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Liberté et déterminisme : enjeux philosophiques

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Séquence 2 : Le problème anthropologique

LE COURS

Notions : la conscience, l'inconscient, la liberté.


Perspectives: ​L’existence​/ Morale et politique/ Connaissance
Repères: expliquer/comprendre
Sommes-nous libres d’être ce que nous sommes?
Introduction
I-Nous sommes libres, au sens où nous avons la capacité à faire des choix volontaires et à les
exécuter indépendamment des conditions dans lesquelles nous sommes
A/ La thèse volontariste
1/ argument de la volonté : libre et consciente
a- la volonté est différente du désir
-la volonté est consciente
c-la volonté est libre : le libre-arbitre.
2/ argument de l'identité personnelle
3/ Argument du dualisme : liberté de la pensée, qui échappe aux déterminations corporelles.
a- Le dualisme cartésien
b- conséquences du dualisme : lutte contre déterminisme biologique, c'est-à-dire sexisme
et racisme
B/ Objections et transition
II- Nous ne sommes pas libres au sens de la liberté comme libre-arbitre : le libre-arbitre est
une illusion. Nous ne choisissons pas ce que nous sommes, nos actions sont le produit de
déterminations extérieures, sociales et psychiques.
1-Spinoza et la critique de l'illusion du libre-arbitre :
2- les déterminations sociales et psychiques
a/ déterminisme social et éducation :
b/ le déterminisme psychique : l'inconscient
3/ Objections et transition
III- Oui, nous sommes libres de nos actions non pas au sens où nous ne serions absolument
pas déterminés, tels des individus souverains, mais au sens où nous pouvons devenir libres, au
sens où la liberté est la lutte indéfinie contre ce qui nous détermine.
1-Spinoza : la liberté est une libre nécessité
2- La nouvelle conception de la liberté permet de repenser la responsabilité : distinction entre
expliquer et comprendre.

Annexes:
● colloque n°1, conscience et temps
● colloque n°2, conscience et corps

1
👉👉👉Exercice 1 ​: ​S’exercer à problématiser ​ ✏
1/ Vidéo 1, « Le portefeuille »
a- Que représente à chaque fois le dédoublement du personnage ?
b- La vie du personnage dépend-elle de lui ?
c- Comment appelle-t-on cette capacité à faire des choix ? Est-elle seulement positive ? Ou bien
peut-elle avoir un versant négatif et désagréable ? Et si oui lequel ?
d- Quel nom donner au fait que nous devons assumer les conséquences de nos choix ?

2/ Vidéo 2, « La tête haute »


a- Quelle impression se dégage de cet extrait ?
b- Le destin de l'enfant semble-t-il être entre ces mains ?
c- Comment est rendue cette impression, d'un point de vue cinématographique ?
d- Peut-on dire que les circonstances n'ont pas d'incidence sur les vies des individus ?
e- Quels sont les différents facteurs qui sont déterminants, qui influencent les parcours de vie ?

3/ À partir de ces deux extraits, réfléchissez à la question suivante, et rédigez une introduction :
Sommes nous libres d'être ce que nous sommes ?

2
Volontarisme ​: théorie selon laquelle nous sommes ​libres quand nous agissons car notre volonté
n'est pas influencée. Nous avons un ​libre-arbitre = une volonté li​bre.

Déterminisme ​: théorie selon laquelle nous ne sommes pas libres quand nous agissons car notre
volonté est influencée, déterminée par des facteurs extérieurs à elle. Nos désirs et nos volontés
sont influencés (par l'éducation/le milieux social....etc)

Liberté ​: être soi-même la cause de ses actions.

Action ​: s'oppose à passion.

Passion ​: être passif, subir. Ne pas être soi-même la cause d'un événement.

Responsabilité ​: le fait d'être capable d'assumer ses actes ainsi que leurs conséquences. Pour
pouvoir être considéré comme responsable, il faut être considéré comme libre. Quelqu'un qui
commet un acte sans être libre de le commettre n'est pas responsable pénalement.
Ex : si une pierre tombe et tue Paul, on ne va pas la considérer coupable ou responsable de la mort
de Paul.

● Introduction rédigée.
Etape 1 : (réponse spontanée)
A première vue, il semblerait que nous sommes en effet libres quand nous agissons, quand nous faisons des
choix qui nous définissent. Au quotidien, nous avons l'impression d'être maîtres de nous-mêmes et non
pas d'être manipulés comme des marionnettes. Par ailleurs, ​les notions d'action et de liberté semblent
inséparables, puisque pour agir il faut être soi-même la cause de ses actions, donc être libre​. Si nous
n'étions pas libres, on ne pourrait pas parler d'actions, mais de passions subies et passives.

Etape 2 : (contradiction)
Mais un problème se pose : en effet, ​comment expliquer toutes les fois où nous sommes sous l'emprise de
passions ? Comment ne pas prendre en compte tous les facteurs qui nous influencent forcément
(milieu social/éducation) ? Peut-être que nous sommes toujours déterminés (= influencés) dans nos actions,
nos désirs, nos choix, et que la liberté n'est qu'une illusion ? Par exemple, le choix qui semble le plus
intime, comme le choix amoureux est peut-être influencé par le milieu social, et c'est ce qui explique le fort
taux d'endogamie.

Etape 3 : (enjeux)
L'enjeu consiste à savoir ​si oui ou non nous sommes responsables de nos actions. La thèse déterministe
comporte un risque. ​En effet si on considère que nous sommes toujours déterminés, alors cela annule la
notion même de responsabilité. ​Les individus ne seraient que les victimes des différentes circonstances et
ne seraient pas plus libres qu'une pierre tombant d'une falaise et tuant qq'un.

3
Etape 4 : problématique
Comment prendre en compte ce qui nous détermine sans annuler les notions de liberté et de responsabilité ?

I- Nous sommes libres, au sens où nous avons la capacité à faire des


choix volontaires et à les exécuter indépendamment des conditions
dans lesquelles nous sommes

A/ La thèse volontariste

Libre arbitre = capacité à trancher entre plusieurs options de façon arbitraire, c'est-à-dire sans être
influencé par aucun motif, aucune raison

Volontarisme= théorie selon laquelle nous avons un libre-arbitre et nous sommes donc libres.

1/ argument de la ​volonté : libre et consciente


- la volonté est différente du désir
Nous avons des désirs (=pulsions, instincts) qui nous sont imposés par le corps et que nous
subissons (ce sont des passions). Exemple : désir alimentaire ou sexuel.
Un animal est un être de désir qui ne peut pas résister à ses pulsions. Par exemple, un chien ne peut
pas décider de résister à une pulsion alimentaire ou sexuelle.
A l'inverse, ​les êtres humains ont une volonté= capacité de dominer ses désirs. Par exemple on
peut toujours résister à une pulsion sexuelle​. (par conséquent, un volontariste ne peut pas justifier
ou expliquer les agressions sexuelles par l'idée que les hommes auraient des pulsions irrépressibles)

- car la volonté est consciente


Comme les animaux, nous avons une ​conscience immédiate.

conscience immédiate= le fait d'​être présent au monde grâce à un ensemble de perceptions et de


sensations.
Parfois nous la perdons, par ex. quand nous sommes dans le coma.

Mais il y a une autre forme de conscience : la conscience de soi, l​a conscience réflexive.

la conscience réflexive = le fait se se saisir soi-même comme sujet qui ne se réduit pas à ses
pulsions présentes= le fait de devenir présent à soi-même en mettant à distance les sensations
qui nous rattachent au monde.
C'est grâce à cette conscience réflexive qu'on peut ​se projeter dans le futur, et mettre à distance
nos désirs présents, y résister. C'est donc grâce à la conscience réflexive que nous avons une
volonté capable de réprimer les désirs immédiats.

Remarque : il y a une autre forme de conscience, c'est la conscience morale.

4
conscience morale = la capacité à être conscient de ses actions et de leur valeur morale, à juger
nos actes en fonction du bien ou du mal.

- et cela rend la volonté libre : le ​libre-arbitre​.

Notre volonté, grâce à la conscience réflexive, est libre, elle a la possibilité de se déterminer
elle-même pour aller dans une voie sans être déterminée par quoi que ce soit d'autre
qu'elle-même​.

