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Réforme nécessaire de la fiscalité locale au Maroc

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Réforme nécessaire de la fiscalité locale au Maroc

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Finance & Finance Internationale Volume 1, N°28 juin 2024

LA FISCALITE DES COLLECTIVITES TERRITORIALES AU


MAROC :
UNE REFORME TOUJOURS NECESSAIRE

TAXATION OF TERRITORIAL AUTHORITIES IN MOROCCO:

A REFORM STILL NECESSARY

Par
Abdelali JNAH
Professeur des Finances publiques et Fiscalité à la Faculté Polydisciplinaire
de Béni Mellal-Maroc.

Résume :
Le Maroc a, dès son indépendance, entrepris des réformes fiscales, et ce dans le but de
doter les collectivités territoriales des ressources à la hauteur des missions et des compétences
qui leur ont été dévolues dans le cadre de la politique de décentralisation territoriale.
Toutefois, la problématique de la fiscalité des collectivités territoriales - le faible
rendement, la complexité et l’iniquité - est une question récurrente qui nécessitera toujours
une réforme.
Les mots-clés :
Fiscalité des collectivités territoriales ; Impôts et taxes locaux ; Réforme ;
Décentralisation territoriale.

Abstract:
Since its independence, Morocco has under taken tax reforms with the aim of providing
local authorities with the resources commensurate with the missions and competences that
have been devolved to them within the framework of the policy of territorial decentralization.
However, the problem of the taxation of local authorities - lowyield, complexity and
inequity - is a recurring issue that will always requirere form.
Keywords:
Taxation of local authorities; Local taxes and duties; Reform; Territorial
decentralization.

1
[Link] ISSN: 2489-1290
Finance & Finance Internationale Volume 1, N°28 juin 2024

Introduction :
L’évolution du processus de la décentralisation1au Maroc, entamé depuis
l’indépendance, trouve actuellement sa consécration dans la Constitution du 29 juillet 20112,
et dans sa déclinaison au niveau des trois lois organiques3 relatives aux collectivités
territoriales du 7 juillet 20154.
Dans cette perspective, la décentralisation territoriale5 s’est révélée le moyen le plus adéquat
pour asseoir et traiter les problèmes de développement économique et social, selon son
échelle d’importance, au niveau des différentes composantes territoriales.
Toutefois, « la consolidation institutionnelle de la décentralisation territoriale est
tributaire de l’existence des moyens techniques, matériels, humains et notamment financiers,
à même de mettre en mesure les collectivités territoriales d’assurer pleinement et
convenablement les missions de développement qui leur sont désormais assignées »6. C’est la
disponibilité des moyens financiers correspondant à l’importance des nouveaux champs
d’interventions ouverts à l’action publique locale, qui détermine véritablement la consistance
effective de la décentralisation et la traduit réellement dans la vie quotidienne7.
Dans cet esprit, la fiscalité des collectivités territoriales apparait comme un enjeu du
développement territorial. L’impôt local constitue, en effet, un outil privilégié pour les
collectivités territoriales, en vue de financer leurs projets locaux et d’atténuer les déséquilibres
entre les territoires.
C’est dans ce sens, que notre article intitulé « La fiscalité des collectivités
territoriales au Maroc : une réforme toujours nécessaire » revêt une importance capitale.
Dans ces conditions, les autorités publiques ont engagé, dès le lendemain de
l’indépendance, un vaste mouvement de restructuration et de développement de la fiscalité
locale8, en vue de doter les budgets locaux des collectivités locales de nouvelles ressources.
Ainsi, l’importance de la fiscalité locale a sensiblement évolué dans l’espace et dans le temps9

1
Depuis la promulgation du Dahir du 2 décembre 1959 portant division administrative du Royaume, en passant
par les chartes communales de 1960 et de 1976 jusqu’aux trois lois organiques de 2015 relatives aux régions,
aux préfectures et provinces et aux communes respectivement, le processus de décentralisation au Maroc n’a
jamais cessé d’évoluer.
2
Dahir n°1-11-91 du 27 chaabane 1432 (29 juillet 2011) portant promulgation du texte de la Constitution, B.O
n° 5964 bis du 28 chaabane 1432 (30 juillet 2011), p.1902. La Constitution de 2011 dans son Titre IX intitulé «
régions et autres collectivités territoriales ».Articles :135 à 146.
3
Dahir n° 1-15-83 du 7 juillet 2015 portant promulgation de la loi organique n° 111-14 relative aux régions
Dahir n° 1-15-84 du (7 juillet 2015) portant promulgation de la loi organique n° 112-14 relative aux préfectures
et provinces
Dahir n° 1-15-85 du (7 juillet 2015) portant promulgation de la loi organique n° 113-14 relative aux communes.
4
BENSOUDA. N, la réforme territoriale de 2015 les nouveautés et les enjeux, Editorial de la Revue de la
Trésorerie Générale du Royaume - N° 12 Avril 2017, p 4
5 L’émergence de l’approche territoriale du développement constitue pour certains auteurs (AYDALOT,
PROULX, WEAVER) l’avènement d’un nouveau paradigme que certains ont appelé le paradigme du
développement par le bas, par opposition à celui du développement fonctionnel ou du développement par le
haut. Cité par [Link], Du concept de développement au concept de l’après-développement : Trajectoire
et repères théoriques, in Collection « Travaux et études en développement régional », Université du Québec à
Chicoutimi, décembre 1999, p .18
6
Amal MECHERFI.M , Rapport introductif, les finances des collectivités locales dans les Etats du Maghreb, in
Actes des VIème journées Maghrébines de droit, Marrakech, les 15 et 16 avril 2011,p .7
7
Ibid.
8Dahir du 23 mars 1962 relatif aux taxes municipales, BO n°2580 du 06 Avril1962.

