Caractéristiques :
Ce cours a pour objet les principes de gestion des risques chimiques et physiques et biologiques pouvant être
appliqués dans les différents domaines de l'environnement, de la santé et de la sécurité au travail ou encore
de la sécurité des aliments et des produits au sens large. Cet enseignement généraliste décrit les principes
essentiels d'une démarche de gestion des risques et le vocabulaire associé. Si la réflexion concerne plus
particulièrement la gestion des risques à l'échelle d'un établissement (collectivités, entreprises..), nous
souhaitons replacer cette gestion dans un contexte plus global de santé publique et de protection de
l'environnement.
Évaluation et prévention des
risques chimiques
Evaluer les risques chimiques en quelques mots
L’évaluation des risques constitue le préalable de toute démarche de prévention des risques
chimiques. Bien menée, elle doit permettre de construire un plan d'actions de prévention. Pour
être efficace, il faut la renouveler régulièrement et, notamment, à chaque modification importante
des processus de travail. Les résultats sont à joindre au document unique.
L’évaluation des risques chimiques se déroule en 4 étapes :
Repérer les produits et répertorier leurs dangers dans un inventaire
Analyser leur mise en œuvre pour évaluer les conditions d’exposition
Hiérarchiser les risques par priorités d’action
Elaborer un plan d’action
De nombreux outils et sources d’information sont disponibles pour mener à bien l’évaluation des
risques chimiques. Pour une aide méthodologique, il est possible de s’adresser à des spécialistes
de la prévention dans chaque région (réseau régional de l’Assurance maladie risques
professionnels Carsat, structures de conseil extérieures…).
Evaluer et prévenir les risques chimiques dans mon
entreprise
Repérer les risques et réaliser un inventaire
Ce repérage est la base de l’évaluation. Il doit se traduire par la réalisation d’un inventaire tenu
à jour des produits utilisés dans l’entreprise, mais aussi stockés, émis ou en passe d’être éliminés.
C’est bien souvent cette opération qui prend le plus de temps dans la démarche d’évaluation, mais
elle est primordiale.
Pour ce faire, l’entreprise doit prendre en compte les produits utilisés (produits de nettoyage,
peintures…), les matières premières, les sous-produits (y compris ceux qui sont émis par des
procédés ou des opérations : émissions de fumées, produits de dégradation, brouillards,
poussières…) et les déchets.
L’entreprise peut utiliser plusieurs sources d’information : relevés du service achat, bons de
commande, inventaires, étiquettes, procédures… La consultation des salariés et l’observation des
postes de travail et de stockage permettent d’enrichir ce repérage.
Avant même de passer à l’étape d’évaluation des risques, l’entreprise peut gagner en prévention
en triant et éliminant les produits stockés dans l’entreprise qui n’ont plus d’utilité ou qui sont
dégradés.
Evaluer les risques en analysant les dangers et les conditions
d’exposition
Les risques chimiques concernent aussi bien la santé des salariés, la sécurité des personnels et des
installations (incendie et explosion) que l’environnement. Pour les caractériser, il faut combiner les
dangers des produits et agents chimiques avec leurs conditions de mise œuvre pouvant générer
des émissions et des expositions.
Caractériser les dangers
L’inventaire est suivi d’une recherche et d’une analyse des informations sur les dangers des
produits et procédés qui ont été repérés. L’exploitation de certains documents peut, ici aussi, se
révéler utile :
étiquettes des produits,
fiches de données de sécurité,
fiche d’entreprise établie par le médecin du travail,
rapports d’incident,
comptes rendus du CSE…
Attention, un certain nombre de produits chimiques ne disposent pas d’étiquettes ou de fiches de
données de sécurité mais présentent tout de même des dangers. C’est le cas des produits émis par
des procédés (comme par exemple les poussières de bois, les fumées de soudage, les gaz
d’échappement, les produits de combustion ou de dégradation thermique… ). Ils nécessitent
donc une recherche d’informations complémentaires.
Analyser les émissions et les expositions pour caractériser les
risques
Il existe un risque lorsque les salariés sont exposés à des substances chimiques dangereuses.
Ces expositions peuvent être liées à l’utilisation des produits eux-mêmes, mais aussi aux émissions
de certains procédés. L’analyse des expositions doit se porter bien entendu sur les conditions
normales d’utilisation des produits mais aussi sur les expositions accidentelles.
Exemples d’expositions professionnelles aux agents
chimiques
Contact avec la peau de produits de nettoyage.
Inhalations répétées de solvants volatils.
