Chapitre 26
Détecter la maltraitance
psychologique chez l’enfant
lors d’une consultation aux urgences
P. PINEAU, C. MASSOUBRE
Les points essentiels
■ Violence psychologique.
■ Formes cliniques.
■ Signes cliniques.
■ Conduite à tenir.
1. Introduction
Le passage par les urgences est fréquent pour les enfants maltraités, qu’ils y soient
accompagnés par leurs parents, adressés par le médecin traitant, les services de
PMI, l’école ou le psychologue scolaire…
Cette consultation peut se prolonger par une hospitalisation, qui correspond en
un temps d’examens complémentaires ayant pour but d’affiner l’observation,
d’assoir un peu plus le diagnostic, mais aussi d’initier les mesures de protection
utiles pour l’enfant, la première étant bien souvent la mise en sécurité à l’hôpital,
parfois même sous le mode d’une Ordonnance de Placement Provisoire (OPP),
avant de préparer la sortie et les aides qui seront d’ordre social, parfois judiciaire,
psychologique et psychiatrique.
Correspondance : P. Pineau – CHU de Saint-Étienne, Hôpital Nord,
Pavillon des urgences psychiatriques, Bâtiment G, niveau +1, 42055 Saint-Étienne Cedex 2, France.
Tél. : 04 77 12 05 84 – Fax : 04 77 12 05 79.
E-mail : [Link]@[Link].
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2. Définition de la maltraitance psychologique
La définition de l’OMS concernant la maltraitance sur mineur est ancienne (Aide
mémoire n° 150 OMS) et désigne « les violences et la négligence envers toute
personne de moins de 18 ans. Elle s’entend de toutes les formes de mauvais
traitements physiques et/ou affectifs, de sévices sexuels, de négligence ou de
traitement négligent, ou d’exploitation commerciale ou autre, entraînant un
préjudice réel ou potentiel pour la santé de l’enfant, sa survie, son développement
ou sa dignité, dans le contexte d’une relation de responsabilité, de confiance ou
de pouvoir. Parfois, on considère aussi comme une forme de maltraitance le fait
d’exposer l’enfant au spectacle de violences entre partenaires intimes ».
La définition de la maltraitance psychologique est, quant à elle, plus récente et a
été élaborée lors de la première conférence internationale sur la maltraitance
psychologique des enfants en 1983.
Même, si selon les études de l’OMS, la maltraitance psychologique varie entre
autre, en fonction de l’époque et de la culture, il n’en reste pas moins que cette
maltraitance psychologique (autrement appelée « cruauté mentale ») repose sur
six critères bien précis, détaillés ci-dessous. Notons que certains auteurs ont séparé
corruption et exploitation et, par ailleurs, que certains exemples pourront être
classés dans deux catégories à la fois.
Ce diagnostic est d’autant plus complexe à poser que les attitudes décrites se
rapprochent singulièrement de comportements dits « habituels » des parents
envers les enfants. Bien que nous ne traiterons que de la maltraitance
psychologique dont sont victimes les enfants, cette maltraitance peut s’appliquer
aussi bien aux adultes, femmes, hommes, personnes vulnérables (personnes
âgées, en situation de handicap….).
1) Rejeter :
– critiquer en permanence l’enfant ;
– le rabaisser en tant que personne, déprécier ses actes ;
– dévaloriser ses sentiments (joie, peur, chagrin…) et ses idées, jusqu’au point de
l’humilier en public ;
– lui faire comprendre qu’il est inutile, ou inférieur, en allant jusqu’à le traiter
différemment d’un autre enfant, de manière à lui laisser croire qu’on lui en veut,
qu’on le rejette, qu’on éprouve une certaine aversion envers lui.
2) Humilier :
– insulter, ridiculiser l’enfant et le parodier (ses gestes, sa démarche, son
attitude…) ;
– l’infantiliser ;
– se comporter d’une manière qui porte atteinte à sa dignité et à sa confiance en
lui, à son identité (fille/garçon, couleur de peau, taille, poids, mais aussi origines,
filiation…).
2 ■ MALTRAITANCE
3) Isoler :
– le tenir à l’écart de sa famille (d’un parent), de ses amis, des relations sociales et
l’empêcher de participer à des activités habituelles pour son âge ;
– l’enfermer dans sa chambre, une cave, un grenier (donc limiter son espace
vital).
