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Théorème des valeurs intermédiaires 2024

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Agrégation interne 2024-2025 Analyse

Leçon 206 : Théorème des valeurs intermédiaires. Applications.


Notes de cours.

Table des matières


1 Énoncé 2

2 Application 1 : Propriété des valeurs intermédiaires 3


2.1 Théorème de Darboux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2.2 La fonction de Conway en base 13 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

3 Application 2 : Recherche de solutions d’équations 4


3.1 Recherche d’une solution d’une équation par dichotomie . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3.2 Complément : Méthode de dichotomie avec plusieurs solutions . . . . . . . . . . . . . 5
3.3 Encadrement des racines d’un polynôme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

4 Application 3 : Fonctions réciproques et homéomorphismes d’intervalles 6


4.1 Réciproque partielle du théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . 6
4.2 Caractérisation des homéomorphismes d’intervalles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
4.3 Intervalles homéomorphes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

5 Application 4 : Existence de points fixes 9

6 Applications 5 : Un théorème de Lévy 9

7 Applications 6 : Un théorème des fonctions implicites 10

8 Applications 7 : Formule de la moyenne 11

9 Complément : Fonctions dérivables et difféomorphismes 12


9.1 Monotonie des fonctions dérivables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
9.2 Caractérisation des difféomorphismes d’intervalles de R . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
9.3 Dérivabilité d’ordre supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14

10 Références 14

1
Dans toute la leçon, I, J désignent des intervalles réels non réduits à un point.

1 Énoncé
Théorème 1 (Théorème des valeurs intermédiaires).
Soient f : I → R et a < b deux réels dans I. Soit c un réel strictement compris entre f (a) et
f (b). Alors c ∈ f ((a, b)).

Ce théorème se démontre par dichotomie, ou bien à l’aide de la propriété de la borne supérieure.


Remarquons cependant que la méthode par dichotomie a l’avantage de pouvoir s’adapter en un
algorithme pour trouver numériquement une des solutions de l’équation f = c (voir la partie 3.1
sur les applications en analyse numérique). De plus, la propriété de la borne supérieure se démontre
elle aussi par dichotomie.

Démonstration par dichotomie.


On construit un couple de suites adjacentes qui convergent vers un réel x ∈ (a, b) tel que f (y) = c.
. On pose a0 = a et b0 = b.
. Pour tout n ∈ N, on pose cn := an +b 2 . Si (f (an ) − c)(f (cn ) − c) ≤ 0, on pose an+1 = an et
n

bn+1 = cn ; sinon, on pose an+1 = cn et bn+1 = bn .


La suite (an )n≥0 est croissante, la suite (bn )n≥0 est décroissante, et bn − an = (b − a)2−n . Ces deux
suites sont donc adjacentes, et convergent vers la même limite x ∈ [a, b].
Par continuité de f , on sait que limn→+∞ an = limn→+∞ bn = f (x). De plus, par une récurrence
simple 1 , (f (an ) − c)(f (bn ) − c) ≤ 0 pour tout n. En passant à la limite, (f (x) − c)2 ≤ 0, donc
f (x) = c. Finalement, f (a) 6= c et f (b) 6= c, donc x 6= a et x 6= c, donc x ∈ (a, b).

Démonstration par la propriété de la borne supérieure.


Supposons pour simplifier que f (a) < c < f (b). Soit A := {x ∈ [a, b] : f (x) ≤ c}. Alors A est
une partie non vide (elle contient a ) et bornée (elle est contenue dans [a, b]) de R, donc elle admet
une bone supérieure x. Par continuité, f < c sur un voisinage de a, donc A contient un voisinage
de a, donc x > a. De même, par continuité, f > c sur un voisinage de b, donc x < b. Finalement,
x ∈ (a, b).
Comme f (y) > c pour tout y > x, par passage à la limite en x+ , on sait que f (x) ≥ c. De même, pour
tout ε > 0, on sait que A ∩ (x − ε, x] est non vide, donc il existe une suite de points de A convergeant
vers x par valeurs inférieures, et par passage à la limite f (x) ≤ c. Finalement, f (x) = c.

Le théorème des valeurs intermédiaires est équivalent à :

Théorème 2.
Soit f : I → R une fonction continue. Alors f (I) est un intervalle.

Démonstration.
Posons α := inf I f et β := supI f , tous deux pris dans R. Soit γ ∈ (α, β). Alors il existe a tel que
f (a) < γ, et b tel que f (b) > γ. Quitte à échanger a et b, on sait que a < b et que f (a) et f (b) sont
de part et d’autre de γ. Par le théorème des valeurs intermédiaires, γ ∈ f ((a, b)) ⊂ f (I). Ceci étant
vrai pour tout γ, on obtient (α, β) ⊂ f (I) ⊂ [α, β] ⊂ R. Suivant les cas α ∈ f (I) et β ∈ f (I), on
obtient quatre différents types possibles d’intervalles pour f (I) (ouvert, semi-ouvert supérieurement,
semi-ouvert inférieurement, fermé).
1. Mais avec une disjonction de cas intéressante à expliciter !

