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Messe gallicane inédite pour défunt

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UNE MESSE GALLICANE INÉDITE

PRO DEFUNCTO

Le manuscrit 256 de la Bibliothèque Nationale de Paris contient


les quatre Évangiles en lettres onciales du VIIe siècle. Il provient
de Saint-Denis et il a été avec raison rangé par S. Berger parmi
les manuscrits d'origine française 1 • ·
D. G. Morin en a édité et étudié les notes liturgiques dissémi-
nées sur les marges et il est arrivé à la conclusion qu'elles sont
apparentées au lectionnaire de Luxeuil et se rapportent au rite
gallican 2 •
Dans ce même manuscrit se trouve f. 103v en écriture mérovin-
gienne une messe pour un défunt qui ne semble pas avoir été
remarquée jusqu'ici et qui cependant est intéressante à plus d'un
titre. Voici le texte :
< CoLLECTIO >
Deus cui proprium est miserere semper et parcere propiciare anima
famoli tui illi et homnia eius peccata demitte ut mortis uilculis
hosalluta tranessitum meriatur had uita per dominum nostrum qui
5 regnat
<AD PACEM>
Hostiam pro hama famoli tui domine subplicis te rogammus ut
non ad pinam sed indulgenciam consequantur per dominum nostrum
<CONTKSTATIO>
10 Vere dignum et iustum est, ecum et salutare, domine sancte, pater
omnipotens, et terne deus, suscipi domine anima famuli tui illi et
omnia eius peccata demitte ut mortis uincolis absalute transitum me-
riatur ad uitam. Acipi domine anima famili tui illi, adsistant ei angeli
tui septem : rafael estu ei sanitas, racuel estu ei aiutur hab omnibus
15 artefecis gabole ne timiat, mih<ail estu ei clepius iu"ticia, rumiel
estu ei aiutur, saltyel esto ei protectur, danail estu i sanitas. Libera
domine anima famoli fui illi, sicut liberasti hysraillitas de monte
gebuei, et iunam de uentri cetri, et danail de laqueum leonum, sic
libera domine anima famoli tui illi ex omnibus aguscies suis, ne
20 memineris antequarum delec uerborum in uuentute sua sicut haquila.

1. Hmtrire de la Yulgate, 1893, p. 91.


2. ù l11ctionnaire de l'Égliae de Pari1 au VII• aiècle, dans Ilet'. Bén. X (189S)•
p. ~38-441.
UNE MESSE GALLICANE INÉDITE PRO DEFU.\'CTO. I57
Haccipi domine anima semi tui ad terra uertentem, da ei refrige-
rium ciuitatem tuam sanctam gerusalem celestem cahtoligam et que
sunt pulchra et clara et preciossissema, in banc est lux indeficiens, ubi
angeli tui si intermissionem orant. Rogammus te, domine climen-
25 tisseme, pie pater, ut anima hec ad terra uertens ed cum angelis
tuis in sino habram in sinua transferatur et in manus hysac et
gacop conlogare meriatur et habiad partem in tua primma resurreccio-
nem et cum uiginti et quattuor senioribus sedentibus in (ce)lo et cum
quattuor animalibus huna uoci coobolancia et dicen dicenciam
tio concinam et dicant sanctus sanctus.

13 et 19 il!iabrégé i!iavec !barré 15 1 m timiar,] [m I clipius


18 lisez de laco 21 r(frigeriu111 sur grattage.

On aura remarqué que l'orthographe est des plus barbares et


que le copiste était très négligent: il parle deux fois (Il. 2r et 25)
de l'âme du défunt ad terra uertinS au lieu de ad te reuertens,
et plusieurs fois (Il. 7, 20, 26, 29) son texte n'a aucun sens par
suite d'omissions ou d'additions. Il n'est peut-être pas sans intérêt
de noter que 11. IO et 30 on trouve sente et sc11tus avec a suspens.
Bien que l'une ou l'autre expression puisse provenir d'une
influence romaine, la messe ci-dessus, prise dans son ensemble,
paraît bien être du type gallican. Pour établir ce point, nous com-
parerons les formules les plus caractéristiques avec les anciens
livres romains et gallicans.
Rom. r) Sacr. Leonianum, ed. Feltoe 1896.
2) Sacr. Gelasianum, ed. Wilson 1894. Nous distinguons les
3 livres.
3) Sacr. Gregorianum, ed. Wilson 1915.
Gall. x) Missel de Bobbio, ed. Lowe 1920. Nous citons les n'".
2) Missale Gothicum, ed. Mabillon, reproduit dans Migne,
72 c. 225.
1. 2 : deus wi propritmz est misereri semper et parcere = Greg.
p. 123, p. 197.
1. 3, 12 : mortis vinculis absoluta transire mereatur ad vitam =
Leon. XXXIII, n. x ; Gel. III, en, cv.
1. 8 : non ad poe11am sed i11dulgentiam consequatur, cf. Bob. 539.
1. 13 : adsistant ei angeli, cf. Gel., III, XCI, p. 298, adsit ei ang-e-
lus ... Michael.
1. 2 x (cf. 2 5) : accipe animam servi tui ad te] [revertentem =Gel. III.
XCI, p. 296 bis, p. 298.
1. 26 : in sinu abrahae transferatur = Gel. III, XCI, p. 298.
REVUE BÉNÉDICTINE.

1. 26 : in manus ysaac et zacob conlocarz mereatur, cf. Gel..III, XCI,


p. 296, p. 298 bis.
l. 27 : habeat partem in tua prima resurt'ectione =Gel. III, XCI,
p. 297, Bob. 526, 530. Miss. Goth. p. 246.
L 28 : cum viginti et quattuor senioribus = Gel. III, XCI, p. 296.

On le voit, les ressemblances sont surtout frappantes avec le


n. XCI du troisième livre du Gelasianum qui donne une série de
prières pour un enterrement. Or M. Edm. Bishop, qui était sans
doute le juge le plus compétent en matière liturgique, dit : ce
n. XCI,« seems tome to contain no Roman element whatever ... ,
it seems to me to be as a whole Gallic, or perhaps Hiberno-Gallic,
work 1 • » La présence de cette messe dans un vieux manuscrit
français pouvait suffire pour suggérer l'hypothèse d'une origine
gallicane. L'examen des formules rend cette origine certaine.
Sans entrer dans les détails, relevons la mention intéressante
des sept anges. Elle est suivie de six noms, mais il est très proba-
ble qu'ici encore il y a une omission. M. R. James a réuni dans le
Journ. of theol. St. XI ( 1910) p. 569 des listes d'anges qui sont à
compléter par Franz, Die kirch/. Benediktionen ùn Mittelalter
1909, II, p. I I et 139. Le chiffre sept paraît avoir été le plus
répandu et se trouve déjà dans le Livre d'Hénoch. Raphael et
Michael sont connus; l'omission de Gabriel est étrange, mais elle
peut être accidentelle ; Rumiel et surtout Raguel se trouvent
assez souvent ; Saltiel est rare, il se trouve cependant dans les
manuscrits 23374 de Munich, f. 14v (Salathiel) et 2532 de Vienne,
f. 129 (Saladdiel) ; Daniel ne se rencontre nulle part et est peut-
être une faute.
Donatien DE BRUYNE.

l. Kuypers, The Boole of lkrne, 1902. Liturgical note by Edm. Bishop, p. 269.

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