4) 4˚) Ignorer et manquer d’attention :
– ne pas répondre aux demandes de l’enfant ou aux tentatives de
communication ;
– ne pas remarquer ses réussites, ses demandes de reconnaissance ;
– c’est aussi oublier par exemple son anniversaire, sa fête de l’école, être en retard
pour aller le chercher ;
– c’est aussi empêcher l’enfant de s’affirmer et de s’individualiser ;
– cela peut aller, jusqu’à l’ignorance du prénom de l’enfant, l’absence totale
d’affection, jusqu’à l’indifférence, c'est-à-dire ne s’adresser à l’enfant qu’en cas de
nécessité.
5) Terroriser :
– menacer l’enfant de l’abandonner ou de lui faire mal, de le placer dans des
situations dangereuses ou supposées dangereuses ;
– c’est aussi le contraindre par l’intimidation (hurler, blasphémer…), ceci pouvant
aller jusqu’à des menaces avec une arme (arme blanche, fouet…) ;
– ces menaces peuvent s’adresser soit à l’enfant, ou aux personnes, animaux et
objets qui sont chers à l’enfant (parent de l’enfant, animal domestique, affaires
personnelles…) ;
– fixer des objectifs trop élevés (irréalisables) bien souvent pour devenir le
meilleur, le plus beau, le plus fort… L’enfant pense qu’il ne peut et ne pourra
jamais atteindre l’objectif imposé et se vit alors comme incapable et médiocre
voire décevant. L’attente de l’adulte est bien souvent inadaptée à l’âge et au
niveau de développement de l’enfant. Ce dernier est menacé en cas d’échec,
voire, il peut même faire l’objet de punitions exagérées et injustifiées, ou de
jugements et de comparaisons avec d’autres enfants plus performants, plus
doués, jamais à l’avantage de l’enfant, ce qui le blesse et le vexe profondément ;
– l’enfant peut aussi être l’enjeu de violences domestiques, dont il est le témoin
privilégié, voire le déclencheur. Ceci peut aller jusqu’à traquer l’enfant.
6) Corrompre :
– l’entraîner à des comportements antisociaux et destructeurs ;
– le laisser, voire l’inciter à consommer de l’alcool et de la drogue ;
– renforcer les attitudes déviantes, et le confronter à des expériences marginales
inadéquates, pouvant aller jusqu’à l’apprentissage de conduites sexuelles
déviantes, l’exploitation des autres, les trafics, et toute activité hors la loi ;
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– l’enfant perd ses repères sociaux : le bien est mal et le mal devient le bien. Il est
amené à accepter des idées et/ou des comportements proscris par la loi.
7) Exploiter :
– obliger l’enfant à s’occuper d’un de ses parents ou d’un autre enfant ;
– l’exploiter matériellement ou financièrement ;
– apprendre à l’enfant à servir les intérêts de la personne adulte plutôt que ceux
lui étant propres ;
– il s’agit de situations où l’enfant devient le confident du parent, ou il intervient
dans les conflits entre ses parents, ou encore lorsqu’il prend parti et soutient le
parent qu’il estime le plus en difficulté (identification au parent blessé).
3. Formes particulières et complexes
de maltraitance psychologique
3.1. Les difficultés de circulation de l’enfant entre les parents
terme employé par Hayez et de Kinoo (1)
À la suite de la séparation des parents, l’enfant peut avoir du mal à se rendre chez
l’un de ses parents, jusqu’au point de refuser d’entretenir une relation durable. Si
le psychiatre Gardner place l’ensemble de ces situations dans le cadre du
« Syndrome d’Aliénation Parentale », Hayez et Kinoo mettent en garde contre
cette systématisation et décrivent schématiquement trois catégories qui se
répartissent approximativement selon une courbe de Gauss :
– à un extrême de la courbe, les situations où le Parent Refusé est le principal
responsable ;
– à l’autre celles provoquées par le Parent Gardien ;
– et au centre, les situations les plus fréquentes, multifactorielles, où se mêlent la
violence, les attaques de chacun des parents, avec une part active de l’enfant.
Celui-ci pris au milieu des conflits entre ses parents, peut, en fonction de son âge,
de son sexe, de ce qu’il a vécu avec chacun des parents, jouer un rôle non
négligeable dans ces difficultés.