2
Remarque 1.1.
Cette propriété n’est pas caractéristique de la continuité : une fonction peut vérifier la propriété des
valeurs intermédiaires sans être continue.

2 Application 1 : Propriété des valeurs intermédiaires


On dit qu’une fonction réelle d’une variable réelle a la propriété des valeurs intermédiaires si l’image
de tout intervalle est un intervalle. Le théorème des valeurs intermédiaires affirme que toute fonction
continue sur un intervalle a la propriété des valeurs intermédiaires. La réciproque est fausse ; nous
en donnons plusieurs contre-exemples.

2.1 Théorème de Darboux


Exemple 2.1.
Soit f la fonction définie sur R par f (x) = sin(1/x) si x 6= 0, et f (0) = 1. Alors f vérifie la propriété
des valeurs intermédiaires sans être continue.

Théorème 3 (Théorème de Darboux [FGN·Ana1, Exercice 4.29 ; FGN·3, Exercice 4.51 ; Gou,
Exercice 4 p. 80 ; Moi, Exercice B-1 p. 138 ; Ska, Exercice 7.15]).
Soit f : I → R une fonction dérivable. Alors f 0 (I) est un intervalle.

Démonstration.
Il suffit de montrer que f 0 a la propriété des valeurs intermédiaires. Supposons sans perte de
généralité que f 0 (a) < f 0 (b), et soit c ∈ (f 0 (a), f 0 (b)). Par définition des limites, il existe h ∈ (0, b−a)
tel que
f (a + h) − f (a) f (b) − f (b − h)
<c< .
h h
Soit g : x 7→ f (x+h)−f
h
(x)
, définie sur [a, b − h]. Alors g est continue, g(a) < c et g(b − h) > c. Par le
théorème des valeurs intermédiaires, il existe x ∈ (a, b − h) tel que

f (x + h) − f (x)
g(x) = = c.
h
Par le théorème des accroissements finis, il existe y ∈ (x, x + h) ⊂ (a, b) tel que f 0 (y) = c.

Exercice 2.2.
Enrichissez la démonstration précédente de dessins !

Remarque 2.3.
La propriété des valeurs intermédiaires n’est pas non plus caractéristique des dérivées de fonctions
dérivables sur un intervalle. La démonstration en est cependant plus délicate. D’une part, si une
telle fonction dérivée n’est pas nécessairement continue partout, elle est continue sur un Gδ -dense.
De plus, il existe des fonctions très pathologiques ayant la propriété des valeurs intermédiaires tout
en étant continues nulle part (fonction de Conway en base 13, par exemple, dont nous présentons
une version dans la Sous-section 2.2 des compléments), qui ne sont donc pas des fonctions dérivées.

3
2.2 La fonction de Conway en base 13
Nous présentons une version de la fonction de Conway en base 11 (et non 13). Le développement en
base 11 d’un nombre réel se fait à l’aide des 10 chiffres et de la lettre A (correspondant à 10 unités).
Le développement en base 11 d’un nombre réel est unique dès qu’il n’est pas stationnaire à A.
Soit C11 la fonction définie par :
. Si le développement propre en base 11 d’un nombre réel x comporte au moins une fois le chiffre
A, et un nombre fini de fois le chiffre A : en ignorant la virgule et en distinguant la dernière
occurrence du chiffre A, il est de la forme w1 Aw2 , où w1 est une suite finie de {0, 1, . . . , 9, A},
et w2 est une suite finie ou infinie de {0, 1, . . . , 9}. On pose alors C11 (x) := 0, w2 .
. Sinon, on pose C11 (x) = 0.

Proposition 2.4.
Soit I un intervalle réel non réduit à un point. Alors C11 (I) = [0, 1]. En particulier, C11 est non
continue mais vérifie la propriété des valeurs intermédiaires.

Démonstration.
L’intérieur de I étant non vide, il existe un sous-intervalle J délimité par des nombres 11-adiques
à l’intérieur de I, autrement dit des entiers p ∈ Z et n ≥ 0 tels que [11−n p, 11−n (p + 1)] ⊂ I. Soit
w1 l’écriture de p en base 11. Soit x ∈ [0, 1] et 0, w2 le développement décimal propre de x (ou son
développement décimal impropre si x = 1). Alors, le nombre s’écrivant (au placement de la virgule
près) w1 Aw3 appartient à I, et son image par C11 est x.

Il est plus délicat de démontrer, par exemple en utilisant de la théorie de Baire, que C11 n’est pas
la dérivée d’une fonction dérivable.
Il est aussi un peu plus compliqué de définir une fonction dont l’image est R+ , et encore un peu
plus d’encoder le signe pour que son image soit R. C’est possible en base 11, mais Conway a utilisé
la base 13 afin de simplifier son codage.

