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Contexte et genèse de Gargantua

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GARGANTUA

Séance 5 : Contexte de l'œuvre - contextes littéraires, culturels et politiques


1. Le cadre politique et culturel
• Le début du XVIe siècle est marqué par des conflits constants en Europe, principalement
la rivalité entre François Ier et Charles Quint. En 1519, les deux sont candidats pour
devenir empereur du Saint-Empire romain germanique, mais c'est Charles de Habsbourg
qui l'emporte sous le nom de Charles Quint.
• Rabelais, dans Gargantua , se moque de cette actualité politique en transformant Charles
Quint en personnage parodique : Picrochole. Ce personnage reflète un impérialisme
outrancier, comme en témoignent ses paroles au chapitre 33, reprenant la devise de
Charles Quint, « Plus ultre ». Au chapitre 50, il est également fait mention des rois
catholiques, qui répriment sévèrement leurs ennemis. Le chapitre 33 fait aussi allusion à la
guerre contre l'Islam menée par Charles Quint.
• D'autres références contemporaines sont faites, comme le sac de Rome en 1527 (chapitre
33), la lutte contre les infidèles, et la bataille de Pavie où François Ier fut vaincu par
Charles Quint (chapitre 39).
• Dans le domaine culturel , le règne de François Ier marque un renouveau. Il est le
principal artisan de la Renaissance française, célèbre non seulement pour ses constructions
mais aussi comme mécène, soutenant les poètes et artistes de son temps. François Ier est
souvent surnommé le « Père des Lettres » pour son rôle dans le développement des arts et
des lettres.
2. Le cadre littéraire et religieux : l'humanisme
• L'humanisme se caractérise par un retour aux textes antiques et la valorisation de l'intellect
et de la culture. Rabelais est un fervent défenseur de l'humanisme et intègre dans son
œuvre des réflexions sur l'éducation, la connaissance et l'organisation de la société. Les
idées humanistes dans Gargantua se manifestent par une critique de la superstition et de
l'ignorance, et par la promotion de la raison et de la curiosité intellectuelle.

Séance 6 : Genèse et place de Gargantua


1. Deux livres étranges : Pantagruel et Gargantua
• En 1532, Rabelais publie Pantagruel sous le pseudonyme d'Alcofribas Nasier, un
anagramme de son nom. L'œuvre est accueillie avec enthousiasme, mêlant des éléments de
farce et d'épopée. Cet accueil favorable incite Rabelais à écrire un deuxième livre,
Gargantua , qui se présente comme une préquelle racontant l'histoire du père de
Pantagruel.
• Dans Gargantua , Rabelais affine son style et introduit des éléments plus sérieux : le
roman devient une réflexion humaniste, abordant des thèmes éducatifs, politiques et
sociaux. Tout en gardant une tonne de farcesque, il propose une œuvre destinée à la fois au
peuple et aux érudits. Gérard Defaux, spécialiste de Rabelais, souligne cette dualité dans
l'œuvre, en laissant entendre que Rabelais, bien qu'il soit conscient des dangers de ses
propos, choisit de les exprimer sous couvert de la fiction, tout en ajoutant des éléments
comiques et pédagogiques .
2. L'ambiguïté de la prise en charge narrative
• Rabelais introduit un narrateur comique, « Maître Alcofribas Nasier », qui se présente
comme un « abstracteur de quinte essence », une expression désignant un alchimiste
capable de transformer la réalité. Cependant, ce narrateur excentrique est une figure
distincte de Rabelais lui-même. Alcofribas partage certaines vues de Rabelais mais reste
un personnage comique, un « pantin » manipulé par l'auteur pour renforcer l'humour.
• Gérard Defaux analyse cette relation en expliquant qu'Alcofribas est le masque derrière
lequel Rabelais se cache pour critiquer les défauts de la société. Rabelais, à travers ce
narrateur, défend l'humanisme tout en se protégeant en tant qu'auteur.
3. Publication et réception de l'œuvre
• Gargantua est publié en 1534 ou 1535 à Lyon. Il existe un seul exemplaire de la première
édition, sans page de titre, rendant la date exacte incertaine. Malgré son succès, l'œuvre est
longtemps perçue comme « délurée » et incompatible avec les goûts classiques, comme
l'exprime La Bruyère en 1688. Il qualifie l'œuvre de « monstreux assemblage », une «
énigme inexplicable » mêlant des éléments de moral et de corruption.
• Ce n'est qu'au XIXe siècle que Gargantua est réhabilitée par des chercheurs, notamment
Abel Lefranc, qui voit dans l'œuvre de Rabelais une satire audacieuse. Victor Hugo, dans
Les Contemplations , perçoit également le « rire énorme » de Rabelais comme un moyen
de véhiculer des vérités inaccessibles par d'autres voies. Au XXe siècle, Mikhaïl Bakhtine
analyse Gargantua comme un produit de la culture populaire, inspiré par le carnaval
médiéval. Depuis les années 1970, l'œuvre est reconnue pour sa modernité et sa
complexité, défiant les interprétations univoques.

