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D.S.E.

SUPPORT COURS : ANALYSE MATHEMATIQUE

FILIERE GESTION: GROUPES II et III

Année académique :2024/2025

PLAN:

PARTIE I: ETUDE DES FONCTIONS

PARTIE II: LES MATRICES


Les nombres réels

1. L’ensemble des nombres rationnels Q

1.1. Écriture décimale


Par définition, l’ensemble des nombres rationnels
est§ ª
p
Q= | p ∈ Z, q ∈ N∗ .
q

On a noté N∗ = N \ {0}.
2 −7 3
Par exemple : 5 ; 10 ; 6 = 12 .
a
Les nombres décimaux, c’est-à-dire les nombres de la forme 10n , avec a ∈ Z et n ∈ N, fournissent d’autres
exemples :
1234 345
1, 234 = 1234 × 10−3 = 0, 00345 = 345 × 10−5 = .
1000 100 000

Proposition 1.
Un nombre est rationnel si et seulement s’il admet une écriture décimale périodique ou finie.

Par exemple :
3 1
= 0, 6 = 0, 3333 . . . 1, 179 325 325 325 . . .
5 3 ←→ ←→ ←→
Nous n’allons pas donner la démonstration mais le sens direct ( =⇒ ) repose sur la division euclidienne. Pour
la réciproque (⇐=) voyons comment cela marche sur un exemple : Montrons que x = 12, 34 2021 2021 . . .
←−→ ←−→
est un rationnel.
L’idée est d’abord de faire apparaître la partie périodique juste après la virgule. Ici la période commence
deux chiffres après la virgule, donc on multiplie par 100 :

100x = 1234, 2021 2021 . . . (1)


←−→ ←−→
Maintenant on va décaler tout vers la gauche de la longueur d’une période, donc ici on multiplie encore par
10 000 pour décaler de 4 chiffres :

10 000 × 100x = 1234 2021, 2021 . . . (2)


←−→
Les parties après la virgule des deux lignes (1) et (2) sont les mêmes, donc si on les soustrait en faisant
(2)-(1) alors les parties décimales s’annulent :

10 000 × 100x − 100x = 12 342 021 − 1234

donc 999 900x = 12 340 787 donc


12 340 787
x= .
999 900
Et donc bien sûr x ∈ Q.

p
1.2. 2 n’est pas un nombre rationnel
Il existe des nombres qui ne sont pas rationnels, les irrationnels. Les nombres irrationnels apparaissent
naturellement dans les figures géométriques : par exemple la diagonale d’un carré de côté 1 est le nombre
p
irrationnel 2 ; la circonférence d’un cercle de rayon 12 est π qui est également un nombre irrationnel. Enfin
e = exp(1) est aussi irrationnel.
π

p 2

1
2

p
Nous allons prouver que 2 n’est pas un nombre rationnel.
Proposition 2.
p
/Q
2∈

p
Démonstration. Par l’absurde supposons que 2 soit un nombre rationnel. Alors il existe des entiers p ∈ Z
p p
et q ∈ N∗ tels que 2 = q , de plus –ce sera important pour la suite– on suppose que p et q sont premiers
p
entre eux (c’est-à-dire que la fraction q est sous une écriture irréductible).
p p
En élevant au carré, l’égalité 2 = q devient 2q2 = p2 . Cette dernière égalité est une égalité d’entiers.
L’entier de gauche est pair, donc on en déduit que p2 est pair ; en terme de divisibilité 2 divise p2 .
Mais si 2 divise p2 alors 2 divise p (cela se prouve par facilement l’absurde). Donc il existe un entier p0 ∈ Z
tel que p = 2p0 .
Repartons de l’égalité 2q2 = p2 et remplaçons p par 2p0 . Cela donne 2q2 = 4p02 . Donc q2 = 2p02 . Maintenant
cela entraîne que 2 divise q2 et comme avant alors 2 divise q.
Nous avons prouvé que 2 divise à la fois p et q. Cela rentre en contradiction avec le fait que p et q sont
p
premiers entre eux. Notre hypothèse de départ est donc fausse : 2 n’est pas un nombre rationnel.

Comme ce résultat est important en voici une deuxième démonstration, assez différente, mais toujours par
l’absurde.
p p p
Autre démonstration. Par l’absurde, supposons 2 = q , donc q 2 = p ∈ N. Considérons l’ensemble
p
N = n ∈ N∗ | n 2 ∈ N .

p
Cet ensemble n’est pas vide car on vient de voir que q 2 = p ∈ N donc q ∈ N . Ainsi N est une partie non
vide de N, elle admet donc un plus petit élément n0 = min N .
Posons
p p
n1 = n0 2 − n0 = n0 ( 2 − 1),
p
il découle de cette dernière égalité et de 1 < 2 < 2 que 0 < n1 < n0 .
p p p p
De plus n1 2 = (n0 2 − n0 ) 2 = 2n0 − n0 2 ∈ N. Donc n1 ∈ N et n1 < n0 : on vient de trouver un
élément n1 de N strictement plus petit que n0 qui était le minimum. C’est une contradiction.
p
Notre hypothèse de départ est fausse, donc 2 ∈ / Q.

Exercice 1.
p
/ Q.
Montrer que 10 ∈

On représente souvent les nombres réels sur une « droite numérique » :


p
2 e π
−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5
p
Il est bon de connaître les premières décimales de certains réels 2 ' 1, 4142 . . . π ' 3, 14159265 . . .
e ' 2, 718 . . .

Il est souvent pratique de rajouter les deux extrémités à la droite numérique.


Définition 1.

R = R ∪ {−∞, ∞}

2. Propriétés de R

2.1. Addition et multiplication


Ce sont les propriétés que vous avez toujours pratiquées. Pour a, b, c ∈ R on a :

a+b= b+a a×b= b×a


0+a = a 1 × a = a si a 6= 0
a + b = 0 ⇐⇒ a = −b a b = 1 ⇐⇒ a = 1b
(a + b) + c = a + (b + c) (a × b) × c = a × (b × c)

a × (b + c) = a × b + a × c
a × b = 0 ⇐⇒ (a = 0 ou b = 0)

On résume toutes ces propriétés en disant que :


Propriété (R1).
(R, +, ×) est un corps commutatif.

2.2. Ordre sur R


Nous allons voir que les réels sont ordonnés. La notion d’ordre est générale et nous allons définir cette
notion sur un ensemble quelconque. Cependant gardez à l’esprit que pour nous E = R et R =6.
Définition 2.
Soit E un ensemble.
1. Une relation R sur E est un sous-ensemble de l’ensemble produit E × E. Pour (x, y) ∈ E × E, on dit
que x est en relation avec y et on note xR y pour dire que (x, y) ∈ R.
LES NOMBRES RÉELS 2. PROPRIÉTÉS DE R 5

2. Une relation R est une relation d’ordre si


• R est réflexive : pour tout x ∈ E, xR x,
• R est antisymétrique : pour tout x, y ∈ E, (xR y et yR x) =⇒ x = y,
• R est transitive : pour tout x, y, z ∈ E, (xR y et yRz) =⇒ xRz.

Définition 3.
Une relation d’ordre R sur un ensemble E est totale si pour tout x, y ∈ E on a xR y ou yR x. On dit
aussi que (E, R) est un ensemble totalement ordonné.

Propriété (R2).
La relation 6 sur R est une relation d’ordre, et de plus, elle est totale.

Nous avons donc :


• pour tout x ∈ R, x 6 x,
• pour tout x, y ∈ R, si x 6 y et y 6 x alors x = y,
• pour tout x, y, z ∈ R si x 6 y et y 6 z alors x 6 z.
Remarque.
Pour (x, y) ∈ R2 on a par définition :
x 6 y ⇐⇒ y − x ∈ R+
x < y ⇐⇒ (x 6 y et x 6= y) .
Les opérations de R sont compatibles avec la relation d’ordre 6 au sens suivant, pour des réels a, b, c, d :
(a 6 b et c 6 d) =⇒ a + c 6 b + d
(a 6 b et c > 0) =⇒ a × c 6 b × c
(a 6 b et c 6 0) =⇒ a × c > b × c.
On définit le maximum de deux réels a et b par :
(
a si a > b
max(a, b) =
b si b > a.
Exercice 2.
Comment définir max(a, b, c), max(a1 , a2 , . . . , an ) ? Et min(a, b) ?

2.3. Propriété d’Archimède

Propriété (R3, Propriété d’Archimède).


R est archimédien, c’est-à-dire :
∀x ∈ R ∃n ∈ N n > x
« Pour tout réel x, il existe un entier naturel n strictement plus grand que x. »

Cette propriété peut sembler évidente, elle est pourtant essentielle puisque elle permet de définir la partie
entière d’un nombre réel :
Proposition 3.
Soit x ∈ R, il existe un unique entier relatif, la partie entière notée E(x), tel que :

E(x) 6 x < E(x) + 1


Exemple 1.
• E(2, 853) = 2, E(π) = 3, E(−3, 5) = −4.
• E(x) = 3 ⇐⇒ 3 6 x < 4.
Remarque.
• On note aussi E(x) = [x].
• Voici le graphe de la fonction partie entière x 7→ E(x) :
y

y = E(x)

E(2, 853) = 2

0 1 2, 853 x

Pour la démonstration de la proposition 3 il y a deux choses à établir : d’abord qu’un tel entier E(x) existe
et ensuite qu’il est unique.

Démonstration.
Existence. Supposons x > 0, par la propriété d’Archimède (Propriété R3) il existe n ∈ N tel que n > x.

L’ensemble K = k ∈ N | k 6 x est donc fini (car pour tout k dans K, on a 0 6 k < n). Il admet donc un
plus grand élément kmax = max K. On a alors kma x 6 x car kma x ∈ K, et kma x + 1 > x car kma x + 1 ∈
/ K.
Donc kma x 6 x < kmax + 1 et on prend donc E(x) = kma x .

Unicité. Si k et ` sont deux entiers relatifs vérifiant k 6 x < k + 1 et ` 6 x < ` + 1, on a donc k 6 x < ` + 1,
donc par transitivité k < ` + 1. En échangeant les rôles de ` et k, on a aussi ` < k + 1. On en conclut que
` − 1 < k < ` + 1, mais il n’y a qu’un seul entier compris strictement entre ` − 1 et ` + 1, c’est `. Ainsi k = `.
Le cas x < 0 est similaire.

Exemple 2.
p
Encadrons 10 et 1, 11/12 par deux entiers consécutifs.
p p
• Nous savons 32 = 9 < p 10 donc 3 = 32 < 10 (la fonction racine carrée est croissante). De même
p p p 
42 = 16 > 10 donc 4 = 42 > 10. Conclusion : 3 < 10 < 4 ce qui implique E 10 = 3.
• On procède sur le même principe. 112 < 1, 10 < 212 donc en passant à la racine 12-ième (c’est-à-dire à
1

la puissance 12 ) on obtient : 1 < 1, 11/12 < 2 et donc E 1, 11/12 = 1.

2.4. Valeur absolue


Pour un nombre réel x, on définit la valeur absolue de x par :
(
x si x > 0
|x| =
−x si x < 0

Voici le graphe de la fonction x 7→ |x| :


y
y = |x|

0 1 x

Proposition 4.
1. |x| > 0 ; | − x| = |x| ; |x| > 0 ⇐⇒ x 6= 0
p
2. x 2 = |x|
3. |x y| = |x|| y|
4. Inégalité triangulaire |x + y| 6 |x| + | y|

5. Seconde inégalité triangulaire |x| − | y| 6 |x − y|

Démonstration des inégalités triangulaires.


• −|x| 6 x 6 |x| et −| y| 6 y 6 | y|. En additionnant − (|x| + | y|) 6 x + y 6 |x|+| y|, donc |x + y| 6 |x|+| y|.
• Puisque x = (x − y) + y, on a d’après la première inégalité : |x| = (x − y) + y 6 |x − y| + | y|. Donc
|x| − | y| 6 |x − y|, et en intervertissant les rôles de x et y, on a aussi | y| − |x| 6 | y − x|. Comme
| y − x| = |x − y| on a donc |x| − | y| 6 |x − y|.

Sur la droite numérique, |x − y| représente la distance entre les réels x et y ; en particulier |x| représente la
distance entre les réels x et 0.

|x| |x − y|

| | |
0 x y

De plus on a :
• |x − a| < r ⇐⇒ a − r < x < a + r.
• Ou encore, comme on le verra bientôt, |x − a| < r ⇐⇒ x ∈]a − r, a + r[.
— ”
/ / / / / / /|/ / / / / / /
a−r a a+r

Exercice 3.
Soit a ∈ R\{0} et x ∈ R tel que |x − a| < |a|. Montrer que x 6= 0 et ensuite que x est du même signe que a.
3. Densité de Q dans R

3.1. Intervalle

Définition 4.
Un intervalle de R est un sous-ensemble I de R vérifiant la propriété :
∀a, b ∈ I ∀x ∈ R (a 6 x 6 b =⇒ x ∈ I)

Remarque.
• Par définition I = ∅ est un intervalle.
• I = R est aussi un intervalle.
Définition 5.

Un intervalle ouvert est un sous-ensemble de R de la forme ]a, b[= x ∈ R | a < x < b , où a et b sont
des éléments de R.

Même si cela semble évident il faut justifier qu’un intervalle ouvert est un intervalle ( !). En effet soient
a0 , b0 des éléments de ]a, b[ et x ∈ R tel que a0 6 x 6 b0 . Alors on a a < a0 6 x 6 b0 < b, donc x ∈]a, b[.

La notion de voisinage sera utile pour les limites.


Définition 6.
Soit a un réel, V ⊂ R un sous-ensemble. On dit que V est un voisinage de a s’il existe un intervalle
ouvert I tel que a ∈ I et I ⊂ V .

V V I
[ ] [ ] | [ ]
a

3.2. Densité

Théorème 1.
1. Q est dense dans R : tout intervalle ouvert (non vide) de R contient une infinité de rationnels.
2. R\Q est dense dans R : tout intervalle ouvert (non vide) de R contient une infinité d’irrationnels.

Démonstration. On commence par remarquer que tout intervalle ouvert non vide de R contient un intervalle
du type ]a, b[, a, b ∈ R. On peut donc supposer que I =]a, b[ par la suite.
1. Tout intervalle contient un rationnel.
On commence par montrer l’affirmation :
∀a, b ∈ R (a < b =⇒ ∃r ∈ Q a < r < b) (3)
p
Donnons d’abord l’idée de la preuve. Trouver un tel rationnel r = q,avec p ∈ Z et q ∈ N∗ , revient à
trouver de tels entiers p et q vérifiant qa < p < q b. Cela revient à trouver un q ∈ N∗ tel que l’intervalle
ouvert ]qa, q b[ contienne un entier p. Il suffit pour cela que la longueur q b − qa = q(b − a) de l’intervalle
1
dépasse strictement 1, ce qui équivaut à q > b−a .
Passons à la rédaction définitive. D’après la propriété d’Archimède (propriété R3), il existe un entier
1
q tel que q > b−a . Comme b − a > 0, on a q ∈ N∗ . Posons p = E(aq) + 1. Alors p − 1 6 aq < p. On en
p p p p
déduit d’une part a < q , et d’autre part q − 1q 6 a, donc q 6 a + 1q < a + b − a = b. Donc q ∈]a, b[. On
a montré l’affirmation (3).
2. Tout intervalle contient un irrationnel.
Partant de a, b réels tels que a < b, on peut appliquer l’implication de l’affirmation (3) au couple
p p p p
(a − 2, b − 2). On en déduit qu’il existe un rationnel r dans l’intervalle ]a − 2, b − 2[ et par
p p
translation r + 2 ∈]a, b[. Or r + 2 est irrationnel, car sinon comme les rationnels sont stables par
p p
somme, 2 = −r + r + 2 serait rationnel, ce qui est faux d’après la proposition 2. On a donc montré
que si a < b, l’intervalle ]a, b[ contient aussi un irrationnel.
3. Tout intervalle contient une infinité de rationnels et d’irrationnels.
On va déduire de l’existence d’un rationnel et d’un irrationnel dans tout intervalle ]a, b[ le fait qu’il
existe une infinité de chaque dans un tel intervalle ouvert. En effet pour un entier N > 1, on considère
l’ensemble de N sous-intervalles ouverts disjoints deux à deux :
— b − a” — b−a 2(b − a) ” — (N − 1)(b − a) ”
a, a + , a+ ,a+ , ... a+ ,b .
N N N N
Chaque sous-intervalle contient un rationnel et un irrationnel, donc ]a, b[ contient (au moins) N
rationnels et N irrationnels. Comme ceci est vrai pour tout entier N > 1, l’intervalle ouvert ]a, b[
contient alors une infinité de rationnels et une infinité d’irrationnels.

Mini-exercices.
1. Montrer qu’une intersection d’intervalles est un intervalle. Qu’en est-il pour une réunion ? Trouver
une condition nécessaire et suffisante afin que la réunion de deux intervalles soit un intervalle.
a
2. Montrer que l’ensemble des nombres décimaux (c’est-à-dire ceux de la forme 10n , avec n ∈ N et a ∈ Z)
est dense dans R.
3. Construire un rationnel compris strictement entre 123 et 123, 001. Ensuite construire un irrationnel.
Sauriez-vous en construire une infinité ? Et entre π et π + 0, 001 ?
4. Montrer que si z = e iα et z 0 = e iβ sont deux nombres complexes de module 1, avec α < β, il existe un
entier n ∈ N∗ et une racine n-ième de l’unité z = e iγ avec α < γ < β.

4. Borne supérieure

4.1. Maximum, minimum

Définition 7.
Soit A une partie non vide de R. Un réel α est un plus grand élément de A si :
α∈A et ∀x ∈ A x 6 α.
S’il existe, le plus grand élément est unique, on le note alors max A.
Le plus petit élément de A, noté min A, s’il existe est le réel α tel que α ∈ A et ∀x ∈ A x > α.

Le plus grand élément s’appelle aussi le maximum et le plus petit élément, le minimum. Il faut garder à
l’esprit que le plus grand élément ou le plus petit élément n’existent pas toujours.
Exemple 3.
• max[a, b] = b , min[a, b] = a.
• L’intervalle ]a, b[ n’a pas de plus grand élément, ni de plus petit élément.
• L’intervalle [0, 1[ a pour plus petit élément 0 et n’a pas de plus grand élément.
Exemple 4.
Soit A = 1 − 1n | n ∈ N∗ .


Notons un = 1 − 1n pour n ∈ N∗ . Alors A = un | n ∈ N∗ . Voici une représentation graphique de A sur la




droite numérique :

0 = u1 1
= u2 u3 u4 u5 1
2

1. A n’a pas de plus grand élément : Supposons qu’il existe un plus grand élément α = max A. On aurait
alors un 6 α, pour tout un . Ainsi 1 − 1n 6 α donc α > 1 − 1n . À la limite lorsque n → +∞ cela implique
α > 1. Comme α est le plus grand élément de A alors α ∈ A. Donc il existe n0 tel que α = un0 . Mais alors
α = 1 − n10 < 1. Ce qui est en contradiction avec α > 1. Donc A n’a pas de maximum.
2. min A = 0 : Il y a deux choses à vérifier tout d’abord pour n = 1, u1 = 0 donc 0 ∈ A. Ensuite pour tout
n > 1, un > 0. Ainsi min A = 0.

4.2. Majorants, minorants

Définition 8.
Soit A une partie non vide de R. Un réel M est un majorant de A si ∀x ∈ A x 6 M .
Un réel m est un minorant de A si ∀x ∈ A x > m.

Exemple 5.
• 3 est un majorant de ]0, 2[ ;
• −7, −π, 0 sont des minorants de ]0, +∞[ mais il n’y a pas de majorant.
Si un majorant (resp. un minorant) de A existe on dit que A est majorée (resp. minorée).
Comme pour le minimum et le maximum il n’existe pas toujours de majorant ni de minorant, en plus on n’a
pas l’unicité.
Exemple 6.
Soit A = [0, 1[.

minorants A majorants
[ [
0 1

1. les majorants de A sont exactement les éléments de [1, +∞[,


2. les minorants de A sont exactement les éléments de ] − ∞, 0].

4.3. Borne supérieure, borne inférieure

Définition 9.
Soit A une partie non vide de R et α un réel.
1. α est la borne supérieure de A si α est un majorant de A et si c’est le plus petit des majorants. S’il
existe on le note sup A.
2. α est la borne inférieure de A si α est un minorant de A et si c’est le plus grand des minorants. S’il
existe on le note inf A.
LES NOMBRES RÉELS 4. B ORNE SUPÉRIEURE 11

Exemple 7.
Soit A =]0, 1].
1. sup A = 1 : en effet les majorants de A sont les éléments de [1, +∞[. Donc le plus petit des majorants
est 1.
2. inf A = 0 : les minorants sont les éléments de ] − ∞, 0] donc le plus grand des minorants est 0.

Exemple 8.
• sup[a, b] = b,
• inf[a, b] = a,
• sup]a, b[= b,
• ]0, +∞[ n’admet pas de borne supérieure,
• inf]0, +∞[= 0.

Théorème 2 (R4).
Toute partie de R non vide et majorée admet une borne supérieure.

De la même façon : Toute partie de R non vide et minorée admet une borne inférieure.
Remarque.
C’est tout l’intérêt de la borne supérieure par rapport à la notion de plus grand élément, dès qu’une partie
est bornée elle admet toujours une borne supérieure et une borne inférieure. Ce qui n’est pas le cas pour le
plus grand ou plus petit élément. Gardez à l’esprit l’exemple A = [0, 1[.

Proposition 5 (Caractérisation de la borne supérieure).


Soit A une partie non vide et majorée de R. La borne supérieure de A est l’unique réel sup A tel que
(i) si x ∈ A, alors x 6 sup A,
(ii) pour tout y < sup A, il existe x ∈ A tel que y < x.

Exemple 9.
1
| n ∈ N∗ .

Reprenons l’exemple de la partie A = 1 − n

0 = u1 1
= u2 u3 u4 u5 1
2

1. Nous avions vu que min A = 0. Lorsque le plus petit élément d’une partie existe alors la borne inférieure
vaut ce plus petit élément : donc inf A = min A = 0.
2. Première méthode pour sup A. Montrons que sup A = 1 en utilisant la définition de la borne supérieure.
Soit M un majorant de A alors M > 1 − 1n , pour tout n > 1. Donc à la limite M > 1. Réciproquement si
M > 1 alors M est un majorant de A. Donc les majorants sont les éléments de [1, +∞[. Ainsi le plus
petit des majorants est 1 et donc sup A = 1.
3. Deuxième méthode pour sup A. Montrons que sup A = 1 en utilisant la caractérisation de la borne
supérieure.
(i) Si x ∈ A, alors x 6 1 (1 est bien un majorant de A) ;
(ii) pour tout y < 1, il existe x ∈ A tel que y < x : en effet prenons n suffisamment grand tel que
0 < 1n < 1 − y. Alors on a y < 1 − 1n < 1. Donc x = 1 − 1n ∈ A convient.
Par la caractérisation de la borne supérieure, sup A = 1.

Démonstration.
1. Montrons que sup A vérifie ces deux propriétés. La borne supérieure est en particulier un majorant,
donc vérifie la première propriété. Pour la seconde, fixons y < sup A. Comme sup A est le plus petit des
majorants de A alors y n’est pas un majorant de A. Donc il existe x ∈ A tel que y < x. Autrement dit
sup A vérifie également la seconde propriété.
2. Montrons que réciproquement si un nombre α vérifie ces deux propriétés, il s’agit de sup A. La première
propriété montre que α est un majorant de A. Supposons par l’absurde que α n’est pas le plus petit
des majorants. Il existe donc un autre majorant y de A vérifiant y < α. La deuxième propriété montre
l’existence d’un élément x de A tel que y < x, ce qui contredit le fait que y est un majorant de A. Cette
contradiction montre donc que α est bien le plus petit des majorants de A, à savoir sup A.

Nous anticipons sur la suite pour donner une autre caractérisation, très utile, de la borne supérieure.
Proposition 6.
Soit A une partie non vide et majorée de R. La borne supérieure de A est l’unique réel sup A tel que
(i) sup A est un majorant de A,
(ii) il existe une suite (x n )n∈N d’éléments de A qui converge vers sup A.

Remarques
• Les propriétés R1, R2, R3 et le théorème R4 sont intrinsèques à la construction de R (que nous
admettons).
• Il y a un grand saut entre Q et R : on peut donner un sens précis à l’assertion « il y a beaucoup plus de
nombres irrationnels que de nombres rationnels », bien que ces deux ensembles soient infinis, et même
denses dans R.
D’autre part, la construction du corps des réels R est beaucoup plus récente que celle de Q dans l’histoire
des mathématiques.
• La construction de R devient une nécessité après l’introduction du calcul infinitésimal (Newton et Leibniz
vers 1670). Jusqu’alors l’existence d’une borne supérieure était considérée comme évidente et souvent
confondue avec le plus grand élément.
• Ce n’est pourtant que beaucoup plus tard, dans les années 1860-1870 (donc assez récemment dans
l’histoire des mathématiques) que deux constructions complètes de R sont données :
— Les coupures de Dedekind : C est une coupure si C ⊂ Q et si ∀r ∈ C on a r 0 < r =⇒ r 0 ∈ C .
— Le suites de Cauchy : ce sont les suites (un )n∈N vérifiant la propriété
∀ε > 0 ∃N ∈ N (m > N , n > N ) =⇒ |um − un | 6 ε .
Les réels sont l’ensemble des suites de Cauchy (où l’on identifie d eux s uites d e C auchy d ont la
différence tend vers 0).
Fonctions usuelles

Vous connaissez déjà des fonctions classiques : exp, ln, cos, sin, tan. Dans ce chapitre il s’agit d’ajouter à
notre catalogue de nouvelles fonctions : ch, sh, th, arccos, arcsin, arctan, Argch, Argsh, Argth.
Ces fonctions apparaissent naturellement dans la résolution de problèmes simples, en particulier issus de la
physique. Par exemple lorsqu’un fil est suspendu entre deux poteaux (ou un collier tenu entre deux mains)
alors la courbe dessinée est une chaînette dont l’équation fait intervenir le cosinus hyperbolique et un
paramètre a (qui dépend de la longueur du fil et de l’écartement des poteaux) :
x
y = a ch
a

1. Logarithme et exponentielle

1.1. Logarithme

Proposition 1.
Il existe une unique fonction, notée ln :]0, +∞[→ R telle que :
1
ln0 (x) = (pour tout x > 0) et ln(1) = 0.
x
De plus cette fonction vérifie (pour tout a, b > 0) :
1. ln(a × b) = ln a + ln b,
2. ln( 1a ) = − ln a,
3. ln(a n ) = n ln a, (pour tout n ∈ N)
4. ln est une fonction continue, strictement croissante et définit une bijection de ]0, +∞[ sur R,
ln(1+x)
5. lim x→0 x = 1,
6. la fonction ln est concave et ln x 6 x − 1 (pour tout x > 0).

ln x

0 1 e x

Remarque.
ln x s’appelle le logarithme naturel ou aussi logarithme néperien. Il est caractérisé par ln(e) = 1. On
définit le logarithme en base a par
ln(x)
loga (x) =
ln(a)
De sorte que loga (a) = 1.
Pour a = 10 on obtient le logarithme décimal log10 qui vérifie log10 (10) = 1 (et donc log10 (10n ) = n).
Dans la pratique on utilise l’équivalence :

x = 10 y ⇐⇒ y = log10 (x)

En informatique intervient aussi le logarithme en base 2 : log2 (2n ) = n.


Rx 1
Démonstration. L’existence et l’unicité viennent de la théorie de l’intégrale : ln(x) = 1 t
d t. Passons aux
propriétés.
y
1. Posons f (x) = ln(x y) − ln(x) où y > 0 est fixé. Alors f 0 (x) = y ln0 (x y) − ln0 (x) = x y − 1x = 0.
Donc x 7→ f (x) a une dérivée nulle, donc est constante et vaut f (1) = ln( y) − ln(1) = ln( y). Donc
ln(x y) − ln(x) = ln( y).
2. D’une part ln(a × 1a ) = ln a + ln 1a , mais d’autre part ln(a × 1a ) = ln(1) = 0. Donc ln a + ln 1a = 0.
3. Similaire ou récurrence.
4. ln est dérivable donc continue, ln0 (x) = 1x > 0 donc la fonction est strictement croissante. Comme
ln(2) > ln(1) = 0 alors ln(2n ) = n ln(2) → +∞ (lorsque n → +∞). Donc lim x→+∞ ln x = +∞. De
ln x = − ln 1x on déduit lim x→0 ln x = −∞. Par le théorème sur les fonctions continues et strictement
croissantes, ln :]0, +∞[→ R est une bijection.
ln(1+x)
5. lim x→0 x est la dérivée de ln au point x 0 = 1, donc cette limite existe et vaut ln0 (1) = 1.
1
6. ln0 (x)= x estdécroissante, donc la fonction ln est concave. Posons f (x) = x − 1 − ln x ; f 0 (x) = 1 − 1x .
Par une étude de fonction f atteint son minimum en x 0 = 1. Donc f (x) > f (1) = 0. Donc ln x 6 x − 1.
1.2. Exponentielle

Définition 1.
La bijection réciproque de ln :]0, +∞[→ R s’appelle la fonction exponentielle, notée exp : R →]0, +∞[.

y exp x

0 1 x

Pour x ∈ R on note aussi e x pour exp x.


Proposition 2.
La fonction exponentielle vérifie les propriétés suivantes :
• exp(ln x) = x pour tout x > 0 et ln(exp x) = x pour tout x ∈ R
• exp(a + b) = exp(a) × exp(b)
• exp(nx) = (exp x)n
• exp : R →]0, +∞[ est une fonction continue, strictement croissante vérifiant lim x→−∞ exp x = 0 et
lim x→+∞ exp = +∞.
• La fonction exponentielle est dérivable et exp0 x = exp x, pour tout x ∈ R. Elle est convexe et exp x > 1+ x.

Remarque.
La fonction exponentielle est l’unique fonction qui vérifie exp0 (x) = exp(x) (pour tout x ∈ R) et exp(1) = e.
Où e ' 2, 718 . . . est le nombre qui vérifie ln e = 1.

Démonstration. Ce sont les propriétés du logarithme retranscrites pour sa bijection réciproque.


Par exemple pour la dérivée : on part de l’égalité ln(exp x) = x que l’on dérive. Cela donne exp0 (x) ×
ln0 (exp x) = 1 donc exp0 (x) × exp1 x = 1 et ainsi exp0 (x) = exp x.

