Structures mathématiques et logique
Structures mathématiques et logique
2022-2023
cbna
Lycée Lesage
Vannes
MP
François S AUVAGEOT
1
CHAPITRE
Structures mères
Introduction
1 Logique
Une tautologie est un énoncé qui est vrai quelque soient les valeurs de vérité des
assertions considérées. Autrement dit une tautologie est une simple reformulation.
Les tautologies mettant en jeu des quantificateurs qui sont les plus utiles
sont :
♥ 1. ¬(∃x A(x)) ≡ ∀x ¬A(x).
2. ¬(∀x A(x)) ≡ ∃x ¬A(x).
3. ¬(∀x (P (x) ⇒ Q(x))) ≡ ∃x (P (x) ∧ ¬Q(x)).
En mathématiques, une structure désigne une théorie « plus forte » que la théo-
rie des ensembles, c’est-à-dire une théorie qui en contient tous les axiomes, signes et
règles. C’est donc une théorie « fondée » sur la théorie des ensembles, mais contenant
également des contraintes supplémentaires, qui lui sont propres, et qui permettent
également de définir de nouvelles structures qu’elle inclut.
La théorie des ensembles utilise notamment les symboles = et ∈. Le premier signifie
que deux objets sont identiques (a = b) et le second qu’un objet appartient à un
ensemble (x ∈ A). On prendra garde que toutes les propriétés ne définissent pas un
ensemble, comme le montre le célèbre paradoxe de Bertrand Russel (1872–1970).
Pour autant il existe des objets qui se contiennent eux-mêmes dans un sens
strict. On peut penser aux objets fractals par exemple. Un autre exemple est
Remarque 1 - 1 donné par les entiers naturels. Dans le monde anglo-saxons les entiers se comptent
à partir de 1, dans le monde francophone c’est à partir de 0. Pour autant les deux
ensembles sont en bijection et l’un contient strictement l’autre.
1. A ⊂ B ≡ ∀x (x ∈ A ⇒ x ∈ B).
♥
2. A = B ≡ (A ⊂ B ∧ B ⊂ A) ou encore A = B ≡ ∀x (x ∈ A ⇔ x ∈ B).
Quelques ensembles :
1. Une paire est un ensemble E = {a, b}. On a x ∈ A ⇔ (x = a ∨ x = b). On
notera qu’il peut arriver que a soit égal à b et que E n’ait donc qu’un seul
élément.
2. L’écriture {x ∈ E | A(x)} signifie {x | x ∈ E ∧ A(x)} (définition en compré-
Définition 1 - 1
hension).
3. L’ensemble vide peut être défini par ∅ = {x ∈ E | x ̸= x}. Il est en fait
indépendant de E.
4. L’ensemble des parties d’un ensemble est noté P (E). On a donc A ∈
P (E) ≡ A ⊂ E.
Plus généralement
1. Une réunion d’une famille d’ensembles X appartenant eux-mêmes à un
ensemble E (qui est donc alors un ensemble d’ensembles) se définit par
[
X = {x | ∃X ∈ E , x ∈ X} .
X∈E
Définition 1 - 3
2. Une intersection d’une famille d’ensembles X appartenant eux-mêmes
à un ensemble E (qui est donc encore un ensemble d’ensembles) se définit
par \
X = {x | ∀X ∈ E , x ∈ X} .
X∈E
1. Si A′ ⊂ A et B ′ ⊂ B, alors A′ ∩ B ′ ⊂ A ∩ B et A′ ∪ B ′ ⊂ A ∪ B.
Propriétés 1 - 1 2. Si A ⊂ E et B ⊂ E, alors E \ (A ∪ B) = (E \ A) ∩ (E \ B) et E \ (A ∩ B) =
(E \ A) ∪ (E \ B).
Lois de de Morgan
1. A ∩ (B ∩ C) = (A ∩ B) ∩ (A ∩ C)
2. A ∪ (B ∪ C) = (A ∪ B) ∪ (A ∪ C)
Propriétés 1 - 2
3. A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C)
4. A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C).
Augustus de Morgan 1806-1871.
3 Fonctions
Comme souvent en mathématiques, ce sont plus les transformations qui sont in-
téressantes et pertinentes que les objets eux-mêmes. Au niveau des ensembles, une
transformation est une fonction. Elle ne diffère pas grandement d’un ensemble, mais
c’est surtout la façon d’y penser qui diffère. La plupart des notions de cette section sont
à la limite du programme et seules celles qui sont mises en exergues sont à maîtriser.
Pour commencer, il faut définir le couple. Un couple est une notion compliquée,
même si elle est d’apparence simple. Techniquement l’écriture (a, b) est un raccourci
pour {{a} , {a, b}}. On a donc (a, b) = (a′ , b′ ) ⇔ (a = a′ ∧ b = b′ ). On note également,
si c = (a, b), a = pr1 (c) et b = pr2 (c). Ce sont les première et seconde projections du
couple c.
On définit alors le produit cartésien de deux ensembles :
A × B = {x | ∃a ∈ A , ∃b ∈ B , x = (a, b)} .
— Une application est une fonction, au sens strict précédent, telle que tous
les éléments de E ont effectivement une image. Autrement dit pr1 (Γ) = E,
i.e. pr1 est surjective et elle est donc bijective.
Définition 1 - 4 — On note f : E → F une application. Pour x dans E, on note alors f (x)
l’unique élément de F tel que (x, f (x)) ∈ Γ.
— On dit que f (x) est l’image de x par l’application f et x est l’antécédent
de f (x) par f .
L’égalité des applications est l’égalité des triplets. L’ensemble des applications de E
dans F est noté F (E, F ) est peut-être vu comme un sous-ensemble de P (E × F ) ×
P (E) × P (F ). L’ensemble des graphes d’applications de E dans F est noté F E .
Par abus de notation F E et F (E, F ) peuvent être utilisés l’un pour l’autre. Enfin
F (E, E) est noté F (E).
On a les notions habituelles sur les applications :
∀y ∈ F ∃!x ∈ E y = f (x) .
Les applications manipulent des éléments d’ensembles, mais on peut aussi les étendre
à des transformations des parties d’un ensemble. On introduit ainsi les applications
« image directe » et « image réciproque ».
Si f : E → F , on définit
1. f∗ : P(E) → P(F ) par
f∗ (A) = {y ∈ F | ∃x ∈ A , y = f (x)} .
f ∗ (B) = {x ∈ E | f (x) ∈ B} .
1. f∗ (∅) = ∅ et f ∗ (∅) = ∅.
2. f ∗ (F ) = E.
3. f∗ (E) = F ⇔ f est surjective.
Propriétés 1 - 5
4. Si f est bijective, f ∗ = (f −1 )∗ .
5. Par composition, on a (g ◦ f )∗ = g∗ ◦ f∗ (covariance) et (g ◦ f )∗ = f ∗ ◦ g ∗
(contravariance).
1. f (A ∪ B) = f (A) ∪ f (B).
2. f −1 (A ∪ B) = f −1 (A) ∪ f −1 (B).
3. f −1 (A ∩ B) = f −1 (A) ∩ f −1 (B).
Propriétés 1 - 6
4. f −1 (F \ B) = E \ f −1 (B).
5. (g ◦ f )(A) = g (f (A)).
6. (g ◦ f )−1 (A′ ) = f −1 g −1 (A′ ) .
mais attention
1. f (A ∩ B) ⊂ f (A) ∩ f (B).
2. f f −1 (A′ ) ⊂ A′ .
Danger
3. f −1 (f (A)) ⊃ A.
4. Il n’y a aucun lien a priori entre F \ f (A) et f (E \ A).
On a les notions de restriction pour une fonction (de la source, de l’image ou des
deux ensembles) :
Une fonction étant avant tout une transformation, certaines notions liées aux fonc-
tions sont des notions faisant référence aux ensembles, ou parties.
On parle de partie :
Stable si f (A) ⊂ A,
Invariante (globalement) si f (A) = A,
Définition 1 - 8 Fixe (point par point) si ∀x ∈ A, f (x) = x.
Si A est stable, la restriction de f à A est à valeurs dans A. On définit alors
l’application induite par f sur A comme l’application de A dans A coïncidant
avec f sur A.
4 Familles
Une famille n’est rien d’autre qu’un graphe d’application. On appelle l’ensemble de
départ ensemble des indices et on écrit (Ai )i∈I plutôt que i 7→ A(i).
On définit ainsi la réunion et l’intersection de familles et on étend les lois de de
Morgan aux familles d’ensemble. On montre également l’associativité de l’intersection
et de la réunion, ainsi que la possibilité de réindexation :
!
[ [ [ [
1. Si I = Ik , alors Ai = Ai .
k∈K i∈I k∈K i∈Ik
!
[ \ \ \
Propriétés 1 - 7 2. Si I = Ik , alors Ai = Ai .
k∈K i∈I k∈K i∈Ik
[ [ \ \
3. Si φ : J → I est une bijection, alors Ai = Aφ(j) et Ai = Aφ(j) .
i∈I j∈J i∈I j∈J
On étend également aux familles les résultats sur l’inclusion, les complémen-
taires, le passage à l’image directe et à l’image réciproque. On étend enfin la notion
♠ de produitQ cartésien et les résultats sur les applications de E àQvaleurs dans un
produit i∈I Ai . Si, pour tout i dans I, on a Ai = B, on note i∈I Ai = B I , ce
qui est consistent avec les notations précédentes.
5 Relation binaire
Une relation binaire est une autre façon d’interpréter un graphe inclus dans E × E.
Au lieu de dire qu’un couple (x, y) d’éléments de E appartient au graphe, on dit que
x et y sont reliés, et on note xRy. Tout comme le couple est une paire ordonnée, i.e.
(x, y) et (y, x) désignent a priori des choses distinctes, les relations xRy et yRx sont
a priori des expressions distinctes.
Attention ! le graphe d’une relation binaire n’a aucune raison d’être un graphe
Danger
fonctionnel. C’est même plutôt l’exception !
Relation d’équivalence
Bien qu’il soit parfois commode de ne retenir dans une classe d’équivalence
♥ que l’un de ses éléments, il est en fait plus profond de penser que les classes
d’équivalence sont des ensembles.
est une partition de E. La relation d’équivalence qui lui est associée est définie
Exemple 1 - 1
par
x1 Rx2 ⇔ f (x1 ) = f (x2 ) .
Bien que signalé hors programme, il est bon de savoir que l’ensemble des
♠ classes d’équivalence de E modulo R est appelé ensemble quotient et est noté
E/R.
Relation d’ordre
Pour une relation d’ordre deux éléments ne sont pas nécessairement en relation.
