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La plus petite circonscription révolutionnaire

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PARTIE 1 : ORGANISATION DU TERRITOIRE SOUS L’ANCIENNE RÉGIME

-> découpage territoire complexe à la veille de la révolution


=> critique lourdes au XVIII è siècle -> le découpage n’est pas rationnel et scienti que
=> c’est les produit de socles historiques dont la complexité est l’héritage

-> le découpage est hétérogènes , chaque secteur a son découpage


=> le découpage de la France religieuse n est pas la même que celui de la France scale , militaire ,
juridique

=> cet héritage va servir de base pour les révolutionnaires

CHAPITRE 1 : LE DÉCOUPAGE THÉMATIQUE ET HÉTÉROGÈNE DU TERRITOIRE DU ROYAUME

À la veille de la Révolution, la France dispose de multiples limites internes avec des divisions religieuses,
administratives, scales ou militaires.
Elles ont été mises en place au début de la monarchie voire même au début de la religion catholique.
L’ancienne monarchie hérite aussi du système féodal et donc des anciennes seigneuries, y ajoutant ses
propres éléments par dessus.

SECTION 1 LES PRINCIPALES GRANDES CIRCONSCRIPTIONS DE L’ANCIEN RÉGIME

1. Les provinces ecclésiastiques : un héritage de l’Empire romain


Les provinces ecclésiastiques trouvent leur origine dans l'Empire romain, où le territoire était divisé pour
des raisons administratives et religieuses.
À partir du IVᵉ siècle, avec l'émergence du christianisme comme religion o cielle de l'Empire, ces divisions
administratives se sont alignées sur l'organisation de l'Église.
-> Les provinces, dirigées par des archevêques, englobent plusieurs diocèses sous la juridiction d’évêques.

Durant l'Ancien Régime, ces provinces ecclésiastiques restent relativement stables et in uentes.
Leur rôle va au-delà du spirituel,
=> car elles servent aussi de cadres à la perception de certaines taxes religieuses (comme la dîme) et
jouent un rôle dans l'éducation. Par exemple, les universités médiévales, souvent rattachées à des
diocèses, participent à structurer intellectuellement ces territoires.
=> Ces provinces montrent également la persistance d'un pouvoir religieux face à une monarchie qui
cherche à imposer son autorité sur les structures ecclésiastiques.

2. Les ressorts des parlements : des divisions judiciaires issues de l’histoire royale
Les parlements, initialement créés pour assister le roi dans son rôle de juge suprême,
=> deviennent au l du temps des institutions judiciaires de premier plan.
-> Le Parlement de Paris, établi au XIIIᵉ siècle, est le plus ancien et le plus in uent, mais il est
progressivement rejoint par d'autres parlements (Rouen, Bordeaux, Toulouse, etc.).

Chaque parlement exerce son autorité dans un territoire dé ni, appelé "ressort".
Ces ressorts re ètent l’expansion du domaine royal et son intégration progressive des territoires conquis.
Les parlements sont responsables de l’enregistrement des édits royaux, ce qui leur confère un rôle politique
important.
Ce pouvoir d'enregistrement devient un outil pour contester le pouvoir royal, notamment sous Louis XV et
Louis XVI, lorsque les parlements s'opposent à certaines réformes scales ou administratives. Les ressorts
parlementaires sont donc le théâtre d’un a rontement entre monarchie absolue et aspirations à une justice
locale et autonome.

3. Les gouvernements militaires : l’évolution des pouvoirs locaux militaires


Les gouvernements militaires apparaissent à la n du Moyen Âge comme une réponse aux enjeux de
défense, particulièrement face aux invasions étrangères et aux guerres internes.

Chaque gouvernement est dirigé par un gouverneur, qui exerce une autorité militaire sur un territoire donné.
Sous François Ier, ces gouvernements prennent une dimension plus politique, car les gouverneurs
deviennent des représentants directs de la monarchie.
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Cependant, avec les guerres de religion (XVIᵉ siècle), les gouvernements militaires se transforment parfois
en foyers de résistance contre le pouvoir royal. Pour réa rmer son autorité, Louis XIII, puis Louis XIV,
réduisent leur pouvoir.
=> Louis XIV, en particulier, s’emploie à limiter l’autonomie des gouverneurs, les contraignant à résider à la
cour et créant de nouvelles circonscriptions pour diluer leur in uence. Car on ne peut pas les supprimer
À la veille de la Révolution, bien que les gouvernements militaires existent toujours, leur rôle est en grande
partie honori que et symbolique.

4. Les généralités : la base de l’administration scale et royale absolue


Les généralités, créées au XVIᵉ siècle, sont d'abord des divisions destinées à faciliter la collecte des impôts.
Sous Henri IV et Richelieu, elles deviennent un pilier de l’administration centrale.
Chaque généralité est placée sous la responsabilité d’un intendant, véritable émissaire du roi.
L’intendant a pour mission de contrôler la justice, de veiller à l’ordre public et de superviser la scalité.

Les généralités jouent un rôle fondamental dans le processus de centralisation monarchique.


Elles sont particulièrement importantes dans les pays d’élections, où les intendants exercent une autorité
directe sur les contribuables.

À l’inverse, dans les pays d’États, des assemblées locales négocient la répartition des impôts avec
l’intendant.
=> Cette dualité montre la di culté pour le roi de centraliser totalement l’administration sans heurter les
particularismes locaux. À la veille de la Révolution, les généralités sont critiquées pour leur ine cacité et les
abus qu’elles permettent, ce qui alimente le mécontentement scal.

Conclusion :
Les divisions administratives de la France de l’Ancien Régime sont le résultat d’un processus historique
complexe, marqué par l’interaction entre héritages médiévaux et réformes monarchiques.
Si chaque type de division (provinces ecclésiastiques, ressorts parlementaires, gouvernements militaires et
généralités) re ète un aspect particulier de la société d'Ancien Régime, leur superposition contribue à un
morcellement du territoire. Ce morcellement, source de confusion et d’ine cacité, nourrit les tensions
sociales et politiques qui précèdent la Révolution française. Le roi, en quête de centralisation, se heurte à
ces structures qui incarnent les résistances locales, accentuant ainsi le besoin de réforme globale qui
émergera en 1789.

• Frontières irrégulières et superpositions des divisions


- Les divisions administratives de l'Ancien Régime présentent des frontières irrégulières, des formes
hétérogènes et des dimensions disproportionnées.

- Les provinces religieuses ont gardé une relative régularité, héritée de l’Empire romain.

- Les généralités, créées plus récemment (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles), sont de tailles plus homogènes, sauf
exceptions (Bretagne, Dauphiné, Provence).

- Il existe peu de correspondance entre les di érentes divisions, ce qui rendait les limites oues pour
les administrateurs et les administrés.

• Le terme "province" : signi cations multiples


- Sous l’Ancien Régime, "province" ou "pays" désigne diverses circonscriptions, sans signi cation
o cielle.

- La seule "province" o cielle est la province ecclésiastique.

- Le terme "province" peut désigner :


• D’anciennes circonscriptions féodales ayant une unité politique au Moyen Âge.
• Des territoires récemment rattachés au royaume, comme ceux ayant eu une
homogénéité institutionnelle (ex. : Languedoc, avec un gouvernement unique, une
généralité et des États provinciaux).

- Certains territoires (ex. : Picardie) ne sont pas considérés comme des provinces, faute d’unité
politique ou d’États provinciaux, bien qu’ils possèdent une unité linguistique ou culturelle.
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• Évolution du terme "province" à la n de l’Ancien Régime
- À cette époque, "province" devient synonyme de généralité ou d’intendance, d'où une confusion
entre divisions scales et provinces religieuses dans les documents et cartes historiques

SECTION 2 : LES CIRCONSCRIPTIONS DE LA VIE LOCALE SOUS L’ANCIEN RÉGIME

1. Les cellules locales : entre autonomie historique et encadrement minimal

• Les villes :
Les villes françaises trouvent leur origine dans le Moyen Âge, période durant laquelle elles s’émancipent
du pouvoir seigneurial, notamment au XIIᵉ siècle.
Cette autonomie résulte de leur puissance économique en tant que carrefours commerciaux, qui leur
a permis d’obtenir des libertés juridiquement reconnues via des chartes.
Ces privilèges incluaient une scalité propre, une organisation indépendante et parfois une juridiction
distincte.
-> Les "communes" dans le Nord
-> les "consulats" dans le Sud
=> re ètent cette diversité terminologique mais désignent des structures similaires.

Cependant, dès le XVᵉ siècle, cette autonomie est progressivement réduite par la monarchie.
La participation des villes à la guerre de Cent Ans, souvent de manière indépendante et parfois en
accueillant des troupes anglaises, a justi é pour le pouvoir royal leur soumission croissante.
À la veille de la Révolution, les villes sont sous le contrôle d’agents royaux, bien que certaines
conservent des privilèges locaux en raison de traditions anciennes.

• Les paroisses et communautés rurales :


La majorité de la population française vit dans des espaces ruraux,
Organisés en paroisses ou communautés rurales.
=> Ces entités représentent les premiers lieux de gestion des intérêts communs mais ne béné cient
d’aucune reconnaissance o cielle de la part du pouvoir royal.
=> Néanmoins, sont encadrées indirectement par des circonscriptions ecclésiastiques ou administratives.

2. Les circonscriptions intermédiaires : relais du pouvoir royal et ecclésiastique

• 2.1. Diocèses : organisation religieuse héritée

Les diocèses, subdivisions des provinces ecclésiastiques,


sont placés sous la responsabilité des évêques, eux-mêmes sous l’autorité des archevêques.
=> Ces structures, souvent calquées sur les découpages de l’Empire romain, ont été multipliées au Moyen
Âge pour assurer un encadrement religieux plus e cace.
=> Toutefois, leur création a aussi répondu à des objectifs politiques : multiplier les postes d’évêques
permettait de récompenser des ecclésiastiques dèles.
Cette logique a entraîné une grande disparité dans la taille des diocèses, visible encore en 1789.

• 2.2. Bailliages et sénéchaussées : premier niveau de justice royale

Créés au XIIᵉ siècle, :


-> les bailliages (au Nord)
-> les sénéchaussées (au Sud)
=> avaient pour mission de surveiller les prévôts et viguiers, qui administraient des échelons locaux plus
petits.
Leur rôle principal était la justice, mais ils ont vu leurs pouvoirs s’élargir avec le temps, devenant des relais
de l’autorité royale.

