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Formation de bancs en rivière canalisée

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Formation de bancs dans un lit endigué.

Partie 1 :
théorie
P. Ramez

To cite this version:


P. Ramez. Formation de bancs dans un lit endigué. Partie 1 : théorie. La Houille Blanche - Revue
internationale de l’eau, 2005, 6, p. 20 - p. 28. �10.1051/lhb:200506001�. �hal-00450975�

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Ecoulements fluviaux

Formation de bancs dans un lit endigué – Partie 1 : théorie

Bars formation in a channelized river – Part 1 : theory

Philippe Ramez

Cemagref, U.R. Hydrologie-Hydraulique, Lyon

Flood routing over a mobile bed within the dikes and the associated dynamic formation of bars increase the variability
of flow features and bed forms. At the same time, the riffle-pool sequences accompanying the bar sequences increase
the diversity of aquatic habitats and allows suitable in-stream ecological conditions. This paper deals with these mor-
phological processes. It starts from laboratory experiments (JAEGGI 1984, HUNZINGER 1999) and proposes a simple
method to define a dynamical equilibrium based on the pattern of the bars.

I ■ INTRODUCTION que les bancs induits par un élargissement en milieu érodable


puissent se développer effectivement (HUNZINGER 1999).
La prise en compte du transport solide et des processus
Après avoir défini les paramètres géométriques représen-
morphologiques associés est nécessaire pour l’aménagement
tatifs de la dynamique des bancs alternés, nous mettons en
des cours d’eau endigués à fond mobile. Dans certaines
évidence un rapport de forme critique βc qui minimise les
conditions, une instabilité à l’interface eau-sédiment apparaît
énergies mises en jeu pendant ces processus et nous suppo-
entraînant spontanément la formation de bancs alternés ou
sons que βc caractérise un développement harmonieux des
multiples. Une analyse plus approfondie (NEWBURY 1995)
formes.
montre que ces formations coïncident avec la mise en place
de seuils et de mouilles dont l’alternance et la migration vers Au-delà de cette valeur critique, nous admettons qu’une
l’aval permettent un rajeunissement des bancs favorable à décomposition latérale apparaît conduisant à une démultipli-
leur biodiversité. cation des trains d’onde générateurs de bancs. Nous généra-
Dans cet article, nous proposons une interprétation sim- lisons les résultats précédents à chaque ordre de bifurcation
plifiée de la mécanique des rivières endiguées reposant sur et nous supposons que les bancs qui se forment cherchent
deux expériences fondamentales réalisées dans le labora- à s’organiser en dépensant une énergie minimale. Nous en
toire d’hydraulique de l’ETH à Zürich (Suisse) : l’une donne déduisons une application possible aux rivières endiguées à
la profondeur du lit qui se creuse entre les bancs alternés forte charge sédimentaire en définissant un équilibre dyna-
(JAEGGI 1984), l’autre donne la longueur nécessaire pour mique.

Tokachi river Toshibetsu river Satsunai river

Figure 1 : Exemples de bancs entre digues (© 2003 CERI of HOKKAÏDO)

LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


20
FORMATION DE BANCS DANS UN LIT ENDIGUÉ – PARTIE 1 : THÉORIE

II ■ FORMATION ET ORGANISATION pendant leur transit et que la section représentative du lit


