DESORMAIS
Des éclairs éperdus avaient sabré la fête
Et le duo s’aigrit à jamais en duel
Nos lèvres perdirent le secret des baisers
D’eau douce, de menthe et de souffles d’oranger
Nos silences croisaient des épées de pierre
Que janvier rallume la rosé porcelaine
Ou le candélabre royal du flamboyant,
Nous ne retournerons jamais plus ensemble à
La colline du triomphe où nous élevâmes
Avec ferveur la fleur versatile du bonheur
La lune et le soleil ont tissé tant de jours
Et de nuits sur ton visage que ton visage
N’est plus que songe au miroir sans tain de l’absence.
Ton nom, un cri perdu au cœur des fondrières.
Aux ronces de l’oubli s’effiloche ton ombre.
Désormais je suis le seul pasteur de mes rêves.
Fatho-Amoy, Chaque aurore est une chance.
Né en 1935, Fatho Amoy est un poète ivoirien. Il a été enseignant, professeur de langues et de lettres
à l'université d'Abidjan, il s’est éteint le 5 juin 2019.
Gorgé de sang
Gorgé de sang, de sang, du sang
Des milliers d’âmes innocentes
Couchées silencieuses inertes sans souffle.
Sur tes mottes de terre calcinées,
Mon peuple aux flancs poignardés
Aux côtés brisés dans le carcan de la haine
Ces soleils crispés qui tombent tombent
Sur ta face tatouée, dans tes yeux qui interrogent
Si jamais reviendra
La paix des brousses natale !
Ces soleils crispés qui roulent éperdument
Sur tes tempes brûlées
Sur tes joues griffées
Seraient- ils les perles de rosées en déroute4
Ou des larmes d’enfants sans père, ni mère
Seraient-ils bruine ou averse,
Ou goutte de sang qui tremble tremble tremble
Sur nos faces et nos paumes écorchées ?
Là, dedans les forêts obscures bat encore
Le sourd tam-tam le tam-tam sourd de la mort
Eclatent des cris d’épouvante
Enchevêtrés aux lourds nuages noirs
qui pèsent sur les villages
ah ! me revient toujours la triple mélopée
d’homme morts de case en feu, de caillots de sang
et ces soleils crispés qui crient crient crient
- Lubila !
je les vois encore rouler éperdument
sur nos défigurés.
Mukala Kadima Nzuji, Redire les mots anciens. Editions Saint-Germain des prés, 1977
Mukala Kadima Nzuji, né le 23 novembre 1947 à Mobaye, est un poète, professeur, écrivain et
critique littéraire congolais.
Extrait de Soweto, Soleils fusillés
Je marche seul
Seul avec l’air indéfinissable
Je marche seul
Sous le soleil mis à l'encan
Sur ma terre
Sous la lune
Le long de la grève
Semée de quartz
Je marche seul
À travers le vent de l'aurore
Comme mille flèches
Comme un volcan
Cheminant son écume
Sur le sable obscur
De l'espace insaisissable
Comme un chant de syllabes dures
Comme un chant secret
Armé de mon cri musculaire
Je marche seul
Sous le désert de ma terre
Semence séminale
Semence minérale
Je marche seul
Avec la permanence
De nos montagnes rebelles
Avec la cicatrice profonde
De la nuit
Paul Dakeyo, extrait de Soweto, soleils fusillés, 1977
Paul Dakeyo est un poète camerounais né en 1948. Il vit essentiellement en France aujourd’hui.
Ses poèmes manifestent un engagement passionné en faveur des opprimés et des exploités de
l'Afrique contemporaine (Soweto : Soleils fusillés, 1977 ; la Femme où j'ai mal, 1989 ; les Ombres de
la nuit, 1994).