1.3. Puissance et comparaison


Par définition, pour a > 0 et b ∈ R,

a b = exp b ln a

Remarque.
p 1
1

• a = a 2 = exp 2 ln a
p 1
1

• a = a n = exp n ln a (la racine n-ème de a)
n

• On note aussi exp x par e x ce qui se justifie par le calcul : e x = exp x ln e = exp(x).
• Les fonctions x 7→ a x s’appellent aussi des fonctions exponentielles et se ramènent systématiquement à
la fonction exponentielle classique par l’égalité a x = exp(x ln a). Il ne faut surtout pas les confondre
avec les fonctions puissances x 7→ x a .
Proposition 3.
Soit x, y > 0 et a, b ∈ R.
• x a+b = x a x b
1
• x −a = xa

• (x y)a = x a y a

• (x a ) b = x a b
• ln(x a ) = a ln x

Comparons les fonctions ln x, exp x avec x :


Proposition 4.

ln x exp x
lim =0 et lim = +∞.
x→+∞ x x→+∞ x

xa (a > 1)
y exp x

x
xa (a < 1)

ln x
1

0 1 x

Démonstration.
p
ln x
1. On a vu ln x 6 x − 1 (pour tout x > 0). Donc ln x 6 x donc p x 6 1. Cela donne
€p Š
ln x
2 p p
ln x ln x ln x 1 2
06 = =2 =2 p p 6 p
x x x x x x
ln x
Cette double inégalité entraîne lim x→+∞ x = 0.
2. On a vu exp x > 1 + x (pour tout x ∈ R). Donc exp x → +∞ (lorsque x → +∞).
x ln(exp x) ln u
= =
exp x exp x u
ln u x
Lorsque x → +∞ alors u = exp x → +∞ et donc par le premier point u → 0. Donc exp x → 0 et reste
exp x
positive, ainsi lim x→+∞ x = +∞.
Mini-exercices.
1. Montrer que ln(1 + e x ) = x + ln(1 + e−x ), pour tout x ∈ R.
2. Étudier la fonction f (x) = ln(x 2 + 1) − ln(x) − 1. Tracer son graphe. Résoudre l’équation ( f (x) = 0).
Idem avec g(x) = 1+ln x
x . Idem avec h(x) = x .
x

3. Expliquer comment log10 permet de calculer le nombre de chiffres d’un entier n.


x2 x2
4. Montrer ln(1 + x) > x − 2 pour x > 0 (faire une étude de fonction). Idem avec e x > 1 + x + 2 pour
tout x > 0.
1 n 1 n
 
5. Calculer la limite de la suite définie par un = 1 + n lorsque n → +∞. Idem avec vn = n et
1
wn = n .n

2. Fonctions circulaires inverses

2.1. Arccosinus
Considérons la fonction cosinus cos : R → [−1, 1], x 7→ cos x. Pour obtenir une bijection à partir de cette
fonction, il faut considérer la restriction de cosinus à l’intervalle [0, π]. Sur cet intervalle la fonction cosinus
est continue et strictement décroissante, donc la restriction
cos| : [0, π] → [−1, 1]
est une bijection. Sa bijection réciproque est la fonction arccosinus :
arccos : [−1, 1] → [0, π]

y
+1

x
−π − π2 0 π π
2

−1 cos x

y
arccos x π

π
2

x
−1 0 1

On a donc, par définition de la bijection réciproque :



cos arccos(x) = x ∀x ∈ [−1, 1]

arccos cos(x) = x ∀x ∈ [0, π]

Autrement dit :
Si x ∈ [0, π] cos(x) = y ⇐⇒ x = arccos y

Terminons avec la dérivée de arccos :


−1
arccos0 (x) = p ∀x ∈] − 1, 1[
1 − x2

Démonstration. On démarre de l’égalité cos(arccos x) = x que l’on dérive :


cos(arccos x) = x
=⇒ − arccos0 (x) × sin(arccos x) = 1
−1
=⇒ arccos0 (x) =
sin(arccos x)
−1
=⇒ arccos0 (x) = p (∗)
1 − cos2 (arccos x)
−1
=⇒ arccos0 (x) = p
1 − x2

Le point crucial (∗) se justifie ainsi : on démarre de l’égalité cos2 y + sin2 y = 1, en substituant y = arccos x
on obtient cos2 (arccos x) + sin2 (arccos x) = 1 donc x 2 + sin2 (arccos x) = 1. On en déduit : sin(arccos x) =
p
+ 1 − x 2 (avec le signe + car arccos x ∈ [0, π], et donc on a sin(arccos x) > 0).

2.2. Arcsinus
La restriction
sin| : [− π2 , + π2 ] → [−1, 1]
est une bijection. Sa bijection réciproque est la fonction arcsinus :
arcsin : [−1, 1] → [− π2 , + π2 ]

y
π
2 arcsin x

y
+1 sin x x
−1 0 1

x
−π − π2 0 π π
2
− π2
−1


sin arcsin(x) = x ∀x ∈ [−1, 1]
∀x ∈ [− π2 , + π2 ]

arcsin sin(x) = x

Si x ∈ [− π2 , + π2 ] sin(x) = y ⇐⇒ x = arcsin y

1
arcsin0 (x) = p ∀x ∈] − 1, 1[
1 − x2
2.3. Arctangente
La restriction
tan| :] − π2 , + π2 [→ R
est une bijection. Sa bijection réciproque est la fonction arctangente :
arctan : R →] − π2 , + π2 [

y tan x

−π π x
− π2 π
2

2

y
π
2
arctan x

0 x

− π2


tan arctan(x) = x ∀x ∈ R
∀x ∈] − π2 , + π2 [

arctan tan(x) = x

Si x ∈] − π2 , + π2 [ tan(x) = y ⇐⇒ x = arctan y

1
arctan0 (x) = ∀x ∈ R
1 + x2

Mini-exercices.
p p p
1. Calculer les valeurs de arccos et arcsin en 0, 1, 12 , 2
2
, 3
2 . Idem pour arctan en 0, 1, 3 et p1 .
3

2. Calculer arccos(cos 7π 7π 7π
3 ). Idem avec arcsin(sin 3 ) et arctan(tan 3 ) (attention aux intervalles !)

3. Calculer cos(arctan x), cos(arcsin x), tan(arcsin x).


€ Š
4. Calculer la dérivée de f (x) = arctan p x 2 . En déduire que f (x) = arcsin x, pour tout x ∈] − 1, 1[.
1−x
π
5. Montrer que arccos x + arcsin x = 2, pour tout x ∈ [−1, 1].
3. Fonctions hyperboliques et hyperboliques inverses

3.1. Cosinus hyperbolique et son inverse


Pour x ∈ R, le cosinus hyperbolique est :

e x + e−x
ch x =
2

La restriction ch| : [0, +∞[→ [1, +∞[ est une bijection. Sa bijection réciproque est Argch : [1, +∞[→
[0, +∞[.

y
chx
shx

y
1 Argshx
Argchx
1
0 1 x

0 1 x

3.2. Sinus hyperbolique et son inverse


Pour x ∈ R, le sinus hyperbolique est :

e x − e−x
sh x =
2

sh : R → R est une fonction continue, dérivable, strictement croissante vérifiant lim x→−∞ sh x = −∞ et
lim x→+∞ sh x = +∞, c’est donc une bijection. Sa bijection réciproque est Argsh : R → R.
Proposition 5.
2 2
• ch x − sh x = 1
0 0
• ch x = sh x, sh x = ch x
• Argsh : R → R est strictement croissante et continue.
0 1
• Argsh est dérivable et Argsh x = p x 2 +1 .
p 
• Argsh x = ln x + x 2 + 1

Démonstration.
1
2 2
 1
• ch x − sh x = 4 (e x + e−x )2 − (e x − e−x )2 = 4 (e2x + 2 + e−2x ) − (e2x − 2 + e−2x ) = 1.
 
−x −x
d d e +e
x
e −e x
• d x (ch x) = d x 2 = 2 = sh x. Idem pour la dérivée de sh x.
• Car c’est la réciproque de sh.
0
• Comme la fonction x 7→ sh x ne s’annule pas sur R alors la fonction Argsh est dérivable sur R. On
calcule la dérivée par dérivation de l’égalité sh(Argsh x) = x :
1 1 1
Argsh0 x = =Æ =p
ch(Argsh x) 2
sh (Argsh x) + 1 x +1
2
p 
• Notons f (x) = ln x + x 2 + 1 alors
1 + p x2 1
x +1
f (x) =0
p =p = Argsh0 x
x + x2 + 1 x2 + 1
Comme de plus f (0) = ln(1) = 0 et Argsh 0 = 0 (car sh 0 = 0), on en déduit que pour tout x ∈ R,
f (x) = Argsh x.

3.3. Tangente hyperbolique et son inverse


Par définition la tangente hyperbolique est :

sh x
th x =
ch x

La fonction th : R →] − 1, 1[ est une bijection, on note Argth :] − 1, 1[→ R sa bijection réciproque.

y
Argthx

y
1 thx −1 0 1 x

0 x

−1

3.4. Trigonométrie hyperbolique

ch2 x − sh2 x = 1
ch(a + b) = ch a · ch b + sh a · sh b
ch(2a) = ch2 a + sh2 a = 2 ch2 a − 1 = 1 + 2 sh2 a

sh(a + b) = sh a · ch b + sh b · ch a
sh(2a) = 2 sh a · ch a

th a + th b
th(a + b) =
1 + th a · th b
ch0 x = sh x
sh0 x = ch x
1
th0 x = 1 − th2 x =
ch2 x

1
Argch0 x = p (x > 1)
x2 −1
1
Argsh0 x = p
+1
x2
1
Argth0 x = (|x| < 1)
1 − x2

p 
Argch x = ln x + x2 − 1 (x > 1)
p 
Argsh x = ln x + x 2 + 1 (x ∈ R)
1 1+ x
 ‹
Argth x = ln (−1 < x < 1)
2 1− x
Limites et
fonctions continues

Introduction
Les équations en une variable x qu’on sait résoudre explicitement, c’est-à-dire en donnant une formule pour
la solution, sont très particulières : par exemple les équations du premier degré ax + b = 0, celles du second
degré ax 2 + bx + c = 0.
Mais pour la plupart des équations, il n’est pas possible de donner une formule pour la ou les solutions.
En fait il n’est même pas évident de déterminer seulement le nombre de solutions, ni même s’il en existe.
Considérons par exemple l’équation extrêmement simple :
x + exp x = 0
Il n’y a pas de formule explicite (utilisant des sommes, des produits, des fonctions usuelles) pour trouver la
solution x.
Dans ce chapitre nous allons voir que grâce à l’étude de la fonction f (x) = x + exp x, il est possible d’obtenir
beaucoup d’informations sur l’ensemble des solutions de l’équation x + exp x = 0, et même de l’équation
plus générale x + exp x = y (où y ∈ R est fixé).

x + exp(x)
y

Nous serons capables de prouver que pour chaque y ∈ R l’équation « x + exp x = y » admet une solution
x, que cette solution est unique, et nous saurons dire comment varie x en fonction de y. Le point clé de
cette résolution est l’étude de la fonction f et en particulier de sa continuité. Même s’il n’est pas possible
de trouver l’expression exacte de la solution x en fonction de y, nous allons mettre en place les outils
théoriques qui permettent d’en trouver une solution approchée.

1. Notions de fonction

1.1. Définitions

Définition 1.
Une fonction d’une variable réelle à valeurs réelles est une application f : U → R, où U est une partie de
R. En général, U est un intervalle ou une réunion d’intervalles. On appelle U le domaine de définition
de la fonction f .

Exemple 1.
La fonction inverse :

f : ] − ∞, 0[ ∪ ]0, +∞[ −→ R
1
x 7−→ .
x

Le graphe d’une fonction f : U → R est la partie Γ f de R2 définie par Γ f = (x, f (x)) | x ∈ U .
1
Le graphe d’une fonction (à gauche), l’exemple du graphe de x 7→ x (à droite).

Γf
f (x)
(x, f (x))
1
x

x
x

1.2. Opérations sur les fonctions

Soient f : U → R et g : U → R deux fonctions définies sur une même partie U de R. On peut alors définir
les fonctions suivantes :
• la somme de f et g est la fonction f + g : U → R définie par ( f + g)(x) = f (x) + g(x) pour tout x ∈ U ;
• le produit de f et g est la fonction f × g : U → R définie par ( f × g)(x) = f (x) × g(x) pour tout x ∈ U ;
• la multiplication par un scalaire λ ∈ R de f est la fonction λ· f : U → R définie par (λ· f )(x) = λ· f (x)
pour tout x ∈ U.
Comment tracer le graphe d’une somme de fonction ?
f +g
( f + g)(x)

g(x) f
g
f (x)

1.3. Fonctions majorées, minorées, bornées

Définition 2.
Soient f : U → R et g : U → R deux fonctions. Alors :
• f > g si ∀x ∈ U f (x) > g(x) ;
• f > 0 si ∀x ∈ U f (x) > 0 ;
• f > 0 si ∀x ∈ U f (x) > 0 ;
• f est dite constante sur U si ∃a ∈ R ∀x ∈ U f (x) = a ;
• f est dite nulle sur U si ∀x ∈ U f (x) = 0.

Définition 3.
Soit f : U → R une fonction. On dit que :
• f est majorée sur U si ∃M ∈ R ∀x ∈ U f (x) 6 M ;
• f est minorée sur U si ∃m ∈ R ∀x ∈ U f (x) > m ;
• f est bornée sur U si f est à la fois majorée et minorée sur U, c’est-à-dire si ∃M ∈ R ∀x ∈ U | f (x)| 6
M.

Voici le graphe d’une fonction bornée (minorée par m et majorée par M ).

m
S

1.4. Fonctions croissantes, décroissantes

Définition 4.
Soit f : U → R une fonction. On dit que :

• f est croissante sur U si ∀x, y ∈ U x 6 y =⇒ f (x) 6 f ( y)

• f est strictement croissante sur U si ∀x, y ∈ U x < y =⇒ f (x) < f ( y)


• f est décroissante sur U si ∀x, y ∈ U x 6 y =⇒ f (x) > f ( y)
• f est strictement décroissante sur U si ∀x, y ∈ U x < y =⇒ f (x) > f ( y)
• f est monotone (resp. strictement monotone) sur U si f est croissante ou décroissante (resp.
strictement croissante ou strictement décroissante) sur U.

Un exemple de fonction croissante (et même strictement croissante) :

f ( y)

f (x)

x y

Exemple 2. (
[0, +∞[−→ R
• La fonction racine carrée p est strictement croissante.
x 7−→ x
( : R → R et logarithme ln :]0, +∞[→ R sont strictement croissantes.
• Les fonctions exponentielle exp
R −→ R
• La fonction valeur absolue n’est ni croissante, ni décroissante. Par contre, la fonction
x 7−→ |x|
(
[0, +∞[−→ R
est strictement croissante.
x 7−→ |x|

1.5. Parité et périodicité

Définition 5.
Soit I un intervalle de R symétrique par rapport à 0 (c’est-à-dire de la forme ] − a, a[ ou [−a, a] ou R).
Soit f : I → R une fonction définie sur cet intervalle. On dit que :
• f est paire si ∀x ∈ I f (−x) = f (x),
• f est impaire si ∀x ∈ I f (−x) = − f (x).

Interprétation graphique :
• f est paire si et seulement si son graphe est symétrique par rapport à l’axe des ordonnées (figure de
gauche).
• f est impaire si et seulement si son graphe est symétrique par rapport à l’origine (figure de droite).
y y

x x

Exemple 3.
• La fonction définie sur R par x 7→ x 2n (n ∈ N) est paire.
• La fonction définie sur R par x 7→ x 2n+1 (n ∈ N) est impaire.
• La fonction cos : R → R est paire. La fonction sin : R → R est impaire.

y
x3

x2

Définition 6.
Soit f : R → R une fonction et T un nombre réel, T > 0. La fonction f est dite périodique de période T
si ∀x ∈ R f (x + T ) = f (x).

f
f (x) = f (x + T )

~i x x+T

Interprétation graphique : f est périodique de période T si et seulement si son graphe est invariant par la
translation de vecteur T ~i, où ~i est le premier vecteur de coordonnées.
Exemple 4.
Les fonctions sinus et cosinus sont 2π-périodiques. La fonction tangente est π-périodique.
y
+1
cos x
x
π sin x
−π 0 2π 3π

−1

2. Limites

2.1. Définitions
Limite en un point

Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I de R. Soit x 0 ∈ R un point de I ou une extrémité de I.
Définition 7.
Soit ` ∈ R. On dit que f a pour limite ` en x 0 si

∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − `| < ε

On dit aussi que f (x) tend vers ` lorsque x tend vers x 0 . On note alors lim f (x) = ` ou bien lim f = `.
x→x 0 x0

ε
`
ε

x0
x
δ
Remarque.
• L’inégalité |x − x 0 | < δ équivaut à x ∈]x 0 − δ, x 0 + δ[. L’inégalité | f (x) − `| < ε équivaut à f (x) ∈
]` − ε, ` + ε[.
• On peut remplacer certaines inégalités strictes « < » par des inégalités larges « 6 » dans la définition :
∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | 6 δ =⇒ | f (x) − `| 6 ε
• Dans la définition de la limite

∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − `| < ε

le quantificateur ∀x ∈ I n’est là que pour être sûr que l’on puisse parler de f (x). Il est souvent omis et
l’existence de la limite s’écrit alors juste :

∀ε > 0 ∃δ > 0 |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − `| < ε.

• N’oubliez pas que l’ordre des quantificateurs est important, on ne peut pas échanger le ∀ε avec le ∃δ :
le δ dépend en général du ε. Pour marquer cette dépendance on peut écrire : ∀ε > 0 ∃δ(ε) > 0 . . .

Exemple 5.
p
• lim x = x 0 pour tout x 0 > 0,
p
x→x 0
• la fonction partie entière E n’a pas de limite aux points x 0 ∈ Z.

y y

E(x)

p
x
p
x0

1 1

0 1 x0 x 0 1 x0 ∈ Z x

Soit f une fonction définie sur un ensemble de la forme ]a, x 0 [∪]x 0 , b[.

Définition 8.
• On dit que f a pour limite +∞ en x 0 si
∀A > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ f (x) > A
On note alors lim f (x) = +∞.
x→x 0
• On dit que f a pour limite −∞ en x 0 si
∀A > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ f (x) < −A
On note alors lim f (x) = −∞.
x→x 0
y

x0 x
x0 − δ
x0 + δ

Limite en l’infini

Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle de la forme I =]a, +∞[.


Définition 9.
• Soit ` ∈ R. On dit que f a pour limite ` en +∞ si
∀ε > 0 ∃B > 0 ∀x ∈ I x > B =⇒ | f (x) − `| < ε
On note alors lim f (x) = ` ou lim f = `.
x→+∞ +∞
• On dit que f a pour limite +∞ en +∞ si
∀A > 0 ∃B > 0 ∀x ∈ I x > B =⇒ f (x) > A
On note alors lim f (x) = +∞.
x→+∞

On définirait de la même manière la limite en −∞ pour des fonctions définies sur les intervalles du type
] − ∞, a[.

Exemple 6.
On a les limites classiques suivantes pour
(tout n > 1 :
+∞ si n est pair
• lim x n = +∞ et lim x n =
x→+∞ x→−∞ −∞ si n est impair
1 1
 ‹  ‹
• lim =0 et lim = 0.
x→+∞ xn x→−∞ xn
Exemple 7.
Soit P(x) = an x n + an−1 x n−1 + · · · + a1 x + a0 avec an > 0 et Q(x) = bm x m + bm−1 x m−1 + · · · + b1 x + b0
avec bm > 0.

+∞
 si n > m
P(x)
lim = ban si n = m
x→+∞ Q(x)  m

0 si n < m

Limite à gauche et à droite

Soit f une fonction définie sur un ensemble de la forme ]a, x 0 [∪]x 0 , b[.
Définition 10.
• On appelle limite à droite en x 0 de f la limite de la fonction f ]x 0 ,b[
en x 0 et on la note lim
+
f.
x0
• On définit de même la limite à gauche en x 0 de f : la limite de la fonction f ]a,x 0 [
en x 0 et on la
note lim

f.
x0
lim f (x) pour la limite à droite et lim f (x) pour la limite à gauche.
• On note aussi x→x
0 x→x 0
x>x 0 x<x 0

Dire que f : I → R admet une limite ` ∈ R à droite en x 0 signifie donc :


∀ε > 0 ∃δ > 0 x 0 < x < x 0 + δ =⇒ | f (x) − `| < ε

Si la fonction f a une limite en x 0 , alors ses limites à gauche et à droite en x 0 coïncident et valent lim f .
x0
Réciproquement, si f a une limite à gauche et une limite à droite en x 0 et si ces limites valent f (x 0 ) (si f
est bien définie en x 0 ) alors f admet une limite en x 0 .
Exemple 8.
Considérons la fonction partie entière au point x = 2 :
• comme pour tout x ∈]2, 3[ on a E(x) = 2, on a lim +
E=2,
2
• comme pour tout x ∈ [1, 2[ on a E(x) = 1, on a lim

E = 1.
2
Ces deux limites étant différentes, on en déduit que E n’a pas de limite en 2.

y
E(x)

limite à droite lim2+ E

limite à gauche lim2− E

0 2 x

2.2. Propriétés

Proposition 1.

Si une fonction admet une limite, alors cette limite est unique.

On ne donne pas la démonstration de cette proposition, qui est très similaire à celle de l’unicité de la limite
pour les suites (un raisonnement par l’absurde).

Soient deux fonctions f et g. On suppose que x 0 est un réel, ou que x 0 = ±∞.


Proposition 2.
Si lim f = ` ∈ R et lim g = `0 ∈ R, alors :
x0 x0
• lim(λ · f ) = λ · ` pour tout λ ∈ R
x0
0
• lim( f + g) = ` + `
x0
0
• lim( f × g) = ` × `
x0
1 1
• si ` 6= 0, alors lim =
x0 f `
1
De plus, si lim f = +∞ (ou −∞) alors lim = 0.
x0 x0 f

Cette proposition se montre de manière similaire à la proposition analogue sur les limites de suites. Nous
n’allons donc pas donner la démonstration de tous les résultats.

1
Démonstration. Montrons par exemple que si f tend en x 0 vers une limite ` non nulle, alors f est bien
1
définie dans un voisinage de x 0 et tend vers `.
1
Supposons ` > 0, le cas ` < 0 se montrerait de la même manière. Montrons tout d’abord que f est bien
définie et est bornée dans un voisinage de x 0 contenu dans l’intervalle I. Par hypothèse
∀ε0 > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I x 0 − δ < x < x 0 + δ =⇒ ` − ε0 < f (x) < ` + ε0 .
Si on choisit ε0 tel que 0 < ε0 < `/2, alors on voit qu’il existe un intervalle J = I∩ ]x 0 − δ, x 0 + δ[ tel que
pour tout x dans J, f (x) > `/2 > 0, c’est-à-dire, en posant M = 2/` :
1
∀x ∈ J 0< < M.
f (x)
Fixons à présent ε > 0. Pour tout x ∈ J, on a
1 1 |` − f (x)| M
− = < |` − f (x)| .
f (x) ` f (x)` `

Donc, si dans la définition précédente de la limite de f en x 0 on choisit ε0 = M, alors on trouve qu’il existe
un δ > 0 tel que
1 1 M M
∀x ∈ J x 0 − δ < x < x 0 + δ =⇒ − < |` − f (x)| < ε0 = ε.
f (x) ` ` `

Proposition 3.
Si lim f = ` et lim g = `0 , alors lim g ◦ f = `0 .
x0 ` x0

Ce sont des propriétés que l’on utilise sans s’en apercevoir !


Exemple 9. Ç
1
Soit x 7→ u(x) une fonction et x 0 ∈ R tel que u(x) → 2 lorsque x → x 0 . Posons f (x) = 1 + u(x) 2 + ln u(x).

Si elle existe, quelle est la limite de f en x 0 ?


1 1
• Tout d’abord comme u(x) → 2 alors u(x)2 → 4 donc u(x)2 → 4 (lorsque x → x 0 ).
• De même comme u(x) → 2 alors, dans un voisinage de x 0 , u(x) > 0 donc ln u(x) est bien définie dans
ce voisinage et de plus ln u(x) → ln 2 (lorsque x → x 0 ).
1 1 1
• Cela entraîne que 1 + u(x)2 + ln u(x) → 1 + 4 + ln 2 lorsque x → x 0 . En particulier 1 + u(x)2 + ln u(x) > 0
dans un voisinage de x 0 , donc f (x) est bien définie dans un voisinage de x 0 .
• Et par composition avec la racine carrée alors f (x) a bien une limite en x 0 et lim x→x 0 f (x) =
q
1 + 41 + ln 2.
Il y a des situations où l’on ne peut rien dire sur les limites. Par exemple si lim x 0 f = +∞ et lim x 0 g = −∞
alors on ne peut à priori rien dire sur la limite de f + g (cela dépend vraiment de f et de g). On raccourci
cela en +∞ − ∞ est une forme indéterminée.
∞ 0 ∞
Voici une liste de formes indéterminées : +∞ − ∞ ; 0 × ∞ ; ; ; 1 ; ∞0 .
∞ 0

Enfin voici une proposition très importante qui signifie qu’on peut passer à la limite dans une inégalité large.
Proposition 4.
0
• Si f 6 g et si lim f = ` ∈ R et lim g = ` ∈ R, alors ` 6 `0 .
x0 x0
• Si f 6 g et si lim f = +∞, alors lim g = +∞.
x0 x0
• Théorème des gendarmes
Si f 6 g 6 h et si lim f = lim h = ` ∈ R, alors g a une limite en x 0 et lim g = `.
x0 x0 x0

lim x 0 f = lim x 0 g = lim x 0 h g

x0

Mini-exercices.
2x 2 −x−2
1. Déterminer, si elle existe, la limite de 3x 2 +2x+2
en 0. Et en +∞ ?
sin 1x en +∞. Et pour cosp x

2. Déterminer, si elle existe, la limite de x
?
3. En utilisant la définition de la limite (avec des ε), montrer que lim x→2 (3x + 1) = 7.
4. Montrer que si f admet une limite finie en x 0 alors il existe δ > 0 tel que f soit bornée sur ]x 0 −
δ, x 0 + δ[.
p p
1+x− 1+x 2 x 2 −4
5. Déterminer, si elle existe, lim x→0 x . Et lim x→2 x 2 −3x+2
?

3. Continuité en un point

3.1. Définition
Soit I un intervalle de R et f : I → R une fonction.
Définition 11.
• On dit que f est continue en un point x 0 ∈ I si
∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − f (x 0 )| < ε

c’est-à-dire si f admet une limite en x 0 (cette limite vaut alors nécessairement f (x 0 )).
• On dit que f est continue sur I si f est continue en tout point de I.
y

ε
f (x 0 )
ε

x0
x
δ

Intuitivement, une fonction est continue sur un intervalle, si on peut tracer son graphe « sans lever le
crayon », c’est-à-dire si sa courbe représentative n’admet pas de saut.
Voici des fonctions qui ne sont pas continues en x 0 :

y y y

x0 x x0 x x0 x

Exemple 10.
Les fonctions suivantes sont continues :
• une fonction constante sur un intervalle,
p
• la fonction racine carrée x 7→ x sur [0, +∞[,
• les fonctions sin et cos sur R,
• la fonction valeur absolue x 7→ |x| sur R,
• la fonction exp sur R,
• la fonction ln sur ]0, +∞[.
Par contre, la fonction partie entière E n’est pas continue aux points x 0 ∈ Z, puisqu’elle n’admet pas de
limite en ces points. Pour x 0 ∈ R \ Z, elle est continue en x 0 .

3.2. Propriétés

La continuité assure par exemple que si la fonction n’est pas nulle en un point (qui est une propriété
ponctuelle) alors elle n’est pas nulle autour de ce point (propriété locale). Voici l’énoncé :

Lemme 1.
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I et x 0 un point de I. Si f est continue en x 0 et si
f (x 0 ) 6= 0, alors il existe δ > 0 tel que
∀x ∈]x 0 − δ, x 0 + δ[ f (x) 6= 0
f (x 0 )

x0 − δ x0 x0 + δ

Démonstration. Supposons par exemple que f (x 0 ) > 0, le cas f (x 0 ) < 0 se montrerait de la même manière.
Écrivons ainsi la définition de la continuité de f en x 0 :

∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I x ∈ ]x 0 − δ, x 0 + δ[ =⇒ f (x 0 ) − ε < f (x) < f (x 0 ) + ε.

Il suffit donc de choisir ε tel que 0 < ε < f (x 0 ). Il existe alors bien un intervalle J = I∩ ]x 0 − δ, x 0 + δ[ tel
que pour tout x dans J, on a f (x) > 0.

La continuité se comporte bien avec les opérations élémentaires. Les propositions suivantes sont des
conséquences immédiates des propositions analogues sur les limites.
Proposition 5.
Soient f , g : I → R deux fonctions continues en un point x 0 ∈ I. Alors
• λ · f est continue en x 0 (pour tout λ ∈ R),
• f + g est continue en x 0 ,
• f × g est continue en x 0 ,
1
• si f (x 0 ) 6= 0, alors f est continue en x 0 .

Exemple 11.
La proposition précédente permet de vérifier que d’autres fonctions usuelles sont continues :
• les fonctions puissance x 7→ x n sur R (comme produit x × x × · · · ),
• les polynômes sur R (somme et produit de fonctions puissance et de fonctions constantes),
P(x)
• les fractions rationnelles x 7→ Q(x) sur tout intervalle où le polynôme Q(x) ne s’annule pas.
La composition conserve la continuité (mais il faut faire attention en quels points les hypothèses s’appliquent).
Proposition 6.
Soient f : I → R et g : J → R deux fonctions telles que f (I) ⊂ J. Si f est continue en un point x 0 ∈ I et si g
est continue en f (x 0 ), alors g ◦ f est continue en x 0 .

3.3. Prolongement par continuité

Définition 12.
Soit I un intervalle, x 0 un point de I et f : I \ {x 0 } → R une fonction.
• On dit que f est prolongeable par continuité en x 0 si f admet une limite finie en x 0 . Notons alors
` = lim f .
x0
• On définit alors la fonction f˜ : I → R en posant pour tout x ∈ I
(
f (x) si x 6= x 0
f˜(x) =
` si x = x 0 .
Alors f˜ est continue en x 0 et on l’appelle le prolongement par continuité de f en x 0 .
y

x0 x

Dans la pratique, on continuera souvent à noter f à la place de f˜.