-> Cependant, dès le XVᵉ siècle, la monarchie s’en mé e et commence à réduire leurs prérogatives.
À la n de l’Ancien Régime, ces circonscriptions subsistent mais avec des frontières oues, comme l’illustre
l’organisation des États généraux de 1789, où le pouvoir royal peine à dé nir leur découpage exact.
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3. Subdivisions des généralités : centralisation de l’absolutisme

3.1. Recettes des nances : gestion scale di érenciée

Les généralités sont subdivisées en recettes des nances, re étant les distinctions entre :
• Pays d’élection : où la scalité est contrôlée par des agents royaux.
• Pays d’État : où les décisions scales tiennent compte des États provinciaux locaux, témoignant
d’un relatif maintien d’autonomie.

3.2. Subdélégations de l’intendance : relais du contrôle royal


À la n de l’Ancien Régime, l’autorité de l’intendant (représentant du roi) est renforcée.
=> Pour gérer e cacement son territoire, l’intendant nomme des subdélégués, chargés d’exécuter ses
ordres dans des subdivisions héritées du Moyen Âge (ex. : vigueries en Provence, élections en Touraine).
Cette structure renforce la centralisation administrative et la surveillance du territoire par le pouvoir royal.

Chapitre 2 : Les legs de la monarchie d’ancien régime


La centralisation administrative en France est une caractéristique qui trouve ses racines bien avant
Napoléon.
Cette volonté de gouverner à partir d’un centre unique remonte à l’Ancien Régime, lorsque la monarchie
absolue a tenté de structurer et de renforcer son pouvoir en réduisant l’in uence des institutions locales.
Cependant, cette aspiration à la centralisation s'est heurtée à des résistances notables, tant
institutionnelles qu’idéologiques.

Section 1 : L’importance du pouvoir central et sa contestation traditionnelle

1. La centralisation sous l’Ancien Régime : une administration royale au service du pouvoir central

La monarchie française, particulièrement sous Louis XIV, a cherché à exercer un contrôle uniforme sur
l’ensemble du territoire.
-> Cette ambition s’est traduite par le développement du Conseil du Roi, véritable cœur du pouvoir
administratif,

-> et par la mise en place des intendants. Ces derniers, appelés "commissaires départis", incarnaient la
volonté royale en région.
=> Ils étaient chargés de faire appliquer les décisions du centre, de gérer les a aires locales et d’assurer
une homogénéité dans la gestion du royaume.

Ce système re était une volonté d’a aiblir les pouvoirs locaux, notamment ceux des parlements et des
États provinciaux.

-> En parallèle, une bureaucratie naissante s’est développée avec la création de départements
ministériels et l’emploi de fonctionnaires, principalement à Versailles.
=> Cette organisation a permis au roi d’étendre son autorité sur des domaines variés tels que la justice, les
nances et la police.
Cependant, cette centralisation restait partielle.
=> Les intendants, bien que puissants, rencontraient des résistances de la part des anciennes institutions,
qui voyaient leur rôle réduit.

2. Les résistances à la centralisation : une nostalgie des pouvoirs traditionnels

L’un des principaux freins à la centralisation était idéologique.


Des penseurs et écrivains du XVIIe et XVIIIe siècles ont exprimé leur opposition à la concentration du
pouvoir.
-> Parmi eux, Fénelon a plaidé pour une gouvernance décentralisée en proposant la suppression des
intendants et l’établissement d’États provinciaux sur l’ensemble du territoire.
=> Pour lui, la monarchie devait renouer avec un dialogue institutionnel grâce à la réunion régulière des
États généraux.
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-> Boulainvilliers s’est aussi opposé à la centralisation, dénonçant les intendants comme des
"oppresseurs de la patrie" et des instruments d’un pouvoir tyrannique.
=> Il défendait une vision où les pouvoirs locaux, notamment les nobles, reprendraient leur rôle dans
l’administration du royaume.

-> En n, Montesquieu, dans L’Esprit des lois, a théorisé l’importance des contre-pouvoirs face à la toute-
puissance royale.
=> Selon lui, le pouvoir royal devait coexister avec des institutions locales autonomes, comme les villes ou
les provinces, qui seraient dirigées par des nobles ou des instances élues.
Cette vision re était un idéal d’équilibre entre le centre et la périphérie.

3. Un héritage ambivalent pour l’administration française

L’Ancien Régime n’a pas pu totalement concrétiser ses ambitions centralisatrices en raison des résistances
institutionnelles et culturelles.
Cependant, la Révolution française et Napoléon ont repris et ampli é cette volonté.
Les réformes administratives napoléoniennes :
-> avec la création des préfets, ont institutionnalisé la centralisation.
Ce modèle a dominé l’administration française jusqu’au XXe siècle.

Aujourd’hui, bien que la centralisation reste une caractéristique forte de la France, elle est remise en
question par les mouvements de décentralisation amorcés depuis les années 1980.
Ces évolutions illustrent la persistance des tensions historiques entre le centre et la périphérie.

En conclusion, la centralisation administrative française trouve ses origines dans les aspirations
monarchiques à gouverner de manière uniforme, mais elle s’est heurtée à des résistances idéologiques
portées par des penseurs comme Montesquieu et Fénelon. Cet héritage complexe continue de marquer les
débats sur l’organisation du territoire et la place des pouvoirs locaux face à l’État central.

SECTION 2 : LES PROJETS ET ESSAIS DE RÉFORMES SOUS LOUIS XVI

Sous le règne de Louis XVI, l’administration du territoire français a fait l’objet de projets de réforme
ambitieux visant à moderniser et rationaliser le fonctionnement de l’État.
Bien que ces réformes soient souvent restées inachevées ou partiellement appliquées, elles ont laissé un
héritage marquant qui a in uencé les révolutionnaires.
=> Ces initiatives, portées notamment par des ministres tels que Turgot et Necker, s’inscrivent dans une
logique utilitariste visant à améliorer l’e cacité administrative sans remettre en cause l’autorité centrale.

1. Les projets utilitaristes : une administration au service de l’e cacité

-> Les réformes proposées par Louis XVI et ses ministres reposent sur une philosophie utilitariste.
Ces projets cherchaient avant tout à renforcer l’e cacité de l’administration, sans volonté de transformation
politique profonde ni d’autonomisation des institutions locales.

-> Contrairement aux traditionalistes qui défendaient une gestion décentralisée fondée sur des institutions
historiques
=> les utilitaristes souhaitaient redé nir l’organisation administrative pour mieux répondre aux besoins de la
monarchie.

-> L’une des gures emblématiques de ce courant est Turgot, qui, dans Mémoire sur les municipalités,
propose un modèle hiérarchisé d’administrations locales élues.
=> Ce modèle repose sur une pyramide d’assemblées locales, allant des municipalités de paroisse aux
grandes municipalités en rapport direct avec le Roi.
=> Cette structure vise à intégrer les citoyens dans l’administration, non par une logique de droits, mais
dans une perspective pragmatique : leur participation renforcerait l’e cacité globale de
l’administration.

2. Les assemblées provinciales : une expérimentation limitée mais structurante

Les idées de Turgot ont inspiré des tentatives concrètes sous le règne de Louis XVI.
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En 1778-1779, Necker expérimente la création d’assemblées provinciales dans les provinces de Guyenne
et de Berry.
Ces assemblées introduisent plusieurs innovations importantes :
- Répartition des représentants par ordre : elles maintiennent la division traditionnelle entre clergé,
noblesse et tiers état, mais avec une surreprésentation du tiers état (autant de députés que les deux
autres ordres réunis).

- Vote par tête : ce principe, appliqué dans ces assemblées, pré gure son adoption lors des États
généraux de 1789.

- Encadrement strict par le pouvoir royal : ces assemblées, loin d’être autonomes, sont placées sous
la surveillance des intendants, qui agissent comme relais du pouvoir central.

Ces assemblées ne rencontrent qu’un intérêt limité sur le terrain, mais elles marquent une étape importante
dans l’histoire de l’administration.
=> En 1787, un édit généralise leur création à toutes les provinces et établit trois niveaux d’assemblées :
municipales, de districts et provinciales.

Ce modèle montre une inspiration directe des idées de Turgot, bien qu’il reste soumis à un strict contrôle
royal.
Cependant, comme de nombreuses réformes de cette époque, cette initiative sou re d’une application
incomplète.
Seulement la moitié des assemblées prévues est e ectivement mise en place, et leur fonctionnement est
rapidement interrompu par la convocation des États généraux en 1789.

3. L’héritage pour les institutions révolutionnaires

Malgré leur application partielle, ces projets ont posé les bases de nombreuses institutions adoptées par
les révolutionnaires.
Les critiques adressées à l’organisation absolutiste de la monarchie, notamment son manque de rationalité
et l’absence de place pour les citoyens, sont reprises et ampli ées pendant la Révolution.

- Centralisation et rationalité administrative : l’idée d’une hiérarchie administrative structurée par


niveaux inspire la division en départements et la création d’assemblées locales élues, mises en place
dès 1790.

- Participation des citoyens : bien que limitée sous Louis XVI, cette idée devient centrale pendant la
Révolution, avec l’adoption de principes démocratiques dans les administrations locales.

- Contrôle par le pouvoir central : la Révolution, bien qu’idéologiquement opposée à l’absolutisme,


hérite de la logique centralisatrice du pouvoir royal.

En conclusion, les projets de réforme administrative de Louis XVI, bien que partiellement réalisés, ont
marqué une transition importante vers un modèle plus structuré et centralisé. Ils témoignent d’un e ort pour
moderniser l’administration en intégrant les citoyens et en rationalisant les institutions, tout en restant
dèles à la logique de contrôle centralisé. Cet héritage, souvent ignoré ou implicitement revendiqué, a
fortement in uencé les institutions révolutionnaires et continue de façonner l’organisation administrative
française
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PARTIE 2 : L’ADMINISTRATION DU TERRITOIRE PENDANT LA RÉVOLUTION : UNITÉ ET
UNIFORMITÉ ( 1789 - 1800 )

CHAPITRE 1 : L’ADMINISTRATION DE LA NOUVELLE NATION SOUS LA MONARCHIE


CONSTITUTIONNELLE ( 1789 - 1792 )

SECTION 1 : L’ÉTÉ 1789 : LA RÉVOLUTION DE L’ADMINISTRATION LOCALE

La Révolution française marque une période de profonds bouleversements dans l’organisation


administrative de la France. Pour les révolutionnaires, il est essentiel d’adapter l’administration à leurs
nouveaux principes de droit public.

