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Évaluation des politiques d'emploi et santé mentale

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Et si on évaluait les politiques d'emploi au regard de leurs effets sur la santé


mentale des chômeurs ? Une analyse psychosociale

Chapter · May 2014

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David Bourguignon Ginette Herman


University of Lorraine à Metz Université Catholique de Louvain - UCLouvain
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Et si on évaluait les politiques d’emploi au regard de leurs effets sur la santé mentale des
chômeurs ? Une analyse psychosociale

David Bourguignon (FOPES et Université de Lorraine) et


Ginette Herman (FOPES, CIRTES)

Référence: Bourguignon, D., & Herman, G. (2013). Et si on évaluait les politiques d’emploi au regard
de leurs effets sur la santé mentale des chômeurs ? Une analyse psychosociale. Acte de colloque
IST à paraître dans les Cahiers du Cirtes, Louvain-La-Neuve, (25 octobre, 2013).

Dans le texte introductif de cet atelier, Luc Simar rappelle que Bruxelles et la Wallonie affichent
depuis plusieurs décennies des taux d’emploi relativement faibles au regard de la moyenne des pays de
l’Union Européenne et de la Flandre. Pour lutter contre le chômage, les pouvoirs publics belges ont
déployé des politiques destinées à faciliter l’insertion professionnelle des personnes sans emploi.
Depuis 1994, sous l’impulsion de l’OCDE, ces politiques ont inclus une composante appelée
‘activation’ impliquant, de la part des chômeurs, la participation à des programmes de formation, à des
stages et des démarches de recherche d’emploi. Si jusqu’en 2004, la réalisation de ces activités restait
volontaire, à partir de cette date, elles ont revêtu un caractère obligatoire (mis sous forme
contractuelle) et entraîné la possibilité d’une sanction dans certaines circonstances. Quels sont les
effets de ces mesures et, en particulier le rôle joué par leur caractère coercitif ? Généralement, cette
question est traitée sur le plan de l’insertion professionnelle (voir notamment Cockx, Defourny,
Dejemeppe, & Van der Linden, 2007 ; Cockx, Dejemeppe, & Van der Linden, 2011). Mais une autre
question mérite d’être posée. De telles mesures assurent-elles un niveau de santé mentale suffisant
pour garder opérationnelles non seulement les activités de recherche d’emploi mais également
l’intégration sociale ? Dans cet article, c’est cette dernière question qui sera traitée. Mais avant cela, il
importe de préciser les liens qui existent entre le chômage et la santé mentale. Cet aspect a été
particulièrement examiné dans le champ de la psychologie sociale.

I. Chômage et santé mentale : un regard psychosocial


Depuis une trentaine d’années, de nombreuses recherches ont mis en évidence des liens étroits entre le
chômage et la santé mentale. Récemment, des méta-analyses (McKee-Ryan, Song, Wanberg et
Kinicki, 2005 ; Paul et Moser, 2009) ont tenté de déterminer la direction de la causalité entre ces deux
variables. Est-ce le mal-être des individus qui explique le licenciement et entrave la recherche et
l’accès à l’emploi (hypothèse dite de sélection) ou est-ce plutôt le licenciement et la situation de
chômage qui sont à la source de difficultés psychologiques (hypothèse dite d’exposition) ? La
direction de la causalité n’est pas une question de pure forme car, au-delà de la compréhension de
certains mécanismes psychosociaux, elle est susceptible de fournir des indications relatives à la mise
en place de politiques de lutte contre le chômage. En premier lieu, les résultats de ces travaux ont mis
en évidence la bi-directionalité : les deux hypothèses sont confirmées. Mais ils ont surtout montré le
fait que le poids de l’hypothèse d’exposition dépasse largement celui de l’hypothèse de sélection,
signifiant par là que le pouvoir explicatif de la première est largement supérieur à celui de la seconde.
En d’autres mots, bien plus qu’être une cause du non-emploi, le déficit en santé mentale en est une
conséquence directe. Le chômage a donc un effet délétère sur la santé (pour une synthèse de ces
travaux, voir Herman, 2007a).
Pour expliquer la puissance délétère des effets du chômage, les approches théoriques qui sont
généralement proposées épinglent à la fois le contexte de privation généralisé (privation financière et
psychologique) dans lequel se trouve plongé l’individu au chômage et la difficulté à laquelle il est
confronté dès lors qu’il s’agit de mettre en place les formes de résilience adéquates pour se
reconstruire une santé mentale (Bourguignon et Herman, 2005). Ce type d’analyse considère le
chômage comme un événement surtout individuel ; il néglige dès lors une part importante de la
problématique, celle qui concerne la manière dont la société, dans son ensemble, perçoit les chômeurs,
juge les raisons de leur privation d’emploi et évalue leurs efforts de réintégration professionnelle.
Depuis les travaux de Goffman (1963), on sait combien le regard d’autrui, s’il est négatif, est source
de discrédit et entraîne la marginalisation de celui qui en est la victime. Pour qualifier cette situation,
Goffman a mobilisé le terme de « stigmatisation ». Dans cette perspective, les effets du chômage
seraient moins le résultat de processus individuels que la conséquence des images que la société s’est
construites à propos des chômeurs : ceux-ci, dans la mesure où ils intériorisent la stigmatisation portée
à leur égard, risquent d’être amenés à modifier la manière dont ils analysent eux-mêmes le contexte
socioéconomique, dont ils évaluent la place qu’ils occupent au sein de la société ou dont ils
entrevoient des possibilités d’action. Plus précisément, cette stigmatisation procure induit le
développement d’une identité sociale négative, entame la confiance qu’un individu peut avoir en lui-
même et l’enferme dans une impasse sur le plan personnel, social et professionnel (Bourguignon et
Herman, 2005). Ce phénomène est d’autant plus accentué que la personne se sent, d’une manière ou
d’une autre, immergé dans un contexte de menace résultant du stigmate auquel ils sont associés (voir
figure 1).

