la sélection par I'argent de ceux qui pourraient bénéficier
de ces technigues.

6) Responsabilité d'eaant Dieu et législations humaines

Ces nouvelles techniques sont' comme toutes les entreprises humaines,


placées sous le doulle signe de la tentation et de la prones-se; la meil-
leure parabole en est celle d'une <<croissance > qui mêle le bon grain -et
I'ivraiô. L'ivraie, la tentation, c'est cette folie de la puissance par laquelle
I'homme thaumaturge prétend tout fabriquer, y compris lui-même ; le bon
grain, la promesse?coestce vrai miracle technique gui peut rendre possi-
É1" orr" cômmunication là où elle était fermée, ouvrir une existence à la
possibilité des autres, et faire signe vers I'amour_. Ainsio pour réParer
irne dissociation entre sexualité et procréation, il faut prendre garde de
ne pas en créer de nouvelles plus gravesopar exemple celle,entre le couple
et Penfant dans le cas des mères porteuses. D'ailleurs seul loamour peut,
par-delà les cas et les catégoriesmédicales, juridiques, morales, s'approcher
de situations toujours singulières.
Bien sûr il faut légiférer pour Poseï certaines limites dans ce nouveau
contexte. Mais aussi il ne faut Pas troP légiférer et s'en tenir par exemple
aux garde-fous proposés par le Comté nation"] d'Ethique. Les options
éthiques dans une société vivante, y compris dans nos Eglises, ne sont
d'ailleurs pas toujours concordantes. Le droit doit s'en tenir au minimum
qui permelte leur coexistence. Nous ne sommes_ni d.e ceux _gui veulent
é"ige"
-Maisl"ur morale en loi, ni de ceux qui nient la nécessité de toute loi.
dans tous les cas nous sommes responsables: non pas maîtres
(seulement responsablesdevant nous-mêmes), mais responsablesdevant les
autres, devant loenfant, responsablesdevant Dieu. Cette res'
"esponJubles
ponsabilité traverse toute I'ambivalence de la situation humaine et aide
à ne pas arracher le bon grain avec I'iwaie.

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