Formation de bancs en rivière canalisée
Formation de bancs en rivière canalisée
Partie 1 :
théorie
P. Ramez
Philippe Ramez
Flood routing over a mobile bed within the dikes and the associated dynamic formation of bars increase the variability
of flow features and bed forms. At the same time, the riffle-pool sequences accompanying the bar sequences increase
the diversity of aquatic habitats and allows suitable in-stream ecological conditions. This paper deals with these mor-
phological processes. It starts from laboratory experiments (JAEGGI 1984, HUNZINGER 1999) and proposes a simple
method to define a dynamical equilibrium based on the pattern of the bars.
(5)
(4)
Cette équation définit la fonction ξ(β) et par suite les
fonctions ε(β) = 1/ξ(β) et α(β) = 4.5δ0.15/ξ(β).
Figure 5 : Tracé des fonctions ξ(β) et α(β) avec δ = 120 250 500 1 000 2 000 5 000 10 000 20 000
• de gauche à droite pour ξ(β), • de bas en haut pour α(β)
(6)
Figure 6 : Ratio longueur d’onde sur largeur totale η en fonction du rapport des largeurs ξ et du rapport de forme β
Individualisons l’arc AA’, noté . Pour passer de A à A’, II.3.1 Nombre de Froude représentatif de la dynamique
il y a au moins deux chemins possibles, chacun conduisant à du petit lit creusé entre les bancs
un même dénivelé δz :
Selon YALIN (2001) la minimisation des énergies mises
— selon l’axe du grand lit entre digues : δz = (η/2) ξL Iv en jeu pendant le transport solide correspond à un nom-
— selon l’axe du petit lit entre bancs : δz = I bre de Froude minimum. HUANG (2004) montre que la
Nous en déduisons : = (η/2) ξL λ. plupart des principes de minimisation d’énergie, appliqués
Nous avons aussi = 2θr et donc λ = (4θr)/(ηξL). en dynamique fluviale, sont issus d’une généralisation aux
lits mobiles du théorème de Bélanger « énergie spécifique
Une analyse trigonométrique dans le triangle rectangle
minimale en régime critique » et il précise que le principe de
grisé défini par son hypoténuse (r), sa base (Λ/4 = (η/4)ξL)
YALIN est effectivement applicable si la largeur de la rivière
et sa hauteur (r - (∆-L)/2) nous permet de poser :
est contrainte. Dans ce paragraphe, nous proposons donc une
approche basée sur l’étude d’un nombre de Froude influencé
(η/4) ξL = [Link] θ (d’où : λ = θ/sin θ) et (∆-L)/2 = r – [Link] θ par les creusements et les dépôts qui apparaissent à l’inter-
face eau-sédiment d’un lit endigué.
D’où finalement :
Nous admettons que l’écoulement, confiné entre deux
digues indéformables, d’un débit QM supérieur au débit seuil
de mise en mouvement entraîne un remodelage du fond
caractérisé par le développement d’un petit lit mobile qui
ondule verticalement et latéralement autour d’une configu-
avec λ = (θ exprimé en radian) (7) ration moyenne (figure 4). Nous cherchons à identifier un
nombre de Froude Fr représentatif de l’écoulement dans
ce petit lit qui se creuse entre les bancs et, pour cela, nous
Nous pouvons ainsi calculer les valeurs de θ et de λ asso- reprenons la vision lagrangienne présentée au §II.1.2. Nous
ciées à ξHz = 3.2 en prenant η = 6.61 (voir §II.2.2), ce qui imaginons ainsi une tranche d’eau active, de largeur L et
donne : θHz = 23.5° et λHz = 1.03. d’épaisseur (Z + H), s’écoulant avec une vitesse moyenne
Plus généralement et lorsque 9 < β < 25, c’est-à-dire Ucm dans le sens de la vallée (de pente Iv) et balayant sans
2.5 < ξ < 5 à 6.5 (voir figure 5), nous choisissons η entre cesse la largeur entre digue ∆. Nous posons :
6.4 et 6.6 (voir figure 6). Nous trouvons alors que θ varie
entre 21° et 30° et que λ reste compris entre 1.02 et 1.05.
Cela signifie que le petit lit apparaissant à travers les bancs
alternés est très peu sinueux et que, d’après le critère de Le numérateur représente l’énergie cinétique rapportée à
KINOSHITA (1974) rapporté à θ, les bancs eux-mêmes Ucm et le dénominateur représente l’énergie potentielle Ep
migrent naturellement vers l’aval pendant les crues. pendant la phase de creusement du petit lit (qui se déplace
en même temps latéralement). Sans ce mouvement latéral, Ep
Au-delà de β = 25 et pour un écoulement « forcé » à plein
serait directement liée à la profondeur moyenne de la section
bord entre deux digues indéformables, nous supposons qu’il
creusée (c’est-à-dire LH/L = H) mais le balayage consomme
y a décomposition latérale des structures turbulentes hori-
aussi de l’énergie et d’autant plus que ∆ est grand. Nous
zontales et début d’une division en plusieurs lits. Ce cas est
supposons que l’énergie potentielle effectivement disponible
traité plus en détail dans le §II.4.2.
pour le creusement est réduite au prorata de L/∆ et nous la
rapportons donc à (L/∆)H = (1/ξ)H = εH.