On dit que x et y sont comparables si xRy ∨ yRx. Quand tous les éléments
sont comparables deux à deux, on dit que l’ordre est total. Sinon on dit qu’il
Définition 1 - 13
est partiel. Une relation d’ordre (total ou partiel) est souvent notée ≤. On note
alors x < y pour (x ≤ y ∧ x ̸= y) et on dit que < est un ordre strict.
S’il existe, le plus grand (resp. petit) élément est unique. On le note max A
Proposition 1 - 1
(resp. min A).
On prendra garde qu’une fonction qui n’est pas croissante n’a aucune raison
d’être décroissante, même un tout petit peu. Par exemple la fonction caractéris-
Danger
tique des rationnels prend les valeurs 0 ou 1 et n’est monotone sur aucun intervalle
de R.
Proposition 1 - 2 Une fonction qui est monotone et injective est strictement monotone.
La réciproque n’est pas vraie en général. Elle l’est si l’ordre sur l’ensemble
Danger de départ est total. Un contre-exemple est donné par la fonction cardinal sur
l’ensemble des parties d’un ensemble fini.
Dans K[X] la divisibilité n’est pas une relation d’ordre. On peut toutefois lui
associer la relation d’équivalence ∼ définie par
P ∼ Q ≡ (P | Q ∧ Q | P ) .
Les classes d’équivalence sont les classes de polynômes associés : ils ne diffèrent
Exemple 1 - 6 qu’à un multiple scalaire non nul près. On peut par exemple choisir dans chaque
classe de polynômes associés l’unique polynôme normalisé.
Cet ensemble quotient, ou cet ensemble de représentants des classes d’équiva-
lence, est alors ordonné par la divisibilité et si on lui retire la classe de 1 (i.e. des
polynômes constants non nuls) il possède une infinité d’éléments minimaux : les
polynômes irréductibles (unitaires).
Plus généralement on peut construire une relation d’ordre par passage au quotient.
Soit ≺ une relation de préordre définie sur E, c’est-à-dire une relation binaire
réflexive et transitive. La relation binaire définie sur E par
x ≍ y ⇔ (x ≺ y ∧ y ≺ x)
Pour aller plus loin est une relation d’équivalence. Pour x ∈ E, on note x sa classe d’équivalence. On
note Eb l’ensemble des classes d’équivalence. La relation définie sur E
b par
x≤y⇔x≺y
6 Lois
Une loi est une autre façon de penser aux graphes ou aux applications. C’est une
application d’un produit d’ensembles (éventuellement différents) dans un ensemble.
Les notions de magma et d’opération sur un ensemble ne sont pas au programme,
mais interviennent naturellement dans les définitions des objets du programme.
Une loi de composition interne définie sur un ensemble E est une application de
E × E vers E. Si ⊺ (lire truc) est une telle loi de composition interne, pour (x, y) ∈ E 2 ,
on note x ⊺ y au lieu de ⊺ (x, y). On dit alors que E est un magma. Si E est muni de
plusieurs lois internes, on parle de multi-magma.
Une loi de composition externe définie sur un ensemble E et à opérateurs dans un
ensemble X est une application de X × E vers E. Si ⋆ (lire étoile) est une telle loi de
composition externe, pour (λ, x) ∈ X × E, on note λ ⋆ x au lieu de ⋆ (λ, x).
Dans la suite, on note ⊺ et ⊥ (lire anti-truc) des lois internes sur un ensemble E et
⋆ une loi externe de l’ensemble X sur l’ensemble E.
Par exemple P (E) est muni de deux lois internes : ∩ et ∪ ; F (E) est muni
Exemples 1 - 7 de la loi interne ◦ ; un espace vectoriel est muni de deux lois, une interne et une
externe : + et ·.
Une loi externe peut être distributive par rapport à une loi interne : dans ce
Remarque 1 - 5
cas on a ∀x ∈ X, ∀(a, b) ∈ E × E, x ⋆ (a ⊺ b) = (x ⋆ a) ⊺ (x ⋆ b).
On appelle monoïde tout couple (E, ⊺) constitué d’un ensemble et d’une loi de
composition interne définie sur cet ensemble qui est associative et est pourvue d’un
élément neutre.
Quand, dans un monoïde, la loi de composition interne est notée + (loi ad-
ditive) elle est nécessairement commutative et son élément neutre est noté 0.
L’inverse de a (quand il existe) est appelé opposé et noté −a.
Notation Quand, dans un monoïde, la loi de composition interne est notée × ou · (loi
multiplicative), son élément neutre est noté 1. On écrit alors ab au lieu de a × b.
L’inverse de a (quand il existe) est noté a−1 . Si, de plus, la loi est commutative,
l’inverse de a peut se noter a1 .
Les anneaux ont été formalisés par Richard Dedekind (1831–1916), bien que le
terme ait été introduit par David Hilbert (1862–1943), et étudiés systématiquement
par Emmy Noether (1882–1935, mathématicienne allemande chassée par le régime
nazi en 1933 et morte peu après aux États-unis).
Un anneau est un ensemble dans lequel on peut effectuer des opérations sem-
blables à l’addition, la soustraction et la multiplication. En dehors des corps
habituel (le corps Q des nombres rationnels, le corps R des nombres réels et le
corps C des nombres complexes), en voici quelques autres :
— les entiers relatifs Z et les nombres décimaux (parfois noté D),
Exemple 1 - 10 — les matrices carrées d’ordre n à coefficients dans un corps Mn (K),
— les endomorphismes d’un espace vectoriel End(E),
— les (homo)morphismes d’un groupe G abélien (commutatif) Hom(G).
— les entiers de Gauss Z[i], i.e. les nombres complexes de parties réelle et
imaginaire entières.
— l’algèbre associative K[X] des polynômes à coefficients dans le corps K.
Les corps ont également été formalisés par Dedekind et c’est Ernst Steinitz
(1871–1928) qui en donne la définition actuelle.
+ 0 1 × 0 1
0 0 1 0 0 0
1 1 0 1 0 1
Muni de ces deux lois, F2 possède une structure de corps. On le note aussi Z/2Z.
Exemple 1 - 11 Plus généralement, lorsque p est un nombre premier, Z/pZ admet une struc-
ture de corps. Comme on le fait du plan R2 , on peut munir (Z/pZ)2 d’une
structure de corps et, même (Z/pZ)r pour tout entier naturel non nul r. Il y a
unicité, à isomorphisme près, d’un corps fini à cardinal fixé. Si q = pr , on note
Fq le corps fini à q éléments.
La structure des corps infinis est plus complexe. En dehors des classiques Q,
R et C, on peut citer le corps des fractions d’un anneau intègre, obtenu comme
Q à partir de Z. Par exemple K(X) ou Q[i], obtenus à partir de K[X] et Z[i]
respectivement.
La notion d’espace vectoriel a germé dans les travaux de Hermann Günther Grass-
mann (1809–1877) et a été formalisée par Giuseppe Peano (1858–1932).
La notion d’algèbre a une histoire très complexe. Elle puise ses sources à la fois
dans la logique, notamment avec les travaux de George Boole (1815–1864) complétés
par ceux de Benjamin Peirce (1809–1880) et Charles Sanders Peirce (1839–1914), et
l’algèbre linéaire, avec la recherche de multiplication sur des n-uplets. C’est notamment
William Rowan Hamilton (1805–1865) et Grassmann qui explorent les algèbres ex-
térieures et amènent aux quaternions, bientôt suivis des octaves, découverts par John
Thomas Graves (1806–1870) puis par Arthur Cayley (1821–1895). Leurs générali-
sations sont étudiées par William Kingdon Clifford (1845-1879). L’ensemble de ces
structures porte initialement le nom de systèmes hypercomplexes, puisqu’ils généra-
lisent en quelque sorte la notion de nombre complexe. Le terme d’algèbre est donné
par Bartel Leendert van der Waerden (1903—1996) dans son ouvrage fondateur
Moderne Algebra en 1930.
Très souvent les algèbres sont aussi associatives, donc (A, +, ×) est vraiment
un anneau, et contiennent K, ce qui fait que l’associativité externe résulte de
l’associativité. C’est le cas pour les K-algèbres K[X], Mn (K) ou F (X, K) pour
un ensemble X quelconque.
Le corps non commutatif des quaternions ou l’agèbre non associative des oc-
tonions forment les seules R-algèbres de dimension finie dites à division, i.e. sans
Exemple 1 - 13 diviseurs de 0. Elles ne sont que le début d’une suite infinie d’algèbres obtenue
par la construction de Cayley-Dickson (Leonard Eugene Dickson, 1874-1954),
avec par exemple les sedenions qui forment une algèbre de dimension 16 sur R.
Il existe bien d’autres types d’algèbres : algèbre extérieure (avec comme
exemple celle fournie par le produit vectoriel de vecteurs en dimension 3), algèbre
de Lie, algèbre de Jordan, algèbre de Banach. Les plus importantes dans ce
cours seront toutefois K[X] et Mn (K).
C’est pour cette raison que George Boole et, à sa suite, Alfréd Rényi (1921-1970),
notent xy l’intersection de deux ensembles x et y, 1 l’ensemble total, 0 l’ensemble vide,
1 − x le complémentaire de l’ensemble x etc. Le plus subtil est x + y pour la réunion
disjointe, puisque la réunion est plutôt x + y − xy ou encore 1 − (1 − x)(1 − y). Avec
ces notations booléennes, il existe des diviseurs de 0 : xy = 0 signifie que x et y sont
disjoints et ainsi x(1 − x) = 0 ou encore x = x2 .
L’existence de l’ensemble N des entiers naturels est supposée acquise. Il est muni
des lois + et ·, ainsi que d’une relation d’ordre ≤, dont les propriétés essentielles sont
supposées connues. En particulier on retiendra :
Les traces sur N des intervalles de R seront notés avec une double barre. Par
exemple Jp; qK = [ p; q ] ∩ N et Jp; +∞K = [ p; +∞ [ ∩ N.
Récurrence simple
Soit P un prédicat sur N. Si, pour un certain entier naturel n0 , P(n0 ) est vrai
Corollaire 1 - 1 et que, de plus,
∀n ≥ n0 , P(n) ⇒ P(n + 1)
alors P(n) est vrai pour tout entier n supérieur (ou égal) à n0 .
Récurrence double
Soit P un prédicat sur N. Si, pour un certain entier naturel n0 , P(n0 ) et
P(n0 + 1) sont vrais et que, de plus,
Corollaire 1 - 2
∀n ≥ n0 + 1 , (P(n − 1) ∧ P(n)) ⇒ P(n + 1)
alors P(n) est vrai pour tout entier n supérieur (ou égal) à n0 .