Exemple 12.
Considérons la fonction f définie sur R∗ par f (x) = x sin 1x . Voyons si f admet un prolongement par


continuité en 0 ?
Comme pour tout x ∈ R∗ on a | f (x)| 6 |x|, on en déduit que f tend vers 0 en 0. Elle est donc prolongeable
par continuité en 0 et son prolongement est la fonction f˜ définie sur R tout entier par :
(
x sin 1x

si x 6= 0
f˜(x) =
0 si x = 0.

3.4. Suites et continuité

Proposition 7.
Soit f : I → R une fonction et x 0 un point de I. Alors :

pour toute suite (un ) qui converge vers x 0


f est continue en x 0 ⇐⇒
la suite ( f (un )) converge vers f (x 0 )

Démonstration.
=⇒ On suppose que f est continue en x 0 et que (un ) est une suite qui converge vers x 0 et on veut montrer
que ( f (un )) converge vers f (x 0 ).
Soit ε > 0. Comme f est continue en x 0 , il existe un δ > 0 tel que
∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − f (x 0 )| < ε.
Pour ce δ, comme (un ) converge vers x 0 , il existe N ∈ N tel que
∀n ∈ N n > N =⇒ |un − x 0 | < δ.
On en déduit que, pour tout n > N , comme |un − x 0 | < δ, on a | f (un ) − f (x 0 )| < ε. Comme c’est vrai
pour tout ε > 0, on peut maintenant conclure que ( f (un )) converge vers f (x 0 ).
⇐= On va montrer la contraposée : supposons que f n’est pas continue en x 0 et montrons qu’alors il existe
une suite (un ) qui converge vers x 0 et telle que ( f (un )) ne converge pas vers f (x 0 ).
Par hypothèse, comme f n’est pas continue en x 0 :
∃ε0 > 0 ∀δ > 0 ∃x δ ∈ I tel que |x δ − x 0 | < δ et | f (x δ ) − f (x 0 )| > ε0 .
On construit la suite (un ) de la façon suivante : pour tout n ∈ N∗ , on choisit dans l’assertion précédente
δ = 1/n et on obtient qu’il existe un (qui est x 1/n ) tel que
1
|un − x 0 | < et | f (un ) − f (x 0 )| > ε0 .
n
La suite (un ) converge vers x 0 alors que la suite ( f (un )) ne peut pas converger vers f (x 0 ).
Remarque.
On retiendra surtout l’implication : si f est continue sur I et si (un ) est une suite convergente de limite `, alors
( f (un )) converge vers f (`). On l’utilisera intensivement pour l’étude des suites récurrentes un+1 = f (un ) : si
f est continue et un → `, alors f (`) = `.

Mini-exercices.

q le domaine de définition et de continuité des fonctions suivantes : f (x) = 1/ sin x,


1. Déterminer
g(x) = 1/ x + 21 , h(x) = ln(x 2 + x − 1).
2. Trouver les couples (a, b) ∈ R2 tels que la fonction f définie sur R par f (x) = a x + b si x < 0 et
a
f (x) = exp(x) si x > 0 soit continue sur R. Et si on avait f (x) = x−1 + b pour x < 0 ?
3. Soit f une fonction continue telle que f (x 0 ) = 1. Montrer qu’il existe δ > 0 tel que : pour tout
x ∈]x 0 − δ, x 0 + δ[ f (x) > 12 .
4. Étudier la continuité de f : R → R définie par : f (x) = sin(x) cos 1x si x 6= 0 et f (0) = 0. Et pour


g(x) = x E(x) ?
x 3 +8
5. La fonction définie par f (x) = admet-elle un prolongement par continuité en −2 ?
|x+2|
p
6. Soit la suite définie par u0 > 0 et un+1 = un . Montrer que (un ) admet une limite ` ∈ R lorsque
p
n → +∞. À l’aide de la fonction f (x) = x calculer cette limite.

4. Continuité sur un intervalle

4.1. Le théorème des valeurs intermédiaires

Théorème 1 (Théorème des valeurs intermédiaires).


Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur un segment.

Pour tout réel y compris entre f (a) et f (b),


il existe c ∈ [a, b] tel que f (c) = y.

Une illustration du théorème des valeurs intermédiaires (figure de gauche), le réel c n’est pas nécessairement
unique. De plus si la fonction n’est pas continue, le théorème n’est plus vrai (figure de droite).
y

f (b) y

y f (b)

y
f (a)
a c1 c2 c3 b x f (a)
a b x

Démonstration. Montrons le théorème dans le cas où f (a) < f (b). On considère alors un réel y tel que
f (a) 6 y 6 f (b) et on veut montrer qu’il a un antécédent par f .

1. On introduit l’ensemble suivant ¦ ©


A = x ∈ [a, b] | f (x) 6 y .
Tout d’abord l’ensemble A est non vide (car a ∈ A) et il est majoré (car il est contenu dans [a, b]) : il
admet donc une borne supérieure, que l’on note c = sup A. Montrons que f (c) = y.
y

f (b)

f (a)
a b x
A c = sup(A)

2. Montrons tout d’abord que f (c) 6 y. Comme c = sup A, il existe une suite (un )n∈N contenue dans A telle
que (un ) converge vers c. D’une part, pour tout n ∈ N, comme un ∈ A, on a f (un ) 6 y. D’autre part,
comme f est continue en c, la suite ( f (un )) converge vers f (c). On en déduit donc, par passage à la
limite, que f (c) 6 y.
3. Montrons à présent que f (c) > y. Remarquons tout d’abord que si c = b, alors on a fini, puisque
f (b) > y. Sinon, pour tout x ∈]c, b], comme x ∈/ A, on a f (x) > y. Or, étant donné que f est continue
en c, f admet une limite à droite en c, qui vaut f (c) et on obtient f (c) > y.

4.2. Applications du théorème des valeurs intermédiaires


Voici la version la plus utilisée du théorème des valeurs intermédiaires.
Corollaire 1.
Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur un segment.

Si f (a) · f (b) < 0, alors il existe c ∈]a, b[ tel que f (c) = 0.

f (b) > 0

a c
b x

f (a) < 0

Démonstration. Il s’agit d’une application directe du théorème des valeurs intermédiaires avec y = 0.
L’hypothèse f (a) · f (b) < 0 signifiant que f (a) et f (b) sont de signes contraires.

Exemple 13.
Tout polynôme de degré impair possède au moins une racine réelle.
y
x 7→ P(x)

En effet, un tel polynôme s’écrit P(x) = an x n + · · · + a1 x + a0 avec n un entier impair. On peut supposer
que le coefficient an est strictement positif. Alors on a lim P = −∞ et lim P = +∞. En particulier, il existe
−∞ +∞
deux réels a et b tels que f (a) < 0 et f (b) > 0 et on conclut grâce au corollaire précédent.
Voici une formulation théorique du théorème des valeurs intermédiaires.

Corollaire 2.

Soit f : I → R une fonction continue sur un intervalle I.


Alors f (I) est un intervalle.

Attention ! Il serait faux de croire que l’image par une fonction f de l’intervalle [a, b] soit l’intervalle
[ f (a), f (b)] (voir la figure ci-dessous).

f (b)

f ([a, b])

f (a)

a b x

Démonstration. Soient y1 , y2 ∈ f (I), y1 6 y2 . Montrons que si y ∈ [ y1 , y2 ], alors y ∈ f (I). Par hypothèse,


il existe x 1 , x 2 ∈ I tels que y1 = f (x 1 ), y2 = f (x 2 ) et donc y est compris entre f (x 1 ) et f (x 2 ). D’après le
théorème des valeurs intermédiaires, comme f est continue, il existe donc x ∈ I tel que y = f (x), et ainsi
y ∈ f (I).

4.3. Fonctions continues sur un segment

Théorème 2.
Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur un segment. Alors il existe deux réels m et M tels que
f ([a, b]) = [m, M ]. Autrement dit, l’image d’un segment par une fonction continue est un segment.
y
M

a b x

Comme on sait déjà par le théorème des valeurs intermédiaires que f ([a, b]) est un intervalle, le théorème
précédent signifie exactement que

Si f est continue sur [a, b]


alors f est bornée sur [a, b], et elle atteint ses bornes.

Donc m est le minimum de la fonction sur l’intervalle [a, b] alors que M est le maximum.

Démonstration.
1. Montrons d’abord que f est bornée.
• Pour r ∈ R, on note A r = {x ∈ [a, b] | f (x) > r}. Fixons r tel que A r 6= ∅, comme A r ⊂ [a, b], le
nombre s = sup A r existe. Soit x n → s avec x n ∈ A r . Par définition f (x n ) > r donc, f étant continue,
à la limite f (s) > r et ainsi s ∈ A r .
• Supposons par l’absurde que f ne soit pas bornée. Alors pour tout n > 0, An est non vide. Notons
sn = sup An . Comme f (x) > n + 1 implique f (x) > n alors An+1 ⊂ An , ce qui entraîne sn+1 6 sn .
Bilan : (sn ) est une suite décroissante, minorée par a donc converge vers ` ∈ [a, b]. Encore une fois
f est continue donc sn → `, implique f (sn ) → f (`). Mais f (sn ) > n donc lim f (sn ) = +∞. Cela
contredit lim f (sn ) = f (`) < +∞. Conclusion : f est majorée.
• Un raisonnement tout à fait similaire prouve que f est aussi minorée, donc bornée. Par ailleurs on
sait déjà que f (I) est un intervalle (c’est le théorème des valeurs intermédiaires), donc maintenant
f (I) est un intervalle borné. Il reste à montrer qu’il du type [m, M ] (et pas ]m, M [ par exemple).
2. Montrons maintenant que f (I) est un intervalle fermé. Sachant déjà que f (I) est un intervalle borné,
notons m et M ses extrémités : m = inf f (I) et M = sup f (I). Supposons par l’absurde que M ∈ / f (I).
1
Alors pour t ∈ [a, b], M > f (t). La fonction g : t 7→ M − f (t) est donc bien définie. La fonction g est
continue sur I donc d’après le premier point de cette preuve (appliqué à g) elle est bornée, disons par
un réel K. Mais il existe yn → M , yn ∈ f (I). Donc il existe x n ∈ [a, b] tel que yn = f (x n ) → M et alors
g(x n ) = M − f1(x ) → +∞. Cela contredit que g soit une fonction bornée par K. Bilan : M ∈ f (I). De
n
même on a m ∈ f (I). Conclusion finale : f (I) = [m, M ].

Mini-exercices.
1. Soient P(x) = x 5 − 3x − 2 et f (x) = x2 x − 1 deux fonctions définies sur R. Montrer que l’équation
P(x) = 0 a au moins une racine dans [1, 2] ; l’équation f (x) = 0 a au moins une racine dans [0, 1] ;
l’équation P(x) = f (x) a au moins une racine dans ]0, 2[.
2. Montrer qu’il existe x > 0 tel que 2 x + 3 x = 7 x .
3. Dessiner le graphe d’une fonction continue f : R → R tel que f (R) = [0, 1]. Puis f (R) =]0, 1[ ;
f (R) = [0, 1[ ; f (R) =] − ∞, 1], f (R) =] − ∞, 1[.
4. Soient f , g : [0, 1] → R deux fonctions continues. Quelles sont, parmi les fonctions suivantes, celles
dont on peut affirmer qu’elles sont bornées : f + g, f × g, f /g ?
5. Soient f et g deux fonctions continues sur [0, 1] telles que ∀x ∈ [0, 1] f (x) < g(x). Montrer qu’il
existe m > 0 tel que ∀x ∈ [0, 1] f (x) + m < g(x). Ce résultat est-il vrai si on remplace [0, 1] par R ?

5. Fonctions monotones et bijections

5.1. Rappels : injection, surjection, bijection


Dans cette section nous rappelons le matériel nécessaire concernant les applications bijectives.
Définition 13.
Soit f : E → F une fonction, où E et F sont des parties de R.
• f est injective si ∀x, x 0 ∈ E f (x) = f (x 0 ) =⇒ x = x 0 ;
• f est surjective si ∀ y ∈ F ∃x ∈ E y = f (x) ;
• f est bijective si f est à la fois injective et surjective, c’est-à-dire si ∀ y ∈ F ∃!x ∈ E y = f (x).

Proposition 8.
Si f : E → F est une fonction bijective alors il existe une unique application g : F → E telle que g ◦ f = id E
et f ◦ g = id F . La fonction g est la bijection réciproque de f et se note f −1 .

Remarque.
• On rappelle que l’identité, id E : E → E est simplement

définie par x 7→ x.
• g ◦ f = id E se reformule ainsi : ∀x ∈ E g f (x)
= x.
• Alors que f ◦ g = id F s’écrit : ∀ y ∈ F f g( y) = y.
• Dans un repère orthonormé les graphes des fonctions f et f −1 sont symétriques par rapport à la première
bissectrice.
Voici le graphe d’une fonction injective (à gauche), d’une fonction surjective (à droite) et enfin le graphe
d’une fonction bijective ainsi que le graphe de sa bijection réciproque.

y y y f
y=x

f −1

y
y
x x x1 x2 x3 x x

5.2. Fonctions monotones et bijections


Voici un théorème très utilisé dans la pratique pour montrer qu’une fonction est bijective.
Théorème 3 (Théorème de la bijection).
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I de R. Si f est continue et strictement monotone sur I,
alors
1. f établit une bijection de l’intervalle I dans l’intervalle image J = f (I),
2. la fonction réciproque f −1 : J → I est continue et strictement monotone sur J et elle a le même sens de
variation que f .
y
y=x
f −1

J = f (I)

I x

En pratique, si on veut appliquer ce théorème à une fonction continue f : I → R, on découpe l’intervalle I


en sous-intervalles sur lesquels la fonction f est strictement monotone.
Exemple 14.
Considérons la fonction carrée définie sur R par f (x) = x 2 . La fonction f n’est pas strictement monotone
sur R : elle n’est pas même pas injective car un nombre et son opposé ont même carré. Cependant, en
restreignant son ensemble de définition à ] − ∞, 0] d’une part et à [0, +∞[ d’autre part, on définit deux
fonctions strictement monotones :
] − ∞, 0] −→ [0, +∞[ [0, +∞[−→ [0, +∞[
 
f1 : et f2 :
x 7−→ x 2 x 7−→ x 2
On remarque que f (] − ∞, 0]) = f ([0, +∞[) = [0, +∞[. D’après le théorème précédent, les fonctions
f1 et f2 sont des bijections. Déterminons leurs fonctions réciproques f1−1 : [0, +∞[→] − ∞, 0] et f2−1 :
[0, +∞[→ [0, +∞[. Soient deux réels x et y tels que y > 0. Alors
y = f (x) ⇔ y = x 2
p p
⇔x= y ou x = − y,
c’est-à-dire y admet (au plus) deux antécédents, l’un dans [0, +∞[ et l’autre dans ] − ∞, 0]. Et donc
p p
f1−1 ( y) = − y et f2−1 ( y) = y. On vérifie bien que chacune des deux fonctions f1 et f2 a le même sens de
variation que sa réciproque.

y
y=x
f1 f2

f2−1

p p x
− y y

f1−1

On remarque que la courbe totale en pointillé (à la fois la partie bleue et la verte), qui est l’image du graphe
de f par la symétrie par rapport à la première bissectrice, ne peut pas être le graphe d’une fonction : c’est
une autre manière de voir que f n’est pas bijective.
Généralisons en partie l’exemple précédent.
Exemple 15.
Soit n > 1. Soit f : [0, +∞[→ [0, +∞[ définie par f (x) = x n . Alors f est continue et strictement croissante.
1
Comme lim+∞ f = +∞ alors f est une bijection. Sa bijection réciproque f −1 est notée : x 7→ x n (ou aussi
p
x 7→ n x) : c’est la fonction racine n-ième. Elle est continue et strictement croissante.

5.3. Démonstration
On établit d’abord un lemme utile à la démonstration du « théorème de la bijection ».
Lemme 2.
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I de R. Si f est strictement monotone sur I, alors f est
injective sur I.

Démonstration. Soient x, x 0 ∈ I tels que f (x) = f (x 0 ). Montrons que x = x 0 . Si on avait x < x 0 , alors on
aurait nécessairement f (x) < f (x 0 ) ou f (x) > f (x 0 ), suivant que f est strictement croissante, ou strictement
décroissante. Comme c’est impossible, on en déduit que x > x 0 . En échangeant les rôles de x et de x 0 , on
montre de même que x 6 x 0 . On en conclut que x = x 0 et donc que f est injective.

Démonstration du théorème.
1. D’après le lemme précédent, f est injective sur I. En restreignant son ensemble d’arrivée à son image
J = f (I), on obtient que f établit une bijection de I dans J. Comme f est continue, par le théorème des
valeurs intermédiaires, l’ensemble J est un intervalle.
2. Supposons pour fixer les idées que f est strictement croissante.
(a) Montrons que f −1 est strictement croissante sur J. Soient y, y 0 ∈ J tels que y < y 0 . Notons x =
f −1 ( y) ∈ I et x 0 = f −1 ( y 0 ) ∈ I. Alors y = f (x), y 0 = f (x 0 ) et donc
y < y 0 =⇒ f (x) < f (x 0 )
=⇒ x < x 0 (car f est strictement croissante)
=⇒ f −1 ( y) < f −1 ( y 0 ),
c’est-à-dire f −1 est strictement croissante sur J.
(b) Montrons que f −1 est continue sur J. On se limite au cas où I est de la forme ]a, b[, les autres cas se
montrent de la même manière. Soit y0 ∈ J. On note x 0 = f −1 ( y0 ) ∈ I. Soit ε > 0. On peut toujours
supposer que [x 0 − ε, x 0 + ε] ⊂ I. On cherche un réel δ > 0 tel que pour tout y ∈ J on ait
y0 − δ < y < y0 + δ =⇒ f −1 ( y0 ) − ε < f −1 ( y) < f −1 ( y0 ) + ε
c’est-à-dire tel que pour tout x ∈ I on ait
y0 − δ < f (x) < y0 + δ =⇒ f −1 ( y0 ) − ε < x < f −1 ( y0 ) + ε.
Or, comme f est strictement croissante, on a pour tout x ∈ I
f (x 0 − ε) < f (x) < f (x 0 + ε) =⇒ x 0 − ε < x < x 0 + ε
=⇒ f −1 ( y0 ) − ε < x < f −1 ( y0 ) + ε.
Comme f (x 0 − ε) < y0 < f (x 0 + ε), on peut choisir le réel δ > 0 tel que
f (x 0 − ε) < y0 − δ et f (x 0 + ε) > y0 + δ
et on a bien alors pour tout x ∈ I
y0 − δ < f (x) < y0 + δ =⇒ f (x 0 − ε) < f (x) < f (x 0 + ε)
=⇒ f −1 ( y0 ) − ε < x < f −1 ( y0 ) + ε.
La fonction f −1 est donc continue sur J.
Dérivée d’une fonction

Introduction

p
Nous souhaitons calculer 1, 01 ou du moins en trouver une valeur approchée. Comme 1, 01 est proche de
p
1 et que 1 = 1 on se doute bien que 1, 01 sera proche de 1. Peut-on être plus précis ? Si l’on appelle f la
p
p
fonction définie par f (x) = x, alors la fonction f est une fonction continue en x 0 = 1. La continuité nous
affirme que pour x suffisamment proche de x 0 , f (x) est proche de f (x 0 ). Cela revient à dire que pour x au
voisinage de x 0 on approche f (x) par la constante f (x 0 ).

y = (x − 1) 12 + 1

p
y= x

y =1
1

0 1 x

Nous pouvons faire mieux qu’approcher notre fonction par une droite horizontale ! Essayons avec une droite
quelconque. Quelle droite se rapproche le plus du graphe de f autour de x 0 ? Elle doit passer par le point
(x 0 , f (x 0 )) et doit « coller » le plus possible au graphe : c’est la tangente au graphe en x 0 . Une équation de
la tangente est
y = (x − x 0 ) f 0 (x 0 ) + f (x 0 )
où f 0 (x 0 ) désigne le nombre dérivé de f en x 0 .
p
On sait que pour f (x) = x, on a f 0 (x) = 2p1 x . Une équation de la tangente en x 0 = 1 est donc y =
(x − 1) 12 + 1. Et donc pour x proche de 1 on a f (x) ≈ (x − 1) 12 + 1. Qu’est-ce que cela donne pour notre
0,01
calcul de 1, 01 ? On pose x = 1, 01 donc f (x) ≈ 1 + 12 (x − 1) = 1 + 2 = 1, 005. Et c’est effectivement
une très bonne de approximation de 0, 01 = 1, 00498 . . .. En posant h = x − 1 on peut reformuler notre
p
p
approximation en : 1 + h ≈ 1 + 21 h qui est valable pour h proche de 0.
Dans ce chapitre nous allons donc définir ce qu’est la dérivée d’une fonction et établir les formules des
dérivées des fonctions usuelles. Enfin, pour connaître l’erreur des approximations, il nous faudra travailler
beaucoup plus afin d’obtenir le théorème des accroissements finis.

1. Dérivée

1.1. Dérivée en un point


Soit I un intervalle ouvert de R et f : I → R une fonction. Soit x 0 ∈ I.
Définition 1.
f (x)− f (x 0 )
f est dérivable en x 0 si le taux d’accroissement x−x 0 a une limite finie lorsque x tend vers x 0 . La
limite s’appelle alors le nombre dérivé de f en x 0 et est noté f 0 (x 0 ). Ainsi

f (x) − f (x 0 )
f 0 (x 0 ) = lim
x→x 0 x − x0

Définition 2.
f est dérivable sur I si f est dérivable en tout point x 0 ∈ I. La fonction x 7→ f 0 (x) est la fonction
df
dérivée de f , elle se note f 0 ou d x .

Exemple 1.
La fonction définie par f (x) = x 2 est dérivable en tout point x 0 ∈ R. En effet :
f (x) − f (x 0 ) x 2 − x 02 (x − x 0 )(x + x 0 )
= = = x + x 0 −−−→ 2x 0 .
x − x0 x − x0 x − x0 x→x 0

On a même montré que le nombre dérivé de f en x 0 est 2x 0 , autrement dit : f 0 (x) = 2x.

Exemple 2.
Montrons que la dérivée de f (x) = sin x est f 0 (x) = cos x. Nous allons utiliser les deux assertions suivantes :
sin x p−q p+q
−−→ 1 et sin p − sin q = 2 sin · cos .
x x→0 2 2
f (x)− f (0) sin x
Remarquons déjà que la première assertion prouve x−0 = x → 1 et donc f est dérivable en x 0 = 0
et f 0 (0) = 1.
Pour x 0 quelconque on écrit :
x−x 0
f (x) − f (x 0 ) sin x − sin x 0 sin x + x0
= = x−x2 · cos .
x − x0 x − x0 2
0 2
x+x 0 x−x 0
Lorsque x → x 0 alors d’une part cos 2 → cos x 0 et d’autre part en posant u = 2 alors u → 0 et on a
sin u f (x)− f (x 0 ) 0
u → 1. Ainsi x−x 0 → cos x 0 et donc f (x) = cos x.

1.2. Tangente
f (x)− f (x )
La droite qui passe par les points distincts (x 0 , f (x 0 )) et (x, f (x)) a pour coefficient directeur x−x 0 0 . À
la limite on trouve que le coefficient directeur de la tangente est f 0 (x 0 ). Une équation de la tangente au
point (x 0 , f (x 0 )) est donc :
y = (x − x 0 ) f 0 (x 0 ) + f (x 0 )

M0

x0 x

1.3. Autres écritures de la dérivée


Voici deux autres formulations de la dérivabilité de f en x 0 .
Proposition 1.
f (x 0 + h) − f (x 0 )
• f est dérivable en x 0 si et seulement si lim existe et est finie.
h→0 h
0
• f est dérivable en x 0 si et seulement s’il existe ` ∈ R (qui sera f (x 0 )) et une fonction ε : I → R telle que
ε(x) −−−→ 0 avec
x→x 0
f (x) = f (x 0 ) + (x − x 0 )` + (x − x 0 )ε(x).

Démonstration. Il s’agit juste de reformuler la définition de f 0 (x 0 ). Par exemple, après division par x − x 0 ,
la deuxième écriture devient
f (x) − f (x 0 )
= ` + ε(x).
x − x0

Proposition 2.
Soit I un intervalle ouvert, x 0 ∈ I et soit f : I → R une fonction.
• Si f est dérivable en x 0 alors f est continue en x 0 .
• Si f est dérivable sur I alors f est continue sur I.

Démonstration. Supposons f dérivable en x 0 et montrons qu’elle est aussi continue en ce point. Voici une
démonstration concise : partant de l’écriture alternative donnée dans la proposition 1, nous écrivons
f (x) = f (x 0 ) + (x − x 0 )` + (x − x 0 )ε(x) .
| {z } | {z }
→0 →0
Donc f (x) → f (x 0 ) lorsque x → x 0 et ainsi f est continue en x 0 .

On reprend cette démonstration sans utiliser les limites mais uniquement la définition de continuité et
dérivabilité : fixons ε0 > 0 et écrivons f (x) = f (x 0 ) + (x − x 0 )` + (x − x 0 )ε(x) grâce à la proposition 1, où
ε(x) −−−→ 0 et ` = f 0 (x 0 ). Choisissons δ > 0 de sorte qu’il vérifie tous les points suivants :
x→x 0
• δ 6 1,
• δ|`| < ε0 ,
• si |x − x 0 | < δ alors |ε(x)| < ε0 (c’est possible car ε(x) → 0).
Alors l’égalité ci-dessus devient :
f (x) − f (x 0 ) = (x − x 0 )` + (x − x 0 )ε(x)
6 |x − x 0 | · |`| + |x − x 0 | · |ε(x)|
6 δ|`| + δε0 pour |x − x 0 | < δ
0 0 0
6 ε + ε = 2ε

Nous venons de prouver que si |x − x 0 | < δ alors f (x) − f (x 0 ) < 2ε0 , ce qui exprime exactement que f
est continue en x 0 .

Remarque.
La réciproque est fausse : par exemple, la fonction valeur absolue est continue en 0 mais n’est pas dérivable
en 0.
y
y = |x|

0 1 x

En effet, le taux d’accroissement de f (x) = |x| en x 0 = 0 vérifie :


(
f (x) − f (0) |x| +1 si x > 0
= = .
x −0 x −1 si x < 0
Il y a bien une limite à droite (qui vaut +1), une limite à gauche (qui vaut −1) mais elles ne sont pas égales :
il n’y a pas de limite en 0. Ainsi f n’est pas dérivable en x = 0.
Cela se lit aussi sur le dessin, il y a une demi-tangente à droite, une demi-tangente à gauche, mais elles ont
des directions différentes.

x 3 est dérivable en tout point x 0 ∈ R et que f 0 (x 0 ) = 3x 02 .


p
2. Montrer que la fonction f x = x est dérivable en tout point x > 0 et que f (x 0 ) = 2p1x .
0
p
3. Montrer que la fonction f (x) = x (qui est continue en x 0 = 0) n’est pas dérivable en x 0 = 0.
4. Calculer l’équation de la tangente (T0 ) à la courbe d’équation y = x 3 − x 2 − x au point d’abscisse
x 0 = 2. Calculer x 1 afin que la tangente (T1 ) au point d’abscisse x 1 soit parallèle à (T0 ).
5. Montrer que si une fonction f est paire et dérivable, alors f 0 est une fonction impaire.
2. Calcul des dérivées

2.1. Somme, produit,...

Proposition 3.
Soient f , g : I → R deux fonctions dérivables sur I. Alors pour tout x ∈ I :
• ( f + g)0 (x) = f 0 (x) + g 0 (x)
• (λ f )0 (x) = λ f 0 (x) où λ est un réel fixé
• (€f Š× g)0 (x) = f 0 (x)g(x) + f (x)g 0 (x)
1 0 f 0 (x)
• f (x) = − f (x)2 (si f (x) 6= 0)
 ‹0
f f 0 (x)g(x) − f (x)g 0 (x)
• (x) = (si g(x) 6= 0)
g g(x)2

Remarque.
Il est plus facile de mémoriser les égalités de fonctions :

( f + g)0 = f 0 + g 0 (λ f )0 = λ f 0 ( f × g)0 = f 0 g + f g 0

 ‹0  ‹0
1 f0 f f 0 g − f g0
=− 2 =
f f g g2

Démonstration. Prouvons par exemple ( f × g)0 = f 0 g + f g 0 .


Fixons x 0 ∈ I. Nous allons réécrire le taux d’accroissement de f (x) × g(x) :
f (x)g(x) − f (x 0 )g(x 0 ) f (x) − f (x 0 ) g(x) − g(x 0 )
= g(x) + f (x 0 )
x − x0 x − x0 x − x0
−−−→ f 0 (x 0 )g(x 0 ) + g 0 (x 0 ) f (x 0 ).
x→x 0

Ceci étant vrai pour tout x 0 ∈ I la fonction f × g est dérivable sur I de dérivée f 0 g + f g 0 .

2.2. Dérivée de fonctions usuelles


Le tableau de gauche est un résumé des principales formules à connaître, x est une variable. Le tableau de
droite est celui des compositions (voir paragraphe suivant), u représente une fonction x 7→ u(x).

Fonction Dérivée Fonction Dérivée

xn nx n−1 (n ∈ Z) un nu0 un−1 (n ∈ Z)


0
1
x − x12 1
u − uu2
p 1 p1 p u0
1p
x 2 x u 2 u

xα αx α−1 (α ∈ R) uα αu0 uα−1 (α ∈ R)

ex ex eu u0 eu
1 u0
ln x x ln u u

cos x − sin x cos u −u0 sin u

sin x cos x sin u u0 cos u


1 u0
tan x 1 + tan2 x = cos2 x
tan u u0 (1 + tan2 u) = cos2 u
Remarque.
1 p
• Notez que les formules pour x n , x , x et x α sont aussi des conséquences de la dérivée de l’exponentielle.
Par exemple x α = eα ln x et donc
d d α ln x 1 1
(x α ) = (e ) = α eα ln x = α x α = αx α−1 .
dx dx x x
• Si vous devez dériver une fonction avec un exposant dépendant de x il faut absolument repasser à
la forme exponentielle. Par exemple si f (x) = 2 x alors on réécrit d’abord f (x) = e x ln 2 pour pouvoir
calculer f 0 (x) = ln 2 · e x ln 2 = ln 2 · 2 x .

