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Coopération décentralisée au Sénégal

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Présenté par : Maurice Diomaye TINE

Mamadou THIA
Assane NDIAYE

Thème : Les solutions de la coopération décentralisée

INTRODUCTION :

Dans un contexte marqué par la pauvreté, la crise d’efficacité et l’inadéquation des politiques
publiques, la quasi-totalité des Etats Africains ont opté pour leur organisation et leur
fonctionnement la technique de la décentralisation. En effet faut-il le rappeler la
décentralisation est selon les constitutionnalistes, un processus d’aménagement de l’Etat
unitaire qui consiste à transférer des compétences aux collectivités locales .Dans sa mise en
œuvre, la décentralisation apparait comme une approche pragmatique et commode à porter le
développement. Cette posture de la décentralisation est majoritairement acceptée par la
doctrine, pour le doyen de Toulouse : « l’essence même de la décentralisation consiste à
permettre à la population d’une circonscription de décider elle-même des affaires
locales1 ».Dans la même logique que le doyen de Toulouse le professeur Zaki affirme : «
moment fort de la réforme de l'Etat, la décentralisation a pour objectif principal l'impulsion
d'un développement économique endogène et ascendant, reposant sur un partenariat entre les
collectivités locales et l'Etat dans le cadre de la prise en charge de leurs compétences
respectives. En adaptant les solutions aux lieux et aux milieux, elle répond aux contraintes
d'efficacité du service public et conduit à une approche transversale du développement et de la
promotion du bien-être des citoyens2.»

Mieux encore, au-delà de la doctrine le président français Mitterrand, fraichement élu


déclarait le 15 juillet 1981 en conseil des ministres : « la France a besoin d’un Etat fort ; pour
se faire, aujourd’hui elle a besoin d’un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire 3». Partant,
pour se faire l’Etat ne doit pas hésiter à miser sur les moyens afin de permettre aux
collectivités locales de pouvoir faire face à ces exigences.

De ce qui suit, il convient de retenir que la décentralisation revêt une double dimension. Elle
peut-être institutionnelle comme relationnelle. Dans son aspect relationnel, la décentralisation
met en évidence les différents rapports que peuvent entretenir les collectivités locales avec
l’Etat d’une part et d’autres parts les relations que nouent les collectivités locales avec leurs
homologues nationales comme étrangères. Sous cet angle les collectivités locales
Sénégalaises déploient des moyens pour être à la hauteur des tâches qui leur sont été
assignées par le législateur. C’est d’ailleurs tout le sens de l’article 16 du code des
collectivités locales qui stipule : les collectivités locales peuvent entreprendre, suivant des
modalités fixées par décret, des actions de coopération entre elles, avec l’Etat ou toute autre
structure appropriée en vue de la promotion et de la coordination des actions de
développement dans des domaines spécifiques de la décentralisation4.
1
[Link] (décentralisation), in répertoire du droit administratif Léon Béquet Paris Dupont, 1882,445
2
Moussa Zaki (les contraintes à l’autonomie financière des collectivités locales)
3
Revue impôt, numéro 20, page3
4
Article 16 code des collectivités locales
C’est à travers cette logique que nous centrons notre attention sur la coopération
décentralisée qui de nos jours est un atout essentiel pour nos collectivités locales. Pour être
plus précis et plus net nous essayerons de saisir le nec ultra plus de la coopération
décentralisée, en termes autres nous allons essayer de dégager des solutions pour qu’elle soit
plus efficace et efficiente mais aussi pour qu’elle puisse receler les effets escomptés par nos
collectivités locales dans sa mise en œuvre.
Avant de progresser dans cette étude, il convient de donner un contenu juste, du moins
consensuel à la coopération décentralisée afin de ne pas se verser dans un four tour.

