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Concepts de langues et variations linguistiques

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5- Langue maternelle, langue première, langue seconde et langue

étrangère

Tout d’abord, ces trois concepts sont étroitement liés et il est difficile de les traiter
séparément. La définition de chacun varie selon le contexte de l’utilisation de la langue et de
sa valeur chez une communauté linguistique puisque les langues n’ont pas les mêmes dans
toutes les cultures.

En sociolinguistique, langue maternelle et langue première tendent à être synonymes.


Ainsi, la langue maternelle renvoie à la première langue qu’un enfant apprend à la maison dès
la petite enfance. C’est la langue qu’on parle à l’enfant avant même qu’il apprenne à parler.
Cette langue est acquise par l’enfant de manière naturelle et spontanée par le biais de
l’interaction avec son entourage immédiat sans aucune intervention pédagogique. Autrement
dit, la langue maternelle est apprise sur le tas et constitue le moyen de la première socialisation
de l’enfant. Par conséquence, elle constitue le noyau de l’identité de l’individu.

La langue maternelle, dite aussi langue native, n’est pas forcément la première langue du
père ou de la mère, et n’est pas nécessairement leur langue principale. Il arrive qu’un enfant est
socialisé dans deux langues à tel point qu’il les maitrise et les utilise à la même fréquence. Les
deux langues sont considérées alors comme langues maternelles. C’est le cas des enfants des
immigrés dans les pays d’accueil qui socialisent leurs enfants en langue (s) de leur pays
d’origine et en langue (s) du pays d’accueil.

Pendant longtemps, on ne fait pas de distinction entre langue seconde et langue étrangère.
La distinction entre les deux termes ne commence qu’au début des années soixante du siècle
dernier avec l’apparition du bilinguisme officiel. Le point commun entre les deux concepts est
qu’ils sont délimités à l’extérieur du champ de langue maternelle / langue première.

La langue seconde n’est pas la langue première du locuteur. Toutefois, elle est très
présente dans la société du locuteur en tant que langue de communication publique, notamment
dans les domaines de l’économie, de l’administration et de l’enseignement. La langue seconde
se caractérise essentiellement par son apprentissage après la langue maternelle /première. Ce
qui implique que l’acquisition de cette langue rend un locuteur bilingue. C’est le cas de certains
pays d’Asie et d’Afrique où les langues maternelles sont apprises et utilisées au foyer et
l’anglais et du français sont les langues de communication publique. Quant à la langue
étrangère, elle renvoie à toute autre langue qui n’est pas couramment parlée ou utilisée par une
communauté linguistique. Par exemple, le portugais est une langue purement étrangère au
Maroc.

6- Sociolecte / idiolecte

Ces deux concepts se rattachent à celui de la variation. Le sociolecte se définit


généralement comme la variété d’une langue parlée par une communauté, un groupe socio-
professionnel bien déterminé ou une classe d’âge. Les traits sociolectaux peuvent être
phoniques, morphologiques, lexicaux ou syntaxiques. Le sociolecte est l’un des attributs d’un
groupe social. En France, on distingue par exemple le français de la banlieue, le français
populaire et le français de la bourgeoisie.

L’idiolecte n’est pas la langue particulière d’un individu, mais plutôt l’ensemble des
usages langagiers propres à un individu. L’idiolecte est à l’individu ce que le sociolecte est au
groupe social. Il se manifeste par des choix particuliers et récurrent aux niveaux du vocabulaire,
de la grammaire, des structures phrastiques et même au niveau de l’intonation et de la
prononciation. La sociolinguistique s’intéresse peu à l’individu et à son idiolecte puisqu’elle
privilégie l’étude des langues et des variétés dans leurs rapports avec des groupes sociaux.
L’idiolecte en tant que système linguistique stabilisé doit être distingué de l’interlangue qui
renvoie à un état instable et provisoire d’une langue lors de son apprentissage.

