Histoire du 33e Régiment d'Infanterie
Histoire du 33e Régiment d'Infanterie
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Campagne 1914 – 1918 - Historique du 33e Régiment d’Infanterie
Imprimerie de J. Dumoulin – Paris - 1920
Source : B. D. I. C. - Droits : Domaine public - Transcription intégrale : P. Chagnoux - 2016
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L'histoire du régiment, pendant la Grande Guerre, est à jamais vivante dans les plis du drapeau :
Écrite en lettres de feu et de sang par tous les actes d'héroïsme de ceux qui ont participé aux
glorieux combats du régiment, elle est impérissable. Les noms de ces héros, inscrits au Livre d'or
du 33e, témoigneront aux jeunes générations, appelées à servir sous les plis de son noble drapeau,
à quel degré leurs aînés ont poussé l'esprit du sacrifice, le mépris du danger, l'amour sacré de la
Patrie.
Mais que d'actes isolés, que d'obscurs dévouements, que de héros sont morts au revers d'un talus,
en accomplissant simplement leur devoir !
Gloire à tous ces braves, à tous ces héros qui ont écrit, de leurs « gestes » sublimes, l'histoire du
régiment.
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AVANT-PROPOS
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HISTORIQUE DU RÉGIMENT
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DINANT
(Août 1914)
Le 6 août, vers cinq heures, le 33e s'embarque en gare d'Arras à destination d'Hirson. Les
physionomies étaient rayonnantes d'entrain et de confiance. Tous portaient au cœur l'espoir d'une
rapide épopée.
Le trajet d'Arras à Hirson se fit au milieu des chants et des fleurs. Le régiment cantonna le 7, à
Saint-Michel, et le 8, il se porta de Saint-Michel à Maubert-Fontaine, puis à Bourg-Fidèle à 2
kilomètres de Rocroi. Pendant les journées des 6 et 7 août, le 33e avait accompli, avec des
réservistes non entraînés, de 60 à 70 kilomètres en vingt-six heures, sans laisser un seul traînard.
Le 9 août, le général commandant le 1er C. A. réunit à Maubert-Fontaine les officiers et leur
exposa la situation générale :
Une armée allemande dite « de la Meuse », composée de quatre corps d'armée et commandée par le
général Von EMMICH, a envahi la Belgique ; elle a passé en partie la Meuse, au nord de Liège,
et se porte à l'attaque de cette place. Les Allemands ont violé le territoire belge. Quatre de nos
divisions de cavalerie, concentrées autour de Mézières, sous le commandement du général
SORBET, ont pénétré en Belgique pour opérer contre Von EMMICH. Ce corps de cavalerie est
appuyé par une brigade d'infanterie échelonnée le long de la Meuse, couvrant la concentration du
Ier corps...
Mais cette brigade vient de recevoir l'ordre de se porter vers l'Est. Le Ier corps doit, de ce fait,
assurer sa couverture par ses propres moyens.
Le régiment reçoit, en conséquence, l'ordre d'aller garder les ponts de la Meuse, dans la région de
Montherme ainsi que les ponts de Fumay. Il séjourne trois jours à Fumay, le 13 août, il entre à
Treignes, en Belgique, salué par des acclamations enthousiastes et des cris prolongés de « Vive la
France ! ».
Le lendemain, le 33e partait, par alerte, à deux heures, dans la direction de Dinant et allait avoir
l'honneur de participer au premier choc sérieux en Belgique, entre l'armée française et l'armée
allemande.
Les Allemands, ayant Bruxelles pour objectif, s'avançaient en masses compactes. Une armée au
nord, s'était heurtée aux forts de Liége, une autre avait franchi la Meuse entre Liége et Namur.
Le 14 août, le Boche signale sa présence par une audacieuse reconnaissance et dessine une courte
attaque contre nos lignes.
Des autos-mitrailleuses allemandes, débouchant de la rive droite de la Meuse par le pont
d'Anserème, à 4 kilomètres au sud de Dinant, dispersèrent le poste français et ouvrirent le
passage à un escadron de uhlans qui s'avança sur la rive gauche jusqu'à Anthée.
Cet escadron fut accueilli, à dix-sept heures, par les mitrailleuses du 33 e R. I. qui étaient en position
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CHARLEROI
(Août 1914)
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avaient franchi la Meuse, vers Namur, et, brisant les résistances locales, se dirigeaient vers
Charleroi.
Le régiment partit à la rencontre de l'ennemi qui s'avançait en de nombreuses colonnes. Ouvrant le
feu à bonne distance, le 75 fit, dans leurs rangs, de grands ravages. Mais les Boches étaient
tellement nombreux qu'il fallut reculer.
Le soir de Charleroi, l'armée allemande se révéla telle qu'elle était : sauvage, pillarde et
sanguinaire. Derrière nous, plus de dix villages incendiés, sans aucune nécessité militaire,
éclairaient l'exode d'une population aux yeux hagards et aux physionomies livides.
Sur de grands chariots de ferme, on avait hissé femmes, vieillards, enfants, tous fuyant vers
l'inconnu.
Le régiment se repliait en bon ordre, protégé, en arrière et sur les flancs, par des éléments chargés
de tenir à distance de petits détachements de uhlans qui harcelaient les colonnes.
Le 29 août, vers dix heures, après six jours de marche, nous atteignions Housset. Un grand combat
était engagé, le Boche se repliait. Le 33e reçut l'ordre de se diriger vers Sains-Richaumond. Il entra
vigoureusement dans la bataille et, progressant par échelons, comme à la manœuvre, sous la
protection d'une nombreuse artillerie, elle-même très manœuvrière, il enleva plusieurs lignes
puissamment défendues.
Le Boche, surpris par une attaque si inattendue et menée si énergiquement par des troupes qu'il
considérait comme amoindries par une retraite de six jours, dut se replier à la tombée de la nuit. Le
33e avait repris Sains et le hameau de Richaumond, incendié par l'ennemi ; dans la nuit, il
installait ses avant-postes de combat au nord du hameau de Richaumond.
L'ennemi était proche, nous le savions retranché aux lisières sud du village de Colonfay. Le 30,
avant le lever du soleil, le colonel reçut la mission de continuer la progression et d'attaquer par
surprise. Nos patrouilles se heurtèrent à des petits postes ennemis qui, surpris, usèrent de ruse en
imitant les commandements français. La liaison n'étant pas assurée à notre droite, il pouvait y avoir
doute ; mais, peu de temps après, une sonnerie provenant des mêmes petits postes alertait les unités
ennemies qui occupaient le village de Colonfay. En un instant, les éléments de tête du régiment
furent décimés par une fusillade meurtrière venant des tranchées qui se trouvaient au sud du village,
et, malgré tous ses efforts, le 33e ne put se maintenir sur la croupe nord de Richaumond.
Il serait impossible d'énumérer tous les actes d'héroïsme de ces grandes journées : tels hommes de la
8e, tirant jusqu'à leur dernière cartouche et s'affaissant atteints de plusieurs balles ; le colonel
STIRN et le commandant MARQUIS, venant à cheval sur la ligne de feu pour se rendre compte de
la situation ; l'abbé VITEL, aumônier du régiment, d'un dévouement à toute épreuve, prodiguant
aux blessés des premières lignes les secours de son ministère jusqu'à ce qu'il soit blessé lui même ;
le sergent WARTELLE parcourant la ligne en donnant des ordres, tous les officiers de sa
compagnie étant tués ou hors de combat.
Un engagement aussi violent ne pouvait durer plus longtemps ; les Allemands ayant amené leur
artillerie de gros calibre, la situation devenait intenable. Le régiment dut reprendre son mouvement
de repli.
Néanmoins, d'après les dires de certains hommes blessés et laissés sur le terrain, le combat de
Sains-Richaumond ne fut pas sans résultat ; pendant quelques jours les Allemands n'osèrent pas
fouler ce sol si âprement défendu par les nôtres. C'était, pour eux, quelques jours perdus dans leur
ruée sur Paris.
Ce fut alors la retraite par longues étapes.
Le samedi 5 septembre, le régiment se trouvait dans la région de Fontaine-Denys, à 10
kilomètres au sud de Sézanne.
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BATAILLE DE LA MARNE
REIMS. — BÉTHENY
(Septembre 1914)
Le 6 septembre, la proclamation de général JOFFRE fut lue aux troupes. L'heure solennelle avait
sonné et l'honneur militaire commandait de se faire tuer sur place plutôt que de reculer.
Le régiment ne prit pas une part très active aux premiers combats : il était réserve du corps d'armée.
Dans la matinée du 7, vers dix heures, l'artillerie ennemie se tut ; aussitôt commença la grande
marche en avant. Le régiment traverse Esternay au milieu de prisonniers, de blessés allemands et
dans le désordre que laisse derrière elle une armée en déroute. Après Esternay, ce fut le village de
Champguyon, abandonné depuis peu par les Allemands et dont les habitations, incendiées,
achevaient de se consumer. L'ennemi avait accumulé les ruines sur notre passage, dressé des
obstacles de toutes sortes, souillé les points d'eau en y jetant des cadavres ou des entrailles
d'animaux.
Malgré toutes ces embûches, ce fut, pendant la période du 7 au 12, l'implacable poursuite, sans
trêve, sans repos.
Le 12 septembre, après cinq journées de marches victorieuses, le 33e était sur la « Montagne de
Reims ».
Le général FRANCHET d'ESPEREY, dans une vibrante proclamation, confia à la 3e brigade
l'honneur de reprendre la ville de Reims.
Ses préparatifs terminés, le 33e partit en petites colonnes. Point de direction : « les tours de la
Cathédrale ».
La progression se fit, sans aucune réaction de la part de l'ennemi. A la tombée de la nuit, nous nous
trouvions aux portes de Reims. De crainte de tomber dans un guet-apens, les unités de tête firent
reconnaître les abords immédiats de la ville par quelques éclaireurs. Les arrière-gardes allemandes
étaient à peine à la sortie Est de la ville, quand les premiers éléments du 33 e atteignaient la porte de
Paris.
La nuit du 12 au 13 et 1a matinée du 13 furent employées à nettoyer la ville de tous les Boches,
qui, pris de boisson, n'avaient pu rejoindre leurs unités, ou s'étaient laissés surprendre par l'avance
rapide de nos troupes.
Les Allemands avaient quitté Reims pour occuper la ligne des forts à l'ouest et au nord-est. Dès la
soirée du 13, ils manifestaient, par la violence et l'intensité de leurs tirs d'artillerie, la ferme
intention de se maintenir coûte que coûte sur ces positions.
Il fallait agir rapidement. Le 14 au matin, le régiment reçut l'ordre d'attaquer le fort de Brimont.
Le 2e bataillon réussit à progresser jusqu'à la ferme Modelyn, son premier objectif, où il devait
s'organiser... en attendant l'arrivée des deux autres bataillons. Ceux-ci, soumis pendant leur
progression à un feu violent d'artillerie venant des forts de Fresne et de Vitry, ne purent parvenir à
hauteur du 2e, dont le chef (commandant VAUTRAIN) venait d'être tué. Tous les éléments du
régiment durent refluer jusqu'à Bétheny.
Dans ce village, le régiment fut soumis pendant cinq jours à un bombardement intense et
ininterrompu, au cours duquel des sections entières furent ensevelies sous des pans de mur.
Cependant, les unités, avec des moyens de fortune, avaient organisé la défense de Bétheny, pratiqué
des créneaux, construit des barricades et creusé des ébauches de tranchées. Le Boche n'était pas
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loin, et, à la tombée de la nuit, il esquissait des attaques à la baïonnette sur la lisière nord et nord-est
du village. Le 33e résista victorieusement à toutes ces attaques.
Il fut relevé, dans la nuit du 18 au 19, parle 59e bataillon de chasseurs.
PONTAVERT. — LA VILLE-AU-BOIS
(Septembre-Décembre 1914)
Le 19 septembre, à trois heures, le régiment arrive dans le village de Thillois pour y cantonner : les
lisières nord (3e bataillon), nord-est (2e bataillon) sont mises en état de défense ; des
reconnaissances sont poussées sur Saint-Brice et Tinqueux, où le régiment doit relever des
éléments de la 52e D. I.