Au demeurant celle-ci se présente de deux manières. Dans sa forme de coopération sud-sud


elle intégre le concept de coopération transfrontalière ; qui en 2000 est défini par la CEDAO
comme un espace géographique séparé par une frontière où des populations sont liées par
des rapports sociaux et économiques en vue de mettre en place des projets de coopération
décentralisée transfrontalière5. La coopération transfrontalière ou sud-sud peut être définie
comme l’ensemble des procédures et dispositifs d’entraide entre collectivités locales des pays
en voie de développement de manière générale des pays de la sous-région. A la différence de
la fusion, la coopération transfrontalière joue sur le maintien des entités communales et des
conseils municipaux et sur une représentation des communes dans les instances
intercommunales de la sous-région. Ainsi, les structures de coopération gèrent un certain
nombre de dossiers et les conseils municipaux continuent de gérer ce qui ne relève pas de la
coopération sud- sud. Mais elle peut être entendue stricto sensu (restrictif) comme les
regroupements entre collectivités locales de la sous-région dans le seul souci de mutualiser
les ressources, tant humaines que financières.

En outre sous son manteau de solidarité internationale : Elle repose à la fois sur l’aide au
développement et les actions humanitaires.

La coopération décentralisée est perçue comme une politique d’aide économique, technique et
financière pour certains pays en voie développement 6. La coopération au développement est
désormais admise comme une des expressions de la coopération décentralisée. Le Sénégal est
une parfaire illustration de cette forme de coopération. Ainsi l’article 19 du CCL pose que
« dans les conditions prévues par le présent code, les collectivités locales peuvent dans le
cadre de leurs compétences entreprendre des actions de coopération avec les collectivités
locales des pays étrangers ou des organismes internationaux publics ou privés de
développement 7».

5
Atelier de Sikasso au Mali en 2000
6
Cf. assises de Kaolack et Fatick
7
Article 19 code des CL
Eu égard à toutes ces considérations l’étude de ce sujet, nous conduit à poser le doigt sur la
coopération décentralisée qui s’identifiant très largement à l’approche de l’UE qui à travers
un règlement du 17 juillet 1998 met en avant 3 axes de partenariat : Le développement local
durable, les actions comportant un intérêt social et politique et une solidarité internationale
dans les relations d’urgence entre collectivités locales. Néanmoins la coopération locale sera
extraite du périmètre de notre étude en ce sens qu’elle concerne les relations que les
collectivités locales nouent entre elles sur le plan interne. C’est dans cette perspective que
l’intérêt dont présente notre sujet devient plus palpable, mieux saisissable.

Dans un premier temps, il permet d’une part de découvrir le niveau atteint par le Sénégal en
cette matière. En effet, il est vrai que la coopération décentralisée n’est pas encore un
phénomène très maitrisé par nos collectivités locales, du fait de la qualité du personnel des
collectivités locales, de leur manque d’imagination.

Dans un deuxième temps elle permet au chercheur de se frotter davantage à un concept en


vogue dans nos pays, analysé désormais comme un moyen dynamique et efficace de
développement des collectivités territoriales. Elle n’est pas moins utile pour les
professionnels, et surtout pour les juristes qui voient en ce mécanisme, un instrument
d’organisation rationnelle et harmonieuse de l’espace, mieux un remède à sa fragmentation,
et un outil de développement socio-économique homogène et intégré des territoires
décentralisés, fondement même de l’acte 3 de la décentralisation sénégalaise. Qui
postule dans son exposé des motifs les vœux du Président de la République à savoir des
territoires viables, efficaces et porteurs de développement.

Enfin la coopération décentralisée est un élément pour raviver les liens et promouvoir la
solidarité internationale, mieux ; elle promeut la notion de développement culturel
économique en se basant sur les liens qui lient peuple, et aussi par un élan de soutien et
d’entre aide entre collectivités sous-tendu par la mondialisation ou la globalisation. De
même ce sujet est marqué par sa largesse en ce sens son étude intéresse aussi bien les
économistes, les internationalistes, les juristes et les professionnels.