Ex : je peux, grâce à cette volonté, prendre une décision, alors que tout me pousse à prendre une
décision inverse. ​C'est le libre-arbitre. Sans lui, nous serions comme l'âne de Buridan,
condamné à mourir car incapable de faire un choix entre eau et avoine lorsqu'il a également
faim et soif.

👉👉👉 Exercice 2 ​: ​Lire un texte ​ ✏


→ TD sur le texte d'Anselme

“​Prenons maintenant un exemple où apparaissent une ​volonté droite​, c'est-à-dire juste, ​la liberté du choix et
le choix lui-même​ ; et aussi la façon dont la volonté droite, tentée d'abandonner la rectitude, ​la conserve par
un libre choix​. Quelqu'un veut du fond du cœur servir la vérité parce qu'il comprend qu'il est droit d'aimer la
vérité. (…) Arrive une autre personne la menaçant de mort si elle ne ment. Voyons maintenant le choix qui
se présente de sacrifier la vie pour la rectitude de la volonté ou la rectitude pour la vie.​ Ce choix, qu'on peut
aussi appeler jugement, est libre​, puisque la raison qui perçoit la rectitude enseigne que cette rectitude doit
être observée par amour de la rectitude elle-même, que tout ce qui est allégué pour son abandon doit être
méprisé et que ​c'est à la volonté de repousser et de choisir selon les données de l'intelligence rationnelle
; c'est dans ce but principalement, en effet, qu'ont été données à la créature raisonnable la volonté et la raison.
C'est pourquoi​ ce choix de la volonté pour abandonner cette rectitude n'est soumis à aucune nécessité
bien qu'il soit combattu par la difficulté née de la pensée de la mort.​ Quoiqu'il soit nécessaire, en effet,
d'abandonner soit la vie, soit la rectitude, ​aucune nécessité ne détermine cependant ce qui est conservé ou
abandonné. La seule volonté détermine ici ce qui est gardé et la force de la nécessité ne fait rien là où le
seul choix de la volonté opère."

1/ Lire et coder le texte dans un tableau :

Codage Analyse/Déduction Problématisation


(définir (à qui s’oppose
l’explicite/dégager l’auteur?)
l’implicite)

Phrase 1
1/ Quel est le thème du texte ?
Conseil : soyez précis. Le thème n'est pas une idée.
2/ Quelle question est posée par le texte ?
Astuce : pour répondre, relisez le texte plusieurs fois et résumez-le en une idée principale.
Transformez cette idée en question. Vous avez trouvé la question posée par le texte.
3/ En quoi cette question pose-t-elle problème ? (pourquoi peut-on y répondre par oui ou par non,
sans pouvoir immédiatement trancher?)

5
4/ Quelle est la thèse de l'auteur ? (répond-il oui ou non?)
5/ A quelle thèse s'oppose-t-il ? Définissez-la.
6/ Quel est son argument ?

2/ argument de l'identité personnelle


Avoir une identité personnelle= avoir une singularité (être un individu unique et irremplaçable)
et une permanence (avoir un moi-substance = qqch qui reste, qui subsiste malgré les changements).
Les volontaristes partent du constat que nous avons tous une identité personnelle, une singularité.
Par conséquent, pour eux​, on ne peut pas expliquer entièrement le comportement et la
personnalité des individus à partir des facteurs extérieurs comme le font les déterministes​. Par
exemple, deux jumeaux vivant dans la même famille et le même milieu ont bien deux identités
personnelles différentes. On ne peut donc pas tout expliquer par le milieu.
Ce qui fait que je suis ce que je suis, ​c'est mon moi substance = ma pensée, ma conscience, grâce
à laquelle j'ai un libre-arbitre.

💁💁💁
Annexe
Pour aller plus loin sur les rapports entre conscience et temps : 📂 colloque n°1 en

3/ Argument du dualisme : liberté de la pensée, qui échappe aux


déterminations corporelles.
a- Le dualisme cartésien

Puis, examinant avec attention ce que j'étais, et voyant que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps et
qu'il n'y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse, mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je
n'étais point, et qu'au contraire, de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il
suivait très évidemment et très certainement que j'étais, au lieu que, si j'eusse seulement cessé de penser,
encore que tout le reste de ce que j'avais jamais imaginé eût été vrai, je n'avais aucune raison de croire que
j'eusse été, je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et
qui pour être n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle; en sorte que ce moi,
c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est
plus aisée à connaître que lui, et qu'encore il ne fût point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle est "

​Descartes, Discours de la méthode, IVe partie

L'âme ou l’esprit est une substance pensante (simple, Le corps ou la matière est une substance étendue
n’occupant aucun espace assignable, indivisible). (divisible, sans pensée ni intériorité) ; la matière : ce qui
est susceptible d’occuper un étendue et de subir des
mouvements.

On ne peut couper une idée en deux ! On peut ainsi concevoir la moitié d’un corps ou le ¼
d’un corps​.

L’âme est du côté de la liberté, de la contingence, de Le corps est du côté du déterminisme, de la nécessité, on

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l’imprévisibilité. peut prévoir son fonctionnement selon des lois
physico-chimiques.

→ ​La substance de l’esprit et celle de la matière sont donc de nature opposée. Ce sont deux
substances distinctes, c'est-à-dire qui peuvent subsister l'une sans l'autre. L'esprit n'a pas
besoin de la matière pour fonctionner, et inversement. Le corps humain est donc comme une
machine, qui fonctionne mécaniquement, et l'âme humaine est indépendante du corps.
Donc l'esprit est totalement libre par rapports aux passions imposées par le corps, il peut
toujours leur résister.

b​ - Contre le déterminisme biologique, c'est-à-dire sexisme et racisme: la façon de penser serait


le résultat du corps.

Le sexisme ou le racisme sont des idéologies qui considèrent que certaines caractéristiques
physiques influencent les capacités intellectuelles.
Le dualisme permet de lutter contre cela. Poullain de la Barre, un disciple de Descartes utilise le
dualisme pour prouver que les femmes ont un esprit aussi performant que celui des hommes,
puisque le corps n'influence pas l'esprit.
« Il est aisé de remarquer que la différence des sexes ne regarde que le corps : n’y ayant que cette partie qui
serve à la production des hommes ; et l’Esprit ne faisant qu’y prêter son consentement, et le faisant en tous
de la même manière, on peut conclure qu’il n’a point de sexe. », Poullain de la Barre, ​De l'égalité des sexes.

👉👉👉Exercice 3 ​: ​Utiliser une référence pour argumenter ​ ✏


1/ Poullain de la Barre soutient la thèse cartésienne du dualisme entre l'esprit et le corps. Montrez en quoi cette thèse
permet d'argumenter en faveur de l'égalité des sexes. Contre quelle autre relation de domination cette thèse permet-elle
également de lutter ?

2/ En quoi le dualisme est-il un argument pertinent pour soutenir l'idée que nous sommes libres de nos actions ?

💁💁💁
Annexe
Pour aller plus loin sur les rapports entre conscience et corps : 📂 colloque n°2 en

👉👉👉 Exercice 4 ​: ​Construire un raisonnement ​ ✏


A l’issue du colloque, proposez un plan en 3 parties, avec des transitions.

B/ Objections et transition

Le volontarisme explique tout à partir de la volonté. Mais comment expliquer tous les cas où la
volonté est impuissance ? (exemples : dépression, TOC, procrastination....)

Tous ces phénomènes montrent bien que la volonté n'est pas toute puissante.

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II-Nous ne sommes pas libres au sens de la liberté comme
libre-arbitre : le libre-arbitre est une illusion. Nous ne choisissons
pas ce que nous sommes, nos actions sont le produit de
déterminations extérieures, sociales et psychiques.

1-Spinoza et la critique de l'illusion du libre-arbitre :

Spinoza, Lettre à Schuller

« Pour rendre cela clair et intelligible,concevons une chose très simple :une pierre par exemple
reçoit d'une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvements et, l'impulsion de
la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance
de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu'elle est nécessaire, mais parce
qu'elle doit être définie par l'impulsion d'une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut
l'entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu'il vous plaise de lui attribuer,
si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement
déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d'une certaine manière déterminée.
Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu'elle continue de se mouvoir,
pense et sache qu'elle fait effort, autant qu'elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément,
puisqu'elle a conscience de son effort seulement et qu'elle n'est en aucune façon indifférente, croira
qu'elle est très libre et qu'elle ne persévère dans son mouvement que parce qu'elle le veut. Telle est
cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes
ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit
librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s'il est poltron, vouloir fuir.
Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu'ensuite, revenu à la sobriété, il aurait
voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d'autres de même farine, croient agir par un
libre décret de l'âme et non se laisser contraindre. »

Le libre-arbitre est censé être une cause qui n'est elle-même causée par rien= une cause
première= un principe = une cause indéterminée (=causée par rien) et ​déterminante (=qui
cause des effets).