Figure 1. Explication des effets délétères du chômage dans une perspective psychosociale
Divers travaux empiriques en psychologie sociale ont mis en évidence le poids de ces mécanismes
(Bourguignon, Desmette, Yzerbyt et Herman, 2007 ; Bourguignon et Herman, 2005). Ils ont montré
que lorsque l’appartenance au groupe des chômeurs est rendue saillante, elle constitue une menace et
altère plusieurs aspects du fonctionnement de la personne. Non seulement cette appartenance porte
atteinte à ses performances cognitives et à ses apprentissages mais elle freine également sa capacité à
prendre des initiatives, à être proactive tant dans son insertion sociale que professionnelle. En d’autres
termes, elle met la personne en difficulté dès lors qu’il s’agit, pour elle, de démontrer ses compétences
sur le plan intellectuel. De plus, elle intervient sur la recherche d’emploi en réduisant son intention de
s’investir dans différentes démarches (par exemple, en diminuant le nombre d’envois de CV, de
rencontres avec des employeurs, de contacts avec les agences d’intérim…). Enfin, elle amoindrit la
qualité des attitudes favorables au travail (Herman, Bourguignon, Stinglhamber & Jourdan, 2007c).
C’est donc toute la sphère professionnelle qui se trouve atteinte. Ces différents éléments conduisent à
penser que, sur le plan du fonctionnement psychosocial, la part de la responsabilité individuelle dans
la situation de chômage est limitée. En effet, ils laissent supposer que l’absence de dynamisme, dont le
reproche est souvent adressé au chômeur, est en fait une des conséquences du chômage et de la
stigmatisation qu’elle produit. Ce phénomène est par ailleurs, accentué, lorsque de manière répétée, les
efforts de recherche d’emploi se sont soldés par des fins de non-recevoir ou par des refus explicites
(Bourguignon et Herman 2007).