Dès 1789, sous la monarchie constitutionnelle, des réformes sont amorcées pour donner un cadre
administratif cohérent à une nation désormais souveraine.
Ces transformations, accélérées par les mouvements populaires, culminent avec des changements
fondamentaux visant à concilier unité nationale et gestion locale.

1. Les critiques de l’administration monarchique dans les cahiers de doléances


Les cahiers de doléances de 1789, documents rédigés par les di érents ordres pour exprimer leurs
revendications, dressent un constat unanime de rejet des structures administratives de l’Ancien Régime.
Deux points principaux émergent :
- Condamnation des intendants : Ces représentants du pouvoir royal sont perçus comme des
despotes locaux, imposant une autorité oppressive sans tenir compte des réalités locales.

- Critique des États provinciaux : Présents dans les vieilles provinces comme la Bretagne, ces
institutions sont jugées ine caces, conservatrices et incapables de répondre aux aspirations
révolutionnaires.

Les cahiers expriment aussi une double exigence qui semble contradictoire :
=> l’uni cation de l’administration pour assurer l’unité nationale
=> et la décentralisation permettant aux territoires de gérer leurs a aires locales.
Cette apparente contradiction s’éclaire par une volonté de supprimer les reliquats féodaux tout en rejetant
la tutelle ministérielle : les territoires souhaitent agir librement mais dans un cadre administratif uniforme.

2. La révolution municipale de l’été 1789 : une administration en pleine mutation


L’été 1789 est marqué par une crise majeure dans l’administration du royaume,
=> appelée révolution municipale.
Ce phénomène se déclenche avec les insurrections populaires initiées à Paris et qui se propagent
rapidement à travers le pays :

- La commune insurrectionnelle de Paris : En juillet 1789, les pouvoirs royaux sont chassés, et une
administration révolutionnaire est mise en place pour assurer l’ordre et le ravitaillement

- Propagation aux villes et campagnes : À la suite de Paris, de nombreuses municipalités locales se


forment, remplaçant les autorités royales et seigneuriales. Dans les campagnes, ce mouvement
conduit à la chute des structures féodales et à une redistribution des pouvoirs locaux.

Ces événements, ampli és par la Grande Peur, marquent un e ondrement du contrôle royal et l’émergence
de nouvelles autorités locales qui administrent le territoire de facto.
Ce contexte révolutionnaire constitue à la fois une opportunité et un dé pour l’Assemblée constituante.

3. L’intégration des nouveaux principes de droit public en août 1789


Face à la révolution municipale, l’Assemblée constituante réagit en cherchant à cadrer ce mouvement pour
éviter une perte totale de contrôle tout en s’appuyant sur le soutien populaire.
Cela aboutit à des décisions majeures prises en août 1789 :
- Nuit du 4 août : Sous la pression des événements, l’Assemblée abolit les privilèges et les distinctions
locales, mettant n aux disparités critiquées par les cahiers de doléances. Ce moment symbolique
pose les bases d’une administration uni ée où tous les citoyens sont égaux devant la loi.
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- Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) : Adoptée le 26 août 1789, elle proclame
des principes fondamentaux tels que l’égalité, la liberté et la propriété privée. Ce dernier principe
rappelle aux insurgés que, malgré les bouleversements, les droits de propriété doivent être respectés.
Toutefois, la DDHC reste muette sur la place de l’administration dans le système institutionnel, laissant
cette question en suspens.

Ces principes vont servir de fondement à une réorganisation progressive de l’administration, conciliant
centralisation et autonomie locale.

Conclusion
En 1789, les transformations administratives initiées par la Révolution française re ètent une volonté de
rompre avec l’Ancien Régime tout en répondant aux revendications populaires. La révolution municipale
illustre l’émergence d’une gestion locale autonome, tandis que les décisions d’août 1789 posent les bases
d’une administration nationale uni ée et égalitaire. Ces changements, bien qu’incomplets, marquent le
début d’une refonte profonde de l’organisation administrative qui s’ampli era sous la République en 1792

SECTION 2 : LE DÉCOUPAGE TERRITORIAL ET LA DÉPARTEMENTALISATION

La Révolution française entreprend une réforme fondamentale de l’organisation territoriale française pour
mettre en adéquation le découpage administratif avec les principes révolutionnaires d’égalité et de
souveraineté nationale. Entre 1789 et 1790, l’Assemblée constituante débat et met en œuvre un plan
novateur de départementalisation, créant une structure territoriale radicalement di érente de celle de
l’Ancien Régime.

1. Les enjeux politiques du découpage territorial

Dès 1789, l’Assemblée con e au comité de constitution la mission de redessiner entièrement le territoire
national. Cette réforme répond à plusieurs objectifs politiques :
- Circonscriptions électorales : Le premier enjeu est de créer des divisions électorales pour une
meilleure représentation nationale, avec une vision centralisatrice où chaque subdivision sert une
Nation indivisible.

- Uni cation et rupture avec le passé : Le découpage doit faire disparaître les anciennes provinces,
considérées comme des bastions du particularisme et des privilèges.
=> a rmer l’autorité de l’État en remplaçant ces entités historiques par des circonscriptions neutres
et égales.

- Rationalisation scienti que : Les nouvelles divisions, appelées départements, doivent être conçues
selon des critères rationnels et géométriques, en rejetant les frontières arbitraires héritées de l’Histoire.

=> L’idée d’utiliser des structures préexistantes, comme les généralités ou les paroisses, est écartée pour
des raisons pratiques et politiques : les anciennes divisions sont inégales, mal dé nies, et symbolisent un
système monarchique rejeté par la Révolution.

2. L’organisation pratique de la départementalisation


Les principes du découpage
Le projet révolutionnaire vise à créer 80 à 90 départements, subdivisés en districts et cantons.
=> Ce modèle repose sur une carte géométrique de 1780, appelée le châssis guratif du territoire de la
France, où le pays est divisé en carrés égaux.
=> Chaque carré représente un département, subdivisé en 9 districts, eux-mêmes divisés en 9 cantons.
Bien que théorique, cette méthode marque la volonté de créer une structure uniforme.

Critiques et ajustements
La mise en œuvre se heurte à des dé s pratiques :
- Frontières naturelles et réalités locales : Les constituants adaptent parfois les délimitations pour
respecter des éléments naturels comme les rivières ou les montagnes.
=> Cependant, la carte initiale ignore les voies de communication, la densité de population et les
spéci cités économiques locales.
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- Opposition des députés locaux : Chaque député souhaite in uencer les limites de son département,
ce qui provoque d’interminables débats à l’Assemblée.

Pour surmonter ces blocages, des sous-commissions sont créées, con ant aux députés de chaque région
la tâche de naliser les découpages.
=> En février 1790, une carte dé nitive établit 83 départements, chacun portant un nom
géographique (rivières, montagnes, côtes) pour rompre avec les identités provinciales.

Hiérarchie des divisions


Les départements deviennent la plus grande circonscription administrative.
Entre le département et la commune (petite unité de base), deux niveaux intermédiaires sont créés :
1. Le canton : Regroupe plusieurs communes.
2. Le district : Regroupe plusieurs cantons, avec 6 à 9 districts par département.
Cette structure garantit un cadre hiérarchique rationnel pour gérer les a aires locales et nationales.

3. La survivance des communes et l’éclatement communal


Bien que le comité de constitution envisage initialement de remplacer les anciennes paroisses et villages
par des municipalités uniformes, cette idée est nalement abandonnée. L’Assemblée reconnaît que les
communes représentent le lieu premier de vie sociale.
- Maintien des petites unités : La décision prise en novembre 1789 crée une commune pour chaque
ville, village ou bourg, malgré l’inégalité évidente entre ces unités. Environ 40 000 communes existent
à l’époque, un nombre réduit à environ 35 000 aujourd’hui.
- Impact durable : Ce choix marque l’éclatement communal qui caractérise encore la France
contemporaine, garantissant une représentation locale même dans les plus petites communautés.

4. Le découpage exemplaire de la Bretagne


L’ancienne province de Bretagne est découpée en cinq départements à la n de 1789. Malgré des
revendications, comme celle de Saint-Malo voulant devenir un chef-lieu, les députés bretons parviennent à
un accord rapide, notamment grâce à des frontières provinciales déjà bien dé nies par son passé de
duché.
La Bretagne illustre la relative simplicité du processus dans certaines régions, contrastant avec les débats
laborieux observés ailleurs. Ce découpage pré gure le rôle central des départements dans l’administration
française pendant plus de deux siècles.

Conclusion
La départementalisation opérée par la Révolution française représente une rupture historique majeure,
symbolisant le triomphe de la raison sur la tradition. En remplaçant les provinces par des départements
égaux et rationnels, les révolutionnaires instaurent une organisation territoriale centrée sur l’unité et
l’e cacité nationale. Malgré les limites de ce projet, notamment l’absence de prise en compte des réalités
locales, cette réforme pose les bases d’un modèle administratif encore en vigueur aujourd’hui.

SECTION 3 : LES INSTITUTIONS POUR CES NOUVELLES CIRCONSCRIPTIONS

Les décrets des 14 et 22 décembre 1789 s'inscrivent dans une volonté révolutionnaire de refondation totale
de l'organisation administrative de la France. Ces textes visaient à instaurer des institutions locales
e caces et légitimes tout en limitant l'emprise d'un pouvoir central absolutiste, désormais incarné par un
roi exécutif encadré. Cependant, cette refonte administrative, bien que ambitieuse, a révélé des tensions et
des dysfonctionnements liés à l'articulation entre centralisation et autonomie locale.