Pour Spinoza, le libre-arbitre n'est qu'une illusion. Toutes nos volontés sont causées par des
causes antérieures qui les déterminent. Nous sommes comme des pierres qui roulent et qui
auraient conscience de rouler, sans savoir que ce roulement a été causé par une force
extérieure. Nous sommes comme des personnes ivres qui croient que leur comportement est libre,

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alors qu'il est influencé par l'alcool.

« Les hommes se croient libres pour la seule raison qu'ils sont conscients de leurs actions et
ignorants des causes qui les déterminent ».

Schéma :

L'explication de nos comportements par le libre-arbitre est une anti-explication qui n'explique
rien​.
C'est la même chose quand on explique le monde par la volonté de Dieu, qui lui aussi est une cause
première, un principe indéterminé et déterminant.
Expliquer qqch par Dieu ou par le l-a, c'est expliquer par de l'inexplicable, c'est ne rien
expliquer du tout.
En faisant cela, on déguise notre ignorance des causes et des lois qui gouvernent le monde, ou le
comportement humain.
L'idée de Dieu, comme celle du l-a, est un asile de l'ignorance.
Alors que les volontaristes sont des idéologues, ​Spinoza prône une approche scientifique du
comportement humain. On peut étudier les causes qui nous déterminent, comme on étudie les
causes qui déterminent les phénomènes naturels. C'est le travail des sciences humaines :
psychologie, sociologie.

(attention, il faut faire la différence entre les sciences humaines qui postulent un déterminisme
social/environnemental et les idéologies racistes qui postulent un déterminisme biologique)

👉👉👉Exercice 3 ​de restitution et d’argumentation​ ​ ✏


1/ Ecrivez une lettre de Spinoza à Descartes, où il réfute l'existence du libre-arbitre.

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2- les déterminations sociales et psychiques

a/ déterminisme social et éducation :

● déterminisme de classe :

Pour Bourdieu, nous avons tous un héritage de départ : nous héritons d'un capital économique,
culturel, social. ​Cet héritage nous détermine dans nos trajectoires de vie. La classe sociale à
laquelle nous appartenons nous détermine. Elle s'incorpore même dans notre corps à travers
nos façon de bouger/parler/manger.
C'est ce que Bourdieu appelle l'habitus.
Habitus= incorporation du déterminisme social, qui devient presque comme une seconde nature.

L'école est un instrument de reproduction sociale. Appartenir à une classe sociale influence
fortement les résultats scolaires, à l'échelle statistique. En effet, l'école s'appuie sur des
compétences qui sont liées à la culture dominante, de façon implicite.
Le problème c'est que le système scolaire fait souvent croire que tout ne repose que sur la volonté
ou le travail des élèves. ​On appelle cela de la violence symbolique = faire croire aux dominés
qu'ils sont dominés par leur faute. On fait comme si certaines compétences étaient évidentes,
alors qu'elles ont été acquises par certains hors de l'école.
Ex : quand un prof demande de faire un exercice sans avoir donné la méthodologie.
La violence symbolique est très puissante et provoque la honte, qui est un très fort outil de
domination sociale.​ (cf. Annie Ernaux, La honte)

Par conséquent, étudier le détermine social, en prendre conscience, ce n'est pas enfermer les
gens dans des cases, dans un destin déjà tracé (fatalisme), mais c'est mettre fin à la violence
symbolique, et donc redonner de la puissance aux dominés.

● déterminisme de genre:

Exemple d'habitus qui passe par l'éducation : ​l'habitus genré.


Les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas déterminées uniquement
biologiquement. Le déterminisme biologique est dangereux car il enferme les personnes dans des
cases, de façon fataliste.
Les différences genrées (entre hommes/femmes) s'expliquent par l'éducation qui est différente
en fonction du sexe de l'enfant. On conditionne les individus dans des rôles définis, ils
développent des compétences différentes en fonction de cette éducation différente, et leur
habitus semble ensuite naturel alors qu'il a été construit​. Ex : les jouets

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👉👉👉 Exercice 4 ​de restitution et d’argumentation​ ​ ✏
Expliquez la différence entre déterminisme biologique et déterminisme social, en prenant comme
exemple le déterminisme de genre.

b/ le déterminisme psychique : ​l'inconscient

« Le moi n'est pas maître en sa propre maison », ​Une difficulté de la psychanalyse

Thèse de Freud : le psychisme ne se réduit pas à ce dont nous avons conscience, à la conscience. Il y a
une part obscure de nous-mêmes qui nous détermine à notre insu, c'est l'inconscient​. On peut
expliquer le comportement humain par des relations de causes à effet très complexes liées à notre
psychisme. Pour Freud, rien n'échappe à ces processus inconscients, y compris mes goûts, mes choix, qui
n'ont de choix que le nom. ​Il n'y a pas en moi de pouvoir de choix tout-puissant, il n'y a pas de
libre-arbitre. Nous nous prenons pour des rois libres de nos décisions, croyant qu'elles sont
arbitraires, mais en réalité, nous ne sommes pas maîtres de nous-mêmes, nous sommes dirigés à notre
insu par des pulsions inconscientes.

● Les stades du développement psychique :​Le Moi/le ça/le Surmoi


Dans les premiers mois de sa vie, l'individu vit dans une sorte de symbiose avec la mère. Il se vit comme ​le
centre du monde​, son existence n'est rythmé que par sa satisfaction de ses désirs, il est guidé par le
«​ principe de plaisir ​», c'est-à-dire l'instinct consistant à combler un certain nombres de pulsions vitales. Il
acquiert donc ce qu'on appelle le «​ ça ​». Le « ça » est l'ensemble des pulsions d'origine biologique et à
caractère vital pour l'individu et pour l'espèce. Le « ça » est animé par la ​libido​, c'est-à-dire le désir sexuel de
base.

Puis jusqu'à l'âge d'environ 2 ans, l'enfant acquiert le ​MOI​. Le Moi est la connaissance et la maîtrise des
contraintes physiques de la réalité. L'enfant apprend que le principe de plaisir se heurte au ​principe de
réalité ​: il ne peut pas tout obtenir, ses désirs ne sont pas un centre de référence, l'enfant comprend qu'il n'est
pas le centre du monde. Par exemple, il comprend que physiquement il doit apprendre à marcher s'il veut
aller chercher un jouet à l'autre bout de la pièce. Les pulsions du « ça » ne peuvent pas être toutes satisfaites,
il faut se plier au principe de réalité. ​Le Moi est donc l'instance qui domine le ça.

Mais le contraintes du réel ne sont pas seulement physiques, elles sont aussi sociales. L'enfant doit apprendre
à se plier à des contraintes imposées par la société, à respecter des tabous. Par exemple les règles d'hygiène,
ou de propreté. Vers 4/5 ans, l'individu apprend donc à se plier à ces exigences sociales et morales, à les
intérioriser. Il forme donc son ​SURMOI, qui correspond à la conscience morale d'un individu,
c'est-à-dire sa capacité à distinguer le bien du mal, et par exemple à éprouver du remord pour une
faute commise, en l'absence de toute condamnation extérieure​.
Ces exigences du Surmoi s'opposent de manière frontale aux pulsions et désirs du ça : le Moi régule le ça,
tandis que le Surmoi le réprime.
Le premier conflit entre le ça et le Surmoi survient au moment du ​complexe d'Oedipe​ :
Oedipe est un personnage de la mythologie grecque qui, à son insu, a épousé sa mère et a tué son père. Pour
Freud, l'enfant éprouve également ce désir, vers 4/5 ans, d'avoir une relation exclusive avec le parent du sexe
opposé, et éprouve donc également un sentiment violent de rivalité avec le parent du même sexe. L'enfant
garçon, ainsi, voit sa mère comme une source de plaisir, puisque la mère satisfait ses désirs primaires
(manger notamment). L'enfant se voit comme le centre du monde de la mère. Lorsqu'il prend conscience qu'il
est le fruit de l'amour entre sa mère et un autre homme, qu'il n'est donc pas le seul amour de sa mère, il
éprouve de la rivalité pour cet autre homme. Il comprend que son intimité physique avec sa mère a ses
limites. (N.B : chez les filles, c'est le processus inverse, et on parle de complexe d'Electre).
Il y a un interdit insurmontable : ​l'interdit de l'inceste. Il s'agit d'un ​tabou constitutif de toute société
humaine : l'idée même d'avoir une relation sexuelle avec l'un de nos parents nous est insupportable.