Récurrence forte
Soit P un prédicat sur N. Si, pour un certain entier naturel n0 , P(n0 ) est vrai
et que, de plus,
Corollaire 1 - 3
∀n ≥ n0 , (∀k ∈ Jn0 ; nK , P(k)) ⇒ P(n + 1)
alors P(n) est vrai pour tout entier n supérieur (ou égal) à n0 .
On admet les théorèmes suivants beaucoup moins banals qu’il n’y paraît :
8 Ensembles finis
On dit que deux ensembles E et F sont équipotents s’il existe une bijection
Rappel
de E sur F .
On dit qu’un ensemble E est fini non vide si il existe un entier p strictement
Définition 1 - 22 positif tel que E soit équipotent à J1; pK. L’entier p est alors unique et est appelé
cardinal de E et noté Card(E), |E| ou ♯E.
Théorème 1 - 6 Les parties finies non vides de N sont les parties non vides majorées.
Démonstration.
a. Condition nécessaire. On travaille par récurrence sur le cardinal p d’une partie
non vide finie. Soit P le prédicat sur N∗ donné par P(n) : toute partie de N de
cardinal n est majorée.
a. Initialisation : P(1) est immédiat puisque qu’une partie de cardinal 1 est
majorée par son unique élément.
b. Hérédité. Soit p dans N∗ tel que P(p) soit vrai et P une partie finie de N
de cardinal p + 1 éléments. Soit enfin f une bijection de J1; p + 1K sur P .
|P
On note P1 = P \ {f (p + 1)}. La birestriction g = f|J1;pK
1
de f est alors une
bijection de J1; pK sur P1 . Ceci fait de P1 un ensemble fini de cardinal p et
donc majoré. Soit M1 un de ses majorants. Alors M = max (M1 , f (p + 1))
est un majorant de P qui est donc bien majoré.
b. Condition suffisante. On travaille par récurrence forte sur le plus grand élé-
ment M d’une partie non vide majorée de N. Soit P le prédicat sur N donné
par P(n) : toute partie de N de plus grand élément n est finie.
Soit P une partie non vide et majorée de N et soit M son plus grand élément.
On montre par récurrence forte sur M que P est fini.
a. Initialisation : P(0) est immédiat puisque qu’une partie de plus grand élé-
ment nul est égale à {0} et est donc de cardinal fini égal à 1.
b. Hérédité. Soit M dans N tel que P(n) soit vrai pour n ≤ M et P une partie
non vide majorée de plus grand élément M +1. Soit alors P1 = P \{M + 1}.
Si P1 est vide, alors P est de cardinal 1. Sinon P1 est non vide et majoré
par M . Son plus grand élément est donc inférieur à M . Par hypothèse de
récurrence, P1 est donc fini. Soit alors p son cardinal ; il existe une bijection f
de J1; pK sur P1 que l’on peut étendre à J1; p + 1K en posant f (p+1) = M +1.
L’extension f de f ainsi construite est alors une bijection de J1; p + 1K sur
P qui est bien fini.
Soit P une partie finie non vide de N de cardinal p. Alors il existe une unique
Théorème 1 - 7
bijection (strictement) croissante de J1; pK sur P .
— Soit E et F deux ensembles équipotents. Si l’un est fini, l’autre l’est aussi
et ils ont même cardinal.
— Toute partie E ′ d’un ensemble fini E est elle-même finie et Card(E ′ ) ≤
Card(E) avec égalité si et seulement si E ′ = E.
— Soit E et F deux ensembles finis de même cardinal et f : E → F . Alors
l’injectivité, la surjectivité et la bijectivité de f sont équivalentes.
Propriétés 1 - 9
— Soit f : E → F où E est un ensemble fini. Alors f (E) est une partie finie
de F et on a Card(f (E)) ≤ Card (E) avec égalité si et seulement si f est
injective.
— Toute intersection d’ensembles finis est finie.
— Toute réunion finie d’ensembles finis est finie de cardinal inférieur ou égal
à la somme des cardinaux.
Xn X0
Dans un monoïde additif a , on définit par récurrence la notation ak par ak =
! k=1 k=1
n+1
X Xn
0 et ak = ak + an+1 .
k=1 k=1
X
On peut alors définir, pour tout ensemble fini d’indices I, la notation ai à l’aide
i∈I
d’une bijection f de J1; nK sur I par
X n
X
ai = af (k) .
i∈I k=1
X
Convention ai = 0
i∈∅
n
Y
Dans un monoïde multiplicatif b , on définit par récurrence la notation ak par
! k=1
0
Y n+1
Y n
Y
ak = 1 et ak = ak × an+1 .
k=1 k=1 k=1
Dans un monoïde multiplicatifY commutatif on peut alors définir pour tout en-
semble fini d’indices I la notation ai à l’aide d’une bijection f de J1; nK sur I par
i∈I
Y n
Y
ai = af (k) .
i∈I k=1
Y
Convention ai = 1
i∈∅
Card(E) = p × Card(F ) .
Pour toute partition (Ai )i∈I d’un ensemble fini E, l’ensemble I est lui-même
fini et, de plus,
Théorème 1 - 9 X
Card(E) = Card(Ai ) .
i∈I
Démonstration.
a. L’initialisation à p = 1 est claire puisqu’alors F E ≃ F .
φa : F (E, F ) → F (E1 , F )
Démonstration. Il suffit de constater que P (E) et F (E, {0, 1}) sont équipotents
via la bijection qui à une partie A de E associe sa fonction caractéristique 1A . □
comme on le voit en prenant une bijection de J1; Card(A)K sur A que l’on prolonge
en une bijection de J1; Card(E)K sur E.
1A∪B + 1A∩B = 1A + 1B ,
que l’on peut vérifier pour tout x dans E dans les quatre cas exclusifs x ∈ A ∩ B,
x ∈ A \ A ∩ B, x ∈ B \ A ∩ B et x ∈/ A ∪ B, et de la remarque précédente appliquée à
E = A ∪ B et à ses parties A, B, A ∩ B et A ∪ B. □
Formule de Poincaré
Si A, B et C sont des parties finies d’un même ensemble, alors on a
À tout arrangement à p éléments, qui est une p-liste, on associe son support,
i.e. l’ensemble des éléments constituant la p-liste. Comme c’est un arrangement,
cet ensemble a p éléments, i.e. est une combinaison à p éléments. Réciproquement
Idée
à toute combinaison à p éléments de E, on peut associer autant d’arrangements à p
éléments qu’on a de possibilités de ranger p éléments, à savoir p! . Par conséquent
Apn = p! np , d’où la propriété.
n
Définition 1 - 27 Les nombres s’appellent coefficients binomiaux.
p
On peut les représenter sur un triangle, dit triangle de Pascal (Blaise Pascal,
1623-1662).
Ce triangle était connu du mathématicien perse Abu Bekr ibn Muhammad ibn
al-Husayn Al-Karaji (953–1029) et est connu en Chine sous le nom de triangle
de Yang Hui (1238-1298). Dans ses écrits, il l’attribue à un autre mathématicien
chinois, de deux siècles son prédecesseur : Jia Xian (ca. 1010-1070), dont les tra-
Aparté vaux ont été perdus. Il était utilisé pour extraire des racines carrées ou cubiques.
Le triangle apparaît également sous le nom meruprastāra dans un commentaire
du Xe siècle des travaux du mathématicien indien Acharya Pingala (ca. -300/-
200) sur la prosodie. Dans ces travaux on trouve le 0, la notation binaire et la
suite de Fibonacci !
n
Le terme est donc défini comme le nombre de façons de choisir k éléments
k
dans un ensemble de n éléments, notamment k termes dans un produit de n termes.
On en déduit directement la formule du binôme
Les coefficients binomiaux satisfont aux formules suivantes valables pour des
entiers vérifiant n ≥ p ≥ 0 :
n n
Symétrie =
p n−p
n n−p n
Théorème 1 - 19 ne ligne = ×
p+1 p+1 p
n+1 n+1
n
Diagonales = ×
p+1 p+1 p
n+1
n n
Relation de Pascal = + .
p+1 p+1 p
n
Démonstration. Les vérifications sont triviales à partir de la formule =
p
n!
, mais on peut également les interpréter de façon ensembliste.
p! (n − p)!
La première formule correspond à l’échange entre a et b dans la formule du binôme,
c’est-à-dire à l’application bijective qui à une partie A associe son complémentaire,
échangeant ainsi les parties de cardinal p avec celles de cardinal n − p.
La seconde provient de la remarque sur le calcul direct sur la ne ligne. Elle exprime
que pour construire une partie à p+1 éléments à partir d’une partie à p éléments, il faut
lui adjoindre un élément parmi les n − p de son complémentaire, et réciproquement il
faut supprimer un des p + 1 éléments d’une partie à p + 1 éléments pour en obtenir une
à p éléments. On peut l’écrire directement sous forme d’égalité d’une somme double en
utilisant une bijection entre les couples (A, x), formés d’une partie A à p+1 éléments et
d’un élément x de A, et les couples (B, y), formés d’une partie B à p éléments et d’un
élément y de B. La bijection envoie (A, x) sur (A \ {x} , x) dont la bijection réciproque
envoie (B, y) sur (B ∪ {y} , y). Il vient
n X X X X n
(p + 1) = 1= 1 = (n − p) .
p+1 p
|A|=p+1 x∈A |B|=p y ∈B
/
□
n(n − 1) · · · (n − k + 1)
n
L’égalité = est définie a priori pour n et k entiers
k 1.2. · · · .k
naturels. On l’étend directement au cas où n est dans un anneau contenant Z et où
tous les entiers non nuls sont inversibles, comme R, C, R[X] ou Mn (R) par exemple.
On note Un les polynômes de Newton définis par Un = X(X − 1) · · · (X − n + 1) et
Tn les polynômes
de Hilbert (aussi appelés polynômes factoriels) définis par Tn =
Un X
= . Ils jouent un rôle important dans les questions d’interpolation, avec
n! n
l’interpolation de Newton.
Elle consiste à approcher une fonction définie sur J0; nK par un polynôme Pn de
degré au plus n prenant les mêmes valeurs que la fonction, de façon incrémentale : plus
le nombre de points d’approximation augmente, plus on élève le degré. Par opposition
à l’interpolation de Lagrange (Joseph-Louis Lagrange, 1736–1813), à chaque étape
on ne rajoute qu’un seul terme. On étudie l’application linéaire P 7→ (P (0), . . . , P (n)),
dont le noyau est formé des multiples de Un+1 . On remarque, en notant τ et ex les
applications linéaires P 7→ P (X + 1) et P 7→ P (x), qu’on a ek (P ) = e0 (τ k (P )). La
matrice de τ dans la base canonique étant triangulaire supérieure à diagonale formée
de 1, on étudie τ −Id, noté ∆ et on remarque ∆(Tk ) = Tk−1 (pour k ≥ 1) et ∆(T0 ) = 0.
