Section L.
Les hypothèses du marché efficient
Mise en évidence au début des années 60, particulièrement par Fama, la théorie
de l'efficience des marchés financiers, prolongement de la notion des marchés
purs et parfaits des économistes libéraux du 19ème siècle, peut s'énoncer
comme suit un marché financier est dit efficient si et seulement si l'ensemble des
informations disponibles concernant chaque actif financier coté sur ce marché
est immédiatement intégré dans le prix de cet actif Mais,
vu les imperfections des marchés une nouvelle reformulation de la théorie est
alors apparue: « sont réputés efficients les marchés sur lesquels les prix des
actifs cotés intègrent les informations les concernant de telle manière qu'un
investisseur ne puisse, en achetant ou en vendant cet actif, en tirer profit
supérieur aux coûts de transactions engendrés par cette action».
Ainsi, les travaux de « Grossman » et « Stiglitz >> (1980) montrent que la
première définition donnée par << FAMA » si elle est prise stricto sensu, impose
que les coûts d'information et de transaction soient toujours nuls. La définition de
« Jensen » (1978) est moins stricte sur ce point: les prix reflètent l'information
jusqu'au point où le gain marginal de la recherche d'information est égal au coût
marginal qu'elle induit.
<<< Rubinstein » (1975), dans ses travaux sur la notion de consensus, indique
que le marché est efficient au regard d'une information si cette information
n'entraîne aucun changement de portefeuille.
<<< Copeland >> et <<< Weston >> estiment que cette définition est plus
restrictive que celle de << FAMA » si une même information est interprétée de
diverses manières par des investisseurs, il peut en résulter des échanges de
titres et donc des modifications de portefeuille n'entraînant cependant pas de
modification de prix. Le marché est dans ce cas efficient au sens de << FAMA »,
mais pas au sens de « Rubinstein ». L'hypothèse d'efficience des marchés
financiers est basée sur l'existence de cinq conditions essentielles permettant de
valider cette théorie.
• La rationalité des investisseurs Ο La libre circulation de l'information et la
réaction instantanée des investisseurs
• La gratuité de l'information • Absence des coûts de transactions et d'impôts de
bourse
• L'atomicité des investisseurs et la liquidité Par ailleurs, FAMA définit les formes
de l'efficience des marchés financiers en fonction de l'ancienneté des
informations que les prix des actifs sont censés intégrer. Il postule que les
informations concernant les actifs financiers peuvent être divisées en trois
catégories :
- La première catégorie comprend les informations déjà connues et publiées. Ces
informations ont été intégrées par les opérateurs dans les cours passés des actifs
financiers.
La deuxième catégorie inclut les informations présentées à l'instant même où
celles-ci sont rendues publiques.
La troisième catégorie renferme les informations non encore publiées, mais
détenues par des personnes privilégiées du fait de leur fonction au sein de
l'entreprise.
<< Fama » a défini, dans son article de 1970, trois types de formes d'efficience
informationnelle auxquelles correspondent des tests spécifiques:
la forme faible, la forme semi-forte ou événementielle et la forme [Link]
l'article de 1992, ces trois formes sont conservées, mais leur définition a été
élargie. Dans le cadre de la première forme, le marché est efficient au sens faible
si les prix constatés tiennent parfaitement compte de l'information comprise
dans la séquence histoire que des prix. En d'autres termes, l'utilisation et l'étude
des cours et rendement passés ne peuvent permettre à un investisseur
quelconque d'obtenir des rendements excédentaires.
La forme semi forte élargit la notion d'information à l'ensemble de l'information
disponible publiquement, c'est-à-dire celle que l'on rencontre dans les rapports
annuels des sociétés, dans les journaux spécialisés, comme par exemple les
annonces de résultats et bénéfices, ou d'opérations sur le capital. On pourra
noter que l'élargissement de la notion introduit une certaine ambiguïté dans la
définition: est-ce que « publiquement disponible >> << implique >> << gratuit
>> par exemple ? Les travaux consacrés à la forme semi- forte ont surtout pour
objet de vérifier la vitesse d'ajustement des prix à des informations telles qu'elles
viennent d'être définies.
Enfin, la forme forte de l'efficience se définit par rapport à toute l'information
possible, qu'elle soit publique ou privée. La notion d'information privée peut
prendre dans les tests trois formes particulières : celle qui n'est disponible qu'au
personnel de l'entreprise concernée, celle dont ne disposent que des
gestionnaires de fonds professionnels par rapport au reste des intervenants, ou
enfin celle dont disposeraient, du fait de leur activité, les analystes financiers. Les
implications de l'efficience des marchés, premier concept de la finance moderne,
concernent l'évaluation correcte des titres. Celle-ci entraînera des conséquences
aussi bien pour l'entreprise, qui recherche ses moyens de financement, que pour
l'épargnant qui cherche à investir. L'efficience implique également que le marché
puisse faire le tri dans l'information fournie par les entreprises. En fait, elle va
constituer un bon guide de conduite pour l'ensemble des intervenants sur le
marché financier. L'enseignement de la théorie des marchés efficients est qu'il
faut faire confiance aux cours de bourse, qui à tout moment reflètent les
prévisions, les espoirs, tout ce qu'il est humainement possible d'envisager sur
l'avenir. Les cours sont donc un indicateur avancé de la santé de l'économie.
Mais les adeptes de la finance comportementale, n'acceptent pas cette idée, et
supposent que l'investisseur est un être dont la rationalité est limitée. De ce fait,
la finance comportementale, représente une alternative à la théorie d'efficience
des marchés financiers, qui constitue l'une des plus importantes découvertes.
Cette nouvelle discipline a obtenu sa consécration en 2002 avec l'obtention par
DANIEL KAHNEMAN, son cofondateur avec AMOS TVERSKY, du prix Nobel
d'économie.