11
● le refoulement dans l'inconscient​ :
Le psychisme humain est traversé de tous ces conflits intérieurs, entre le ça, le moi et le surmoi ; entre le
principe de plaisir et le principe de réalité.
Quand un conflit psychique est trop fort, quand il menace l'équilibre psychique de l'individu, il y a
refoulement​. Un désir très fort ne peut être satisfait dans la vie réelle, et il est alors refoulé dans
l'inconscient​. L'individu va alors vivre comme s'il n'avait jamais éprouvé ce désir. C'est le cas par exemple
du désir d'inceste. Si ce désir n'était pas refoulé, l'individu serait psychotique, il souffrirait de ​psychose​,
c'est-à-dire de la pathologie consistant à ne pas faire la distinction claire entre désir et réalité, ne pas être
capable de réprimer ses désirs correctement, de les soumettre au principe de réalité. (L'inverse de la
psychose : c'est la ​névrose​, c'est-à-dire le fait de trop refouler ses désirs. Nous sommes tous et toutes, pour
Freud, des névrosés, à des degrés différents.)

→ Qu'est-ce que l'inconscient ?


C'est une entité qui contient, sans que je m'en rende compte, tout ce qui n'est pas conforme à l'idée
socialement acceptable que je me fais de moi. C'est la zone d'ombre de ma personnalité, sa face
cachée, la partie immergée de l'iceberg.
Je ne peux pas prendre conscience de ce que contient mon inconscient, même si j'ai la volonté de le faire.
L'inconscient résiste à l'introspection​ (= vouloir se connaître soi-même).
La censure :
Si l'inconscient est une entité qui reste dans l'ombre, dont je ne peux pas avoir conscience, c'est qu'il y a
entre la conscience et l'inconscient une frontière active : ​la censure. ​Cette censure, qui tire sa force du
Surmoi, empêche les désirs refoulés de se manifester dans la conscience. Elle empêche aussi la conscience
de pénétrer, par l'introspection, dans l'inconscient.

● Censure et déguisements :
Mais alors, comment avoir une preuve de l'existence de l'inconscient, si on n'est jamais conscient de cet
inconscient ? Freud montre qu'il y a des ​symptômes qui ne peuvent être expliqués que la l'hypothèse de
l'inconscient. En effet, malgré la censure, l'inconscient se manifeste parfois dans notre vie psychique. En
réalité, au quotidien, notre inconscient ne cesse de se manifester.
En effet, la censure ne fonctionne pas toujours parfaitement et certains désirs parviennent à passer par delà
cette censure.

Ainsi, dans le sommeil, la censure se relâche, et les désirs peuvent s'exprimer dans notre vie psychique,
mais toutefois de façon déguisée. Les ​rêves ne sont que la réalisation symbolique de désirs refoulés. C'est
pourquoi on peut interpréter les rêves pour comprendre à quels désirs ils correspondent.
C'est le même principe pour les ​lapsus (dire ce qu'on désire vraiment à la place de ce qu'on voulait dire) ou
des ​actes manqués (ne pas réussir à faire ce qu'on voulait faire au départ, ce qui est un moyen inconscient
de réaliser un désir plus profond. Par exemple, Gontran doit se marier, mais oublie les alliances, parce qu'au
fond il ne souhaitait pas épouser Alphonsine). C'est le même mécanisme que pour le rêve : un désir
inconscient profite du manque de vigilance de la censure pour s'exprimer dans notre vie consciente, par le
langage ou par une action.
Ou bien, même si la censure est très active, un désir peut trouver un moyen de la passer en se déguisant. Un
désir inavouable se donne des apparences acceptables, pour être réalisé de façon détournée, symbolique. On
appelle cela la ​sublimation​.
Pour Freud, nous ne cessons de réutiliser notre libido (réservoir de pulsions) pour des actions plus nobles,
acceptables socialement. Ainsi étudier ou écrire un livre est une façon de détourner, de sublimer, sa libido.

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-Quand la censure ne fait plus du tout son travail, les désirs refoulés envahissent la vie psychique et l'individu
est totalement pathologique (psychose).

3/ Objections et transition
Sartre s'oppose à la thèse de Freud. ​En effet, pour lui, dire que notre comportement est
déterminé par l'inconscient est une manière de se déresponsabiliser. C'est de la mauvaise foi =
fait de nier notre liberté absolue, et de se comporter comme un lâche, un « salaud », en
cherchant des excuses.
Sartre est ​existentialiste et volontariste : pour lui on a toujours le choix.
Par exemple, un acte manqué : pour Sartre, ce n'est pas notre inconscient qui agit à notre insu. C'est
nous qui avons pris une décision, mais nous ne l'assumons pas et nous essayons de nous mentir à
nous-même en faisant comme si nous ne l'avions pas fait exprès.
Alain, autre volontariste, pense aussi que la théorie de l'inconscient est dangereuse
moralement, car elle risque de faire disparaître toute conscience morale, d'annuler toute
responsabilité face à nos actes.

👉👉👉Exercice 5 ​de restitution et d’argumentation​ ​ ✏


1- Ecrivez une lettre de Freud à Descartes où il réfute l'idée que nous sommes transparents à
nous-mêmes, conscients et libres.
2- Ecrivez une lettre d'un volontariste à un déterministe, l'accusant de déresponsabiliser les êtres
humains.

👉👉👉 Exercice 6 ​de problématisation​ ​ ✏ Rédigez les introductions de ces sujets de dissertation:
a- Peut-on avoir peur de soi ?
b- L'idée d'inconscient exclut-elle celle de liberté ?
c- Suffit-il d'avoir le choix pour être libre ?
d- Peut-on être étranger à soi ?
e- Peut-on agir inconsciemment ?

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III- ​Oui,
nous sommes libres de nos actions non pas au sens où nous
ne serions absolument pas déterminés, tels des individus
souverains, mais au sens où nous pouvons devenir libres, au sens où
la liberté est la lutte indéfinie contre ce qui nous détermine.

1-Spinoza : la liberté est une libre nécessité

« J'appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ;
contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d'une certaine façon
déterminée.
Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu'il existe par la seule
nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu'il existe par la
seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes choses
librement, parce qu'il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses.
Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre
nécessité. » Spinoza,​ Lettre à Schuller

1/ A quelle conception de la liberté s'oppose-t-il ? A quelle notion renvoie l'expression


« libre décret » de la dernière phrase ?
2/ Pourquoi l'expression « libre nécessité » est-elle d'abord paradoxale ?
3/ Comment Spinoza résout ce paradoxe ? Comment redéfinit-il la liberté de façon à ce
qu'elle soit compatible avec la notion de nécessité ?
4/ En quoi selon cette nouvelle conception de la liberté, la liberté doit-elle faire l'objet d'un
apprentissage ?
5/ En quoi, donc peut-on dire que la psychanalyse est un moyen d'apprendre à devenir libre ?

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👉👉👉Exercice 7​, prolongements sur connaissance et liberté ✏
« Il n'y a que la seule volonté, que j'expérimente en moi être si grande, que je ne conçois point l'idée
d'aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte que c'est elle principalement qui me fait connaître que je
porte l'image et la ressemblance de Dieu. (...) Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une
chose, ou ne la faire pas (c'est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir), ou plutôt seulement en ce que,
pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose, nous agissons en telle
sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne. Car, afin que je sois libre, il
n'est pas nécessaire que je sois indifférent à choisir l'un ou l'autre des deux contraires ; mais plutôt, d'autant
plus que je penche vers l'un, soit que je connaisse évidemment que le bien et le vrai s'y rencontrent, soit que
Dieu dispose ainsi l'intérieur de ma pensée, d' autant plus librement j'en fais choix et je l'embrasse. Et certes
la grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin de diminuer ma liberté, l'augmentent plutôt, et la
fortifient. De façon que cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que
vers un autre par le poids d'aucune raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut
dans la connaissance, qu'une perfection dans la volonté, car si je connaissais toujours clairement ce qui est
vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire ; et
ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent. »
Méditation Quatrième, Descartes

1/ Que veut dire liberté d’indifférence?