Notre pratique personnelle de médecin hospitalier, mais aussi de médecin
exerçant dans la protection de l’enfance, nous amène à penser que le syndrome
d’aliénation parentale n’est qu’un cas particulier dans les difficultés de circulation
de l’enfant entre ses parents.
D’autres ont parlé du syndrome de Médée qui consiste à détruire la relation de
l’enfant avec l’ex-époux(se) pour se venger de ce dernier. Rappelons que Médée
avait tué les enfants qu’elle avait eus avec Jason lorsque ce dernier l’avait
abandonnée pour une autre (2).
Il arrive que l’enfant soit rapté par l’un des parents, pour des motifs variés,
rompant ainsi tout lien entre l’enfant et l’autre parent.
4 ■ MALTRAITANCE
a) Lorsque le refus de lien est en rapport avec le parent refusé, c’est parce qu’il a
pu être auparavant violent, envers l’autre parent et/ou, envers les enfants. Il peut
aussi avoir quitté le foyer, et avoir reconstruit sa vie avec une personne qui
n’apprécie pas les enfants. Il peut se désintéresser de ses enfants, ou être un
parent maltraitant (physiquement, voire sexuellement). Il peut présenter des
troubles psychiatriques, inquiétants pour l’enfant qui ne comprend pas et prend
peur devant l’attitude du parent. Le parent refusé peut présenter, des troubles de
conduite (addictions…).
b) Lorsque le parent gardien est à l’origine de l’interruption du lien, il peut s’agir
d’une hostilité à l’égard de l’autre parent (pour des raisons financières par
exemple), d’une vengeance (jalousie parce que l’autre a reconstruit un couple, une
famille et semble heureux, et que l’enfant a une complicité avec le nouveau
conjoint(e) de l’autre parent). Le parent gardien peut avoir la volonté d’effacer, de
supprimer l’autre parent, ce qui conduit parfois au « révisionnisme » c'est-à-dire
réécrire l’histoire des liens de l’enfant avec l’autre parent. Le parent gardien a peur
de perdre l’enfant après avoir perdu le conjoint. Il peut présenter des troubles
psychiatriques (délire paranoïde, paranoïa…), ou utiliser l’enfant comme soutien
de ce parent « abîmé, lésé », ou comme soutien de la propre estime de ce parent
qui a peur de ne pas parvenir à rivaliser avec l’autre parent.
c) L’enfant peut avoir sa part active. Notamment, lorsque l’enfant est, par
exemple, très jeune et n’a eu auparavant que peu de liens avec l’autre parent ; ce
dernier est donc considéré comme un étranger. L’adolescent, bien souvent se
mêle de la rupture de ses parents pour des raisons personnelles, sans y être poussé
par le parent gardien, même si ce dernier fait des reproches au parent refusé. Dans
cette dernière situation, il n’y a pas à proprement parler de maltraitance
psychologique.
Des facteurs comme l’histoire de chacun des parents, mais aussi de l’enfant, le
contexte du divorce, les questions financières, un héritage, l’entourage familial
influencent les interrelations parents-enfants après une séparation.
Sur le plan clinique, ces enfants peuvent être amenés à consulter, en fonction de
l’âge parce que :
– l’enfant s’oppose parfois de manière très violente (jusqu’à ne plus pouvoir, se
contenir), ou menacer de se faire du mal pour ne pas se rendre chez l’autre parent,
ou alors tenter de se suicider ou s’automutiler, lorsqu’il est chez le parent refusé ;
– l’enfant présente des manifestations somatiques (maux de ventre…) quelques
jours, la veille ou le jour de la visite chez l’autre parent ;
– l’enfant présente des troubles du comportement, voire fugue (pour ne pas se
rendre chez le parent refusé, ou lorsqu’il s’y trouve), parfois de manière moins
fréquente (environ 5 % des situations de séparations parentales très tendues)
(Viaux J.-L. 2001 cité par Hayez) (3) le clinicien est dépositaire d’allégations d’abus
sexuels de la part de l’enfant ou de la part du parent gardien visant le parent
refusé (même s’il semble que ces situations aient un peu régressée (Viaux J.-L.
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2001 Cité par Hayez) (3). Est-il besoin de rappeler que les vrais abus (physiques et
sexuels) existent aussi ? Tous ces symptômes complètent ceux déjà décrits plus
haut dans la maltraitance psychologique.