2.3. Composition

Proposition 4.
Si f est dérivable en x et g est dérivable en f (x) alors g ◦ f est dérivable en x de dérivée :
0
g ◦ f (x) = g 0 f (x) · f 0 (x)


Démonstration. La preuve est similaire à celle ci-dessus pour le produit en écrivant cette fois :
 
g ◦ f (x) − g ◦ f (x 0 ) g f (x) − g f (x 0 ) f (x) − f (x 0 )
= ×
x − x0 f (x) − f (x 0 ) x − x0
0 0

−−−→ g f (x 0 ) × f (x 0 ).
x→x 0

Exemple 3.
Calculons la dérivée de ln(1 + x 2 ). Nous avons g(x) = ln(x) avec g 0 (x) = 1x ; et f (x) = 1 + x 2 avec
f 0 (x) = 2x. Alors la dérivée de ln(1 + x 2 ) = g ◦ f (x) est
0 2x
g ◦ f (x) = g 0 f (x) · f 0 (x) = g 0 1 + x 2 · 2x =
 
.
1 + x2

Corollaire 1.
Soit I un intervalle ouvert. Soit f : I → J dérivable et bijective dont on note f −1 : J → I la bijection
réciproque. Si f 0 ne s’annule pas sur I alors f −1 est dérivable et on a pour tout x ∈ J :

0 1
f −1 (x) = 
f 0 f −1 (x)

Démonstration. Notons g = f −1 la bijection réciproque de f . Soit y0 ∈ J et x 0 ∈ I tel que y0 = f (x 0 ). Le


taux d’accroissement de g en y0 est :
g( y) − g( y0 ) g( y) − x 0
= 
y − y0 f g( y) − f (x 0 )
1
Lorsque y → y0 alors g( y) → g( y0 ) = x 0 et donc ce taux d’accroissement tend vers f 0 (x 0 ) . Ainsi g 0 ( y0 ) =
1
f 0 (x 0 ) .

Remarque.
Il peut être plus simple de retrouver la formule à chaque fois en dérivant l’égalité

f g(x) = x
où g = f −1 est la bijection réciproque de f .
En effet à droite la dérivée de x est 1 ; à gauche la dérivée de f g(x) = f ◦ g(x) est f 0 g(x) · g 0 (x).
 

L’égalité f g(x) = x conduit donc à l’égalité des dérivées :
f 0 g(x) · g 0 (x) = 1.


Mais g = f −1 donc
0 1
f −1 (x) = .
f 0 f −1 (x)
Exemple 4.
Soit f : R → R la fonction définie par f (x) = x + exp(x). Étudions f en détail.
Tout d’abord :
1. f est dérivable car f est la somme de deux fonctions dérivables. En particulier f est continue.
2. f est strictement croissante car f est la somme de deux fonctions strictement croissante.
3. f est une bijection car lim x→−∞ f (x) = −∞ et lim x→+∞ f (x) = +∞.
4. f 0 (x) = 1 + exp(x) ne s’annule jamais (pour tout x ∈ R).

Notons g = f −1 la bijection réciproque de f . Même si on ne sait pas a priori exprimer g, on peut malgré
tout connaître des informations sur cette fonction : par le corollaire ci-dessus g est dérivable et l’on calcule
g 0 en dérivant l’égalité f g(x) = x. Ce qui donne f 0 g(x) · g 0 (x) = 1 et donc ici
 

1 1
g 0 (x) = = .
f 0 g(x) 1 + exp g(x)
 
Pour cette fonction f particulière on peut préciser davantage : comme f g(x) = x alors g(x)+exp g(x) =

x donc exp g(x) = x − g(x). Cela conduit à :
1
g 0 (x) = .
1 + x − g(x)

y
y = x + exp(x)

y=x

y = 12 (x − 1)
1 y = g(x)

0 1 x

0
Par exemple f (0) = 1 donc g(1) = 0 et donc g 0 (1) = 12 . Autrement dit f −1 (1) = 12 . L’équation de la
tangente au graphe de f −1 au point d’abscisse x 0 = 1 est donc y = 12 (x − 1).
2.4. Dérivées successives
Soit f : I → R une fonction dérivable et soit f 0 sa dérivée. Si la fonction f 0 : I → R est aussi dérivable on
note f 00 = ( f 0 )0 la dérivée seconde de f . Plus généralement on note :
0
f (0) = f , f (1) = f 0 , f (2) = f 00 et f (n+1) = f (n)
Si la dérivée n-ième f (n) existe on dit que f est n fois dérivable.
Théorème 1 (Formule de Leibniz).
 ‹  ‹
(n) n n
f ·g = f (n) · g + f (n−1) · g (1) + · · · + f (n−k) · g (k) + · · · + f · g (n)
1 k

Autrement dit :
n  ‹
(n) X n
f ·g = f (n−k) · g (k) .
k=0
k
La démonstration est similaire à celle de la formule du binôme de Newton et les coefficients que l’on obtient
sont les mêmes.
Exemple 5.
• Pour n = 1 on retrouve ( f · g)0 = f 0 g + f g 0 .
• Pour n = 2, on a ( f · g)00 = f 00 g + 2 f 0 g 0 + f g 00 .
Exemple 6.
Calculons les dérivées n-ème de exp(x)·(x 2 +1) pour tout n > 0. Notons f (x) = exp(x) alors f 0 (x) = exp(x),
f 00 (x) = exp(x),..., f (k) (x) = exp(x). Notons g(x) = x 2 + 1 alors g 0 (x) = 2x, g 00 (x) = 2 et pour k > 3,
g (k) (x) = 0.
Appliquons la formule de Leibniz :
 ‹
(n) (n) n
f ·g (x) = f (x) · g(x) + f (n−1) (x) · g (1) (x)+
1
 ‹  ‹
n (n−2) (2) n
+ f (x) · g (x) + f (n−3) (x) · g (3) (x) + · · ·
2 3
On remplace f (k) (x) = exp(x) et on sait que g (3) (x) = 0, g (4) (x) = 0,. . . Donc cette somme ne contient que
les trois premiers termes :
 ‹  ‹
(n) 2 n n
f ·g (x) = exp(x) · (x + 1) + exp(x) · 2x + exp(x) · 2.
1 2
Que l’on peut aussi écrire :
(n) € Š
f ·g (x) = exp(x) · x 2 + 2nx + n(n − 1) + 1 .

Mini-exercices.
p p
1. Calculer les dérivées des fonctions suivantes : f1 (x) = x ln x, f2 (x) = sin 1x , f3 (x) = 1+ 1 + x 2,
 13
f4 (x) = ln( 1+x 1
1−x ) , f 5 (x) = x , f 6 (x) = arctan x + arctan x .
x

f0
2. On note ∆( f ) = f . Calculer ∆( f × g).
3. Soit f :]1, +∞[→] − 1, +∞[ définie par f (x) = x ln(x) − x. Montrer que f est une bijection. Notons
g = f −1 . Calculer g(0) et g 0 (0).
4. Calculer les dérivées successives de f (x) = ln(1 + x).
5. Calculer les dérivées successives de f (x) = ln(x) · x 3 .
3. Extremum local, théorème de Rolle

3.1. Extremum local

Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I.

Définition 3.
• On dit que x 0 est un point critique de f si f 0 (x 0 ) = 0.
• On dit que f admet un maximum local en x 0 (resp. un minimum local en x 0 ) s’il existe un intervalle
ouvert J contenant x 0 tel que
pour tout x ∈ I ∩ J f (x) 6 f (x 0 )
(resp. f (x) > f (x 0 )).
• On dit que f admet un extremum local en x 0 si f admet un maximum local ou un minimum local
en ce point.

maximum global

minimums locaux maximums locaux

x
I

Dire que f a un maximum local en x 0 signifie que f (x 0 ) est la plus grande des valeurs f (x) pour les x
proches de x 0 . On dit que f : I → R admet un maximum global en x 0 si pour toutes les autres valeurs
f (x), x ∈ I, on a f (x) 6 f (x 0 ) (on ne regarde donc pas seulement les f (x) pour x proche de x 0 ). Bien sûr
un maximum global est aussi un maximum local, mais la réciproque est fausse.

Théorème 2.
Soit I un intervalle ouvert et f : I → R une fonction dérivable. Si f admet un maximum local (ou un
minimum local) en x 0 alors f 0 (x 0 ) = 0.

En d’autres termes, un maximum local (ou un minimum local) x 0 est toujours un point critique. Géométri-
quement, au point (x 0 , f (x 0 )) la tangente au graphe est horizontale.
y

x
I

Exemple 7.
Étudions les extremums de la fonction fλ définie par fλ (x) = x 3 + λx en fonction du paramètre λ ∈ R. La
dérivée est fλ0 (x) = 3x 2 + λ. Si x 0 est un extremum local alors fλ0 (x 0 ) = 0.
• Si λ > 0 alors fλ0 (x) > 0 et ne s’annule jamais il n’y a pas de points critiques donc pas non plus
d’extremums. En anticipant sur la suite : fλ est strictement croissante sur R.
• Si λ = 0 alors fλ0 (x) = 3x 2 . Le seul point critique est x 0 = 0. Mais ce n’est ni un maximum local, ni un
minimum local. En effet si x < 0, f0 (x) < Ç 0 = f0 (0) etÇsi x > 0, f0 (x) > 0 = f0 (0). Ç
|λ| |λ| |λ|
• Si λ < 0 alors fλ0 (x) = 3x 2 − |λ| = 3 x +

3 x − 3 . Il y a deux points critiques x 1 = − 3 et
Ç
|λ| 0 0
x 2 = + 3 . En anticipant sur la suite : fλ (x) > 0 sur ] − ∞, x 1 [ et ]x 2 , +∞[ et fλ (x) < 0 sur ]x 1 , x 2 [ ;
maintenant fλ est croissante sur ] − ∞, x 1 [, puis décroissante sur ]x 1 , x 2 [, donc x 1 est un maximum
local. D’autre part fλ est décroissante sur ]x 1 , x 2 [ puis croissante sur ]x 2 , +∞[ donc x 2 est un minimum
local.

x2
x1

λ>0 λ=0 λ<0

Remarque.

1. La réciproque du théorème 2 est fausse. Par exemple la fonction f : R → R, définie par f (x) = x 3 vérifie
f 0 (0) = 0 mais x 0 = 0 n’est ni maximum local ni un minimum local.
2. L’intervalle du théorème 2 est ouvert. Pour le cas d’un intervalle fermé, il faut faire attention aux
extrémités. Par exemple si f : [a, b] → R est une fonction dérivable qui admet un extremum en x 0 , alors
on est dans l’une des situations suivantes :
• x 0 = a,
• x 0 = b,
• x 0 ∈]a, b[ et dans ce cas on a bien f 0 (x 0 ) = 0 par le théorème 2.
Aux extrémités on ne peut rien dire pour f 0 (a) et f 0 (b), comme le montre les différents maximums sur
les dessins suivants.

x0 I a I I b

3. Pour déterminer max[a,b] f et min[a,b] f (où f : [a, b] → R est une fonction dérivable) il faut comparer
les valeurs de f aux différents points critiques et en a et en b.

Preuve du théorème. Supposons que x 0 soit un maximum local de f , soit donc J l’intervalle ouvert de la
définition contenant x 0 tel que pour tout x ∈ I ∩ J on a f (x) 6 f (x 0 ).
f (x)− f (x )
• Pour x ∈ I ∩ J tel que x < x 0 on a f (x) − f (x 0 ) 6 0 et x − x 0 < 0 donc x−x 0 0 > 0 et donc à la limite
f (x)− f (x 0 )
lim x→x 0− x−x 0 > 0.
f (x)− f (x 0 )
• Pour x ∈ I ∩ J tel que x > x 0 on a f (x) − f (x 0 ) 6 0 et x − x 0 > 0 donc x−x 0 6 0 et donc à la limite
f (x)− f (x 0 )
lim x→x + 6 0.
x−x 0
0
Or f est dérivable en x 0 donc
f (x) − f (x 0 ) f (x) − f (x 0 )
lim− = lim+ = f 0 (x 0 ).
x→x 0 x − x0 x→x 0 x − x0
La première limite est positive, la seconde est négative, la seule possibilité est que f 0 (x 0 ) = 0.

3.2. Théorème de Rolle

Théorème 3 (Théorème de Rolle).


Soit f : [a, b] → R telle que
• f est continue sur [a, b],
• f est dérivable sur ]a, b[,
• f (a) = f (b).
Alors il existe c ∈]a, b[ tel que f 0 (c) = 0.

f (a) = f (b)

a c b

Interprétation géométrique : il existe au moins un point du graphe de f où la tangente est horizontale.

Démonstration. Tout d’abord, si f est constante sur [a, b] alors n’importe quel c ∈]a, b[ convient. Sinon
il existe x 0 ∈ [a, b] tel que f (x 0 ) 6= f (a). Supposons par exemple f (x 0 ) > f (a). Alors f est continue sur
l’intervalle fermé et borné [a, b], donc elle admet un maximum en un point c ∈ [a, b]. Mais f (c) > f (x 0 ) >
f (a) donc c 6= a. De même comme f (a) = f (b) alors c = 6 b. Ainsi c ∈]a, b[. En c, f est donc dérivable et
admet un maximum (local) donc f 0 (c) = 0.
Exemple 8.
Soit P(X ) = (X −α1 )(X −α2 ) · · · (X −αn ) un polynôme ayant n racines réelles différentes : α1 < α2 < · · · < αn .

1. Montrons que P 0 a n − 1 racines distinctes.


On considère P comme une fonction polynomiale x 7→ P(x). P est une fonction continue et dérivable
sur R. Comme P(α1 ) = 0 = P(α2 ) alors par le théorème de Rolle il existe c1 ∈]α1 , α2 [ tel que P 0 (c1 ) = 0.
Plus généralement, pour 1 6 k 6 n − 1, comme P(αk ) = 0 = P(αk+1 ) alors le théorème de Rolle
implique l’existence de ck ∈]αk , αk+1 [ tel que P 0 (ck ) = 0. Nous avons bien trouvé n − 1 racines de P 0 :
c1 < c2 < · · · < cn−1 . Comme P 0 est un polynôme de degré n − 1, toutes ses racines sont réelles et
distinctes.

2. Montrons que P + P 0 a n − 1 racines distinctes.


L’astuce consiste à considérer la fonction auxiliaire f (x) = P(x) exp x. f est une fonction continue et
dérivable sur R. f s’annule comme P en α1 , . . . , αn . La dérivée de f est f 0 (x) = P(x) + P 0 (x) exp x.


Donc par le théorème de Rolle, pour chaque 1 6 k 6 n − 1, comme f (αk ) = 0 = f (αk+1 ) alors il
existe γk ∈]αk , αk+1 [ tel que f 0 (γk ) = 0. Mais comme la fonction exponentielle ne s’annule jamais alors
(P + P 0 )(γk ) = 0. Nous avons bien trouvé n − 1 racines distinctes de P + P 0 : γ1 < γ2 < · · · < γn−1 .

3. Déduisons-en que P + P 0 a toutes ses racines réelles.


P + P 0 est un polynôme à coefficients réels qui admet n − 1 racines réelles. Donc (P + P 0 )(X ) =
(X − γ1 ) · · · (X − γn−1 )Q(X ) où Q(x) = X − γn est un polynôme de degré 1. Comme P + P 0 est à
coefficients réels et que les γi sont aussi réels, ainsi γn ∈ R. Ainsi on a obtenu une n-ème racine réelle
γn (pas nécessairement distincte des autres γi ).

Mini-exercices.
1. Dessiner le graphe de fonctions vérifiant : f1 admet deux minimums locaux et un maximum local ;
f2 admet un minimum local qui n’est pas global et un maximum local qui est global ; f3 admet une
infinité d’extremums locaux ; f4 n’admet aucun extremum local.
2. Calculer en quel point la fonction f (x) = a x 2 + b x + c admet un extremum local.
3. Soit f : [0, 2] → R une fonction deux fois dérivable telle que f (0) = f (1) = f (2) = 0. Montrer qu’il
existe c1 , c2 tels que f 0 (c1 ) = 0 et f 0 (c2 ) = 0. Montrer qu’il existe c3 tel que f 00 (c3 ) = 0.
4. Montrer que chacune des trois hypothèses du théorème de Rolle est nécessaire.

4. Théorème des accroissements finis

4.1. Théorème des accroissements finis

Théorème 4 (Théorème des accroissements finis).


Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Il existe c ∈]a, b[ tel que

f (b) − f (a) = f 0 (c) (b − a)


A

a c b

Interprétation géométrique : il existe au moins un point du graphe de f où la tangente est parallèle à la


droite (AB) où A = (a, f (a)) et B = (b, f (b)).
f (b)− f (a) f (b)− f (a)
Démonstration. Posons ` = b−a et g(x) = f (x)−`·(x − a). Alors g(a) = f (a), g(b) = f (b)− b−a ·
(b − a) = f (a). Par le théorème de Rolle, il existe c ∈]a, b[ tel que g 0 (c) = 0. Or g 0 (x) = f 0 (x) − `. Ce qui
f (b)− f (a)
donne f 0 (c) = b−a .

4.2. Fonction croissante et dérivée

Corollaire 2.
Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[.
1. ∀x ∈]a, b[ f 0 (x) > 0 ⇐⇒ f est croissante ;
2. ∀x ∈]a, b[ f 0 (x) 6 0 ⇐⇒ f est décroissante ;
0
3. ∀x ∈]a, b[ f (x) = 0 ⇐⇒ f est constante ;
4. ∀x ∈]a, b[ f 0 (x) > 0 =⇒ f est strictement croissante ;
5. ∀x ∈]a, b[ f 0 (x) < 0 =⇒ f est strictement décroissante.

Remarque.
La réciproque au point (4) (et aussi au (5)) est fausse. Par exemple la fonction x 7→ x 3 est strictement
croissante et pourtant sa dérivée s’annule en 0.

Démonstration. Prouvons par exemple (1).


Sens =⇒. Supposons d’abord la dérivée positive. Soient x, y ∈]a, b[ avec x 6 y. Alors par le théorème
des accroissements finis, il existe c ∈]x, y[ tel que f (x) − f ( y) = f 0 (c)(x − y). Mais f 0 (c) > 0 et x − y 6 0
donc f (x) − f ( y) 6 0. Cela implique que f (x) 6 f ( y). Ceci étant vrai pour tout x, y alors f est croissante.
Sens ⇐=. Réciproquement, supposons que f est croissante. Fixons x ∈]a, b[. Pour tout y > x nous avons
f ( y)− f (x)
y − x > 0 et f ( y) − f (x) > 0, ainsi le taux d’accroissement vérifie y−x > 0. À la limite, quand y → x,
ce taux d’accroissement tend vers la dérivée de f en x et donc f 0 (x) > 0.

4.3. Inégalité des accroissements finis

Corollaire 3 (Inégalité des accroissements finis).


Soit f : I → R une fonction dérivable sur un intervalle I ouvert. S’il existe une constante M telle que pour
tout x ∈ I, f 0 (x) 6 M alors

∀x, y ∈ I f (x) − f ( y) 6 M |x − y|
Démonstration. Fixons x, y ∈ I, il existe alors c ∈]x, y[ ou ] y, x[ tel que f (x) − f ( y) = f 0 (c)(x − y) et
comme | f 0 (c)| 6 M alors f (x) − f ( y) 6 M |x − y|.

Exemple 9.
Soit f (x) = sin(x). Comme f 0 (x) = cos x alors | f 0 (x)| 6 1 pour tout x ∈ R. L’inégalité des accroissements
finis s’écrit alors :
pour tout x, y ∈ R | sin x − sin y| 6 |x − y|.
En particulier si l’on fixe y = 0 alors on obtient

| sin x| 6 |x|

ce qui est particulièrement intéressant pour x proche de 0.

y=x
y

y = sin x

x
y = − sin x

y = −x

4.4. Règle de l’Hospital

Corollaire 4 (Règle de l’Hospital).


Soient f , g : I → R deux fonctions dérivables et soit x 0 ∈ I. On suppose que
• f (x 0 ) = g(x 0 ) = 0,
• ∀x ∈ I \ {x 0 } g 0 (x) 6= 0.

f 0 (x) f (x)
Si lim = ` (∈ R) alors lim = `.
x→x 0 g 0 (x) x→x 0 g(x)

Démonstration. Fixons a ∈ I \ {x 0 } avec par exemple a < x 0 . Soit h : I → R définie par h(x) = g(a) f (x) −
f (a)g(x). Alors
• h est continue sur [a, x 0 ] ⊂ I,
• h est dérivable sur ]a, x 0 [,
• h(x 0 ) = h(a) = 0.
Donc par le théorème de Rolle il existe ca ∈]a, x 0 [ tel que h0 (ca ) = 0. Or h0 (x) = g(a) f 0 (x) − f (a)g 0 (x) donc
f (a) f 0 (c )
g(a) f 0 (ca ) − f (a)g 0 (ca ) = 0. Comme g 0 ne s’annule pas sur I \ {x 0 } cela conduit à g(a) = g 0 (ca ) . Comme
a
a < ca < x 0 lorsque l’on fait tendre a vers x 0 on obtient ca → x 0 . Cela implique
f (a) f 0 (ca ) f 0 (ca )
lim = lim 0 = lim 0 = `.
a→x 0 g(a) a→x 0 g (ca ) ca →x 0 g (ca )
Exemple 10.
2
ln(x +x−1)
Calculer la limite en 1 de . On vérifie que :
ln(x) 2x+1
• f (x) = ln(x + x − 1), f (1) = 0, f 0 (x) = x 2 +x−1 ,
2
1
• g(x) = ln(x), g(1) = 0, g 0 (x) = x ,
• Prenons I =]0, 1], x 0 = 1, alors g 0 ne s’annule pas sur I \ {x 0 }.

f 0 (x) 2x + 1 2x 2 + x
= × x = −−→ 3.
g 0 (x) x2 + x − 1 x 2 + x − 1 x→1
Donc
f (x)
−−→ 3.
g(x) x→1

Mini-exercices.
3 2
1. Soit f (x) = x3 + x2 − 2x + 2. Étudier la fonction f . Tracer son graphe. Montrer que f admet un
minimum local et un maximum local.
p
2. Soit f (x) = x. Appliquer le théorème des accroissements finis sur l’intervalle [100, 101]. En déduire
1 p 1
l’encadrement 10 + 22 6 101 6 10 + 20 .
1
3. Appliquer le théorème des accroissements finis pour montrer que ln(1 + x) − ln(x) < x (pour tout
x > 0).
4. Soit f (x) = e x . Que donne l’inégalité des accroissements finis sur [0, x] ?
x
5. Appliquer la règle de l’Hospital pour calculer les limites suivantes (quand x → 0) : ;
(1 + x)n − 1
ln(x + 1) 1 − cos x x − sin x
p ; ; .
x tan x x3
INTEGRALE

Chapitre

Intégrales
6

Introduction

Nous allons introduire l’intégrale à l’aide d’un exemple. Considérons la fonction exponentielle f (x) = e x .
On souhaite calculer l’aire A en-dessous du graphe de f et entre les droites d’équation (x = 0), (x = 1) et
l’axe (Ox).

y y = ex

1
A

0 1 x

Nous approchons cette aire par des sommes d’aires des rectangles situés sous la courbe. Plus précisément,
soit n > 1 un entier ; découpons notre intervalle [0, 1] à l’aide de la subdivision (0, 1n , 2n , . . . , ni , · · · , n−1
n , 1).

On considère les « rectangles inférieurs » Ri− , chacun ayant pour base l’intervalle i−1 i
 
n , n et pour hauteur
i−1
f i−1 = e(i−1)/n . L’entier i varie de 1 à n. L’aire de Ri− est « base × hauteur » : ni − i−1 × e(i−1)/n = 1n e n .
 
n n
y y = ex y y = ex

1 1

R1− R2− R3− R4− R1+ R2+ R3+ R4+

0 1 2 3 1 x 0 1 2 3 1 x
4 4 4 4 4 4

La somme des aires des Ri− se calcule alors comme somme d’une suite géométrique :
1 n
n i−1 n 1
X e n 1 X 1 i−1 1 1 − e n n

= e n = 1
= 1 e − 1 −−−−→ e − 1.
i=1
n n i=1 n 1− en en −1 n→+∞

e x −1
Pour la limite on a reconnu l’expression du type 1 (avec ici x = 1n ).
x −−→
x→0
Soit maintenant les « rectangles supérieurs » Ri+ , ayant la même base i−1 i i
  
n , n mais la hauteur f n = e
i/n
.
Pn e n i
Un calcul similaire montre que i=1 n → e − 1 lorsque n → +∞.
L’aire A de notre région est supérieure à la somme des aires des rectangles inférieurs ; et elle est inférieure
à la somme des aires des rectangles supérieurs. Lorsque l’on considère des subdivisions de plus en plus
petites (c’est-à-dire lorsque l’on fait tendre n vers +∞) alors on obtient à la limite que l’aire A de notre
région est encadrée par deux aires qui tendent vers e − 1. Donc l’aire de notre région est A = e − 1.

y y = ex

0 1 x
n = 10

Voici le plan de lecture conseillé pour ce chapitre : il est tout d’abord nécessaire de bien comprendre comment
est définie l’intégrale et quelles sont ses principales propriétés (parties 1 et 2). Mais il est important d’arriver
rapidement à savoir calculer des intégrales : à l’aide de primitives ou par les deux outils efficaces que sont
l’intégration par parties et le changement de variable.
Dans un premier temps on peut lire les sections 1.1, 1.2 puis 2.1, 2.2, 2.3, avant de s’attarder longuement
sur les parties 3, 4. Lors d’une seconde lecture, revenez sur la construction de l’intégrale et les preuves.
Dans ce chapitre on s’autorisera (abusivement) une confusion entre une fonction f et son expression f (x).
Par exemple on écrira « une primitive de la fonction sin x est − cos x » au lieu « une primitive de la fonction
x 7→ sin x est x 7→ − cos x ».
1. L’intégrale de Riemann

Nous allons reprendre la construction faite dans l’introduction pour une fonction f quelconque. Ce qui va
remplacer les rectangles seront des fonctions en escalier. Si la limite des aires en-dessous égale la limite
Rb
des aires au-dessus on appelle cette limite commune l’intégrale de f que l’on note a f (x) d x. Cependant
il n’est pas toujours vrai que ces limites soient égales, l’intégrale n’est donc définie que pour les fonctions
intégrables. Heureusement nous verrons que si la fonction f est continue alors elle est intégrable.

a x
b

y = f (x)

1.1. Intégrale d’une fonction en escalier

Définition 1.
Soit [a, b] un intervalle fermé borné de R (−∞ < a < b < +∞). On appelle une subdivision de [a, b]
une suite finie, strictement croissante, de nombres S = (x 0 , x 1 , . . . , x n ) telle que x 0 = a et x n = b.
Autrement dit a = x 0 < x 1 < · · · < x n = b.

a b
x0 x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x

Définition 2.
Une fonction f : [a, b] → R est une fonction en escalier s’il existe une subdivision (x 0 , x 1 , . . . , x n ) et des
nombres réels c1 , . . . , cn tels que pour tout i ∈ {1, . . . , n} on ait
∀x ∈]x i−1 , x i [ f (x) = ci

Autrement dit f est une fonction constante sur chacun des sous-intervalles de la subdivision.

Remarque.
La valeur de f aux points x i de la subdivision n’est pas imposée. Elle peut être égale à celle de l’intervalle
qui précède ou de celui qui suit, ou encore une autre valeur arbitraire. Cela n’a pas d’importance car l’aire
ne changera pas.
c7
y

c5
c1

c2

0
x0 x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x
c4

c6
c3

Définition 3.
Rb
Pour une fonction en escalier comme ci-dessus, son intégrale est le réel a f (x) d x défini par

Z b n
X
f (x) d x = ci (x i − x i−1 )
a i=1

Remarque.
Notez que chaque terme ci (x i − x i−1 ) est l’aire du rectangle compris entre les abscisses x i−1 et x i et de
hauteur ci . Il faut juste prendre garde que l’on compte l’aire avec un signe « + » si ci > 0 et un signe « − » si
ci < 0.
L’intégrale d’une fonction en escalier est l’aire de la partie située au-dessus de l’axe des abscisses (ici en
rouge) moins l’aire de la partie située en-dessous (en bleu). L’intégrale d’une fonction en escalier est bien un
nombre réel qui mesure l’aire algébrique (c’est-à-dire avec signe) entre la courbe de f et l’axe des abscisses.

1.2. Fonction intégrable

Rappelons qu’une fonction f : [a, b] → R est bornée s’il existe M > 0 tel que :

∀x ∈ [a, b] − M 6 f (x) 6 M .

Rappelons aussi que si l’on a deux fonctions f , g : [a, b] → R, alors on note

f 6g ⇐⇒ ∀x ∈ [a, b] f (x) 6 g(x).

On suppose à présent que f : [a, b] → R est une fonction bornée quelconque. On définit deux nombres
réels :
¨Z b «
I − ( f ) = sup φ(x) d x | φ en escalier et φ 6 f
a

b
¨Z «
+
I ( f ) = inf φ(x) d x | φ en escalier et φ > f
a
y

φ>f
φ6f

y = f (x)

a x
b

Pour I − ( f ) on prend toutes les fonctions en escalier (avec toutes les subdivisions possibles) qui restent
inférieures à f . On prend l’aire la plus grande parmi toutes ces fonctions en escalier, comme on n’est pas sûr
que ce maximum existe on prend la borne supérieure. Pour I + ( f ) c’est le même principe mais les fonctions
en escalier sont supérieures à f et on cherche l’aire la plus petite possible.
Il est intuitif que l’on a :
Proposition 1.
I − ( f ) 6 I + ( f ).

Les preuves sont reportées en fin de section.


Définition 4.
Une fonction bornée f : [a, b] → R est dite intégrable (au sens de Riemann) si I − ( f ) = I + ( f ). On
Rb
appelle alors ce nombre l’intégrale de Riemann de f sur [a, b] et on le note a f (x) d x.