I. Le décret du 14 décembre 1789 : organisation et fonctions des municipalités

A. L’organisation élective des municipalités


Le décret instaure un principe fondamental : l’élection des responsables municipaux. Contrairement à
l'Ancien Régime où les agents locaux étaient nommés par le pouvoir central, les citoyens votent désormais
pour élire :
• Un corps législatif municipal, composé de notables ;
• Un corps exécutif, incarné par le maire.
Cette structure rompt avec les pratiques anciennes et cherche à canaliser la révolution municipale de l'été
1789 en remplaçant les communes insurrectionnelles par des administrations légales.
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De plus, les municipalités sont exclues des scrutins nationaux pour éviter qu’elles acquièrent une in uence
politique excessive, tout en leur conférant un certain pouvoir local. Ainsi, les communes sont reconnues
comme des entités administratives, mais leur rôle politique demeure limité.

B. Les fonctions municipales : une autonomie encadrée


Les municipalités se voient attribuer deux types de responsabilités :
1. Proprement municipales : gestion des biens communaux, travaux locaux, patrimoine, et maintien de
l'ordre public (ce que nous nommons aujourd'hui "ordre public local"). Ces responsabilités relèvent
exclusivement de la commune mais sont surveillées par des instances supérieures (districts et
départements).
2. Participation à l'administration générale : collecte d'impôts, exécution des décisions des échelons
supérieurs, gestion d’établissements créés par l’État. Dans ces tâches, la commune est strictement
subordonnée.

II. Le décret du 22 décembre 1789 : organisation et fonctions des départements

A. Une administration départementale basée sur la collégialité


Le décret met en place une administration départementale composée de deux organes :
• Le conseil départemental (délibératif) ;
• Le directoire départemental (exécutif).
Ces organes sont élus et agissent selon des principes de collégialité et de délibération, limitant ainsi le
pouvoir individuel. Les assemblées départementales se réunissent annuellement pour dé nir les grandes
orientations et contrôler l’action du directoire.

B. Les départements comme subdivisions de l’unité nationale


Les départements, bien que dotés d’une certaine autonomie administrative, sont conçus comme des
subdivisions d’un tout national. Ils doivent garantir l'unité et l’uniformité sur l’ensemble du territoire. Les
mêmes règles doivent s’appliquer partout, ce qui renforce l’idée d’une France indivisible.

C. Les districts, instruments départementaux


Les districts reproduisent la structure des départements mais sont strictement soumis à ces derniers. Ils
rapprochent l’administration des citoyens sans créer d’autonomie propre, contrairement aux cantons qui
servent uniquement à des ns électorales.

III. Les tensions entre le pouvoir central et les administrations locales

A. L’a aiblissement du pouvoir central


Les constituants, hantés par le spectre de l’absolutisme, a aiblissent considérablement le pouvoir central.
Bien que le roi conserve un rôle d’exécutif, il n’a plus de moyens réels pour contraindre les administrations
locales. Les élus locaux refusent souvent d’obéir aux injonctions du centre, provoquant tensions et
dysfonctionnements.
Le conseil du roi, autrefois cœur de la souveraineté, est progressivement vidé de ses prérogatives, tandis
que les administrateurs locaux se heurtent à une pyramide administrative qu’ils jugent illégitime.

B. Une autorité centrale ine cace et contestée


Pour pallier ces tensions, un décret de mars 1791 autorise le roi à suspendre ou annuler les actes des
administrations locales en cas d’illégalité. Cependant, le pouvoir royal reste encadré par l’Assemblée
nationale, qui décide de l’avenir des administrateurs suspendus, empêchant ainsi le roi d’exercer une
autorité directe.

C. L’ingérence législative dans l’administration locale


L'Assemblée nationale, par le biais de comités, empiète sur les prérogatives royales. Elle correspond
directement avec les administrations locales et impose ses directives, créant une situation de double
gouvernement où le pouvoir exécutif est paralysé par les interventions législatives.

Conclusion
Les décrets de décembre 1789 ont profondément transformé l’organisation administrative de la France en
instaurant des structures locales électives et en cherchant à concilier unité nationale et autonomie locale.
Cependant, ces réformes ont également révélé des tensions structurelles entre le pouvoir central a aibli et
des administrations locales parfois récalcitrantes. Ces di cultés, loin d’être résolues, posent les bases
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d’une ré exion continue sur la décentralisation et l’articulation entre centralisation et autonomie dans
l’administration française.

CHAPITRE 2. LA CENTRALISATION RÉVOLUTIONNAIRE ET RÉPUBLICAINE (1792-1799)

En 1792, la monarchie est abolie, et la France entre dans une période de bouleversements politiques et
administratifs. La centralisation révolutionnaire répond à plusieurs dé s majeurs :
• Guerre extérieure : Depuis avril 1791, la France est en con it avec les monarchies européennes, ce
qui perturbe l’organisation administrative.
• Troubles intérieurs :
◦ Soulèvements royalistes dans l’Ouest (notamment la Vendée).
◦ Mouvements girondins dans les grandes villes (ex. Lyon, Bordeaux).
Ces crises internes prennent la forme d’une guerre civile à partir du printemps 1793.
Face à ces menaces, les députés adoptent une politique de centralisation stricte pour :
1. Défendre la Révolution et ses acquis.
2. Assurer un contrôle direct sur les territoires.
3. Prévenir les risques de contre-révolution, perçus comme une menace constante venant des élites
locales.

La chute de la monarchie et la disparition de la séparation des pouvoirs


Le 10 août 1792 marque un tournant décisif :
• Chute de Louis XVI : Les Tuileries sont prises d’assaut. Le roi et sa famille se réfugient auprès de
l’Assemblée, mais ils sont destitués par les insurgés.
• Réorganisation du pouvoir :
◦ Un Conseil exécutif composé de ministres est institué sous la surveillance directe de
l’Assemblée.
◦ Fin de la séparation des pouvoirs : L’exécutif et le législatif fusionnent pour concentrer
l’autorité au sein de l’Assemblée.
• Objectif politique : Soumettre les administrations locales à un contrôle centralisé, motivé par une
mé ance envers les administrateurs élus, soupçonnés de vouloir restaurer la monarchie
constitutionnelle.

SECTION 1 : LA MISE AU PAS DES CORPS ADMINISTRATIFS LOCAUX

§1. Le décret du 14 frimaire an II (6 décembre 1793)


Ce décret formalise le gouvernement révolutionnaire et xe les bases de la centralisation
administrative. Deux aspects majeurs sont développés :
1. Les communes comme outils d’application des lois révolutionnaires :
◦ Depuis 1789, les communes ont été des moteurs de la ferveur révolutionnaire. Elles sont
donc jugées ables pour appliquer les lois.
◦ En revanche, les départements sont considérés avec mé ance. Les élus locaux (issus de la
noblesse ou de la bourgeoisie) sont suspectés de contre-révolution.
2. Rôle des comités révolutionnaires :
◦ Ces comités, formés spontanément entre 1792 et 1793, regroupent des citoyens volontaires.
◦ Le décret o cialise leur existence et leur rôle : surveiller les administrations locales et
garantir l’application des lois et des mesures de salut public.
◦ Di érence majeure avec les communes : les comités ne sont pas élus, ce qui les rend plus
dépendants du pouvoir central.

§2. Les districts comme instruments de surveillance


Les districts, structures administratives intermédiaires, gagnent en importance dans ce contexte de
centralisation :
1. Promotion des districts :
◦ Leur rôle dans la répression des insurrections girondines les a rendus ables aux yeux du
pouvoir central.
◦ Ils deviennent des outils privilégiés pour surveiller l’exécution des lois.
2. A aiblissement des départements :
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◦ Les assemblées départementales élues sont supprimées, laissant uniquement des
directoires avec des compétences réduites, limités à des tâches administratives sans enjeu
politique.
◦ Les départements ne sont plus au sommet de la hiérarchie administrative ; ils sont
directement subordonnés au Comité de salut public via les districts.
3. Création des agents nationaux :
◦ Ces fonctionnaires sont nommés par le pouvoir central et envoyés dans les départements
pour agir comme relais directs du Comité de salut public.
◦ Leur mission principale : transmettre des rapports réguliers et détaillés (au moins tous les 10
jours) sur la situation des territoires.

§3. Les représentants en mission : contrôle direct par l’Assemblée


Les représentants en mission sont un autre outil clé de la centralisation révolutionnaire :
1. Origine et rôle :
◦ Inspirés des intendants monarchiques, ces députés sont envoyés dans les territoires pour
surveiller l’administration locale et rapporter directement à l’Assemblée.
◦ Leur présence vise à garantir la loyauté des autorités locales et à éviter toute tentative
contre-révolutionnaire.
2. Pouvoirs élargis en mai 1793 :
◦ Ils peuvent révoquer des administrateurs élus et en nommer de nouveaux, entraînant une
épuration massivedes administrations locales.
◦ Pour limiter les abus, ils sont regroupés en binômes, chacun supervisant deux
départements. Les décisions doivent être prises conjointement.
3. Comparaison avec les agents nationaux :
◦ Les représentants en mission sont des députés et béné cient de l’autorité liée à leur statut
de représentants de la nation.
◦ Ils disposent de pouvoirs plus larges et d’une légitimité renforcée par rapport aux agents
nationaux.

Un tournant administratif : vers la centralisation napoléonienne


1. Une administration centralisée :
◦ La période révolutionnaire établit les bases d’une administration dirigée par le centre,
a aiblissant les corps intermédiaires.
◦ Les outils mis en place (comités, districts, représentants en mission) assurent un contrôle
direct sur les territoires.
2. Pré guration du modèle napoléonien :
◦ Le Directoire (1795-1799) renforce cette centralisation, avec un contrôle accru sur les
institutions locales.
◦ Cette structure administrative sera reprise et perfectionnée par Napoléon pour établir son
État centralisé et autoritaire.