7- Le technolecte

Leila MESSAOUDI définit le technolecte comme ‘‘un savoir-dire, écrit ou oral,


verbalisant, par tout procédé linguistique adéquat, un savoir ou un savoir faire dans un domaine
spécialisé’’1. De cette définition, nous pouvons avancer que le technolecte revêt un caractère
générique en renvoyant à l’ensemble des productions langagières qui caractérisent les domaines
de l’activité humaine (domaines scientifique, technique, professionnel, etc.). Cet ensemble
langagier se compose de plusieurs éléments dont la longueur est variable (mots, phrase et même
des textes spécialisés). Il peut être oral ou écrit et même recouvrir le mélange des langues.

1
MESSAOUDI Leïla (2010), « Langue spécialisée et technolecte : quelles relations ? », in Revue Meta,
Montréal, Presse de l’université de Montréal, p.134
L. MESSAOUDI2 établit une distinction entre deux types de technolectes :

❖ Technolectes savants : ils sont utilisés dans une communication spécialisée, notamment dans un
cadre formel (université, laboratoire, etc.), dont le support est l’écrit ou l’écrit oralisé.
❖ Technolectes ordinaires : ils sont générés dans des situations d’application (les travaux pratiques
et les travaux dirigés) ou des lieux professionnels (ateliers, garages des professionnels, fermes,
etc.). Ces technolectes sont surtout générés dans une communication orale où il est possible de
mélanger les langues.

8- Langue véhiculaire et langue vernaculaire

La langue véhiculaire est celle utilisée pour la communication entre des locuteurs ou des
groupes de locuteurs n’ayant pas la même première langue. Cette langue peut être celle d’un
des locuteurs en présence (lorsque un Marocain communique en français avec un Français), ou
une tierce langue (lorsque par exemple un Marocain communique en anglais avec un Français),
ou une langue crée en empruntant aux différents codes en présence (exemple du pidgin).

Lorsqu’une langue vernaculaire se transforme en langue véhiculaire, on parle de


véhicularisation. Ce processus permet d’augmenter le nombre de locuteurs et des fonctions de
cette langue, ce qui entraîne directement sa modification, notamment au niveau de sa forme.

L’émergence des langues véhiculaires est une réponse au besoin de la communication


posé par le plurilinguisme. Autrement dit l’apparition de ces langues relève de la pratique
sociale des locuteurs, de l’in vivo. Plusieurs facteurs favorisent l’apparition des langues
véhiculaire comme les facteurs géographiques, les relations économiques, facteurs politiques
et des facteurs sociologiques.

La langue vernaculaire se définit par opposition à la langue véhiculaire en tant que langue
locale communément parlée au sein d’une communauté linguistique, notamment dans les
usages domestiques. Or, il arrive que des langues de large extension (le français en France,
l’anglais en Angleterre, le wolof au Sénégal) soient aussi pratiquées dans le cadre restreint des
échanges familiaux, des relations de voisinages, etc. Ces langues sont considérées à la fois
comme véhiculaires et vernaculaires. Pour dissiper ce flou, les sociolinguistes réservent le terme

2
MESSAOUDI Leïla (2012), « Technolectes savants, technolectes ordinaires : quelles différences », in Sur
les technolectes, Publications du laboratoire Langage et société, URAC 56, Rabatnet impressions, Rabat,
p.39-46
de langue vernaculaire à toute langue utilisée dans le cadre informel entre proches du même
groupe quelle que soit sa diffusion à l’extérieur de ce cadre.

9- Le marché linguistique

Il s’agit de l’application de la métaphore économique au domaine linguistique. Ainsi, le


discours émis n’est pas seulement un message, mais c’est aussi un produit qui sera évalué par
le récepteur en fonction de l’ensemble des produits symboliques concurrents sur le marché
linguistique. La communauté linguistique se présente alors comme un marché dans lequel les
discours circulent comme des marchandises

L’échange linguistique est également un échange économique qui s’établit dans un


rapport de forces symboliques entre un producteur, doté d’un certain capital linguistique, et un
consommateur (ou un marché), et qui peut fournir un certain profit matériel et symbolique.
Autrement dit, les langues ne sont pas uniquement des moyens de communication, mais aussi
des signes de richesse et d’autorité et que la structure sociale est présente dans le discours. Ce
qui signifie que la compétence de produire des énoncés susceptibles d’être compris peut être
insuffisante pour générer des énoncés susceptibles d’être écoutés et reconnus dans une situation
de communication particulière. En bref, la capacité de parler est à la fois linguistique et sociale.