DES BANCS en mouvement correspond plutôt aux « secteurs seuil », qui
contrôlent effectivement la ligne d’eau. Un observateur placé
● II.1 Définition des paramètres géométriques en xx’ verrait un balayage transversal du fond (dans un sens
(cas des bancs alternés) puis dans l’autre) en même temps qu’un mouvement vertical
autour du niveau moyen à la profondeur P. Nous imposons
II.1.1 Généralités, vue en coupe, en long et en plan
la conservation de la masse des sédiments pendant ce remo-
Soit un lit rectangulaire à fond mobile, de largeur ∆ et de delage du fond et nous notons : H et L la profondeur et la
profondeur P, endigué suivant la pente de la vallée Iv. Notons largeur moyennes du petit lit creusé entre les bancs ; εH
QM le débit à plein bord entre les digues et supposons que l’épaisseur des bancs déposés (par rapport au niveau moyen).
QM est très supérieur au débit seuil de mise en mouvement Nous définissons aussi la hauteur des digues encombrées par
du substrat initialement plat. Dans ces conditions d’écoule- les bancs : Z = P - εH.
ment, le fond du lit se déforme spontanément selon un pro-
cessus complexe où les courants liquides et le transport local
II.1.3 Relations entre les différents paramètres
de sédiment varient en interaction avec les modifications
géométriques
induites sur la topographie. Pendant ce processus, des zones
de dépôt et d’érosion apparaissent et s’organisent sous la Nous supposons que l’écoulement à plein bord entre
forme de séquences seuil-mouille imbriquées dans une suc- les digues est proche du régime uniforme et que la loi de
cession de bancs alternés. Notons Λ la longueur d’onde de Manning-Strickler est applicable sur la pente Iv (figure 2).
ces bancs, la longueur d’onde de l’alternance seuil-mouille Nous supposons aussi que le coefficient de Strickler K se
associée sera Λ/2 (RICHARDS 1978). La figure 2 représente conserve pendant la déformation de la section initiale rectan-
cette configuration géométrique (en plan et en long). La gulaire vers la section composée équivalente au remodelage
figure 3 schématise les zones de dépôt et d’érosion au droit (figure 4). Cette hypothèse est justifiée si nous considérons
d’un seuil et d’une mouille. que les formes choisies pour représenter la rivière sont le
résultat d’un « lissage hydraulique » à l’échelle du tronçon,
II.1.2 Simplifications, section équivalente qui privilégie effectivement les sections de contrôle (régime
Les figures 2 et 3 montrent que les mécanismes mis en jeu fluvial). La conservation de K est alors intrinsèque au lis-
pendant la formation et la déformation du petit lit sinueux sage (LOUIS 1996).
entre les bancs (courants hélicoïdaux, accélérations, décélé- Dans ces conditions et pour le débit QM, nous pouvons
rations, érosions, dépôts) correspondent à une alternance des appliquer la loi du régime uniforme dans la section initiale
processus dans tous les plans : berge concave, berge convexe, (section simple représentée par ∆, P) et dans la section finale
bancs alternés, seuil, mouille. La figure 4 représente l’évo- (section composée représentée par ∆, L, Z, H) en conservant
lution du lit pendant le passage de QM avec une vision eulé- Iv et K.
rienne en plan et une vision lagrangienne dans une section Notations : Sp et Rp représentent la surface mouillée et
quelconque xx’. Nous admettons que l’alternance seuil- le rayon hydraulique dans la section simple rectangulaire à
mouille, qui accompagne les bancs alternés, est conservée plein bord. Scm, Scb et Rcm, Rcb représentent les surfaces

Figure 2 : Vues en plan et en long Figure 3 : Vue en coupe.

Figure 4 : Section équivalente représentative du lit en mouvement.

21 LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


Ecoulements fluviaux
mouillées et les rayons hydrauliques dans la section compo- II.1.4 Expériences de JAEGGI (1984)
sée, avec distinction du petit lit prolongé verticalement jus-
qu’au sommet des digues (indice m) et de la partie du grand JAEGGI (1984) a réalisé de nombreuses expériences en
lit recouvrant les bancs (indice b). Nous avons : laboratoire pour différentes combinaisons de débits, pentes et
granulométries uniformes, afin de déterminer les conditions
d’apparition et de calculer les caractéristiques géométriques
Sp = ∆P ; Rp = ; Scm = (Z + H)L ; Scb = (∆-L)Z ; des bancs alternés. La comparaison des résultats obtenus
avec les travaux d’autres chercheurs, notamment KISHI
Rcm = ; Rcb = (1980), est satisfaisante et l’application des formules pro-
posées à un cas réel in situ (partie alpine du Rhin) réussie.
L’un des résultats les plus remarquables mis en évidence par
Régime uniforme dans la section initiale rectangulaire : JAEGGI est que, lorsque les bancs alternés sont pleinement
développés (c’est-à-dire pour des valeurs de β suffisamment
QM/(KIv1/ 2) = SpRp2/3 (1) grandes), leur hauteur totale (du fond du creusement au haut
du dépôt) ne dépend ni du débit, ni de la pente, mais unique-
Régime uniforme dans la section remodelée composée, en ment de la largeur du canal et de la granulométrie relative
admettant que la débitance totale est égale à la somme des (rapportée au ratio largeur sur diamètre des grains consti-
débitances (NICOLLET 1979) : tuant le fond). Ainsi, il propose la relation : ∆/H = 4.5δ0.15 ;
QM/(KIv1/2) = ScmRcm2/3 + ScbRcb2/ 3 (2) formule écrite avec nos notations et en posant δ = ∆/D50
pour la granulométrie relative (D50 étant le diamètre médian
On en déduit SpRp2/3 = ScmRcm2/3 + ScbRcb2/3 ; ce qui donne représentatif du substrat).
en fonction de ∆, P, L, H et Z : Nous utiliserons cette formule pour 100 < δ < 20 000 et
lorsque β > 9, ceci afin de respecter le critère « bancs pleine-
ment développés » (MURAMOTO 1978).
(3)