SECTION 2 : LE DIRECTOIRE ET LA NAISSANCE DE L’AUTORITÉ ADMINISTRATIVE (1795-1799)

Contexte : la chute du gouvernement révolutionnaire et les ambitions des thermidoriens


Le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II), les thermidoriens renversent le Comité de salut public, mettant n au
régime d’exception du gouvernement révolutionnaire. Les membres du comité sont arrêtés, jugés, puis
exécutés, symbolisant la rupture avec l’autoritarisme de la période précédente.
Ambitions des thermidoriens :
1. Centralisation administrative : Les thermidoriens restent attachés à un pouvoir central fort.
2. Rupture avec la logique révolutionnaire : Ils rejettent les pratiques extrêmes du gouvernement
révolutionnaire.
3. Épuration des administrations locales :
◦ Les administrateurs des districts, perçus comme liés au précédent régime, sont remplacés
par des fonctionnaires nommés.
◦ Les départements, a aiblis sous le régime révolutionnaire, retrouvent leur prééminence
administrative, mais sans rétablir les conseils départementaux élus.

Principales réformes administratives sous le Directoire


La période du Directoire (1795-1799) marque un moment charnière où l'administration se structure autour
d’un pouvoir exécutif renforcé.
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§1. Renforcement de l’exécutif

La Constitution de l’an III (adoptée en août 1795) établit un Directoire exécutif comme organe central
du pouvoir.
Caractéristiques principales :
• Un exécutif fort et autonome :
◦ Le Directoire devient l’organe suprême chargé de la politique et de l’administration.
◦ Les ministres et les administrations locales sont placés sous son contrôle direct.
• Autorité centrale exclusive :
◦ Les corps administratifs locaux sont désormais subordonnés exclusivement au Directoire et
à ses ministres.
◦ L’exécutif s’arroge des pouvoirs étendus pour surveiller, nommer ou révoquer les
administrateurs locaux.
Objectif : Construire un État uni é et centralisé, capable d'imposer sa volonté aux territoires sans
interférences des élus locaux ou de l’Assemblée législative.

§2. Simpli cation de l’administration locale

Face à l’organisation complexe héritée de 1789, le Directoire procède à une réforme visant à rationaliser les
structures administratives.
1. Nouvelle hiérarchie administrative :
◦ Directoire et ses ministres : Sommet de la pyramide administrative.
◦ Départements : Ils supervisent les administrations locales sous l’autorité du Directoire.
◦ Communes : Reléguées au bas de l’échelle administrative, elles restent sous stricte
surveillance.
2. Rôle des commissaires :
◦ Des agents nommés par le Directoire sont envoyés dans les départements et communes
pour surveiller leur administration.
◦ Ces commissaires jouent un rôle clé dans la centralisation du contrôle et la transmission des
ordres du pouvoir central.
3. Directoires départementaux :
◦ Composés de cinq membres élus, ils assurent l’exécution des lois et l’administration locale,
sous la supervision du Directoire.
◦ Malgré leur élection, leur rôle est limité et étroitement encadré.
§3. Les municipalités de canton : une expérience unique

Pour réduire le morcellement administratif et répondre à la disparité entre les communes, le Directoire crée
une nouvelle forme d’organisation locale : les municipalités de canton.
1. Catégorisation des communes :
◦ Grandes communes (5 000 à 100 000 habitants) : Elles conservent leur propre municipalité.
◦ Petites communes (moins de 5 000 habitants) : Elles sont regroupées en municipalités
de canton, chaque canton disposant d'une administration commune.
◦ Très grandes villes (plus de 100 000 habitants) : Elles sont divisées en arrondissements
administratifs, chacun avec sa propre administration.
2. Objectifs des municipalités de canton :
◦ Uniformiser l’administration des petites communes.
◦ Réduire le nombre total de communes en regroupant les plus petites.
◦ Faciliter la surveillance et l’application des politiques nationales.
3. Échec et héritage :
◦ Ce système disparaît avec la n du Directoire, jugé inadapté aux réalités locales.
◦ Cependant, il inspire des réformes ultérieures, notamment sur les fusions de communes ou
les métropoles modernes.

Bilan administratif du Directoire


Le Directoire marque une étape décisive dans la centralisation administrative française. Les réformes
menées laissent des traces profondes :
1. Renforcement de l’exécutif :
◦ L’exécutif devient l’autorité principale dans l’administration locale.
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◦ Ce principe sera repris et renforcé sous Napoléon Bonaparte.
2. Rationalisation de l’administration locale :
◦ Le système hiérarchisé et simpli é sert de modèle pour les réformes futures.
◦ L’idée d’un contrôle direct des administrations locales par l’État central reste un héritage
fondamental.
3. Problèmes persistants :
◦ Di cultés organisationnelles : Les élections locales sont marquées par un manque de
candidats compétents.
◦ Désintérêt pour les fonctions locales : Les postes d’administrateurs, mal rémunérés et
complexes, peinent à attirer des candidats.
4. Vers le modèle napoléonien :
◦ La centralisation opérée par le Directoire prépare le terrain pour la mise en place de l’État
napoléonien.
◦ Les départements, créés sous la Révolution, deviennent des piliers de l’administration
française.
En somme, le Directoire constitue une période de transition marquée par des réformes ambitieuses, mais
aussi par des limites structurelles. L’autorité du pouvoir central s’a rme, au détriment des initiatives
locales, pré gurant le centralisme napoléonien.

Partie 3 - Le système administratif local d’un napoléon à l’autre :


Centralisation et adaptation (1800-1870)
Napoléon Bonaparte marque une rupture majeure dans l’histoire administrative française. Sa réorganisation,
amorcée dès 1800, établit des bases qui perdureront bien au-delà de son règne.
La centralisation n’est pas une invention napoléonienne, mais elle trouve sous son impulsion une structure
stable et durable. Ce système, fortement hiérarchisé, repose sur deux piliers essentiels : le préfet,
représentant direct de l’État dans les départements, et le Conseil d’État, garant de la centralisation et de
l’autorité administrative. Ces institutions symbolisent l’e cacité et la pérennité du modèle napoléonien,
encore perceptible sous la Cinquième République.

CHAPITRE 1 : LA MISE EN PLACE DE LA CENTRALISATION NAPOLÉONIENNE

La centralisation napoléonienne repose sur une double stratégie : un renforcement de l’autorité centrale
et une réorganisation des institutions locales pour garantir leur soumission à cette autorité.

SECTION 1 : L’AUTORITÉ CENTRALE RENFORCÉE

§1. Le premier consul : un pouvoir exécutif centralisé


Avec la Constitution de l’an VIII (22 frimaire an VIII, décembre 1799), Napoléon devient Premier Consul,
concentrant les pouvoirs exécutifs. Ce système rompt avec l’héritage révolutionnaire, où le pouvoir législatif
prévalait.
• Centralisation des nominations administratives :
L'article 41 confère au Premier Consul un contrôle total sur les nominations des cadres
administratifs. Ce pouvoir, exercé sans contrepoids démocratique, s’éloigne du principe électif de la
Révolution.
La dépendance des administrations locales à l’exécutif marque une tendance qui perdurera jusqu’en
1982 (loi de décentralisation).
• Une administration dépolitisée :
Napoléon conçoit une administration dépendante mais non représentative. Les institutions
locales, déconnectées de toute légitimité électorale, agissent comme de simples relais de l’État
central.

§2. Les auxiliaires du chef de l’État : ministres et Conseil d’État


• Les ministres :
Chargés d’appliquer les directives de l’Empereur, les ministres occupent une position subordonnée,
entièrement dépendante du chef de l’État. Seuls quelques gures d’exception, comme Talleyrand ou
Fouché, marquent durablement leur ministère.
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• Le Conseil d’État :
Créé par l’article 52 de la Constitution de l’an VIII, le Conseil d’État est un instrument clé de la
centralisation.
◦ Il rédige les projets de lois, règlemente l’administration publique, et traite les litiges
administratifs.
◦ Organisé en sections thématiques (intérieur, nances, législation civile, etc.), il devient le
pivot de la tutelle étatique sur les administrations locales.
◦ En formant des auditeurs et des conseillers extraordinaires, Napoléon renforce son
contrôle sur les institutions, en intégrant l’élite administrative dans un système loyaliste.

SECTION 2 : LA LOI DU 28 PLUVIÔSE AN VIII (17 FÉVRIER 1800) : UNE RÉFORME ADMINISTRATIVE
FONDAMENTALE

La loi du 28 pluviôse de l’an VIII restructure l’administration territoriale française en instaurant une
hiérarchie rigide et centralisée.

§1. Le préfet : pivot de l’administration départementale


• Nomination et révocation :
Le préfet est nommé et révoqué par le Premier Consul. Il incarne l’autorité de l’État dans chaque
département.
• Rôles et responsabilités :
◦ Administratif : supervise l’exécution des politiques publiques.
◦ Fiscal : organise la répartition des impôts.
◦ Politique : représente l’État dans toutes les a aires locales.
• Les conseils associés :
◦ Le conseil de préfecture : organe contentieux qui résout les litiges administratifs locaux.
◦ Le conseil général départemental : organe consultatif dépourvu de pouvoir réel, limité à
des fonctions scales. Ses membres sont proposés par le préfet et approuvés par l’exécutif.

§2. Les sous-préfets et arrondissements


• Les sous-préfets administrent les arrondissements, intermédiaires entre le département et les
communes.
• Ils sont assistés par des conseils d’arrondissement, équivalents en miniature des conseils
généraux, mais tout aussi dépourvus d’autonomie.

§3. Les maires et les communes


• Dans les communes, le maire est nommé :
◦ Par le Premier Consul dans les villes de plus de 5 000 habitants.
◦ Par le préfet dans les communes plus petites.
• Les conseils municipaux, également nommés, ont des fonctions purement consultatives.
• Particularité juridique des communes :
Les communes possèdent une personnalité juridique limitée, leur permettant de gérer des biens
propres et d’engager des actions en justice. Toutefois, elles restent sous une tutelle étroite de l’État.

CHAPITRE 2 : LA PÉRENNITÉ ET L’ÉVOLUTION DU MODÈLE NAPOLÉONIEN

SECTION 1 : LA STABILITÉ ADMINISTRATIVE MALGRÉ LES CHANGEMENTS DE RÉGIME


• De 1800 à 1870, la France traverse plusieurs régimes (Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxième
République, Second Empire). Malgré ces bouleversements, le modèle administratif napoléonien
demeure inchangé.
• Raisons de cette stabilité :
1. L’e cacité centralisatrice répond aux besoins d’un État moderne.
2. Les régimes successifs, bien que divergents politiquement, s’accordent sur l’utilité d’une
administration forte et stable.