Séance 7 : Composition et structure de GargantuaSéance 7 : Composition de l'œuvre


1. Le plan du roman de chevalerie
• Gargantua suit une structure chronologique typique du roman de chevalerie, divisée en
trois grandes périodes qui tracent l'évolution de Gargantua : l'enfance et l'éducation, la
chevalerie et les prouesses, et enfin la sagesse marquée par la fondation de l'abbaye de
Thélème. Ce schéma permet au héros de se développer tout en introduisant des thèmes de
réflexion pour le lecteur. Cette structure, que l'on retrouve plus tard dans le roman
d'apprentissage, permet une progression non seulement temporelle, mais aussi morale et
intellectuelle.
• L'enfance et l'éducation de Gargantua (chapitres 1 à 24) : Ces chapitres détaillent la
croissance physique et intellectuelle du jeune géant, Gargantua, en suivant les étapes de
son développement. Cependant, cette trame est surtout un prétexte pour les digressions
satiriques de Rabelais, qui abordent des thèmes variés sous une forme humoristique.
• La naissance de Gargantua offre l'occasion à Rabelais de discuter de questions
juridiques, comme la problématique des naissances posthumes (enfants nés après
la mort du père) ainsi que des sujets religieux, en évoquant le thème d'une
naissance sans conception, comme celle du Christ.
• La description de ses vêtements introduit un débat sur les significations
allégoriques : chaque couleur et chaque élément de son costume est associé à des
valeurs symboliques, créant ainsi une interprétation à plusieurs niveaux.
• Deux systèmes d'éducation s'opposent dans cette partie. L'éducation médiévale
de Gargantua est présentée de manière caricaturale et dévalorisée, avec des
apprentissages mécaniques, sans réflexion ni compréhension, marqués par l'ennui
et l'absence d'hygiène. À l'opposé, l'éducation humaniste, qui lui est ensuite donnée
par Ponocrates, valorise la compréhension, la variété des savoirs, les exercices
physiques, la propreté et l'utilisation du grec et de l'hébreu, les langues bibliques,
en plus du latin.
• La guerre picrocholine : Dans cette deuxième partie, Gargantua, désormais adulte et
éduqué, met en pratique ses connaissances dans la guerre contre Picrochole. Ce conflit
parodique, inspiré de l'épopée et des romans de chevalerie, permet à Rabelais de critiquer
l'absurdité de la violence et des querelles de pouvoir.
• La guerre est décrite sur un mode héroï-comique, où les combats sont menés de manière
burlesque, avec des armes et des stratégies ridicules, comme des batailles à coups
d'arbres ou les déluges urinaux de Gargantua et de sa jument. Les exploits sont amplifiés
à outrance, créant un effet comique qui dévalorise la gloire chevaleresque.
• Frère Jean, le moine guerrier, se distingue comme un combattant efficace et
courageux. En défendant son abbaye des attaques de Picrochole, il démontre que la
foi et la charité chrétiennes peuvent être mises au service de la communauté. Par ce
personnage, Rabelais critique l'oisiveté des moines et valorise une vie monastique
active et utile. Les conseillers humanistes qui entourent Gargantua interviennent
également, offrant des solutions pacifiques et sages, ce qui accentue le contraste
entre la violence irrationnelle de Picrochole et la tempérance humaniste de
Gargantua et de ses proches.
• La fondation de l'abbaye de Thélème : Cette abbaye utopique est offerte à Frère Jean en
récompense pour ses services durant la guerre. Contrairement aux monastères
traditionnels, elle incarne l'idéal humaniste de liberté et d'épanouissement individuel.
• L'abbaye de Thélème est construite sans murs, sans cloches, sans horaires fixes, et
accueille hommes et femmes ensemble, sans règle stricte. Chaque habitant est libre
de suivre ses désirs. Cette organisation reflète les valeurs de Rabelais, qui critique
les contraintes rigides des institutions monastiques médiévales et imagine un lieu
où l'homme est guidé par son propre jugement, dans la poursuite du bien commun.
• Ni Frère Jean ni Gargantua ne s'installent à Thélème, ce qui ajoute une dimension