Le 20 septembre, le régiment occupe le secteur entre Champigny et Tinquette.
Dans la nuit du 20 au 21, le régiment quitte le secteur pour cantonner à Ventelay (la 3e brigade
devenant réserve d'armée) où il arrive à vingt-trois heures trente. A son passage à Thillois, il avait
reçu un renfort important. La journée du 21 se passe à la réorganisation des unités, le 33 e devant se
tenir prêt à toute éventualité.
En effet, le 22 septembre, le régiment reçoit la mission de se porter dans la région de Pontavert-
Chaudardes pour y relever les éléments du 18e C. A. Les 2e et 3e bataillons sont en réserve de
secteur ; le 1er bataillon s'installe à proximité d'un pont de bateaux établi près de Chaudardes.
Le 23 septembre, le 2e bataillon est mis à la disposition du 73e R. I. Dans la matinée, il est
rassemblé dans un boqueteau dit : « Bois Carré » à la lisière sud-ouest du Bois des Buttes. Des
reconnaissances sont poussées vers la clairière et le Lavoir au sud-ouest de la Ville-au-Bois. Le 1er
bataillon (VERWAERDE) vient ensuite prendre sa place au Bois Carré pendant que le 2e
bataillon reçoit la mission de garder la portion du bois à l'ouest de la route de Pontavert-Ville-au-
Bois.
Dans ces quelques jours, nous avons eu à déplorer : 8 tués, dont le commandant VERWAERDE, le
lieutenant BEAUCOURT, et 50 blessés.
Du 1er au 10 octobre, continuation de l'organisation du secteur, des reconnaissances sont poussées
vers le village de la Ville-au-Bois ; les travaux, menés avec célérité, nous permettent de compter sur
une ligne de défense déjà sérieuse.
Le 12 octobre, la progression reprend dans le secteur de la 2e D. I., de Craonne à la ferme le
« Choléra » (près de Berry- au-Bac) ; objectif du 33e R. I. : La Ville-au-Bois, partie de la lisière
entre les routes de Ville-au-Bois, Chevreux et Pontavert ; en première ligne, quatre compagnies et
deux sections de mitrailleuses (10e et 11e), objectif ouest du village, 5e et 6e, sortie sud de la Ville-
au-Bois.
Soutiens d'attaque : 9e et 12e compagnies à gauche, 7e et 8e compagnies à droite avec mission de
progresser entre la route et la clairière du « Lavoir » (cette clairière séparant le 8e du 33e). L'attaque
est appuyée par l'artillerie lourde de Juvincourt et une pièce de 75. Avec une belle audace, les
servants du 75 amènent à bras leur canon près du « Lavoir » et ouvrent le feu à moins de 400
mètres de l'ennemi, lui faisant éprouver des pertes sévères.
Les 13, 14 et 15 octobre, l'attaque se poursuit, notre ligne atteint l'angle des routes, à 100 mètres
environ des premières maisons de la Ville-au-Bois. Les fractions de droite, moins heureuses, sont
prises d'enfilade et doivent faire face à l'Est. Le 8e R. I., pour la même raison, a vu son attaque
enrayée.
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MESNIL-LÈS-HURLUS
(Janvier-Mars 1915)
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Les huit jours qui suivront sont employés à l'aménagement du terrain et à des reconnaissances en
prévision d'une attaque prochaine.
Le 8 janvier, à dix-huit heures, le colonel reçoit, du général commandant la 33e D. I., l'ordre
téléphonique d'avoir à exécuter le lendemain matin, l'attaque projetée sur la portion de tranchée
allemande dite « tranchée blanche ».
Dès six heures quarante-cinq, l'artillerie martèle les positions adverses, et à sept heures, le 33e, en
liaison avec le 7e R. I. s'élance à l'assaut. Les 5e et 6e compagnies s'emparent à la baïonnette, en
quelques minutes, d'un élément de tranchée avancé ; mais contre-attaquées aussitôt et soumises à
des feux de flanc provenant de mitrailleuses, ces unités subissent de lourdes pertes et se trouvent
bientôt dans une situation critique. C'est à ce moment que le sous-lieutenant du génie MORIZOT,
tentant de pratiquer un boyau devant relier les « tranchées brunes » aux fractions avancées, afin
d'établir une liaison et de permettre l'arrivée des renforts, est tué.
Le 3e bataillon cherche, par tous les moyens à progresser, afin de soutenir les unités du 2e bataillon
engagées ; mais, les obus de gros calibre tombent en si grand nombre, que, quelques fractions
seulement peuvent atteindre leur objectif. Le sous-lieutenant DEBASTE est tué ; la 11e compagnie
perd d'un seul coup son capitaine (MAËS), son lieutenant et son adjudant-chef (BÉTHUNE).
Complètement isolés, sous les ordres du commandant MARQUIS, les 120 hommes, composant la
première ligne, s'accrochent désespérément au terrain, repoussant à la grenade, pendant la nuit, trois
furieuses contre-attaques.
Le matin brumeux du 10 les trouve épuisés de fatigue, réduits à un tout petit groupe, ayant encore
l'énergie et le courage d'appuyer de tous leurs fusils une attaque locale menée par le 7e R. I.
A minuit, le régiment est relevé et gagne par étapes Wargemoulin, La Cheppe et Bussy-le-
Château, où il est entièrement reconstitué, se préparant pendant un mois à une nouvelle
intervention dans le secteur qu'il vient de quitter.
Le 16 février, le 33e participe à une action d'ensemble des 1er et I7e C. A., ayant comme objectifs
particuliers les « tranchées grises » et une partie des « tranchées blanches ».
Le 16 février, à dix heures, le 1er bataillon s'élance à l'assaut de la position ennemie malgré le feu
meurtrier des mitrailleuses adverses. Son premier bond est rapide, mais tous ses efforts viennent se
briser contre des défenses accessoires insuffisamment détruites. Quelques hommes seulement
réussissent à sauter dans la tranchée boche où ils ne tardent pas à succomber sous le nombre.
A quinze heures trente, nouvelle attaque, avec l'appui du 110e. La situation est infernale aux
« tranchées brunes », le bombardement est si intense, que même les compagnies non engagées
perdent 30 p.100 de leur effectif ; le sol conquis est néanmoins conservé.
Les 2e et 3e bataillons (De BRUIGNAC et CHARUE) sont engagés à leur tour dans des conditions
non moins meurtrières ; en un instant une section perd son officier et 45 hommes.
Le 17, le tir de l'artillerie ennemie augmente encore d'intensité. Les tranchées brunes sont
complètement retournées et les bois des Moutons et Lorrain subissent un bombardement d'une
violence sans égale.
A seize heures trente, nouvelle tentative d'attaque, enrayée par les mitrailleuses ennemies qui tirent
sans répit.
Le 18, à treize heures trente, les 9e et 10e compagnies renouvellent leur assaut.
A seize heures trente, l'ordre suivant nous parvient : « Attaquez jusqu'à complète usure. » Encore
une fois, le 33e s'élance jusqu'aux réseaux allemands intacts, qu'il ne peut traverser.
Le 19, l'ordre est donné de s'emparer coûte que coûte des « tranchées grises » en liaison avec la 4e
brigade.
A onze heures, les 5e et 7e compagnies, au prix de pertes sanglantes, parviennent à 20 mètres de la
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tranchée allemande.
Cinq hommes ont réussi à sauter dans un ancien boyau reliant la « tranchée grise » à la « tranchée
blanche ».
Un barrage en sacs à terre et gabions empêche leur progression, ils l'attaquent résolument à la
pioche, sans d'ailleurs pouvoir venir à bout de le renverser, tant les Boches sont prodigues de leurs
boîtes à mitraille.
L'assaut est renouvelé à quinze heures, mené par les 6 e et 8e compagnies. Quelques fractions
gagnent une trentaine de mètres, les autres tombent dès qu'elles ont escaladé les gradins de
franchissement.
Les cadavres entassés sur le parapet sont si nombreux qu'ils nous rendent le tir impossible.
Une sape est creusée durant la nuit, nous permettant d'enlever une partie de nos blessés.
Le 20, le 3e bataillon vient relever les débris du 2e, et, pendant cinq jours, consacre tous ses efforts à
préparer une nouvelle attaque, en liaison avec le 73e R. I.
Le 26, une première sortie est de suite enrayée ; renouvelée quelques instant après, elle permet à la
11e compagnie (DESAINT) de prendre pied dans la tranchée allemande du bois du Trapèze, où
s'engage une lutte sans merci ; elle tourne à notre avantage.
Dans la soirée, la liaison est établie, et, sans perdre de temps, notre ligne est organisée et solidement
étayée. Ces rudes journées nous ont demandé de durs sacrifices et, cependant, le régiment, réduit de
plus de moitié, doit demeurer dans le secteur.
Il lui faudra, dix jours encore, lutter contre le froid, la neige et les privations de toutes sortes,
travailler sans relâche, creuser le sol, déblayer les boyaux, aménager des abris. Il lui faudra surtout
conserver le terrain conquis, dont il est justement fier, et qu'il confie, le 11 mars, aux camarades des
91e et 147e R. I.
Honneur à vous, vaillants soldats de 1915, vous êtes grands parmi les plus grands.
Puisse le souvenir de votre noble exemple guider les générations à venir dans le chemin de
l'honneur et du sacrifice !
Le régiment, très éprouvé par onze attaques successives, est dirigé, en camions-autos, sur les
cantonnements de Courtisols et de Sainte-Memmie (région de Chalons-sur-Marne), pour y être
entièrement reconstitué.
Le 22, il gagne par étapes Plivot, Athies et Oiry où le général, après une revue, remet la croix de la
Légion d'honneur au capitaine CHARUE.
Transporté ensuite par voie ferrée dans la région de Longueville, Bar-le-Duc, il est dirigé sur la
Woëvre, par Lisle-en-Barrois, Fleury, Verdun, Tavannes et Braquis.
Le 3 avril, le 33e bivouaque dans les bois d'Herbeville et effectue aussitôt des reconnaissances en
vue d'une attaque dans le secteur Buzy-Parfondrupt, Bois de La Dame, cote 209.
L'action menée par le 73e R.I. se déclenche le 5, à l'aube. Le 33e, d'abord en réserve de division, doit
bientôt appuyer et renforcer le 73e (groupe ROUVIN) qui a subi de lourdes pertes sans pouvoir
déboucher. Le 1er bataillon (DESHAYES) effectue son mouvement de jour, il est accueilli aussitôt
par un feu très précis d'artillerie et de mitrailleuses, qui l'empêche d'atteindre et, par suite, d'entamer
la ligne ROUVIN. Le commandant est blessé, 6 officiers, 5 adjudants et 218 hommes sont mis hors
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LA VILLE-AU-BOIS
(Mai-Août 1915)
Dans la nuit du 18 au 19 mai, le régiment relève les fractions du 127e R.I. dans le secteur de la
Ville-au-Bois, Bois des Buttes, Bois Franco-Allemand, cote 87 devant Pontavert.
A 100 mètres à peine des tranchées allemandes, soumis journellement à un bombardement par
minenwerfer, le 33e s'organise, creusant des tranchées, bâtissant des abris, installant créneaux et
postes d'écoute, créant des défenses accessoires et patrouillant sans cesse dans le « No man's land ».
Le 2 juillet, il appuie vers l'ouest dans le bois de Beaumarais, situé devant Craonne, au pied du
Chemin des Dames.
Dans l'eau jusqu'aux genoux, ne pouvant creuser de boyaux, il construit des gabionnades.
De nombreuses reconnaissances de nuit sont exécutées, au cours desquelles se distinguent tout
particulièrement le sergent CARDON et le caporal MAGNIEZ, de la 7e compagnie.
Le 4 juillet, le général BRULARD, commandant la 2e D. I., vient remettre la croix de guerre,
nouvellement instituée, à quelques braves du régiment : capitaine CHARUE, capitaine CORBEIL,
lieutenant BAGGIO et 8 hommes.
