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Écriture du bonheur en autobiographie

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Ceresuela Maylis

Hautemanière Marius
Knoepffler Léonor

Humanités-Littérature-Philosophie

L’Essai

Les rêveries du promeneur solitaire, Rousseau (1782)

L’écriture du bonheur dans les œuvres autobiographiques littéraires peut-elle rendre


plus heureux le lecteur?

« Une autobiographie ne doit rien à la mode. On n’y cherche que la vérité humaine. »
Anatole France décrit dans cette citation le côté humain et sentimental d’une autobiographie.
Ayant fait lui-même l’expérience autobiographique, il découvre en celle-ci la part solitaire de
l’autobiographie, mais également la part avec autrui. L’autobiographie permet un échange
entre l'auteur qui, dans sa démarche, recherche à la fois faire un point sur sa vie et la
résumer, mais partage également avec le lecteur ses joies et ses peines de sa propre vie. A
la manière d’un confessionnal, l’autobiographe se livre au lecteur sans artifice, faisant avec
celui-ci un « pacte de vérité », permettant ainsi d’établir cet aspect de complicité entre
l’auteur et le lecteur. Pour autant, cette interaction qui opère entre l’auteur et le lecteur se fait
par décalage, l’auteur écrivant bien avant le lecteur. Ainsi, il est primordial pour l’auteur de
rendre ses écrits plaisants. Le bonheur reste donc un point clé de l’autobiographie. Jean
Jacques Rousseau écrivait dans Le promeneur des rêveries solitaires « C’est dans la
solitude et dans le silence qu’on entend la voix de l’âme.». Rousseau souligne alors
l’importance de l’autobiographie et, comme l'écrivait Anatole France, insiste sur les
échanges faits par l’auteur au lecteur au travers de l’autobiographie. Ainsi, L’écriture du
bonheur dans les œuvres autobiographiques littéraires peut-elle rendre le lecteur plus
heureux? Nous pourrons dès lors étudier dans un premier temps que l’écriture du bonheur
peut rendre le lecteur plus heureux, mais, nous pourrons également observer que l’écriture
du bonheur ayant pour but de rendre plus heureux le lecteur tend vers certaines limites.

En premier lieu, étudions que l’écriture du bonheur peut rendre le lecteur plus heureux .
Premièrement, le lecteur peut, grâce au bonheur décrit dans l’autobiographie, se projeter
vers un bonheur certain ou la réalisation d’une envie. Dans Sido et les vrilles de la vigne,
Colette décrit des paysages somptueux mais surtout une mère aimante et une nature
luxuriante. Ainsi, des paysages simples et parfois inintéressants deviennent très vite
splendides et peuvent facilement donner au lecteur l’envie de réaliser d’aussi belle
promenade que décrite dans le texte. Ainsi, avec cette autobiographie magnifiée, le lecteur
peut se projeter dans une des descriptions faites dans le texte et ainsi être rendu heureux
par celle-ci et par l’envie qu’il souhaite réaliser. De ce fait, lors de l’usage de la synesthésie
par Colette, notamment au travers de la kinesthésie, de la vue et de l’ouïe, l’auteur rend
crédible l’autobiographie
Deuxièmement, il y a un besoin chez le lecteur de se reconnaître dans ses lectures. En
effet, le lecteur à un besoin de pouvoir transposer son vécu et ses émotions avec celle de
l’auteur dans l’optique de lui aussi réaliser un pacte de vérité avec l’auteur et montrer ses
vraies émotions dont son bonheur. Dans son œuvre, Du côté de chez Swann, Marcel Proust
signe ce pacte de vérité avec le lecteur quand il écrit son expérience avec la madeleine. Une
petite madeleine imbibée de thé qui lui fait ressortir des émotions indescriptibles une fois en
bouche. Le lecteur peut se reconnaître dans cette « madeleine de Proust ». Ça peut être
avec n’importe lequel de leur sens comme le goût ou l’ouïe. Écouter une musique
particulière ou manger un plat fait par un membre de leur famille peut leur rappeler leur
enfance et leur faire ressentir de la nostalgie et du bonheur. Ainsi, lire l’écriture du bonheur
permet au lecteur de transposer ses émotions sur celles de l’auteur et donc d’être plus
heureux après sa lecture car il sait que quelqu’un lui ressemble émotionnellement parlant.

En second lieu, l’écriture du bonheur ne rend pas toujours le lecteur plus heureux.
Tout d’abord, le lecteur peut, ne pas se reconnaître dans le bonheur de l’auteur. En effet,
le bonheur est un sentiment qui est propre à chaque être. Ce qui signifie que toute personne
peut avoir une source de bonheur différente d’une autre et des besoins différents pour
atteindre le bonheur. Dans l’autobiographie de Colette, Sido, Les vrilles de la vigne, on y lit
son enfance très attachée à la nature et à sa mère. C’est une œuvre lyrique écrite en prose
poétique, ce qui peut compliquer le rapprochement entre le lecteur et le bonheur de Colette.
Une personne qui n’a pas eu de sensibilisation à la nature comme Colette, ne peut pas
comprendre cet attachement au monde. De plus, il est également compliqué de se
reconnaître dans le personnage de René dans Chateaubriand, un roman autobiographique
de François-René. Comme il s’agit d’un héros romantique, il est hypersensible et ses
émotions sont toujours à l’extrême. Soit il est euphorique, soit il est profondément seul et
triste. Lui aussi ne trouve sa place que dans la nature. Il est donc difficile pour un lecteur pas
autant hypersensible et incompris du monde que René, de se reconnaître en lui et donc
d’être plus heureux après sa lecture.
Enfin, notre lecture de l’écriture du bonheur peut ne pas nous rendre plus heureux car
nous ne sommes pas forcément en accord avec les idées de l’auteur. Effectivement, dans
son œuvre autobiographique, l’auteur met son vécu, ses sentiments et émotions et ses
pensées. Il s’ouvre au lecteur et engage un dialogue à cœur ouvert avec le lecteur. Dans ce
cas, le lecteur lit les idées de l’auteur, comme sa façon d’atteindre le bonheur. Mais le
lecteur peut ne pas être toujours en adéquation avec les idées de l’auteur pour atteindre le
bonheur car c’est une émotion personnelle avec un but propre à chacun. Dans la
« Cinquième promenade » de l’œuvre, Les rêveries du promeneur solitaire, Rousseau écrit
que « S'il est un état où l'âme trouve une assiette assez solide pour s'y reposer tout entière
[…] d'un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente
le besoin de remplir. ». Rousseau écrit que pour être heureux, il faut se satisfaire soi-même,
sans besoin d’autrui. Que notre seule existence soit suffisante à notre bonheur. Mais pour le
lecteur, il est possible qu’il ne soit pas en accord avec cette idée car pour certaines
personnes, c’est les autres qui les rendent heureux. La solitude ne serait qu’une source de
tristesse, l’antonyme du bonheur.

En conséquence, l’écriture du bonheur pourrait avoir une influence positive sur le lecteur.
Dans un monde souvent marqué par le stress, les difficultés et les incertitudes, un livre axé
sur la recherche du bonheur, ou la pleine conscience peut agir comme une bouffée d'air
frais. Bien que le bonheur soit une expérience personnelle à proprement parler, Il est certain
que la confrontation à un réjouissement extérieur pourrait guider le lecteur vers le chemin de
sa propre quête intérieure. Le récit autobiographique lui permet de bénéficier de nouvelles
perspectives et de nouvelles émotions, capables de le mener à accéder au bonheur.

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