Inhalation accidentelle de gaz ou de vapeurs toxiques suite à une défaillance technique
d’un procédé.
Ingestion accidentelle de produits chimiques placés dans des emballages alimentaires.
Inhalation de poussières suite à une panne d’un système d’aspiration à la source des
polluants.
Travail dans des atmosphères confinées, fortement contaminées et appauvries en oxygène,
lors de travaux de maintenance de citerne.
Si le nombre de produits chimiques identifiés lors du repérage des risques est important, il
convient de hiérarchiser cette analyse des expositions, en débutant par les agents chimiques qui
apparaissent comme les plus dangereux et utilisés en plus grande quantité.
Informations à collecter pour caractériser les expositions
chimiques
Organisation du travail.
Nature des opérations et procédés mettant en œuvre les produits chimiques.
État des produits ou matériaux mis en œuvre (liquide, solide, poudre, fibres, gaz…) et leur
volatilité.
Modes d’émission (projection mécanique, système d’évacuation des gaz, volatilisation de
liquide, contamination de surfaces…).
Quantités utilisées, produites ou stockées.
Voies d’exposition (inhalation, contact cutané ou ingestion accidentelle).
Durées et fréquences d’exposition.
Efficacité des moyens de prévention existants (ventilation générale, captage localisé…).
Le recueil de ces éléments passe nécessairement par une observation de l’activité réelle au
poste de travail et en questionnant les salariés.
Ces informations peuvent être utilisées :
dans des modèles d’évaluation des risques comme par exemple ceux utilisés par le logiciel
Seirich,
pour mettre en place des stratégies de prélèvements et de mesures afin de quantifier
les expositions des salariés et les comparer à des valeurs toxicologiques de référence
(VLEP, DNEL, VTR…),
pour évaluer les risques d’incendie et d’explosion,
pour la prévention médicale des risques chimiques.
Hiérarchiser les risques et élaborer un plan d’action
A la fin de la phase d’évaluation des dangers et des expositions, l’entreprise doit hiérarchiser les
risques et mettre en place un plan d’actions de prévention. En matière de prévention des
risques chimiques, plusieurs types d’actions sont possibles pour aboutir à la meilleure maîtrise
possible des risques chimiques : des mesures techniques (suppression ou substitution de produits
ou de procédés, protection collective comme du captage à la source des émissions…),
organisationnelles (procédures d’urgence, règles d’hygiène…) ainsi que des actions d’information
et de formation des travailleurs.
Quelques éléments permettant de hiérarchiser les risques
chimiques et de prioriser les actions de prévention
Nombres de salariés exposés et bénéficiant de l’action de prévention.
Impact sanitaires (suppression ou diminution du risque, déplacement du risques…).
Faisabilité technique et humaine.
Pérennité de la mesure de prévention (efficacité dans le temps, nécessité de maintenance
ou de contrôle…).
Approche coûts / bénéfices (impacts des accidents du travail, des maladies professionnelles
et des risques majeurs par rapport aux investissements en prévention).
Appropriation par les salariés des actions de prévention.
Délai de mise en œuvre effective de l’action.
Exigences réglementaires spécifiques.
Autres (impacts sur la qualité et la fiabilité de la production, compatibilité avec des
exigences internes à l’entreprise…).
À court terme, il peut être envisageable de faire mieux avec ce qui est déjà en place, c’est-à-dire
d’obtenir le maximum d’efficacité des mesures existantes, ou de mettre en œuvre des solutions
simples de prévention (comme par exemple modifier ou ajouter un dispositif de captage des
émissions sur un poste de travail). De plus, lorsqu’une mesure visant à diminuer des risques élevés
demande un certain délai de mise en place, des mesures provisoires doivent être adoptées entre
temps : par exemple, en attendant qu’un système de travail en vase clos soit opérationnel, la
signalisation des dangers et les limitations d’accès aux zones de travail à risque sont à renforcer.
À moyen terme, une étude technique, organisationnelle et financière permet de planifier les
actions de prévention plus ambitieuses, comme par exemple, limiter l’entrée dans l’entreprise des
produits dangereux en rationnalisant l’achat et l’approvisionnement ou supprimer / substituer des
matières premières CMR et requalifier des procédés.
Le plan d’actions de prévention, spécifique à chaque entreprise, précise les mesures de prévention
à adopter et fixe :
les objectifs à atteindre,
les échéances,
les moyens associés devant être mis en place par l’entreprise (organisationnels, humains,
techniques et financiers).