Le 6, nouvelle remise de décorations par le général DUPLESSIS au lieutenant-colonel
BOUDHORS, commandant de BRUIGNAC, lieutenants MAYOT, DUSSART et 16 hommes.
Le 17, le régiment va cantonner à Prouilly et Pévy, dans la Marne, où le général FRANCHET
d'ESPEREY remet, à son tour, quelques récompenses.
Le 33e est laissé à l'instruction jusqu'au 2 août.
Le voici de nouveau en secteur au Bois Franco-Allemand, au Mont Doyen, à la Carrière et au
Bois de La Mine.
Les tranchées françaises et allemandes sont très près les unes des autres ; à certains endroits, elles
ne sont séparées que par une épaisseur de parapet ; aussi les guetteurs aux créneaux doivent-ils
monter la garde, revolver au poing.
La fusillade est incessante de part et d'autre, nous échangeons des projectiles nuit et jour, de grosses
torpilles défoncent à tout instant nos abris, mais le 33 e, tenace et agressif, conserve une supériorité
marquée sur son adversaire.
Les pertes, au cours de cette période, s'élèvent à 5 officiers et 214 hommes de troupe.
BERRY-AU-BAC. — LA MIETTE
Relevé par le 401e R.I., le 2 septembre, le régiment va bivouaquer dans le bois d'Hermonville et
la ferme Luthernay.
Le 2 octobre, il remplace la 243e brigade en secteur à Berry-au-Bac, Moscou et cote 108.
Le 6, explosion d'un fourneau de mine allemand ; nous en occupons l'entonnoir.
Le 15 dans la nuit, nouvelle et formidable explosion. La 11 e compagnie est coupée du reste du
bataillon, sa situation devient critique ainsi que celle de la fraction de la Cimenterie (sous-
lieutenant DERVILLE) et de la 6e compagnie (à droite). Le lieutenant LABROUSSE fait
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immédiatement occuper l'entonnoir de plus de 100 mètres de diamètre et dans lequel a disparu une
section tout entière. Notre organisation est complètement bouleversée, mais l'attitude de tous n'en
reste pas moins splendide.
Jusqu'au 11 novembre, le 33e va lutter nuit et jour pour défendre le terrain dont il a la garde, se
fortifiant sans relâche, faisant des prisonniers et recueillant d'importants renseignements.
Ses pertes sont de 2 officiers et 145 hommes.
Le 11 novembre, il se rend à Pévy et Roucy, chargé de l'organisation de la deuxième ligne du
secteur.
Le 4 décembre, il vient relever le 73e R. I. dans le secteur de la Miette, ferme du Choléra (entre
Berry-au-Bac et Juvincourt).
Notre réseau de tranchées s'étend de la Miette à l'Aisne, grossie par les dernières pluies
torrentielles.
Les abris et les boyaux sont pleins d'eau.
Privés de tout repos, souffrant terriblement du froid, les vêtements constamment mouillés, les pieds
en sang, les poilus du 33e restent cependant vigilants et actifs et font de nombreuses
reconnaissances. L'une d'elles permet à la 2e compagnie de ramener des prisonniers appartenant au
20e hussards saxons.
Le régiment reste dans le secteur de la Miette jusqu'au 10 février. Il reste en cantonnement de
repos à Chalons-le-Vergeur jusqu'au 23 février.
VERDUN (Douaumont)
A l'instruction, aux environs de Ville-en-Tardenois, le 33e est alerté le 25 février 1916 pour
participer à la grande bataille de Verdun.
Le 26 février, il arrive à Fleury-Souville et Tavannes, et le 1er mars, il relève en première ligne le
110e à Douaumont.
Le fort de Douaumont vient de tomber aux mains de l'ennemi et celui-ci en profite pour masquer
des rassemblements importants.
Sous un déluge effroyable d'obus de tous calibres empêchant toute liaison, le 33 e creuse le sol sans
répit.
Le 2 mars, vers treize heures, les Allemands, revêtus de casques français, protégés par un barrage
d'obus lacrymogènes, tentent un assaut par surprise. Le 3 e bataillon, qui est en première ligne,
résiste stoïquement au choc ; il se fait tuer sur place, plutôt que de céder un pouce de terrain. La 10 e
compagnie, cernée de tous côtés, se lance désespérément plusieurs fois à l'assaut pour se dégager ;
n'y parvenant pas, elle maintient néanmoins l'ennemi en respect.
Le 1er bataillon (capitaine RICATTE), envoyé en renfort, comble le vide laissé par le 3 e bataillon et
repousse vigoureusement une nouvelle attaque des Boches, dirigée sur la ferme Thiaumont.
L'ennemi, décimé par le feu, regagne précipitamment le village de Douaumont. Il est poursuivi
jusqu'aux lisières sud et est du village, qui sont organisées solidement. Dans la nuit, le bataillon
établit un boyau avec l'arrière pour assurer la liaison.
Le 3 mars au matin, de nombreuses reconnaissances furent aperçues à la sortie sud-ouest de
Douaumont, elles se dispersèrent sous notre tir ajusté. Le soir, vers seize heures, le village fut
violemment bombardé par notre artillerie, c'était le prélude d'une contre-attaque. Elle fut
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puissamment soutenue par nos mitrailleuses, qui prirent d'écharpe les Allemands obligés de passer
entre la lisière nord-ouest du village et l'église.
A la nuit tombante, les troupes françaises avaient réussi à pénétrer dans la partie sud du village de
Douaumont.
Comme il fallait s'y attendre, l'ennemi réagit immédiatement. A vingt heures, il déclencha une
attaque violente sur notre front nord ; elle fut arrêtée par nos feux.
Vers minuit, une deuxième attaque, plus puissante encore, vint se briser sur nos lignes, sans pouvoir
les entamer (le lendemain, on pouvait voir plus de six cents cadavres gisant devant nos tranchées).
Le 4 mars, vers sept heures, l'ennemi attaqua de nouveau le village. Malgré nos feux de
mousqueterie, malgré le tir de nos mitrailleuses, le bataillon fut contraint de se replier et de prendre
position à 200 mètres environ de la sortie de Douaumont.
Voulant élargir leur succès, les Allemands tentèrent de progresser par la tranchée, mais un barrage
fut aussitôt établi ; puis, le sergent NOËL, se portant à l'assaut à la tête de sa section, réussit à
reprendre la plus grande partie du terrain perdu et à porter notre ligne à 40 mètres de la lisière ouest
du village.
Le reste de la journée et la nuit furent calmes.
Le lendemain, à la nuit, le 2e bataillon vint renforcer la ligne ; le 3e se trouvait à ce moment
complètement dégagé ; malgré les assauts répétés qu'il avait subis, ses tranchées étaient maintenant
continues, on y pouvait tirer et tenir.
Le 33e fut relevé le 6 mars par le 170e R. I. Les officiers et les hommes de ce régiment furent
fortement impressionnés par l'attitude crâne des survivants, par le bouleversement du terrain et par
le nombre des héros tombés au champ d'honneur. Ils purent juger par là de l'héroïsme des
combattants et de la puissance des combats qu'ils avaient eus à soutenir.
Le 33e a payé largement son tribut à Verdun. Ces journées de Douaumont lui ont coûté 32 officiers
et 1443 hommes (tués, blessés ou disparus), mais l'ordre du général PÉTAIN avait été
scrupuleusement exécuté : « personne n'avait reculé » !
Il faudrait des pages pour relater les actes de courage individuels qui se sont accomplis pendant ces
mémorables journées.
Entre tous ces vaillants, citons néanmoins :
Le capitaine RICATTE, qui prit le commandement de son bataillon en pleine crise, repoussa,
pendant quatre jours, une série d'attaques violentes, alors que ses lignes étaient prises à revers par
des mitrailleuses, et maintint toutes ses positions, s'imposant à tous par son énergie indomptable et
son exemple.
Le sergent HOREMANS, qui, seul gradé survivant de sa compagnie, parcourait le front de son
unité, enflammant le courage de ses hommes, et qui, sommé de déposer les armes, criait aux
Boches : « La 5e meurt, mais ne se rend pas ! »
Le caporal GOSSE, qui, bien que grièvement blessé, refusait de se laisser panser et encourageait
ses hommes jusqu'à la limite de ses forces, leur disant : « Occupez-vous des Boches et non de
moi. »
Le soldat URCEL, qui, bien que grièvement blessé à la tête, continue à faire le coup de feu,
jusqu'au moment où l'ennemi est repoussé, et qui tombe ensuite épuisé.
Le soldat ATTRAT, qui, avec une énergie farouche, alors que cinq Allemands ont pu pénétrer dans
les tranchée, tue les deux premiers à coups de baïonnette et abat de trois balles, les autres, qui
cherchaient leur salut dans la fuite.
Le clairon HAVERLAND qui, le premier, put rétablir la liaison avec le chef de corps. Enterré trois
fois durant son trajet, tenant encore en main son fusil brisé, il exposa au colonel, avec netteté et
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VENDRESSE (Aisne)
(Avril-Août 1916)
Très éprouvé par les combats de Douaumont, le régiment vient se reformer aux environs de Bar-
le-Duc et d'Érize-Saint-Dizier, où il est passé en revue par le général JOFFRE. Notre
commandant en chef remet la rosette d'officier de la Légion d'honneur au lieutenant-colonel
BOUDHORS et de nombreuses décorations aux officiers et aux soldats qui se sont distingués au
cours des dernières affaires.
Le 1er avril, le 33e est embarqué pour Épernay, d'où, par étapes, il gagne Bourg et Vendresse
(Aisne) pour relever le 144e dans le secteur de Beaulne, Tordoir, Chivy et Soupir (entre Soissons
et le Chemin des Dames) le 17 avril.
Le 19, vers treize heures, l'ennemi déclenche, sur tout le front du secteur, un bombardement des
plus violents. A seize heures, une accalmie, se produit ; mais, à dix-huit heures quarante-cinq,
nouveau bombardement suivi d'une attaque menée par un bataillon environ sur le front de la 5e
compagnie.
L'ennemi ne peut prendre pied dans nos tranchées, il est arrêté net par notre barrage d'artillerie, nos
tirs de mitrailleuses et de mousqueterie.
A deux heures, une nouvelle attaque vient se briser sur nos défenses accessoires.
Nos tranchées sont bouleversées, nos abris effondrés ; une section entière est ensevelie ; mais les
nombreux cadavres allemands qui jonchent la plaine témoignent de l'âpreté de la lutte, de la ténacité
des défenseurs.
Pendant tout le mois de mai, l'ennemi se montra très actif, démolissant journellement nos
positions, tentant plusieurs fois, de jour et de nuit, d'atteindre nos lignes. Ce fut pour lui un échec
complet.
Le 16 juin, afin d'identifier une nouvelle division allemande, une importance reconnaissance est
envoyée sur Chivy. Elle est menée par les sous-lieutenants LALLART, DEVIENNE et NOËL,
qui, protégés par un tir d'encagement, pénètrent dans les ouvrages ennemis, et, une heure durant,
explorent et incendient les abris souterrains, détruisent le matériel et les approvisionnements.
Les Allemands avaient évacué leur première ligne, mais papiers et pattes d'épaules permirent de
recueillir les renseignements escomptés.
Au cours de la contre-préparation, le 33e eut son chef de corps, le lieutenant-colonel BOUDHORS,
blessé par un éclat d'obus.
Le 11 juillet, à deux heures cinquante, l'ennemi fait exploser plusieurs fourneaux de mine, créant
des entonnoirs à très faible distance de nos parapets, pour la possession desquels s'engage aussitôt
une lutte sans merci, à la grenade et à la baïonnette.
Grâce aux 1re et 9e compagnies, cette lutte tourne encore à notre avantage et, une fois de plus, le
Boche n'a pu exploiter son succès.
Du 12 au 22, ce ne sont que duels de torpilles, échanges de coups de main, tirs de harcèlement.
Le 33e, pendant cette période, a fait preuve de ses qualités habituelles de bravoure et d'endurance,
inquiétant l'ennemi continuellement, l'obligeant à renforcer sa garnison, l'empêchant de pénétrer
dans nos lignes.