2
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Malgré, les réformes de la fiscalité locale depuis 1962, les collectivités territoriales continuent
de dépendre de l’Etat dans leur financement10.
D’une manière générale, la problématique de la fiscalité locale – le faible rendement, la
complexité et l’iniquité - est une question récurrente qui nécessitera toujours une
réforme,puisque les réformes introduites durant les années 1962, 1989 , 2007 et 2020 n’ont
pas permis d’apporter des réponses adéquates11.
Ainsi, nous essayerons de mettre en évidence le constat de la nécessité d’une réforme de la
fiscalité locale (I). Un tel constat nous pousse à proposer des scénarios d’une réforme en
profondeur de la fiscalité des collectivités territoriales (II).
I : Le constat de la nécessité d’une réforme de la fiscalité locale
La réussite d’une politique de décentralisation « se fonde sur la mobilisation et
l’affectation des ressources de financement potentielles et sur la répartition de ces ressources
entre les niveaux central et local des institutions territoriales »12.
En effet, l’arbitrage entre les options choisies a une incidence sur le rôle des finances
publiques nationales et locales dans le processus de développement13.
Dans cet esprit, le financement des entités décentralisées est tributaire de leurs
ressources et notamment les ressources fiscales.
C’est dans ce sens que le Maroc a, dès son indépendance, entrepris des réformes
fiscales, et ce dans le but de doter les collectivités territoriales des ressources à la hauteur des
missions et des compétences qui leur ont été dévolues dans le cadre de la politique de
décentralisation territoriale. Toutefois, malgré les réformes et les changements introduits
durant l’histoire du système fiscal local, la réforme de la fiscalité locale demeure toujours
nécessaire.
En vue de mettre en évidence le pourquoi d’une réforme toujours nécessaire de la
fiscalité locale au Maroc, nous examinerons successivement la persistance des problèmes de
la fiscalité locale, malgré une quête incessante des solutions (A) et les raisons de la
persistance des problèmes de la fiscalité locale (B).

Dahir n° 1-89-187 du 21 REBIA II 1410 (21 novembre 1989) portant promulgation de la loi 30-89 relative à la
fiscalité des collectivités locales et de leurs groupements ;
Loi n° 47-06 relative à la fiscalité locale des CT et leurs groupements, BO n° 5583, du 06 décembre 2007,
Loi 39-07édictant des dispositions transitoires en ce qui concerne certains taxes, droits, contributions et
redevances dus aux collectivités locales(le législateur a propagé, à titre transitoire, l’application de 13 taxes et
redevances, qui ont été supprimé dans le cadre de l’abrogation de la loi 30-89) B.O n°5591 bis du 31 décembre
2007 ;
Loi n°07.20 modifiant et complétant la loi n°47.06 relative à la fiscalité des collectivités locales, publié au
bulletin officiel sous n° 6948 en date du 31 décembre 2020.
9
MZOURI.A, pourquoi faut-il reconsidérer la fiscalité locale, p .1, disponible sur site
internet :[Link]/.../fiscalité/pourquoi-faut-il-recons
10les recettes provenant de la fiscalité gérée directement par les collectivités territoriales durant la période
2002-2021, n’ont constitué que 9% en moyenne, avec un pic de 12% en 2013 et un minimum de 4% en 2003
11
.EL MOUSSAOUI.R ; les finances locales ; Ed Sparte, 2013,p. 10
12
JAIDI.L, in la réforme de la fiscalité locale : Apports et limites-Bulletin de conjoncture n° 31– juin 2007, p.2
13
Ibid.

3
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A : La persistance des problèmes de la fiscalité locale malgré une quête incessante


des solutions
Avant la loi 30-89 relative à la fiscalité locale, il est difficile de parler d’un système
fiscal local à propos « d’un assemblage, archaïque et disparate, de petites taxes au rendement,
de surcroît, modique et variable d’une commune à l’autre, à moins de le concevoir comme un
système rudimentaire dénué à la fois de construction théorique et de méthode pratique »14.
En vue de remédier à cette situation, les pouvoirs publics ont procédé à la réforme de la
fiscalité locale. En effet, le système fiscal issu de la loi 30-89 a été qualifié de tournant
positif accompagnant l’évolution du processus de la décentralisation. Cependant, le
diagnostic de la fiscalité locale à la lumière de la loi 30-89 laisse apparaître la persistance des
problèmes liés à la fiscalité locale.
Il s’agit d’abord des contraintes liées aux rendements15 de ces taxes : les mesures
législatives nationales prises par l’État afin de favoriser certaines catégories de contribuables
causent des pertes de ressources importantes pour les collectivités16.
Ensuite, les contraintes liées au recensement17 : le processus de recensement de la
matière imposable est lourd et complexe.
Et enfin, les contraintes liées au recouvrement18 : les problèmes liés au recouvrement
sont dus en priorité au problème d’identification du contribuable et à l’incapacité de payer par
un grand nombre de contribuables.
Face aux imperfections de la loi 30-89, le Maroc s’est engagé en 2007 dans une réforme
de la fiscalité locale dont l’enjeu principal réside dans la réalisation de l’équité dans la
répartition de la richesse fiscale entre les collectivités territoriales et l’amélioration du
rendement de la fiscalité locale.
Ainsi, la loi 47-06 relative à la fiscalité locale avait vu le jour dans l’optique de doter les
collectivités de plus de ressources et de promouvoir l’équité territoriale grâce à une bonne
répartition du produit des impôts et des taxes19. Toutefois, on constate que le bilan est resté
mitigé. Des disparités notoires persistent toujours, une ville comme Casablanca a eu près de 4
Mds de recettes en 200920, contre seulement 416 millions de DH pour Layoune, par exemple.
De plus, les 49% des recettes des collectivités territoriales proviennent des communes
urbaines, contre seulement 25% des communes rurales. A cela s’ajoute la question de la
rentabilité de la fiscalité locale.
En vue de remédier aux insuffisances de la loi 47.06 et suite aux recommandations 21 de
ème
la 3 édition22 des assises nationales sur la fiscalité de 2019, les pouvoirs publics ont

