ARTICLE ORIGINAL
PROFIL BACTERIOLOGIQUE DES INFECTIONS URINAIRES A
BACTERIES MULTIRESISTANTES AU CENTRE HOSPITALIER
UNIVERSITAIRE MERE-ENFANT TSARALALANA
Rakotomalala RLH1, Rakotozanany ALN1, Randriamifidy NA1, Rafenomanantsoa NA1, Robinson AL1,
1. Centre Hospitalier Universitaire Mère Enfant Tsaralalana
* Auteur correspondant :
Dr RAKOTOMALALA RLH
Email : lovaherilantoo@[Link]
RESUME
Introduction : La résistance dans les IU communautaires a une évolution croissante. Nos objectifs étaient de déterminer le
profil épidémio - clinique et bactériologique des infections urinaires, secondairement de déterminer les facteurs de risque
des infections urinaires à BMR, élaborer un protocole de prise en charge et de suivi à long terme.
Méthodes : Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive, analytique, type cas témoin, concernant les facteurs de risque
des infections urinaires à BMR au CHUMET, pendant les années 2012 et 2015. Les données ont été analysés avec le
logiciel épi info version 7, le test est significatif si p<0,05.
Résultats : La fréquence des infections urinaires à BMR était de 5,13%. Les facteurs de risque des infections urinaires à
germes multi résistants étaient la présence d’un antécédent d’infection urinaire, l’hospitalisation dans les 3 mois. Les
germes étaient dominés par Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae pour les cas. La plupart des enfants ont eu une
évolution favorable, sauf 1,6% ont développé la septicémie et l’insuffisance rénale.
Conclusion : Le bon usage des antibiotiques est nécessaire pour limiter la diffusion des infections urinaires à BMR
Mots clés : antibiotique, BMR,infection urinaire, IU récidivante
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INTRODUCTION Nous avons considéré les paramètres cliniques
suivants : l’âge, le genre, les antécédents personnels de
Les infections urinaires figurent parmi les l’enfant, l’évolution les signes cliniques et les
infections les plus fréquemment rencontrées en paramètres para cliniques : la numération formule
pédiatrie [1]. Les germes en cause sont les sanguine, la CRP et l’ECBU.
entérobactéries dans 74 à 92% des cas dont Escherichia L’analyse statistique a été réalisée à l’aide du
coli et Klebsiella pneumoniae [2].Actuellement, on note logiciel Epi Info version 7 et pour étudier les
une antibiorésistance croissante et préoccupante traduite corrélations éventuelles entre les paramètres, le test
par l’émergence de souches productrices de béta - Chi2 et le test de Fischer avec un intervalle de confiance
lactamase à spectre étendu pour ces deux germes tant en de 95% ont été utilisés et le test a été significatif pour
communauté que chez les enfants hospitalisés [3]. une valeur de p < 0,05. Pour l’étude des facteurs de
Ainsi, l’objectif principal de notre étude était de risque, l’Odds ratio a été calculé chez les patients ayant
décrire le profil épidémio – clinique et bactériologique un p significatif.
des infections urinaires et secondairement de déterminer
les facteurs de risque d’infection urinaire à Bacille multi RESULTATS
résistant.
Nous avons inclus 84 cas d’infections urinaires
METHODES dont 24 cas d’infections urinaires à BMR et 63 cas
d’infections urinaires à germes sensibles.
Une étude rétrospective cas témoins a été Concernant l’âge, la majorité de nos patients
réalisée au Centre Hospitalier Universitaire Mère étaient âgés de 0 à 24 mois avec des taux
Enfant Tsaralalana de 2012 à 2015. respectivement à 76% chez les cas et 87% chez les
Nous avons inclus dans cette étude les enfants témoins.
