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Spécial Géotechnique - Revue UFG 132

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132_Couv.

qxd 7/12/12 12:54 Page 1

Numéro 132 - Mars 2002 - 16 € - ISSN 0016.7916

Géologues n°132 (01-2002)


REVUE OFFICIELLE DE L‘UNION FRANÇAISE DES GÉOLOGUES

REVUE OFFCIELLE DE L’UNION FRANÇAISE des GÉOLOGUES

Spécial géotechnique
Editorial
Jacques Marie, Président de l’UFG

près le “spécial Massif Central”, dont la sor-

A tie coïncidait avec l’ouverture du parc “Vul-


cania”, Géologues reprend, avec ce numéro
consacré à la Géotechnique, ses tribunes sur les
secteurs professionnels et les techniques et métiers
y afférant. L’idée d’un numéro sur la Géotechnique
a été confirmée lors des journées Solscope 2000 à
Poitiers et s’est concrétisée grâce à un partenariat
actif avec l’Union Syndicale Géotechnique que
nous tenons à remercier ici.
Comme pour tous les numéros consacrés à un secteur professionnel : Les
Hydrogéologues dans leurs fonctions, De la matière grise à l’or noir, Déchets, sites
et sols pollués…, le lecteur, professionnel du secteur de la Géotechnique, maître
d’ouvrage ou décideur, ou exerçant dans un autre domaine d’activité, trouve-

Géologues ra dans ce numéro des indications sur les métiers, techniques et savoirs-faire
impliqués, un aperçu des problèmes et contraintes liés à l’exercice du métier, des
analyses en retour sur des désordres ayant affecté des ouvrages, sans oublier
directeur de publication :
Jacques MARIE les questions essentielles de couverture des risques et de l’enseignement supé-
rieur dans ce domaine.
rédacteur en chef :
Gérard SUSTRAC Dans son souci de mieux répondre aux attentes de ses membres, l’UFG a
comité de rédaction : organisé le vendredi 22 mars une journée de réflexion/débat sur cinq sujets de
Christian BOISSAVY préoccupations de la profession en général et de l’UFG en particulier. Ont été
Michel BORNUAT traités sous forme de tables-rondes : l’enseignement secondaire et supérieur, la
Marie-Chantal MAUGENEST, communication avec ses membres et le public, les relations avec le monde pro-
Daniel NORMAND fessionnel, l’offre et demandes de données d’infrastructure du territoire, la certi-
Antoine ROCH fication. Les tables-rondes étaient animées par des membres de l’UFG et des inter-
Véronique TOURNIS venants extérieurs qui ont fait un travail remarquable que nous tenons à
Michel VILLEY souligner ici. Près de 90 participants, à parité jeunes et membres senior, a plei-
secrétaire de rédaction : nement participé aux discussions, sans compter ceux qui n’ont pu faire le dépla-
Nicole CHAIX cement de province et nous ont apporté leur contribution par écrit; qu’ils soient
maquette et mise en page : tous remerciés.
Antoine ROCH Les propositions, remarques, idées, pistes nouvelles, apportées durant cet-
dessins humoristiques : te journée, vont permettre à l’UFG de réorienter ses axes d’action. D’ores et
Vivien de FERAUDY déjà, on peut constater que les préoccupations exprimées confirment la néces-
couverture : sité pour l’UFG et ses Groupements Régionaux de s’appliquer, sans relâche, à
GÉOGRAPH - 17, rue Cail 75010 PARIS mieux faire connaître les géologues, la géologie et les métiers correspondants,
Géologues est la revue officielle de aussi bien auprès des pouvoirs publics et instances nationales et locales qu’au-
l’Union Française des Géologues. près du public en général. L’Union Française des Géologues s’efforcera de tra-
Association loi de 1901, fondée en 1965 duire dans les faits les propositions exprimées, ce qui suppose l’implication du
et reconnue d’utilité publique par plus grand nombre d’entre nous afin de développer l’impact de l’Union, ce que
décret du 11 décembre 1972. nous souhaitons tous.
siège social :
77, rue Claude Bernard - 75005 PARIS
Téléphone : 01 47 07 91 95 1
Télécopie : 01 47 07 91 93
E mail : ufg@[Link]
[Link]
Imprimé en france par IMB
70001 VESOUL
Commission paritaire : 56688
Tirage : 2000 exemplaires
Dépôt légal : mars 2002 n°4899 Géologues n°132
Membres bienfaiteurs - année 2002
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Maison de la Géologie - 77 rue Claude Bernard - 75005 Paris
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ve couleur type cromalin. Si les fichiers numériques sont fournis, les films et le Cro-
malin peuvent être réalisés par nos soins. Logiciel de mise en page: Xpress; fichiers
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les fichiers des images incorporées étant fournis séparement.
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ceur et devis préalable dans le mois précédent la parution.
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Géologues n°132
La géotechnique au service de l’homme ..................................4
Jacques Robert bases de données & inventaires
La géotechnique vue par un Contrôleur technique ..............6 Base de Données “Mouvements de Terrain” (BDMVT) ........85
Alain Blondeau Carola Mirgon
Base de données nationale sur les cavités souterraines ....87
la métrologie Christian Mathon

Du bon usage des essais en laboratoire....................................9 Cartographie de l’aléa retrait-gonflement


Michel Doré des sols argileux............................................................................90
Marc Vincent
Essais de laboratoire et rapports avec le terrain....................13
Daniel Roucheux geoderis
Les essais in situ ............................................................................21
Michel Gambin Geoderis ..........................................................................................93
La Rédaction
Quelques éléments d’expérience d’EDF sur l’utilisation des
mesures piézométriques pour les études et l’exploitation des études de cas
barrages et des ouvrages hydrauliques associés ..................31
Gilbert Castanier Approche des études géotechniques liées à la pathologie des
Traitement d’un itinéraire routier par rapport au risque de ouvrages ..........................................................................................97
Bertrand Hubert
chutes de blocs et éboulements : les gorges de l’Arly ..........35
Pierre Desvarreux, Lionel Lorier et Hervé Palin Evolution du rôle du géotechnicien grâce à l’application de la
nouvelle norme NFP 94 500 ....................................................106
la géophysique Yann C. Juillié

La géophysique appliquée aux problèmes de sols. Sa place au Quelques exemples de désordres dus à une absence ou un
sein des reconnaissances géologiques et géotechniques 39 insuffisance d’étude géotechnique........................................109
Jean-Claude Erling Louis Logeais
Création d’un site Internet interactif pour l’étude de faisabi-
l’eau dans les études de sol lité du raccordement sud du Contournement Ouest de Lyon
(COL) ................................................................................................116
Les problèmes posés au constructeur par la présence d’eau Vilma Zumbo, Christophe Delacourt, Jean-Marc Lar-
dans les sols ....................................................................................45 deaux, Pascal Allemand, Nicolas Gros, Bernard Edert
Maurice Cassan
L’apport de l’hydrogeologie à l’industrie du bâtiment et aux associations professionnelles
grands travaux, notamment en zone urbaine ......................54 Union Syndicale Géotechnique (USG) ....................................121
Jean-François Béraud et Lucien Bourguet La Rédaction
Comité Français de Mécanique des Sols et de Géotechnique
informatique & géotechnique (CFMS) ............................................................................................122
Informatique et géotechnique ..................................................61 Florence Altmayer
Philippe Mestat Comité Français de Mécanique des roches (CFMR) ............123
Sylvie Gentier
la normalisation Comité Français de Géologie de l’Ingénieur et de l’Environ-
La normalisation en géotechnique ..........................................65 nement (CFGI) ..............................................................................125
Moulay Idriss Zerhouni, Gérard Bigot Jean-Louis Giafferi
Association Française des Travaux en Souterrain (AFTES)126
certification & qualité La Rédaction
Réflexions sur les labels de qualité en géotechnique..........72
Philippe Bousquet-Jacq enseignement supérieur
Organisme Professionnel de Qualification de l’Ingénierie : L’enseignement supérieur en géotechnique........................128
Infrastructure, Bâtiment, Industrie (OPQIBI)..........................73 La Rédaction
La Rédaction
les rubriques
responsabilité & assurances Origine de la vie et vie extra-terrestre ..................................134
La Rédaction
Le point de vue de l’assureur ......................................................75
Vincent Melacca La conservation des grottes,un exemple de gestion de milieux
Vers une géotechnique mieux comprise... naturels sensibles........................................................................138
François Bourges, Dominique D’Hulst et Alain Mangin
pour plus de justice ..........................................................................76
Marie-Laure Carrière Notes de lecture............................................................................141
Le géotechnicien et son assureur : une relation client-four- Il nous ont quittés ........................................................................141
nisseur ? ..........................................................................................80 Excursion dans le Bassin houiller de la Loire........................143
3
Daniel Le Boulicaut Christian Bayle
Expert d’assurances: nos contraintes, nos souhaits en matiè- Forum Jeunes-Entreprises ........................................................145
re d’intervention............................................................................82 Jean-François Herry, Gilles Lucas
Patrick Berteaux, Philippe Bousquet-Jacq,
Bilan Forum Jeunes-Entreprises..............................................149
Myriam de Bels-Lucas Association Géocontact
A propos des “GéoTalibans”......................................................150
Emmanuel Bouyx
Géologues n°132
la géotechnique au service de l’homme

La géotechnique au service de l’homme


Jacques Robert (1)

La géotechnique est la discipline qui étudie le com- Principaux domaines de


portement des terrains constitutifs de notre planète, en
relation ou non avec des ouvrages conçus par l’homme lui-
la géotechnique
mê[Link] activité terrestre est donc concernée de près Les principaux domaines de la géotechnique sont de fait
ou de loin par la géotechnique et chaque homme ayant très étendus, comme les terres de notre planète et même
une activité terrestre fait donc plus ou moins bien de la les mers car il y a la terre en dessous, utile pour ancrer les
géotechnique. Avant d’étayer ces affirmations qui paraî- navires et les plate-formes pétrolières par exemple.
tront au lecteur évidentes après la lecture de ce numéro de Le premier domaine d’intervention est le milieu natu-
Géologues,il est bon de rappeler ce qu’est la géotechnique. rel de l’homme non perturbé par son activité (les terres
vierges). Ainsi, la géotechnique permet d’évaluer les risques
liés aux instabilités de versant, à la chute de blocs rocheux
Spécificités de la géotechnique en falaises, à l’érosion (régression des falaises, des rivages
Son objectif étant l’étude du comportement des ter- et rives), aux dissolutions (effondrements), aux séismes
rains, la géotechnique s’appuie, entre autres, sur les dif- (perte de portance).
férentes sciences de la Terre: géologie, géophysique, hydro- Le deuxième domaine d’intervention est ce même
géologie,mécanique des sols et des roches,géodynamique, milieu, perturbé par l’activité de l’homme. Les exemples
rhéologie des matériaux, géochimie, ... Sa première spé- sont nombreux. Ceux qui ont le plus de conséquences sur
cificité est d’étudier le non visible, ce qui est toujours un l’environnement sont les suivants : les remontées de
challenge difficile car la part du connu reste toujours nappes par effet barrage des constructions enterrées ou
faible par rapport au non reconnu. par arrêt des pompages industriels, les assèchements de
Ce challenge est d’autant plus difficile que ce non nappes par drainage dûs à des constructions enterrées
visible (les terrains) est particulièrement complexe et se ou à des pompages, les subsidences ou effondrements
prête donc mal à une modélisation à partir d’une recon- consécutifs à des exploitations souterraines de matériaux,
naissance très partielle. Les terrains constitutifs du sous- les instabilités de versants en amont de fouilles ou en
sol ne sont, ni homogènes, ni isotropes, ni élastiques. Leur aval de remblais.
répartition spatiale est du type aléatoire, une même Le troisième domaine d’intervention est lié directe-
couche géologique pouvant présenter des lithologies très ment aux activités de l’homme. C’est la contribution de la
différentiées. Ainsi, la collecte d’un plus grand nombre de géotechnique pour la bonne adaptation des projets aux
données mène à une modélisation plus complexe du sous- conditions de site.
sol, ce qui pourrait conduire le profane à préférer l’igno- Il n’y a pas d’ouvrage, au sens large, qui puisse s’af-
rance simpliste à une reconnaissance approfondie syno- franchir de toute étude géotechnique, dans la mesure où
nyme d’une prise en compte d’un contexte géotechnique il a toujours, au minimum, une interface avec les terrains
plus complexe. Mais c’est, par nature, que le contexte géo- constitutifs du sous-sol. Les types d’ouvrages qui néces-
technique est complexe, et le problème qui survient est sitent des études géotechniques importantes pour leur
toujours lié à une hétérogénéité locale non décelée à optimisation sont nombreux : aménagements de sites
temps. (terrassements, soutènements, assainissements, irriga-
Pour éviter la suffisance en géotechnique (“je connais tions), aménagements portuaires (quais, digues, rem-
bien ces terrains”), il est bon de se rappeler que certains blaiements, dragages), infrastructures linéaires (terras-
terrains sont évolutifs dans le temps (évolution naturel- sements, fondations, tunnels, réutilisation des matériaux),
le ou liée à l’activité de l’homme) et que donc leurs carac- stockages de produits (en souterrain ou en surface), indus-
téristiques au temps t peuvent ne plus être les mêmes tries (fondations, maîtrise de l’impact sur l’environne-
au temps t+1, d’où la nécessité d’une réactualisation des ment, gestion des déchets) et, bien sûr, les bâtiments au
4 connaissances. sens large (fouilles, soutènements, fondations).

1. Président de l’Union Syndicale Géotechnique, USG.


Directeur EEG Simecsol
18, rue Troyon - 92316 Sèvres Cedex - Tél. 01 46 23 71 10/77 90 - Fax. 01 46 23 78 07
E-mail : jrobert@[Link]

Géologues n°132
la géotechnique au service de l’homme

Le dernier domaine d’intervention est lié à la main- terrains : elles sont obligatoirement imprégnées par la
tenance des ouvrages existants, soit à titre préventif (défi- géotechnique ;
nir les actions à entreprendre pour éviter l’apparition de les banquiers qui financent les projets et qui ont besoin
désordres), soit à titre curatif (définir les confortements d’être rassurés sur les risques pris et en particuliers sur
nécessaires pour une utilisation normale de l’ouvrage), les risques géotechniques. Malheureusement, ils contri-
soit à titre d’amélioration d’usage (réhabilitations,créations buent parfois à leur aggravation en mettant en exergue
de sous-sols). Par exemple, la tour de Pise et Venise doivent le coût de l’argent qui incite à raccourcir tous les délais
beaucoup à la géotechnique. et surtout ceux des études (dont les études géotech-
Cette énumération ne se veut pas exhaustive,mais elle niques), ce qui est synonyme de prise de risques non
vise simplement à montrer que les domaines d’interven- maîtrisés ;
tion de la géotechniques sont aussi variés que les activités les assureurs qu’il ne faut pas oublier dans la chaîne
de l’homme car les deux ont un point commun: la terre. des acteurs de la construction d’ouvrages car ils sont là
pour apporter une garantie financière pour le bon com-
portement de l’ouvrage. A ce titre, ils doivent s’assurer
Acteurs concernés par que les risques géotechniques ont bien été identifiés et
la géotechnique maîtrisés.
Pratiquement tout homme fait et dépend de la géo-
technique, depuis sa propre conception (l’environnement
Conclusion
maternel) jusqu’au delà de sa mort (le comportement de
son monument funéraire), ce qui est beaucoup plus que En conclusion, la géotechnique est à la croisée de tous
de 7 à 77 [Link] contre il peut,soit la maîtriser,soit la subir: les chemins et, à ce titre, elle concerne beaucoup d’ac-
s’il a le choix en théorie (c’est le privilège de l’homme), son teurs. Mais qui est à même de mieux maîtriser cette dis-
intérêt ne lui laisse guère de liberté, mais lorsqu’il la prend, cipline aussi complexe que le milieu qu’elle étudie ? Celui
elle peut lui coûte cher. qui aura les connaissances théoriques de base et une
longue pratique qui lui permettra de toujours se remettre
En classant les hommes en types d’acteurs (chaque
en question et de déjouer les pièges de la suffisance.
homme entrant bien sur dans plusieurs types selon les
circonstances), ceux plus spécialement concernés par la Il s’agit donc d’un scientifique praticien, en un mot
géotechnique sont les suivants : d’un docteur ayant pour patient la terre. Comme lui, il a
une obligation de moyens et a besoin de bons labora-
les maîtres d’ouvrage, depuis le futur propriétaire de sa
toires (entreprises de sondages géotechniques et labo-
maison jusqu’à l’organisme [Link] ouvra-
ratoires géotechniques) pour faire un bon diagnostic.
ge s’inscrit dans un site qu’il vaut mieux bien connaître
avant, pendant, voire après ; Quand ce spécialiste doit-il intervenir ? Comme pour
le patient, il est plus rentable de le faire intervenir en pré-
les maîtres d’œuvre, chargés par les maîtres d’ouvrage
ventif qu’en curatif. Il doit donc accompagner le projet
de la réalisation du projet. A eux d’identifier les divers
depuis son initialisation jusqu’à l’établissement des règles
risques dont ceux liés à la géotechnique et de prendre
de maintenance : son efficacité sera accrue comme celle
les bonnes dispositions pour les maîtriser ;
du médecin de famille qui connaît ainsi bien son patient.
les bureaux d’études techniques chargés de finaliser les
Pour le compte de qui doit-il travailler ? Cela dépend
projets ayant une interface avec les terrains d’assise ;
beaucoup du montage du projet, mais fondamentale-
les contrôleurs techniques chargés de s’assurer que les ment celui qui a le plus d’intérêt à bien maîtriser les risques
choix techniques mis en œuvre permettent de garan- géotechniques est le maître d’ouvrage, car c’est lui qui
tir une pérennité à l’ouvrage, en particulier ceux concer- doit normalement en assumer les coûts correspondants
nant l’adaptation au site ; en tant que seul bénéficiaire de l’ouvrage.
les entreprises qui réalisent les ouvrages et qui sont Quels sont ses interlocuteurs? Pratiquement tous les
donc confrontées aux conditions géotechniques réelles acteurs mobilisés sur le projet car ils sont tous concernés
du site et qui doivent obligatoirement s’y adapter. Une par les problèmes géotechniques, depuis le banquier jus-
mention particulière doit être faite pour les entreprises qu’à l’assureur. Le géotechnicien, car c’est ainsi qu’on l’ap-
spécialisées en terrassements, fondations, soutène- pelle, est donc la clé de voûte de tout projet.
ments, améliorations de sols, travaux portuaires et sou- 5

Géologues n°132
la géotechnique vue par un contrôleur technique

La géotechnique vue par un Contrôleur technique


Alain Blondeau (1)

Définitions Deux autres grands acteurs doivent aussi être pré-


sentés dans le contexte de la géotechnique : ce sont le
Avant d’expliciter la position d’un Contrôleur tech- Maître d’ouvrage et la Maîtrise d’œuvre.
nique sur la géotechnique, il faut, peut être, mieux définir
Le Maître d’ouvrage ne consacre, en général, pas assez
le rôle de celui-ci. Il n’a de relation de droit qu’avec le
de moyens à “l’étude de sol” (de moins de 0,1 à 0,5 % du
Maître d’ouvrage. Son activité est régie par l’article L. 111-
coût total de la construction). Il ne doit pas choisir le moins
23 et suivants du Code de la Construction et de l’Habita-
disant mais le mieux disant. En effet, c’est en général une
tion (cf. article 8 de la Loi du 4 Janvier 1978 dite loi Spinetta).
économie pour l’ensemble du projet (coût, délai, ...) que
Les missions s’exercent conformément à la norme NF P 03-
d’avoir une étude géotechnique adaptée et bien faite,
100 relative aux critères généraux pour la contribution
donc plutôt mieux disante que moins disante.
du contrôle technique à la prévention des aléas tech-
niques dans le domaine de la construction. En réduisant la campagne ou en choisissant une cam-
pagne plus succincte, le Maître d’ouvrage risque des sur-
Dans le domaine qui nous préoccupe, il émet des avis
coûts en cours de chantier toujours difficiles à négocier par
visant la solidité de l’ouvrage achevé (mission L). Mais, en
lui-même, le Maître d’œuvre, les Entreprises, ... ; des allon-
matière d’adaptation au sol,les phases provisoires ont une
gements de délais (chantier plus long, arrêt, ...) ; voire
telle influence sur l’ouvrage fini,qu’elles doivent,souvent,être
même un sinistre plus ou moins majeur. A ce propos, on
visées par le Contrôleur [Link] n’est pas un surveillant
remarquera que le coût d’un sinistre lié à l’adaptation au
de travaux. Même s’il est nommé, ce qui est rarement le
sol est très élevé.
cas, avant l’étude de sol, il n’assure pas la surveillance des
investigations de [Link] ses missions relevant de la loi Spi- La reconnaissance géotechnique peut se dérouler en
netta, les actes de conception lui sont interdits. plusieurs phases tout comme le projet. On ne sait pas
tout du sous-sol, en une seule fois, et pour tous les projets.
L’accomplissement de cette mission (solidité des
Une campagne complémentaire n’est pas synonyme d’in-
ouvrages achevés) se traduit par l’émission d’avis, princi-
compétence de la part du Géotechnicien. Le Maître d’ou-
palement, à trois stades de l’évolution d’un projet: rapport
vrage devrait faire associer le Géotechnicien à la Maîtri-
initial lors du DCE, avis réguliers pendant la réalisation, rap-
se d’œuvre. Il ne faut pas que le Maître d’ouvrage achète
port final à l’achèvement des travaux.
une reconnaissance géotechnique comme une pièce
Vis-à-vis de la géotechnique, il ne peut considérer les nécessaire à son assurance mais comme un élément pré-
données géotechniques issues des investigations effec- pondérant dans l’acte de construire.
tuées par le géotechnicien (coupes, nature des sols, carac-
La Maîtrise d’œuvre doit être compétente dans le domai-
téristiques mécaniques, eau, ...) que comme des données
ne géotechnique. Malheureusement,on observe, trop sou-
du projet. Il n’a aucun moyen de les mettre en doute sauf,
vent, soit une compétence limitée avec des préconisations
éventuellement, par des informations très proches et dis-
peu précises, soit un refus de responsabilité. Il n’y a pas de
cordantes. Son avis porte sur :
honte à associer un Géotechnicien à la Maîtrise d’œuvre,sur-
le nombre et la profondeur des sondages ; tout si l’adaptation au sol devient complexe à cause du
le type de sondages ou d’essais par rapport aux projet ou du sous-sol. La Maîtrise d’œuvre doit clairement
problèmes à résoudre ; exprimer ce dont on aura besoin pour dimensionner les
la réalisation des investigations par rapport aux adaptations au sol (fondations,dallage et leur charge,sou-
normes ; tènements,protection contre les eaux,chaussée et son tra-
la représentativité des essais ; fic, terrassement, réemploi des déblais,...).
l’adéquation des solutions proposées aux pro-
blèmes posés ;
la vérification des paramètres de dimensionne-
Contrôle technique et géotechnique
ment ; Le Contrôleur technique considère la géotechnique com-
6 la vérification des calculs. me un apport essentiel à l’acte de construire,à tel point qu’il

1. Directeur du Département “Immobilier - Génie Civil” et chef du service “sols et fondations” au CETEN APAVE International
191, rue de Vaugirard - 75015 Paris - Tél. 01 45 66 17 60 - Fax. 01 45 66 18 09
E-mail : alain_blondeau@[Link]

Géologues n°132
la géotechnique vue par un contrôleur technique

émettra souvent un avis défavorable sur le projet si l’étude tout pour tous ceux qui doivent contracter et traiter avec eux.
géotechnique vient à manquer. L’ouvrage sera en interac- Les relations du Contrôleur technique avec les géotechniciens
tion avec le sol et la géotechnique décrit celui-ci. La géo- s’en sont trouvées clarifiées et renforcées. Le Contrôleur
technique est donc le fondement technique d’un ouvrage. technique sait,par exemple,qu’au niveau DCE,il faudra des
Sans cette science, comment décrire le sous sol? Com- missions G0 + G12 phase 2 ou,mieux encore,une mission G2
ment prévoir une adaptation au sol? Comment les entre- réalisée par un géotechnicien et non pas par le bureau
prises approcheraient son chiffrage ? Comment déjouer d’études “structure”; qu’il ne faudra pas entamer les tra-
les pièges du sol (vides, sols compressibles, glissements, vaux sans une mission G3 ;que la présence du géotechnicien
eaux, ...) ? Combien de sinistres majeurs surviendraient pendant les travaux sous forme d’une mission G4 garanti-
mettant en jeu l’exploitation mais aussi la pérennité des ra une parfaite adaptation au sol en fonction des éléments
ouvrages? Quels retards subiraient bon nombre de chan- nouveaux découverts pendant les terrassements.
tiers lorsque des problèmes liés au sol surgiraient après le Malgré tous ces atouts (caractère essentiel et que
début des travaux? Comment les concepteurs des fonda- chaque Maître d’ouvrage devrait considérer comme obli-
tions ou des soutènements justifieraient-ils leurs dimen- gatoire, compétences, nombreux essais existants, norme
sionnements? Sur quelles données et sur quels éléments sur les missions,...), bon nombre d’intervenants sont déçus
les Contrôleurs techniques s’appuieraient-ils pour exercer par les conclusions d’une “étude de sol” classique essen-
leur mission sur les ouvrages en contact avec le sol? tiellement parce que le Géotechnicien est devant le choix
insoluble d’être le moins disant pour décrocher l’affaire et
Définition de la géotechnique de fournir le plus de conclusions précises possibles.
La géotechnique est définie, par le § 3.3.1 de la norme Le malaise est perceptible par tous et provient d’une pro-
NF P 94-500 “missions géotechniques” comme “l’étude fession fort peu encadrée où la concurrence est sauvage
du comportement des terrains en relation ou non (mais sur les prix mais aussi et surtout sur les programmes, ce
alors il n’y a pas de Contrôle Technique) avec des ouvrages”. qui entraîne la qualité globale vers le bas.
Pour cela, elle s’appuie entre autres sur les différentes Lorsque le programme n’est pas défini par la Maîtri-
sciences de la terre suivantes : géologie, géophysique, se d’œuvre, ce qui est majoritairement le cas, le Géo-
hydrogéologie, mécanique des roches, mécaniques des technicien assure les tâches suivantes :
sols, géodynamique, rhéologie des matériaux et géochi- il fixe les sujets qu’il va traiter. En général, c’est peu
mie. Il est donc difficile voire impossible de maîtriser toutes explicite dans la proposition (exemple : les fonda-
ces sciences de la Terre qui constituent autant de domaines tions uniquement ; ou fondations + dallage ; ou
très spécialisés. Le géotechnicien ne doit donc pas hésiter tout). Moins il traitera du sujet et mieux il sera pla-
à co-traiter ou à sous-traiter à des hydrogéologues, à des cé vis-à-vis de la concurrence ;
géologues, à des géophysiciens, ... il définit un programme en fonction de la concur-
Les moyens qui sont alloués au géotechnicien ne per- rence, du matériel qu’il a et des sujets qu’il faut
mettent pas toujours d’optimiser ses grandes compé- traiter ou qu’il veut traiter (malheureusement, c’est
tences sur un projet particulier. Il supporte une énorme res- souvent le dernier critère) ;
ponsabilité puisque, contrairement aux autres ingénieurs il établit des prix unitaires et un coût global de
œuvrant sur un projet de construction, il est confronté à campagne. C’est une phase normale mais ce devrait
une inconnue concernant le sous-sol. Pour la structure, être la seule concurrentielle ;
on doit dimensionner en fonction du projet et des règle- il réalise le chantier ;
ments. Pour l’adaptation au sol, il y a le projet, les règle- il exploite les résultats ;
ments et le sous-sol qui est inconnu et hétérogène. Après il rédige le rapport.
l’étude géotechnique, le degré de connaissance du sous- Toutes ces actions se font, la plupart du temps, sans
sol s’améliore mais n’est jamais total et le sous-sol reste contrôle et c’est là que transparaissent les dysfonction-
toujours hétérogène. nements et les lacunes : nombre et type de sujets traités
insuffisants, fondations à peine justifiées (pas de tasse-
Norme sur les missions géotechniques ment), sondages trop courts par rapport à des pieux, ... A
La norme sur les missions géotechniques (NF P 94-500) posteriori, le Contrôleur technique examine le fameux
constitue un atout majeur dans le relationnel avec les géo- rapport alors qu’il est souvent bien tard pour demander
[Link] norme est faite pour eux mais aussi et sur- une étude complémentaire. 7

Géologues n°132
la géotechnique vue par un contrôleur technique

Dans ce type de fonctionnement, c’est la seule pro- sondages décalés ou supplémentaires pour éclaircir une
fession du bâtiment ou du génie civil qui a si peu de zone, ajout ou suppression d’essais, ... L’Entreprise aura
contrainte, autre que la concurrence. Les obligations sont l’assurance d’être payée de ces dépassements éventuels
mal définies : ce n’est pas une obligation de moyens puisque cautionnés par un représentant de la maîtrise
puisque les investigations sont rarement en accord total d’œuvre.
avec les problèmes posés ; ce n’est pas une obligation de 7 - Le Bureau d’Etudes de géotechnique analyse les résultats
résultats puisque de nombreux cas restent en suspens et des investigations et établit un pré-rapport soumis aux
que le Géotechnicien est souvent évincé de la solution autres membres de la maîtrise d’œuvre. Il s’en suit une pha-
mise en œuvre. se de concertation de la Maîtrise d’œuvre et la produc-
Ce constat, partagé par beaucoup, doit faire évoluer tion du rapport géotechnique définitif pour la phase
la géotechnique et son rôle dans l’acte de construire. Pour- concernée.
quoi ne pas dissocier l’ingénierie géotechnique de l’exé- 8 - Du fait de son appartenance à la Maîtrise d’œuvre, le
cution des investigations géotechniques puisque la faible Bureau d’Etudes de Géotechnique suit l’évolution du pro-
qualité globale provient du programme qui est, soit mal jet et est consulté, dans le cadre de sa mission, autant
défini par le Maître d’œuvre non spécialiste, soit sous défi- que de besoin aux différentes phases du projet : esquisse,
ni par le Géotechnicien en concurrence ? APS, APD, DCE, exécution, ... Une deuxième, voire, dans
certains cas très particuliers (recherche de vides, grands
glissements, excavations profondes, ...), une 3ème cam-
Propositions pour une nouvelle pagne de reconnaissance de sols sont alors possibles sans
répartition des tâches que le Maître d’Ouvrage ait l’impression de se faire escro-
1 - Constitution d’une maîtrise d’œuvre élargie au Géo- quer et sans que les autres intervenants pensent que le
technicien. En matière de marchés publics, la loi MOP auto- Géotechnicien a mal fait son travail. Les campagnes com-
rise le Maître d’Ouvrage à définir des missions complé- plémentaires sont alors nécessaires et justifiées par le
mentaires de Maîtrise d’œuvre comme par exemple les projet et le phasage et non pas, comme dans certains cas
études d’exécution. La Maîtrise d’œuvre “géotechnique”est aujourd’hui, dues à des négligences dans le programme
ou la réalisation (sondages trop courts, trop peu nom-
donc possible. Pour les marchés privés, le Maître d’ouvra-
breux ou mal adaptés).
ge s’entoure de qui il veut. Là encore, il n’y a pas d’obstacle
administratif. 9 - Le Bureau d’Etudes de Géotechnique participe à la rédac-
tion du DCE pour le ou les lots “adaptations au sol”et peut
2 - Au sein de la maîtrise d’œuvre, inventaire des problèmes
ainsi clairement orienter les entreprises dans le sens et
géotechniques avec leur gravité et définition d’un échéan-
dans l’esprit de son rapport.
cier de réponses en fonction des phases du projet.
10 - Il continue son rôle dans la Maîtrise d’œuvre lors du
3 - Le Bureau d’Etudes de géotechnique établit le ou les
choix des entreprises vis-à-vis des lots “adaptations au sol”
programmes en fonction des phases. Il le soumet au Contrô-
et est à même de juger des variantes proposées. On se
leur technique si celui-ci est nommé. Il rédige un dossier
rend compte aujourd’hui qu’une variante dans ces tech-
de consultation des entreprises de reconnaissances géo-
niques a beaucoup de mal à être jugée par la Maîtrise
techniques.
d’œuvre hors le Géotechnicien ou le Bureau de Contrôle.
4 - Le Bureau d’Etudes de géotechnique gère l’appel d’offre
11 - Enfin, le Bureau d’Etudes de Géotechnique achève sa
auprès des entreprises. Là, la concurrence fonctionne plei-
mission avec l’exécution des travaux“d’adaptation au sol”
nement et normalement puisqu’elle ne porte que sur les
et est à même d’y apporter quelques précisions ou modi-
coûts et non pas sur les prestations. Cela imposera aussi
fications si des faits nouveaux se manifestent en cours
une dissociation juridique des entreprises actuelles en
de chantier.
société d’ingénierie et société de travaux.
5 - Choix collégial (Maîtrise d’œuvre et Maître d’Ouvrage)
de l’Entreprise pour minimiser les risques de collusion ou Conclusion
d’initiés. Du point de vue du Contrôleur technique, le rôle de la
6 - L’Entreprise exécute les investigations sous la surveillance géotechnique est primordial, il suffit pour s’en convaincre
du Bureau d’Etudes de géotechnique. Quelques aména- de comparer le nombre de sinistres touchant des ouvrages
8 gements sont alors possibles: surprofondeurs, un ou deux lorsqu’il y a des études géotechniques et lorsqu’il n’y en

Géologues n°132
la métrologie

a pas. Les compétences sont présentes mais les moyens tant de qualité qu’on est en droit d’attendre de cette scien-
financiers consacrés à une étude pour un ouvrage donné ce capitale dans l’édification d’un ouvrage.
sont trop faibles et l’organisation de la géotechnique dans Il faut donc se pencher sur ce problème pour revaloriser
le cheminement d’un projet n’est pas génératrice d’au- la contribution de la géotechnique à l’acte de construire.

Du bon usage des essais en laboratoire


Michel Doré (1)

La géotechnique et les reconnaissances D’autres articles traitent en détail des essais in situ
d’une part et des essais en laboratoire d’autre part. Nous
Il n'est pas inutile de rappeler quelques définitions insisterons simplement, ci-après, sur deux domaines où les
(norme NF P94-500 et annuaire USG). La géotechnique est essais en laboratoire sont très importants: les barrages en
l'ensemble des activités liées aux applications de la méca- remblai et les calculs aux éléments finis.
nique des sols, de la mécanique des roches et de la géo-
logie de l'ingénieur. Elle englobe l'étude des propriétés
géotechniques des sols et de l'interaction entre les terrains Les barrages en remblai
et les ouvrages environnants d'une part et l'ouvrage étu- Ces barrages comportent trois catégories :
dié du fait de sa réalisation et/ou de son exploitation barrage en terre homogène (matériaux étanches) ;
d’autre part. La géotechnique s’appuie principalement barrage en remblai zoné (terre zoné ou terre-enro-
sur deux sciences : chement) avec massif amont ou noyau central
la géologie qui retrace l’histoire de la terre, précise étanche ;
la nature et la structure des matériaux et leur évo- barrage en remblai perméable avec étanchéité arti-
lution dans le temps ; ficielle (masque amont, paroi étanche interne).
la mécanique des sols et des roches qui modélise Rappelons que ces barrages sont les plus nombreux
leur comportement en tant que déformabilité et à la surface du globe et, d’après les statistiques de la Com-
résistance des matériaux. mission Internationale des Grands Barrages (CIGB) pour
Bien évidemment, d’autres sciences de la Terre inter- les barrages de plus de 15 m de hauteur,environ 35000 bar-
viennent également (géophysique, hydrogéologie, géo- rages en remblai sont recensés dans le monde (soit 20000
dynamique, rhéologie des géomatériaux, géochimie, …). en Chine et 15 000 dans le reste du monde dont 550 en
Une reconnaissance des sols est constituée de l’en- France) ; par ailleurs,les plus hauts barrages du monde sont
semble des informations recueillies sur les sols et les en remblai et dépassent 300 m.
roches d’un site (répartition spatiale des terrains, carac- En France les “grands barrages” sont ceux de plus de
téristiques physiques-mécaniques-hydrauliques). Tout 20 m de hauteur et,depuis 1966,les projets correspondants
l’art du géotechnicien consiste à définir et réaliser la recon- sont soumis au Comité Technique Permanent des Bar-
naissance la mieux adaptée à l’ouvrage et aux problèmes rages (CTPB).
posés, à un stade d’étude donné. Ces ouvrages, et en particulier ceux de plus de 20 m
En règle générale, pour les ouvrages d’une certaine de hauteur, font l’objet de reconnaissances et études géo-
importance, une bonne reconnaissance comporte des son- techniques très détaillées, avec :
dages de nature variée (carottés, destructifs, pénétromè- définition des conditions géologiques et géotech-
triques, pressiométriques,…), avec des essais in situ et des niques des fondations ;
essais en laboratoire. Il n’y a pas opposition entre les essais analyse des matériaux disponibles sur le site ou à
in situ et en laboratoire, et on ne fait pas les uns au détri- proximité (zones d’emprunt).
ment des [Link] au contraire,ils sont complémentaires Ces ouvrages constituent le domaine privilégié des
et doivent être harmonieusement associés, eu égard à la essais en laboratoire qui comportent généralement une
complexité de l’ouvrage et à la nature des sols. panoplie assez complète : 9

1. Directeur technique, Mécasol


43, rue de la Grosse Pierre - Silic 443 - 94593 Rungis Cedex - Tél. 01 46 87 20 40 - Fax. 01 46 87 00 18
E-mail : mecasol@[Link]

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matériaux meubles : (lorsque Ip est élevé la compressibilité est forte au-


identification (teneur en eau naturelle, masse volu- delà de la pression de consolidation résultant du
mique sèche, granulométrie-sédimentométrie, compactage et les caractéristiques mécaniques
limites d’Atterberg, masse volumique des grains,…); non drainées et drainées sont faibles).
compactage (Proctor Normal) pour les matériaux Le développement de pressions interstitielles en cours
d’emprunt ; de construction,dans les matériaux argileux,est un phéno-
compressibilité (œdomètre) sur matériaux intacts mène important pour la stabilité à court terme des ouvrages:
et compactés ; le phénomène est traduit par le coefficient de pres-
caractéristiques mécaniques (compression simple, sion interstitielle ru = ∆u/∆σv avec ∆u = surpression
résistance au cisaillement non drainée et drainée interstitielle générée et ∆σv = poids total de rem-
au triaxial) sur matériaux intacts et compactés ; blai rapporté à la verticale du point considéré ;
perméabilité (œdomètre, perméamètre, triaxial) en général ru ≤ 0,2 pour les matériaux compactés
sur matériaux intacts et compactés. suivant les spécifications ;
matériaux rocheux : lorsque les matériaux sont compactés trop humides
identification (teneur en eau, masse volumique, on constate que ru augmente rapidement avec W
minéralogie, granulomètrie-blocomètrie, coeffi- (et avec le degré de saturation), et l’auscultation
cient de forme, porosité, fissuration, …) ; et les rupture de digue montrent que l’on peut
résistance (compression simple, gélivité, Los atteindre ru ~ 0,5 à 0,7 ;
Angeles, Micro Deval, …). la stabilité à court terme en est directement affec-
Dans le cas des sols argileux mis en remblai, les essais tée puisque la résistance au cisaillement mobili-
géotechniques sont très importants pour le projet, et il sable diminue.
faut insister sur les points suivants. Les spécifications habi- Les essais importants pour le projet, dans ce cas, sont :
tuelles pour la mise en place et le compactage sont souvent: essais triaxiaux spéciaux UU (non consolidés non
référence Protor Normal (WOPN et ρdOPN) ; drainés) avec mesure de la pression interstitielle
teneur en eau : WOPN - 2 % ≤ W ≤ WOPN + 2 % ; pour en déduire les coefficients ru des matériaux
compacité ρd ≥ 0,95.ρdOPN ; compactés à diverses teneurs en eau et compacités;
conditions sur la granularité, la plasticité, la teneur en essais triaxiaux CU+U (consolidés non drainés avec
matières organiques, etc. mesure de la pression interstitielle) et CD (conso-
La teneur en eau W est un paramètre primordial : lidés drainés) pour la mesure des caractéristiques
généralement on évite les matériaux avec W< 10 % et intergranulaires C’ - ϕ’ (pour lesquelles on peut
W> 40 % ; séparer les domaines surconsolidé et normalement
en raisonnant par rapport à WOPN : consolidé).
• le matériau trop sec forme des mottes raides diffi- La qualité des essais de laboratoire est en définitive
ciles à réduire et à compacter (ensemble hétérogè- primordiale pour la mise au point des projets de ces types
ne) et le remblai peut présenter des tassements à la d’ouvrages. Tous ces essais doivent être faits avec la plus
mise en eau ; grande rigueur, dans le respect des normes et des modes
• le matériau trop humide est difficile à mettre en opératoires en usage.
place et à compacter (matelassage, orniérage,feuille- Dans le cas des mesures des caractéristiques méca-
tage, …) ; il conduit à un remblai compressible avec niques effectives des matériaux en place (fondation) et
une résistance au cisaillement non drainée faible, et compactés (remblai) au moyen des essais triaxiaux CU+U
surtout il développe des surpressions interstitielles et CD, il est important de veiller à une bonne consolida-
en cours de construction. tion des éprouvettes (avec une forte contre-pression, géné-
La granularité et la plasticité jouent également : ralement supérieure à 0,4 MPa) et de procéder au cisaille-
le passant à 80 µm est important pour l’étanchéi- ment avec une vitesse suffisamment lente de manière à
té car avec plus de 30 % le matériau compacté est ce que la surpression interstitielle soit la plus homogène
“étanche”mais avec moins de 15% la garantie n’est possible (CU+U) ou pratiquement nulle (CD). Pour les
pas suffisante ; matériaux plastiques (Ip ≥ 40 à 50 %) on est souvent
l’indice de plasticité Ip a des conséquences sur la conduit à une vitesse de déformation verticale de l’ordre
10 compressibilité et les caractéristiques mécaniques de 1 mm/min (CD) ou 2 à 4 mm/min (CU+U).

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la métrologie

Calculs aux éléments finis est beaucoup plus compliquée voire aléatoire). Rappelons
que les lois de comportement hyperboliques sont de la
Ces dernières années, les logiciels de calcul se sont forme (Pa étant la pression atmosphérique):
beaucoup développés en géotechnique (programmes type
∆σ
SEEP, PLAXIS, …), tout d’abord à 2 dimensions, puis à 3
dimensions. (
E = Emax 1-Rf
∆σr0 )
Les logiciels les plus sophistiqués sont spécialement
σ’3 + C’ Cotg ϕ’ α
conçus pour l’analyse des déformations et de la stabilité
des ouvrages géotechniques (et tout particulièrement les
Emax = [Link]
( Pa )
ouvrages complexes). Ils sont très utiles pour les grands Ces lois sont définies à partir de 5 paramètres : C’ et
ouvrages où sont associés divers éléments géotechniques ϕ’, caractéristiques mécaniques intergranulaires, K, Rf et
(déblais, remblais, soutènements avec butons ou tirants α étant des paramètres dépendant de la nature du maté-
d’ancrage, pieux et barrettes, renforcements de sols, …) et riau et de sa compacité (l’expérience montre que Rf et α
des sollicitations multiples, avec des phasages de construc- sont des paramètres plus sensibles que K).
tion et d’exploitation souvent compliqués.
Le terme ∆σr0 est le déviateur à rupture. Il se déduit
Dans ces logiciels on prend en compte le comporte- de l’étreinte de consolidation σ’3 et des caractéristiques
ment non linéaire sous chargement des sols (et roches) et mécaniques par la relation :
le nombre de paramètres à utiliser dans le modèle aug-
2C’.cos ϕ’ + 2σ’[Link] ϕ’
mente avec le degré de sophistication : ∆σr0 =
1 - sin ϕ’
modèle élastique linéaire (élasticité linéaire et iso-
trope avec le module d’Young E et le coefficient de On fait également intervenir le module œdométrique
Poisson ν) ; E’ pour une contrainte verticale de 0.1 MPa et la dilatance
modèle de sol Mohr-Coulomb (élastique parfaite- caractérisée par l’angle ψ.
ment plastique avec E, ν, C’, ϕ’, dilatance ψ) ; Il est bien clair que les essais CD doivent être faits
modèle de sol compressible (type Cam-Clay pour les avec le plus grand soin, dans le respect des normes et des
argiles normalement consolidées avec consolidation modes opératoires, en sachant que les résultats impor-
primaire prépondérante) ; tants sont les suivants :
modèle de sol compressible avec fluage (extension courbe effort-déformation (déviateur σ1 - σ3 en fonc-
du modèle précédent avec consolidation secon- tion de la déformation axiale ε) ;
daire) ; courbe de variation volumique (∆V/V en fonction
modèle de sol écrouissable ou “hardening soil de ε).
model” (modèle hyperbolique de type élastoplas-
Le début de ces courbes (ε faible) est primordial pour
tique formulé dans le cadre de la plasticité avec
l’interprétation (bon contact, éviter les phénomènes de
écrouissage, bien adapté pour simuler le compor-
“mise en place”d’éprouvette) et le nombre de mesures doit
tement des sables, sables et graviers et argiles sur-
permettre une bonne définition des courbes. L’idéal est
consolidées, avec tous les paramètres du modèle de
d’enregistrer toutes les mesures.
Mohr-Coulomb mais avec des lois de modules
L’exploitation des essais montre qu’un essai donné
hyperboliques).
conduit généralement à plusieurs jeux de paramètres pos-
En définitive, les paramètres de sol nécessaires pour
sibles pour obtenir un bon accord entre la théorie et l’es-
chaque couche comportent :
sai. Pour tendre vers la bonne définition des 7 paramètres
les caractéristiques géotechniques classiques (mas- il faut utiliser plusieurs essais pour une même couche.
se volumique, caractéristiques mécaniques C’ - ϕ’,
perméabilités, …) ;
des caractéristiques supplémentaires (dilatance, Remarques et conclusion
lois de modules, …). Dans la plupart des études géotechniques les essais en
Ces paramètres de sol sont pour la plupart obtenus à laboratoire sont un complément indispensable aux recon-
partir d’essais en laboratoire. En règle générale, les carac- naissances et essais in [Link] sont parfois un peu négligés et
téristiques supplémentaires sont déduites d’essais triaxiaux il est souvent mis en avant les problèmes de qualité et repré-
CD (éventuellement essais CU+U mais leur exploitation sentativité des échantillons, le coût des essais et leur durée. 11

Géologues n°132
la métrologie

Les problèmes de qualité et représentativité des Le coût des essais et leur durée sont en fait des faux
échantillons sont bien réels. Le prélèvement et le condi- problèmes en regard des informations recueillies. Les
tionnement d’un échantillon sont des opérations déli- essais de base (identification, compactage, …) sont très
cates et difficiles, et qui prennent du temps au sondeur. abordables et seuls les essais les plus élaborés ont un
On se reportera aux recommandations de la norme XP coût qui peut paraître élevé (essais triaxiaux statiques
P94-202 (prélèvement des sols et des roches – méthodo- CU+U et CD, essais triaxiaux dynamiques), mais il faut
logie et procédures). On peut donc obtenir malgré tout, bien voir qu’ils nécessitent un appareillage compliqué et
dans la plupart des sols, des échantillons de bonne qua- des opérateurs qualifiés, et in fine, on en tire des rensei-
lité, conformes à la définition de l’échantillon non rema- gnements indispensables et qu’ils sont seuls à pouvoir
nié de la norme :“Echantillon prélevé dans des conditions donner. Quant à la durée, c’est malheureusement sou-
modifiant le moins possible la nature et l’état du terrain vent une nécessité liée à la qualité, particulièrement dans
qui, au laboratoire, sous un chemin de contraintes appro- le cas des essais triaxiaux CU+U et CD (pour les maté-
prié, fournit des résultats applicables à la prévision de la riaux plastiques ces essais peuvent durer 2 à 3 semaines).
résistance en place, de l’amplitude et de la vitesse de Dans certaines études les essais élaborés en labora-
déformation. Selon les propriétés à déterminer sur l’échan- toire sont absolument nécessaires. C’est le cas des deux
tillon, un remaniement plus ou moins important peut domaines cités précédemment (barrages en remblai, para-
être accepté s’il n’affecte pas les résultats recherchés”. mètres des logiciels de calcul aux éléments finis) mais il
La représentativité des échantillons n’est pas un pro- en existe bien d’autres en statique et en dynamique où l’on
blème dans les sols relativement homogènes (les sols fins retrouve d’ailleurs le couplage nécessaire essais in situ
d’une manière générale) mais elle est effectivement dif- (essais cross-hole, down-hole, …) – essais en laboratoire
ficile à assurer dans les sols hétérogènes (tels que les (essais de liquéfaction, mesure des modules dynamiques
marnes et caillasses ou les argiles à meulières par et du coefficient d’amortissement en fonction de la dis-
exemple). On est souvent conduit, dans ce cas, à étudier torsion).
au laboratoire les parties plus homogènes, et la caracté-
risation globale de la couche doit être faite par le cou-
plage essais in situ – essais en laboratoire.

12

Géologues n°132
la métrologie

Essais de laboratoire et rapports avec le terrain


Daniel Roucheux (1)

Préambule Dans les sols pulvérulents, sans cohésion, la rupture a


lieu lorsque la composante tangentielle σ est trop inclinée
Les sols qui sont l’objet de la géomécanique sont ceux par rapport à la normale: τ≥ σtg ϕ ; ϕ est l’angle de frot-
susceptibles de subir des déformations en raison des tement du sol considéré. C’est donc l’angle de frottement
efforts générés par les constructions (bâtiments, ouvrages interne qui caractérise un sable dans le domaine plas-
d’art, remblais,...). Ils sont donc situés dans une zone com- tique,...Bien qu’un sable ne soit pas un matériau plastique!
prise entre la surface et quelques dizaines de mètres de
Dans un sol cohérent (argile, marne), la rupture a lieu
profondeur. Dans le cas de déblais, lors du creusement de
lorsque la contrainte σ > C, C étant la cohésion du sol
tranchées profondes ou de fouilles importantes, il s’agit
considéré. La majorité des sols sont à la fois frottants et
non plus d’efforts liés à des charges, mais au contraire, à
cohérents, d’où : τ = C + σ tg ϕ. La détermination de ces
des décharges, et des problèmes de stabilité des parois ou
paramètres est l’objet des essais de cisaillement (recti-
des versants se trouvent posés.
ligne ou triaxial).
Les phénomènes étudiés en laboratoire sont généra-
On peut constater que les lois de la mécanique des
lement de deux types :
matériaux adaptées aux sols en font une discipline à par
tassements sous des charges verticales : phéno-
entière. La mécanique des roches a également ses propres
mène de compression ;
lois, ainsi que la mécanique des milieux granulaires. Dans
cisaillement sous l’effet de la composante tan-
ce qui va suivre, nous nous limiterons aux sols.
gentielle des contraintes.
Leur étude utilise les lois de la résistance des maté-
riaux dans les domaines qui intéressent principalement Les sols
la mécanique des sols, sont les suivants. Contrairement aux corps objet de la résistance des
matériaux, les sols ne sont généralement ni homogènes,
Elasticité
ni isotropes au sens de la mécanique. Leur composition est
L’élasticité linéaire suppose que allongement (ou rac- triphasique (Fig 1): solide, gaz (généralement de l’air), eau.
courcissement) est proportionnel à la contrainte σ : dl/l =
On peut dire d’une façon imagée, que les sols sont du vide
σ/E ; E est le module d’élasticité linéaire ou module de
rempli de grains. Le rapport du volume des vides au volu-
[Link], un corps élastique qui s’allonge voit son
me des grains est appelé l’indice des vides. La teneur en
diamètre ϕ diminuer proportionnellement à l’allonge-
eau est le rapport entre le poids de l’eau et le poids sec du
ment : dϕ/ϕ = ν dl/l où ν est le coefficient de Poisson. Les
sol. Ces deux notions, teneur en eau et indice des vides sont
lois de l’élasticité supposent une réversibilité : dès que
deux données fondamentales de la mécanique des sols.
l’effort disparaît, le corps retrouve ses dimensions origi-
nelles. Au delà, nous arrivons dans le domaine plastique. L’une des difficultés de leur étude est précisément
l’impossibilité d’étudier séparément le comportement de
Plasticité chacune des phases dans un même essai mécanique.
Lorsque les limites du domaine élastique sont Alors, dans la majorité des essais géomécaniques, les
atteintes, les déformations supplémentaires restent per- matériaux sont saturés. Ainsi le sol étudié est réduit à
manentes jusqu’à la rupture. Cette mécanique concerne deux phases :
essentiellement des matériaux de composition homogè- solide : constitué de grains ;
ne et monophasique ; nous sommes loin du compte en eau : qui rempli les vides.
ce qui concerne les sols. Le processus qui conduit un sol de Les sols sont composés d’un assemblage de grains
l’élasticité à la rupture consiste d’abord en une compres- solides, accolés sans liaisons fortes pour les matériaux
sion des vides, jusqu’à compression du squelette. granulaires (sables) et au contraire fortement liés pour
Coulomb a étudié les limites de la plasticité, donc de la les matériaux cohérents (argiles). Mais ces liaisons sont for-
rupture selon une méthode bien adaptée à la mécanique tement perturbées par les variations d’eau adsorbées, voi-
des sols,dont les résultats peuvent se résumer comme suit. re détruites par excès pour les argiles. 13

1. Geolabo
10, avenue Newton - BP 20 - 92352 Le-Plessis-Robinson Cedex - Tél. 01 40 83 81 71 - Fax. 01 46 32 34 40
E-mail : geolabo@[Link]

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Figure 1 : Schématisation des trois phases constituant un sol.

Ces phénomènes d’adsorption ont peu de consé- paramètres de description:courbe de granulométrie.


quences pour les sols pulvérulents, mais se manifestent Ces essais ont plusieurs buts :
par des changements d’état pour les argiles, qui peuvent
identification ;
passer d’un état plastique à l’état liquide. Les limites d’At-
classification (G.T.R., Casagrande, ...) ;
terberg quantifient ces changements d’état. De plus, une
corrélations avec d’autres types d’essais (essais
argile fortement déshydratée peut perdre son eau de
mécaniques en laboratoire ou essais in-situ) :
constitution, ce qui se traduit par un retrait plus ou moins
• perméabilité et granulométrie pour les sables fins;
important selon sa nature minéralogique. Ce phénomè- • perméabilité et plasticité pour les sols fins.
ne a été à l’origine de désordres importants aux bâti-
ments lors de la sécheresse qui a sévit en France dès 1979. Paramètres d’état
Actuellement des dégradations apparaissent sur des Les essais conduisant aux mesures des paramètres
ouvrages construits sur des sols argileux déshydratés, qui d’état utilisent des méthodes physiques simples de pesée
gonflent par réhydratation. Ces pressions de gonflement et de mesures de volume, par pesées simples et par pesées
qui sont mesurées en laboratoire et générées par ce seul hydrostatiques et étuvage pour les mesures de teneur en
phénomène de réhydratation des sols, atteignent cou- eau. Les opérations d’étuvage doivent cependant être
ramment 0,3 MPa soit environ 30 t/m2 menées en tenant compte de la composition des sols, cer-
tains minéraux pouvant être détruits tout ou partie par
la chaleur (gypse, matières organiques). Les principaux
Les essais de laboratoire paramètres d’état sont :
Les essais de laboratoire sont de deux types : essais le poids volumique du sol humide ρ est le rapport du
d’identification et essais mécaniques pour lesquels on peut poids total W d’une certaine quantité de sol à son volume
distinguer essais de compressibilité, essais de cisaillement V, le sol étant à une teneur en eau W : ρ = W/V ;
et essais dynamiques. Les méthodes d’essai font l’objet de Le poids volumique du sol sec ρd est le rapport du poids
Normes ou de modes opératoires officiels (Laboratoire Cen- de matières sèches Wd contenues dans le volume V d’une
tral des Ponts et Chaussées,LCPC).Nous n’en énoncerons que certaine quantité de sol à une teneur en eau W à ce volu-
les principes, en nous limitant à quelques essais caracté- me V: ρd = Wd/V . La masse volumique sèche ρ d’un sol est
ristiques et spécifiques de la mécanique des sols. obtenue par calcul ; il s’agit donc d’un poids volumique
apparent, le retrait du sol n’étant pas pris en compte. Il en
Les essais d’identification résulte que la masse volumique apparente d’un sol conte-
Trois types d’essais conduisent à mesurer trois types nant une forte quantité d’eau peut être inférieure à 1 ;
de paramètres : Le poids volumique des grains ρs est le rapport du poids
paramètres d’état ; des grains contenus dans une certaine quantité de sol au
paramètres de comportement : volume Vs de ses grains : ρs = Wd/Vs.
• sur sols fins : limites d’Atterberg ; ρ, ρd, et W sont liés par la relation : ρd = ρ/1 + W. L’in-
• sur sols grenus : emax - emin, soit densité maximale et dice des vides e se déduit des mesures de poids volu-
14 densité minimale ; mique : e = ρs /ρd - 1.

Géologues n°132
la métrologie

Paramètres de comportement

Indice de densité Id
Il peut être intéressant de prévoir l’évolution de la
compacité d’un sol pulvérulent en fonction de sa densité
en cas de risque sismique ou autre phénomène vibratoi-
re, par exemple.
On détermine en laboratoire l’indice des vides emin
correspondant à son état le plus compact et emax corres-
pondant à son état le plus léger. L’indice de densité Id d’un
matériau pulvérulent est donné par la formule : Id = emax-
e/emax-emin
ID 0 0.3 0.7 1
————————/———/—————/————/
Sol pulvérulent Lâche moyen dense
Cet indice est également appelé, par certains auteurs,
indice de compacité relative Cr.

Limites d’Atterberg
Au début du siècle dernier, le Suèdois Atterberg étu-
diait l’écoulement d’échantillons d’argiles dans un verre
de montre en modifiant la teneur en eau. C’est en 1911 qu’il
définit les conditions de passage des argiles à trois états
successifs en fonction de la teneur en eau: liquide-plas-
tique-solide. Au passage de l’état liquide à l’état plastique
correspond une teneur en eau appelée limite de liquidité
WL. Au passage de l’état plastique à l’état solide corres-
pond une teneur en eau appelée limite de plasticité WP.
Ces conditions furent précisées par Casagrande, qui
inventa l’appareil dit “coupelle de Casagrande” dont la
Figure 2 : Coupelle de Casagrande et réalisation de l’essai de liquidité, WL
forme rappelle celle du verre de montre utilisé par Atter- est déterminé pour 25 chocs.
berg, ainsi que la méthode d’essai (Fig 2). De la détermi-
nation de ces limites d’Atterberg se déduisent les indices Degré de plasticité Ip
de plasticité Ip et de consistance Ic qui permettent de Non plastique 0à5
caractériser respectivement la plasticité et l’état d’un sol Peu plastique 5 à 15
selon les tableaux 1 et 2 ci dessous : Plastique 15 à 40
Très plastique 40 et plus
WL - Wn
Ip = WL - WP Ic = Tableau 1 : Plasticité en fonction de l’Ip.
Ip

La limite de plasticité est atteinte lorsque la teneur en


Etat solide Etat plastique Etat liquide
————————/———————/———————— eau devient trop faible pour que la matériau puisse être
WP Ip WL trituré sans se fragmenter. La limite de plasticité ne consti-
tue cependant pas une limite de dessication des sols. Sur
les sols argileux la perte d’eau s’accompagne d’une dimi-

Ic 0 0.25 0.50 0.75 1


Etat du sol liquide très mou mou mi-consistant consistant très consistant

Tableau 2 : Etat du sol en fonction de l’Ic, donc de sa teneur en eau. 15

Géologues n°132
la métrologie

nution de volume, appelée retrait. Ce retrait commence Le tassement est lié au resserrement des particules du
dans l’intervalle WL-WP dans lequel c’est l’eau intersti- sol, donc à une diminution de l’indice des vides sous l’ef-
tielle, qui permet aux grains de glisser les uns sur les fet d’une contrainte. La compréhension de ce phénomè-
autres qui disparaît. Au delà, l’eau de constitution dispa- ne est due à Karl Terzaghi, qui est le premier à mettre en
raît, d’où une diminution importante de taille des empi- évidence les états de contrainte du sol en distinguant la
lements lamellaires. phase solide de la phase fluide (air + eau).
La limite de retrait WR correspond à la teneur en eau La contrainte totale σ est composée d’une contrain-
à partir de laquelle le départ d’eau ne s’accompagne plus te effective entre les grains σ’ et d’une pression hydro-
d’une diminution de volume. D’ou les quatre états sui- statique u dans le fluide interstitielle : σ = σ’ + u.
vants : Lors de l’application d’une contrainte extérieure, la
Etat solide Etat solide Etat Etat pression interstitielle “u” s’élève. Le fluide sous la pres-
sans retrait avec retrait plastique liquide sion s’évacue vers les zones non sollicitées, plus ou moins
——————/—————/——————/—————— lentement, selon la perméabilité du milieu. Cette perte de
WR WP Ip WL fluide s’accompagne d’une perte de volume par diminu-
Ces données permettent de situer l’état hydrique d’un tion des vides, donc de l’indice des vides “e”. Cette phase
sol, et ont été très utiles pour les nombreuses expertises est appelée la consolidation. C’est précisément ce pro-
suit à la dernière sécheresse ayant sévit en France, la cessus qui est étudié dans l’essai œdométrique.
teneur en eau normale d’un sol argileux étant située dans
la zone de plasticité et souvent proche de WP. Le principe
de la mesure de WR réside dans la mesure du poids d’un
volume de sol déterminé, et de mesurer ces même para-
mètres après dessication totale.

Les essais mécaniques ou


de comportement
On appelle ainsi les essais qui permettent de calculer
les sollicitations auxquelles peut être soumis un sol, et
de comparer celles-ci aux sollicitations induites par un
ouvrage. Le rapport entre les deux définit un coefficient
de sécurité. Plus pratiquement, les essais conduisent à Figure 3 : Cellule œdométrique. Sur ce type de matériel, l’éprouvette d’es-
des caractéristiques de compressibilité ou de rupture, qui sai peut avoir 12 ou 24 mm d’épaisseur et peut permettre la
mesure de la perméabilité avec un perméamètre à charge
sont utilisées dans les calculs par le géotechnicien, et qui variable.
permettent de calculer les charges admissibles, prévoir
les tassements et estimer leur durée, ou définir les condi-
Une éprouvette de sol placée dans une cellule oedo-
tions de stabilité des pentes ou des soutènements.
métrique (Fig. 3) est soumise à trois phases :
Les problèmes de tassement et l’essai œdométrique phase de saturation durant laquelle on empêche
Un monument célèbre, la Tour de Pise, ne penche pas tout gonflement de l’échantillon ;
parce que ses concepteurs l’ont voulu ainsi, mais simple- phase de chargement au cours de laquelle est appli-
ment parce que sous le poids de l’ouvrage, le sol s’est tas- quée par paliers une contrainte verticale σ dont la
sé. Comme ce tassement ne s’est pas fait de façon uni- valeur croît d’un palier à l’autre selon un progres-
forme sous les fondations, un côté s’enfonce plus que sion géométrique de raison 2 ;
l’autre, et le sol est refoulé à l’autre extrémité par fluage, phase de déchargement jusqu’à une valeur nulle de
d’où aggravation du phénomène. la contrainte, cette dernière étant non nulle, puis-
D’autres monuments où immeubles construits sur des qu’égale à la contrainte induite par le poids du piston.
terrains compressibles ont tassé verticalement, d’où une Le tassement de l’éprouvette d’essai est schématisé par
moindre célébrité,mais dont le rez-de-chaussée actuel était la figure 4, ainsi que la courbe oedométrique résultant de
16 à l’origine le premier ou second étage (Ville de Mexico) cet essai. Les variations de hauteur sont mesurées au

Géologues n°132
la métrologie

Figure 4 : Schématisation de la consolidation dans la cellule œdométrique, courbes de consolidation.

1/100 mm, voire 1/1000 mm sur certains appareils. L’ex- La rupture et la résistance aux
ploitation de l’essai nécessite de connaître la contrainte contraintes tangentielles
naturelle due au poids des terres à laquelle était soumise
l’éprouvette de sol in situ. Celle-ci est connue après mesu- Généralités
re de la teneur en eau et des masses volumiques (cf. essais L’étude de ces problèmes s’applique à la stabilité des
d’identification). L’œdomètre permet également de mesu- versants, qui peuvent être entaillés par exemple par un tra-
rer la pression de gonflement d’un sol argileux, simple- cé autoroutier, ou bien à la stabilité des parois d’une fouille,
ment en opposant une contrainte égale celle développée destinée par exemple à un parking souterrain. En dehors
par l’éprouvette d’essai lors de la phase de saturation. de ce type de travaux où l’on déstabilise un massif en pla-
Plusieurs types d’essais ont été mis au point pour ce, ce qui entraîne la réalisation d’ouvrages permettant de
mesurer le gonflement, et actuellement, un essai nor- conserver l’équilibre (soutènements, parois moulées), il
malisé consiste à soumettre quatre éprouvettes à quatre est aussi nécessaire d’étudier les conditions de stabilité des
contraintes différentes et les laisser gonfler lors de la mise massifs artificiels que sont les remblais, les digues, les
en eau du système. La pression de gonflement σ’g est barrages en terre, etc.
déterminée sur un graphique semi logarithmique par la La rupture des sols se produit par glissement ou par
droite dh/H = ƒσ’g, au point dH/H = 0. déformation plastique d’une zone d’un massif. Les essais
Ce type d’essai permet de prévoir les efforts pouvant de cisaillement en laboratoire permettent de calculer
s’appliquer aux ouvrages enterrés en milieu argileux (dal- l’angle de frottement ϕ et la cohésion C qui sont les carac-
lages de parking souterrains). D’autres essais dérivés sont téristiques d’un sol dans l’état où il se trouve, ce qui signi-
adaptés aux tunnel (Essai Huder et Amberg). fie qu’une même formation géologique n’a pas ses carac- 17

Géologues n°132
la métrologie

téristiques de cohésion et frottement prédéterminées.