2/ Quel est le rôle de la connaissance dans la liberté?
3/ En quoi peut-on rapprocher Descartes de Spinoza dans ce texte?
4/ Rédigez l’introduction de l’explication de texte

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2- La nouvelle conception de la liberté permet de repenser la responsabilité :
distinction entre ​expliquer et comprendre​.

Les volontaristes reprochent aux déterministes de détruire toute notion de responsabilité.


Mais les ​déterministes redéfinissent la responsabilité : être responsable, c'est prendre
conscience de ce qui nous a déterminé, ce qui nous a amené à agir, afin de ne plus reproduire
le mal que nous avons fait.
Etre libre= comprendre ce qui nous détermine.
Donc être responsable = faire le travail de compréhension de soi-même.

Si on refuse de se pencher sur ce qui nous a poussé à agir, si on reste dans l'illusion du libre-arbitre,
l​'illusion selon laquelle nous ne sommes déterminés, influencés par rien, alors on est
irresponsable, car on risque de reproduire le même geste à l'avenir.
Etre responsable, si on a mal agit, ce n'est pas juste purger sa peine, mais c'est comprendre pourquoi
on a mal agi et réglé le déséquilibre psychique, par exemple.

Expliquer= chercher les causes qui ont conduit nécessairement à un événement, qui causent les
réactions d’un objet.
Cela s'applique à des objets qui n'ont ni conscience ni liberté, qui obéissent à des causes nécessaires,
et qui ne sont pas responsables de leurs actes. Les sciences naturelles ou physiques expliquent la
nature.
Comprendre = chercher les motifs, la raisons qui sont à l'origine de l'action d'un sujet, sans
considérer que le sujet était poussé nécessairement, car il a une conscience et une liberté, et reste
responsable de ses actes, même s'il est influencé. Les sciences humaines cherchent à comprendre
les actions humaines, sans nier leur liberté et leur responsabilité.

Comprendre les causes ne revient pas à excuser.


Comprendre pourquoi des jeunes se révoltent dans les quartiers populaires et font des émeutes,
étudier les circonstances qui conduisent à la violence, ce n'est pas excuser cette violence, mais c'est
se donner les moyens de la prévenir. C'est donc une façon pour chacun et pour toute la société de
prendre ses responsabilités.
Idem pour les délinquants en prison : la société doit prendre ses responsabilités et ne pas se
contenter de les enfermer, mais réfléchir aux causes de la délinquance.

Hannah Arendt dans ​Eichmann à Jerusalem e​ ssaye de comprendre les atrocités commises par ce
nazi, qui est en fait un homme ordinaire, et refuse de le considérer comme un monstre
incompréhensible. Il ne s'agit pas de l'excuser, mais de prendre toutes nos responsabilités pour que
cela n'arrive plus. ​Nous pouvons tous commettre le mal si on obéit sans réfléchir, par lâcheté.
C'est le concept de « banalité du mal » : si on dit que le criminel est un monstre, que le nazi est
inhumain, qu'on ne peut pas du tout comprendre, on fait comme si le mal n'était pas
potentiellement présent en chacun de nous, et ce n'est pas du tout responsable​.

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👉👉👉Exercice 8​, restitution et argumentation ✏
Ecrivez une lettre de Hannah Arendt dans laquelle elle explique que comprendre le mal ou la
violence, ce n'est pas l'excuser (prenez l'exemple de votre choix)

👉👉👉 Exercice 9​, Ouvertures et croisements : sciences humaines, politique et morale ✏


Lire ce texte et rédigez une lettre à M. Valls où vous faites l’éloge de la sociologie.

Article du Monde: En matière de terrorisme, Manuel Valls ferait-il un déni de savoir ? Voilà trois fois qu’il
s’en prend à tous ceux, sociologues et chercheurs, qui tentent de comprendre les violences contemporaines.
Samedi, lors de la commémoration de l’attaque contre l’Hyper Cacher, le Premier ministre a de nouveau
rejeté toute tentative d’explication à la fabrique de jihadistes. «Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs
compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille ; car
expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser.» Au Sénat, le 26 novembre, il avait déjà porté la charge : «J’en
ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques à
ce qu’il s’est passé.» Et la veille, le 25 novembre, devant les députés : «Aucune excuse ne doit être
cherchée, aucune excuse sociale, sociologique et culturelle.» Mais sur le fond, la sociologie se confond-elle
vraiment avec la culture de l’excuse ? C ​ omprendre n’est ni excuser ni déresponsabiliser,​ rappelle le
sociologue Bernard Lahire dans un essai qui vient de paraître.

Bernard Lahire : «Déclaration après déclaration, Manuel Valls manifeste un rejet public très net de toute
explication des attentats de 2015.​ Il ramène toute explication à une forme de justification ou d’excuse.
Pire, il laisse penser qu’existerait une complicité entre ceux qui s’efforcent d’expliquer et ceux qui
commettent des actes terroristes.​ Il fait odieusement porter un lourd soupçon sur tous ceux qui ont pour
métier d’étudier le monde social. Ce discours est problématique à trois égards. Tout d’abord, le Premier
ministre, comme tous ceux qui manient l’expression "culture de l’excuse", ​confond explication et
justification. ​Il accuse les sciences sociales d’excuser, montrant par là son ignorance. Tout le monde
trouverait ridicule de dire qu’en étudiant les phénomènes climatiques, les chercheurs se rendent complices
des tempêtes meurtrières. C’est pourtant bien le type de propos que tient Manuel Valls au sujet des
explications scientifiques sur le monde social. ​Non, comprendre ou expliquer n’est pas excuser. ​Nous ne
sommes ni des procureurs, ni des avocats de la défense, ni des juges, mais des chercheurs, et notre métier
consiste à rendre raison, de la façon la plus rigoureuse et la plus empiriquement fondée, de ce qui se passe
dans le monde social.
Comme vous l'avez dit, la notion de responsabilité individuelle est au cœur des critiques adressées à la
sociologie : elle déresponsabiliserait les chômeurs, les pauvres, les jeunes en échec scolaire, les
délinquants… en les victimisant. Or, vous affirmez, comme beaucoup d'autres sociologues, que l'idée de libre
arbitre et donc de responsabilité individuelle est en réalité une fiction et qu'elle n'est pas pertinente dès lors
qu'on adopte un point de vue scientifique.
B.L. : ​Les sciences sociales remettent en cause par leurs travaux une vision de l'Homme libre,
autonome, entièrement maître de son destin, et détenteur d'un libre arbitre. ​Les sciences sociales ne
sont pas à la recherche de coupables pour comprendre le pourquoi et le comment des choses. Par exemple, il
est courant d'entendre que l'échec scolaire des enfants est la «faute» des parents (de leur «démission») ou
celle des enseignants («laxistes», adeptes de mauvaises méthodes de lecture, etc.) alors que ce n'est pas
comme cela qu'on peut comprendre la réalité de l'échec scolaire. Inutile donc d'être dans la recherche
permanente des «responsabilités».
Au fond, ce qui est reproché à la sociologie, quand elle cherche à expliquer et donc à trouver des causes aux
phénomènes sociaux, c'est de mettre l'accent sur les déterminismes sociaux, ce qui pourrait laisser croire
qu'on n'a pas les moyens d'agir sur ce qui se passe, sur l'échec scolaire, sur la pauvreté, sur les actes de
violence ou de délinquance…, en d'autres termes qu'une sorte de fatalité pèserait sur les individus, sur leurs
choix et leurs destinées. N'y a-t-il pas là un malentendu sur ce que les sociologues entendent par
«déterminants sociaux» ou «contraintes sociales» ?

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B.L. : De toute évidence. Les déterminismes physiques ou biologiques semblent moins choquer les gens
alors qu'ils sont bien plus implacables que les déterminismes sociaux (qui n'ont d'existence qu'historique, et
qui sont donc modifiables). Par exemple, nous connaissons les lois de l'apesanteur ou les processus
neurodégénérescents qui sont des faits avec lesquels nous devons composer et qui limitent sérieusement
notre champ d'action. ​Mais qui dit mise au jour des déterminismes (sociaux ou autres) ne dit pas
fatalisme. Bien au contraire, cette connaissance des déterminismes est faite pour permettre, à ceux qui
le souhaitent, de transformer l'ordre des choses en toute connaissance de cause. On agit toujours
mieux sur le réel quand on a appris à le connaître que quand on en méconnaît les structures et le
fonctionnement.