Xn
Comme deg(Tk ) = k, on peut écrire P = ak Tk et alors e0 (∆k (P )) = ak puisque
k=0
e0 (Tk ) = δk,0 .
On peut le dire en termes de suites. Si (uk )k∈N est une suite à valeurs réelles
ou complexes, on lui associe (et ceci donne naissance à un opérateur linéaire sur
l’espace vectoriel des suites) (∆uk )k∈N définie par ∆uk = uk+1 − uk . Le polynôme
d’approximation de Newton d’ordre n, Pn , coïncidant avec (uk )k∈N sur ses n pre-
miers termes s’obtient en calculant successivement P0 = u0 , P1 = P0 + ∆u0 X, · · · ,
X(X − 1) · · · (X − n + 1)
Pn = Pn−1 + (∆n u)0 , avec ∆n = ∆ ◦ · · · ◦ ∆, i.e.
n!
n n n
(∆k u)0
X X X X
Pn = Uk = (∆k u)0 Tk = (∆k u)0 .
k! k
k=0 k=0 k=0
et on peut le définir également comme application linéaire sur l’espace des polynômes c
par ∆(P ) = P (X + 1) − P . Dans ce cadre les polynômes de Newton et Hilbert
constituent une base de triangulation de l’opérateur ∆ : ∆(Tn+1 ) = Tn ou encore
∆(Un+1 ) = (n + 1)Un .
c. On rappelle que les polyômes sont, techniquement, des suites, mais attention les deux définitions de ∆ qui en résultent
ne coïncident pas.
P (X + 1) P ∆(P ) P ∆(P ) P
∆(P Q) = = =
Q Q(X + 1) −∆(Q) Q(X + 1) −∆(Q) Q + ∆(Q)
Aparté
et donc ∆(P Q) est la somme du terme attendu ∆(P )Q + P ∆(Q), correspondant
à une dérivation, et du terme du second ordre ∆(P )∆(Q). Il vient ∆(T22 ) =
2T1 T2 + T12 = T1 (T1 + 2T2 ).
L’égalité fondamentale utilisé pour X 3 , donne avec X 2 : T1 + 2T2 = X 2 = T12
et on retrouve ∆(T22 ) = T13 = ∆(T2 )3 .
N
N +1
X
Le dessin précédent offre une démonstration sans mots de l’égalité n= =
n=1
2
T2 (N + 1). En le joignant à la classique méthode de Gauss de sommation par com-
plément,
N
X N (N + 1)
on en déduit T2 (N + 1) = n= . S’il était besoin on pourrait aussi en
n=1
2
1
déduire T2 = X(X − 1). On termine ce paragraphe avec une identité remarquable,
2
souvent associée à la formule du binôme du moins lorsque n = 2 :
11 Ensembles dénombrables.
Les ensembles infinis sont les ensembles non finis, mais y-a-t-il plusieurs infi-
nis ? En d’autres termes deux ensembles infinis sont-ils toujours équipotents ? La
Idée
réponse est non, comme le prouvent les recherches de Georg Cantor (1845–1918)
et notamment le théorème hors-programme suivant.
Théorème de Cantor ♠
Théorème 1 - 20 Soit E un ensemble quelconque, il n’existe pas de surjection (et donc a fortiori
de bijection) de E sur P (E).
Toute partie de N est au plus dénombrable. Autrement dit, toute partie infinie
de N est dénombrable.
Théorème 1 - 21
Plus précisément, pour toute partie infinie P de N, il existe une bijection
strictement croissante et une seule de N sur P .
et donc ψ = φ. □
Démonstration. Tout entier naturel non nul n admet une unique écriture du type
n = 2p (2q + 1) avec p et q entiers naturels. L’application (p, q) 7→ 2p (2q + 1) − 1 est
donc une bijection de N × N sur N. □
Démonstration.
a. Condition nécessaire. Si I est fini la propriété est claire en prenant une suite
constante égale[à I. S’il est dénombrable, il existe une bijection φ de N sur I.
Comme N = J0; nK, il vient
n∈N
[ [
I= φ(J0; nK) = In
n∈N n∈N
en posant In = φ(J0; nK), et (In ) est bien une suite croissante de parties finies de
I dont la limite est I.
b. Condition suffisante. Soit n dans N. Comme In est fini on dispose d’une
injection jn de In dans N. Soit maintenant j : I → N × N l’application qui
à x dans I associe (n, jn (x)) avec n = min {k ∈ N | x ∈ Ik }. Cette application
est injective et fournit, par composition d’une bijection de N × N sur N, une
injection de I dans N. On en déduit que I un ensemble au plus dénombrable.
□
∞
X an
x= .
n=0
2 n+1
L’ensemble des nombres algébriques, i.e. des racines d’une équation polyno-
miale à coefficients entiers, est dénombrable. Par contre R n’est pas dénombrable.
Ainsi les nombres transcendants (i.e. non algébriques) sont beaucoup plus nom-
breux que les nombres algébriques.
Et pourtant les nombres transcendants sont difficiles à exhiber ! On sait grâce
à Charles Hermite (1822–1901) et Ferdinand von Lindemann (1852–1939) que
Pour aller plus loin
e et π sont transcendants, grâce à des théorèmes démontrés en 1873 et 1882
respectivement. Celle de la constante de Gelfond, eπ , a fallu attendre 1934 et les
travaux d’Alexandre Ossipovitch Gelfond (1906–1968) : elle résulte de la formule
d’Euler et du théorème de Gelfond-Schneider en écrivant √
eπ = (−1)i . Un
autre exemple, constante de Gelfond-Schneider, est 2 2 . Par contre, on ne sait
pas à l’heure actuelle si π e ou e + π sont rationnels, algébriques ou transcendants.
12 Espaces probabilisés
Un univers, le plus souvent noté Ω, est un ensemble. Ses éléments sont le plus
Définition 1 - 30 souvent notés ω et sont appelés indifféremment épreuve, aléa, résultat de l’ex-
périence, événément élémentaire, événément atomique, réalisation du hasard . . .
Comme par exemple la notation de limite pour une suite monotone d’ensembles,
les probabilités utilisent de nombreuses conventions de notations bien utiles, mais qui
ne sont pas au programme.
Somme (disjointe) ♠
Soit A et B deux parties disjointes d’un ensemble. On note A B ou encore
`
A + B leur réunion.
Notation
Plus généralement si (Ai )i∈Iaest une famille X
de parties deux à deux dis-
jointes d’un ensemble, on note Ai ou encore Ai leur réunion.
i∈I i∈I
X
f
πi
Pour aller plus loin
Y Xi
fi
Y
En d’autres termes on a obtenu un objet X tel que XiY = X Y pour tout
i∈I
ensemble Y .
Y
On veut maintenant répondre à la question d’écrire Y Xi = Y X pour un
i∈I
certain objet X, appelé coproduit. Autrement dit on veut résoudre le problème
universel représenté par le dessin
X
f
φi
Recherche
Xi Y
fi
On appelle tribu sur Ω une partie A de P (Ω) qui possède les propriétés
suivantes :
Élément neutre : Ω ∈ A ;
Stabilité par passage au complémentaire : ∀A ∈ A A ∈ A ;
σ-additivité[ : si (Ai )i∈I est une famille au plus dénombrable d’éléments de A,
Définition 1 - 32
alors Ai ∈ A.
i∈I
Un couple (Ω, A) formé d’un univers et d’une tribu sur cet univers est appelé
espace probabilisable. Les éléments de A sont appelés événements observables.
Danger On prendra garde au fait que A ne contient pas nécessairement les singletons !
Si A est une tribu sur Ω, une probabilité sur (Ω, A) est une application
P définie sur A, à valeurs dans [ 0; 1 ] , telle que P (Ω) = 1 et, pour toute suite
(An )n≥0 d’événements deux à deux disjoints dans A, on ait :
+∞
! +∞
[ X
P An = P (An ) .
Définition 1 - 33 n=0 n=0
Autrement dit !
+∞
X +∞
X
P An = P (An ) .
n=0 n=0
▶
Si Ω est fini ou dénombrable et si A = P (Ω), une probabilité P sur (Ω, A)
s’identifie, via la formule
Remarque 1 - 10 P ({ω}) = pω ,
à une famille (pω )ω∈Ω de réels positifs, sommable de somme 1. En particulier si
Ω = N alors lim pn = 0.
L’ensemble P (Ω) est bien entendu une tribu sur Ω. Cette tribu est amplement
suffisante pour faire des probabilités lorsque Ω est fini ou dénombrable. Mais même
dans ce cas on a parfois besoin de restreindre ce qui est mesurable dès qu’on considère
des modélisations un tant soit peu évoluées : avec deux ou plus phénomènes modélisés
en même temps, on a besoin de choisir un univers qui contient toutes les informations
et résultats des phénomènes, et plusieurs tribus permettent de rendre compte du fait
que l’on sait des choses sur l’un ou l’autre des phénomènes mais pas sur les autres.
Plus généralement si (Ai )1≤i≤n est une famille finie d’événements obser-
vables, alors
7. P est additive, i.e. P (A1 + · · · + An ) = P (A1 ) + · · · + P (An ) – on prendra
garde que cela requiert que les événements (Ai )1≤i≤n soient deux à deux
incompatibles ;
8. P est sous-additive, i.e.
Démonstration.
1. On applique la σ-additivité à la suite dont le premier élément est Ω et les autres
sont tous égaux à ∅. Ce sont bien des éléments de A incompatibles deux à deux.
On en déduit que la série de terme constant égal à P (∅) est convergente, i.e. que
ce terme est nul.
2. On applique la σ-additivité à la suite dont les deux premiers termes sont A et B
et dont les autres sont tous égaux à ∅. Le résultat précédent entraîne le résultat
recherché.
3. Puisque A \ B = A ∩ B, on a bien affaire à des éléments de A. De plus l’additivité
appliquée aux événements disjoints A ∩ B et A \ B permet d’obtenir P (A \ B) +
P (A ∩ B) = P (A), ce qui est essentiellement l’assertion voulue. Le cas particulier
résulte du fait qu’alors A ∩ B = B.
4. Le résultat précédent, couplé au fait que P (A \ B) est positif puisque P est à
valeurs positives, donne P (A) − P (B) ≥ 0 si A ⊃ B, d’où le résultat.
Continuité monotone
Soit (An )n∈N une suite d’événements observables, monotone pour l’inclusion.
Alors la suite (P (An ))n∈N est monotone de même sens et, de plus, on a :
— si la suite est croissante, alors
Théorème 1 - 27
lim P (An ) = P (lim ↑ An ) ;
Il en résulte que ces quantités ont une limite puis, par passage à la limite, on en déduit
la propriété recherchée.