Lorsqu’un sol est saturé, ces mouvements s’accompa-
gnent d’une élévation de la pression interstitielle u, qui
s’évacue vite dans les sables, mais au contraire très len-
tement dans les argiles.
La contrainte réelle σ’ qui s’applique sur les grains,
ou contrainte effective, correspond donc à la contrainte
totale σ, diminuée de la pression interstitielle u : σ’ = σ - u.
D’où la loi de Coulomb généralisée : τ = C’ + σ’tgϕ’ dans
laquelle C’ est la cohésion effective, et ϕ’ l’angle de frot-
tement effectif. Les essais mécaniques sont généralement
effectués sur des éprouvettes de sol saturées. Deux types
d’essais sont utilisés : l’essai de cisaillement rectiligne à la
boîte de Casagrande et l’essai triaxial. Les contraintes
appliquées en cours d’essai sont fonction :
de la profondeur du prélèvement et donc de la
contrainte régnant in situ ;
des contraintes ayant pu régner au droit du site; sur-
charge lithologique ayant disparu de nos jours du
Figure 5 : Boîte de cisaillement rectiligne et principe de l’essai.
fait de l’érosion mais que les sols, en particulier les
argiles gardent en “mémoire” : matériaux surcon-
solidés ;
l’une des deux demi-boîte (celle inférieure généralement)
de la cote de la nappe phréatique. est poussée par un moteur, tandis que l’autre est reliée à
Les sols surconsolidés peuvent développer des pres- un dynamomètre. La vitesse de cisaillement peut varier de
sions de gonflement importantes qui s’opposent à la 0.001 mm à 1.5 mm généralement, selon que l’on veut ou
contrainte appliquée en cours d’[Link] types d’essais non permettre à l’échantillon de se drainer durant le
peuvent être réalisés : cisaillement. L’essai s’effectue sur trois éprouvettes au
essai non consolidé non drainé, sur échantillon moins, ce qui permet de tracer la droite de Coulomb
saturé ou non (Essai UU) ; τ = C + σ tgϕ.
essai consolidé non drainé (Essai CU) avec une pha- Cet essai couramment employé présente cependant
se de cisaillement durant laquelle la pression inter- quelques inconvénients :
stitielle ne peut, en principe, s’évacuer ; la saturation de l’éprouvette d’essai n’est pas garan-
essai consolidé drainé, durant lequel la pression tie ;
interstitielle a la possibilité de s’évacuer durant le le drainage ne peut être contrôlé, et même à vites-
cisaillement. se de cisaillement élevé, sur les sols sableux,l’échan-
La vitesse de cisaillement est calculée à partir de la tillon se draine pendant l’essai ;
courbe de consolidation en fonction du temps, afin que la le plan de cisaillement est imposé par l’appareil.
pression interstitielle reste homogène dans l’ échantillon Aussi, cet essai est-il bien adapté aux matériaux pul-
durant la phase de cisaillement dans l’essai CU, et pour vérulents, sans cohésion, ou seul le frottement est carac-
qu’elle reste nulle dans l’essai CD durant cette même pha- téristique du sol, et pour lesquels la teneur en eau a très
se. L’indice de plasticité, calculé par les limites d’Atterberg, peu d’influence.
permet un contrôle complémentaire de ces vitesses.
L’essai triaxial
L’essai de cisaillement à la boîte de Casagrande L’essai triaxial consiste à soumettre une éprouvette de
L’essai de cisaillement rectiligne consiste à placer une sol cylindrique d’élancement 2 à 2.6 placée dans une cel-
éprouvette d’essai dans une cellule dite boîte de Casa- lule (Fig 6) à une contrainte verticale σ1 appliquée par
grande, constituée de deux demi-boîtes pouvant se dépla- l’intermédiaire d’un piston et à une contrainte latérale
18 cer l’une par rapport à l’autre (Fig 5). Au cours de l’essai, σ3 appliquée par un fluide, l’éprouvette d’essai étant pro-

Géologues n°132
la métrologie

Figure 6 : Cellule de l’appareil triaxial.

tégée du fluide par une membrane imperméable. La tech-


nologie de cet appareil permet :
de saturer l’éprouvette d’essai en contrôlant la
quantité d’eau injectée ;
de consolider l’éprouvette en contrôlant la quanti-
té d’eau expulsée ;
de laisser l’éprouvette se drainer durant la phase de
cisaillement ou au contraire d’empêcher le draina- Figure 7 : Résultats de l’essai triaxial dans la représentation de Mohr : 1,
ge ; essai non consolidé, non drainé sur une argile saturée. 2 et 3,
résultats d’un essai consolidé, non drainé sur une argile silteuse.
dans ce dernier cas de mesurer l’élévation de la
pression interstitielle ;
de réaliser des essais de cisaillement lents ou problème posé essai caractéristiques
rapides ; Stabilité simple CD Consolidation quasi
de mesurer les variations de volume de l’éprou- d’un massif pulvérulent instantanée, se fait à
mesure de l’application
vette d’essai. de la charge
Chaque essai s’effectue sur trois éprouvettes au moins, Mise en charge rapide UU Pas de consolidation
permettant ainsi de tracer la droite de Coulomb, après sur un terrain peu pendant l’essai ; la
perméable montée de la pression
tracé des cercles de Mohr de rupture (Fig. 7).
interstitielle intervient
dans la rupture
Choix du type d’essai
Mise en charge rapide CU Consolidation avant la
Le type d’essai à réaliser dépend évidemment du pro- sur sol compacté phase de rupture
blème posé et de la nature des sols sollicités. Le tableau Stabilité à long terme CD Le sol se draine durant
de droite résume quelques cas courants. sur sol cohérent la phase de cisaillement 19

Géologues n°132
la métrologie

Les essais dynamiques versales) ou à l’aide d’un appareil dit de colonne réso-
nante (vibrations longitudinales et de torsion).
Généralités
Ces essais ont été développés pour étudier en labo- Paramètres mesurés
ratoire le comportement des sols soumis à des sollicita- Les principales caractéristiques cycliques et dyna-
tions cycliques générées par des machines vibrantes, des miques que l’on recherche à déterminer au cours de ces
ouvrages sujets à des oscillations (antennes, immeubles essais sont les suivantes :
de grande hauteur, éoliennes) ou provoquées par des le module d’élasticité cyclique ;
séismes. Le but de ces essais est de déterminer la résistance le module de cisaillement cyclique ;
à la contrainte de cisaillement du sol considéré afin de la
le taux d’amortissement critique ;
comparer à la contrainte de cisaillement développée par
la sollicitation, afin de dimensionner les ouvrages avec l’évolution de la pression interstitielle.
un coefficient de sécurité. Les effets des sollicitations
cycliques peuvent être les suivants : Conclusion
fatigue sous l’effet de contraintes alternées (ex :
Les essais en laboratoire s’effectuent sur des fractions
balancement d’un pylône sous l’effet du vent) ;
de sol très minimes en regard de la taille d’un projet, et
rupture par abaissement de la résistance (effet
même simplement d’une fondation. Les essais méca-
contraire à l’écrouissage) ;
niques en particulier s’effectuent sur des éprouvettes d’es-
liquéfaction par élévation de la pression intersti-
sai dont le choix est primordial quant à sa représentati-
tielle.
vité. Dans notre monde où la vitesse d’exécution prime trop
Principaux essais dynamiques souvent sur la qualité, les essais en laboratoire sont trop
Ces essais sont de trois types : triaxial dynamique, souvent considérés comme coûteux et trop lents.
essai de liquéfaction, essai de résonance. Cependant, par rapport aux essais in situ dont ils sont
La technologie du triaxial dynamique est identique à un complément indispensable, ils ont l’avantage, pour les
celle du triaxial statique, mais l’on applique des contraintes grand projets, de permettre d’étudier de nombreux para-
cycliques, drainage fermé. L’éprouvette d’essai est soumi- mètres avec un matériel de mesure très précis et dans
se à une série de cycles alternés,d’amplitude croissante jus- des conditions nettement plus favorables que sur le ter-
qu’à la rupture, le drainage étant ouvert entre chaque rain. Pour être représentatifs, ils sont tributaires de la qua-
cycle. lité du prélèvement. On parle “d’échantillon intact”, ce qui
signifie identique à ce qu’il était en place.
L’essai de liquéfaction s’effectue sur le bâti triaxial ; la
Les méthodes de prélèvement sont primordiales. Si
liquéfaction est obtenue lorsque sous l’effet des sollici-
l’on veut, par exemple étudier les risques de liquéfaction
tations la pression interstitielle devient supérieure à la
d’un massif pulvérulent, il est très difficile de prélever en
contrainte de confinement. L’amplitude des cycles est
forage des sables fins saturés. Les méthodes par piston-
constante, et la sollicitation est poursuivie jusqu’à la liqué-
nage sont peu efficaces sur un sable très propre, et le
faction de l’éprouvette. Ce processus est identique à l’ef-
vibrofonçage est évidemment à proscrire.
fet d’ondes sismiques sur un massif pulvérulent saturé.
Pour réaliser de bons essais en laboratoire, il faut des
En effet, à l’échelle d’un massif le drainage ne peut se
bons échantillons, et savoir payer le prix de la qualité tout
produire; les particules de sols soumises aux vibrations se
au long de la chaîne.
désolidarisent et le milieu devient liquide. Lorsque le vibra-
tions cessent, un nouvel équilibre se crée, et si le milieu
était relativement lâche, l’on assiste à un effondrement du
milieu. L’étude d’un risque de liquéfaction commence donc
par une mesure de la densité relative du sol en place.
L’essai de résonance s’effectue aussi sous étreinte
triaxiale et sur échantillon saturé. L’éprouvette d’essai est
soumis à des vibrations dont la fréquence est ajustée jus-
qu’à mise en résonance de l’échantillon. Les vibrations
20 sont appliquées à l’aide de table vibrante (vibrations trans-

Géologues n°132
la métrologie

Les Essais In Situ


Michel Gambin (1)

Généralités Les essais de pénétration


L’essai in-situ est probablement le moyen le plus
Pénétration dynamique
ancien pour caractériser un sol et, les méthodes dispo-
nibles n’ont cessé d’augmenter en nombre et de se sophis- Les essais de pénétration dynamique, appelés ainsi
tiquer jusqu’à aujourd’hui. La plupart sont désormais nor- parce qu’on fait appel à la percussion d’une masse frap-
malisées (AFNOR 1999, ASTM 2001). La première technique pante (de 32 à 128 Kg) pour obtenir l’enfoncement de la
fut sans doute celle de la pénétration verticale d’une tige pointe (de 50 mm de diamètre environ) seront de classe
frappée en tête par une masse, qui permet d’estimer la 1. Parmi ceux-ci, on distingue :
résistance et l’épaisseur des terrains meubles au-dessus les essais au pénétromètre dynamique, normalisé
du substratum sur lequel on obtient le refus. en France en type A et type B (normes AFNOR NF
Vinrent ensuite deux catégories d’essais, l’une où l’on p. 94-115) ;
cherchait à mesurer les paramètres d’une loi de contrain- les essais de pénétration au carottier plus com-
te de déformation du sol comme dans l’essai de charge- munément désigné sous le nom de “Standard Pene-
ment à la plaque, l’autre où l’on se contente de mesurer tration Test” (SPT) qu’on retrouve dans les normes
la force nécessaire à l’enfoncement d’une pointe calibrée, anglo-saxonnes sous le titre plus exact de “Pene-
plus tard surmontée d’un manchon de mesure de la résis- tration Test and Split Barrel Sampling of Soils” (nor-
tance au frottement. La deuxième catégorie d’essai ne me ASTM D 1586).
s’appuyait sur aucune théorie du comportement du sol, Dans ces essais, on mesure seulement le nombre de
puisqu’il s’agit simplement d’enregistrer une résistance à coups d’une masse normalisée tombant en chute (sup-
la pénétration, en précisant toutefois la dynamique de posée libre) d’une hauteur normalisée pour faire péné-
l’essai : la pénétration se fait-elle à vitesse continue, telle trer la pointe ou le carottier d’une profondeur donnée. Le
que c’est normalisé actuellement, à savoir 20 mm par pénétromètre dynamique type A ou PDA (fig. 1) diffère du
seconde ou la pénétration se fait-elle à partir d’une vites- PDB par le fait que le PDA dispose d’un système d’injec-
se nulle (Laréal et al., 1976) ? Les résultats sont naturelle- tion de boue de forage au-dessus de la pointe pour théo-
ment différents. riquement réduire la résistance au frottement des tiges
Dans un essai de chargement de plaque, il est, par sur les parois de la cavité cylindrique créée dans le sol
contre, nécessaire de procéder à l’interprétation de la cour- pendant la pénétration.
be effort-déformation pour obtenir une caractéristique C’est seulement dans les essais de pénétration dyna-
de raideur et éventuellement les caractéristiques de résis- mique du type A qu’il est recommandé de calculer la résis-
tance au cisaillement habituelles (cohésion et angle de tance dynamique en pointe qd à partir du nombre de
frottement interne) à partir d’une loi de comportement du coups mesurés (ou mieux à partir de la profondeur d’en-
sol que l’on se fixe. Ces lois n’ont vus le jour au plut tôt foncement sous un coup) en utilisant la formule dite des
qu’au XIXème siècle. Hollandais (NF P 94-114). Cette résistance qd pourra ensui-
On comprend qu’on soit ainsi amené à établir une te être utilisée comme qc (voir chapitre 5).
classification des essais géotechniques in situ selon leur L’essai SPT (fig. 2) apporte plus que l’essai au PDA ou
degré de recours à des théories de mécanique des sols PDB en ce sens que (norme NF P 94-116) :
(Stille et al., 1995) : 3 nombres sont mesurés à chaque essai: le nombre
les essais entièrement empiriques : classe 1 ; de coups de masse No pour enfoncer le carottier (de
les essais basés sur des théories simples de méca- 51 mm de diamètre) de 15 cm à partir de sa position
nique des sols : classe 2 ; de mise en place au fond du forage et les nombres
les essais basés sur une analyse numérique (ou de coups de masse N1 et N2 pour l’enfoncer de 2
algébrique), du comportement des sols très éla- fois 15 cm (c’est la somme de ces 2 derniers nombres
borée : classe 3. qui sera le nombre SPT de l’essai : N) ; 21

1. Conseiller Scientifique, Apagéo


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E-mail : mgambin@[Link]

Géologues n°132
la métrologie

Figure 1 : Schéma d’ un pénétromètre dynamique type A. Figure 2 : Un échantilloneur SPT.

l’échantillonneur est remonté et permet de visua-


liser la nature du sol traversé et éventuellement
d’effectuer sur l’échantillon des analyses d’identi-
fication au laboratoire (un laboratoire de chantier
simplifié suffit).
En fonction de la nature du sol, le nombre N pourra
être utilisé dans des nomogrammes pour estimer la
force portante admissible de semelles de fondation. Ces
nomogrammes ont été établis par corrélation et
expérience (Terzaghi et Peck, 1961).

Pénétration statique
L’essai au pénétromètre statique est plus élaboré,
mais il reste dans la classe 1 (fig. 3). Il est d’une mise
en œuvre plus complexe puisqu’à toute action corres-
pond une réaction, il faut matérialiser une force exté-
rieure (jusqu’à 20 tonnes) compensant la résistance du sol
à la pénétration : cette réaction pourra être fournie soit
par la masse du véhicule portant le pénétromètre, soit
par des ancrages liés au bâti de vérinage. Comme, dans
la plupart des cas, on travaille à vitesse de pénétration
constante (NF P 94-113), on équipe généralement
Figure 3 : Un pénétromètre statique sur une remorque légère. On distingue
aujourd’hui l’appareil d’un moteur hydraulique de gauche à droite: le moteur thermique, le bâti de fonçage avec
22 synchrone. ses deux vérins verticaux, le bac du groupe hydraulique.

Géologues n°132
la métrologie

Figure 4 : Un profil de pénétromètre statique avec la résistance en pointe, la résistance au frottement sur le manchon et le “rapport de frottement”.

Précédemment, l’opérateur faisait progresser suc- jeux de tubes coulissant l’un dans l’autre et mesurait suc-
cessivement la pointe (de 36 mm de diamètre) puis le cessivement la pression dans le circuit hydraulique pour
manchon de frottement de même diamètre grâce à deux l’enfoncement de la pointe seule puis pour l’efoncement 23

Géologues n°132
la métrologie

de la pointe et du manchon ensemble (Gambin 1998), la Que faire donc quand-on veut analyser des couches
conception finale de cette pointe mécanique ayant pris le de sol plus profondes ?
nom de son inventeur (Begemann, 1953). Des chercheurs allemands (Kögler, 1933) puis Louis
Aujourd’hui, on utilise des pointes à mesures élec- Ménard (1955) ont proposé de réaliser des essais de char-
triques dans lesquelles il n’y a pas de déplacement rela- gement sur la paroi latérale des forages, par expansion
tif du cône et du manchon de frottement. Il peut égale- d’une cellule cylindrique verticale (de 60 mm de diamètre),
ment y avoir mesure des pressions interstitielles à enveloppe déformable soumise à une pression interne
provoquées par l’enfoncement - c’est le cas du piézocône croissante (Fig 5). Dans ce cas, il n’y a plus de réaction
(NF P 94-119) - ou mesure de l’inclinaison de la pointe et extérieure à fournir, la réaction étant obtenue sur la géné-
enfin mesure au-dessus de la pointe de la vitesse de pro- ratrice diamétralement opposée de la sonde. L’interpré-
pagation des ondes élastiques provoquées en surface tation de l’essai, appelé essai pressiométrique, nécessite
- c’est le cas du sismocone -. aussi , comme pour l’essai de chargement de plaque, de se
D’une manière générale, on mesure conventionnel- fixer une loi de comportement du sol.
lement la résistance en pointe ramenée à la section droi-
te du cône, soit qc, et la résistance au frottement sur le
manchon ramené à la surface latérale de ce manchon soit
qs (fig. 4). Comme celles du PDA et du PDB, la progression
de la pointe du pénétromètre statique est aveugle. L’intérêt
de la mesure de la résistance au frottement qs sur le man-
chon ad-hoc est que le rapport de frottement, c’est-à-dire
qs/qc permet d’estimer le type de sol traversé (Sanglerat
et al., 1976).
Jusqu’à une date récente, on a considéré que la résis-
tance ultime sous la pointe d’un pieu qp pouvait se dédui-
re tout simplement de la résistance qc du sol sous la poin-
te du pénétromètre statique : qp = qc avec toutefois
qp ≤ 10 Mpa (de Beer, 1945)
Les études du comportement des pieux sous char-
gement statique, comme, par exemple, celles réalisées
par le réseau des laboratoires des Ponts et Chaussées,
mettant en œuvre des extensomètres sur les pieux à dif-
férentes profondeurs, ont permis de distinguer la part de
la charge prise par la pointe du pieu de celle prise par les
différents tronçons en résistance au frottement latéral et
de mettre au point des formules de dimensionnement
plus élaborées (Bustamante et Gianeselli, 1983).

Les essais de chargement Figure 5 : Un pressiomètre Ménard : à gauche, la sonde tricellulaire reliée
au contrôleur pression-volume, munis d’ un enregistreur séparé
Quels sont, aujourd’hui, les essais géotechniques in (SPAD) au centre ; à droite la bouteille de gaz comprimé qui per-
met de réaliser des essais jusqu’à 10 MPa de pression appliquée
situ de classe 2 ? par paliers à la paroi du forage à chaque niveau d’essai.
Nous avons déjà évoqué l’essai de chargement de
plaque (AFNOR XP 94-155), mais cet essai ne peut se fai-
re économiquement qu’à faible profondeur (il faut créer On peut alors déduire une caractéristique de raideur
une fouille pour installer la plaque au niveau à étudier), et les caractéristiques de résistance au cisaillement du
et à condition qu’il n’y ait pas de niveau de nappe phréa- sol. Dès son travail de fin d’étude à l’Ecole Nationale des
tique à franchir. De plus, la profondeur de sol étudié sous Ponts et Chaussées, Louis Ménard (1955) avait étudié plu-
24 la plaque ne dépasse pas la largeur de la plaque. sieurs possibilités pour la loi de comportement du sol :

Géologues n°132
la métrologie

détermination d’une pression limite convention-


nelle, plutôt que des caractéristiques “intrinsèques”
de résistance au cisaillement du sol, cette pression
limite étant définie comme la pression appliquée
au sol pour le doublement du volume de la cavité ;
éventuellement, détermination d’une pression de
fluage.
A partir de ces paramètres, il sera possible de dimen-
sionner toutes sortes de fondation, puisqu’on dispose à la
fois d’un paramètre de raideur du sol et d’un paramètre
de rupture (voir chapitre 5).
Avant de procéder à quelques commentaires relatifs
à la comparaison entre ces différents appareils, signalons
qu’il existe d’autres outils, moins employés, tels que :
le pressiomètre auto-foreur où la sonde de 150 cm
de diamètre, équipée d’un module de forage muni
Figure 6 : Courbe pressiométrique représentant la relation pression-défor- d’un outil désagrégateur, crée sa cavité, ce qui réduit
mation mesurée pendant un essai. Sur cette courbe on peut le remaniement ;
déterminer: le module Ménard; la pression de fluage par examen
de la “courbe de fluage” ; la pression limite par coupure au volu- le dilatomètre plat de Marchetti qui se fonce avec
me double de celui de la cavité d’ origine.
un bâti de pénétromètre statique et dont les pres-
sions, pour déplacer horizontalement dans le sol
élasto-plastique simple ; un disque logé dans la bêche de l’appareil, sont
élasto-plastique avec écrouissage ; mesurées pour deux déplacements particuliers ;
élasto-plastique avec module variable en fonction et des appareils limités à certains types de sols :
de la déformation, tant dans le cas des sols saturés
• le scissomètre pour les argiles peu compactes où, en
que des sols non saturés.
effectuant la rotation très lente des pales d’un mou-
Même dans le cas le plus simple il trouvait que la linet de 70 mm de diamètre, on peut mesurer la
pression limite PL était une fonction à la fois du module cohésion non drainée, moyennant quelques hypo-
de déformation E et des deux caractéristiques de résistance thèses simplificatrices pour le calcul ;
au cisaillement du sol, à savoir l’angle de frottement inter- • le phicomètre pour les sables où en effectuant une
ne ϕ et la cohésion C, telles qu’on les détermine dans la traction sur un tube métallique annelé de 58 mm
représentation de Mohr : de diamètre, maintenu en expansion dans un fora-
E 1 a ge, on peut mesurer les paramètres de résistance au
PL = (1 + sin ϕ) (p0 + [Link] ϕ) [ 2 (1-ν) sin ϕ
x
p0 + cotg ϕ ]- c cotg ϕ
cisaillement du sols:angle de frottement et cohésion.
On voit que le dilatomètre plat est dans la classe 1, le
où po désigne la pression horizontale des terres au repos et:
scissomètre et le phicomètre dans la classe 2, et le pres-
sin ϕ (1 + sin ϕ) siomètre auto-foreur dans la classe 3.
a=
(1 + sin ϕ)

Avec le seul essai pressiométrique il n’était donc pas pos- Comparaison entre essais
sible d’avoir à la fois E, ϕ et C. de chargement
L’interprétation conventionnelle de l’essai se limite Le seul véritable essai de chargement est celui qu’on
donc à deux paramètres (AFNOR P 94-110) : peut effectuer sur un échantillon de sol dans une presse
détermination d’un module de déformation EM du destinée à cet effet. Dans ce cas, et dans ce cas seulement
type module d’Young, en faisant l’hypothèse d’un (en faisant l’hypothèse que la transmission des efforts par
module constant dans le sol quel que soit le niveau les platines d’extrémités sur l’échantillon ne crée pas d’ano-
des déformations, on en donnera la formulation malies) le champ de contrainte est uniforme. La contrain-
plus loin ; te principale maximale est partout dirigée dans la même 25

Géologues n°132
la métrologie

direction et son intensité reste la même en tout point de


l’échantillon. L’interprétation de l’essai est donc simple, à
condition que le chargement s’effectue en contraintes
imposées. On peut alors déterminer autant de valeurs de
module d’Young que de niveaux de chargement.
Par contre dans un essais de chargement de plaque
sur le sol, la direction des contraintes principales varie en
tout point et l’intensité de ces contraintes va en dimi-
nuant quand on s’éloigne de la plaque, de même, dans
un essai pressiométrique, le champs de contraintes est
rayonnant et l’ intensité des contraintes diminue aussi
en s’éloignant de la paroi du forage. Figure 7 : Loi de comportement hyperbolique du sol où q désigne la
contrainte et ε° la déformation qui en résulte.
Avant d’aller plus loin,il faut rappeler que le module de
déformation d’un sol varie avec la déformation qui se mani-
[Link] toutes les lois de comportement du sol on admet
actuellement que la relation entre la contrainte normale
appliquée q et la déformation relative (qui en résulte) n’est
pas linéaire (fig. 7). Sur ce graphique où le module de défor-
mation E est représenté (en négligeant l’effet Poisson) par
la pente de la droite OA,on constate en effet que,sauf pour
les très faibles déformations relatives (de l’ordre de 10-5), le
module ne cesse de décroître quand la déformation aug-
[Link] phénomène est rendu par un diagramme désor-
mais bien connu (fig.8) dont Ménard (1961) fut l’un des pre-
miers à souligner l’importance,en définissant un module de
micro-déformation différent des modules mesurés in situ.
Si on disposait d’une plaque infiniment souple char-
gée uniformément, on pourrait utiliser la formule mise au Figure 8 : Variation du module d’Young (ou de cisaillement) du sol en fonc-
tion du niveau de déformation relative : pour ε° = 10-5 on est dans
point par le mathématicien Boussinesq (1885), qui donne le domaine des ondes élastiques ; pour ε° = 10-2 on est dans le
la valeur du tassement “w”, après intégration pour la sur- domaine des déformations en Génie Civil.
face de la plaque circulaire :
1-ν Enfin dans l’essai pressiométrique Ménard, on fait
W = CF Bp
E appel à la théorie de Lanié (1852) qui donne l’accroisse-
où p est la pression uniforme appliquée par la plaque sur ment ∆r du rayon d’une cavité circulaire de rayon r créée
le sol, B est le diamètre de la plaque, E est le module dans une plaque définie par son module d’élasticité
d’Young de sol supposé constant quelle que soit l’inten- (constant) E et soumise à un accroissement de pression
sité de la déformation en tout point du sol, ν est le cœf- interne ∆p :
ficient de Poisson, CF est un cœfficient variable selon la ∆r = 1 ∆p
localisation du point étudié, de 2/π au bord, à 1 au centre. r 2G
De la même manière, on peut trouver, dans le cas d’
une plaque circulaire rigide sollicitée par un chargement dans laquelle G désigne le “module de cisaillement”. For-
Q (donc non uniformément répartie) : mule qui nous rappelle celle de l’allongement d’une bar-
re ∆l/l = (1/E) ∆p.
Ep = π 1 - ν
Q
Pour se rapprocher de notions plus connues, Ménard
4 wB
a remplacé, dans cette formule, G par sa valeur en fonc-
Cette valeur Ep n’est qu’une moyenne entre le véritable tion de E, ce qui l’a obligé à se fixer une valeur de ν = 0,33 :
module de micro-élasticité du sol (qu’on peut mesurer pour
des déformations relatives de 10-5) et le module de défor- E
G=
26 mation que le sol manifeste immédiatement sous la plaque. 2 (1 + ν)

Géologues n°132
la métrologie

A partir d’un essai pressiométrique, dans la phase unidimentionnelle de Terzaghi) qui peuvent être positives
dite “pseudo-élastique”, on peut définir un module (dans les argiles molles),et on doit les rajouter à qc,ou néga-
“Ménard” : tives (dans les sables denses) et on doit les retrancher.
Même avec cette opération les diagrammes de pénétro-
EM = (1 + ν) r ∆p et puisque les mesures sont en volume : mètre statique caricaturent les caractéristiques du sol.
∆r
En raison de la vitesse de pénétration de la pointe
EM = 2 (1 + ν) V ∆p (par intégration logarithmique). dans le sol on ne peut comparer qc avec la résistance en
∆V
pointe sous un pieu, lequel lors d’un chargement se dépla-
Ici aussi EM n’est qu’une moyenne entre le module de
ce à moins de 1 µm par seconde avant la rupture. Seul le
micro-élasticité du sol (Ménard et Rousseau, 1962) et le
pressiomètre permet un essai en contraintes imposées,
module en plus grandes déformations au bord du forage.
où le sol réagit comme en présence de n’importe quel type
On comprend bien que, compte tenu que les champs de fondation. On peut déduire de cet essai un module de
de contraintes créés par un essai de plaque et un essai déformation à l’aide d’une théorie simple, en faisant l’hy-
pressiométrique sont différents, Ep soit différent de EM. pothèse - inexacte - que le sol a un module d’Young
Ce qui est intéressant, cependant, c’est que si on applique constant quelle que soit l’amplitude de la déformation,
la formule que Ménard a proposé pour l’estimation du car les conditions aux limites du champs des contraintes
tassement d’une semelle rigide dans l’ article de 1962 (et appliquées sont connues à la paroi du forage σH = p (ce qui
reprise dans les “règles de Ménard”) on retrouve le tas- n’est pas le cas, ni sous la pointe du pénétromètre sta-
sement Wp de la plaque en utilisant EM. tique,ni pour la plaque rigide) et à l’infini σH = σO. Ce modu-
En ce qui concerne le paramètre de rupture dans les le ne peut cependant n’être que corrélé aux modules que
deux essais, on a choisi une détermination convention- l’on mesure lors d’un essai de laboratoire, car nous avons
nelle: la charge de rupture QI est définie pour un déplace- vu que le module du sol est variable selon l’amplitude des
ment de la plaque (de largeur B) de B/10 et pL est définie déformations induites. C’est pourquoi Louis Ménard avait
pour un doublement du volume de la cavité au droit de la proposé une formule adaptée pour l’ estimation des tas-
cellule centrale. Les “règles de Ménard” permettent faci- sements à partir des modules pressiométriques.
lement de passer de pL à Ql.
De même, il y aura un rapport bi-univoque entre la
pression limite pressiométrique et la contrainte (moyen-
Comparaisons entre pénétromètre ne) à la rupture ql sous une fondation, exprimée dans les
“règles Ménard” par la formule : ql - qo = k (pl - po) où qo et
statique et pressiomètre de Ménard po sont respectivement les contraintes au repos dans le sol,
Ce sont les deux appareils les plus fréquemment uti- verticalement et horizontalement. k étant le coefficient de
lisés dans les reconnaissances de sol en France. On peut proportionnalité, appelé facteur de portance. Cette formule
les comparer sous plusieurs points de vue : a été étendue aux résultats du pénétromètre statique
la “qualité” et le nombre des valeurs physiques pour la contrainte limite qp sous la base des pieux :
obtenues ; qp - qo = kc (qc - qo), (Bastamante et Gianeselli, déjà cité),
l’ aptitude de ces valeurs à permettre au géotech- d’une manière, peut-être un peu abusive, étant donné la
nicien de dimensionner les fondations tant au point différence des modes de réaction du sol sous la pointe
de vue sécurité vis-à-vis de leur stabilité générale du pénétromètre et sous celle d’un pieu.
qu’ au point de vue des tassements différentiels Seul, avec l’essai de plaque, le pressiomètre permet de
admissibles, condition bien souvent plus restricti- mesurer des paramètres moyens du sol pour des volumes
ve, en particulier dans les sables. de sol importants. La réponse qc du sol, quant à elle, ne
La première différence qui est de taille provient de ce représente que la réaction de quelques cm3 de matériau.
que le premier appareil appartient à la classe 1 des essais in Par contre, avec une pointe électrique, on peut faire une
situ tandis que le deuxième ressort de la classe 2. De plus, acquisition automatique de qc tous les quelques centi-
contrairement à ce qu’évoque son qualificatif de “statique”, mètres tandis que l’essai pressiomètrique ne peut se pra-
le pénétromètre statique mesure des forces au cours d’un tiquer que tous les mètres, en profondeur. Il ne faut pas se
mouvement qui s’effectue à 20 mm par [Link] en résul- leurrer cependant sur un autre aspect de la signification
te des surpressions interstitielles d’origine déviatoire (à ne de qc : les recherches sont toujours en cours sur le phé-
pas confondre avec celles de la théorie de la consolidation nomène tribologique “blocage et glissement”(en anglais: 27

Géologues n°132
la métrologie

Figure 9 : Profil pressiométrique où sont représentés, pour chaque essai réalisé : le module Ménard ; la pression de fluage ; la pression limite ; la pression hori-
zontale au repos ; la pression limite nette.

28

Géologues n°132
la métrologie

stick and slip). Les alternances très rapprochées de crêtes Phicomètre pour l’ estimation de l’ angle de frot-
et de creux, dans les graphiques du pénétromètre sta- tement du sol poussant sur une paroi moulée ou
tique seraient dues à ce phénomène (Cichy et al., 1987) des palplanches ;
et non pas à une hétérogénéité jamais observée. Quelle pénétromètre statique pour la force portante axia-
valeur de qc choisir alors ? le des fondations profondes ;
Les deux appareils ont leurs points faibles. Si les parois pressiomètre Ménard pour la force portante et le
du forage sont trop remaniées, les valeurs de E et pl seront tassement des fondations superficielles ou profondes,
sous-estimées (ce qui reste cependant du côté de la sécu- la déformation des pieux sollicités latéralement.
rité) et le projet peut se trouver pénalisé.En cas de refus pré- Leur choix sera aussi souvent basé plus sur des critères
maturé au pénétromètre statique, le sondage est termi- économiques que sur des critères scientifiques ; le profil
né. Cet appareil ne peut donc être utilisé dans certains le plus cher étant raisonnablement obtenu par l’appareil
profils gé[Link] peut également observer une dévia- qui donnera des paramètres plus nombreux, plus objec-
tion du train de tube (plus fréquente qu’on ne le croit) qui tifs et plus précis à chaque niveau de mesures en réalisant
fait estimer profondeur et épaisseur des couches plus une véritable modélisation du comportement du sol sous
grandes qu’elles ne sont. Par ailleurs la sonde pressiomé- la future fondation, même si ces niveaux sont moins nom-
trique peut crever pendant un essai, rendant quelquefois breux que ceux de l’autre appareil.
le forage inutilisable quand on ne peut remonter la sonde.
Enfin, alors que dans la majorité des cas la nature du
Venons en aux deux dernières différences : sol dans lequel on réalise l’essai pressiométrique est connue
le pénétromètre statique ne donne qu’une résistance en au cours du forage préalable, pour réaliser une reconnais-
pointe (la résistance de frottement du manchon n’est sance sérieuse avec le pénétromètre statique, il est indis-
utilisée que dans un rapport de contraintes pour déter- pensable de disposer d’un carottage pour mieux identifier
miner le type de sol traversé, par exemple Gambin et les couches traversées,ce qui ajoute au coût de l’opération.
Magnan,2000) et ne permet pas d’établir les deux critères
de stabilité générale et de tassement ou mouvements dif- Bibliographie
férentiels admissibles auxquels doit satisfaire tout projet AFNOR, 1999 :
de fondation, sauf en ayant recours à des corrélations Géotechnique, Tome 2 “Essais sur site”.
La Plaine Saint-Denis ASTM (2001) Annual Book of ASTM Standard, “Soil
quelquefois osé[Link] pressiomètre donne au moins deux
and Rock”, Vol. 04.08 and 04.09, West Conshohocken, Pensylvania.
paramètres exprimés en MPa ayant tous les deux un sens
Begeman, H., 1953 :
physique certain,qui permettent d’établir ces deux critères, Improved method of determining resistance to adhesion by sounding.
comme l’enseignent les “règles Ménard”: Actes du 3ème CIMSF, Zürich.
le coût d’un profil pressiométrique, y compris le coût du Boussinesq S., 1885 :
forage préalable est au moins le double du même pro- Application des potentiels à l’étude de l’équilibre et du mouvement des
solides élastiques.
fil géotechnique exécuté avec un pénétromètre sta- Gauthier-Villars, Paris. (on peut trouver dans A. Caquet et J. Kérisel-1956,
tique. réédité- Traité de Mécanique des sols un commentaire sur ce calcul).
Bustamante M., L. Gianeselli, 1983 :
Calcul de la capacité portante des pieux à partir des essais au pénétro-
Conclusion mètre statique.
Bal. Liais Labo Ponts et Chaussées, n°127, Paris
Nous avons décrit les principaux appareils de recon-
Cichy W., Boulon M., Desrues J., 1987 :
naissance de sol par essais in situ. Nous avons montré Etude expérimentale stéréophotogrammétique des interfaces sols-fon-
que les appareils les plus utilisés, à savoir le pénétromètre dations à la boîte de cisaillement direct.
statique et le pressiomètre Ménard, ont tous deux Colloque Franco-Polonais, Grenoble.

quelques avantages et quelques inconvénients. On choi- De Beer, E., 1945 :


Etude des fondations sur pilotis et fondations directes.
si souvent l’appareillage en fonction du but de la recon- Annales des T.P. de Belgique n°46.
naissance des sols : Gambin M., 1998 :
essai de plaque en géotechnique routière ; Le pénétromètre statique, note technique.
Apagéo-Segelm, Magny-les-Hameaux.
SPT pour la détermination de la densité relative
Gambin M., Magnan J.P., 2000 :
des sables ;
Pour l’enseignement de l’histoire de la géotechnique, Actes du 1er col-
Scissomètre pour la stabilité des talus des remblais loque international sur la formation en géotechnique (à Sinaïa, Rou-
autoroutiers sur sols mous ; manie), Balkéma, Rotterdam. 29

Géologues n°132
la métrologie

Kögler F., 1933 : Ménard L., Rousseau J., 1962 :


Baugrundprüfung in Bohrloch. L’évaluation des tassements, tendances nouvelles
Bauingenieur, Cahier 19/20, Berlin. Sols-soils n°1, Paris.
Lanié G., 1852 : Sanglerat G., Tran Vo Nhein R., Andina M., Séjourné, 1976 :
Leçons sur la théorie mathématique de l’élasticité des corps solides. Classification directe des sols à l’aide du pénétromètre statique avec
Bachelier, Paris. Manchon de mesure de frottement latéral.
Laréal P., Sanglerat G., Gielly J., 1976 : Annales de l’ITBTP, n°340 (supplément Sols et Fondations n° 132), Paris.
Comparaison des essais de pénétration. Stille H., D. O’Neill, M. Topolnicki, 1995 :
Annales de l’ITBTP, n°340 (supplément Sols et Fondations n°32), Paris. Measurement of soil and soft rock properties.
Ménard L., 1955 : Report on Theme n°1, Produc. XIECSMFE, Vol. 9, The Danish Geotechnical
Le Pressiomètre. Society, Copenhagen.
Travail de fin d’étude, ENPC, Paris. Terzaghi K., Perk R., 1961 :
Ménard L., 1961 : Mécanique des sols dans la pratique (traduction J. Baudrillard).
Influence de l’amplitude et de l’histoire d’un champ de contraintes sur Dunod, Paris.
le tassement d’un sol de fondation.
Actes du Vème IMSTF (à Paris), Balkena, Rotterdam.

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Quelques éléments d’expérience d’EDF sur l’utilisation des mesures


piézométriques pour les études et l’exploitation des barrages et
des ouvrages hydrauliques associés
Gilbert Castanier (1)

Introduction En l’absence de perturbations tectoniques, l’ouver-


ture des fissures des marnes, malgré la présence de deux
Pour tous les sites de barrages étudiés par EDF, tant ou trois réseaux de diaclases, est rarement supérieure au
en France qu’à l’étranger, les mesures piézométriques millimètre; en première approximation, les marnes peu-
obtenues à partir de piézomètres implantés sur les appuis, vent donc être considérées comme un milieu fissuré homo-
ont toujours revêtu une importance considérable. L’ob- gène, peu perméable. Les profils piézométriques sur les
jectif recherché réside au niveau de la fermeture hydrau- appuis de barrages en site marneux sont approximative-
lique naturelle des sites qui, si elle est proche du versant, ment parallèles à la topographie, exception faite des som-
permet d’y raccorder le voile d’injection (ou l’écran d’étan- mets de versants.
chéité au sens large) et de garantir l’absence de fuites
A l’opposé, les fissures dans certains grès bien cimen-
lors du remplissage du réservoir. Cette approche est éga-
lement appliquée à l’étude de l’étanchéité du réservoir. tés du Trias germanique ou dans les quartzites du Trias
alpin, ont souvent une ouverture largement supérieure au
Elle repose sur les considérations suivantes : sur un
millimètre dans ces matériaux raides qui ont un com-
versant, la profondeur de la nappe et donc le niveau d’eau
portement cassant dès qu’ils subissent la moindre défor-
dans un piézomètre implanté sur ce versant, résultent
mation. L’ouverture peut dépasser le décimètre, voire
d’un équilibre entre l’alimentation en eau météorique
atteindre le mètre, sous l’effet de la décompression des ver-
(pluies) d’une part, et les “fuites” qui empruntent les fis-
sants. Dans ces formations, on constate souvent des pro-
sures du rocher d’autre part. L’importance des fuites
fils piézométriques plats, à l’intérieur des appuis, révéla-
dépend de la densité des fissures,de leur continuité, de leur
teurs d’une forte perméabilité de fractures.
interconnexion, et de leur ouverture c’est à dire, en d’autres
termes, de la perméabilité du rocher. Dans ces formations raides, l’intensité de la fractu-
ration peut être considérée comme une anomalie de per-
A ce titre, un niveau piézométrique mesuré sur un
méabilité de second ordre liée au faciès, et l’ouverture
versant peut, sauf cas particuliers, être considéré comme
des fissures due à la décompression des versants comme
une mesure qualitative de la perméabilité de ce versant,
une anomalie de perméabilité de premier ordre, pour
même si ce piézomètre est isolé. La notion de versant est
expliquer les niveaux très bas de la nappe que l’on y
importante car elle implique la notion de fort gradient
constate souvent.
d’écoulement. En effet, un piézomètre isolé implanté dans
une nappe de plaine alluviale, donc en l’absence de forts Dans ce contexte, et par extension, un profil piézo-
gradients hydrauliques, n’apporte guère d’information métrique plat, sur un appui de barrage, doit toujours atti-
qualitative sur la perméabilité des alluvions. rer l’attention du géologue et être considéré, a priori, com-
Par ailleurs, sur les versants, on constate que le cli- me l’indicateur d’une anomalie géologique qu’il convient
mat, donc l’importance des pluies, n’a pas une influence de rechercher.
primordiale sur la profondeur du niveau de la nappe Enfin, sans insister sur ce point qui pourrait faire l’ob-
contrairement à la perméabilité des terrains qui, elle, est jet de très longs développements, au cours de l’exploita-
essentielle. Par nature, les marnes constituent des for- tion des barrages, les informations piézométriques sont
mations très peu perméables. Des niveaux piézométriques essentielles pour la sûreté des ouvrages car elles per-
mesurés dans des marnes du Cénomanien de la vallée de mettent, entre autre, de détecter toute hausse piézomé-
l’Oum-Er-Bia au Maroc, en climat aride, et des niveaux trique inhabituelle, longtemps après la mise en eau, et
mesurés dans des marnes du Lias, sur le site de la centra- conduisent encore le géologue à rechercher une explica-
le nucléaire de Cattenom en Moselle, en climat humide, tion, car la géologie de tout site de barrage doit être entiè-
indiquaient des profondeurs de nappe comparables, très rement comprise. Nous allons illustrer ces propos par
faibles, à peine quelques mètres sous la surface. quelques exemples précis. 31

1. (EDF-TEGG), Division Géologie-Géotechnique


905, avenue du Camp de Menthe - BP 605 - 13093 Aix-en-Provence - Tél. 04 42 95 95 77 - Fax. 04 42 95 95 00
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En phase étude
Barrage du Mirgenbach implanté sur le site de
la centrale nucléaire de Cattenom en Moselle
Le barrage, en terre homogène, de 22 m de hauteur,
a été implanté sur un petit affluent de la Moselle, sur des
marnes du Domérien (Lias). Ces marnes ont été fissurées
par les déformations à grand rayon de courbure du Bas-
Figure 2 : Barrage de vieux-Pré : coupe piézométrique. Légende : Aquifères
sin Parisien et par décompression, ou déconfinement, près perchés ; Niveau hydrostatique naturel ; Niveau hydrostatique
de la surface du terrain naturel. La décompression a pro- supérieur normal ; Ruisseau.
voqué une légère ouverture des diaclases sur une tranche
de terrain d’environ 25 m d’épaisseur. niveau de l’ouverture de ces diaclases, jusqu’à 30 cm,
notamment au niveau d’une diaclase située à plus de 300
Les piézomètres implantés sur les appuis du barrage
m de l’entrée d’une galerie implantée à la cote du fond de
indiquaient que le niveau de la nappe suivait globalement
vallée. L’extension verticale de cette diaclase était de 80
la surface topographique,à quelques mètres de profondeur
cm. L’origine d’une ouverture aussi importante des dia-
(Fig. 1). L’étanchéité de la fondation et des appuis a été réa-
clases est à rechercher au niveau de la distension oligocène
lisée par une paroi moulée de dimension réduite et la mise
qui a conduit à l’effondrement du grabben rhénan peu
en eau a été réalisée sans problème particulier.
éloigné du site.

Figure 1 : Centrale nucléaire de Cattenom ; barrage de Mirgenbach : cou-


pe piézométrique. Légende : Profil piézomètrique ; Marnes juras-
siques ; Ruisseau (brook).

Barrage de Vieux-Pré implanté dans les Vosges et


Figure 3 : Barrage de Vieux-Pré : crevasses dues à l’ouverture de diaclases.
dans la Meurthe-et-Moselle
Le barrage en enrochements et à noyau central en argi-
le, de 80 m de hauteur, a été implanté sur un sous affluent
de la Meurthe, sur les grès du Buntsandstein (Trias ger-
manique),dans la forêt vosgienne. L’altération météorique
des grès produit du sable qui recouvrait entièrement le site
sur une épaisseur de plusieurs mètres. Il en résultait, en
phase études,une impossibilité d’observer le rocher autre-
ment que par des sondages carotté[Link] sondages n’avaient
détecté aucune anomalie géologique particulière mais,
après équipement en piézomètres,ils indiquaient un niveau
piézométrique plat à l’intérieur des appuis (Fig. 2). Il y avait
donc une anomalie géologique à rechercher.
Figure 4 : Barrage de Vieux-Pré:extension du voile d’injection. Légende:Rive
Les reconnaissances géologiques ultérieures, et l’en- droite... Rive gauche; Galerie d’injection; Sommet du barrage; Pro-
jection de la galerie de drainage (45 en aval du voile d’étan-
semble des galeries réalisées pour l’aménagement, ont chéité) ; [Link] d’étanchéité initial ; B. Extension du voile d’étan-
montré que le massif vosgien, dans la région du site, est chéité en 1987; C. Renforcement d’étanchéité autour du puits ; D.
Extension latérale de contrôle ; E. Traitement de renforcement
affecté par deux réseaux de diaclases verticales, classiques d’étanchéité dans la partie supérieure de la fondation ; C-D-E
32 dans les grès (Fig. 3). L’anomalie géologique réside au Travaux 1989.

Géologues n°132
la métrologie

Pour assurer une mise en eau du réservoir dans de té à côté du précédent, indiquait l’existence d’une petite
bonnes conditions, l’extension latérale du voile d’injec- nappe perchée à la côte 382 (Fig. 5).
tion du barrage, au niveau des appuis, a atteint 76 m en
rive droite et 253 m en rive gauche. Sur toute son exten-
sion à l’intérieur des appuis, la profondeur du voile a atteint
la cote du fond de vallée, ce qui est très inhabituel (Fig. 4).

Projet de barrage de Mattengeng en Indonésie


Ce projet de barrage de 80 m de hauteur est implan-
té dans un lambeau de forêt dense primaire indonésien-
ne de l’île de Java, sur des brèches volcaniques. L’observa-
tion directe du rocher est impossible du fait de la densité
de la couverture végétale et de l’altération argileuse des
brèches en surface. Les premiers sondages de reconnais-
sance réalisés ne montraient aucune anomalie géolo-
gique, par contre leur équipement en piézométres indi-
quait une remontée très lente du niveau de la nappe dans
l’appui rive gauche, alors que la nappe remontait norma- Figure 5 : Barrage de Vieux-Pré : complexité du système hydrogéologique.
lement et même rapidement dans l’appui rive droite. Légende : Aquifère percé... source ; Niveau imperméable (siltsto-
ne ou marne) ; Niveau perméable (grès ou calcaire) ; Niveau
Les études n’ont pas été poursuivies car le projet a hydrostatique de base.
été interrompu pour des raisons financières. Mais les infor-
mations piézométriques recueillies conduisent à penser Autant dire que,dans ces conditions,il était impossible
qu’il existe une anomalie géologique dans l’appui rive pour les géologues, de garantir l’étanchéité du réservoir
gauche, anomalie qu’il conviendra de rechercher en prio- avant sa mise en eau et ce bien qu’un piézomètre donnât
rité si les études redémarrent un jour. des informations alarmantes. En fait, malgré la fractura-
tion importante et ouverte de certains niveaux gréseux
Les limites de cette approche très perméables qui furent très néfastes au niveau des
D’une façon générale, les barrages sont implantés au appuis du barrage, la structure lenticulaire des grès vos-
niveau de verrous topographiques qui, du fait de leur géo- giens, à l’échelle de l’hectomètre du fait de leur mode de
métrie étroite, conduisent à limiter le volume rocheux dépôt d’origine deltaïque, permit d’interrompre la conti-
concerné par la mise en eau de la retenue. S’agissant de nuité des niveaux perméables et de réduire le débit de
l’étanchéité d’un réservoir, le volume rocheux concerné fuite du réservoir à un niveau négligeable, sans aucun
est beaucoup plus vaste et la variabilité géologique natu- ouvrage d’étanchéité.
relle du milieu intervient fortement. On touche ici du Autres cas de nappe “plate”“ dans les appuis,sans pour
doigt les “effets d’échelle” qui sont toujours difficiles à autant que le massif rocheux soit très perméable en grand:
cerner en géologie, aussi bien en géomécanique quand il il s’agit des massifs calcaires fissurés comportant quelques
s’agit d’évaluer les déformations des appuis soumis à la conduits karstiques. Ces conduits karstiques, même très
poussée d’un barrage voûte, qu’en hydrogéologie quand peu nombreux,se comportent à l’intérieur des appuis com-
il s’agit d’évaluer la perméabilité en grand d’un réservoir. me des drains de perméabilité infinie qui suffisent à dépri-
Pour en revenir à l’aménagement de Vieux-Pré, le réser- mer la piézométrie d’un ensemble peu perméable par
voir du barrage baigne également les grès du Buntsand- ailleurs,et ce d’autant mieux que ces conduits karstiques sont
stein. Avant la mise en eau, un piézomètre implanté sur forcément liés et connectés à la fracturation du massif.
une ligne de crête (424 NGF) séparant le réservoir d’une val- Enfin, dans le cas d’une stratification horizontale,
lée adjacente, au niveau d’une ligne de fuite parmi les quand les versants sont cloisonnés par des niveaux d’ar-
plus courtes du réservoir, indiquait que le niveau de la gilites étanches, il est résulte une sous-alimentation des
nappe principale de base (339 NGF) était 47 m plus bas que niveaux perméables situés sous ces niveaux étanches et
le niveau de la future retenue (386 NGF), et 14 m plus bas une piézométrie déprimée, non pas par excès de per-
que le niveau du ruisseau dans la vallée adjacente (353 méabilité mais par manque d’apport. C’est le cas du pro-
NGF). Par contre, un deuxième piézomètre court, implan- jet EDF de Nam-Theun au Laos. 33

Géologues n°132
la métrologie

En phase d’exploitation En 1996, les piézomètres indiquaient des niveaux de


nappe, au-dessus de la galerie, largement supérieurs aux
L’ensemble du parc de barrages d’EDF est ausculté hypothèses de dimensionnement, ce qui indiquait un
par des piézomètres dont les informations sont essen- risque d’écrasement des viroles sous l’effet de la pression
tielles pour la sécurité du parc. Cette surveillance ne s’ins- extérieure à la galerie, c’est à dire de la nappe (Fig. 6).
crit pas dans l’objet de cet article car elle est très vaste et
très complexe et adaptée aux types de barrages et aux
types de terrains sur lesquels ils ont été construits. Mon
propos est d’illustrer ici que l’hydrogéologie d’un massif
sur lequel a été implanté un ouvrage en exploitation est
susceptible de variations importantes longtemps après
la mise en eau.

Barrage de Vouglans implanté dans le Jura


Le barrage voûte, de 130 m de haut, a été construit sur
l’Ain, sur des calcaires et des dolomies du Jurassique, légè-
Figure 6 : Barrage de Vieux-Pré : pression extérieure autour de la galerie
rement karstifiés. Les sous-pressions dans la fondation, à d’amenée.
l’aval du barrage, sont auscultées par un ensemble de pié-
zomètres. La maîtrise de ces sous-pressions est assurée par En l’absence d’informations piézométriques, un clo-
toute une série de drains situés à l’aval du voile d’injection. quage des viroles s’était déjà produit antérieurement (en
Du fait de phénomènes complexes de décarbonata- 1988) à faible distance du barrage (Fig. 7). Les informa-
tion-carbonation dans la fondation et les appuis,on consta- tions fournies par les piézomètres réalisés après cet inci-
te, au fil du temps, que les drains perdent de leur effica- dent indiquaient une propagation des sous-pressions vers
cité et que les sous-pressions, à l’aval du barrage, l’aval bien plus importante que ce que l’on rencontre habi-
augmentent inexorablement. L’expérience montre qu’en tuellement dans des configurations similaires. Cette pro-
moyenne, tous les 15 ans, il est nécessaire de forer de nou- pagation plus importante est à rapprocher de la présen-
veaux drains car le niveau piézométrique à l’aval tend à se ce des niveaux très perméables interstratifiés dans le
rapprocher du niveau de la retenue à l’amont. Ce phéno- massif gréseux, précédemment évoqués.
mène est observé sur d’autres sites du parc en contexte
calcaire.

Galerie d’amenée blindée du barrage Vieux-Pré


dans les Vosges
La galerie d’amenée conduit l’eau du réservoir à l’usi-
ne hydroélectrique situé à l’aval. Nous avons vu précé-
demment que les piézomètres du site indiquaient une
nappe phréatique très basse avant la mise en eau de la
retenue. La charge hydraulique intérieure de la galerie
(0.8 MPa) ne pouvait donc être équilibrée par la nappe
phréatique. Un revêtement en béton étant incapable à
lui seul d’assurer l’étanchéité d’une galerie en charge, cel-
Figure 7 : Barrage de Vieux-Pré : cloques dans le revêtement en acier de la
le-ci a dû être blindée par des viroles en acier d’environ 1 galerie d’amenée dues à une pression extérieure trop élevée.
cm d’épaisseur.
Lorsque l’on blinde une galerie en charge, le dimen- Afin d’éviter tout risque de nouveau cloquage du blin-
sionnement de l’épaisseur des viroles dépend directe- dage en cas de vidange, et sur la base des informations
ment de la hauteur de la nappe au-dessus de ces viroles. fournies par tous les piézomètres implantés le long du
A Vieux-Pré, ce dimensionnement a été effectué selon tracé de la galerie, EDF a décidé en 2001 de renforcer tout
des hauteurs piézométriques supposées après la mise en le blindage de la galerie par des cerces intérieures. Ces
eau de la retenue et comportant une décroissance logique travaux sont intervenus 16 ans après le début de la mise
34 vers l’aval. en eau du réservoir.

Géologues n°132
la métrologie

Traitement d’un itinéraire routier par rapport au risque de chutes


de blocs et éboulements : exemple des gorges de l’Arly
Pierre Desvarreux (1) , Lionel Lorier (1) et Hervé Palin (2)

Introduction naissance aux chutes de blocs sont essentiellement


concentrées sur trois tronçons :
La route nationale (RN) 212, entre Ugine et la limite
à l’amont de Flumet (PR 1,8 à 3,2) ;
du département de la Savoie, emprunte l’itinéraire des
dans la zone médiane (PR 6,5 à 11,2), où l’on trouve
gorges de l’Arly,où de fréquentes chutes de pierres et ébou-
les plus gros risques ;
lements ont lieu (Fig. 1). Une étude générale des 15 km
dans les basses gorges (PR 12,8 à 15,5).
d’itinéraire avait été effectuée en 1976 pour hiérarchiser les
risques et proposer des travaux de sécurisation. A la suite Les principales formations géologiques sont les mica-
de cette étude, des travaux ont été réalisés dont 3 galeries schistes de la série satinée de Belledonne, la Formation
pare-blocs. En 2001 , une étude d’ensemble a été refaite sur “houillère”et le Trias. Les micaschistes, qui peuvent parfois
le même itinéraire, pour établir un état des lieux tenant contenir des schistes charbonneux, se trouvent :
compte des aménagements existants et pour aboutir à à l’amont du Flumet où ils forment des gorges
un programme cohérent de travaux de sécurisation. raides à l’aval de la route. Dans ce secteur, la RN 212
est dominée généralement par des talus hauts de
20 à 25 m avec des pentes de 45 à 60° ;
dans la zone médiane et les basses gorges de l’Ar-
ly où les pentes sont généralement raides (45 à 55°)
sur 150 à 200 m et partiellement boisées.
Les micaschistes sont fortement affectés par la schis-
tosité qui a une orientation très irrégulière, souvent à l’ori-
gine de découpages de grandes dalles plus ou moins paral-
lèlement à la route.
La Formation qu’on nomme “houillère” par commo-
dité, comprend, à la base des conglomérats massifs en
bancs de 1 à 3 m, puis des alternances de grès micacés en
bancs de 0,5 à 2 m et de schistes en bancs de 5 à 10 cm. Ces
derniers peuvent être charbonneux et très altérables. Les
Figure 1 : Localisation des gorges de l’Arly. couches sont en général inclinées de 40 à 50° vers l’Ouest
(donc vers l’intérieur du versant en rive droite).
On examinera successivement le contexte morpho- On rencontre cette formation essentiellement dans la
logique et géologique, les enseignements tirés de la com- partie médiane des gorges où la route est dominée par des
paraison des observations de 2001 avec celles de 1976, talus hauts de 40 à 150 m, eux-mêmes surmontés par des
l’analyse des données sur les éboulements de 1954 à 2001, pentes plus douces. C’est dans cette zone que se situent
et la méthodologie du zonage effectuée lors des dernières la majeure partie des risques d’éboulements. Ces risques
observations de terrain de 2001. sont générés par une fracturation défavorable (inclinée
généralement entre 45 et 60° vers l’aval) et par les phé-
nomènes de fauchage là où la stratification plonge vers
Contexte morphologique et géologique l’intérieur du massif. Par suite de l’altération dans les dis-
Les localisations sont indiquées en PR(Points de Rou- continuités, des petits mouvements de basculement des
te, équivalents des anciens Points Kilométriques PK). De têtes de couches ont lieu. Ces mouvements désagrègent
la limite du département (PR 0,0) à Ugine (PR 16) l’Arly peu à peu une certaine épaisseur de rocher (2 à 10 m en
descend de 980 m à 426 m selon une direction générale général), en facilitant encore plus la pénétration de l’al-
NE-SW. La RN 212 suit le fond des gorges, sauf entre les PR tération. On aboutit à des empilements de blocs de moins
2 et 7 où elle les domine de 30 à 80 m. Les zones donnant en moins stables qui sont à l’origine d’éboulements. 35

1. Société Alpine de Géotechnique


2, rue de la Condamine - BP 17 - 38610 Gières - Tél. 04 76 44 75 72 - Fax. 04 76 44 20 18
E-mail : [Link]@[Link]
2. Service Grands Travaux - DDE de la Savoie
Nous remercions la Direction Départementale de la Savoie (Service des Grands Travaux et Subdivision d’Ugine) sans qui le présent travail n’aurait pu
être fait.
Géologues n°132
la métrologie

La formation sédimentaire du Trias se compose de


grès et calcaires dolomitiques, ces derniers étant, par
endroits, altérés en cargneules plus friables. Cette for-
mation n’est rencontrée que ponctuellement, à l’aval de
Flumet, sur environ 600 m.

Comparaison des observations


de 1976 et de 2001
Une étude complète des risques de chutes de blocs et
d’éboulements avait été faite en 1976,entre Ugine et la limi-
te de Département, en utilisant la méthodologie suivante:
repérage des principaux talus pouvant générer des Photo 1 : PR 8.188-8.250, état au 25 mars 1976. Stabilisation des éboule-
chutes de blocs, à partir des cartes topographiques, ments dans les gorges de l’Arly.
des photographies aériennes et des événements
déjà connus de la Subdivision de l’Equipement
d’Ugine, laquelle a en charge l’exploitation de cet-
te route ;
prise de vues, depuis la rive opposée, des sites jugés
les plus critiques ;
examen sur place de ces sites en fonction des obser-
vations précédentes ;
classification des risques sur la route en fonction des
aléas identifiés au départ, des protections natu-
relles, de l’éloignement de la route, etc.
On avait ainsi abouti à une classification en cinq degrés
de risques : très élevé/élevé/moyen/faible/nul. Pour les
zones à risque jugé très élevé, on avait réalisé des obser-
vations assez détaillées et surtout des photographies. Lors Photo 2 : PR 8.188-8.250, état au 13 avril 2001. Stabilisation des éboule-
de l’étude de 2001,on a essayé,depuis les mêmes endroits, ments dans les gorges de l’Arly.
de reprendre les mêmes photographies, pour apprécier
l’évolution en 25 [Link] zones du secteur le plus critique,
Houiller avec fauchage sur 10 m d’épaisseur environ. Des
entre les PR 7,97 et 9,13,sont présentées à titre d’exemples.
risques résiduels d’éboulements de plusieurs milliers de m3
Au PR 8,188 - 8,25, la RN 212 est dominée par un talus avaient été identifié[Link] la suite,une galerie pare-blocs a été
rocheux, haut de 30 à 50 m, au-dessus duquel on trouve réalisée en 1981. Les observations de 2001 ont permis de
des pentes à 30-40° végétalisées. La base du talus rocheux constater des accumulations de blocs sur la galerie,quelques
est constituée de micaschistes fracturés. Au-dessus, on évolutions locales, mais pas de grand changement, en par-
trouve des schistes charbonneux avec des sorties d’eau, ticulier dans les zones repérées comme à risque, en 1976.
puis un ensemble de grès et schistes très brisés. A cause
Au PR 8,6 la RN 212 est dominée par un talus rocheux
des risques d’éboulements dans la frange de rocher alté-
haut de 150 m, penté à 50-55°, constitué, pour les 80 pre-
ré et fauché, une galerie pare-blocs a été réalisée en 1978.
miers mètres, de micaschistes, puis de schistes et grès du
La comparaison des photographies prises du versant Houiller. Le fauchage affecte les micaschistes sur 4 m
opposé montre, d’une part une accumulation estimée à d’épaisseur et le Houiller sur 10 m d’épaisseur. Comme
1500 m3 sur la galerie sous la partie Sud, restée active, et, pour la zone précédente, des risques d’éboulements (volu-
d’autre part, une stabilisation de la partie Nord avec repri- me total environ 10 000 m3) avaient été repérés dans la
se de la végétation (Photos 1 et 2). La capacité de l’ouvra- moitié supérieure des talus. Les observations de 2001 ont
ge à supporter cette surcharge est en cours d’étude. montré très peu d’évolution dans la partie supérieure et,
Au PR 8,4 un éboulement de 10000 m3 avait eu lieu le au contraire, une détérioration de l’état des micaschistes
36 23.05.1976, provenant d’une zone de schistes et grès du fauchés en partie basse du versant.

Géologues n°132
la métrologie

De ces observations, on peut retenir que l’évolution en


25 ans est très variable selon les endroits et que la consta-
tation, à un instant donné, de l’existence de zones très
fracturées dans le rocher n’implique pas obligatoirement
des risques d’éboulement à court terme.

Analyse des données d’éboulements


La subdivision de l’Equipement d’Ugine tient, depuis
1954, un registre où sont notés les événements de type
éboulements ou chutes de pierres ayant donné lieu à
Figure 3 : Loi puissance reliant la fréquence des éboulements à leur volu-
interruption de la circulation dans les gorges de l’Arly. me.
Chaque événement est caractérisé par sa localisation (PR
sur la RN 212) et son volume. Dans l’analyse qui va suivre, Si on ne tient pas compte des événements inférieurs
on n’a considéré que les volumes supérieurs à 1 m3. Les à 10 m3, pour lesquels le nombre recensé est vraisembla-
résultats du traitement de ces données sont représentés blement inférieur à la réalité, les points, en première
sur les figures 2, 3 et 4. approximation, s’alignent sur un graphique log-log, ce
qui montre que la fréquence des éboulements est liée
Sur la figure 2 on a reporté les événements enregis-
par une loi puissance à leur volume. Ainsi, pour la section
trés, en fonction de leur PR et de leur volume. On voit
de 1,1 km de route considérée, si les mécanismes observés
immédiatement apparaître les 3 zones caractéristiques
entre 1954 et 1977 se poursuivent, on peut s’attendre en
fournissant le plus d’événements :
moyenne, à un éboulement égal ou supérieur à 30 m3
les PR 1,8 à 3,2 correspondant à la partie des gorges chaque année ou un éboulement égal ou supérieur à
à l’amont de Flumet ; 2000 m3 tous les 10 ans.
les PR 7,3 à 9,5 correspondant à la partie la plus cri-
Pour affiner un peu l’analyse on a divisé la section
tique de l’itinéraire ;
comprise entre les PR 7,97 et 9,13 en 11 zones de 50 à 160
les PR 13,0 à 15,2 correspondant aux basses gorges
m de longueur. Pour chacune on a dénombré les événe-
de l’Arly.
ments et leurs volumes. On a considéré des périodes allant
de 1954 jusqu’à la date de réalisation d’ouvrages éven-
tuels. Les périodes vont donc de 24 à 48 ans. Sur la figure
4, on a représenté les volumes éboulés par an et par mètre
de route. Ces valeurs montrent bien la disparité d’activi-
té entre les zones. Les zones déjà équipées de galeries
sont les zones 3 (1977) 5 (1981) et 11 (1998). Il est actuelle-
ment prévu une galerie dans la zone 7 et des travaux de
protection lourds dans la zone 1.
On peut constater que le choix de la zone 11 peut
paraître un peu prématuré pour y avoir réalisé une gale-
Figure 2 : Répartition des volumes éboulés entre 1948 et 2001.

On peut noter que les éboulements de plus de 1000m3


restent assez rares (11 en 46 ans). Dans la suite on s’inté-
ressera uniquement à la zone critique comprise entre les
PR 7,97 et 9,13. Sur la figure 3, on a reporté, entre 1954 et
1977, le nombre d’éboulements par an égaux ou supé-
rieurs à un volume donné pour la zone PR 7,97-9,13. La
période a été arrêtée à 1977 car, après cette date, un cer-
tain nombre de galeries ont été réalisées, supprimant des
risques sur des portions de route. Figure 4 : Volume éboulé par an et par mètre de route. 37

Géologues n°132
la métrologie

rie en 1998, mais la raison en est que cette zone était sou- des filets ou grillages plaqués/ancrés de confine-
mise à des rafales fréquentes de petits blocs qui n’entraî- ment ;
naient que peu de coupures de circulation, donc qui n’ap- des ancrages passifs de confortement.
paraissent pas dans les statistiques. D’autre part, ce qui Ces travaux seront complétés par des grillages pen-
différencie les zones 7 et 8 c’est la menace potentielle, dus sur talus (plaqués ou sur poteaux) pour guider les
beaucoup plus importante pour la zone 7. pierres ou les blocs jusqu’en pied de talus. Pour les zones
où le risque est plus lointain ou plus diffus, des stratégies
passives ont été plus couramment préconisées comme :
Méthodologie du zonage,
des écrans filets de type ASM (filets anti sous-marins
choix des types de travaux disposés en écrans soutenus par des poteaux ) pour
La description en 2001 de l’itinéraire des gorges a été l’arrêt des blocs dans la pente à l’amont de la RN 212;
réalisée selon les PR croissants. L’itinéraire a été découpé des grillages pendus de type déflecteur ou déviateur
en 142 sections homogènes suivant les observations de ter- afin de modifier la propagation des blocs à l’amont
rain. Pour chacune de ces sections, sont donnés : de la RN 212.
la localisation selon les PR actuels ; Enfin, dans un certain nombre de secteurs, il a été pré-
les principales observations réalisées sur la nature conisé la réalisation de galeries [Link] chaque sec-
des terrains concernés, et les indices d’instabilité et tion de la RN 212, sur la base de la classification de 1976, le
désordres constatés ; niveau de risque a été estimé en prenant en compte: les
la description du risque ; événements antérieurs ; les observations de terrain ; la
les propositions de travaux à envisager afin de rédui- description du risque ; la proximité de la route.
re ou supprimer les risques d’atteinte de la RN 212. L’examen des résultats du zonage sur l’ensemble de
Les types de risques sont classés de la façon suivante : l’itinéraire permet de faire ressortir les points suivants :

risque de chutes de blocs, de toutes tailles, qui peu- les 24 zones à risque très élevé et élevé se concentrent
vent provenir des talus naturels ou artificiels domi- dans la zone médiane et les basses gorges de l’Arly,
nant immédiatement la RN 212 ou en provenance sur un linéaire total de 1850 m,soit 13% de l’itinéraire.
des falaises ou de zones fracturées situées 100 à Une estimation des coûts de traitement amène à
8,8 M.€.TTC. soit 4.780 €/ml (mètre linéaire) TTC;
200 m plus haut que la chaussée. Ces risques sont
les 44 zones à risque moyen concernent 13,5 % de
nombreux et se trouvent sur la plupart des talus
l’itinéraire mais une difficulté pour leur traitement
rocheux à des degrés divers. La gradation des risques
vient de leur éparpillement. Une estimation des
prend en compte l’existence ou non de protection
coûts de traitement amène à 3 M.€ TTC soit
naturelle par le relief ou la végétation ;
1 560 €/ml TTC ;
risque d’éboulements, qui peuvent provenir des
les zones à risque faible et presque nul totalisent
talus dominant directement la route (en général
10 864 ml soit près de 75 % de l’itinéraire et sont
les volumes potentiels sont plus faibles) ou en pro-
concentrées entre les PR 0 et 6,5 et 11 à 13.
venance des falaises ou des zones fracturées situées
100 à 200 m plus haut que la RN 212. Le danger
Bibliographie (Documents inédits)
qu’ils présentent est lié au volume potentiel et à la
Registre des événements ayant donné lieu à coupure de la R.N. 212 (Sub-
présence ou l’absence de végétation. division d’UGINE).
La notion d’éloignement du risque par rapport à la R.N. 212 - Gorges de l’ARLY - Etude des risques de chutes de blocs et
RN 212 oriente beaucoup les stratégies de sécurisation. moyens de protection correspondants. Etude Association pour le Déve-
loppement des Recherches sur les Glissements de Terrain (ADRGT),
L’accessibilité de la zone de départ (sauf extension verti- décembre 1976 (consultable à l’ADRGT).
cale importante) pour des risques proches rend souvent R.N. 212 - Val d’ARLY - Etude spécifique des risques d’éboulements rocheux
possible une stratégie active visant à conforter le site pour et des mesures de protection. CETE de LYON dossier H/18612 (janv. 1987).
empêcher le départ des éléments rocheux instables ou R.N. 212 - Gorges de l’ARLY à l’amont de FLUMET - Définition des protec-
même éviter l’altération de la roche. Parmi les méthodes tions contre les chutes de blocs. CETE de LYON - Dossier H/33448 (nov.
2000).
actives, nous avons préconisé :
R.N. 212 - PR 0,00 à 15,500 - Actualisation des protection à envisager
des purges préventives (manuelles ou par micro dans les Gorges de l’ARLY vis à vis des risques de chutes de blocs et
38 minage à l’explosif) ; d’éboulements. Rapport SAGE Août 2001 (consultable à la SAGE).