mystérieuse au projet. Une prophétie énigmatique est d'ailleurs découverte sous les
fondations de l'abbaye, symbolisant le caractèrre insaisissable de la vérité et
laissant au lecteur le soin de déchiffrer la signification de cet épisode.
2. La chronologie dans l'œuvre
• Rabelais utilise le temps de manière variée dans chaque partie, montrant ainsi comment la
temporalité peut être un outil narratif pour marquer les évolutions du héros et des idées :
• Dans l'enfance de Gargantua, le temps est compté minutieusement mais dans des
proportions gigantesques, ce qui accentue l'effet comique. La première éducation
de Gargantua est une succession de répétitions stériles, marquée par l'ennui et une
sensation de temps figé, qui ne semble pas réellement vécue.
• Sous la direction de Ponocrates, l'éducation humaniste change la perception du
temps. Il devient alors dense et productif, rythmé par des journées intenses où
Gargantua progresse dans tous les domaines. Le temps, désormais, n'est plus
compté en années, mais en journées remplies d'activités variées et stimulantes,
abolissant la monotonie.
• Pendant la guerre picrocholine, le temps semble indéfini, absorbant par l'action et
l'effervescence du combat. Le récit se concentre davantage sur les événements que
sur la durée elle-même. Ce traitement du temps crée un effet d'urgence et de
densité, où le temps passe sans qu'il soit nécessaire de le quantifier.
• Enfin, à Thélème, le temps devient abstrait, symbolisant l'utopie. Le rythme de vie
des Thélémites est libre, sans contrainte d'horloge ni de calendrier, dans une sorte
de temporalité suspendue.
3. La construction en inclusion
• Outre le schéma chronologique, Gargantua suit une structure par inclusion, un procédé
littéraire très apprécié depuis le Moyen Âge, où des motifs ou éléments se répondent d'un
bout à l'autre de l'œuvre pour créer des correspondances internes. Rabelais utilise cette
méthode pour ajouter des couches de signification et inciter à une lecture attentive et
rétrospective.
• Par exemple, le poème énigmatique des Fanfreluches antidotées au chapitre 2 fait
écho à l'énigme prophétique du chapitre 58, créant ainsi un encadrement autour du
texte. Ces deux poèmes obscurs ouvrent et ferment l'œuvre, incitant le lecteur à
chercher une signification cachée.
• Les descriptions vestimentaires de Gargantua (chapitres 8 à 10) trouvent un écho
dans les vêtements des Thélémites au chapitre 56, établissant un lien entre le début
de l'éducation de Gargantua et l'idéal humaniste représenté par Thélème.
• L'épisode des cloches de Notre-Dame , que Gargantua attache à sa jument
(chapitres 17 à 19), contraste avec l'abbaye de Thélème, où il n'y a pas de cloches,
symbolisant l'absence de contraintes temporelles et religieuses dans cette utopie.
• Frère Jean défend son abbaye contre les ennemis de Picrochole au chapitre 27,
tandis que Gargantua a construit une abbaye pour Frère Jean au chapitre 52.
• La Roche-Clermauld est prise par Picrochole au chapitre 28 et reprise par
Gargantua au chapitre 48, démontrant la résolution pacifique de l'attaque de
Picrochole.
• Les deux réunions du conseil de Picrochole (chapitres 33 et 43) illustrent les
délibérations stériles et tyranniques du roi, par opposition à la sagesse des amis de
Gargantua.
• Enfin, au cœur de l'œuvre, les chapitres 41 et 42, où Frère Jean fait dormir
Gargantua par la récitation des psaumes puis l'encourage avec des paroles vives,
forment un diptyque central. Ce jeu de symétries invite à voir dans la parole du
moine un point pivot, à la fois apaisant et stimulant, selon l'utilisation que l'on en
fait.
4. Les jeux d'opposition
• La structure de Gargantua repose sur de nombreux contrastes entre personnages,
personnalités et valeurs, soulignant les principes humanistes en opposition aux croyances
et pratiques médiévales.
• Deux systèmes d'éducation opposés :
• L'éducation médiévale de Gargantua est caractérisée par une alimentation