Relevé par le 107e R. I., le régiment est dirigé par étapes sur Châtillon-sur-Marne et Jonchery et
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OFFENSIVE DE LA SOMME
(Septembre 1916)
Après être resté deux semaines à l'instruction aux environs d'Amiens, Pont-de-Metz, Salouël,
Chipilly, le 33e, sous les ordres de son nouveau chef, le lieutenant-colonel PARTIOT, est prêt pour
de nouveaux combats.
Une grande offensive de l'armée française vient d'être déclenchée, elle a été précédée d'une
préparation d'artillerie jusque-là inconnue.
Anglais et Français, confiants en leurs chefs, rivalisent d'entrain et de courage.
C'est plein d'ardeur, de gaieté, que, le 5 septembre, le 33e s'élance à l'assaut des positions ennemies.
L'objectif est constitué par la ligne Combles-ferme du Priez.
Le 2e bataillon, sous les ordres du commandant DUCAMP, est le premier à l'honneur ; mais un tir
de barrage d'artillerie ennemie l'accueille dès la tranchée de départ, empêchant toute progression.
Il est dix-huit heures, la nuit commence à venir, en même temps qu'une pluie diluvienne détrempe le
sol. Mais ces circonstances sont propices aux effets de surprise. Un ordre bref (vingt heures) et le
mouvement se déclenche à une allure vive. Quelques postes avancés ennemis sont cueillis sans
avoir pu tirer un coup de feu, et, bientôt, c'est la ligne tout entière qui tombe entre nos mains. La
baïonnette, en la circonstance, s'est montrée souveraine et les nombreux cadavres allemands restés
sur le terrain ont démontré, par la suite, l'ardeur avec laquelle le combat a été mené. Sans perdre un
instant, les positions conquises sont organisées et le 6 septembre, à l'aube, le 2e bataillon est installé
sur une ligne puissante, solidement étayée par des mitrailleuses.
Le 3e bataillon, à son tour, est engagé. Sa progression est difficile et de très grosses pertes l'obligent
à s'arrêter devant la corne nord du bois d'Anderlu.
Le 7 septembre, nous avons à repousser une contre-attaque ennemie, forte d'environ deux
compagnies. Prise sous le feu de nos armes automatiques, elle est dispersée avant d'avoir atteint nos
lignes.
Dans la nuit du 10 au 11 septembre, le régiment est relevé par le 8e R. I.
Le 13 septembre, la 4e brigade, formée provisoirement par le 33e R. I. et le 8e R. I., sous les ordres
du colonel de CORN, reprend à nouveau sa place dans la bataille. Les 1er et 3e bataillons du 33e,
après une lutte ardente, s'emparent des tranchées de l'« Hôpital », du « Trentin », et poussent
jusqu'à 300 mètres au sud de la ferme Le Priez. Le 14, la 2e compagnie, sous les ordres du
capitaine DOLON, enlève, dans un élan splendide, la ferme Le Priez. Le 3e bataillon, en liaison
avec les zouaves, s'empare de la route Rancourt-Le-Priez et s'y installe.
Le 15, la 6e compagnie, sous l'énergique impulsion de son chef, le capitaine DEMIAUTTE, se
porte en avant et gagne quelques centaines de mètres.
La journée du 18 est marquée par un redressement de la ligne, redressement qui permet à la 6e
compagnie de gagner de nouveau du terrain et de faire reculer les Boches dans la tranchée de
Trieste.
La relève par le 127e R. I. nous surprend dans la nuit du 19 au 20 en pleins travaux d'organisation.
Le régiment, momentanément retiré de la lutte, vient bivouaquer au bois Billon, où il est à nouveau
reconstitué. Le 26 septembre, il prend à son compte une partie de la ligne anglaise, du village de
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Morval à Combles, point de départ pour une action sur Sailly-Saillisel, qui est l'objectif éventuel.
Le 28 septembre, à treize heures quarante, l'ordre d'attaque est donné, presque aussitôt suivi d'un
ordre de relève par la 56e D. I.
Ces journées glorieuses ont été chèrement payées par 193 tués, 665 blessés et 13 disparus.
CHAMPAGNE
CRAONNE
(Février-Avril 1917)
Entré le 5 février 1917, dans le secteur de l'Aisne, le 33e, dans la nuit du 8 au 9 avril, est relevé
par la 2e D. I. et va cantonner aux carrières de Romain.
Le 15 avril, à la tombée de la nuit, le régiment, alors au bivouac aux environs de Meurival, se
porte à son emplacement de combat, à 400 mètres au sud-ouest du château de Blanc-Sablons. Le
16, à six heures, il gagne le second emplacement prévu, au nord de Craonnelle.
Dans la matinée du 17, le bataillon CORBEIL est mis à la disposition du colonel MOUGIN, du
201e R. I. qui lui prescrit de se porter à la tranchée du Balcon.
Le sous-lieutenant MONTAUFIER gagne avec sa section l'entrée du boyau Stauffen, et aussitôt
attaque à la grenade la tranchée du Balcon. Son action, très énergiquement menée fait reculer les
Allemands et facilite la marche du bataillon.
Ce même officier « nettoye » la tranchée du Balcon jusqu'à proximité du saillant du Jutland,
tue un grand nombre d'Allemands et fait 80 prisonniers ; mais, contre-attaqué violemment de trois
côtés (notamment par des Allemands débouchant d'un tunnel faisant communiquer la tranchée du
Balcon avec la tranchée des Sapinières), son approvisionnement de grenades épuisé, il est obligé
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de se replier, mais ne cède le terrain que pied à pied. Renforcé par des sections de son bataillon, le
sous-lieutenant MONTAUFIER reprend aussitôt l'offensive et se rend maître de toute la tranchée
du Balcon à l'exception du fortin 3415.
Le régiment relève, dans la nuit du 17 au 18, le 201e R. I. entre le boyau Stauffen et le point
3415.
Le bataillon CORBEIL reste en place. Le bataillon CHARRIÈRE a relevé la droite du 201e R. I., à
l'exception de la compagnie FOURNIER (11e) qui vient relever des éléments du 201e, à l'ouest du
boyau Stauffen.
A six heures, à la suite d'un violent combat à la grenade, le fortin 3415 est enlevé par la section du
sous-lieutenant DEBAUDRINGHIEN, appuyée par la 5e compagnie ; la liaison est obtenue dans
la tranchée du Balcon avec le 1er régiment.
L'attaque projetée pour le 18 est reportée au 19, à seize heures. Le régiment a pour objectif les
tranchées des Sapinières et de la Plaine ; le bataillon CHARRIÈRE doit constituer la première
vague. La 11e compagnie, accueillie à la crête par un très violent feu de mitrailleuses, s'est arrêtée au
pied des réseaux non détruits.
La 9e compagnie atteint la tranchée des Sapinières et la tranchée de la Plaine. La garnison de ces
ouvrages n'a pas eu le temps de sortir de ses abris. Quelques Allemands sont fait prisonniers, tous
les autres sont tués ou blessés dans leurs trous.
Le sous-lieutenant DEBAUDRINGHIEN, à la tête de sa section, attaque le fortin 3417 ; blessé, il
continue néanmoins à diriger le combat. Les mitrailleurs allemands se défendent avec acharnement,
ils sont tués sur place et leurs mitrailleuses détruites.
Les Allemands exécutent aussitôt un violent tir d'obus asphyxiants pour retarder notre progression.
Puis, pendant que nos nettoyeurs de tranchée sont aux prises avec l'ennemi sortant du tunnel déjà
mentionné, une contre-attaque allemande, forte d'au moins un bataillon, précédée de grenadiers et
de fusiliers très légèrement équipés, débouche brusquement des pentes nord du plateau.
Une lutte corps à corps s'engage : la 9e compagnie se défend avec acharnement, mais, à sa droite, le
1er R. I., ayant cédé le terrain, elle se voit menacée d'encerclement. Il faut se replier pied à pied. Le
capitaine CHARRIÈRE est frappé à bout portant, en encourageant ses hommes à la résistance. La
tranchée du Balcon est menacée à son tour ; aussitôt le lieutenant SANTORY s'élance à la tête des
hommes qui l'entourent. Il abat à coups de revolver plusieurs Allemands et tombe à son tour
mortellement atteint. Nos renforts, heureusement, ont eu le temps d'arriver, l'ennemi ne peut plus
progresser et notre ligne est rétablie à 50 mètres au nord de la tranchée du Balcon.
Le 3e bataillon a été si éprouvé qu'il ne lui reste même plus un officier pour chacune des
compagnies !
La 11e compagnie, très réduite, privée de la plus grande partie de ses cadres est jugée trop en
pointe ; elle reçoit l'ordre de se retirer sur son ancienne position. Le 19, vers vingt heures quinze, les
Allemands tentent une nouvelle contre-attaque, mais arrêtée par notre tir de barrage et par nos
mitrailleuses, ils ne peuvent aborder notre ligne. Les journées des 20, 21 et 22 sont employées à
l'organisation des positions nouvelles.
Relevé dans la nuit du 22 au 23, par les 43e et 47e R. I., le 33e est dirigé sur le camp de Mailly
pour y être reformé et remis à l'instruction.
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LES FLANDRES
BIXSCHOOTE
(Juillet-Décembre 1917)
Installé dans les baraquements de Sainte-Tanche du camp de Mailly, le 33e y séjourne jusqu'au
11 juin.
Le 12 juin, il va cantonner à Cligny et Châtenay-sur-Seine, où il demeure du 17 juin au 1er
juillet.
Le 2 juillet, le régiment part pour les Flandres, il fait maintenant partie de la Ire armée (général
ANTHOINE) et doit prendre part à l'offensive franco-anglaise au nord d'Ypres.
Le 28, il arrive en camions à Ostvleteren où il bivouaque.
Le 29, le 3e bataillon relève un bataillon du 43e R. I. qui tient le secteur d'attaque du régiment.
Des reconnaissances exécutées quatre nuits successives ont permis de constater les résultats
excellents de notre préparation d'artillerie, l'ennemi a même abandonné ses première et deuxième
lignes.
Dès le premier jour, le 3e bataillon a poussé deux sections à l'est du canal, l'une à la maison de
relève, l'autre à la même hauteur, près du bois de Bixschoote.
Dans l'après-midi du 30, un tir d'artillerie extrêmement violent, avec répétition de barrage roulant,
est exécuté sur les tranchées ennemies sans provoquer de réaction notable.
Un avion ennemi qui survolait nos lignes est abattu ; des hommes de la 10e ramènent la mitrailleuse
et tous les papiers du bord.
Le 30, vers vingt heures, les 1er et 2e bataillons quittent Ostvleteren pour gagner la ligne des abris
D, où ils doivent séjourner quelques heures, en attendant que les passerelles soient établies.
Ce travail, soigneusement préparé à l'avance, est exécuté en un temps extrêmement court.
Huit passerelles par bataillon sont placées par les compagnies 1/13 et 1/64 du génie, aidées par des
pionniers du régiment. Le colonel reçoit, vers vingt-deux heures trente, l'indication de l'heure « H »
(qui est quatre heures vingt-six) et presque en même temps celle des objectifs à atteindre le jour J
(tranchée de Korteker et de Bixschoote et, éventuellement, fermes André SMITS et du
Cimetière).
A trois heures quinze, les bataillons de première ligne se dirigent vers le canal ; l'ennemi déclenche
à ce moment un tir de barrage violent à hauteur de la ligne des abris B, de l'Yperlée et du canal,
gênant considérablement notre mouvement.
Néanmoins, à l'heure prescrite, tous les bataillons ont franchi le canal, et se trouvent en place, en
formation d'assaut, dans l'ancienne première ligne ennemie.
Le premier objectif (la tranchée du Casque) est atteint sans difficulté.