Géologues n°132
la géophysique

La géophysique appliquée aux problèmes de sols. Sa place au sein


des reconnaissances géologiques et géotechniques
Jean-Claude Erling (1)

Introduction forages, cylindre électrique en forage avec traitement


d’inversion 3D (méthode brevetée EDG).
Qu’il s’agisse de travaux neufs ou d’ouvrages exis-
Actuellement, ces techniques sont largement utili-
tants (bâtiments, routes, voies ferrées, ouvrages souter-
sées dans le domaine de la géophysique appliquée pour
rains, ...), dans un contexte de terrain plus ou moins hété-
répondre à des problèmes spécifiques de sols (cavités,
rogène (remblais, altérations, accidents géologiques,
terrain altéré et fracturé, discontinuités géologiques, rem-
cavités,...), la reconnaissance géologique et géotechnique
blais, hétérogénéités locales, ...). Elles nécessitent, dans
mise en place implique souvent, en amont ou en cours
tous les cas, des mesures et un traitement de qualité, en
de reconnaissance, la réalisation d’investigations géo-
se conformant, en particulier, au Code de bonne pratique
physiques, qui ne doivent pas être qu’un élément isolé
en géophysique appliquée.
d’informations mais une partie intégrante et valorisante
de l’étude. Cela implique en particulier : Sans être trop exhaustif, rappelons les conditions de
mise en œuvre des méthodes décrites ci-après et les plus
la mise en œuvre de méthodes géophysiques appro-
couramment utilisées. Les méthodes légères de prospec-
priées et d’un programme précis tenant compte du
tion électrique et électromagnétique permettent de suivre
problème posé et de l’état de connaissance du site;
les variations de résistivité ou de conductivité apparentes
la réalisation et l’exploitation des mesures géo-
d’un terrain : identification d’hétérogénéités dans les
physiques suivant les règles de l’art ;
matériaux en surface, repérage d’anomalies de résistivi-
l’orientation et l’ajustement des reconnaissances
tés en surface (zone remaniée, fuites le long d’un ouvra-
mécaniques et essais (sondages géologiques, essais
ge hydraulique, cavités, ...) et en profondeur (poches argi-
géotechniques,...) en fonction d’une analyse de syn-
leuses,cavités karstiques,...). Elles sont tout à fait opérantes
thèse, intégrant les résultats géophysiques et les
et utilisables pour des reconnaissances en continu, par
recommandations formulées.
exemple pour des tracés d’autoroutes (Erling, Rebeyrote,
Pour répondre du mieux au problème posé, compte
1989) ou pour l’enfouissement de canalisations (Frappin,
tenu du cadre d’intervention (terrain dégagé, site urbain,
Erling, 1993). Elles sont souvent employées en mesure de
ouvrage ferroviaire, tunnel,...), on peut avoir recours à une
surface, avec la mise en œuvre des moyens suivants :
ou plusieurs méthodes géophysiques appropriées (micro-
gravimétrie, sismique, électrique, électromagnétisme, ...). électromagnétisme de faible profondeur (Geonics
Le choix de plusieurs méthodes se justifie généralement EM 31 sans contact avec le sol - investigation 0-5m)
par le passage d’une étude globale sur un site étendu à une et plus profond (Geonics EM 34 en contact avec le
étude de détail sur un site plus restreint. sol - investigation 0-60 m), conduisant à l’établis-
sement de cartes d’isoconductivités à différentes
profondeurs ;
Techniques de mesures géophysiques sondages électriques en quadripôle Schlumberger,
appropriées. Respect des règles de l’art permettant l’établissement de coupes géoélec-
triques du terrain avec calage, si possible, sur des
Depuis plus d’une trentaine d’années, des méthodes
sondages mécaniques (tranche 0-50 m environ) ;
de mesures de surface, issues, pour la plupart, du domai-
ne pétrolier, ont été développées et adaptées à la sub- méthode du panneau électrique avec traitement
surface:microgravimétrie,sismique,électrique. Plus récem- d’inversion,indiquant,suivant un plan vertical (épais-
ment, des techniques nouvelles ont vu le jour : seur de terrain de 10 à 50m environ),la répartition des
électromagnétique en surface et en souterrain, radar, résistivités électriques du terrain (pseudo-sections).
endoscopie microgravimétrique en souterrain, panneaux La prospection magnétique, qui consiste, par utilisa-
électriques en surface et en souterrain, avec traitement tion d’un magnétomètre à protons, à repérer des ano-
d’inversion, tomographie sismique à rayons courbes entre malies de susceptibilité magnétique dans le sol, est sur- 39

1. Géologue géophysicien, retraité ; ancien directeur de l’Européenne de Géophysique (EDG), Filiale de Soletanche-Bachy
6, rue de Watford - 92000 Nanterre - Tél. 01 47 76 42 62 - Fax. 01 49 06 97 34

Géologues n°132
la géophysique

tout utilisée en zone non urbanisée, dans certains cas de ensuite aux traitements suivants :
terrains hétérogènes (zones pouvant contenir des masses établissement de l’anomalie résiduelle après fil-
métalliques) ou dans un contexte géologique particulier trage des influences géologiques profondes ;
(magnétisme en relation avec des roches volcaniques). calcul (si nécessaire) d’inversion des valeurs de l’ano-
Les méthodes radar, utilisant un appareillage type malie résiduelle pour analyser la répartition de den-
Ramac ou GSSI, en auscultation de surface ou en souter- sités relatives dans le sol.
rain, sont en règle générale limitées à des investigations En utilisation en souterrain, la microgravimétrie per-
plutôt de faible profondeur. Les contraintes géologiques met également l’analyse détaillée des anomalies de den-
sont fortes pour cette méthode (présence d’argile, d’eau,...). sités autour d’un ouvrage vide (tunnel, excavation) ce qui
Elles permettent cependant d’établir une cartographie nécessite :
rapide des terrains de surface et de repérer des anomalies la réalisation de mesures fines au dessus (sauf dans
locales (canalisations, puits, zones remaniées, ...). le cas d’un recouvrement important) et à plusieurs
La prospection microgravimétrique a été crée en 1962 niveaux à l’intérieur de l’ouvrage à ausculter
en adaptant les mesures gravimétriques à des recherches (mesures de gradient vertical) ;
fines, en particulier à la recherche de cavités souterraines une modélisation fine de la topographie du site et
(Lakshmanan, 1963 ; Lakshmanan, Bichara, Erling, 1977). de la géométrie de l’ouvrage, pour l’application des
Depuis, de nombreuses études ont montré l’efficacité de corrections de terrain ;
cette méthode dans le cas d’intervention sur des infra- l’utilisation d’un programme de traitement.
structures existantes (Erling, Roques, 1983) ou en site L’interprétation tient compte de la position éventuelle
urbain (Erling, Bertrand, Kutkan, 1987 ; Frappin, Chapeau, des anomalies de masse, au dessus, en dessous et sur les
Picod, 1993), là où les méthodes électriques et électro- cotés de l’ouvrage.
magnétiques sont inefficaces en mesure de surface. La prospection sismique de surface permet de suivre les
Cette technique consiste à mesurer directement les vitesses sismiques de différents horizons et de caractériser
variations d’attraction de la pesanteur terrestre à la sur- les formations en présence. Une méthode, généralement
face du sol, au dessus ou à l’intérieur d’une masse quel- utilisée dans le domaine de l’auscultation fine des terrains,
conque, en utilisant un microgravimètre de haute préci- La tomographie sismique à rayons courbes (Lakshmanan,
sion (Lacoste et Romberg modèle D). Elle est en relation Laporte, Lavergne, 1973) permet de suivre en continu les
directe avec l’objet recherché (zone de déficit ou d’excé- variations sismiques (vitesses sismiques) entre un forage
dent de masse dans le sol). Les mesures sont effectuées au d’émission (chocs à différentes profondeurs) et un forage de
microgal (milliardième de “g”) près et la précision est de réception (dispositif de 12 à 24 capteurs espacés régulière-
l’ordre de 5 microgals, avec une quantité de mesures ment).Cette méthode est également utilisable en site urbain
reprises sur le terrain de l’ordre de 15 à 25 %. et en [Link] nécessite la réalisation de forages tubés
Ce type de méthode est utilisable dans tous les cas de PVC, diamètre intérieur 80mm, et cimentés à l’extrados.
figures, en rase campagne, en site urbain, en souterrain (en La méthode du cylindre électrique (brevetée EDG) per-
l’absence de vibrations). Le traitement des mesures néces- met une auscultation électrique tridirectionnelle dans un
site toutefois des soins particuliers. Les mesures sont rayon de 5m autour d’un point de forage (trou nu ou fora-
affectées de plusieurs corrections : ge tubé PVC crépiné, diamètre 60 mm, ou en PVC plein
la correction, dite de Bouguer, qui doit prendre en équipé de manchons métalliques conducteurs). Par calage
compte les variations suivantes : dérive instru- sur le point de forage et traitement d’inversion,ces mesures
mentale et luni solaire, altitude , latitude ; donnent une information spatiale plus étendue du forage
les corrections de terrain liées à l’influence des (modèle de résistivités englobant un cylindre vertical ou
masses latérales. horizontal de 10 mètres de diamètre environ). On note, en
On aboutit ensuite à une anomalie de Bouguer à den- cylindre électrique, les cas d’applications suivants:
sité fixe. Dans le cas d’une surface topographique très contrôle de Jet Grouting et d’injections ;
irrégulière, il est conseillé d’utiliser un traitement dit de repérage et contrôle d’extension d’une anomalie
“Nettleton généralisé” (Lakshmanan, 1985) qui conduit à en contact ou non avec le point de forage (poche
une nouvelle anomalie de Bouguer à densité variable, argileuse, cavité, ...) ;
permettant de minimiser les effets de surface (influence contrôle de la continuité d’un horizon géologique ;
40 des buttes et des creux à densité différente). On passe repérage d’accidents localisés (fractures, cavités,...);

Géologues n°132
la géophysique

évaluation de l’état d’un massif de fondation (avant l’optimisation du nombre et de la position des son-
et après travaux d’injection). dages mécaniques, n’étant plus systématiques ni
quelconques ;
une amélioration de la sécurité, avec l’assurance
Adaptation d’une méthodologie de ne pas laisser un “accident” géologique ponc-
intégrant les investigations géophy- tuel non décelé.
siques, géologiques et géotechniques Sur le tracé du TGV Nord le problème des cavités sou-
Les conditions optimales dans la mise en œuvre d’un terraines (carrières,“sapes”de guerre, cavités karstiques,...)
programme de reconnaissance,sur un terrain présentant des a nécessité plusieurs milliers de mesures microgravimé-
problèmes particuliers (cavités,terrains altérés et fracturés, triques à maille serrée (points espacés de 3 m) qui ont été
hétérogénéités locales,...), passent obligatoirement par un réalisées :
couplage des méthodes géophysiques appropriées avec les après terrassement, systématiquement dans toutes
moyens mécaniques jugés né[Link] analyse s’ap- les zones en déblai et profil rasant ;
puie, à titre d’exemples, sur divers types d’opérations: pro- après mise en service de la ligne, suite à certains inci-
jet d’infrastructure de transport, projet linéaire de génie dents de sols : affaissements sous et en bordure de
civil en surface et en souterrain,site urbain,site semi-urbain. plate-forme en relation avec des “sapes” localisées
et des cavités naturelles évolutives (entraînement
Projet d’infrastructure de transport de matériaux fins par circulations d’eau).
Ce type de projet concernant des études sur de grands Les anomalies décelées ont fait ensuite l’objet de
linéaires, généralement en rase campagne, permet l’uti- contrôles par forages destructifs avec enregistrements
lisation de toutes les méthodes géophysiques, depuis les de paramètres et, si nécessaire, d’un traitement de sol par
méthodes légères (électrique, électromagnétisme, ...) jus- remplissage béton des vides et par injection.
qu’aux méthodes sophistiquées en forage (tomographie
sismique, cylindre électrique) et le choix d’un large éven- Projet linéaire de génie civil
tail de moyens mécaniques. Dans un tel cas, l’adaptation Dans le cadre d’un projet linéaire de génie civil en sur-
d’une méthodologie tient surtout compte du type d’ano- face (barrage, pont,...) ou en souterrain (collecteur, tunnel)
malie recherchée et de la nécessité d’avoir une meilleure dans un sous-sol hors habitations ou urbain,il se pose le pro-
connaissance de certains sites. blème des reconnaissances à envisager pour obtenir:
Lors d’études réalisées sur des projets d’autoroutes une première approche géologique suffisamment
dans le Nord de la France (A16, A26, A29) on a procédé précise permettant un calage optimal technico-
localement aux opérations suivantes : économique du projet compte tenu de l’ensemble
reconnaissance préalable des zones de déblais par des des contraintes ;
prospections électromagnétiques EM31, EM34 en une investigation, suffisamment détaillée et conti-
continu,complétées en certains points par des pros- nue, pour bien approcher les problèmes qui seront
pections par sondages et par panneaux électriques; à prendre en compte à la réalisation de l’ouvrage
ajustement, ensuite, du programme de sondages (étanchéité, stabilité de la fondation, ...).
mécaniques. L’optimisation des reconnaissances passe par la
Cette méthodologie de reconnaissance a permis une démarche générale suivante :
étude fine du faciès crayeux (zones altérées et/ou fractu- enquête préalable prenant en compte tous les élé-
rées, variations de teneur en eau, ...) et une détermina- ments géologiques, géophysiques et géotechniques
tion optimale des opérations de terrassements. Les points existants ;
forts de ces opérations sont : synthèse des documents et établissement d’un pro-
le relevé en continu de caractéristiques géophy- fil en long géotechnique avec calage du projet ;
siques du sol (résistivité, conductivité, ...) qui, cor- couplage, ensuite, des procédés géophysiques de
rélées aux paramètres de la nature et de l’état de la moyenne et grande profondeur (électrique, élec-
craie (teneur en eau, argilosité, ...), ont permis ain- tromagnétisme, sismique, microgravimétrique...)
si de repérer, dans chaque déblai, des entités homo- avec des moyens mécaniques (forages destructifs
gènes nécessitant d’être traitées de la même façon et carottés avec enregistrements des paramètres,
lors des terrassements ; diagraphies différées et essais in situ, ...). 41

Géologues n°132
la géophysique

Le choix des méthodes géophysiques est fonction du longitudinales corrélées avec les données géolo-
problème posé mais aussi du contexte d’intervention. giques des forages ;
auscultation électrique dans un rayon de 5m autour
Site urbain d’un forage,appelée cylindre électrique.L’exemple de
Pour les mesures de surface, seule la microgravimé- la figure 2 correspond à un cylindre électrique d’éta-
trie est utilisée. Elle est mise en œuvre suivant des profils lonnage, en Normandie, sur une “marnière”souter-
ou un maillage, avec des points espacés de 5 à 20m, et réa- raine connue,se marquant par des résistivités anor-
lisés dans des conditions particulières (intervention de malement élevées, entre 33 et 35m de profondeur.
nuit, modélisation du site urbain pour les corrections de
terrain). Ces mesures permettent :
le repérage d’anomalies de densité du sol (cavités,
zones altérées et fracturées, variations de faciès,...);
l’optimisation d’un modèle structural avec calage
sur les forages (repérage de zones faillées, remon-
tée ou approfondissement d’un socle rocheux, ...).
La figure 1 montre une remontée du socle granitique,
non identifié, au départ, par forages, mais repéré par micro-
gravimétrie et affectant un projet de tunnel à Lyon - Vai-
se (métro de Lyon).

Figure 2 : Autoroute A29. Cylindre électrique d’étalonnage sur “marnière”


souterraine connue.

Dans ce cas, le panneau de résistivités apparentes


mesurées est représentatif d’une auscultation 3D. Il peut
ensuite faire l’objet d’un traitement d’inversion permet-
tant d’apprécier le volume de la cavité correspondante.
Des logiciel de calcul direct ou d’inversion 3D sont
disponibles pour l’interprétation des anomalies de résis-
tivité. La figure 3 montre une modélisation pour un autre
Figure 1 : Tunnel de Lyon-Vaise, Ligne D. Reconnaissance par microgravi-
métrie et sondages mécaniques. Optimisation du toit du sub-
cas de “marnière” dans la craie.
stratum granitique. En souterrain, on peut utiliser les méthodes précitées
avec quelques variantes :
Les mesures en forages et entre forages concernent la microgravimétrie intervient en auscultation tri-
les investigations suivantes : directionnelle, dans un rayon généralement de 10
tomographie sismique entre forages, permettant à 15 m autour de l’ouvrage à ausculter (repérage et
42 une cartographie continue des vitesses sismiques positionnement des anomalies de densité) ;

Géologues n°132
la géophysique

Figure 3 : Modélisation de Cylinde électrique 3D adaptée à la figure 2.

le cylindre électrique est utilisé dans des forages


verticaux sous radier et dans des forages de recon- Figure 4 : Projet Eole, Paris. Extrait de profil géologique en long de l’ou-
naissance sub-horizontaux à l’avancement, couplé vrage souterrain. Coupe géologique et géophysique interprétée.
avec le radar de forage et, dans certains cas, avec la
tomographie sismique ; le cylindre électrique comme moyen d’ausculta-
en auscultation de parement non bétonné et non tion dans des forages verticaux sous radier (repé-
ferraillé, on peut utiliser également les méthodes rage et traitement des vides résiduels dans les 10
électromagnétiques EM31 et EM38, couplées avec premiers mètres environ) ;
une inspection par radar et permettant un balaya- le cylindre électrique couplé avec le radar dans des
ge rapide du parement et le repérage des hétéro- forages de reconnaissance à l’avancement, per-
généités ; mettant de repérer, au préalable, les anomalies de
la méthode du panneau électrique (profondeur d’in- sol avoisinantes, avant passage du tunnelier.
vestigation de 5 à 20m) est utilisée également en
étude de détail,pour préciser les anomalies décelées Site semi-urbain ou en rase campagne
en microgravimétrie, électromagnétisme ou radar. En plus des méthodes précitées, les méthodes élec-
La figure 4 montre un extrait du profil géologique en tromagnétiques EM31 et EM34 (profondeur d’investigation
long, interprété, sur le projet Eole à Paris, intégrant les de 5 à 60 m) peuvent être utilisées sur ce type de site, en
résultats de la tomographie sismique entre forages ver- reconnaissance préalable. Elles permettent de repérer les
ticaux, de la microgravimétrie de surface et de l’ensemble grandes entités géologiques qui seront précisées locale-
des forages verticaux carottés et destructifs avec enre- ment par des panneaux électriques de moyenne et gran-
gistrements de paramètres. Il a été mis en évidence une de profondeurs (50 à 100m et plus), traités ensuite en
zone décomprimée avec des vides au toit du futur ouvra- inversion, avec un calage sur la géologie du site.
ge (calcaire de St Ouen) et une zone de dissolution sous En complément des investigations géophysiques,
radier (Marnes et Caillasses). A la réalisation de l’ouvrage nous conseillons, pour les moyens mécaniques mis en
on a utilisé également : oeuvre de se conformer aux prescriptions suivantes :
la microgravimétrie, en auscultation derrière les réalisation de sondages carottés d’étalonnage et
voussoirs du tunnel (repérage de zones décompri- de sondages destructifs en reconnaissance préa-
mées reprises ensuite par traitement d’injection) ; lable ; 43

Géologues n°132
la géophysique

contrôle par des sondages destructifs avec enre- répondre également aux besoins de l’étude géophysique
gistrements de paramètres et essais in situ sur les et aux recommandations formulées. Ce travail de com-
différentes entités et les zones a priori sensibles, plémentarité nous paraît nécessaire pour l’établissement,
repérées en géophysique ; en phase finale, de documents de synthèse, permettant
réalisation de sondages destructifs spécifiques avec de bien cerner les problèmes de sol, avant d’aborder ou de
enregistrements de paramètres pour les opérations finaliser une phase travaux.
de tomographie sismique (forage tubé PVC, dia-
Bibliographie
mètre intérieur 80 mm, et cimentés à l’extrados) et
Erling J.C., Bertrand Y., Kutkan E., 1987 :
de cylindre électrique (forage tubé PVC, diamètre Prospection détaillée du sous-sol en vue de travaux souterrains.
intérieur 50 mm, crépiné sur toute la hauteur ou Journées AFTES, Bordeaux, 21-23 octobre 1987.“Collectivités territoriales et
équipé de manchons métalliques : tube plein pour utilisation du sous-sol”, A. A. Balkema, pp. 411-417.
une utilisation en reconnaissance à l’avancement Frappin P., Erling J.C., 1993 :
Adaptation des méthodes géophysiques légères à une reconnaissance
sous nappe). géologique de subsurface en continu.
Colloque Lignes EDF enterrées, Nice.
Conclusion Frappin P., Chapeau C., Picod G., 1993 :
Apports d’une prospection microgravimétrique à la définition du tracé
Les investigations géophysiques prévues dans le cadre de la ligne D à Lyon.
d’une reconnaissance générale de sol, le plus souvent en Journées AFTES, Toulon, 19-21 octobre 1993. “Infrastructures souterraines
de transport”, A. A. Balkema, pp. 109-112
terrain difficile ou délicat (hétérogénéités de sol, site
Lakshmanan J., 1963 :
urbain particulier, travaux souterrains,...) doivent être réa- Reconnaissance de cavités dans le sous sol par procédés électriques et
lisées suivant les règles de l’art (Code de bonne pratique gravimétriques.
en géophysique appliquée) et en répondant au mieux Sol - Soils, Paris.
aux problèmes posés (zone de tassement, risque d’af- Lakshmanan J., 1985 :
Corrections généralisées de Nettleton.
faissement, d’éboulement,...). Dans la mesure du possible Symposium on potential fields in rugged topography, Lausanne, IGL Bul-
et suivant le contexte d’intervention, il conviendra de res- letin n°7, pp. 41-47.
pecter la chronologie suivante : Lakshmanan J., Bichara M., Erling J.C., 1977 :
prospection électromagnétique EM31, EM34 et Etude de fondation en terrain caverneux. Place de la gravimétrie.
Bulletin de liaison, Laboratoire des Ponts et Chaussées, Paris, n°92, nov.-déc.
EM38 et prospection radar, permettant, en phase de 1977, pp. 74-79.
dégrossissage, de repérer les grandes entités, néces- La Porte M., Lakshmanan J., Lavergne M., Wilem C., 1973 :
sitant ensuite d’être précisées par des panneaux Mesures sismiques par transmission - application au génie civil.
électriques (intervention en surface uniquement Geophysical Prospecting, vol. 21, n°1, mars 1973, pp. 146-158.
hors agglomération et sur site semi urbain, ainsi Rebeyrote A., Erling J.C., 1989 :
Adaptation de la méthode électromagnétique EM 31 à l’étude spéci-
qu’en souterrain sauf dans le cas d’ouvrages forte-
fique des déblais crayeux.
ment bétonnés et ferraillés) ; Colloque national “Application des méthodes de prospection géophysique
prospection par sondages électriques et sismique à la géologie de l’ingénieur”, 17-19 octobre 1989. Comité Belge de Géolo-
réfraction, surtout hors agglomération, à un stade gie de l’Ingénieur, pp. I-1 à I-11.

de recherche (eau, pollution, ...) ou de mise en pla- Roques G., Erling J.C., 1983 :
Reconnaissance et traitement de cavités naturelles et artificielles dans
ce d’un projet localisé (retenue, stockage, ...) ; le domaine ferroviaire.
prospection microgravimétrique limitée à des sec- Symposium International “Reconnaissance des sols et des roches par essais
teurs géologiques particuliers : carrières souter- en place”, Paris, 18-20 mai 1983, Assoc. Int. Géol. Ing., pp. 299-308.
raines, vides de dissolution, terrains altérés et/ou
fracturés (intervention dans tous les cas de figure);
prospection par tomographie sismique et cylindre
électrique, plus ou moins continue, sur les secteurs
considérés comme “sensibles” et nécessitant une
bonne connaissance géologique du terrain, pour le
calage d’un projet et l’évaluation des risques.
Les moyens mécaniques, détaillés au chapitre précé-
dent et déjà souvent planifiés dans la phase de recon-
44 naissance géologique et géotechnique d’un projet, devront

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Les problèmes posés au constructeur par la présence d’eau dans


les sols
Maurice Cassan (1)

Les problèmes créés par l’eau dans le Génie Civil sont teneur en eau décroît, on assiste à une diminution
quelquefois négligés ou souvent mal posés, quand ils ne du volume du sol ;
sont pas complètement ignorés. Et pourtant, ils sont fon- l’état solide sans retrait: la déformabilité est de plus
damentaux, tant en ce qui concerne les conditions d’exé- en plus faible, mais la diminution de la teneur en
cution des chantiers que la stabilité des ouvrages, et quel- eau ne s’accompagne plus d’une diminution de
quefois même leurs conséquences écologiques. volume.
Lorsqu’on parle de problèmes posés par l’eau dans En 1905, l’agronome Suédois Atterberg a défini des
les sols, on pense tout naturellement à ceux liés à la pré- teneurs en eau qui, selon lui, limitent chacun de ces quatre
sence d’une nappe, et, d’une façon plus générale, à ceux états :
qui concernent les sols saturés. Mais l’eau intervient éga- la limite de liquidité Wl : frontière entre l’état flui-
lement dans les sols non saturés dont le comportement de et l’état plastique ;
peut varier en fonction d’un paramètre appelé “teneur la limite de plasticité Wp : frontière entre l’état plas-
en eau”, et qui est égal au rapport entre le poids de l’eau tique et l’état solide avec retrait ;
contenue dans un certain volume de sol et le poids de sol la limite de retrait Wr : frontière entre l’état solide
sec contenu dans ce volume. On désigne ce rapport par W. avec retrait et l’état solide sans retrait.
On peut classer les problèmes liés à la présence d’eau A partir de ces teneurs en eau limites, on définit :
dans les sols de la façon suivante :
l’indice de plasticité : Ip = Wl - Wp
influence des variations de la teneur en eau sur les
caractéristiques mécaniques des sols non saturés ; l’indice de liquidité : Il = W - Wp
influence des fluctuations d’une nappe sur le com- Ip
l’indice de consistance : Ic = Wl-W
portement des sols ;
Ep
effets d’un écoulement sur le comportement des
sols ; On remarque que Il + Ic = 1. Il résulte de ces considé-
effet de barrage des structures enterrées ; rations qualitatives et de ces définitions que lorsque la
effet des séismes en présence d’eau. teneur en eau du sol augmente sa résistance mécanique
diminue conformément au graphe de la figure 1.

Influence des variations de la teneur


en eau sur le comportement
mécanique des sols non saturés
L’évolution de la consistance du sols, donc de ses pro-
priétés mécaniques, en fonction de sa teneur en eau est
quelque chose d’intuitif, mais aussi de tout à fait évident.
En considérant des teneurs en eau décroissantes, on peut
faire apparaître quatre états physiques du sol :
l’état fluide : le sol n’a qu’une cohésion négligeable
et s’étale horizontalement comme un liquide plus
ou moins visqueux ;
l’état plastique : la cohésion, n’est plus négligeable,
mais sous faible charge, le sol se déforme sans se
rompre et, dans les argiles, on voit apparaître une
certaine thixotropie ;
l’état solide avec retrait : la résistance mécanique Figure 1 : Evolution de la résistance mécanique d’un sol en fonction de sa
augmente, la déformabilité diminue et lorsque la teneur en eau. 45

1. Ingénieur ETP, Directeur Technique honoraire du Groupe Fondasol


290, rue des Galoubets - BP 767 - 84035 Avignon Cedex 3 - Tél. 04 90 31 23 96 - Fax. 04 90 32 59 83
E-mail : fondasol@[Link]

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Dans les années 50, Caquot et Kérisel avaient établi Cette diminution des caractéristiques mécaniques de
une relation liant la cohésion effective à la teneur en eau, rupture s’accompagne évidemment d’une diminution des
et qui allait bien dans ce sens. caractéristiques de déformabilité puisque, dans l’exemple
cité, lorsque la teneur en eau passe de 18/19% à 23/24%,
5
C’ = 0,7
( Wl - W
Wl - 10 ) (W et Wl en % et C’ en MPa) le module pressiométrique passe de 8,6 MPa à 5 MPa.
Dans les sables, lorsque le degré de saturation passe
de 10% à 100%, les caractéristiques mécaniques sont divi-
Dans les années 60, plusieurs expérimentateurs ont sées par :
confirmé la diminution de la cohésion des argiles lorsque 1,7 pour le module pressiométrique ;
l’indice de liquidité augmentait. Depuis, divers essais ont 1,8 pour la pression limite pressiométrique ;
quantifié ce phénomène pour d’autres caractéristiques 2,5 pour le terme de pointe qc en pénétration sta-
de résistance. Les plus récents sont ceux du LCPC ([Link], tique ;
F. Baguelin et Y. Canepa) présentés au Congrès européen 3 pour le SPT (Standard Penetration Test).
de Mécanique des Sols de Dublin (1987) et qui concernent
Ces mêmes expérimentateurs ont montré que, cor-
des limons et des sables. Les conclusions de ces auteurs
rélativement, lorsque la teneur en eau augmente seule-
sont les suivantes.
ment de 3,5 points (19 % à 22,5 %) la contrainte limite de
Dans les limons, lorsque le degré de saturation passe rupture sous une fondation superficielle diminue de 20%
de 75 % à 100 % (saturation totale), les caractéristiques alors que les tassements augmentent d’environ 111 % à
mécaniques sont divisées (Fig. 2) : 145 %, c’est à dire qu’ils font plus que doubler.
par 4 pour la cohésion Cu mesurée au triaxial ; Ces variations de teneur en eau peuvent être dues à des
par 3 pour le terme de point qc en pénétration sta-
causes artificielles (drainage) mais aussi à des causes natu-
tique ;
relles:crues,pluie,sécheresse,et donnent naissance,sur cer-
par 2 pour la pression limite pressiométrique pl.
tains sols et plus particulièrement sur les sols argileux,à des
phénomènes de retrait et de gonflement que l’on rencontre
lors des périodes de sécheresse qui font suite à des périodes
de forte pluviométrie. Ces alternances de retrait et de gon-
flement entraînent très fréquemment,sur les constructions,
des désordres qui peuvent être très importants.
La présence d’arbres à proximité d’un bâtiment peut
également entraîner une diminution de la teneur en eau.
En effet, l’arbre, pour vivre, absorbe l’eau contenue dans
le sol. Si l’équilibre hydrique, assuré par la pluviométrie,
n’est plus maintenu à cause de l’obstacle que représente
une construction, la teneur en eau du sol diminue et s’ac-
compagne d’un phénomène de retrait qui peut avoir des
conséquences fâcheuses sur cette construction. La sus-
ceptibilité des argiles aux phénomènes de retrait et de
gonflement peut s’apprécier à partir de simples essais
d’identification en laboratoire (ϕ, W, Wl, Ip, bleu) ou d’es-
sais de compressibilité et de gonflement à l’œdomètre.
Les variations de teneurs en eau peuvent également
accroître de façon très significative les poussées sur les
murs de soutènement comme le faisait déjà remarquer
Vitruve au Ier siècle avant J.-C. :“On doit surtout apporter
le plus grand soin à la construction des murs en fondations
à cause de la terre qu’ils soutiennent qui peut causer une
infinité de dégâts : car la terre n’est jamais en un même
état, variant selon les saisons, en hiver, elle devient plus
46 Figure 2 : Essais triaxiaux UU (échantillons non saturés). pesante qu’en été à cause des pluies qui la pénètrent, ce

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Figure 3 : Site expérimental de Sallèdes. Coupe géotechnique dans l’axe du remblai.

qui fait qu’elle pousse et qu’elle rompt la maçonnerie”. (De A contrainte totale constante, toute augmentation
Re Architectura VI.10). de la pression interstitielle se traduit par une diminution
Mais, dans le cas de soutènements, intervient non de la contrainte effective σ’ donc, d’après la loi de Cou-
seulement le gonflement mais la poussée hydrostatique, lomb, de la résistance au cisaillement du sol :
si le sol se sature. Louis Logeais, qui fut directeur du Bureau τ’ = C’ + σ’ tg ϕ’
Sécuritas, cite un accident qui s’est produit il y a déjà un C’est ce qui explique les désordres dans les fonda-
certain nombre d’années à Saint-Etienne. Un vieux mur en tions,les effondrements de cavités souterraines comme on
maçonnerie de pierre sèche fonctionnait depuis des lustres a pu le voir récemment sur les “marnières” de la Somme,
comme soutènement et en contrebas de ce mur il y avait les glissements de terrain et les déplacements de pentes
une cour d’école. Lorsqu’il pleuvait, et il pleut souvent à instables en cas de crues ou même de simples pluies.
Saint-Etienne, l’eau traversait les joints secs de la maçon- C’est ainsi que sur le site expérimental de Sallèdes
nerie et s’écoulait dans la cour de l’école. Cédant aux pro- près de Clermont-Ferrand, Gilles Cartier et al. (Dublin 1987)
testations et aux pressions des instituteurs, le directeur de ont mis en évidence une excellente corrélation linéaire
l’école fit venir un maçon pour rejointoyer les pierres. Pen- entre la variation de la pression interstitielle et la pluvio-
dant la première pluie qui suivit les travaux il n’y eut plus métrie dans une couverture de colluvions argileuses et
aucune arrivée dans la cour par le mur, mais deux ou trois de marnes remaniées instables. L’instrumentation mise en
jours après, le mur s’écroula et deux enfants furent tués. place a permis de corréler avec une grande fiabilité l’évo-
Cet exemple dramatique se passe de commentaires. lution de la pression interstitielle et les vitesses de dépla-
cement du versant (Fig. 3 à 5).
Influence des fluctuations de la
nappe sur le comportement des sols
Toute variation de niveau d’une nappe se traduit par
des phénomènes analogues à ceux évoqués précédem-
ment, mais dans ce cas, il est souvent préférable de par-
ler en termes de variation de pressions interstitielles, plu-
tôt qu’en termes de variation de caractéristiques
mécaniques, les deux étant, évidemment, lié[Link] fluc-
tuation de nappe ou plus généralement toute variation de
charge hydraulique dans le sol engendre une variation
de la pression interstitielle u, donc de la contrainte effec-
tive σ‘ laquelle est déduite de la contrainte totale σ par la
relation que Terzaghi qualifiait de “plus importante de la Figure 4 : Site expérimental de Sallèdes. Relation pluie-surpression inters-
mécanique des sols” : σ’ = σ - u. titielle. 47

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Figure 5 : Site expérimental de Sallèdes. Evolution de la pression interstitielle,


du déplacement et de la vitesse du déplacement.

C’est le même phénomène qui a entraîné la catas-


trophe du barrage du Vajont, situé au pied du Mont Toc,
en Italie: le 9 octobre 1963, les berges de la retenue, en glis-
sant dans le lac en cours de remplissage, ont donné nais-
sance à une vague déferlante de 5 mètres de hauteur qui
a franchi le barrage sans l’endommager et qui a détruit la
petite ville de Longarone (4 000 habitants) qui se trou- Figure 6 : Croquis indiquant la valeur absolue des déplacements des repères
du Vajont, d’après les indications de L. Muller.
vait à l’aval, faisant 1982 morts (Fig. 6). La dernière vites-
se de déplacement des berges mesurée par le dispositif
permanent juste avant la rupture était de 50 km/h. Malheureusement toute médaille a son revers, car
Dans le cas de glissements de pente, l’effet de la pres- lorsque la contrainte effective augmente, il peut en résul-
sion interstitielle est identique à celui des forces de cou- ter, si le sol est relativement compressible, l’apparition de
rant que j’évoquerai plus loin. En France, le barrage de tassements. C’est ce qui explique les désordres engen-
Malpasset, sur le Reyran en amont de Fréjus, s’est rompu drés par un rabattement de nappe dans une couche per-
le 2 décembre 1959 à la suite de l’arrachement d’un dièdre méable qui surmonte une couche compressible. Si ∆hw
rocheux sous l’action des pressions interstitielles dans le est l’amplitude du rabattement de la nappe, on démontre
gneiss : là aussi le barrage était en cours de remplissage. facilement que, dans la couche compressible, l’augmen-
Plus précisément, la retenue n’avait pas encore atteint sa tation de la contrainte effective est égale à :
cote maximale lorsqu’une brutale crue du Reyran, a fait ∆σ’ = (γd - γ’) ∆hw
monter les eaux jusqu’à la cote d’alerte en une journée, ce où γd est le poids volumique du sol sec et γ’ le poids
qui a entraîné la catastrophe, qui a fait environ 500 morts. volumique du sol immergé.
A l’inverse, lorsque la pression interstitielle diminue, Tout se passe comme si la couche d’argile était sou-
la contrainte effective augmente, ce qui se traduit, toujours mise à une surcharge égale à ∆σ’ (Fig. 7). Cette valeur de
en vertu de la loi de Coulomb, par une augmentation de ∆σ’ n’est atteinte que lorsque la surpression interstitielle
la résistance au cisaillement : c’est donc une bonne cho- dans la couche, égale à γw ∆hw, s’est entièrement dissipée,
se qui montre l’intérêt des dispositifs de drainage pour sta- ce qui, selon la perméabilité de la couche, pourra être rela-
48 biliser les pentes. tivement long. On retrouve donc exactement le schéma

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

de la consolidation unidimensionnelle de Terzaghi. Si, H

dans la zone influencée par le rabattement,se trouvent des


constructions, celles-ci peuvent alors être gravement
Par ailleurs si Σ γ(z) dz = u,
0
la contrainte effective

s’annule et la résistance au cisaillement du sable devient


endommagées. Mais, de tels incidents peuvent égale-
nulle. Nous verrons plus loin que cette relation corres-
ment se produire pour des variations naturelles des nappes
pond à ce que l’on appelle la liquéfaction des sables.
en particulier lors des crues des rivières dont l’effet peut
H
se faire sentir relativement loin de leur lit mineur.
Si Σ γ(z) dz est inférieur à u, il y a alors soulèvement
0

du fond de fouille dans le cas d’une fouille blindée et sou-


lèvement du fond de fouille avec glissement des talus
dans le cas d’une fouille talutée. Pour s’affranchir de ce
H

Σ
1
risque, il faudra donc s’assurer que le rapport γ(z) dz
u 0
est plus grand que l’unité et supérieur à 1,5 (Fig. 8).

Figure 7 : Variation de la contrainte effective en fonction du niveau de la


nappe.

A ces phénomènes de pression interstitielle suscep-


tibles d’entraîner des variations de contrainte effective, Figure 8 : Influence d’une strate perméable sur un fond de fouille peu per-
méable.
nous rattacherons le cas de terrassement dans une for-
mation renfermant une strate sableuse perméable limi- Indépendamment des problèmes purement méca-
tée supérieurement par une éponte imperméable et ren- niques évoqués ci-dessus, les fluctuations de nappe peu-
fermant une nappe en charge. A l’interface de l’éponte vent avoir des conséquences sur l’altération de certaines
imperméable et de la strate perméable, on a : fondations, en particulier sur les fondations constituées
H
contrainte totale initiale : σ0 = Σ γ(z) dz
0
de pieux en bois qui étaient la règle générale des fonda-
tions profondes jusqu’à l’apparition du béton armé, c’est
pression interstitielle : u à dire jusqu’au début du XXe siècle où furent réalisées les
contrainte effective initiale : σ’0 = σ0 - u premières fondations en pieux béton préfabriqués.
Si on réalise un terrassement avec épuisement arrê- On sait, en effet, que le bois, lorsqu’il reste immergé,
té à H au dessus de la couche perméable, la contrainte est imputrescible alors que, lorsqu’il est soumis à des
totale devient : cycles d’immersion et d’émersion, il se pourrit : c’est ce qui
H s’est passé, par exemple, pour le Grand Palais à Paris, à la
σ= Σ γ(z) dz < σ
0
0 suite de l’abaissement du niveau général de la nappe
depuis la fin du XIXe siècle dû à des pompages nécessi-
mais la pression interstitielle reste toujours égale à u tés par l’industrialisation de la région parisienne et la
puisque l’éponte est imperméable. La contrainte effecti- consommation d’une population sans cesse croissante.
ve devient alors : σ’ = σ - u < σ’0 ce qui se traduit par une Actuellement, par suite de la décentralisation industrielle
diminution de la résistance au cisaillement de la strate qui a conduit à l’arrêt des pompages, la nappe remonte
sableuse. sous Paris en causant d’autres problèmes. 49

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Effet d’un écoulement sur


le comportement des sols
Lorsqu’on réalise des terrassements en terrain aqui-
fère, on est obligé, dans la plupart des cas, d’évacuer les
eaux, soit par drainage gravitaire, soit par pompage. On
génère donc des phénomènes de type hydrodynamique
qui se caractérisent par l’apparition d’un gradient hydrau-
lique “i”et qui donnent naissance à des forces de courant,
lesquelles, lorsqu’elles s’exercent sur un élément de volu-
me dV, ont pour expression : dF = iγwdV où γw est le poids
volumique de l’eau.
Si le volume dV est celui d’un parallélépipède de cotés
dx, dy et dz soumis à un gradient hydraulique i parallèle
à oz, et si la perte de charge entre les deux faces perpen-
diculaires à oz est dh, la force de courant à laquelle est sou- Figure 9 : Profils d’équilibre d’un talus sableux.
mis le volume est donc : dF = i γw dx dy dz.
A cette force de courant correspond donc une pression quence, diminution des contraintes effectives. Dans le
second cas, il y a augmentation du poids volumique
de courant verticale : dp = dF = i γw dz et comme
dx dy immergé et, par conséquent, augmentation des
dh contraintes effectives avec toutes les conséquences que
i= , on en déduit : dp = γw dh = du.
dz ces variations de contraintes effectives peuvent impli-
Il y a donc identité entre pression de courant et pression quer: c’est ce qui se passe lors des épuisements de fouilles
interstitielle. réalisées dans de grandes enceintes en parois moulées
qui sont de plus en plus fréquentes dans les travaux
Ces forces de courant se composent vectoriellement
urbains (parking souterrain, collecteur etc.).
aux autres forces auxquelles est soumis cet élément, en
particulier aux forces de gravité, et ce sont donc elles qui Sur l’écran, il y a, coté amont, augmentation de la
régissent la stabilité de pentes des talus de terrassements poussée de la phase solide, mais du fait de la perte de
mais également celle des versants naturels. Pour fixer les charge, il y a diminution de la pression de la phase liqui-
idées, dans le cas particulièrement simple d’un sable de. Néanmoins, la résultante des deux phases conduit à
d’angle de frottement effectif ϕ’, il est facile de démontrer une diminution de la poussée totale ce qui va dans le sens
que la pente limite β d’un talus est elle que (Fig. 9) : de la sécurité. En revanche, coté aval, c’est l’inverse qui se
produit avec diminution de la butée de la phase solide,
Ecoulement vertical (gradient hydraulique des-
augmentation de la pression de la phase liquide, mais
cendant) : β = ϕ’
diminution de la butée totale, ce qui peut être préjudi-
Ecoulement parallèle au talus : tg β = 1/2 tg ϕ’ ciable à la stabilité, (Fig. 10).
ϕ’
Ecoulement horizontal : β = En fond de fouille, les forces de courant ascendantes
2
On voit donc que,si l’on veut réduire la pente d’un talus engendrent des phénomènes qui peuvent être destruc-
teurs :
anthropique ou rendre stable une pente naturelle qui ne
renards solides (soulèvement des fonds de fouille) ;
l’est pas,il faut essayer de se rapprocher d’un écoulement ver-
tical,d’où l’intérêt et l’efficacité des drains subhorizontaux. boulance en pied d’écrans, qui se produit lorsque
γw
Lorsque le sol est soumis à un gradient vertical et i = γ car, dans ce cas, la force massique résul-
ascendant,la force massique résultante qui s’exerce dV est: tante dP devient nulle.
dP = (γ’ - i γw) dV. En revanche, si le gradient est vertical et Une fluctuation de nappe s’accompagne de phéno-
descendant, l’élément sera soumis à une force massique : mènes de ce type, mais comme il s’agit de phénomènes
dP = (γ’ + i γw) dV. lents, on a tendance à ne pas en tenir compte, ce qui n’est
Dans le premier cas, il y a, en quelque sorte, diminu- pas recommandé. Les effets des phénomènes hydrody-
50 tion du poids volumique immergé et, par voie de consé- namiques sur l’environnement, sur la stabilité des talus,

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Figure 10 : Pressions sur écran vertical.

sur la stabilité des fonds de fouille (renards solides), sur la


boulance peuvent s’appréhender par le calcul avec une
certaine fiabilité.
Si σ’1 et σ’2 sont les contraintes effectives verticales
au niveau + c’ cotg ϕ’u du pied de l’écran respectivement
à l’amont et à l’aval de l’écoulement (Fig. 11), on démontre
facilement que la stabilité au renard solide est assurée si :

σ’1 + c’ cotg ϕ’ Nq ϕ’
σ’2 + c’ cotg ϕ’
=
F
où : Nq = eπtgϕ’tg2 ( 4π +
2 )
F = cœfficient de sécurité > 1

La sécurité à la boulance est assurée si la fiche t de l’écran


γwH
au dessous du fond de fouille est telle que : t >
2γ’

En revanche, ce qui est extrêmement délicat à cer-


ner, c’est le débit d’exhaure, car les paramètres qui inter-
viennent dans le calcul sont souvent difficiles à cerner
avec précision. Il s’agit, essentiellement, du coefficient de
perméabilité k, du coefficient d’emmagasinement S, et
de la transmissivité T, qui sont en général évalués par des
essais in situ. Quant au coefficient d’anisotropie, égal au
rapport kh (kh = cœfficient de perméabilité horizontale
kv
et kv = coefficient de perméabilité verticale), il n’est, pour
l’instant, déterminé qu’en laboratoire sur échantillons
intacts, ce qui est très limitatif. Une méthode, utilisant
les essais Lefranc ou des essais de pompage, a été mise au
point ; néanmoins, cette méthode n’a pas encore reçu la
consécration de l’expérience. Figure 11 : Conditions de renard solide. 51

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Les conditions aux limites du problème sont particu- deux exemples : la tranchée couverte d’Avignon et le tun-
lièrement importantes et parmi elles, figure le niveau ini- nel de Lambesc. La tranchée couverte d’Avignon, le long de
tial de la nappe, qui est d’autant plus difficile à détermi- la Durance, a été réalisée selon les techniques actuelles,
ner que les terrains concernés sont moins perméables. entre deux parois moulées qui constituent les piédroits de
Les méthodes analytiques, lorsqu’elles existent, ne l’ouvrage. Le butonnage en tête est assuré par la dalle
sont applicables qu’aux terrains homogènes et isotropes, définitive en béton armé, ce qui permet un terrassement
quoiqu’une transformation géométrique par affinité per- en taupe. Ces parois devaient traverser les alluvions per-
mette de ramener un milieu anisotrope à un milieu iso- méables de la Durance et descendre jusqu’au substratum
trope équivalent. Toutefois, un terrain stratifié et a for- marneux: le double avantage de cette solution était d’as-
tiori, un terrain présentant des hétérogénéités lenticulaires surer une bonne stabilité à l’ouvrage et, compte tenu de
plus ou moins aléatoires ne peut être traité que par les la faible perméabilité des marnes, de limiter considéra-
méthodes numériques (différences finies ou éléments blement les débits d’épuisement.
finis). Mais un tel calcul ne peut être réalisé qu’à un sta- Malheureusement, l’effet de barrage était total, et
de avancé du projet, c’est à dire lorsque l’implantation de cela sur une très grande longueur. La SNCF a donc décidé
l’ouvrage concerné par le rabattement est parfaitement de ménager trois zones de dégagement d’environ 120
définie dans les trois dimensions, et que la géométrie de mètres de longueur chacune en arrêtant, dans ces zones,
sa partie enterrée est définitivement arrêtée. les parois vers le milieu de la couche d’alluvions afin de per-
Par ailleurs, ces méthodes numériques sont les seules mettre l’écoulement de la nappe.
qui permettent d’appréhender la zone d’influence pra- Pour ce qui est du tunnel de Lambesc, une importan-
tique d’un rabattement qui peut s’étendre très loin, com- te étude hydrogéologique a été diligentée par la SNCF afin
me cela a été le cas de la plaine d’Alsace où les épuisements d’apprécier deux phénomènes contradictoires susceptibles
réalisés dans les grandes fouilles des usines hydroélec- de modifier le comportement de la nappe et son influen-
triques d’EDF ont, en trois ans, fait baisser la nappe de 4 ce sur les puits de la région: un effet de barrage et un effet
à 5 mètres à 10 km de distance ! C’est là que le choix des de drainage qui pourraient conduire à un tarissement des
conditions aux limites est particulièrement important. [Link] ailleurs,dans le cas des tunnels,la maîtrise de l’eau
Pour en revenir à l’estimation du débit d’exhaure pré- en cours de percement est un élément fondamental, tant
visionnel, il faut être très prudent et ne donner qu’une sur le plan technique que sur le plan humain,car un débour-
fourchette des débits possibles évalués par plusieurs rage en cours de percement peut avoir des conséquences
méthodes. Il appartient au maître d’œuvre de faire pro- catastrophiques pour le personnel.
céder ensuite, par l’entreprise, à un calcul numérique plus
sophistiqué. En effet, un tel calcul est du domaine de l’en-
treprise (ou de son sous-traitant) car ce calcul dépend Effet des séismes sur les sols saturés
étroitement de la méthode d’épuisement que l’entrepri- En cas de séisme, la présence d’eau constitue un très
se aura elle-même choisie et qui est fonction de son expé- grand risque dans les sables et les limons ou, tout au
rience et du matériel dont elle dispose. Mais un calcul, moins, dans certains d’entre eux. En effet, un séisme déve-
aussi sophistiqué soit-il, n’est valable que si les paramètres loppe dans ces sols des surpressions interstitielles qui
qu’on y introduit sont significatifs et c’est là que réside tou- peuvent être très importantes. Si cette surpression inter-
te la difficulté. Il faut donc être très vigilant dans les recon- stitielle devient égale à la contrainte totale, la contrainte
naissances préalables. effective est nulle et le sable se comporte alors comme un
véritable liquide. Cette liquéfaction ne peut se produire que
sous certaines conditions :
Structures enterrées D60
coefficient d’uniformité : CU = < 15
Il existe peu de nappes immobiles et toute structure D10
enterrée (grands parkings souterrains, tunnels, etc.) consti- diamètre à 50 % tel que : (0,05 ≤ D50 ≤ 1,5 cm)
tue, par conséquent, un obstacle à l’écoulement de ces niveau de contraintes finales en fonction des zones sis-
nappes. Il faut donc, au niveau du projet, prendre en comp- miques.
te cet effet de barrage. Pour les sols argileux, il n’y a pas à proprement par-
C’est ce qu’a fait, par exemple, la SNCF pour le TGV ler de liquéfaction, mais un ramollissement des argiles,
52 Méditerranée, à propos duquel on peut citer, entre autres, c’est à dire une plastification, dans les cas où :

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

D15 > 0,005 mm, sondages de reconnaissance géologique à eux seuls ne per-
Wl < 35 %, mettent pas d’atteindre cet objectif.
W > 0,9 Wl Outre les enquêtes hydrogéologiques courantes de
le point représentatif sur le diagramme de plasticité surface (sources, végétation, etc.) l’élément de base est
est situé au dessus de la droite de Casagrande. la pose de piézomètres qui ne sont pas destinés à mesu-
Sur le plan rigoureusement théorique, le potentiel de rer un simple niveau d’eau, mais une pression : mettre en
liquéfaction d’un sol est déterminé en laboratoire par des place, dans un forage, un tube crépiné sur toute sa lon-
essais triaxiaux cycliques ou des essais à la colonne réson- gueur n’a d’utilité que si l’on veut mesurer les fluctua-
[Link] dans le cas des sables,une bonne approche tions d’une nappe dans des alluvions très perméables, et
de ces problèmes se fait in situ en utilisant des essais SPT. présente l’inconvénient, s’il existe plusieurs nappes, de
Actuellement, commencent à se développer des méthodes les mettre en communication. Un véritable piézomètre
faisant appel au piézocône. ne doit être crépiné qu’à sa base et cette base crépinée doit
être totalement isolée du reste du forage. En terrain mul-
ticouches, il faut mettre en place un piézomètre par couche
Reconnaissances des sols afin d’apprécier s’il s’agit de nappes différentes ou d’une
La maîtrise des problèmes évoqués précédemment nappe unique et chacun de ces piézomètre devra être ins-
passe,avant toute chose,par la connaissance la plus appro- tallé dans un forage différent : il ne faut absolument pas
fondie possible de la géologie du site, de sa piézométrie et chercher à mettre plusieurs piézomètres dans le même
des caractéristiques hydrauliques des différentes forma- trou, ce qui serait la meilleure façon de ne rien voir !
tions qui le composent. Toutes ces données sont fournies En terrain peu perméable, il faut utiliser ce que l’on
par la reconnaissance préalable des sols, qui doit compor- appelle des piézomètres à volume constant (ou “piézo-
ter,d’abord la réalisation de sondages,pour la plupart carot- mètres fermés”), c’est à dire des cellules de pression inters-
tés car ils doivent permettre,non seulement de localiser les titielle. Ces piézomètres doivent être répartis sur le site
différents horizons stratigraphiques, mais également de même de l’ouvrage et même au delà et doivent faire l’ob-
préciser les particularités de chacun de ces horizons com- jet d’un suivi qui peut demander plusieurs mois et devrait
me, par exemple, l’existence d’une structure feuilletée ou en tout état de cause recouvrir plusieurs saisons.
litée dont l’analyse est particulièrement importante pour Enfin, il ne faut absolument pas perdre de vue qu’un
apprécier l’anisotropie et définir,en conséquence,des essais relevé de niveau d’eau en fin de forage n’a aucune signi-
spécifiques ou bien la présence de minces strates per- fication car il s’agit alors du niveau d’une nappe perturbée.
méables dans un environnement imperméable,en précisant Même avec un relevé piézométrique effectué en fin de
s’il s’agit bien de strates ou de formations lenticulaires dont chantier, il faut être très prudent car on n’est jamais cer-
il faudrait alors estimer l’étendue. tain qu’il corresponde à la nappe stabilisée : un piézo-
Ces sondages ont également pour but de prélever mètre a un temps de réponse d’autant plus long que la
des échantillons intacts en vue d’essais de laboratoire qui perméabilité du sol est plus faible.
sont absolument nécessaires pour aborder les problèmes Quant aux caractéristiques hydrogéologiques, elles
précédemment évoqués, les essais in situ traditionnels sont déterminées à partir des essais d’eau qui sont essen-
comme le pressiomètre ou le pénétromètre s’avérant le tiellement :
plus souvent inefficaces dans ce cas, à l’exception du pié- les essais ponctuels qui permettent une mesure
zocône qui lui, au contraire, présente un intérêt indéniable. locale du coefficient de perméabilité : Lefranc sous
Cette reconnaissance par sondages carottés pourra la nappe, Nasberg au dessus de la nappe et Lugeon
s’accompagner de sondages destructifs avec enregistre- en rocher ; dans cette catégorie, on peut faire figu-
ments de paramètres et diagraphies diverses (R.A.N., rer le piézocône ;
cylindres électriques, etc.) et, dans certains cas, être pré- les essais de pompage qui intéressent un volume de
cédée par une couverture géophysique préliminaire qui sol important et conduisent à l’évaluation de la
peut permettre une implantation plus judicieuse de ces transmissivité et au cœfficient d’emmagasinement.
sondages. La piézométrie est l’élément le plus délicat de Lorsque toutes ces données ont été acquises et ana-
la reconnaissance car son objectif essentiel est de déceler lysées, il faut les caler sur la reconnaissance géologique de
et de différencier les nappes qui peuvent exister dans le façon à modéliser le sol, c’est à dire à définir des horizons
sol. Sauf cas particulier de terrains très perméables, les ou des zones à chacune desquelles il sera possible d’at- 53

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

tribuer une valeur globale de chaque caractéristique des sciences exactes. Mon expérience personnelle d’in-
hydraulique, et à ce sujet, je rappelle que la présence d’une génieur m’amène à penser que la composante naturalis-
petite strate perméable peut avoir des conséquences te est peut-être la principale, et qu’en cette matière, il ne
désastreuses sur le déroulement d’un chantier. faut pas trop considérer les calculs dans toute leur rigueur
Toute cette synthèse est une opération de réflexion mathématique, mais surtout voir en eux un indicateur
longue et délicate au cours de laquelle l’ingénieur ou le de tendance qui donne l’allure des phénomènes et le
géologue, et le plus souvent les deux ensemble, devront poids des paramètres.
utiliser toute leur expérience et leur perspicacité, et ce Il s’agit donc avant tout d’un travail de réflexion et de
n’est que lorsque cette synthèse est terminée que l’on bon sens dans lequel le dernier mot, et c’est heureux,
pourra mettre en route les ordinateurs. appartient encore à l’homme.
L’hydraulique souterraine fait partie intégrante du métier
de géotechnicien, mais, plus encore que la mécanique des
sols, elle se trouve à l’interface des sciences naturelles et

L’apport de l’hydrogéologie à l’industrie du bâtiment


et aux grands travaux, notamment en zone urbaine
Jean-François Béraud (1) , Lucien Bourguet (2)

Les problèmes liés à la construction d’ouvrages et Outre une bonne prévision des variations de niveaux
bâtiments enterrés de plusieurs mètres sous le niveau du de nappe, le calcul des débits à pomper, des profondeurs
sol résultent très fréquemment de la présence des eaux de paroi, ou autres dispositions constructives permettant
souterraines : difficultés pendant le terrassement, venues de les limiter, nécessite toujours une bonne maîtrise du
d’eau après construction (épisodiques ou permanentes), contexte hydrogéologique local, que l’on appréhendera
remontée des niveaux d’eaux souterraines gênant des par des enquêtes de terrain complétant la recherche biblio-
avoisinants... graphique, ainsi qu’une connaissance suffisante des para-
Pour la conception de ces projets, la prévision des mètres hydrodynamiques souterrains (perméabilités, coef-
niveaux de nappes[3] est fondamentale. La prise en comp- ficients d’emmagasinement).
te d’une cote maximale des eaux souterraines, pour des Trois exemples réels éclairent cette affirmation, choi-
conditions données, servira, par exemple, à dimension- sis en région parisienne au cours des 20 dernières années;
ner un cuvelage étanche (importance des sous-pressions) ils seront présentés après des commentaires généraux.
ou un tapis drainant (prévision des débits), à positionner
l’ancrage de fondations profondes (cote basse d’une paroi
moulée notamment), à évaluer l’impact du dispositif pré- Eléments essentiels d’une étude
conisé de mise hors d’eau (parois étanches ou rabatte-
ment de nappe) sur les niveaux aquifères du voisinage
hydrogéologique d’ouvrages enterrés
(remontée ou baisse des niveaux). ou de grands travaux
L’estimation prévisionnelle de ces valeurs extrêmes des
niveaux de nappe,par exemple,pour une fréquence décen- Etude des fluctuations du niveau de la nappe
nale, cinquantenale, ou centennale..., est toujours pos- Fluctuations naturelles
sible, en extrapolant les mesures connues, et en s’ap-
En règle générale, la majeure partie des précipita-
puyant sur les résultats d’enquêtes de terrain, et sur des
tions est soustraite à l’infiltration en profondeur :
calculs (formules analytiques des écoulements souter-
rains, voire modèles mathématiques) : un suivi de nappe soit qu’elle ruisselle en surface ;
aussi précoce que possible, préalablement à tout projet soit qu’elle disparaisse dans l’atmosphère par éva-
constructif enterré est à recommander très vivement à poration directe ou par l’intermédiaire de la végé-
54 tous les promoteurs. tation (évapotranspiration) ;

1. Burgeap
27, rue de Vanves - 92772 Boulogne-Billancourt Cedex - Tél. 01 46 10 25 20/36 - Fax. 01 46 10 25 64
E-mail : [Link]@[Link] ou [Link]@[Link]
2. Géologue conseil - 15, rue Lakanal - 75015 Paris - Tél/fax. 01 48 25 34 08
E-mail : [Link]@[Link]
3. Que l’on résume parfois en définition des niveaux des plus hautes eaux, ou N.P.H.E
Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

soit qu’elle forme dans le sol non saturé une réser-


ve (RFU) qui sera utilisée ultérieurement par les
plantes.
La part résiduelle des précipitations qui s’infiltre et ali-
mente les nappes est appelée pluie utile. Les variations sai-
sonnières de cette pluie utile (été-hiver) entraînent, au
cours de l’année, des fluctuations saisonnières du niveau
des nappes. Du fait des variations interannuelles du climat,
une succession d’années sèches ou pluvieuses entraîne
généralement, en outre, des effets cumulatifs : par
exemple, une série de pluies utiles excédentaires par rap-
port à la moyenne aura évidemment pour résultat une
remontée plus ou moins continue des niveaux des eaux
souterraines (Fig. 1). L’amplitude de ces fluctuations aug-
mente lorsqu’on s’éloigne des exutoires de la nappe.
Lorsqu’une rivière voit son niveau modifié par une
crue (Fig. 2), une onde (dite onde de crue) se propage, avec
le temps, au sein des nappes qui la bordent, et ces effets
dépendent des caractéristiques hydrodynamiques de
l’aquifère concerné ; l’amplitude comme le décalage de
cette onde varient toujours dans le temps à mesure que
l’on s’éloigne de la rivière, selon des lois complexes, mais Figure 1 : Evolution du niveau de la nappe de la craie au piézomètre d’Au-
abordables par le calcul. quainville (147 - 3x - 087).

Figure 2 : Suivi des niveaux de nappe (piézomètre PR1 à environ 160 m de la Seine) et des niveaux de la Seine (en aval du barrage de Suresnes), de fin mars
à fin mai 2001. 55

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Figure 3 : Modification artificielles des écoulements souterrains.

Ici encore, il y a lieu d’attirer l’attention des maîtres préhender les cœfficients hydrodynamiques (T/S) indis-
d’œuvre sur l’intérêt bien compris qu’ils ont à faire suivre pensables au calcul, en intégrant les paramètres, difficiles
l’aquifère en période de crue : cela constitue un “essai de à apprécier autrement, du colmatage du lit, ou l’existen-
56 nappe” particulièrement peu coûteux, qui permet d’ap- ce de variations de faciès.

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Fluctuations artificielles Prévisions des fluctuations possibles


Les niveaux de nappe peuvent également être influen- Les fluctuations saisonnières ou interannuelles des
cés par des modifications artificielles des écoulements niveaux de la nappe peuvent être estimées directement ou
souterrains tels que drainages, pompages, canaux ou bas- indirectement. La méthode directe consiste à relever régu-
sins, conduites fuyardes, parois étanches, ... (Fig.3). Ces lièrement, ou en permanence (on utilise alors des enre-
phénomènes, qui peuvent être limités à la proximité d’ou- gistreurs), les niveaux de la nappe, dans des piézomètres
vrages individualisés, peuvent aussi, dans certains cas, et (forages d’observation en petit diamètre). Il existe, notam-
selon leur importance avoir des répercussions à l’échelle ment sur Paris, un réseau de 280 piézomètres installé,
régionale. Un exemple très caractéristique en est la remon- développé et suivi par l’Inspection Générale des Carrières.
tée des niveaux de la nappe de l’Eocène inférieur et moyen Ces relevés fournissent des niveaux “haut” et “bas”
(Yprésien, Lutétien) dans la Région parisienne. Depuis la
relatifs à la période d’observation connue. Généralement,
fin du XIXe siècle, l’exploitation intensive de cette nappe
cette période n’est pas suffisamment longue pour intégrer
profonde, pour des besoins industriels au Nord de Paris,
certains évènements exceptionnels (années sèches ou
a entraîné une baisse importante de son niveau piézo-
humides) et il faut compléter l’historique des mesures
métrique (plus de 30 mètres de chute de pression en 1970).
recueillies en faisant appel à des méthodes indirectes.
Par drainance, la nappe phréatique qui la surmonte
(Marnes et Caillasses, Marno-calcaires de Saint-Ouen, Parmi ces méthodes indirectes, les enquêtes auprès
alluvions, selon les endroits) était alors artificiellement des riverains doivent occuper une place de choix: les habi-
rabattue d’une dizaine à une vingtaine de mètres. tants se souviennent, en général, très bien des remon-
tées exceptionnelles qui ont pu entraîner l’ennoiement
A partir de 1970, les débits pompés ont très forte-
de leurs caves. L’observation, sur des carottes de forage, de
ment diminué et la nappe phréatique s’est mise à remon-
la présence d’oxydes de fer ou de manganèse, matériali-
ter, ce qui s’est traduit par l’inondation de certains sous-
sés par des taches ocres, rouges ou noires dans les zones
sols. L’épicentre des pompages se localisant à Saint-Denis,
de battement de la nappe, peuvent aussi fournir de pré-
le phénomène de remontée de la nappe s’est étendu jus-
qu’aux Champs Elysées, où certains niveaux de parking ont cieuses indications.
été rendus inutilisables à près de 10 kilomètres de dis- Dans de nombreux cas, le recalage des mesures ou
tance (Fig. 4). observations effectuées sur des historiques de pluies utiles
(qui se calculent à partir des données météorologiques),
permet d’apprécier la probabilité de retour de remontées
naturelles de nappes jusqu’à un niveau donné. Les fluc-
tuations liées aux crues des rivières ou aux modifications
par l’homme des écoulements souterrains se superpo-
sent parfois aux fluctuations saisonnières et interan-
nuelles. Elles peuvent être évaluées à partir de la connais-
sance des hydrogrammes de crues, de fréquences données,
dès lors que sont reconnus le contexte hydrogéologique
local et les caractéristiques de l’aquifère en cause.
Une bonne appréhension du contexte hydrogéolo-
gique régional et une enquête sur les prélèvements d’eaux
souterraines sur le domaine influencé sont indispensables
pour estimer si la situation, à un moment donné, corres-
pond à une situation naturelle ou à une situation pro-
fondément altérée par des modifications dues, par
exemple, à des pompages de chantiers temporaires ou à
des prélèvements industriels qui risquent, eux aussi, d’être
un jour abandonnés.
Dans les cas les plus complexes, le recours à des simu-
lations sur modèles mathématiques peut s’avérer néces-
Figure 4 : Dépression dans la nappe de l’Yprésien (1970). saire. 57

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

COUPES ESSAI MICROMOULINET (% du débit) INTERPRÉTATION


Géologique et technique
10 20 30 40 50 60 70 80 90 100%
Profondeur/repère
(rep. = TN + 0,9)
20 m
Coulis de
ciment Cote NGF

11
21 m

10
Bouchon de 22 m
bentonite

Forage 7"3/8 Perméabilités


(187 mm) 9 horizontales :
23 m
K = 6,4 . 10-3 m/s
Crépine
112/125 mm 8 K = 1,8 . 10-3
24 m
K = 4 . 10-3
Graviers
2,5 mm K = 1,2 . 10-3
7
25 m K = 3 . 10-3
CRAIE
6
K = 6 . 10-5
26 m

K = 1,6 . 10-3
5
27 m
K = 1 . 10-5
K = 4 . 10-3
4
28 m

3
29 m

2
30 m

K < 4,3 . 10-7


1
31 m

58 Figure 5 : Un des essais au micromoulinet réalisé sur le site TDF.

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Des essais hydrodynamiques adaptés Pour remédier à ce problème,trois solutions furent étudiées:
Dans de nombreux cas, la détermination de la per- rabattement permanent de la nappe du Calcaire
méabilité des terrains se fait encore par la mise en œuvre de Saint-Ouen ; le débit nécessaire aurait été élevé
d’essais ponctuels (de type Lefranc, par exemple) qui, trop (de l’ordre de 100 m3/h[4]). Cette solution ne fut pas
localisés, ne sont pas suffisamment intégrateurs des carac- adopté car, d’une part les frais de fonctionnement
téristiques “globales” de l’aquifère et sont, par consé- auraient été excessifs, mais aussi on craignait sur-
quent, peu extrapolables. La mise en œuvre d’essais de tout qu’un tel pompage n’accélère des dissolutions
pompage à débit constant, avec observation du rabatte- d’amas gypseux présents dans les environs ;
ment dans le temps sur divers piézomètres à différentes contre structure depuis l’intérieur du bâtiment, sus-
distances, permet en général d’obtenir la transmissivité de ceptible de résister à une sous-pression de l’ordre
l’aquifère et d’en déduire une valeur de la perméabilité de 7 à 9 t/m2 ; cette solution, très onéreuse, aurait
horizontale moyenne avec une précision de 1 à 2, si l’on nécessité, en outre, le déménagement d’une partie
connaît la hauteur mouillée de l’aquifère. du central téléphonique, ce qui n’était pas envisa-
geable pratiquement ;
Dans certains cas, il peut être aussi très important
paroi moulée autour du bâtiment s’ancrant dans les
de connaître également la répartition verticale des per-
sables de Beauchamp, de faible perméabilité, avec
méabilités, couche par couche, par exemple lorsque l’exis-
pompage du très faible débit résiduel.
tence d’une couche de très faible perméabilité peut per-
mettre d’éviter la réalisation d’un fond injecté. La
réalisation d’un profil de vitesse (essai au micromoulinet) Forage de récupération
du débit résiduel
lors d’un pompage à débit constant permet d’obtenir ce
type de paramètre (Fig. 5).
3m
Niveau moyen
de la nappe
sans pompages
Un exemple de difficultés constructives Paroi étanche

liées à la présence d’eau dans le sol Niveau des


12m Marno-
eaux descendu calcaires
en 1974 15m de St-Ouen
Ces difficultés se rencontrent,(principalement en zone
Ancrage
urbaine et/ou industrialisée), lorsque les différents points 4m

précédents n’ont pas été pris en compte au stade des


Sables de Beauchamp
études. L’exemple concret ci-après, illustre ce propos. Ce
central téléphonique,fondé dans le calcaire de Saint-Ouen,
26m
a souffert, peu de temps après la fin de sa construction, de
venues d’eau qui se sont progressivement accrues jusqu’à
Marnes et caillasses et calcaire grossier
un débit journalier de l’ordre de 700 m3 en 1987.
Lors des reconnaissances géotechniques, effectuées
en 1974, le niveau de la nappe avait baissé de 3 m entre Figure 6 : Central téléphonique. Protection réalisée par paroi moulée péri-
une mesure effectuée en mars et une autre en décembre. phérique.
Le niveau prévu du fond de fouille était alors hors d’eau.
L’ampleur du rabattement observé ne pouvait s’expliquer C’est cette dernière solution qui fut adoptée (Fig. 6).
que par une modification de pompages à proximité. Le coût de l’opération s’éleva à 11 millions de francs, soit
environ 1,7 millions d’Euros. Le débit résiduel maximum fut
Il existait effectivement deux entreprises industrielles
estimé à 8 m3/h et resta de cet ordre de grandeur.
à proximité qui pompaient chacune 150 m3/h en moyen-
ne dans des forages, soit 300 m3/h au total dans la nap-
pe du Calcaire grossier et celle des sables de l’Yprésien. Des études complètes et détaillées
L’une de ces entreprises diminua ses prélèvements jus- sont indispensables
qu’à les annuler en 1980, et l’autre recycla progressive-
ment l’eau pompée, utilisée pour le refroidissement, en Des études hydrogéologiques, comportant toutes les
réinjectant l’eau dans un de leurs forages. L’effet de ces phases décrites ci-dessous :
pompages sur la nappe superficielle du calcaire de Saint- reconnaissance du contexte géologique et histo-
Ouen (rabattement par drainance) avait donc disparu. rique du site ; 59

4. Le rabattement au niveau de la nappe des Calcaires Grossiers et Sables de l’Yprésien aurait nécessité un débit de pompage encore plus élevé.

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

enquêtes de terrain ; Un premier projet fut d’abord établi, avant tout essai,
prévision du niveau des plus hautes eaux (NPHE) ; sur les hypothèses contractuelles : 220 m3/h pour une
reconnaissance des caractéristiques hydrodyna- nappe extérieure à 27 NGF, soit 400 m3/h en crue cin-
miques (par essais ou suivis de nappes) ; quantenale de la Seine (31,2 NGF = EE du DTU). Pour
répartition des perméabilités, atteindre ce débit contractuel, la perméabilité verticale
peuvent,non seulement aider -et c’est bien le moins- à pro- du fond, épais de 3 m, devait être de l’ordre de 4.10-6m/s.
téger les sous-sols contre les inondations (mais aussi contre Les essais de pompages de réception du fond injecté
des débits d’exhaure exagérés, des instabilités de fond de (vidange contrôlée de la “boite étanche” constituée par la
fouille, ou des pressions sous dallage), mais également paroi moulée périmétrique et le fond injecté au moyen de
conduire,dans bien des cas,à de très sérieuses économies de 8 puits de pompage, suivie sur un réseau intérieur d’une
construction,comme le montrent les deux exemples ci après. vingtaine de piézomètres) ont été, pour des raisons
constructives, réalisés en deux phases, sur deux secteurs
Sous sol drainé de l’immeuble de TF1 séparés par une paroi moulée.
Les sous-sols de l’immeuble TF1, à Boulogne-Billan- Ces essais démontrèrent que les injections dans le
court, d’une emprise au sol de 7 600 m2, situé à proximi- fond injecté étaient, à la fois, très homogènes et très net-
té immédiate de la Seine, comportent un tapis drainant, tement plus performantes que prévu (kV = 5.10-7 m/s), ce
réalisé en 1990, après mise en place d’une paroi moulée qui permit de retenir finalement un débit résiduel de
périphérique et d’un fond injecté dans la craie. Ce tapis 60 m3/h seulement en crue cinquantenale, donc de redi-
repose en pente, entre 22,60 et 21,60 NGF, sur la limite mensionner très largement à la baisse l’ensemble du dis-
craie/alluvions. positif drainant initialement envisagé.

60 Figure 7 : Projet et état final de l’immeuble TDF.

Géologues n°132
l’eau dans les études de sols

Immeuble TDF réalisé à Paris 15, en 1995[5] Le choix fut fait finalement de descendre la paroi péri-
Pour cet immeuble de 3500 m , qui devait comporter
2 métrique à la cote + 1 NGF seulement, ce qui permit de réa-
4 niveaux de sous sol à la cote 18 NGF, le projet initial pré- liser une économie de 1000 mètres carrés de paroi. Quant
voyait une paroi moulée descendue à -3 NGF, complétée aux injections du fond, prévues initialement sur la tota-
par un fond injecté, dans la craie entre -3 et 0 NGF ; l’étu- lité des 3500 m2 de sous sol, elles furent jugées totalement
de hydrogéologique entreprise visait, au départ, simple- inutiles et ne furent pas réalisées, la craie saine étant
ment à optimiser la profondeur de la paroi périphérique. naturellement d’une imperméabilité suffisante : un essai
Les essais au micromoulinet réalisés sur le site permirent final de réception en vraie grandeur montra un débit rési-
de localiser la craie compacte peu perméable (4 10-7 m/s) duel inférieur à 7,5 m3/heure.
vers 4 à 7 NGF, soit plusieurs mètres plus haut qu’initia- Ainsi, au prix d’une étude hydrogéologique légère
lement prévu. Cette observation nous a conduits à inciter mais bien ciblée (3 sondages, deux essais au micromou-
vivement le promoteur à réviser complètement sa posi- linet, un essai de réception), put ainsi être réalisée une
tion, tant sur la profondeur de la paroi, que sur le fond économie de l’ordre de 25 % du coût de l’ensemble des
injecté lui-même (Fig. 7). infrastructures profondes.