âgés de 0 à 15 ans ayant comme diagnostic de sortie Chez les patients avec infections urinaires à
une infection urinaire documentée ; les cas étaient BMR, le genre féminin prédominait (57,1%) tandis que
définis par des infections urinaires documentées avec chez les témoins les garçons étaient beaucoup plus
un germe multi résistant isolé à l’ECBU et les témoins nombreux (55,56%) mais sans différence significative
étaient représentés par des infections urinaires (p = 0,445).
documentées avec un germe sensible isolé à l’ECBU. Pour les formes cliniques, la pyélonéphrite était
L’ECBU positif était déterminé par une la forme clinique la plus fréquente aussi bien pour les
leucocyturie ≥ 104 éléments/ml associée à une cas d’infections urinaires à BMR (95,2%) que pour les
bactériurie ≥ 105 UFC/ml avec un germe isolé après cas d’infections urinaires à germes sensibles (98,4%).
culture. Concernant les antécédents des patients, la notion
Ont été exclus de notre étude les patients d’hospitalisation dans les trois derniers mois ainsi qu’un
transférés ou évadés ou sortis contre avis médical pour antécédent d’infection urinaire constituaient
lesquels les dossiers n’ont pas été complets. essentiellement les principaux facteurs de risque
d’infections urinaires à BMR.
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Tableau I : Antécédent d’hospitalisation dans les trois Par ailleurs, les signes digestifs associés
retrouvés éient surtout la diarrhée dans 19% chez les
derniers mois
cas et les témoins et les vomissements avec des taux
Cas Témoins respectivement à 19% chez les cas et 22% chez les
n=21 % n=63 % témoins ; toutefois il n’y a pas eu de différence
significative entre la présence et l’absence de signes
digestifs dans les deux groupes de patients.
Présent 4 19,1 2 3,2 Sur le plan para clinique, à l’hémogramme une
hyperleucocytose était présente à 26,7% chez les cas et
Absent 17 80,9 61 96,8
à 37,9% chez les témoins et la polynucléose neutrophile
p=0,032 OR=7,18 était retrouvée à 40% chez les cas et 39,6% chez les
témoins.
Tableau II : Antécédent d’infection urinaire Pour la CRP, elle était positive dans 61,5% des
infections urinaires à BMR et 49% des infections
Cas Témoins urinaires à germes sensibles mais sans pour autant de
différence significative (p=0,62)
n=21 % n=63 %
L’examen cytobactériochimique des urines a
Présent 6 28,6 5 7,9 permis de mettre en évidence que Escherichia coli et
Klebsiella pneumoniae étaient les germes les plus en
Absent 15 71,4 58 92,1 cause des infections urinaires à BMR tandis que
Escherichia coli était le principal germe pour les
p=0,024 OR=4,64
infections urinaires à germes sensibles.
Une notion de prise d’antibiotique préalable était
notée aussi bien chez les cas (19,1%) que chez les
Les signes généraux étaient retrouvés témoins (4,8%) mais sans différence significative avec
particulièrement chez les enfants ayant présenté des une valeur de p à 0,062.
infections urinaires à germes sensibles dominés par le Des antécédents d’uropathies malformatives
frisson (15,9%) et l’amaigrissement (15,9%) mais la étaient également retrouvés mais sans différence
différence n’était pas significative entre l’absence et la statistiquement significative.
présence de signes généraux chez les cas te les témoins L’évolution était favorable dans la plupart des
(p = 0,73). cas avec quelques complications telles que : la
Les signes fonctionnels urinaires étaient dominés septicémie et l’insuffisance rénale qui ont été notées
par la dysurie chez les cas (14,3%) et les témoins chez les enfants ayant eu des infections urinaires à
(12,3%) mais sans différence significative par rapport germes sensibles.
aux autres signes fonctionnels urinaires (p =.0, 137).