SECTION 2 : LES CRITIQUES ET LES LIMITES


• Critiques contemporaines :
◦ Dépendance excessive des préfets et maires au pouvoir central.
◦ Manque de représentation locale, considéré comme un héritage autoritaire.
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• Améliorations progressives :
◦ Les gouvernements successifs introduisent des réformes mineures pour améliorer le
fonctionnement des institutions, sans remettre en cause leur structure fondamentale.
◦ Les infrastructures administratives s’éto ent au l des décennies, rendant le système plus
e cace.

Conclusion : Un héritage administratif durable


Le système administratif mis en place par Napoléon constitue un pilier de la modernité étatique
française.
• Centralisé et hiérarchisé, il re ète la volonté de contrôle et d’unité nationale.
• Malgré ses imperfections initiales, il a su s’adapter aux évolutions politiques, garantissant la stabilité
et l’e cacité de l’administration française jusqu’à nos jours

Après la chute de Napoléon, la France entre dans une période de monarchie censitaire marquée par
un maintien quasi intact du système administratif centralisé instauré sous le Consulat. Bien que
critiqué, ce système demeure le socle de l’unité nationale. Ce chapitre explore les débats et les
tentatives d’adaptation de cette centralisation pendant la Restauration, ainsi que les divergences
idéologiques entre les courants politiques de l’époque.

CHAPITRE 2 - L’ADAPTATION DE LA CENTRALISATION NAPOLÉONIENNE PAR LA MONARCHIE CENSITAIRE

SECTION 1 : LA CENTRALISATION DISCUTÉE MAIS PRÉSERVÉE

Contexte historique :
• Retour des Bourbons et restauration monarchique :
Après la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815, Louis XVIII monte sur le trône. La France revient à
ses frontières de 1792 mais conserve l’organisation administrative napoléonienne, notamment le
découpage départemental.
• Occupation étrangère et levée progressive :
Entre 1815 et 1818, la France subit une occupation partielle par les puissances européennes, qui est
levée grâce à la diplomatie de Louis XVIII et de ses ministres.
Malgré ces bouleversements, la centralisation napoléonienne reste un pilier essentiel pour assurer la
stabilité et l’unité de la nation.

§1 - Restauration : liberté politique et administration locale


• Une monarchie de droit divin surprenamment libérale :
La Restauration rétablit un roi souverain issu de la famille des Bourbons. Toutefois, elle repose sur
une Charte constitutionnelle qui instaure des limites au pouvoir royal et rétablit une représentation
élective via une chambre de députés.
◦ Su rage restreint : Le droit de vote est réservé aux citoyens très riches, limitant la portée
démocratique de ce régime.
• Des libertés politiques mais une centralisation intacte :
◦ Comparée à l’Empire, la liberté d’expression et la liberté de presse sont signi cativement
élargies.
◦ Cependant, l’administration locale reste sous le contrôle direct du pouvoir central.
◦ Le concept de décentralisation apparaît dans les débats parlementaires des années 1820,
en opposition à la loi napoléonienne de l’An VIII, qui symbolise la centralisation extrême.
• Une contradiction assumée :
La centralisation est perçue comme indispensable pour gouverner e cacement la France et
préserver son unité nationale. Les critiques de cette centralisation se heurtent à l’absence d’un
consensus sur la nature et la mise en œuvre d’une véritable décentralisation.

§2 - Les légitimistes et la décentralisation


• Les ultras ou légitimistes :
Ce courant politique ultra-royaliste aspire à restaurer une monarchie proche de celle d’avant 1789.
◦ Critiques de la centralisation napoléonienne :
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▪ Considérée comme une traduction administrative du despotisme impérial,
incompatible avec une monarchie de droit divin.
▪ Vue comme une faiblesse, car elle rend le régime vulnérable : la maîtrise de Paris
équivaut à celle de la France entière.
◦ Proposition de réforme :
▪ Rétablir les anciennes provinces et donner plus de pouvoir aux élites locales,
particulièrement l’ancienne noblesse.
▪ Créer des corps intermédiaires pour contrebalancer l’autorité du centre (Paris). Ces
corps seraient des relais naturels entre le roi et les sujets.
• Les freins à l’action des ultras :
◦ Bien qu’ils accèdent au pouvoir dans les années 1820, les légitimistes priorisent le
rétablissement de l’ordre social et des hiérarchies traditionnelles avant toute réforme
administrative.
◦ Pour eux, la France est trop désorganisée pour permettre une décentralisation e cace.
◦ Ils perçoivent la décentralisation comme un "mal nécessaire," envisageable uniquement une
fois la société stabilisée.

§3 - La décentralisation selon les doctrinaires


• Un libéralisme modéré :
Ce courant, proche des idées des physiocrates, prône une adaptation limitée de la centralisation
sans bouleverser l’unité nationale.
◦ Principes revendiqués :
▪ Introduction du principe électif pour les conseils locaux, en remplacement de la
nomination préfectorale instaurée par Napoléon.
▪ Limitation des compétences locales à la gestion du territoire, sans empiéter sur
l’autorité nationale.
• Objectifs politiques et sociaux :
◦ Créer un véritable esprit public au niveau local à travers des élections, renforçant ainsi la
participation citoyenne.
◦ Maintenir l’unité nationale et éviter toute fragmentation administrative.
◦ Préserver l’indivisibilité de la République, un héritage des principes révolutionnaires.
• Di érence avec les légitimistes :
Les doctrinaires ne cherchent pas à rétablir l’ancienne noblesse ou les provinces d’avant 1789, mais
à moderniser légèrement le système existant tout en respectant les principes de centralisation.

Synthèse :
La monarchie censitaire du XIXe siècle illustre un paradoxe : tout en réa rmant la centralisation
napoléonienne comme garante de l’unité nationale, elle ouvre des débats sur la décentralisation, alimentés
par des conceptions divergentes.
• Les légitimistes, attachés à une restauration sociale et politique pré-révolutionnaire, envisagent une
décentralisation comme un outil de contre-pouvoir face à Paris.
• Les doctrinaires, plus modérés, conçoivent une adaptation limitée du système pour renforcer
l’implication des citoyens sans remettre en cause l’autorité centrale.

SECTION 2 - LES RÉFORMES DE LA MONARCHIE DE JUILLET

La chute de la Restauration et l’avènement de la monarchie de Juillet en 1830 marquent un tournant


politique. Ce régime, fondé par Louis-Philippe d’Orléans, est porté par les libéraux qui avaient combattu la
rigidité de la monarchie précédente. Sous ce régime, des réformes administratives importantes sont mises
en œuvre, s’inspirant des idées développées lors des débats sous la Restauration.
Ces réformes, bien qu’incomplètes et timides, amorcent un processus de décentralisation, à la fois dans
l’organisation et les compétences des institutions locales. La monarchie de Juillet opère ces réformes en
deux étapes :
1. Organisation administrative locale (années 1830-1833).
2. Attributions des collectivités locales ( n des années 1830).

§1. Les lois d’organisation municipale et départementale : L’introduction du principe électif


A. La loi municipale du 21 mars 1831 :
1. Contexte et objectifs :
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◦ Les libéraux au pouvoir souhaitent réintroduire le principe électif au sein des conseils
municipaux.
◦ Ils reconnaissent l’importance des communes en tant qu’échelons essentiels de la vie
locale, tout en les maintenant comme rouages de l’administration générale de l’État.
◦ La loi a rme le statut mixte des communes :
▪ Élément local chargé de ses intérêts propres (gestion des biens, nances locales).
▪ Relais administratif de l’État pour l’application des lois et règlements nationaux.
2. Débats autour du rôle du maire :
◦ Proposition initiale : créer deux institutions distinctes dans chaque commune.
▪ Une autorité élue pour gérer les intérêts locaux.
▪ Une autorité nommée pour représenter l’État.
◦ Refus par crainte de con its et d’une domination de l’institution élue.
3. Dispositions principales :
◦ Un maire unique, accompagné d’adjoints, choisis parmi les membres du conseil municipal
élu.
◦ Électorat restreint basé sur des critères censitaires et capacitaires :
▪ Critère censitaire : paiement d’un impôt minimum.
▪ Critère capacitaire : professions libérales (avocats, médecins, notaires).
◦ Prérogatives des conseils municipaux :
▪ Pouvoir de délibération, sous réserve de contrôle préfectoral.
▪ Possibilité pour le préfet ou le roi de dissoudre le conseil.
▪ Nullité des actes dépassant le champ de compétence légal ou adoptés hors des
réunions prévues.
4. Limites :
◦ La mise en œuvre de la loi peut être suspendue dans des communes jugées instables
(notamment dans les zones en proie à des insurrections républicaines ou légitimistes).

B. La loi départementale du 22 juin 1833 :


1. Enjeux et contexte :
◦ Application du principe électif aux conseils généraux (départements) et conseils
d’arrondissement.
◦ Moins de débats comparé à la loi municipale, car les préfets conservent leurs pleins
pouvoirs exécutifs.
2. Dispositions principales :
◦ Élection des conseils généraux à l’échelle cantonale : un conseiller par canton, élu par des
électeurs censitaires.
◦ Rôle des conseils départementaux :
▪ Limités à des compétences dé nies par le pouvoir central.
▪ Réunions convoquées par le roi, qui peut également dissoudre les conseils.
◦ Prérogatives :
▪ Délibérations sur des sujets locaux, sous validation préfectorale ou ministérielle.
▪ Consultation par les préfets et ministres sur des questions spéci ques.
3. Limites :
◦ L’élection des conseils n’a ecte pas le pouvoir des préfets, qui demeurent des agents du
pouvoir central.
◦ Le principe électif n’aboutit pas à une autonomie réelle.
§2. Les lois d’attributions municipales et départementales : Une décentralisation limitée