14
CHABIH.J, les finances des collectivités locales au Maroc « essai d’une approche globale des finances locales »,
Ed l’harmattan, 2005, p : 91
15
La part de la fiscalité proprement locale- c'est-à-dire celle dont la responsabilité du recensement et de la
détermination de l’assiette échoit aux communes- représente moins du ¼ des ressources locales. Le produit de
la TVA assure 50% de ce financement, l’autre ¼ provient de ce qu’on nomme les impôts d’État.
16
JAIDI.L, in la réforme de la fiscalité locale : apports et limites, bulletin thématique-CMC- n 31 juin 2007, p 12
17
Ibid.
18
Ibid.
19
Fiscalité locale : Une niche sous-exploitée, in Journal : Finances News Hebdo ; jeudi 23 mai 2013
20
Selon les statistiques de la TGR pour l’année 2009.
21
Révision générale de la fiscalité locale :
 Remplacer les taxes locales assises sur la base de la valeur locative ainsi que la taxe sur les terrains urbains
non bâtis par une taxe foncière locale assise sur la base de la valeur vénale

4
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procédé à l’élaboration de la loi 07.2023 modifiant et complétant la loi 47.06 relative à la


fiscalité des collectivités territoriales. En effet, la loi 07.20 s’articule autour sur des axes
suivants24 :
 Adaptation du système fiscal local avec son environnement juridique25
 Révision des règles d’assiette de certaines taxes locales26
 Amélioration des ressources propres des collectivités territoriales 27
 Amélioration des opérations de recouvrement de certaines taxes locales28
 Révision des incitations fiscales29

 Instituer une fiscalité dédiée à la protection de l’environnement (éco-fiscalité) et affecter son produit au
profit des régions
22
Les Troisièmes Assises Nationales sur la Fiscalité, organisées les 3 et 4 mai 2019 à Rabat, sous le thème de «
l’équité fiscale », prennent place dans un contexte particulier, marqué, sur le plan national, par l’amorce d’une
réflexion profonde sur le devenir du modèle de développement national, suite aux Hautes Orientations de Sa
Majesté Le Roi Mohammed VI, et sur le plan international, par le durcissement des règles de conformité fiscale.
23La loi n°07.20 modifiant et complétant la loi n°47.06 relative à la fiscalité des collectivités locales, publié au
bulletin officiel sous n° 6948 en date du 31 décembre 2020
24
Portail National des collectivités territoriales : Principales dispositions de la loi n°07.20 en date du 31
décembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 47.06 relative à la fiscalité des collectivités locales,
[Link]és- [Link]
25
La loi comporte un ensemble de propositions visant l’adaptation du système fiscal local à,
 La constitution de 2011 ;
 Les lois organiques relatives aux collectivités territoriales ;
 Les principes de délimitation du ressort territorial des collectivités territoriales, Code des Habous,
législation relative aux carrières et aux mines, code de la route …
26Pour une mise en œuvre progressive des recommandations des assises sus indiquées, et en attendant la
promulgation de la loi cadre relative à la fiscalité, la loi 07-20 vise la révision des règles d’assiette de certaines
taxes à l’horizon de procéder au regroupement de celles ayant la même assiette au sein de la taxe territoriale
foncière et la taxe territoriale sur les activités.
27
Dans cette perspective, la loi 07-20 tend à :
 Elargir le champ d’application de la taxe d’habitation, la taxe de services communaux, la taxe sur les
terrains urbains non bâtis et la taxe sur les opérations de lotissement ;
 Réviser la répartition du produit de la taxe professionnelle et la taxe d’habitation à travers
l’augmentation de la part dédiée au profit des budgets des communes du lieu d’imposition desdites
taxes ;
 Elargir l’assiette de la taxe sur les opérations de construction pour intégrer les opérations de réfection,
de régularisation des constructions non réglementaires et de démolition ;
 Elargir l’assiette de la taxe de séjour pour intégrer les appartements loués par leurs propriétaires à
l’hébergement des touristes notamment à travers les plateformes de réservation en ligne ;
 Elargir le champ d’application de la taxe sur les véhicules soumis à la visite technique, instituée au
profit des préfectures et provinces, en exigeant son paiement à l’occasion de chaque contrôle
technique positif au lieu de la restreindre à la visite annuelle.
28Dans le cadre de l’amélioration des opérations de recouvrement des taxes locales, cette loi a procédé au
relèvement du seuil minimal d’émission et de paiement des taxes de 100 à 200 dirhams pour la taxe
professionnelle, la taxe d’habitation, la taxe de services communaux et la taxe sur les terrains urbains non
bâtis. Il a également été procédé à l’annulation les créances relatives auxdites taxes dont il y a eu un
recouvrement partiel dont le reste à recouvrer est inférieur ou égal à deux cent (200) Dirhams. Il est à noter
que ces dispositions vont contribuer d’une part à l’efficacité des opérations de recouvrement dont se chargent
les comptables publics à travers la diminution du reste à recouvrer (RAR) et d’autre part à l’annulation de la
charge fiscale des redevables à revenu modeste.

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Malgré, les changements introduits par la loi 07.20modifiant et complétant la loi 47.06
relative à la fiscalité locale, les collectivités territoriales continuent de dépendre de l’Etat dans
leur financement comme le montre le tableau ci-dessous.
Structure des ressources des collectivités territoriales en %

2022 2023

Ressources transférées 64% 61,6%

Ressources gérées par l’Etat 16,13% 17,8%

Ressources gérées par les collectivités territoriales 19,7% 20,6%

Source : Bulletin mensuel des statistiques des finances locales à fin décembre 2023.

Dans ces conditions, la problématique de la fiscalité des collectivités territoriales,


notamment, le faible rendement - est une question récurrente qui nécessitera toujours une
réforme.
Ainsi, il apparaît nécessaire - avant même d’énoncer des propositions de réforme- de
comprendre les raisons de la persistance des problèmes de la fiscalité locale, car tant que
celles-ci ne pourront être surmontées, tout scénario de réforme sera vain.
B : Les raisons de la persistance des problèmes de la fiscalité locale
Ainsi, toutes les réformes de la fiscalité locale sont vouées à l’échec, pour deux raisons
qui sont liées à l’impôt local : la première tient à l’insuffisance de la matière imposable (1), la
seconde résulte de l’uniformité de la fiscalité locale (2).
1 : L’insuffisance de la matière imposable
Le théoricien Joseph de Maistre affirmait « à propos de la déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1978, qu’il avait souvent rencontré des hommes mais qu’il n’a
jamais rencontré l’Homme »30 . Cette réflexion, strictement politique, pourrait être transposée
en matière fiscale, chacun connaît des contribuables mais personne ne peut prétendre
connaître deux sortes de contribuables, l’une qui serait nationale et l’autre locale. Le
contribuable local et le contribuable national ne forment qu’un et représentent une même et
unique personne31.
Cette double casquette que le législateur fait porter au contribuable depuis plus de 60
ans est donc un artifice qui n’est pas en phase avec la réalité. Le contribuable local ne peut pas
exister entant que tel pour la simple raison que « dans leur immense majorité, les communes-
marocaines- n’ont pas de matière imposable. Elles n’ont pas d’activité industrielle et