Exemple 1.
• Les fonctions en escalier sont intégrables ! En effet si f est une fonction en escalier alors
Rb
la borne inférieure
− +
I ( f ) et supérieure I ( f ) sont atteintes avec la fonction φ = f . Bien sûr l’intégrale a f (x) d x coïncide
avec l’intégrale de la fonction en escalier définie lors du paragraphe 1.1.
• Nous verrons dans la section suivante que les fonctions continues et les fonctions monotones sont
intégrables.
• Cependant toutes les fonctions ne sont pas intégrables. La fonction f : [0, 1] → R définie par f (x) = 1
si x est rationnel et f (x) = 0 sinon, n’est pas intégrable sur [0, 1]. Convainquez-vous que si φ est une
fonction en escalier avec φ 6 f alors φ 6 0 et que si φ > f alors φ > 1. On en déduit que I − ( f ) = 0 et
I + ( f ) = 1. Les bornes inférieure et supérieure ne coïncident pas, donc f n’est pas intégrable.
y

0 1 x

Il n’est pas si facile de calculer des exemples avec la définition. Nous avons vu l’exemple de la fonction
R1
exponentielle dans l’introduction où nous avions en fait montré que 0 e x d x = e − 1. Nous allons voir
maintenant l’exemple de la fonction f (x) = x 2 . Plus tard nous verrons que les primitives permettent de
calculer simplement beaucoup d’intégrales.
Exemple 2.
Soit f : [0, 1] → R, f (x) = x . Montrons qu’elle est intégrable et calculons y R 1 f (x) d x.
2
0

y = x2

x
0 n=5 1

o la subdivision régulière de [0, 1] suivante S = 0, 1n , 2n , . . . , i , .n. . , n−1



Soit n > 1 et co sidér ns n , 1 .
Sur l’intervalle ni−1 , ni

nous avons ∀x
n
2 2
i−1 i  6 x 2 6 ni .

∈ n , n i−1n
2 i−1 i (pour
 
Nous construisons une fonction en escalier φ− en-dessous de f par φ−(x si )x= ∈ (i−n1)
2 n ,n
chaque i = 1, . . . , n)et φ−(1) = [Link] même nous construisons une fonction en escalier φ+ au-dessus de f
2
définie par φ+(x) = ni2 si x ∈
 i−1 i 
, n (pour chaque i = 1, . . . , n) et φ+(1) = 1. φ− et φ+ sont des fonctions
− +n
en escalier et l’on a φ 6 f 6 φ .
L’intégrale de la fonction en escalier φ+ est par définition
n i2  i n i2 1 1 X
Z1 ‹
i−1 n
φ+(x) d x = − = i 2.
X X
n 2 n n n 2 = n3
0 i=1 i=1 n i=1

On se souvient de la formule ni=1 i2 = n(n+1)(2n+1)


P
6 , et donc
Z1
(n + 1)(2n + 1)
φ+(x) d x n(n + 1)( 2n + 1) = ·
0 = 6n 6n2
3

De même pour la fonction φ :

(i − 1)2 1 1 X
Z1 n−1
n
(n − 1)(2n − 1) ·
φ−(x) d x = (n − 1)=
n( 2n − 1)
X
n 2 = 3
n j=1 j2 = 6n2
0 i=1 n 6n 3
Maintenant I −( f ) est la borne supérieure
1
sur toutesles fonctions en1 escalier inférieures à f donc en
particulier
R I −( f ) > 0 φ−(x) d x. DeRmême I +( f ) 6 0 φ+(x) d x. En résumé :
Z1 Z1
(n−1)(2n−1)
= φ−(x) d x 6 I −( f ) 6 I +( f ) 6 φ+(x) d x =
(n+1)(2 n+1)
.
6n2 6 n2
0 0
− 1
Lorsque l’on fait tendre n vers +∞ alors les deux extrémités tendent vers . On
3 en déduit que I ( f ) =
1
I +( f ) = 3 . Ainsi f est intégrable et R01 x 2 d x = 13 .

1.3. Premières propriétés

Proposition 2.

1. Si f : [a, b] → R est intégrable et si l’on change les valeurs de f en un nombre fini de points de [a, b]
R b
alors la fonction f est toujours intégrable et la valeur de l’intégrale f (x) d x ne change pas.
a
2. Si f : [a, b] → R est intégrable alors la restriction de f à tout intervalle [a0, b0] ⊂ [a, b] est encore
intégrable.
1.4. Les fonctions continues sont intégrables
Voici le résultat théorique le plus important de ce chapitre.
Théorème 1.
Si f : [a, b] → R est continue alors f est intégrable.

La preuve sera vue plus loin mais l’idée est que les fonctions continues peuvent être approchées d’aussi près
que l’on veut par des fonctions en escalier, tout en gardant un contrôle d’erreur uniforme sur l’intervalle.

Une fonction f : [a, b] → R est dite continue par morceaux s’il existe un entier n et une subdivision
(x 0 , . . . , x n ) telle que f|]x i−1 ,x i [ soit continue, admette une limite finie à droite en x i−1 et une limite à gauche
en x i pour tout i ∈ {1, . . . , n}.

Corollaire 1.
Les fonctions continues par morceaux sont intégrables.

Voici un résultat qui prouve que l’on peut aussi intégrer des fonctions qui ne sont pas continues à condition
que la fonction soit croissante (ou décroissante).
Théorème 2.
Si f : [a, b] → R est monotone alors f est intégrable.

1.5. Les preuves


Les preuves peuvent être sautées lors d’une première lecture. Les démonstrations demandent une bonne
maîtrise des bornes sup et inf et donc des « epsilons ». La proposition 1 se prouve en manipulant les
« epsilons ». Pour la preuve de la proposition 2 : on prouve d’abord les propriétés pour les fonctions en
escalier et on en déduit qu’elles restent vraies pour les fonctions intégrables (cette technique sera développée
en détails dans la partie suivante).
Le théorème 1 établit que les fonctions continues sont intégrables. Nous allons démontrer une version
affaiblie de ce résultat. Rappelons que f est dite de classe C 1 si f est continue, dérivable et f 0 est aussi
continue.
Théorème 3 (Théorème 1 faible).
Si f : [a, b] → R est de classe C 1 alors f est intégrable.

Démonstration. Comme f est de classe C 1 alors f 0 est une fonction continue sur l’intervalle fermé et borné
[a, b] ; f 0 est donc une fonction bornée : il existe M > 0 tel que pour tout x ∈ [a, b] on ait | f 0 (x)| 6 M .
Nous allons utiliser l’inégalité des accroissements finis :
∀x, y ∈ [a, b] | f (x) − f ( y)| 6 M |x − y|. (?)
Soit ε > 0 et soit (x 0 , x 1 , . . . , x n ) une subdivision de [a, b] vérifiant pour tout i = 1, . . . , n :
0 < x i − x i−1 6 ε. (??)
Nous allons construire deux fonctions en escalier φ − , φ + : [a, b] → R définies de la façon suivante : pour
chaque i = 1, . . . , n et chaque x ∈ [x i−1 , x i [ on pose
ci = φ − (x) = inf f (t) et di = φ + (x) = sup f (t)
t∈[x i−1 ,x i [ t∈[x i−1 ,x i [

et aussi φ − (b) = φ + (b) = f (b). φ − et φ + sont bien deux fonctions en escalier (elles sont constantes sur
chaque intervalle [x i−1 , x i [).
y
y = f (x)

di

ci

x i−1 xi x

De plus par construction on a bien φ − 6 f 6 φ + et donc


Z b Z b
+
− −
φ (x) d x 6 I ( f ) 6 I ( f ) 6 φ + (x) d x .
a a
En utilisant la continuité de f sur l’intervalle [x i−1 , x i ], on déduit l’existence de ai , bi ∈ [x i−1 , x i ] tels que
f (ai ) = ci et f (bi ) = di . Avec (?) et (??) on sait que di −ci = f (bi )− f (ai ) 6 M |bi −ai | 6 M (x i − x i−1 ) 6 M ε
(pour tout i = 1, . . . , n). Alors
Z b Z b n
X
+
φ (x) d x − φ − (x) d x 6 M ε(x i − x i−1 ) = M ε(b − a)
a a i=1
Ainsi 0 6 I ( f ) − I ( f ) 6 M ε(b − a) et lorsque l’on fait tendre ε → 0 on trouve I + ( f ) = I − ( f ), ce qui
+ −

prouve que f est intégrable.

La preuve du théorème 2 est du même style et nous l’omettons.


Mini-exercices.
1. Soit f : [1, 4] → R définie par f (x) = 1 si x ∈ [1, 2[, f (x) = 3 si x ∈ [2, 3[ et f (x) = −1 si x ∈ [3, 4].
R2 R3 R4 R3 R7
Calculer 1 f (x) d x, 1 f (x) d x, 1 f (x) d x, 12 f (x) d x, 32 f (x) d x.
2
R1 1
Pn n(n+1)
2. Montrer que 0
x dx = 2 (prendre une subdivision régulière et utiliser i=1 i = 2 ).
Ra
3. Montrer que si f est une fonction intégrable et paire sur l’intervalle [−a, a] alors −a f (x) d x =
Ra
2 0 f (x) d x (on prendra une subdivision symétrique par rapport à l’origine).
Ra
4. Montrer que si f est une fonction intégrable et impaire sur l’intervalle [−a, a] alors −a
f (x) d x = 0.
5. Montrer que toute fonction monotone est intégrable en s’inspirant de la preuve du théorème 3.
2. Propriétés de l’intégrale
Les trois principales propriétés de l’intégrale sont la relation de Chasles, la positivité et la linéarité.

2.1. Relation de Chasles

Proposition 3 (Relation de Chasles).


Soient a < c < b. Si f est intégrable sur [a, c] et [c, b], alors f est intégrable sur [a, b]. Et on a
Z b Zc Z b
f (x) d x = f (x) d x + f (x) d x
a a c

Pour s’autoriser des bornes sans se préoccuper de l’ordre on définit :


Za Za Z b
f (x) d x = 0 et pour a < b f (x) d x = − f (x) d x.
a b a
Pour a, b, c quelconques la relation de Chasles devient alors
Z b Z c Z b
f (x) d x = f (x) d x + f (x) d x
a a c

2.2. Positivité de l’intégrale

Proposition 4 (Positivité de l’intégrale).


Soit a 6 b deux réels et f et g deux fonctions intégrables sur [a, b].
Z b Z b
Si f 6 g alors f (x) d x 6 g(x) d x
a a

En particulier l’intégrale d’une fonction positive est positive :


Z b
Si f >0 alors f (x) d x > 0
a

2.3. Linéarité de l’intégrale

Proposition 5.
Soient f , g deux fonctions intégrables sur [a, b].
Rb Rb Rb
1. f + g est une fonction intégrable et a ( f + g)(x) d x = a f (x) d x + a g(x) d x.
Rb Rb
2. Pour tout réel λ, λ f est intégrable et on a a λ f (x) d x = λ a f (x) d x.
Par ces deux premiers points nous avons la linéarité de l’intégrale : pour tous réels λ, µ
Z b Z b Z b

λ f (x) + µg(x) d x = λ f (x) d x + µ g(x) d x
a a a

Rb Rb  Rb 
3. f × g est une fonction intégrable sur [a, b] mais en général a
( f g)(x) d x 6= a
f (x) d x a
g(x) d x .
4. | f | est une fonction intégrable sur [a, b] et
Z b Z b
f (x) d x 6 f (x) d x
a a

Exemple 3.
Z 1 Z 1 Z 1
2 x
 2 1 10
7x − e dx = 7 x dx − ex d x = 7 − (e − 1) = −e
0 0 0 3 3
R1 1
R1
Nous avons utilisé les calculs déjà vus : 0
x dx =2
3 et 0
e x d x = e − 1.

Exemple 4.
Rn sin(nx)
Soit I n = 1 1+x n d x. Montrons que I n → 0 lorsque n → +∞.
Z n Zn Zn Zn
sin(nx) | sin(nx)| 1 1
|I n | = dx 6 dx 6 dx 6 dx
1 1+ x 1+ x 1 1+ x
n n n n
1 1 x
Il ne reste plus qu’à calculer cette dernière intégrale (en anticipant un peu sur la suite du chapitre) :
Zn Zn  −n+1 n
1 −n x n−n+1 1
d x = x d x = = − −−−−→ 0
1 x
n
1 −n + 1 1 −n + 1 −n + 1 n→+∞
1
(car n−n+1 → 0 et −n+1 → 0).

Remarque.
Rb Rb  Rb 
Notez que même si f × g est intégrable on a en général a ( f g)(x) d x 6= a
f (x) d x a
g(x) d x .
Par exemple, soit f : [0, 1] → R la fonction définie par f (x) = 1 si x ∈ [0, 12 [ et f (x) = 0 sinon. Soit
g : [0, 1] → R la fonction définie par g(x) = 1 si x ∈ [ 12 , 1[ et g(x) = 0 sinon. Alors f (x) × g(x) = 0 pour
R1 R1 R1
tout x ∈ [0, 1] et donc 0 f (x)g(x) d x = 0 alors que 0 f (x) d x = 12 et 0 g(x) d x = 21 .

2.4. Une preuve


R R R R R
Nous allons prouver la linéarité de l’intégrale : λ f = λ f et f + g = f + g. L’idée est la suivante :
il est facile de voir que pour des fonctions en escalier l’intégrale (qui est alors une somme finie) est linéaire.
Comme les fonctions en escalier approchent autant qu’on le souhaite les fonctions intégrables alors cela
implique la linéarité de l’intégrale.

Preuve de λ f = λ f . Soit f : [a, b] → R une fonction intégrable et λ ∈ R. Soit ε > 0. Il existe φ − et φ +


R R

deux fonctions en escalier approchant suffisamment f , avec φ − 6 f 6 φ + :


Z b Z b Z b Z b
f (x) d x − ε 6 φ − (x) d x et φ + (x) d x 6 f (x) d x + ε (†)
a a a a
Quitte à rajouter des points, on peut supposer que la subdivision (x 0 , x 1 , . . . , x n ) de [a, b] est suffisamment
fine pour que φ − et φ + soient toutes les deux constantes sur les intervalles ]x i−1 , x i [ ; on note ci− et ci+
leurs valeurs respectives.
Dans un premier temps on suppose λ > 0. Alors λφ − et λφ + sont encore des fonctions en escalier vérifiant
λφ − 6 λ f 6 λφ + . De plus
Z b Xn Xn Z b
λφ − (x) d x = λci− (x i − x i−1 ) = λ ci− (x i − x i−1 ) = λ φ − (x) d x
a i=1 i=1 a
+
De même pour φ . Ainsi
Z b Z b
+
λ − −
φ (x) d x 6 I (λ f ) 6 I (λ f ) 6 λ φ + (x) d x
a a
En utilisant les deux inégalités (†) on obtient
Z b Z b
− +
λ f (x) d x − λε 6 I (λ f ) 6 I (λ f ) 6 λ f (x) d x + λε
a a
Rb
Lorsque l’on fait tendre ε → 0 cela prouve que I − (λ f ) = I + (λ f ), donc λ f est intégrable et a λ f (x) d x =
Rb
λ a f (x) d x. Si λ 6 0 on a λφ + 6 λ f 6 λφ − et le raisonnement est similaire.
R R R
Preuve de f + g = f + g. Soit ε > 0. Soient f , g : [a, b] → R deux fonctions intégrables. On définit
deux fonctions en escalier φ + , φ − pour f et deux fonctions en escalier ψ+ , ψ− pour g vérifiant des inégalités
similaires à (†) de la preuve au-dessus. On fixe une subdivision suffisamment fine pour toutes les fonctions
φ ± , ψ± . On note ci± , di± les constantes respectives sur l’intervalle ]x i−1 , x i [. Les fonctions φ − +ψ− et φ + +ψ+
sont en escalier et vérifient φ − + ψ− 6 f + g 6 φ + + ψ+ . Nous avons aussi que
Z b Xn Z b Z b
− − − − −
(φ + ψ )(x) d x = (ci + di )(x i − x i−1 ) = φ (x) d x + ψ− (x) d x
a i=1 a a
+ +
De même pour φ + ψ . Ainsi
Z b Z b Z b Z b
φ − (x) d x + ψ− (x) d x 6 I − ( f + g) 6 I + ( f + g) 6 φ + (x) d x + ψ+ (x) d x
a a a a
Les conditions du type (†) impliquent alors
Z b Z b Z b Z b
− +
f (x) d x + g(x) d x − 2ε 6 I ( f + g) 6 I ( f + g) 6 f (x) d x + g(x) d x + 2ε
a a a a
Rb
Lorsque ε → 0 on déduit I − ( f + g) = I + ( f + g), donc f + g est intégrable et

a
f (x) + g(x) d x =
Rb Rb
a
f (x) d x + a g(x) d x.

Mini-exercices.
R1 1
R1
1. En admettant que 0
xn d x = P(x) d x où P(x) = an x n + · · · + a1 x + a0 .
n+1 . Calculer l’intégrale 0
R1
Trouver un polynôme P(x) non nul de degré 2 dont l’intégrale est nulle : 0 P(x) d x = 0.
Rb €R b Š2 R b p rR
b Rb Rb
2. A-t-on a f (x) d x = a f (x) d x ; a
2
f (x) d x = a
f (x) d x ; a
| f (x)| d x = a
f (x) d x ;
R Rb Rb
| f (x) + g(x)| d x = a f (x) d x + a g(x) d x ?
Rb Rb Rb
3. Peut-on trouver a < b tels que a x d x = −1 ; a x d x = 0 ; a x d x = +1 ? Mêmes questions avec
Rb 2
a
x d x.
R2 Rb
4. Montrer que 0 6 1 sin2 x d x 6 1 et a cos3 x d x 6 |b − a|.

3. Primitive d’une fonction

3.1. Définition

Définition 5.
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I quelconque. On dit que F : I → R est une primitive
de f sur I si F est une fonction dérivable sur I vérifiant F 0 (x) = f (x) pour tout x ∈ I.

Trouver une primitive est donc l’opération inverse de calculer la fonction dérivée.
Exemple 5.
x3
1. Soit I = R et f : R → R définie par f (x) = x 2 . Alors F : R → R définie par F (x) = 3 est une primitive
x3
de f . La fonction définie par F (x) = + 1 est aussi une primitive de f .
3
p 3
2. Soit I = [0, +∞[ et g : I → R définie par g(x) = x. Alors G : I → R définie par G(x) = 23 x 2 est une
primitive de g sur I. Pour tout c ∈ R, la fonction G + c est aussi une primitive de g.
Nous allons voir que trouver une primitive permet de les trouver toutes.
Proposition 6.
Soit f : I → R une fonction et soit F : I → R une primitive de f . Toute primitive de f s’écrit G = F + c où
c ∈ R.

Démonstration. Notons tout d’abord que si l’on note G la fonction définie par G(x) = F (x) + c alors
G 0 (x) = F 0 (x) mais comme F 0 (x) = f (x) alors G 0 (x) = f (x) et G est bien une primitive de f .
Pour la réciproque supposons que G soit une primitive quelconque de f . Alors (G − F )0 (x) = G 0 (x) − F 0 (x) =
f (x) − f (x) = 0, ainsi la fonction G − F a une dérivée nulle sur un intervalle, c’est donc une fonction
constante ! Il existe donc c ∈ R tel que (G − F )(x) = c. Autrement dit G(x) = F (x) + c (pour tout x ∈ I).
R R R
Notations. On notera une primitive de f par f (t) d t ou f (x) d x ou f (u) du (les lettres t, x, u, ...
sont des lettres dites muettes, c’est-à-dire interchangeables). On peut même noter une primitive simplement
R
par f .
R
La proposition 6 nous dit que si F est une primitive de f alors il existe un réel c, tel que F = f (t) d t + c.
R Rb
Attention : f (t) d t désigne une fonction de I dans R alors que l’intégrale a f (t) d t désigne un nombre
Rb
réel. Plus précisément nous verrons que si F est une primitive de f alors a f (t) d t = F (b) − F (a).
Par dérivation on prouve facilement le résultat suivant :
Proposition 7.
Soient F une primitive de f et G une primitive de g. Alors F + G est une primitive de f + g. Et si λ ∈ R
alors λF est une primitive de λ f .

Une autre formulation est de dire que pour tous réels λ, µ on a


Z Z Z

λ f (t) + µg(t) d t = λ f (t) d t + µ g(t) d t

3.2. Primitives des fonctions usuelles

R
ex d x = ex + c sur R

R
cos x d x = sin x + c sur R

R
sin x d x = − cos x + c sur R

x n+1
R
xn d x = n+1 +c (n ∈ N) sur R

x α+1
xα d x =
R
α+1 +c (α ∈ R \ {−1}) sur ]0, +∞[

1
R
x d x = ln |x| + c sur ]0, +∞[ ou ] − ∞, 0[
R R
sh x d x = ch x + c, ch x d x = sh x + c sur R

dx
R
1+x 2
= arctan x + c sur R

arcsin x + c

pdx
R
= π sur ] − 1, 1[
2 − arccos x + c
1−x 2

Argshx + c

pdx
R
= p  sur R
x 2 +1 ln x + x 2 + 1 + c
Argchx + c

pdx
R
= p  sur x ∈]1, +∞[
x 2 −1 ln x + x 2 − 1 + c

Remarque.
Ces primitives sont à connaître par cœur.
x n+1
1. Voici comment lire ce tableau. Si f est la fonction définie sur R par f (x) = x n alors la fonction : x 7→ n+1
x n+1
est une primitive de f sur R. Les primitives de f sont les fonctions définies par x 7→ n+1 + c (pour c une
n+1
constante réelle quelconque). Et on écrit x n d x = xn+1 + c, où c ∈ R.
R

2. Souvenez vous que la variable sous le symbole intégrale est une variable muette. On peut aussi bien
n+1
écrire t n d t = xn+1 + c.
R

3. La constante est définie pour un intervalle. Si l’on a deux intervalles, il y a deux constantes qui peuvent
être différentes. Par exemple pour 1x d x nous avons deux domaines de validité : I1 =]0, +∞[ et
R

I2 =] − ∞, 0[. Donc 1x d x = ln x + c1 si x > 0 et 1x d x = ln |x| + c2 = ln(−x) + c2 si x < 0.


R R

4. On peut trouver des primitives aux allures très différentes par exemple x 7→ arcsin x et x 7→ π2 − arccos x
sont deux primitives de la même fonction x 7→ p 1 2 . Mais bien sûr on sait que arcsin x + arccos x = π2 ,
1−x
donc les primitives diffèrent bien d’une constante !

3.3. Relation primitive-intégrale

Théorème 4.
Soit f : [a, b] → R une fonction continue. La fonction F : I → R définie par
Z x
F (x) = f (t) d t
a

est une primitive de f , c’est-à-dire F est dérivable et F 0 (x) = f (x).


Par conséquent pour une primitive F quelconque de f :
Z b
f (t) d t = F (b) − F (a)
a

 b
Notation. On note F (x) a = F (b) − F (a).
Exemple 6.
Nous allons pouvoir calculer plein d’intégrales. Recalculons d’abord les intégrales déjà rencontrées.
1. Pour f (x) = e x une primitive est F (x) = e x donc
Z1
 1
e x d x = e x 0 = e1 − e0 = e − 1.
0
x3
2. Pour g(x) = x 2 une primitive est G(x) = 3 donc
Z 1
 x 3 1
x2 d x = 3 0
= 31 .
0
Rx   t=x
3. a
cos t d t = sin t t=a
= sin x − sin a est une primitive de cos x.
Ra
4. Si f est impaire alors ses primitives sont paires (le montrer). En déduire que −a
f (t) d t = 0.

Remarque.
Rx
1. F (x) = a f (t) d t est même l’unique primitive de f qui s’annule en a.
Rb
2. En particulier si F est une fonction de classe C 1 alors a
F 0 (t) d t = F (b) − F (a) .
Rx
3. On évitera la notation a f (x) d x où la variable x est présente à la fois aux bornes et à l’intérieur de
Rx Rx
l’intégrale. Mieux vaut utiliser la notation a f (t) d t ou a f (u) du pour éviter toute confusion.
4. Une fonction intégrable n’admet pas forcément une primitive. Considérer par exemple f : [0, 1] → R
définie par f (x) = 0 si x ∈ [0, 12 [ et f (x) = 1 si x ∈ [ 12 , 1]. f est intégrable sur [0, 1] mais elle n’admet
pas de primitive sur [0, 1]. En effet par l’absurde si F était une primitive de f , par exemple la primitive
qui vérifie F (0) = 0. Alors F (x) = 0 pour x ∈ [0, 12 [ et F (x) = x − 12 pour x ∈ [ 12 , 1]. Mais alors nous
obtenons une contradiction car F n’est pas dérivable en 12 alors que par définition une primitive doit
être dérivable.

Démonstration. Essayons de visualiser tout d’abord pourquoi la fonction F est dérivable et F 0 (x) = f (x).

y
A
f (x 0 )

y = f (x)

x0 x x

Fixons x 0 ∈ [a, b]. Par la relation de Chasles nous savons :


Z x Z x0 Za Z x Z x
F (x) − F (x 0 ) = f (t) d t − f (t) d t = f (t) d t + f (t) d t = f (t) d t
a a x0 a x0

Donc le taux d’accroissement


x
F (x) − F (x 0 )
Z
1 A
= f (t) d t =
x − x0 x − x0 x0 x − x0
où A est l’aire hachurée (en rouge). Mais cette aire est presque un rectangle, si x est suffisamment proche
de x 0 , donc l’aire A vaut environ (x − x 0 ) × f (x 0 ) ; lorsque x → x 0 le taux d’accroissement tend donc vers
f (x 0 ). Autrement dit F 0 (x 0 ) = f (x 0 ).

Rx
Passons à la preuve rigoureuse. Comme f (x 0 ) est une constante alors x f (x 0 ) d t = (x − x 0 ) f (x 0 ), donc
0
Z x Z x
F (x) − F (x 0 ) 1 1
− f (x 0 ) = f (t) d t − f (x 0 ) d t
x − x0 x − x0 x x − x0 x
Z x0 0

1 
= f (t) − f (x 0 ) d t
x − x0 x
0
Fixons ε > 0. Puisque f est continue en x 0 , il existe δ > 0 tel que (|t − x 0 | < δ =⇒ | f (t) − f (x 0 )| < ε).
Donc :
Z x
F (x) − F (x 0 ) 1 
− f (x 0 ) = f (t) − f (x 0 ) d t
x − x0 x − x0 x
0
Z x
1
6 f (t) − f (x 0 ) d t
|x − x 0 | x
0
Z x
1
6 ε dt = ε
|x − x 0 | x
0

Ce qui prouve que F est dérivable en x 0 et F 0 (x 0 ) = f (x 0 ).

Maintenant on sait que F est une primitive de f , F est même la primitive qui s’annule en a car F (a) =
Ra
a
f (t) d t = 0. Si G est une autre primitive on sait F = G + c. Ainsi
Z b

G(b) − G(a) = F (b) + c − F (a) + c = F (b) − F (a) = F (b) = f (t) d t.
a

3.4. Sommes de Riemann


L’intégrale est définie à partir de limites de sommes. Mais maintenant que nous savons calculer des intégrales
sans utiliser ces sommes on peut faire le cheminement inverse : calculer des limites de sommes à partir
d’intégrales.
Théorème 5.
Soit f : [a, b] → R une fonction intégrable, alors

n
X Z b
b−a
a + k b−a

Sn = n f n −−−−→ f (x) d x
n→+∞
k=1 a

La somme Sn s’appelle la somme de Riemann associée à l’intégrale et correspond à une subdivision régulière
de l’intervalle [a, b] en n petits intervalles. La hauteur de chaque rectangle étant évaluée à son extrémité
droite.
1
Le cas le plus utile est le cas où a = 0, b = 1 alors b−a b−a
= f nk et ainsi
 
n = n et f a + k n
Xn Z1
1 k

Sn = n f n −−−−→ f (x) d x
n→+∞
k=1 0

f ( nk )

k
x
0 n 1
Exemple 7.
Calculer la limite de la somme Sn = n 1
P
k=1 n+k .
1 1 1 1 1 1 1 1 1
On a S1 = 2 , S2 = 3 + 4 , S3 = 4 + 5 + 6 , S4 = 5 + 6 + 7 + 18 ,. . .
n
Sn s’écrit aussi Sn = 1n k=1 1 k . En posant f (x) = 1+x 1
, a = 0 et b = 1, on reconnaît que Sn est
P
La somme
1+ n
une somme de Riemann. Donc
n n
1X 1 1X k

Sn = k
= f n
n k=1 1 + n k=1
n
Z b Z 1
1  1
−−−−→ f (x) d x = d x = ln |1 + x| 0 = ln 2 − ln 1 = ln 2.
n→+∞
a 0 1+ x
Ainsi Sn → ln 2 (lorsque n → +∞).

Mini-exercices.
p p
1. Trouver les primitives des fonctions : x 3 − x 7 , cos x + exp x, sin(2x), 1 + x + x, p1 , 3 1
x
x, x+1 .
1
2. Trouver les primitives des fonctions : ch(x) − sh( 2x ), 1+4x 2
,p1 2 − p 1 .
1+x 1−x 2
3. Trouver une primitive de x 2 e x sous la forme (a x 2 + b x + c)e . x

4. Trouver toutes les primitives de x 7→ x12 (préciser les intervalles et les constantes).
R1 R π d x R e 1−x R 21 d x
5. Calculer les intégrales 0 x n d x, 04 1+x 2, 1 x 2 d x, 0 x 2 −1
.
Pn e k/n Pn n
6. Calculer la limite (lorsque n → +∞) de la somme Sn = k=1 n . Idem avec Sn0 = k=1 (n+k)2
.

4. Intégration par parties – Changement de variable


Pour trouver une primitive d’une fonction f on peut avoir la chance de reconnaître que f est la dérivée
d’une fonction bien connue. C’est malheureusement très rarement le cas, et on ne connaît pas les primitives
de la plupart des fonctions. Cependant nous allons voir deux techniques qui permettent des calculer des
intégrales et des primitives : l’intégration par parties et le changement de variable.