Informatique et géotechnique
Philippe Mestat (1)

Introduction la connaissance des phénomènes mécaniques et hydrau-


liques dus à la réalisation des travaux de construction.
Depuis une vingtaine d’années, l’informatique est Elles permettent aujourd’hui de réaliser des modèles tri-
devenue un outil essentiel pour le géotechnicien. Elle dimensionnels d’ouvrages complexes.
intervient, à tous les niveaux d’une étude géotechnique,
dans la reconnaissance des terrains, dans le prélèvement
des échantillons, dans les essais en place, dans les essais Méthodes numériques employées
en laboratoire, dans les calculs de dimensionnement des
ouvrages, dans les techniques de construction et, enfin, en géotechnique
dans le suivi des travaux ou de la vie d’un ouvrage. L’in- Les méthodes de calcul utilisées couramment ont
formatique a permis d’automatiser nombre de procédures pour objet, d’une part, la vérification de la stabilité et l’es-
et de rendre continus l’acquisition, le traitement et le sui- timation des mouvements des ouvrages et, d’autre part,
vi de l’information (méthode de surveillance des ouvrages, le dimensionnement de certaines de leurs parties (carac-
bases de données, analyse d’images, systèmes d’intelli- téristiques géométriques et mécaniques d’un revêtement
gence artificielle). La réalisation des essais en place ou en de tunnel, d’un rideau de palplanches, d’un renforcement,
laboratoire a été facilitée par l’utilisation de logiciels et de etc.). Pour cela, les ingénieurs s’intéressent :
matériels adaptés (système de pilotage des essais de labo- aux champs de contraintes et de pressions inters-
ratoire par ordinateur, système de forage avec mesures titielles autour des ouvrages, afin d’évaluer leur sta-
de paramètres, système de mesures lente et rapide, trai- bilité d’ensemble (capacité de résistance du massif
tement des mesures des capteurs, etc.). de sol, évaluation de charges limites et de coeffi-
De grands progrès ont également été réalisés dans le cients de sécurité) ;
domaine du calcul numérique sur ordinateur. Ils ont aux efforts et moments transmis aux superstruc-
conduit au développement de nouvelles méthodes de tures, pour pouvoir dimensionner ces dernières en
dimensionnement et d’analyse du fonctionnement des tenant compte de l’ensemble des actions qui leur
ouvrages. Les méthodes numériques, essentiellement fon- sont appliquées ;
dées sur la modélisation du comportement des maté- aux champs de déplacements autour des ouvrages
riaux rencontrés en Génie Civil (métaux, sols, roches, eau, et à la surface du sol afin notamment d’en évaluer
gaz, géosynthétiques, etc.) et de leurs interfaces (inter- les tassements (verticaux, différentiels, immédiats,
actions sol-structures par exemple), ont fait progresser différés). Ce type d’analyse fournit également des 61

5. Ce cas fera prochainement l’objet d’une publication détaillée par Gérard Monnier dans la revue Française de Géotechnique.
1. Laboratoire Central des Ponts et Chaussées
58, boulevard Lefèvre - 75015 Paris - Tél. 01 40 43 52 68 - Fax. 01 40 43 54 98
E-mail : mestat@[Link]

Géologues n°132
informatique & géotechnique

modèles pour l’interprétation des mesures réali- bi- ou tridimensionnelle, milieu continu ou discontinu,
sées en cours de chantier. hétérogénéités, non-linéarités de comportement, interac-
Ces résultats sont obtenus par trois types de méthodes tions sol-structures,etc.),et en fonction du résultat recher-
numériques : ché (cœfficient de sécurité, charge limite, champs de
contraintes et de déplacements),la méthode de calcul peut
des analyses de stabilité (méthode des caractéris-
ne pas être la même. Aucune des méthodes numériques
tiques ou des lignes de glissement ; méthodes des
actuellement disponibles n’est parfaitement adaptée à
tranches ; calcul à la rupture, approches cinéma-
tous les types d’ouvrages de géotechnique. Même s’il exis-
tique et statique ; méthode d’équilibre limite ;
te des méthodes générales (comme la méthode des élé-
méthode d’éléments finis avec régularisation visco-
ments finis),certaines méthodes restent plus efficaces que
plastique) ;
d’autres lorsque l’on s’intéresse à un aspect particulier d’un
des méthodes de calcul “simples”en déformations problème. On peut citer deux exemples significatifs : la
ou en déplacements (méthodes semi-empiriques ; méthode des lignes de glissement ou des caractéristiques
méthodes pressiométrique et pénétrométrique ; est très efficace pour calculer les charges limites dans le
méthode des cœfficients de réaction ; méthode cas des fondations superficielles et la méthode des tranches
convergence-confinement) ; est bien adaptée aux calculs de stabilité de pentes.
des méthodes générales par discrétisation spatia- L’existence et l’utilisation de toutes ces méthodes
le qui fournissent, à la fois, les champs de conduisent à s’interroger sur leur cohérence. En effet, un
contraintes, de déformations et de déplacements. résultat qui dépendrait de la méthode de calcul choisie
Pour les milieux continus : éléments finis (MEF) ; pose un problème délicat à l’ingénieur ou au chercheur.
différences finies (MDF) ; équations intégrales (EI) ; Par exemple, l’analyse de la stabilité d’un ouvrage de sou-
méthodes couplées (EI + MEF). Pour les milieux dis- tènement peut être effectuée à l’aide de différentes
continus : éléments finis avec des joints ou des élé- méthodes : méthode de l’équilibre limite, méthode des
ments d’interface ; éléments distincts (blocs défor- lignes de glissement (caractéristiques), méthodes de l’ana-
mables ou non). lyse limite ou encore méthodes numériques de calcul en
Ces méthodes générales permettent aux ingénieurs déformations.
et aux chercheurs de “modéliser” des problèmes de géo- La différence entre les résultats des méthodes clas-
technique et d’utiliser les résultats des calculs à des fins siques d’analyse de stabilité et ceux obtenus par la métho-
diverses telles que l’étude de faisabilité d’un projet, le de des éléments finis (de type déplacements) est relati-
choix d’une technique d’exécution, l’optimisation de la vement faible pour la plupart des problèmes. Il est
géométrie des ouvrages à construire, la prévision des aujourd’hui assez fréquent de mener des études de sta-
déformations en cours de travaux, l’expertise pour appré- bilité avec la méthode des éléments finis de type dépla-
hender les phénomènes mécaniques ayant pu provoquer cements. En revanche pour les méthodes en déforma-
des désordres dans les ouvrages et pour proposer des tions ou en déplacements, la comparaison est plus délicate
solutions de confortement, l’étude paramétrique d’ou- car elle dépend étroitement de la manière dont est pris en
vrages types, permettant d’envisager des procédures sim- compte le comportement “réel” du sol. Par exemple,
plifiées de dimensionnement. lorsque l’action du sol est décrit par des coefficients empi-
riques (cœfficients de réaction) ou par une loi rhéologique
Performances des méthodes (élastoplasticité), il est parfois difficile de comparer les
résultats de calcul, car, dans un cas l’interaction sol-struc-
numériques ture est unidimensionnelle et, dans l’autre, elle peut être
Le développement de ces méthodes s’appuie sur l’ob- bidimensionnelle ou véritablement tridimensionnelle.
servation et l’instrumentation d’ouvrages in situ, les études Les hypothèses qui fondent chaque modèle et la varia-
expérimentales en laboratoire (essais sur éprouvettes ou bilité des paramètres de déformabilité compliquent la
sur modèles réduits), les études théoriques de modélisa- comparaison. Cependant, toutes les méthodes comportent
tion (lois de comportement et prises en compte des inter- une part importante d’analyse, plus ou moins cachée, du
actions sol-fluide-structures) et la programmation dans comportement “réel” des sols. C’est ce point qui permet,
des codes de calcul numérique. pour un même domaine de validité, d’obtenir assez sou-
62 Selon le degré de complexité de l’analyse (géométrie vent des résultats concordants entre une méthode semi-

Géologues n°132
informatique & géotechnique

empirique (éprouvée par la pratique des ingénieurs) et ment pour les ouvrages souterrains et les grands bar-
une méthode numérique. rages) font appel aux modèles numériques.
Indépendamment de ces aspects comparatifs, les
méthodes de calcul traditionnelles sont relativement limi-
Validation des modèles numériques
tées et ne peuvent traiter les géométries complexes des
structures et des sols (par exemple pour l’évaluation des La modélisation numérique par discrétisation vise à
tassements différentiels), ni les étapes successives des fournir des outils de calcul prévisionnel du comportement
travaux. Seule l’utilisation d’une méthode numérique des ouvrages. Pour que ces prévisions soient fiables, il faut
(comme les éléments finis) permet de prendre en comp- que les modèles soient testés et éprouvés. La validation des
te ces “données” dans l’étude de la construction d’un modèles se retrouve ainsi au cœur des activités de nom-
ouvrage. Ce type d’analyse est d’autant plus intéressant breux centres de recherche et d’associations savantes
que la mise en œuvre de certaines techniques (excava- nationales et internationales. Ces recherches visent à pro-
tion, creusement des tunnels) montre que la situation la duire un référentiel de tests spécifique à la géotechnique,
plus défavorable ne correspond pas toujours à l’état final permettant de valider les codes de calcul sur des solu-
de l’ouvrage. La figure 1 présente deux exemples de calcul tions théoriques et sur des cas réels.
par éléments finis réalisés récemment au Laboratoire Cen- Si les techniques de calcul sont relativement bien au
tral des Ponts et Chaussées (LCPC). Actuellement, on peut point, les lois de comportement des sols et les lois d’inter-
affirmer que tous les grands projets du Génie Civil (notam- actions sol-structures sont encore mal connues. De ce fait,

Figure 1 : Deux exemples de calcul par éléments finis réalisés au LCPC. 63

Géologues n°132
informatique & géotechnique

les prévisions des modèles numériques d’ouvrages peu-


vent être peu réalistes. Des progrès dans le domaine de la
rhéologie sont nécessaires. Ils devraient se traduire par le
perfectionnement des modèles théoriques,résultant d’une
“double-validation”,à la fois sur les essais de caractérisation
du comportement des sols (en laboratoire ou in situ) et sur
les mesures réalisées sur des ouvrages en vraie grandeur.
Pour apprécier la validation des méthodes numériques
appliquées en géotechnique et capitaliser le savoir acquis,
la section du Calcul des Ouvrages Géotechniques du LCPC
a développé une base de données consacrée aux confron-
tations “calculs par éléments finis-mesures sur ouvrages
en vraie grandeur”. Cette base, appelée MOMIS (Modéli-
sation des Ouvrages et Mesures In Situ), est alimentée par
Figure 3 : Comparaison entre les déplacements horizontaux maximaux
une veille technologique entamée en 1996. Les ouvrages calculés et mesurés pour des rideaux de palplanches. Les carrés
étudiés sont actuellement les remblais (sur sols non ren- représentent les prévisions effectuées avant que ne soit réalisé l’ou-
forcés), les ouvrages souterrains et les rideaux de pal- vrage expérimental (Extraits de la base de données MOMIS).

planches. Plus de 250 comparaisons ont été analysées et


synthétisées. L’objectif est de quantifier l’erreur de modè- prouver que leurs logiciels donnent de bons résultats dans
le et de tirer les leçons des modélisations d’ouvrages réels les domaines d’études concernés par chaque projet. La
réalisées dans le passé en termes de types d’analyse, de “preuve” consiste à confectionner des dossiers de valida-
caractéristiques des maillages et de paramètres de calcul. tion et parfois à réaliser certains cas-tests demandés par
Les figures 2 et 3 illustrent deux exemples d’exploitation les organismes de contrôle. Les recherches évoquées pré-
de cette base: comparaison calculs-mesures sur les dépla- cédemment vont dans ce sens, qui est aussi celui de l’As-
cements verticaux maximaux en surface (section trans- surance-Qualité dans les études de géotechnique.
versale des tunnels) et comparaison calculs-mesures sur les
déplacements horizontaux d’un rideau de palplanches.
La validation des logiciels de calcul est également un
Conclusions et perspectives
enjeu important pour les entreprises et bureaux d’études La maîtrise de l’informatique et des outils de modé-
franç[Link] effet,ceux-ci rencontrent régulièrement des dif- lisation numérique est aujourd’hui un enjeu majeur pour
ficultés pour utiliser leurs logiciels à l’étranger. Ils doivent l’ingénierie moderne, car les modèles concourent de plus
en plus à l’élaboration des projets d’ouvrages et à leur
optimisation (tant du point de vue mécanique que de
leur coût financier). La compréhension et la prévision du
fonctionnement des ouvrages et de leurs interactions
avec l’environnement sont devenues des aspects essen-
tiels de la recherche appliquée en géotechnique.

Figures 2 : Comparaison entre les déplacements verticaux maximaux en


surface calculés et mesurés (section transversale des tunnels). Les
carrés représentent les prévisions effectuées avant que ne soit
réalisé l’ouvrage expérimental (Extraits de la base de données
64 MOMIS).

Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

La normalisation en géotechnique
Moulay Idriss Zerhouni (1) , Gérard Bigot (2)

Introduction fournit des règles, des lignes directrices ou des caractéris-


tiques pour des activités,ou leurs résultats,garantissant un
En France, la normalisation dans le domaine de la niveau d’ordre optimal dans un contexte donné.Une norme
géotechnique s’est intensifiée à partir de 1988, sous l’im- doit être univoque et non ambiguë.Son respect doit garan-
pulsion de l’Association Française de Normalisation tir un résultat et donc des décisions basées sur ce résultat
(AFNOR) et du Bureau de Normalisation Sols et Routes de manière reproductible et avec une marge d’erreur connue
(BNSR). Ce dernier, pris en charge par le Laboratoire Cen- à l’avance.C’est pourquoi elle est utilisée:dans les marchés
tral des Ponts et Chaussées (LCPC) et le Service d’Etudes comme spécification technique, dans les contrats com-
Techniques des Routes et Autoroutes (SETRA), a permis merciaux pour clarifier les relations client-fournisseur,dans
la création de différentes commissions de normalisation l’évaluation de la compétence et de la capacité à atteindre
chargées d’élaborer, dans ce domaine, des normes d’essais, la qualité en vue d’accréditation ou de certification,et dans
de justification du dimensionnement d’ouvrages géo- bien d’autres applications. De par son mode d’élaboration
techniques, d’exécution de travaux et de services. elle constitue un référentiel accepté par tous.
En Europe,le Comité Européen de Normalisation (CEN) Une norme est d’application volontaire et contrac-
œuvre également dans le domaine de la géotechnique à tuelle. Mais, de manière réglementaire (cf. décret du
l’harmonisation des pratiques et règles professionnelles 26/01/1984), certaines normes homologuées sont ren-
des différents pays membres de la Communauté euro- dues d’application obligatoire par arrêté ministériel. C’est
péenne et produit des textes normatifs qui,une fois ratifiés, notamment le cas pour des raisons d’ordre public, de sécu-
deviennent des normes applicables dans chaque pays. Ces rité publique, de protection de l’environnement, de pro-
textes se substituent alors à ceux existants,propres au pays. tection du patrimoine national,de loyauté des transactions
Au niveau international, une activité normative est commerciales, de défense du consommateur, ...
également conduite au sein de l’ISO (International Orga- A ce jour, en France, il y a environ cent cinquante
nization for Standardization; Organisation Internationale normes homologuées d’application obligatoire. Les autres
de Normalisation). Un accord a été conclu entre le CEN et normes homologuées ne sont d’application obligatoire
l’ISO afin d’aboutir à des normes au contenu identique. L’AF- que dans le cadre des marchés publics, sauf recours aux
NOR se charge de coordonner, en France, l’ensemble des procédures spécifiques de dérogation (cf. circulaire du 5
travaux normatifs français, européens et internationaux juillet 1994). Il existe trois types de norme publiés par l’AF-
et d’en assurer la publication. NOR avec les statuts suivants :
norme homologuée, portant l’indication “NF” ;
La normalisation et les différents norme expérimentale, portant l’indication “XP” ;
types de norme fascicule de documentation,portant l’indication “FD”.
Ces documents peuvent être d’origine française, euro-
Une norme est un document de référence qui appor-
péenne ou internationale. Lorsque les normes sont d’ori-
te des réponses à des questions techniques et commer-
gine européenne (EN) ou internationale (ISO), elles sont
ciales que se posent de façon répétée les acteurs, sur des
toujours précédées du sigle correspondant à leur statut en
produits, des biens d’équipement ou des services. Elle est
France. La codification des documents est la suivante :
élaborée en consensus par l’ensemble des acteurs d’un
marché (producteurs, utilisateurs, laboratoires, pouvoirs NF EN : norme homologuée d’origine européenne
publics, consommateurs, ...). Elle a pour vocation de pré- ou NF ISO si l’origine est internationale , voire NF EN
senter l’état de l’art, reconnu par l’ensemble des parties ISO en cas d’accord ;
concernées par une technique ou une pratique répétitive. XP ENV : norme expérimentale provenant d’une
Etant le fruit d’une réflexion approfondie des experts qui prénorme européenne ;
participent à sa mise au point, une norme est établie par FD HD: fascicule de documentation issu d’un docu-
consensus et approuvée par un organisme reconnu. Elle ment d’harmonisation européen. 65

1. Responsable Qualité - SOLEN Géotechnique


16, allée Prométhée - BP 169 - 28000 Chartres - Tél. 02 37 88 03 48 - Fax. 02 37 30 90 75
[Link] : [Link]@[Link]
2. Bureau de Normalisation Sols et Routes - Laboratoire Régional de l’Est Parisien
319, avenue Georges Clemenceau - BP 505 - Vaux-Le-Pénil - 77015 Melun - Tél. 01 60 56 64 30
[Link] : [Link]@[Link]
Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

Ces différents identifiants figurent en page de garde vue du contenu, quatre grandes catégories de documents
de la norme (voir figure 1). A noter que dans le domaine du normatifs sont édités par l’AFNOR. Il s’agit :
Bâtiment, les Documents Techniques Unifiés (DTU), établis des normes fondamentales, parmi lesquelles on
à l’initiative du Centre Scientifique et Technique du Bâti- trouve les textes normatifs de terminologie, les
ment (CSTB) sont répertoriés, soit comme norme homo- textes de métrologie, les conventions de signes et
loguée, soit comme norme expérimentale. Du point de symboles ;

Référence du document
et millésime. Les normes
homologuées sont précédées
du sigle NF suivi du sigle
EN dans le cas d’une norme
Selon le cas : européenne.
• norme française Les normes expérimentales
• normalisation française FA038633 ISSN 0335-3931 sont précédées du sigle XP
• norme européenne et les fascicules de
norme française norme européenne NF EN 1538
Mai 2000
documentation du sigle FD

norme française Indice de classement : P 94-320 Indice de classement

ICS : 93.020
Domaine dans lequel
Titre Exécution de travaux géotechniques spéciaux le document a été classé
selon la classification
Parois moulées

Traduction en anglais
et en allemand du titre
du document
en
E : Execution of special geotechnical works — Diaphragm walls
D : Ausführung von besonderen geotechnischen Arbeiten (Spezialtiefbau) —
Schlitzwände
internationale pour les
normes (ICS)

Date de la décision
m
d’homologation ou
date de la mise en Norme française homologuée
application par décision du Directeur Général d’AFNOR le 5 avril 2000 pour prendre effet
le 5 mai 2000.
i
Correspondance La Norme européenne EN 1538:2000 a le statut d'une norme française.
éc

Analyse Le présent document s'applique à l'exécution des parois moulées dans le sol. Il
donne les prescriptions concernant la réalisation des travaux et celles relatives aux
matériaux et produits. Il précise les aspects pratiques devant être pris en compte
pour l'établissemnt des plans d’exécution ainsi que le contrôle à faire pour les dif-
férents types de paroi de soutènement et de paroi d'étanchéité.
Sp

Descripteurs Thésaurus International Technique : sol, paroi, définition, matériau, béton, coulis,
mortier, acier, conception, armature, conditions d'exécution, bétonnage, contrôle.

Modifications

Corrections
Organisme éditeur
du document Éditée et diffusée par l’Association Française de Normalisation (AFNOR), Tour Europe 92049 Paris La Défense Cedex
Tél : 01 42 91 55 55 — Tél. international : + 33 1 42 91 55 55

© AFNOR 2000 AFNOR 2000 1er tirage 2000-05-F Année et mois du tirage

Les normes françaises sont éditées au format A4 (21 x 29,7 cm)

66 Figure 1 : Descriptif d’une norme française.

Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

des normes de spécification qui fixent les caracté- celle pour l’exécution des travaux géotechniques
ristiques d’un produit ou d’un service ou encore avec notamment la réalisation de travaux géo-
des seuils de performances et des exigences à techniques spéciaux de fondation, de renforcement,
atteindre lors de leur mise en œuvre ; de soutènement, de consolidation, les travaux de
des normes de méthodes d’essai et d’analyse qui terrassement, etc. ;
définissent l’appareillage, le mode opératoire, et enfin, celle concernant l’organisation et les services,
les résultats d’essai et d’analyse à présenter. Lorsqu’il dans laquelle on retrouve les textes et documents
s’agit d’un produit, les normes en déterminent les relatifs aux missions géotechniques et aux mar-
caractéristiques ou les performances ; chés de travaux.
des normes d’organisation et de service qui four- C’est sous l’égide de l’AFNOR et du BNSR, que sont
nissent, en général, les lignes directrices et exi- organisées les commissions de normalisation (CN) dans
gences à satisfaire pour une organisation ou un le domaine de la géotechnique. Chaque commission est
service, telle la description des fonctions et leurs constituée de différents intervenants représentant les
liaisons. Les référentiels normatifs de certification, organismes intéressés par les travaux de cette commission
d’accréditation ou encore ceux définissant les rela- (Entreprises, Maîtres d’œuvre, Bureaux d’études, Bureaux
tions client - fournisseur, telles les missions géo- d’études géotechniques, Entreprises de sondage, Bureaux
techniques, en sont un exemple. de contrôle, Donneurs d’ordre et Maîtres d’ouvrage, Admi-
Le processus d’élaboration d’une norme comporte les nistrations, Organismes de prévention). On en dénombre
étapes indiquées dans le tableau 1. ainsi dix (voir Fig.2).
Les commissions actuellement en activité sont au
étapes responsable
nombre de cinq pour les essais géotechniques, deux pour
Préparation Groupe d’experts
la justification des ouvrages et une pour l’exécution des
Avant projet Commission de normalisation
travaux géotechniques.
Enquête probatoire[1] AFNOR[2]
Analyse et élaboration du projet définitif Commission de normalisation Essais géotechniques
Publication AFNOR
Commission de Normalisation “Sols, Reconnaissance et
Révision Commission de normalisation
Essais” (CNSRE).Elle élabore et rédige les normes relatives
[1] La date de fin d’enquête est publiée au Journal Officiel et dans la revue “Enjeux”,éditée par l’AFNOR.
[2] Dans le cas d’un avant-projet de norme expérimentale, l’enquête est du ressort de la commis- à la reconnaissance des sites par essais en laboratoire et
sion de normalisation.
essais sur site en vue de décrire, identifier et caractériser
Tableau 1 : Etapes dans le processus d’élaboration d’une norme.
le comportement des sols. Les normes et projets relatifs
aux essais d’auscultation des éléments de fondations ou
Il est à noter qu’afin de faciliter l’application des de soutènements sont également du ressort de cette
normes, de nouveaux documents normatifs vont appa- commission. Elle assure aussi la liaison avec le comité
raître sous la forme de référentiels de bonne pratique, technique européen CEN/TC341“prélèvements et essais
d’accords entre acteurs et de guides d’application. géotechniques”, nouvellement créé et avec celui de
l’ISO/TC182,en tant que Groupe Miroir Français (GMFEG);
Commission de Normalisation “Granulats”, qui œuvre
Les structures normatives françaises pour l’élaboration, la révision et l’harmonisation, au
en géotechnique niveau européen, des normes d’essais et de spécification
En France, la normalisation dans le domaine de la des granulats, en particulier ceux utilisés en géotech-
géotechnique couvre quatre grandes rubriques : nique . Elle assure la liaison avec le CEN/TC 154 ;
celle des essais géotechniques, qui concerne aussi Commission de Normalisation “Géosynthétiques” qui
bien les essais en laboratoire, les essais sur site et élabore et rédige les normes de spécification et d’es-
l’auscultation d’ouvrages géotechniques ; sais relatives aux géotextiles et aux géomembranes.
celle relative à la justification des ouvrages géo- Elle constitue le groupe miroir du CEN/TC 189 ;
techniques comme les fondations superficielles et Commission de Normalisation “Exécution des Terrasse-
profondes, les soutènements (murs et écrans), le ments” (CNET), qui s’attache à l’établissement de normes
renforcement des sols par inclusions et les ouvrages dans le domaine de l’exécution des terrassements. Cet-
en terre ; te commission est à l’origine, entre autres, de plusieurs 67

Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

ORGANISATION DE LA NORMALISATION DANS LE DOMAINE DE LA GÉOTECHNIQUE

BNSR AFNOR CEN

CCNG Point d’entrée


Prés.: JP. Magnan GEEC 7 BNSR - MELUN
Secr.: S. Amar G. Bigot

JUSTIFICATION EXECUTION
ESSAIS ORGANISATION
des OUVRAGES des TRAVAUX
GÉOTECHNIQUES ET SERVICES
GÉOTECHNIQUES GÉOTECHNIQUES

CN SRE CN JOG CN ETG CN Missions Géotechiques


Prés.: H. Honin Prés.: P. Vezole Prés.: D. Gouvenot Prés.: A. Isnard
Secr.: G. Bigot Secr.: G. Bigot Secr.: Y. Canépa Secr.: S. Fernandez

GMFEG-CEN/TC 341 GMF-CEN/TC 288


G1 - WG1 WG9
G2 - WG2 WG10
G3 - WG3 SC Fondations Superficielles WG11
G4 - WG4 Prés.: P. Vezole WG12
G5 - WG5 Secr.: G. Bigot

CN Granulats SC Fondations Profondes


Prés.: J. Roudier Prés.: F. Baguelin
Secr.: Y. Descantes Secr.: Y. Canépa
G1: Contrôle des pieux
G2: Bases de données
CN Géosynthétiques
G3: Méthode de calcul
Prés.: P. Delmas
Secr.: F. Caquel
SC Soutènements
Prés.: P. Vezole
CN E.T.
Secr.: G. Bigot
Prés.: G. Bolle
G1: Généralités
Secr.: C. Drouaux
G2: Murs
G3: Ecrans
CN ROC
Prés.: P. Duffaut
CN R.S.I.
Secr.: G. Bigot
Prés.: F. Schlosser
Secr.: G. Bigot

CN Ouvrages en terre
Prés.:
Secr.:

68 Figure 2 : Organigramme des commissions de normalisation. Prés. : Président ; Secr. : Secrétaire.

Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

normes d’essais pour le contrôle de l’exécution des tra- techniques. L’activité géotechnique du CEN s’insère dans
vaux de terrassements ; celle du domaine du Bâtiment et du Génie Civil auquel sont
Commission de Normalisation “Roches”, qui a pour mis- rattachés une quarantaine de Comités Techniques (Tech-
sion l’élaboration et la rédaction des normes d’essais nical Committees,TC) dont cinq ont rapport à la géotech-
sur roches, aussi bien en laboratoire que sur site. nique et sont présentés ci-après.
Le CEN/TC 154 - “granulats”, créé au niveau européen
Justification des ouvrages en 1988, comporte actuellement six sous-comités répar-
Commission de Normalisation “Justification des Ouvrages tis comme suit :
Géotechniques” (CNJOG). Cette commission fonctionne SC1 - Granulats pour mortiers ;
avec 3 sous-commissions ayant en charge respective- SC2 - Granulats pour bétons ;
ment les Fondations superficielles, les Fondations pro- SC3 - Granulats avec liants bitumineux ;
fondes et les Soutènements. Dans chacune de ces sous- SC4 - Granulats traités ou non traités aux liants
commissions,des groupes de travail élaborent les projets hydrauliques ;
de norme spécifiques à un thème particulier (voir orga- SC5 - Granulats artificiels ;
nigramme Fig. 2) ; SC6 - Méthodes d’essais des granulats.
Commission de Normalisation “Renforcement des Sols
Au sein de ces sous-comités, existent des groupes de
et Inclusions” (CNRSI). Cette commission a en charge
travail (Working Groups, WG) qui sont chargés de définir
l’élaboration des normes traitant du renforcement des
les propriétés importantes (géométriques, physiques,
sols au moyen d’inclusions tels les clous, les armatures
mécaniques, chimiques, etc.), de choisir l’essai convenant
de renforcement, etc.
pour chaque propriété et d’établir la norme correspon-
Exécution des travaux géotechniques dante. Actuellement, dans ce TC, une vingtaine de projets
de normes sont en cours d’élaboration ou d’approbation.
Commission de Normalisation Exécution des Travaux
Géotechniques (CNETG). En tant que groupe miroir fran- Le CEN/TC 189 - “Géotextiles et produits apparentés”
çais, elle participe aux travaux d’élaboration des normes a été créé en 1989 et comporte cinq groupes de travail :
auprès du comité technique européen CEN/TC 288. WG1 - Spécifications générales et particulières. Cri-
La coordination entre les travaux de ces différentes tères de performances ;
commissions et les travaux du CEN/TC250, qui élabore les WG2 - Terminologie, identification, échantillonna-
Eurocodes,est assurée par la Commission de Coordination ge, classification ;
de la Normalisation dans le domaine Géotechnique (CCNG). WG3 - Propriétés mécaniques ;
WG4 - Propriétés hydrauliques ;
D’autres commissions de normalisation, ne dépen-
WG5 - Durabilité.
dant pas du BNSR, sont également appelées à établir des
projets de norme liés au domaine géotechnique. On peut Son programme de travail actuel, avec plus de 45 pro-
citer par exemple, celles traitant de la qualité du sol ou jets de normes en cours, porte à la fois sur les essais, les
encore des déchets et qui peuvent s’intéresser à certains propriétés des produits et leurs conditions d’emploi dans
aspects liés à la géotechnique, tels la perméabilité, les les ouvrages. Plus du tiers de ce programme normatif est
prélèvements de sols ou d’eau. en cours d’approbation.
Le CEN/TC 250 - “Eurocodes structuraux” a en charge
Les structures normatives européennes la rédaction des normes européennes de conception, de
dimensionnement et de justification des structures de
en géotechnique bâtiment et de Génie Civil, appelées encore Eurocodes. Il
Le Centre Européen de Nomalisation (CEN),association est divisé en neuf sous-comités, ayant chacun pour tâche
de droit belge, créée en 1961. Il regroupe 19 pays membres la rédaction d’un Eurocode :
(dont les 15 pays de l’Union Européenne) et 14 pays affiliés. SC1 - Eurocode 1 : Bases de calcul et actions sur les
Dans le cadre du CEN, depuis plusieurs années, des structures ;
moyens importants sont consacrés à l’élaboration d’un SC2 - Eurocode 2 : Calcul des structures en béton ;
corps de normes européennes couvrant la conception et SC3 - Eurocode 3 : Calcul des structures en acier ;
l’exécution des ouvrages et travaux géotechniques et, SC4 - Eurocode 4 :Calcul des structures mixtes acier-
plus récemment, de la reconnaissance et des essais géo- béton ; 69

Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

SC5 - Eurocode 5 : Calcul des structures en bois ; WG11 - Drains verticaux ;


SC6 - Eurocode 6 : Calcul des structures en maçon- WG12 - Vibration profonde.
neries ; Les groupes de travail WG10, WG11 et WG12 ont été
SC7 - Eurocode 7 : Calcul géotechnique ; créés en 1999. Les groupes WG1 à WG7, ayant terminé les
SC8 - Eurocode 8 : Résistance des structures aux tâches qui leur avaient été assignées, ont été dissous. Les
séismes ; projets de normes restant actuellement à l’ordre du jour
SC9 - Eurocode 9 : Calcul des structures en alliages. de ce comité correspondent aux travaux des groupes WG8
Les Eurocodes sont d’abord rédigés et publiés en tant à WG12. Leur suivi est assuré par le groupe miroir fran-
que prénorme européenne (statut ENV) pour être expé- çais correspondant (CNETG).
rimentés pendant une durée de trois ans en coexistence Le CEN/TC 341 - “Reconnaissance et essais géotech-
avec les documents d’application nationale (DAN). Au niques”, comité récemment créé, a en charge l’élabora-
bout de deux ans d’existence, les membres du CEN se tion et l’harmonisation des textes normatifs relatifs aux
déterminent sur le devenir de cette prénorme qui peut reconnaissances, prélèvements et essais en géotechnique.
être, soit prolongée, soit supprimée, soit transformée en Il compte actuellement cinq groupes de travail, suivis par
norme européenne (EN). A l’entrée en vigueur de l’Euro- le groupe miroir GMFEG :
code publié sous forme de norme européenne, les normes
WG1 : Méthodes de forage, de prélèvements et de
nationales en contradiction doivent être annulées par les
mesure des pressions d’eau ;
pays membres. En ce qui concerne, l’Eurocode 7, traitant
WG2 : Essai de pénétration statique CPT et essai au
du calcul géotechnique, il compte actuellement 3 textes :
piézocône CPTu ;
XP ENV 1997-1 : Eurocode 7 - Calcul Géotechnique - Par- WG3 : Essais de pénétration dynamique DPT et essai
tie 1 : Règles générales ; au carottier de pénétration SPT ;
XP ENV 1997-2 : Eurocode 7 - Calcul Géotechnique - Par- WG4 : Essais des structures géotechniques (pieux,
tie 2 : Calcul sur la base d’essais de laboratoire ; ancrages, fondations superficielles, clous et
XP ENV 1997-3 : Eurocode 7 - Calcul Géotechnique - Par- renforcement des sols) ;
tie 3 : Calcul sur la base d’essais en place. WG5 : Essai d’expansion en forage (pressiomètre,
La partie 1 existe depuis 1996 en tant que prénorme dilatomètre).
européenne. Sa transformation en norme européenne D’autres groupes (WG) sont en cours de constitution afin
est en cours et sa publication est prévue en 2003. Au de couvrir l’ensemble des essais en laboratoire et en place.
niveau français, cette norme sera accompagnée d’une
norme d’application nationale. Les parties 2 et 3 ont fait
l’objet d’une enquête probatoire en 2001 et vont être
Normes parues en France : état actuel
transformées en normes européennes. Plus de 100 normes ont été publiées, en France, dans
Le CEN/TC 288 - “Exécution des travaux géotechniques le domaine géotechnique (sols, roches et granulats). Le
spéciaux”, créé en 1992, a comme champ de compétences tableau 2 donne une synthèse des parutions suivant la
la normalisation des procédés d’exécution des travaux nature de la norme et son statut. Il précise également la
géotechniques (y compris les méthodes d’essai et de contrô- référence de la classe correspondante.
le de ces procédés) et des propriétés requises des matériaux.
nombre de nombre de
Ce comité comprend douze groupes de travail : nature normes normes
homologuées expérimentales classification
WG1 - Parois moulées ; (statut nf) (statut xp)
WG2 - Ancrages ; Essais en laboratoire 36 12 P 94, P 18
WG3 - Pieux forés ; Essais sur site 21 4 P 94, X 30
WG4 - Palplanches ; Auscultation d’ouvrages 12 2 P 94
Justification des ouvrages P 94
WG5 - Pieux avec refoulement ; géotechniques 6 4 P 11 (DTU)
WG6 - Injection ; Exécution des travaux P 94
12 2
WG7 - Injections à jet à haute pression ; géotechniques P 11 (DTU)
WG8 - Micropieux ; Organisation et Services 3 - P 94, P 03
WG9 - Renforcement des sols (TG1: clouage et TG2: total 90 24

Remblais renforcés) ; Tableau 2 : Normes publiées en relation avec le domaine géotechnique


70 WG10 - Colonnes de sols traités ; (Novembre 2001).

Géologues n°132
la normalisation en géotechnique

CN : Commission de Normalisation
Conclusion
CNET : Commission de Normalisation “Exécution des Terrasse-
Depuis plus de 10 ans, un effort considérable a été ments”
fourni pour élaborer, formaliser et obtenir un consensus CNETG : Commission de Normalisation “Exécution des Travaux Géo-
techniques”
sur plus d’une centaine de textes normatifs régissant une
CNJOG : Commission de Normalisation “Justification des Ouvrages
grande part des activités de la Géotechnique française. Sur Géotechniques”
le plan européen, compte tenu de certains aspects qui CNROC : Commission de Normalisation “Roches”
divergent entre les pays adhérents au CEN, cet effort est CNRSI : Commission de Normalisation “Renforcement des Sols par
encore plus considérable pour obtenir un consensus et Inclusions”
une harmonisation la plus satisfaisante possible. CNSRE : Commission de Normalisation Sols “Reconnaissance et
Essais”
Un travail important reste encore à venir, pour har-
CSTB : Centre Scientifique et Technique du Bâtiment
moniser les normes,comme en témoigne la création récen-
DTU : Document Technique Unifié
te du CEN/TC341 et adapter les normes de justification
FD : Fascicule de Documentation
des ouvrages géotechniques consécutive à la parution
G: Groupe
des Eurocodes, en particulier de l’Eurocode 7. En outre, la
GEEC7 : Groupe d’Etudes de l’Eurocode 7
nécessité d’harmoniser les normes d’organisation et de ser- GMF : Groupe Miroir Français
vice se fait déjà sentir afin de répondre aux besoins expri- GMFEG : Groupe Miroir Français Essais Géotechniques du CEN/TC341
més par les clients dans le cadre des marchés et contrats HD : Harmonization Document (Document d’Harmonisation)
intra-communautaires et fournir ainsi des référentiels ISO : International Organization for Standardization (Organisa-
communs aux différents prestataires européens en géo- tion Internationale de Normalisation)
technique. LCPC : Laboratoire Central des Ponts et Chaussées
NF EN : Norme homologuée d’origine européenne
Bibliographie : NF EN ISO : Norme homologuée d’origine européenne et internatio-
nale
Documents NF ISO : Norme homologuée d’origine internationale
Recueil des normes en géotechnique, tome 1 - Essais en laboratoire.
NF : Norme Française homologuée
AFNOR, 1999.
SC : Sous Commission - Sous Comité
Recueil des normes en géotechnique, tome 2 - Essais sur site.
AFNOR, 1999. SETRA : Service d’Etudes Techniques des Routes et Autoroutes

Recueil des normes en géotechnique, tome 3 - Justification des ouvrages. TC : Technical Committee (Comité Technique)
Exécution des travaux. WG : Working Group : Groupe de Travail d’un CEN/TC ou ISO/TC
AFNOR, 1999. XP ENV : Norme expérimentale d’origine européenne
Décret n° 84-74 du 26 janvier 1984, fixant le statut de la normalisation, XP : Norme française expérimentale
modifié par les décrets n°90-653 du 18/07/1990, n°91-283 du 19/03/1991
et n°93-1235 du 15/11/1993.
Directive du 7 avril 1997, relative à l’établissement des normes.
Ministère de l’industrie de la poste et des télécommunications.
Circulaire du 5 juillet 1994 relative à la référence aux normes dans les mar-
chés publics et les contrats soumis à certaines procédures communau-
taires.

Sites internet
[Link]
[Link]
[Link]
[Link]

Sigles et abréviations
AFNOR : Association Française de Normalisation
BNSR : Bureau de Normalisation Sols et Routes
CCNG : Commission de Coordination de la Normalisation dans le
domaine Géotechnique
CEN : Comité Européen de Normalisation 71

Géologues n°132
certification & qualité

Réflexions sur les labels de qualité en géotechnique


Philippe Bousquet-Jacq (1)

Est-ce que les labels, certification ISO 9001 ou quali- complexes”permet,en principe,de sélectionner les bureaux
fications OPQIBI, sont une garantie, pour un client, que d’études de haut niveau. Le label “ouvrages complexes”
le travail qu’il demande ne comportera pas d’erreurs ? Si est donc théoriquement attribué plus sélectivement que
c’était vrai, les bureaux certifiés ou qualifiés n’auraient le label “ouvrages courants”.En regardant la liste des déten-
plus vraiment besoin d’être assurés. teurs de ce label chacun se fera son opinion sur la question.
La certification ISO 9001 garantit : Par ailleurs, il existe une qualification OPQIBI en matiè-
que le certifié écrit ce qu’il fait (procédures, manuel re de sondages et d’essais. Dans ce domaine, où la quali-
qualité) et fait ce qu’il écrit (traçabilité du fonc- té du travail tient pour une large part à la mise en œuvre
tionnement) ; sur le terrain ou en laboratoire, il me semble qu’il est déli-
cat de juger pertinemment sur dossiers. La qualification
qu’un organisme certificateur audite le certifié et
ne garantit notamment pas le respect effectif des normes.
lui retire la certification s’il ne respecte pas ses
engagements en matière de qualité. En conclusion, il n’existe pas de label parfait garan-
tissant un client que le travail qu’il a demandé sera réali-
En revanche, elle ne garantit pas :
sé correctement, techniquement parlant. Il est certain
que les ingénieurs seniors ont sérieusement contrô- cependant que les bureaux d’études certifiés ISO et/ou
lé le travail des juniors ; qualifiés OPQIBI ont manifesté une préoccupation de qua-
que des méthodes de calcul adaptées aux pro- lité technique et d’organisation qui dénote a priori plus
blèmes posés seront employées ; qu’un simple souci de caractère marketing.
que le savoir-faire de l’entreprise est à la hauteur de Néanmoins, outre l’attention portée à la certification
la tâche demandée. et à la qualification, il nous semble que, pour obtenir un
La qualification OPQIBI est, au contraire de la certifi- travail correct, il est préférable :
cation ISO 9001, basée sur l’étude de la technicité de l’en- de ne pas retenir des offres très en dessous du prix
treprise. La qualification est accordée sur la base de dos- du marché ;
siers présentés par les demandeurs qui comportent, de s’intéresser aux références des sociétés ;
notamment, pour l’aspect technique : quand l’enjeu le justifie, de mettre en place un
les curriculum vitae du personnel ; contrôle du travail effectué par un autre géotech-
des dossiers d’études réalisées en rapport avec la nicien, ainsi que de demander et de contrôler que
qualification demandée. les essais géotechniques réalisés le soient confor-
La qualification est soumise à renouvellement tous les mément à la norme correspondante.
six ans et s’accompagne d’un contrôle tous les deux ans,ce En tant que spécialiste géotechnique d’un cabinet
qui permet de vérifier que les bureaux d’études remplissent d’expertise, j’ai eu connaissance des rapports de nom-
toujours les conditions requises pour être qualifiés. breux confrères. J’ai certes un avis un peu orienté par le fait
que je ne m’intéresse qu’à des ouvrages sinistrés, mais
En matière de géotechnique, la qualification OPQIBI
j’ai vu des études plus ou moins mal traitées de toutes ori-
distingue deux niveaux de compétences :
gines, y compris de sociétés certifiées ISO 9001 ou quali-
ouvrages courants (A111) ; fiées OPQIBI.
ouvrages complexes (A121). Il faut donc considérer la labellisation comme une
Cette distinction doit permettre, en théorie, au client garantie de statistique qualité et non pas absolue et per-
de choisir un prestataire dont la technicité est adaptée à manente. Moralité :
son projet. Pour ce qui est des ouvrages courants, la qua- il faut rester modeste ;
lification garantit que le qualifié est capable de fournir le
il faut être exigeant de la même façon avec tout le
minimum exigible d’un bureau d’études géotechniques
monde, y compris les bureaux d’études labellisés.
72 mais n’est pas très sélective. La qualification “ouvrages

1. Eurisk
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Géologues n°132
certification & qualité

Organisme Professionnel de Qualification de l’Ingénierie :


Infrastructure, Bâtiment, Industrie (OPQIBI)
La Rédaction (1)

Généralités Fonctionnement : commissions


Association de type loi de 1901, l’OPQIBI a été créé le et référentiels
3 janvier 1969 et est opérationnel depuis le 1er septembre Les dossiers techniques déposés par les postulants
1976. De droit privé, l’Association est investie d’une mission sont évalués par des commissions spécialisées. En secon-
de caractère officiel s’appuyant sur les protocoles signés, de instance, une Commission Supérieure décide et protège
le 5 juin 1975 (avec avenant du 11 mai 1992) avec le Minis- les professionnels contre les abus de pouvoir et permet à
tère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie (tuteur l’Etat de réagir contre d’éventuels corporatismes. Les com-
de l’ingénierie) et le Ministère des Transports, de l’Urba- missions spécialisées, actuellement au nombre de 9, cor-
nisme et du Logement, lequel couvre le champ d’activités respondent aux six référentiels de qualification en vigueur:
des techniques qualifiées par l’OPQIBI, et, en 1996, avec le
Infrastructure (A) ;
Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Envi-
Bâtiment (B) ;
ronnement (les noms des ministères sont ceux actuelle-
Energie et élimination des nuisances (C) ;
ment en vigueur).
Assistance à maîtrise d’ouvrage (M) ;
Trois syndicats sont les cofondateurs de l’OPQIBI : Environnement (ENV) ;
SYNTEC ingénierie, la Chambre des Ingénieurs Conseils Amiante (AMI).
de France (CICF) et le Syndicat National des Ingénieurs et
Les sciences de la Terre se retrouvent principalement
Techniciens en Aménagement, ce dernier étant réinséré,
dans le référentiel “Infrastructure”([Link] du sol) et,
depuis, au sein de la CICF.
de façon moins détaillée,dans le référentiel “Environnement”.
Aux membres titulaires qui siègent de droit au Conseil Il faut aussi noter que de nombreux bureaux d’études impli-
d’administration (syndicats fondateurs et ministères), les qués dans les sciences de la Terre sont aussi concernés par le
statuts adjoignent des membres participants provenant référentiel, non spécifique,Assistance à maîtrise d’ouvrage.
des organismes représentant tous les partenaires à l’ac-
Dans le domaine A1, on distingue :
te de construire : Fédération Nationale des Promoteurs
Constructeurs (FNPC), Union Nationale des Syndicats Fran- les techniques concernant les ouvrages courants (A11)
çais d’Architectes (UNSFA), COPREC-Construction (Bureaux englobant : la géotechnique (A111) où la mécanique des
de contrôle), Union Nationale des Fédérations d’Orga- sols est explicitée ; la géologie (A112) qui s’applique à
nismes d’HLM (UNFOHLM), Fédération Nationale des l’aménagement en général, sans mécanique des sols ;
Chambres Syndicales de Géomètres-Experts Fonciers et l’hydrogéologie (A113) ; (A114 rubrique non attribuée) et
la géologie des matériaux et substances utiles (A115) ;
Topographes, Fédération Nationale du Bâtiment (FNB),
Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP), Fédéra- les techniques concernant les ouvrages complexes avec
tion Nationale des Sociétés Coopératives Ouvrières de le même découpage qu’à l’alinéa précédent (A121 à A125);
Production du Bâtiment, des Travaux Publics et des Acti- les techniques d’investigation (A13) qui se subdivisent
vités Annexes (FNSCOP) et Union Nationale des Profes- en : laboratoire d’essais et de contrôle géotechnique -
sionnels de l’Ordonnancement et de la Coordination (UNA- essais physiques et mécaniques (A131); atelier mobile de
POC). géophysique (A132) ; atelier mobile de sondages pro-
Depuis qu’il est devenu opérationnel, l’OPQIBI a adres- fonds (A133) ; atelier mobile de mesures mécaniques in
sé plus de 7000 dossiers de qualification aux profession- situ - pénétromètre, pressiomètre (A134) ; photo-inter-
nels. Plus de 1500 professionnels, personnes physiques prétation courante (A135) ; moyens de mesures et de
ou morales, sur environ 1600 candidats, ont obtenu cet- contrôle hydrogéologique (A136) ; laboratoire d’essais
te qualification, tandis que près de 500 professionnels minéralogiques (A137) ;
ont été déqualifiés. la pédologie (A 14). 73

1. Texte adapté de celui publié dans Géologues n°122. Remerciements à Daniel Cantaloup, Secrétaire Général de l’OPQIBI, pour la fourniture de documents
de base et la relecture du texte.

Géologues n°132
certification & qualité

Dans le référentiel “Environnement”, le tableau des La qualification est accordée pour 6 ans et vérifiée
savoir-faire propose 120 qualifications résultant du croi- tous les 2 ans. Ce contrôle biennal est l’occasion, pour les
sement entre 12 domaines de compétence (dont les professionnels qualifiés, de formuler de nouvelles
domaines 1 - Territoires et ressources naturelles, 6 - Filières demandes de qualification. A contrario, certains profes-
eau et 7 - Sols, sous-sols, milieu souterrain) et 10 types de sionnels peuvent être déqualifiés en tout ou partie. A l’is-
missions regroupées sous : approche globale, conseil, sue de la période de validité de la qualification, un dossier
études, maîtrise d’œuvre. Dans le même temps, des qua- de renouvellement doit être déposé.
lifications de prestations sont proposées qui relèvent de Cette procédure,très stricte,donne toute leur valeur aux
cinq rubriques thématiques, très larges : Certificats de Qualifications délivrés par l’OPQIBI qui, avec
ENV 10: Gestion sociétale de l’environnement (ENV la suppression des tableaux départementaux d’agrément
100 : collectivités territoriales et ENV 150 : entre- (décret du 25 mars 1981),est devenu le seul organisme pro-
prises) ; fessionnel habilité à délivrer des qualifications, essentiel-
ENV 200 : Aménagement qualitatif des territoires lement techniques, aux professionnels de l’ingénierie.
et des cadres de vie ;
Pour en savoir plus
ENV 300 : Protection de la nature et gestion des
L’OPQIBI fait éditer tous les deux ans un annuaire
équilibres écologiques, des milieux et ressources ;
national des qualifications et des qualifiés (liste globale,
ENV 400 : Prévention et réduction des pollutions, liste par domaine technique et liste par département), à
nuisances et risques industriels ; l’usage principal des donneurs d’ordre, avec le contenu
ENV 500: Protection de l’homme, hygiène du travail des référentiels et des qualifications. Cinq fois l’an, l’OP-
et du milieu. QIBI publie une liste des qualifiés et des déqualifiés à l’is-
Une nouvelle nomenclature (on ne parle plus de réfé- sue de chaque conseil d’administration tandis que, trois
rentiel) en 21 rubriques est en préparation, qui devrait fois par an, il diffuse une lettre “OPQIBI Infos”, organe d’in-
être mise en place dans le courant du premier semestre formation à l’intention des qualifiés et des donneurs
2002. Les sciences de la Terre se retrouvent éclatées (de fait d’ordre.
ou potentiellement) dans nombre de rubriques :
Références
6. Evaluation environnementale, où l’on distingue: éco-
OPQIBI, 6 rue Louis Pasteur, BP 91,
logie urbaine, territoires et ressources naturelles, infra-
92105 Boulogne-Billancourt Cedex.
structures et grands travaux, industrie ;
Tél. 01 46 99 14 50 - Fax. 01 46 99 14 51
[Link] des milieux : écosystèmes terrestres, pay-
E-mail : opqibi@[Link]
sage, air atmosphérique, bassins versants et milieux
Site : [Link]
aquatiques ;
8. Protection de l’environnement : ressources en eau,
crues, milieux récepteurs, nappes et sols, rejets gazeux,
traitement et valorisation des déchets ;
9. Pollutions et décontaminations: amiante, états para-
sitaires, legionella, plomb ;
10. Techniques du sol : géotechnique courante ou com-
plexe, géologie, pédologie, hydrogéologie et hydrolo-
gie courante ou complexe ;
20. Ouvrages et systèmes en énergie, dont énergies
renouvelables courantes ou complexes ;
21. Ouvrages et systèmes en environnement: épuration
des eaux usées courante et complexe, transfert, traite-
ment et valorisation des déchets courants et complexes,
écosystèmes terrestres et aquatiques.
On retrouve aussi une rubrique “Assistance à maîtri-
74 se d’ouvrage” (AMO).

Géologues n°132
responsabilité & assurances

Le point de vue de l’assureur


Vincent Melacca (1)

Le géotechnicien pourrait ainsi tions publiques. Des ressources qu’il faut aussi pré-
server dans ce même souci de pérennité ;
s’exprimer :
Les ressources financières : il faut viser ici la trésore-
“L’ensemble des reconnaissances de sols fait l’objet rie, les crédits, les assurances. Ces paramètres sont
d’un rapport de sol qui engage ma responsabilité. Le rap- des indicateurs importants pour apprécier le fonc-
port de sol définit les horizons rencontrés, leurs qualités tionnement global du géotechnicien, et sa capaci-
et caractéristiques mécaniques, afin d’optimiser les fon- té à poursuivre son activité en cas de sinistre.
dations, permettre le dimensionnement des ouvrages et
éviter les imprévus lors de la réalisation des travaux”. Cet
engagement n’est pas différent de celui pesant sur le L’action de l’assureur
maître d’ouvrage, l’architecte, les bureaux d’études, le
Le risque du géotechnicien est tout simplement un
contrôleur, les entreprises, ...
risque d’entrepreneur, c’est à dire la conjonction entre des
Le géotechnicien, serait donc un intervenant à l’acte événements aléatoires et des décisions prises quotidien-
de construire comme les autres. nement et engageant sa responsabilité. Elle s’exprime
dans les quatre ressources : Humaines, Techniques, en
Communication et Financières.
L’assureur et le géotechnicien Si l’assureur couvre habituellement les événements
Pour l’assureur, le géotechnicien est un assuré “nor- aléatoires (incendie, dégâts des eaux, bris de machine,
mal”, un entrepreneur, avec lequel il va s’attacher à recher- bris informatique, ...), il ne peut couvrir le risque d’entre-
cher une gestion de risque optimale, en lui apportant le prise, mais peut contribuer, avec son assuré, à le réduire par
meilleur service, et ce dans un contexte de profitabilité et des actions de prévention :
de pérennité. prévention juridique, ex : sécurité juridique dans la
rédaction des contrats ou missions, déclaration pré-
cise des activité ;
L’assureur et l’analyse du risque prévention technique : sensibilisation des autres
Le risque du géotechnicien est qualifié HTCM, c’est à intervenants à l’acte de construire ;
dire des ressources Humaines,Techniques, en Communi- retour d’expérience : par l’analyse de la sinistralité
cation et Financières : et la réduction des causes.
les ressources humaines: c’est sa créativité, son expé- La gestion du risque “géotechnicien” doit donc être
rience, sa formation, son comportement ; un capi- globale et concertée. Elle permettra, très certainement la
tal humain, un capital de savoirs, qu’il faut préser- réduction des recherches en responsabilité et des mises en
ver, protéger et assurer ; causes intempestives.
les ressources techniques : ce sont les bâtiments
hébergeant son activité, ses outils, stocks et équi-
pements, mais aussi ses procédures, ses études, ses
fournisseurs et sous-traitants ; un capital qu’il faut
sécuriser, sauvegarder, assurer, pour garantir la pour-
suite de l’activité en cas de sinistre ;
les ressources “communication”: ce sont ses contrats
et marchés, les notices et modes d’emploi, les
fichiers, les Nouvelles Technologies de l’Informa-
tion et de la Communication, la publicité et les rela- 75

1. Société Mutuelle d'Assurance du Bâtiment et des Travaux Publics, SMA-BTP


114, avenue Emile Zola - 75739 Paris Cedex 15 - Tél. 01 40 59 72 67 - Fax. 01 40 59 74 91
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Géologues n°132
responsabilité & assurances

Vers une géotechnique mieux comprise... pour plus de justice...


Marie-Laure Carrière (1)

Un droit protecteur pour d’un contrat, la notion d’obligation de résultat fait repo-
ser sur le contractant une présomption de faute, dont il
le maître de l’ouvrage ne pourra s’exonérer que par la démonstration d’une cau-
Le domaine de la construction, hormis celle des grands se étrangère. Autre création jurisprudentielle, le devoir
ouvrages, a longtemps ignoré ou négligé la géotechnique d’information et de conseil est devenu un fondement
et cette science complexe fut découverte tardivement juridique autonome suffisant à une action en justice.
par les juges appelés à statuer sur les responsabilités des Imposée au titre d’un contrat, la base juridique de
constructeurs. Elle reste souvent obscure. Pourtant, l’édi- cette obligation semble être l’article 1135 du Code Civil, qui
fication d’un ouvrage immobilier nécessite immanqua- oblige les contractants non seulement au respect des sti-
blement des fondations dans le sol et cet élément natu- pulations expresses “mais encore à toutes les suites, que
rel doit être connu, donc reconnu, pour lui permettre de l’équité, l’usage ou la loi donne à l’obligation d’après sa
servir d’assise à la construction. Cela est d’autant plus nature”.
indispensable que le “bon sol” est, à notre époque, large-
Le constructeur a le devoir de conseiller la solution la
ment occupé. Il est ainsi souvent périlleux de tenter d’im-
plus favorable, d’informer des contre-indications de sa
poser des édifices à des terrains hétérogènes, sensibles aux
propre prestation, de ses limites, des risques encourus, des
variations hydriques, mais seuls disponibles.
contraintes techniques... Ce devoir de conseil s’exprime par
A qui incombe l’obligation de reconnaître le sol et
des réserves expresses, précises, nécessairement écrites,
donc la prévention de ce risque ? La Loi MOP (Maîtrise
dans le rapport du géotechnicien ou par lettre séparée,
d’Œuvre Publique) l’impose implicitement au maître de
éventuellement incluses dans les comptes-rendus de
l’ouvrage public qui doit s’assurer de la faisabilité de son
chantier ou par le refus d’exécuter la mission, si les risques
projet ; des contrats types en droit privé prévoient égale-
sont trop importants.
ment que le maître de l’ouvrage doit fournir une étude du
sous-sol. Si le maître de l’ouvrage doit effectivement sup- L’étendue de l’obligation varie en fonction du contrat
porter la charge des études, le législateur l’a placé sous un liant le constructeur au maître de l’ouvrage, profession-
tel régime juridique protecteur qu’il n’est pas incité à se nel avisé ou profane ; à défaut de maître d’œuvre, le
prémunir contre le risque du sol. Les constructeurs, et en constructeur doit faire preuve d’une diligence particu-
premier lieu le spécialiste du sol, seront effectivement lière à l’égard d’un maître d’ouvrage réputé incompétent.
déclarés responsables en cas d’absence d’étude préalable De surcroît, à compter de la réception au sens de l’ar-
du sol ou d’insuffisance de celle-ci. ticle 1792-6 du Code civil, le maître de l’ouvrage se trouve
Le droit apparaît redoutable à l’égard des construc- particulièrement protégé. Le législateur a édicté une garan-
teurs ; il l’est d’autant plus que leur science est “occulte”. tie légale de dix ans après réception qui implique une
Toute recherche de responsabilité conduit, en premier présomption de responsabilité de plein droit des construc-
lieu, à s’interroger sur l’existence d’une éventuelle pré- teurs pour les dommages graves, même résultant du vice
somption de faute ou de responsabilité qui place celui qui du sol, révélés postérieurement à la réception, s’ils com-
se prétend victime dans une position favorable puisqu’il promettent la solidité de l’ouvrage ou, l’affectant dans
n’aura pas à rapporter la preuve d’une faute. On relève une l’un de ses éléments constitutifs ou l’un de ses éléments
volonté du législateur et des juges d’étendre le domaine d’équipement, le rendent impropre à sa destination.
de la présomption pour parvenir à une indemnisation Les constructeurs ne peuvent s’exonérer, en prouvant
plus aisée. leur absence de faute, que lorsqu’ils établissent une cau-
Ainsi, la théorie des troubles anormaux de voisinage se étrangère au sens de l’article 1792-2 du Code civil (for-
ou celle des dommages permanents de travaux publics ce majeure -fait du maître de l’ouvrage- fait d’un tiers). Ain-
permet aux tiers d’obtenir réparation de leurs dommages si, le risque accepté délibérément par le maître de l’ouvrage
en dehors de toute notion de faute de la personne qui a qui n’a pas tenu compte des réserves émises par un
76 fait exécuter les travaux. Dans le cadre de l’exécution constructeur exonère l’ensemble des locateurs d’ouvrage.

1. Avocat au Barreau de Paris


1, avenue Franklin D. Roosevelt - 75008 Paris - Tél. 01 56 59 20 01 - Fax 01 56 59 20 01
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Géologues n°132
responsabilité & assurances

Le sort des bureaux d’études cit ponctuel en eau qui engendre un phénomène de retrait
des terrains d’assise des fondations. La Cour de cassation
géotechniques a d’ailleurs rendu un arrêt de principe le 13 mai 1986 sur la
Dans ce contexte de protection du maître de l’ouvra- sécheresse de 1976 en refusant de retenir la force majeu-
ge, les bureaux d’études géotechniques, dont les contrats re, puis a statué de manière similaire concernant la séche-
se limitent souvent à une proposition comportant une énu- resse encore plus exceptionnelle des années 1989 et 1990,
mération de sondages, sont régulièrement condamnés à reconnue “catastrophe naturelle” par l’autorité adminis-
tort, simplement en application d’une jurisprudence sévè- trative, qui ne saurait constituer un cas de force majeure
re à l’égard des professionnels au motif qu’ils sont les seuls exonératoire de responsabilité pour les constructeurs (Cass.
à appréhender leur art... sans pourtant le maîtriser du fait Civ. 3ème 22 nov.1994 - Resp. Civ. et Ass. Fév. 1995).
des aléas [Link] géotechnicien est assimilé à un maître Par un arrêt du 28 janvier 1998,la Cour Suprême a réaf-
d’œuvre des fondations pour avoir donné de simples prin- firmé cette position dans le cadre d’un litige mettant en
cipes avant définition du projet et alors qu’il n’a pas été jeu la responsabilité d’un expert, intervenu pour le compte
ultérieurement associé à la construction de l’ouvrage. d’une compagnie d’assurances, pour remédier à des
La norme géotechnique devrait permettre une appré- désordres:“Mais,attendu que la Cour d’appel a retenu,répon-
ciation plus juste des prérogatives de ces bureaux d’études dant aux conclusions,que [Link] avait reçu mission d’éclai-
en précisant les limites des obligations en fonction de la rer la SMA-BTP par des investigations techniques et de proposer
mission confiée par le maître d’ouvrage, souvent assisté des remèdes propres à mettre fin aux désordres affectant la
par un maître d’œuvre capable de comprendre, au plan maison des époux D.,avait omis de prendre en compte divers
technique, les prestations offertes. La norme, à laquelle le éléments, de sorte que les travaux de reprise n’avaient pas
contrat doit expressément faire référence, a néanmoins abouti à la stabilisation de l’ensemble de l’ouvrage et relevé
une valeur juridique limitée, les responsabilités étant que la sécheresse,bien qu’ayant fait l’objet d’une constatation
appréciées en fonction d’une notion plus large, les règles administrative de catastrophe naturelle,n’était pas imprévi-
de l’art, données actuelles de la science. Son application sible”. (Cass. Civ. 3ème 28 janvier 1998 Bull. n°22).
s’avère en outre délicate, les géotechniciens eux-mêmes Un arrêt rendu le 7 juillet 1998 par la 1ère Chambre de
ne parvenant pas toujours parfaitement à qualifier leurs la Cour de cassation a fait naître une lueur d’espoir en
prestations et définir la mission concernée. admettant que la Cour d’appel avait apprécié souverai-
Une meilleure connaissance de la géotechnique et nement que la sécheresse constitue un événement de
les apports de la norme n’ont pas conduit au risque zéro. force majeure, mais cette décision est restée isolée.
Le sol demeure une source abondante de contentieux et
les juges se trouvent toujours confrontés à des difficultés Les sinistres dits “de seconde génération”
pour apprécier les faits et obligations contractuelles des
parties en la matière, l’œil technique de l’expert ne suffi- Pour pallier les effets de la sécheresse, des travaux de
sant pas toujours à éclairer le tribunal. reprise en sous œuvre ont été réalisés; puis, sont survenus
de nouveaux sinistres dits “de seconde génération”, résul-
Les aléas naturels avec, successivement, une longue
tant principalement d’une exécution défectueuse des
période de sécheresse puis une pluviométrie exceptionnel-
micropieux (défaut de scellement; insuffisance des fon-
le,ont permis de mettre en évidence une appréhension insuf-
dations d’origine; mauvaise inclinaison des micropieux),
fisante du risque du [Link] pouvoirs publics et les acteurs de
mais aussi d’une conception insatisfaisante ne compre-
la construction ont alors pris conscience de la nécessité d’une
nant pas de longrine. Les techniques de reprise des infra-
prévention et de la réalisation d’études plus complètes.
structures sont délicates à mettre en œuvre et devraient
En effet, les sinistres résultant d’un problème de sol être systématiquement suivies par une maîtrise d’œuvre
sont dus souvent à des études trop limitées, notamment spécialisée, présente en permanence sur le chantier pour
dépourvues d’informations hydrogéologiques satisfaisantes. contrôler le scellement et l’inclinaison des micropieux. Le
coût étant la contrainte essentielle,il s’agit d’un vœu pieux.
La sécheresse
A partir de la sécheresse exceptionnelle de l’année
Remontée de nappe
1976, les hommes de l’art ont compris que s’imposent des Le déficit en eau n’est pas le seul aléa et, depuis
dispositions constructives particulières pour pallier ce défi- quelques années, les sinistres dus aux apports d’eau excep- 77

Géologues n°132
responsabilité & assurances

tionnels se multiplient. Une remontée de la nappe phréa- déterminante l’état de catastrophe naturelle reconnu par
tique n’est pas retenue comme cas de force majeure par l’arrêté ministériel, elle a relevé que, pour ce préjudice, les
les juges, bien que la disparition de nombreuses industries, constructeurs se trouvaient exonérés, pour cas de force
notamment en région parisienne, et l’arrêt des pompages majeure, de la présomption de responsabilité décennale...”
aient entraîné incontestablement une remontée excep- (Cass. Civ. 1ère 26 janvier 1999, réf. n°156).
tionnelle de la nappe qui n’était pas prévisible.
Le phénomène de remontée de la nappe n’est pas Les cavités
toujours à l’origine des infiltrations, qui résultent parfois
d’une faute des techniciens qui n’ont pas pris en compte Toujours du fait de la pluviométrie particulièrement
la modification du projet ultérieurement à leur étude ini- abondante, de nombreux affaissements de sol se pro-
tiale. La construction d’un sous-sol supplémentaire de duisent dans des zones d’anciennes cavités telles les “mar-
parking sans contrôle de l’incidence du niveau de la nap- nières” en Normandie ou les “catiches” dans la région
pe phréatique constitue une faute du constructeur concer- Nord. Ces cavités, non répertoriées, résultent de l’activité
né et, en particulier, du bureau d’études géotechniques qui ancienne d’agriculteurs qui ont extrait des matériaux
a eu connaissance de la modification du projet et n’a pas dans le sous-sol. L’Etat tente de prévenir ce risque en fai-
informé le maître de l’ouvrage des incidences. sant effectuer des investigations pour les localiser, mais
leur multitude rend la tâche des spécialistes difficile.
Lorsque de tels affaissements engendrent des désordres
Comportement du maître d’ouvrage à des ouvrages, la responsabilité du géotechnicien, qui a
Les juges du fond apprécient le comportement du procédé à l’étude préliminaire avant construction, est
maître de l’ouvrage et la connaissance qu’il avait, au plan recherchée. Pourtant, aucune faute ne peut lui être repro-
technique, des risques engendrés par la solution retenue. chée si la profondeur des sondages est conforme aux
Le maître de l’ouvrage est en droit de choisir, pour des rai- usages selon l’ouvrage envisagé et ne pouvait atteindre
sons économiques, une solution qui n’a fait l’objet d’au- la cavité observée ultérieurement suite aux affaissements.
cune réserve des constructeurs, mais le fait de ne pas
suivre les conseils des intervenants techniquement com- Les surcoûts de fondations
pétents le rend responsable des dommages consécutifs.
Si l’eau dans le sol constitue une source importante
La Cour de cassation sanctionne le risque pris déli-
de dommages, elle n’est pas le seul élément à l’origine
bérément par le maître de l’ouvrage:“Qu’en statuant ain-
de préconisations erronées concernant les infrastructures.
si, alors qu’elle avait relevé que le maître de l’ouvrage avait,
On relève de nombreux contentieux résultant d’erreurs
par un choix délibéré, après avoir été mis en garde par le
dans la caractérisation des terrains rencontrés au droit
bureau d’études en des termes particulièrement précis, déci-
des sondages exécutés. Il est ainsi prévu d’ancrer les fon-
dé, en toute connaissance de cause, de limiter la mise hors
dations à une certaine profondeur en fonction des recon-
d’eau du deuxième sous-sol à la cote NGF 165, correspondant
naissances du géotechnicien et, si en cours de chantier, le
presque à celle atteinte lors des crues quinquennales de la
terrain attendu n’est pas rencontré au niveau indiqué,
rivière, prenant ainsi le risque d’inondations à ce niveau, la
cela entraîne des surcoûts. Dans le cadre d’un marché à for-
cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de
fait, l’entreprise assume, en principe contractuellement, le
ses propres constatations, a violé le texte susvisé”. (Cass.
risque du sol à l’égard du maître de l’ouvrage en applica-
Civ. 3ème, 25 janvier 1995, réf. n°180).
tion de l’article 1793 du Code civil, mais elle peut recourir
Enfin, en application de l’alinéa 2 de l’article 1792 du à l’encontre du bureau d’études géotechniques sur le fon-
Code civil,les constructeurs peuvent voir leur responsabilité dement quasi-délictuel en rapportant la preuve de la fau-
exonérée lorsqu’une venue d’eau revêt les caractères de te qui sera établie par une expertise.
la force majeure :“... était entièrement imputable à l’inon-
dation provoquée par l’intensité exceptionnelle des pluies
du 14 février 1990, dès lors que les bâtiments n’auraient pu,
Les sinistres de dallages
même s’ils n’avaient pas été affectés de vices de construc- Par ailleurs, les sinistres de dallage consécutifs à des
tion, s’avérer étanches en présence des eaux d’inondation, tassements ou au gonflement du terrain d’assise sont
en raison de l’importance et de la pression de ces eaux ; très fréquents ; ils sont au surplus coûteux dans la mesu-
78 qu’ayant retenu ainsi que ce préjudice avait pour cause re où l’expert judiciaire préconise souvent la réfection

Géologues n°132
responsabilité & assurances

totale entraînant des dommages immatériels. Les bureaux sur l’évolution du niveau de la nappe, élément particu-
d’études géotechniques indiquent souvent les tassements lièrement variable. Il devrait néanmoins enquêter sur
prévisibles avec précision et sans la moindre réserve au cen- l’évolution passée et informer d’une remontée continue
timètre près, alors que l’estimation s’avère hasardeuse. de la nappe depuis plusieurs années du fait de la dispari-
Les juges apprécient souverainement les fautes des tion des industries à proximité. Il doit, pour le moins,
constructeurs, en particulier une erreur du géotechnicien conseiller de faire procéder à une étude hydrogéologique
dans l’estimation des tassements, et une éventuelle accep- par un bureau d’études spécialisé lorsqu’il s’agit de
tation des risques par le maître de l’ouvrage qui a voulu fai- construire plusieurs niveaux de sous-sols.
re des économies. Les constructeurs peuvent être exoné- De même, la géotechnique met à la disposition de
rés partiellement, lorsque, à une mauvaise mise en œuvre ces acteurs divers moyens techniques d’investigations et
des remblais, s’est ajouté un dépassement, en toute un recoupement entre plusieurs procédés de sondages, ce
connaissance de cause, par le locataire, des charges maxi- qui constitue, sans nul doute, une garantie pour une
males admises (Cass. Civ. 3ème 26 mars 1997 arrêt n°600). meilleure définition du sous-sol. Si l’investissement du
maître de l’ouvrage, à ce titre, est délibérément insuffisant,
il convient de le dénoncer par des réserves expresses en
Les dommages aux avoisinants confirmant les incertitudes sur les résultats donnés.
Enfin, les dommages aux avoisinants représentent la On pourrait attendre également plus de modestie
principale difficulté pour construire en site urbain. Le réfé- dans la mesure des tassements, surtout lorsque les infor-
ré préventif constitue un moyen efficace de faire consta- mations géotechniques disponibles ne permettent pas
ter, avant travaux, l’état des avoisinants pour ne pas se d’être affirmatif sur les valeurs données. Une mise en
voir imputer des désordres anciens sans relation avec la œuvre optimale de la géotechnique exige de mesurer les
construction. En effet, afin de permettre une indemnisa- limites de cet art ; les incertitudes sont réelles et consti-
tion aisée des propriétaires d’ouvrages voisins, qui ont tuent l’essence d’une science naturelle venue d’un horizon
subi des désordres du fait d’une construction neuve à qui dépasse la réflexion mécanique de l’homme...
proximité, les juges ont élaboré un fondement juridique
particulier de responsabilité sans faute, dénommé “les
troubles anormaux de voisinage”. MECASOL
Dans le cas d’immeubles particulièrement vétustes, Bureau d’Etudes Géotechniques
le maître de l’ouvrage se trouve dans l’impossibilité de Plus de 50 années d’expérience
construire sans faire conforter l’ouvrage contigu. Les dans tous les domaines
constructeurs doivent procéder à des études suffisantes géotechniques.
relatives aux fondations des immeubles voisins pour
Aéroports
conseiller, le cas échéant, une éventuelle reprise en sous-
 Aménagements fluviaux
œuvre. A défaut, le maître de l’ouvrage reportera sur ses  Autoroutes
constructeurs, dans le cadre d’une action récursoire, la  Barrages hydrauliques
responsabilité encourue à l’égard du propriétaire voisin.  Barrages de stériles
 Bâtiments
 Canaux
Conclusion  Centrales thermiques
En conclusion, la géotechnique commence à sortir de  Centrales nucléaires
 Etudes dynamiques
l’ombre ; les acteurs à l’acte de construire ne font plus
 Expertises
l’impasse systématique sur l’étude du sous-sol, même
 Lignes ferroviaires
pour des ouvrages modestes. Des lacunes demeurent.  Ouvrages d'art
L’expérience contentieuse montre que l’état de l’art  Ouvrages industriels
géotechnique dépend inéluctablement de l’hydrogéolo-  Ouvrages maritimes et offshore
gie, alors que les informations données en la matière dans  Ouvrages souterrains
une étude géotechnique préliminaire de faisabilité sont …

infimes. Le géotechnicien qui intervient à un moment 43 Rue de la Grosse Pierre – SILIC 443 - 94593 Rungis Cedex
Tél. : [Link].40 – Fax : [Link].18
donné, ne peut pas apporter suffisamment de précisions mecasol@[Link]
79

Géologues n°132
responsabilité & assurances

Le géotechnicien et son assureur : une relation client-fournisseur ?