29
La loi 07-20 comporte des dispositions relatives à la révision des exonérations fiscales relatives aux taxes
locales à travers :
 L’harmonisation des exonérations relatives aux taxes gérées par la DGI avec celles prévues dans le
Code Général des Impôts pour l’impôt sur les sociétés;
 La réduction et la rationalisation des exonérations relatives aux taxes gérées par les services fiscaux
des collectivités territoriales
30
BOUCLIER.T, [Link]., p. 264
31
Ibid.

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commerciale. Elles n’ont pas même parfois d’habitants. Comment pourraient –elles avoir des
contribuables »32.
Par définition, l’impôt local est un impôt localisé, soit dans une commune, soit dans
une région. Tel est également le cas de la matière imposable sur laquelle l’impôt local doit
être assis. Si cette matière est absente, il ne peut pas y avoir d’impôt local, et donc pas de
contribuable local, et, par voie de conséquence, pas d’autonomie financière des collectivités
territoriales.
2 : L’uniformité de la fiscalité locale
La fiscalité des collectivités territoriales est un domaine dans lequel le principe de
l’uniformité se heurte au réalisme. En effet, la fiscalité est naturellement prélevée sur la
richesse et celle-ci est, par hypothèse, inégalement répartie dans l’espace. Il est normal que
dans les collectivités territoriales, il y a des riches et des pauvres. Celles –ci n’ont pas la
même surface fiscale, du fait qu’il y a des localités qui disposent de la matière fiscale et qui
en sont plus ou moins dépourvues.33
Comme l’avait exprimé [Link], pour le Maroc « qui est un cas marqué
d’hétérogénéité et de fractures géographiques, est divisé en communes et régions très
contrastées, les écarts fiscaux ne peuvent être par conséquent que très étendus »34 .
S’agissant des assiettes fiscales, elles sont les mêmes pour les communes urbaines ainsi
que pour les communes rurales sans tenir compte de leurs spécificités qui n’ont ni les mêmes
structures socio-économiques, ni les mêmes caractéristiques naturelles35. En effet, cette
uniformité prive les communes rurales des ressources fiscales du fait qu’elles ne disposent pas
des activités économiques suffisamment développées.
Ainsi, les impôts relatifs aux activités commerciales et industrielles tout comme ceux
concernant les opérations d’urbanisme sont de nature urbaine36.
Cette uniformité de la fiscalité locale s’applique aussi aux régions. A vrai dire, les
bases imposables sont les mêmes pour les régions, sans prendre en considération la
cartographie socio-économique des régions, qui se caractérise par une configuration
différenciée du potentiel économique entre les régions37.
Par ailleurs, les raisons du blocage de la réforme de la fiscalité locale, provient de la
difficulté de concilier les intérêts de trois acteurs, à savoir : l’Etat, les collectivités
territoriales et les contribuables.
En effet, la fiscalité locale fait intervenir trois grandes catégories d’acteurs : l’Etat, les
collectivités territoriales et les contribuables, qui ont chacune des intérêts contradictoires. Ces
contradictions s’affichent de manière évidente sur le plan financier, l’Etat cherchant à limiter
ses coûts budgétaires, les collectivités territoriales souhaitent bénéficier du maximum de
ressources tandis que les contribuables désirent payer le moins d’impôt possible.

32
Jean-Claude Martinez, la lettre au contribuable, n° 43, mai, p .2
33
BRAHIMI.M, [Link]., p. 407
34
Ibid.
35 BOUZOIUTA RHOURHOU.J, [Link]., p. 177
36
ZAIR.T, La gestion décentralisée du développement économique au Maroc, Ed l’harmattan, 2007, p .317.
37
les régions à forte concentration de l’activité économique et administrative(Grand Casablanca et de Rabat-
Salé-Azemmour-ZAR) ; les régions à vocation agricole et touristique (-Massa-Draa et de Marrakech-Tensift-Al
Haouz) ; les régions à développement socioéconomique moyen (Tanger-Tétouan, Fès-Boulomane, Mekhnès-
Tafilalet et l’Oriental) ; lesrégions à faible niveau de développement socioéconomique (Doukala-abda, chaouia-
ouardigha, tadla-azilal, taza- al-hoceima-taounate et gharb-chr arda-benihssan).

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Le système fiscal local repose donc sur un équilibre fragile et difficile à trouver. Au fait,
aucun acteur n’accepte de faire des concessions.
Ce bilan-diagnostic nous pousse à réfléchir sur les scénarios d’une réforme en
profondeur de la fiscalité locale des collectivités territoriales.
II : Les perspectives d’une réforme en profondeur de la fiscalité des collectivités
territoriales
Malgré une quête incessante des solutions à travers l’évolution historique de la fiscalité
locale au Maroc,le constat laisse apparaître la persistance des problèmes liés à la fiscalité
locale. Ce qui implique une réflexion sur la nécessité d’une réforme de l’architecture fiscale
des collectivités territoriales, en vue d’un financement équilibré des territoires.
Dans ce sens, la réforme de la fiscalité locale est aujourd’hui plus décisive encore que
par le passé. Une fiscalité locale solide est indispensable aux collectivités territoriales dont le
champ d’action s’accroît au fil du temps.
Ensuite, il y a urgence à améliorer le potentiel fiscal des collectivités territoriales et à
accroitre la rentabilité fiscale sans lesquels les objectifs de la régionalisation avancée ne
peuvent tenir toutes leurs promesses38.
Dans cette perspective, la nécessité d’une réforme de la fiscalité des collectivités
territoriales consiste à revoir en profondeur l’architecture fiscale des collectivités territoriales
(A). Il est à signaler que la réussite de ce grand chantier nécessitera des perspectives d’appui à
la réforme de la fiscalité locale (B).
A : la refonte de l’architecture fiscale des collectivités territoriales
La mise en place d’un système fiscal local optimal, nécessite la restructuration de
l’architecture fiscale des collectivités territoriales, au service des objectifs d’équité,
d’efficacité, de rendement et de simplicité.
Une telle restructuration implique, en effet, un ensemble de mesures cohérentes qui
passent par : l’optimisation de la fiscalité locale(1), et le renforcement et l’amélioration des
mécanismes de la péréquation (2).
1 : L’optimisation de la fiscalité locale39