Compte tenu de ce qui précède, la problématique que l’on pourrait se poser est de savoir :
comment peut- on rendre la coopération décentralisée plus efficace, efficiente ? En d’autres
termes quelles sont les solutions que nos collectivités locales doivent adoptées afin de
permettre à la coopération décentralisée de répondre au souci du développement local ?
Dans une perspective de donner des éléments de réponses à notre problématique, il convient
de souligner que la rationalisation de la coopération décentralisée passe nécessairement
par une responsabilisation des collectivités locales. Qui se manifeste d’une part par un
allégement du contrôle du représentant de l’Etat et d’autre part par un renforcement de la
participation citoyenne. De même pour que les collectivités locales puissent répondre au
souci du développement local, il faut optimiser la coopération décentralisée. Cette
optimisation doit- être portée par la mise en place par l’Etat d’une expertise locale
adéquate et insister sur la bonne administration des ressources issues de la coopération
décentralisée.

La mise sur pied d’un plan cohérent nous conduit à aborder dans une première partie la
responsabilisation des acteurs locaux(I) et dans une deuxième partie l’optimisation de la
coopération décentralisée(II).
II : La responsabilisation des acteurs locaux

La responsabilisation des acteurs locaux passe par l’allégement du contrôle du représentant de


l’Etat (A), mais aussi par le renforcement de la participation des populations locales (B).

A : L’allégement du contrôle du représentant de l’Etat

La réforme opérée par la loi de 1996, reprise par la loi n° 2013-10 du 28 décembre 2013
portant Code général des Collectivités locales, a bouleversé fondamentalement les rapports
entre l’Etat et les collectivités locales.

La loi de 1996 pose le principe de la libre administration des collectivités. Mieux, la


Constitution ajoute : « « les collectivités locales constituent le cadre institutionnel de la
participation des citoyens à la gestion des affaires publiques. Elles s'administrent librement
par des assemblées élues »8. ». Cependant, la libre administration ne signifie nullement
absence de contrôle de l’Etat. En clair, ce contrôle est même inhérent au concept de la libre
administration des collectivités locales. Il est un critère pertinent de distinction entre l’Etat et
les collectivités locales. Ainsi, il n’est pas hyperbolique de dire que le contrôle de l’Etat est
une condition de la décentralisation.

Ce code a pour mérite de poser l’interdiction de principe de tout contrôle a priori, et du


contrôle d’opportunité. Concrètement, depuis la grande réforme de 1996, le contrôle de tutelle
a disparu du droit des collectivités locales au Sénégal. Les actes des collectivités locales sont,
en principe, exécutoires de plein droit après publication ou notification. Néanmoins, il faut
souligner que législateur n’a pas complétement supprimé le contrôle a priori. C’est tout le
sens de l’article 245.-« par dérogation au caractère exécutoire des actes prévus aux articles
243 et 244 du présent code, restent soumis à l’approbation préalable du représentant de I ‘Etat
les actes pris dans les domaines suivants : les budgets primitifs et supplémentaires; les
8
Constitution de la république du Sénégal du 22 janvier 2001
emprunts et garanties d'emprunts;- les plans de développement des collectivités locales; - Ies
conventions financières de coopération internationale comportant des engagements d'un,
montant fixé par décret ; - les affaires domaniales et l‘urbanisme ; - les garanties et prises de
participation dans des sociétés privées exerçant des activités d'intérêt général à participation
publique ; - les marchés supérieurs à un montant fixé par décret et les contrats de concession
d'une durée supérieure à trente ans ». A la lumière de cet article, nous pouvons noter que les
décisions importantes prises par les collectivités locales comme celles en matière de
coopération décentralisée ressortissent du contrôle à priori. Ce dernier postule la
subordination de l’entrée en vigueur des actes locaux à leur approbation par le représentant de
L’Etat. L’entrée en vigueur de ces actes soumis à approbation préalable se caractériserait par
une lourdeur procédurale et la présence d’un pouvoir général de surveillance 9, nuisible au
principe de libre administration en termes de possibilité de découragement des initiatives
locales10.