Dans le cas décroissant, on applique le résultat précédent à la suite (An )n∈N qui
est bien à valeurs dans A et croissante. Or
+∞
[ +∞
\
lim ↑ An = An = An = lim ↓ An
n=0 n=0
n
[
Démonstration. Pour n dans N, on pose Bn = Am , de sorte que (Bn ) est une
m=0
suite croissante d’événements de A. De plus, par construction, pour tout entier naturel
[n n
[
n, on a Am = Bm et donc aussi
m=0 m=0
+∞
[ +∞
[
Am = Bm .
m=0 m=0
+∞
!
[
Par continuité croissante, on a donc P An = lim P (Bn ).
n=0
Or la suite (P (Bn )) est majorée par la suite (P (A1 ) + · · · + P (An )), par sous-
additivité et donc, par croissance de la limite, il en est de même des limites de ces
deux suites (éventuellement infinie pour la seconde). L’inégalité de Boole en résulte.
□
Démonstration. Puisque A est stable par intersection, PA est défini sur A et, par
croissance et positivité de P, PA est à valeurs dans [ 0; 1 ] .
P (A)
On a PA (Ω) = = 1 et, d’après les lois de de Morgan, pour toute famille
P (A)
dénombrable d’événements observables (Bi )i∈N incompatibles deux à deux,
!
a a
Bi ∩ A = Bi ∩ A
i∈N i∈N
On déduit de la définition la
Formules de Bayes
Soit A, B et (Ai )i∈I des événements observables non négligeables, avec I fini
ou dénombrable, et tels que (Ai )i∈I soit une partition de Ω.
On a
P (A) P (B | A)
P (A | B) =
P (B)
Théorème 1 - 32 et, pour tout i dans I,
P (Ai ) P (B | Ai )
P (Ai | B) = X .
P (Aj ) P (B | Aj )
j∈I
P (A) P (B | A) = P (A ∩ B) = P (B) P (A | B)
Soit (Ai )i∈I une famille quelconque d’événements observables. On dit qu’ils
sont mutuellement indépendants si, pour toute partie finie J de I, on a
Définition 1 - 37 !
\ Y
P Ai = P (Ai ) .
i∈J i∈J
Cette propriété est plus forte que de simplement demander que les événements
Remarque 1 - 14
soit deux à deux indépendants.
Un test sanguin est positif avec probabilité 0, 95 lorsque la personne est ma-
Exercice lade, négatif avec probabilité 0, 9 lorsqu’elle ne l’est pas. La maladie a une préva-
lence de 20%. Quelle est la probabilité que le test se trompe ?
Un(e) interne arrive souvent en retard au self le matin. Son retard est estimé
avec probabilité 0, 4, sauf en cas de retard la veille auquel cas la probabilité n’est
Exercice
que de 0, 1. On note pn la probabilité de son retard lors du ne jour. Calculer
lim pn .
On choisit au hasard un entier X dans J1; 2nK, puis un autre, Y , dans J1; XK.
On pose pn = P (Y ≤ n ≤ X & X − Y ≤ n).
Exercice
a. Calculer pn .
b. Étudier lim pn .
Fonction de répartition
Lorsque X est réelle, on appelle fonction de répartition de X la fonction donnée
par F (x) = P(X ≤ x).
Pour aller plus loin
C’est une fonction en escalier croissante, de limite nulle en −∞ et 1 en +∞.
Ses points de discontinuité sont les éléments de X(Ω) et si x est un tel point, on
a
F (x) − F (x− ) = F (x) − lim− F (y) = PX (x) .
y→x
14 Lois usuelles
Loi uniforme
Soit Ja; bK un intervalle entier, avec a et b dans Z vérifiant a ≤ b. On dit que
X suit une loi uniforme sur Ja; bK, et on note X ∼ U (Ja; bK), si X(Ω) = Ja; bK et
Définition 1 - 40 si, pour a ≤ k ≤ b, on a
1
PX (k) = .
b−a+1
Autrement dit tous les entiers entre a et b ont même probabilité.
Loi de Bernoulli
Soit p dans ] 0; 1 [ . On dit que X suit une loi de Bernoulli de paramètre p,
et on note X ∼ B (p), si X(Ω) = {0, 1} et PX (1) = p. On a alors PX (0) = 1 − p.
Définition 1 - 41
On modélise ainsi une expérience n’ayant que deux issues possibles, appe-
lées succès et échec. Le succès est l’événement (X = 1) tandis que l’échec est
l’événement (X = 0).
Loi binomiale
Soit n dans N∗ et p dans ]0; 1 [ . On dit que X suit une loi binomiale de
paramètres n et p, et on note X ∼ B (n, p), si X(Ω) = J0; nK et, pour 0 ≤ k ≤ n,
Définition 1 - 42 n k
PX (k) = p (1 − p)n−k .
k
On considère maintenant un événement très rare, i.e. p proche de 0, mais que l’on
observe durant une grande période de temps, i.e. n très grand. On peut supposer par
exemple que la probabilité que l’événement se produise est constante, ce qui est le cas si
On dit que la suite de variables aléatoires (Xn ) converge en loi vers une loi de
Pour aller plus loin
Poisson, du nom de Siméon Denis Poisson, 1781–1840.
Loi de Poisson
Soit λ un réel strictement positif. On dit que X suit une loi de Poisson de
paramètre λ, et on note X ∼ P (λ), si X(Ω) = N et, pour k dans N, PX (k) =
Définition 1 - 43 λk
e−λ .
k!
Une loi de Poisson modélise les événements rares, c’est une loi des petits
nombres.
Une loi de Poisson fournit une approximation d’une loi binomiale, plutôt que
Remarque 1 - 18
le contraire.
Loi géométrique
Soit p dans ] 0; 1 [ . On dit que X suit une loi géométrique de paramètre p, et
Définition 1 - 44 on note X ∼ G (p), si X(Ω) = N∗ et, pour k dans N∗ , PX (k) = p(1 − p)k−1 .
Une loi géométrique modélise l’instant de premier succès lors de la réalisation
d’une infinité dénombrable d’épreuves de Bernoulli.
L’instant de premier succès n’est pas vraiment une variable aléatoire au sens
Danger
strict.
N∗
En effet il se peut qu’il n’y ait jamais de succès. On choisit Ω = {0, 1} et, pour
ω dans Ω avec ω = (ωi )i∈N∗ , on définit X(ω) par X(ω) = min {i ∈ N∗ | ωi = 1}, ce
qui a un sens sauf si l’ensemble sur lequel on prend le minimum est vide, i.e. ω est la
suite nulle. Par conséquent X est défini sur Ω′ avec Ω′ = Ω \ {(0)}. Il faudrait encore
définir A et P, mais quoiqu’il en soit, si ces objets existent, puisque
+∞
X p
P(Ω′ ) = PX (N∗ ) = p(1 − p)k−1 = = 1,
1 − (1 − p)
k=1
on aura P(Ω′ ) = 1, ce qui revient à dire d’une part que {(0)} est négligeable et d’autre
part que X est défini presque partout.
C = {ω ∈ Ω | (ω1 , . . . , ωr ) ∈ K}
r
avec r ∈ N∗ et K ⊂ {0, 1} . La tribu A est alors la tribu engendrée par les
Pour aller plus loin cylindres, i.e. la plus petite tribu les contenant, et on définit P sur les cylindres
par
1 X P P
P(C) = r p ωi (1 − p) (1−ωi ) ,
2
(ω1 ,...,ωr )∈K
autrement dit en considérant les éléments de K comme des réalisations d’une suc-
cession de variables de Bernoulli de paramètre p. C’est un théorème important
et difficile de Constantin Carathéodory qui permet d’affirmer que la probabilité
P existe, et est entièrement déterminée par ses valeurs sur les cylindres.
Une variable aléatoire géométrique est sans mémoire, c’est-à-dire que pour k
et ℓ entiers, on a
Proposition 1 - 5 P (X > k + ℓ | X > ℓ) = P(X > k) .
De plus P(X > k) = (1 − p)k .
et
P(X > k + ℓ, X > ℓ)
P (X > k + ℓ | X > ℓ) =
P(X > ℓ)
P(X > k + ℓ)
=
P(X > ℓ)
(1 − p)k+ℓ
=
(1 − p)ℓ
= (1 − p)k
= P(X > k) .
□
Autrement dit la probabilité d’attendre au moins dix lancers avant d’obtenir un
pile est la même que celle d’attendre vingt-cinq lancers sachant que les quinze premiers
étaient des face.
P(X > ℓ + 1)
= P (X > ℓ + 1 | X > ℓ) = P(X > 1) = q
P(X > ℓ)
i.e. X ∼ G (p). □
15 Algèbre linéaire
Sous-espace vectoriel
Définition 1 - 45 Un sous-espace vectoriel de E est une partie F de E qui, munie des bi-
resctrictions des lois de (E, +, ⋆), est un K-espace vectoriel.
Application linéaire
Définition 1 - 46 Une application linéaire est un morphisme d’espaces vectoriels, i.e. une
application respectant la structure de K-espace vectoriel.
Sous-espaces vectoriels
Les sous-espaces vectoriels non-triviaux du plan K2 sont des droites vecto-
Exemples 1 - 19 rielles. Ceux de l’espace K3 sont des droites et des plans vectoriels. Les parties
Kn [X] et K(N) sont des sous-espaces vectoriels respectivement de K[X] et KN .
Si I est un intervalle de R, C 0 (I, K) est un sous-espace vectoriel de KI .
On étend aux familles les objets introduits pour les ensembles finies : intersection
quelconque, combinaison linéaire.
Intersection
Remarque 1 - 22
Une intersection quelconque de sous-espaces vectoriels de E en est un.
Combinaison linéaire
Soit (λi )i∈I ∈ K(I) une famille de scalaires de support fini S et (xi )i∈I ∈ E I
une famille
X de vecteurs
X de E. Alors pourX toute partie finie J de I contenant S,
on a λ i xi = λi xi , i.e. la quantité λi xi ne dépend pas de J. On la note
i∈J i∈S i∈J
Propriété 1 - 11 X
λi xi et on dit que c’est une combinaison linéaire de la famille (xi )i∈I .
i∈I
Pour toute famille (xi )i∈I de E IX
, on a une application linéaire canonique de
K dans E donnée par (λi )i∈I 7→
(I)
λ i xi .
i∈I
La notion de combinaison linéaire est la notion clef en algèbre linéaire. Elle permet
notamment de décrirer les sous-espaces vectoriels.