excessive, l'oisiveté, le manque d'exercice physique, et l'usage exclusif du
latin. Les cours se limitent à des récitations mécaniques sans
compréhension réelle, générant ennui et stagnation intellectuelle. Cette
méthode est ridiculisée par Rabelais, qui la montre comme improductive et
dévalorisante.
• L'éducation humaniste, présentée par Ponocrates, est axée sur une
alimentation modérée, des exercices physiques réguliers, des soins
d'hygiène, et un apprentissage varié où la compréhension première sur la
répétition. Le programme comprend l'étude des langues grecques et
hébraïques et met en avant l'étude pratique de toutes les disciplines,
favorisant ainsi une formation complète de l'individu.
• Les conseils de guerre :
• Les délibérations des conseillers de Picrochole sont dominées par la
violence, les passions et les flatteries. Ils encouragent Picrochole dans son
expansion aveugle et égoïste, ignorant toute morale et prudence.
• En revanche, les amis de Grandgousier prônent une communication libre et
sage, marquée par la modération et la réflexion. Cette opposition souligne
les valeurs pacifiques et humanistes de Grandgousier et son entourage.
• L'abbaye de Thélème en opposition aux abbayes traditionnelles :
• Thélème est conçu comme l'inverse des monastères conventionnels : elle
n'a ni cloches, ni murs, ni horloges, et laisse cohabiter hommes et femmes
sans règles strictes, selon le principe « Fais ce que tu voudras ». L'absence
de contraintes temporelles et la liberté de choix incarnent l'idéal humaniste
où l'individu est guidé par sa propre volonté et sa raison.
• En opposition, les abbayes traditionnelles sont cloisonnées, limitées par des
règles strictes et horaires rigides, et réservées à un seul sexe. Rabelais
critique ainsi les contraintes excessives et l'inaction des moines ordinaires,
prônant une vie active et autonome.
• Les deux épisodes des pèlerins :
• Dans le premier épisode, Gargantua manque d'avaler affecte les pèlerins, ce
qui confirme leurs superstitions. L'enchaînement des événements leur fait
croire qu'ils subissent une punition divine, renforçant leur foi irrationnelle.
• Dans le deuxième épisode, Grandgousier leur adresse un discours rationnel,
les libérant de leurs croyances superstitieuses et les guidant vers une vision
éclairée de la religion. Ce contraste illustre l'opposition entre la foi aveugle
et la raison éclairée, deux attitudes fondamentales de l'époque.
• Opposition dans les caractères des personnages :
• Le roi Picrochole, tyrannique et irascible, est en opposition directe avec
Grandgousier, roi pacifique et généreux, qui privilégie la paix et la
bienveillance.
• Les fouaciers de Lerné, sujets violents et trompeurs de Picrochole,
contrastent avec les bergers honnêtes et doux du royaume de Grandgousier.
Ce schéma manichéen divise les personnages en « bons » et « mauvais »,
renforçant la critique des abus de pouvoir et la célébration des valeurs
humanistes.
• De même, les personnages érudits et raisonnables (Grandgousier,
Gargantua, Ponocrates, Eudémon, Gymnaste) sont opposés aux sots sans
éducation humaniste, comme Thubal Holoferne et Janotus de Bragmardo,
dont les discours pédants et absurdes sont ponctués de citations détournées
de leur sens véritable .
• Enfin, Frère Jean, moine actif et valeureux, s'oppose aux autres moines de
l'abbaye de Seuillé, qui sont lâches, passifs et engagés dans des prières
monotones. Toucquedillon, le seul capitaine de Picrochole à rejoindre le
camp de Gargantua, représente une exception, bien qu'il ne soit pas épargné
de la satire pour autant.
• Effet de ces oppositions sur le récit :
• Ces jeux d'opposition éloignent le récit d'un réalisme strict et le font basculer dans
une dimension parabolique et allégorique, où chaque épisode et chaque personnage
sont porteurs de valeurs symboliques. Le lecteur est ainsi invité à une lecture
interprétative, où les événements et les personnages ne sont pas simplement des
éléments narratifs, mais aussi des symboles des humanistes vifs de Rabelais et des
vices qu'il condamne.