II.1.5 Relations entre le rapport des largeurs ξ


Définissons les 3 paramètres adimensionnels : ξ = ∆/L ; et le rapport de forme β
β = ∆/P ; α = L/H. Lorsque β > 9, la relation de JAEGGI nous permet de
Nous en déduisons : ∆/H = αξ ; P/H = αξ/β. transformer l’équation 4 (à 3 paramètres) en une équation
Par ailleurs, la conservation de la masse des sédiments à seulement 2 paramètres (β et ξ), puisque nous pouvons
pendant le remodelage du lit implique que les creusements poser αξ = ∆/H = 4.5δ0.15 (δ est considérée ici comme une
sont globalement compensés par les dépôts autour du niveau constante caractéristique du cours d’eau).
moyen (§II.1.2), d’où :
Nous obtenons :
εH(∆-L) = (1-ε)HL soit : ε = 1/ξ
et par suite : Z/H = (αξ/β - 1/ξ)

Nous pouvons ainsi exprimer l’équation 3 en fonction de


α, β et ξ :

(5)

(4)
Cette équation définit la fonction ξ(β) et par suite les
fonctions ε(β) = 1/ξ(β) et α(β) = 4.5δ0.15/ξ(β).

Figure 5 : Tracé des fonctions ξ(β) et α(β) avec δ = 120 250 500 1 000 2 000 5 000 10 000 20 000
• de gauche à droite pour ξ(β), • de bas en haut pour α(β)

LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


22
FORMATION DE BANCS DANS UN LIT ENDIGUÉ – PARTIE 1 : THÉORIE

● II.2 Approche Mécanique II.2.2 Rapport de forme β correspondant à une longueur


d’onde relative maximale
D’une manière générale (figure 2), nous représentons les
Nous avons reporté (figure 6) la fonction η(ξ) (équa-
seuils et les mouilles par un resserrement en tête de mouille,
tion 6), ainsi que la fonction η(β) obtenue après un change-
suivi par un élargissement en crête de seuil, entonné sur la
ment de repère (équation 5) pour δ = 120, δ = 500, δ = 2 000
rampe jusqu’à la mouille suivante. Cette représentation sim-
et δ = 10 000.
plifiée nous permet d’assimiler les séquences seuil-mouille à
une succession d’élargissement/rétrécissement. Lorsque les bancs alternés sont pleinement développés
(β > 9), nous constatons que η varie très peu autour d’une
valeur voisine de 6.5. Ce résultat est comparable à celui
II.2.1 Analogie avec l’expérience de HUNZINGER (1999)
proposé par YALIN (2001) qui, après une analyse détaillée
des « bursts horizontaux » (grosses structures turbulentes
HUNZINGER (1999) a étudié le phénomène d’évasement
latérales), choisit η constant et égal à 6.
d’un écoulement liquide en milieu granulaire érodable dans
un canal de 25 m de long constitué par un secteur étroit de Nous constatons également qu’il existe une valeur parti-
30 cm de large prolongé par un secteur de 140 cm de large. culière ξHz égale à 3.2 dans le repère (η,ξ), pour laquelle le
Il montre que la zone d’expansion du jet est plus courte en rapport Λ/∆ est maximum (η = 6.61). Nous associons à ξHz
lit mobile qu’en lit fixe et que le canal prend une forme la valeur correspondante βHz dans le repère (η,β).
caractéristique en « trompette » pendant son élargissement. β Hz dépend uniquement de δ et nous pouvons déter-
A l’aval de cette zone d’expansion, une distance supplémen- miner β Hz(δ) en posant ξ = 3.2 dans l’équation 5. Nous
taire est nécessaire pour permettre le plein développement avons reporté, dans la figure 7, les valeurs de βHz pour
des bancs qui se forment. La distance totale est notée LT. différentes valeurs de δ et nous avons ajusté graphi-
ASHIDA (1964), dans une expérience similaire, explique la quement une courbe de tendance. Il en ressort que βHz
différence des résultats obtenus en lit mobile et en lit fixe varie de 12.1 à 14.4 lorsque δ varie de 100 à 10 000
par le fait que, dans le premier cas, il y a transformation et nous obtenons : βHz = 10.1 δ 0.0385.
de l’énergie cinétique en énergie potentielle. HUNZINGER
(1999) exprime donc LT à partir d’une variable représenta- II.2.3 Sinuosité et migration des bancs alternés
tive du ratio de ces deux énergies et il montre que, pour un
écoulement très au-dessus du seuil de mise en mouvement, Nous cherchons à estimer la sinuosité λ du petit lit ondu-
la valeur de LT dépend uniquement du rapport et de la diffé- lant entre les bancs alternés, lorsque ceux-ci sont pleinement
rence entre les largeurs des deux secteurs (large et étroit). développés, ainsi que l’angle d’orientation θ de ce petit lit
Nous généralisons ce résultat aux séquences seuil-mouille par rapport à l’axe de la vallée de pente Iv. Notons I la pente
(figure 2) en supposant que leur longueur d’onde Λ/2 est du petit lit, nous avons par définition : λ = Iv/I.
égale à la distance LT rapportée aux largeurs ∆ et L. Ainsi, Les sinuosités sont schématisées par des arcs de cer-
la formule d’HUNZINGER appliquée à notre cas et avec nos cle de rayon r symétriques par rapport à l’axe de la vallée
notations s’écrit : (figure 8). Nous supposons que le train d’onde représenté
par ces sinuosités est régulier et que sa longueur d’onde est
définie par la relation : Λ = η∆ = ηξL.