Espace engendré
Soit A ∈ P (E) où E est un K-espace vectoriel. L’intersection de tous les sous-
espaces vectoriels de E contenant A est un sous-espace vectoriel de E contenant A
et c’est le plus petit (au sens de l’inclusion) sous-espace vectoriel de E contenant
Propriété 1 - 13 A. On le note indifféremment Vect (A), ⟨A⟩ ou Vect (a)a∈A et, si A = {xi | i ∈ I},
on le note également Vect (xi )i∈I . On a
X
x ∈ Vect (A) ⇔ ∃(λa )a∈A ∈ K(A) , x= λa a .
a∈A
La notion de combinaison linéaire, une famille étant fixée, permet de décrire des
vecteurs de E à partir de familles de scalaires. La nature de cette description, selon
qu’elle permet de décrire tous les vecteurs, de façon unique ou non, est une notion
cruciale et amène à la définition des propriétés les plus importantes des familles de
vecteurs.
Base canonique
L’espace nul admet ∅ comme base et K admet {1} comme base en tant que
K-espace vectoriel. Elle est appelée base canonique. Plus généralement la base ca-
Exemples 1 - 21 nonique d’un espace produit est obtenu par produit cartésien. Ainsi les bases cano-
niques de Kn , Mn,p (K), Kn [X] et K[X] sont respectivement ((δij )1≤j≤n )1≤i≤n ,
(Ei,j )(i,j)∈J1;nK×J1;pK , (X k )0≤k≤n et (X k )k∈N .
Formes coordonnées
Si E est un K-espace vectoriel et (ei )i∈I en est une base. Les formes coordon-
Définition 1 - 49 nées associées à cette base sont les formes linéaires (e∗i )i∈I uniquement détermi-
nées par les conditions e∗i (ej ) = δij . Les formes linéaires (e∗i )i∈I constituent une
base de L (E, K).
Hyperplans et codimension
Si E est un espace de dimension finie n et H un hyperplan obtenu comme
n
X
Ker(u), où u est une forme linéaire, une décomposition ai e∗i de u correspond
i=1
n
X
à une équation ai xi = 0 de H, relativement à la base (ei )1≤i≤n . Pour H
i=1
Définition 1 - 50 donné, il n’y a pas unicité de u et donc pas non plus de l’équation, mais il y a
unicité à multiplication par un scalaire non nul près.
Un hyperplan H de E est un sous-espace vectoriel de codimension 1, i.e.
dim(E) − dim(H) = 1. Plus généralement si dim(E) − dim(F ) = m, on dit que
F est de codimension m.
L’intersection de m hyperplans est un espace de codimension au plus m et,
réciproquement, tout espace de codimension m est intersection de m hyperplans.
Un tel espace est donc défini par un système de m équations (non unique).
p X
q
(e)
X
On écrit aussi Mat(u; (e), (f )) ou Mat(f ) (u), ainsi que u = aij e∗j ⊗ fi et
i=1 j=1
Aparté on a L (E, F ) ≃ E ∗ ⊗F . Les trois dernières écritures rappellent que la dépendance
en E est contravariante alors que celle en F est covariante. La matrice de e∗j ⊗fi
est la matrice Eij de la base canonique, i.e. aij = Eij ∗
(Mat(e),(f ) (u)).
Dimension
Un espace vectoriel est dit de dimension finie s’il admet une famille géné-
Théorème 1 - 36
ratrice finie. Tout tel espace admet une base et toutes ses bases ont un même
cardinal fini.
Un espace vectoriel qui n’est pas de dimension finie est dit de dimension infinie.
♠ Un tel espace admet également une base et toutes ses bases sont de cardinal infini.
Le théorème précédent est encore vrai en dimension infinie.
Dimensions de référence
La dimension d’un produit d’espaces vectoriels (de dimensions finies) est la
somme de leurs dimensions. Ainsi les espaces Kn , Mn (K), Mn,p (K) et Kn [X]
sont de dimensions respectives n, n2 , np et n + 1.
Exemples 1 - 22
L’ensemble des solutions d’une équation différentielle linéaire homogène
d’ordre n (sous forme résolue) est un espace vectoriel de dimension n. Il en va de
même pour l’ensemble des suites satisfaisant une relation de récurrence linéaire
homogène (à coefficients constants) d’ordre n.
Rang de la transposée
C’est un fait non totalement évident que le rang d’une matrice est aussi celui
Remarque 1 - 24
de ses vecteurs lignes. Autrement dit le rang d’une matrice est invariant par
transposition.
Somme directe
Soit I un ensembleX
fini et (Ei )i∈I une famille de sous-espaces vectoriels de E.
On dit que la somme Ei est directe si l’application
i∈I
Y X
σ: Ei → Ei
i∈I i∈I
X
(xi )i∈I 7→ xi
Définition 1 - 55 i∈I
est bijective.
Par construction σ est surjective. Elle est donc bijective si et seulement si elle
est injective, ou encore si et seulement si son noyau est réduit à (0)i∈I .
XAutrement dit, la somme est directe si et seulement si l’écriture de tout élément
de Ei comme somme d’éléments des (Ei )i∈I est unique. Quand la somme est
i∈I
X
directe, on écrit ⊕i∈I Ei au lieu de Ei .
i∈I
Existence de supplémentaire
Soit E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace de E. Alors
il existe au moins un sous-espace G de E tel que E = F ⊕ G. On dit alors que G
Théorème 1 - 38
est un supplémentaire de F dans E.
Deux sous-espaces vectoriels F et G de E sont supplémentaires si et seulement
si dim(F ) + dim(G) = dim(E) et F ∩ G = {0}.
Théorème du rang
Soit u dans L (E, F ), avec E et F deux K-espaces vectoriels, et E ′ un sup-
plémentaire de Ker(u) dans E. Alors
Théorème 1 - 39
u|E ′ : E ′ ≃ Im(u) .
Formule de Grassmann
Soit E et F deux sous-espaces vectoriels d’un même espace vectoriel. On a
Exemple 1 - 24 dim(E × F ) = dim(E ∩ F ) + dim(E + F ) ou encore
Endomorphismes remarquables
Si E est un K-espace vectoriel End(E), i.e. L (E, E), est une K-algèbre. Ses
éléments sont appelés endomorphismes de E. Les endomorphismes scalaires sont
les multiples de l’identité, elle-même notée IdE . L’application λIdE est appe-
lée homothétie de rapport λ. L’algèbre End(E) n’est pas commutative, sauf
en dimension inférieure à 1, et son centre (i.e. l’ensemble des endomorphismes
commutant à tous les autres) est formé des homothéties.
Si E = F ⊕ G, le projecteur sur F parallèlement à G est l’unique endomor-
phisme dont la bi-restriction à F est l’identité et celle à G est l’endomorphisme
nul. On le note pG F et on parle aussi de projection sur F parallèlement à G. Géo-
Exemple 1 - 25
métriquement, pour x dans E, le projeté pG F (x) est l’unique point d’intersection
de F avec l’espace affine passant par x de direction G, i.e. (x + G) ∩ F = pG F (x) .
−IdG . Le symétrique sG F (x) est l’unique point de E tel que le milieu de x et sF (x)
G
involution, i.e. s2 = IdE , et alors c’est un symétrie par rapport à Ker(s − IdE ) et
parallèlement à Ker(s + IdE ).
On voit ici l’intérêt d’une base. L’espace ambient est un espace de dimension infinie,
celui des fonctions de classe C ∞ de R dans C. On en extrait un sous-espace vectoriel
(de dimension 2), puis on choisit une base de ce sous-espace.
Ordre 2 homogène
Les équations du type y ′′ + ay ′ + b = 0 se résolvent en considérant l’équation
polynomiale associée X 2 +aX+b = 0. Si cette équation a deux solutions distinctes,
i.e. si a2 + 4b ̸= 0, les solutions à valeurs complexes sont de la forme αy1 + βy2
où yk (x) = erk x en notant r1 et r2 sont les deux racines de X 2 + aX + b.
Exemple 1 - 27
La base (y1 , y2 ) n’est toutefois pas la plus adaptée si a et b sont réels alors que
r1 et r2 ne le sont pas. On peut préférer une base prenant des valeurs réelles, e.g.
( 12 (y1 + y2 ), 2i
1
(y1 − y2 )). Si rk = λ ± iφ, il s’agit de eλx cos(φx) et eλx sin(φx).
Si a + 4b = 0 et r est racine double de X 2 + aX + b, une base de l’espace des
2
En fonction du problème considérée la première base trouvée n’est donc pas toujours
la bonne et tout l’objet de l’algèbre linéaire est de comprendre comment trouver des
bases adaptées et calculer avec.
On verra que d’une façon générale une équation différentielle linéaire à coef-
ficients constants d’ordre n dont le second membre est lui-même solution d’une
Aparté
telle équation d’ordre m, admet un espace de solutions qui est naturellement un
sous-espace affine de dimension n d’un espace vectoriel de dimension n + m.
Pour voir que les espaces de solutions, dans le cas homogène, sont des espaces
vectoriels, il suffit d’introduire une application linéaire dont c’est le noyau. Ici il s’agit
de y 7→ y ′′ + ay ′ + by, d’un côté, et de (un )n∈N 7→ (un+2 + aun+1 + bun )n∈N , de l’autre.
Ce sont des endomorphismes l’une de C ∞ (R, C), l’autre de CN .
La bonne analogie entre continu et discret est donnée par l’opérateur de dé-
rivation discrète, i.e. (un )n∈N 7→ (un+1 − un )n∈N . Le noyau de cet opérateur
Pour aller plus loin
est formé des suites constantes, tandis que celui de la dérivation est formé des
fonctions constantes.
Composition et rang
Soit u ∈ L (E, F ) et v ∈ L (F, G) des applications linéaires de rangs finis.
On a
— rg(v ◦ u) ≤ min(rg(u), rg(v))
Proposition 1 - 6
— si v est injective, rg(v ◦ u) = rg(u)
— si u est surjective, rg(v ◦ u) = rg(v).
En particulier la composition à gauche ou à droite par une application linéaire
bijective ne modifie pas le rang.
Exercices
Ensembles, applications, lois 1 -6 Ⓢ ⋆⋆ Idempotents
Soit E un ensemble fini non vide muni d’une loi de
1 -1 Ⓢ ⋆
composition interne associative notée ⊺.
Soit E un ensemble. On définit une loi interne sur Montrer qu’il existe e dans E tel que e ⊺ e = e.
P (E) par A♯B = E \ (A ∩ B).
Montrer que l’on peut définir les lois ∩, ∪ et ∆ ainsi 1 -7 Ⓢ C ⋆⋆ Anneaux et idempotents
que le passage au complémentaire rien qu’en utilisant la Soit A un anneau tel que x3 = x pour tout x dans
loi ♯. A.