En termes autres, la soumission des actes des collectivités locales en matière de coopération
décentralisée au régime du contrôle a priori ne permet pas ces derniers de disposer un
véritable pouvoir de conception, d’élaboration et de mise en œuvre de politiques locales en
matière de coopération décentralisée. Ce contrôle lourd et gênant du représentant de l’Etat en
matière de coopération décentralisée ne permet pas la prise rapide de décisions locales. Il
freine et paralyse ainsi les initiatives locales.

Pour l’optimisation de la coopération décentralisée, il est nécessaire de rompre avec le


contrôle a priori peu respectueux et soucieux des libertés locales. Ainsi, nous sommes d’avis
qu’il faut soumettre les actes pris en matière de coopération décentralisée au régime de droit
commun, c’est-à-dire au régime du déféré du représentant de l’Etat. Le contrôle a posteriori
consacre le principe de l’exécution de plein droit des actes des autorités locales 11. Dans une
perspective d’autonomisation et d’émancipation des collectivités locales en ce qui concerne la
coopération décentralisée, il nous semble nécessaire de soumettre leurs actes pris dans ce
domaine au contrôle a posteriori plus souple et plus organisé. Cela permettra de doter des
collectivités locales de véritables pouvoirs de décision en matière de coopération
décentralisée. Consciente de cela, la France a opté pour un contrôle a posteriori des actes des
collectivités locales. Au sens de L-115 du code général des collectivités locales, "les
collectivités territoriales et leurs groupements peuvent, dans le respect des engagements
9
A Bockel, Droit administratif, NEA, 1978, p 307
10
I Madior Fall, le contrôle de légalité des actes des collectivités locales au Sénégal, Afrilex N°5
11
G. Vedel, P. devolvé, Paris, P.U.F, 12eme editiion
internationaux de la France, conclure des conventions avec des autorités locales étrangères
pour mener des actions de coopération ou d'aide au développement. Ces conventions précisent
l'objet des actions envisagées et le montant prévisionnel des engagements financiers. Elles
entrent en vigueur dès leur transmission au représentant de l'Etat dans les conditions fixées
aux articles L. 2131-1, L. 2131-2, L. 3131-1, L. 3131-2, L. 4141-1 et L. 4141-2.

B : Le renforcement de la participation des citoyens locaux

La réussite d’une politique publique locale dépend en grande partie de la participation des
populations locales non seulement à son élaboration mais aussi à sa mise en œuvre. Or, au
Sénégal, la coopération décentralisation, dans son économie et dans sa pratique quotidienne
ne promeut pas la participation des citoyens. C’est tout au moins le constat de Dianko
Mballo : « il est constaté que cette coopération se situe beaucoup plus sous l’angle que sous
l’angle du développement. En effet, jusqu’à présent, les autorités locales surtout celles de
saint louis restent ménagées dans cette coopération. Les populations ne font que réceptionner
les ouvrages ou action de solidarité. Une telle situation les met dans une position de
« réceptionnistes » ou d’ « assistés » »12. Pour une coopération décentralisée réussie, il faut
mettre les populations locales au cœur du dispositif. La participation des citoyens est un gage
de réussite de la coopération décentralisée. En effet, elle ne doit pas être seulement l’affaire
des élus locaux, les populations à la base doivent aussi s’approprier de la coopération
décentralisée. Cette exigence est matérialisée par la loi n° 2013-10 du 28 décembre 2013
portant Code général des Collectivités locales qui consacre la participation citoyenne. Ainsi,
aux termes de l’article 6 de cette loi, « toute personne physique ou morale peut faire, au
président du conseil départemental et au maire, toutes propositions relatives à l'impulsion du
développement économique et social de la collectivité locale concernée et à l'amélioration du
fonctionnement des institutions ». L’idée qui transparait derrière ces lignes se passe de
commentaire et met une nouvelle fois à jour la volonté du législateur réformiste de fixer la
place du citoyen dans le contexte du développement local. Ce dernier a donc nécessité une
nouvelle modalité d’association des acteurs locaux par la concertation et leur participation à la
définition et à la mise en œuvre des actions concernant le développement de leur territoire
commun en les mettant au plus près de la décision publique 13. Les populations locales
12
Dianko Mballo, La coopération décentralisée entre la région de saint louis (Sénégal) et la région nord Pas de
Calais (France) : structuration et mise en œuvre, UGB-Maitrise 2007
13
Romain Pasquier, Sébastien Guigner et Alistair Cole (sous dir.), Dictionnaire des politiques territoriales,
Presses de Sciences Po, 2011, p.27.
bénéficient à ce titre de l’institutionnalisation de cadres de concertation garantissant leur
pouvoir de participation à la gestion des affaires locales. Cette approche ascendante
impliquerait donc pour sa mise en application pratique l’animation sur le terrain, la circulation
de l’information, la création de lieux d’échange, la formation, le ratissage et l’émergence de
projets.