Séance 8 : Le comique dans Gargantua


1. Scatologie et grotesque
• Gargantua utilise un humour grossier et des détails scatologiques (références aux
excréments et autres aspects corporels), héritages du comique médiéval. Ce registre vise à
faire rire tout en révélant certains aspects essentiels de la nature humaine que Rabelais ne
veut pas ignorer.
• Par exemple, la naissance de Gargantua est décrite de façon exagérée : sa mère,
Gargamelle, a abusé de tripes, et son accouchement est présenté de manière comique et
crue. De même, Gargantua explore la question des "torcheculs" (instruments pour se
nettoyer), et ses délires urinaires sont décrites avec une grande liberté de ton.
• Rabelais ajoute à cette scatologie des expressions crues et des jurons, exprimant une
joyeuse impudeur : Grandgousier et Gargamelle sont décrits "faisant souvent ensemble la
bête à deux dos", une métaphore pour décrire leurs relations intimes de manière directe.
Frère Jean se montre également paillard et s'amuse à parler des vertus de son habitude
monastique dans ce domaine.
• Ce style farcesque, bien que vulgaire, n'est pas gratuit. Il souligne l'importance des réalités
corporelles et des plaisirs simples dans la vie humaine. Rabelais, en tant que médecin,
reconnaît cette dimension de l'existence humaine et utilise le rire pour l'explorer sans
tabou.
2. Héroï-comique et burlesque
• Rabelais exploite aussi les registres héroï-comique et burlesque. Le burlesque prête aux
personnages nobles un langage vulgaire, comme Maître Janotus de Bragmardo, théologien
de la Sorbonne, qui réclame la restitution des cloches de Notre-Dame pour une
récompense de tissu. Son discours est creux et pédant, illustrant une satire des théologiens.
• Les moines de Seuillé, les pèlerins superstitieux, et les capitaines de Picrochole sont
également dépeints avec un langage et un comportement ridicules.
• L'héroï-comique, en revanche, exagère les exploits en leur conférant un ton noble qui ne
correspond pas à leur contexte. La guerre picrocholine, par exemple, parodie l'épopée
chevaleresque avec des scènes démesurées et absurdes : Frère Jean mène des batailles en
s'agrippant aux, armé de son froc et de sa croix, tandis qu'il arbres commet des carnages
en contradiction avec les valeurs chrétiennes, illustrant l'ironie de Rabelais face aux
caractéristiques de chevalerie et de foi.
3. Exagération et accumulation
• Rabelais utilise l'hyperbole (exagération) et l'accumulation pour créer une comique de
démesure. Ces procédés détruisent toute illusion de réalisme, permettant au lecteur de rire
de situations qui, autrement, seraient insoutenables.
• Les chiffres absurdes abondent, comme le nombre des victimes tuées par Frère Jean (plus
de 13 622, sans compter femmes et enfants) dans un espace réduit. L'œuvre regorge de
listes exagérées, telles que les animaux capturés par les troupes de Picrochole : "bœufs,
vaches, taureaux… poules, chapons, oies…" ainsi que les nombreux exercices physiques
de Gargantua ou les saints évoluent en mourant sous les coups de Frère Jean.