Nous en déduisons la longueur d’onde Λ des bancs alter-


nés, que nous exprimons sous une forme adimensionnelle
par rapport à ∆, notée η et qui ne dépend que de ξ :
Figure 7 : Calcul de βHz.

(6)

Figure 6 : Ratio longueur d’onde sur largeur totale η en fonction du rapport des largeurs ξ et du rapport de forme β

23 LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


Ecoulements fluviaux

Figure 8 : Représentation du petit lit sinueux entre les bancs.

Individualisons l’arc AA’, noté . Pour passer de A à A’, II.3.1 Nombre de Froude représentatif de la dynamique
il y a au moins deux chemins possibles, chacun conduisant à du petit lit creusé entre les bancs
un même dénivelé δz :
Selon YALIN (2001) la minimisation des énergies mises
— selon l’axe du grand lit entre digues : δz = (η/2) ξL Iv en jeu pendant le transport solide correspond à un nom-
— selon l’axe du petit lit entre bancs : δz = I bre de Froude minimum. HUANG (2004) montre que la
Nous en déduisons : = (η/2) ξL λ. plupart des principes de minimisation d’énergie, appliqués
Nous avons aussi = 2θr et donc λ = (4θr)/(ηξL). en dynamique fluviale, sont issus d’une généralisation aux
lits mobiles du théorème de Bélanger « énergie spécifique
Une analyse trigonométrique dans le triangle rectangle
minimale en régime critique » et il précise que le principe de
grisé défini par son hypoténuse (r), sa base (Λ/4 = (η/4)ξL)
YALIN est effectivement applicable si la largeur de la rivière
et sa hauteur (r - (∆-L)/2) nous permet de poser :
est contrainte. Dans ce paragraphe, nous proposons donc une
approche basée sur l’étude d’un nombre de Froude influencé
(η/4) ξL = [Link] θ (d’où : λ = θ/sin θ) et (∆-L)/2 = r – [Link] θ par les creusements et les dépôts qui apparaissent à l’inter-
face eau-sédiment d’un lit endigué.
D’où finalement :
Nous admettons que l’écoulement, confiné entre deux
digues indéformables, d’un débit QM supérieur au débit seuil
de mise en mouvement entraîne un remodelage du fond
caractérisé par le développement d’un petit lit mobile qui
ondule verticalement et latéralement autour d’une configu-
avec λ = (θ exprimé en radian) (7) ration moyenne (figure 4). Nous cherchons à identifier un
nombre de Froude Fr représentatif de l’écoulement dans
ce petit lit qui se creuse entre les bancs et, pour cela, nous
Nous pouvons ainsi calculer les valeurs de θ et de λ asso- reprenons la vision lagrangienne présentée au §II.1.2. Nous
ciées à ξHz = 3.2 en prenant η = 6.61 (voir §II.2.2), ce qui imaginons ainsi une tranche d’eau active, de largeur L et
donne : θHz = 23.5° et λHz = 1.03. d’épaisseur (Z + H), s’écoulant avec une vitesse moyenne
Plus généralement et lorsque 9 < β < 25, c’est-à-dire Ucm dans le sens de la vallée (de pente Iv) et balayant sans
2.5 < ξ < 5 à 6.5 (voir figure 5), nous choisissons η entre cesse la largeur entre digue ∆. Nous posons :
6.4 et 6.6 (voir figure 6). Nous trouvons alors que θ varie