38
Fiscalité locale : Une niche sous-exploitée, [Link].
39Selon les enseignements de la théorie économique, la mise en place d’un système fiscal optimal, nécessite
l’existence d’un arbitrage entre efficacité et équité.« Il convient cependant de ne pas méconnaître d’autres
dimensions importantes qui suggèrent un autre dilemme a priori tout aussi pertinent même s’il est inusuel sous
la plume des économistes, le dilemme liberté/égalité. L’analyse de l’impôt local n’échappe pas à ce double
clivage ». Cité par GILBERT. G, Fiscalité locale : une grille de lecture économique, AFD document de travail n° 87
septembre 2009 p .17.
« La conciliation entre ces deux objectifs au niveau local, sont plus difficiles au niveau local, pour les raisons ci-
après :
•La mobilité des contribuables empêche, plus qu’au niveau national, la mise en place de politiques fiscales
redistributives. Une fiscalité trop fortement liée aux capacités contributives, c’est-à-dire, pour les ménages, à
leur revenu ou à leur patrimoine, conduirait, par le mécanisme du « vote avec les pieds », à une intensification
de la ségrégation géographique par niveau de richesse ;
•La fiscalité locale ne peut avoir pour objectif d’opérer une redistribution d’ampleur des richesses, car elle
agit à une échelle trop réduite. Schématiquement, les « pauvres » des collectivités riches risqueraient alors
d’être traités plus favorablement que les « riches » de collectivités pauvres, alors que leur niveau de vie est
voisin ;

8
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L’optimisation de la fiscalité locale nécessitera l’amélioration du rendement des impôts


et taxes locaux, la revalorisation et l’élargissement de leurs bases imposables.
Ainsi, l’amélioration du rendement de la fiscalité locale40 passe par :
 la réévaluation des valeurs locatives, en vue de les rapprocher des prix du marché ;
 l’adaptation de la fiscalité foncière au standing d’habitation , en optant pour une
fiscalité modérée pour le segment social et moyen standing et une autre plus adéquate
pour le haut standing.
Une telle amélioration du rendement de la fiscalité locale nécessite, par ailleurs, un réel
engagement et implication des élus locaux aussi bien dans la définition des seuils
d’imposition, d’identification et de recensement de la matière imposable qu’en matière de
recouvrement.
D’une manière générale, les collectivités territoriales doivent emprunter un ensemble de
démarches, en vue de mobiliser leurs ressources fiscales, et ce à travers la mise en œuvre de
certains outils tels que41 :
 Une stratégie de développement de la fiscalité locale ;
 Un programme de mobilisation des ressources locales, d’ajustement des modalités de
la fiscalité et de valorisation des assiettes imposables ;
 Un plan de communication et de sensibilisation.
La réussite des propositions relatives à l’amélioration du rendement des impôts et taxes
locaux, demeure tributaire de l’élargissement de l’assiette fiscale.
Ainsi, l’élargissement de l’assiette fiscale des impôts locaux, nécessite la revalorisation42
et la diversification des bases imposables.
Dans cet esprit, les pouvoirs publics doivent« veiller à la refonte des règles relatives à la
fiscalité des collectivités territoriales et à leur harmonisation avec les dispositions régissant les
impôts d’Etat, en matière d’assiette, de recouvrement, de contrôle, de contentieux, de
téléprocédures et de télé-services »43.
Ainsi, « des mesures législatives44 seront édictées en vue de :
 rationaliser et clarifier les bases et les taux d’imposition en matière de fiscalité des
collectivités territoriales ;
 simplifier la fiscalité des collectivités territoriales, en vue de leur garantir des
ressources pérennes, par le regroupement progressif des taxes applicables aux biens
immeubles et celles relatives aux activités économiques ».

•La raison d’être de la fiscalité locale est notamment d’assurer la coïncidence la plus étroite possible entre
l’aire de diffusion des biens publics et l’aire à l’intérieur de laquelle l’impôt est levé pour financer ces derniers.
Cette coïncidence est destiné à assurer la correspondance entre le prix payé (fiscalité locale) et le bien public
obtenu en échange, afin que l’électeur-contribuable local soit responsabilisé et puisse exprimer ses
préférences quant au niveau adéquat de dépense publique locale. Or, la correspondance entre l’impôt et le
service rendu en échange peut être contradictoire avec la volonté de garantir l’adéquation de l’impôt avec les
capacités contributives »,CPO,Rapport sur l’efficacité économique de la fiscalité locale, mai, 2010p. 394 et 395
40
CCR, Rapport sur la régionalisation avancée, livre 3 ; p 126
41
Ibid.
42
La revalorisation de la fiscalité locale implique, l’actualisation des bases des valeurs locatives à partir des
valeurs de marché. En effet, la revalorisation apparait comme une nécessité du fait ou le recours à des valeurs
foncières anciennes et non actualisées participe directement au caractère régressif d’impôts locaux.
43
Article n°9 de la loi cadre 69.19 relative à la réforme fiscale . BO nº 7010 du 05-8-2021
44
Ibid.