Toutes ces prérogatives témoignent d’un élan de responsabilisation des populations locales
qui désormais ne sont plus de simples sujets, mais des acteurs dotés de véritables
responsabilités dans le cadre de la luxuriance économique de leur localité commune. A travers
cette révolution des mentalités « politico-administratives »14, c’est ici, la notion de
démocratie participative qui est mise à l’honneur.

Cette démocratie participative n’est pas effective en matière de coopération décentralisée.


Ainsi, il urge de lui donner toute sa portée concernant la coopération décentralisée en
permettant aux citoyens de participer à la prise à la décision, à la mise en œuvre. En outre, ils
doivent contrôler et suivre l’utilisation des ressources afin d’empêcher les détournements des
fonds.

14
Albert Mabileau, « Les génies invisibles du local. Faux-semblants et dynamiques de la décentralisation »,
Revue française de science politique, 47 (3-4), juin-août 1997, p. 357.
II- L’optimisation de la gestion de la coopération décentralisée

Elle passe par la mise en place d’une expertise locale adéquate (A) et par La bonne
administration des ressources issues de la coopération décentralisée (B).

A. La mise en place d’une expertise locale adéquate

Dans les cahiers de la coopération décentralisée parus en 2006, le renforcement des capacités
des acteurs a été identifié comme un axe majeur de l’amélioration de la coopération
décentralisée15. Il vrai qu’à ce propos un dispositif institutionnel a été mis en place en vue de
l’accompagnement des collectivités locales dans la mise en œuvre de la coopération
décentralisée : le ministère chargé de la décentralisation et de l’aménagement du territoire à
travers la cellule de planification et d’évaluation technique des programmes et projets et
l’Agence Régionale de Développement (ARD) fournissent toute l’assistance requise aux
collectivités locales. Mais les acteurs locaux en plus de cette assistance technique ont surtout
besoin de savoir-faire propre pour mener leur coopération sans tutelle ni perfusion. Malgré
tout, la coopération décentralisée est caractérisée « par l’inexistence de dispositifs formels,
opérationnels et connus pouvant orienter des collectivités locales ou des élus locaux
insuffisamment outillés pour se lancer dans une dynamique de coopération porteuse »16. La
solution réside dans la mise en place de mécanismes pouvant aider à la mise en place d’une
expertise locale capable de booster la coopération décentralisée.