A cinq heures quarante-huit, l'attaque reprend pour gagner la ferme Cheurot, à la lisière nord-est
du bois triangulaire. Le 1er bataillon rencontre un blockhaus défendu par un officier et une
trentaine d'hommes ; une dizaine d'entre eux sont tués, les autres sont faits prisonniers. De ce
deuxième objectif, le 273e envoie des reconnaissances qui ont pour mission de reconnaître la
tranchée de Korteker. Elles y parviennent sans difficultés et les bataillons de première ligne les
suivent aussitôt.
Restait Bixschoote à enlever. Des patrouilles de combat ainsi que le groupe-franc sont envoyés en
reconnaissance. Avec l'une d'elles, le sous-lieutenant DERVERCHER entre dans Bixschoote et
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fait prisonnier une vingtaine d'Allemands (dont 1 officier) qui se trouvaient dans un poste de
secours.
Les 6e et 2e compagnies pénètrent les premières dans Bixschoote, tuant ou faisant prisonniers les
Allemands qui s'y trouvaient encore.
A dix heures quinze, la 6e compagnie (capitaine DEMIAUTTE) atteint la lisière « est » du village
et réussit même à s'établir à 200 mètres au delà. A peu près à la même heure, la 2e compagnie
(capitaine DOLON) dépasse la route Smits, cabaret Korteker.
Au fur et à mesure de l'avance des régiments voisins, la compagnie de droite (compagnie
DUPREZ) et la compagnie de gauche (capitaine GAILLARD) progressent jusqu'à hauteur des
compagnies du centre.
A onze heures quarante-cinq, lorsque l'avion de la D. I. survole nos lignes et avant même que ce
dernier l'ait demandé, le jalonnement par panneaux est fait et parfaitement compris.
Dès que la situation paraît établie, une reconnaissance d'une section (sous-lieutenant CONIA) se
dirige sur la ligne André Smits, la trouve pourvue d'abris en bon état et l'occupe. Elle cherche la
liaison jusqu'aux environs des fermes des Lilas et du Cimetière, mais ne rencontrant aucun
élément ami, se trouvant trop en l'air, elle se replie conformément aux ordres qu'elle avait reçus. La
reconnaissance envoyée par le bataillon de gauche, vers la ferme du Cimetière, est accueillie par
des feux de mitrailleuses et subit des pertes. Elle ne peut aborder la ferme, mais reconnaît que la
batterie 4301 est solidement occupée par l'ennemi. L'organisation de la position conquise
commence aussitôt ; mais un avion ennemi ayant pu survoler nos lignes et repérer nos
emplacements, peu de temps après son passage, un violent tir d'artillerie vient enrayer nos travaux.
Des groupes ennemis apparaissant assez nombreux dans les environs de la ferme du Cimetière, le
groupe franc, ayant l'aspirant SAVARY à sa tête, cherche à en reconnaître l'importance.
Vers seize heures trente, le feu de l'artillerie allemande, sur Bixschoote et sur notre première ligne,
redouble d'intensité. Au même moment, l'avion de la division lance une fusée jaune indiquant une
« menace de contre-attaque ».
Nos unités de première ligne, ainsi averties, se tiennent sur leurs gardes ; aussi, à dix-sept heures,
quand la contre-attaque ennemie débouche, elle est aussitôt prise sous le feu de nos mitrailleuses et
de tous nos fusils, et contrainte de rentrer dans ses tranchées sans avoir pu se développer.
Le reste de la journée fut marqué par un bombardement intermittent sur Bixschoote.
A la nuit, le sous-lieutenant CONIA, avec sa section, va occuper la ferme Smits ; mais comme il se
trouve isolé de plus de 500 mètres de toute troupe amie, l'ordre lui est donné de se replier.
Le régiment reste sur la position conquise dans des conditions de terrain et de temps extrêmement
pénibles, exposé, de plus, à un violent bombardement par obus de gros calibres.
Le 3 août, au soir, le bataillon de gauche (2e)est relevé par le 233e et va dans les lignes des abris B
et C ; le 3e bataillon, est relevé, dans la nuit du 4 au 5, par le 127e R. I.
Le 1er bataillon et l'E. M. sont relevés à leur tour dans la nuit du 5 au 6 par le même régiment.
A la suite de ces combats, le 33e obtient une citation à l'ordre de l'armée.
Le 14 août, au cours d'une revue, le drapeau est décoré de la croix de guerre par le général
PÉTAIN.
Après un repos de quinze jours, passé dans la région de Bergues, le régiment reprend le service
des tranchées dans le secteur de Bixschoote.
En septembre, il exécute deux coups de main sans résultats sérieux, le débordement des rivières
empêchant tout passage sur la rive ennemie.
Le 11 octobre, un violent bombardement par obus toxiques nous cause des pertes importantes. Le
commandement DION, le capitaine DESSAINT, plusieurs autres officiers et une centaine
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JUVINCOURT
(Janvier-Mai 1918)
La nouvelle année, celle qui devait nous donner la victoire, trouva donc le 33e dans ses
cantonnements de repos.
Le 27 janvier, il fit mouvement pour débarquer à Fère-en-Tardenois.
Jusqu'au 10 février, les compagnies furent employées aux travaux d'organisation de la position
intermédiaire de la 2e position.
Le 7 mars, les 1er et 2e bataillons relèvent deux bataillons du 233e dans le sous-secteur du Bois de
Beaumarais.
Le 3e bataillon prend la place, en première ligne, d'un bataillon du même régiment. On reste ainsi
dans cette situation jusqu'au 19 mars, jour où le 1er bataillon monte en première ligne, le 2e en
soutien. Le 3e bataillon, désigné comme bataillon de réserve, s'installe à Cuiry-Les-Chaudardes et
au camp de Broussilof.
Le régiment subit de grosses pertes au cours des 19 et 20 mars (mines, coups de main,
bombardements, gaz).
Le 30 mars, le 33e R. I. relève une partie des éléments du 110e dans le sous-secteur de la Ville-au-
Bois.
Le 3 mai, le 33° est relevé par le 217e R. I. pour aller plus à l'ouest remplacer le 73e dans le sous-
secteur voisin.
Le 6 mai, au soir, le régiment est remplacé par le Northumberland fusiliers et va au repos à
Courcelles et Concevreux.
Embarqué le 14 mai à la gare de Braine, le régiment, après un voyage de douze heures, débarque à
Saint-Paul, près de Beauvais et cantonne à Vauroux et Troussures.
Le 33e reste dans cette situation jusqu'au 26 mai. Le 26 mai, il reçoit, à onze heures, l'ordre de se
tenir prêt à être enlevé en auto le 28 au matin. La situation était sérieuse, la poussée boche, sur la
rive droite de l'Oise et sur l'Aisne, était déjà inquiétante. Dans la soirée du 28, après une dure
journée de voyage, le 33e arrive dans la région d'Orrouy et de Gillocourt, au sud de la forêt de
Compiègne.
Dès ce moment, c'est l'alerte permanente.
CHAUDUN. — DOMMIERS
Le 30 mai, la 51e D. I. quitte ses cantonnements à cinq heures, le 33 e formant la colonne du Sud
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sont mises à la disposition du commandant GRANDJON pour protéger son flanc droit, le 273e se
trouvant fortement pressé.
A vingt-deux heures, les deux compagnies du 73e n'ayant pas encore rejoint, le peloton de pionniers
est envoyé pour prolonger, à droite, le bataillon GRANDJON et établir la liaison avec le 273e. Un
peu plus tard, ce bataillon est obligé de se replier sur la route Chaudun-La Raperie pour
raccourcir l'intervalle qui le sépare du 273e.
Dans la matinée du 2 juin, les éléments à droite de la 51 e D. I. n'ayant pu empêcher l'ennemi
d'arriver aux abords de la ferme Beaurepaire, ordre est donné au régiment, à neuf heures
cinquante, de tenir le front Chaudun-Maison-Neuve-Beaurepaire, en liaison avec le 273e.
Le peloton des pionniers est remis à la disposition du colonel.
A quatorze heures, l'ennemi ayant atteint le front Beaurepaire-Maison-Neuve, le bataillon
GRANDJON, les deux compagnies du 73e et la compagnie GAILLARD se replient en
combattant ; elles s'établissent entre la crête Chaudun-Maison-Neuve et la route Nationale.
Le bataillon GAY continue à résister dans Chaudun, sa consigne est de tenir jusqu'au bout,
l'honneur du régiment réclame ce sacrifice suprême. Débordé par le sud, sentant l'étreinte se
resserrer de plus en plus, le chef de bataillon renouvelle un geste fameux ; il forme son bataillon en
carré et repousse les assauts répétés de l'ennemi. Entourés de morts et de blessés, haletants, couverts
de terre et de sang, les soldats du 2e bataillon ont compris leur devoir et luttent jusqu'à la mort ;
mais, submergés par le nombre, cette poignée d'hommes finit par tomber aux mains de l'ennemi...
Parmi tant d’actes de courage, accomplis en ces heures malheureuses, la brillante conduite du
lieutenant SECLET mérite une mention spéciale. A 600 mètres en avant d'une de ses sections de
mitrailleuses, un officier d'artillerie allemand, à cheval, met sa batterie en position. SECLET,
prenant une pièce, abat officier, servants et conducteurs. Mais, pour tirer, il s'est découvert : il est
frappé de deux balles à la tête. Officier très sympathique, son ardente bravoure faisait l'admiration
de tous.
La chute de Chaudun mit le 3e bataillon dans une situation critique. Il réussit cependant à se
dégager.
Le chef du bataillon finissait à peine de dicter ses ordres pour l'exécution de ce mouvement qu'un
obus de gros calibre tomba près de lui.
Agonisant, le commandant DION a encore l'énergie d'appeler l'officier qui doit le remplacer :
« Voyez, VIVREL, lui dit-il, je meurs le crayon à la main, en donnant des ordres...Vive la
France ! »
L'aviation ennemie prit une part très active à l'attaque en mitraillant nos fantassins, en jetant des
bombes sur nos batteries ; le vaillant DANOIZAL, avec son F. M., eut la satisfaction d'abattre un
de ces sinistres oiseaux qui tomba à ses pieds.
A la nuit, le front est tenu, à droite, par le bataillon GRANDJON ; au centre, par le groupement
GAILLARD formé de deux compagnies du 73e et de la 7e compagnie ; à gauche, par le bataillon
VIVREZ ; à vingt et une heures, le capitaine VIVREL, blessé, est remplacé par le capitaine
RICATTE.
Le 3 juin, à six heures trente, le commandant de BEAUCORPS avec ses éléments disponibles
vient en appui du bataillon RICATTE. Il prend le commandement de ce groupement.
L'attaque allemande n'était pas terminée ; des divisions fraîches (on le sut plus tard) étaient arrivées
dans la nuit.
A six heures, l'ennemi commence une préparation d'artillerie d'une extrême violence, suivie, à sept
heures trente, de l'attaque de nos positions.
A huit heures, la droite du 33e R. I tient toujours à la route Nationale, mais sa gauche a dû se replier
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LAVERSINE — CUTRY
(9 au 14 juin 1918)
Le 9 juin, le colonel du 33e est avisé que la 51e D. I. relèvera, dans la nuit du 10 au 11 juin, la
151e D. I. avec mission de défendre la tête du ravin de Cutry.
Le 10 juin, à huit heures, le général LACAPELLE, commandant le 1er C. A., se fait présenter les
officiers et sous-officiers du régiment et leur fait part de la satisfaction que lui a donnée la 51e
division et, en particulier, le 33e R. I.
La situation reste grave, nous dit le général ; il faut à tout prix sauver la France et ne pas perdre,
dans un moment de défaillance, le bénéfice de quatre années de souffrance. Le général termine en
disant qu'il compte sur tous pour un nouvel effort, en un moment où on ne doit plus mesurer sa
fatigue, mais être prêt à faire jusqu'au dernier sacrifice.
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Quelques heures plus tard, le colonel et plusieurs officiers partent reconnaître la position, dont, à la
nuit, le régiment aura à assurer la garde. Dans la soirée, le commandant PRUNAUX-CAZER, qui
devait amener le régiment et avait déjà commencé son mouvement, reçoit à Taillefontaine l'ordre
de retourner à Retheuil.
