Exposé : La Cybercriminalité
Introduction
La cybercriminalité, qualifiée de criminalité transfrontalière, représente un défi majeur dans le
monde moderne. Les pays arabes, y compris l’Algérie, accusent un retard significatif dans la
lutte contre ce phénomène, malgré son impact croissant sur toutes les sociétés. En Algérie,
plusieurs formes de cybercriminalité ont émergé, notamment le piratage, le trafic de drogues, et
le blanchiment d’argent via internet. L’affaire d’un jeune homme ayant fait chanter une femme,
en publiant des photos d’elle dans des positions compromettantes après le refus de sa demande
en mariage, illustre parfaitement ces infractions. La victime a porté plainte pour diffusion,
diffamation et atteinte à la pudeur, et l’affaire a conduit à une réquisition de trois ans de prison
ferme et une amende de 300 000 dinars par le parquet du tribunal de Harrach.
Face à la montée alarmante de ces crimes, le législateur algérien, à l’instar d’autres systèmes
juridiques, a pris des mesures pour offrir une réponse législative adaptée. Cela s’est traduit par
l’adoption de nouveaux cadres législatifs ou par l’introduction de dispositions spécifiques dans
les textes existants, tels que la loi relative aux droits d’auteur et droits voisins ou le Code pénal.
Cet exposé s’articule autour de deux chapitres principaux : la protection de la propriété
intellectuelle et des systèmes numériques, suivie de la défense des droits individuels contre les
atteintes informatiques.
Chapitre I : La Protection de la Propriété Intellectuelle et des Systèmes Numériques
Section 1 : Adaptation des textes classiques à la révolution numérique
Sous-section 1 : L’impact de la révolution numérique sur la propriété intellectuelle
La révolution numérique a profondément bouleversé la vie moderne, notamment dans le
domaine de la propriété intellectuelle. La publication, la distribution et la présentation des
œuvres sont devenues plus simples et accessibles grâce aux ordinateurs. Ce progrès a donné
naissance à une nouvelle catégorie, appelée "propriété numérique", qui inclut les droits de
propriété intellectuelle sur internet et couvre les œuvres créatives issues des technologies de
l’information, qualifiées d’œuvres numériques.
Sous-section 2 : L’intégration des programmes informatiques dans les droits d’auteur
La protection des biens numériques, notamment les programmes informatiques, a été intégrée
dans le champ des droits d’auteur par l’ordonnance n° 05/03 du 19 juillet 2003. L’article 4 de
cette ordonnance considère les programmes informatiques comme des œuvres littéraires ou
artistiques protégées, aux côtés d’essais, de recherches scientifiques, de romans, de poèmes, et
d’autres créations écrites. Cette protection couvre les droits patrimoniaux, permettant à l’auteur
d’exploiter son programme ou d’en déléguer l’usage, ainsi que les droits moraux, garantissant à
l’auteur le contrôle sur la publication, la modification ou la suppression de son œuvre.
Section 2 : La protection élargie par les conventions et amendements législatifs
Sous-section 1 : L’influence de la Convention de Berne.
La ratification par l’Algérie de la Convention de Berne, en vertu du décret présidentiel 341/97 du
13 septembre 1997, a renforcé la protection des droits d’auteur, y compris des programmes
informatiques, pour une durée de 50 ans suivant la publication de l’œuvre ou, en cas de décès,
suivant l’année de la mort de l’auteur. Cette harmonisation place l’Algérie dans une dynamique
internationale visant à protéger les œuvres numériques.
Sous-section 2 : Introduction des dispositions spécifiques dans le Code pénal
Avec la loi n° 15/04 de 2004, le législateur algérien a introduit dans le Code pénal une section
spécifique dédiée aux atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données. L’article 394
bis prévoit des peines allant de trois mois à un an de prison et une amende de 50 000 à 100 000
dinars pour tout accès frauduleux à un système informatique. En cas de suppression ou de
modification des données, les peines sont doublées, et pour les actes de sabotage, elles peuvent
atteindre deux ans de prison et une amende de 150 000 dinars. Cet article criminalise également
les tentatives d’accès illégal, même si l’accès est accidentel ou partiel.
Chapitre II : La Protection des Personnes contre les Crimes Informatiques
Section 1 : Les atteintes à la vie privée à l’ère numérique
Sous-section 1 : Les fondements constitutionnels et internationaux
La protection de la vie privée est un droit consacré par les législations internationales et
nationales. L’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 interdit les
immixtions arbitraires dans la vie privée. En Algérie, les articles 39 et 63 de la Constitution
garantissent la protection de l’honneur, de la vie privée, et du secret des correspondances. Ces
principes fondamentaux sont traduits en lois pénales pour réprimer les violations.
Sous-section 2 : Les articles 303 bis et 303 bis 1 du Code pénal
Le législateur algérien a criminalisé la captation, l’enregistrement ou la transmission de
conversations ou d’images privées sans l’autorisation des personnes concernées. Ces actes,
réprimés par l’article 303 bis du Code pénal, sont passibles de peines allant de six mois à trois
ans de prison et d’une amende de 50 000 à 300 000 dinars. L’article 303 bis 1 incrimine
également la détention ou la diffusion de données obtenues illégalement, renforçant ainsi la lutte
contre les atteintes à la vie privée.
Section 2 : La répression des autres crimes informatiques.
Sous-section 1 : Diffamation et injures numériques
Les articles 296 à 299 du Code pénal répriment la diffamation et l’injure, y compris celles
commises via des moyens informatiques. L’article 144 bis, en particulier, qualifie d’infractions
informatiques les insultes ou diffamations visant le président de la République lorsqu’elles sont
réalisées par voie électronique.
Sous-section 2 : Le vol d’informations et ses lacunes juridiques
Le vol d’informations, bien qu’immatériel, est une problématique peu abordée dans la législation
algérienne. Contrairement aux États-Unis, où les données numériques sont considérées comme
des biens volables, l’Algérie se limite à criminaliser le commerce ou la manipulation non
autorisée de données via l’article 394 bis 2. Cette lacune pourrait être comblée par une
reconnaissance explicite de la valeur économique des données informatiques.
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Conclusion
L’Algérie a fait des progrès notables dans l’adaptation de ses lois pour lutter contre la
cybercriminalité, en protégeant la propriété numérique, les systèmes informatiques, et les droits
individuels contre les atteintes modernes. Toutefois, des lacunes subsistent, notamment
concernant la reconnaissance explicite du vol d’informations. Pour relever les défis croissants de
la cybercriminalité, il est essentiel que l’Algérie poursuive ses réformes législatives tout en
renforçant sa coopération internationale. Ainsi, elle pourra mieux protéger ses citoyens et ses
infrastructures dans un monde de plus en plus connecté.