entre 21° et 30° et que λ reste compris entre 1.02 et 1.05.
Cela signifie que le petit lit apparaissant à travers les bancs
alternés est très peu sinueux et que, d’après le critère de Le numérateur représente l’énergie cinétique rapportée à
KINOSHITA (1974) rapporté à θ, les bancs eux-mêmes Ucm et le dénominateur représente l’énergie potentielle Ep
migrent naturellement vers l’aval pendant les crues. pendant la phase de creusement du petit lit (qui se déplace
en même temps latéralement). Sans ce mouvement latéral, Ep
Au-delà de β = 25 et pour un écoulement « forcé » à plein
serait directement liée à la profondeur moyenne de la section
bord entre deux digues indéformables, nous supposons qu’il
creusée (c’est-à-dire LH/L = H) mais le balayage consomme
y a décomposition latérale des structures turbulentes hori-
aussi de l’énergie et d’autant plus que ∆ est grand. Nous
zontales et début d’une division en plusieurs lits. Ce cas est
supposons que l’énergie potentielle effectivement disponible
traité plus en détail dans le §II.4.2.
pour le creusement est réduite au prorata de L/∆ et nous la
rapportons donc à (L/∆)H = (1/ξ)H = εH.
● II.3 Approche énergétique
II.3.2 Rapport de forme β correspondant à une dépense
De nombreux chercheurs considèrent que l’alternance d’énergie minimale pendant la formation des bancs
seuil-mouille caractérise l’autorégulation de la dissipation
d’énergie en rivière (KNIGHTON 1984, WOHL et al. 1993). Nous reprenons ici les hypothèses et les notations du
Certains traitent ce problème de pertes de charge dans §II.1.3 et nous remplaçons systématiquement le terme αξ
l’écoulement en supposant que le cours d’eau cherche à par 4.5δ0.15 (relation de JAEGGI 1984, §II.1.4).
minimiser ses dépenses d’énergie pendant sa formation et sa Si Qcm est le débit partiel de la tranche d’eau active, alors
déformation (YANG 1971, CHERKAUER 1973). nous avons : Qcm = Ucm Scm.

LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


24
FORMATION DE BANCS DANS UN LIT ENDIGUÉ – PARTIE 1 : THÉORIE

La loi du régime uniforme appliquée à la tranche active Nous avons aussi :


donne : Qcm = (KIv1/2) ScmRcm2/3.
Ces 2 expressions de Qcm combinées avec l’équation 2, (9)
conduisent à la relation :
D’autre part, la relation P/H = αξ/β et l’équation 1, nous
(8) permettent d’exprimer H sous la forme :

(10)

Avec :
Finalement et à partir des équations 8, 9 et 10 nous obte-
Scm=(Z+H)L = 4.5δ0.15 H2(4.5δ0.15ξ-β+βξ)/(βξ2)
nons :
Scb=(∆-L)Z = 4.5δ0.15 H2 (ξ-1)(4.5δ0.15ξ-β)/(βξ2)

Avec :

Pour un débit QM donné et si Iv et K sont choisis constants, notée βc, définie par la relation : βc = 9 δ 0.05. Soit, en posant
alors Fr varie comme la fonction χδ(β). δ = ∆/D50 = βc P/D50 :
En utilisant l’équation 5 (expression de ξ en fonction de
β), nous avons tracé χδ(β) pour différentes valeurs de δ com- βc = 10.1 (P/D50)0.053 (11)
prises entre 500 et 10 000 (figure 9).

Figure 10 : βc en fonction de δ.