● II.3 Approche énergétique
II.3.2 Rapport de forme β correspondant à une dépense
De nombreux chercheurs considèrent que l’alternance d’énergie minimale pendant la formation des bancs
seuil-mouille caractérise l’autorégulation de la dissipation
d’énergie en rivière (KNIGHTON 1984, WOHL et al. 1993). Nous reprenons ici les hypothèses et les notations du
Certains traitent ce problème de pertes de charge dans §II.1.3 et nous remplaçons systématiquement le terme αξ
l’écoulement en supposant que le cours d’eau cherche à par 4.5δ0.15 (relation de JAEGGI 1984, §II.1.4).
minimiser ses dépenses d’énergie pendant sa formation et sa Si Qcm est le débit partiel de la tranche d’eau active, alors
déformation (YANG 1971, CHERKAUER 1973). nous avons : Qcm = Ucm Scm.
(10)
Avec :
Finalement et à partir des équations 8, 9 et 10 nous obte-
Scm=(Z+H)L = 4.5δ0.15 H2(4.5δ0.15ξ-β+βξ)/(βξ2)
nons :
Scb=(∆-L)Z = 4.5δ0.15 H2 (ξ-1)(4.5δ0.15ξ-β)/(βξ2)
Avec :
Pour un débit QM donné et si Iv et K sont choisis constants, notée βc, définie par la relation : βc = 9 δ 0.05. Soit, en posant
alors Fr varie comme la fonction χδ(β). δ = ∆/D50 = βc P/D50 :
En utilisant l’équation 5 (expression de ξ en fonction de
β), nous avons tracé χδ(β) pour différentes valeurs de δ com- βc = 10.1 (P/D50)0.053 (11)
prises entre 500 et 10 000 (figure 9).
Figure 10 : βc en fonction de δ.
la séparation en 2 lits élémentaires jusqu’à β = 8/3βc. Pour — qs est la capacité de transport solide par unité de largeur.
des valeurs de β encore plus grandes, la décomposition des — τ*(D50) est la contrainte de Shields selon Iv, relative à
structures se poursuit entraînant la formation de bancs multi- D50 et définie pour QM à partir du rayon hydraulique Rp,
ples et de lits élémentaires de plus en plus nombreux (m lits de la masse volumique de l’eau ρ, de la masse volumique
élémentaires pour [m-1/3]βc < β < [m + 2/3]βc). du substrat ρs et de l’accélération de la pesanteur g, par la
Quel que soit l’ordre m, nous admettons pour chaque lit relation :
élémentaire (indicé i), que :
— le ratio longueur d’onde des bancs sur largeur (Λ/∆i) τ*(D50) = [ρg IvRp]/[(ρs – ρ) g D50]
reste voisin de 6.5,
— la sinuosité λi reste très proche de la valeur moyenne En posant ρs/ρ = 2.6 et en exprimant Rp et ∆ en fonction
1.03 (migration des bancs en crue), de β et P, nous obtenons :
— le rapport de forme βi reste compris entre 2/3βc et 5/3βc
(dépense d’énergie minimale si βi = βc).
(12-bis)
Nous admettons aussi que l’ensemble des formes s’orga-
nise autour d’un état moyen correspondant à une dépense
d’énergie minimale de chaque lit élémentaire sinuant entre
les bancs. Si nous admettons que la dérivée de la formule de Meyer-
Peter a un sens physique (similitude des processus), alors
nous pouvons estimer le rapport de forme β qui maximise Qs
III ■ APPLICATION AUX RIVIÈRES pour le débit QM en résolvant (∂Qs/∂β) = 0 (WHITE 1982).
ENDIGUÉES À FORTE CHARGE Pour cela, nous exprimons d’abord l’équation 1 sous la
forme 1-bis : P = K-3/8 QM3/8 (β + 2)1/4 β-5/8 Iv-3/16, que nous
SÉDIMENTAIRE
introduisons dans l’équation 12-bis :
Si la charge sédimentaire est effectivement disponible
lorsque QM transite entre les digues, alors les bancs migrent
vers l’aval en restant plus ou moins bien organisés. Dans ce
cas, nous cherchons un équilibre dynamique et nous pou-
vons appliquer le principe de RAMETTE (1979, 1990) selon
lequel : « un lit en équilibre véhiculant à plein bord son débit (12-ter)
formatif cherche à la fois à minimiser ses dépenses d’énergie
et à maximiser son débit solide transportable ».