4.1. Intégration par parties

Théorème 6.
Soient u et v deux fonctions de classe C 1 sur un intervalle [a, b].
Z b Z b
0
b
u0 (x) v(x) d x

u(x) v (x) d x = uv a

a a

 b  b  b
Notation. Le crochet F a est par définition F a = F (b) − F (a). Donc uv a = u(b)v(b) − u(a)v(a). Si
 
l’on omet les bornes alors F désigne la fonction F + c où c est une constante quelconque.
La formule d’intégration par parties pour les primitives est la même mais sans les bornes :
Z Z
u(x)v (x) d x = uv − u0 (x)v(x) d x.
0
 

La preuve est très simple :


Rb Rb  b R b 0  b
Démonstration. On a (uv)0 = u0 v + uv 0 . Donc a
(u0 v + uv 0 ) = a
(uv)0
= uv a
. D’où a
uv = uv a −
Rb 0
a
u v.
L’utilisation de l’intégration par parties repose sur l’idée suivante : on ne sait pas calculer directement
l’intégrale d’une fonction f s’écrivant comme un produit f (x) = u(x)v 0 (x) mais si l’on sait calculer l’intégrale
de g(x) = u0 (x)v(x) (que l’on espère plus simple) alors par la formule d’intégration par parties on aura
l’intégrale de f .
Exemple 8.
R1
1. Calcul de 0 x e x d x. On pose u(x) = x et v 0 (x) = e x . Nous aurons besoin de savoir que u0 (x) = 1 et
qu’une primitive de v 0 est simplement v(x) = e x . La formule d’intégration par parties donne :
R1 x R1
0
x e d x = u(x)v 0 (x) d x
0 1 R 1
= u(x)v(x) 0 − 0 u0 (x)v(x) d x
 1 R1
= x ex 0 − 0 1 · ex d x
  1
= 1 · e1 − 0 · e0 − e x 0
= e − (e1 − e0 )
= 1
Re
2. Calcul de 1 x ln x d x.
2
On pose cette fois u = ln x et v 0 = x. Ainsi u0 = 1x et v = x2 . Alors
Ze Ze Ze Z e
0
 e x2 e 1 x2
u0 v = ln x ·
 
ln x · x d x = uv = uv 1 − 2 1 − x 2 dx
1 1 1 1
Z e
2 2
e2 1 ” x 2 —e e2 e2 e2 +1
ln e e2 − ln 1 12 1 1

= − 2 x dx = 2 − = − + =
1 2 2 1 2 4 4 4

R
3. Calcul de arcsin x d x.
Pour déterminer une primitive de arcsin x, nous faisons artificiellement apparaître un produit en écrivant
arcsin x = 1 · arcsin x pour appliquer la formule d’intégration par parties. On pose u = arcsin x, v 0 = 1
(et donc u0 = p 1 2 et v = x) alors
1−x
Z Z
  x
1 · arcsin x d x = x arcsin x − p dx
1 − x2
   p 
= x arcsin x − − 1 − x 2
p
= x arcsin x + 1 − x 2 + c

4. Calcul de x 2 e x d x. On pose u = x 2 et v 0 = e x pour obtenir :


R
Z Z
2 x
 2 x
x e d x = x e − 2 x ex d x

On refait une deuxième intégration par parties pour calculer


Z Z
 x
x e d x = x e − e x d x = (x − 1)e x + c
x

D’où Z
x 2 e x d x = (x 2 − 2x + 2)e x + c.

Exemple 9.
Z 1
sin(πx)
Nous allons étudier les intégrales définies par I n = d x, pour tout entier n > 0.
0 x +n
1. Montrer que 0 6 I n+1 6 I n .
sin(πx) sin(πx)
Pour 0 6 x 6 1, on a 0 < x + n 6 x + n + 1 et sin(πx) > 0, donc 0 6 x+n+1 6 x+n . D’où 0 6 I n+1 6 I n
par la positivité de l’intégrale.
2. Montrer que I n 6 ln n+1
n . En déduire limn→+∞ I n .
sin(πx) 1
R1 1
1
d x = ln(x + n) 0 = ln n+1

De 0 6 sin(πx) 6 1, on a x+n 6 x+n . D’où 0 6 I n 6 0 x+n n → 0.

3. Calculer limn→+∞ nI n .
1 1
Nous allons faire une intégration par parties avec u = x+n et v 0 = sin(πx) (et donc u0 = − (x+n)2 et

v = − π1 cos(πx)) :
Z 1
1
nI n = n sin(πx) d x
0 x + n
˜1 Z1
1 1
•
n n
= − cos(πx) − cos(πx) d x
π x +n 0 π 0 (x + n)2
n 1 n
= + − Jn
π(n + 1) π π
R 1 cos(πx)
Il nous reste à évaluer Jn = 0 (x+n)2 d x.
Z 1 Z 1
n n | cos(πx)| n 1
Jn 6 dx 6 dx
π π 0 (x + n)2 π 0 (x + n)2
˜1
1 1 1 1 1
•  ‹
n n
= − = − + = → 0.
π x +n 0 π 1+n n π n+1
1
Donc limn→+∞ nI n = limn→+∞ n
π(n+1) + π − πn Jn = π2 .

4.2. Changement de variable

Théorème 7.
Soit f une fonction définie sur un intervalle I et ϕ : J → I une bijection de classe C 1 . Pour tout a, b ∈ J
Z ϕ(b) Z b
f ϕ(t) · ϕ 0 (t) d t

f (x) d x =
ϕ(a) a

Si F est une primitive de f alors F ◦ ϕ est une primitive de f ◦ ϕ · ϕ 0 .




Voici un moyen simple de s’en souvenir. En effet si l’on note x = ϕ(t) alors par dérivation on obtient
dx 0 0
R ϕ(b) Rb 0
d t = ϕ (t) donc d x = ϕ (t) d t. D’où la substitution ϕ(a) f (x) d x = a f (ϕ(t)) ϕ (t) d t.

Démonstration. Comme F est une primitive de f alors F 0 (x) = f (x) et par la formule de la dérivation de la
composition F ◦ ϕ on a
(F ◦ ϕ)0 (t) = F 0 (ϕ(t))ϕ 0 (t) = f (ϕ(t))ϕ 0 (t).
Donc F ◦ ϕ est une primitive de f (ϕ(t))ϕ 0 (t).
Z b Z ϕ(b)
0
 b    ϕ(b)
Pour les intégrales : f (ϕ(t))ϕ (t) d t = F ◦ ϕ a = F ϕ(b) − F ϕ(a) = F ϕ(a) = f (x) d x.
a ϕ(a)

Remarque.
Comme ϕ est une bijection de J sur ϕ(J), sa réciproque ϕ −1 existe et est dérivable sauf quand ϕ s’annule.
Si ϕ ne s’annule pas, on peut écrire t = ϕ −1 (x) et faire un changement de variable en sens inverse.

Exemple 10.
R
Calculons la primitive F = tan t d t.
Z Z
sin t
F= tan t d t = dt .
cos t
0 0
On reconnaît ici une forme uu (avec u = cos t et u0 = − sin t) dont une primitive est ln |u|. Donc F = − uu =
R
 
− ln |u| = − ln |u| + c = − ln | cos t| + c.

Nous allons reformuler tout cela en terme de changement de variable. Notons ϕ(t) = cos t alors ϕ 0 (t) =
− sin t, donc
ϕ 0 (t)
Z
F= − dt
ϕ(t)
Si f désigne la fonction définie par f (x) = 1x , qui est bijective tant que x =6 0 ; alors F = − ϕ 0 (t) f (ϕ(t)) d t.
R

En posant x = ϕ(t) et donc d x = ϕ 0 (t)d t, on reconnaît la formule du changement de variable, par


conséquent
Z Z
−1 1
F ◦ ϕ = − f (x) d x = − d x = − ln |x| + c .
x
Comme x = ϕ(t) = cos t, on retrouve bien F (t) = − ln | cos t| + c.
Remarque : pour que l’intégrale soit bien définie il faut que tan t soit définie, donc t 6≡ π2 mod π. La restriction
d’une primitive à un intervalle ] − π2 + kπ, π2 + kπ[ est donc de la forme − ln | cos t| + c. Mais la constante c
peut être différente sur un intervalle différent.

Exemple 11.
R 1/2 x
Calcul de 0 (1−x 2 )3/2
d x.
Soit le changement de variable u = ϕ(x) = 1 − x 2 . Alors du = ϕ 0 (x) d x = −2x d x. Pour x = 0 on a
u = ϕ(0) = 1 et pour x = 12 on a u = ϕ( 12 ) = 34 . Comme ϕ 0 (x) = −2x, ϕ est une bijection de [0, 12 ] sur
[1, 43 ]. Alors
Z 1/2 Z 3/4 −du Z 3/4
x dx 2 1
= =− u−3/2 du
0 (1 − x 2 )3/2
1 u 3/2 2 1
1 −1/2 3/4
  1 3/4 1 2
= − − 2u 1
= p 1 = q − 1 = p − 1.
2 u 3 3
4

Exemple 12.
R 1/2
Calcul de 0 (1−x12 )3/2 d x.
On effectue le changement de variable x = ϕ(t) = sin t et d x = cos t d t. De plus t = arcsin x donc pour
x = 0 on a t = arcsin(0) = 0 et pour x = 12 on a t = arcsin( 12 ) = π6 . Comme ϕ est une bijection de [0, π6 ]
sur [0, 12 ],
Z 1/2 Z π/6 Z π/6
dx cos t d t cos t d t
= =
0 (1 − x )
2 3/2
0 (1 − sin t)
2 3/2
0 (cos2 t)3/2
Z π/6 Z π/6
cos t 1  π/6 1
= 3
d t = 2
d t = tan t 0
=p .
0 cos t 0 cos t 3
Exemple 13.
Calcul de (1+x12 )3/2 d x.
R

Soit le changement de variable x = tan t donc t = arctan x et d x = cosd t2 t (la fonction tangente établit une
bijection de ] − π2 , + π2 [ sur R). Donc
Z Z
1 1 dt
F= d x =
(1 + x 2 )3/2 (1 + tan2 t)3/2 cos2 t
Z
dt 1
= (cos2 t)3/2 car 1 + tan2 t =
cos2 t cos2 t
Z
 
= cos t d t = sin t = sin t + c = sin(arctan x) + c
Donc Z
1
d x = sin(arctan x) + c.
(1 + x 2 )3/2
En manipulant un peu les fonctions on trouverait que la primitive s’écrit aussi F (x) = p x + c.
1+x 2

Mini-exercices.
R π/2 R π/2
1. Calculer les intégrales à l’aide d’intégrations par parties : 0 t sin t d t, 0 t 2 sin t d t, puis par
R π/2
récurrence 0 t n sin t d t.
R R
2. Déterminer les primitives à l’aide d’intégrations par parties : t sh t d t, t 2 sh t d t, puis par récurrence
R n
t sh t d t.
Rap Rπ p
3. Calculer les intégrales à l’aide de changements de variable : 0 a2 − t 2 d t ; −π 1 + cos t d t (pour
ce dernier poser deux changements de variables : u = cos t, puis v = 1 − u).
sh t
R
4. Déterminer les primitives suivantes à l’aide de changements de variable : th t d t où th t = ch t,
R pt
e d t.

5. Intégration des fractions rationnelles


Nous savons intégrer beaucoup de fonctions simples. Par exemple toutes les fonctions polynomiales : si
2 3 n+1
f (x) = a0 + a1 x + a2 x 2 + · · · + an x n alors f (x) d x = a0 x + a1 x2 + a2 x3 + · · · + an xn+1 + c.
R

Il faut être conscient cependant que beaucoup de fonctions ne s’intègrent pas à l’aide de fonctions simples.
p R 2π
Par exemple si f (t) = a2 cos2 t + b2 sin2 t alors l’intégrale 0 f (t) d t ne peut pas s’exprimer comme
somme, produit, inverse ou composition de fonctions que vous connaissez. En fait cette intégrale vaut
la longueur d’une ellipse d’équation paramétrique (a cos t, b sin t) ; il n’y a donc pas de formule pour le
périmètre d’une ellipse (sauf si a = b auquel cas l’ellipse est un cercle !).

b−
a
// //

Mais de façon remarquable, il y a toute une famille de fonctions que l’on saura intégrer : les fractions
rationnelles.

5.1. Trois situations de base


αx+β
On souhaite d’abord intégrer les fractions rationnelles f (x) = a x 2 +b x+c avec α, β, a, b, c ∈ R, a 6= 0 et
(α, β) 6= (0, 0).
Premier cas. Le dénominateur a x 2 + b x + c possède deux racines réelles distinctes x 1 , x 2 ∈ R.
αx+β A B
Alors f (x) s’écrit aussi f (x) = a(x−x )(x−x ) et il existe des nombres A, B ∈ R tels que f (x) = x−x 1
+ x−x 2
.
1 2
On a donc Z
f (x) d x = Aln |x − x 1 | + B ln |x − x 2 | + c

sur chacun des intervalles ] − ∞, x 1 [, ]x 1 , x 2 [, ]x 2 , +∞[ (si x 1 < x 2 ).

Deuxième cas. Le dénominateur a x 2 + b x + c possède une racine double x 0 ∈ R.


α x +β
Alors f (x) = a( x − x 0 )2 et il existe des nombres A, B ∈ R tels que f (x) = (x−x A
2 +
B
x−x 0 . On a alors
0)
Z
A
f (x) d x = − + B ln |x − x 0 | + c
x − x0
sur chacun des intervalles ] − ∞, x 0 [, ]x 0 , +∞[.

Troisième cas. Le dénominateur a x 2 + b x + c ne possède pas de racine réelle. Voyons comment faire sur
un exemple.
Exemple 14.
0
Soit f (x) = 2x 2x+1
+x+1
. Dans un premier temps on fait apparaître une fraction du type uu (que l’on sait intégrer
en ln |u|).
(4x + 1) 41 − 14 + 1 1 4x + 1 3 1
f (x) = = · + ·
2x 2 + x + 1 4 2x 2 + x + 1 4 2x 2 + x + 1
On peut intégrer la fraction 2x4x+12 +x+1 :
Z 0
4x + 1 u (x)
Z
dx = d x = ln 2x 2 + x + 1 + c
2x 2 + x + 1 u(x)

1 1
Occupons nous de l’autre partie 2x 2 +x+1
, nous allons l’écrire sous la forme u2 +1
(dont une primitive est
arctan u).

1 1 1
= =
2x 2 + x +1 2(x + 1 2
− + 1 2(x + 14 )2 + 78
4)
1
8
8 1 8 1
= · 8 = ·
7 7 2(x + 4 ) + 1 7 p (x + 1 ) 2 + 1
1 2 4

7 4

On pose le changement de variable u = p47 (x + 14 ) (et donc du = p47 d x) pour trouver


Z Z Z p
dx 8 dx 8 du 7
= = ·
2x + x + 1
2 2
7 p4 (x + 1 ) + 1 7 u +1 4
2

7 4
2 2 4 1
 ‹
= p arctan u + c = p arctan p x + +c .
7 7 7 4

Finalement : Z
1 3 4 1
 ‹
2

f (x) d x = ln 2x + x + 1 + p arctan p x + +c
4 2 7 7 4

5.2. Intégration des éléments simples


P(x)
Soit Q(x) une fraction rationnelle, où P(x), Q(x) sont des polynômes à coefficients réels. Alors la fraction
P(x)
Q(x)s’écrit comme somme d’un polynôme E(x) ∈ R[x] (la partie entière) et d’éléments simples d’une des
formes suivantes :
γ αx + β
ou avec b2 − 4ac < 0
(x − x 0 ) k (a x + b x + c)k
2

où α, β, γ, a, b, c ∈ R et k ∈ N \ {0}.

1. On sait intégrer le polynôme E(x).


γ
2. Intégration de l’élément simple (x−x )k .
0
R γ dx
(a) Si k = 1 alors x−x 0 = γ ln |x − x 0 | + c0 (sur ] − ∞, x 0 [ ou ]x 0 , +∞[).
R γ dx γ
(b) Si k > 2 alors (x−x )k = γ (x − x 0 )−k d x = −k+1 (x − x 0 )−k+1 + c0 (sur ] − ∞, x 0 [ ou ]x 0 , +∞[).
R
0
αx+β
3. Intégration de l’élément simple (ax 2 +bx+c)k
. On écrit cette fraction sous la forme

αx + β 2a x + b 1
=γ +δ
(a x 2
+ b x + c) k (a x + b x + c)
2 k (a x + b x + c)k
2

R u0 (x)
Si k = 1, calcul de ax2ax+b
R
2 +bx+c d x = u(x) d x = ln |u(x)| + c0 = ln |a x + b x + c| + c0 .
2
(a)
R u0 (x)
Si k > 2, calcul de (ax2ax+b 1 1
u(x)−k+1 + c0 = −k+1 (a x 2 + b x + c)−k+1 + c0 .
R
(b) 2 +bx+c)k d x = u(x)k
d x = −k+1
1
R
(c) Si k = 1, calcul de ax 2 +bx+c d x. Par un changement de variable u = p x + q on se ramène à calculer
R du
une primitive du type u2 +1 = arctan u + c0 .
1
R
(d) Si k > 2, calcul de (ax 2 +bx+c) k d x. On effectue le changement de variable u = p x + q pour se
R du
ramener au calcul de I k = (u2 +1)k . Une intégration par parties permet de passer de I k à I k−1 .
Par exemple calculons I2 . Partant de I1 = u2du on pose f = u21+1 et g 0 = 1. La formule d’intégration
R
+1
par parties f g 0 = [ f g] − f 0 g donne (avec f 0 = − (u22u
R R
+1)2
et g = u)
h u i Z 2u2 du u +1−1
Z Z 2
du h u i
I1 = = 2 + = 2 +2 du
u +1
2 u +1 (u + 1)
2 2 u +1 (u2 + 1)2
h u i Z Z
du du h u i
= + 2 − 2 = + 2I1 − 2I2
u2 + 1 u2 + 1 (u2 + 1)2 u2 + 1

On en déduit I2 = 12 I1 + 1 u
2 u2 +1+ c0 . Mais comme I1 = arctan u alors
Z
du 1 1 u
I2 = = arctan u + + c0 .
(u + 1)
2 2 2 2 u2 + 1

5.3. Intégration des fonctions trigonométriques


P(cos x,sin x)
R R
On peut aussi calculer les primitives de la forme P(cos x, sin x) d x ou de la forme Q(cos x,sin x) d x quand
P et Q sont des polynômes, en se ramenant à intégrer une fraction rationnelle.
Il existe deux méthodes :
• les règles de Bioche sont assez efficaces mais ne fonctionnent pas toujours ;
x
• le changement de variable t = tan 2 fonctionne tout le temps mais conduit à davantage de calculs.

Les règles de Bioche. On note ω(x) = f (x) d x. On a alors ω(−x) = f (−x) d(−x) = − f (−x) d x et
ω(π − x) = f (π − x) d(π − x) = − f (π − x) d x.
• Si ω(−x) = ω(x) alors on effectue le changement de variable u = cos x.
• Si ω(π − x) = ω(x) alors on effectue le changement de variable u = sin x.
• Si ω(π + x) = ω(x) alors on effectue le changement de variable u = tan x.
Exemple 15.
cos x d x
R
Calcul de la primitive 2−cos2 x
cos x d x cos(π−x) d(π−x) (− cos x) (−d x)
On note ω(x) = 2−cos 2 x . Comme ω(π − x) = 2−cos2 (π−x)
= 2−cos2 x = ω(x) alors le changement de
variable qui convient est u = sin x pour lequel du = cos x d x. Ainsi :
Z Z Z
cos x d x cos x d x du  
= = = arctan u = arctan(sin x) + c .
2 − cos x 2 2 − (1 − sin x)
2 1+u 2

Le changement de variable t = tan 2x .


Les formules de la « tangente de l’arc moitié » permettent d’exprimer sinus, cosinus et tangente en fonction
de tan 2x .
x
Avec t = tan on a
2
1 − t2 2t 2t
cos x = sin x = tan x =
1 + t2 1+ t 2 1 − t2
2 dt
et dx = .
1 + t2

Exemple 16.
R0 dx
Calcul de l’intégrale −π/2 1−sin x.
Le changement de variable t = tan 2x définit une bijection de [− π2 , 0] vers [−1, 0] (pour x = − π2 , t = −1 et
2t 2 dt
pour x = 0, t = 0). De plus on a sin x = 1+t 2 et d x = 1+t 2 .
Z0 Z0 2 dt Z0
dx 1+t 2 dt
= =2
−1 1 + t − 2t
2t 2
− π2 1 − sin x −1 1 − 1+t 2
Z0
1 0 1
• ˜
dt
= 2 =2 =2 1− =1
−1 (1 − t)
2 1 − t −1 2

Mini-exercices.
4x+5 6−x 2x−4 1
R R R R
1. Calculer les primitives x 2 +x−2
d x, x 2 −4x+4
d x, (x−2)2 +1
d x, (x−2)2 +1
d x.
dx
pour tout k > 1. Idem avec Jk = (xx2 +1) dx
R R
2. Calculer les primitives I k = (x−1)k k.
R 1 dx R 1 x dx R 1 x dx R1 dx
3. Calculer les intégrales suivantes : 0 x 2 +x+1 , 0 x 2 +x+1 , 0 (x 2 +x+1)2 , 0 (x 2 +x+1) 2.

R π2 R π R 2π d x
4. Calculer les intégrales suivantes : − π sin2 x cos3 x d x, 02 cos4 x d x, 0 2+sin x.
2
Les fonctions de
2 deux variables.
1 Généralités

1.1 Un minimum de topologie de R2


Dénition 1 : La distance euclidienne entre deux couples de réels M1 = (x1 , y1 ) et M2 = (x2 , y2 ) est le nombre
réel : p
d(M1 , M2 ) = (x2 − x1 )2 + (y2 − y1 )2

Remarque : Si on représente ces couples par des points du plan relativement à un repère orthonormal, cette
distance est donnée par le théorème de Pythagore.

Propriétés : Pour tous couples A, B, C :


a) d(A, B) = d(B, A) (la distance est symétrique).
b) d(A, B) ≥ 0 et d(A, B) = 0 ⇒ A = B .
c) d(A, B) ≤ d(A, C) + d(C, B) (Inégalité triangulaire)

Dénition 2 : Soit A un couple de réls et r un réel strictement positif. La boule ouverte de centre A et
de rayon r est l'ensemble des éléments M de R2 tels que d(A, M ) < r.
De même, la boule fermée de centre A et de rayon r est l'ensemble des éléments M de R2 tels que d(A, M ) ≤ r.

Dénition 3 : Un ouvert de R est une partie U de R2 telle que, pour tout point M de U , il existe
2

une boule ouverte de centre M qui soit entièrement contenue dans U .

Exemples :
• Une boule ouverte est un ouvert.
• Le quart de plan E déni par : E = {(x, y) ∈ R2 /x > 0, y > 0} est un ouvert.
• R2 est un ouvert.

Dénition 4 : Soit M un élément de R2 . On appelle voisinage de M tout ouvert de R2 contenant M .


En particulier : Un ouvert de R2 est un voisinage de chacun de ses points.

1.2 Ensemble de dénition d'une fonction de deux variables.


On considère une fonction f de R2 vers R :
f : (x, y) 7−→ f (x, y)

L'ensemble de dénition de f est le sous-ensemble de R2 formé des couples de réels tels que f (x, y) existe.

Exemples :
1
a) Soit f (x, y) = x + y + 1 : Df = R2
2
b) Soit f (x, y) = p
(ln x)(ln y) : Df est le quart de plan U = {(x, y)/x > 0, y > 0}. C'est un ouvert.
c) Soit f (x, y) = 1 − x2 − y 2 : Df est la boule fermée de centre (0, 0) et de rayon 1.
d) Soit f (x, y) = ex+y − x2 y ln(x2 + y 2 ) : Df = R2 − {(0, 0)}

1.3 Représentation graphique.


On considère l'espace euclidien rapporté à un repère ortonormal (O,~i, ~j, ~k). La représentation graphique
d'une fonction f de R2 vers R est l'ensemble des points de cet espace de coordonnées (x, y, z) tels que :
z = f (x, y).
Cette représentation graphique
p est une surface
dans l'espace.
Exemples : Si f (x, y) = 1 − x2 − y2 , la surface représentative de la fonction f est la demi-sphère de
centre (0, 0) et de rayon 1, avec z ≥ 0.
1
Si f (x, y) = x + y + 1 , la surface représentative de la fonction f est un plan de l'espace, d'équation
2
1
z = x + y + 1. Cette fonction est dite
2
ane.

Brigitte Bonnet, Lycée International de Valbonne Avril 2011


3

1.4 Fonctions partielles


Dénition 5 : Soit f une fonction de deux variables. La fonction partielle fx est dénie par :
fx : x 7→ f (x, y)
(la variable y est alors considérée comme un paramètre).
De même la fonction partielle fy est la fonction qui à tout réel y associe f (x, y).
Ces fonctions partielles sont des fonctions de R vers R, on peut donc les étudier comme telles (dérivée, tableau
de variation, limites...).

2 Limites et continuité

Dénition 6 : Soit f une fonction dénie sur un ouvertU de R2 et M0 = (x0 , y0 ) un élément de U ou tel que
toute boule centrée en M0 ait une intersection non vide avec U . Alors :
lim f (x, y) = ` ⇔ ∀ > 0, ∃α > 0 / (d(M0 , M ) < α et M ∈ U ) ⇒ |f (x, y) − `| < 
(x,y)→(xo ,y0 )

Remarque : Les opérations sur les limites ont les mêmes propriétés que pour les limites de fonctions d'une
seule variable réelle.

Dénition 7 : Soit f une fonction dénie sur un ouvert U de R2 et M0 = (x0 , y0 ) un élément de U . Alors f
est continue en M0 si et seulement si :
lim f (x, y) = f (x0 , y0 )
(x,y)→(x0 ,y0 )

Remarque : D'après les propriétés des opérations sur les limites on obtient :
• La somme, le produit, de deux fonctions continues en M0 est continue en M0 .
f
• Si f et g sont deux fonctions continues en (x0 , y0 ) et si g(x0 , y0 ) 6= 0 la fonction quotient est continue
g
en (x0 , y0 ).
• Applications : les polynômes, les fonctions rationnelles sont continues en tout point de leur ensemble de
dénition.

Si f est continue en (x0 , y0 ), les deux applications partielles


Théorème 1 : fx : x 7→ f (x, y0 ) et fy : y 7→ f (x0 , y) sont continues
respectivement en x0 et y0 .

Attention! la réciproque de ce théorème est fausse.


xy
Exemple : Soit f la fonction dénie par f (x, y) = si (x, y) 6= 0, et f (0, 0) = 0.
x2 + y 2
Les applications partielles fx : x 7→ f (x, 0) et fy : y 7→ f (0, y) sont toutes deux constantes nulles sur R, et en
particulier elles sont continues en 0. Par contre f n'est pas continue en (0,0) puisque pour tout réel x non nul :
f (x, x) = 21 .

3 Dérivées partielles

3.1 Dérivées partielles d'ordre 1


Dénition 8 : Soit f une fonction dénie sur un ouvert U et (x0 , y0 ) un point de U .
• Si la fonction partielle fx : x 7→ f (x, y0 ) est dérivable en x0 , on dit que f admet une dérivée partielle d'ordre
1 par rapport à x en (x0 , y0 ), et on note :
∂f f (x, y0 ) − f (x0 , y0 )
(x0 , y0 ) = fx0 (x0 , y0 ) = lim
∂x x→x0 x − x0
• De même, si l'application partielle fy : y 7→ f (x0 , y) est dérivable en y0 , on dit f admet une dérivée partielle
d'ordre 1 par rapport à y en (x0 , y0 ) et on note :
∂f f (x0 , y) − f (x0 , y0 )
(x0 , y0 ) = fy0 (x0 , y0 ) = lim
∂y y→y0 y − y0

Brigitte Bonnet, Lycée International de Valbonne Avril 2011


4

• Si pour tout élément (x, y) de U f admet une dérivée partielle d'ordre 1 par rapport à x (resp. par rapport à
y ), on dit que f admet une dérivée partielle d'ordre 1 par rapport à x (resp. par rapport à y ) sur U : de ce fait
on dénit deux nouvelles fonctions sur U , les dérivées partielles
de f , notées
∂f
∂x
et
∂f
∂y
, ou bien : fx0 et fy0 .

Dénition 9 : Une fonction f est de classe C 1 en (x0 , y0 ) (resp. sur un ouvert U ) si ses deux dérivées
∂f ∂f
partielles et sont continues en (x0 , y0 ) (resp. sur U ).
∂x ∂y
Exemple 1 : Soit f (x, y) = x2 y + y2 + 3x (f est une fonction polynôme en x et y, dénie sur R2 ).
∂f ∂f
Alors (x, y) = 2xy + 3 et (x, y) = x2 + 2y .
∂x ∂y
Exemple 2 : Soit f (x, y) = ex+y + ln(x − y). (Ici Df est le demi-plan ouvert {(x, y)/x > y}).
∂f 1 ∂f 1
Alors (x, y) = ex+y + et (x, y) = ex+y − .
∂x x−y ∂y x−y

3.2 Développement limité d'ordre 1

Soit f une fonction de classe C 1 sur un ouvert U de R2 et M0 = (x0 , y0 ) un point de U .


Il existe un voisinage V de M0 tel que pour tout point M = (x, y) de V :
Théorème 2 : f (x, y) = f (x0 , y0 ) + (x − x0 )
∂f ∂f
(x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) + d(M0 , M )(x, y)
∂x ∂y
avec : lim (x, y) = 0.
(x,y)→(x0 ,y0 )

Autrement dit, toute fonction de classe C 1 en (x0 , y0 ) admet une approximation ane en ce point.
Autre écriture du développement limité :
∂f ∂f
(x0 , y0 ) + k (x0 , y0 ) + h2 + k 2 (h, k).
p
f (x0 + h, y0 + k) = f (x0 , y0 ) + h
∂x ∂y

3.3 Dérivées partielles d'ordre 2


Dénition 10 : Une fonction de classe C 1 sur un ouvert U admet des dérivées partielles d'ordre 2 en un
point (x0 , y0 ) de U (resp. sur U ) si, et seulement si, ses deux dérivées partielles d'ordre 1 admettent elles-mêmes
des dérivées partielles
 d'ordre 1 par rapport à x et à y en (x0 , y0 ) (resp. sur U ). On note :
∂2f

∂ ∂f
(x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) = fx002 (x0 , y0 )
∂x2 ∂x  ∂x 
∂2f ∂ ∂f 00
(x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) = fxy (x0 , y0 )
∂x∂y ∂x  ∂y 
∂2f ∂ ∂f 00
(x0 , yo ) = (x0 , y0 ) = fyx (x0 , y0 )
∂y∂x ∂y ∂x
∂2f

∂ ∂f
(x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) = fy002 (x0 , y0 )
∂y 2 ∂y ∂y

Soit f une fonction dénie sur un ouvert U de R2 et admettant des dérivées partielles
∂2f ∂2f
Théorème 3 : d'ordre 2 et dans un voisinage de M0 = (x0 , y0 ).
∂x∂y ∂y∂x
Si ces deux dérivées partielles sont continues en (x0 , y0 ), alors elles sont égales en ce point.

Ce théorème est appelé théorème de Schwarz.


Dénition 11 : Une fonction f est de classe C 2 en un point (x0 , y0 ) (resp. sur un ouvert U ) si f admet des
dérivées partielles d'ordre 2 toutes continues en (x0 , y0 ) (resp. sur U ).

Dans ce cas le théorème de Schwarz s'applique : l'ordre dans lequel on dérive, par rapport à x puis par
rapport à y , ou l'inverse, n'a pas d'importance.