A. La loi municipale du 18 juillet 1837 :


1. Objectifs et enjeux :
◦ Clari cation des compétences des conseils municipaux élus.
◦ A rmation du statut mixte des communes :
▪ Le maire agit à la fois comme agent de l’État et autorité communale.
▪ Double casquette pour l’exécution des lois (gestion de l’état civil, sûreté générale) et
des intérêts locaux (voirie, gestion des biens communaux).
2. Attributions des conseils municipaux :
◦ Délibérations exécutoires : décisions immédiatement applicables (gestion des biens
communaux, conditions de bail). Contrôle préfectoral possible après coup.
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◦ Délibérations soumises à approbation préfectorale : projets de budget, ventes ou
constructions nécessitant une validation préalable.
◦ Délibérations consultatives : avis donnés sans valeur exécutoire, souvent à la demande du
préfet ou sur des sujets variés.
3. Limites :
◦ Décentralisation restreinte : seules certaines compétences sont laissées à la libre
administration des communes.
◦ Processus lent et soumis à une tutelle préfectorale stricte.
B. La loi départementale du 10 mai 1838 :
1. Contexte et enjeux :
◦ Discussions prolongées, car les départements, perçus comme rouages de l’État, ne peuvent
béné cier d’une autonomie comparable à celle des communes.
◦ Tentative initiale d’étendre les compétences des conseils départementaux, freinée par la
réa rmation du contrôle central.
2. Dispositions principales :
◦ Compétence scale limitée : répartition des impôts locaux sous délégation du pouvoir
législatif.
◦ Délibérations et avis soumis au contrôle préfectoral ou ministériel.
◦ Attribution d’une personnalité juridique aux départements, leur permettant de posséder
des biens, emprunter et engager des actions en justice.
3. Limites :
◦ Les départements demeurent des structures administratives subordonnées au pouvoir
central.
◦ La décentralisation est plus symbolique qu’opérationnelle.
Synthèse :
Les réformes de la monarchie de Juillet constituent une première tentative de décentralisation depuis
l’Empire. Si le principe électif est introduit pour les conseils locaux, leur autonomie reste très limitée par la
tutelle préfectorale et ministérielle.
• Commune : Timide progression vers une gestion locale des a aires, avec des délibérations parfois
exécutoires.
• Département : Autonomie quasi inexistante, limité à des compétences strictement déléguées.

Chapitre 3. Déconcentration et décentralisation sous le Second Empire (1852


- 1870).

Section 1. L’Empire autoritaire : la centralisation de l’an VIII revisitée.


• Napoléon III renoue avec la centralisation du Premier Empire, cette centralisation n’aura jamais été
aussi e cace que durant la première décennie du Second Empire. Il faut cependant maîtriser le
nouveau su rage universel masculin.

• Constitution du 14 janvier 1852 :


◦ Maires nommés par le pouvoir exécutif, ils peuvent être choisis en dehors du conseil
municipal.

• Loi du 7 juillet 1852 :


◦ Loi provisoire à l’origine.
◦ Les conseils municipaux peuvent être suspendus par le préfet. Le préfet, si suspension ou
dissolution du conseil il y a, peut nommer une commission de remplacement.
◦ Possibilité de suspension ou dissolution pour les conseils généraux aussi. Les présidents,
vice-présidents et secrétaires de conseils généraux sont nommés par le pouvoir central.
◦ Les délibérations des conseils ne sont pas publiques puisqu’ils sont purement
administratifs et non politiques.

• Loi du 5 mai 1855 “sur l’organisation municipale” :


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◦ Consacre la loi précédente, celle de 1852 étant provisoire et fait quelques ajouts et
complétions.
◦ Commission de remplacement ira au bout du mandat du conseil municipal qui a été
suspendu ou dissous.
◦ Objectif de ces lois : conserver le contrôle des communes les plus grandes pour éviter des
débordements et des insurrections.

• La déconcentration :
◦ Second Empire s’articule autour de ministères plus puissants et mieux organisés que du
temps du Premier Empire. Ces ministères produisent le cœur du droit administratif de cette
époque par des décrets, circulaires et instructions.
◦ Mais les ministères saturent rapidement : ils contrôlent les administrations locales, toutes les
décisions préfectorales doivent être approuvées par le ministère, et ce ministère peut aussi
approuver ou empêcher l’approbation de délibérations d’administrations locales.
◦ Décret du 25 mars 1852 : improprement nommé “décret de décentralisation”, il instaure une
déconcentration en augmentant les attributions préfectorales.
◦ Sans modi er les acquis de la monarchie de juillet pour les administrations locales, ce décret
permet aux préfets de nommer les agents publics sans approbation gouvernementale ou
de statuer en conseil de préfecture sans autorisation préalable des ministères.
◦ Décret de 1852 est une réussite administrative ouvrant donc à l’adoption, en 1861, d’un
nouveau décret de déconcentration.

Section 2. L’Empire libéral : la réforme de l’administration du territoire.


• Possibilité d’avoir des débats publics dans la décennie 1860 ouvre à un renouveau des
revendications décentralisatrices.
• Discours décentralisateur est un discours de contestation du Second Empire durant cette période.

• Importance d’A. Tocqueville dans le courant libéral :


◦ Il décrit deux formes de démocraties.
◦ La démocratie américaine : conforme aux principes libéraux donc permet le développement
de la liberté.
◦ La démocratie française : il constate deux passions que sont la nation pour la liberté et la
nation pour l’égalité. En France, l’égalité a gagné au point d’empêcher la liberté d’exister, le
Second Empire, grâce au su rage universel masculin, étant perçu comme une démocratie.
◦ Par la décentralisation, les libertés locales seraient satisfaites, la démocratie ferait un
premier pas en direction de la démocratie libérale.
◦ Mouvement qui s’appuie sur les communes car perçues comme étant des instances
précédant l’État et non comme des subdivisions de l’État.
◦ Courant libéral est minoritaire durant cette période, éclipsé par le courant républicain.

• Le courant républicain :
◦ Estime qu’il doit exister un intermédiaire entre les individus et l’État.
◦ Réclame une élection des maires et des adjoints en plus du conseil municipal.
◦ Réclame un exécutif élu pour le département, soit à côté du préfet, soit remplaçant le préfet.
◦ Volonté d’augmenter la représentation et non d’augmenter l’autonomie des
circonscriptions.

• “Un projet de décentralisation” aka “Manifeste de Nancy” :


◦ Rédigé par un groupe de notables d’opinions politiques variées.
◦ Demande une décentralisation strictement administrative.
◦ Les citoyens doivent prendre en charge l’administration de leur territoire.
◦ Texte qui distingue les a aires qui sont une participation à l’administration de l’État des
a aires propres au territoire, a aires propres pour lesquelles la tutelle de l’État devrait
être allégée.

• Loi du 18 juillet 1866 sur les attributions des conseils généraux :


◦ Conseils peuvent des délibérations exécutoires par elles-mêmes.
◦ Plus grande latitude dans le vote de centimes additionnels.
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◦ Préfet ne peut contester les délibérations départementales que devant le Conseil d’État.
◦ Gouvernement ne peut plus inscrire d’o ce des dépenses dans le budget départemental.

• Loi du 29 juillet 1867 sur les attributions des conseils municipaux :


◦ Reprend les idées de la loi de 1866 pour les conseils municipaux.
◦ Modi cation de la durée de mandat du maire → 5 ans.
◦ Modi cation de la durée du conseil municipal → 7 ans.

• Les lois de juillet 1870 :


◦ Création d’une commission extra-parlementaire consacrée à la décentralisation.
◦ 22 juillet : les maires et adjoints doivent être choisis au sein du conseil municipal.
23 juillet : les conseils généraux peuvent élire eux-mêmes leurs présidents, vice-présidents et secrétaires.
Ils peuvent aussi publier leurs débats.

Partie 4 - Administration du territoire de la n du XIXe siècle à la n du


XXe siècle : réformes et régionalisation (1871 - 1982).

Chapitre 1. L’organisation administration locale à l’heure républicaine (1870


- 1939).

Section 1. La loi du 10 août 1871 relative aux conseils généraux.


• Loi héritière de la dynamique décentralisatrice déjà enclenchée.
• Elle s’inspire des travaux de la commission de 1870.
• Il a fallu concilier l’aspiration décentralisatrice de l’Assemblée avec les visions bien moins
décentralisatrices du gouvernement d’A. Thiers. Sorte de loi-compromis.
• Elle introduit quatre éléments d’innovation :
◦ Ouvre une certaine indépendance des conseils généraux départementaux : l’exécutif devra
motiver la sanction prise contre ces conseils (dissolution / suspension) et en rendre compte
devant l’Assemblée.
◦ Extension de la liste des sujets pouvant faire l’objet d’une délibération exécutoire de plein
droit. Le contrôle préfectoral devient un contrôle de légalité, remplaçant le contrôle
d’opportunité, réalisé a posteriori. Les annulations préfectorales sont susceptibles de
recours devant le Conseil d’État.
◦ Les départements peuvent délibérer sur toutes les questions d’intérêt départemental,
délibérations nécessitant l’approbation du préfet.
◦ Création de la “commission départementale”. Organe collégial, issu du conseil général,
siège en permanence, surtout en dehors des sessions annuelles du conseil général. Cette
commission ne remplace pas le préfet, elle n’est pas un exécutif collégial.

• Place du préfet :
◦ Maintenu dans la majeure partie de ses attributions, de manière dèle à la structure de
l’administration de l’An VIII.
◦ Place du préfet très critiquée pendant les débats parlementaires : témoigne d’une forte
volonté décentralisatrice.
◦ Conservation des attributions qui procèdent de la déconcentration.

• L’attribution de nouvelles compétences au pro t des départements s’inscrit dans la recherche de


soutiens en cas d'insurrections parisiennes.
• 1872 : si les députés ne pouvaient plus se réunir, les élus départementaux devraient désigner des
délégués pour former une assemblée alternative. Loi de 1872 qui n’a jamais trouvé à
s’appliquer.
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Section 2. Le long et dif cile avènement de la loi de 1884 sur les
municipalités.
• La Commune de Paris provoque le repli des administrations centrales et de l’Assemblée à
Versailles. Projet de la Commune :
◦ Formation d’un comité de la garde nationale à l’Hôtel de ville, assemblée élue le 26 mars
1871 se donnant le nom de “commune de Paris”.
◦ Communique un projet le 19 avril 1871.
◦ Projet républicain fondé sur l’autonomie absolue de toutes les communes. L’autonomie d’une
commune n’a comme limite que l’autonomie d’une autre commune. → Communalisme.
◦ Projet fédéraliste en ce qu’il se fonde sur un contrat d’association des communes qui
acceptent de former un État ensemble.
◦ Projet forgé par les idées de P-J. Proudhon. Il préconise la destruction de l’État central pour
permettre l'avènement de la démocratie mais surtout une fédération construite par un
contrat.