3.2. Le syndrome de Münchhausen par procuration
Il s’agit d’enfants régulièrement conduits en consultation, souvent dans les
services d’urgence, pour des symptômes induits (par l’administration de
médicaments : somnifères, insuline…), ou des symptômes allégués
(manifestations d’ordre somatiques voire psychiatriques qui peuvent être très
multiples). Ces symptômes disparaissent en dehors de la présence des parents. Ce
sont des organisations familiales où la mère prend une part très active dans les
soins de l’enfant, avec parfois des connaissances impressionnantes sur les
maladies de l’enfant, et une incitation à multiplier les examens, la mère n’est
jamais satisfaite des résultats, et pour cause. Le tableau se complète de pères
souvent absents et d’une mère plus intéressée par les troubles de son enfant que
par la souffrance de ce dernier engendrée par la maladie de l’enfant et induite par
les différents examens (parfois très invasifs). Cette mère peut difficilement
supporter les progrès et améliorations cliniques de son enfant, y compris les
paroles ou constatations rassurantes du médecin.
Lorsque les équipes soignantes prennent conscience du rôle que l’on leur fait
jouer, où lorsque la mère ne se sent plus suffisamment reconnue, elle devient
rejetante à l’égard de l’équipe soignante, et peut consulter ailleurs conduisant à
un véritable nomadisme médical.
Si l’enfant présente une réelle pathologie somatique, le diagnostic sera alors très
difficile à poser. Le diagnostic de syndrome de Münchhausen par procuration
tarde souvent car le médecin est par nature, porté à « écouter » les symptômes
rapportés ou constatés par les parents, qui sont censés agir pour le bien de leur
enfant.
Le corps réel de l’enfant, lieu des projections de la mère est offert aux médecins.
De ce fait, le médecin ne peut pas répondre à la vraie demande, qui est celle de la
blessure de cette mère mais qui ne peut le reconnaître, et peut alors ressentir du
rejet, de la défiance, voire une attaque personnelle, lorsque l’on lui propose une
aide pour elle. C’est bien à partir de la souffrance de l’enfant qu’un travail pourra
être possible, pour remonter jusqu’aux sources mêmes de la souffrance originelle,
celle qu’a pu ressentir la mère lorsqu’elle était enfant.
3.3. Clinique
La clinique varie selon l’âge de l’enfant avec des symptômes non spécifiques. C’est
l’association de ces signes cliniques avec l’observation, les interactions parents-
enfant qui orientera vers l’hypothèse diagnostique. D’où l’intérêt, d’une formation
suffisante pour en rechercher les signes et proposer une observation prolongée.
6 ■ MALTRAITANCE
3.3.1. Du côté de l’enfant
Chez l’enfant de moins de 3 ans :
– troubles du sommeil ;
– troubles alimentaires (refus, mérycisme…) ;
– retard de développement (en lien avec des carences, une indifférence et une
absence de réponse aux besoins affectifs de l’enfant) ;
– nanisme chez les enfants gravement carencés.
Chez l’enfant de plus de 3 ans :
– avidité affective et recherche de marques d’affection, de contacts en particulier
dans les carences importantes ;
– troubles du sommeil ;
– troubles de l’alimentation ;
– tristesse, apathie ;
– inhibition, hypervigilance, ou au contraire instabilité, hyperactivité, (il arrive que
l’enfant soit très sage en famille par crainte des réprimandes et désinhibé à
l’école) ;
– perte de l’estime de soi ;
– anxiété ;
– manifestations somatiques (douleurs abdominales…) ;
– l’enfant peut à travers ses jeux, ses dessins rejouer de manière active ce qu’il vit
de manière passive en s’identifiant soit à l’agresseur, soit à la victime, soit aux deux
à la fois.
Chez l’adolescent :
Aux manifestations précédentes peuvent se rajouter :
– des conduites suicidaires ;
– des troubles dépressifs ;
– parfois une certaine indifférence affective avec une affectivité amoindrie,
comme si l’adolescent était anesthésié ;
– des scarifications (pour calmer la douleur, retourner l’agressivité contre lui-
même, être en colère contre soi-même) ;
– des troubles des conduites alimentaires, (anorexie ou boulimie…) ;
– des colères ;
– des troubles du comportement, des fugues, pouvant aller jusqu’à des moments
de dissociation ;
– des difficultés scolaires ;
– des troubles des conduites sexuelles ;
– et une consommation de produits toxiques.