👉👉👉Exercice 10​, croisements, ouverture et problématisation ✏


Rappel sur la méthode scientifique
Modèle des sciences dites « dures »: un énoncé scientifique doit
1- être vérifiable expérimentalement;
2- décrire des mécanismes causaux exprimés sous forme de lois;
3- permettre la prévision d'un phénomène
4- Le scientifique est objectif, neutre, extérieur à l'objet étudié.

1/ En quoi ces étapes ne peuvent pas être réalisées en sciences humaines?

En sciences humaines et en histoire en particulier, il n'y a pas de vérité historique figée, absolue et
objective, mais des interprétations qui doivent être confrontées. La vérité émerge à l'issue de ce
débat, de cette critique de l'histoire et de la mémoire officielle de certains événements.

cf. le travail de l'historien Paxton, qui dans les années 70 détruit le roman national qui faisait de la
France une France de résistant, et qui met en évidence la collaboration.

On parle de vérité de ​dévoilement​, une vérité qui émerge par ​interprétation​, au terme d'un débat et
d'une ​confrontation des points de vue.​ ( et non une vérité d'adéquation). Le travail de l'historien
est donc de dévoiler cette vérité en travaillant sur des mémoires divergentes au sujet d'un même
événement.

Objectivité/Subjectivité/Intersubjectivité

2/ Rédigez une introduction: “Suis-je un objet de connaissance?”

18
ANNEXES:

TABLEAU POUR CHAQUE TEXTE DE COLLOQUE:


​ Concepts ​

– Quels sont
les mots-clés, les
expressions
importantes ?
– Quelles sont
les distinctions, les
oppositions qui
structurent le texte ?

​ Thèse ​

– Quelle est l'idée


principale du texte ?

​ Lien avec ​
​ le colloque ​

– Quelle réponse
pourrait-on alors
justifier, à la question du
colloque ?

​ Application ​
​ au réel ​

– Quels exemples
permettent de montrer la
pertinence de la thèse ?

​ Arguments ​

– Quels arguments
permettent de soutenir
cette thèse ?

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COLLOQUE n°1:

Sommes-nous les mêmes dans le temps?

● Texte 1: Locke
«Cela posé, pour trouver en quoi consiste l'identité personnelle, il faut voir ce qu'emporte le mot de personne.
C'est, à ce que je crois, un Être pensant et intelligent, capable de raison et de réflexion, et qui se peut
consulter soi-même comme le même, comme une même chose qui pense en différents temps et en différents
lieux ; ce qu'il fait uniquement par le sentiment qu'il a de ses propres actions, lequel est inséparable de la
pensée, et lui est, ce me semble, entièrement essentiel, étant impossible à quelque Être que ce soit
d'apercevoir sans apercevoir qu'il aperçoit. Lorsque nous voyons, que nous entendons, que nous flairons, que
nous goûtons, que nous sentons, que nous méditons, ou que nous voulons quelque chose, nous le connaissons
à mesure que nous le faisons. Cette connaissance accompagne toujours nos sensations et nos perceptions
présentes : et c'est par là que chacun est à lui-même ce qu'il appelle soi-même. [...] Car puisque la conscience
accompagne toujours la pensée, et que c'est là ce qui fait que chacun est ce qu'il nomme soi-même, et par où
il se distingue de toute autre chose pensante : c'est aussi en cela seul que consiste l'identité personnelle, ou ce
qui fait qu'un Être raisonnable est toujours le même. Et aussi loin que cette conscience peut s'étendre sur les
actions ou les pensées déjà passées, aussi loin s'étend l'identité de cette personne : le soi est présentement le
même qu'il était alors : et cette action passée a été faite par le même soi que celui qui se la remet à présent
dans l'esprit.
Supposé que je perde entièrement le souvenir de quelques parties de ma vie, sans qu’il soit possible de le
rappeler, de sorte que je n’en aurai peut-être jamais aucune connaissance ; ne suis-je pourtant pas la même
personne qui a fait ces actions, qui a eu ces pensées, desquelles j’ai eu une fois en moi-même le sentiment
positif, quoique je les aie oubliées présentement ? Je réponds à cela que nous devons prendre garde à quoi ce
mot « je » est appliqué dans cette occasion. Il est visible que dans ce cas, il ne désigne pas autre choses que
l’homme. Et comme on présume que le même homme est la même personne, on suppose aisément qu’ici le
mot « je » signifie aussi la même personne. Mais s’il est possible à un même homme d’avoir en différents
temps une conscience distincte et incommunicable, il est hors de doute que le même homme doit constituer
différentes personnes en différents temps, et il paraît par des déclarations solennelles que c’est là le sentiment
du genre humain. Car les lois humaines ne punissent pas l’homme fou pour les actions que fait l’homme de
sens rassis, ni l’homme de sens rassis pour ce qu’a fait l’homme fou, par où elles en font deux personnes. Ce
qu’on peut expliquer en quelque sorte par une façon de parler dont on se sert communément en français,
quand on dit, ​un tel n’est plus le même [one is not himself],​ ou ​il est hors de lui-même [beside himself].​
Expressions qui donnent à entendre en quelque manière que ceux qui s’en servent présentement, ou du moins
qui s’en sont servis au commencement, ont cru que le soi était changé, que ce soi, dis-je, qui constitue la
même personne, n’était plus dans le même homme. »
John LOCKE, Essai sur l’entendement humain, Livre 2, ch. 27, § 20. (1690)

1/ Explicitez le paradoxe présenté dans ce texte, entre changement et identité.

2/ En quoi ce paradoxe a-t-il des implications morales ?

20
● Texte 2: Sacks
« Nous avons tous et chacun une biographie, un récit intérieur – dont la continuité, le sens, constituent notre
vie. On peut dire que chacun de nous construit et vit un « récit » et que ce récit est nous-même, qu'il est notre
identité.
Si nous voulons savoir quelque chose d'un homme, nous nous demandons quelle est son histoire, son
histoire réelle, la plus intime – car chacun d'entre nous est une biographie, une histoire, un récit singulier, qui
s'élabore en permanence, de manière inconsciente, par, à travers et en nous – à travers nos perceptions, nos
sentiments, nos pensées, nos actions ; et également par nos récits, nos discours. Biologiquement,
physiologiquement, nous ne sommes pas tellement différents les uns les autres ; historiquement, en tant que
récit – chacun d'entre nous est unique.
Pour être nous-même, nous devons avoir une biographie – la posséder, en reprendre possession s'il le faut.
Nous devons nous « rassembler », rassembler notre drame intérieur, notre histoire intime. Un homme a
besoin de ce récit intérieur continu pour conserver son identité, le soi qui le constitue. »
​Oliver Sacks​, ​L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau,​ 1985, tr. fr. Edith de la Héronnière, coll.
Points essais, 1992, p. 1481

● Texte 3: BERGSON

« Qui dit esprit dit, avant tout, conscience. Mais, qu'est ce que la conscience ? Vous pensez bien que je ne
vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous. Mais
sans donner de la conscience une définition qui serait moins claire qu'elle, je puis la caractériser par son trait
le plus apparent: conscience signifie d'abord mémoire. La mémoire peut manquer d'ampleur: elle peut
n'embrasser qu'une faible partie du passé; elle peut ne tenir que ce qui vient d'arriver; mais la mémoire est là,
ou bien alors la conscience n'y est pas. Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s'oublierait
sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant : comment définir autrement l'inconscience?
Quand Leibniz disait de la matière que c'est "un esprit instantané", ne le déclarait-il pas, bon gré, mal gré
insensible? Toute conscience est donc mémoire, - conservation et accumulation du passé dans le présent.
Mais toute conscience est anticipation de l'avenir. Considérez la direction de votre esprit à n'importe quel
moment: vous trouverez qu'il s'occupe de ce qui est, mais en vue surtout de ce qui va être. L'attention est une
attente , et il n'y a pas de conscience sans une certaine attention à la vie. L'avenir est la; il nous appelle, ou
plutôt il nous tire à lui: cette traction ininterrompue , qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause
aussi que nous agissons continuellement. Toute action est un empiétement sur l'avenir. Retenir ce qui n'est
déjà plus, anticiper sur ce qui n'est pas encore, voilà donc la première fonction de la conscience. Il n'y aurait
pas pour elle de présent, si le présent se réduisait à l'instant mathématique. Cet instant n'est que la limite ,
purement théorique, qui sépare le passé de l'avenir; il peut être à la rigueur conçu , il n'est jamais perçu;
quand nous croyons le surprendre, il est déjà loin de nous. Ce que nous percevons en fait, c'est une certaine
épaisseur de durée qui se compose de deux parties : notre passé immédiat et notre avenir imminent. Sur ce
passé nous sommes appuyés, sur notre avenir nous sommes penchés: s'appuyer et se pencher ainsi est le
propre d'un être conscient. Disons donc, si vous voulez, que la conscience est un trait d'union entre ce qui a
été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir. »