• Pour les députés et les républicains futurs, la Commune de Paris fait o ce de repoussoir absolu
après son écrasement.

• Avril 1871 : Loi réglant partiellement la question communale pendant la Commune de Paris.
◦ Donne une dé nition particulière de la citoyenneté municipale. Pour être électeur municipal, il
faut être citoyen national + avoir un domicile réel depuis au moins un an dans la commune.
◦ Les élections municipales sont des élections administratives et non politiques ce qui justi e
la création d’une liste distincte. L’électeur communal est un administré qui prend part à la
gestion des intérêts locaux.
◦ Refus, par principe, de l’élection des maires. Tous les chefs-lieux + villes de plus de 20
000 habitants auront leurs maires nommés.
◦ Paris est mise à l’écart du régime de droit commun de cette loi : conseil municipal (sans réels
pouvoirs) de 80 membres avec un représentant par quartier, pas de maire ni adjoint,
administré par le préfet (notamment préfet de police), maires dans les arrondissements
seulement.
◦ Durcissement de la loi en 1873 - 1874 car l’Assemblée est royaliste et conservatrice.

• Débats à propos de l’élection des maires :


◦ Le gouvernement et la majorité de l’Assemblée estiment que le maire est d’abord un délégué
du gouvernement, donc il doit être nommé.
◦ Les républicains pensent qu’il est un représentant communal, donc qu’il doit être élu.
◦ Loi de janvier 1874 : tous les maires sont nommés, peuvent être choisis en dehors du conseil
municipal.
◦ L’élection du maire devient un symbole républicain.
◦ Assemblée devient républicain en 1876, Sénat reste conservateur : adoption d’une loi en
août 1876. → élection des maires sauf dans les chefs-lieux où il devra être nommé dans le
conseil municipal.
◦ 1882 : Majorité républicaine renforcée dans l’Assemblée et Sénat républicain. Adoption d’une
loi portant généralisation de l’élection des maires, sans changer leurs attributions.

• Loi de 1884 :
◦ Première refonte du droit des municipalités depuis l’An VIII. Entreprise de codi cation et de
compilation tout en apportant des nouveautés.
◦ Paris reste placée en dehors de la législation de 1884.
◦ Communes compétentes pour prendre des délibérations exécutoires de plein droit pour
toutes les a aires communales. → Clause générale de compétence.
◦ Toutes les questions centrales et majeures sont tout de même dans la liste des délibérations
avec approbation. → Limitation du pouvoir des communes.
◦ Maires placés sous surveillance : le préfet peut annuler les arrêtés des maires et adjoints,
possède un droit de substitution, le maire ne peut pas s’opposer à la substitution.

• Les maires et les mairies comme symboles républicains :


◦ 1884 : chaque commune doit se doter d’une mairie.
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◦ Élections municipales tous les 4 ans.
◦ Volonté du gouvernement de mettre en avant les maires élus : banquets des maires (1888 /
1889 / 1900).

• Élargissement des compétences locales et poids de la tutelle centrale :


◦ La République s’appuie sur les municipalités pour mettre en place certains projets comme
l’instruction primaire ou des mesures de politique sociale.
◦ Augmentation des compétences des localités entraîne une augmentation des obligations
nancières des territoires.
◦ Si l’enveloppe budgétaire fournie par l’État pour mener à bien ces nouvelles missions est de
plus en plus garnie, la liberté budgétaire des circonscriptions, elle, est de plus en plus
restreinte.
◦ À cette période, les préfets sont très rigoureux quant à l’exercice de leur tutelle sur les
départements et communes, notamment en matière budgétaire, mais aussi pour éviter que
les territoires ne règlent des questions politiques par leurs délibérations exécutoires de plein
droit.

Section 3. Le renouveau du débat : régionalisation et régionalisme.


• Changement du discours décentralisateur par l’émergence de l’idée nouvelle des régions.
• La région est une contestation du département.
• Le département est trop petit, trop nombreux. Limiter leur taille et leur nombre permettrait de réaliser
des économies d'échelle.
• Le département est arti ciel et étatique, il n’est pas le cadre de la vie sociale locale. Il est le siège
du préfet, symbole de l’État central s’exprimant à l’échelle locale.
• Seules les communes seraient les véritables cadres de la vie en société de la population.
• Les régions, remplaçant donc les départements, doivent être dessinées naturellement pour se faire
cadre naturel de la vie de la population.

• L’idée de régionalisation emprunte à plusieurs courants de pensées, notamment le régionalisme


culturel :
◦ Fin XIXe siècle : multiplication des collectifs qui se font défenseurs des traditions
régionales.
◦ Collectifs souvent composés des élites des anciennes provinces.
◦ Exemple le plus connu : Félibrige de F. Mistral. À l’origine, mouvement de défense de la
langue provençale, qui va glisser de plus en plus vers des terrains politiques.

• Autre courant régionaliste : celui procédant du renouveau de la science géographique.


◦ Fin XIXe siècle / Début XXe siècle : création d’une école géographique en France.
◦ Science qui se construit autour de P. Vidal Lablache et de sa conception : la géographie
humaine.
◦ Démarche de rejet des découpages issus de la volonté politique.
◦ Le découpage d’un territoire doit se faire selon des critères naturels et humains.
◦ P. Vidal Lablache propose un découpage en régions qui se fonde sur ces critères mais aussi
sur des données d’autres sciences : géologie, agronomie, etc…

• Le courant régionaliste, dans son ensemble, va s’inspirer des deux courants de pensées pour
demander le découpage en régions, découpage basé sur la nature, permettant la pleine
expression des libertés locales.

• Les projets régionalistes ont souvent des accents fédéralistes.


◦ Pas des projets séparatistes ou indépendantistes : l’amour des petites patries ne menace
pas l’amour de la grande patrie.
◦ Félibrige : critique du centralisme français, propose une construction politique ascendante
et fédérative.
◦ A aire Dreyfus + création école parisienne du Félibrige : convertit les membres de ce
mouvement au combat politique tout en les divisant en deux courants opposés.
◦ Se forment alors : la ligue de la patrie française autour de C. Maurras / la fédération
régionaliste française de J. Charles-Brun.
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• Le projet de la ligue / C. Maurras :
◦ Promotion d’une fédération de régions naturelles.
◦ Construction politique qui n’est pas ascendante car c’est une décentralisation qui se place
dans la restauration de la monarchie.

• Le projet de la fédération / J. Charles-Brun :


◦ Régionalisme républicain et démocratique.
◦ Construction politique ascendante pour créer un État qui serait une fédération de régions.

• Projets régionalistes émergents durant une période où les républicains radicaux sont au pouvoir.
Ils estiment que la centralisation est nécessaire à la république, à l’unité de la nation.
• La décentralisation ne peut être qu'administrative.

• Nouveau projet régionaliste durant l’entre deux guerres : ligue de représentation professionnelle et
d’action régionale de J. Hennessy.
◦ Sénat doit être la chambre de la représentation régionale et professionnelle.

• Les accents fédéralistes de tous ces projets les empêchent d’être acceptés.
◦ Du temps de la Révolution : fédéralisme était un crime.
◦ IIIe République : fédéralisme est une pensée problématique.
◦ Commune de Paris portrait un projet fédéraliste, la IIIe République s’est fondée sur
l’écrasement de cette Commune, renforçant l’aversion pour le fédéralisme.
◦ Projets fédéralistes qui vont devant le Parlement sont critiqués par tous les élus et par tous
les administrateurs locaux.
◦ Projets fédéralistes présentés au Parlement sont aussi critiqués par les régionalistes car ces
projets, pour nir devant les chambres, sont trop édulcorés et dénaturent le mouvement.
Crainte d’une énième forme de déconcentration.

Chapitre 2. L’administration du territoire sous le régime de l’État français


(1940 - 1944).
• Territoire occupé : administration préfectorale française doublée par une administration allemande.
• Zone libre : administration française seule présente.

Section 1. La suppression de la démocratie locale.


• Épuration du corps préfectoral dès septembre 1940. → Préfets administrent seuls les
départements.
• Décembre 1940 : adoption acte-dit-loi à propos des pouvoirs des préfets.
• Régime de Vichy se veut être centralisateur avec des réformes en matière de déconcentration.
• Toute l’administration locale est organisée autour du préfet et étatisée.
• Texte-dit-loi du 12 octobre 1941 : suppression (“suspension”) des conseils généraux élus.
• Texte-dit-loi d’août 1942 : création de commissions administratives composées d’anciens élus
locaux du temps de la IIIe République. Grande di culté à remplir ces commissions nommées entre
les personnes écartées et celles refusant leur nomination.

• Deux textes-dits-lois du 16 novembre 1940 à propos des communes :


◦ Le premier porte suppression des conseils municipaux. Petites communes (moins de 2 000
habitants) : principe électif pour le maire et le conseil municipal demeure. Grandes
communes (plus de 2 000 habitants) : maires, adjoints et conseillers sont nommés.
◦ Introduction d’une représentation corporative dans les conseils municipaux d’après les
valeurs du régime : Travail, Famille, Patrie.
◦ Second texte réa rme la soumission des municipalités au pouvoir central : substitution
préfectorale mise en place et augmentée. Le pouvoir central peut révoquer tous les
administrateurs municipaux pour des motifs d’ordre public, de même pour le conseil
municipal qui peut être dissous pour les mêmes motifs.
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Section 2. La régionalisation comme instrument de centralisation
autoritaire.
• Régime très critique à l’égard des départements.
• Va s’inspirer du projet de la ligue et de C. Maurras.

• Volonté initiale de restaurer les anciennes provinces (au nombre de 17) avec un gouverneur à la
tête de chaque province (investi de toute l’autorité de l’État), gouverneur assisté par un conseil
provincial (qui n’a aucun pouvoir), projet nalement avorté.

• Texte-dit-loi du 19 avril 1941 :


◦ Institue les préfets régionaux suite à un découpage en régions.
◦ Régions non-naturelles car pensées comme des regroupements de départements.
Régions sont des intermédiaires entre les départements et l’État permettant la simpli cation de
l'administration française.
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