10- Pidgin

Le pidgin est une langue véhiculaire ayant un lexique et une grammaire réduits. Il permet
d’assurer la communication minimale (le commerce par exemple) entre des locuteurs sans être
la langue courante d’aucun d’eux. Il résulte souvent de la simplification d’une langue donnée
servant uniquement aux besoins de communication sans être la langue maternelle de personne.
Ce qui indique que le pidgin n’est jamais appris en famille.

L’origine de ce terme n’est pas claire. On avance souvent l’altération chinoise du mot
anglais business. D’ailleurs, ce terme désigne souvent des langues de relations nées du contact
de l’anglais avec diverses langues d’Extrême-Orient comportant des éléments empruntés de
l’anglais et d’une langue asiatique (pidgin English, pidgin mélanésien). Ceci souligne
également le caractère fonctionnel de cet idiome (pidgin English) ayant été utilisé dans les
échanges commerciaux entre les Anglais et les Chinoix. Plus tard, il désigne toutes les langues
dérivées de l’anglais en Afrique et en Asie en adjoignant seulement l’adjectif qui précise l’aire
d’usage de ces parlers (pidgin camérounais, pidgin nigérian, etc.).
En bref, le pidgin est une langue véhiculaire simplifiée créée sur le vocabulaire et
certaines structures d’une langue de base souvent européenne (anglais, portugais, français,
espagnol, etc.). Il est né du contact fréquent et prolongé des communautés différentes qui
doivent communiquer et n’ayant aucune langue véhiculaire. »

11- Le sabir

Historiquement, le sabir est une langue de communication utilisée dans les milieux du
commerce au Nord d’Afrique et au Moyen Orient entre les XIVème et XVIIIème siècles. C’est
une « Langue de relation née du besoin de communiquer éprouvé par des groupes de langue
maternelle différente. Les sabirs proprement dits sont des langues mixtes, dont le type le plus
souvent cité est la lingua franca des ports de la Méditerranée d’autrefois : on y trouvait, à côté
d’éléments hétérogènes en petit nombre, une dominante de lexique italien et espagnol. Les
sabirs ont un lexique sommaire, limité à des besoins spécialisés, une morphologie invariante,
et une syntaxe très simplifiée par rapport aux langues où ils puisent. Les sabirs ne sont jamais
langue maternelle et s’apprennent lorsqu’en nait le besoin » (George MOUNIN, 1974 : 291).
Le sabir désigne alors une langue créée par des locuteurs ayant des langues maternelles
différentes pour pallier le besoin de communication. C’est une langue non maternelle qui
emprunte des différentes langues maternelles en contact. Il se distingue du pidgin par son
caractère linguistique extrêmement pauvre. Par extension, le sabir désigne tout langage hybride
et incompréhensible ou toute variété individuelle d’interlangue particulièrement incorrecte.

12- Le créole

Ce terme, initialement employé comme adjectif (langue créole, patois créole), est utilisé
aujourd’hui comme substantif (les créoles) pour nommer diverses langues nées des
colonisations européennes entre le 16ème et le 18ème siècle.

Créole (de l’espagnol criollo) sert d’abord à désigner les Blancs nés dans les anciennes
colonies de parents européens. Par extension, il désigne aussi toute personne née dans ces
anciennes colonies quelle que son ascendance, y compris les enfants des esclaves africains.
Ensuite, ce terme nommait toute réalité propre aux zones coloniales de l’Amérique, de certaines
régions occidentales de l’Afrique et de l’océan indien (cheval créole, café créole). Au niveau
linguistique, les créoles sont des parlers spécifiques de ces zones et qui ont évidemment du
rapport étroit avec les langues européennes de colonisation.
L’apparition des créoles est liée le plus souvent à la colonisation esclavagiste. La plupart
de ces langues sont apparues dans des îles où s’étaient installés des colons européens et où ils
ont été transportés ensuite des esclaves d’origines diverses. Ce qui indique que le créole est
souvent issu des parlers exogènes dans des conditions très particulières relatives aux sociétés
coloniales esclavagistes du 16ème au 18ème siècle. Ceci signifie également que le créole était au
début un pidgin. La créolisation s’opère quand le pidgin devient langue première d’un groupe
social.

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