Daniel Le Boulicaut (1)

Quand un géotechnicien rencontre un autre géotech- D’une certaine opacité de la part de ces assureurs
nicien, qu’est-ce qu’ils racontent? Des histoires d’assuran- dans la gestion de leurs dossiers
ce,... et de prix. Et les propos ne sont pas toujours tendres, Même si, depuis quelques années, du fait du déve-
à en juger par ceux glanés lors de la dernière assemblée loppement des contacts entre la commission “assuran-
générale de l’Union Syndicale Géotechnique (USG): ce” de l’USG et les deux opérateurs précités, les géotech-
“Je viens d’être augmenté de 100 % sans aucune jus- niciens ont une vision un peu plus précise des statistiques
tification. C’est scandaleux ! relatifs à leur risque spécifique, il reste quand même très
Va voir un autre assureur. Si ta sinistralité est bonne, difficile d’estimer avec certitude le risque financier lié aux
il n’y a pas de raison que ton dossier n’intéresse per- sols et fondations dans la mesure où ce risque n’est fait que
sonne. de provisions qui, si l’on pouvait s’y pencher avec précision
Tu parles ! Je n’ai aucun sinistre majeur dans mon et en parfaite connaissance des dossiers, pourrait peut
dossier, mon rapport sinistre sur prime est inférieur être s’avérer un peu surestimé.
à 20 %, mais malgré cela, aucun autre assureur ne
On s’aperçoit, en effet, que lorsqu’un géotechnicien
daigne me recevoir ! Ils se sont tous donné le mot !
discute point par point les provisions attribuées à chaque
Et les étrangers, as-tu essayé de voir de ce côté ?
sinistre par son assureur, ces provisions peuvent être consi-
Mon courtier a essayé, mais aucun ne veut se frotter
dérablement revues à la baisse. Ce problème du suivi des
à la loi Spinetta.
dossiers est un point important et nous y reviendrons.
Un peu de patience, avec l’Europe, elle devrait dis-
paraître non ? D’un argumentaire souvent un peu simpliste
C’est ce qu’on espérait, mais il semble que ce n’est quant aux causes des augmentations
pas d’actualité. On parle même d’une extension de
Les géotechniciens, lors des discussions de profes-
la décennale obligatoire à d’autres pays européens.
sionnels à professionnels avec les assureurs,soutiennent la
Bref, si je comprends bien, c’est sans issue ?
thèse selon laquelle la géotechnique est avant tout un fac-
Il semble. Il va falloir se résigner à voir notre marge
teur de non risque, dans la mesure ou toute étude géo-
engloutie par les compagnies d’assurance. Elles ont
technique diminue le risque de sinistre au niveau d’un pro-
le monopole, l’assurance est obligatoire, c’est du rac-
jet, ce qui n’est pas contesté. Il faut donc prendre la notion
ket organisé et personne ne fait rien !”
de risque globalement au niveau de l’ouvrage et non pas
Ces propos ne sont pas romancés. Depuis toujours, le isoler le risque géotechnique des autres,ce qui conduit à dire,
sujet des assurances a été au cœur des débats au sein de raisonnement par l’absurde,que l’assureur a intérêt à ce qu’il
l’USG, mais, depuis quelques années, il tend malheureu- y ait une étude géotechnique,bien faite si possible,mais à
sement à en devenir l’obsession. condition que le géotechnicien soit assuré par un autre!
Il nous est rétorqué que le raisonnement est faux dans
D’où provient ce malaise ? la mesure ou chacun doit être assuré pour ses propres actes,
et que l’on ne peut techniquement pas globaliser le risque
D’un manque d’opérateurs sur le marché au niveau de l’ouvrage (bien que cette possibilité existe
de l’assurance construction dans le cadre des PUC - Polices Uniques Chantiers), globa-
Il est vrai qu’aujourd’hui, il n’existe pour les géotech- lisation qui aurait pour effet de déresponsabiliser les acteurs
niciens que deux assureurs sur le marché français, dont un de l’acte de construire, et particulièrement les géotechni-
qui ne prend pas de nouveaux dossiers, voire qui résilie ou ciens, ce qui n’est sans doute pas complètement faux.
qui augmente ses prix sans autre forme de concertation Nous parlons donc de globalisation du risque,les assu-
que ce qui a été dit plus haut, alors même que l’assuran- reurs répondent individualisation. Dont acte! Dans ce cas,
ce, au moins pour la Responsabilité décennale Bâtiment, comment comprendre que nos primes soient aujourd’hui
80 est obligatoire. augmentées pour des motifs aussi “individuels” que l’in-

1. Vice Président de l’USG, Directeur Général Solen SA


16, allée Prométhée - BP 169 - 28003 Chartres Cedex - Tél. 02 37 88 03 32 - Fax. 02 37 30 90 75
E-mail : [Link]-boulicaut@[Link]

Géologues n°132
responsabilité & assurances

cidence de la tempête de décembre 1999, les attentats du Après survenance du sinistre : par une meilleure ges-
11 septembre 2001, l’explosion de l’usine AZF, les problèmes tion de leurs dossiers. Combien d’entre nous suivent leurs
écologiques majeurs ou tout simplement le risque géo- dossiers “sinistre”avec toute l’attention qu’ils méritent. Et
technique en général? Messieurs les assureurs, il convien- pourtant, qui mieux que nous peut défendre un dossier
drait d’être un peu plus constants dans vos argumentaires devant un expert judiciaire ou un expert DO ? Il n’est pas
et d’isoler les causes des sinistres, et donc, selon vos argu- rare de voir, en réunion d’expertise, le géotechnicien absent
ments, des augmentations de primes, en distinguant: et représenté par l’avocat et l’expert missionnés par son
les causes globales, et parmi celles-ci, les conjonc- assurance, alors même que la présence d’un ingénieur
turelles (tempête, attentats) et les structurelles ; senior nous paraît être, dès le premier stade de l’experti-
les causes catégorielles, étant bien entendu que le se, une priorité absolue.
rôle du géotechnicien doit être considéré comme L’assurance à forcément un coût, nous en sommes
étant globalement un facteur de non risque dans tous conscients. La question est : quel est le juste prix ?
l’acte de construire. Pour cela, il faut œuvrer pour Il est fonction du coût du risque, évalué sur un nombre
une généralisation des études géotechniques ce qui suffisamment important d’événements pour avoir une
implique de ne pas pénaliser les géotechniciens par signification statistique sur une profession ou un domai-
des primes hors de proportion avec leurs honoraires; ne d’activité donnés. Il est aussi fonction de l’assuré, de par
les causes spécifiques, les seules à retenir, étant la nature de ses prestations et de leur qualité.
bien entendu qu’il n’est évidemment pas admis-
Mais, dans la mesure où les sinistres liés à la géo-
sible que les bons payent pour les mauvais.
technique dépassent largement le cadre des prestations
Et sans perdre de vue que la notion d’assurance est,par du géotechnicien et où le marché est sans doute trop
essence même,liée à une notion de globalisation du risque. faible en valeur pour permettre des statistiques signifi-
catives, il est difficile d’éviter la tendance à globaliser avec
Ceci étant, les géotechniciens doivent, eux aussi,
le marché plus général de la construction et, par voie de
se remettre en question
conséquence, l’appréciation arbitraire des primes. Qui
Au niveau de la prévention: par une meilleure connais- peut dire aujourd’hui que les primes d’assurance sont
sance des lois et réglementations relatives, non pas seu- trop élevées alors que nous n’avons pratiquement pas
lement aux techniques de construction (personne ne dou- d’information sur le coût réel du risque? Les bons conduc-
te qu’ils connaissent tous leur métier), mais également à teurs paient toujours pour les mauvais. Les Géotechni-
l’assurance construction, au droit du sol et, d’une façon ciens ne paient-ils pas pour d’autres professions ?
générale, au droit des contrats. Ces points font partie inté-
En conclusion, et pour répondre à la question titre, il
grante de notre métier, ce que les grandes entreprises du
me paraît évident que la relation entre le Géotechnicien
BTP ont parfaitement compris et intégré dans leur
et son Assureur ne peut se décliner en termes de simple
démarche, et qu’elles appliquent avec talent à l’encontre
relation “Client-Fournisseur”, du fait :
des géotechniciens.
de l’impossibilité pour le client de faire jouer la concur-
La mise en œuvre d’une politique de contrôle de la
rence entre ses fournisseurs ; un client “captif” peut-il
rédaction de leurs rapports, souvent imprudente, par
être considéré comme un client à part entière ?
laquelle ils prennent souvent des responsabilités qui vont
bien au-delà de leur mission. Et cette réflexion vaut enco- de l’impossibilité pour l’assuré de discuter des termes
re aujourd’hui, alors même que l’application de la norme du contrat. Les assureurs peuvent, quasiment quand ils
AFNOR NFP 94 500 devrait en grande partie résoudre ce le veulent, revoir les tarifs de leurs clients, sans autres
type de problème. Il n’est pas inutile de rappeler à ce sujet justificatifs que leur bon vouloir. Côté assurés par contre,
que cette norme est née d’une réflexion commune entre l’obligation d’assurance associée à la non possibilité de
l’USG et les Assureurs, dans le but de réduire la sinistrali- mise en concurrence les placent,de fait,sous les fourches
té des géotechniciens par une meilleure définition de caudines de leur fournisseur ;
leurs missions et, par voie de conséquence, par un meilleur de la disproportion entre le poids économique de la
bornage des limites de leurs responsabilités. profession de Géotechnicien comparé avec celui des
Ces deux point impliquent, bien évidemment, la mise Assureurs.
en place d’une politique de formation de nos ingénieurs, Pour qu’il y ait relation “Client-fournisseur”,il faut qu’il
trop souvent limitée aux problèmes purement techniques. y ait, pour le client, libre choix de son fournisseur, ce qui 81

Géologues n°132
responsabilité & assurances

implique que l’offre ne soit pas unique, qu’il n’y ait pas tir à une meilleure connaissance, et par voie de consé-
d’obligation d’achat. Tel n’est pas le cas aujourd’hui. L’ab- quence à une meilleure maîtrise de nos risques ? Parce
sence de concurrence est une raison supplémentaire pour qu’enfin : ne sommes nous pas la raison d’être des assu-
plus de transparence. reurs? N’avons nous pas, tous ensemble, intérêt à diminuer
Il faut y arriver ! Et si l’on s’essayait à des relations de le risque géotechnique ?
partenariat? N’est ce pas la meilleure solution pour abou-

Expert d’assurances : nos contraintes, nos souhaits en matière


d’intervention
Patrick Berteaux, Philippe Bousquet-Jacq et Myriam de Bels-Lucas (1)

Dans ce texte,nous avons souhaité donner le point de Avant l’ouverture de tout chantier de construction, le
vue d’un [Link] experts d’assurance sont un client un peu législateur impose :
particulier puisque tous nos contacts avec les géotechniciens au maître d’ouvrage de souscrire une assurance de
portent sur des ouvrages sinistrés. Les experts d’assurance choses dite “assurance dommage-ouvrage” (DO) ;
interviennent proportionnellement assez peu sur des aux constructeurs, qui construisent un ouvrage de
sinistres d’origine géotechnique qui représentent quelques bâtiment,de souscrire un contrat d’assurance garan-
pourcent du total des sinistres à traiter, mais ceux-ci se tissant leur responsabilité lorsqu’elle peut être
comptant en centaines de milliers par an, les sinistres géo- engagée sur le fondement des articles 1792 et 1792.2
techniques atteignent un nombre annuel non négligeable. du Code Civil.
Ce sont généralement des dossiers à fort enjeu où les géo-
Dans certains cas, il n’y pas d’assurance DO et c’est
techniciens peuvent être présents à deux titres:
directement la responsabilité civile décennale des
géotechnicien initial de l’opération,position souvent constructeurs présumés responsables qui s’applique :
inconfortable ;
ouvrages de génie civil ;
sapiteur de l’expert d’assurance dans le cadre d’une
maîtrise d’ouvrage publique ;
mission G52 et éventuellement maître d’œuvre de
ouvrages autres que des logements ;
la réparation (mission G2).
petits ouvrages de type véranda, terrasse, etc.
C’est du rôle de sapiteur, a priori plus facile à tenir,
Dans le cadre de l’assurance “dommage ouvrage”, le
dont il sera question ici. Nous présentons, dans un premier législateur a distingué la réparation des désordres, qui doit
temps, les contraintes qui pèsent sur les experts d’assu- être aussi rapide que possible, de la détermination préci-
rance qui interviennent dans le domaine de la construc- se des responsabilités des divers intervenants dans la
tion. Nous explicitons, dans un second temps, les souhaits construction d’ouvrage, qui demande généralement plus
des experts en ce qui concerne l’intervention des géo- de temps.
techniciens pour le compte des assureurs.
La rapidité de la réparation des désordres est satisfaite
par une assurance de l’ouvrage, assurance de choses, qui
Domaine d’intervention des experts a pour objet de garantir aux propriétaires de l’ouvrage le
d’assurance construction préfinancement de la réparation des désordres, avant tou-
te recherche de responsabilité. La notion d’assurance de
dans un cadre amiable préfinancement implique que l’assureur de choses, après
En ce qui concerne la responsabilité civile décennale avoir versé l’indemnité,la récupère en exerçant ses recours
(Art 1792 du code civil), le mécanisme d’assurance repose sur les constructeurs assujettis à la présomption de res-
sur deux principes essentiels : ponsabilité décennale et sur leurs assureurs.
un système d’assurance à double détente ; Quand il n’y a pas d’assurance DO, les experts de cha-
82 une double obligation d’assurance. cun des constructeurs doivent trouver un accord sur les

1.“Spécialistes géotechnique”, cabinet Eurisk


19, chemin Prunay - BP 24 - 78431 Louveciennes Cedex
Tél. 01 30 78 18 62 - Fax. 01 30 78 18 39

Géologues n°132
responsabilité & assurances

réparations et les responsabilités, sans obligation de délai, naires d’assurance demandent l’intervention d’un métreur-
ce qui peut conduire à des instructions assez longues. vérificateur qui dispose des prix habituellement pratiqués
Néanmoins, il est souhaitable de ne pas dériver, sinon on par la [Link] devis doivent donc faire apparaître les
risque que le maître d’ouvrage ne saisisse les tribunaux, prix unitaires et les quantités de prestations qui seront de
ce qui va rarement dans le sens d’une économie en matiè- toutes façons demandés,s’ils ne sont pas déjà mentionnés.
re de réparations.
L’expert doit constater, décrire les dommages, dia-
Contenu des rapports
gnostiquer les causes et évaluer les réparations de ces
dommages. La mission d’expertise est limitée à la Il existe dans ce domaine de fortes variations d’un
recherche et au rassemblement des données strictement géotechnicien à l’autre. Ce que nous allons décrire paraî-
indispensables à la non-aggravation et à la réparation tra évident à certains, mais est très loin d’être mis en appli-
rapide des dommages garantis. En matière de géotech- cation par beaucoup. Il nous semble indispensable que
nique, le caractère strictement indispensable d’une don- les rapports traitent les points suivants :
née n’est pas toujours facile à déterminer a priori. Vis-à- description du sinistre ;
vis des gestionnaires d’assurance, à qui l’expert doit rendre description du contexte géologique général ;
des comptes, il est donc important : programme de sondages ;
de faire la liste des hypothèses plausibles quant à résultats des sondages ;
l’origine des désordres ; diagnostic.
de définir un programme d’investigations dont le Idéalement, les trois premiers devraient figurer dans
coût soit en rapport avec à celui du dommage ; le devis du géotechnicien, puisque le programme des son-
d’assortir le programme d’investigations proposé dages doit avoir été établi en fonction des désordres obser-
d’un commentaire expliquant comment les tech- vés et de la géologie du site. La description du sinistre
niques mises en œuvre vont permettre d’effectuer comprend, outre la nature des désordres, des renseigne-
un tri parmi les hypothèses sur l’origine des ments sur l’altitude et la pente du terrain naturel, la posi-
désordres. tion de la construction par rapport à celui-ci, la constitu-
Par ailleurs, la loi impose à l’assureur DO de prendre tion du bâtiment et, enfin, l’environnement proche
position sur les garanties dans un délai de soixante jours (présence de végétation par exemple)
(J+60) à compter de la déclaration de sinistre et de pro- La description du contexte géologique est facile la plu-
poser une indemnité dans un délai de 90 jours (J+90). Si part du temps car il existe, en général, un rapport initial
l’assuré l’accepte, le délai pour proposer une indemnité qui précise des données ré[Link],ce chapitre est
peut être prolongé de 135 jours supplémentaires (J +225). souvent négligé alors qu’il est important de prendre en
Dans le cas d’un sinistre qui relève d’un problème géo- compte l’histoire d’un sol quand on analyse son compor-
technique, ces délais ne laissent à l’expert qu’une très tement. Le programme de sondages est plus difficile à éta-
faible marge de manœuvre, sachant que la mission n’est blir dans le cas de désordres à faible enjeu car on ne peut
jamais reçue à J +1 et qu’il ne suffit pas de réaliser une pas dépenser beaucoup d’argent en investigations alors
investigation et de déterminer les causes du désordre que le problème peut être néanmoins difficile à identifier.
mais qu’il faut également définir la nature et le coût des Si le problème est mal cerné, il faut des investiga-
travaux à réaliser. De plus, une instrumentation et une tions variées et, en particulier, toujours des prélèvements
mise en observation peuvent être nécessaires. et des essais d’identification des sols. Le pressiomètre
De ce fait, la première qualité du géotechnicien du seul est rarement d’un grand secours quand il faut iden-
point de vue d’un expert d’assurance est de savoir rac- tifier la cause d’un désordre. Les investigations sont à réa-
courcir les délais pour : liser à la fois à proximité du désordre et aussi en dehors,
établir un devis ; pour permettre une comparaison. En ce qui concerne les
intervenir sur chantier ; résultats des sondages, il y a, à notre sens, quatre points
rendre son rapport ; à traiter :
établir un Dossier de Consultation des Entreprises (DCE); la nature des terrains ;
obtenir des offres d’entreprises. l’eau dans le sol ;
En ce qui concerne le devis,il faut savoir que dès que les les caractéristiques physiques des sols ;
sinistres atteignent une certaine importance, les gestion- les caractéristiques mécaniques des sols. 83

Géologues n°132
responsabilité & assurances

Le rapport doit toujours comprendre un plan d’im- En ce qui concerne les remèdes, nous avons parfois
plantation et le nivellement,au moins relatif,des sondages l’impression qu’il existe un couple maudit pressiomètre -
est [Link] matériels et outils utilisés doivent être micropieu. La démarche est la suivante: on réalise la recon-
mentionnés. La description de la nature des terrains doit naissance de sols uniquement avec des sondages pres-
permettre de vérifier la conformité avec le contexte géné- siométriques ; en conséquence, on ne comprend pas très
ral précédemment décrit. Elle doit comporter: bien la cause des désordres, mais on est capable de dimen-
la nature des sols rencontrés associée à la déno- sionner un micropieu conformément aux Documents
mination géologique, la couleur, la granulométrie, Techniques Unifiés (DTU) ; de ce fait on recommande de
la consistance, l’humidité, l’évolutivité (risque de remédier aux désordres par micropieux.
dissolution, de retrait gonflement, ...) ; Il est constant, d’ailleurs, que des solutions de répa-
la géométrie et les cotes des interfaces ; ration soient proposées sans que la moindre description
les hétérogénéités (en général d’épaisseur) ; des désordres observés sur la structure ait été consignée,
les anomalies (vides, bancs durs ou mous, blocs) ; sans parler de l’analyse qui devrait suivre le constat. Il y a
les indices patents de mouvements de terrain (fis- là une anomalie à laquelle on doit remédier en sollicitant
sures de traction, bourrelets, dépressions localisées, l’avis de l’expert sur la façon dont il pense que “fonction-
allure des arbres) ; ne” la structure endommagée.
les effets visibles des eaux de surface (mares, type En pratique,nous aimerions que les rapports concluent
de végétation). avec un ensemble de solutions et les risques associés. La
L’étude de l’eau comprend la description des nappes gestion des sinistres autorise, en effet, à graduer les inter-
et des circulations d’eau, leur niveau piézométrique, les ventions et à mettre en œuvre une solution légère, quit-
variations constatées et prévisibles de ce niveau. La com- te à venir la renforcer si elle ne donne pas satisfaction,
position chimique de l’eau peut être également deman- dans la mesure où la garantie décennale couvre encore une
dée (problème avec les sulfates par exemple). Nous rap- période suffisante. Si la démarche reçoit l’accord de la
pelons qu’il est important que les tubes piézométriques compagnie et du bénéficiai re, les géotechniciens ne cou-
soient nettoyés ainsi que le prévoit la norme NF P 94-157- rent pas le risque de voir leur responsabilité engagée.
1 et que les différents aquifères soient isolés. Par exemple, prenons le cas fréquent d’un pavillon
Les caractéristiques physiques des sols doivent être peu rigide (chaînages et raidisseurs insuffisants) qui se
décrites de façon qualitative au chapitre “nature des sols” fissure du fait d’un sol d’assise un peu trop compressible
par utilisation d ‘adjectifs tels que humide, collant, plas- pour que les tassements soient supportables par la struc-
tique, ferme, friable, ou leur contraire, et faire l’objet d’es- ture. L’étape de mise en observation montre que l’ouver-
sais d’identification. En ce qui concerne les caractéris- ture des fissures n’évolue plus. Dans la très grande majo-
tiques mécaniques, il est indispensable de commenter la rité des cas, la première solution qui sera envisagée est
dispersion éventuelle des valeurs, de signaler les valeurs pourtant la reprise en sous-œuvre, alors qu’un traitement
anormalement faibles ou élevées et de qualifier et, si pos- de façade avec enduit plastique pourrait suffire ou, en
sible, quantifier la résistance des terrains: dur, mou, com- tous cas, être essayé.
pressible, décomprimé, altéré, ... Il arrive que des essais Il serait intéressant de disposer d’informations syn-
soient ratés ; il est malheureusement très exceptionnel thétiques sur les sinistres de seconde génération pour
que cela soit signalé. savoir si les causes les plus fréquentes de ces sinistres
Enfin, on en arrive au diagnostic et aux remèdes à tiennent à des conceptions visant trop hardiment à l’éco-
apporter. Pour asseoir un diagnostic, il nous semble indis- nomie sur les réparations. Notre expérience en la matiè-
pensable d’établir une coupe géotechnique de synthèse re nous pousse à croire que ce n’est pas le cas et que l’on
(modèle géotechnique) qui montre interfaces, sondages, peut raisonnablement essayer de trouver des solutions
Terrain Naturel (TN), construction et désordres constatés, ailleurs que dans la mise en œuvre quasi systématique de
si possible avec des échelles verticale et horizontale iden- micropieux.
tiques. Cette coupe, qui pourtant met en valeur la quali-
té et la pertinence de travail effectué, ne figure quasi-
ment jamais plus dans les rapports. Dans le cas d’une
mission G52, le géotechnicien ne met pourtant pas en jeu
84 sa responsabilité en produisant un tel document.

Géologues n°132
bases de données & inventaires

Base de Données “Mouvements de Terrain” (BDMVT)


Carola Mirgon (1)

Introduction Les mouvements de terrain sont classés suivant une


typologie volontairement simplifiée :
En France, chaque année, l’ensemble des dommages
glissement ;
occasionnés par des mouvements de terrain d’importance
chute de blocs-éboulement ;
et de type très divers (glissements de terrain,éboulements,
coulée ;
effondrements, coulées de boue,...), ont des conséquences
effondrement ;
humaines et socio-économiques considérables. Les coûts
érosion de berges.
consécutifs à ces dommages s’avèrent très élevés et les solu-
tions sont encore trop souvent apportées au coup par coup. Le contenu thématique
La nature même des mécanismes des phénomènes à identification : nature du phénomène, date, locali-
étudier, leur diversité, leur dispersion dans l’espace et dans sation ;
le temps, les conditions de leur occurrence forment un description : géologie, géométrie, géotechnique ;
ensemble de facteurs qui rendent complexe une analyse genèse et évolution : causes anthropiques et natu-
dans sa globalité. L’approche retenue vise à établir une relles, phénomènes induits et évolution du com-
planification préventive des risques pour permettre ain- portement dans le temps ;
si une meilleure protection des personnes et des biens. dommages causés : aux biens et aux personnes ;
Pour répondre en partie à ce besoin en matière de études et travaux réalisés : toutes les études rela-
politique de prévention des risques naturels mise en pla- tives à un événement ainsi que la surveillance et les
ce depuis 1981, le BRGM en partenariat avec le Laboratoi- travaux de confortement réalisés ;
re Central des Ponts et Chaussées (LCPC) a développé un décisions et coûts: réglementations et coûts engen-
outil permettant le recueil, l’analyse et la restitution des drés ;
informations de base nécessaires à la connaissance et à informations complémentaires : origine des infor-
l’étude préalable des phénomènes dans leur ensemble. La mations autres que l’information contenue dans
base BDMVT mémorise, de façon homogène, l’ensemble les études.
des informations disponibles en France, sur des situations
L’origine des informations
récentes et sur des événements passés, et permet de por-
ter à connaissance les phénomènes concernés. Les mou- anciennes bases (BRGM, LCPC et RTM) ;
vements de terrain répertoriés englobent la France métro- inventaires départementaux (Services Géologiques
politaine et les départements d’outre-mer(DOM): Antilles, Régionaux du BRGM ou Laboratoires Régionaux
Réunion et, fin 2002 probablement, la Guyane. des Ponts et Chaussées) ;

La base BDMVT
La base BDMVT Métropole est gérée par le BRGM et,
depuis 1994,développée en partenariat avec le LCPC avec le
soutien du Ministère de l’Education Nationale,de la Recherche
et de la Technologie (MENRT) et du Ministère de l’Aména-
gement du Territoire et de l’Environnement (MATE).Une col-
laboration a récemment démarré avec les services de Res-
tauration des Terrains en Montagne (RTM).La base DOM est
une extension de la base Métropole qui tient compte des spé-
cificités liées aux contextes géographiques et géologiques des
DOM. Ce projet, commencé en 2001, est développé par le
BRGM avec le soutien du MENRT et du MATE. Figure 1 : Etat des données fin 2001 : Réunion. 85

1. BRGM, ARN/RGC
117, avenue de Luminy - BP 167 - 13276 Marseille Cedex 9 - Tél. 04 91 17 74 66
E-mail : [Link]@[Link]

Géologues n°132
bases de données & inventaires

archives (BRGM, LCPC, RTM, ...) ;


études ponctuelles (expertises, essais in situ ou en
laboratoire, géophysique, ...) (BRGM ou LCPC) ;
presse.
Actuellement, le volume d’informations, de qualité
et d’importance variable, est d’à peu près 6800 événe-
ments dont 6200 en métropole, 570 à la Réunion (Fig.1) et
140 aux Antilles (Fig. 2). Un programme d’ inventaires
départementaux, sur six ans, a démarré à la demande du
MATE pour permettre l’acquisition de données validées et
homogènes d’un département à l’autre et couvrir ainsi
l’ensemble de la France (Fig. 3).

Figure 3 : Programmation des inventaires départementaux.

L’accès aux données peut se faire par l’intermédiaire


du BRGM, mais également sur le site spécifique BDMVT :
[Link] développé récemment à la
demande du MATE et dont l’objectif prioritaire est de
mettre à disposition du public les informations sur les
phénomènes naturels contenues dans les diverses bases.
Les fonctionnalités du site sont synthétisées dans la figu-
re 4.

86 Figure 2 : Etat des données fin 2001 : Antilles.

Géologues n°132
bases de données & inventaires

Figure 4 : Fonctionnalités du site Internet.

Base de données nationale sur les cavités souterraines


Christian Mathon (1)

Le projet de Base de Données Nationale relative aux du Nord ou les anciens ouvrages à vocation industrielle
cavités souterraines (hors mines), initié par le BRGM en comme les “caves à bière” de l’agglomération strasbour-
1997 et cofinancé, dès 1998, par le Ministère de l’Aména- geoise, peuvent y être intégrées. Pour l’instant, les sapes
gement du Territoire et de l’Environnement (MATE), a pour de la guerre de 1914-1918 ne sont que mentionnées.
objectif de centraliser et de mettre à disposition l’infor- Depuis l’année 2000, la priorité des objectifs du MATE
mation disponible et accessible sur le territoire métro- est de mettre à disposition du public, via Internet, les
politain. Les partenaires institutionnels de la base, outre informations contenues dans les diverses bases concernant
le BRGM, sont le Laboratoire Central des Ponts et Chaus- les phénomènes naturels, mais également d’homogé-
sées (LCPC), l’Institut National de l’Environnement Indus- néiser - par l’adoption d’une méthodologie commune -
triels et des Risques (INERIS) et les Services de Restaura- l’acquisition des données dans les départements restant
tion des Terrains en Montagne (RTM), ce qui n’exclut pas à inventorier.
la prise en compte d’autres sources d’information (Conseils Les actions menées pour répondre à cette demande
généraux, par exemple). ont été les suivantes :
Devant répondre à un besoin national autant que poursuite des développements sous ORACLE, outil
local,cette base se veut exhaustive en matière de typologie de saisie des données, en particulier ceux concer-
des cavités - anthropiques (hors mines) et naturelles - et nant les cavités naturelles ;
de descripteurs les concernant. Notamment, les particu- développement d’un site Internet dédié accessible
larités géométriques de certaines cavités telles que les à tout public -[Link]- sur le serveur du
carrières de gypse de la région parisienne, les “catiches” MATE (Fig. 1 et 2) ; 87

1. BRGM, ARN/RGC
117, avenue de Luminy - BP 167 - 13276 Marseille Cedex 9 - Tél. 04 91 17 22 96
E-mail : [Link]@[Link]

Géologues n°132
bases de données & inventaires

Figure 1 : Structure du site Internet.

Etat d’avancement Accès direct Cartes Sélection


de l’acquisition par commune
Sélection Synthèse Tableaux
multicritères

Caractéristiques
des cavités

Présentation
de la base

Partenaires de la base
88 Figure 2 : Fonctionnalités du site.

Géologues n°132
bases de données & inventaires

élaboration d’un cahier des charges type pour la


réalisation des inventaires départementaux ;
programmation des inventaires jusqu’à 2006 ;
examen des modalités de chargement par les par-
tenaires de la base.
L’acquisition des données se fait à partir :
de transferts d’informations déjà collectées, à par-
tir d’inventaires anciens spécifiques ou non ;
de dossiers traités par les partenaires de la base ;
des inventaires départementaux dont la program-
mation est, dans ses grandes lignes, établie comme
suit jusqu’en 2006.
La carte ci-jointe (Fig. 3) donne une image globale de
la progression de la couverture jusqu’à 2006 mais ne peut
être considérée comme figée. La figure 4 donne un
exemple de restitution cartographique départementale.

Figure 4 : Département de l’Aisne, localisation des cavités souterraines par


type.

Figure 3: Programmation 2001-2006 des inventaires “cavités souterraines”.

89

Géologues n°132
bases de données & inventaires

Cartographie de l’aléa retrait-gonflement des sols argileux


Marc Vincent (1)

Introduction l’évapotranspiration qui peut entraîner l’apparition de


pressions interstitielles négatives (succion). Il en résulte des
Trois milliards d’euros: c’est l’estimation du montant
tassements pouvant atteindre plusieurs centimètres.
cumulé des remboursements effectués en France, depuis
1989, par les assurances, pour des désordres consécutifs à Le sol situé sous un bâtiment est protégé de l’évapo-
des mouvements de terrain imputables au phénomène ration et conserve un équilibre hydrique sensiblement
de retrait-gonflement. Selon les données de la Caisse Cen- constant. Les mouvements différentiels liés au retrait-gon-
trale de Réassurance, les indemnisations liés à ce type de flement se produiront donc préférentiellement au droit
sinistre correspondent désormais à près d’un tiers du mon- des murs extérieurs du bâtiment, dans le secteur soumis
tant total des remboursements effectués en application de au gradient hydrique maximum. L’ampleur des mouve-
la loi sur les catastrophes naturelles,juste derrière les inon- ments différentiels et des désordres qui s’ensuivent (fis-
dations.C’est dire si ce phénomène,dont les manifestations suration des murs porteurs et des dallages, distorsion des
sont peu spectaculaires et qui ne met pas en danger les vies ouvertures, décollement des constructions annexes, etc.)
humaines, présente un coût élevé pour la collectivité. sera d’autant plus importante que les fondations sont plus
superficielles et les bâtiments plus légers. La plupart des
Le mécanisme du retrait-gonflement des sols argi-
désordres constatés touchent donc des maisons indivi-
leux est pourtant bien connu des géotechniciens, au moins
duelles de plain-pied. La présence de fondations hétéro-
depuis la sécheresse de l’été 1976 qui a été marquée par
gènes ou de végétation arborée à proximité d’un bâtiment
l’apparition de nombreux désordres survenus à des
constituent autant de facteurs aggravants.
pavillons, surtout en région parisienne. Il est lié au com-
portement particulier de certains minéraux argileux (smec-
tites notamment) qui présentent de fortes variations de De l’aléa au plan de zonage
volume en cas d’évolution de leur teneur en eau. En pério- Afin de réduire le coût exorbitant de ces sinistres pour
de sèche, la tranche superficielle des sols est soumise à la collectivité, les pouvoirs publics et les assureurs ont
souhaité développer des actions de prévention. Il s’agit
d’informer les constructeurs de l’existence de sols sen-
sibles au phénomène de retrait-gonflement et de régle-
menter la construction dans ces zones, au moyen de Plans
de Prévention des Risques naturels prévisibles (PPR). Le
respect de règles de construction relativement simples à
mettre en œuvre et peu coûteuses permet,en effet, de s’af-
franchir de la plupart des désordres.
Encore faut-il parvenir à identifier et cartographier
les zones sensibles au phénomène de retrait-gonflement.
La répartition géographique des communes ayant béné-
1996
1998 ficié de la reconnaissance de l’état de catastrophe natu-
2000 relle à ce titre (près de 5000 communes à ce jour!) montre
2001
que la quasi totalité du territoire national est concernée
2002
2003 mais avec des concentrations très marquées en région
2004 parisienne et dans le sud du Bassin de Paris, ainsi que
dans le Sud-Ouest ( jusqu’à 94 % des communes sinis-
trées dans le département du Gers !).
Cette répartition suggère une étroite corrélation avec
Figure 1 : Etat d’avancement du programme de la carte départementale des
la nature des formations géologiques affleurantes. C’est
90 formations argileuses. sur la base de cette observation que le BRGM a pu élabo-

1. BRGM, Département Aménagement - Risques Naturels.


117, avenue de Luminy - BP 167 - 13276 Marseille Cedex 9 - Tél. 04 91 17 74 65
E-mail : [Link]@[Link]

Géologues n°132
bases de données & inventaires

rer une méthodologie spécifique de cartographie de l’aléa Les formations ainsi identifiées font ensuite l’objet
[Link]ée d’abord dans les Alpes de Hau- d’une hiérarchisation sur la base de critères lithologiques
te-Provence en 1996, puis améliorée dans les Deux-Sèvres (prenant aussi en compte l’épaisseur et la continuité des
en 1998 en collaboration avec plusieurs mutuelles d’as- termes argileux au sein de la formation), minéralogiques
surance, la méthode a été validée dans l’Essonne, en 2000, (la nature des minéraux de la phase argileuse étant déter-
et fait désormais l’objet d’un vaste programme national minée à la fois sur la base de considérations paléogéo-
réalisé par le BRGM à la demande du Ministère de l’Amé- graphiques et au vu de résultats d’essais de diffractomé-
nagement du Territoire et de l’Environnement (MATE) et trie rayons X), et géotechniques. Des essais de laboratoire
qui touchera, d’ici 2004, une trentaine de départements. sont effectués dans le cadre de l’étude pour préciser les
L’état d’avancement de ce programme est indiqué sur la caractéristiques de certains matériaux, mais l’essentiel
carte de la figure 1. des données est recueilli dans la bibliographie et auprès
Le point de départ pour la réalisation des cartes dépar- de bureaux d’études géotechniques. Cette hiérarchisa-
tementales d’aléa est la carte géologique éditée par le tion des formations argileuses permet d’établir une car-
BRGM à l’échelle 1/50 000ème. Même si les formations te de susceptibilité vis-à-vis du retrait-gonflement.
superficielles ont fait l’objet d’interprétations de qualité Pour approcher la représentation cartographique de
variable d’une feuille à l’autre, les cartes géologiques l’aléa (qui correspond à la probabilité d’occurrence du
constituent néanmoins la seule donnée de base dispo- phénomène), il convient de prendre en compte, non seu-
nible à cette échelle. L’expertise du géologue régional est lement la susceptibilité mais aussi la répartition des évè-
donc mise à contribution pour homogénéiser les raccords nements déjà observés. On procède donc au recensement
entre coupures et procéder à d’éventuelles corrections, des sinistres et à leur localisation, ce qui permet de déter-
mises à jour ou réinterprétations, afin d’aboutir à une car- miner, pour chacune des formations argileuses identi-
te départementale numérique des formations argileuses fiées, la densité de sinistres pour 100 km2 d’affleurement.
(au sens large) qui servira de base au tracé des contours Afin d’affiner l’analyse, les densités de sinistres sont en réa-
de la carte d’aléa (Fig. 2). lité rapportées à la surface d’affleurement réellement
urbanisée, laquelle peut s’avérer très variable d’une for-
mation à une autre. Une telle étude, pour être valable,
Cartes Analyse lithologique, Recensement
suppose de travailler sur un échantillon de sinistres qui,
géologiques
1.50 000ème
minéralogique
et géotechnique
et localisation
des sinistres
sans être exhaustif, soit suffisamment représentatif (d’au-
tant que certains des sinistres imputés au retrait-gonfle-
ment sont parfois le résultat de causes multiples). Le
Cartes Hiérarchisation Carte Carte
des formations des des des zones nombre de sites de sinistres ainsi recensés (et localisés
argileuses formations sinistres urbanisées
sur cartes) atteint généralement plusieurs milliers (3 810
pour la Dordogne par exemple).
La carte départementale d’aléa résulte en définitive
Carte Densité de sinistres
de susceptibilité par formation de la combinaison de la carte de susceptibilité et de cet-
te détermination des densités de sinistre par formation.
Elle est présentée sous forme numérique et affichée à
Cartes l’échelle 1/100 000ème, mais son échelle de validité est, en
départementale d’alea
1.100 000ème réalité, le 1/50 000ème.
La transcription de la carte d’aléa sous forme de plans
Zonages Réglement type
de zonages réglementaires (affichés à l’échelle 1/10000ème)
réglementaire +
communal Note de
se fait sans engager d’études complémentaires au niveau
1.10 000ème présentation communal, en prenant simplement en compte une mar-
ge de sécurité autour des zones d’aléa, en application du
principe de précaution. Ce choix stratégique, effectué à la
Préparation
des P.P.R.
demande du MATE qui pilote l’opération, est motivé par
communaux le fait que les enjeux sont relativement réduits puisque le
phénomène ne met pas en danger la vie humaine et ne
Figure 2 : Planning d’homogénéisation pour la carte d’aléa.. justifie pas de classer des terrains en zone inconstruc- 91

Géologues n°132
bases de données & inventaires

tible. De surcroît, les mesures réglementaires, qui s’appli- qui concernent tant la structure du bâti (profondeur mini-
queront aux secteurs exposés, se traduisent par des sur- male de fondation, joint de rupture entre bâtiments acco-
coûts assez faibles, ce qui permet de s’accommoder d’une lés, interdiction des sous-sols partiels, etc.) que son envi-
délimitation relativement imprécise des zones à risques. ronnement immédiat (distance minimale pour les
plantations d’arbres et le drainage éventuel, maîtrise des
Le futur eaux de ruissellement, étanchéité des canalisations sou-
terraines, mise en place d’un trottoir périphérique imper-
Le règlement proposé pour les futurs PPR retrait-gon- méable, etc.).
flement imposera, dans les secteurs exposés, une étude
de sol avant construction afin de déterminer les mesures Un certain nombre de PPR spécifiques au phénomè-
à respecter en fonction du contexte local, si la présence de ne de retrait-gonflement ont déjà été prescrits mais aucun
matériau sujet au retrait-gonflement est confirmée au n’est encore en application. La procédure devrait cependant
droit du site. Cette étude géotechnique préalable ne sera s’accélérer au fur et à mesure que les cartes départe-
cependant pas obligatoire pour des maisons individuelles mentales d’aléa voient le jour. Cet outil d’information et
avec permis de construire non groupé. Dans ce cas, le de prévention devrait permettre de réduire, à l’avenir, le
maître d’œuvre aura la possibilité d’appliquer des mesures nombre des sinistres et les coûts générés par leur indem-
constructives forfaitaires détaillées dans le règlement et nisation.

92

Géologues n°132
geoderis

Geoderis
La Rédaction (1)

Généralités ponsable des dommages causés par son activité. En


cas de disparition ou de défaillance du responsable,
Geoderis est un groupement d’intérêt public (GIP créé le l’Etat est garant de la réparation des dommages;
4 décembre 2001),associant le BRGM et l’Institut National de
à la fin de la validité du titre minier,la responsabilité
l’Environnement Industriels et des Risques (INERIS), et dont
des mesures de suivi et de prévention revient à l’Etat;
le cadre d’activités général est la prévention et la gestion des
risques liés à la fermeture des domaine minier français. Le les collectivités peuvent reprendre à leur compte
domaine concerné, et la liste n’est pas limitative, englobe: l’exploitation des installations hydrauliques (dis-
toutes les concessions devant s’éteindre à cours tribution d’eau, assainissement, collecte des eaux
terme : concessions orphelines, concessions illimi- pluviales, ...), en fin d’exploitation ;
tées, concessions en court de procédure, conces- l’application des Plans de Prévention des Risques
sions dont les arrêts de travaux devront être pro- (PPR) est étendue aux PPR miniers pour la préven-
noncés dans les années qui viennent ; tion des risques et pour servir de base à la régle-
l’arrêt des domaines miniers publics (charbon, fer, mentation de la construction ;
potasse, uranium) et des autres domaines privés, en cas de risque minier grave, les biens exposés à ce
essentiellement métalliques. risque peuvent être expropriés par l’Etat ;
En 2000, on faisait état d’environ 2700 concessions une “Agence de prévention et de surveillance des
délivrées, 931 valides, 178 actives et 137 orphelines (Fig. 1). risques miniers”est créée,qui participe à la préparation
des mesures de prévention liées aux risques miniers.
Nord-Pas-de-Calais
53

Picardie
Haute-Normandie0
0
Responsabilités de Geoderis
Basse-Normandie Lorraine
34 Champagne 557
Ile-de-France
0 Ardenne Alsace Geoderis est l’instrument de l’Etat, pour l’appuyer
Bretagne 400
25
58
dans la gestion des séquelles de l’après-mine. Geodéris
Pays-de-la-Loire Centre Franche apporte ainsi son expertise aux services centraux et régio-
80 4 Bourgogne Comté
73 25 naux de l’Etat :
Poitou Direction de l’Action Régionale et des PMI : Sous-
Charentes Limousin
0 41 Auvergne Rhône-Alpes
direction de la Sécurité industrielle (DARPMI) ;
159 427
>400 Direction Générale de l’Energie et des Matières Pre-
>100 Aquitaine
mières/Direction des Ressources Energétiques et
56
>40
>1 Midi-Pyrénées
Languedoc Provence-Alpes-
271 Cote d’Azur
Minérales (DIREM) ;
0 136 200
Directions Régionales de l’Industrie et de l’Envi-
Corse ronnement (DRIRE).
?
Geoderis est ainsi chargé des tâches suivantes :
créer et gérer des banques de données et des sys-
Figure 1 : Nombre de concessions délivrées par région au 1er janvier 2000. tèmes d’information géographique relatifs aux
sites d’exploitation minière ;
Les problèmes intervenus en Lorraine dans les années
1996-1997 (effondrements, remontées de nappe, etc.) ont identifier et hiérarchiser les risques miniers ;
joué un rôle essentiel dans l’élaboration de la loi du 30 mettre en place et gérer des dispositifs de sur-
mars 1999 (et des arrêtés des 29 mai et 16 juin 1999 et du veillance des sites à risque ;
15 mars 2002, relatifs au code minier), dont les points assister la puissance publique dans la mise en
essentiels sont les suivants : œuvre des travaux de mise en sécurité des biens et
sauf preuve d’une cause étrangère,l’explorateur ou l’ex- des personnes, l’information des populations, la
ploitant,ou à défaut le titulaire du titre minier ,est res- gestion des crises en général. 93

1. Remerciements à Michel Messin pour sa contribution à l’élaboration de ce texte.

Géologues n°132
geoderis

Organisation actuelle de Geoderis(1) En outre,un groupement d’intérêt scientifique (GISOS)


a été constitué en Lorraine, associant BRGM, INERIS et l’IN-
La première implantation de Geoderis est en Lorrai- PL/Laego (Ecole des Mines de Nancy/Ecole Nationale Supé-
ne. Une équipe de 12 personnes (6 INERIS et 6 BRGM) est rieure de Géologie), chargé de développer des recherches
installée à la DRIRE Lorraine, pilotée par J.-P. Josien (INERIS), en réponse aux besoins exprimés par Geoderis.
directeur, et D. Midot (BRGM), adjoint, le président étant
J. Testard (Fig. 2).
L’activité est organisée en trois domaines : Réalisations
gestion des données (responsable C. Brazillet,
Au stade actuel, Geoderis a développé cinq domaines:
BRGM) ;
surveillance, reconnaissance (responsable D. Midot, recueil et mise en forme de l’information ;
BRGM) ; évaluation des risques sur les concessions aban-
gestion du risque (responsable S. Kouniali, INERIS). données et dont les propriétaires sont inconnus
(fer, sel) ; les travaux ont été amorcés sur le domai-
En 2000, le champ d’action a été limité au bassin ferri-
ne charbonnier ;
fère lorrain; en 2001, il a été étendu au sel (extraction sou-
développement des SIG, comme support d’analyse
terraine et pompage),pour toute la [Link] 2000,les res-
du risque et d’information pour les communes ;
sources attribuées à Geoderis se sont élevées à près de
expertises au cas par cas demandées par la DRIRE,
20MF;en 2001,ce chiffre a été porté à environ 22 [Link] 2002,
notamment lors du dépôt des dossiers d’arrêt de
le budget global de GEODERIS devrait s’élever à 23-25 MF.
travaux par les exploitants ;
En 2001,une deuxième équipe a été mise en place à Alès, appui aux DRIRE pour la mise en œuvre de travaux
chargée de couvrir le sud de la France (Fig. 2); responsable: de sécurité.
A. Dommanget (BRGM). L’équipe correspondante a pour
De plus, Geoderis fait largement appel aux différents
spécialités l’hydrogéochimie, les bases de données et sys-
spécialistes du BRGM et de l’INERIS, notamment, pour ce
tèmes d’information géographique, la géomécanique. En
qui concerne le BRGM, dans le domaine de la constitution
2002,une troisième équipe s’installera à Caen pour couvrir
de bases de données et de SIG, dans les investigations
les besoins du Grand Ouest et des territoires d’Outre-mer;
géophysiques et dans les techniques de suivi satellitaires.
elle devrait se constituer autour de 3 à 4 personnes spécia-
lisées dans le risque minier avec une compétence particu- Une des réalisations notables à des fins d’information
lière en hydrogéologie; responsable: C. Vachette (BRGM). réglementaire est l’élaboration d’un cédérom sur le domai-
ne ferrifère lorrain qui, après un rappel sur les méthodes
d’exploitation (manuelles, mécanisées à partir des années
1950) présente, d’une part une typologie des problèmes
rencontrés, d’autre part un éventail de documents carto-
graphiques d’appui. Le cederom évoque aussi la sur-
Caen Metz veillance indirecte des désordres, par la microsismicité et
fournit une liste bibliographique.
Pour le moment, Geoderis, à la demande de l’admi-
nistration a concentré ses efforts sur les problèmes d’in-
stabilité pouvant générer des phénomènes accidentels
graves dans le Bassin ferrifère :
instabilités de type “fontis” (effondrement ponc-
tuel);
instabilités de type “affaissement”avec apparition
Alès de ruptures brutales sur de grandes surfaces ;
instabilité de type “affaissement” avec formation
d’une cuvette d’affaissement.
A l’avenir et progressivement, Geoderis s’intéressera
notamment à tous les phénomènes de pollution prove-
94 Figure 2 : Implantations actuelles de Geoderis. nant des anciens sites miniers.

1. Geoderis Est : DRIRE Lorainne, 15 rue Claude Chappe, BP 95038, 57071 Metz Cedex 3.
Tél. 03 87 37 78 09 - Fax. 03 87 37 78 18 - E-mail : [Link]@[Link]
Geoderis Sud : Ecole des Mines d’Alès, rue des Accacias, 31100 Alès.
Tél. 04 66 78 52 05 - Fax. 04 66 78 52 07 - E-mail : [Link]@[Link]
Geoderis Ouest : en cours d’installation.

Géologues n°132
geoderis

Annexe : réglementation Decret n°2002-353 du 15 mars 2002 relatif à l’Agence de


Prévention et de Surveillance des Risques Miniers.
Code minier.
Textes divers
Loi 94-588 du 15 juillet 1994 (JO du 16 juillet, NOR
Sécurité civile, protection de la forêt contre l'incendie, pré-
INDX9300109L) modifiant certaines dispositions du code
vention des risques majeurs. Loi 87-565 du 22 juillet 1987.
minier et de l’article L 711-12 du code du travail. Concerne :
titres miniers, travaux miniers, carrières, infractions. Taux de la redevance communale et départementale
des mines applicables en 1998. Arrêté du 6 octobre 1998
Arrêté du 28 juillet 1995 (JO du 1er septembre) fixant les
(JO du 23 octobre).Taux 1997:cf. arrêté du 8 septembre 1997
modalités selon lesquelles sont établies les demandes
(JO du 26 septembre).
portant sur les titres miniers et leurs annexes.
Modification de diverses dispositions prises en appli-
Instruction relative aux aspects techniques de l'abandon
cation du Code minier. D. 98-970 du 26 octobre 1998 (JO
des travaux et installations des exploitations souterraines
des mines et carrières. Annexe à la lettre-circulaire DIE du 31 octobre).
200 du 6 août 1991 adressée aux Préfets. Ministère de Déclaration d'utilité publique pour l'expropriation par
l'Industrie et du Commerce Extérieur, Département Indus- l'Etat des biens exposés au risque naturel d'effondrement
tries extractives. des carrières souterraines de gypse abandonnées. Arrêté
Responsabilité en matière de dommages consécutifs à du 8 décembre 1998 (JO du 14 janvier 1999).
l'exploitation minière et à la prévention des risques miniers Exercice de la police des carrières en application de l'ar-
après la fin de l'exploitation. Loi n°99-245 du 30 mars ticle 107 du code minier. D. 99-116 du 12 février 1999 (JO du
1999 (JO du 31 mars). 20 février).
Etat de sinistre minier, indemnités. Décret n°2000-465 Recherche par forage, exploitation par puits. Circ. du 22
du 29 mai 2000 relatif à l'application des articles 75-2 et mars 2000 (JO du 26 mars).
75-3 du code minier (JO du 1er juin). Rapport de la Cour des Comptes : la fin des activités
Plans de prévention des risques miniers ; expropriation minières. Rapport au Président de la République suivi des
des biens en cas de risque minier. Décret n°200-547 du réponses des administrations et des organismes intéres-
16 juin 2000 relatif à l'application des articles 94 et 95 du sés. Rapport public particulier, décembre 2000, édition
code minier (JO du 22 juin). des Journaux Officiels.

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Approche des études géotechniques liées à la pathologie des ouvrages


Bertrand Hubert (1)

Introduction être sujette à caution, sans qu’il y ait obligatoirement


volonté de tromperie.
Que ce soit dans le cadre d’une expertise judiciaire ou du Les plans et documents établis lors de la construction
traitement d’un dossier d’assurances, lorsque les désordres fournissent des renseignements précieux sur la struc-
affectant un bâtiment semblent trouver leur origine dans un ture d’un ouvrage, mais on se gardera néanmoins de les
problème de sol, le géotechnicien est fréquemment sollici- considérer comme le reflet indiscutable de la réalité:ain-
té pour déterminer la cause du sinistre et préconiser des si la présence d’un chaînage sur un plan implique peut-
remè[Link] missions,qui ont notamment proliféré lors de être qu’il a été facturé au maître d’ouvrage mais pas
la période de sécheresse de ces dernières années, si elles qu’il a été effectivement mis en œuvre.
peuvent paraître comme une manne pour la profession des La connaissance de la structure d’un ouvrage peut néces-
géotechniciens, nécessitent de la part de ces derniers un siter des investigations sur certains éléments. Ces recon-
traitement et une rigueur bien spécifiques.S’il peut paraître naissances ne sont pas nécessairement destructives
plus facile de démontrer a posteriori la cause d’un sinistre que grâce à certaines techniques d’auscultation de mise en
de prévenir son apparition, encore faut-il que le géotechni- œuvre facile (ferroscan, pachomètre, ...).
cien évite certains piè[Link] ce dernier,le danger est de res-
treindre sa recherche à sa spécialité,ce qui,et ceci parfois mal- Les fondations
gré toutes les apparences, peut l’écarter complètement de Encore plus que la superstructure de l’ouvrage, qui
la vérité, les problèmes de sol n’étant heureusement pas la présente l’avantage d’être visible, les fondations consti-
seule source de désordres sur les ouvrages. tuent une inconnue importante et il est généralement
Une étude pathologique doit donc se concevoir com- nécessaire d’effectuer des investigations pour avoir des
me une enquête et il convient, préalablement, de recueillir informations, qui ne seront toujours que ponctuelles, sur
tous les indices disponibles pour les analyser avant de les fondations d’un ouvrage : nature, niveau d’assise, géo-
proposer une hypothèse sur la cause d’un sinistre, ceci en métrie. Cette connaissance est primordiale, compte tenu
évitant toute idée préconçue. Les investigations viendront de l’implication fréquente des fondations dans l’origine des
ensuite confirmer, ou infirmer, cette hypothèse et devront désordres; elle reste malgré tout souvent l’objet d’im-
permettre la définition, et éventuellement le dimension- précisions et ceci pour différentes raisons.
nement, des remèdes. Les plans et autres documents, établis lors du marché
de travaux sont ici, encore plus que pour le reste de
Les données l’ouvrage, sujets à caution :
● ils ne prennent pas en compte les adaptations effec-

L’ouvrage et son contexte tuées en cours de travaux ;


● il est facile de ne pas respecter les termes d’un mar-
L’ouvrage ché, sur des éléments cachés.
A défaut d’avoir été communiquées par le demandeur, Les fondations superficielles, mode de fondation lar-
généralement l’expert, les données relatives à l’ouvrage gement le plus répandu, sont fréquemment l’objet de
sinistré doivent être récoltées sur place par le géotechnicien. malfaçons, pas toujours faciles à mettre en évidence :
L’examen visuel de la construction apporte des informa- ● encastrement insuffisant (vis à vis de la nature du

tions essentielles sur la nature du bâtiment, mais aussi sol, du gel, ...) ;
sur sa conception, voire sur ses matériaux constitutifs. ● mauvaise qualité du béton ;

Les renseignements oraux peuvent être très importants ● dimensionnement insuffisant en regard des charges

et éclairer la recherche de la cause du sinistre : histo- et de la qualité du sol ;


rique des travaux, incidents lors de la construction, ● absence ou mauvais positionnement des armatures,

modifications ultérieures... L’expérience montre, toute- lorsqu’elles s’avèrent nécessaires ;


fois, que la fiabilité des informations recueillies peut ● excentrement par rapport aux murs porteurs, ... 97

1. Solen
16, allée Prométhée - BP 169 - 28003 Chartres Cedex - Tél. 02 37 88 03 32 - Fax. 02 37 30 90 75
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Géologues n°132
etudes de cas

En matière de fondations l’expérience montre qu’il est pos- lisations avec une force destructrice considérable. Il
sible d’être confronté aux situations les plus improbables: n’est donc pas possible d’ignorer la végétation dans
● il n’est pas exclu de constater une absence totale une étude pathologique.
de fondation, les murs reposant directement sur le L’étude des sinistres liés à la sécheresse a montré l’in-
sol d’assise ; fluence de l’imperméabilité des abords des bâtiments
● il est fréquent de rencontrer des “radiers” consti- sur l’évaporation et donc la dessiccation des sols ;ainsi,sur
tués d’une simple dalle de (mauvais) béton dépour- certains sinistres,la simple présence d’une terrasse a per-
vue de toute armature, si ce n’est, à la rigueur, un mis d’expliquer l’hétérogénéité constatée sur l’humidité
simple treillis soudé anti-fissuration ; des sols d’assise et donc la localisation de désordres.
● les puits de fondation, à la réalisation délicate,
La géologie
notamment lorsqu’ils sont mis en œuvre sous la
nappe phréatique, peuvent présenter des formes et La connaissance de la nature présumée des sols d’as-
des constitutions étonnantes, reflétant les difficul- sise est indispensable à l’identification des vices du sous-
tés rencontrées par l’entrepreneur. sol pouvant être à l’origine du sinistre. Parmi les plus cou-
rants il est possible de citer :
Suite à des premiers désordres, des reprises en sous-
● les dépôts alluviaux comportant des niveaux émi-
œuvre ont pu être ponctuellement réalisées, souvent par
nemment compressibles (vases, tourbes, ...) ;
le constructeur lui même dans le cadre de sa garantie
● les anciennes zones d’extraction de matériaux (gra-
de parfait achèvement, travaux qui, lorsqu’il sont inadap-
vières, carrières, ...) actuellement remblayées ;
tés, s’avèrent généralement un remède pire que le mal.
● les horizons susceptibles d’être affectés par des phé-
Les fondations profondes, qui ne sont justifiées que nomènes de dissolution (gypse, anhydrite, ...) ;
lorsque les solutions superficielles ne sont pas réali- ● les niveaux ayant pu faire l’objet d’exploitation en
sables, bien que réalisées par des entreprises spéciali- carrière souterraine (calcaires, gypse, charbon, ...) ;
sées, ne sont pas exemptes de problèmes : ● les formations argileuses particulièrement sensibles
● défauts d’exécution : faux refus au battage, inter-
aux variations hydriques (argiles sannoisiennes,
ruption de bétonnage, rupture consécutive à un molasse toulousaine, ...).
choc en cours de travaux, mauvais recepage, ...
En première approche, avant toute investigation, le
● erreurs de conception : fiche insuffisante, non prise
géotechnicien ne dispose que des cartes géologiques,de sa
en compte de frottement négatif ou de poussées
propre expérience et de ses qualités de géologue de terrain,
latérales générées par des remblais contigus, ...
le cas échéant. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que le
L’environnement sous-sol recèle souvent des anomalies difficilement prévi-
La visite du site permet également de placer l’ouvra- sibles, qu’elles soient d’origine géologique ou artificielle.
ge dans son environnement, dont il est indissociable. Les phénomènes extérieurs
Il est bien connu que l’eau, au moins comme facteur Il est toujours nécessaire de s’informer sur les éven-
aggravant,est impliquée dans la plupart des sinistres liés tuels agents extérieurs qui pourraient avoir déclenché les
au sol. Tout ce qui concerne les relations entre l’ouvra- désordres et surtout d’obtenir précisément la date de
ge et cet élément doit donc être répertorié: circulations l’événement, lorsqu’il s’agit d’un phénomène ponctuel,
des eaux de ruissellement, recueillement des eaux plu- afin de la comparer avec la manifestation du sinistre. A ce
viales, existence d’un système de drainage, manifesta- propos, il convient d’être très prudent dans le crédit à
tions de la présence d’une nappe phréatique, ... accorder à la précision et la fiabilité des témoignages. De
La pente peut être directement impliquée dans l’origi- plus, on ne perdra pas de l’esprit qu’il peut exister un cer-
ne d’un sinistre, comme facteur d’instabilité, mais aus- tain décalage entre la cause et ses conséquences. Les
si, plus indirectement, en favorisant l’infiltration pré- agents peuvent être d’origine naturelle ou artificielle.
férentielle des eaux de ruissellement, et en étant la Les phénomènes climatiques sont les plus fréquem-
cause des variations d’encastrement des fondations. ment mis en cause. Ce sont essentiellement des déficits
Vis à vis de la dessiccation des sols, le rayon d’influen- de précipitations comme l’intense sécheresse de la der-
ce des arbres est très important, notamment en pério- nière décennie, ou bien des excès comme la pluviosité
de de déficit pluviométrique. Par ailleurs, les racines exceptionnelle qu’a subie récemment la Picardie. Lors-
98 peuvent s’insinuer sous les structures ou dans les cana- qu’ils sont d’ampleur exceptionnelle, l’état de catas-

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trophe naturelle est le plus souvent décrété pour les elles peuvent être la cause d’infiltrations et rendre un
communes concernées, ce qui implique, du point de ouvrage impropre à sa destination.
vue des assurances, un traitement particulier des De l’analyse de ces fissures va dépendre toute la
sinistres. Les conséquences de ces phénomènes peu- conduite de l’étude et il est essentiel de distinguer les
vent se traduire de diverses façons, directement sous la désordres résultant de mouvements de fondation de ceux
forme de crues ou de fluctuations des niveaux aqui- qui n’affectent que l’enduit superficiel, ce qui est relati-
fères ou encore en ayant un effet sur l’état et les carac- vement facile, et surtout de ceux qui ont une origine typi-
téristiques mécaniques des sols. quement structurelle : rotation de dalle, poussée de char-
Les séismes doivent également être signalés pour pente, chocs thermiques. Il convient de bien savoir
mémoire,étant exceptionnellement la cause de sinistres, identifier ces différents types de fissures, toute confusion
bien qu’il y soit fait souvent allusion lorsqu’il n’apparaît pouvant avoir des conséquences préjudiciables à la pour-
pas d’explication à des désordres mystérieux. suite de l’étude. Ce type d’erreur est malheureusement
Les travaux peuvent avoir des conséquences directes sur fréquent et confirme la nécessité pour le géotechnicien de
les ouvrages avoisinants, en affectant les sols d’assise de posséder de sérieuses notions dans le domaine du bâti-
leurs fondations ou encore,d’une façon plus pernicieuse, ment, en gros œuvre comme en second œuvre.
en ayant des effets sur le niveau de la nappe phréatique.
Ouverture de joints de rupture
Il faut également citer ici les vibrations que génèrent cer-
tains types de travaux,vibrations que les horizons rocheux La réalisation d’un joint de rupture est nécessaire, et
peuvent transmettre aux structures ou encore auxquelles imposée par les règles de l’art, à la jonction entre deux par-
sont sensibles certains sols. L’implication de travaux qui ties d’ouvrage qui présentent une différence de niveau
sont terminés lors des opérations d’expertise est toujours de fondation ou une grande hétérogénéité de charge (par
très difficile à démontrer,les causes ayant généralement exemple dans le cas d’un nombre d’étages différents),
disparu et étant difficilement reproductibles. lorsque la structure n’est pas suffisamment rigide pour
accepter des tassements différentiels importants. Les
Les désordres joints de rupture se comportent comme des “fusibles” et
Fissuration des murs s’avèrent être un bon indice sur la nature des mouve-
ments en cause. Dans certains, cas l’ampleur des tasse-
Soumise à des contraintes, la structure d’un ouvrage
ments différentiels peut être suffisamment importante
au comportement “fragile”, ce qui est généralement le
pour que le désaffleurement créé constitue une gêne dans
cas pour les maisons individuelles, est affectée de fissures
l’usage des locaux. Il convient de signaler également que
que l’on peut ranger en 2 grandes familles.
lorsqu’un joint n’a pas été initialement projeté, il peut se
Les fissures de cisaillement résultent le plus souvent
créer à son emplacement une fissuration importante et
du gauchissement de la structure, suite à un tassement
généralement inesthétique.
différentiel ; elles se présentent ,le plus souvent, selon
un schéma typique, en diagonale, en suivant éventuel- Phénomènes de distorsion
lement les joints de maçonnerie (parpaings, briques,...). Lorsque la structure d’un ouvrage est relativement
Elles peuvent se poursuivre par des fissures horizon- souple, la déformation de son ossature peut se traduire,
tales ou verticales au droit des changements de maté- à défaut d’une fissuration des murs porteurs, par un désé-
riaux, par exemple à la jonction avec un chaînage. Au querrage des huisseries, une inclinaison des planchers,
sein d’éléments homogènes, par exemple en béton, il est ou encore par des désordres ne concernant que les rem-
possible d’observer des fentes d’extension, comparables plissages fragiles et les plafonds. Ce type de manifestation
à celles observées sur des roches. ne facilite pas la tâche du géotechnicien dans la mesure
Les fissures de traction apparaissent lorsque la structure, où elle rend problématique l’identification des mouve-
ou un de ses éléments, se rompt, sa résistance étant
ments en question.
insuffisante pour s’opposer à des forces tendant à l’éti-
rer. C’est notamment le cas en partie haute des murs, Basculement de l’ouvrage
en l’absence de chaînage horizontal, lorsque l’ensemble Si l’ouvrage est suffisamment rigide et le mouvement
de l’ouvrage est soumis à une déformation. de sol de grande ampleur, l’ouvrage peut être l’objet d’un
Ces fissures affectent généralement l’intégralité de basculement général, éventuellement perceptible par les
l’épaisseur des maçonneries et sont dites traversantes; usagers, et que des relevés sont susceptibles de révéler. Ces 99

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relevés peuvent porter, selon leur commodité de mise en est restée fixe. D’une façon générale, on a trop souvent
œuvre, sur l’horizontalité des sols ou la verticalité des tendance à se fier à ce qui paraît être une évidence. Par
murs. Ils nécessitent des instruments de mesure suffi- exemple,lorsque l’on constate un mouvement relatif entre
samment précis pour mettre en évidence des déformations deux parties d’ouvrage,il convient d’être très prudent avant
significatives, non imputables à des défauts de construc- de considérer que c’est la plus importante qui est stable,
tion :le centimètre en déplacement absolu et 1/500 en rela- même si c’est souvent le cas; on a vu un bâtiment bascu-
tif. Il convient de signaler qu’il est relativement fréquent ler dans son ensemble tandis que sa cage d’escalier exté-
de constater, notamment sur des bâtiments ayant été rieure, dont il s’était désolidarisé, n’avait pas bougé. C’est
exposés à des phénomènes de dessiccation, des mouve- pour éviter ce genre de méprise qu’il est recommandé d’ef-
ments d’une amplitude atteignant le 1/100. fectuer des mesures d’inclinaison dès qu’un doute existe.

Mouvements affectant les sols intérieurs De même, dans l’analyse des désordres, il faut toujours
(dallages sur terre plein ) prendre en compte que le mouvement en cause peut être
situé à l’opposé de la zone sinistrée, tout particulièrement
Ces mouvements sont généralement liés à des phé-
lorsque l’on observe des fissures de traction.
nomènes de tassement qui peuvent résulter soit du sol
d’assise (compressible, rétractable, sensible à des venues Lorsque l’ouvrage affecté présente une structure très
d’eau parasites,...) soit d’une mauvaise réalisation de la for- hétérogène, avec notamment une grande diversité dans
me (matériaux impropres, insuffisance de compactage). les matériaux de construction,l’analyse peut s’avérer très déli-
Il est également possible d’assister à des gonflements cate et il convient alors d’être très prudent dans ses conclu-
[sols gonflants par humidification, réactions chimiques sions,quitte à envisager plusieurs hypothèses qu’il convien-
entre un constituant du sol (sulfates) et le ciment, ...]. Il dra de vérifier ultérieurement lors de la phase d’investigation.
convient d’insister sur le fait qu’en matière de pathologie Lorsque l’on suspecte l’intervention d’un phénomène
d’ouvrage les mouvements constatés sont toujours rela- extérieur, il convient de s’assurer de la concomitance entre
tifs. Tout particulièrement pour les dallages, il est indis- la date de manifestation des désordres et cet événement.
pensable de se poser la question, même si la réponse Il faut toutefois être vigilant sur la véracité des informa-
apparaît a priori évidente : est-ce le sol qui gonfle ou bien tions recueillies, le souci d’être indemnisé l’emportant
les murs périmétriques qui s’enfoncent ? souvent sur le sens moral des sinistrés.
La localisation des désordres permet généralement Une fois acquis que les désordres sont bien liés à un
d’avoir une première approche sur leur origine : mouvement des fondations de l’ouvrage, à partir de l’en-
en périmétrie et non au cœur de l’ouvrage (phénomènes semble des informations recueillies, le géotechnicien doit
de retrait dus à la sécheresse) ; logiquement avoir des soupçons sur le ou les facteurs qui
à proximité de réseaux enterrés (fuites éventuelles) ; sont la cause du sinistre.
dans des zones de terrassement en remblai (insuffi-
sance de compactage) ; Hypothèse sur les causes
à proximité des murs ou appuis (remblaiement des
fouilles de fondation), ... Insuffisance de portance des sols
Lorsque le mode de fondation est inadapté ou insuf-
fisamment dimensionné pour que la transmission des
L’approche des causes charges de l’ouvrage au sol d’assise puisse se faire correc-
tement, les désordres surviennent généralement très tôt
Analyse des désordres dans la vie de l’ouvrage. Cette cause est donc relativement
Il est essentiel d’apprécier, à travers l’analyse des facile à identifier.Néanmoins,on devra tenir compte d’éven-
désordres, la nature des contraintes qui les ont occasion- tuelles modifications, du sol ou de l’ouvrage, qui peuvent
nés et, en conséquence, les éventuels mouvements de entraîner des désordres “tardifs”.Vis à vis de l’ouvrage, on
fondation qui en sont la cause. Il va ainsi être possible de sera notamment attentif aux modifications qu’il a pu subir
mieux concentrer les investigations sur ces zones sus- dans sa nature ou son usage (surcharge sur un plancher par
pectes et ainsi vérifier les hypothèses émises. exemple). Les processus d’évolution naturelle des sols sont
Comme il a été dit précédemment, les mouvements généralement très lents en regard de la durée de vie d’un
observés sont malheureusement relatifs et il est souvent ouvrage. Cependant, sous les effets de l’eau par exemple,
100 difficile d’apprécier quelle est la partie de la structure qui certains sols peuvent voir leurs caractéristiques méca-

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niques se dégrader rapidement,phénomène qu’il convient Certains ouvrages d’assainissement implantés près des
éventuellement de prendre en compte. bâtiments et présentant des dysfonctionnements
importants peuvent agir comme les fuites précédentes,
Sensibilité des sols aux variations hydriques
bien que le phénomène soit plus lent. Il peut s’agir des
Jusqu’à récemment, sous nos climats tempérés, les dispositifs d’assainissement individuels, tranchées d’in-
ouvrages avaient été peu exposés aux variations hydriques filtration et puisards, et surtout des drainages péri-
de leurs sols d’assise et, si l’on parlait des problèmes des phériques, souvent mal conçus et mal réalisés.
sols gonflants, on faisait surtout référence à des phéno-
Les constructions elles-mêmes peuvent avoir une
mènes auxquels étaient confrontés les géotechniciens
influence sur la circulation des eaux superficielles et
exerçant leurs talents outre-mer. La dernière décennie a
souterraines, par exemple en y faisant obstacle, et subir
montré que la dessiccation des sols consécutive à un défi-
les conséquences des modifications qu’elles entraînent.
cit pluviométrique exceptionnel pouvait affecter la stabilité
Lorsque les sols sont particulièrement compressibles
des ouvrages à un point tel qu’il a fallu avoir recours à un
et qu’ils baignent au sein d’une nappe phréatique, ce qui
système d’indemnisation particulier pour gérer les milliers
va souvent de pair, tout abaissement significatif du
de sinistres apparus sur tout le territoire national.
niveau de cette nappe entraîne une reprise de la conso-
A ce propos, il convient de signaler que, même si l’am-
lidation des sols et, en conséquence, le tassement des
pleur des tassements provoqués par la dessiccation des
ouvrages qui y sont fondés superficiellement. Les causes
sols argileux a pu être très importante, de nombreux fac-
de l’abaissement d’une telle nappe peuvent être natu-
teurs aggravants sont souvent en cause dans la manifes- relles (sécheresse) ou artificielles (rabattement dans le
tation des désordres : cadre de travaux par exemple).
● l’insuffisance des constructions, notamment en ce
Bien que le phénomène ne se rencontre que sur les rives
qui concerne leur rigidité ;
de cours d’eau et en bordure du littoral maritime, il faut
● le non respect de certaines règles de l’art élémentaires;
toutefois citer l’influence que l’eau peut avoir sur les
● la présence de végétaux de taille importante à
assises des ouvrages édifiés dans ces zones:
proximité des constructions.
● par érosion, sous les effets des courants ou marées,
Si l’on peut considérer que la sinistralité imputable à la ● par influence sur la stabilité des pentes, lorsque
dessiccation des sols est terminée on peut, par contre, être celles ci sont raides.
inquiet sur les conséquences de la réhumidification des sols.
Parmi tous les agents extérieurs, dont on ne saurait
Déstabilisation des assises par agent extérieur dresser une liste exhaustive, les travaux réalisés à proxi-
Cet agent est le plus souvent l’eau qui peut s’être mani- mité d’ouvrages existants constituent une cause de sinistre
festée de multiples manières. importante. Outre les rabattements de nappe qu’ils néces-
sitent fréquemment et dont il a été parlé plus haut, les
Les fuites de réseaux constituent, principalement en
fouilles de grande profondeur peuvent occasionner,lorsque
site urbain, une cause fréquente de sinistre. L’eau peut
toutes les précautions ne sont pas prises, une décom-
agir de différentes façons :
pression des terres situées en arrière des soutènements
● lorsque le débit est important, en entraînant les élé-
et donc le tassement des constructions voisines. La réali-
ments fins du sol d’assise des fondations et provo-
sation de tranchées pour le passage de réseaux, notam-
quant l’affaissement de l’ouvrage ;
ment si elles sont laissées trop longtemps ouvertes, peut
● en altérant la qualité des sols et diminuant leur por-
avoir des conséquences, certes de moindre ampleur, mais
tance en dessous du seuil de stabilité, voire provo-
néanmoins suffisantes pour entraîner des désordres
quant un effondrement structurel (sols effondrables);
importants aux ouvrages situés à proximité.
● en générant des variations volumiques des sols,lorsque

ces derniers sont gonflants et en état de succion; Mouvements de terrains de grande ampleur
● en provoquant la ruine de cavités souterraines sous- (effondrements de cavités, pentes instables)
jacentes (caves, carrières souterraines). On trouve ici des phénomènes qui affectent généra-
Lorsque l’on a constaté la rupture d’une canalisation, lement des masses de sols ou de roches telles que leur
il faut toutefois se garder de penser que l’on a identifié l’ori- ampleur implique des études bien particulières :
gine du sinistre, cette rupture pouvant être une consé- ● la cause des désordres est évidente,

quence du mouvement de sol et non la cause. ● le sinistre n’est pas limité à l’ouvrage étudié, 101

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● la garantie de la stabilité de l’ouvrage nécessite des tème de fondation n’implique pas obligatoirement que ce
moyens conséquents. soit la cause du sinistre; dans certains cas, il peut s’agir tout
Néanmoins, il est relativement fréquent d’être au plus d’un facteur aggravant.
confronté à des problèmes plus subtils qui méritent d’être Si les fondations superficielles sont les plus sujettes
mentionnés. aux imperfections, ces dernières sont par contre relative-
Si les glissements en masse présentent des indices ment faciles à mettre en évidence. Pour les fondations
remarquables qui permettent d’identifier relativement profondes, qui ne sont pas exemptes de malfaçons, cette
facilement leur mécanisme, il existe également des recherche nécessite la mise en œuvre de moyens beaucoup
phénomènes lents et d’ampleur limitée qui sont beau- plus conséquents, avec des résultats parfois aléatoires.
coup plus difficiles à appréhender : solifluxion de sols
Le programme de reconnaissance
argileux dans des pentes naturelles de faible inclinaison,
fluage sous la surcharge apportée par un ouvrage, dépla- Si le programme de reconnaissance est guidé par les
cement de masse rocheuse à la faveur de plans de frac- résultats de l’analyse précédente et donc orienté sur la
ture lubrifiés par des eaux d’infiltration, ... Seul le suivi cause pressentie, il doit aussi permettre, le cas échéant, la
d’une instrumentation,judicieusement installée,permet mise en lumière d’une autre origine aux désordres que
de statuer sur ces cas délicats. celle qui paraît évidente. Son but est donc multiple :
● vérifier ou infirmer les hypothèses émises et conclu-
Qu’elles soient d’origine naturelle ou anthropique, les
re sur la cause du sinistre ;
cavités peuvent affecter la stabilité des ouvrages édifiés
● préciser les facteurs déclenchants ;
à leur aplomb. Leur présence, lorsqu’elle est avérée,
● dans le cadre d’une expertise judiciaire, fournir à
entraîne généralement, pour les projets de construc-
l’expert les éléments susceptibles de préciser les
tion concernés, des sujétions importantes : travaux de
responsabilités ;
comblement, fondations particulières, renforcement de
● apprécier le caractère évolutif du mouvement de
la structure, ... Néanmoins, il n’est pas exclu de rencon-
sol et, à défaut de statuer, instrumenter ;
trer des bâtiments édifiés au dessus de tels vides, soit
● fournir les solutions permettant de mettre un ter-
parce que leur existence est ignorée soit parce que le
me aux désordres.
risque a été sous-estimé. Les effondrements qui peuvent
affecter ces cavités, et plus particulièrement celles qui Il n’est donc pas possible de définir a priori un pro-
ont été creusées artificiellement, sont susceptibles gramme de reconnaissance standard, chaque problème
d’avoir des répercussions jusqu’à la surface du sol et étant pratiquement un cas différent. Toutefois, ce pro-
affecter gravement la stabilité des ouvrages qui y sont gramme est établi sur les bases suivantes :
● portance et compressibilité des sols : sondages pres-
établis. Avant l’effondrement généralisé, qui entraîne le
plus souvent la ruine de l’ouvrage, il est fréquent d’as- siométriques, sondages au pénétromètre dyna-
sister à des mouvements de sols ne provoquant que mique ou statique, prélèvement d’échantillons non
des désordres limités, mais évolutifs. A contrario la pré- remaniés pour essais de laboratoire (compressibili-
sence d’une cavité sous un bâtiment présentant des té à l’oedomètre, essai de cisaillement, ...) ;
● phénomènes de retrait-gonflement: sondages avec
désordres n’implique pas obligatoirement que cette
dernière soit la cause du sinistre et, comme toujours, il prélèvements d’échantillons remaniés pour profils
faut se garder ici encore de toute conclusion hâtive. de teneur en eau et essais d’identification et non
remaniés pour essais de retrait et de gonflement ;
Déficience du système de fondation ● déstructuration des sols ou entraînement de fines :

Pour que les charges de l’ouvrage se transmettent sondages destructifs avec enregistrement de para-
correctement au sol encore faut-il que la fondation ait mètres ou sondages au pénétromètre dynamique
été correctement exécutée. Comme il a été dit plus haut ou statique, avec prélèvements d’échantillons rema-
il s’agit de la cause la plus difficile à suspecter a priori, les niés pour essais d’identification ;
indices n’étant d’ordinaire pas évidents, sauf communi- ● cavités souterraines: sondages destructifs avec enre-

cation d’incidents de chantier. Elle s’impose le plus souvent gistrement de paramètres et diagraphies RAN ;
par défaut d’une autre solution acceptable et implique ● stabilité de pente: sondages répartis dans le sens de

nécessairement des investigations poussées pour être la pente avec prélèvements d’échantillons non rema-
102 étayée. De plus, la découverte d’une imperfection du sys- niés pour essais de cisaillement.