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Ces symptômes varient en fonction non seulement de l’intensité et de la répétition
de la maltraitance, mais aussi de l’entourage de l’enfant (existence de personnes
ressources et soutien) ainsi que des capacités intellectuelles de l’enfant et de ses
facilités d’adaptation personnelles.
3.3.2. Du côté des parents
– certains parents ont été eux-mêmes l’objet de maltraitance dans leur enfance. Il
leur est difficile à leur tour de s’identifier à leur enfant et de pouvoir répondre aux
besoins de ce dernier ;
– d’autres ont souffert durant leur enfance, d’autres formes de violences, comme
par exemple des exigences de leurs propres parents, et veulent, soit protéger leur
enfant de telles souffrances, soit réaliser leurs souhaits à travers leur descendance
(parfois les deux en même temps) sans se rendre compte de la souffrance qu’ils
infligent à leur tour à leur enfant ;
– on observe souvent l’absence d’un des parents ou l’incapacité d’un des parents
à pouvoir intervenir auprès du parent maltraitant (comme on peut le constater
dans le roman « Vipère au poing » d’Hervé Bazin (4), ou « Les parents de Mélie »
de Corinne Albaut (5).
3.3.3. Critères favorisant la maltraitance à mineur retenus par l’OMS (6)
Facteurs précipitant la maltraitance chez l’enfant :
– âgé de moins de 4 ans ou est adolescent ;
– enfant non désiré ou ne répondant pas aux attentes des parents ;
– besoins spéciaux, pleurs persistants, anomalie physique.
Facteurs liés aux parents :
– difficultés à établir un lien avec le nouveau-né ;
– manque d’attention pour l’enfant ;
– antécédents de maltraitances dans l’enfance ;
– manque de connaissances sur le développement de l’enfant ou attentes
irréalistes ;
– abus d’alcool ou de drogue, y compris durant la grossesse ;
– implication dans les activités criminelles ;
– difficultés financières.
Facteurs relationnels :
– troubles physiques ou psychiques dans la famille ;
– l’éclatement de la cellule familiale ou des violences entre d’autres membres de
la famille ;
– isolement par rapport à la communauté ou l’absence d’un réseau de soutien ;
– perte de soutien de la part de la famille élargie pour l’éducation de l’enfant.
8 ■ MALTRAITANCE
Facteurs communautaires et sociétaux :
– inégalités sexuelles ou sociales ;
– manque de logements appropriés ou de services de soutien aux familles et aux
institutions ;
– les taux de chômage élevé ou pauvreté ;
– facilité d’accès à l’alcool et aux drogues ;
– normes sociales et culturelles encourageant et glorifiant la violence envers
autrui, y compris l’usage de châtiments corporels ;
– politiques sociales et de santé qui mènent à des niveaux de vie peu élevés, où à
des inégalités ou une précarité socio-économique.
4. Quelques données épidemiologiques
La maltraitance est un problème important de santé publique.
4.1. Selon le Rapport Mondial sur la Violence et la Santé (6) (chapitre 3)
datant de 2002, l’OMS indique qu’il est difficile de disposer de chiffres
précis concernant la maltraitance, car elle dépend :
– du type de maltraitance étudiée ;
– du type de définition retenue ;
– des statistiques officielles ;
– de la qualité des études.
Néanmoins, 20 % des femmes, et 10 % des hommes déclarent avoir subi de la
maltraitance dans leur enfance.
Selon cette même étude, il semble courant que les parents crient sur les enfants.
Le recours aux injures et aux insultes semble varier davantage. Dans les 5 pays de
l’étude WorldSAFE (pays non cités dans l’étude), l’incidence la plus faible en ce qui
concerne le fait d’avoir injurié les enfants dans les 6 mois qui précédaient était de
15 %. Aux Philippines, 48 % des mères déclaraient menacer leurs enfants de les
abandonner pour les punir, contre 8 % au Chili.
Les études laissent à penser que la plupart des parents utilisent des méthodes
disciplinaires non violentes (expliquer aux enfants pourquoi leur comportement
est mauvais, leur demander d’arrêter, leur retirer des privilèges,…). Au Costa Rica,
les parents reconnaissaient recourir au châtiment corporel, tout en indiquant qu’il
s’agissait de la méthode qu’ils appréciaient le moins.