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● Texte 4: SCHOPENHAUER

« Sur quoi repose l’identité de la personne ? Non pas sur la matière du corps : celle-ci se renouvelle au bout
de quelques années. Non plus sur la forme de ce corps elle change dans son ensemble et dans ses diverses
parties, sauf toutefois dans l’expression du regard ; c’est au regard que, même après un grand nombre
d’années, on peut reconnaître une personne. Preuve que, malgré toutes les modifications que le temps
provoque en l’homme, quelque chose en lui reste immuable, et nous permet ainsi, même après un très long
intervalle, de le reconnaître et le retrouver intact. C’est ce que nous observons également en nous-mêmes :
nous avons beau vieillir, dans notre for intérieur nous nous sentons toujours le même que nous étions dans
notre jeunesse, dans notre enfance même. Cet élément immuable, qui demeure toujours identique à soi sans
jamais vieillir, c’est précisément le noyau de notre être, qui n’est pas dans le temps. – On admet
généralement que l’identité de la personne repose sur celle de la conscience. Mais si on entend sous le terme
de conscience uniquement la remémoration cohérente du cours de notre vie, elle ne suffit pas à expliquer
[l'identité personnelle]. Sans doute nous savons un peu plus de notre vie passée que d’un roman lu autrefois;
mais ce que nous en savons est pourtant peu de chose. Les événements principaux, les scènes intéressantes se
sont gravés dans la mémoire ; quant au reste, pour un événement retenu, mille autres sont tombés dans
l'oubli. Plus nous vieillissons, et plus les faits de notre vie passent sans laisser de trace. Un âge très avancé,
une maladie, une lésion du cerveau, la folie peuvent nous priver complètement de mémoire. Mais l’identité
de la personne ne s’est pas perdue avec cet évanouissement progressif du souvenir. Elle repose sur la volonté
identique, et sur le caractère immuable que celle-ci présente. C’est cette même volonté qui confère sa
persistance à l’expression du regard. L’homme se trouve dans le cœur, non dans la tête. »

Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, livre II, chapitre 19 (« Du primat de la
volonté dans la conscience de soi »

● TEXTE 5: HUME

« ​Il est des philosophes qui imaginent qu’à tout instant nous sommes intimement conscients de ce
que nous appelons notre ​moi,​ que nous sentons son existence et sa continuité dans l’existence, et
que nous sommes certains, par une évidence plus claire que celle de la démonstration, de sa parfaite
identité et de sa parfaite simplicité. […] Vouloir en donner une preuve supplémentaire serait en
affaiblir l’évidence, puisqu’aucune preuve ne peut se tirer d’aucun fait dont nous ayons une
conscience aussi intime ; et il n’y a rien dont nous puissions être certains si nous doutons de ce fait.

Malheureusement, toutes ces affirmations péremptoires sont contraires à l’expérience même qu’on
invoque en leur faveur, et nous n’avons pas d’idée du ​moi de la manière qu’on dit. Car ​de quelle
impression cette idée pourrait-elle être dérivée ? […] À toute idée réelle, il faut une impression qui
soit à son origine. Mais le moi ou la personne n’est pas une impression ; il est ce à quoi nos diverses
impressions et idées sont censées se rapporter. Si une impression donne naissance à l’idée du moi,
cette impression doit demeurer invariablement la même, durant tout le cours de notre vie, puisque le
moi est supposé exister de cette manière. Mais il n’y a pas d’impression constante et invariable. […]

Pour ma part, ​quand je pénètre au plus intime de ce que j’appelle ​moi​, je tombe toujours sur telle ou
telle perception particulière​, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de
douleur ou de plaisir. À aucun moment je ne puis me saisir ​moi sans saisir une perception, ni ne
puis observer autre chose que la dite perception. Quand pour un temps je n’ai plus de perceptions,
dans un profond sommeil par exemple, je cesse d’avoir conscience de ​moi-même pendant ce temps ;
et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Et si j’étais privé par la mot de toute perception et que

22
je pusse ni penser ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, alors je serais
entièrement réduit à rien et je ne vois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant.
[…]

[J’]ose affirmer du reste des hommes qu’ils ne sont ​rien d’autre qu’un faisceau ou une collection de
différentes perceptions qui se succèdent les unes les autres avec une inconcevable rapidité et qui
sont dans un perpétuel flux et mouvement. Notre œil ne peut tourner dans son orbite sans varier nos
perceptions. Notre pensée varie encore plus que notre vue ; et tous nos autres sens, toutes nos autres
facultés participent à ce changement ; et il n’y a pas un seul pouvoir de l’âme qui demeure le même
un seul moment ou presque, sans se modifier. ​L’esprit est une sorte de théâtre où diverses
perceptions font successivement leur apparition ; elles passent, repassent, se perdent, et se mêlent en
une variété infinie de positions et de situations. Il n’y a en lui proprement ni ​simplicité à un
moment, ni ​identité dans des moments différents, quel que soit notre penchant naturel à imaginer
cette simplicité et cette identité. ​La comparaison avec le théâtre ne doit pas nous égarer​. Les
perceptions successives sont seules à constituer l’esprit ; et nous n’avons pas la moindre notion du
lieu où ces scènes sont représentées ni des matériaux dont il est constitué.

Qu’est-ce qui nous donne donc un si fort penchant à attribuer une identité à ces perceptions
successives et à supposer que nous jouissons d’une existence invariable et ininterrompue pendant
tout le cours de notre vie ? […] L’action de l’imagination par laquelle nous considérons l’objet qui
est invariable et ininterrompu, et l’action par laquelle nous réfléchissons à une succession d’objets
reliés sont senties presque de même manière et il ne faut pas beaucoup plus d’effort de pensée pour
la seconde que pour la première. La relation facilite la transition de l’esprit d’un objet à l’autre et
rend son passage aussi aisé que s’il contemplait un objet continu. Cette ressemblance est la cause de
la confusion et de l’erreur, et nous fait substituer la notion d’identité à celle des objets reliés. […]
Afin de justifier à nos yeux cette absurdité, nous feignons souvent quelque principe nouveau et
inintelligible qui lie les objets entre eux et en prévient l’interruption et la variation. Ainsi ​nous
feignons l’existence continue des perceptions de nos sens pour supprimer l’interruption ; et nous
donnons dans les notions d’​âme​, de ​moi​ et de ​substance,​ pour masquer la variation​. »

Hume, ​Traité de la nature humaine,​ I, IV, VI, §§1-6 (traduction : Michel Malherbe)

23
COLLOQUE n°2 :

Peut-on expliquer la conscience par le corps?

● Texte 1:

«Je dis que l’âme (souvent nous disons l’intelligence), dans laquelle résident le principe et la règle de nos
actions, n’est pas moins une partie de notre corps que les mains, les pieds et les yeux. [… ] Voici une raison
de conclure que l’esprit et l’âme sont corporels : Car, s’ils font mouvoir nos membres, s’ils nous arrachent
des bras du sommeil, s’ils altèrent la couleur du visage et gouvernent à leur gré l’homme entier, comme ces
opérations supposent un contact, et le contact une substance corporelle, ne faut-il pas avouer que l’esprit et
l’âme sont corporels ? […]
L’âme est formée de molécules imperceptibles, beaucoup plus déliées que les éléments de l’eau, des nuages
et de la fumée puisqu’elle se meut avec plus de vitesse et de facilité ».
Lucrèce, ​De la nature​ (je siècle av. J.-C), III.