II. Politiques actives d’emploi et santé mentale


Les éléments qui viennent d’être exposés suggèrent que pour lutter contre la dégradation de la santé
mentale des chômeurs, les dispositifs d’insertion professionnelle devraient contribuer au
développement d’une identité sociale positive et s’inscrire dans un environnement qui ne se révèle pas
menaçant. Qu’en est-il ?
Depuis 2004, existe en Belgique, à l’image de ce qui se passe dans d’autres pays de l’OCDE, un
programme appelé ‘Plan d’accompagnement et de suivi des chômeurs’ (PAS) (cf. Accord de
coopération, 2004 ; Arrêté royal, 2004 ; Arrêté ministériel, 2004). Ce plan offre, sur base d’un bilan de
la situation professionnelle du chômeur, un ensemble d’actions comprenant formations, stages, atelier
de recherche active d’emploi… Il aboutit à la signature d’une convention d’accompagnement. Si le
chômeur ne met pas cette dernière suffisamment en œuvre, il encourt une sanction limitée et
temporaire. A ce stade, le chômeur doit à nouveau s’engager à mener les démarches prévues dans son
plan d’action. Si, une nouvelle fois, ses efforts sont considérés comme insuffisants, il peut être exclu
du bénéfice des allocations. L’idée sous-jacente est que la menace de sanction constituerait un incitant
à la recherche d’emploi et donc à l’embauche. Ce plan conjugue donc deux dimensions, l’une centrée
sur l’aide et les services qui sont proposés au chômeur, l’autre sur le contrôle des démarches
effectivement opérées par ce dernier. Alors que la première dimension contribuerait à mettre en place
un contexte rassurant, la seconde pourrait susciter un environnement de menace susceptible de nuire à
la santé mentale.
Jusqu’ici, très rares sont les études qui ont évalué les politiques actives d’emploi au regard de la santé
mentale. Or on sait que celle-ci intervient non seulement dans la persistance des activités de recherche
d’emploi mais aussi dans la possibilité des individus de jouer un rôle actif dans toutes les sphères de
vie (vie politique, familiale, associative…). Les quelques études qui existent en la matière ont été
réalisées en Europe du Nord mais elles ne débouchent pas sur des conclusions probantes étant donné
les difficultés méthodologiques afférentes (Breidahl et Clement, 2010).
Pour pallier cette carence, nous avons réalisé en région wallonne, entre 2007 et 2010, une série
d’études destinées à analyser les effets de dispositifs d’insertion professionnelle. Toutes visent les
mêmes objectifs mais elles les mettent en œuvre au travers de deux procédures de recherche à la fois
différentes et complémentaires.

Etude 1. Quelles relations entre dispositif d’insertion et santé mentale ?


La première étude s’attache à deux questions (Bourguignon, Herman, Liénard & Lekoeuche, 2009). La
menace de sanction véhiculée par le PAS constitue-t-elle un incitant à la volonté des chômeurs de
(re)trouver un emploi ? Quel rôle joue-t-elle sur leur santé mentale ? Pour répondre à ces questions,
nous avons comparé deux dispositifs. Le premier est le PAS et le second le‘Contrat crédit d’insertion’
(CCI)1. Ce dernier partage avec le PAS plusieurs aspects (le chômeur reçoit un soutien et s’engage, par
la signature d’une convention, à se former, rechercher un emploi) mais en diffère par le fait qu’en cas
de non-respect du contrat, aucune sanction n’est prévue. Il faut noter que la majorité des personnes
ayant signé la convention CCI a également signé la convention PAS, ce qui les place dans une

1
Sur le plan institutionnel, le contrat crédit insertion relève uniquement de l’autorité de la Région wallonne et est géré par le
FOREM. Il s’adressait en 2006-2007 à tous les chômeurs de Wallonie mais il est prioritairement proposé aux personnes les
plus précarisées et les plus éloignées du marché de l’emploi (Droits fondamentaux et Forem, 2006).
situation de pression maximale. L’étude que nous avons effectuée compare donc, sur les mêmes
variables, le PAS au CCI. Toutefois, dans cette procédure, un écueil subsiste. Il est possible que les
effets de ces deux dispositifs ne diffèrent pas entre eux mais se singularisent par rapport à une
situation caractérisée par l’absence de toute participation à un dispositif d’insertion. C’est pourquoi
nous avons adjoint à l’étude un troisième groupe de chômeurs (dit ‘contrôle’) qui n’a pris part ni au
PAS, ni au CCI.
A partir d’une enquête réalisée par questionnaire auprès de 604 chômeurs, cette recherche met en
exergue deux éléments. Le premier porte sur la motivation à entamer ou poursuivre des démarches de
recherche d’emploi. Les résultats obtenus sont en fait contraires au postulat sous-tendu par les
politiques publiques actuelles selon lesquelles la menace de sanction constitue un incitant à la volonté
d’insertion professionnelle. En fait, ce sont les chômeurs CCI qui manifestent la plus grande
motivation à rechercher du travail.
Le second élément concerne la santé mentale. On a vu plus haut que la privation d’emploi entraîne une
baisse de la santé mentale. La recherche d’emploi est-elle dès lors un moyen de la préserver ? Les
résultats ne confirment pas cette hypothèse : les chômeurs du groupe CCI qui manifestent la plus
grande motivation à chercher du travail ressentent plus de honte et de culpabilité et montrent un niveau
de bien-être inférieur à celui des deux autres groupes. Cette observation est confirmée par diverses
études (Paul et Moser, 2009). Contrairement à d’autres stratégies (comme déménager vers une zone
plus riche en emplois disponibles, suivre une formation professionnelle, s’investir dans la vie
associative, minimiser la place du travail dans notre société, dévaloriser son emploi précédent), la
recherche d’emploi est négativement associée au bien-être.
Ces deux éléments suggèrent donc que si l’association du soutien et de la menace induit une
motivation à chercher du travail, le prix à payer sur le plan personnel est considérable. En d’autres
mots, être la cible de messages qui présentent le chômage comme le résultat d’efforts insuffisants,
voire comme une faute morale, semble accentuer des sentiments de honte et de culpabilité, ce qui
pousse les personnes sans emploi à vouloir rechercher du travail (probablement pour ne plus paraître
amoral ou anormal) mais altère le bien-être.