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Dans tous les cas la connaissance des fondations de Désordres : ils sont apparus en 1995 et affectent princi-
l’ouvrage concerné est nécessaire, ce qui implique prati- palement le bâtiment central, à sa jonction avec les
quement toujours des investigations approprié[Link] ce qui bâtiments contigus. Ils se traduisent par un déplace-
est de l’implantation des sondages,si les zones suspectes doi- ment au droit des joints de structure et des fissures de
vent être impérativement privilégiées, les zones réputées cisaillement dans les maçonneries des façades. Plu-
saines ne doivent pas être écartées, aux fins d’étalonnage. sieurs années après l’apparition des désordres les mou-
Si le recours à une solution de confortement est à vements étaient toujours évolutifs et atteignaient une
prévoir, il convient de se donner les moyens d’un éven- amplitude de 3 cm. L’étude a été réalisée dans le cadre
tuel prédimensionnement. La réalisation par exemple d’une expertise Dommage-Ouvrage.
d’un (ou plusieurs) sondage(s) pressiométrique(s) suffi-
Etude
samment profond(s) permet de répondre à ce besoin.
Observations: l’analyse des désordres a montré un mou-
vement vertical relatif entre le bâtiment central et ses
Quelques exemples caractéristiques voisins, sans pouvoir statuer sur la nature exacte du
déplacement. La visite d’un vide sanitaire a permis de
Gonflement ou retrait ? constater que les semelles de fondation n’avaient pas
Présentation été coulées pleine fouille sur toute leur hauteur, le volu-
me restant étant laissé vide (comblé par le remblai sup-
Ouvrage: il s’agit d’une maison de retraite construite en
port des dallages, le cas échéant) ; ces zones sont appa-
1990,c’est à dire durant une période de sécheresse excep-
rues relativement humides. De nombreuses fuites ont
tionnelle; l’ouvrage est composé d’un ensemble de plu-
été détectées sur les réseaux, au droit de leur pénétra-
sieurs bâtiments R+1 accolés, en forme de U. Le niveau
tion à l’intérieur de l’ouvrage. Il est également apparu
bas des bâtiments est conçu,pour certains,en plancher sur
que l’aménagement des abords de l’entrée du bâtiment
vide sanitaire et,pour d’autres,en dallages sur terre plein.
central favorisait les venues d’eau en direction de l’ou-
Les murs porteurs, en parpaings, sont constitués par les
vrage, les eaux pouvant pénétrer à l’intérieur de ce der-
refends perpendiculaires aux façades,ces dernières n’étant
nier, en l’absence de soubassement entre les refends.
que des murs de [Link] murs porteurs sont fon-
dés sur des semelles continues ancrées dans des argiles. Investigations : elles ont principalement porté sur des
sondages de reconnaissance effectués à l’intérieur de
Contexte: l’ouvrage est localisé dans l’ouest de la région
parisienne. Le site présente une légère pente naturelle l’ouvrage, depuis le vide sanitaire ou à travers les dal-
d’environ 3 %, en bordure de plateau. Les abords sont lages ; sur les échantillons recueillis, il a été réalisé un
occupés par des espaces verts, à l’exception de l’accès au grand nombre de teneurs en eau ainsi que des essais de
bâtiment central, en enrobé. Les sols d’assise sont consti- dessiccation et de gonflement. Les mesures de teneur
tués par les Argiles à Meulières de Montmorency, alté- en eau ont confirmé que les zones les plus humides se
ration du Calcaire d’Etampes. situaient sous le bâtiment central. Le caractère parti-
culièrement gonflant des sols, lorsqu’ils sont dessé-
chés, a été également mis en évidence.

Conclusions
Origine du sinistre : lors de la construction de l’ouvrage,
les sols étaient particulièrement desséchés et dans un
état de succion élevée. Les tranchées de fondation du
bâtiment central ont joué le rôle de drains vis à vis des
eaux de ruissellement venant de l’amont (les fuites de
réseau ont été la conséquence et non la cause des mou-
vements) ; les argiles ont gonflé et soulevé la structure,
la pression de gonflement étant supérieure à la contrain-
te transmise au sol par l’ouvrage. Le bâtiment principal,
peu rigide dans le sens longitudinal, a été affecté par une
Figure 1 : Fissures au voisinage du joint de structure qui s’est avéré insuf-
fissuration importante, la structure ne pouvant pas
fisant en regard du tassement différentiel. encaisser les tassements différentiels. 103

Géologues n°132
etudes de cas

Traitement: la solution préconisée, outre les réparations


de la structure, a consisté uniquement à supprimer le
facteur à l’origine du sinistre, c’est à dire les venues
d’eau ; pour ce faire, il a été prévu la réalisation d’une
tranchée drainante à l’amont de l’ouvrage et une imper-
méabilisation des sols.

L’œuf ou la poule

Présentation
Ouvrage : il s’agit d’une maison d’habitation ancienne
du type R+combles aménagées, située en site urbain, en
limite de voirie. Le niveau bas du bâtiment est conçu en
dallage sur terre plein et il n’existe pas, sous l’ouvrage,
de cave connue. Les murs porteurs en maçonnerie de Figure 2 : l’effondrement a nécessité un sérieux étaiement de l’ouvrage.
moellons sont fondés sur des semelles continues.
Contexte : l’ouvrage est localisé dans le sud de la région destruction des fortifications. La présence d’une cavité
parisienne, en centre ville d’une cité ancienne. La rue en profondeur étant probable, il convenait de vérifier si
présente une légère pente longitudinale d’environ 5 %. c’est son effondrement qui a entraîné la rupture de la
Divers réseaux sont présents à proximité de l’ouvrage : canalisation ou bien l’inverse. Le réseau d’assainisse-
canalisation AEP sous trottoir et réseau d’assainisse- ment pouvait également être mis en cause. Il conve-
ment sous chaussée. Les abords, cour de l’habitation et nait d’apporter, sur ce point, des éléments de réponse
voirie, sont revêtus. Les sols d’assise sont constitués par à l’expert qui devait déterminer les responsabilités des
les sables de Fontainebleau. parties en présence.
Désordres : ils sont apparus soudainement sous la for- Investigations : elles ont consisté en des sondages des-
me d’un fontis de plusieurs mètres de diamètre situé à tructifs avec enregistrement de paramètres, implantés
cheval sur le trottoir et l’habitation. Bien que les autour du fontis, certains étant inclinés pour recon-
désordres sur la structure aient été modérés, en regard naître les sols situés sous l’ouvrage. Des sondages pres-
de l’ampleur de l’effondrement, le bâtiment a été éva- siométriques ont permis d’apprécier les caractéristiques
cué et étayé. Au cœur de l’effondrement, la canalisa- mécaniques des sols. Outre qu’ils ont montré l’extension
tion AEP était rompue. La présente étude a été réalisée des sols déstructurés affectés par l’effondrement, les
dans le cadre d’une expertise judiciaire. sondages ont mis en évidence la présence d’une cavité
s’étendant à la fois sous l’habitation et sous le domai-
Etude ne public. Il s’agit d’un substruction de 2 m de hauteur
Observations : l’examen des lieux ne permettait pas de environ, située au sein des sables, quelques mètres sous
statuer a priori sur la nature exacte du phénomène à le niveau du sol ancien, obligatoirement maçonnée et
l’origine du fontis. La nature sableuse des sols, visible au vraisemblablement en relation avec l’ancienne encein-
cœur de l’effondrement, conjuguée à la rupture de la te. Pour ce qui était de la mise en cause de la canalisa-
canalisation AEP permettait de formuler une première tion AEP, l’existence d’autres accidents sur cet ouvrage
hypothèse: entraînement de fines suite à un envoi d’eau dans la même rue jouait beaucoup en sa défaveur.
important dans les sols. Cependant l’ampleur du cône
Conclusions
d’effondrement impliquait nécessairement le comble-
ment d’un vide en profondeur. L’examen de plans anciens Origine du sinistre: on peut donc penser qu’une fuite sur
a montré que la construction est implantée au droit le réseau AEP, fût elle faible, a provoqué la dégradation
des remparts de la ville médiévale, le soubassement de la cavité située à son aplomb, puis son éboulement.
d’un mur perpendiculaire à la rue étant d’ailleurs visi- La canalisation s’est alors rompue, entraînant l’effon-
blement constitué par l’ancienne muraille. Certains ter- drement en masse.
rains avoisinants, en arrière du rempart présumé, étant Traitement : la solution préconisée a été un comble-
à une altitude plus basse que celle de la rue,on peut esti- ment gravitaire des vides résiduels accompagné d’in-
104 mer que l’ensemble du site a été remblayé lors de la jections de traitement des sols déstructurés. Pour le

Géologues n°132
etudes de cas

bâtiment d’habitation, la garantie de sa stabilité néces- siccation et de gonflement. Les fondations sont appa-
sitait une reprise en sous-œuvre par micropieux. rues homogènes, de qualité acceptable et effective-
ment ancrées dans les argiles à meulière. Par contre les
Un vice pas si caché que ça mesures de teneur en eau montraient une beaucoup
Présentation plus grande humidité des argiles à meulière dans la
partie sinistrée (10 % de différence environ), alors que
Ouvrage : il s’agit d’une maison d’habitation tradition-
logiquement, si l’hypothèse de la sécheresse était la
nelle du type R+1, construite vers 1985. Le niveau bas
bonne, ils auraient du être plus secs. En fait, comme
du bâtiment est conçu en dallage sur terre plein. Les
l’ont confirmé les essais pressiométriques réalisés, les
murs porteurs, en parpaings, ainsi que les refends trans-
argiles à meulière situées sur l’avant de la construction
versaux, sont fondés sur des semelles continues ancrées
sont en fait des remblais. Il convient de signaler que,
dans des argiles à meulière, d’après les recommanda-
visuellement, sur des échantillons remaniés, la diffé-
tions du rapport de sol établi préalablement à la
rence avec les sols en place n’est pas évidente.
construction.
Contexte : l’ouvrage est localisé dans le sud-ouest de la Conclusions
région parisienne. Le terrain est rigoureusement plat, Origine du sinistre : lors de la construction de l’ouvrage,
situé sur un plateau. Les abords sont occupés par des la matérialisation de l’ancienne exploitation remblayée
pelouses, avec de nombreux arbres, à distance respec- n’a pas été faite correctement et le bâtiment a été
table de l’ouvrage. Les sols d’assise sont constitués par implanté à cheval sur cette dernière. Bien que les rem-
les Argiles à Meulières de Montmorency, altération du blais ne soient pas consolidés, les charges transmises
Calcaire d’Etampes. Si une étude de sol avait été réali- par l’ouvrage n’ont pas été suffisantes pour entraîner
sée, c’était principalement pour délimiter une ancien- rapidement des tassements différentiels préjudiciables
ne exploitation de meulières, connue mais plus visible à la [Link] contre,les remblais étaient initialement
parce que remblayée; les investigations avaient permis très humides et leur diminution de teneur en eau due à
de cerner les contours de cette exploitation. la sécheresse a été beaucoup plus importante que cel-
Désordres : ils sont apparus vers 1991, c’est à dire durant le des sols en place. Les tassements différentiels ont été
la première période de sécheresse importante, et affec- alors trop importants et les désordres sont apparus.
taient uniquement la partie avant de la construction, le Traitement: en matière d’indemnisation de catastrophe
reste étant épargné. Ils se sont traduit principalement naturelle, les remèdes proposés doivent mettre un ter-
par des fissures de cisaillement affectant les maçon- me à l’évolution des désordres et non pas réparer des
neries des murs périphériques. Dans cette zone avant, erreurs anciennes (la garantie décennale était forclose);
le dallage était marqué par un affaissement, en rive les désordres n’étant plus évolutifs, la solution préco-
des murs extérieurs. La présente étude a été réalisée nisée, outre les réparations de la structure, a donc consis-
dans le cadre d’une expertise d’indemnisation des catas- té à prendre des dispositions permettant d’améliorer
trophes naturelles. l’équilibre hydrique des sols sous l’ouvrage (protection
périmétrique) et suppression des végétaux importants.
Etude
Par contre, il a été suggéré au maître d’ouvrage de fai-
Observations: l’analyse des désordres a montré un mou- re réaliser des travaux de reprise en sous-œuvre afin
vement d’affaissement de la partie avant de la construc- d’homogénéiser l’assise des fondations (micropieux
tion, l’arrière de l’ouvrage n’étant pas affecté. Si la mise avec longrines de répartition).
en cause de la sécheresse paraissait a priori acceptable,
par contre, rien ne permettait d’expliquer la localisa-
tion des désordres. Conclusion
Investigations: il a été réalisé, au pourtour de l’ouvrage, Dans les études géotechniques réalisées pour les pro-
des sondages de reconnaissance semi-destructifs à la jets de construction, il est fréquent de constater que l’ap-
tarière continue, complétés par une reconnaissance des proche “géologique” du contexte du projet a été insuffi-
fondations en deux points, dans la zone sinistrée et samment utilisée dans l’établissement de la synthèse
dans celle présumée saine. De nombreux échantillons préalable à tout calcul, ce qui peut remettre en cause la
ont été recueillis, sur lesquels ont été réalisées un grand validité des solutions préconisées. En matière d’études
nombre de teneurs en eau ainsi que des essais de des- pathologiques, l’observation et l’expérience prennent 105

Géologues n°132
etudes de cas

encore plus d’importance, car la tâche préliminaire, et vent plus importante que les calculs théoriques. Il ne faut
essentielle, consiste à interpréter les informations dispo- toutefois pas oublier que l’ouvrage, et plus exactement sa
nibles et émettre des hypothèses qu’il conviendra ensui- structure, est un facteur déterminant dans la manifesta-
te de confirmer ou de réfuter. Le sens de l’observation tion des désordres et qu’un minimum de formation dans
inhérent à la culture du géologue est donc un sérieux ce domaine est indispensable pour mener à bien ces
atout pour aborder ce type d’études où l’intuition est sou- études.

Evolution du rôle du géotechnicien grâce à l’application


de la nouvelle norme NFP 94 500
Yann C. Juillié (1)

Resumé du sol. Les différentes missions géotechniques réalisées


pour ce projet sont présentées ci-dessous.
Fini “l’étude de sol” servant à tout et à rien et les
demandes de renseignements ou de calculs complé-
mentaires sans mission ni documents précis, la géotech- Premières études de faisabilité
nique est désormais entrée dans l’ère des missions géo- (Missions G11 + G12 + G0)
techniques selon la norme NFP 94 500. Celle-ci permet
au bureau d’études géotechniques d’adapter ses presta- Deux “études de sols” ont été réalisées en 1987 et
tions aux besoins d’un projet avec une définition précise 1988. Depuis la normalisation, ces missions seraient clas-
des responsabilités de chacun des intervenants pour sées “études de faisabilité géotechnique” :
chaque phase d’étude ou de construction de l’ouvrage. missions G11 + G0, pour l’étude du terrain sans projet de
construction défini ;
L’exemple d’application de la norme, donné ci-des-
mission G12, pour l’étude d’un projet de construction
sous, illustre la mise en œuvre et la finalité de chaque
défini en implantation et en caractéristiques.
phase des missions géotechniques pour la construction
d’un bâtiment logistique de 60 000 m2 dans une zone Ces études ont comporté des sondages de recon-
présentant des difficultés d’adaptation au sol. naissance géologique avec essais pressiométriques et des
sondages carottés (mission G0). Elles ont mis à jour un
contexte géotechnique difficile avec des sols hétérogènes
Introduction et médiocres mécaniquement. La coupe géologique peut
Le terrain, situé entre les Champarts, la RN 20 et l’au- se résumer ainsi :
toroute A10 à Massy (91), a été, pendant de nombreuses Couche I : Limons de plateaux et colluvions argilo-
années, délaissé par les investisseurs en raison de la médio- sableuses et “vasardes” en partie basse, peu
crité des sols de fondation. En effet, dans cet environne- compacts à très peu compacts ;
ment, seule une activité industrielle ou commerciale pou- Couche II : Sables de Fontainebleau argileux et collu-
vait s’installer, sous réserve bien entendu de ne pas avoir vionnés, alimentant une nappe de versant ;
recours à des fondations spéciales trop coûteuses. Après Couche III : Marnes à huîtres et Marnes de Brie très alté-
plusieurs études de faisabilité géotechniques négatives rées en tête et siège d’une nappe en charge
entre 1985 et 1995, le bureau d’étude ACCOTEC proposait, dans les parties basses ;
en 1996, une approche innovante permettant l’installation Couche IV : Marnes vertes du Sannoisien imperméables
d’un centre logistique à dallage lourdement chargé, tout et peu compactes en moyenne.
en minimisant les coûts d’adaptation au sol. Le site se place au droit d’un ancien “thalweg”partant
L’utilisation de toutes les étapes des missions géo- de la butte des Champarts, rejoignant le parc urbain
techniques de la norme NFP 94500 a permis à l’équipe de Georges Brassens de Massy et barré, en limite ouest du site
maîtrise d’œuvre de mener à bien ce projet, sous le contrô- étudié, par l’autoroute A10. En période hivernale, la partie
106 le de QUALICONSULT, en maîtrisant les risques et les aléas basse du site était inondable. Le système de fondation

1. BE ACCOTEC
140, avenue du Général Leclerc - 91190 Gif-sur-Yvette - Tél. 01 69 18 99 99 - Fax. 01 69 18 99 90
E-mail : ingenieurs@[Link]

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etudes de cas

préconisé par ces études de faisabilité, pieux ou puits pro- 3. une maîtrise des terrassements permettrait de
fonds rendait tout projet de construction impossible dans résoudre les problèmes de tassement de l’ouvrage ;
le contexte économique de l’époque. 4. une solution de fondation superficielle ou à faible
profondeur pouvait être trouvée avec une adapta-
tion particulière pour les charges les plus lourdes ;
Etude de faisabilité de 1996 5. une maîtrise d’œuvre géotechnique était impérati-
(Mission G11) ve pour concevoir, maîtriser et contrôler le drainage,
A la demande de la société GSE, une mission G11 sans les terrassements et l’exécution des fondations.
sondage est confiée au bureau d’étude ACCOTEC pour
reprendre l’analyse des études précédentes et chercher Prédimensionnement des ouvrages
une solution de fondation adaptée à la construction d’un
entrepôt avec dallage lourdement chargé. Les impératifs
géotechniques (Mission G12)
économiques impliquaient : Afin d’adapter les analyses de la mission précédente
l’optimisation des déblais/remblais afin de limiter au projet, dont l’élaboration touchait à sa fin, une mis-
les apports extérieurs au minimum ; sion G12 été entreprise pour permettre un prédimension-
la recherche d’un système de fondation superficiel nement des fondations et des terrassements et des trai-
ou peu profond ; tements à mettre en œuvre.
la maîtrise des tassements sans avoir recours à des Cette étude a été accompagnée d’une mission G0
solutions d’amélioration ou de renforcement des sols. comportant :
L’étude de faisabilité a permis d’établir que : 6 sondages pressiométriques complémentaires ;
1. les missions G0 précédentes étaient insuffisantes avec des puits de reconnaissance permettant la collec-
un nombre important d’essais pressiométriques réa- te d’échantillons représentatifs ;
lisés dans des sols remaniés, ce qui ne permettait pas un programme d’essais de laboratoire (essais d’iden-
une analyse précise ; tification, essais proctors et CBR) ;
2. les problèmes de drainage du site devaient impéra- l’installation de piézomètres et le suivi des fluc-
tivement être résolus ; tuations de la nappe phréatique. 107

Géologues n°132
etudes de cas

Cette phase a permis au géotechnicien de valider les dation des couches molles, de vérifier les cotes d’ancrages
éléments de l’étude de faisabilité, au maître d’œuvre de des fondations pour une contrainte de:qa (ELS) ≤ 0,15 MPa.
fixer définitivement les principes constructifs de son pro- Cette mission devrait intégrer :
jet et au maître d’ouvrage de valider les enveloppes finan- la prise en compte des descentes de charges réelles
cières rendant le projet économiquement viable. pour tous les différents types de fondations ;
les nouvelles propriétés mécaniques du sol après
Maîtrise d’œuvre géotechnique remblaiement ;
les critères de tassement et de tassements différentiels
Etant donné les options très tendues adoptées pour la
acceptables par l’ouvrage et par l’exploitation du site.
réalisation des infrastructures, il a été décidé, non seule-
ment d’intégrer le BE géotechnique dans l’équipe de maî- Elle a comporté une mission G0, avec 5 sondages pres-
trise d’œuvre, mais également de lui confier une mission siométriques et 51 sondages pénétrométriques. Une modi-
de contrôle d’exécution supervisée par le Bureau de Contrô- fication, en cours de projet, avec création d’une mezzani-
le QUALICONSULT. Cette dernière mission de contrôle exté- ne à l’intérieur du bâtiment, a nécessité une étude G3
rieur a été prise en charge par le maître de l’ouvrage. complémentaire pour dimensionner les fondations des
poteaux de cet ouvrage.
Ces études ont abouti à la définition précise des cotes
Mission G2 : Etudes de projet d’ancrage de chaque massif avec confirmation des
Deux études de projet détaillé ont été confiées à ACCOTEC: contraintes à utiliser. Elles ont également permis de fonder
établissement des préconisations devant servir à la 20% des massifs dans les remblais compactés à une pro-
consultation des entreprises de terrassement, assistan- fondeur de 1 à 1,5 m/niveau fini dans des zones où l’encas-
ce pour la rédaction du Cahier des Clauses Techniques trement dans le Terrain Naturel (TN) d’origine aurait néces-
particulières (CCTP) : missions de maîtrise d’œuvre Projet sité des puits entre 3 et 4 m de profondeur par rapport au
(PRO) et Dossier de Consultation des Entreprises (DCE) ; niveau du remblai fini.L’économie réalisée sur les fondations
conception du drainage, préparation des plans et du a été de l’ordre de 5 fois le coût de la mission géotechnique
CCTP et consultation d’entreprises spécialistes (missions G3, ce qui justifie la démarche du maître d’œuvre.
de maîtrise d’œuvre PRO,DCE et Assistance au Contrôle des
Travaux (ACT). Mission G4
Ces deux missions ont permis de fixer les travaux de
Une mission de contrôle des terrassements a été
drainage et de terrassements à mettre en œuvre et de
confiée conjointement à ACCOTEC et QUALICONSULT. Elle
préparer les bordereaux quantitatifs permettant la consul-
a comporté :
tation des entreprises. Elles ont également permis au
l’analyse des études de laboratoire de l’entreprise ;
contractant général GSE de confirmer son budget défini-
la vérification du Plan Assurance Qualité (PAQ) mis en
tif au maître d’ouvrage.
place au regard du CCTP et des critères à atteindre ;
l’analyse de tous les essais de contrôle interne et exter-
Missions G3 + G0 : Etudes d’exécution ne, à savoir, mesures des teneurs en eau, mesures de
pour les fondations densité et essais à la plaque ;
le suivi des terrassements par un ingénieur géotechni-
L’entreprise, contractant général, dans son rôle de cien ;
maître d’œuvre, avait chiffré le projet avec les hypothèses la réalisation des essais de contrôles extérieurs suivants:
générales suivantes, données par le BE géotechnique :
bâtiment tranchées voiries
en amont,fondation sur semelles entre -0,8 et-1,5m; des réseaux lourdes
en zone aval, fondation sur semelles entre -0,8 et Essais au pénétromètre Panda 80 15 15
-1,2 m dans des remblais techniques soigneuse- Essais à la plaque LCPC 70 6 21
ment contrôlés ;
dans la zone intermédiaire, des fondations appro- Ces essais ont permis de vérifier :
fondies entre -1,2 et -3 m. Dr ≥ 95 % de l’Optimum Proctor Normal (OPN) ;
Il convenait donc, après exécution du drainage et mise EV2 ≥ 50 MPa pour les voiries lourdes ;
108 en place des couches de remblai compactées et consoli- Kw ≥ 70 MPa/m pour la plate-forme bâtiment.

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Synthèse Enfin, il est intéressant de noter que sans ces diffé-


rentes missions géotechniques, le projet aurait dû être
Le tableau ci-dessous résume les différentes missions réa- fondé sur pieux ou sols renforcés, ce qui n’aurait pas été
lisées et leur coût relatif au regard du coût total du projet: économiquement viable. En effet,le surcoût des fondations
missions phases g0 d’accompagnement ‰ du coût spéciales était estimé à environ 7 % du montant du pro-
projet jet. On comparera ce dernier chiffre au 0,5% correspondant
pas de projet
G11 Avant projet succinct 12 sondages pressiométriques
défini~0,7/1000
à la totalité des missions géotechniques.
G12 (projets abandonnés) 4 sondages carottés du projet final
G11 Avant projet succinct Utilisation des sondages ci-dessus < 0,1/1000

Avant projet
6 sondages pressiométriques Conclusion
G12 essais de laboratoires 0,6/1000
(projet final) 6 puits de reconnaissance Les différentes missions géotechniques effectuées dans
Conception drainage Installation
G2
et DCE et suivi piézométrique
0,2/1000 le cadre de la construction d’un entrepôt sur des sols
G2
Terrassement,
Essais de laboratoires 0,2/1000
médiocres a permis un choix de fondation économique et
conception + CCTP
une résolution de tous les problèmes liés au sol avec une maî-
5 sondages pressiométriques
G3 Vérification 51 sondages pénétrométriques 1,3/1000
trise des coûts d’exécution. Elles ont permis au géotechni-
des fondations et participation aux réunions
de maîtrise d’œuvre
cien et à l’équipe de maîtrise d’œuvre d’assurer le respect des
Suivi du chantier et spécifications techniques, des règles DTU et de l’art.
110 sondages Panda
G4 contrôle de réception 1,7/1000
97 essais à la plaque
des terrassements
TOTAL ≤ 4,8/1000

Au regard de l’importance de la géotechnique pour


assurer la stabilité des dallages et des fondations, le coût
global de toutes les missions géotechniques enchaînées
méthodologiquement depuis l’avant projet et l’étude de
faisabilité G11 jusqu’à la réception des ouvrages, mission G4,
reste tout à fait modeste pour ce type de projet.

Quelques exemples de désordres dus à une absence ou une insuf-


fisance d’étude géotechnique
Louis Logeais (1)

Avant-propos dant, s’ils ne datent pas des toutes dernières années, les
exemples décrits ne sont pas très anciens et, en tous cas, à
Par le passé, il y eut de nombreux désordres impu- notre avis, ils gardent toute leur valeur pédagogique.
tables à une absence d’étude géotechnique, les Maîtres
d’ouvrage, mal informés, n’en voyant pas la nécessité, ou
bien reculant devant la dépense que cette étude entraî- Premier exemple
nerait. De nos jours, la plupart des grands Maîtres d’ou- C’est le plus ancien et, de ce fait, nous pouvons préci-
vrage, tant publics que privés, sont bien convaincus de ser qu’il se situe à Grenoble. Cette ville occupe une situa-
l’obligation d’une étude géotechnique, mais, parfois mal tion particulière,puisqu’elle se trouve dans une plaine allu-
conseillés, il leur arrive de s’orienter vers une étude incom- viale:de ce fait,le terrain rencontré en surface est constitué
plète, ou, pire, inadaptée. de dépôts amenés par des cours d’[Link] il s’agit d’une
Nous allons décrire quelques cas de désordres dus à une seule rivière, le problème n’est pas toujours simple; il se
absence ou une insuffisance de reconnaissance de sols. complique si, comme à Grenoble, deux cours d’eau sont
Fidèles à notre habitude,nous éviterons les cas trop récents, venus déposer leurs alluvions et, qui plus est,lorsqu’il s’agit
afin de laisser au temps le soin d’apaiser les [Link]- de deux cours d’eau ayant des régimes très différents. L’un, 109

1. Ingénieur des Arts et manufactures, Ancien Délégué général du Bureau Securitas


1202, rue de la Boissière - 78370 Plaisir - Tél/Fax. 01 30 54 05 90

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le Drac, à régime torrentiel, a déposé des alluvions plutôt de sables et graviers sur laquelle avait été fondé A (Fig. 1).
grossières,allant du sable aux galets en passant par le gra- A l’aplomb du bâtiment B se trouvait une couche d’argi-
vier ; l’autre, l’Isère, à régime de rivière de plaine, donc à le molle et de tourbe dont les sondages, effectués à ce
vitesse plus lente, a déposé des alluvions fines : vases et moment (mieux vaut tard que jamais...), montrèrent qu’el-
argiles molles, avec des inclusions locales de tourbe. le avait environ 10 m d’épaisseur. En dessous se trouvait
De ce fait, ces alluvions s’étant superposées (et, fait une épaisse couche de sables et graviers sur laquelle il
curieux, rarement interpénétrées, en contradiction avec fut décidé de fonder B au moyen de pieux d’une dizaine
la loi des filtres), il est impossible, sans reconnaissances de mètres. Mais les sondages indiquaient aussi que le
préalables, de savoir quelle nature de sol l’on va rencontrer bâtiment A était fondé sur une couche résistante d’épais-
sous le bâtiment à édifier. Avant la construction de l’im- seur variable surmontant une couche molle dont l’épais-
meuble dont nous allons parler maintenant, il n’y a pas eu, seur variait elle-même d’un pignon à l’autre ; sous les
dans la ville, d’importants désordres de fondations, si bien semelles de A côté B, les sables et graviers avaient, en fait,
que les constructeurs avaient adopté une position sim- une épaisseur très mince (moins de 1 m) et, en-dessous, il
pliste:on attendait l’ouverture de fouilles pour déterminer y avait environ 9 m d’argile molle et de tourbe. Autant
le mode de fondation. Si l’on rencontrait les alluvions com- dire que le pignon de A jouxtant B avait une fondation
pactes du Drac, on se fondait dessus par semelles super- quelque peu acrobatique.
ficielles; si l’on trouvait, par contre, les alluvions molles et
compressibles de l’Isère, on prévoyait des pieux ancrés
dans une couche compacte des alluvions du Drac, couche
qu’on ne pouvait pas manquer de trouver plus bas.
De nos jours, il ne viendrait à l’idée de personne, du
moins nous l’espérons, d’adopter une solution aussi mani-
chéenne, qui fait abstraction des épaisseurs des diverses
couches. C’est pourtant ce qui fut choisi pour fonder notre
bâtiment, que nous appellerons, par la suite, bâtiment A.
Il s’agissait d’un immeuble comportant un sous-sol et sept
étages sur rez-de-chaussée. Ce dernier était surélevé d’en-
viron 80 cm par rapport au niveau du trottoir, et on y accé-
dait par quelques marches situées dans le hall d’entrée
et, de ce fait, le sous-sol n’était que partiellement enterré.
La fouille générale avait été ouverte à une cote corres-
Figure 1 : Coupe géologique du terrain au droit des deux bâtiments, établie
pondant au terrassement du sous-sol, soit à environ 1,5 m à partir de sondages tardifs.
au-dessus du niveau de la rue. Le terrassement avait mis
en évidence, sous une mince couche d’argile, la présence
d’une couche de sables et graviers bien compacts,sur laquel- C’est dans l’espoir de soulager l’extrémité mal fon-
le il fut décidé de se fonder avec un taux de travail admis- dée du bâtiment A qu’après s’être concertés, les construc-
sible de 0,3 [Link] fondation par semelles fut adoptée et teurs des deux édifices décidèrent de pratiquer des liaisons
la construction du bâtiment A se poursuivit sans histoire. avec le bâtiment B. En fait, cette décision conduisait à réa-
Quelque temps après, alors que le bâtiment A venait liser, après coup, pour A, des fondations hétérogènes, la
d’être terminé et habité, fut décidée l’édification, sur le ter- majeure partie étant sur semelles et le pignon sur pieux.
rain voisin, d’un bâtiment que nous appellerons B. Le bâti- En fait, le bâtiment avait commencé à tasser, mais il s’était
ment B devait être construit sur le même principe que A, agi d’un mouvement d’ensemble, sans désordres. Après la
mais compte tenu de la présence, au rez-de-chaussée, de décision de le liaisonner avec B, ce tassement s’est pour-
magasins où l’on devait entrer de plein pied et de la néces- suivi, sauf pour le pignon fondé sur pieux. Cela a donc
sité de conserver la même hauteur libre au sous-sol, cela entraîné , dans le bâtiment A, une rupture des maçonne-
conduisait à descendre les fondations de B à environ 80cm ries par cisaillement et des fissures visibles sur la figure 2
plus bas que celles de A. (détail dans les étages inférieurs).
C’est au cours de l’exécution des fouilles de B que Au cours de l’expertise qui s’ensuivit, les diverses par-
110 l’entreprise constata, à ce niveau, la dispersion de la couche ties arrivèrent aux conclusions suivantes :

Géologues n°132
etudes de cas

logements et de garages sur un terrain dont la pente


générale était comprise entre 10 et 15°. Le bâtiment à édi-
fier (Fig. 3) était un R + 4 ayant, en plan, une forme rec-
tangulaire et des dimensions de 12,5 x 60 m, avec deux
niveaux de garages débordant de l’emprise du bâtiment,
et entaillés dans le versant ouest de la colline.

Figure 3 : Glissement de terrain provoqué par des tassements dans un


sol ramolli par des circulations d’eau.

Avant la construction, des sondages plus que som-


maires avaient été effectués à la pelle mécanique. Ils
avaient permis de constater (du moins là où le godet ne
s’était pas heurté à de gros blocs) que le terrain rencon-
tré sous la couche de terre végétale était constitué par
Figure 2 : Détail montrant les fissures au rez-de-chaussée et au 1er étage. des brèches volcaniques (gros blocs de rochers enrobés
dans un liant argileux : argile jaune et sable argileux).
les fissures ne mettaient pas en cause la stabilité du Aucun sondage n’avait toutefois permis de déterminer
bâtiment A ; ce qu’il y avait sous les brèches volcaniques.
il ne servait à rien de réparer les fissures avant leur En fait, comme le montrèrent des investigations ulté-
stabilisation ; rieures réalisées après le sinistre, il y avait, sous ces brèches,
les assureurs s’engageaient à financer les répara- une couche de 0,7 à 1 m de sables et graviers roulés, sur-
tions, la prescription décennale étant interrompue. montant eux-mêmes le substratum, constitué par les
Un expert fut donc chargé de suivre l’évolution des fis- argiles vertes et rouges du Sannoisien. A l’emplacement
sures, et de décider de la date des réparations. La stabili- du bâtiment, ces argiles s’étaient, au fil du temps, creusées
sation est intervenue... 17 ans plus tard ! en forme de cuvette sous l’action de l’érosion, et cette
dépression s’était ensuite comblée (vers la fin de l’ère ter-
En conclusion, on peut dire que, si l’origine des
tiaire ou au début du Quaternaire), d’abord par des allu-
désordres se trouve dans une absence d’étude géotech-
vions perméables (sables et graviers), puis par des ébou-
nique, les décisions malencontreuses prises ultérieure-
lis volcaniques (brèches).
ment, qui conduisaient en fait à créer des fondations hété-
rogènes sous un même bâtiment, n’ont rien arrangé... Le terrassement était à peu près terminé avec, côté
Moralité (si l’on peut dire) : les leçons du passé ne servent amont, un talus d’environ 8 m de hauteur incliné approxi-
à rien et, cette dernière décennie, on a vu trop souvent des mativement à 45°, lorsque des fissures s’ouvrirent dans la
experts, confrontés à des problèmes de sécheresse, accep- propriété voisine située en tête de talus (Fig. 4) ; le sur-
ter, pour limiter le coût des réparations, des reprises par- lendemain, un glissement de terrain affectait l’angle ouest
tielles des fondations au moyen de micro-pieux. de la plate-forme, alors entièrement terrassée ; ce mou-
vement entraînait dans la fouille des constructions légères.
L’examen du glissement montra que celui-ci intéres-
Deuxième exemple sait une zone d’une cinquantaine de mètres de largeur et
Nous sommes cette fois-ci en Auvergne, et même, d’environ 30 m de profondeur,une partie de la propriété voi-
plus précisément en Haute-Loire. Le sinistre s’est produit sine s’étant affaissée de près de 3 m. Sur le profil de la figu-
au cours de la construction d’un immeuble à usage de re 3, on peut voir trois lignes en traits interrompus : 111

Géologues n°132
etudes de cas

1) profil du terrain avant le terrassement ;


2) profil de terrain après le terrassement et avant le
glissement ;
3) profil du terrain après le glissement.

Figure 4 : Une crevasse s’est ouverte dans le sol de la propriété voisine en


amont du chantier.

Figure 5 : Schéma montrant l’allure générale du glissement de terrain.


Les crevasses de glissement affectaient, en plan, la
forme d’un casque (Fig. 5). Sur cette figure, sont indiquées
soit réaliser une paroi moulée ancrée par des tirants,
des cotes de niveau (NGF). En haut du schéma, en bordu-
après le remblaiement préalable de la plate-forme;
re de la fissure en arc de cercle matérialisant la limite
soit édifier un mur de soutènement traditionnel, les
supérieure du glissement, la différence entre les deux
murs du garage servant de contreforts ;
cotes encadrant la faille indique la valeur du rejet vertical
soit construire, en bas de pente, un ouvrage stabi-
(maximum: 2,72 m). Le point haut du glissement se situait
lisateur en gabions ou en terre armée, selon le prin-
au milieu d’un bassin, initialement rempli d’eau mais cas-
cipe bien connu qu’on arrête un glissement en
sé en deux par la crevasse. On voit ce bassin (ou du moins
rechargeant en pied.
la moitié restante) sur la figure 6, qui montre aussi le rejet
vertical du glissement. Ce bassin était alimenté en eau Finalement, le choix retenu fut la réalisation d’une
par le trop plein d’un puits rempli à ras-bord. Une galerie, paroi de soutènement ancrée par des tirants et encastrée
grossièrement maçonnée, reliait le puits du bassin, auquel de plusieurs mètres dans les argiles du Sannoisien. Cette
elle servait de canal d’amenée. Quant au puits, il était lui- solution a entraîné d’importants travaux complémentaires:
même alimenté par la nappe souterraine de la colline. captage des eaux ;
On put expliquer le glissement de la façon suivante:les remodelage du terrain et reconstruction des
eaux qui s’infiltraient dans le terrain (soit par la partie hau- ouvrages détruits ;
te de la colline, soit par le défaut d’étanchéité de la galerie
d’amenée du bassin) s’étaient accumulées dans la couche
perméable (sables et graviers) tapissant le fond de la cuvet-
te [Link] horizons supérieurs de l’argile verte s’étaient
trouvés eux-mêmes ramollis,sur plusieurs centimètres,par
l’eau qui baignait la couche qui les [Link] tassement,
en enlevant en aval une importante masse de terrain, a
privé de leur butée en pied les brèches qui remplissaient la
cuvette,le glissement ayant été facilité par la couche savon-
neuse que constituaient les argiles vertes ramollies.
Pour arrêter le glissement -qui, si rien n’avait été fait,
n’aurait pas manqué de remonter la colline où se trou-
vaient les constructions en dur (voir figure 6), plusieurs Figure 6 : Vue de la limite amont du glissement : on peut voir le bassin
112 solutions furent envisagées: cassé en deux.

Géologues n°132
etudes de cas

modification du projet par surpression d’une ran- On y remarque que la colline en question comporte,
gée de garages. en surface, des éboulis et des limons surmontant les
La leçon qu’on peut tirer de ce sinistre n’est pas très marnes vertes. Des circulations d’eau permanentes ont
optimiste: seules des investigations poussées à une gran- ramolli l’horizon supérieur des marnes vertes et, par
de profondeur (plus de 10 m) auraient permis de déceler endroits, les éboulis. Si une étude de stabilité de ce site
le tandem perturbateur : avait été effectuée, elle aurait montré que l’équilibre du
la couche perméable de sables et graviers et les talus était précaire (comme le prouva l’expertise après
eaux qui la baignaient ; sinistre). La figure 8 indique l’implantation des bâtiments
la couche d’argiles vertes ramollies superficielle- sur le site,selon le projet initial et le projet modifié. Les bâti-
ment par ces eaux. ments sont prévus fondés sur des semelles superficielles;
ils suivent la pente de la colline ; le garage est enterré en
Il s’agit donc d’un cas où il est plus facile de reconsti-
bas de la pente, en aval des immeubles.
tuer après coup la genèse du sinistre que de trouver, au sta-
de du projet, les dispositions adéquates.

Troisième exemple
Cet exemple, qui a eu d’importantes incidences finan-
cières, se situe dans l’une des villes nouvelles de la Région
parisienne. Sur un terrain de vaste superficie, deux pro-
moteurs avaient entrepris l’édification d’un certain nombre
d’ouvrages :
des bâtiments d’habitation comportant 3 à 5
niveaux sur sous-sol ;
un parking enterré à 3 niveaux.
Le terrain choisi est en pente, atteignant par endroits
10 %. Les reconnaissances préalables avaient été limitées
à la réalisation de quelques essais pénétrométriques, les Figure 8 : Implantation des bâtiments sur le site : projet initial et modifi-
cations après glissement.
constructeurs estimant avoir une connaissance suffisan-
te du sol. La figure 7 donne une coupe géologique du sol,
établie à partir de données recueillies après sinistre (on Dans une première phase, avaient été édifiés les bâti-
notera toutefois que, pour des questions de commodité, ments d’habitation situés en partie haute de la colline.
le rapport d’échelle entre les hauteurs et les longueurs Comme prévu au projet initial, ils avaient été fondés par
est de 4 à 1). semelles sur les éboulis surmontant les marnes vertes.
Cette première phase de construction s’étaient déroulée
sans incident. Dans une deuxième phase, furent entre-
pris les travaux des bâtiments situés en aval, ainsi que le
terrassement du parking. Cette fouille, exécutée sans étu-
de préalable ni précautions particulières en période plu-
vieuse, dans les éboulis, limons et marnes vertes, attei-
gnait une profondeur de 8 m.
C’est alors que s’amorça un glissement de terrain
dont l’amplitude allait croissant : à l’amont, une série de
glissements successifs se manifestait, remontant la pen-
te à la vitesse d’environ 1 m par jour. Le mouvement attei-
gnait les fondations des immeubles en cours lorsque le
chantier fut arrêté.
Etant donné que le glissement, remontant la colline,
Figure 7 : Coupe géologique du site ; le rapport d’échelle entre les hauteurs
risquait d’atteindre rapidement les bâtiments déjà
et les longueurs est de 4 à 1. construits, il convenait de prendre au plus tôt des mesures 113

Géologues n°132
etudes de cas

pour le stopper. Des essais pénétrométriques (repérés S0 Quatrième exemple,


à S6 sur la figure 7) et des sondages carottés permirent de
déterminer que l’endroit où la fouille du garage avait été
servant de conclusion
entreprise avait déjà fait l’objet d’un glissement fossile Pour conclure, nous avons choisi un dernier exemple.
au niveau des marnes blanches et des marnes (glaises) Certes, il ne date pas d’hier, mais nous pensons utile de le
vertes. Il fut décidé d’utiliser la solution bien connue (et citer, car :
rappelée dans l’exemple précédant) selon laquelle, pour d’une part, il nous plait beaucoup, car il contient
arrêter un glissement, il convient de charger en pied. un des plus beaux cas d’erreur d’expertise judiciai-
Cela a consisté à construire un ouvrage de soutène- re que nous ayons eu à connaître ;
ment poids en gabions de cailloux, dont la figure 8 indique d’autre part, il mettra du baume au cœur des géo-
l’emplacement et la forme en plan (on dirait un boome- techniciens qui liront cet article, car il montrera que
rang !) et dont la figure 9 montre, en partie, la réalisation. pour déterminer un parti de fondations, mieux vaut
Ces gabions ont été ensuite recouverts de terre puis enga- faire appel à un spécialiste.
zonnés, ce qui a permis de les incorporer au site en leur Les faits se situent dans un faubourg de l’agglomé-
donnant un aspect décoratif (et aussi, comme le disent les ration clermontoise et se sont produits au cours de la
mauvaises langues, en faisant disparaître les traces d’une construction d’un petit immeuble de huit logements,
erreur dispendieuse, ...). Grâce à la rapidité de l’interven- comportant un sous-sol et trois étages sur rez-de-chaus-
tion, les immeubles déjà construits en amont n’ont pas été sée (Fig. 10). Ses dimensions en plan étaient d’environ
endommagés. Il a cependant été nécessaire d’introduire 19,5x9 m. Les pignons étaient réalisés en pierre dure appa-
de profondes modifications par rapport au projet initial : rente, les façades en blocs de béton enduits. Il existait
en arrière de l’ouvrage en gabions, une zone incons- une dénivellation d’un étage entre la façade avant, dont
tructible a été créée ; le rez-de-chaussée était au niveau de la rue (remblayée)
les fondations superficielles en cours de l’immeuble et la façade arrière, côté cour. La hauteur des murs de
situé immédiatement en amont ont été abandon- façade côté cour était d’environ 14 m.
nées et remplacées par des pieux ; Le bâtiment était implanté à l’emplacement des fos-
les bâtiments situés dans la zone déclarée incons- sés très profonds qui couraient le long des murs d’en-
tructible ont du être déplacés ;
le parking a été lui aussi déplacé et, compte tenu du
glissement fossile, il a été fondé sur pieux.
La figure 8 rend compte de ces modifications. Outre

Figure 9 : Détail d’un gabion.

un retard de 5 mois apporté à l’opération, l’incidence finan-


cière de ces changements a été très importante. Dans le
cas présent, une étude sérieuse aurait été très largement
114 amortie. Figure 10 : Coupe sur les fossés remblayés et sur le bâtiment.

Géologues n°132
etudes de cas

ceinte de l’ ancienne ville. Le terrain en place était consti- se alors que l’inclinaison était d’environ 30 cm. La muni-
tué par de la marne compacte, mais les fossés avaient été cipalité prit alors un arrêté de péril : l’immeuble fut éva-
comblés avec un remblai argileux. Certes, ce dernier était cué, puis démoli. Avant la démolition, on mesura une der-
ancien, mais, d’une part, il était d’épaisseur très variable nière fois le faux-aplomb : il était de 79 cm... Le bâtiment
(0 à 10 m environ) et, d’autre part, il était saturé, l’eau se avait vécu moins de 5 ans. Il est à noter que, grâce à la
trouvant à 0,40 m au-dessous du terrain naturel. On avait rigidité du radier, l’immeuble n’avait pas la moindre fissure
donc affaire à un sol mou comportant de nombreux vides de tassement : il avait simplement basculé.
remplis d’eau, donc à un sol très compressible, avec, com-
me circonstance aggravante, une épaisseur de remblai
variant dans le sens de la largeur du bâtiment, de 0 à 8 m
environ (voir figure 10).
On n’aurait donc jamais dû fonder le bâtiment sur le
remblai, un basculement étant inévitable. C’est pourtant
ce qui fut décidé, car, apparemment, pas le moindre dou-
te n’effleura l’esprit des décideurs :
l’architecte, auteur du projet, était lui-même expert
judiciaire ;
l’Ingénieur en béton armé se targuait d’avoir des
idées en mécanique des sols et, fervent partisan
du taux de travail, il avait en sa possession l’outil
adéquat , à savoir une table.
Il fit donc, sur le remblai des fossés, un essai à la table,
et celle-ci rendit son verdict : 0,69 bar (on ne parlait pas
encore de Mpa). Le choix d’un tel taux de travail (dont on
admirera la précision) conduisait à prévoir une fondation
par radier. Celui-ci fut réalisé à l’aide d’une dalle en béton
armé de 0,18 m, raidie par des nervures croisées (enfin un
bon point pour l’Ingénieur Conseil). Quelques mois après
l’ouverture des fouilles, le chantier allait bon train et on
venait de couler le plancher haut du 1er étage et c’est alors
que l’on constata un faux-aplomb de 10 cm. Le chantier fut
interrompu pendant quatre mois, puis les travaux repri-
rent et, quand le dernier plancher fut terminé,bien que l’on Figure 11 : Le bâtiment penche.
ait pris soin de respecter la verticalité pour les murs de
chaque étage, le faux-aplomb atteignait 23 cm.
Cependant, les disparitions successives de l’architec-
Après des travaux qui ne furent pas simples, notam- te et du bâtiment ne mirent pas fin, bien entendu, à l’ins-
ment pour redonner aux planchers une horizontalité qu’ils tance engagée devant le Tribunal, et l’expert judiciaire
n’avaient plus, l’immeuble fut livré à ses 8 copropriétaires, désigné (lui-même architecte) déposa enfin son rapport,
mais, le basculement du bâtiment se poursuivant, il devint lequel attribuait la quasi-totalité de la responsabilité à
difficilement habitable, et les propriétaires attaquèrent l’Ingénieur en béton armé.
devant le Tribunal les divers constructeurs : Architecte,
Nous allons citer, sans y changer un mot, la partie du
Ingénieur de béton armé, Entrepreneur. Cette histoire
rapport concernant la responsabilité de l’ingénieur:“celui-
connut alors un épisode tragique : l’architecte (qui, nous
ci, ayant déterminé, par un essai à la table, que le sol pou-
l’avons dit, était aussi expert judiciaire) ne supportant
vait supporter 0,69 Kg/cm2, aurait dû trouver un radier de
pas de se trouver cette fois-ci en position d’accusé, mit
surface plus importante, car, après vérification, le radier
fin à ses jours.
transmettait au sol 0,80 Kg/cm2”. Nous pensons que tout
Pendant ce temps, le bâtiment, ignorant l’instance commentaire serait superflu et terminerons notre expo-
en cours, continuait à pencher : en deux ans, son faux- sé sur cette perle de l’expertise.
aplomb était passé de 23 à 71 cm. La photo (Fig. 11) a été pri- 115

Géologues n°132
etudes de cas

Création d’un site Internet interactif pour l’étude de faisabilité du


raccordement sud du Contournement Ouest de Lyon (COL)
Vilma Zumbo(1), Christophe Delacourt(2), Jean-Marc Lardeaux(2), Pascal Allemand(2), Nicolas Gros(2) et Bernard Edert(3)

Introduction
Le contournement ouest de Lyon (abréviation : COL)
constitue un projet d’aménagement du territoire, destiné
au grand transit, qui permettra à terme de relier les auto-
routes A6 et A7, respectivement situées au nord et au sud
de l’agglomération lyonnaise. Le raccordement à l’auto-
route A7 au Sud prévoit de franchir la zone du Parc Natu-
rel Régional du Pilat. Etant donné l’enjeu environnemen-
tal majeur, ce franchissement ne pourra se faire que par
un tunnel (cahier des charges accompagnant la décision
ministérielle de lancer les études du 2 juin 2000).
L’étude de faisabilité technique et financière de cette
traversée a été confiée au Centre d’Etudes des Tunnels
(CETu) qui a examiné 9 variantes. Au cours de cette étude,
un site Internet interactif permettant la consultation, la Figure 1 : Modèle numérique de terrain. Résolution 20 m. Échelle 1/200000.
mise en forme 3D, et le traitement de données géoréfé-
rençées d’origine variées (photographies aériennes, Modè-
Le COL est considéré comme un axe de transit auto-
le Numérique de Terrain-MNT, carte géologique, modèle
routier et la catégorie L100 de l’ICTAAL est appliquée pour
géologique) a été développé. Ce site, sécurisé, regroupant
les études géométriques. Les différents projets proposent
l’intégralité des données et des résultats de l’étude est
des solutions tunnels bi-tubes, unidirectionnels compor-
accessible pour les membres autorisés du CETE de Lyon
tant au moins 2 x 2 voies, voire éventuellement 2 x 3 voies.
(Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement) et le CETu.
Il est installé sur un serveur du laboratoire de géologie de Sur les 9 variantes soumises à l’étude, 6 d’entres elles
l’Université Claude Bernard de Lyon I (UMR5570/CNRS/ENS correspondent à des traversées, sous la partie centrale du
Lyon) qui en a assuré le développement. Pilat, en tunnels longs (9900m à 5550 m pour la longueur
minimale) avec des tracés en plan relativement recti-
Les projets de tracés routiers du COL parcourent la
lignes, orientés NW-SE, débouchant en tête sud sur un
bordure est du Massif [Link] précisément,la zone sou-
viaduc pour le franchissement du Rhône, avant de se rac-
mise à l’étude est comprise entre les vallées du Gier et du
corder au péage de Vienne.
Rhône délimitant le Parc Naturel Régional (PNR) du Pilat.
Un autre projet consiste en une solution à deux tun-
D’un point de vue géomorphologique: l’altitude maxi-
nels sur la bordure est du PNR du Pilat, avec deux franchis-
male du Pilat dans le périmètre de l’étude est de 750 m ;
sements du Rhône en viaducs. Enfin, deux autres variantes
la topographie est relativement molle à partir du som-
proposent un franchissement sous le Rhône; l’un des deux
met, elle est découpée par de nombreux vallons encaissés
tracés correspond à une longueur d’ouvrage de 13950 m.
et sauvages souvent empruntés par le réseau hydrogra-
Dans les deux cas, étant donnée la cote des projets, les tra-
phique (Fig. 1). On descend vers les vallées du Gier et du
versées du Rhône se feront en caissons immergés.
Rhône par des pentes souvent escarpées et abruptes, voi-
re même quasi-verticales.
Le PNR du Pilat est un site protégé de part son statut. Géologie
L’enjeu environnemental et touristique est important, il est
accentué par les nombreuses zones de vignes renommées Méthodologie d’étude
d’appellation contrôlée qui dominent le Rhône en rive Le raccordement sud du COL recoupe les cartes géo-
116 droite, au sud de Vienne. logiques au 1/50 000e de Vienne et de Givors. Depuis plu-

1. Centre d’Etudes des Tunnels (CETu) - Pôle Géologie - Géotechnique - Dimensionnement.


Tél. 04 72 14 34 48 - Fax. 04 72 14 34 90 - E-mail : [Link]@[Link]
2. Université Claude Bernard de Lyon (UCBL) et Ecole Normale Supérieure (ENS) de Lyon - UMR 5570
3. Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement (CETE) de Lyon - DIT/CGA2

Géologues n°132
etudes de cas

sieurs années, le Laboratoire de Dynamique de la Litho- Photo aérienne


sphère (Université Claude Bernard de Lyon I, UCBL) s’est vu Les données utilisées sont celles de la BD topo de l’Ins-
confier par le BRGM la mission de remise à jour de diverses titut Géographique National (IGN). Cet outil a pour but:
cartes. En fait il s’agit d’un vaste programme qui concer- de pouvoir visualiser les photos aériennes de la
ne toute la bordure est du Massif central, depuis la carte région du COL, à différentes résolutions spatiales
de Tarare jusqu’à celle de Saint-Etienne. Dans certains cas, (4 m, 8 m,12 m, 20 m) ;
cette révision concerne uniquement les structures, les de télécharger ces photos aériennes[4] à différentes
faciès lithologiques étant conservés : c’est le cas, par échelles (1/100 000e, ... 1/10 000e) sous forme de
exemple, de la carte de Vienne ; dans d’autres cas, ce sont fichier “.jpg”, lisibles par tous les logiciels de bureau-
à la fois la lithologie et les structures qui sont entière- tique (word, powerpoint, photoshop) et imprimable
ment révisées : exemple de la carte de Givors. directement à l’échelle choisie.
La démarche adoptée dans le cadre de la présente
étude est originale puisqu’elle a permis de développer un Zoom
certain nombre d’outils, accessibles par Internet, sur un site En cliquant sur cet icône, il est possible de visualiser
interactif spécifiquement développé pour le COL, à accès des extraits de photographies aériennes de la région du
limité, personnalisé et sécurisé[5]. Actuellement, seuls le COL à deux résolutions spatiales, 4 m (Haute Résolution)
CETE de Lyon et le CETu ont un accès sur ce site. et 12m (Basse Résolution) , de les télécharger à différentes
Toutes les données (photographies aériennes, topo- échelles (1/100 000e, ... 1/10 000e) sous forme de fichiers
graphie, MNT, géologie,...) sont désormais disponibles sur “.jpg” lisibles par tous les logiciels de Bureautique (word,
le serveur du Laboratoire dynamique de la Lithosphère, powerpoint, photoshop) et imprimables directement à
UCBL/UMR5570-ENS Lyon. Les différents outils ont été l’échelle choisie.
développés par la société Image, spécialisée en imagerie Modèle Numérique de Terrain (MNT)
numérique 3D, en étroite collaboration et sous la respon-
visualiser la topographie de la région du COL sous
sabilité scientifique de C. Delacourt à l’[Link] le déve-
forme de MNT à différentes résolutions spatiales
loppement a été réalisé avec le souci de confidentialité et
(4 m, 8 m,12 m, 20 m) ;
de sécurisation des données ; un nom d’utilisateur et un
télécharger un MNT à différentes échelles
mot de passe sont nécessaires pour l’accès, et les différents
(1/100000e,... 1/10000e) sous forme de fichier “.jpg”
utilisateurs peuvent être identifiés. L’écran d’accueil (Fig.2)
lisible par tous les logiciels de bureautique (word,
propose 7 options que nous décrirons successivement.
powerpoint, photoshop).

Carte géologique[1]
La carte géologique, mise à disposition sur le site
interactif du COL, résulte d’un assemblage des cartes géo-
logiques au 1/50 000e de Vienne et de Givors numérisées
par le BRGM et confiées au Laboratoire de Dynamique de
la Lithosphère ayant en charge, dans le cadre de sa
recherche, le projet de mise à jour des cartes géologiques
de la bordure est du Massif central.
Les deux cartes initiales ont été complétées, par J.M.
Lardeaux[3], de levés structuraux, failles essentiellement,
dans les secteurs des tracés plus particulièrement ; ces
informations ont été rajoutées pour les besoins de l’étude
et ont été prises en compte dans la réalisation du modè-
le géologique; elles ne sont pas actuellement publiées. En
cliquant sur cet icône, il est possible de télécharger la car-
te géologique à différentes échelles (1/100000e,...1/10000e)
sous forme de fichier jpg lisible par tout logiciel de bureau-
tique (word,powerpoint,photoshop),ainsi que les légendes
Figure 2 : Ecran d’accueil du site interactif du COL. des cartes de Givors et de Vienne. 117

Géologues n°132
etudes de cas

Profil topographique L’Est du Massif central est une région qui a été struc-
Il permet à l’utilisateur de choisir et visualiser un pro- turée principalement à la fin de l’Ere paléozoïque et plus
fil topographique, de pouvoir le restituer sous la forme particulièrement entre 320 et 290 Ma. Cette période cor-
d’un fichier “.jpg” lisible par tout logiciel de bureautique respond à l’effondrement gravitaire d’une grande chaîne
(word, powerpoint, photoshop) choisi par l’utilisateur. de montagnes, qui se caractérise par l’ouverture de bas-
Cela permet au projeteur d’avoir rapidement une image sins sédimentaires intra-montagneux (ici le bassin houiller
de la topographie sur laquelle il pourra rajouter un profil de Saint-Etienne) et par la mise en place de grands dômes
en long de son tracé... granito-gneissiques (ici le dôme du Velay)[2].
A l’échelle de cette région,les processus tectoniques indui-
Modèle géologique 3D
sent une extension Nord-Sud de la croûte continentale qui
Il intègre l’outil servant à tracer les profils topogra- se traduit par le développement d’un plan d’anisotropie régio-
phiques. Ce modèle géologique a été calculé uniquement nale majeure (plan de schistosité), à pendage moyen vers le
à partir de données de surface de la carte gé[Link] n’in- Nord,sub-parallèle aux limites du bassin de Saint-Etienne.
clue pas la traversée du Rhône pour laquelle les données
Les cartes géologiques à 1/50000e de Givors et de Vien-
de topographie, géologie du socle, ... sont insuffisantes
ne, sont d’une grande qualité quant à la nature des roches.
voire inexistantes. Des investigations in situ, de type son-
Il s’agit pour l’essentiel de micaschistes et de gneiss (pour les
dages carottés, géophysique de surface, seront indispen-
roches cristallophylliennes).Par contre,les principales struc-
sables pour préciser la géométrie en profondeur des objets
tures tectoniques ne sont pas reportées sur les cartes actuel-
géologiques. Néanmoins, l’outil permet à l’utilisateur se lement publiées par le BRGM. Il s’agit d’une part des cartes
connectant sur le site de visualiser une coupe géologique de trajectoires de schistosité,des principales zones de déta-
schématique selon le profil qu’il aura choisi lui-même. chement qui sont associées à l’extension de la croûte et
Visualisation 3D d’autre part de grandes failles qui forment un réseau de frac-
tures conjuguées conséquent à l’échelle ré[Link] infor-
représenter en 3D les photos aériennes de la région
mations et leur interprétations seront reportées et explici-
du COL ;
tées dans les futures éditions de ces cartes par le BRGM.
modifier à volonté les paramètres d’angles de vue
ainsi que l’exagération verticale et le facteur de Données de la carte géologique
Zoom. Le mont Pilat est dans son ensemble constitué par
Ce type d’image 3D associée au report des projets des formations de micaschistes essentiellement, diffé-
offre au projeteur des perspectives intéressantes comme rentes par leur composition minéralogique, appartenant
la possibilité de visualiser son tracé in situ, d’évaluer en pre- à “l’unité du Pilat”. Les séries du Pilat sont affectées d’une
mière approximation l’opportunité de certaines zones de foliation régionale (plan de schistosité) faiblement pen-
têtes, etc., avant d’aller vérifier sur le terrain. D’un point de tée vers le Nord (10 à 30°) et de direction N-NE/S-SW. Cet-
vue géologique, on peut comparer le relief restitué par te foliation est porteuse d’une linéation sub-méridienne
ces images à l’observation des structures par vision sté- bien réglée et faiblement plongeante vers le Nord. Cette
réoscopique de photographies aériennes, avant d’aller déformation est associée au métamorphisme de moyen-
vérifier sur le terrain, l’origine tectonique ou non des dif- ne pression-haute température, qui a été daté entre 330
férents talwegs plus ou moins encaissés. et 322 ± 9 Ma,contemporaine de l’extension crustale Nord-
Sud (avec mise en place de bassins sédimentaires) et de
Géologie du site la mise en place du dôme du Velay[2].
Histoire géologique régionale[3], Dans la partie Nord, au sud du Gier, entre Saint-
Le Massif central français et plus particulièrement sa Romain-en-Gier et Givors, on rencontre également des
bordure est ont fait l’objet, ces dix dernières années, de faciès de leptynites; vers Loire-sur-Rhône, il existe des for-
nombreux travaux de géologie fondamentale qui ont mations gneissiques. Dans certaines vallées on trouve
abouti à une nouvelle interprétation cartographique et des placages de formations superficielles. D’un point de
structurale de ce secteur. La géométrie actuelle du Mas- vue structural, toutes les failles reportées sur la carte géo-
sif central résulte d’une histoire complexe qui s’étend sur logique sont pour la plupart verticales à sub-verticales.
plus de 150 Ma entre 450 et 300 Ma : l’orogenèse de cet- Dans ce secteur, les tracés sud du COL ne sont pas
118 te chaîne de montagne se rapporte donc au cycle varisque. concernés par les formations houillères du bassin sédi-

Géologues n°132
etudes de cas

mentaire de Saint-Etienne et par conséquent le risque de ce sont surtout les structures (failles, diaclases,
rencontrer d’éventuelles exploitations souterraines est schistosité et foliation, ...) et leur répartition spa-
écarté. D’un point de vue hydrogéologique, les circula- tiale qui devront, à des stades ultérieurs, être plus
tions d’eau sont de type fissural et empruntent tout le particulièrement étudiées.
réseau de discontinuités du massif, plans de schistosité et
surtout fracturation (failles et diaclases).
Géotechnique et génie civil
Coupes géologiques
Dans ce chapitre, sont évoquées de façon succincte et
Différentes tracés de coupes géologiques réalisées générale les techniques utilisables pour le génie civil des
pour l’étude sont indiquées sur la figure 3 et seulement tunnels creusés, compte tenu des données géologiques
quelques unes d’entres elles présentées dans cet article actuelles. Les éléments issus des connaissances fonda-
(Fig. 4). Elles ont été construites avec le modèle géolo- mentales régionales et locales montrent que la géologie,
gique 3D, depuis le site internet. Ce sont des coupes sché-
et plus particulièrement la lithologie ne sont pas des cri-
matiques mais elles permettent, en première approche, de
tères discriminants pour le choix d’une variante. Il n’y a pas
montrer que :
a priori de difficultés géotechniques majeures.
la pétrographie est apparemment relativement
homogène en surface ; Méthodes d’excavation
On peut envisager deux types d’abattage :
compte tenu de l’homogénéité apparente de la
géologie, l’utilisation d’un tunnelier pleine section
est une solution possible étant donné la longueur
des ouvrages. Il faudra s’assurer de la pertinence
technique et économique de cette méthode, par
une étude spécifique ;
on pourra aussi utiliser une technique tradition-
nelle, celle du déroctage à l’explosif.
Etant donné la longueur des tunnels et leur section,
il faudra très vite prévoir, dans la conception du projet, le
transport et la mise en dépôt des déblais, compte tenu de
la sensibilité du site.

Soutènements
Figure 3 : Implantations des coupes géologiques.
Si la méthode à l’explosif est utilisée, et compte tenu
des données actuelles géologiques, les soutènements
seront de type :
béton projeté renforcé de treillis ou de fibres métal-
liques, boulons à ancrage ;
au droit des zones de failles , on prévoira des pro-
fils plus lourds avec des cintres métallique.
Dans le cas d’un tunnelier, le soutènement et le revê-
tement du tunnel sont assurés par des voussoirs en béton
mis en place au fur et à mesure de l’avancement.

Etanchéité
Une étanchéité d’extrados devra être prévue, comp-
te tenu des nombreuses arrivées d’eaux possibles liées
aux drainage du massif par les réseaux de fractures et
les failles. Elle permettra d’éviter l’apparition de venues
Figure 4 : Quelques coupes géologiques. d’eau sur le revêtement en béton et sur la chaussée. Elle 119

Géologues n°132
etudes de cas

sera placée entre le soutènement et le revêtement, sur très amont du projet COL. La mise à disposition de l’utili-
partie ou toute la longueur du tunnel si cela s’avérait sateur, via Internet, d’outils informatiques simples per-
nécessaire. Ainsi, les eaux en provenance du massif seront mettant le traitement et la mise en forme de données
conduites à la base des piédroits le long de la feuille d’étan- (images aériennes, coupes géologiques,...) sans que celui-
chéité et collectées dans des drains longitudinaux, rac- ci ait besoin d’acquérir des matériels importants (serveurs
cordés au collecteur d’assainissement. puissants...) est une démarche tout à fait originale.
En conclusion, il n’y a pas a priori de difficultés géo- Cela a également permis à des chercheurs universi-
techniques majeures, d’après les données géologiques taires d’appliquer leurs travaux de recherche fondamen-
actuellement à notre disposition. Lorsqu’un fuseau de tale sur des cas concrets comme un projet d’aménage-
référence, voire un tracé, sera retenu, il sera indispensable ment du territoire. On ne peut donc que se féliciter et
de compléter ce modèle géologique 3D par des informa- encourager ce genre d’initiative.
tions issues d’investigations in situ (sondages, géophy-
sique,...) qui devront être corrélées avec celles issues d’une Bibliographie
[1] Cartes géologiques à 1/50 000 actuellement publiées par le BRGM :
étude de photo-interprétation détaillée (images aériennes
Givors, édition 1968, Vienne, édition 1970.
au 1/25 000e voire à une échelle plus grande si nécessai-
[2] Evolutions P-T et structures associées dans l’Est du Massif central
re pour les zone de tête de tunnel) et des images 3D obte- français : un exemple de l’évolution thermomécanique de la chaîne
nues à partir du site COL. paléozoïque
Thèse 3ème cycle - Véronique Gardien (décembre 1990 - ENS Lyon et Uni-
D’un point de vue géotechnique, les reconnaissances versité Claude Bernard de Lyon 1).
nécessaires à envisager seront de type sondages carottés et [3] Rapport géologique de la zone sud du COL : rapport de synthèse -
destructifs avec diagraphies et essais de laboratoire sur Professeur Jean-Marc Lardeaux.
échantillons pour caractériser,d’un point de vue mécanique, Université Claude Bernard - Lyon 1: Laboratoire de Dynamique de la Litho-
sphère/IMAGE - juin 2001.
les faciès rencontrés et les différentes familles de disconti-
[4] Photographies aériennes IGN à 1/25 000 et 1/60 000.
nuités ;étant donné la longueur des différentes variantes du
[5] Notice d’utilisation du site interactif du COL - Responsable scientifique
contournement, les reconnaissances devront être pro- du projet : Christophe Delacourt, maître de conférences.
grammées en quantités adaptées afin de confirmer ou non Université Claude Bernard (UCBL-Laboratoire de Dynamique de la Litho-
l’apparente homogénéité de la géologie de surface. sphère/Image).