4.2. Selon l’enquête ENVEFF 2000 (7)
C’est au sein de la famille que se commettent le plus d’actes de violence envers les
êtres les plus faibles, et qu’il est très difficile d’en avoir une estimation juste.
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Dans cette étude, il était rapporté qu’en 2000, on comptait 18 300 enfants
maltraités se répartissant en 6 600 violences physiques, 5500 abus sexuels,
4 800 négligences lourdes et 1 400 violences psychologiques.
Ces chiffres sont à rapprocher de ceux publiés par l’OADS (Observatoire de
l’Action Sociale Décentralisé) (8). En 2004, on recensait 19 000 enfants maltraités,
dont 6 600 cas de violences physiques, 5 500 de violences sexuelles, 4 400 de
négligences lourdes, 2 500 de violences psychologiques, et 76 000 enfants à
risque (dont le chiffre ne cesse d’augmenter), soit un total de 95 000 enfants. En
2004, 7 enfants sur 1 000 étaient donc signalés en danger auprès des Conseils
généraux.
4.3. Selon le document Violences et santé en France : état des lieux (7)
Les chiffres obtenus sont ceux extraits de l’étude Événements de Vie et Santé (EVS)
réalisée entre novembre 2005 et février 2006. L’enquête concernait les violences
subies au cours des 24 mois précédant l’enquête, et concernait 10 000 personnes
âgées de 18 à 75 ans, vivant en France. Néanmoins, une partie des questionnaires
s’intéressait d’une manière rétrospective à la violence subie durant l’enfance.
5. Quelques données concernant la violence psychologique
Presque 1 personne sur 2 déclarait avoir subi de la violence psychologique dans les
24 mois précédant l’enquête. Celle-ci se répartissait de la manière suivante :
– dénigrement dans ses idées, son apparence physique, ses actes (11 %) ;
– ne pas pouvoir parler avec qui l’on veut rencontrer librement ses amis, des
connaissances, des membres de sa famille (2 %) ;
– rendre compte de ses déplacements et de ses fréquentations (dire où l’on était
et avec qui) (2 %) ;
– se heurter à un total refus de discussion (7 %) ;
– se voir imposer des façons de s’habiller, de se coiffer, de se comporter (2 %) ;
– recevoir des appels téléphoniques malveillants ou des lettres malveillantes
(11 %), Voir des proches menacés, ou être menacé(e) d’être séparé(e) d’eux
(3 %) ;
– cette violence était répétitive, puisque 2/3 des personnes qui ont été
confrontées à des violences verbales déclarent avoir été confrontées au minimum
par deux fois à ce type de violences, et 30 % au moins 6 fois. Les autres catégories
de violence psychologiques sont aussi récurrentes ;
– elle s’accompagne d’autres types de violence, car 18 % des personnes
interrogées déclarent avoir subi plusieurs types de violences. Ceux qui ont déclaré
un seul type de violence sont en général des violences psychologiques ;
– il s’agit d’une violence dont on parle car 65% des personnes victimes de
violences psychologiques déclarent en avoir parlé à plusieurs personnes, mais
10 ■ MALTRAITANCE
10% des personnes ayant subi des violences psychologiques, n’ont jamais révélé
de telles violences avant l’enquête ;
– elle est dénoncée dans les heures qui suivent pour 74 % des cas, 22 % au
bout de quelques mois et 4 % après plusieurs mois ou années ;
– elle est moins révélée lorsqu’elle est subie au domicile ;
– cette violence est d’autant moins dénoncée lorsque la personne qui la
subit est isolée ;
– -le recours à une personne soignante (médecin, psychologue ou autre
personne spécialisée) est plus fréquent pour les violences physiques (28 %) que
pour les violences psychologiques (17 %) ;
– si 27 % des personnes ayant subi des violences verbales se rendent dans
un commissariat ou une gendarmerie ou encore saisissent le Procureur de la
République, le pourcentage est deux fois plus faible, pour les violences
psychologiques.