Etudes 2 et 3. Comment sanction et soutien agissent sur la santé mentale ?


Etant corrélative, la recherche qui vient d’être brièvement décrite ne fournit pas d’indication quant à la
nature du lien entre le PAS et la santé mentale ou l’insertion. De plus, elle n’est pas à même de
dissocier les effets de l’aide de ceux de la menace. Les deux recherches suivantes tentent de pallier ces
limites. Elles mettent en place une méthode dite expérimentale. Plutôt que de comparer un dispositif
qui inclut une menace de sanction à un autre qui n’en comporte pas, comme ce fut le cas pour la
recherche exposée plus haut, nous avons ici construit nous-mêmes une situation mettant en exergue
soit l’apport d’un soutien, soit la menace d’une sanction 2.
La première de ces recherches a été réalisée dans la région montoise en partenariat avec le FOREM
Conseil de Mons (Bourguignon et al., 2009 ; Lekoeuche, 2008). Concrètement, 67 chômeurs qui
avaient signé le PAS ont accepté de participer à la recherche. Au cours d’une séance d’information, ils
ont été répartis aléatoirement en trois groupes. Dans le premier groupe, une chercheuse leur a
brièvement rappelé que le PAS comportait, de manière prioritaire, un caractère d’aide et de soutien
destiné à faciliter leur insertion professionnelle (condition ‘soutien’) ; dans le deuxième, elle a évoqué
l’aspect contrôle du PAS au sens où ce dernier pouvait, dans certaines circonstances, déboucher sur un

2
Cette méthode, dans la mesure où elle garde constantes toutes les dimensions de la situation, sauf celle qui est
volontairement manipulée, fournit une indication fiable quant aux effets réels de la dimension manipulée. Notons toutefois
que cette procédure pèche par son caractère artificiel, lié à la mise en place de la manipulation.
avertissement et une sanction (condition ‘sanction’); enfin, dans le dernier, elle n’a rien évoqué de ce
dispositif (condition ‘contrôle’). L’objectif est d’étudier l’effet de ces différentes conditions sur la
volonté d’insertion professionnelle et sur la santé mentale des chômeurs et en particulier, d’analyser le
rôle joué par les conditions ‘sanction’ et ‘aide’.
Contrairement à nos attentes, les deux conditions ‘sanction’ et ‘soutien’ n’ont généralement pas
conduit à des effets contrastés, ni en termes d’insertion professionnelle, ni en termes de bien-être. Les
chômeurs n’ont pas manifesté de réactions différenciées en fonction du fait qu’on leur avait rappelé le
caractère aidant ou sanctionnant du PAS. En quelque sorte, le fait d’évoquer l’un ou l’autre de ces
aspects indiffère ; il rappelle simplement aux chômeurs qu’ils participent au PAS. Etant donné ce
résultat, la suite des analyses portera, à titre exploratoire, sur une comparaison entre une condition
‘PAS’ (regroupant les conditions ‘soutien’ et ‘sanction’) et la condition ‘contrôle’ telle que décrite
plus haut.
Cette fois, les analyses fournissent des résultats statistiquement significatifs. En ce qui concerne le
vécu des chômeurs, les participants de la condition ‘PAS’ ressentent davantage de contrôle et de
menace que ceux de la condition ‘contrôle’. De plus, ils ne perçoivent pas que le dispositif, tel quel,
leur apporte une aide particulière. Ces résultats suggèrent que, d’une manière globale, le PAS est
plutôt perçu comme un instrument de sanction que comme un outil de soutien. Il n’est dès lors guère
étonnant de constater que, comparé à la condition ‘contrôle’, la condition ‘PAS’ entraîne plus de honte
et de culpabilité, émotions qui affectent négativement l’estime de soi des chômeurs.
Concernant le monde du travail, les résultats indiquent que, comparé à la condition ‘contrôle’, le
rappel des missions du PAS renforce le fait que décrocher un emploi est perçu comme plus
inaccessible. Dans un tel contexte, trouver du travail se révèle donc une mission dont la difficulté a été
renforcée. Malgré cela, les participants de la condition ‘PAS’ signifient davantage leur bonne volonté
à candidater à un emploi que ceux de la condition ‘contrôle’.
La seconde des études expérimentales a été réalisée en collaboration avec associations d’insertion
socioprofessionnelle auprès de 58 chômeurs (Bourguignon, Herman, Liénard & Docq, 2012 ; Docq,
2009). La même procédure a été suivie que précédemment, à ceci près que les explications relatives à
la mission ‘soutien’ et à la mission ‘sanction’ du PAS ont été clarifiées. La condition ‘contrôle’, quant
à elle, est restée inchangée. Cette fois-ci, les messages concernant le soutien versus la sanction ont été
clairement compris par les chômeurs ce qui a donné lieu à des divers résultats significatifs.
En premier lieu, si les participants à qui avait été rappelée l’une ou l’autre mission du PAS éprouvent
une désapprobation morale plus lourde que ceux de la condition contrôle, pour ceux qui
spécifiquement étaient dans la condition ‘sanction’ ce sentiment de menace est généralisé : il porte sur
les moyens matériels mais aussi sur l’appartenance à la société ; de plus, il donne l’impression d’être
sous surveillance. En deuxième lieu, ces mêmes participants éprouvent, plus que les autres, des
sentiments de culpabilité, de honte, voire d’humiliation. Enfin, concernant la sphère professionnelle,
leur volonté de rechercher un emploi est équivalente à celle du groupe ‘soutien’ mais supérieure à
celle du groupe ‘contrôle’. L’ensemble des résultats se trouve représentée dans la figure 2.