Brigitte Bonnet, Lycée International de Valbonne Avril 2011


5

Notation de Monge : En un point donné (x0 , y0 ), il est d'usage de noter, quand il n'y a pas d'ambigüité sur
le point concerné :
∂f ∂f
p= (x0 , y0 ) q= (x0 , y0 )
∂x ∂y
∂2f ∂2f ∂2f ∂2f
r= (x0 , y0 ) s= (x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) t= (x0 , y0 )
∂x2 ∂x∂y ∂y∂x ∂y 2

3.4 Développement limité d'ordre 2

Soit f une fonction de classe C 2 sur un ouvert U de R2 et M0 = (x0 , y0 ) un point de U .


Il existe un voisinage V de M0 tel que pour tout point M = (x0 + h, y0 + k) de V :
Théorème 4 : h2 k2
f (x0 + h, y0 + k) = f (x0 , y0 ) + ph + qk + r + shk + t + (h2 + k 2 )(h, k)
2 2
où  est une fonction de deux variables de limite nulle en (0,0).

4 Extremums d'une fonction de deux variables

Dénition 12 : La fonction f dénie sur un ouvert U admet un maximum local (ou relatif) en un point
(x0 , y0 ) si il existe un voisinage V de (x0 , y0 ) tel que pour tout point (x, y) de V , f (x, y) ≤ f (x0 , y0 ). De
même, f admet un minimum local au point (x0 , y0 ) si il existe un voisinage V de (x0 , y0 ) tel que pour tout
point (x, y) de V , f (x, y) ≥ f (x0 , y0 ).

Exemple : Soit f (x, y) = x2 + y2 .


Pour tout couple de réels (x, y), f (x, y) ≥ 0, et f (x, y) = 0 ⇔ x = 0 et y = 0.
Donc f admet un minimum au point (0,0). (Ici c'est même un minimum global, ou absolu.)

Dénition 13 : un point (x0 , y0 ) où les deux dérivées partielles d'ordre 1 de f sont égales à 0 est appelé un
point critique de f .

Théorème 5 : Si une fonction f de classe C 2 sur un ouvert U de R2 admet un extremum local au point (x0 , y0 ),
ce point est un point critique de f .

En eet si f admet un minimum (resp. un maximum) en (x0 , y0 ), f étant de classe C 2 au voisinage de ce


point, les fonctions partielles x 7→ f (x, y0 ) et y 7→ f (x0 , y) admettent aussi un minimum (resp. un maximum)
respectivement en x0 et en y0 , par conséquent leurs dérivées, c'est-à-dire les dérivées partielles d'ordre 1 de f ,
s'annulent en (x0 , y0 ).
Examinons à présent la réciproque :
Soit (x0 , y0 ) un point critique de f , alors le développement limité de f au voisinage de ce point s'écrit :
h2 k2
f (x0 + h, y0 + k) − f (x0 , y0 ) = r + shk + t + (h2 + k 2 )(h, k)
2 2
en utilisant les notations de Monge.
h2 k2
Cette diérence sera donc du signe de r + shk + t , pour h et k assez petits.
2   2 !
2
h2 k2 k2 h h
Posons Q(h, k) = r + shk + t = r + 2s + t
2 2 2 k k
Le signe de Q(h, k) est celui du trinôme rX + 2sX + t.
2

Son discriminant réduit est : ∆ = s2 − rt. Si ce discriminant est strictement négatif, le trinôme n'a pas de
racine et reste du signe de r sur R.
On peut en déduire que le signe de la diérence f (x, y) − f (x0 , y0 ) est constant dans un voisinage de (x0 , y0 ).
Si ∆ est strictement positif, le trinôme rX 2 + 2X + t change de signe sur R, donc l'expression Q(h, k) change de

Brigitte Bonnet, Lycée International de Valbonne Avril 2011


6

signe au voisinage de (0, 0), donc la diérence f (x, y) − f (x0 , y0 ) change de signe dans un voisinage de (x0 , y0 ).
D'où le théorème :

Soit f une fonction de classe C 2 sur un ouvert U


et soit (x0 , y0 ) un point de U tel que p = q = 0.
• Si rt − s2 > 0 f admet un extremum en ce point, un minimum si r > 0, un maximum si r < 0.
Théorème 6 : • Si rt − s2 < 0 il n'y a pas d'extremum en ce point.
• Si rt − s2 = 0, on ne peut pas conclure par cette méthode :
il faut alors faire une étude du signe de f (x, y) − f (x0 , y0 ).

Conclusion : pour chercher les extremums éventuels d'une fonction f de deux variables, sur un
ouvert U :
• Chercher les points critiques de f , ce qui revient à résoudre le système de deux équations à deux inconnues :
∂f ∂f
(x, y) = 0, (x, y) = 0
∂x ∂y

• Pour chacun des points trouvés, calculer rt − s2 , et conclure à l'aide du théorème 6.

Exemple : Soit f (x, y) = x3 + 3xy2 − 15x − 12y.


Ses dérivées partielles d'ordre 1 et 2 sont :
∂f ∂f
(x, y) = 3x2 + 3y 2 − 15 et (x, y) = 6xy − 12
∂x ∂y
∂2f ∂2f ∂2f ∂2f
2
(x, y) = 6x, (x, y) = (x, y) = 6y, (x, y) = 6x
∂x ∂x∂y ∂y∂x ∂y 2
On cherche d'abord les points critiques en résolvant le système p = q = 0 :

2 (
2
y =

3x2 + 3y 2 − 15

= 0 y =

⇔ x ⇔ x
6xy − 12 = 0 4
2
 x +
 −5 = 0 x − 5x2 + 4
4
= 0
x2
2 2
( (
y = y =

2
x ou 2
x
 x = 1  x = 4  
x = 1 x = −1 x = 2 x = −2
⇔ ou ou ou
y = 2 y = −2 y = 1 y = −1

On a donc 4 points critiques : A = (1, 2), B = (−1, −2), C = (2, 1), D = (−2, −1).

Pour chacun d'entre eux calculons rt − s2 :


• Pour A et pour B : rt − s2 = 36(1 − 4) < 0 : f n'admet pas d'extremum en ces points.
• Pour C : rt − s2 = 108 > 0 et r > 0 : la fonction f admet un minimum local au point (2, 1), et ce minimum
vaut f (2, 1) = −28.
• Pour D : rt − s2 = 108 > 0 et r < 0 : la fonction f admet un maximum local au point (−2, −1), et ce
minimum vaut f (−2, −1) = 28.

Brigitte Bonnet, Lycée International de Valbonne Avril 2011


MATRICES

Matrices

Vidéo „ partie 1. Définition


Vidéo „ partie 2. Multiplication de matrices
Vidéo „ partie 3. Inverse d'une matrice : définition
Vidéo „ partie 4. Inverse d'une matrice : calcul
Vidéo „ partie 5. Inverse d'une matrice : systèmes linéaires et matrices élémentaires
Vidéo „ partie 6. Matrices triangulaires, transposition, trace, matrices symétriques
Fiche d'exercices ‡ Calculs sur les matrices

Les matrices sont des tableaux de nombres. La résolution d’un certain nombre de problèmes d’algèbre linéaire se
ramène à des manipulations sur les matrices. Ceci est vrai en particulier pour la résolution des systèmes linéaires.
Dans ce chapitre, K désigne un corps. On peut penser à Q, R ou C.

1. Définition

1.1. Définition

Définition 1.
• Une matrice A est un tableau rectangulaire d’éléments de K.
• Elle est dite de taille n × p si le tableau possède n lignes et p colonnes.
• Les nombres du tableau sont appelés les coefficients de A.
• Le coefficient situé à la i-ème ligne et à la j-ème colonne est noté ai, j .

Un tel tableau est représenté de la manière suivante :


 
a1,1 a1,2 . . . a1, j . . . a1,p
 a2,1 a2,2 . . . a2, j . . . a2,p 
 
 ... ... ... ... ... ...   
A=   ou A = ai, j 16i 6n ou ai, j .
 ai,1 ai,2 . . . ai, j . . . ai,p 

16 j 6 p
 ... ... ... ... ... ... 
an,1 an,2 ... an, j ... an,p
Exemple 1.
 
−2 1 5
A=
3 0 7
est une matrice 2 × 3 avec, par exemple, a1,1 = 1 et a2,3 = 7.
Encore quelques définitions :
Définition 2.
• Deux matrices sont égales lorsqu’elles ont la même taille et que les coefficients correspondants sont égaux.
• L’ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients dans K est noté Mn,p (K). Les éléments de Mn,p (R)

1
MATRICES 1. DÉFINITION 2

sont appelés matrices réelles.

1.2. Matrices particulières


Voici quelques types de matrices intéressantes :
• Si n = p (même nombre de lignes que de colonnes), la matrice est dite matrice carrée. On note Mn (K) au lieu de
Mn,n (K).
 
a1,1 a1,2 . . . a1,n
 a2,1 a2,2 . . . a2,n 
 
 . .. .. .. 
 .. . . . 
an,1 an,2 . . . an,n
Les éléments a1,1 , a2,2 , . . . , an,n forment la diagonale principale de la matrice.
• Une matrice qui n’a qu’une seule ligne (n = 1) est appelée matrice ligne ou vecteur ligne. On la note

A = a1,1 a1,2 . . . a1,p .
• De même, une matrice qui n’a qu’une seule colonne (p = 1) est appelée matrice colonne ou vecteur colonne. On
la note  
a1,1
 a2,1 
A =  . .
 
 .. 
an,1
• La matrice (de taille n × p) dont tous les coefficients sont des zéros est appelée la matrice nulle et est notée 0n,p
ou plus simplement 0. Dans le calcul matriciel, la matrice nulle joue le rôle du nombre 0 pour les réels.

1.3. Addition de matrices

Définition 3 (Somme de deux matrices).


Soient A et B deux matrices ayant la même taille n × p. Leur somme C = A + B est la matrice de taille n × p définie
par
ci j = ai j + bi j .

En d’autres termes, on somme coefficients par coefficients. Remarque : on note indifféremment ai j où ai, j pour les
coefficients de la matrice A.
Exemple 2.
     
3 −2 0 5 3 3
Si A= B=
et alors A+ B = .
1 7 2 −1 3 6
 
0 −2
Par contre si B = alors A + B 0 n’est pas définie.
8

Définition 4 (Produit d’une matrice


 par un scalaire). 
Le produit d’une matrice A = ai j de Mn,p (K) par un scalaire α ∈ K est la matrice αai j formée en multipliant
chaque coefficient de A par α. Elle est notée α · A (ou simplement αA).

Exemple 3.
   
1 2 3 2 4 6
Si A= et α=2 alors αA = .
0 1 0 0 2 0
La matrice (−1)A est l’opposée de A et est notée −A. La différence A − B est définie par A + (−B).

2
MATRICES 2. MULTIPLICATION DE MATRICES 3

Exemple 4.
     
2 −1 0 −1 4 2 3 −5 −2
Si A= et B= alors A − B = .
4 −5 2 7 −5 3 −3 0 −1
L’addition et la multiplication par un scalaire se comportent sans surprises :
Proposition 1.
Soient A, B et C trois matrices appartenant à Mn,p (K). Soient α ∈ K et β ∈ K deux scalaires.
1. A + B = B + A : la somme est commutative,
2. A + (B + C) = (A + B) + C : la somme est associative,
3. A + 0 = A : la matrice nulle est l’élément neutre de l’addition,
4. (α + β)A = αA + βA,
5. α(A + B) = αA + αB.

Démonstration. Prouvons par exemple le quatrième point. Le terme général de (α + β)A est égal à (α + β)ai j . D’après
les règles de calcul dans K, (α + β)ai j est égal à αai j + β ai j qui est le terme général de la matrice αA + βA.

Mini-exercices.
€ −7 2 Š €1 2 3Š € 21 −6 Š €1 0 1Š € 1 2Š
1. Soient A = 0 −1 , B = 2 3 1 , C = 0 3 , D = 12 0 1 0 , E = −3 0 . Calculer toutes les sommes possibles
1 −4 321 −3 12 111 −8 6
de deux de ces matrices. Calculer 3A + 2C et 5B − 4D. Trouver α tel que A − αC soit la matrice nulle.
2. Montrer que si A + B = A, alors B est la matrice nulle.
3. Que vaut 0 · A ? et 1 · A ? Justifier l’affirmation : α(βA) = (αβ)A. Idem avec nA = A + A + · · · + A (n occurrences
de A).

2. Multiplication de matrices

2.1. Définition du produit


Le produit AB de deux matrices A et B est défini si et seulement si le nombre de colonnes de A est égal au nombre de
lignes de B.
Définition 5 (Produit de deux matrices).
Soient A = (ai j ) une matrice n × p et B = (bi j ) une matrice p × q. Alors le produit C = AB est une matrice n × q
dont les coefficients ci j sont définis par :

p
X
ci j = aik bk j
k=1

On peut écrire le coefficient de façon plus développée, à savoir :


ci j = ai1 b1 j + ai2 b2 j + · · · + aik bk j + · · · + aip b p j .
Il est commode de disposer les calculs de la façon suivante.
 
×
 × 
  ←B
 × 
×
   
|
   | 
A→    ← AB
 × × × × − − − ci j 

3
MATRICES 2. MULTIPLICATION DE MATRICES 4

Avec cette disposition, on considère d’abord la ligne de la matrice A située à gauche du coefficient que l’on veut
calculer (ligne représentée par des × dans A) et aussi la colonne de la matrice B située au-dessus du coefficient que
l’on veut calculer (colonne représentée par des × dans B). On calcule le produit du premier coefficient de la ligne par
le premier coefficient de la colonne (ai1 × b1 j ), que l’on ajoute au produit du deuxième coefficient de la ligne par le
deuxième coefficient de la colonne (ai2 × b2 j ), que l’on ajoute au produit du troisième. . .

2.2. Exemples
Exemple 5.


  1 2
12 3
A= B = −1 1
23 4
1 1
On dispose d’abord le produit correctement (à gauche) : la matrice obtenue est de taille 2 × 2. Puis on calcule chacun
des coefficients, en commençant par le premier coefficient c11 = 1 × 1 + 2 × (−1) + 3 × 1 = 2 (au milieu), puis les
autres (à droite).
     
1 2 1 2 1 2
−1 1 −1 1 −1 1

   1 1    1 1    1 1
1 2 3 c11 c12 1 2 3 2 c12 1 2 3 2 7
2 3 4 c21 c22 2 3 4 c21 c22 2 3 4 3 11

Un exemple intéressant est le produit d’un vecteur ligne par un vecteur colonne :
 
b1
  b2 
u = a1 a2 · · · an v= . 
 
 .. 
bn
Alors u × v est une matrice de taille 1 × 1 dont l’unique coefficient est a1 b1 + a2 b2 + · · · + an bn . Ce nombre s’appelle le
produit scalaire des vecteurs u et v.
Calculer le coefficient ci j dans le produit A × B revient donc à calculer le produit scalaire des vecteurs formés par la
i-ème ligne de A et la j-ème colonne de B.

2.3. Pièges à éviter


Premier piège. Le produit de matrices n’est pas commutatif en général.
En effet, il se peut que AB soit défini mais pas BA, ou que AB et BA soient tous deux définis mais pas de la même taille.
Mais même dans le cas où AB et BA sont définis et de la même taille, on a en général AB 6= BA.
Exemple 6.
         
5 1 2 0 14 3 2 0 5 1 10 2
= mais = .
3 −2 4 3 −2 −6 4 3 3 −2 29 −2

Deuxième piège. AB = 0 n’implique pas A = 0 ou B = 0.


Il peut arriver que le produit de deux matrices non nulles soit nul. En d’autres termes, on peut avoir A 6= 0 et B 6= 0
mais AB = 0.
Exemple 7.
     
0 −1 2 −3 0 0
A= B= et AB = .
0 5 0 0 0 0

Troisième piège. AB = AC n’implique pas B = C. On peut avoir AB = AC et B 6= C.

4
MATRICES 2. MULTIPLICATION DE MATRICES 5

Exemple 8.
       
0 −1 4 −1 2 5 −5 −4
A= B= C= et AB = AC = .
0 3 5 4 5 4 15 12

2.4. Propriétés du produit de matrices


Malgré les difficultés soulevées au-dessus, le produit vérifie les propriétés suivantes :
Proposition 2.
1. A(BC) = (AB)C : associativité du produit,
2. A(B + C) = AB + AC et (B + C)A = BA + CA : distributivité du produit par rapport à la somme,
3. A · 0 = 0 et 0 · A = 0.

Démonstration. Posons A = (ai j ) ∈ Mn,p (K), B = (bi j ) ∈ M p,q (K) et C = (ci j ) ∈ Mq,r (K). Prouvons que A(BC) = (AB)C
en montrant que les matrices A(BC) et (AB)C ont les mêmes coefficients.
Xp
Le terme d’indice (i, k) de la matrice AB est x ik = ai` b`k . Le terme d’indice (i, j) de la matrice (AB)C est donc
`=1
q q
‚ p Œ
X X X
x ik ck j = ai` b`k ck j .
k=1 k=1 `=1
q
X
Le terme d’indice (`, j) de la matrice BC est y` j = b`k ck j . Le terme d’indice (i, j) de la matrice A(BC) est donc
k=1
p q
‚ Œ
X X
ai` b`k ck j .
`=1 k=1
Comme dans K la multiplication est distributive et associative, les coefficients de (AB)C et A(BC) coïncident. Les
autres démonstrations se font comme celle de l’associativité.

2.5. La matrice identité


La matrice carrée suivante s’appelle la matrice identité :
 
1 0 ... 0
 0 1 ... 0 
In =  .
 
.. .. ..
 ..

. . . 
0 0 ... 1
Ses éléments diagonaux sont égaux à 1 et tous ses autres éléments sont égaux à 0. Elle se note I n ou simplement I.
Dans le calcul matriciel, la matrice identité joue un rôle analogue à celui du nombre 1 pour les réels. C’est l’élément
neutre pour la multiplication. En d’autres termes :
Proposition 3.
Si A est une matrice n × p, alors
In · A = A et A · I p = A.

Démonstration. Nous allons détailler la preuve. Soit A ∈ Mn,p (K) de terme général ai j . La matrice unité d’ordre p est
telle que tous les éléments de la diagonale principale sont égaux à 1, les autres étant tous nuls.
On peut formaliser cela en introduisant le symbole de Kronecker. Si i et j sont deux entiers, on appelle symbole de
Kronecker, et on note δi, j , le réel qui vaut 0 si i est différent de j, et 1 si i est égal à j. Donc
¨
0 si i 6= j
δi, j =
1 si i = j.
Alors le terme général de la matrice identité I p est δi, j avec i et j entiers, compris entre 1 et p.

5
MATRICES 2. MULTIPLICATION DE MATRICES 6

La matrice produit AI p est une matrice appartenant à Mn,p (K) dont le terme général ci j est donné par la formule
p
X
ci j = aik δk j . Dans cette somme, i et j sont fixés et k prend toutes les valeurs comprises entre 1 et p. Si k 6= j alors
k=1
δk j = 0, et si k = j alors δk j = 1. Donc dans la somme qui définit ci j , tous les termes correspondant à des valeurs de
k différentes de j sont nuls et il reste donc ci j = ai j δ j j = ai j 1 = ai j . Donc les matrices AI p et A ont le même terme
général et sont donc égales. L’égalité I n A = A se démontre de la même façon.

2.6. Puissance d’une matrice


Dans l’ensemble Mn (K) des matrices carrées de taille n × n à coefficients dans K, la multiplication des matrices est
une opération interne : si A, B ∈ Mn (K) alors AB ∈ Mn (K).
En particulier, on peut multiplier une matrice carrée par elle-même : on note A2 = A × A, A3 = A × A × A.
On peut ainsi définir les puissances successives d’une matrice :
Définition 6.
Pour tout A ∈ Mn (K), on définit les puissances successives de A par A0 = I n et Ap+1 = Ap × A pour tout p ∈ N.
Autrement dit, Ap = A × A × · · · × A.
| {z }
p facteurs

Exemple 9.  
1 0 1
On cherche à calculer Ap avec A = 0 −1 0. On calcule A2 , A3 et A4 et on obtient :
0 0 2
     
1 0 3 1 0 7 1 0 15
A2 = 0 1 0 A3 = A2 × A = 0 −1 0 A4 = A3 × A = 0 1 0  .
0 0 4 0 0 8 0 0 16
 
1 0 2p − 1
L’observation de ces premières puissances permet de penser que la formule est : Ap = 0 (−1) p 0 . Démon-
0 0 2p
trons ce résultat par récurrence.
Il est vrai pour p = 0 (on trouve l’identité). On le suppose vrai pour un entier p et on va le démontrer pour p + 1. On
a, d’après la définition,
     
1 0 2p − 1 1 0 1 1 0 2 p+1 − 1
Ap+1 = Ap × A = 0 (−1) p 0  × 0 −1 0 = 0 (−1) p+1 0 .
p p+1
0 0 2 0 0 2 0 0 2
Donc la propriété est démontrée.

2.7. Formule du binôme


Comme la multiplication n’est pas commutative, les identités binomiales usuelles sont fausses. En particulier, (A + B)2
ne vaut en général pas A2 + 2AB + B 2 , mais on sait seulement que
(A + B)2 = A2 + AB + BA + B 2 .

Proposition 4 (Calcul de (A + B) p lorsque AB = BA).


Soient A et B deux éléments de Mn (K) qui commutent, c’est-à-dire tels que AB = BA. Alors, pour tout entier p > 0,
on a la formule
p  ‹
X p p−k k
(A + B) p = A B
k=0
k
p

où k désigne le coefficient du binôme.

La démonstration est similaire à celle de la formule du binôme pour (a + b) p , avec a, b ∈ R.

6
MATRICES 3. INVERSE D’UNE MATRICE : DÉFINITION 7

Exemple  10.   
1 1 1 1 0 1 1 1
0 1 2 1 . On pose N = A − I = 0 0 2 1. La matrice N est nilpotente (c’est-à-dire il existe
 
Soit A = 0 0 1 3   0 0 0 3
0 0 0 1 0 0 0 0
k ∈ N tel que Nk = 0) comme le montrent les calculs suivants :
   
0 0 2 4 0 0 0 6
 0 0 0 6  0 0 0 0
N2 = 
 0 0 0 0
 N 3
= 
 0 0 0 0
 et N 4 = 0.

0 0 0 0 0 0 0 0
Comme on a A = I + N et les matrices N et I commutent (la matrice identité commute avec toutes les matrices), on
peut appliquer la formule du binôme de Newton. On utilise que I k = I pour tout k et surtout que N k = 0 si k > 4. On
obtient
p  ‹ 3  ‹
X p k p−k X p k p(p−1) p(p−1)(p−2) 3
Ap = N I = N = I + pN + 2! N 2 + 3! N .
k=0
k k=0
k
D’où
p2 p(p2 − p + 1)
 
1 p
0 1 2p p(3p − 2) 
Ap = 
0
.
0 1 3p 
0 0 0 1

Mini-exercices.
8 2 5
 €2 1 0
Š € Š € Š 
1. Soient A = 0 2 −2
6 −4 0 ,B= 0 1 0 ,C= −3 2 ,D= 2 ,E= x y z . Quels produits sont possibles ? Les
2 −2 −3 −5 5 −1
calculer !
€0 0 1Š €1 0 0
Š
2. Soient A = 0 1 0 et B = 0 0 2 . Calculer A2 , B 2 , AB et BA.
1 1 2 1 −1 0
€2 0 0
Š €0 00
Š
3. Soient A = 0 2 0 et B = 2 00 . Calculer Ap et B p pour tout p > 0. Montrer que AB = BA. Calculer (A + B) p .
0 0 2 3 10

3. Inverse d’une matrice : définition

3.1. Définition

Définition 7 (Matrice inverse).


Soit A une matrice carrée de taille n × n. S’il existe une matrice carrée B de taille n × n telle que
AB = I et BA = I,
on dit que A est inversible. On appelle B l’inverse de A et on la note A−1 .

On verra plus tard qu’il suffit en fait de vérifier une seule des conditions AB = I ou bien BA = I.

• Plus généralement, quand A est inversible, pour tout p ∈ N, on note :


A−p = (A−1 ) p = A−1 A−1 · · · A−1 .
| {z }
p facteurs

• L’ensemble des matrices inversibles de Mn (K) est noté G L n (K).

3.2. Exemples
Exemple 11. 
Soit A = 10 23 . Étudier si A est inversible, c’est étudier l’existence d’une matrice B = ac db à coefficients dans K, telle
que AB = I et BA = I. Or AB = I équivaut à :
a + 2c b + 2d
        
1 2 a b 1 0 1 0
AB = I ⇐⇒ = ⇐⇒ =
0 3 c d 0 1 3c 3d 0 1

7
MATRICES 3. INVERSE D’UNE MATRICE : DÉFINITION 8

Cette égalité équivaut au système : 



 a + 2c = 1
b + 2d = 0


 3c =0
3d = 1

Sa résolution est immédiate : a = 1, b = − 32 , c = 0, d = 13 . Il n’y a donc qu’une seule matrice possible, à savoir
 2
1−
B = 0 13 . Pour prouver qu’elle convient, il faut aussi montrer l’égalité BA = I, dont la vérification est laissée au
3

1 − 32
 
lecteur. La matrice A est donc inversible et A =
−1
1 .
0 3

Exemple 12.  
 a b
La matrice A = 30
50 n’est pas inversible. En effet, soit B = une matrice quelconque. Alors le produit
c d
3a + 5b 0
    
a b 3 0
BA = =
c d 5 0 3c + 5d 0
ne peut jamais être égal à la matrice identité.
Exemple 13.
• Soit I n la matrice carrée identité de taille n × n. C’est une matrice inversible, et son inverse est elle-même par
l’égalité I n I n = I n .
• La matrice nulle 0n de taille n × n n’est pas inversible. En effet on sait que, pour toute matrice B de Mn (K), on a
B0n = 0n , qui ne peut jamais être la matrice identité.

3.3. Propriétés
Unicité

Proposition 5.
Si A est inversible, alors son inverse est unique.

Démonstration. La méthode classique pour mener à bien une telle démonstration est de supposer l’existence de deux
matrices B1 et B2 satisfaisant aux conditions imposées et de démontrer que B1 = B2 .
Soient donc B1 telle que AB1 = B1 A = I n et B2 telle que AB2 = B2 A = I n . Calculons B2 (AB1 ). D’une part, comme AB1 = I n ,
on a B2 (AB1 ) = B2 . D’autre part, comme le produit des matrices est associatif, on a B2 (AB1 ) = (B2 A)B1 = I n B1 = B1 .
Donc B1 = B2 .

Inverse de l’inverse

Proposition 6.
Soit A une matrice inversible. Alors A−1 est aussi inversible et on a :

(A−1 )−1 = A

Inverse d’un produit

Proposition 7.
Soient A et B deux matrices inversibles de même taille. Alors AB est inversible et

(AB)−1 = B −1 A−1

Il faut bien faire attention à l’inversion de l’ordre !

8
MATRICES 4. INVERSE D’UNE MATRICE : CALCUL 9

Démonstration. Il suffit de montrer (B −1 A−1 )(AB) = I et (AB)(B −1 A−1 ) = I. Cela suit de


(B −1 A−1 )(AB) = B −1 (AA−1 )B = B −1 I B = B −1 B = I,
et (AB)(B −1 A−1 ) = A(BB −1 )A−1 = AIA−1 = AA−1 = I.

De façon analogue, on montre que si A1 , . . . , Am sont inversibles, alors


(A1 A2 · · · Am )−1 = A−1 −1 −1
m Am−1 · · · A1 .

Simplification par une matrice inversible

Si C est une matrice quelconque de Mn (K), nous avons vu que la relation AC = BC où A et B sont des éléments de
Mn (K) n’entraîne pas forcément l’égalité A = B. En revanche, si C est une matrice inversible, on a la proposition
suivante :
Proposition 8.
Soient A et B deux matrices de Mn (K) et C une matrice inversible de Mn (K). Alors l’égalité AC = BC implique l’égalité
A = B.

Démonstration. Ce résultat est immédiat : si on multiplie à droite l’égalité AC = BC par C −1 , on obtient l’égalité :
(AC)C −1 = (BC)C −1 . En utilisant l’associativité du produit des matrices on a A(C C −1 ) = B(C C −1 ), ce qui donne
d’après la définition de l’inverse AI = BI, d’où A = B.

Mini-exercices.
 
1. Soient A = et B = 25 13 . Calculer A−1 , B −1 , (AB)−1 , (BA)−1 , A−2 .
−1 −2
3 4
€1 0 0Š
2. Calculer l’inverse de 0 2 0 .
103
€ −1 −2 0 Š
3. Soit A = 2 3 0 . Calculer 2A − A2 . Sans calculs, en déduire A−1 .
0 0 1

4. Inverse d’une matrice : calcul


Nous allons voir une méthode pour calculer l’inverse d’une matrice quelconque de manière efficace. Cette méthode
est une reformulation de la méthode du pivot de Gauss pour les systèmes linéaires. Auparavant, nous commençons
par une formule directe dans le cas simple des matrices 2 × 2.

4.1. Matrices 2 × 2
 
a b
Considérons la matrice 2 × 2 : A = .
c d

Proposition 9.
Si ad − bc 6= 0, alors A est inversible et
 
1 d −b
A−1
= ad−bc −c a

1
 
Démonstration. On vérifie que si B = ad−bc
d −b
−c a alors AB = 10
01 . Idem pour BA.

9
MATRICES 4. INVERSE D’UNE MATRICE : CALCUL 10

4.2. Méthode de Gauss pour inverser les matrices


La méthode pour inverser une matrice A consiste à faire des opérations élémentaires sur les lignes de la matrice A
jusqu’à la transformer en la matrice identité I. On fait simultanément les mêmes opérations élémentaires en partant
de la matrice I. On aboutit alors à une matrice qui est A−1 . La preuve sera vue dans la section suivante.

En pratique, on fait les deux opérations en même temps en adoptant la disposition suivante : à côté de la matrice A
que l’on veut inverser, on rajoute la matrice identité pour former un tableau (A | I). Sur les lignes de cette matrice
augmentée, on effectue des opérations élémentaires jusqu’à obtenir le tableau (I | B). Et alors B = A−1 .

Ces opérations élémentaires sur les lignes sont :


1. L i ← λL i avec λ 6= 0 : on peut multiplier une ligne par un réel non nul (ou un élément de K \ {0}).
2. L i ← L i + λL j avec λ ∈ K (et j 6= i) : on peut ajouter à la ligne L i un multiple d’une autre ligne L j .
3. L i ↔ L j : on peut échanger deux lignes.