• Ce style crée un monde gigantesque et hyperbolique, où même les sujets graves sont
abordés avec une légèreté comique. Ces exagérations imposent un monde fantastique qui
fait du rire un moyen de détourner le tragique.
4. Jeux de mots
• Les jeux de mots sont abondants dans Gargantua , comme les calembours (jeux de mots
fondés sur les sonorités) et les paronymies (similitudes entre les sons). Frère Jean utilise,
par exemple, un calembour lorsqu'il oppose le "service divin" au "service du vin", faisant
allusion au pillage du vignoble. Les proverbes sont souvent pris au sens littéral, comme
lorsqu'on décrit la petite enfance de Gargantua : "Ses dents aiguisait d'un sabot, ses mains
l'avaient de potage..."
• Rabelais aime aussi les étymologies fantaisistes et les noms comiques (Gargantua
signifiant « que grand tu as »). Les noms des capitaines de Picrochole comme
Grippeminaud, Raquedenare et Toucquedillon (qui signifient "fanfaron" en occitan)
renforcent le burlesque, rendant les personnages plus ridicules et grotesques.
5. Le rire comme la vision du monde
• Tous ces procédés comiques donnent à l'œuvre une tonalité de farce, mais le prologue
invite le lecteur à les regarder de près pour en déceler le message sérieux. Le rire de
Rabelais sert plusieurs fonctions : il dénonce la sottise et la méchanceté, établit une
distance salutaire face aux épreuves de la vie, et crée une complicité joyeuse qui valorise
la nature humaine.
• Le rire de Rabelais se montre à la fois destructeur et créateur, capable d'unir des concepts
opposés : la vie et la mort, la violence et la douceur, le corps et l'esprit. Il incite à voir la
relativité de toutes choses, libère la conscience des contraintes du sérieux, et rappelle les
contradictions fondamentales de la vie. Ce rire se fait l'expression même de la sagesse «
pantagruélique », qui est « une certaine gaieté d'esprit confite en mépris des choses
fortuites ». Rabelais utilise le rire pour inviter à accepter le renouvellement de la vie.
• Frère Jean incarne cette philosophie, riant même des aspects les plus sombres : il rit des
guerres inutiles, des superstitions et des anciennes éducations médiévales. Le rire libère,
selon Rabelais, et rend l'esprit apte à la connaissance. C'est un moyen de voir le monde
avec une ouverture d'esprit, en soulignant ses contradictions, son impermanence, et en
exprimant un optimisme dans la capacité de l'humanité à se renouveler.

Vocabulaire
• Scatologie : Humour lié aux excréments et aux aspects bas du corps humain.
• Burlesque : Style comique où des personnages nobles adoptent un langage et des comportements
vulgaires.
• Héroï-comique : Parodie qui prête des qualités nobles à des situations triviales.
• Calembour : Jeu de mots basé sur des interprétations différentes de sons similaires.
• Néologisme : Création de mots nouveaux ou significations nouvelles pour des mots existants.
• Galimatias : Discours confus, sans véritable sens logique, synonyme de charabia.
• Dogmatisme : Disposition d'esprit qui refuse le doute et la critique, imposante des vérités rigides.

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