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Exploration de l'IA et néocolonialisme

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Films Questions

Chronique du soleil noir

Dans Chronique du soleil noir, Gwenola Wagon manipule les images générées par IA pour
les transformer en fragments presque oniriques. Elles oscillent entre visions prophétiques et
souvenirs altérés, brouillant la limite entre le réel et le virtuel. Ce qui fascine, c’est
l’exploitation volontaire des limites de l’IA générative : incapable de produire de la vidéo, elle
reste figée dans ces images statiques, que la réalisatrice amplifie ou altère, parfois pour leur
donner un aspect organique, parfois pour insister sur leur froideur artificielle.

Ce choix n’est pas anodin. Il questionne notre rapport à une réalité où l’image, de plus en
plus construite, se confond avec ce qu’on croit voir. En tant que spectatrice, je suis troublée
par cette esthétique qui, sans mouvement, parvient malgré tout à narrer. Ces visions figées
deviennent des symboles puissants, révélant autant sur l’IA que sur notre propre perception.

Unknown Label

Dans Unknown Label, Nicolas Gourault s’intéresse à la segmentation d’images, un


processus technique où chaque pixel est étiqueté selon des catégories précises (route,
piéton, voiture). Ces images, utilisées pour entraîner les véhicules autonomes, viennent des
pays riches, mais leur annotation est confiée à des microtravailleurs, souvent issus du Sud
global. Ce décalage met en lumière une forme de néocolonialisme technologique : ces
travailleurs, mal payés et soumis à une pression constante, doivent interpréter des images
parfois ambiguës avec une précision quasi inhumaine.

Face à ces contraintes, ils élaborent leurs propres stratégies pour tenir la cadence, mais
souvent au détriment de leur santé mentale ou de la qualité des annotations. Cela a des
conséquences graves pour les véhicules autonomes, dont la fiabilité dépend de ces
données. On perçoit aussi des enjeux éthiques profonds : invisibilisation du travail humain,
responsabilité en cas d’erreur, et risques d’accidents.

En rendant visible cet univers, le film dévoile une réalité inquiétante. Derrière la promesse
d’autonomie des machines, on trouve une exploitation humaine systémique. Pour moi, ce
contraste entre modernité technologique et archaïsme social est d’une force percutante, car
il interroge directement les valeurs qui sous-tendent ces avancées.

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