Université Abdelmalek Saadi de Tétouan
Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales
Cas Pratique - Droit Pénal Droit pénal spécial
cas pratique n° 2 Petits meurtres entre amis
François est un jeune homme de 17 ans atteint d’une paralysie totale de ses muscles en raison d’une maladie
dégénérative rare. Il ne peut pas se mouvoir seul et nécessite l’assistance d’une tierce personne à tout moment.
Depuis quelques semaines, son état se dégrade. Il souffre de plus en plus. Ne voulant pas inquiéter encore plus
sa mère, il préfère discuter de cette souffrance avec ses meilleurs amis Franck et Romain. Au fil des
discussions et sous l’effet des douleurs de plus en plus aigües, François soulève l’envie de se suicider. Il leur
fait part de ce désir, leur rappelant qu’il n’est pas en mesure de choisir cette propre mort étant paralysé !
Franck est assez réceptif à l’évocation du suicide par François, essayant de comprendre sa douleur et le
soulagement recherché. De son côté, Romain est plutôt réfractaire à cette idée et ne cache pas sa peur de le
voir mourir. François sait qu’il ne peut pas en parler avec sa mère qui espère et croit en l’évolution de la
médecine. Elle souhaite et pense que les scientifiques pourront trouver le remède à la maladie de son fils. Bien
qu’il sache que sa mère souffrira de sa mort, les douleurs de François sont telles, que cette idée de mourir
revient sans cesse. Il fait par à ses amis du fait que son père possède un fusil dans la chambre parentale.
Cependant, même Franck n’imagine pas une mort si atroce. Ils en viennent à discuter d’une façon plus douce
de mourir. Le poison et une mort par étouffement retiennent les « préférences » de trois garçons. Romain reste
toujours opposé à une telle idée. Il espère une amélioration de l’état de santé de son ami. Pourtant, les
souffrances se renforcent et les chances d’amélioration s’amenuisent pour devenir quasiment nulles. Un après-
midi où ils sont à nouveau réunis tous les trois, François les supplie de mettre fin à ses jours. Il n’en peut
plus : il souffre sans ne rien pouvoir faire. Ses amis ne supportent plus de voir leur meilleur ami dans cet état
atroce. Avec beaucoup de difficultés, Romain donne un coussin à Franck qui le place sur le visage de
François. Ce dernier les regarde en souriant et d’un air salvateur, lançant un « merci mes amis ». Après
quelques gesticulations, François meurt en quelques minutes, qui parurent interminables pour Franck et
Romain. Alors que François venait de les quitter, sa mère entre dans la pièce : elle voit le coussin encore
déposé près du visage de son fils et comprend la scène venant de se passer : ils ont tué son fils. Elle part alors
en courant en criant qu’elle va les tuer. Les deux garçons sont alors inquiets… encore plus lorsqu’ils
entendent le chargement du fusil à pompe, bruit venant du bout du couloir. Ils se mettent alors à courir pour
lui échapper. Hurlant de rage, la mère de François veut à tout prix les tuer. Une certaine confusion règne dans
la maison : les portes claquent, des cris retentissent … Voyant une silhouette passer devant la fenêtre, la mère
de François tire. Un corps s’écroule. Passant avoir vengée son « petit ange », elle sort constater le résultat de
sa vengeance. Malheureusement, elle venait d’atteindre en pleine tête son mari qui rentrait du travail. Alertée
par les voisins, la police arrive rapidement sur les lieux. François est mort. Le corps de son père git dans son
sang dans le jardin. Sa mère est effondrée. Franck et Romain se sont rendus immédiatement au commissariat
pour expliquer les faits.
Qualifiez les poursuites qui pourront être engagées.
Nom de l'étudiant : Walid Hassani
Étudiant en Droit Financier et des Affaires
Professeur : Dr. El Azzouzi
Analyse
Juridique - Cas pratique : "Petits meurtres entre amis"
I. Exposé des faits
François, jeune homme de 17 ans atteint d’une paralysie totale en raison d’une
maladie dégénérative, exprimait depuis plusieurs semaines le souhait de mettre fin à
ses jours, incapable de supporter ses souffrances croissantes. Face à ses amis Franck
et Romain, François a réitéré ce désir, précisant qu’il ne pouvait l’accomplir seul.