A minuit, le régiment se remet en marche pour occuper, face à l'est, la deuxième position sur le
chemin de Haute-Fontaine, Mortefontaine, à hauteur de Mortefontaine.
A trois heures, chacun est à sa place.
Le 11 juin, le 33e relève les éléments du 407e et du 410e, au nord du ravin de Cutry, en liaison à
droite avec le 273e, à gauche, avec le 73e.
Le régiment avait un front de 900 mètres environ ; les compagnies ne comptaient pas plus de 50
hommes à leur effectif, chaque compagnie de mitrailleuses ne pouvait pas mettre en ligne plus de
six pièces.
I1 n'existait ni tranchée, ni abri, et seuls, les seigles déjà hauts dissimulaient l'emplacement de nos
troupes. Ce couvert devait d'ailleurs servir quelques heures plus tard à l'ennemi pour s'infiltrer et
déborder notre position.
Le 12 juin, vers deux heures trente, un bombardement par obus de gros calibres et à gaz est
déclenché sur les première et deuxième lignes, détruisant en quelques minutes tous nos moyens de
liaison : téléphone, T. P. S., T. S. F.
Néanmoins, par coureurs, le colonel est tenu au courant de la situation.
A quatre heures, le tir de l'artillerie s'allonge et l'attaque ennemie se déclenche, brutale, irrésistible.
Notre défense est acharnée, les mitrailleuses du 3e bataillon brûlent en quelques minutes quatorze
caisses de cartouches.
Par un blessé, le colonel apprend que les Allemands ont débordé le ravin de Cutry et atteignent les
pentes sud de ce ravin.
Le régiment est attaqué sur tout son front avec la même violence, il n'a pour toute réserve que la 10e
compagnie chargée de garder la cote 128.
A six heures, le 3e bataillon (RICATTE) tient toujours dans le ravin de Cutry, le 2e bataillon (De
HEINE) résiste avantageusement sur le plateau en liaison avec le 73e.
A six heures quinze, un éclaireur monté apporte au colonel la nouvelle de l'anéantissement tragique
du 1er bataillon (GRANDJON). Complètement encerclés, officiers et soldats ont brûlé jusqu'à leurs
dernières cartouches et se sont fait tuer sur place, faisant payer chèrement à l'ennemi le sacrifice de
leur vie.
Le 3e bataillon devait bientôt subir le même sort. Dès que l'ennemi eut allongé son tir d'artillerie, le
capitaine RICATTE porta ses deux compagnies sur la crête, à environ 50 mètres au delà du ravin
pour barrer la route aux soldats du Kaiser. Mais écrasés par le nombre, les survivants des 9e et 11e
compagnies se replient sur Cutry, dont ils vont retarder l'accès aux Boches.
Mitrailleuses et fusils-mitrailleurs, placés dans les maisons crénelées, fauchent les vagues d'assaut
qui, sans cesse, abordent le village. La résistance tombe avec le dernier défenseur.
Vers six heures trente, sous la poussée constante de l'ennemi, la droite du bataillon de HEINE se
replie en crochet défensif. La compagnie de réserve se porte sur son emplacement de combat. Tous
les éléments encore disponibles du régiment (pionniers, agents de liaison, téléphonistes) placés sous
les ordres des lieutenants DUSSART et DEBRET, participent à la défense du plateau.
Le commandant du 2e bataillon rétablit un instant la situation par une vigoureuse contre-attaque ;
sur la gauche, la pression s'accentue toujours, mais chaque pouce de terrain cédé est chèrement
disputé. A ce moment, le colonel désigne le chef de bataillon PRUNAUX-CAZER pour prendre le
commandement de cette partie de la ligne, avec ordre de tenir coûte que coûte. Cette mission est
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accomplie à la lettre, et jusqu'à neuf heures trente, les Boches ne peuvent déboucher du plateau.
La droite du régiment, tenue par le 2e bataillon, résiste toujours avec acharnement ; son chef
(commandant de HEINE) est blessé au moment où il encourageait la défense. Débordé
complètement, il doit se replier en combattant sur la route de Laversine-Ambleny.
Le P. C. du colonel et sa liaison sont menacés d'encerclement, mais le lieutenant TIELLIER, porte-
drapeau, organise rapidement avec quelques hommes une barricade qu'il défend avec une énergie
farouche ; il ne consent à se retirer que sur l'ordre formel de son chef de corps. En se repliant sur les
pentes ouest de la route Laversine-Ambleny, le colonel WENDLING est blessé et emporté sur
une voiturette de mitrailleuse.
En traversant le village de Laversine, le lieutenant KRINER, qui, avec un fusil-mitrailleur,
empêchait le débordement de l'ennemi par la gauche, se trouve face à face avec une forte patrouille
allemande. Sommé de se rendre, il s'échappe sous une grêle de balles et gagne avec quelques
hommes égarés, le P. C. de l'I. D.
Le commandant PRUNAUX-CAZER, tout à fait isolé et tourné par sa droite, avait dû rallier ses
éléments et les établir sur une crête, un peu en arrière, en liaison avec le 73e R. I.
Il était alors onze heures.
Le lieutenant SORREL reçoit l'ordre du général commandant l'I. D. de porter les hommes qu'il a
réussi à grouper dans les tranchées du G. M. P., au nord-ouest de Cœuvres, en liaison à gauche
avec le 73e R. I., et à droite avec la compagnie 1/13 du génie. Grâce à l'énergie et au sang-froid de
cet officier, la situation de ce côté se rétablit assez rapidement et la marche de l'ennemi fut arrêtée.
Dans l'après-midi, le chef de bataillon PRUNAUX-CAZER prend le commandement d'un
groupement constitué par des éléments du 33e, du 273e et auquel vient s'adjoindre, dans la soirée, un
bataillon du 9e zouaves. Il doit interdire à tout prix à l'ennemi l'accès du plateau à l'ouest de
Cœuvres.
Toute l'après-midi, l'ennemi cherche, avec de fortes patrouilles, à s'infiltrer dans nos lignes ; il est
maintenu en échec. La nuit fut relativement calme et employée à organiser solidement la position.
Le 13 juin, l'ennemi ne cherche pas à renouveler ses attaques. Vers quinze heures, le groupement
PRUNAUX-CAZER est relevé par le 9e régiment de zouaves.
Le 14, vers huit heures, les débris du régiment sont réunis à Retheuil où ils doivent cantonner.
Le 15 juin, le général LACAPELLE, commandant le Ve C. A., réunit les officiers et soldats
survivants du régiment et, les larmes aux yeux, leur fit part de la satisfaction que lui avait donnée le
33e au cours de ces dures journées. Il avait subi (des renseignements précis et des documents
recueillis sur des prisonniers en faisaient foi) une des attaques les plus formidables que les
Allemands avaient faites au cours de la présente offensive. « Mes amis, s'écria le général, le 33e a,
dans la journée du 12, sauvé la France. Maintenant, haut les cœurs ; lorsque l'heure viendra
pour de nouveaux combats, je sais ce que je peux attendre de lui, il sera demain fidèle, aux
traditions d'hier. La France peut compter sur un si beau régiment. »
Le 16 juin, la 51e D. I. doit se porter dans la zone de Nanteuil-le-Haudouin par camions
automobiles.
Avant de quitter Retheuil, le commandant PRUNAUX-CAZER réunit en carré les glorieux débris
du 33e, fit déployer le drapeau et salua dans ses plis le régiment dont il prenait le commandement.
Puis, se tournant vers Cutry, il adressa un suprême hommage à tous ceux qui étaient tombés en
défendant le plateau que les Boches avaient choisi comme Porte de Paris.
Le 18 juin, le chef de bataillon PRUNAUX-CAZER était promu lieutenant-colonel commandant
le 33e.
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DORMANS
Le 1er juillet, vers vingt heures, le33e débarque à la lisière nord des bois d'Igny-le-Jard, à l'ouest
d'Épernay.
L'état-major et le 2e bataillon cantonnent à Igny-le-Jard, le 1er bataillon à Comblizy, le 3e bataillon
à Nesles-le-Repons.
Le régiment est employé à l'aménagement des différentes positions ; le secteur est d'un calme
déconcertant, inquiétant même.
Le 8 juillet, les opérations de relève s'effectuent sans incident. Le 3e bataillon, remplacé dans le
quartier de Port-à-Binson par deux bataillons de la 10e D. I., vient cantonner de nouveau à Nesles-
le-Repons.
A son tour, le 1er bataillon monte en secteur relever aux avant-postes un bataillon du 73e R.I. sur les
bords de la Marne, au sud de Verneuil. Le lendemain, 10, le colonel prend le commandement du
sous-secteur (du pont de Verneuil à la ferme Amour-Dieu).
La division fait partie du 3e C.A. (10e armée).
Les 2e et 3e bataillons se portent sur la ligne de résistance, établie aux lisières nord du bois des
Plants et de la forêt de Bouquigny.
Les 11, 12, 13 et 14 juillet se passèrent sans incident. Cependant, les bruits qui se colportent depuis
quelques jours sont reçus comme oiseaux de mauvais augure. Ils sont précisés par les déclarations
d'un déserteur : l'offensive allemande doit commencer le soir de notre Fête nationale, à minuit.
En effet, il est à peine minuit dix que se déclenche un bombardement d'une violence inouïe, exécuté
avec un tel luxe de batteries que le 1er bataillon est immédiatement submergé et dans l'impossibilité
de faire parvenir aucun renseignement.
Le bombardement s'étend immédiatement et avec la même violence sur les bataillons de la ligne de
résistance et jusqu'au sud du P.C. du colonel (Nesles-le-Repons).
Tous les moyens de liaison avec l'avant sont anéantis. C'est par T.S.F. seulement que le colonel peut
communiquer avec l’I. D.
Vers quatre heures, des coureurs, envoyés aux renseignements, rendent compte qu'il est impossible
de déboucher de la ligne de résistance ; toute communication est devenue impossible avec le
bataillon d'avant-postes (LAMORRE), aucune demande d'artillerie, cependant, n'a été aperçue
venant de cette unité. Les bataillons de soutien quittent les travaux et prennent les dispositions de
combat, en liaison avec leurs voisins de droite et de gauche.
Le colonel se rend à son poste de combat à la Grange-aux-Bois.
En y arrivant, à quatre heures trente, il reçoit de nouveaux C.R. des bataillons de soutien ; le
bombardement ennemi a fait subir d'énormes pertes au 2e bataillon ; les Allemands ayant passé la
Marne à Dormans s'avancent sur Vassy.
Vers six heures, les bataillons BOREL et GERBIER (le capitaine CHÂTEAUNEUF ayant été
blessé) rendent compte que le centre tient toujours la ligne de résistance, mais qu'une infiltration est
signalée par le ravin Amour-Dieu et le ravin de Vassy. Le colonel met à la disposition de chacun
des deux commandements de bataillon un peloton, réserve de régiment, pour étayer la droite et la
gauche de notre front.
A six heures trente, la pression s'accentue aux deux ailes ; les mitrailleuses et F.M. font rage ; le
canon de 37 et les stokes tirent sans interruption.
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A six heures quarante-cinq, ordre est donné au 33 e de tenir ferme sur la position et principalement
au sud-ouest. Le colonel prescrit au bataillon BOREL de se cramponner à la lisière du bois des
Plants ; au bataillon GERBIER, de ne point abandonner la lisière nord de la forêt de Bouquigny.
Vers sept heures, la fusillade se ralentit ; à sept heures quinze, on n'entend plus rien.
Que s'est-il passé ? A sept heures quinze le colonel le devine par le retour des agents de liaison qui
n'ont pu toucher leur chef de bataillon : les Allemands sont au camp des prisonniers dans la forêt
de Bouquigny.
Le peloton de pionniers est déployé en tirailleurs à la lisière du bois des Plants. Il n'a vu revenir
aucun soldat du 3e bataillon ; par contre, à sept heures quinze, une patrouille, placée à la lisière
ouest du bois, signale l'arrivée des Boches à 30 mètres du P.C. du colonel.