N’oubliez pas : tout ce que vous faites sur la partie gauche de la matrice augmentée, vous devez aussi le faire sur la
partie droite.

4.3. Un exemple
 
1 2 1
Calculons l’inverse de A =  4 0 −1 .
−1 2 2
Voici la matrice augmentée, avec les lignes numérotées :
 
1 2 1 1 0 0 L1
(A | I) =  4 0 −1 0 1 0  L2
−1 2 2 0 0 1 L3

On applique la méthode de Gauss pour faire apparaître des 0 sur la première colonne, d’abord sur la deuxième ligne
par l’opération élémentaire L2 ← L2 − 4L1 qui conduit à la matrice augmentée :
 
1 2 1 1 0 0
 0 −8 −5 −4 1 0  L2 ←L2 −4L1
−1 2 2 0 0 1
Puis un 0 sur la première colonne, à la troisième ligne, avec L3 ← L3 + L1 :
 
1 2 1 1 0 0
 0 −8 −5 −4 1 0 
0 4 3 1 0 1 L3 ←L3 +L1
On multiplie la ligne L2 afin qu’elle commence par 1 :
 
1 2 1 1 0 0
 0 1 5 1 − 1 0  L2 ←− 18 L2
8 2 8
0 4 3 1 0 1
On continue afin de faire apparaître des 0 partout sous la diagonale, et on multiplie la ligne L3 . Ce qui termine la
première partie de la méthode de Gauss :
 
1 2 1 1 0 0
 0 1 5 1
− 81 0 
8 2
1 1
0 0 2 −1 2 1 L3 ←L3 −4L2

puis
 
1 2 1 1 0 0
 0 1 5 1
− 18 0 
8 2
0 0 1 −2 1 2 L3 ←2L3
Il ne reste plus qu’à « remonter » pour faire apparaître des zéros au-dessus de la diagonale :

10
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 11

 
1 2 1 1 0 0
7
 0 1 0 4 − 34 − 54  L2 ←L2 − 58 L3
0 0 1 −2 1 2
puis
− 12 1 1
 
1 0 0 2 2 L1 ←L1 −2L2 −L3
7
 0 1 0 4 − 34 − 54 
0 0 1 −2 1 2
Ainsi l’inverse de A est la matrice obtenue à droite et après avoir factorisé tous les coefficients par 14 , on a obtenu :
 
−2 2 2
1
A−1 =  7 −3 −5
4
−8 4 8
Pour se rassurer sur ses calculs, on n’oublie pas de vérifier rapidement que A × A−1 = I.
Mini-exercices.
α+1 1
   
31 2 −3 02
1. Si possible calculer l’inverse des matrices : 72 , −5 4 , 30 , 2 α .
θ − sin θ

2. Soit A(θ ) = cos
sin θ cos θ . Calculer A(θ ) .
−1

1 1 1 0 0
‚ Œ
€ 1 3 0
Š € 2 −2 1 Š  1 0 1 0 ‹  2 1 1 1 ‹ 0 1 2 0 0
0 2 −2 0 10 0 1
3. Calculer l’inverse des matrices : 2 1 −1 , 3 0 5 , −1 2 0 1 , 0 1 −1 2 , −1 1 2 0 0 .
−2 1 1 1 1 2 0 2 1 3 01 1 0 0 0 0 2 1
0 0 0 5 3

5. Inverse d’une matrice : systèmes linéaires et matrices élémen-


taires

5.1. Matrices et systèmes linéaires


Le système linéaire 

 a11 x 1 + a12 x 2 + ··· + a1p x p = b1
a21 x 1 + a22 x 2 + ··· + a2p x p = b2


 ...
an1 x 1 + an2 x 2 + ··· + anp x p = bn

peut s’écrire sous forme matricielle :
     
a11 . . . a1p x1 b1
 a21 . . . a2p   x2   b2 
= .
     
 . ..   .. ..
 ..
 
.   .   . 
an1 . . . anp xp bn
| {z } | {z } | {z }
A X B
On appelle A ∈ Mn,p (K) la matrice des coefficients du système. B ∈ Mn,1 (K) est le vecteur du second membre. Le
vecteur X ∈ M p,1 (K) est une solution du système si et seulement si
AX = B.
Nous savons que :
Théorème 1.
Un système d’équations linéaires n’a soit aucune solution, soit une seule solution, soit une infinité de solutions.

5.2. Matrices inversibles et systèmes linéaires


Considérons le cas où le nombre d’équations égale le nombre d’inconnues :

11
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 12

 
  
a11 ... a1n
x1 b1
 a21 ... a2n
  x2   b2 
  .  =  . .
     
.. ..
  ..   .. 

 . .
...
an1 ann
xn bn
| {z } | {z } | {z }
A X B
Alors A ∈ Mn (K) est une matrice carrée et B un vecteur de Mn,1 (K). Pour tout second membre, nous pouvons utiliser
les matrices pour trouver la solution du système linéaire.
Proposition 10.
Si la matrice A est inversible, alors la solution du système AX = B est unique et est :

X = A−1 B.
 
La preuve est juste de vérifier que si X = A−1 B, alors AX = A A−1 B = AA−1 B = I · B = B. Réciproquement si AX = B,
alors nécessairement X = A−1 B. Nous verrons bientôt que si la matrice n’est pas inversible, alors soit il n’y a pas de
solution, soit une infinité.

5.3. Les matrices élémentaires


Pour calculer l’inverse d’une matrice A, et aussi pour résoudre des systèmes linéaires, nous avons utilisé trois opérations
élémentaires sur les lignes qui sont :
1. L i ← λL i avec λ 6= 0 : on peut multiplier une ligne par un réel non nul (ou un élément de K \ {0}).
2. L i ← L i + λL j avec λ ∈ K (et j 6= i) : on peut ajouter à la ligne L i un multiple d’une autre ligne L j .
3. L i ↔ L j : on peut échanger deux lignes.
Nous allons définir trois matrices élémentaires E L i ←λL i , E L i ←L i +λL j , E L i ↔L j correspondant à ces opérations. Plus
précisément, le produit E × A correspondra à l’opération élémentaire sur A. Voici les définitions accompagnées
d’exemples.
1. La matrice E L i ←λL i est la matrice obtenue en multipliant par λ la i-ème ligne de la matrice identité I n , où λ est un
nombre réel non nul.
 
1 0 0 0
0 5 0 0
E L2 ←5L2 = 
0 0 1

0
0 0 0 1
2. La matrice E L i ←L i +λL j est la matrice obtenue en ajoutant λ fois la j-ème ligne de I n à la i-ème ligne de I n .
 
1 0 0 0
−3 1 0 0
E L2 ←L2 −3L1 = 
0 0 1

0
0 0 0 1
3. La matrice E L i ↔L j est la matrice obtenue en permutant les i-ème et j-ème lignes de I n .
 
1 0 0 0
0 0 0 1
E L2 ↔L4 = E L4 ↔L2 =
0

0 1 0
0 1 0 0
Les opérations élémentaires sur les lignes sont réversibles, ce qui entraîne l’inversibilité des matrices élémentaires.

Le résultat de la multiplication d’un matrice élémentaire E par A est la matrice obtenue en effectuant l’opération
élémentaire correspondante sur A. Ainsi :
1. La matrice E L i ←λL i × A est la matrice obtenue en multipliant par λ la i-ème ligne de A.
2. La matrice E L i ←L i +λL j × A est la matrice obtenue en ajoutant λ fois la j-ème ligne de A à la i-ème ligne de A.
3. La matrice E L i ↔L j × A est la matrice obtenue en permutant les i-ème et j-ème lignes de A.

12
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 13

Exemple 14.
1.      
1 0 0 x1 x2 x3 x1 x2 x3
1
E L2 ← L2 × A = 0
1 
3 0  ×  y1 y2 y3  =  31 y1 1
3 y2
1
3 y3

3
0 0 1 z1 z2 z3 z1 z2 z3
2.      
1 0 −7 x1 x2 x3 x 1 − 7z1 x 2 − 7z2 x 3 − 7z3
E L1 ←L1 −7L3 × A = 0
 1 0 × y1
  y2 y3 =
  y1 y2 y3 
0 0 1 z1 z2 z3 z1 z2 z3
3.      
1 0 0 x1 x2 x3 x1 x2 x3
E L2 ↔L3 × A = 0 0 1  ×  y1 y2 y3  =  z1 z2 z3 
0 1 0 z1 z2 z3 y1 y2 y3

5.4. Équivalence à une matrice échelonnée

Définition 8.
Deux matrices A et B sont dites équivalentes par lignes si l’une peut être obtenue à partir de l’autre par une suite
d’opérations élémentaires sur les lignes. On note A ∼ B.

Définition 9.
Une matrice est échelonnée si :
• le nombre de zéros commençant une ligne croît strictement ligne par ligne jusqu’à ce qu’il ne reste plus que
des zéros.
Elle est échelonnée réduite si en plus :
• le premier coefficient non nul d’une ligne (non nulle) vaut 1 ;
• et c’est le seul élément non nul de sa colonne.

Exemple d’une matrice échelonnée (à gauche) et échelonnée réduite (à droite) ; les ∗ désignent des coefficients
quelconques, les + des coefficients non nuls :
+ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
   
1 ∗ 0 0 ∗ ∗ 0
0 0 + ∗ ∗ ∗ ∗ 0 0 1 0 ∗ ∗ 0
   
0 0 0 + ∗ ∗ ∗ 0 0 0 1 ∗ ∗ 0
   
 0 0 0 0 0 0 + 0 0 0 0 0 0 1
   
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0

Théorème 2.
Étant donnée une matrice A ∈ Mn,p (K), il existe une unique matrice échelonnée réduite U obtenue à partir de A par
des opérations élémentaires sur les lignes.

Ce théorème permet donc de se ramener par des opérations élémentaires à des matrices dont la structure est beaucoup
plus simple : les matrices échelonnées réduites.

Démonstration. Nous admettons l’unicité.


L’existence se démontre grâce à l’algorithme de Gauss. L’idée générale consiste à utiliser des substitutions de lignes
pour placer des zéros là où il faut de façon à créer d’abord une forme échelonnée, puis une forme échelonnée réduite.

Soit A une matrice n × p quelconque.

Partie A. Passage à une forme échelonnée.


Étape A.1. Choix du pivot.
On commence par inspecter la première colonne. Soit elle ne contient que des zéros, auquel cas on passe directement
à l’étape A.3, soit elle contient au moins un terme non nul. On choisit alors un tel terme, que l’on appelle le pivot. Si
c’est le terme a11 , on passe directement à l’étape A.2 ; si c’est un terme ai1 avec i 6= 1, on échange les lignes 1 et i
(L1 ↔ L i ) et on passe à l’étape A.2.

13
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 14

Au terme de l’étape A.1, soit la matrice A a sa première colonne nulle (à gauche) ou bien on obtient une matrice
0
équivalente dont le premier coefficient a11 est non nul (à droite) :
 0 0
··· a10 j ··· 0 
 
0 a12 · · · a1 j · · · a1p a11 a12 a1p
0 0
0 a22 · · · a2 j · · · a2p   a21 a22 ··· a20 j ··· a2p0 
   
 .. .. .. ..   .. .. .. .. 
. . . .  = A ou  . . . . 

0  ∼ A.
 
0 0
0 a
 i2 · · · ai j · · · aip  
 ai1 ai2
 ··· ai0 j ··· aip 
. . . .  . .. .. .. 
 .. .. .. ..   ..

. . . 
0 0
0 an2 · · · an j · · · anp an1 an2 ··· an0 j ··· 0
anp

Étape A.2. Élimination.


0 0
On ne touche plus à la ligne 1, et on se sert du pivot a11 pour éliminer tous les termes ai1 (avec i > 2) situés sous
0
ai1
le pivot. Pour cela, il suffit de remplacer la ligne i par elle-même moins 0 ×
a11
la ligne 1, ceci pour i = 2, . . . , n :
0 0
a21 a31
L2 ← L2 − L1 , L3 ← L3 −
0
a11
L1 ,. . .
0
a11
Au terme de l’étape A.2, on a obtenu une matrice de la forme
 0 0
a11 a12 · · · a10 j · · · a1p0 

00
 0 a22 · · · a200j · · · a2p00 
 
 .. .. .. .. 
 . . . . 
00  ∼ A.
 
00 00
 0
 a i2 · · · a ij ··· aip 
 . . . .. 
 .. .. .. . 
00
0 an2 ··· an00j ··· 00
anp

Étape A.3. Boucle.


Au début de l’étape A.3, on a obtenu dans tous les cas de figure une matrice de la forme
 1 1
a11 a12 · · · a11 j · · · a1p1 

1
 0 a22 · · · a21 j · · · a2p1 
 
 .. .. .. .. 
 . . . . 
1 ∼A
 
1 1
 0
 a i2 · · · a ij · · · a ip 
 . .. .. .. 
 .. . . . 
1
0 an2 ··· an1 j ··· 1
anp
dont la première colonne est bien celle d’une matrice échelonnée. On va donc conserver cette première colonne. Si
1
a11 =
6 0, on conserve aussi la première ligne, et l’on repart avec l’étape A.1 en l’appliquant cette fois à la sous-matrice
(n − 1) × (p − 1) (ci-dessous à gauche : on « oublie » la première ligne et la première colonne de A) ; si a11 1
= 0, on
repart avec l’étape A.1 en l’appliquant à la sous-matrice n × (p − 1) (à droite, on « oublie » la première colonne) :
 1
 1 1 1  a12 · · · a11 j · · · a1p 1 
a22 · · · a2 j · · · a2p 1
 a22 · · · a21 j · · · a2p1 
 .. .. ..   
 . . .   .. .. .. 
 1 1

1 
 . . . 
 i2 · · · ai j · · · aip 
a  
 a1 · · · a1 · · · a1 
 . .. .. i2 i j ip
 ..
  
. .   . . .
 .. .. .. 

1 1 1
an2 · · · an j · · · anp 1
an2 · · · an1 j · · · anp1

Au terme de cette deuxième itération de la boucle, on aura obtenu une matrice de la forme
 1 1
a11 a12 · · · a11 j · · · a1p1 

2
 0 a22 · · · a22 j · · · a2p2 
 
 .. .. .. .. 
 . . . . 
2  ∼ A,
 
2
 0
 0 · · · a ij · · · a ip 
 . .. .. .. 
 .. . . . 
0 0 ··· an2 j ··· 2
anp
et ainsi de suite.

14
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 15

Comme chaque itération de la boucle travaille sur une matrice qui a une colonne de moins que la précédente, alors au
bout d’au plus p − 1 itérations de la boucle, on aura obtenu une matrice échelonnée.

Partie B. Passage à une forme échelonnée réduite.


Étape B.1. Homothéties.
On repère le premier élément non nul de chaque ligne non nulle, et on multiplie cette ligne par l’inverse de cet élément.
Exemple : si le premier élément non nul de la ligne i est α 6= 0, alors on effectue L i ← α1 L i . Ceci crée une matrice
échelonnée avec des 1 en position de pivots.
Étape B.2. Élimination.
On élimine les termes situés au-dessus des positions de pivot comme précédemment, en procédant à partir du bas à
droite de la matrice. Ceci ne modifie pas la structure échelonnée de la matrice en raison de la disposition des zéros
dont on part.

Exemple 15.
Soit  
1 2 3 4
A= 0 2 4 6 .
−1 0 1 0
A. Passage à une forme échelonnée.
Première itération de la boucle, étape A.1. Le choix du pivot est tout fait, on garde a111
= 1.
Première itération de la boucle, étape A.2. On ne fait rien sur la ligne 2 qui contient déjà un zéro en bonne position et
on remplace la ligne 3 par L3 ← L3 + L1 . On obtient
 
1 2 3 4
A ∼  0 2 4 6 .
0 2 4 4
2
Deuxième itération de la boucle, étape A.1. Le choix du pivot est tout fait, on garde a22 = 2.
Deuxième itération de la boucle, étape A.2. On remplace la ligne 3 avec l’opération L3 ← L3 − L2 . On obtient
 
1 2 3 4
A ∼ 0 2 4 6  .
0 0 0 −2
Cette matrice est échelonnée.
B. Passage à une forme échelonnée réduite.
1
Étape B.1, homothéties. On multiplie la ligne 2 par 2et la ligne 3 par − 12 et l’on obtient
 
1 2 3 4
A ∼  0 1 2 3 .
0 0 0 1
Étape B.2, première itération. On ne touche plus à la ligne 3 et on remplace la ligne 2 par L2 ← L2 −3L3 et L1 ← L1 −4L3 .
On obtient  
1 2 3 0
A ∼  0 1 2 0 .
0 0 0 1
Étape B.2, deuxième itération. On ne touche plus à la ligne 2 et on remplace la ligne 1 par L1 ← L1 − 2L2 . On obtient
 
1 0 −1 0
A ∼ 0 1 2 0
0 0 0 1
qui est bien échelonnée et réduite.

15
MATRICES 5. INVERSE D’UNE MATRICE : SYSTÈMES LINÉAIRES ET MATRICES ÉLÉMENTAIRES 16

5.5. Matrices élémentaires et inverse d’une matrice

Théorème 3.
Soit A ∈ Mn (K). La matrice A est inversible si et seulement si sa forme échelonnée réduite est la matrice identité I n .

Démonstration. Notons U la forme échelonnée réduite de A. Et notons E le produit de matrices élémentaires tel que
EA = U.
⇐= Si U = I n alors EA = I n . Ainsi par définition, A est inversible et A−1 = E.
=⇒ Nous allons montrer que si U 6= I n , alors A n’est pas inversible.
— Supposons U 6= I n . Alors la dernière ligne de U est nulle (sinon il y aurait un pivot sur chaque ligne donc ce
serait I n ).
— Cela entraîne que U n’est pas inversible : en effet, pour tout matrice carrée V , la dernière ligne de U V est
nulle ; on n’aura donc jamais U V = I n .
— Alors, A n’est pas inversible non plus : en effet, si A était inversible, on aurait U = EA et U serait inversible
comme produit de matrices inversibles (E est inversible car c’est un produit de matrices élémentaires qui sont
inversibles).

Remarque.
Justifions maintenant notre méthode pour calculer A−1 .
Nous partons de (A|I) pour arriver par des opérations élémentaires sur les lignes à (I|B). Montrons que B = A−1 . Faire
une opération élémentaire signifie multiplier à gauche par une des matrices élémentaires. Notons E le produit de ces
matrices élémentaires. Dire que l’on arrive à la fin du processus à I signifie EA = I. Donc A−1 = E. Comme on fait les
mêmes opérations sur la partie droite du tableau, alors on obtient E I = B. Donc B = E. Conséquence : B = A−1 .

Corollaire 1.
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) La matrice A est inversible. 
0 0
(ii) Le système linéaire AX = .. a une unique solution X = .. .
. .
0 0
(iii) Pour tout second membre B, le système linéaire AX = B a une unique solution X .

Démonstration. Nous avons déjà vu (i) =⇒ (ii) et (i) =⇒ (iii).


Nous allons seulement montrer (ii) =⇒ (i). Nous raisonnons par contraposée : nous allons montrer la proposition
équivalente non(i) =⇒ non(ii). Si A n’est pas inversible, alors sa forme échelonnée réduite U contient un premier
zéro sur sa diagonale, disons à la place `. Alors U à la forme suivante
   
1 0 · · · c1 ∗ ··· ∗ −c1
. ..  .. 
 0 .. 0
 
. ··· ∗   . 
   
 0 0
 1 c`−1 ··· ∗   −c`−1 
 
 0 ··· 0
 0 ∗ ··· ∗  . On note X = 1 .

 0 ··· 0 0 ∗ ··· ∗   0 
  

 . .. .. .. . . 
 .. . ..   .. 
 
. . ··· 0
0 ··· ··· 0 ∗ 0
Alors X n’est pas le vecteur nul, mais U X est le vecteur nul. Comme A = E −1 U, alors AX est le vecteur nul. Nous avons
donc trouvé un vecteur non nul X tel que AX = 0.

Mini-exercices.
1. Exprimer les systèmes linéaires suivants sous
 forme matricielle et les résoudre en inversant la matrice :
 x+t =α
 x +z =1


2x + 4 y = 7 x − 2y = β
 
, −2 y + 3z = 1 , .
−2x + 3 y = −14 x+ y+t =2
x +z =1
 

y+t =4

2. Écrire les matrices 4 × 4 correspondant aux opérations élémentaires : L2 ← 13 L2 , L3 ← L3 − 41 L2 , L1 ↔ L4 . Sans

16
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 17

calculs, écrire leurs inverses. Écrire la matrice 4 × 4 de l’opération L1 ← L1 − 2L3 + 3L4 .


€ 1 2 3 Š €1 0 2Š  2 0 −2 0
‹
0 −1 1 0
3. Écrire les matrices suivantes sous forme échelonnée, puis échelonnée réduite : 1 4 0 , 1 −1 1 , 1 −2 1 4 .
−2 −2 −3 2 −2 3 −1 2 −1 −2

6. Matrices triangulaires, transposition, trace, matrices symétriques

6.1. Matrices triangulaires, matrices diagonales


Soit A une matrice de taille n × n. On dit que A est triangulaire inférieure si ses éléments au-dessus de la diagonale
sont nuls, autrement dit :
i < j =⇒ ai j = 0.
Une matrice triangulaire inférieure a la forme suivante :
 
a11 0 ··· ··· 0
 .. .. 
 a21 a22 . . 
 
 .. .. .. .. .. 
 . . . . . 
 
 . . .
. . .

 . . . 0 
an1 an2 ··· ··· ann

On dit que A est triangulaire supérieure si ses éléments en-dessous de la diagonale sont nuls, autrement dit :
i > j =⇒ ai j = 0.
Une matrice triangulaire supérieure a la forme suivante :
 
a11 a12 . . . ... ... a1n
 0 a22 . . . ... ... a2n 
 
 .. .. .. .. 
 .
 . . .  
 . . .. .. 
 .. .. . . 
 
 . .. .. .. 
 .. . . . 
0 ... ... ... 0 ann
Exemple 16.
Deux matrices triangulaires inférieures (à gauche), une matrice triangulaire supérieure (à droite) :
   
4 0 0   1 1 −1
0 −1 0 5 0 0 −1 −1
1 −2
3 −2 3 0 0 −1
Une matrice qui est triangulaire inférieure et triangulaire supérieure est dite diagonale. Autrement dit : i 6= j =⇒
ai j = 0.
Exemple 17.
Exemples de matrices diagonales :
 
−1 0 0  
0 2 0
6 0 et
0 3
0 0 0
Exemple 18 (Puissances d’une matrice diagonale).
Si D est une matrice diagonale, il est très facile de calculer ses puissances D p (par récurrence sur p) :
 p
α1 0 . . . . . . α1 0 . . . . . .
  
0 0
 0 α2 0 ... 0  0 αp 0 ... 0
   2 
 .. . . . . . . . . . .. 
D= . . . . =⇒ D = .
p . . . .
 
. . . .  . . . . 
 0 . . . 0 αp
   
 0 . . . 0 αn−1 0  0 n−1
0 ... ... 0 αn 0 ... ... 0 αnp

17
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 18

Théorème 4.
Une matrice A de taille n × n, triangulaire, est inversible si et seulement si ses éléments diagonaux sont tous non nuls.

Démonstration. Supposons que A soit triangulaire supérieure.


• Si les éléments de la diagonale sont tous non nuls, alors la matrice A est déjà sous la forme échelonnée. En
multipliant chaque ligne i par l’inverse de l’élément diagonal aii , on obtient des 1 sur la diagonale. De ce fait, la
forme échelonnée réduite de A sera la matrice identité. Le théorème 3 permet de conclure que A est inversible.
• Inversement, supposons qu’au moins l’un des éléments diagonaux soit nul et notons a`` le premier élément nul de
la diagonale. En multipliant les lignes 1 à ` − 1 par l’inverse de leur élément diagonal, on obtient une matrice de la
forme  
1 ∗ ··· ··· ∗
.
 0 .. ∗ · · ·
 
··· ∗ 
 
 0 0
 1 ∗ ··· ∗  
 0 ··· 0 0 ∗ ··· ∗ 
 .
 0 ··· 0 0 ∗ · · · ∗ 
 
 . .. .. .. .. 
 .. . . ··· 0 . . 
0 ··· ··· 0 ∗
Il est alors clair que la colonne numéro ` de la forme échelonnée réduite ne contiendra pas de 1 comme pivot. La
forme échelonnée réduite de A ne peut donc pas être I n et par le théorème 3, A n’est pas inversible.
Dans le cas d’une matrice triangulaire inférieure, on utilise la transposition (qui fait l’objet de la section suivante) et
on obtient une matrice triangulaire supérieure. On applique alors la démonstration ci-dessus.

6.2. La transposition
Soit A la matrice de taille n × p
 
a11 a12 ... a1p
 a21 a22 ... a2p 
A= .
 
.. .. ..
 . . . 
an1 an2 ... anp

Définition 10.
On appelle matrice transposée de A la matrice AT de taille p × n définie par :
 
a11 a21 . . . an1
 a12 a22 . . . an2 
AT =  . ..  .
 
..
 .. . . 
a1p a2p . . . anp

Autrement dit : le coefficient à la place (i, j) de AT est a ji . Ou encore la i-ème ligne de A devient la i-ème colonne de
AT (et réciproquement la j-ème colonne de AT est la j-ème ligne de A).

Notation : La transposée de la matrice A se note aussi souvent tA.


Exemple 19.
 T  
1 2 3 1 4 −7
4 5 −6 = 2 5 8
−7 8 9 3 −6 9
 T  
0 3   1
0 1 −1
1 −5  = (1 −2 5) T = −2
3 −5 2
−1 2 5
L’opération de transposition obéit aux règles suivantes :
Théorème 5.
1. (A + B) T = AT + B T

18
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 19

2. (αA) T = αAT
3. (AT ) T = A
4. (AB) T = B T AT
5. Si A est inversible, alors AT l’est aussi et on a (AT )−1 = (A−1 ) T .

Notez bien l’inversion : (AB) T = B T AT , comme pour (AB)−1 = B −1 A−1 .

6.3. La trace
Dans le cas d’une matrice carrée de taille n × n, les éléments a11 , a22 , . . . , ann sont appelés les éléments diagonaux.
Sa diagonale principale est la diagonale (a11 , a22 , . . . , ann ).
 
a11 a12 . . . a1n
 a21 a22 . . . a2n 
 
 . .. .. .. 
 . . . . . 
an1 an2 ... ann

Définition 11.
La trace de la matrice A est le nombre obtenu en additionnant les éléments diagonaux de A. Autrement dit,

tr A = a11 + a22 + · · · + ann .

Exemple 20. 
• Si A = 20 15€ , alors Štr A = 2 + 5 = 7.
1 1 2
• Pour B = 5 2 8 , tr B = 1 + 2 − 10 = −7.
11 0 −10

Théorème 6.
Soient A et B deux matrices n × n. Alors :
1. tr(A + B) = tr A + tr B,
2. tr(αA) = α tr A pour tout α ∈ K,
3. tr(AT ) = tr A,
4. tr(AB) = tr(BA).

Démonstration.
1. Pour tout 1 6 i 6 n, le coefficient (i, i) de A + B est aii + bii . Ainsi, on a bien tr(A + B) = tr(A) + tr(B).
2. On a tr(αA) = αa11 + · · · + αann = α(a11 + · · · + ann ) = α tr A.
3. Étant donné que la transposition ne change pas les éléments diagonaux, la trace de A est égale à la trace de AT .
4. Notons ci j les coefficients de AB. Alors par définition
cii = ai1 b1i + ai2 b2i + · · · + ain bni .
Ainsi,
tr(AB) = a11 b11 +a12 b21 +··· +a1n bn1
+a21 b12 +a22 b22 +··· +a2n bn2
..
.
+an1 b1n +an2 b2n +··· +ann bnn .
On peut réarranger les termes pour obtenir

tr(AB) = a11 b11 +a21 b12 +··· +an1 b1n


+a12 b21 +a22 b22 +··· +an2 b2n
..
.
+a1n bn1 +a2n bn2 +··· +ann bnn .

19
MATRICES 6. MATRICES TRIANGULAIRES, TRANSPOSITION, TRACE, MATRICES SYMÉTRIQUES 20

En utilisant la commutativité de la multiplication dans K, la première ligne devient


b11 a11 + b12 a21 + · · · + b1n an1
qui vaut le coefficient (1, 1) de BA. On note di j les coefficients de BA. En faisant de même avec les autres lignes,
on voit finalement que
tr(AB) = d11 + · · · + dnn = tr(BA).

6.4. Matrices symétriques

Définition 12.
Une matrice A de taille n × n est symétrique si elle est égale à sa transposée, c’est-à-dire si
A = AT ,
ou encore si ai j = a ji pour tout i, j = 1, . . . , n. Les coefficients sont donc symétriques par rapport à la diagonale.

Exemple 21.
Les matrices suivantes sont symétriques :
 
  −1 0 5
0 2 0 2 −1
2 4
5 −1 0
Exemple 22.
Pour une matrice B quelconque, les matrices B · B T et B T · B sont symétriques.
Preuve : (BB T ) T = (B T ) T B T = BB T . Idem pour B T B.

6.5. Matrices antisymétriques

Définition 13.
Une matrice A de taille n × n est antisymétrique si
AT = −A,
c’est-à-dire si ai j = −a ji pour tout i, j = 1, . . . , n.

Exemple 23.
 
  0 4 2
0 −1 −4 0 −5
1 0
−2 5 0
Remarquons que les éléments diagonaux d’une matrice antisymétrique sont toujours tous nuls.
Exemple 24.
Toute matrice est la somme d’une matrice symétrique et d’une matrice antisymétrique.
Preuve : Soit A une matrice. Définissons B = 12 (A+ AT ) et C = 12 (A− AT ). Alors d’une part A = B + C ; d’autre part B est
symétrique, car B T = 12 (AT + (AT ) T ) = 12 (AT + A) = B ; et enfin C est antisymétrique, car C T = 12 (AT − (AT ) T ) = −C.
Exemple :
     
2 10 2 9 0 1
Pour A = alors A = + .
8 −3 9 −3 −1 0
| {z } | {z }
symétrique antisymétrique

Mini-exercices.
1. Montrer que la somme de deux matrices triangulaires supérieures reste triangulaire supérieure. Montrer que
c’est aussi valable pour le produit.
2. Montrer que si A est triangulaire supérieure, alors AT est triangulaire inférieure. Et si A est diagonale ?

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