Après des hésitations, Franck, avec la complicité passive de Romain, a mis fin à la vie
de François en l’étouffant avec un coussin. Peu après, la mère de François, dans un
état de choc, a tué accidentellement son mari en tentant de se venger des amis de
son fils. La scène a été signalée aux autorités par les voisins, et Franck et Romain se
sont rendus immédiatement à la police.
Ce contexte appelle une qualification juridique des faits, répartis entre les actions de
Franck, Romain et la mère de François.
II. Problématiques juridiques
Quelle est la qualification juridique de l’acte commis par Franck et Romain ayant
causé la mort de François ?
La responsabilité pénale de la mère de François peut-elle être engagée pour la mort
de son mari ?
Quelles sont les peines applicables aux différentes infractions constatées ?
III. Analyse juridique
La responsabilité pénale de Franck et Romain
Qualification de l’infraction : Homicide volontaire (Art. 392 CP marocain)
L’acte commis par Franck, consistant à étouffer François avec un coussin, constitue un
homicide volontaire. L’article 392 du Code pénal marocain prévoit que « quiconque
donne intentionnellement la mort à autrui est coupable de meurtre ».
L’élément matériel est caractérisé par l’acte d’étouffement ayant causé la mort.
L’élément intentionnel résulte des discussions préalables entre les protagonistes,
démontrant une volonté claire de mettre fin à la vie de François. Le consentement de
la victime n’est pas une cause d’exonération en droit marocain, car l’euthanasie n’est
pas légalement reconnue.
Complicité de Romain (Art. 129 CP marocain)
Bien que réticent au départ, Romain a activement contribué à l’homicide en
fournissant le coussin. Selon l’article 129, est considéré comme complice celui qui
fournit les moyens nécessaires à la commission de l’infraction.
Par cette action, Romain s’est rendu complice de l’homicide volontaire commis par
[Link] encourue
Franck, en tant qu’auteur principal, et Romain, en tant que complice, encourent la
réclusion perpétuelle conformément à l’article 392.
La responsabilité pénale de la mère de François
Qualification de l’infraction : Homicide involontaire (Art. 432 CP marocain)
L’acte de la mère, consistant à tirer sur une silhouette sans vérifier l’identité de la
personne, relève de l’homicide involontaire par imprudence.
L’élément matériel est établi par le tir ayant causé la mort du mari.
L’élément moral est caractérisé par une négligence manifeste dans l’usage de l’arme,
sans intention de tuer son époux.
Circonstances atténuantes (Art. 146 CP marocain)
L’état de choc émotionnel de la mère, consécutif à la découverte de la mort de son
fils, peut être invoqué comme circonstance atténuante. Bien que cela n’exonère pas
sa responsabilité pénale, ces circonstances peuvent influencer la fixation de la peine
par le juge.
Peine encourue
Selon l’article 432, l’homicide involontaire est puni de trois mois à cinq ans
d’emprisonnement, assorti d’une amende.
IV. Synthèse et conclusion
Franck et Romain
Franck est poursuivi pour homicide volontaire (Art. 392) et encourt la réclusion
perpétuelle.
Romain, complice de l’homicide volontaire, encourt la même peine en vertu de
l’article 129.
Leur responsabilité est pleinement engagée, le consentement de François étant
indifférent juridiquement.
La mère de François
Sa responsabilité pénale est engagée pour homicide involontaire sur son mari (Art.
432).
Les circonstances atténuantes liées à son état émotionnel pourraient réduire sa
peine. Elle encourt une peine de trois mois à cinq ans de prison, selon la gravité
retenue par le tribunal.
V. Recommandations
Dans cette affaire, il est crucial que :
Franck et Romain : Plaident leur bonne foi et leur compassion, tout en reconnaissant
leur responsabilité, pour espérer une éventuelle réduction de peine.
La mère : Insiste sur son état de choc et sa détresse émotionnelle pour bénéficier de
circonstances atténuantes