Le colonel, sous la protection du peloton de pionniers, transporte son P.C. à la lisière du bois de
Nesles, où il rassemble les éléments du régiment qui se replient. La défense est reportée sur le
chemin nord-est-sud-ouest de ce même bois de Nesles, et avec trois mitrailleuses qui le rejoignent,
il arrête momentanément la progression de l'ennemi. Notre ligne est prolongée jusqu'à la croupe
224, en liaison avec une compagnie du 3e génie, notre droite s'appuyant au 33e R. I. colonial. Il est à
ce moment midi ; les éléments qui ont pu rallier sont regroupés.
Le dispositif du régiment est alors le suivant : les pionniers (lieutenant DUSSART), des éléments
du 3e bataillon (sous-lieutenants MEUNIER et JAFFARD) tiennent à l'est de Nesles-le-Repons,
en liaison, à droite, avec le 33e R. I. C. ; à gauche, avec la compagnie 3/3 du génie. Le 2 e bataillon
occupe les tranchées du 47e R. I. devant Moncet.
Le capitaine BARRIER tient, avec la 7e compagnie, les tranchées à cheval sur la route de Nesles-
le-Repons-Igny-le-Jard. Un groupe de 100 hommes et une section de mitrailleuses sont établis en
retrait sous les ordres des sous-lieutenants GENTIL et DEMONCHY entre le bois de Neuville, où
se trouve le P.C. du colonel, et la ferme Mont-Murgey.
A quatorze heures, le 33e R.I.C., avant abandonné la hauteur du bois de Nesles, le peloton des
pionniers se replie en liaison avec ce régiment, sur le ruisseau de Nesles.
A dix-sept heures, le colonel prescrit à la compagnie du génie et au peloton DUSSART (le 33e
R.I.C. continuant son repli) de venir se rallier dans le bois où il se trouve, en arrière des tranchées
tenues par le 47e.
A la même heure, le 60e bataillon de chasseurs vient se placer à la droite du 47 e R. I. qui se resserre
sur sa gauche.
Le capitaine BARBIER, disponible, vient se mettre à la disposition du colonel. Le groupement
GERBIER reste seul en ligne avec le 47e.
A dix-neuf heures, l'ordre de relève parvient au corps. L'opération est exécutée après entente avec le
47e R. I.
A minuit, tous les éléments du régiment ont rallié l'arbre de Napoléon et, de là, sont dirigés sur la
ferme du Rosset Où ils doivent bivouaquer.
Tels sont les faits dans leur exposé chronologique.
Comment ont-ils été amenés ?
Des renseignements recueillis en fin de combat, il résulte que les Allemands, ayant franchi la
Marne entre Dormans et Vinvelle, ont progressé par le ravin de Vassy. Ils étaient à Bouquigny,
qu'aucune démonstration n'avait encore été faite sur le front du bataillon aux avant-postes.
Quant aux bataillons de soutien, ils combattirent face à la Marne, mais furent également pris de
flanc par les colonnes ennemies débouchant du ravin de Vassy, qui nous séparent du 73e. Le 2e
bataillon (GERBIER) parvint, en partie, à se replier sur la forêt de Bouquigny et, de là, dans la
direction de Moncet. Le 3e bataillon fut encerclé par des colonnes allemandes passant par le nord
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de la forêt de Bouquigny et, de là, dans la direction de Moncet ; déjà très éprouvé par le tir
d'artillerie, il résista avec la dernière énergie et jusqu'à épuisement complet de ses munitions.
La section de mitrailleuses du sergent SAMAIN, placée au pont du chemin de fer, au nord de la
ferme Amour-Dieu, brûla jusqu'à 8000 cartouches sur les colonnes allemandes débouchant de
Bouquigny vers Amour-Dieu.
La section du sergent PREGALDIN, de la 5e compagnie, ne se replia qu'après avoir brûlé toutes ses
munitions et assuré le repli des mitrailleuses qui l'appuyaient.
En avant de Nesles-le-Repons, une escouade, commandée par le caporal ROGER, prit sous son
feu une mitrailleuse lourde qui venait de se mettre en batterie, tua le tireur, s'élança sur la
mitrailleuse, l'emporta ainsi que les munitions et la retourna contre l'ennemi.
Pour la troisième fois, en moins de six semaines, le régiment venait d'être saigné à blanc.
En ces dernières journées, le 33e de Dormans fut l'égal du 33e de Chaudun et de Cutry.
Le 16, au petit jour, le régiment arrive à la ferme du Rosset.
Dans la journée, il est procédé à la réorganisation et à l'encadrement des éléments revenus de la
bataille.
HAUTE-ALSACE
(Août-Septembre 1918)
Après le terrible choc de Dormans, le régiment fut retiré de la lutte, pour être transporté par voie
ferrée dans les cantonnements de repos de la Franche-Comté.
Regroupé dans la région de Coulome-la-Montagne et de Broussy-le-Grand, il s'embarque le 23
juillet pour arriver le 24 à Héricourt près Montbéliard.
Successivement, l'état-major et la C.H.R. gagnent Aibre ; le 1er bataillon Chavannes et le Vernoy ;
le 2e bataillon Verlans et le 3e Tremoins.
Le 33e, reformé avec des éléments provenant surtout du 273e, récemment dissous, reprend
rapidement cohésion.
Le 14 août, le régiment gagne, en une étape, Bessoncourt, Denney et Pfaffans, villages situés à
mi-chemin entre Belfort et l'ancienne frontière d'Alsace.
Entrée en Alsace. — Le 15 août, dans l'après-midi, le régiment se met en marche pour gagner
l'Alsace par la belle route de Rougemont-le-Château.
Dans la soirée du 15 août, le régiment arriva à Massevaux. L'accueil y fut des plus chaleureux.
Le séjour à Massevaux devait être de courte durée. En effet, le 22 août, le signal du départ est
donné.
La division doit aller occuper le secteur à l'extrême droite du front français appuyé à la frontière
suisse.
Après de courtes étapes, le régiment arrive dans l'âpre région de la Suarcine, plateau à cheval
sur la trouée de Belfort. Il est en réserve, pendant que le 73e R.I. et le 3e tirailleurs prennent la
garde sur le front de la vallée de la Largue.
C'est à ce moment que le lieutenant SORREL et le caporal DEGROOTE, évadés d'Allemagne
dans des circonstances dramatiques, rejoignent le régiment et reprennent noblement leur place à
côté de leurs camarades.
Il s'agit maintenant de conserver et de défendre le sous-secteur de Rechesy. Ce petit village
présentait cette particularité, avant la guerre, d'être situé à proximité de la borne des « Trois
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LA POURSUITE
L'embarquement du 33e eut lieu dans cette même gare d'Héricourt, où, deux mois auparavant, il
descendait de Dormans, usé par plusieurs semaines de combats sanglants.
Le 15 octobre, il repartait joyeux, avec un matériel complet, un moral solide et le désir de vaincre.
Le 17 octobre, le régiment est rassemblé dans la région de Longueuil-Sainte-Marie.
Le séjour y sera d'ailleurs de courte durée, car la division passe « en réserve » à l'armée du général
DEBENEY (Ire), laquelle est en liaison, au nord, avec les Britanniques, au sud, avec l'armée
MANGIN.
Le régiment cantonne, dans la soirée du 22, à Bienville ; le 23, à Vauchelles ; le 24, à Ugny-le-
Grand ; le 25, à Flavy-le-Martel.
Le 26 octobre, nouveau bond vers le nord. Le régiment, en fin de marche, s'installe dans les caves
et abris qui sont les seuls vestiges de villages, naguère prospères :
E. M., C. H. R. à Mesnil-Saint-Laurent ;
1er bataillon à Itancourt ;
2e bataillon à Neuville-Saint-Amand ;
3e bataillon à Itancourt.
Le régiment restera dans cette situation jusqu'au 31 octobre.
Marche en avant. — Le 31 octobre, la division poursuit sa marche parallèlement au cours de
l'Oise.
En traversant Étaves, le 33e, drapeau déployé, défile devant le général de FONTCLARE,
commandant le 15e corps d'armée, sous le commandement duquel la 51e division est rattachée.
Le 5 novembre, le régiment, réserve de la division, bivouaque dans la forêt d'Andigny.
Il pleut sans arrêt ; on passe la journée et la nuit sans abri, sans feu, mais personne ne songe à se
plaindre ; les nouvelles sont bonnes, chacun est impatient d'avoir sa part de gloire.
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Le canal de la Sambre vient d'être franchi brillamment sur des passerelles improvisées ; Guise est
entre nos mains ; à notre gauche, les Britanniques marchent en direction d'Avesnes. Partout c'est la
poussée irrésistible qui se prépare.
Le 7, le régiment traverse les villages de Bergues-sur-Sambre, Barzy, Beaurepaire, hier encore
occupés par l'ennemi.
Vers quinze heures, le régiment, qui est réserve d'avant-garde de la D. I., vient s'installer, en
cantonnement d'alerte, à la ferme du Condor et dans les habitations avoisinantes, entre Avesnes et
Etroeungt.
Dans cette région où les routes ont été détruites, l'artillerie a de la peine à suivre son infanterie ; en
toute hâte, des ponts de fortune sont improvisés pour le passage du léger 75, tandis que l'artillerie
lourde reste en arrière, ainsi que les convois.
La poussée se ralentit afin de permettre à l'artillerie de rejoindre les colonnes.
Une grande nouvelle circule dans les rangs : les plénipotentiaires allemands sont entrés dans nos
lignes, hier soir, à vingt heures vingt, à 10 kilomètres du point où stationne le régiment.
Les nouvelles deviennent encore meilleures. Toutes nos armées progressent en direction de la
Meuse ; les Américains ont franchi cette rivière à hauteur de Dun ; Sedan est sous notre canon.
Le 9 novembre, la division reprend son mouvement vers l'est, franchit la grande route d'Avesnes
à Lacapelle. En fin de journée le 33e va stationner à Rainsars.
Dans la nuit du 9 au 10 novembre, le régiment, jusqu'alors en réserve de division, reçoit enfin
l'ordre de se porter, tout entier, en avant-garde de la division, à la lisière Est du bois de Trélon,
entre Eppe-Sauvage et Moustier-en-Fagne.
Vers trois heures du matin, les bataillons quittent leurs cantonnements.
A huit heures trente, la tête du régiment atteint la scierie de Trélon, point à partir duquel doit être
pris le dispositif d'approche.
Dès sept heures, nos patrouilles de cavalerie avaient parcouru la forêt, que les Allemands venaient
d'abandonner, en abattant les plus gros arbres pour les transformer en abatis.
Les 2e et 3e bataillons se dirigent sur le carrefour Saint-Herman pour se porter ensuite :
Le 2e bataillon sur Eppe-Sauvage et Montbliard ;
Le 3e bataillon sur Moustier-en-Fagne.
Des mitrailleuses sont signalées sur la route carrefour Saint-Herman, Eppe-Sauvage, au nord du
ruisseau de Voyaux.
Le commandant DOU (2e bataillon) décide d'enlever la résistance par débordement.
A onze heures trente, le ruisseau est franchi, à onze heures quarante-cinq, les mitrailleuses sont
dépassées. De son côté, le bataillon MARCHAND (3e) se porte à l'attaque de Moustier. A onze
heures trente, la 9e compagnie s'empare des premières maisons de Rue-du-Bout-la-Haut.
Dans le village de Moustier, la progression est plus difficile. Les mitrailleuses allemandes,
dissimulées avec soin, crépitent sans arrêt, balayant toute la zone de terrain dans laquelle doit
progresser le 3e bataillon.
A dix-sept heures, la ténacité de nos braves soldats a raison de l'obstination du Boche ; les sections
de tête du bataillon MARCHAND s'emparent du carrefour central de Moustier.
A midi, la chaîne de tirailleurs du 2e bataillon est arrêtée à 500 mètres au sud de la Croix du
Soldat, à la lisière « est » de la forêt de Trélon.
Là aussi de violentes rafales de mitrailleuses ennemies barrent le chemin. Il faut à nouveau opérer
par débordement.