1 -2 Ⓢ ⋆ a. Déterminer les éléments nilpotents de A.
b. Soit e ∈ A tel que e2 = e. On pose b = ea(1 − e)
Soit E un ensemble, A et B des parties de E telles
et c = (1 − e)ae. Calculer b2 et c2 . En déduire que
qu’il existe une partie X de E telle que A ∩ X ⊂ B ∩ X
ae = ea.
et A ∪ X ⊂ B ∪ X.
Montrer A ⊂ B. c. En considérant les carrés de A, montrer que A est
commutatif.
1 -3 Ⓢ ⋆
1 -8 Ⓢ U 2013 ⋆⋆ Associaèdre de Stasheff
Soit E un ensemble et A une partie de E. On appelle
fonction caractéristique de A l’application χA de E dans Soit (A, ×) un magma associatif.
F2 définie par χA (x) = 1 si et seulement si x ∈ A. Démontrer la proposition suivante généralement ad-
mise : pour tout entier n strictement positif, tout n-uplet
a. Pour A et B des parties de E, on note A∆B leur (a1 , . . . , an ) d’éléments de A et tout parenthésage « ad-
différence symétrique, i.e. A∆B = A ∪ B \ A ∩ B. missible » de la multiplication a1 ×· · ·×an (par exemple,
Montrer que χA + χB est la fonction caractéristique pour n = 4, (a1 × a2 ) × (a3 × a4 ), a1 × (a2 × (a3 × a4 )),
de A∆B. (a1 ×(a2 ×a3 ))×a4 sont des parenthésages admissibles),
b. Montrer que χA χB est la fonction caractéristique de le résultat de la multiplication est le même.
A ∩ B.
c. En déduire une structure de F2 -algèbre sur P (E), Relations d’équivalence et relations d’ordre
muni des opérations ∆ et ∩ ;
1 -9 Ⓢ ⋆⋆
d. Montrer que tout élément de P (E) est égal à son
carré. Soit E un ensemble ordonné et f , g : E → E, deux
On dit que P (E) est une algèbre de Boole, du nom de applications croissantes qui vérifient f ◦ f = f , g ◦ g = g
George Boole (1815–1864). Voir exercice 1 - 11 (f et g sont idempotentes) et, ∀x ∈ E, f (x) ≤ x ≤ g(x).
Montrer que f ◦ g et g ◦ f sont idempotentes.
1 -4 Ⓢ ⋆⋆
1 - 10 Ⓢ ⋆⋆⋆ Point fixe
Soit f : X → Y , g : Y → Z et h : Z → X.
Soit E un ensemble non vide ordonné dans lequel
a. On suppose que parmi les trois applications h ◦ g ◦ f , toute partie non vide possède une borne inférieure et
g ◦f ◦h et f ◦h◦g deux sont surjectives et la dernière une borne supérieure, et soit f : E → E croissante.
injective. Montrer que f , g et h sont bijectives. Montrer que f possède un point fixe.
b. Même conclusion en échangeant surjectif et injectif.
1 - 11 Ⓢ ⋆⋆⋆ Anneaux de Boole
1 -5 Ⓢ ⋆⋆ Théorème de factorisation Soit (A, +, ·) un anneau de Boole, i.e. tel que tout
Soit X, Y et Z trois ensembles non vides. élément x de A vérifie x2 = x.
a. Soit f : X → Y et h : X → Z. Montrer : (∃g : a. Montrer ∀x ∈ A, 2x = 0. (On rappelle qu’on a, par
Y → Z, h = g ◦ f ) ⇔ (∀(x, x′ ) ∈ X 2 , f (x) = définition, 2x = x + x.)
f (x′ ) =⇒ h(x) = h(x′ )). Justifier l’appellation du b. Montrer que A est commutatif.
théorème. À quelle condition g est-elle uniquement c. ▶Calculer xy(x + y) pour x et y dans A. En déduire
déterminée ? que si A possède strictement plus de deux éléments,
b. ♠ Soit g : Y → Z et h : X → Z. Montrer : il n’est pas intègre (i.e. on peut trouver deux élé-
(∃f : X → Y , h = g ◦ f ) ⇔ (∀x ∈ X, ∃y ∈ Y , ments non nuls dont le produit est nul).
h(x) = g(y)). d. Montrer par un exemple que A peut être de cardinal
Indication : on utilisera l’axiome du choix. 2. Peut-il être de cardinal 3 ?
On dira que R est un ordre noethérien, du nom d’Emmy Si (ak )0≤k≤n est une suite finie de chiffres valant 0 ou
Noether (1882-1935). 1, avec an = 1, on note an an−1 · · · a0 l’entier m défini
n
X
1 - 13 Ⓢ ⋆⋆⋆ Récurrence noethérienne par m = ak Fk . Une telle écriture est appelée repré-
k=0
On utilise la notion d’ordre noethérien définie à sentation de Fibonacci de m. Elle n’est a priori pas
l’exercice 1 - 12. unique. Si, de plus, la suite ne prend pas la valeur 1
a. Vérifier que ≤ est un ordre noethérien sur N. de façon consécutive (i.e. ak = 1 =⇒ ak+1 = 0) on dit
b. Soit E = N \ {0, 1}. Vérifier que la relation a | b qu’on a affaire à une représentation de Zeckendorff.
définit un ordre noethérien sur E. Quels sont les élé- Par exemple 8 = 1100 = 10000, la première représen-
ments minimaux de E ? tation n’étant pas une représentation de Zeckendorff,
c. Vérifier que l’ordre lexicographique est un ordre noe- alors que la seconde l’est.
thérien sur N2 . Quels sont les éléments minimaux de a. Donner une relation entre σn et Fn+1 , ainsi qu’entre
N2 ? Sn et Fn+2 .
d. En déduire un ordre noethérien sur Q+ . b. Déterminer les représentations de Fibonacci de 44
e. Soit R un ordre noethérien sur un ensemble E. On et préciser si ce sont des représentations de Zecken-
notera que R n’est pas nécessairement un ordre to- dorff.
tal. On note < l’ordre strict associé. Montrer le prin- c. On se donne une représentation de Zeckendorff
cipe de récurrence noethérienne : soit X une partie an an−1 · · · a0 d’un entier m.
de E vérifiant i. Montrer m ≤ σn .
∀x ∈ E , (∀y ∈ E y < x =⇒ y ∈ X) =⇒ x ∈ X ii. En déduire que Fn est le plus grand des termes
de (Fk )k∈N majorés par m.
alors X = E.
iii. Démontrer que tout entier admet exactement
Entiers naturels une représentation de Zeckendorff.
iv. Calculer la représentation de Zeckendorff de
1 - 14 Ⓢ ⋆⋆ Suite de Fibonacci 444.
La suite de Fibonacci est donnée par F0 = 0, F1 = 1 d. Déterminer les représentations de Zeckendorff de
et, ∀n ∈ N∗ , Fn+1 = Fn + Fn−1 . σn et Sn .
a. Démontrer que pour tous entiers naturels n et m, on e. On s’intéresse au nombre δ(m) de représentations de
a Fn+m = Fn+1 Fm + Fn Fm−1 . Fibonacci de m.
b. En déduire Fn+m ∧ Fm = Fm ∧ Fn puis Fm ∧ Fn =
i. Montrer qu’on a : δ(m) = 1 si et seulement si
Fm∧n (où a ∧ b désigne le PGCD de a et b).
√ m est l’un des σn .
c. Soit φ = (1 + 5)/2. Démontrer qu’on a Fn =
ii. Établir la relation de récurrence δ(Fn ) = 1 +
φn − (−φ)−n
√ et que Fn est l’entier le plus proche δ(Fn−2 ) et en déduire la valeur de δ(Fn ).
5
φn f. Démontrer que, sur JFn − 1; Fn+1 − 1K, le graphe de
de √ . δ est symétrique.
5
1 - 17 Ⓢ ⋆⋆⋆ Algorithme d’Euclide droites qu’ils définissent deux à deux soient deux à deux
Soit (Fn ) la suite de Fibonacci (voir 1 - 14). sécantes en des points distincts.
En combien de points ces droites se coupent-elles ?
a. Soit x et y des entiers tels que 0 < y < x et d = x∧y.
Montrer que si l’algorithme d’Euclide appliqué à x 1 - 24 Ⓢ ⋆⋆
et y admet n étapes, alors x ≥ dFn+2 et y ≥ dFn+1 . Quel est le nombre de diagonales d’un polygone
b. Montrer que le nombre d’étapes dans l’algorithme convexe à n côtés ?
d’Euclide appliqué à x et y avec 0 ≤ y ≤ x est 1 - 25 Ⓢ ⋆⋆
inférieur à 5 fois le nombre de chiffres de y en base
10. Un employé New Yorkais habite au carrefour de 5th
c. Montrer que le nombre d’étapes précédent est au street et 3rd avenue. Il travaille au carrefour de 12th
3 street et 13th avenue et décide de prendre un chemin
plus log2 (y) + 1. différent tous les jours (mais de longueur minimale !) et
2
ce, le plus longtemps possible.
Ensembles dénombrables Combien de jours tiendra-t-il ?
1 - 18 Ⓢ ⋆⋆⋆ 1 - 26 Ⓢ ⋆⋆
On appelle nombre algébrique tout nombre complexe a. A quelle condition nécessaire et suffisante portant
z tel qu’il existe un polynôme P dans Z[X] dont il soit sur (Y, Z) dans P (X)2 l’application φ de P (X)
racine, i.e. tel qu’il existe un entier naturel non nul n dans P (Y ) × P (Z) qui à A associe (A ∩ Y, A ∩ Z)
et des entiers relatifs (a0 , . . . , an ) vérifiant an ̸= 0 et est-elle injective ? surjective ? bijective ?
an z n + · · · + a1 z + a0 = 0. On note Q l’ensemble des b. Établir la relation valable pour tous entiers (p, q, r)
nombres algébriques. vérifiant r ≤ p + q
Montrer que Q est dénombrable.
min(p,r)
p+q
X p q
= .
Dénombrements et probabilités élémentaires r i r−i
max(0,r−q)
1 - 19 Ⓢ ⋆
1 - 27 Ⓢ ⋆⋆
Soit E un ensemble fini de cardinal n.
Soit n et p des entiers naturels.