Suivre dans le temps les actions mises en œuvre
Dans tous les cas, le suivi des actions de prévention conduites dans l’entreprise est à prévoir. Il
vise à répondre aux questions suivantes : les actions définies ont-elles été réellement appliquées ?
Portent-elles leurs fruits ? De nouveaux risques sont-ils générés par les modifications apportées ?
Des actions correctives ou de maintenance sont-elles nécessaires ?
Des outils, comme le logiciel Seirich, peuvent vous faciliter le suivi de vos actions de prévention.
Réussir sa démarche d’évaluation et de prévention des
risques chimiques
Pour réussir dans votre démarche d’évaluation et de prévention des risques chimiques, plusieurs
facteurs sont nécessaires :
Avant de se lancer dans une évaluation des risques chimiques complexe, avoir amorcé une
démarche globale d’évaluation de l’ensemble des risques professionnels, pour peser
l’intérêt d’approfondir l’évaluation des risques chimiques. Il existe pour les TPE des outils
sectoriels appelés Oira.
Nommer un ou des responsables pour mener à bien l’évaluation des risques chimiques en
s’assurant de leurs compétences.
Mobiliser des ressources humaines, techniques et financières dans le temps permettant de
démarrer et pérenniser la démarche d’évaluation et de prévention.
Impliquer les salariés et les instances représentatives du personnel dans la démarche.
Savoir identifier ses limites et se faire accompagner en cas de besoin par des ressources
externes (conseillers du service prévention des Carsat, services de santé au travail,
fédérations professionnelles, consultants…).
Choisir un parcours adapté à son besoin
L’INRS a développé de nombreux outils pour vous aider à évaluer et prévenir les risques
chimiques.
Pour vous aider à choisir les outils qui vous conviennent le mieux, l’INRS propose trois exemples de
parcours :
Parcours débutant : entreprise qui débute en prévention des risques professionnels et qui
n’est pas spécialiste en évaluation des risques, et encore moins dans le domaine des
risques chimiques, mais qui souhaite mettre en place les bonnes pratiques et les
fondamentaux de la prévention des risques chimiques.
Parcours intermédiaire : entreprise déjà engagée en prévention des risques
professionnels, qui dispose d’une fonction santé et sécurité au travail et qui souhaite
réaliser une évaluation des risques chimiques plus complète, en analysant l’ensemble des
situations de travail exposantes.
Parcours expert : entreprise aguerrie dans l’évaluation et la prévention des risques
chimiques qui souhaite approfondir son évaluation des risques chimiques en intégrant
différentes sources d’informations et des outils de spécialistes.
Pour en savoir plus
OUTIL LOGICIEL À TÉLÉCHARGER
IHMod
IHMOD est un logiciel permettant de modéliser l'exposition des salariés aux agents chimiques. Cet outil a été développé par l'AIHA (American Industrial Hygiene Association) et traduit par l'INRS.
OUTIL LOGICIEL EN LIGNE
MIXIE
L'outil MIXIE permet, à partir de données de mesure, d'évaluer le potentiel additif ou non des substances chimiques et de situer les niveaux d'exposition cumulés par rapport aux valeurs limites.
OUTIL LOGICIEL À TÉLÉCHARGER
Seirich
Evaluer le risque chimique, quel que soit votre niveau de connaissance
ARTICLE DE REVUE 09/2009 | ND 2312
Les méthodes d'évaluation des risques chimiques. Une analyse critique
Dans le cadre de conventions destinées à améliorer la prise en compte du risque CMR (produits cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction) dans les secteurs de la chimie, de la fabrication de peintures et de la mécanique, un inventaire et une analyse critique des méthodes d'évaluation ...
ARTICLE DE REVUE 12/2011 | PR 48
Evaluation des risques chimiques. Cahier des charges. Préconisations pour le développement d'applications informatiques
L'évaluation et la prévention des risques chimiques s'inscrivent dans la démarche générale d'évaluation des risques professionnels. La mise en application des dispositions réglementaires en matière de prévention des risques chimiques nécessite d'évaluer les risques liés à l'exposition en milieu ...
BROCHURE 01/2004 | ED 887
Évaluation des risques professionnels
Cette brochure a pour but de fournir des éléments de réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le document unique d'évaluation des risques
ARTICLE DE REVUE 09/2008 | ND 2296
Mesures du flux d'évaporation de liquides volatils dans des ambiances de travail
L'article présente les résultats d'une étude expérimentale de l'évaporation de liquides volatils au travers d'une surface libre laissée en contact avec l'air.
Les mesures ont été effectuées dans des conditions s'approchant de situations pouvant se présenter à l'intérieur de locaux de travail