L'ennemi se replie en s'accrochant désespérément au terrain.
Votre première ligne est alors portée au carrefour de la Croix du Soldat, débouché important de la
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forêt de Trélon.
Bientôt ce point est dépassé, et, à seize heures, nos patrouilles ont quitté le sous bois.
Elles sont accueillies par de violentes rafales de mitrailleuses, partant du chemin d'Eppe-Sauvage,
Château des Voyaux et des premières maisons de la Rue-des-Couturelles ; trois hommes sont
blessés.
A vingt heures, le 3e bataillon atteint la lisière d'Eppe-Sauvage, toujours occupée. Les
mitrailleuses tirent sans arrêt, sans pour cela retarder la marche de nos braves éclaireurs.
A vingt-trois heures, le bataillon MARCHAND a assuré la liaison à droite avec le bataillon CARY,
du 411e, une section du 1er bataillon, à la ferme Goris, relie les deux bataillons de première ligne.
A minuit, les 9e et10e compagnies sont arrêtées sur le ruisseau de Moustier-en-Faye ; sans retard,
des passerelles sont établies sous le feu des mitrailleuses qui balayent les deux rives.
A cinq heures, de bonnes nouvelles arrivent des premières lignes : l'ennemi se replie et cède du
terrain sur tout le front. A cinq heures quinze, la frontière est franchie et nos soldats pénètrent en
Belgique. A neuf heures, le 33e est en entier sur le sol de Belgique.
On marche sans arrêt, on gravit à toute allure les pentes de la côte boisée qui conduisent sur le grand
plateau où s'élève la ferme du Crolet (territoire de Chimay).
Notre front atteint, vers dix heures quarante-cinq, la ligne 2 kilomètres « est » de Monbliard,
Ruisseau-d'Eppe et d'Osterne.
Onze heures. — Comme par enchantement le feu cessa ; le grand drame était fini. Ce fut d'abord de
la stupeur ; les hommes se regardaient sans mot dire, comme au sortir d'un rêve.
Le régiment salua ses morts et son drapeau.
C'est sur la terre de Belgique qu'en 1914 le 33e se heurtait à Dinant aux hordes allemandes.
Pendant ces quatre années de guerre, votre discipline, votre endurance, votre courage, luttèrent
opiniâtrement pour arracher à l'ennemi les lambeaux du territoire envahi, que sa main
criminelle transformait en un désert de ruines.
Le 10 novembre 1918, le régiment avait l'honneur d'être appelé à l'avant-garde de la division
pour chasser définitivement l'envahisseur. En deux jours, votre ténacité, votre volonté de vaincre
l'ont rejeté du sol français et, le 11 novembre, à onze heures du matin, à l'heure où l'armistice
faisait taire canons et mitrailleuses, votre régiment se trouvait tout entier en Belgique, libérateur
de la région française voisine.
Soyez fiers de votre œuvre, de l'honneur qui vous a été donné d'être à l'avant-garde le jour où
l'ennemi s'avouait vaincu. Votre colonel est fier de se trouver à la tête de tels soldats.
Tels ils se sont montrés animés des plus nobles sentiments sous la mitraille, tels il les trouvera
unis dans la concorde fraternelle des Français au cours de cet armistice et de la paix qui doit en
découler, si les félons d'outre-Rhin ne considèrent pas leur signature du 11 comme un chiffon de
papier.
Vive le 33e régiment !
Le 13 novembre 1918.
Signé : lieutenant-colonel PRUNAUX-CAZER, commandant
le 33e R. I.
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APRÈS L’ARMISTICE
ÉPILOGUE
Le régiment passe la fête de Noël dans les cantonnements de Fonteny et de Breudin, où il est
l'objet d'un accueil enthousiaste de la part des Lorrains libérés.
Le 26 décembre, il est aux environs de Metz ; le 28, il cantonne :
E. M., G. H. R., re" bataillon, Remelfingen (près de Sarreguemines) ;
2e bataillon à Retti ;
3e bataillon à Neufgranges.
Le séjour dans ces villages fut une véritable fête pour les officiers et les poilus. Il dura jusqu'au 3
janvier.
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destination de Mayence.
Le 5 janvier, débarquement à Ingelheim, petite ville au au sud de Bingen.
Les cantonnements respectifs sont :
E. M., C. H. R.,1er bataillon : Ober-Olm ;
2e bataillon : Merienborn ;
3e bataillon : Winternheim,
localités situées à 12 kilomètres de Mayence.
Le 33e devait y séjourner plusieurs jours.
Le 11 janvier, le régiment se dirige sur Mayence. La tenue avait été particulièrement soignée, et le
33e, en parcourant les grandes artères de Mayence, put montrer aux Boches toute la vigueur et
l'énergie dont il était capable.
Poursuivant sa route, le 33e s'engagea sur le pont monumental qui traverse le grand fleuve.
Le Rhin allemand était à ses pieds !
Heureux ceux qui connurent ces minutes inoubliables !
Une autre satisfaction était réservée au 33e. A quinze heures, il atteint Wiesbaden qu'il doit
traverser. Dans cette grande et belle ville, si remplie de richesses de toutes sortes, il voit tout le
monde se ranger devant lui.
Devant le palais impérial, des commandements brefs se succèdent : le général LACAPELLE est à
son balcon, le 33e rend hommage à son chef. Le 33e, défile crânement.
La nuit était venue lorsque le régiment arriva dans ses cantonnements :
E. M., C. H. R., 2e et 3e bataillons : Dotzheim ;
1er bataillon : Frauensteim.
Le 12 janvier, le 33e fut rattaché à la 2e D. I., commandée par le général MIGNOT.
Le 3 février, le régiment quittait ses cantonnements pour relever le 73e, dans le sous-secteur de
Langen-Chwalbach (cercle d'Untertaunus), 1er et 3e bataillons en ligne, 2e bataillon en réserve.
Le 1er bataillon à Breithard, Holghausen, Michelbach et Kemmel ;
Le 3e bataillon à Kenelbach, Diesbach, Panrod, Ecarts.
L'état-major du régiment, la C. H. R. et le 2e bataillon s'installèrent à Langenchwalbach.
Le régiment surveilla et administra le pays. Il contribua à l'organisation de la tête de pont de
Mayence.
Le 25 février, le régiment fut relevé par un régiment de tirailleurs.
Le même jour, le 1er bataillon va en entier à Kemmel, le 3e bataillon à Hohenstein. Le colonel, le 2e
bataillon et la C. H. R. restent à Langenchwalbach.
Dans la soirée et dans la nuit du 1er au 2 mars, les bataillons, la C. H. R. et les équipages firent
mouvement pour se rendre à Wiesbaden où ils doivent s'embarquer à destination d'Arras.
Le 33e débarque le 3 mars à Mareuil, petite localité à 7 kilomètres d'Arras.
Après cinquante-cinq mois d'absence, le régiment rentrait dans sa garnison d'avant-guerre.
Ce n'était plus, hélas ! la belle cité riante d'autrefois, la ville animée et commerçante, dont les rares
survivants du vieux 33e nous avaient si souvent vanté les charmes.
Par cette matinée pluvieuse et maussade, Arras, encore meurtrie de ses nombreuses blessures, nous
apparaissait d'une tristesse infinie.
Le 33e a repris le chemin de sa caserne, que la sauvagerie des barbares n'a point épargnée.
Et maintenant, fier du devoir accompli, il va confier son drapeau aux générations nouvelles qui
sauront le porter jusqu'au bout, dans l'immortalité.
FIN
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ANNEXE I
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33e régiment d'infanterie. — Après avoir fait preuve, à Verdun, dans la Somme et au plateau de
Vauclerc, d'autant d'ardent courage que d'invincible ténacité, vient, le 31 juillet 1917, sous le
commandement du lieutenant-colonel PARTIOT, de conquérir de haute lutte et d'un seul élan la
triple ligne de tranchées puissamment organisée qui formait son objectif. L'a dépassée dans un
mouvement irrésistible et s'est emparé du village fortifié de Bixschoote, constituant pour
l'ennemi un point d'appui d'une importance considérable.
33e régiment d'infanterie. — Régiment d'élite, dont les éléments, sous le commandement du
lieutenant-colonel WENDLING, ont rivalisé, du 31 mai au 12 juin 1918, d'esprit de sacrifice
dans une lutte pied à pied, allant jusqu'au corps à corps, réussit à briser les efforts désespérés de
l'ennemi pour percer notre ligne et l'arrêter dans sa progression.
Engagé à nouveau, a tenu tête, le 12 juin, à une attaque des plus violentes, infligeant de lourdes
pertes à un ennemi très supérieur en nombre et réussissant, dans un combat acharné, à
l'empêcher d'aborder notre ligne principale.
ATTRIBUTION DE LA FOURRAGÈRE
Par ordre n° 122 F., le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre est
accordé au 33e régiment d'infanterie.
Le peloton de pionniers, qui, dans les travaux d'organisation défensive du secteur de la Croix de
Saint-Jean, a, sous la direction intelligente et énergique du sous-lieutenant DUSSART, déployé
une activité considérable, fait preuve d'une grande endurance et sacrifié ses nuits pour assurer
aux compagnies du régiment la meilleure et la plus rapide protection.
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Le corps des brancardiers du 33e. — Les brancardiers ont fait preuve de courage et d'un bel
exemple d'abnégation en ramenant les blessés sous un violent bombardement et sous les gaz dans
des conditions extrêmement difficiles. Plusieurs d'entre eux ont été intoxiqués ou renversés par des
éclatements. Le personnel du poste de secours central a fait preuve d'un dévouement de tous les
instants, ne prenant aucun repos pendant plusieurs jours pour donner ses soins aux blessés et
faciliter l'évacuation.
Peloton des pionniers. — Dans les journées des 10 et 11 novembre, le peloton des pionniers du
33e, sous le commandement du lieutenant DUSSART, s'est dépensé avec un zèle et un
dévouement inlassables pour rétablir les ponts que les Allemands faisaient sauter pendant leur
retraite. A assuré ce travail sous le feu des mitrailleuses, contribuant ainsi à la progression de
l'infanterie et permettant à l'artillerie de suivre l'avant-garde.
Le 1er bataillon. — S'est porté crânement à l'attaque d'une position très forte, malgré de grosses
pertes ; lancé de nouveau à l'attaque, est reparti avec le même entrain et est resté pendant toute
la journée sous un bombardement et des feux d'infanterie très meurtriers, sans qu'un homme ait
quitté son poste, donnant le 'plus bel exemple collectif de bravoure et de force morale, alors qu'il
n'avait plus debout que deux officiers et quelques sous-officiers.
Le 2e bataillon. — S'est porté crânement à l'attaque d'une position très forte, malgré de grosses
pertes ; lancé de nouveau à l'attaque, est reparti avec le même entrain, sous un feu
particulièrement meurtrier, donnant un bel exemple de courage réfléchi.
Équipe radiotélégraphique du 33e. — Sous les ordres du sergent ROUSSEL n'a cessé, malgré
un bombardement des plus violents, d'assurer la continuité des communications
radiotélégraphiques, réparant son antenne brisée à plusieurs reprises par les obus ; se déplaçant
sous les tirs de barrage, ne cessant de passer des messages jusqu'au moment où l'ennemi fut à 50
mètres de son poste et ne se retirant qu'après avoir sauvé son matériel. Elle a donné clans
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La 11e compagnie. — Alors qu'une mine venait d'exploser à l'improviste et en pleine nuit sous la
tranchée de 1re ligne qu'elle occupait, exposée à un violent bombardement et à une fusillade très
nourrie, a immédiatement occupé les entonnoirs sous le commandement énergique de son chef,
le capitaine BOCQUET, qui a su prendre les mesures les plus rapides et les plus judicieuses.
Coupée momentanément-du reste de son bataillon par un bombardement intense, a reconstitué
rapidement et avec des moyens de fortune une ligne de résistance et a fait dire tout simplement à
l'arrière : « Tout va bien. »
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ANNEXE II
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NOMS
OFFICIERS
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SOUS-OFFICIERS
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CAPORAUX
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SOLDATS
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