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Diglossie en Libye et enseignement du français

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Conclusion

En Libye, comme au Maghreb et dans tout pays arabe, coexistent en fait deux

types d’arabe: l'arabe classique et le dialecte. Ces deux langues elles-mêmes ne

sont pas unitaires. Le littéral comprend l'arabe ancien du Coran et de la

littérature classique, et « l’arabe moderne », c'est-à-dire une langue adaptée à

l'expression scientifique, technique, économique, politique, contemporaine.

Quant au dialecte, il se diversifie en une mosaïque de parlers locaux. Mais

derrière ces différences il est à retenir que la langue officielle, reconnue, fixée

dans le code écrit, respectée parce qu'elle est celle du Coran et de la Culture

arabe, « âdâb islâmT », c'est l'arabe classique. Elle est enseignée comme

modèle, comme norme fixe, comme perfection à atteindre. Pourtant, l'usage

parlé quotidien méconnaît les habitudes non seulement lexicales ou morpho-

syntaxiques mais aussi phonologiques de l'arabe classique. Il en résulte, chez les

arabophones scolarisés, une diglossie préjudiciable à toute étude du français. Et

cette diglossie, comme le Remarque David Cohen, « n'est naturellement pas

sans effet sur l'évolution des dialectes eux-mêmes » (1968).

Dès lors, l'apprentissage du système phonétique de cette langue va se faire dans

un bain linguistique où les phénomènes phonétiques propres au français sont

plus ou moins perçus et intégrés. Les consonnes [p] et [v], et même les voyelles

orales composées [y] et [oe] et les nasales [X] et [ë] ne sont pas totalement

inconnues du sabir libyen.

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Mais, répétons-le encore une fois, seule la connaissance du système dialectal

permet d'améliorer les méthodes d'enseignement.

Même sur le plan des facteurs supra-segmentaux, il faut donc prendre en

considération la langue naturelle du locuteur: l'arabe dialectal, au préalable

rapproché et différencié de l'arabe classique. Là doit être le champ de référence

pour l'analyse des lacunes ou des erreurs et le point de départ de la correction de

la prononciation du français, langue étrangère.

Mais les prises de conscience et les fixations phonétiques doivent être précises

et précoces. A l'heure actuelle, la scolarité ne corrige généralement pas ces

interférences phonologiques. Dans la mesure où l'arabophone est littéralement

sourd à certaines oppositions du système phonologique français, il continue

donc à appliquer, sans plus, les oppositions de son propre système dialectal. Ces

interférences d'infrastructure psycho-physiologique audition et perception sont

en cause se répercutent alors dans le domaine des connaissances à acquérir, et

expliquent dans une très large mesure les erreurs des apprenants. Or, puisque

l'apprentissage du code graphique lui-même doit s'appuyer sur le code oral, la

pratique du français parlé est primordiale. Celle-ci demande non seulement

l'utilisation d'une méthodologie phonétique précise (voir P. Léon « Introduction

à la phonétique corrective », Hachette/Larousse, 1964) mais aussi une étude et

une prise en considération du système propre au dialecte. Cette exigence

s'applique à l'enseignement du français aux arabophones, en pays arabe comme

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en France. Elle rejoint la nécessité, pour tous ceux qui doivent enseigner le

français en milieu patoisant (Alsace, par exemple), de prendre en considération

la langue maternelle des enseignés. Encore faut-il en admettre l'existence

linguistique et culturelle et prendre la peine de s'y intéresser.

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