Calculer le nombre de recouvrements de E du type n
n+1
(E1 , E2 ) avec E = E1 ∪ E2 et Card(E1 ∩ E2 ) = 1. X k
a. Démontrer, pour p ≤ n, = et en
p p+1
k=p
1 - 20 ⋆ n
X
On lance une pièce et l’on obtient pile avec une pro- déduire k3 .
babilité p dans ] 0; 1 [ . k=0
Quelle est la probabilité, en effectuant autant de lan- n
X n
cers que nécessaire, d’obtenir deux piles consécutifs sans b. Calculer k .
k
avoir eu auparavant une séquence pile-face ? k=0
1 - 28 Ⓢ X 2002 ⋆⋆
1 - 21 Ⓢ ⋆⋆ Chevalier de Méré
Quel est le plus probable : jouant avec un dé, obte- a. Déterminer le nombre Fn de façons de recouvrir un
nir au moins une fois 6 en quatre coups, ou, jouant avec damier de dimension 2 × n par des dominos blancs
deux dés, obtenir au moins une fois deux 6 en vingt- de dimension 1 × 2.
quatre coups ? b. Montrer que, si n est assez grand, alors Fn est la
√ n+1
On s’interdira un calcul instrumenté et on utilisera 1 1 1+ 5
une inégalité de concavité pour conclure. partie entière de + √ .
2 5 2
1 - 22 Ⓢ ⋆⋆ 1 - 29 Ⓢ ⋆⋆⋆ Inégalité triangulaire
De combien de manières différentes peut-on placer p Pour A et B deux événements observables. On pose
objets sur un damier n × n de sorte qu’il y ait au plus d(A, B) = P (A∆B). Si A ∪ B est négligeable, on pose
un objet par ligne et par colonne ? P (A∆B)
d′ (A, B) = 0 et sinon d′ (A, B) = .
P (A ∪ B)
1 - 23 Ⓢ ⋆⋆ a. Démontrer d(A, C) ≤ d(A, B) + d(B, C), avec A, B,
Étant donné n points du plan affine réel, avec n ≥ 4, C des événements observables.
tels que trois d’entre eux ne soient jamais alignés et les b. Même question pour d′ .
Montrer que P est une probabilité. Quelle est la probabilité d’en observer deux en un
quart d’heure ?
1 - 43 Ⓢ ⋆⋆⋆
1 - 49 Ⓢ ⋆
Une limace se déplace sur les arêtes d’un cube posé
au sol. Au moment où elle démarre son périple, elle est Comparer P(X ∈ 2N) et P(X ∈ 1 + 2N) quand X
sur un des sommets, au sol. On place deux feuilles de lai- suit une loi G (p), GN (p) ou P (λ).
tues, l’une au sommet opposé à son sommet de départ 1 - 50 Ⓢ ⋆⋆ Loi hypergéométrique
et l’autre à la verticale de ce dernier (donc au sol). La
limace commence alors à se déplacer et, à chaque som- a. Déterminer la loi que suit un tirage aléatoire de n
met, elle emprunte au hasard une des arêtes de façon boules parmi N , sachant que la répartition initiale
uniforme. Autrement dit elle peut revenir en arrière et est telle qu’il y a une proportion p de boules vertes et
chaque arête a une probabilité 1/3 d’être choisie. Son pé- 1 − p de boules rouges, et que l’on compte le nombre
riple se termine quand elle trouve une feuille de laitue : de boules vertes. On parle de la loi hypergéométrique
elle peut alors la manger ! de paramètres N , n et p, notée H(N, n, p).
a. On cherche la probabilité p que la limace mange la b. En déduire la
formule de Vandermonde
n
a+b
feuille au sol. En introduisant les probabilités que la X a b
= .
limace mange cette même feuille mais en partant k n−k n
k=0
d’un autre sommet, établir un système de quatre
c. On fixe n dans N et k dans J0; nK. Soit, pour N
équations à quatre inconnues, dont p.
supérieur à n, XN tel que XN ∼ H(N, n, pN ) avec
b. Déterminer p. lim pN = p ∈ ] 0; 1 [ . Montrer lim P(XN = k) =
c. Quelle est la probabilité que la limace mange la
n
k
pk (1 − p)n−k . Interpréter. On rappelle la for-
feuille en l’air ? mule de√Stirling, pour n tendant vers l’infini on
2πnn+1/2
d. Quelle est la probabilité que la limace erre indéfini- a n! ∼ .
ment sans trouver de pitance ? en
1 - 51 Ⓢ ⋆⋆ Loi binomiale négative
Variables aléatoires discrètes On se donne une suite (Xk )k∈N∗ de variables aléa-
toires indépendantes et identiquement distribuées sui-
1 - 44 Ⓢ ⋆
vant une loi B (p). On note, pour r dans N∗ ,
Donner la loi de X 2 si X ∼ B (p) ou X ∼ U (J−2; 3K).
X = min {n ∈ N∗ | X1 + · · · + Xn = r} .
1 - 45 Ⓢ ⋆ a. Montrer P(X = n) = −r pr (p − 1)k où k = n − r.
k
Un produit est vendu par lots de 10 et la société qui b. Montrer que X est une variable aléatoire presque
les vend s’engage à les rembourser s’ils contiennent au sûrement finie.
moins deux produits défectueux. c. En déduire une expression de la probabilité pour que
Chacun des produits a une probabilité 1% d’être dé- le re succès intervienne avant le se échec dans la suite
fectueux. (Xk )k∈N∗ .
Quelle est la proportion moyenne de lots que la so-
d. Stefan Banach était un fumeur invétéré. Il avait
ciété devra rembourser ?
une boîte d’allumettes dans chaque poche et pre-
1 - 46 Ⓢ ⋆ nait au hasard une boîte dans une de ses poches
pour prendre une allumette. Au moment où il veut
Sachant qu’il y a en moyenne une faute toutes les prendre une allumette dans une boîte et qu’il la dé-
deux pages dans un cours de six cents pages, quelle est couvre vide, quelle est la probabilité pour que l’autre
la probabilité qu’il y ait effectivement une erreur dans boîte soit également vide ?
une page donnée ?
1 - 52 ⋆⋆ Modes
1 - 47 Ⓢ ⋆
Soit X suivant une loi P (λ). Déterminer son ou ses
Sachant qu’il y a en moyenne cinq défauts sur cent modes, i.e. les entiers de probabilité maximale selon X.
mètres de tissus et que le tissu est débité en coupons
de trois mètres, quelle est la proportion de coupons sans 1 - 53 Ⓢ ⋆⋆ Maximum d’une loi uniforme
défaut que l’on peut espérer ? On tire au hasard des notes entre 0 et 20, i.e. on se
donne (Xk )1≤k≤n des variables aléatoires indépendantes
1 - 48 Ⓢ ⋆ et identiquement distribuées de loi U (J0; 20K). On s’in-
Par un soir d’été on observe en moyenne une étoile téresse à la note maximum, i.e. Yn = max1≤k≤n Xk .
filante toutes les dix minutes. a. Montrer que Yn est une variable aléatoire.
b. En déduire qu’on a toujours (k − r − 1)Br ≥ (k − a. Montrer que les applications d et u définies par
r − 1)Cr et donner les cas d’égalité. d(P ) = P ′ et u(P ) = P − P ′ sont des endomor-
m
X n−m
X phismes de E.
c. Montrer rBr = rCr . b. Montrer que u est inversible et exprimer u−1 au
r=0 r=0 moyen de d.
d. Conclure.
1 - 64 ⋆ Composition et noyau
Algèbre linéaire Pour u ∈ L (E, F ) et v ∈ L (F, G), montrer
dim(Ker(v ◦ u)) ≤ dim(Ker(u)) + dim(Ker(v)).
1 - 59 ⋆ Espaces vectoriels
1 - 65 ⋆ Composition et rang
Déterminer si les équations suivantes définissent des
R-espaces vectoriels. Si oui, en donner dimension et Pour u et v dans End(E), montrer dim(E) + rg(v ◦
base. u) ≥ rg(v) + rg(u).
a. Montrer que le centre de L (E) est constitué des ho- b. A quelle condition N et N ′ , nilpotentes de la forme
mothéties de E. précédente, commutent-elles (i.e. N N ′ = N ′ N ) ? Vé-
b. On suppose E euclidien. Déterminer le commutant rifier qu’alors log(N N ′ ) = log(N ) + log(N ′ ).
de O(E). c. Lorsque U est unipotente, on pose log(U ) =
c. On suppose de plus E orienté. Déterminer le com- In − U (In − U )2 (In − U )r
− − −···− + · · · . Véri-
mutant de SO(E). 1 2 r
1 x z
fier que 0 1 y est unipotente (ici x, y et z sont des
1 - 72 Ⓢ X 2003 ⋆⋆ Endomorphisme nilpotent 0 0 1
scalaires quelconques) et calculer son logarithme.
Soit f ∈ L (E). Montrer qu’on a f 2 = 0 si et seule- d. A quelle condition U et U ′ , unipotentes de
ment si ∃(g, h) ∈ L (E)2 , f = g ◦ h et h ◦ g = 0. la forme précédente, commutent-elles ? Vérifier
1 - 73 Ⓢ ⋆⋆ Formule de Grassmann qu’alors exp(U + U ′ ) = exp(U ) exp(U ′ ).
e. Montrer qu’on a exp(log(U )) = U et log(exp(N )) =
Soit E et F deux sous-espaces vectoriels d’un même
N.
espace vectoriel de dimension finie. On écrit la suite
d’applications linéaires 1 - 77 Ⓢ ⋆⋆⋆ Espace quotient ♠
{0} −→ E ∩ F −→ E × F −→ E + F −→ {0} Soit F un sous-espace vectoriel de E espace vecto-
riel de dimension quelconque. On munit E de la relation
donnée respectivement par l’application nulle, x 7→ d’équivalence R définie par xRy ⇔ x − y ∈ F .
(x, −x), (x, y) 7→ x + y et l’application nulle. On note a. On munit l’ensemble quotient, noté E/F , des « lois
(uk )0≤k≤3 ces applications et (Ek )0≤k≤4 les espaces vec- quotients » définies par
toriels considérés.
En utilisant le théorème du rang, montrer x+y =x+y et λ.x = λ.x .
3
X
(−1) k+1
dim(Ek ) = 0 et en déduire la formule de Montrer que E/F admet alors une structure d’es-
k=1 pace vectoriel et que la projection canonique π de E
Grassmann. dans E/F est une application linéaire surjective.
1 - 74 Ⓢ ⋆⋆ Images et noyaux itérés ♥♥ b. Montrer que, si F est de codimension finie, alors
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie d, codim(F ) = dim(E/F ).
avec d > 0 et u dans L (E).
Géométrie euclidienne
a. Montrer que la suite (Im(un ))n∈N est décroissante
stationnaire. On définit alors 1 - 78 Ⓢ ⋆ Projection sur un plan
p = min k ∈ N Im(uk+1 ) = Im(uk ) .
Soit E = R3 et φ l’application de E 2 dans R donnée
par
b. Que dire de la suite (Ker(un ))n∈N ?
φ(u, u′ ) = xx′ + xy ′ + x′ y + 2yy ′ + 2yz ′ + 2y ′ z + 5zz ′
c. Montrer p = min k ∈ N Ker(uk+1 ) = Ker(uk ) .