Cette expertise locale est d’abord demandée pour ses connaissances accrues en matière de
décentralisation et par ricochet des principes qui gouvernent la coopération décentralisée. Elle
est ensuite demandée pour une maitrise des secteurs porteurs du développement des
collectivités en question. A titre illustratif, il faut dire que pour bien ficeler un projet de
coopération en matière de tourisme ou d’agriculture, il faudrait bien au préalable avoir une
connaissance plus ou moins approfondie de la question. Dans la communauté rurale de

15
Cahiers de la coopération décentralisée, coopération décentralisée et lutte contre la pauvreté, quelles
orientations pour des actions efficaces ?, Saint-Louis du 28-30 juin 2006
16
RAPPORT GENERAL DES PREMIERES ASSISES DE LA DECENTRALISATION AU SENEGAL Dakar, les 27, 28 et 29
novembre 2007
Diémbéreng (devenue commune avec la réforme de 2013) ces problèmes ont été notés 17. Le
taux d’analphabétisme dans les collectivités locales aidant ainsi que le manque de fonction
publique locale, il est évident que la gestion de la coopération décentralisée mérite d’être
passée en revue pour lui assurer un meilleur horizon. Surtout dans un contexte où les exécutifs
locaux sont caractérisés par une instabilité de leur composition due aux changements
démocratiques. Cela fait que les élus qui arrivent nouvellement, et analphabètes de surcroit,
ont du mal à se familiariser avec les mécanismes de la coopération décentralisée.

Au Sénégal, la loi sur la fonction publique locale a été votée mais elle n’a pas été suivie
d’effets ; elle est rangée dans les tiroirs. Pourtant, elle pourrait constituer une opportunité pour
résorber ce gap de compétences en matière de coopération décentralisée et résoudre de fait le
problème de la planification et de la gestion des projets issus de cette coopération.

Et comme cette loi peine à être matérialisée, il est aussi possible de recourir aux solutions
préconisées par l’IGE ; « assurer une formation permanente de qualité aux élus, ainsi qu’au
personnel des collectivités locales »18.

Outre mesure, la mise en place d’une expertise locale, répond aux différentes problématiques
que pose la coopération décentralisée car elle permet d’avoir un cadre parfait de décision qui
soit à même de prendre en charge les préoccupations des populations19.

L’autre nœud gordien de la coopération décentralisée c’est qu’elle met en branle un principe
de réciprocité qui véhicule les valeurs de partage, de solidarité et d’échange. Or, la plupart des
collectivités locales sénégalaises à cause d’un manque criard de moyens ne pensent pas à ce
qu’elles peuvent apporter aux collectivités locales partenaires, elles sont, plutôt et toujours,
dans une position de main tendue qui ne favorise pas une rentabilité de cette coopération. La
mise en place d’une expertise locale s’avère nécessaire dans la mesure où elle aurait permis
un sursaut d’innovation et un élan d’inventivité pour permettre aux collectivités locales en
question d’avoir quelque chose à proposer. C’est le cas par exemple sur le plan culturel. Mais

17
Gabriel Badiane, l’état des lieux de la Coopération Décentralisée dans la Communauté Rurale de Diémbéreng,
UGB, 2013-2014

18
Inspection Générale d’Etat (IGE), rapports sur l’état de la gouvernance et de la reddition des comptes, Juin
2015
19
Abdoulaye Niang, le renforcement des capacités, in revue Leeuru, Harmattan, Dakar, 2011 ; montre le role
important que la compétence locale dans le processus de décentralisation et dans la mise en œuvre des
différentes a
attributions des collectivités locales.
aussi sur le plan agricole, les collectivités locales sénégalaises ont beaucoup à apporter en
ficelant des projets porteurs.

La coopération décentralisée a certes besoin d’une expertise locale affinée, mais aussi elle a
besoin d’une bonne administration des ressources qu’elle génère.