9
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Par ailleurs, le succès de la régionalisation implique l’exploration de nouveaux


gisements prometteurs. Ainsi, il est judicieux de tirer des enseignements des expériences
étrangères en la matière ou une partie des ressources des régions proviennent des « taxes
vertes »45.
La diversification de la fiscalité locale des régions passe aussi par l’élargissement des
assiettes de certains impôts, comme la taxe sur les activités portuaires qui devrait être
examinée dans le sens de son application aux activités aéronautiques et au transport
autoroutier.46.
De plus, les sources de financement des budgets des régions pourraient aussi provenir du
produit des redevances47qui devraient répondre à l’impératif de la mise en place d’un système
de rémunération des services rendus correspondant aux couts des services publics.
Certes, l’optimisation de la fiscalité locale peut contribuer à l’amélioration des
ressources fiscales des collectivités territoriales, mais l’inégale spatialisation de la richesse
fiscale conjuguée à l’insuffisance, voire à l’absence de la matière imposable dans certaines
localités nécessitera, à notre sens, l’intensification et l’amélioration des mécanismes de la
péréquation.
2 : Le renforcement et l’amélioration des mécanismes de la péréquation48
M. Michel BOUVIER avait confirmé, que la péréquation se justifie « pleinement d’un
premier point de vue en raison des nouvelles compétences transférées aux collectivités
locales, mais aussi parce que se trouve affirmée par le même texte l’autonomie financière de
ces collectivités. L’accentuation de l’autonomie locale ne peut que provoquer la compétition,
une accentuation des différences, des inégalités de situations des unes par rapport aux
autres»49.
Dans cet esprit, la péréquation n’est pas un élément constitutif de l’autonomie financière
des collectivités territoriales, la péréquation, c’est beaucoup d’autres choses, c’est un
principe de solidarité et d’équité territoriale50.

45
CCR, Rapport sur la régionalisation avancée, livre 3 ; p 126
46
Ibid.
47
Les redevances sont un outil indispensable au financement des services publics locaux. Elles n’en constituent
cependant pas la panacée. Leur utilisation doit obéir à diverses conditions d’utilisation. Ainsi, il est nécessaire
de :* s’assurer que le produit ou le service tarifé répond aux conditions techniques d’utilisation ;* s’assurer
que l’on dispose de données statistiques fiables permettant de calculer des tarifs sur la base des coûts
économiques (et pas seulementdes coûts comptables) ;* encadrer juridiquement (principes de légalité,
d’équivalence financière - en proportion des avantages retirés -, de non-discrimination – discriminationen
fonction des avantages retirés et non du revenu ou de la commune d’appartenance -, pas de péréquation
tarifaire) ;* justifier toute exonération ou toute exception à la règle tarifaire ;* justifier la limitation apparente
aux principes de libre accès aux services collectifs et à l’égalité de traitement des citoyens ;* mettre en place et
vendre publiquement ». Cité parGILBERT. G, Fiscalité locale : Une grille de lecture économique, AFD document
de travail n° 87 septembre 2009,p : 35
48
Pour plus de détails sur l’amélioration des mécanismes de péréquation au Maroc, voir JNAH.A « les enjeux
territoriaux de la fiscalité locale au Maroc » Thèse de doctorat en Finances et Fiscalité, FSJES, Agdal, Rabat,
2015.
49
BOUVIER.M, « La réforme de la fiscalité locale, éléments méthodologiques », in les aspects politiques et
financiers de la décentralisation- compte rendu de la conférence débat organisée le 1 février 2007 par
l’observatoire de la décentralisation, étude du service des CT », n°6 (2006-2007) ,20 juin2007, P 41 à 44 cite
[Link], Recherche sur la notion de péréquation en droit public, thèse de doctorat, Université de
La Rochelle, 2011, p 235.
50
Ibid.

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Au Maroc, comme dans de nombreux pays, la concentration des lieux de production de la


richesse est telle que les régions ne seront pas toutes en mesure de couvrir leurs besoins de
dépenses par leurs ressources propres. A cette disparité des revenus s’ajoute la grande
diversité géographique qui implique, pour certaines régions, des coûts de fourniture des
services publics plus élevés. Il s’agit notamment des régions montagneuses où le
désenclavement des populations est généralement très onéreux et des régions désertiques ou
semi désertiques où la répartition de la population est fortement dispersée51.
Dans ce sens, la réforme des mécanismes de la péréquation doit se concentrer sur
l’amélioration du système de péréquation verticale52 existant et sur le renforcement de la
péréquation horizontale53.
Par ailleurs, le besoin de péréquation serait moindre si le nombre des collectivités était
réduit, le morcellement administratif54en 1503 communes aggrave, en effet, considérablement
les disparités de ressources. Celles-ci sont notamment plus marquées entre les petites
communes qu’entre les grandes communes, et de même en milieu rural qu’en milieu urbain.
Le niveau communal connait des inégalités accrues entre collectivités par rapport aux autres
niveaux territoriaux. Dans cet esprit, la réduction du nombre des collectivités permettrait
d’accroitre la dimension des territoires et par conséquent de lisser la répartition des bases
d’imposition55.
La réussite des réformes relatives à la restructuration de l’architecture fiscale des
collectivités territoriales en général et des régions en particulier, nécessitera des perspectives
d’appui à la modernisation de la fiscalité locale.

B : Les perspectives d’appui à la réforme de la fiscalité des collectivités


territoriales
Le succès des pistes de réformes citées ci-dessus est tributaire de la mise en place des
perspectives d’appui à la modernisation de la fiscalité locale. Ces perspectives ont notamment
trait à : la modernisation de la gestion fiscale et financière des collectivités territoriales(1), et à
la revalorisation des ressources humaines (2).
1 : Modernisation de la gestion fiscale et financière des collectivités territoriales
La mise en œuvre d’une fiscalité locale qui répond aux exigences d’un développement
territorial équilibré et harmonieux, est tributaire d’une gestion efficiente et efficace des impôts
et taxes locaux. Et ce à travers la modernisation des structures de gestion56 et d’exécution.