Figure 2. Effets de la condition ‘sanction’ sur le vécu des chômeurs


et leurs rapports au monde du travail.
Mutatis mutandis, ces résultats soulignent le rôle protecteur de la mission ‘soutien’ lorsque celle-ci est
clairement réactivée. Dans ce cas, les participants se sentent moins honteux et culpabilisés que ceux de
la condition ‘sanction’, sans que pour autant leur motivation à chercher du travail n’en soit altérée.
III. Conclusions
Les recherches présentées dans cet article ont tenté de clarifier les effets de dispositifs comportant des
menaces de sanction. La première, au travers d’une enquête réalisée auprès de chômeurs, a comparé la
manière dont des modalités différentes de dispositifs d’insertion socioprofessionnelle étaient associées
à la volonté d’insertion professionnelle et à la santé mentale. La seconde a visé les mêmes objectifs
mais en mobilisant une procédure expérimentale permettant d’inférer des relations de causalité.
Les conclusions auxquelles ces recherches aboutissent suggèrent que les politiques publiques basées
sur la menace de sanction présentent une série d’effets équivoques, voire négatifs. Le PAS, vu sa
dimension ‘sanction’, semble générer un sentiment de menace généralisé et induire de la honte et de la
culpabilité, lesquelles dégradent l’estime de soi des chômeurs. De plus, bien qu’il puisse, sous
certaines conditions, constituer un incitant dans la recherche d’emploi, le PAS conduit également à
développer une vision du monde du travail inaccessible. Enfin, il est utile de souligner le rôle
protecteur de politiques centrées sur une dimension ‘soutien’. Lorsque celle-ci est activée, les effets
négatifs des menaces issues des politiques d’accompagnement sont amoindris : les chômeurs se
sentent moins dévalorisés et ils maintiennent leur volonté de rechercher un emploi.
Ces conclusions plaident pour la prise en compte, dans les politiques actives d’emploi, du
fonctionnement psychosocial des individus. D’une manière générale, on sait que la situation du
chômage, en tant que telle, est largement délétère parce qu’elle prive l’individu de l’accès à une série
de besoins matériels et psychologiques et aussi parce qu’elle lui confère une image dévalorisée, voire
méprisée par l’ensemble de la société (voir figure 1). Ce que les études qui viennent d’être présentées
suggèrent en plus, c’est que certaines modalités portées par les politiques d’emploi, plutôt que de
soulager le chômeur, aggravent son état. Il est dès lors urgent de repenser le poids accordé à une
politique incluant les sanctions dans un contexte fortement marqué par un déficit d’emploi.

Bibliographie

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