Concernant la violence psychologique subie durant l’enfance, cette enquête
montrait son influence dans différents domaines :
5.1. La sexualité
Les femmes ayant subi des violences psychologiques au cours de leur enfance ont
leurs premières relations sexuelles plus jeunes que les autres :
– les femmes ayant subi des carences affectives ont plus de partenaires sexuels ;
– les personnes ayant subi des violences durant l’enfance ont plus de partenaires
sexuels dans leur vie sexuelle ultérieure, et une plus grande prise de risques
(Infections sexuellement transmissibles, grossesses non désirées) ;
– moins d’engagement dans les relations durables ;
– les femmes ayant subi des violences psychologiques prennent moins de
précautions à l’égard des IST et ont un recours plus fréquent à la pilule du
lendemain ainsi qu’à l’IVG.
Les violences auraient une influence sur la perception de soi, de son propre corps,
de la confiance en soi, et de la projection dans l’avenir. Donc une vie sexuelle plus
précoce, un plus grand nombre de partenaires, des relations multiples…
5.2. La santé psychique
Avoir subi des violences psychologiques dans les deux années précédentes,
augmente le risque de se sentir en mauvaise santé, de faire une tentative de
suicide (8 % contre 5 %), de présenter des troubles anxieux ou dépressifs et de
souffrir d’une dépendance à l’alcool et à la drogue.
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5.3. La santé physique
a) Avoir subi des violences psychologiques a une répercussion sur le sommeil :
troubles de l’endormissement, troubles du maintien du sommeil, réveil précoce,
sommeil non récupérateur.
b) Avoir subi des violences au cours des deux dernières années (quelles que soient
ces violences) augmente le risque de consommation quotidienne de tabac et de
produits illicites.
Ces chiffres montrent que la maltraitance psychologique n’est pas rare chez
l’adulte et qu’elle ne doit pas l’être probablement non plus chez l’enfant.
Cette violence n’est pas isolée, elle peut être parlée, mais pas systématiquement
parfois tardivement, et elle a des répercussions sur la santé psychique de la
personne, son sommeil, sa vie sexuelle, mais aussi sur ses conduites.
Est-elle toujours bien repérée et prise en charge chez les enfants ? Difficile d’y
répondre, car nous ne possédons pas de chiffre concernant ce type violence. En
revanche, il nous parait utile d’avoir un aperçu des résultats de cette même
enquête concernant les violences sexuelles (réf. 7, page 120). Il serait d’usage que
parmi les personnes ayant déclaré avoir subi des violences sexuelles durant
l’enfance, seulement 8 % des hommes et 20 % des femmes avaient indiqué avoir
bénéficié d’une prise en charge par les services de protection de l’enfance.
6. La prise en charge de la maltraitance psychologique
Elle débute dès la première rencontre avec le repérage de la maltraitance, l’écoute
de la parole du patient et le fait de croire à cette parole. Mais comme le rappelle
DE BECKER (9), il ne faut pas « enfermer l’enfant dans son discours, son
allégation », (…) ce qui est « tout aussi maltraitant potentiellement ».
Inversement, comme l’écrit Aussilloux (10), la position la plus efficace, du point de
vue de l’économie psychique personnelle du soignant, serait « de ne pas y
croire ».
Selon Hamarman (cité par Yves Hiram Haesevoets) (11) :
Lorsque cette maltraitance psychologique intervient au sein de la famille
l’évaluation de la sévérité de la maltraitance repose sur une combinaison graduée
d’intentionnalité et de nuisibilité, en fonction des critères suivants : les attitudes
récurrentes des parents, les conséquences pour l’enfant, la personnalité des
parents et dynamique familiale.
Selon ces critères, les cas les moins sévères relèvent d’une action de guidance
parentale thérapeutique ou éducative (lorsqu’il s’agit par exemple de pression
scolaire inappropriée, révélant des problèmes de communication au sein de la
famille), alors que les cas les plus sévères requièrent plutôt une intervention
judiciaire et/ou médico-légale lorsque l’adulte ne parvient à prendre conscience de
12 ■ MALTRAITANCE
la souffrance psychologique qu’il inflige à l’enfant, car souffrant lui-même de
perturbations émotionnelles importantes.
Dans bien des cas, la prise en charge psychothérapeutique devra s’accompagner
d’une mesure éducative qui sera initiée par le biais d’une information
préoccupante, quand il existe un danger immédiat, il peut être fait un signalement
au Procureur de la République qui peut alors rendre une Ordonnance de
Placement Provisoire (OPP) afin de maintenir l’enfant à l’hôpital pour qu’il
bénéficie des soins indispensables à son état.