La principale difficulté pour la réalisation de ces recon-


naissances sera liée au caractère site protégé du PNR du
Pilat. Il sera par exemple, difficilement concevable d’en-
visager des terrassements pour la réalisation des son-
dages; la solution sera vraisemblablement d’avoir recours
à des forages horizontaux longs depuis les zones de têtes.
C’est donc le facteur environnement et non la faisabilité
géotechnique qui conditionnera le choix de la variante.
Enfin, le franchissement sous le Rhône et les zones
d’ouvrages de transition (contact tunnel creusé - caissons
immergés) devront faire l’objet d’une étude spécifique
géotechnique, hydrogéologique et hydraulique. Le poste
“études et reconnaissances”sur ces catégories de variantes
sera par conséquent très important car les conditions
géologiques sont actuellement mal connues, ainsi que
les techniques sous-fluviales.

Conclusion
La collaboration entre le Centre d’Etude des Tunnels
et le laboratoire “Dynamique de la Lithosphère” de
l’UCBL a permis de valoriser au maximum les données de
120 la géologie fondamentale régionale et locale à un stade

Géologues n°132
associations professionnelles

Union Syndicale Géotechnique (USG)


La Rédaction (1)

Généralités successives dans les prestations géotechniques au fur et


à mesure du développement d’un projet, de façon à assu-
Créée en 1974, l’USG regroupe aujourd’hui 49 rer une gestion optimale des risques du sol.
membres, tous personnes morales, représentant 2700
On distingue ainsi les types de missions suivants :
personnes environ, pour un chiffre d’affaires de 300 M€,
soit plus de 50% de celui réalisé dans le domaine de la géo- G0 : Exécution de sondages, essais et mesures géo-
technique. Même si la géotechnique ne représente que 0,4 techniques ;
à 0,5% de l’activité du BTP en termes de chiffres d’affaires, G1 : Etude de faisabilité géotechnique ;
elle est essentielle pour l’optimisation de la conception et G2 : Etude de projet géotechnique ;
la bonne réalisation des ouvrages; l’USG a joué et joue un G3 : Etude géotechnique d’exécution ;
rôle actif pour la valorisation de cette discipline qui per-
G4 : Suivi géotechnique d’exécution ;
met une meilleure maîtrise des risques du sol.
G5 : Diagnostic géotechnique sur ouvrages, avec ou
sans désordres.
Fonctionnement
Comme toute organisation de ce type, l’USG est admi- Pour en savoir plus
nistrée par un Bureau dont les membres sont élus en USG, Maison de l’ingénierie, 3 rue Léon Bonnat, 75016
assemblée générale ordinaire pour une durée de trois Paris. Tél. 01 44 30 49 00.
ans ; le Président de l’USG est élu par le Bureau parmi ses Président : Jacques Robert.
membres. Le Bureau se réunit tous les deux mois envi- E-mail : jrobert@[Link]
ron. Pour plus d’efficacité, l’USG a constitué 10 commissions Vice-Président et Secrétaire : Daniel Le Boulicaut.
chargées d’actions spécifiques concernant, par exemple, E-mail : direction@[Link]
les assurances, les relations avec les autres associations,
Annuaire des société membres de l’USG, 2000. Il com-
la communication, la normalisation, les enquêtes, les
porte une fiche par adhérent (références, domaines de
règles de l’art, la formation, la sécurité.
compétences selon le classement des missions géo-
techniques, qualifications OPQIBI, assureur), ainsi que
Réalisations les statuts et le règlement intérieur.
la gestion de la qualité dans les bureaux d’études
géotechniques, avec une participation soutenue
de l’USG dans les commissions normatives ;
l’élaboration d’une charte professionnelle ;
la responsabilité des géotechniciens: réflexion avec
les compagnies d’assurances ;
la normalisation des missions géotechniques types
(norme NFP 94-500 de juin 2000) ;
l’élaboration de recommandations sur le contenu
des missions géotechniques.
La question de l’assurance et de la responsabilité des
géotechniciens a été présentée par l’USG dans le n°120 de
Géologues. La classification des missions géotechniques
types répond au souci de mettre en place un classement
pertinent de types de prestations et, peut-être et surtout,
de convaincre les donneurs d’ordre de l’utilité de phases 121

1. Remerciements à Jacques Robert, Président de l’USG, pour la correction du texte.

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Comité Français de Mécanique des Sols et de Géotechnique (CFMS)


Florence Altmayer (1)

Objectifs et réalisations du 8 au 10 octobre 2002 : JNGG 2002 (Nancy). Journées


Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingé-
Fondé en 1948, le CFMS est affilié à la Société Inter- nieur sur le thème : Optimisation de l’insertion des
nationale de Mécanique des Sols et de la Géotechnique ouvrages dans le sol et le sous-sol , organisées conjoin-
(SIMSG). Cette Société, dont l’origine remonte à 1936, a tement par le Comité Français de Géologie de l’Ingé-
pour objectif la promotion de la coopération internatio- nieur (CFGI),le Comité Français de Mécanique des Roches
nale entre ingénieurs et scientifiques, pour l’avancement (CFMR), le Comité Français de Mécanique des Sols et
et la diffusion de la connaissance dans le domaine de la de Géotechnique (CFMS) et l’Institut National Poly-
géotechnique et de ses applications au génie civil et à technique de Lorraine.
l’environnement.
Le CFMS organise également des séminaires com-
La SIMSG regroupe actuellement 71 sociétés natio- muns avec les Sociétés des pays limitrophes et des pays
nales (ou comités nationaux) représentant plus de 16 500 francophones d’Outre-mer. Il participe activement aux
membres individuels. Elle est dirigée par un Conseil au travaux des Comités Techniques de la SIMSG et, par le
sein duquel chaque société nationale est représentée par biais de ses membres, à l’élaboration et à la mise à jour de
deux délégués, Conseil qui se réunit tous les deux ans. la réglementation européenne et internationale.
Elle organise :
Le CFMS est également très actif dans la promotion
des congrès internationaux quadriennaux de Méca-
de la culture francophone dans le domaine de la Méca-
nique des Sols et de Géotechnique ;
nique des sols et de la Géotechnique. Il est en charge de
cinq congrès régionaux quadriennaux de Méca-
la Commission pour la Francophonie au sein de la SIMSG.
nique des Sols et de Géotechnique ;
La liste des pays francophones comprend, en Afrique :
des congrès internationaux, également quadrien- Algérie, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire,
naux, sur la Géotechnique de l’Environnement ; Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Maroc, Ile Maurice,
des congrès, colloques et séminaires internatio- Mauritanie, République Centrafricaine, Rwanda, Sénégal,
naux de spécialités ; Tchad, Togo, Tunisie et Zaïre ; en Asie : Vietnam, Cambod-
les congrès régionaux des jeunes ingénieurs géo- ge et Laos ; en Europe : France, Belgique, Hongrie, Rouma-
techniciens. nie et Suisse; en Amérique : Canada et Haïti.
Membre de la SIMSG, le CFMS a pour objet de pro- La Commission pour la Francophonie, qui se réunit
mouvoir et de mettre à la disposition de la profession les une fois par an, a des activités multiples tout au long de
recherches et études de génie civil ayant trait au sol, au l’année telles que : contrôle du français dans les actes des
sens large, et à toutes les activités s’y rapportant. Pour congrès parrainés par la SIMSG, participation à la rédac-
parvenir à ce but, le CFMS organise des réunions tech- tion des bulletins d’annonce des prochains congrès, etc. De
niques bimestrielles ouvertes à ses membres et à leurs invi- plus, la Commission assure la rédaction et la diffusion de
tés non membres. A titre d’exemple, pour l’année 2002, le la Lettre de la Géotechnique (trimestrielle), le lien entre les
programme des réunions est le suivant : géotechniciens francophones,en coopération avec la Socié-
23 janvier 2002 : Hydraulique (journée) ; té suisse et le Groupement belge.
20 mars 2002 : Géotechnique portuaire (journée) ; En outre, le CFMS contribue à la définition d’une biblio-
24 avril 2002 : Recommandations sur la consistance des thèque-type d’ouvrages géotechniques en langue fran-
investigations géotechniques (1/2 journée) ; çaise, ouvrages qui ont été distribués à de nombreux éta-
19 juin 2002: Assemblée Générale Ordinaire du CFMS. blissements d’enseignement des pays les plus démunis,
Conférence sur le thème: Les chutes de blocs, les inter- de 1997 à 2001. Une nouvelle campagne de distribution
actions sol-roche. Structures de protection et leur modé- aura lieu en 2002/2003. En collaboration avec le CFMR et
[Link]érence donnée par [Link]çois Descoeudres, le CFGI, le CFMS publie la Revue Française de Géotech-
122 Professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne; nique, une revue trimestrielle de renom international.

1. Secrétaire du CFMS : c/o Ponts Formation Edition, 28 rue des Saints-Pères, 75343 Cedex 07.
E-mail : cfms@[Link]

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associations professionnelles

Fonctionnement Le CFMS sur Internet


Le CFMS comprend environ 500 membres (450 per- Le site Internet du CFMS, dont l’adresse est
sonnes physiques et 50 personnes morales). Il est admi- [Link] est commun aux trois
nistré par un Conseil de 16 membres, élus parmi ses adhé- comités (CFMS, CFMR, CFGI) et est très actif. Il comporte
rents. Celui-ci, statutairement, se réunit au minimum deux en particulier les rubriques suivantes :
fois par an (il s’est réuni trois fois pendant l’année Informations générales ;
1998/1999). Ce Conseil comporte un Bureau avec un Pré- Manifestations ;
sident,deux Vice-Présidents,un Secrétaire général et un Tré- Actualité géotechnique ;
sorier. Le Bureau se réunit quatre à cinq fois par an.
Documentation. Dans cette rubrique figurent, en
Le CFMS comporte également une Commission Tech- particulier,les textes et résumés des conférences des
nique, composée de 15 membres et chargée des activités réunions techniques du CFMS ;
scientifiques et techniques de l’Association. Elle prépare Annuaire des membres ;
les réunions périodiques et les colloques et sélectionne les
Liens ;
communications des membres du Comité, destinées à
Pages réservées aux membres du Conseil et de la
être présentées aux congrès internationaux ou régionaux
Commission Technique.
organisés par la SIMSG. Elle se réunit en moyenne quatre
fois par an. Pour en savoir plus
Secrétaire Générale du CFMS : Mme Florence Altmayer.
Le CFMS carrefour d’échanges c/o Ponts Formation Edition - 28, rue des Saints Pères
75343 Paris Cedex 07.
Le CFMS se trouve ainsi naturellement être un lieu
Tel. 01 44 58 27 77 - Fax. 01 44 58 27 06.
de rencontres et d’échanges entre les divers acteurs de la
E-mail : cfms@[Link]
profession : maîtres d’ouvrage, laboratoires publics, orga-
nismes universitaires, entreprises de travaux publics,
bureaux et laboratoires privés, ingénieurs-conseils et
experts, maîtres d’oeuvre et bureaux de contrôle.

Comité Français de Mécanique des roches (CFMR)


Sylvie Gentier (1)

Généralités ingénieurs de génie civil, des enseignants et des cher-


cheurs. Les adhésions se font à titre de membre indivi-
Le Comité Français de Mécanique des Roches (CFMR) duel (203) ou de membre collectif (13). La répartition des
est une association régie par la loi de 1901 et dont le siè- membres est la suivante : 40 % université-CNRS, 25 %
ge social est situé à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines industrie-bureaux d’études, 20 % organismes publics et
de Paris (ENSMP). Ses statuts lui assignent comme but de 15% autres. Un courrier annonçant les séances techniques
promouvoir en France des études intéressant directement régulières et des informations générales est envoyé régu-
ou indirectement la géotechnique, la mécanique et la lièrement par le Secrétariat général.
physique des roches et d’en diffuser les résultats. L’action Depuis le 1er janvier 2000, la présidence du Comité
de ce comité s’exerce essentiellement par l’organisation est exercée par Jack-Pierre Piguet (Ecole Nationale Supé-
de conférences et de congrès, par la participation de ses rieure des Mines de Nancy-ANDRA) ; les vice-présidents
membres à des manifestations de même nature organi- sont Dominique Fourmaintraux (TotalFinaElf) et Mehdi
sées par d’autres groupements et par la diffusion de publi- Ghoreychi (INERIS). Marc Panet (SIMECSOL), ancien prési-
cations se rapportant à son objet. dent du CFMR (1984-87) assure, pour 4 ans, la présidence
Le Comité Français de Mécanique des Roches ras- de la Société Internationale de Mécanique des Roches
semble des mineurs, des pétroliers, des géologues, des (SIMR), depuis Août 1999. 123

1. Secrétaire général du Comité, BRGM-CDG/MA


BP 6009 - 45060 Orléans Cedex 2 - Tél. 02 38 64 38 77 - Fax. 02 38 64 33 34
E-mail : cfmr@[Link]

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associations professionnelles

Activités internationales, seul ou en liaison avec des associations


apparentées.
Au cours des 5 à 6 réunions annuelles, les travaux les
Le dernier Congrès International de Mécanique des
plus récents sont présentés dans une ambiance de dis-
Roches “Leçons du XXème siècle, Défis du XXIème siècle”,
cussion informelle. Les thèmes sont décidés par le conseil
organisé par le CFMR à Paris du 25 au 28 août 1999, a été
du CFMR, suite à des suggestions provenant des membres
l’occasion de dresser un bilan des acquis du XXème siècle
du CFMR. L’organisation de chaque séance est sous la res-
et d’envisager les outils futurs de la Mécanique des Roches.
ponsabilité d’un membre du CFMR. Les thèmes présentés
Les thèmes majeurs retenus étaient :
en 2001 étaient :
mécanique des roches appliquées à la sécurité et au
Comportement dynamique des ouvrages souter-
contrôle de l’environnement ;
rains ;
couplage entre les phénomènes mécaniques, ther-
Risques naturels en montagne : Géologie, Géo-
miques , hydrauliques et chimiques ;
technique et Génie Civil (réunion organisée à Gre-
noble conjointement avec le Comité Français de dynamique des roches et tectonophysique ;
Géologie de l’Ingénieur et de l’Environnement (CFGI) essais et mesures in situ, auscultation.
et le Comité Français de Mécanique des Sols et de Le précédent Congrès International de Mécanique
Géotechnique (CFMS) ; des Roches s’était tenu à Tokyo (Japon), en 1995; le prochain
Incidences des phénomènes d’altération rapide des se tiendra en 2003 en Afrique du Sud.
roches sur les projets de génie civil ou miniers ; Le Comité Français s’efforce d’informer ses adhérents
Eau et stabilité dans les anciennes mines ; de tous les événements susceptibles de les intéresser :
Blocs et Milieu granulaire. conférenciers étrangers de passage en France, réunions,
symposiums en France ou à l’étranger, informations régu-
Les thèmes proposés pour le premier semestre 2002
lières sur le développement de la mécanique des roches
concerne :
dans le monde. L’adhésion au CFMR donne droit à l’abon-
l’endommagement dans les roches ; nement au journal de la SIMR (News Journal) dans lequel
la subsidence au sens large (domaines pétrolier et sont publiés aussi bien des articles techniques que des
miniers) en collaboration avec le comité belge. informations d’ordre général.
Le CFMR participera à l’organisation des premières Le CFMR a également décidé d’assurer un rôle de for-
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de mation dans les domaines de la mécanique des roches,
l’Ingénieur qui se tiendront en octobre 2002 à Nancy. notamment par l’organisation d’Ecoles:Ecole d’été de Ther-
Les séances ont lieu traditionnellement à l’Ecole Natio- momécanique des Roches (cours publiés en 1988 dans la
nale Supérieure des Mines de Paris. Cependant, depuis série manuels et méthodes du BRGM, sous le titre “La ther-
quelques années, une à deux séances par an sont orga- momécanique des roches”); Ecole consacrée à “l’Abattage
nisées dans des villes de province (Nancy, Lyon, Grenoble, des Roches à l’Explosif”, dont plusieurs contributions ont
Nantes, Strasbourg), en partenariat avec d’autres asso- été publiées dans la revue “Mines et Carrières”, en 1989;
ciations sœurs (CFMS et CFGI). La plupart des exposés “Ecole de Mécanique des Milieux Poreux”, organisée en
présentés au cours de ces réunions sont ensuite publiés 1994 avec le concours de plusieurs entreprises (cours publiés
dans la “Revue Française de Géotechnique”, qui paraît tri- en français disponibles auprès du CFMR et en anglais chez
mestriellement, ou dans d’autres revues, nationales ou Balkema). Depuis 1999, le CFMR rédige un manuel de
internationales. Mécanique des Roches dont le premier volume est paru en
Le Comité Français de Mécanique des Roches est le cor- 2000 aux Presses des Mines. Le second volume, en cours
respondant de la Société Internationale de Mécanique de rédaction, devrait paraître en 2002.
des Roches (SIMR) à laquelle adhèrent une quarantaine de Pour en savoir plus
pays. Le CFMR coordonne la présentation des travaux fran-
Secrétaire général du Comité : Sylvie Gentier, BRGM -
çais de mécanique des roches dans les manifestations
CDG/MA, BP 6009, 45060 Orléans Cedex 2.
scientifiques à l’étranger, et notamment dans les congrès
Tél. 02 38 64 38 77 - Fax. 02 38 64 33 34.
internationaux de mécanique des roches organisés, tous
E-mail : cfmr@[Link]
les quatre ans, par un groupe national sous l’égide de la
Site Web : [Link]
124 SIMR. Il peut également organiser des manifestations

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associations professionnelles

Comité Français de Géologie de l’Ingénieur et de l’Environnement (CFGI)


Jean-Louis Giafferi (1)

Présentation mentarité avec d’autres associations scientifiques (Socié-


té Géologique de France, Société de l’Industrie Minéra-
Le CFGI est une Association loi 1901, fondée le 12 juin le,...) en organisant des séances communes, en particulier
1968 et reconnue d’utilité publique par décret du 2 mai avec le Comité français de mécanique des roches et le
1977. Il a pour objet “de promouvoir les études intéressant Comité français de mécanique des sols et de géotech-
directement ou indirectement la Géologie de l’Ingénieur nique, des colloques et des congrès internationaux.
et de l’Environnement et d’en diffuser les résultats” (art.1
En 2002, les séances techniques suivantes sont pré-
des statuts). Il est la branche française de l’Association
vues:Travaux en cours de l’autoroute A 86 (21 mars à Paris),
Internationale de Géologie de l’Ingénieur et de l’Environ-
Littoral Nord-Pas-de-Calais (14-15 mai, journées régionales
nement, créée à New Delhi en 1964. Le premier conseil
annuelles), Journées Nationales de Géotechnique et de
du CFGI avait la composition suivante : Jean Goguel (Pré-
Géologie de l’Ingénieur organisées par le CFGI, le CFMS et
sident); Marcel Arnould et Reynold Barbier; Jacques Gazel
le CFMR (8-10 octobre à Nancy), Journée commune SIM-
(Secrétaire général) ; Gérard Champetier de Ribes (Tréso-
CFGI: Eau, Espace souterrain (4 décembre à Paris).
rier); Pierre Blazy, André Bonte, Claude Bordet, E. Sivignon,
Les membres du CFGI reçoivent le bulletin trimestriel
Jacques Lakshmanan et B. Schneider (Membres).
de l’Association Internationale de Géologie de l’Ingénieur
La géologie de l’ingénieur est partie intégrante des et de l’Environnement (AIGI). Roger Cojean est co-rédac-
sciences de la Terre;On peut parler d’Ingénierie des sciences teur du Bulletin. De plus,le CFGI soutient activement la réa-
de la Terre, équivalente à “Engineering Geology”des anglo- lisation de la Revue française de géotechnique.
saxons. Elle prend en compte toutes les disciplines fon-
Tous les deux ans, le CFGI décerne le Prix Jean Goguel
damentales des sciences de la Terre et se définit par son
(premier Président du CFGI) d’une valeur de 2287 €, à un
caractère essentiellement appliqué. Les domaines thé-
jeune professionnel ou chercheur œuvrant dans le domai-
matiques qui la concernent sont très divers et englobent:
ne de la géologie de l’ingénieur, suite à une présentation
les ouvrages d’art et le génie civil, les matériaux minéraux
d’un travail original. En 2001, il a été remis à Jérôme Ster-
non métalliques de construction et industriels, les risques
penitch pour son étude sur la cristallochimie des produits
naturels, l’environnement et l’aménagement du territoire.
d’altération des vitraux médiévaux et les applications au
La géologie de l’ingénieur s’appuie également sur les
vieillissement des déchets vitrifiés.
sciences de la mécanique et de l’hydraulique: mécanique
des sols, mécanique des roches, hydrogéologie.
A sa création, le CFGI avait 45 membres. En 2001, il L’avenir de la géologie de l’ingénieur
comprend 310 membres individuels et 15 membres col- La géologie de l’ingénieur est évolutive et doit inté-
lectifs. Il est dirigé par un conseil de quatorze membres élus grer, voire anticiper, les besoins nouveaux :
pour quatre ans. Le Conseil du CFGI, élu en 1999, com- mécanisation et industrialisation poussées des
prend: Jean-Paul Tisot (Président sortant), Jean-Louis Giaf- chantiers, permettant la réalisation de travaux de
feri (Président), Roger Cojean et Jean-Louis Durville (Vice- grand volume mais qui ont des conséquences sur
Présidents), Daniel Deprez (Secrétaire général,Trésorier) et les équilibres naturels ;
Marcel Arnould (Président d’honneur), Lucien Bourguet, apparition de techniques nouvelles de construc-
Jean-Luc Dessenne, Michel Deveughèle, Jacques Hugo- tion, de creusement mécanisé des ouvrages sou-
nin, Bernard Mouroux, Aline Quénez, Daniel Pfefer et Pier- terrains, de soutènement, de traitement des sols
re Pothérat (Membres). et des roches pour étanchement et consolidation ;
évolution des méthodes d’investigations géolo-
giques et de mesures : télédétection, diagraphies,
Activités thermographies, géophysique 3 D, ... ;
Le CFGI organise des séances techniques trimestrielles, préservation de l’environnement du sol et du sous-sol:
des journées régionales annuelles. Il favorise la complé- protection et réhabilitation des sites et des ouvrages; 125

1. Président du CFGI

Géologues n°132
associations professionnelles

prévention vis à vis des risques naturels : mouve- Pour en savoir plus
ments de terrain, séismes, ... ; Le CFGI désire faire connaître plus rapidement et plus
meilleure maîtrise de l’exploitation des réserves de largement le développement des connaissances dans le
matériaux et recherche de nouvelles ressources et domaine de la géologie de l’ingénieur et de l’environ-
de matériaux nouveaux. nement. Dans ce but, il a créé son propre site Internet
La géologie de l’ingénieur a montré qu’elle était indis- avec un portail commun avec les sites du Comité fran-
pensable à la réussite de tout type de projet dans les çais de mécanique des roches, du Comité français de
meilleures conditions d’économie et de sécurité. Elle néces- mécanique des sols et de géotechnique :
site une formation des géologues et des ingénieurs per- [Link]
mettant un dialogue efficace avec les ingénieurs de génie Siège social : Ecole Nationale Supérieure des Mines de
civil et génie minier, les autres praticiens du sol, les méca- Paris, 60 boulevard Saint-Michel, 75006 Paris
niciens des sols et des roches, les hydrogéologues. Cette
Secrétariat général du CFGI (Madame de Meyer) :
formation leur permet de s’intégrer aussi bien dans les
Laboratoire Central des Ponts et Chaussées,
équipes de Maîtrise d’Ouvrage, de Maîtrise d’Œuvre que
58 boulevard Lefebvre 75732 PARIS Cedex 15
les Bureaux d’Etudes ou les Entreprises, qui participent
Tél. 01 40 43 52 42. Fax. 01 40 43 52 46.
aux différents stades des projets d’aménagement, de
construction et d’exploitation des ressources de la Terre. Président : Jean-Louis Giafferi.
Tél. 03 29 75 97 90 - Fax. 03 29 75 98 96
E-mail : [Link]@[Link]

Association Française des Travaux en Souterrain (AFTES)


La Rédaction (1)

Une vocation très spécifique L’accroissement significatif du nombre de membres


depuis 10 ans est lié au développement des travaux sou-
L’AFTES, association type loi de 1901 (statuts : cf. site terrains, dont le volume a doublé au cours de cette pério-
internet), a été créée en janvier 1972, suite à la Conféren- de: tunnels TGV et autoroutiers, travaux urbains (métros,
ce internationale sur les travaux souterrains, tenue à voirie, parkings,...), collecteurs d’assainissement,stockages.
Washington en 1970 et qui a recommandé la mise en pla- L’AFTES s’est donné pour objectif de faire progresser
ce, dans chaque pays, d’un organisme regroupant les dif- les connaissances en matière de travaux souterrains, non
férents acteurs intervenant dans les travaux souterrains. seulement dans les domaines scientifiques et techniques,
Avec environ 250 membres au départ, puis un pallier mais également sur les aspects juridiques, économiques
proche de 500 entre 1979 et 1989,l’AFTES comprend aujour- et sociaux. Promotion des travaux souterrains et réduction
d’hui près de 700 membres, dont 150 sociétés et de l’ordre des coûts et des délais d’exécution correspondent ainsi à
de 10 % d’étrangers. Ces membres sont des représentants des orientations fortes de l’AFTES.
des maîtres d’ouvrage, des maîtres d’œuvre et des diffé-
rents métiers concernés : entrepreneurs de génie civil,
constructeurs de matériels, ingénieurs-conseils, bureaux Fonctionnement
d’études, laboratoires, enseignants et chercheurs univer- L’AFTES est administrée par un Conseil d’administra-
sitaires, ... Les adhérents sont, soit des membres indivi- tion d’au maximum 30 membres responsables devant
duels ou collectifs, soit des membres correspondants. Pour l’Assemblée générale des adhérents et qui se réunit deux
2002, la cotisation est de 75 euros pour les membres indi- fois par an. Le Bureau exécutif, élu au sein du Conseil, com-
126 viduels et de 500 euros pour les membres collectifs. prend le Président, six Vice-présidents au maximum, le

1. Remerciements à Jean-Louis Reith pour la fourniture des documents de base et la relecture du texte. Le présent texte est une version actualisée de celui
publié dans Géologues n°122.

Géologues n°132
associations professionnelles

Trésorier et le Secrétaire général. Il assure la permanence tionales et une exposition consacrée aux différents aspects
de la représentation du CA et l’exécution des décisions des travaux souterrains :
de ce dernier. Le Bureau est assisté par un Comité tech- les procédés modernes de construction des tun-
nique et un Comité de rédaction. nels (Nice, 1974) ;
Le premier regroupe une trentaine de membres repré- les travaux souterrains en site urbain (Paris, 1977) ;
sentatifs de l’ensemble de la profession. Il fixe les thèmes la méthode convergence confinement (Paris, 1978);
de recherche en fonction des demandes qui lui sont adres- la recherche d’économies dans les travaux souter-
sées et des études confiées aux groupes de travail inter- rains (Nice, 1981) ;
nationaux par le Comité exécutif de l’Association Inter- le creusement des tunnels en terrains meubles et
nationale des Travaux en Souterrain (AITES, créée en 1974). aquifères (Lyon, 1984) ;
Le Comité technique donne également son avis sur les collectivités territoriales et utilisation du sous-sol
textes de recommandations des groupes de travail et (Bordeaux, 1987) ;
assure la mise à jour des recommandations déjà publiées franchissements souterrains pour l’Europe (Lille,
(plus de 40 à ce jour ; liste sur le site internet). 1990) ;
Le Comité de rédaction comprend une vingtaine de infrastructures souterraines de transport (Toulon,
membres et assure la parution bimestrielle de la revue 1993) ;
“Tunnels et Ouvrages Souterrains” (TOS). L’AFTES collabo- les travaux souterrains : des techniques et des
re étroitement aux actions des associations homologues hommes (Chambéry, 1996) ;
dans d’autres pays (comme l’ATBUS, son équivalent belge) travaux souterrains : ambitions et réalités (1999) ;
et à l’Association internationale (AITES), notamment en les souterrains : des ouvrages qui vivent (Toulouse,
participant aux assemblées générales. octobre 2002).
L’ensemble représente environ 500 communications.
Spécifique JLP a publié les documents des congrès de
Réalisations Chambéry (1996) et de Paris (1999) ; il publiera ceux du
Dès sa création, l’AFTES a mis en place des groupes de congrès de Toulouse.
travail, dont 20 sont aujourd’hui en activité (liste sur le site Au début des années 1990, l’AFTES a créé un prix des-
internet). L’objectif de ces groupes est d’élaborer des recom- tiné à récompenser des études de haut niveau (thèse ou
mandations sur les thèmes d’étude qu’ils sont chargés travail de fin d’études) se rapportant aux travaux souter-
d’approfondir et que l’on peut classer globalement en rains. C’est au Comité technique qu’il revient de proposer
quatre rubriques, : le ou les prix à attribuer.
conception et calcul d’ouvrage ; La revue Tunnels et Ouvrages Souterrains, éditée par Spé-
procédés d’excavation à l’explosif ou mécanisée ; cifique JLP, diffuse à environ 2000 exemplaires, donc bien
travaux spécifiques:injections,étanchéité, entretien, au-delà des seuls membres de l’AFTES. La revue est pré-
réparation des ouvrages en exploitation, ... ; sente dans plus de 40 pays.
différents aspects de l’utilisation du sous-sol.
On retiendra en particulier les programmes natio-
Pour en savoir plus
naux Tunnel 85-90, suivi de EUPALINOS 2000 lequel por- AFTES c/o SNCF, 17 rue d’Amsterdam, 75008 Paris.
te sur cinq thèmes principaux: reconnaissance du terrain Tel. 01 53 42 94 69 - Fax. 01 53 42 08 20
en avant du tunnelier, confinement de front, injections E-mail : contact@[Link]
de bourrage derrière les voussoirs, calcul des ouvrages et Secrétaire de l’AFTES (J. L. Reith, CETU).
tassements, collage des argiles. Tél. direct. 04 72 14 34 31 - Fax. 04 72 14 34 90.
Les recommandations qui dérivent des groupes de Spécifique JLP : 1 rue de Mailly, 69300 Caluire.
travail constituent le domaine privilégié d’action de l’AFTES. Tél. 04 78 39 17 17 - Fax. 04 72 00 96 73
L’AFTES organise aussi des visites de chantier ou d’usines, E-mail : specifique@[Link]
choisies en fonction de l’actualité. L’organisation de ces Site internet AFTES: [Link]
visites incombe aux délégations régionales Sud-Est (Lyon)
Site internet AITES : [Link]
et Ile de France (Paris). Il existe aussi une troisième direc-
tion régionale Sud-Ouest. Depuis 1974, l’AFTES organise, en Référence : Les travaux souterrains en France, AFTES,
général tous les trois ans, des journées d’étude interna- 1996. 127

Géologues n°132
enseignement supérieur

L’enseignement supérieur en géotechnique


La Rédaction (1)

Introduction les Diplômes d’Etudes Supérieures Spécialisées


(DESS), comportant un volet Géotechnique : Uni-
Dans les informations qui suivent, nous avons retenu versités de Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand,
une présentation selon trois niveaux postérieurs au Bac : Paris (Pierre et Marie Curie, Paris Sud) ;
Bac +2 ; Bac +4 et Bac +5. A l’intérieur de ce 3ème niveau, les Diplômes d’Etudes Approfondies (DEA) pouvant
deux grandes catégories sont individualisées: Ecoles d’in- conduire à une thèse: Besançon/Nancy/Strasbourg,
génieur, et formations universitaires de type DEA ou DESS. Grenoble, Montpellier, Paris.
Le niveau Bac+2 correspond à des techniciens formés
selon deux filières principales :
Instituts Universitaires de Technologie (IUT); la plu-
Le premier cycle : Bac +2
part des IUT fournissent une formation en Génie Les Instituts Universitaires de Technologie (IUT)
Civil (Diplôme Universitaire de Technologie, DUT) ;
Les Départements de Génie Civil des Instituts Universi-
Brevet de Technicien Supérieur (BTS); il existe envi-
taires de Technologie forment des techniciens supé[Link]
ron un BTS de Travaux Publics ou Bâtiment par Aca-
programmes de ces différents départements sont nationaux
dé[Link] BTS de Géologie appliquée de Nancy en est
et validés par une Commission Pédagogique [Link]
un exemple spécifique car orienté vers la géologie.
options peuvent exister: “Bâtiment” et “Travaux Publics et
Le niveau Bac+4 regroupe 3 grandes filières de formation:
Aménagement”.Par ailleurs,certaines spécialisations locales
les Instituts Universitaires Professionnels (IUP du ont été développées en fonction des besoins régionaux (par
domaine “Génie Civil - Infrastructures” ; il en exis- exemple Travaux en Montagne au département Génie Civil
te une douzaine en France ; de Grenoble). Il existe dix neuf départements de Génie Civil
les maîtrises de Sciences et Techniques spécialisées repartis sur tout le territoire (dont un à la Réunion); on peut
en géologie appliquée ou géotechnique - génie en obtenir la liste sur le site de l’Association Universitaire de
civil : Besançon, Le Havre, Nice ; Génie Civil, AUGC ([Link] avec des
les maîtrises de Génie Civil.
liens vers les différents départements
Pour le niveau Bac+5, au-delà de la séparation entre
Les enseignements dans le domaine de la géolo-
Grandes Ecoles et Diplômes universitaires, on distingue:
gie/géotechnique sont répartis sur les deux ans d’études
les Ecoles d’ingénieurs généralistes qui offrent une et comportent différents modules d’enseignement :
option orientée vers le Génie Civil. A l’intérieur de
en 1ère année, un module d’enseignement “Matériaux
cette option, on trouve des enseignements de Géo-
naturels” (30 h) ;
technique. Les Ecoles Centrales (Paris, Lyon, Nantes,
en 2ème année, selon les spécialisations “Bâtiment” ou
Lille) en sont des exemples ;
“Travaux publics” :
les Ecoles d’ingénieurs orientées vers le Génie Civil
● Reconnaissance des sols et dimensionnement d’ou-
comportant des enseignements de géotechnique plus
ou moins développés :ENPC,ESTP,ENSMP (Paris),EMA vrages simples ;
● Ecoulements et ouvrages de soutènement ;
(Alès),ENTPE (Vaux-en-Velin) et aussi les Départements
●Fondations et excavations ;
de Génie Civil des INSA (Rennes,Toulouse et Lyon);
●Remblais techniques et fondations spéciales.
les écoles d’ingénieurs comportant une spécialité
Géotechnique/Génie civil : ENSMIN, ENSG (Nancy), Globalement, ces enseignements correspondent à
CNAM (Paris) ; une centaine d’heures accompagnées de projets tutorés.
les écoles d’ingénieurs rattachées à des universi-
tés, spécialisées en (ou comportant une spécialité BTS
en) Génie civil: CUST (Clermont-Ferrand), ISTG (Gre- Les BTS sont des diplômes nationaux qui se préparent
noble), ISIM (Montpellier), IST (Paris), ESIP (Poitiers), dans des lycées professionnels. Plusieurs BTS existent dans
128 EUDIL (Villeneuve-d’Ascq) ; le domaine du Génie Civil, orientés vers différents métiers:

1. Avec la collaboration de E. Flavigny.

Géologues n°132
enseignement supérieur

BTS Travaux publics ; 16, route de Gray - 25030 Besançon Cedex


BTS Maintenance et après vente des engins de Tra- Tél. 03 81 66 61 11 - Fax. 03 81 66 65 58
vaux publics et de manutention ; Internet : [Link]
BTS Constructions métalliques ;
Le Havre : MST Génie civil (partie géologie, mécanique
BTS Géomètre topographe ...
des sols)
Le BTS de l’Université de Nancy-Metz est un BTS de
Université du Havre
Géologie Appliquée. Il remplace le BTS de “Géologue Pros-
25, rue Philippe Lebon - BP 1123 - 76063 Le Havre Cedex.
pecteur”, depuis [Link] formation est unique en Fran-
Tél. 02 35 19 55 80 - Fax. 02 35 19 55 79
ce et aussi en Europe. Les informations complètes sur ce
Internet : [Link]
BTS peuvent être obtenues à l’adresse suivante :
[Link]/pres-etab/loritz/sections/enste- Nice : Maîtrise de Géosciences et Géotechnique
ch/tsga/[Link], ou en cherchant sur un moteur de Année 1 : enseignements de base.
recherche Nancy + Géologie + [Link] horaires comportent Année 2 : intervention de nombreux professionnels assu-
environ 10h/semaine dans les disciplines liées à la Géologie. rant un enseignement appliqué. Stages en France et à
Secrétariat Section TSGA ( Techniciens supérieurs en l’étranger sur les deux années.
Géologie Appliquée) ENSG - Bâtiment G, BP40, 54501 Van- Une partie de l’effectif étudiant est accueilli au titre de la
doeuvre Cedex ; formation continue.
ou Lycée Henri Loritz, 29, rue des Jardiniers, CS 4218, 54042 Département des Sciences de la Terre. Université de Nice,
Nancy Cedex. Tél: 03 83 36 75 42. Fax: 03 83 35 08 22. Faculté des Sciences
28, avenue de Valrose - 06108 Nice Cedex
Le second cycle : Bac +4 E-mail : ccaruba@[Link] ou bruley@[Link]
Internet : [Link]/mstgeo
Instituts Universitaires Professionnels (IUP)
Les Maîtrises de Génie Civil
Les onze IUP de Génie Civil et Infrastructures (GCI) forment
Il existent aussi des Licences-Maîtrises de Génie Civil
des Ingénieurs-Maitres de niveau Bac+[Link] enseignements
dans certains centres universitaires, notamment pour pré-
sont répartis sur 3 ans,du niveau Bac+1 à Bac+[Link] ces IUP
parer aux différents professorats (CAPES et Agrégation
comportent un enseignement de Géotechnique.
de Génie Civil). Les universités de Marne La Vallée (et l’Eco-
Les volumes d’enseignement de Géotechnique dans le Normale Supérieure, ENS, de Cachan), de Lille ou de
les différents IUP peuvent être variables selon les spécia- Lyon offrent de telles formations.
lisations développées au cours de la troisième année. Ils
s’étagent de 60 à 120 heures (sur un volume total d’en-
seignement de l’ordre de 2000 h/3 ans) : ainsi, celui de Le troisième cycle : Bac +5
Bordeaux 1 comporte une spécialisation en “Génie des
sols et des ouvrages”, celui de Grenoble une option Ecoles d’ingénieurs généralistes comportant
“Ouvrages et Structures” où la géotechnique est plus une option Génie Civil
développée. Ecole Centrale Paris (ECP) : formation en mécanique
Les coordonnées des IUP de Génie Civil se trouvent à dans le tronc commun, dont mécanique des milieux conti-
[Link] avec des liens vers les dif- nus et mécanique générale en 1ère année, mécanique des
férentes universités. structures en 2ème année. Les apprentissages méthodolo-
giques et expérimentaux s’expriment en Modules Thé-
Maîtrises de Sciences et Techniques spécialisées en matiques Expérimentaux (MTE) ; il en existe un en génie
géologie appliquée ou géotechnique - génie civil civil. L’option “Aménagement et Construction” (ACO) fait
partie des 8 options de 3ème année. L’Ecole Centrale abri-
Il en existe trois, respectivement à Besançon, au Havre
te le Laboratoire Mécanique des Sols, Structures et Maté-
et à Nice.
riaux (MSS-MAT), CNRS UMR 8579.
Besançon : MST Géologie appliquée, années 1 et 2 Grande voie des Vignes- 92295 Châtenay-Malabry Cedex.
Laboratoire de Géologie structurale et appliquée, Uni- Tél. 01 41 13 13 38 - Fax. 01 41 13 14 30
versité de Franche-Comté. Internet : [Link] 129

Géologues n°132
enseignement supérieur

Les Ecoles Centrales de Lille, Lyon et Nantes ont aus- Département de Génie civil et urbanisme
si en seconde et troisième année des options de Génie 20,avenue [Link]- Bât.304- 69621 Villeurbanne Cedex.
Civil où l’on retrouve des enseignements de Géologie géo- Tél. 04 72 43 83 83
technique. Les adresses sont les suivantes :
[Link]
[Link]
Ecoles d’ingénieurs comportant
[Link] une spécialité géotechnique
Ecole Nationale Supérieure des Techniques Industrielles
Ecoles d’ingénieurs orientées vers le Génie Civil
et des Mines d’Alès (EMA), option Génie civil, Ressources
Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris (ENSMP) et Aménagement.
Enseignement en géotechnique sous l’égide du Centre
6, avenue de Clavières - 30319 Alès Cedex
de Géologie de l’Ingénieur (CGI, ENSMP).
Tél. 04 66 78 50 00 - Fax. 04 66 78 50 34
60, boulevard St-Michel - 75272 Paris Cedex 06
Internet. [Link]
Tél. 01 40 51 91 36/90 00 - Fax. 01 43 54 18 93
Internet : [Link] Ecole Nationale Supérieure des Mines de Nancy (ENSMIN).
Option Mines-Terrain en 2ème et 3ème années.
Ecole Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC).
6 et 80 avenue Blaise Pascal, Cité Descartes - Parc de Saurupt - 54042 Nancy Cedex
Champs-sur-Marne - 77455 Marne-la-Vallée Cedex. Tél. 03 83 58 41 12 - Fax. 03 83 58 41 38.
Tél. 01 64 15 39 17 - Fax. 01 64 15 39 49 E-mail : emn@[Link]
Internet : [Link] Internet : [Link]
E- mail J.-P. Piguet : piguet@[Link]
Ecole Supérieure des Travaux Publics (ESTP).
Enseignement de géologie, géotechnique. Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy (ENSG).
57, boulevard Saint-Germain - 75240 Paris Cedex 05. Diplôme d’ingénieur en géotechnique et géologie appli-
Tél. 01 44 41 11 18 - Fax. 01 44 41 11 12 quée au génie civil.
E-mail : ckassel@[Link] - Internet : [Link] Rue du Doyen Marcel Roubault - BP 40 -
Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat (ENTPE). 54501 Vandœuvre-les-Nancy Cedex
Enseignement de géotechnique. Tél. 03 83 59 59 59 - Fax. 03 83 59 64 64
Voies d’approfondissement : E-mail : ensg@[Link]
● génie civil ;
Internet : [Link]
● environnement et hydraulique ;
E-mail M. Buès : bues@[Link]
● transport - planification - exploitation ; Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM).
● bâtiment ; Département de Géologie appliquée et de Géotech-
● gestion ; nique.
● informatique ; Diplôme de Premier Cycle Technique (DEPCT) Géotech-
● aménagement et gestion urbaine ; nique (3-4 ans).
● ingénierie maritime et fluviale.
Diplôme d’Etudes Supérieures Techniques (DEST, 1 an
3, rue Maurice Audin - 69120 Vaulx-en-Velin après 2 ans de cycle probatoire).
Tél. 04 72 04 70 70 - Fax. 04 72 04 62 54
Diplôme d’ingénieur CNAM, spécialité “Technique de
Internet : [Link]
construction”, option Géotechnique.
Institut National des Sciences Appliquées (INSA) :
La formation diplômante est organisée en trois cycles
Rennes, Toulouse et Villeurbanne. Option Génie civil.
(A, B et C), suivis d’un mémoire (diplôme d’ingénieur).
Diplôme d’ingénieur.
Après une formation générale scientifique (mathéma-
Département Génie civil tiques, statistiques, informatique, génie des matériaux,
20, avenue des Buttes de Coësmes- 35043 Rennes Cedex. le cycle A comporte 7 modules de 100 heures et correspond
Tél. 02 99 28 65 29. Fax. 02 99 63 67 05 à une formation générale socio-économique (manage-
Département Génie civil. ment, communication, anglais) et une formation en géo-
Avenue de Rangueil - 31077 Toulouse Cedex logie fondamentale (cours, travaux pratiques, stage de
130 Tél. 05 61 55 98 63 terrain). Le cycle A est sanctionné par le DEPCT.

Géologues n°132
enseignement supérieur

Le cycle B,aboutissant au DEST,se compose de 4 modules Tél. 05 49 45 37 18 - Fax. 05 49 45 44 44


de 120 heures portant sur l’hydrogéologie (hydrologie, Internet : [Link]
hydrogéologie et hydrochimie), géotechnique et envi- Ecole Universitaire d’Ingénieurs de Lille (EUDIL) : géo-
ronnement. Le cycle C comprend deux modules de 120 technique et génie civil. Diplôme d’ingénieur.
heures consacrés à géotechnique, structures et travaux.
Université des Sciences et Technologies de Lille I
Il est sanctionné par un mémoire (Diplôme d’ingénieur).
Domaine universitaire scientifique - BP 36 -
Dans le cadre d’une formation, dite qualifiante, on peut 59655 Villeneuve-d’Ascq Cedex.
suivre l’un ou l’autre des modules enseignés, à la carte. Tél. 03 20 43 46 08 - Fax. 03 20 43 43 35
2 rue Conté - 75003 Paris Internet : [Link]/eudil
Tél. 01 40 27 24 83/29 16/28 91 - Fax. 01 42 71 93 29/40 Remarque: selon les orientations des différentes écoles, les
Internet : [Link] volumes d’enseignement de géotechnique ou de méca-
nique des sols et des roches peuvent être variables : très
élevés dans des formations spécialisées en géotechnique
Ecoles d’ingénieurs rattachées à des
ou moindres dans des écoles généralistes. Ces enseigne-
Universités spécialisées en ou com- ments peuvent être complétés par des enseignements
portant une spécialité en Génie Civil. optionnels, des stages ou des projets. R. Kastner(2) note
une moyenne de 110 heures d’enseignement obligatoire
Institut des sciences de l’Ingénieur de Clermont-Ferrand
de mécanique des sols.
(CUST). Département Génie Civil. Diplôme d’ingénieur.
Domaine universitaire des Cézeaux - BP 206 -
63174 Aubière Cedex. Diplômes d’Etudes Supérieures
Tél. 04 73 40 75 05 - Fax. 04 73 40 75 10 Spécialisées (DESS)
E-mail : scola@[Link]
Besançon. DESS de Géologie appliquée, comportant
Institut des Sciences Techniques de Grenoble (ISTG).
une partie géotechnique.
Département Géotechnique. Diplôme d’ingénieur.
Laboratoire de Géologie structurale et appliquée, Uni-
28, avenue Benoît Frachon - St-Martin-d’Hères - BP 53 -
versité de Franche-Comté.
38041 Grenoble Cedex.
16, route de Gray - 25030 Besançon Cedex
Tél. 04 76 82 79 30 - Fax. 04 76 82 70 01
Tél. 03 81 66 61 11 - Fax. 03 81 66 65 58
E-mail : [Link]@[Link]
Internet : [Link]
Institut des Sciences de l’Ingénieur de Montpellier (ISIM). Responsable : Jean-Michel Quenardel
Département Génie Civil. Diplôme d’ingénieur.
Bordeaux (Talence). DESS Géosciences appliquées en
Université des Sciences et Techniques du Languedoc milieux urbains, ruraux, littoraux et côtiers.
(USTL) - Place Eugène Bataillon - 34095 Montpellier Modules :
Cedex 5.
● Milieux naturels et aménagés, acquisition de l’in-
Tél. 04 67 14 31 65. Fax - 04 67 14 45 14
formation ;
E-mail : isim@[Link]
● Stratégie, traitement et interprétation des données;
Internet : [Link]
● Aménagement et gestion des milieux côtiers ;
Institut d’Ingénieurs en Sciences et Technologie (IST),spé- ● Pollution, dépollution ; Législation, gestion et com-
cialité Géophysique,Gé[Link]ôme d’ingénieur. munication.
Université Pierre et Marie Curie, Paris VI. Université de Bordeaux I
4 place Jussieu- Tour 22-32-5ème - 75252 Paris Cedex 05. 351, Cours de la Libération - 33405 Talence Cedex
Tél. 01 44 27 73 13 - Fax. 01 44 27 73 13 Tél. 05 56 84 63 72 - Fax. 05 56 80 08 37
E-mail : dirist@[Link] Responsables : Mme J. Riss et M. Frappa
Internet : [Link] E-mail : riss ou frappa @[Link]
Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Poitiers (ESIP). Clermont-Ferrand. DESS Géologie de l’aménagement. Le
Diplôme d’ingénieur, spécialité Géotechnique. DESS correspond à une formation de géologues spé-
Université de Poitiers cialisés en ingénierie géotechnique et environnemen-
40, avenue du Recteur Pineau - 86022 Poitiers Cedex tale, aménagement du territoire (infrastructures, bâti- 131

2 Kastner R., L’enseignement de la mécanique des sols en France dans les formations d’ingénieurs, in Geotechnical Engineering education and training,
Manoliu et al. Ed., Balkema , Rotterdam, 2000, pp. 115-117.

Géologues n°132
enseignement supérieur

ment, stockage de déchets, ressources en eau). Les cinq ● Hygiène et sécurité ;


mois d’enseignement (universitaires et professionnels) ● Economie ;
concernent les géomatériaux, les formations de sub- ● Gestion ;

surface et méthodes de reconnaissance, l’hydrogéolo- ● Nouvelles techniques d’information et de commu-

gie appliquée, la mécanique des sols et des roches, le nication.


dimensionnement des ouvrages de génie civil, la Université de Paris Sud, Département de Pétrologie et
démarche qualité, le droit de l’environnement, le mar- Volcanologie - Bâtiment 504 - 91405 Orsay Cedex 5.
keting, la communication et la gestion. S’y ajoutent Tél. 01 69 15 67 64 - Fax. 01 69 15 67 72
cinq mois de stage en entreprise. E-mail : bebien@[Link]
Département des Sciences de la Terre. Université Blai- Responsable du DESS : Jean Bébien.
se Pascal, Observatoire de Physique du Globe de Cler- Autres DESS
mont-Ferrand, Laboratoire Magmas et Volcans, CNRS
D’autres DESS peuvent comporter des enseignements
5, rue Kessler - 63038 Clermont-Ferrand Cedex
de Géologie/Géotechnique /Mécanique des sols: on
Tél. 04 73 34 67 22 (enseignement) ou 16 (recherche)
peut ainsi citer :
Fax. 04 73 34 67 44
● DESS Génie Géologique et de l’environnement (GEO-
Internet : [Link]
DE). Université des Sciences et Technologies de Lil-
Responsable du DESS : J. C. Besson. Tél. 04 73 34 67 36
le 1 [Link]
E-mail : besson@[Link]
[Link]/geosciences/page_ufr/geode/[Link]
Paris. (Université Paris VI, Pierre et Marie Curie). DESS ● DESS OMEGA, Ouvrages à la Mer, Environnement
Géologie géotechnique (Géologie d’entreprise) avec le Géologique et Aménagement. Faculté des Sciences
Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). et des Techniques de l’Université de Nantes- 2, rue
Thématiques du DESS : de la Houssinière-BP 92208- 44322 Nantes Cedex 3.
● Topographie, géomécanique, télédétection ; Tél. 02 51 12 55 51 - Fax. 02 51 12 55 50
● Géophysique à faible profondeur ; E-Mail : [Link]@[Link]
● Applications de la géologie ; [Link]@[Link]
● Hydrogéologie, hydrochimie ; ● DESS GELIPODE (Génie littoral, portuaire et des

● Application de la géotechnique ; estuaires). Université de Caen ([Link]).


● Etudes et projets du bâtiment et des travaux publics, [Link]
études d’impact et de risques naturels. sciences/[Link]
Coordination du DESS : N. Bendjoudi
Université P. et M. Curie, Lab. de Géologie appliquée
Case 123 - 4, place Jussieu - 75252 Paris Cedex 05 Diplômes d’Etudes Approfondies (DEA)
Tél. 01 44 27 63 26 - Fax. 01 44 27 51 25 Besançon, Nancy, Strasbourg. DEA PAE 3S (Protection,
E-mail : [Link]@[Link] Aménagement et Exploitation du Sol et du Sous-Sol)
Orsay (Université Paris-Sud). DESS Génie de l’environ- associant Université de Besançon, ENSMIN (Nancy),
nement, option Génie géologique. ENSG (Nancy) et ENGEES (Strasbourg).
Modules scientifiques et techniques : Tronc commun du DEA : analyse de données et géosta-
● Matériaux géologiques ; tistique, mécanique des sols et des roches, hydrodyna-
● Mécanique des roches et des sols ; mique souterraine. Deux options :
● Hydrodynamique et aménagement des côtes ; ● Géotechnique des ouvrages. Responsable J.-P.
● Géophysique appliquée ; Piguet (ENSMIN) ;
● Hydrogéologie et hydrologie ; ● Dynamique des hydrosystèmes naturels. Respon-
● Techniques de forage ; sable M. Buès (ENSG).
● Risques naturels ;
Laboratoire de Géologie structurale et appliquée, Uni-
● Cartographie.
versité de Franche-Comté.
Modules généraux : 16, route de Gray - 25030 Besançon Cedex
● Droit de l’environnement et urbanisme ; Tél. 03 81 66 61 11 - Fax. 03 81 66 65 58
132 ● Anglais ; Internet : [Link]

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enseignement supérieur

Ecole Nationale Supérieure des Mines de Nancy (ENS- Tél. 04 67 14 37 54 - Fax. 04 67 14 45 55


MIN). Parc de Saurupt - 54042 Nancy Cedex E-mail : maisonne@[Link]
Tél. 03 83 58 41 12 - Fax. 03 83 58 41 38 Paris : DEA MSOE : Mécanique des sols et des ouvrages
E-mail : emn@[Link] dans leur environnement
Internet : [Link] [Link]
E-mail : J.-P. Piguet : piguet@[Link]
Laboratoire de mécanique des sols, structures et maté-
Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy riaux - Ecole centrale de Paris, Jean-Louis Favre
(ENSG). Rue du Doyen Marcel Roubault - BP 40 Tél. 01 41 13 13 45 - Fax. 01 41 13 14 42
54501 Vandœuvre-les-Nancy Cedex Etablissements cohabilités : ECP, ENPC, ENSMP, Ecole
Tél. 03 83 59 59 59 - Fax. 03 83 59 64 64 Polytechnique, Univ. Paris 6.
E-mail : ensg@[Link]
Remarque : les différentes écoles d’ingénieur de Génie
Internet : [Link]
Civil sont très souvent liées à des DEA:les étudiants de troi-
E-mail : M. Buès : bues@[Link]
sième année peuvent alors préparer, simultanément à
Ecole Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environne- leur 3ème année, le diplôme de DEA.
ment de Strasbourg (ENGEES) (ex. ENITRS : Ecole
Une liste complète des DEA de Génie Civil peut être obte-
Nationale des Ingénieurs des Travaux Ruraux) nue sur l’adresse de l’AUGC. ([Link]
1, quai Koch - BP 1039 - 67070 Strasbourg Cedex [Link]) ; ce site fournit des liens avec d’une part toutes les
Tél. 03 88 25 34 50 - Fax. 03 88 37 04 97 formations de Génie civil ( du niveau Bac +2 à Bac +5 évo-
E-mail : engees@[Link] quées ci dessus) mais aussi avec les différents laboratoires
Internet : [Link] de recherche universitaires.
Grenoble. DEA Mécanique: Conception, Géomécanique,
Matériaux.
Tronc commun du DEA : mécanique des matériaux,
mesures et modélisation, modèles numériques et
méthodes de conception. Trois options :
● Conception des systèmes mécaniques ;

● Géomécanique et génie civil ;

● Mécanique des matériaux.

Institut National Polytechnique de Grenoble (INPG).


Laboratoire 3S (Sols, Solides, Structures). Domaine Uni-
versitaire - BP 53 - 38041 Grenoble Cedex
Tél. 04 76 82 82 22 - Fax. 04 76 82 82 01
E-mail - meca-mcgm@[Link]
Responsable du DEA : D. Caillerie.
Montpellier. DEA Mécanique des matériaux, Structures,
Génie des procédés.
Tronc commun du DEA : mécanique non linéaire des
milieux continus, thermodynamique, rhéologie, ciné-
tique physique, méthodes numériques. Trois options :
● Thermodynamique des matériaux et milieux hété-

rogènes ;
● Conception en structures innovantes du génie civil ;

● Solides divisés, propriétés mécaniques et élaboration

des matériaux.
Responsable du DEA : O. Maisonneuve. Université des
Sciences et Techniques du Languedoc (USTL), Labora-
toire de Génie civil, Case 048, Place Eugène Bataillon,
34095 Montpellier Cedex 5. 133

Géologues n°132
les rubriques

Origine de la vie et vie extra-terrestre


La Rédaction (1)

Introduction la Terre est brûlée par les UV ; la vie ne peut exister


que dans l’eau ;
A l’origine de la vie, il y a un système chimique capable il y a trop d’eau, donc trop d’érosion ;
d’auto-reproduction (transfert autonome d’une infor- la vie (biosphère) a contribué à effacer les traces
mation moléculaire) et d’évolution (adaptation). Par com- de premiers cadavres en produisant d’énormes
paraison, on peut évoquer les pièces d’un petit automa- quantités d’oxygène, un poison chimique des auto-
te chimique et les questions qui se posent alors sont : mates primitifs.
quelles pièces ? combien ? quel type d’automate ? Les
pièces sont des molécules organiques construites avec
des atomes de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azo- Remonter les indices jusqu’à
te (CHON) présentes dans l’eau. l’automate primitif
La question de l’origine de la vie peut être abordée de
Les molécules de base de la vie peuvent être crées à par-
deux façons :
tir d’eau et de formes gazeuses du carbone (CO2, CO, CH4).
rechercher l’automate primitif (trouver le cadavre)
et s’interroger sur son mode de vie ; Première voie
remonter les indices jusqu’à l’automate primitif. S’appuyant sur les idées d’Alexandre Oparin et John
Haldane qui, dans les années 1920, proposaient l’existen-
Recherche de l’automate primitif ce d’une soupe primitive, source de la vie, Stanley Miller,
en 1953, réussit, à partir d’un mélange CH4/NH3/H2/H2O,
(LUCA = Last Universal Common à créer quatre acides aminés en une semaine via la for-
Ancestor) mation intermédiaire de formaldéhyde H2CO (formol) et
d’acide cyanhydrique HCN. Malgré son intérêt, cette expé-
Les processus géodynamiques (tectonique des
rience révolutionnaire se heurte à l’incertitude sur la pré-
plaques) s’appliquant à une Terre vieille de 4,6 MMa, ren-
sence de CH4 dans les premiers âges de la Terre, contrai-
dent difficiles la mise en évidence de témoins de vie très
rement au CO2. Reprise en remplaçant le CH4 par du CO2,
anciens. En fait, on en a trouvé dans trois ceintures de
l’expérience de Miller ne marche pas. Pour qu’elle marche,
roches vertes :
il faut que H2 soit présent.
en Australie (Warrawoona) : bactéries fossilisées
dans des stromatolithes ; âge 3,5 MMa ; Deuxième voie
en Afrique du Sud (ceinture de Barberton) :
Le sujet sera repris autour de l’hydrothermalisme
empreintes de mini-chapelets à 3 bactéries ; âge
sous marin et la mise en évidence, d’une part de grandes
3,3-3,4 MMa ;
quantités d’hydrogène évacuée à partir de “fumeurs noirs”
au Groenland (Isua), kérogènes enrichis en C12 par
au fond de l’océan, d’autre part d’un développement de vie
rapport aux carbonates minéraux dans des sédi-
très important autour de ces fumeurs avec bactéries chi-
ments à 3,85 MMa, un enrichissement caractéris-
mioautotrophes capables de se développer dans ces
tique du milieu vivant.
milieux extrêmes (pression, température pouvant aller
Une spécialiste mondiale de ces traces de vie primi- jusqu’à +113°C, consommation de l’hydrogène, du gaz car-
tives, Frances Westall, a rejoint le Centre de Biophysique bonique, du soufre, ...). Grâce à son robot, le Nautile, l’Ifre-
moléculaire d’Orléans début 2002. mer a pu collecter des échantillons de gaz du fumeur de
L’espoir de remonter plus loin dans le temps est réduit, Rainbow (dorsale atlantique). Les analyses ont donné :
pour quatre raisons : 45 % H2 ;
avec la tectonique des plaques, les traces des auto- 6 % CH4 ;
mates sont anéanties dans le manteau ; 43 % CO ;
entre 4 et 2 MMa, il n’y a pas d’atmosphère à oxy- 4% N;
134 gène, donc pas de couche protectrice : la surface de 2 % H2S.

1. La Rédaction, d’après la conférence d’André Brack au BRGM le 23 novembre 2001:“Origine de la vie et vie extra-terrestre”. André Brack, Directeur de Recherches
CNRS au Centre de Biophysique moléculaire d’Orléans, a bien voulu relire et compléter ce texte.

Géologues n°132
les rubriques

Une nouvelle plongée, en juin 2001, a permis à l’Ifre- L’expérience réalisée avec des acides aminés placés
mer de recueillir des échantillons dans lesquels seront dans l’équipement “Biopan” installé sur un satellite rus-
recherchés divers précurseurs chimiques des molécules se (2 vols de 10 j) et sur la station Mir (1 vol de 3 mois) a
biologiques comme le formaldéhyde et l’acide cyanhy- montré que les acides aminés étaient stables chimique-
drique mais également des molécules biologiques com- ment dans l’espace à condition d’être recouverts d’au
me les acides aminés. moins 5 microns de poussière météorique. Il en a été
conclu que toute météorite de taille supérieure à 5 microns
Troisième voie pouvait apporter des acides aminés sur Terre.
Autre axe de recherche des traces de vie primitives : Autre interrogation, quantitative cette fois : quelle
l’Espace, et la réponse à la question:“la vie terrestre peut- quantité de météorites est parvenue sur Terre ? En pre-
elle trouver ses matières premières dans l’Espace” ? La mier lieu, l’analyse des échantillons lunaires a permis de
recherche s’est ainsi focalisée, d’une part sur les météorites dater 6 cratères lunaires et d’élaborer une chronologie de
et micrométéorites, d’autre part sur l’exploration du sys- la cratérisation. Par ailleurs, Hartmann a pu établir une
tème solaire et au-delà. courbe du taux de cratérisation météoritique au fil du
Etudier les micrométéorites signifie d’abord de les temps et montré qu’au début de la Terre il y avait un mil-
collecter. D’où le choix de l’Antarctique, ce qui permet de lion de fois plus d’impacts qu’aujourd’hui, soulignant
récupérer les micrométéorites dans le sable obtenu en l’énorme quantité de carbone apportée sur Terre. On abou-
faisant fondre la glace. Contrairement à ce qu’on pour- tit ainsi au tableau suivant :
rait croire, 80-90 % des grains obtenus ne fondent pas au Météorites Micrométéorites
moment où ils impactent l’atmosphère terrestre. Les micro- Fourniture annuelle, de nos jours 10 tonnes 1500 tonnes
météorites renferment du carbone organique qui, lors de Météorites carbonées - hydratées 2% 90%
sa combustion, provoque une détente qui refroidit le grain C apporté par an, de nos jours 0,01 tonnes 20 tonnes
et permet de le préserver. C total apporté depuis origine Terre ? 1017 tonnes (biomasse = 1012 t)

L’étude de ces grains a montré qu’ils contenaient de


nombreuses molécules organiques. Les micrométéorites Il faut noter qu’un gros impact météoritique (400km
sont apparentées aux chondrites carbonées, et en parti- de diamètre) suffit pour vaporiser toute l’eau océanique
culier la météorite de Murchison (Martin Horysi, 1997) qui de la Terre. Le dernier gros impact aurait eu lieu vers 4,4
a fourni plus de 500 molécules organiques différentes. à 4,3 MMa. De plus petits impacts (diamètre 30 km) sont
Mises dans l’eau, certaines de ces molécules forment des suffisants pour vaporiser les 200 premiers mètres océa-
vésicules qui pourraient préfigurer des membranes de niques et il y en a eu jusqu’à 3 MMa environ. Ces cata-
bactéries. Sur les 20 acides aminés utilisés dans les sys- clysmes expliquent que la vie sur Terre n’ait vraisembla-
tèmes vivants, 8 ont été trouvés dans les météorites : gly- blement pu démarrer qu’au fond des océans, dans des
cine, alanine, valine, leucine, isoleucine, proline, acide conditions extrêmes de température et de pression certes,
aspartique et acide glutamique. Par ailleurs, certains acides mais au sein d’un milieu liquide permettant la diffusion
aminés inclus dans la météorite de Murchison ont mon- des petits “automates” initiaux à l’abri des gros impacts
tré une dissymétrie gauche dominante, une exclusivité météoritiques et cométaires.
du vivant terrestre.
Cette dissymétrie pourrait trouver son origine dans Assembler les indices
l’action d’un rayonnement protosolaire, polarisé circulai-
rement,comparable à celui qui vient d’être découvert dans Les travaux réalisés sur le vivant contemporain (vie cel-
le nuage moléculaire de la nébuleuse d’Orion. Les essais lulaire basée sur un code génétique universel) suggèrent
menés en laboratoire utilisant le rayonnement synchro- une origine commune avec une cellule primitive utilisant
tron polarisé du LURE à Orsay sont encourageants. A ce les précurseurs de trois types de molécules :
propos,il faut noter que l’atmosphère de Titan,un des satel- molécules de compartimentation (membranes) ;
lites de Saturne,est le siège d’une chimie organique très acti- molécules informatives (acides nucléiques ARN et
ve qui a peut-être gardé le souvenir de cette chimie proto- ADN) ;
solaire asymé[Link] peut dès lors regretter que la sonde molécules catalytiques (enzymes protéiques).
Huyghens lancée en 1997 vers Titan ne comporte pas de Les chimistes ont réussi à reconstituer des précurseurs
polarimètre chargé de mesurer une asymétrie éventuelle. de membranes. Au Centre de Biophysique d’Orléans,ils ont 135

Géologues n°132
les rubriques

pu reproduire des mini-protéines. Par contre, la grosse dif- Pour démontrer que des météorites sédimentaires
ficulté est venue des molécules informatives. De très nom- pourraient être préservées lors de l’entrée atmosphérique,
breuses expériences menées, notamment sur un système un échantillon de dolomie a été enchâssé dans le bou-
adénine -sucre- phosphate mimant les ARN primitifs, se clier thermique d’une sonde spatiale automatique russe.
sont heurtées à la difficulté de fabriquer simplement le La décrépitation pendant l’entrée atmosphérique n’a tou-
composant“sucre”(molécules informatives). Pour l’instant, ché que 70% de l’échantillon, laissant le cœur intact. Ce qui
on ne voit donc pas comment l’acide nucléique a pu appa- semble montrer que des météorites sédimentaires pour-
raître de façon simple dans l’océan primitif. Les chimistes raient être préservées.
recherchent à présent des molécules informatives plus Ces résultats soulignent l’importance de pouvoir pro-
simples, en tube à essais, mais également sur d’autres pla- céder à une collecte d’échantillons sur Mars : échantillons
nètes où des automates similaires ont pu être formés et en profondeur et échantillons sédimentaires. La mission
peut-être conservés dans de meilleures conditions. européenne “Mars Express” sera, entre autres, chargée de
Les images envoyées de Mars par les deux sondes Viking cette collecte, au travers d’échantillons analysés sur pla-
(1976) ont montré ce qui pourrait correspondre à des lits de ce. L’orbiteur comportera différents capteurs (infra-rou-
rivières asséchés, donc des traces de ruissellement. Ulté- ge, radar permettant une reconnaissance sur 2 km de pro-
rieurement,Mars Global Surveyor a rapporté une image de fondeur, caméra stéréo) et un atterrisseur comportant
canyon avec une rivière au [Link] ont avancé que ces 11 kg d’instruments, notamment une chambre de com-
formes de relief pourraient avoir été crées par de la neige car- bustion et un cylindre percuteur pour collecter des échan-
bonique fondue. Ceci impliquerait une pression et un effet tillons sous la surface.
de serre très importants,incompatibles avec Mars actuel,et Pour l’échantillonnage des roches de surface, un
un réservoir de CO2 liquide difficile à imaginer. barillet a été mis au point par les chercheurs anglais, com-
Le fait que les deux missions Viking ultérieures n’aient portant : spectro de rayons X, caméra stéréo, microscope
pas trouvé de molécules organiques sur Mars, est lié au fait (résolution 4 microns), spectro Mössbauer (degré d’oxy-
que la surface de la planète est oxydée mais ne signifie pas dation du fer), carottier et broyeur (décapage de la surfa-
qu’il n’y ait pas une trace de vie en profondeur. Confir- ce des roches analysées).
mation ne pourra être apportée qu’en procédant à un Le lancement de la sonde est prévu en juin 2003 et les
échantillonnage approprié en perçant la couche oxydée. premiers résultats devraient être disponibles fin 2003-
Parmi les 20000 météorites conservées dans les tiroirs début 2004.
des Muséum National d’Histoire Naturelle, 18 météorites, Une autre mission est programmée par le CNES et la
appelées SNC (pour Shergotty, Nakhla, et Chassigny), pro- NASA. L’objectif est de rapporter des échantillons de Mars
viennent du même corps parent. L’une d’entre elles ren- sur la base d’une sélection judicieuse de sites de prélève-
ferme une poche de gaz de composition cohérente avec ment. Deux atterrisseurs différents devrait permettre de
l’atmosphère de Mars. La certification martienne ne pour- collecter 500 g de roche chacun. Une fusée Ariane 5 sera
ra être faite que lorsque l’on disposera de roches de Mars, envoyée pour récupérer ces deux échantillons. Retour des
de même que l’homogénéité Terre-Lune n’a pu être prou- échantillons envisagé vers 2014.
vée que lorsque l’on a disposé d’échantillons lunaires. Autre projet, la reconnaissance d’Europe, un satellite
Les biosignatures décrites dans la météorite ALH84001 de Jupiter, une lune recouverte de glace, sous laquelle se
sont toujours controversées. Certains ont évoqué la conta- trouve peut-être un océan. Des prélèvements dans cet
mination des météorites, dans l’Antarctique, notamment océan et la recherche de traces d’hydrothermalisme
au travers de nanograins de magnétite qui peuvent être (fumeurs noirs) impliquent de percer 10 à 100 km de gla-
fabriqués par des magnéto-bactéries connues sur Terre. Les ce. Par ailleurs, la présence de près de 70 molécules orga-
méthodes de micro-détection par nanosondes devraient niques dans le milieu interstellaire a été démontrée, mais,
permettre de lever bientôt ces ambiguïtés. Par ailleurs, pour l’instant, pas de traces d’acides aminés. L’explora-
alors que les 18 micrométéorites SNC ont toutes une ori- tion se poursuit donc au-delà du système solaire à la
gine ignée, il importe de trouver des témoins sédimen- recherche d’exoplanètes possédant des océans à leur sur-
taires dans lesquels des traces d’une éventuelle vie mar- face. Plus de 80 planètes ont été détectées. L’idée est de
tienne seraient préservées. Des photos de Mars soulignent se focaliser sur l’exploration des petites, les plus propices
des empilements pouvant correspondre à des sédiments à la présence de vie. La Mission Corot et le projet Darwin
136 d’origine éolienne ou, plus probablement, lacustres. (5 téléscopes) sont programmées pour une telle recherche.