Ensuite, nous dérivons l’équation 12-ter par rapport à β,
● III.1 Débit solide maximum avec Iv, QM et K fixés, nous obtenons :
● III.2 Equilibre dynamique KINOSHITA, R., MIWA, H. (1974). “River channel formation
which prevents downstream translation of transverse bars”.
Nous appliquons le « principe de RAMETTE », cité au Shinsabo. Vol. 94. pp. 12-17
début du §III, et nous définissons l’équilibre dynamique KISHI, T. (1980). Bed Forms and Hydraulics Relations for Alluvial
d’une rivière à forte charge solide comme une configuration Streams. In : “Application of Stochastic Processes in Sediment
moyenne respectant à la fois β = βTS et βi = βc pour i variant Transport”, chapt. 5, H.W. Shen, and H. Kikkawa eds., Water
de 1 à m. Dans ce cas, nous posons m = βTS/βc, ∆i = ∆/m et Res. Publ., Littleton, Colorado. USA
nous décomposons QM en autant de débits partiels (QM/m) KNIGHTON, D. (1984). “Fluvial Forms and Processes”. Edward
qu’il y a de lits élémentaires de largeur ∆i. L’écoulement Arnold, London. 218 p.
correspondant dans chacun des lits submergés est supposé LOUIS, O. (1996). “Méthodologie de lissage de la géométrie d’un
parallèle à l’écoulement principal à plein bord et de même cours d’eau dans le cadre d’une analyse globale par tronçon :
profondeur moyenne P (voir figure 11). application au transport solide”. Rapport de stage, ENSEEIHT,
Les calculs suivants permettent de déterminer les caracté- 57 p.
ristiques morphologiques de cet équilibre : MURAMOTO, Y., FUJITA, Y. (1978). “The Classification of
— L’équation 13 donne βTS, l’équation 14 donne P, nous en Meso-Scale River Bed Configuration and the Criteria of its
déduisons ∆ = βTS P. Formation”. 22nd meeting of Hydr. Res. In Japan. pp. 275-280
— L’équation 11 donne βc, nous en déduisons m et par suite NEWBURY, R. (1995). “Rivers and the art of stream restoration”.
∆ i. Geophysical Monograph. Series 89. pp. 137-150
— La profondeur entre bancs Hi est obtenue en posant NICOLLET, G., UAN, M. (1979). “Écoulements permanents à sur-
∆i/Hi = 4.5 (∆i/D50)0.15 (voir §II.1.4). face libre en lits composés”. La Houille Blanche. n°1-1979.
— La largeur entre bancs L i est déduite du critère pp. 21-30
ξi = ∆i/L i = 3.2 (voir §II.2.2). RAMETTE, M. (1979). “Une approche rationnelle de la morpholo-
— La largeur totale entre bancs sera Lcreux = 0.3125 ∆ et la gie fluviale”. La Houille Blanche. n°8-1979. pp. 491-498
largeur totale des bancs Lbancs = 0.6875 ∆.
RAMETTE, M. (1990). “Essai d’explication et de quantification des
Cette procédure de calcul est développée dans la deuxième morphologies fluviales à partir de la théorie du régime”. La
partie de cet article sur des cas réels après un calage des for- Houille Blanche. n°1-1990. pp. 43-60
mules proposées sur des rivières naturelles.
RAMEZ, P., (1995). “Erosion et transport solide en rivière. Tome
1 : Guide pour la compréhension des phénomènes”. Collection
« Etudes » du Cemagref, Antony. 132 p.
IV ■ CONCLUSION RICHARDS, K.S. (1978). “Channel geometry in the riffle pool
sequences”, Geografiska Annaler, 60A, pp. 23-27
La réflexion théorique simplifiée présentée dans cet article
WHITE, W.R., BETTESS, R., PARIS, E. (1982). “Analytical
ne prétend pas refléter toute la complexité des cas réels de
approach to river regime”. J. Hydraulic Div., Proc. ASCE 108
terrain. Elle est néanmoins utile pour la compréhension des
(10), 1179-1193
processus morphologiques et la caractérisation des formes
résultant de la largeur d’un endiguement et de la gamme des WOHL, E.E., VINCENT, K.R., MERRITTS, D.J. (1993). “Pool
and riffle characteristics in relation to channel gradient”.
débits qui modèlent effectivement le lit.
Geomorphology. (6). pp. 99-110
L’état de l’art en ce qui concerne la mécanique des rivières
est relativement peu avancé et on est bien loin d’une explica- YALIN, M.S., SILVA, A.M.F. (2001). “Fluvial Processes”. IAHR,
tion complète et cohérente de la morphologie fluviale. De ce Delft, The Netherland, 216 p.
point de vue, cet article peut aussi être considéré comme un YANG, C.T. (1971). “Formation of riffles and pools”. Water
essai incitatif au développement de nouvelles expérimenta- Resources Research. Vol. 7. n° 6. pp. 1567-1574
tions ou tout simplement un moyen d’alimenter le débat.