Figure 9 : Tracé de χδ(β) qui varie comme Fr


Nous définissons ainsi le rapport de forme critique βc
en fonction de β.
qui maximise la longueur d’onde relative Λ/∆ et minimise
Fr est minimum pour une valeur particulière βFr de β qui la dépense d’énergie pour la formation des bancs alternés.
dépend uniquement de la granulométrie relative δ.Nous en Nous admettons que la configuration moyenne qui en résulte
déduisons, selon le principe de YALIN (2001) énoncé au correspond à une organisation spécifique des formes du lit.
§II.3.1, que l’énergie dépensée pendant la mise en place des
bancs alternés est minimale lorsque β = βFr. II.4.2 Généralisation aux bancs multiples
Au §II.2.3, nous avons supposé que les bancs alternés
se développent de façon plus ou moins harmonieuse pour
● II.4 Complémentarité des deux approches 9 < β < 25. Au §II.4.1, nous avons identifié une valeur par-
ticulière βc caractéristique d’un état moyen organisé. Dans la
II.4.1 Cas des bancs alternés suite de cet article, nous relativisons ces résultats en admet-
tant que les bancs alternés sont pleinement développés dans
Nous avons reporté sur un même graphe en fonction de δ l’intervalle 2/3βc < β < 5/3βc. Au-delà de β = 5/3βc, nous
(figure 10), les valeurs βFr (correspondant à Fr minimum) et supposons qu’il y a décomposition latérale des structures
les valeurs βHz (correspondant à η maximum). Ces valeurs turbulentes et division des ondulations de forme (YALIN
sont comparables et nous proposons une valeur unique, 2001), ce qui conduit à l’apparition de bancs centraux et à

25 LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


Ecoulements fluviaux

Figure 11 : Exemple de bancs multiples (ordre 4).

la séparation en 2 lits élémentaires jusqu’à β = 8/3βc. Pour — qs est la capacité de transport solide par unité de largeur.
des valeurs de β encore plus grandes, la décomposition des — τ*(D50) est la contrainte de Shields selon Iv, relative à
structures se poursuit entraînant la formation de bancs multi- D50 et définie pour QM à partir du rayon hydraulique Rp,
ples et de lits élémentaires de plus en plus nombreux (m lits de la masse volumique de l’eau ρ, de la masse volumique
élémentaires pour [m-1/3]βc < β < [m + 2/3]βc). du substrat ρs et de l’accélération de la pesanteur g, par la
Quel que soit l’ordre m, nous admettons pour chaque lit relation :
élémentaire (indicé i), que :
— le ratio longueur d’onde des bancs sur largeur (Λ/∆i) τ*(D50) = [ρg IvRp]/[(ρs – ρ) g D50]
reste voisin de 6.5,
— la sinuosité λi reste très proche de la valeur moyenne En posant ρs/ρ = 2.6 et en exprimant Rp et ∆ en fonction
1.03 (migration des bancs en crue), de β et P, nous obtenons :
— le rapport de forme βi reste compris entre 2/3βc et 5/3βc
(dépense d’énergie minimale si βi = βc).
(12-bis)
Nous admettons aussi que l’ensemble des formes s’orga-
nise autour d’un état moyen correspondant à une dépense
d’énergie minimale de chaque lit élémentaire sinuant entre
les bancs. Si nous admettons que la dérivée de la formule de Meyer-
Peter a un sens physique (similitude des processus), alors
nous pouvons estimer le rapport de forme β qui maximise Qs
III ■ APPLICATION AUX RIVIÈRES pour le débit QM en résolvant (∂Qs/∂β) = 0 (WHITE 1982).
ENDIGUÉES À FORTE CHARGE Pour cela, nous exprimons d’abord l’équation 1 sous la
forme 1-bis : P = K-3/8 QM3/8 (β + 2)1/4 β-5/8 Iv-3/16, que nous
SÉDIMENTAIRE
introduisons dans l’équation 12-bis :
Si la charge sédimentaire est effectivement disponible
lorsque QM transite entre les digues, alors les bancs migrent
vers l’aval en restant plus ou moins bien organisés. Dans ce
cas, nous cherchons un équilibre dynamique et nous pou-
vons appliquer le principe de RAMETTE (1979, 1990) selon
lequel : « un lit en équilibre véhiculant à plein bord son débit (12-ter)
formatif cherche à la fois à minimiser ses dépenses d’énergie
et à maximiser son débit solide transportable ».
Ensuite, nous dérivons l’équation 12-ter par rapport à β,
● III.1 Débit solide maximum avec Iv, QM et K fixés, nous obtenons :