Cette démarche réalisée auprès des instances administratives ou judiciaires doit
être impérativement expliquée aux parents, qui peuvent se sentir parfois jugés,
souvent disqualifiés, mais aussi soulagés.
Cette information qui est une levée du secret professionnel, est encadrée par les
articles du Code pénal, L 223-6, qui rappelle l’obligation de porter secours, L 226-
14 du Code pénal qui indique les dérogations prévues à l’article 226-13 qui
rappelle l’obligation du secret professionnel.
On retrouve ces dispositions dans les articles du Code de Déontologie
43 (correspondant à l’article R. 4127-43 du Code de la Santé Publique) et
44 (correspondant à l’article R. 4127-44 du Code de la Santé Publique). Ces
articles indiquent la possibilité d’informer lorsqu’il a connaissance d’une
maltraitance sur un mineur, et ils sont complétés par les Articles 434-1 et 434-3
du Code Pénal, qui condamnent la personne qui n’informerait pas les autorités
judiciaires ou administratives après avoir eu connaissance de privations, de
mauvais traitements ou d'atteintes sexuelles infligés à un mineur.
7. Conclusion
Si la maltraitance psychologique ne laisse pas de trace comme d’autres types de
violence, elle n’en blesse pas moins la personne qui en est victime, et nous savons
tous combien les mots peuvent être blessants. C’est aussi pour cette raison que ce
type de maltraitance est si difficile à être diagnostiquée, repérée et prise en
charge, sans compter qu’elle peut ressembler à certaines attitudes habituelles
dans l’éducation des enfants.
Les mentalités évoluent, les connaissances (nous dirions plutôt la reconnaissance,
car quel enfant n’a pas été confronté durant son enfance à des paroles, à des
attitudes blessantes ?) s’affinent, et les professionnels sont (qu’ils soient du
secteur pédagogique, social, judiciaire, médical..) de plus en plus formés et savent
repérer cette forme de maltraitance. Ils peuvent alors déclencher les moyens
nécessaires pour aider et protéger les enfants mais aussi aider les auteurs de ces
faits à ne pas les reproduire.
Même si, la maltraitance s’exerce, souvent en famille, tout un chacun peut y être
confronté dans sa vie quotidienne, dans son cadre professionnel, et peut devenir
DÉTECTER LA MALTRAITANCE PSYCHOLOGIQUE CHEZ L’ENFANT
LORS D’UNE CONSULTATION AUX URGENCES
13
auteur de maltraitance psychologique, bien souvent au moment d’un
débordement émotionnel lors d’une intervention auprès d’enfants, exercice dont
on connaît toute la difficulté, et qui nécessite systématiquement une reprise, un
travail de supervision.
D’ailleurs, l’OMS a montré que dans certains pays, les actions de préventions
destinées aux parents consistaient à aider ces derniers à prendre conscience, de
leur méconnaissance des besoins de leurs enfants, mais aussi des conséquences de
leurs interventions.
Peut-être avons-nous là quelques pistes supplémentaires de travail…
Nous laisserons les dernières paroles à Jules Renard dans Poil de Carotte : « Tout
le monde ne peut pas être orphelin » et à Hervé Bazin dans La mort du petit cheval
« En somme, Brasse-Bouillon fait un bon père. On peut être mauvais fils et bon
père, comme on peut être bon fils et mauvais père » et « Je ne lui dirai jamais, ce
n’est pas la mère qui est sacrée c’est l’enfant. C’est l’enfant qui n’a pas souscrit sa
vie, qui la reçoit comme un héritage impossible à refuser, sans bénéfice
d’inventaire ».
Références
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2010.
8. Observatoire National de l’Action Sociale Décentralisée : Rapport « Protection de
l’Enfance : Observer, évaluer, pour mieux adapter nos réponses. 2005.
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10. De Becker E. Les « psys » face aux maltraitances à enfants. Psychothérapies. 2007 ;
27 : 85-96. DOI : 10.3917/psys.072.0085.
11. Aussilloux C. Les professionnels au cœur de la violence psychologique.
[Link]/[Link].
12. Haesevoets Y.-H. Les maltraitances psychologiques à l’égard des enfants.
[Link]/famille/enfants/matraitance-enfant_2.htm
14 ■ MALTRAITANCE