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DISCUSSION moins de 24 mois, à cet âge là on doit avoir une
suspicion diagnostique plus élevée pour la pyélonéphrite
Cette étude nous a permis de mettre en évidence [8,9]. La dysurie constituait le principal signe
que le taux des infections urinaires à BMR était de fonctionnel urinaire d’appel associée souvent à des
5,13%. Cette fréquence est supérieure à celle retrouvée signes digestifs qui sont la diarrhée et le vomissement
en France en 2006 ou elle était de 1,1% lors d’une étude [9].
menée en milieu communautaire [3]. . Dans notre étude, les infections urinaires à BMR
Cette élévation de la résistance dans notre étude observées sont toutes communautaires : les enfants
est liée essentiellement aux antécédents d’infections présentaient déjà des signes cliniques avant l’admission
urinaires ainsi que la présence d’hospitalisation dans les à l’hôpital. Beaucoup d’autres études internationales
trois mois précédant l’infection urinaire à BMR. rapportaient le même fait et concluaient que la résistance
Concernant l’âge, nos patients étaient dans les infections communautaires augmente et que la
majoritairement âgés entre 0 et 24 mois sans pour autant surutilisation d’antibiotique en est la cause [10].
être un facteur de risque d’une infection urinaire à BMR. Les données para cliniques étaient dominées à
Un résultat similaire a été rapporté lors d’une l’hémogramme par une hyperleucocytose à
étude effectuée en 2001 et 2003 chez les enfants vus en polynucléaire ainsi qu’une CRP élevée qui sont autant
consultation externe au CHUMET. en faveur d’une infection bactérienne.
Une autre étude réalisée en 2016 montrait que le Les résultats de l’ECBU ont mis en évidence
risque d’infection du tractus urinaire augmenterait quelques germes en cause : ce sont essentiellement des
d’autant plus que l’enfant est jeune [4,5]. bacilles gram négatif, Escherichia coli et Klebsiella
Ceci s’explique par le fait qu’à cet âge, les pneumoniae pour les infections urinaires et pour les
enfants n’ont pas encore acquis la notion de propreté infections à germes sensibles, ce sont surtout
individuelle, associée à une immaturité immunitaire. Escherichia coli, entérococcus spp, protéus.
Les filles étaient les plus exposées aux infections Plusieurs études ont montré la prédominance des
urinaires à BMR dans notre étude. bacilles gram négatifs [8] : Escherichia coli est le germe
Ceci rejoint ce qui a été avancée dans la prédominant, Protéus mirabilis arrive en deuxième
littérature du fait de la proximité du tube digestif position, puis on trouve de façon plus rare les klebsielles
terminal et de l’appareil uro génital associé à un urètre et les entérocoques [11].
court exposant les fillettes à des infections urinaires Deux principaux facteurs de risque d’infection
récurrentes qui sont des facteurs d’apparition urinaire à BMR étaient retrouvés dans notre étude :
d’infection urinaire à germes résistants [6,7]. - une hospitalisation dans les 3 mois : un résultat
Cliniquement, la pyélonéphrite était la forme la similaire a été rapporté lors d’une étude menée en milieu
plus fréquente dans notre é[Link], une étude communautaire [12].
faite à l’hôpital Saint Luc de Kisantu en 2011, chez des Ceci peut être lié à l’antibiothérapie lors de
enfants de 0 à 10 ans a montré que la forme basse était la l’hospitalisation antérieure par l’usage de certaines
plus fréquente : cette différence peut être liée à l’âge de classes d’antibiotiques comme les céphalosporines,
notre population d’étude qui était pour la plupart âgée de quinolones, amoxicilline, cotrimoxazole qui entrainent
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l’altération de la flore fécale réservoir des - Tout le personnel de l’Hôpital Mère Enfant Tsaralalana
- L’équipe du laboratoire de l’Hôpital Mère Enfant
entérobactéries traduite par l’émergence de la résistance.
Tsaralalana
- la récurrence de l’infection urinaire rejoignant le
résultat d’une étude effectuée au Japon en service de
pédiatrie en 2012 qui est un facteur de risque d’infection
REFERENCES
urinaire productrice de bêta – lactamase [13-15].
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