Globalement, un cours d’eau peut être divisé en tron-


çons continus homogènes, d’un point de vue hydrologique et Iv = 0.0414 D5016/13K6/13QM-6/13
pédologique, articulés les uns aux autres par des discontinui-
tés : zones de rupture (retenue, gravière) et zones d’appro- (13)
visionnement (confluent, cône de déjection). Nous étudions
ici un secteur de tronçon homogène endigué suivant la pente
de la vallée, loin de toute discontinuité, et nous souhaitons que nous reportons finalement dans l’équation 1-bis, d’où :
optimiser le transit de la charge de fond pour QM. Dans ces
conditions, nous pouvons assimiler ce transit à la capacité P = 1.817 D50- 3/13K- 6/13QM6/13 (14)
de transport solide Qs selon Iv, que nous estimons en appli-
quant la formule de Meyer-Peter sous une forme simplifiée
(RAMEZ 1995) dans la section rectangulaire représentée
par ∆, P et le diamètre D50 du substrat (mobilité équivalente
admise si QM est très au-dessus du débit seuil de mise en
mouvement) : L’équation 13 montre que, pour un débit QM donné, la
valeur de β maximisant le transit solide entre les digues
dépend uniquement de la pente de la vallée Iv, du diamètre
(12) D50 représentatif du substrat et du coefficient de Strickler K.
Nous noterons βTS cette valeur.

LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-2005


26
FORMATION DE BANCS DANS UN LIT ENDIGUÉ – PARTIE 1 : THÉORIE

● III.2 Equilibre dynamique KINOSHITA, R., MIWA, H. (1974). “River channel formation
which prevents downstream translation of transverse bars”.
Nous appliquons le « principe de RAMETTE », cité au Shinsabo. Vol. 94. pp. 12-17
début du §III, et nous définissons l’équilibre dynamique KISHI, T. (1980). Bed Forms and Hydraulics Relations for Alluvial
d’une rivière à forte charge solide comme une configuration Streams. In : “Application of Stochastic Processes in Sediment
moyenne respectant à la fois β = βTS et βi = βc pour i variant Transport”, chapt. 5, H.W. Shen, and H. Kikkawa eds., Water
de 1 à m. Dans ce cas, nous posons m = βTS/βc, ∆i = ∆/m et Res. Publ., Littleton, Colorado. USA
nous décomposons QM en autant de débits partiels (QM/m) KNIGHTON, D. (1984). “Fluvial Forms and Processes”. Edward
qu’il y a de lits élémentaires de largeur ∆i. L’écoulement Arnold, London. 218 p.
correspondant dans chacun des lits submergés est supposé LOUIS, O. (1996). “Méthodologie de lissage de la géométrie d’un
parallèle à l’écoulement principal à plein bord et de même cours d’eau dans le cadre d’une analyse globale par tronçon :
profondeur moyenne P (voir figure 11). application au transport solide”. Rapport de stage, ENSEEIHT,
Les calculs suivants permettent de déterminer les caracté- 57 p.
ristiques morphologiques de cet équilibre : MURAMOTO, Y., FUJITA, Y. (1978). “The Classification of
— L’équation 13 donne βTS, l’équation 14 donne P, nous en Meso-Scale River Bed Configuration and the Criteria of its
déduisons ∆ = βTS P. Formation”. 22nd meeting of Hydr. Res. In Japan. pp. 275-280
— L’équation 11 donne βc, nous en déduisons m et par suite NEWBURY, R. (1995). “Rivers and the art of stream restoration”.
∆ i. Geophysical Monograph. Series 89. pp. 137-150
— La profondeur entre bancs Hi est obtenue en posant NICOLLET, G., UAN, M. (1979). “Écoulements permanents à sur-
∆i/Hi = 4.5 (∆i/D50)0.15 (voir §II.1.4). face libre en lits composés”. La Houille Blanche. n°1-1979.
— La largeur entre bancs L i est déduite du critère pp. 21-30
ξi = ∆i/L i = 3.2 (voir §II.2.2). RAMETTE, M. (1979). “Une approche rationnelle de la morpholo-
— La largeur totale entre bancs sera Lcreux = 0.3125 ∆ et la gie fluviale”. La Houille Blanche. n°8-1979. pp. 491-498
largeur totale des bancs Lbancs = 0.6875 ∆.
RAMETTE, M. (1990). “Essai d’explication et de quantification des
Cette procédure de calcul est développée dans la deuxième morphologies fluviales à partir de la théorie du régime”. La
partie de cet article sur des cas réels après un calage des for- Houille Blanche. n°1-1990. pp. 43-60
mules proposées sur des rivières naturelles.
RAMEZ, P., (1995). “Erosion et transport solide en rivière. Tome
1 : Guide pour la compréhension des phénomènes”. Collection
« Etudes » du Cemagref, Antony. 132 p.
IV ■ CONCLUSION RICHARDS, K.S. (1978). “Channel geometry in the riffle pool
sequences”, Geografiska Annaler, 60A, pp. 23-27
La réflexion théorique simplifiée présentée dans cet article
WHITE, W.R., BETTESS, R., PARIS, E. (1982). “Analytical
ne prétend pas refléter toute la complexité des cas réels de
approach to river regime”. J. Hydraulic Div., Proc. ASCE 108
terrain. Elle est néanmoins utile pour la compréhension des
(10), 1179-1193
processus morphologiques et la caractérisation des formes
résultant de la largeur d’un endiguement et de la gamme des WOHL, E.E., VINCENT, K.R., MERRITTS, D.J. (1993). “Pool
and riffle characteristics in relation to channel gradient”.
débits qui modèlent effectivement le lit.
Geomorphology. (6). pp. 99-110
L’état de l’art en ce qui concerne la mécanique des rivières
est relativement peu avancé et on est bien loin d’une explica- YALIN, M.S., SILVA, A.M.F. (2001). “Fluvial Processes”. IAHR,
tion complète et cohérente de la morphologie fluviale. De ce Delft, The Netherland, 216 p.
point de vue, cet article peut aussi être considéré comme un YANG, C.T. (1971). “Formation of riffles and pools”. Water
essai incitatif au développement de nouvelles expérimenta- Resources Research. Vol. 7. n° 6. pp. 1567-1574
tions ou tout simplement un moyen d’alimenter le débat.