B. La bonne administration des ressources issues de la coopération décentralisée

Dans la mise en place des projets de coopération décentralisée, il est important que les
collectivités locales sachent faire un bon ciblage de créneaux porteurs pour leur
développement local. Selon Gabriel Badiane, « en vue de l’amélioration de la coopération
décentralisée dans la Communauté Rurale de Diémbéreng, il serait plus opportun d’orienter
les projets de partenariat vers des choix beaucoup plus rationnels »20. Autrement dit, les
projets que la collectivité locale met en place à la faveur de la coopération décentralisée
doivent relever d’un intérêt public local et d’une forte nécessité pour les populations locales.
L’exemple qui a été donné, c’est que la coopération entre cette commune et celle de Saint-
Pierre-Lés-Elbeuf, prévoit d’offrir des vacances chaque année aux deux premiers éleves de la
commune sénégalaise alors que sur le plan structurel ladite commune rencontre d’énormes
difficultés sur le plan éducatif, avec des moyens pédagogiques souvent obsolètes et un besoin
pressant en salles de classe. Nous partageons avec lui l’opinion selon laquelle, il vaut mieux
dépenser pour le structurel que pour le conjoncturel. Le rapport précise que « par ailleurs, il a
été évoqué le portage encore insuffisant des projets par les collectivités locales sénégalaises
(maîtrise d’ouvrage), les difficultés de mobilisation et de gestion des ressources financières, la
prédominance des projets ponctuels sur les programmes structurants, des mécanismes
financiers mal maîtrisés (contreparties, pression de la TVA, etc.) et l’insuffisante prise en
compte de la dimension réciprocité ».

L’autre pan de cette réflexion consiste à dire que le choix des projets à mettre en œuvre dans
le cadre de la coopération décentralisée doit obéir à une logique d’opportunité. Par exemple
dans des communes comme Saint-Louis, il est caractéristique que l’assainissement demeure
un casse-tête, les actions de coopérations doivent s’orienter vers les priorités de toute
commune au lieu d’agir sur des secteurs qui présentent peu d’intérêt pour la population.

20
Gabriel Badiane, [Link].
Le plus important dans la quête d’une amélioration de la coopération décentralisée est la
bonne administration des ressources issues de cette coopération. Dans un contexte marqué par
les exigences en matière de bonne gouvernance et de transparence, les collectivités locales
sénégalaises gagneraient à inscrire leurs actions de coopération dans la perspective de ces
principes21. Pourtant, il est connu que la commission de coopération décentralisée joue un rôle
marginal, en l’occurrence, parce que l’exécutif local concentre tous les pouvoirs et se charge
dans nombre de cas des différentes démarches y afférentes. Cette gestion peu respectueuse
des principes de transparence doit être corrigée. D’ailleurs, la participation des citoyens et de
la société civile citée plus haut devrait donner des garanties à une plus grande transparence
des ressources issues de la coopération décentralisée.

Cette transparence se mesure, autant, à l’aune du financement des projets qu’à concurrence du
suivi-évaluation de l’exécution des programmes mis en œuvre. Avec la directive de
l’UEMOA sur la transparence dans les finances publiques et les nouveaux objectifs de la
nouvelle loi organique relative aux lois de finance, les collectivités locales doivent traiter en
priorité les questions relatives à la transparence22.

L’amélioration de la coopération décentralisée est le fait d’un ensemble d’actions ou


d’interactions ; d’institutions et d’acteurs que nous n’avons pas pu traiter de manière
exhaustive dans cette étude. Cependant, nous sommes sûrs que si les pistes qui ont été
indiquées, ici, étaient explorées, nombre de goulots d’étranglement seraient levés.

21
Cahiers de la coopération décentralisée, [Link].
22
Rapport des premières assises de la décentralisation, [Link]. : « Il reste aussi que le suivi évaluation des
partenariats demeure une priorité ».
Ali soutin urba et état civil
Cd

Dal : écrit
FL : oral
Samedi 19 décembre 2015 DAL
Lundi 21 DPB
Mardi 22 DCL

Lundi 4 janvier délibération


Rattrapage 6
Grand oral lundi 11 janvier
Petit oral DE 12 janvier
13 janvier 2015 mémo
22-29 janvier soutenance

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