● Texte 2: ​Interview de Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherche à l'Institut Pasteur,


​ elin, 2005. + vidéo:
auteure de ​Cerveau, sexe et pouvoir, B
[Link]

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Un jour, on m'a demandé de faire une conférence sur le cerveau des hommes et des femmes. A cette
occasion, je me suis plongée dans la littérature scientifique et je me suis rendue compte que même dans les
articles scientifiques, il y avait beaucoup de partis pris, de préjugés, et que souvent les interprétations des
résultats étaient trop imaginatives par rapport aux données réelles.

Quelles sont les données réelles, alors ?

Sachez que toutes les idées, très répandues, du genre : "femme et homme se servent différemment des
hémisphères de leur cerveau", "les deux hémisphères sont mieux reliés chez la femme, c'est pour ça qu'elle
peut gérer plusieurs choses à la fois" ne sont pas avérées du tout. Ce sont de vieilles idées, qui datent d'il y a
plus de 30 ans, et qui depuis ont été démenties grâce à nos nouveaux moyens de recherche comme
l'imagerie cérébrale. Il faut donc réactualiser nos connaissances sur le fonctionnement du cerveau. La vérité,
c'est que nous avons tous des cerveaux différents, qu'il existe des différences très importantes entre les
cerveaux des personnes d'un même sexe… c'est-à-dire qu'on peut voir des différences anatomiques entre
hommes et femmes, mais au même titre qu'on va voir des différences entre le cerveau d'un violoniste et
celui d'un footballeur !

Il y a donc quand même des différences ?

Voir des différences, anatomiques ou de fonctionnement, ne signifie pas que ces différences sont inscrites
dans le cerveau depuis la naissance. On sait aujourd'hui que la construction du cerveau est extrêmement
influencée par le milieu extérieur, par toutes les simulations qui viennent de l'environnement, de la culture,

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la famille, la société…

Par exemple ?

Prenons un exemple typique : dans les tests psychologiques, les femmes sont meilleures dans des tâches de
langage alors que les hommes sont meilleurs dans des tâches d'orientation dans l'espace. D'une part, on
constate que ces différences ne sont perceptibles qu'à partir de l'adolescence, et qu'elles sont beaucoup
moins marquées dans d'autres cultures, comme chez les Africains ou les Asiatiques. L'environnement a
donc bien quelque chose à voir avec ça. D'autre part, quand on prend des sujets et qu'on les entraîne à
passer les tests, les femmes vont rattraper les hommes dans les tests d'espace, et les hommes les femmes
dans les tests de langage. Le cerveau est donc flexible.

Pourquoi alors ces idées rencontrent-elles un tel succès ?

Ces idées-là plaisent parce qu'elles sont présentées avec une sorte de caution scientifique. Par exemple, on
va s'appuyer sur l'évolution pour dire que c'est normal que les hommes soient bons dans l'espace, parce que
du temps de l'homme des cavernes, ils chassaient le mammouth, alors que les femmes restaient dans la
caverne à s'occuper des enfants. Ce genre de déclarations est évidemment complètement spéculatif
(personne n'était là pour savoir si cela se passait vraiment ainsi !). Mais cela donne une réponse simple à
nos questions, et l'aspect "scientifique" nous convainc aisément. On utilise le cerveau, les hormones, la
génétique… pour trouver aux différences une raison biologique qu'on met en avant, alors qu'on ignore de
plus en plus les raisons sociologiques et culturelles.

La biologie n'explique donc pas tout…

Bien sûr que non, et il faut désintoxiquer les gens de ce genre de préjugés ! La question n'est pas de nier les
différences entre hommes et femmes, mais simplement de réfléchir à l'origine de ces différences. Elle peut
se trouver dans la biologie, l'histoire, la culture, la société… cela permet de ne pas avoir une vision trop
simpliste qui voudrait que la biologie explique tout. Les différences biologiques ne sont pas fondamentales
pour expliquer qu'hommes et femmes se répartissent différemment dans la société. On a bien des femmes
pilotes de ligne, des femmes chefs d'entreprise, et des hommes… sage-femmes ! Le 19ème siècle était celui
des mesures physiques du crâne ou du cerveau pour justifier la hiérarchie entre les sexes, les races et classes
sociales. Les critères modernes sont les tests cognitifs, l'imagerie cérébrale et les gènes. Mais l'enjeu n'a pas
changé: Il s'agit toujours de trouver une raison biologique aux inégalités socio- culturelles. A l'évidence, le
devoir de vigilance face à l'utilisation de la science à des fins idéologiques est plus que jamais d'actualité.

● Texte 3: vidéo de Chalmers et texte de Bergson


[Link]

​Celui qui pourrait regarder à l'intérieur d'un cerveau en pleine activité, suivre le va-et-vient des atomes et interpréter
tout ce qu'ils font, celui-là saurait sans doute quelque chose de ce qui se passe dans l'esprit, mais il n'en saurait que peu
de choses. Il en connaîtrait tout juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l'état
d'âme contient d'action en voie d'accomplissement, ou simplement naissante : le reste lui échapperait. Il serait, vis-à-vis
des pensées et des sentiments qui se déroulent à l'intérieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit
distinctement tout ce que les acteurs font sur la scène, mais n'entend pas un mot de ce qu'ils disent. Sans doute, le
va-et-vient des acteurs, leurs gestes et leurs attitudes ont leur raison d'être dans la pièce qu'ils jouent ; et si nous

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connaissons le texte, nous pouvons prévoir à peu près le geste ; mais la réciproque n'est pas vraie, et la connaissance des
gestes ne nous renseigne que fort peu sur la pièce, parce qu'il y a beaucoup plus dans une fine comédie que les
mouvements par lesquels on la scande. Ainsi, je crois que si notre science du mécanisme cérébral était parfaite, et
parfaite aussi notre psychologie, nous pourrions deviner ce qui se passe dans le cerveau pour un état d'âme
déterminé, mais l'opération inverse serait impossible, parce nous aurions le choix, pour un même état du cerveau, entre
une foule d'états d'âme différents, également appropriés.
Bergson​ L'âme et le corps ( 1912) in L'énergie spirituelle

1/Pour Chalmers, peut-on réduire la conscience au cerveau?

2/ Quelle est la discipline qui réduit la conscience au cerveau?

3/ Définissez ce qu’est le matérialisme, théorie opposée au dualisme.

4/ Que sont les qualias?

5/ En quoi Bergson se rapproche de cet argument?

● Texte 4

Au fil des chapitres, le lecteur se sera rendu à l'évidence que le cerveau de l'homme se compose de milliards
de neurones reliés entre eux par un immense réseau de câbles et de connexions, que dans ces "fils" circulent
des impulsions électriques ou chimiques intégralement descriptibles en termes moléculaires ou
physico-chimiques, et que tout comportement s'explique par la mobilisation interne d'un ensemble
topologiquement défini de cellules nerveuses. Cette dernière proposition enfin a été étendue, à titre
d'hypothèse, à des processus de caractère "privé" qui ne se manifestent pas nécessairement par un conduite
"ouverte" sur le monde extérieur comme les sensations ou perceptions, l'élaboration d'images de mémoire ou
de concepts, l'enchaînement des objets mentaux en "pensée". (...)
L'identification d'événements mentaux à des événements physiques ne se présente donc en aucun cas
comme une prise de position idéologique, mais simplement comme l'hypothèse de travail la plus raisonnable
et surtout la plus fructueuse. Comme l'écrivait J.S. Mill, "si c'est être matérialiste que de chercher les
conditions matérielles des opérations mentales, toutes les théories de l'esprit doivent être matérialistes ou
insuffisantes". (...)
Le moment historique que nous traversons rappelle celui où s'est trouvée la biologie avant la dernière
guerre mondiale. Les doctrines vitalistes avaient droit de cité, même parmi les scientifiques. La biologie
moléculaire les a réduites au néant. Il faut s'attendre à ce qu'il en soit de même pour les thèses spiritualistes et
leurs divers avatars "émergentistes".
Les possibilités combinatoires liées au nombre et à la diversité des connexions du cerveau de l'homme
paraissent effectivement suffisantes pour rendre compte des capacités humaines. Le clivage entre activités
mentales et neuronales ne se justifie pas. Désormais, à quoi bon parler d'"esprit" ? Il n'y a plus que deux
"aspects" d'un seul et même événement que l'on pourra décrire avec des termes empruntés soit au langage du
psychologue (ou de l'introspection), soit à celui du neurobiologiste.
Changeux (Jean-Pierre), ​L'homme neuronal​, 1983

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