Rappel des principales notations utilisées


BIBLIOGRAPHIE
Notations générales :
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in alluvial streams”. Bull. of the Disaster Prevention Research QM Débit à plein bord entre digues (1ère partie) ou
Institute. Kyoto University. Japan. (14). pp. 23-45 entre berges principales (2ème partie) (supposé
CHERKAUER, D.S. (1973). “Minimization of power expenditure recouvrir les bancs dans tous les cas)
in a riffle-pool alluvial channel”. Water Resources Research. qs Capacité de transport solide par unité de largeur
Vol. 9. pp. 1613-1628 Iv Pente de la vallée
Λ Longueur d’onde des bancs
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energy as the general form of critical flow and maximum flow Notations pour le lit principal :
efficiency and for explaining variations in river channel pat- ∆ et P Largeur et Profondeur moyennes du lit principal
tern”. Water Resources Research. Vol. 40. W04502. pp. 1-13
β = ∆/P Rapport de forme du lit principal
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widenings of limited length ». XXVIII IAHR m = ∆/∆i Nombre de lits élémentaires (ou indice de bifur-
Congress, Graz, 22-27, August 1999, 7 p. cation)
JAEGGI, M. (1984). « Formation and effects of alternate bars ». σ Sinuosité du lit principal (strictement égale à 1
Journal of Hydraulic Eng., ACSE, Vol 110, N° 2, pp. 142-156 dans la 1ère partie)

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Ecoulements fluviaux
Lcreux Largeur totale cumulée entre bancs δ = ∆i/D50 Granulométrie relative
Lbancs Largeur totale cumulée des bancs η = Λ/∆i Ratio longueur d’onde sur largeur moyenne d’un
lit élémentaire
Notations pour les lits élémentaires : βi = ∆i/P Rapport de forme d’un lit élémentaire (compté au
Les caractéristiques géométriques étant supposées identiques plein bord du lit principal)
pour tous les lits élémentaires, nous ne reportons pas l’indi- α = L/H Rapport de forme du « petit lit » sinuant entre les
ce i, sauf pour ∆i et βi afin de ne pas les confondre avec ∆ et bancs
β associés au lit principal. λ Sinuosité du « petit lit » entre les bancs (comptée
Remarque : la distinction entre (∆i, βi) et (∆, β) n’était pas au niveau d’un lit élémentaire)
utile au début de la 1ère partie de cet article (cas particulier ξ = ∆i/L Rapport des largeurs dans la section composée
des bancs alternés). Elle sera faite systématiquement dans la moyenne d’un lit élémentaire
2ème partie (cas général). βHz Rapport de forme correspondant à η maximum
∆i et P Largeur et Profondeur moyennes d’un lit élémen- βFr Rapport de forme correspondant à Froude mini-
taire (comptées au plein bord du lit principal) mum
L et H Largeur et Profondeur moyennes entre bancs βc Rapport de forme critique

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