Géologues n°132
les rubriques

Horneck G., Baumstark-Khan C., 2001 :


Conclusions Astrobiology : the quest for the conditions of life. Springer.
Les chances de trouver, sur Terre, des traces de vie fos- Jakosky B., 1998 :
The search for life on other planets. Cambridge University Press.
sile proches de l’âge de la Terre (> 4,5 MMa) sont faibles.
Leroy F., 1993 :
Les essais de reconstitution de molécules primitives par
L’Origine de la Vie. Biocosmos Centre.
voie chimique n’ont,pour l’instant,pas abouti à un système
Levasseur-Regourd A.C., 1997 :
simple de fabrication d’acide nucléique. Comètes et astéroïdes. Le Seuil.
La possibilité que les premiers composants du milieu Lunine J.L., 1999 :
vivant aient une origine extraterrestre est envisagée et Earth : Evolution of a habitable world. Cambridge University Press.

divers indices militent en ce sens : composés organiques Mason S., 1992 :


Chemical Evolution. Clarendon Oxford Press.
(sauf acides aminés, pour l’instant) présents dans le milieu
Maurel M.C., 1994 :
interstellaire ; composés organiques, dont acides aminés, Les origines de la vie. Syros.
présents dans les météorites et micrométéorites tom- Maurel M.C., 1999 :
bées sur Terre ; témoignages de la présence d’eau et de La naissance de la vie. De l’évolution prébiotique à l’évolution biolo-
sédiments sur Mars. gique. Diderot Editeur.
Maurette M., 1993 :
La collecte d’échantillons de Mars est devenue une prio- Chasseurs d’étoiles. Hachette.
rité, à la fois pour valider que les météorites SNC (qui pour- Olomucki M., 1991 :
raient provenir de Mars) n’ont pas été contaminés sur Terre La chimie du vivant. Hachette.
et pour collecter, sous la surface, des échantillons de sédi- Raulin F., 1991 :
ments de Mars, susceptibles de contenir des traces de vie. L’apparition du vivant. Presses Pocket - Cité des Sciences.
Raulin F., 1994 :
Pour en savoir plus La vie dans le cosmos. Dominos Flammarion.
Raulin F., Raulin F. et Schneider J., 1997 :
Sites Internet La bioastronomie. Que sais-je ?
[Link] Shapiro R., 1988 :
[Link] L’origine de la vie : le sceptique et le gourou. Eshel.
gin_o_life.html Wills C., Bada J., 2000 :
[Link] The spark of life. Perseus Publishers.
[Link]
[Link] Chapitres de livres
[Link] Brack A., 1999 :
Origine de la vie.
Livres et revues Supplément de l’Encyclopaedia Universalis, pp. 743-750.
l’Astronomie, 2001 : Brack A., 1999 :
Spécial Exobiologie, Vol. 115, Juin 2001. Sommes-nous seuls ?
Brack A., Raulin F., 1991 : In Le Grand Livre du Ciel, Bordas, pp. 92-115.
L’évolution chimique et les origines de la vie. Masson. Brack A., 2000 :
Brack A., 1998 : Origine et distribution possible de la vie dans l’Univers.
The molecular origins of life : assembling pieces of the puzzle. In Qu’est-ce que la vie? Université de Tous les Savoirs, Odile Jacob, pp.37-46.
Cambridge University Press. Brack A., 20001 :
Brack A., Mathis P., 2000 : Water, the spring of life.
La chimie du vivant. De la protéine à la photosynthèse. Quatre à Quatre, In Astrobiology : The Quest for the conditions of life. Eds. G. Horneck et C.
Ed. Le Pommier. Baumstark-Khan, Springer, Berlin, pp. 79-88.
Clark S., 2000 :
Life on other worlds and how to find it. Springer-Praxis.
Danchin A., 1990 :
Une aurore de pierre. Seuil.
Réponse de Samid Aziz (Groupe Géovision)
De Duve Ch., 1990 : En réponse au courrier de l’Association “Arbre” (Géologues
Construire une cellule. InterEditions. n°130/131) sur l’article publié dans Géologues n°129, nous
De Duve Ch., 1996 : tenons à préciser que le contrat, confié à GROUPE GEO-
Poussière de vie. Fayard.
VISION par le maître d’ouvrage, le SYSDED ; a donné tou-
Delsemme A., 1994 :
te satisfaction à ce dernier.
Les origines cosmiques de la vie. Flammarion.
Heidmann J., 1992 :
Intelligences extraterrestres. Odile Jacob. 137

Géologues n°132
les rubriques

La conservation des grottes, un exemple de gestion de milieux


naturels sensibles
François Bourges (1) ,Dominique D’Huslt (2) ,Alain Mangin (2)

La conservation des grottes est un domaine où les plus de 35 000 ans malgré l’évolution importante des
travaux de géologues et d’hydrogéologues ont permis conditions climatiques extérieures. La contrepartie de cet-
des avancées significatives. La compréhension du fonc- te stabilité dans le temps est une extrême sensibilité du
tionnement des systèmes naturels souterrains est à l’ori- milieu et de son contenu aux impacts (apports d’énergie,
gine du développement d’applications récentes adaptées modifications des entrées etc.).
à la gestion de ce milieu. Le Laboratoire Souterrain de Nous pensons que la conservation en grotte résulte
Moulis,une unité du CNRS avec une longue expérience plu- d’une régulation naturelle du système que nous pouvons
ridisciplinaire dans le domaine, et le Bureau d’études “Géo- concevoir comme un équilibre dynamique entre entrées
logie Environnement Conseil” collaborent à ce dévelop- et sorties de matière et d’énergie, le milieu physique res-
pement. A l’origine, un transfert de technologie depuis tant alors inchangé. Cet équilibre, lorsqu’il est rompu,
l’unité de recherche vers le bureau d’études a débouché sur permet une évolution physique du milieu à l’origine de
la formation d’une équipe, dans le cadre d’un contrat de modifications irréversibles et d’altérations. La recherche des
collaboration sur le thème des aménagements en milieu seuils de rupture de la régulation naturelle est ainsi l’ob-
karstique. jectif principal des études sur la conservation. Au delà de
Cet article propose un aperçu de la problématique ces seuils, des évolutions non stationnaires apparaissent
de la conservation et de l’approche du milieu souterrain. pour plusieurs paramètres ; il n’est alors plus possible de
Nous présentons notre manière d’aborder ces problèmes garantir la pérennité de l’état du système et de son conte-
en l’illustrant par deux exemples. nu. Le garant de la conservation d’un contenu archéolo-
gique ou minéral est donc le fonctionnement du système
naturel lui-même. C’est donc, non plus seulement l’inté-
Les grottes : un intérêt patrimonial
grité des œuvres ou des éléments d’un site qu’il faut main-
et touristique tenir, mais celle de leur environnement complet.
Les grottes ornées,les grottes à cristaux ou à concrétions La bonne compréhension du milieu nécessite d’ana-
font partie de notre patrimoine culturel et [Link] Fran- lyser aussi les caractéristiques du massif rocheux, les
ce,130 grottes sont inscrites ou classées au titre des Monu- modalités de son creusement, de façon à identifier la fonc-
ments Historiques et 120 au titre des [Link] sont aus- tionnalité des structures qui le composent. Ainsi, l’histoi-
si des sites touristiques avec 5 millions de visiteurs par an re et l’évolution récente de l’objet géologique que consti-
pour les 106 grottes ouvertes au public. L’aménagement et tue le karst et son réseau de cavités sont ici aussi
la gestion de ces grottes, même pour de simples études importantes à saisir que son fonctionnement actuel.
archéologiques, posent des problèmes difficiles qui néces-
sitent d’évaluer les sensibilités particulières des sites afin Une approche et des moyens d’analyse
d’éviter les risques de dégradations physiques irréversibles.
Notre approche de la conservation des milieux sen-
sibles est basée sur une analyse fonctionnelle, c’est à dire
Le problème de la conservation sur la connaissance du fonctionnement du système par la
La qualité de conservation naturelle de certains sites récolte de mesures physiques pertinentes. Cela concerne
est stupéfiante : bien que soumis à des transferts per- des paramètres climatiques: pressions, températures, plu-
manents de matière (eau, air, CO2) et d’énergie (échanges viométrie ; des débits d’air et d’eau, le nombre de visi-
thermiques), la grande inertie du milieu souterrain kars- teurs d’un site, des teneurs en CO2, l’hygrométrie, et néces-
tique détermine des conditions physico-chimiques locales site une instrumentation appropriée du milieu. Se pose
stables et proches de l’équilibre, capables de garder inchan- ensuite un problème métrologique concernant les
gé un environnement physique et un contenu archéolo- méthodes de mesure employées pour obtenir une réso-
gique ou minéral. C’est le cas à la Grotte Chauvet où des lution suffisante des données, un bruit instrumental
138 œuvres d’art se sont parfaitement conservées pendant réduit qui permette d’accéder au bruit naturel du systè-

1. Bureau [Link] - 09200 Saint Girons - E-mail : GEConseil@[Link] et [Link]


2. Laboratoire Souterrain du CNRS Moulis - 09200 Saint Girons - E-mail : boineau@[Link] et [Link]

Géologues n°132
les rubriques

me. Il est également nécessaire de porter une attention ne se retrouvent pas dans le spectre de l’hygrométrie ; ce
particulière au pas de la mesure qui doit être adapté au n’est plus le cas au delà de 140 visiteurs par jour. On consta-
phénomène étudié. Enfin, les chroniques sont traitées par te alors que les visites influencent la régulation de la cavi-
des méthodes d’analyse du signal comme les analyses té et que des phénomènes d’assèchement ou de conden-
corrélatoires et spectrales ou l’analyse par ondelettes de sation sont à craindre. C’est une situation que nous
Morlet de façon à extraire au mieux l’information. considérons comme déstabilisée avec un risque induit
pour la conservation.
Deux exemples d’analyse à la Grotte
de Gargas (Hautes-Pyrénées) 20
Spectre de densité de variance
18 troncature 250, pas : 2
Nous proposons deux exemples de mise en évidence
de la déstabilisation d’une cavité par un effet de sur-fré- 16

quentation par des visiteurs. 14

L’analyse des chroniques de températures à l’inté- 12

rieur de la cavité restent un moyen simple de suivre l’évo- 10


lution de la grotte et sa réponse aux perturbations. Dans 8
la grotte de Gargas,l’enregistrement d’une année complète 6
(Fig. 1) montre une anomalie d’été avec une rupture de 4
pente de la chronique de température en été, lorsque la 2 A
25 12 8
fréquentation moyenne dépasse les 188 visiteurs jour. 0
Cette rupture de pente révèle un changement de régime 0.00 0.05 0.10 0.15 0.20 0.25 0.30 0.35 0.40 0.45 0.50
thermique de la cavité: au dessous du seuil de visiteurs, la 60 Spectre de densité de variance de l’hydrométrie
reconstitution de la température par un modèle linéaire période du 10 au 23 juin 1996
est excellente alors qu’elle n’est plus possible entre le 8
juillet et le 25 août. Entre ces deux dates, l’évacuation de Aucune signature des vistes
40
l’énergie des visiteurs dans la grotte est donc assurée dif- dans le signal de l’hygrométrie

féremment dans la grotte, la régulation naturelle est


modifiée. Nous considérons alors que les conditions opti-
males de la conservation ne sont plus garanties. 20

700
Nombre de visiteurs

600
rupture de pente 11.11
B
Température

500 le 8 juillet
par jour

400
300
10.91 0
200
188 visiteurs par jour
10.71
0.00 0.10 0.20 0.30 0.40 0.50
100
0 10.51 15
Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Oct. Nov. Déc. Jan. Fév. Mars Spectre de densité de variance des visites
période du 10 au 23 juin 1996
Figure 1 : la rupture de pente de la courbe de température de paroi rocheu-
se indique la présence d’un seuil au delà duquel la régulation
thermique de la cavité est modifiée. Les propriétés conservatoires 10 Signature des visites dans la cavité
en période de printemps
de la cavité peuvent alors être modifiées. La courbe de fréquen-
tation permet d’identifier le niveau de fréquentation auquel cet-
te rupture se produit.

5
L’hygrométrie permet également de repérer une
modification de la régulation naturelle. Ce paramètre C
devrait rester indépendant du nombre de visiteurs, l’ap-
24h 12h 8h
port d’humidité des visiteurs dans l’atmosphère souter- 0
0.00 0.10 0.20 0.30 0.40 0.50
raine reste complètement négligeable et non mesurable.
On contrôle cet effet par des analyses du spectre des chro- Figure 2 : l’analyse spectrale des chroniques des visites (A) et des chro-
niques (Fig. 2A, 2B, 2C) qui font apparaître des pics de niques de l’humidité (B, C) permet d’identifier des pics de fré-
variance sur les fréquences présentes dans le signal. En quences dont l’ensemble représente la signature de la chronique.
La signature des visites n’apparaît que pour une période de l’an-
période de fréquentation faible, les fréquences des visites née où la fréquentation est supérieure à 140 visiteurs par jour (C). 139

Géologues n°132
les rubriques

Ces deux exemples illustrent la difficulté de cette Conclusions


analyse qui ne permet pas d’apprécier directement les
effets sur les œuvres pariétales (sauf dans des cas Nous pensons que les concepts de base de la géolo-
extrêmes), mais qui identifie simplement un changement gie donnent les moyens d’un développement d’applica-
de régime dans la régulation produisant un risque poten- tions nouvelles qui n’obligent pas à renier notre façon de
tiel. Les seuils précis sont parfois difficiles à établir et, si les réfléchir. Ainsi, l’approche naturaliste reste par exemple
différentes méthodes convergent sur l’identification des complètement opérationnelle pour autant que l’on se
déstabilisations, leurs sensibilités diffèrent et les seuils donne des outils d’observation et d’analyse modernisés,
obtenus ne sont jamais tout à fait identiques. Remar- que l’on recherche les paramètres corrects des systèmes
quons que les seuils en nombre de visiteurs correspondent naturels, et que l’on ne reste pas figé sur certains niveaux
en réalité à la somme de l’énergie dégagée par les per- d’observation. La dimension temporelle et historique des
sonnes durant la visite et à l’énergie du système d’éclai- objets naturels reste elle aussi tout autant nécessaire
rage qui peut représenter une part importante de l’éner- pour aborder les problèmes du milieu naturel.
gie totale introduite dans la grotte.

Correctif concernant l’article sur Salsigne publié dans Géologues n°130/131 de décembre 2001
Jean-Luc Lescuyer, BRGM
A la lecture de l’article publié sur la mine d’or de Salsigne dans l’excellent numéro spécial de Géologues consacré au Mas-
sif Central, j’ai été surpris de ne pas trouver mention, dans le chapitre consacré à la géologie de ce gisement complexe, des
résultats des travaux réalisés de 1989 à 1992 par une équipe pluridisciplinaire du BRGM en collaboration avec la Société des
Mines et des Produits Chimiques de Salsigne (SMPCS), les universités de Toulouse et de Montpellier et l’Ecole des Mines de Paris
(projet de recherche scientifique intitulé :“Le gisement de Salsigne : caractérisation du modèle et évaluation du potentiel auri-
fère du district”).
En effet, en conclusion du chapitre consacré à la géologie de Salsigne dans l’article précité, les auteurs - se basant sur des
travaux antérieures à 1989- proposent une origine exhalative-sédimentaire pour partie des corps sulfo-arséniés stratiformes,
alors que les études postérieures, tant gîtologiques (Lescuyer et al., 1993) que structurales (Cassard et al., 1993), isotopiques
(Le Guen et al., 1992 ; Fouillac et Lescuyer, 1992) et minéralogiques (Marcoux et Lescuyer, 1994) ont permis de montrer que
l’ensemble des corps minéralisés de Salsigne, quelle que soit leur morphologie, résultaient d’un processus hydrothermal syn-
tectonique en liaison avec un stade tardif de l’orogène néo-varisque.

Références
Cassard D., Feybesse J.L. et Lescuyer J.L., 1993 :
Variscan crustal thickening, extension and late overstacking during the Namurian-Westphalian in the Western Mon-
tagne-Noire (France).
Tectonophysics, n°222, pp. 33-53.
Fouillac A.M. et Lescuyer J.L., 1992 :
Apport de la géochimie isotopique du du soufre au problème de l’origine des minéralisations aurifères de Salsigne (Aude,
France).
C.R. Acad. Sci., Fr., n°315 (II), pp. 829-836.
Le Guen M., Lescuyer J.L. et Marcoux E., 1992 :
Lead-isotopic evidence for a Hercynian origin of the Salsigne gold deposit (Southern Massif Central, France).
Mineral. Deposita, n°27, pp. 129-136.
Lescuyer J.L., Bouchot V., Cassard D., Feybesse J.L., Marcoux E., Moine B., Piantone P., Tegyey M. et Tollon F., 1993 :
Le gisement aurifère de Salsigne (Aude, France) : une concentration syntectonique tardivarisquedans les sédiments détri-
tiques et carbonatés de la Montagne-Noire.
Chron. Rech. Min., n°512, pp. 3-73.
Marcoux E. et Lescuyer J.L., 1994 :
Les minerais sulfo-arséniés aurifères de Salsigne, Aude, France : évolution paragénétique d’une minéralisation tardi-her-
cynienne syntectonique en contexte sédimentaire.
140 The Canadian Mineralogist, vol. 32, pp. 159-177.

Géologues n°132
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Notes de lecture

Déodat Gratet de Dolomieu. Un Dolomois péninsule et dont le nom a servi à baptiser Outre les classiques introduction et
au siècle des Lumières. les Dolomites”et bien sur la dolomie (roche) conclusion, l’ouvrage comporte cinq cha-
Ed. Publibook, Paris, 2001, 90 p. et la dolomite (minéral) pitres consacrés à la gravimétrie (40 p.), la
Ce petit ouvrage vient à point, à l’oc- Michel Bornuat sismologie (71p.), le géomagnétisme (61p.),
casion du deux-centième anniversaire de la la géothermie (35 p.), puis, synthèse des
mort d’un des grands ancêtres de la géo- analyses séparées des phénomènes phy-
Physique de la Terre solide. Observations et
logie française. Ceux qui connaissent mal siques des chapitres précédents, à la géo-
théories.
ce géologue minéralogiste, chevalier de dynamique interne et à la tectonique
C. Larroque et J. Virieux.
Malte, y découvriront les principaux épi- (95 p.). Des annexes (annexe mathéma-
Collection Géosciences de la SGF éditée par
sodes de sa vie romanesque et les aven- tique, unités de mesure, index, glossaire)
Gordon and Breach, 360 p., 39 €.
tures de tous ordres d’un noble durant la fin en facilitent la lecture, qui aurait d’ailleurs
Ecrire un traité est toujours un pari. été plus aisée et agréable si les figures cou-
troublée du XVIIIème siècle : expédition
Un pari audacieux lorsque l’ouvrage doit leur n’étaient pas regroupées.
d’Egypte avec Bonaparte, long emprison-
confronter une science exacte, la Physique,
nement dans l’Italie du Sud au retour, aven- Sur le fond, les géologues trouveront
à un objet naturel, la Terre, objet de l’ap-
tures galantes, etc. dans cet ouvrage beaucoup de données et
proche “naturaliste” des géologues. Mais
Les autres pourront y lire en outre de une meilleure compréhension du fonc-
un pari nécessaire pour faire le point des
nombreux extraits de lettres, de sa main tionnement du globe solide. Mais, et bien
progrès de la “géophysique” et les auteurs
ou de celles de ses amis, qui montrent son que les auteurs se défendent de faire une
doivent être remerciés de l’avoir tenté et, en
ouverture d’esprit et qui éclairent toutes présentation exhaustive de la tectonique
grande partie, réussi. A noter, d’ailleurs, que
les mésaventures qu’il a subies du fait de des plaques, ils regretteront sans doute
le terme “Géophysique” est très peu
ses positions peu orthodoxes pour un noble que certains aspects physiques (magné-
employé dans cet ouvrage, sans doute du
de l’époque. Peut-être auront-ils envie de tostratigraphie par exemple), chimiques et
fait - pour beaucoup de lecteurs - de sa
mieux découvrir son œuvre scientifique géologiques aient été traités succincte-
connotation appliquée. En effet, bien que
grâce aux écrits antérieurs de A. Lacroix, ment ou n’aient pas fait l’objet d’un court
certaines applications et certains appareils
L. Moret et J. Debelmas ? résumé. A lire absolument en attendant
de mesure soient rapidement décrits, il ne
l’ère des synthèses et modèles 3D
Pour tous, une manière agréable de s’agit pas d’un traité de géophysique appli-
côtoyer la géologie à l’occasion de cet anni- quée (pétrole, mines, eau, génie civil, ...) Michel Bornuat
versaire passé quasiment inaperçu en Fran- mais, comme l’indique le titre, de la des-
ce mais, plus marqué en Italie, très atta- cription des apports de la géophysique à
chée “à celui qui a fait connaître au monde la connaissance du globe terrestre, à l’ex-
éclairé du XVIIIème siècle les volcans de la clusion des océans.

Ils nous ont quittés

Yvonne Gubler, 1903-2002 puis au Bureau de Recherches et Partici-


Madame Gubler s’est éteinte en jan- pations Minières (BRPM) au Maroc.
vier dernier. Une foule de parents, ses Veuve très tôt, Madame Gubler éleva
enfants, petits-enfants, et arrière petits- ses quatre enfants tout en menant une
enfants, ainsi que ses amis, se pressaient à longue carrière professionnelle. Elle rédi-
l’église et au cimetière d’Argentière. La chaî-
gea plus de soixante publications et d’in-
ne du Mont-Blanc resplendissait en hom-
nombrables articles. Géologue de terrain
mage à cette Femme passionnée par la
nature. Pour toute une génération de géo- infatigable, ses anciens élèves de l’Institut
logues pétroliers mais aussi d’enseignants Français du Pétrole se souviennent enco-
et de chercheurs, Madame Gubler fut une re de son enseignement faisant la part
grande initiatrice à la Géologie et à la Sédi- belle à la lecture et à la compréhension
mentologie. Docteur es Sciences, dans les du terrain-et aussi du rythme comman- Madame Gubler, 87 ans, faisant lire roches
années 30, avec son mari, lui-même géo- do avec lequel elle entraînait ses élèves et paysages à des jeunes de 20 ans.
logue, elle travailla d’abord en Indochine, dans la montée du col de Larche... Réserve des Aiguilles Rouges, juillet 1990. 141

Géologues n°132
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A sa retraite, Madame Gubler s’ins- dans l’Enseignement supérieur, à l’Ecole modeste, il n’hésitait pas à demander
talla dans son chalet du Pèle au Lavancher des Mines de Saint-Etienne. Il la poursuivit conseil à ses amis. Son extrême réserve et
dans la vallée de Chamonix. La porte était à Lille où il soutint sa thèse de doctorat sa timidité rendaient parfois difficiles ses
toujours ouverte. Son chien Flysch, assu- d’Etat, puis fût nommé, en 1968, Maître de rapports avec ses auditoires d’étudiants,
rait un gardiennage efficace et parfois mus- Conférences et enfin Professeur à l’Univer- mais lorsque ces derniers apprenaient à le
clé... Qui ne l’a vue,au soir de sa vie,détailler sité d’Orléans. C’est à Olivet, tout près de connaître personnellement lors de la pré-
et faire lire un paysage à de jeunes sta- cette Université qu’il est décédé le 9 avril paration de thèses ou diplômes, ils pou-
giaires de la Réserve des Aiguilles Rouges, 2001, moins d’un an après sa retraite. vaient constater sa grande générosité à
dont elle fut un des membres fondateurs. L’œuvre qu’a laissé Jacques Grolier leur égard ; il ne leur ménageait ni sa pei-
Qui ne l’a vue, lors d’un colloque interna- concerne essentiellement deux domaines. ne, ni son temps et sa porte leur était tou-
tional sur la protection du patrimoine géo- L’un est celui d’un géologue de terrain dou- jours ouverte.
logique, en 1991, à Digne, reprendre en blé d’un pétrographe. En témoignent les Mais, à ces contacts, et surtout les der-
anglais, à un âge respectable, les approxi- titres de sa double thèse : “Contribution à nières années, il préférait la rédaction d’ou-
mations d’un conférencier un peu trop sûr l’étude géologique des séries cristallo- vrages. Il aimait beaucoup écrire et même
de lui… phylliennes inverses du Massif central fran- réécrire pour trouver, non seulement le mot
Son caractère entier était connu et çais : la série de la Sioule (Puy-de-Dôme, précis et la tournure scientifique néces-
parfois redouté, allant de pair avec une Allier)” et “Contribution à l’étude géolo- saires, mais aussi l’élégance de la phrase
énergie morale et physique hors du com- gique du Sillon houiller, entre Saint-Eloy- qu’il travaillait avec persévérance et souci
mun. Inspirée par une foi profonde, elle les-Mines et Saint-Priest-des-Champs (Puy- de perfection.
savait, discrètement, montrer beaucoup de de-Dôme)”. Outre les publications et traductions
gentillesse et de tact auprès de ceux qui Lorsqu’il arrive à Orléans, il poursuit qu’il a laissées, il est l’auteur de trois livres:
étaient dans la peine. C’est une grande ses travaux dans le Massif central en y enca- Eléments de tectonique analytique, écrit
Dame qui nous a quitté. drant la thèse d’Etat de Pierre-Louis Guillot avec P. Vialon et M. Ruhland ;“Les proprié-
Charles Bernard Pitre et plusieurs diplômes ou thèses de 3ème tés physiques des roches - Théories et
cycle, centrés sur la pétrographie. Cette dis- modèles”, écrit en collaboration avec A. Fer-
cipline va le conduire, et c’est le 2ème volet nandez, Monique Hucher et Joëlle Riss, et
de sa recherche, à s’intéresser tout d’abord “Mathématiques pour les sciences de la
à la géométrie des agrégats, à leurs pro- Terre” avec Joëlle Riss. Il préparait un 4ème
priétés physiques, puis tout naturellement ouvrage lorsque la maladie l’a emporté.
à celle des roches. L’étude commence par le A son épouse et à son fils, l’Union Fran-
recensement des polyèdres trivalents qui çaise des Géologues adresse l’expression
sont pris comme modèles des divers consti- de sa profonde sympathie.
tuants des roches.
Monique Hucher,
C’est à partir de ces polyèdres qu’il Professeur honoraire, Université d’Orléans.
propose des “Principes de conception et de
représentation des empilements compacts
hétérogènes de polyèdres trivalents (et)
modèles texturaux d’agrégats”et qu’il réa-
lise un “calcul de la texture dans le proces-
sus de recristallisation d’après la théorie
de J. Goguel”. Sur ces thèmes paraissent
une dizaine d’articles pour revues, com-
munications à des colloques, thèses de 3ème
cycle et la thèse d’Etat de Joëlle Riss.
Ces travaux conduisent à l’étude théo-
rique des propriétés physiques des roches;
on peut, en effet, calculer leurs conducti-
Jacques-Yves Grolier, 1932-2001 vités (thermique, électrique, etc.) à partir :
Jacques-Yves Grolier est né le 1er mars des conductivités et des fractions volu-
1932 à Nantes. Il aimait raconter qu’il avait miques des minéraux constitutifs, de la for-
fait une grande partie de sa scolarité “à la me des grains représentés par un “ellip-
maison”. Cela ne l’empêcha pas de passer soïde moyen équivalent” (EME), et de leur
brillamment son baccalauréat et d’entrer orientation moyenne. A cette EME, calculée
à l’Université de Clermont-Ferrand où il par Jacques Grolier et Joëlle Riss, fût appli-
obtint, avec mention, les certificats de la quée la théorie d’Ondracek, limitée jusque
licence de géologie. Il fit son service mili- là aux ellipsoïdes de révolution.
taire au Bureau de Recherches Minières en Jacques Grolier était d’une grande
Algérie,puis au retour,après un bref passage courtoisie à l’égard de tout le personnel du
142 dans l’Industrie, commença une carrière laboratoire et d’une grande discrétion ;

Géologues n°132
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Compte-rendu d’excursion dans le Bassin houiller de la Loire


Christian Bayle

Excursion commune Association des Géologues du Sud-Est Rotonde, tél. 04 77 42 02 78) ; “Voyage en Stéphanie”,
(AGSE) - Groupement PACA de l’Union Française des Géologues publication de l’Université de St-Etienne (tél. 04 77 42 16
(UFG) les 13 et 14 septembre 2001. 52). Ces publications illustrent une bonne vulgarisation
Neuf géologues ont été guidés par Jean-François Becq Girau- de la géologie, notamment auprès du jeune public.
don (BRGM Orléans) et Hervé Jacquemin (Ecole des Mines de St- J.-F. Becq-Giraudon expose d’abord les différentes hypo-
Etienne) sur plusieurs sites autour de St-Etienne (Fig. 1). Le livret, thèses sur la formation du bassin houiller de la Loire : Prouvost
remis à chaque participant, comportait : (1947), de Maistre (1963) qui propose des charriages d’unités
12 pages d’historique et de chronologie et une note illus- empilées, Bourroz (1978), ce dernier transposant ses connais-
trée résumant une nouvelle interprétation de la genèse sances sur le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais et donnant
du bassin houiller de la Loire ; ici des épaisseurs supérieures à 4000 m.

12 fiches descriptives de l’inventaire du patrimoine géo- L’explication proposée aujourd’hui se résume ainsi : demi-
graben bordé par le massif du Pilat dans lequel des réseaux flu-
logique de la Loire (2000) ;
viatiles confluent dans une vaste dépression. Le terme de bas-
5 extraits de cartes IGN à 1/25 000 ; sin devient inadapté. Le paysage actuel que nous avons observé
deux publicités de publications : “3 Pas Ricamarie cote au cours des deux jours a peu changé depuis 300 millions d’an-
340”, compte-rendu d’exploration du crassier Saint-Pier- nées (fin du Carbonifère) ; seul le climat (mousson) et la végé-
re (exposition du 7 janvier 2001 au 19 avril 2002 à La tation diffèrent.

6 Valfleury Cellieu
7
9
Salcigneux
Renaudière Faubourg
de Couzon
la Fouillouse
Sorbiers la Grand
5 Chavanne -Croix
l’Étrat la Tour-
en-Jarez le Pouay St-Julien-
la Talaudière en-Jarez
8
St-Priest-en-Jarez
4 St-Chamond
Villars

2 St-Jean-Bonnefonds
St-Genest- ST-ETIENNE
3 -Lerpt
Roche-la-Molière

Chichivieux

la Valla-
en-Gier
1
le Chambon- la Ricamarie
Feugerolles

0 1,25 2,50 km
Planfoy
Firminy

Figure 1 : Localisation des points visités. 1. La Béraudière ; 2. Landuzière ; 3. Vallon “Côte chez Nous” ; 4. Saint-Priest-en-Jarez ; 4B. Le Crêt ; 5. La Fouillouse ;
6. Valfleury ; 7. Croix blanche ; 8. Bord de la RN 498 ; 9. Grand-Croix. 143

Géologues n°132
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1er jour : autour de St-Etienne 2ème jour : autour et au Nord de St-Chamond


Affleurement de La Béraudière: des couches charbonneuses Valfleury:un chemin rectiligne,créé jadis par l’agriculteur voi-
de faible puissance sont étroitement associées à des niveaux d’ar- sin, entaille une brèche ou conglomérat fluviatile qui renferme
[Link] dépôt volcanique (cinérites rhyolitiques) de 5 m de puissance divers cailloux émoussés (érosion de type éolienne). Ces terrains,
a “cuit” des argilites. L’ensemble est surmonté d’un chenal de grès intercalés dans le Carbonifère ,sont en relief inversé dans le paysage
grossier et de [Link] affleurement,très pédagogique,a été [Link] phénomène périglaciaire fut observé dès 1895 puis oublié.
retenu dans l’inventaire du patrimoine géologique de la Loire. Croix blanche : panorama sur la vallée de St-Chamond. L’en-
Affleurement de Landuzière, situé sur le bord nord-ouest semble de St-Chamond représente un paléo-cône de déjection
du bassin : silicification entre Stéphanien A et B, due à du vol- et non une écaille sédimentaire comme il avait été proposé dans
canisme et de l’hydrothermalisme. Les minéraux associés sont les années 1960-70.
respectivement : Au (1 g/t), Ni et As. Des calamites (ancêtres des Bord de la RN 498 : à la sortie ouest de St-Chamond (Lan-
prêles) sont observables sur cet affleurement. gonand), tracé de l’ancienne voie romaine. Alternance de grès
Vallon “Côte chez Nous”, près du poste à gaz : ancien lavoir grossier et poudingue du cône de déjection et de couches de
à charbon dans une dépression naturelle. Site réhabilité avec charbon avec cicatrices d’arrachement et de glissement. Déjeu-
sentier de promenade pédagogique. Belle illustration actuelle ner au restaurant Le Gavroche, près de l’affleurement.
d’un paléoenvironnement houiller: on peut y comprendre pour- L’après-midi, un seul affleurement a été visité, à Grand-
quoi les différentes couches de Stéphanien (1, B, C et D) et de l’Au- Croix, près de Rive-de-Gier. Dans un contexte fluviatile en tres-
tunien ne se superposent pas mais se juxtaposent en raison des se, on pouvait y voir un très beau chenal érodant des grès qui,
variations latérales de flores contemporaines. historiquement, auraient marqué la discordance entre les terrains
On observe ainsi sur ce site: des zones marécageuses (tour- d’âge Stéphanien inférieur et les terrains plus récents de la
be puis charbon dans le marécage saturé), levée de sable (grès) même époque. Les grès montrent de nombreux galets de lydien-
lors de crues, zone mésophile, éboulis, versant boisé. Sur le front ne noire qui ont été datés du Viséen et qui démontrent ainsi
de la carrière s’observe un conglomérat fluviatile. Déjeuner sym- l’existence d’une alimentation en éléments détritiques en pro-
pathique et convivial à Chichivieux, à l’auberge de la Charrue. venance du Nord (Viséen de Roanne). Enfin,toujours sur le même
Saint-Priest-en-Jarez : couches silicifiées laminées (alter- affleurement, nous avons pu examiner le “gore vert” de Grand-
nance d’algues) liées aux dépôts de paléo-geysers (teneur de Croix: il s’agit d’une roche volcanique ignimbritique, de couleur
2,8 g/t Au) datés du Stéphanien. Les stromatolithes observables verte lorsqu’elle est fraîche et à patine jaune une fois altérée. Cet-
au microscope se présentent sous forme, soit laminaire, soit en te volcanite,ici épaisse d’environ 15 m,a toujours été considérée com-
éventail. Des niveaux d’argilites et de grès fins sont associés à me liée à l’événement intra-stéphanien et contemporaine des sili-
cet environnement. cifications du Nord-Ouest (Saint-Priest et Landuzière),interprétation
remise en cause par la démonstration du caractère diachronique de
Le Crêt : point de vue sur le bassin houiller, les monts du
ces différents évènements.
Pilat et du Lyonnais, au point coté 595.
En conclusion, les divers sites visités ont illustré les régimes
La Fouillouse : épisode torrentiel de bordure. Brèche gris-
torrentiels et les phénomènes hydrothermaux qui ont accompa-
vert due à un éboulis distal avec de gros blocs non triés, sans argi-
gné la formation de la houille dans le bassin de [Link] pro-
le de type moraine.
positions et interprétations émises lors de cette excursion résul-
tent des récents travaux menés par Jean-François Becq Giraudon
(BRGM,Orléans),Daniel Mercier (Ecole des Mines de Paris),Zhigang
Wang et Hervé Jacquemin (Ecole des Mines de St-Etienne.

LABORATOIRE D’ESSAIS MATERIAUX


GÉOTECHNIQUE - TERRASSEMENT - VOIRIE
144
Agence Ile de france Nord Villepinte : [Link].50
[Link]@[Link]
Agence Ile de france Sud Sénart : [Link].50

Géologues n°132
les rubriques

Compte-rendu du forum Jeunes-Entreprises


Jean-François Herry et Gilles Lucas

Le Forum était organisé cette année par le Groupe- les termes de la loi en matière d’infrastructures de carrières
ment Grand-Ouest de L’UFG. Il s’est tenu le 16 Février der- s’est avéré primordial et de plus en plus valorisant aux
nier en l’amphithéâtre Louis Antoine de la Faculté des yeux des professionnels.
Sciences de Rennes 1. Près de 80 étudiants avaient fait le Une intervention de Gérard Sustrac a permis d’insis-
déplacement depuis Caen, Rennes, Brest et Nantes pour ter sur l’importance de ce secteur en termes d’emploi, en
assister à cette réunion des professionnels de la géolo- rappelant que les exploitants de granulats et sociétés de
gie au sens large. Une quinzaine de conférenciers ont Travaux publics emploient de l’ordre de 150 Géologues en
répondu présent pour exposer, dans une ambiance convi- France. Les questions de l’assemblée ont majoritairement
viale les différents aspects des métiers des sciences de la porté sur la notion d’environnement et la législation.
Terre. L’organisation de la journée était assurée par Jean-
Les craintes des étudiants concernant l’aspect mori-
François Herry et Gilles Lucas, en partenariat avec l’asso-
bond de l’extraction en France ont été partiellement dis-
ciation des étudiants en sciences de la Terre de Rennes,
sipées, Gilles Lucas rappelant que la majorité des extrac-
Geocontact, ainsi qu’avec l’aimable concours de l’univer- tions se font en carrière et non en mine. A ce sujet,
sité de Rennes en la personne de François Guillocheau, l’intervention intéressante de Jacques Hirbec, a permis
directeur du Département des sciences de la Terre. de mettre en avant le dynamisme minier non pas en
Jacques Marie, président de l’UFG, a ouvert le FORUM métropole, mais à l’international, et de rappeler le rôle
et présenté les actions de terrain de l’Union. Il a égale- du géologue minier, et ses obligations (parler anglais et
ment axé sa présentation sur les actions en faveur de l’em- être mobile mondialement).
ploi, en évoquant principalement la bonne fréquentation Conclusion: Le portrait du “Géologue granulats - éten-
et l’intérêt reconnu du site web : [Link], mais du aux Mines et Carrières” a été brossé au cours de cette
aussi l’importance des réseaux régionaux dans la création première intervention. L’assistance a bien compris la diver-
de contacts entre les personnes en activité et les deman- sification des tâches du professionnel des sciences de la
deurs d’emploi. Il a rappelé l’importance croissante des Terre, au niveau juridique notamment.
nouvelles technologies et la nécessité, pour les Géologues
en formation, de posséder plusieurs compétences confor- Minéraux industriels
tant leurs aptitudes d’hommes et de femmes de terrain. Marcel Pouliquen a présenté ce secteur d’activité aux
multiples facettes, détaillant les produits et leurs utilisa-
Granulats
tions: gypse, chaux, kaolin et feldspath, mais aussi quartz,
Gilles Lucas a d’abord présenté les métiers de la géo- argiles, andalousite et diatomite. Les rôles du géologue,
logie liés à l’exploitation des granulats. Il a rappelé l’im- semblables à ceux évoqués pour les granulats, ont retenu
portance de la consommation annuelle en France pour l’attention des étudiants. Les implications au niveau des
ces matériaux et insisté sur la large répartition des sites achats fonciers, des analyses de données de terrain, de
de production, en raison du faible coût des produits et de l’organisation des campagnes de prospection, ont été lar-
la multiplicité des secteurs de consommation. Des grands gement développés. Un point important a concerné la
noms comme Lafarge, Gsm, Morillon-Corvol ou encore mise en œuvre par les services géologiques des sociétés
Colas ont été cités comme exemples. exploitantes des nouveaux outils d’aide à la gestion que
Gilles Lucas a aussi évoqué le regroupement des ser- sont les logiciels de modélisation informatique. Marcel
vices fonciers et des services Environnement, observé Pouliquen a insisté sur l’emploi, désormais courant, de ces
depuis quelque temps et les multiples rôles du géologue outils qui permettent au géologue de représenter les miné-
liés à ce rapprochement. Certes, le géologue intervient ralisations en 3D, de les cuber, de définir les phasages d’ex-
dans la recherche de nouveaux gisements, mais son rôle ploitation, et de construire les dossiers d’ouverture de nou-
s’est accru, notamment au niveau de la négociation des veaux sites. L’environnement a été également abordé avec
achats fonciers. L’implication dans les dossiers d’Installa- L’importance de la veille réglementaire et le besoin de
tions classées et le besoin, pour le géologue, de connaître mise en conformité de l’existant avec les nouveaux projets. 145

Géologues n°132
les rubriques

Conclusion : Les zones d’emploi dans les minéraux Hydrocarbures


industriels sont concentrées dans les grands groupes (Ime- Pierre Bot, du groupe TotalFinaElf (TFE) a présenté les
ris, Dam,…). On peut distinguer:le géologue de production, métiers de la géologie pétrolière. Dans un premier temps,
qui concentre son activité sur la gestion des zones en les différentes zones d’intervention des géologues ont
exploitation, faisant appel aux outils de modélisation, été exposées. Les études des bassins sédimentaires à ter-
mais aussi aux notions de topographie et de qualité re et en mer ont mis en évidence la nécessité de géo-
(normes ISO) et le “plus classique” géologue de prospec- logues sédimentaires, dans la reconnaissance, mais aus-
tion, mettant toutefois à profit des compétences en infor- si dans la mise en place des techniques d’exploitation de
matique et en géophysique. gisements comme en mer du Nord par exemple. Les
besoins importants de spécialistes en tectonique ont été
Hydrogéologie du secteur public
abordés, ainsi que leur importance au niveau des recon-
Gilles Marjolet, après avoir rappelé le rôle vital de l’eau naissances de pièges et de la valorisation des gisements.
dans la consommation humaine, a présenté une vision
Suite à cette présentation des compétences recher-
moins connue des étudiants:la gestion du risque “eau”. Au
chées, Pierre BOT a présenté les trois secteurs ou se trou-
travers des exemples de la recherche de ressources de qua-
vent les Géologues dans la structure TFE. Trois domaines
lité sanitaire irréprochable et de la gestion des crues, Gilles
ont été individualisés : géologie pure, géophysique et
Marjolet a présenté les responsabilités de l’hydrogéologue.
réservoirs. L’intervenant a particulièrement insisté sur la
Il a toutefois fait remarquer que, si l’hydrogéologie est
mobilité et le charisme que doit avoir le géologue pétro-
reconnue comme science, l’emploi de véritables hydro-
lier. Mobilité, puisque les grands gisements sont bien sûr
géologues dans les services publics est assez limité.
répartis dans le monde entier ; charisme, puisque le mon-
A l’inverse, les nombreux départs que vont connaître de pétrolier nécessite des aptitudes de meneurs
les services publics au cours des cinq prochaines années, d’hommes, d’autonomie et de contact direct avec le ter-
ouvrent de nombreuses perspectives. La prise de conscien- rain en pays étranger.
ce des consommateurs sur la ressource qu’est l’eau et ses
Selon les prospectives d’embauche de TFE, Pierre BOT
exigences sanitaires pousse les communes ou les conseils
a indiqué que 30 postes seront à pourvoir en géologie au
régionaux/généraux à investir dans des études de gestion
cours des deux prochaines années, répartis entre le domai-
de l’eau. Les regroupements de communes et les lois sur
ne des réservoirs pour 15 d’ente eux, la géologie pure et la
l’eau permettent d’envisager de nombreuses compétences
géophysique pour le reste.
sur lesquelles les hydrogéologues auront à se prononcer.
Conclusion : Pierre BOT a insisté sur les grandes com-
Toutefois, il existe dans les services publics une concur-
pétences et les aptitudes de terrain que doivent posséder
rence énorme de la part des autres professions liées à la les ingénieurs géologues. Le profil type du géologue pos-
santé publique, et à l’agronomie en général. L’hydrogéo- tulant chez TFE est donc basé sur un cursus principale-
logue a donc à faire reconnaître ses compétences. Par ment sédimentaire, universitaire mais surtout de grande
exemple, en Bretagne, 50 postes des services publics école (IFP, ENSPM…,). Parler anglais est indispensable.
concernent l’eau, et pourtant aucun hydrogéologue n’est Quelques postes peuvent concerner des DEA, mais ils sont
embauché. La tendance s’inverse aujourd’hui, et depuis la plus rares et donnent suite à des thèses appliquées. Des
création des SRAE en 1960, puis des DIREN dans les années opportunités existent pour des niveaux d’études plus
1980, l’Etat représente le premier employeur potentiel de faibles (BAC +3-4), donnant accès aux postes de techni-
géologues de l’eau. ciens, avec par la suite la possibilité de passer en maîtri-
Conclusion : Après ce tour d’horizon des métiers de se. Le secteur para-pétrolier des sociétés de services repré-
l’eau dans les services publics, Gilles Marjolet a exposé les sente aussi une ouverture au monde pétrolier, pour les
deux voies d’accès aux services publics pour les jeunes géo- jeunes de formation universitaire de 3ème cycle. Les ques-
logues. Le concours est une obligation. Il y a en premier tions des étudiants portant sur les compétences en nou-
lieu le concours de la fonction publique territoriale, qui velles technologies ont été nombreuses.
s’adresse aux ingénieurs (équivalent universitaire DESS)
mais aussi aux techniciens. Les modalités de concours sont Domaines de l’enseignement et de la recherche
à consulter auprès des centres de la fonction publique ter- François Guillocheau, directeur du département des
[Link] second concours est celui de la fonction publique sciences de la Terre de l’université de Rennes, a présenté
146 d’Etat, qui demande des compétences plus généralistes. les domaines de l’enseignement et de la recherche com-

Géologues n°132
les rubriques

me un grand vivier d’emploi des géologues. D’une part en sciences de la Terre, les grands domaines d’intervention
au niveau des postes dans le Secondaire, au titre des pro- et de connaissance du BRGM ont été abordés.
fesseurs des collèges et lycées, mais également au niveau Sur ses 850 salariés, le BRGM compte près de 350 géo-
de l’enseignement supérieur. logues. Les ressources minérales représentent une gran-
L’horizon de 2003 marquera le début de départs en de partie de leur activité. La recherche de gites minéraux,
retraite importants et cette tendance se poursuivra jus- mais également le levé des cartes géologiques de France
qu’en 2008. Les taux de recrutement de l’enseignement sont regroupés dans ce domaine. L’informatique se place
supérieur atteindront alors 3% par an, correspondant à une juste à la suite, avec notamment l’accent sur les nouvelles
cinquantaine de postes à pourvoir annuellement avant technologies, la modélisation, et la cartographie numé-
2010. Parmi les organismes de la recherche publique, le rique. L’étude des sols pollués et des déchets arrive en
CNRS annonce un recrutement pour la même période de troisième position. C’est un secteur en fort développe-
20 à 25 personnes par an. ment. La gestion de l’eau fait appel à plusieurs thèmes
François Guillocheau a rappelé aux étudiants que la de recherche, et recouvre en partie les activités de gestion
base de l’enseignement reposait sur l’obtention d’une des risques, avec bien sûr le suivi des fracturations en
thèse, certes, mais également sur une grande ouverture zones sensibles. Métrologie et géothermie complètent
d’esprit. La polyvalence technique et des affinités poly- ce large panel des compétences du BRGM.
culturelles sont des plus-values très demandées aux futurs Patrick Charbonnier rappelle que le BRGM possède
enseignants. Pour savoir penser différemment, l’expa- un laboratoire d’analyses, mais aussi une usine pilote de
triation au cours de son cursus est nécessaire. Les étu- traitement des déchets. Il souligne l’ouverture du BRGM
diants ont de multiples possibilités pour rejoindre d’autres aux techniques de communication modernes avec la créa-
universités, notamment grâce à des protocoles d’échanges tion d’un site internet complet.
passés, par exemple, entre universités francophones, per- ANTEA fait partie du groupe BRGM. avec 400 per-
mettant un cursus continu et surtout validé par des sonnes, dont 150 géologues. D’une façon globale, le BRGM
diplômes reconnus. reçoit prés de 2000 candidatures spontanées par an. La
Conclusion : François Guillocheau a insisté sur le politique d’embauche est axée sur la recherche de pro-
manque de mobilité des étudiants en sciences de la Terre, fils très variés eu égard aux multiples activités du BRGM.
et d’une façon générale sur la trop grande assistance dont Conclusion : Le profil type du géologue BRGM est dif-
ils ont besoin. La géologie regroupe de vastes domaines ficile à dresser tant les domaines d’activité couverts sont
d’aptitudes, certes, mais exige également de multiples variés. En revanche, des besoins existent et le BRGM est
compétences. L’étudiant en géologie français, même s’il en recherche permanente de spécialistes des sciences de
dispose d’un enseignement général de qualité, reste trop la Terre.
attaché à un parcours universitaire monotone. Ce manque
d’ouverture d’esprit le pénalise face aux géologues anglo- Bureaux d’Études
saxons, plus habitués à la curiosité culturelle et à la mobi- Viviane Borne, du bureau Calligee, a présenté les
lité. A l’heure de l’ouverture des frontières européennes grands domaines d’activité des bureaux d’études faisant
et à la possibilité d’exercer dans l’ensemble des pays de appel aux géologues. L’hydrogéologie est un domaine très
l’Union, une concurrence entre les géologues français et les pratiqué, puisque la plupart des bureaux interviennent
géologues étrangers est en train de se développer. Les comme conseil auprès des collectivités publiques et pri-
employeurs auront la possibilité de faire jouer cette concur- vées. La législation sur l’eau a beaucoup évolué au cours
rence,et dans tous les cas,les jeunes présentant le plus d’ex- des dernières années, et l’emploi de personnes de terrain
périence à valoriser seront choisis en priorité. Cela peut ayant une connaissance poussée de la réglementation
devenir un lourd handicap pour les étudiants peu mobiles, est monnaie courante.
peu spécialisés…, et ne parlant pas anglais. L’environnement est également un grand domaine
d’intervention des bureaux d’études. Les diagnostics de
Géologie du service public : le BRGM pollution, faisant appel aux technologies les plus récentes
Patrick Charbonnier a présenté les activités et la poli- (radar géologique), mais aussi la réhabilitation de
tique d’embauche de cette grande institution de la géo- décharges publiques, ainsi que la mise en place de tra-
logie en France. Après avoir évoqué la répartition des effec- vaux d’assainissement représentent une grande partie
tifs entre les personnels administratifs et les spécialistes de l’activité des bureaux d’études. 147

Géologues n°132
les rubriques

Des entreprises publiques ou privées font appel aux Il appartient à chacun de créer sa propre chance, les
bureaux d’études pour réaliser des études préalables à la niches d’emplois ne sont pas forcément les grandes entre-
réalisation de travaux variés. La cartographie du sol et du prises ni les grandes administrations. Les PME ou les
sous-sol est une demande forte (reconnaissance des sols bureaux d’études, qui regroupent un à deux ou trois géo-
pour EDF-GDF pour l’enfouissement de canalisations, tra- logues, sont des vecteurs d’emplois non négligeables. La
vaux urbains…,). conversion de l’étudiant en professionnel des sciences de
Les bureaux d’études font appel à des techniques la Terre nécessite de nombreux efforts, et le besoin impé-
modernes de traitement et de cartographie des données ratif de valoriser une expérience polyculturelle. Les “à
de terrain. L’informatique et l’utilisation de logiciels spé- cotés”du cursus doivent montrer aux employeurs la valeur
cialisés sont une aide fortement sollicitée qui ne sup- des candidats et sont autant de “plus” facilement valori-
plante pas, pour autant, l’aptitude des géologues dans sables. Les stages de vacances dans des laboratoires uni-
l’établissement des hypothèses de terrain. versitaires ou dans des entreprises sont très bien perçus
par les futurs employeurs.
Malgré une proportion encore assez mesurée, les
femmes représentent une partie croissante des effectifs Ce point de vue a fait l’unanimité des professionnels
des bureaux d’études. Les aptitudes de terrain, de mobi- et a été salué par l’ensemble de l’assistance. Jacques Marie,
lité et de travail rapide et efficace sont les principales qua- enfin, a invité l’ensemble des étudiants souhaitant
lités exigées des candidats à l’embauche. Le degré de for- rejoindre l’UFG, à venir s’informer et s’exprimer au cour de
mation demandé est celui de Bac +4 pour les techniciens la réunion du 22 Mars 2002 à Paris, qui permettra de
et de Bac+5 pour les cadres, avec dans ce domaine une pré- débattre des choix d’avenir de l’UFG.
férence pour les DESS. Les bureaux d’études sont deman- Jean-François Herry, et Gilles Lucas, du Groupement
deurs de compétences appliquées et exigent une adap- “Grand-Ouest” tiennent à remercier l’ensemble des per-
tation rapide à leurs structures. Le domaine de prédilection sonnes présentes de leur participation active à cette gran-
des bureaux d’étude est le terrain, avec l’avantage de de journée. La diversité des exposés et la qualité des ques-
répondre rapidement aux exigences multiples des mar- tions posées par l’assistance ont été très appréciées de
chés. tous. Il convient désormais de laisser la parole aux étu-
Après une (courte) pause déjeuner, l’après-midi a été diants, pour exprimer, de leur point de vue, le bilan de cet-
consacrée aux débats avec deux thèmes rapidement te journée.
fusionnés au gré des questions des étudiants:“Adaptation
à l’entreprise et formation universitaire” ainsi que “Abor-
der l’entreprise, comment s’y prendre?”. Les étudiants ont
pu écouter les professionnels leur parler de leurs expé-
riences et de leurs façons de recruter. Plusieurs termes
évoqués au cours des exposés sont revenus de façon récur-
rente dans les différents points abordés par les profes-
sionnels : mobilité, curiosité, valorisation d’expériences
multiples, intérêt pour l’entreprise, et maîtrise de l’an-
glais… et du français…
Jacques Marie a clôturé les débats en répondant à
une crainte des étudiants. Certes les entreprises et les
administrations présentes ont fait état d’une embauche
potentielle relativement réduite, mais il convient de rap-
peler que les métiers de la géologie sont des emplois de
spécialistes hautement qualifiés. Jacques Marie a rappe-
lé les nombreuses opportunités évoquées au niveau des
Erratum, Géologues n°130/131 p. 311
administrations et des services publics, en insistant sur le Légende de la photo 1 :
fait que le secteur privé connaîtra les mêmes problèmes lire “piste de Meriphontichmus thalerius”
de remplacement de personnels partant en retraite dans Légende de la photo 2 :
les mêmes périodes. La conjoncture de l’embauche des lire “piste de Planipes brachydactylus”
148 géologues s’annonce donc favorable.

Géologues n°132
les rubriques

Bilan du Forum Jeunes-Entreprises


Association Géocontact

Le forum Jeunes-Entreprises organisé par l’Union Fran- rait qu’il existe des concours ouverts à tous permettant d’in-
çaise des Géologues (UFG) le samedi 16 février 2002 à tégrer la fonction publique territoriale. Par ailleurs, cer-
Rennes a connu un grand succès auprès des étudiants : tains étudiants ont découvert la réalité des métiers des
nous étions près de quatre-vingt, -licence, maîtrise, DEA et géologues en entreprise: la part de la géologie stricto sen-
doctorants, certains même venus de Caen et Nantes- à su n’y est pas toujours majoritaire alors que la part de l’ad-
remplir les bancs de l’Amphithéâtre Louis Antoine. Cette ministratif peut parfois être importante. D’autre part, il
affluence démontre, si besoin en était, notre attente vis-à- nous a été démontré que les métiers ont évolué: l’impor-
vis de cette manifestation. En effet, beaucoup d’entre nous tance de la modélisation numérique, outil de travail fon-
se posent des questions sur leur avenir dans un domaine damental, a été soulignée à plusieurs reprises.
où, semble-t-il, les débouchés professionnels hors du sec- Quant à la description du marché du travail en Sciences
teur de la recherche et de l’enseignement sont rares. de la Terre, elle nous a paru assez négative, du moins en ce
Face à nous ne se sont présentés qu’une dizaine de qui concerne le recrutement des universitaires. Il s’agis-
professionnels. Nous pouvons regretter ce petit nombre; sait certes d’un tableau de la réalité mais nous regrettons
néanmoins, les principaux domaines d’activités dans les- que certains intervenants se soient limités à un simple
quels interviennent des géologues étaient représentés : constat. Ainsi, par exemple, dans le secteur des hydrocar-
secteur des granulats,mines,BTP,hydrocarbures,ressources bures où dominent les multinationales, les universitaires
naturelles, protection de l’environnement. Nous avons ain- n’ont que très peu de chances d’être recruté[Link] entreprises
si bénéficié d’une description des métiers qui y sont asso- préfèrent, en effet, engager de jeunes ingénieurs sortant
ciés. Par ailleurs, différents types d’entreprises françaises des grandes écoles. Les étudiants désireux de travailler
étaient illustrés:de la multinationale aux bureaux d’études dans ce domaine ont d’ailleurs été encouragés à intégrer
pour le privé, ainsi que la fonction publique territoriale ou des écoles d’ingénieurs telles que l’Ecole Nationale Supé-
nationale et un établissement public à caractère indus- rieure de Géologie à Nancy ou l’Ecole Nationale Supérieure
triel et commercial. Cette diversité des profils était très des Pétroles et des Moteurs, où il est possible d’entrer
intéressante. Nous avons ainsi pu rassembler de nom- après une maîtrise ou un DEA. De nombreuses entreprises
breux renseignements au cours de la journée et avoir une adoptent également cette politique de recrutement.
vision globale de la situation. Les plus jeunes étudiants, Nous nous sommes sentis frustrés de n’avoir qu’un
généralement moins informés,ont particulièrement appré- constat négatif de la situation sans réelles explications.
cié. Enfin, nous pouvons regretter un manque de réel dia- La question que nous nous posons est double:pourquoi cet-
logue entre les entreprises et les étudiants. Ceci est peut- te situation? Comment la faire évoluer, que faire pour que
être imputable en partie aux étudiants, un peu passifs, ces entreprises comprennent que les universitaires peuvent
même pendant le buffet, qui a toutefois été propice à des leur apporter quelque chose ?
discussions informelles. Sur la forme donc, le forum nous
Si beaucoup d’entre nous sont repartis en s’interro-
a globalement satisfait.
geant toujours sur leur avenir, c’était cette fois avec une
Sur le fond, la qualité des présentations était hétéro- meilleure connaissance de la situation. Là réside égale-
gène. Les quelques reproches sont le manque de prépara- ment une des réussites du forum : faire que nous nous
tion, de concision et l’absence de support écrit. De plus, posions les bonnes questions.
tous les intervenants n’ont pas adapté leur discours au
public en présence, c’est à dire de jeunes étudiants en
sciences de la Terre à l’université. Certains ont néanmoins
très bien répondu à notre attente: nous souhaitions prin-
cipalement une description des métiers exercés par les
géologues au sein de leurs sociétés, du marché du travail
dans le secteur, ainsi que de la politique de recrutement
d’[Link] avons ainsi obtenu un certain nombre
d’informations. La plupart d’entre nous, par exemple, igno- 149

Géologues n°132
les rubriques

A propos des “GéoTalibans”


Emmanuel Bouyx, Agrégé de sciences naturelles, chargé de recherches au CNRS
membre de la mission géologique Française en Afghanistan

S’il l’avait rédigé après le drame du 11 septembre et ses D’où leur acharnement systématique à minimiser
prolongements tragiques en Asie centrale,[Link] aurait l’apport des générations précédentes comme à brocar-
peut-être hésité à titrer son pamphlet“Les Talibans sont là”; der ceux qui osent encore se risquer à poursuivre une
mais qu’importe,son texte réjouira le petit groupe de géo- démarche naturaliste. Ainsi, par exemple, a-t-on pu les
logues naturalistes qui, pour reprendre son expression, entendre traiter les géologues de terrain de “besogneux
“mouillèrent leur chemise” durant les années soixante et de la carte géologique” ou de “tacherons du cinquante
soixante-dix en arpentant les montagnes afghanes sous la millième” et les paléontologistes de “coquillards” ou bien
houlette perspicace de A.-[Link] [Link] ce temps là, affirmer que l’hydrogéologie n’était qu’une “science de
tandis que les Bouddhas géants veillaient sur une vallée heu- puisatiers”.
reuse, nous avions encore l’impression d’appartenir, quel- Mais pour accréditer cette thèse, il est indispensable
le que soit notre spécialité, à une même grande famille de faire disparaître tout ce qui pourrait rappeler les efforts
scientifique dans laquelle chacun trouvait sa juste place, consentis et les succès obtenus “avant la révolution”. Et
pour peu qu’il sache dépasser les querelles d’écoles et les c’est ici que la comparaison osée de P. Antoine entre la
inévitables susceptibilités individuelles qui,de tous temps, destruction des Bouddhas de Bamyan et le démantèle-
ont fait les charmes de la vie universitaire. ment des collections et bibliothèques de Grenoble prend,
Mais les faits qu’il dénonce aujourd’hui montrent à toutes proportions gardées, son véritable sens : Bamyan,
quel point les mœurs ont changé dans notre commu- le sectarisme des Talibans ne pouvait supporter les gigan-
nauté. La destruction programmée de la géologie natu- tesques symboles d’une spiritualité concurrente ; chez
raliste à Grenoble n’est qu’un exemple parmi tant d’autres nous, l’étroitesse d’esprit des physiciens et chimistes de la
du véritable terrorisme intellectuel qu’exerce impuné- Terre et de la Mer, pour lesquels un stage post-doc sur un
ment depuis une vingtaine d’années, la petite nomenk- campus de Californie ou de Nouvelle Angleterre tient lieu
latura de “géoscientistes”qui parade sans vergogne sur les de pèlerinage à La Mecque, ne s’accommode manifeste-
ruines d’une discipline qu’elle s’acharne à détruire depuis ment pas de ce qui pourrait rappeler qu’existait avant
son insidieuse prise de pouvoir à la faveur de la prétendue eux et demeure encore aujourd’hui une autre manière
“révolution des sciences de la Terre”. d’étudier notre planète.
Comme chacun le sait, la formulation progressive de C’est pourquoi leurs exploits alimentent la chronique
la théorie des plaques, fruit d’un demi-siècle de recherches universitaire dans l’ensemble de l’Hexagone. Dans telle
menées à la suite des idées de Wegener et des polémiques Université, des armoires bourrées de fossiles sont forcées,
qui en résultèrent, est essentiellement le fait de cher- leur contenu jeté au sol : dépossédés d’une partie de leurs
cheurs anglo-américains. Pour embellir leur rôle, nos “géos- locaux, les paléontologistes ne débarrassaient pas le plan-
cientistes”, dont l’apport personnel à cette aventure a sur- cher assez vite pour faire place à des informaticiens. Dans
tout consisté à trouver sur les vols transatlantiques leur une autre, quelques dizaines de fascicules de Palaeonto-
chemin de Damas, avaient tout intérêt à se parer des ori- graphica, une des plus prestigieuses revues de paléonto-
peaux des révolutionnaires. logie et peut-être la plus belle par la splendeur de ses
Il leur fallait donc persuader le bon peuple (ici les illustrations, terminent leur carrière dans une poubelle
milieux économiques et scientifiques et surtout les déci- au pied du Bâtiment de Géologie. On ne compte plus les
deurs qui octroient postes, locaux et crédits) qu’il n’y avait manifestations de cette rage destructrice. Les mauvaises
rien, ou presque,“avant la révolution”; que la “géologie de langues prétendent même qu’à une certaine époque on
papa” était le fait de naturalistes bornés et pittoresques, pouvait voir, aux abords d’une grande Université pari-
incapables d’abandonner leur loupe et leur marteau pour sienne célèbre pour son amiante, les gamins du quartier
se saisir de nouveaux concepts et de techniques sophis- échantillonner dans les bennes !
tiquées dont seuls océanologues et physiciens ou chi- Ces agissements témoignent d’un évident manque de
mistes de la Terre peuvent comprendre l’intérêt et le culture qui ne grandit pas leurs auteurs. Ils sont en outre
150 maniement. discutables sur le plan juridique car les livres et les échan-

Géologues n°132
les rubriques

tillons que l’on jette à la décharge ont été achetés sur cré- manteau supérieur, un candidat à l’embauche aura plus
dits d’Etat ou récoltés par des scientifiques rémunérés et de chance d’intéresser un bureau d’étude ou une compa-
envoyés en mission aux frais du contribuable. C’est donc gnie pétrolière qu’un diplômé alliant une solide expé-
une part de notre patrimoine dont ils ont reçu la garde que rience de terrain à d’indispensables notions de géologie
ces petits chefs incultes et irresponsables s’arrogent le de l’ingénieur ? Ou bien que pour dispenser un ensei-
droit de dilapider. gnement moderne (qui selon la formule consacrée, se
Leur comportement procède enfin d’une stratégie doit évidemment d’être au plus près de la recherche), il faut
qu’il faut bien comprendre pour mieux la combattre : ces obligatoirement remplacer tant d’enseignants partant à
fossiles exposés dans les vitrines des meubles en chêne de la retraite par des océanographes (comme par exemple à
nos vieux laboratoires, ces échantillons entassés dans de Bordeaux) ou par des spécialistes de la géochimie de la sur-
vastes tiroirs, ces cartes géologiques, ces revues et ces face (comme à Marseille, Poitiers ou ailleurs) ?
livres qui faisaient l’orgueil de tant de bibliothèques, quel Contre ces excès, il serait malheureusement vain d’at-
insupportable spectacle pour nos géotalibans, et surtout tendre les réactions d’un Monde universitaire dans lequel
quel danger ! Alors vite à la benne et direction la déchar- les géologues naturalistes, de moins en moins nombreux
ge !... Les épargner ferait courir le risque intolérable de et de plus en plus isolés, font désormais figure de fossiles
mettre sous les yeux des générations montantes les vivants. Il y existe bien ça et là quelques poches de résis-
témoins du labeur et des succès de tant de géologues tance où l’on s’attache à concilier l’enseignement de la
naturalistes obstinés, passionnés et parfois géniaux com- géologie de terrain avec celui des disciplines et des tech-
me le furent, à Grenoble et ailleurs, les fondateurs de ces niques modernes. Elles sont d’ailleurs bien connues des
laboratoires que l’on s’obstine à dépecer. entreprises qui aiment y recruter les jeunes diplômés dont
A supposer qu’un jeune apprenti géoscientiste en elles ont besoin.
voie de talibanisation découvre par hasard un exemplai- Mais le temps fait son œuvre, à la faveur des départs
re de la monumentale œuvre de E. Suess qui aurait échap- en retraite et des restructurations pilotées par le Ministè-
pé à la fureur des iconoclastes... ! Ne risquerait-il pas de re. Le sursaut ne pourra donc venir que de la Société civi-
constater qu’à l’aube du vingtième siècle, la face de la Ter- le. Il faut qu’en premier lieu la Profession aide, encore plus
re était en grande partie décrite ou, pire encore, que l’on qu’elle ne le fait déjà, les enseignants qui tiennent en prio-
imaginait déjà, il est vrai dans un cadre fixiste, que la chaî- rité compte dans la définition de leurs programmes des
ne alpine pouvait résulter de la disparition de la Téthys ? véritables besoins de formation; que ses entreprises leur
Et s’il poursuivait son exploration bibliographique au point offrent toujours leurs contrats, qu’elles accueillent en prio-
de feuilleter la Revue de Géographie physique et de Géo- rité leurs étudiants en stage et, si possible, qu’elles les
logie dynamique des années trente, que penserait-il en embauchent. Il faut aussi que ses représentants inter-
constatant que dès 1935 Boris Choubert avait “fermé viennent auprès des Pouvoirs Publics et au plus haut niveau,
l’océan” pour dessiner une reconstitution du domaine c’est à dire par dessus les technocrates des géosciences
péri-atlantique ressemblant étrangement à celles clai- qui dominent instances d’évaluations et directions minis-
ronnées par ses Maîtres dans les années 70 ? térielles, pour rappeler que la Mission des Universités est
aussi de former pour la Nation les cadres dont elle a besoin
Ce n’est que délivrés des traces de ce passé qui déran-
et exiger que l’on agisse en conséquence en matière de pro-
ge, que nos pseudo-révolutionnaires pourraient en toute
grammes et de filières d’enseignement. Dans ce combat
tranquillité modeler l’avenir en expulsant des programmes
pour le bons sens, les géologues naturalistes espèrent le
d’enseignement l’essentiel de ce qui, de près ou de loin,
soutien de l’Union Française des Géologues.
s’apparente à cette insupportable géologie de type natu-
raliste qui, basée sur l’observation impartiale des faits sur
le terrain, résiste parfois à la dictature de leurs modèles.
Pour justifier l’opération qui leur permettrait de récu-
pérer l’essentiel des postes, les locaux et les crédits d’en-
seignement et de recherches encore consentis à la géologie
traditionnelle, l’évocation rituelle de “l’intérêt des étu-
diants” n’est bien entendu qu’alibi. A qui fera-t-on sérieu-
sement croire qu’avec une thèse brillamment soutenue à
l’IPG sur la géochimie de tel ou tel élément trace dans le 151

Géologues n°132
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Eau Hydrocarbures
Environnement Mines et carrières
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1er parrain 2ème parrain

nom nom
date date
152
signature signature

(1) Toute personne physique, ressortissant de l’UE, ayant un diplôme de niveau Bac +5 ou une qualification reconnue, tirant le principal de ses ressources de la pra-
tique de la Géologie ou d’une autre science de la Terre.
(2) - Personne physique, non ressortissant de l’UE, mais remplissant toutes les autres conditions pour être membre actif.
- Personne physique, ressortissant de l’UE, mais ayant un diplôme de niveau inférieur à BAc +5 et remplissant toutes les autres conditions pour être membre actif.
(3) Etudiant en sciences de la Terre, titulaire d’un diplôme Bac +2.
(4) Associé, étudiant ou demandeur d’emploi : joindre une copie du dernier diplôme et, pour les étudiants, la carte d’étudiant de l’année.

Géologues n°132

Common questions

Alimenté par l’IA

Cyclic loading on soil can lead to fatigue, reduced resistance, or liquefaction, particularly affecting structures subjected to oscillations or seismic activities. Laboratory tests like dynamic triaxial tests, liquefaction tests, and resonance tests evaluate the soil's response to such loading. In dynamic triaxial tests, soil samples undergo cyclic loads to determine elasticity and shear modulus. Liquefaction tests on triaxial equipment assess whether cyclic stresses elevate pore pressures beyond confining pressures, leading to liquefaction. Resonance tests measure dynamic characteristics, evaluating the soil's capacity to endure vibrations, essential for structures like towers and bridges .

In France, educational pathways in geotechnical engineering include specialized programs at several institutions, such as the Ecole Nationale Supérieure des Travaux Publics (ESTP), which offers courses in geology and geotechnics. University programs at institutions like the University of Nice provide training through courses in geosciences and geotechnical engineering, often including hands-on experience through internships and applied teaching by professionals. These programs equip students with foundational and advanced skills required for the field, often incorporating practical experience that reflects industry demands, thus supporting professional readiness and career development through a blend of theoretical and applied learning .

Advancements in geotechnical testing, such as enhanced in-situ testing techniques and precise laboratory analysis, significantly aid foundation project design and interpretation by providing accurate, location-specific data about soil properties and behaviors under stress. Modern pressiometric tests and triaxial tests, for example, offer detailed insights into soil stiffness and deformation characteristics, guiding engineers in selecting appropriate foundation solutions. These innovations enable more reliable dimensioning of structural elements and a nuanced understanding of site-specific challenges, reducing the risk of unforeseen issues during construction and enhancing overall project safety and efficiency. Real-time data collection and analysis facilitate adaptive designs, accommodating site conditions dynamically .

Key hydrogeological factors in the planning and operation of hydroelectric dams include understanding the permeability of geological formations, water table interactions, and potential for subsurface pressure build-up. Geotechnical studies evaluate these factors by using piezometric data to monitor water levels around the dam, assessing fracture permeability in bedrock, and identifying potential subsurface flow paths that could lead to leakage or destabilization. Ensuring proper water drainage and accounting for seasonal or climatic fluctuations are crucial to maintaining dam integrity and safety. These studies help prevent structural failures that could result from unforeseen hydrodynamic forces .

It is crucial for a project owner to invest adequately in soil studies because these studies significantly impact the overall project cost, timeline, and risk management. Investing less than 0.1 to 0.5% of the total construction budget on soil studies can result in substantial unforeseen costs during construction, delays, and potentially significant structural failures. The geotechnical study aids in understanding the subsoil conditions, which can prevent costly modifications mid-project and avoid major accidents related to inadequate ground adaptation, thus ensuring long-term safety and stability .

Relying solely on construction plans is inadequate because they may not reflect modifications made during construction or document discrepancies and omissions that can occur on-site, such as misplacement of materials or deviations from intended design. Plans can be inaccurate due to changes not recorded during execution. Verification methodologies include non-destructive testing techniques like ferroscanning and pachometry to verify reinforcement placement and quality. These methods enable the evaluation of hidden structural components, ensuring compliance with design specifications and revealing any construction defects that might compromise stability .

A technical controller's role in geotechnical projects involves reviewing and providing opinions on the project's technical aspects to ensure its solidity upon completion. Their activities are governed by Article L. 111-23 and subsequent articles of the Code de la Construction et de l'Habitation, as outlined by the 'loi Spinetta' of January 4, 1978. This regulation establishes that the technical controller has legal relationships only with the client (maître d’ouvrage) and prohibits them from participating in design activities as per these laws. The controller's tasks include issuing opinions at different phases of the project, such as the initial report during the call for tenders, regular updates during construction, and the final report upon completion of the works .

Synthesizing data from multiple sources is essential for geotechnical consultants and project management teams as it provides a comprehensive understanding of site conditions and potential risks. Diverse data, including geological surveys, hydrological models, and geotechnical tests, offer critical insights into subsurface stability, material properties, and environmental constraints. Integrating these data sets enables teams to predict challenges, optimize design and construction approaches, and implement adaptive management strategies to mitigate risks. This holistic view is vital to manage unforeseen circumstances, ensure safety, and streamline project timelines, ultimately affecting the project's success and sustainability .

Geotechnical investigations are crucial for project insurers because they provide detailed knowledge about the site's subsoil conditions, which directly impacts the project's risk assessment. Properly conducted geotechnical investigations can help identify potential issues such as compressible soils or water presence that could lead to structural failures, which are critical concerns for insurers. Without accurate geotechnical data, insurers face difficulties in assessing the viability and risks of a construction project, leading to uncertainties in costing insurance policies and managing claims related to construction defects or failures arising from geotechnical problems .

The variability of subsurface conditions, especially in stratified sediments, necessitates a thorough and adaptive approach to geotechnical investigations. Recognizing that subsurface conditions are not uniform, geotechnical engineers must conduct detailed explorations to model these conditions accurately. Techniques such as drilling, sampling, and in-situ testing help uncover the extent and properties of each sediment layer. This variability impacts the design of foundations and other structures, as each layer may behave differently under load, affecting stability and durability. Adaptation during investigations aids in accurately predicting potential challenges and optimizing foundation design .

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