51
CCR, Rapport sur la régionalisation avancée, Livre III : la régionalisation avancée au service du développement
éco. & social p : 132
52
Le renforcement de la péréquation verticale pourrait passer par une révision des critères de répartition des
dotations étatiques et par la décentralisation de la gestion de la péréquation
53
Cette forme de péréquation pourrait être mise en place à travers les mécanismes suivants : la mutualisation
des services publics locaux et la coopération structurelle entre les régions
54L’inégalité du produit fiscal entre les collectivités territoriales se trouve par ailleurs renforcée par le
découpage territorial. En effet, Le premier découpage communal qu’a connu le Maroc a porté le nombre de
communes à 801 dont 66 communes urbaines et 735 communes rurales. Ce nombre a été presque doublé lors
du découpage communal de 1992 pour atteindre 1544 communes. En 2009, le nombre de communes est passé
à 1503 soit 221 communes urbaines et 1282 communes rurales. Collectivités locales en chiffres 2009 ; p . 19.
55
BRANQUART.C, La réforme de la fiscalité locale en France, Thèse de doctorat en droit public, Strasbourg,
2009.p : 488.
56
A travers l’instauration d’une structure organisationnelle fonctionnelle : en répartissant les taches des agents
selon les processus d’affaires (assiette, recouvrement, contentieux, audit, etc.) plutôt que par article (nature

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Dans ce sens, la cour des comptes dans son rapport sur la fiscalité locale « recommande
d’examiner l’opportunité de mettre en place les structures appropriées d’une administration
fiscale locale selon un modèle qui serait différencié en fonction de la taille des collectivités
territoriales concernées et, par conséquent, de leur potentiel fiscal »57.
Dans le but de mettre en œuvre les objectifs fondamentaux prévus par la loi-cadre58
69.19en matière de la fiscalité des collectivités territoriales, les pouvoirs publics doivent
prendre des mesures législatives et réglementaires nécessaires à la mise en place d’un mode
de gouvernance fiscale approprié aux collectivités territoriales59.
De plus, l’amélioration de la gouvernance de la fiscalité des collectivités territoriales
demeure, à notre sens, tributaire de la réduction du nombre élevé des taxes, droits et
redevances, notamment ceux gérés par les communes60 voire la suppression de certains droits
et contributions qui ont un coût de gestion supérieur à leurs rendements.
L’ampleur des besoins croissants des populations conjugués à la rareté des moyens financiers
au niveau local, nécessitera, par ailleurs, l’optimalisation des ressources financières des
collectivités territoriales, en vue d’atteindre les objectifs escomptés.

d’impôt) ; en instaurant le principe du dossier unique des redevables ; en fusionnant les divers fichiers
d’enregistrement des contribuables en un seul fichier unique permettant la gestion transversale de
l’assujettissement du redevable aux diverses natures d’impôts. Cité par La Gestion des Finances Locales au
Maroc : Diagnostic et Recommandations, in Projet de Gouvernance Locale au Maroc, Mars 2010, disponible sur
site internet : [Link]/.../la-gestion-des-finances-locales.
57
Rapport de la cour des comptes sur la Fiscalité locale. - Mai 2015, p : 186
58
Dahir n° 1-21-86 du 15 hija 1442 (26 juillet 2021) portant promulgation de la loi-cadre n° 69-19 portant
réforme fiscale.
59
Article 10 de la loi cadre 69.19 relative à la réforma fiscale. BO nº 7010 du 05-8-2021
60Vingt et un (21) taxes , droits et redevances gérés par les communes dont :

 Huit (08) Taxes et redevances géréesrégis par la loi 47.06 :


1-Taxe sur les terrains urbains non bâtis ;
2-Taxe sur les opérations de construction ;
3-Taxe sur les opérations de lotissement ;
4-Taxe sur les débits de boissons ;
5-Taxe de séjour ;
6-Taxe sur les eaux minérales et de table ;
7-Taxe sur le transport public de voyageurs ;
8-Taxe sur l'extraction des produits de carrières
 Treize (13) Droits et redevances régis par la loi 39-07 :
1-Taxe sur la dégradation des chaussées ;
2-Taxe de légalisation des signatures et de certification conforme des copies ;
3-Droits d’abattage ;
4-Surtaxe d’abattage au profit de la bienfaisance ;
5-Droits perçus sur les marchés et lieux de vente publics ;
6-Droit de fourrière ;
7-Droit de stationnement sur les véhicules affectés à un transport public de voyageurs ;
8-Droits d’état civil ;
9-Redevance sur les ventes dans les marchés de gros et halles aux poisons
10-Redevance d’occupation temporaire du domaine public communal pour un usage lié à la
construction ;
11-Redevance d’occupation temporaire du domaine public communal pour un usage commercial,
industriel ou professionnel ;
12-Redevance d’occupation temporaire du domaine public communal par des biens meubles et
immeubles liés à l’exercice d’un commerce, d’une industrie ou d’une profession ;
13-Contribution des riverains aux dépenses d’équipement et d’aménagement.

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Dans ce sens, l’amélioration de la planification61 et de l’exécutiondu budget des


collectivités territoriales, la mise en place des outils de suivi de l’exécution et du contrôle, et
une meilleure cohérence entre les finances locales et les finances de l’Etat, pourraient
contribuer à l’amélioration de la bonne gouvernance financière des collectivités territoriales.
Une telle gouvernance fiscale et financière au niveau local, demeure tributaire de la
revalorisation des ressources humaines.
2 : la revalorisation des ressources humaines
Les collectivités territoriales souffrent d’un manque de ressources humaines non
seulement au niveau des fonctions de responsabilité, mais également au niveau des autres
postes d’encadrement et d’exécution62.
Or, la gestion publique est nécessairement compromise lorsqu’elle n’est pas assurée par
des professionnels. Le choix d’investissement, la prévision, la mise en œuvre rationnelle des
ressources, la programmation, les équilibres financiers, l’étude des dossiers techniques
nécessitent une formation et une aptitude professionnelle63.
En effet, si au niveau central, l’administration est parvenue à résoudre ses problèmes de
cadres (même si les objectifs quantitatifs sont atteints, c’est généralement d’une façon
hétérogène et au détriment du « qualitatif »64; au niveau local la problématique demeure
toujours posée avec acuité.
D’une manière générale, les collectivités territoriales souffrent d’une pénurie de cadres
administratifs et techniques, tant en nombre qu’en compétences65, ce qui constitue la source,
en partie, de toutes les difficultés de fonctionnement que rencontrent nos communes66.
Dans ce sens, la formation des fonctionnaires revêt une importance primordiale dans le
renforcement des capacités de gestion des collectivités territoriales. Une telle formation peut
prendre deux formes :
 Une formation initiale67 à l’exercice des fonctions ;

61
L’article 183 de la loi 113-14 relative aux communes prévoit que : « Le président du conseil est chargé de la
préparation du budget. Le budget doit être établi sur la base d’une programmation triennale de l’ensemble des
ressources et charges de la commune conformément au plan d’action de la commune. Cette programmation
est actualisée chaque année pour l’adapter avec l’évolution des ressources et des charges ».le contenu de cet
article est prévu respectivement dans l’article 175 de la loi 112.14 relative aux préfectures et provinces et dans
l’article 197 de la loi 111.14 relative aux régions.
62
BEN RAHAL.M : Les finances des collectivités locales, entre les exigences modernes et l'opportunité du
contrôle efficient. Thèse de doctorat, Casablanca, 2005, p 146
63EL YAAGOUBI.M, La décentralisation administrative serait- elle une théorie irréaliste : le cas du Maroc, in
revue juridique et politique, n°1, 1997, p 182.
64
SEDJARI.A , Les structures administratives territoriales et le développement local au Maroc, Editions de la
faculté́ des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat,1981, p : 203
65
Des évaluations menées par la cour des comptes tunisienne ont permis de mettre en évidence les
répercussions de l’insuffisance en matière d’organisation et des moyens humains et matériels sur le
fonctionnement des CL. Ainsi, à l’occasion d’une évaluation de l’action déployée par les municipalités en
matière de propreté et d’hygiène, il a été démontré que malgré l’assistance apportée par les structures
centrales et régionales, les communes n’arrivent pas toujours à s’acquitter convenablement de leurs taches.
Cité par CHAABNE.A, le contrôle de finances locales, in évolution récente de la fiscalité locale. Tunis, centre de
publications universitaires, 2000, p : 95
66
OUSSLIM.H, le développement communal cas des communes de la province d’Oujda, expérience 1976-1983,
DES, 1984, p : 125
67
La formation initiale, consiste en des prérequis pour accéder à la fonction publique locale. En effet, cette
formation est importante du fait qu’elle contribue à la satisfaction des besoins des entités décentralisées.

13
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 Une formation continue68 qui évolue en fonction des besoins.


L’importance de la formation des fonctionnaires des collectivités territoriales demeure
insuffisante en l’absence d’une formation en parallèle des élus locaux.
D’une manière générale, la nécessité d’une réforme de la fiscalité des collectivités
territoriales au Maroc,« demande un effort de réflexion permanent, une pensée élaborée, des
projets et programmes perfectibles. Bref une fidélité. Tout le monde y a intérêt »69.
Une telle réforme demeure, par ailleurs, conditionnée par l’évaluation périodique de
l’impact socio-économique direct et indirect des mesures fiscales prévues par la législation en
vigueur. Dans ce sens, les pouvoirs publics doivent veiller à la mise en place d’un
observatoire de la fiscalité70.

68
La formation continue contribue au perfectionnement et à l’ajustement des compétences durant toute la
carrière des fonctionnaires.
69
J-S. KLEIN, Moderniser la Fiscalité Locale, Ed. ECONOMICA, 1990.p 114.
70
Article 18 de la loi cadre 69.19 relative à la réforma fiscale. BO nº 7010 du 05-8-2021

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Bibliographie :
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BRAHIMI.M, la commune marocaine : Un siècle d’histoire de la veille du protectorat
à 2009, Tome 1&2 .REMALD, Collection »Thèmes actuels »n°65,2010.
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Fiscalité locale : Une niche sous-exploitée, in Journal : Finances News Hebdo ; jeudi
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Rapport de la cour des comptes 2015.


Rapport de la Commission Consultative sur la régionalisation, livre 1,2 et 3. 2011.
Revue de la Trésorerie Générale du Royaume, la réforme territoriale de 2015 : les
nouveautés et les enjeux, Numéro 12 spécial - Avril 2017.
Colloque _Webinaire : « Autonomie fiscale locale et développement territorial :
Diagnostic et état des lieux. », Rabat, le 2 avril 2022
BENSOUDA.N, « L’autonomie fiscale locale a-t-elle encore un sens pour le
développement territorial ? », Colloque Webinaire : « Autonomie fiscale locale et
développement territorial : Diagnostic et état des lieux. », Rabat, le 2 avril 2022.
Bulletins Mensuel des Statistiques des finances locales
Dahir n°1-11-91 du 27 chaabane 1432 (29 juillet 2011) portant promulgation du texte
de la Constitution, B.O n° 5964 bis du 28 chaabane 1432 (30 juillet 2011)
Dahir n° 1-15-83 du 7 juillet 2015 portant promulgation de la loi organique n° 111-14
relative aux régions
Dahir n° 1-15-84 du (7 juillet 2015) portant promulgation de la loi organique n° 112-
14 relative aux préfectures et provinces
Dahir n° 1-15-85 du (7 juillet 2015) portant promulgation de la loi organique n° 113-
14 relative aux communes.
Dahir du 23 mars 1962 relatif aux taxes municipales, BO n° 2580 du 06 avril 1962.
Dahir n° 1-89-187 du 21 REBIA II 1410 (21 novembre 1989) portant promulgation de
la loi 30-89 relative à la fiscalité des collectivités locales et de leurs groupements
Loi n° 47-06 relative à la fiscalité locale des CT et leurs groupements, BO n° 5583 du
06 décembre 2007
Loi 39-07 B.O n°5591 bis du 31 décembre 2007
Loi n°07.20 modifiant et complétant la loi n°47.06 relative à la fiscalité des
collectivités locales, publié au bulletin officiel sous n° 6948 en date du 31 décembre
2020
Dahir n° 1-21-86 du 15 hija 1442 (26 juillet 2021) portant promulgation de la loi-cadre
n° 69-19 portant réforme fiscale. BO nº 7010 du 05-8-2021
Troisième Assises Nationale sur la Fiscalité, organisées les 3 et 4 mai 2019 à Rabat,
sous le thème de « l’équité fiscale ».
Sites internet :
• [Link]
• [Link]
• [Link]és- [Link]

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