3 Application 2 : Recherche de solutions d’équations


La plus fréquent utilisation du théorème des valeurs intermédiaire consiste à garantir l’existence de
solutions de certaines équations. Un exemple classique est le suivant :

Propriété 3.1.
Tout polynôme réel de degré impair a au moins une racine réelle.

Démonstration.
Soit P de degré impair, et a 6= 0 sont coefficient de plus haut degré. Quitte à remplacer P par −P , ce
qui ne change pas ses racines, on peut supposer que a > 0. Alors lim+∞ P = +∞ et lim−∞ P = +∞
(on peut par exemple factoriser par le terme de plus haut degré). En particulier, il existe M > 0
tel que P (M ) ≥ 1 et P (−M ) ≤ −1. Mais alors, par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe
x ∈ (−M, M ) tel que P (x) = 0.

Nous en proposons deux prolongements : la recherche numérique de solutions par dichotomie, et la


localisation théorique de racines de polynômes.

4
3.1 Recherche d’une solution d’une équation par dichotomie
On cherche une solution d’une équation de la forme f (x) = y, où y est un réel fixé, et x ∈ I est
l’inconnue. On suit la démonstration par dichotomie du théorème des valeurs intermédiaires.
Algorithme de dichotomie classique : On se place sur l’intervalle [a, b] tel que f (a) et f (b)
soient de part et d’autre de y. La méthode par dichotomie consiste à construire un couple de suites
adjacentes qui convergent vers une solution ` de l’équation f = y.
. On pose a0 = a et b0 = b.
. Pour tout n ∈ N, on pose cn := an +b2 . Si f (an )f (cn ) ≤ 0, on pose an+1 = an et bn+1 = cn ;
n

sinon, on pose an+1 = cn et bn+1 = bn .


L’erreur absolue de l’approximation de ` par an ou bn est alors majorée par (bn − an ) = (b − a)2−n .

Exercice 3.2.
Programmez l’algorithme de dichotomie dans le langage de votre choix, afin de résoudre numériquement
des équations quelconques du type ln(x)e3x+sin(x) = 57.

3.2 Complément : Méthode de dichotomie avec plusieurs solutions


Soit f : I → R une application continue. On se propose de déterminer des valeurs approchées des
solutions de l’équation f (x) = 0. Admettons que l’étude des variations de f ait permis de déterminer
le nombre m de solutions de cette équations, et que f change de signe en toutes ces solutions 2 .
Séparer les solutions revient à déterminer des réels x0 , x1 , . . ., xm tels que f (xi−1 )f (xi ) < 0 pour
tout 1 ≤ i ≤ m. Ainsi, l’équation f (x) = 0 a exactement une solution dans chacun des intervalles
(xi−1 , xi ). On peut ensuite utiliser un algorithme de dichotomie (ou de descente de gradient, ou de
Newton) sur chacun de ces intervalles.
Pour séparer les solution en connaissant leur nombre, on procède par essais successifs en s’aidant
éventuellement des précisions apportées par le tableau de variations de f . En l’absence d’indication,
on peut utiliser une méthode dichotomique sur le segment [a, b] :
1. On divise successivement l’intervalle en deux, puis en quatre, etc. ;
2. En notant (ak )0≤k≤2i les extrémités de ces intervalles à l’étape i, on compte 3 le nombre de
changements de signe dans la suite f (ak ) ;
3. On s’arrête lorsqu’il y a exactement m changements de signe.

3.3 Encadrement des racines d’un polynôme


Application 3.3 (Encadrement des racines d’un polynôme [Moi, Exercice C-3 p. 286]).
Soit P un polynôme unitaire, à coefficients réels, et de coefficient constant non nul :

P (X) = X n + an−1 X n−1 + . . . + a1 X + a0 , a0 6= 0.

On lui associe le polynôme Q défini par

Q(X) = X n − |an−1 |X n−1 − . . . − |a1 |X − |a0 |.

1. Montrez que Q a une unique racine réelle positive, et que cette racine est simple. On la notera
r.
2. Montrez que r ≤ m := 1 + max0≤k≤n−1 {|ak |}.
2. Sinon, on utilise la dérivée de f .
3. En fait, on actualise à chaque étape.

5
3. Montrez que toutes les racines de P (y compris complexes) sont inférieures à r en module.
4. Montrez que la méthode de Newton appliquée à m pour le polynôme Q converge vers r.
5. Supposons que les racines de P sont toutes réelles et distinctes. Décrivez un algorithme par
dichotomie pour déterminer toutes ses racines.
Démonstration.
1. La fonction polynômiale Q est négative en 0 et tend vers +∞ en +∞ ; par le théorème des
valeurs intermédiaires, elle admet une racine positive. La fonction g : x 7→ Q(x)
xn est strictement

croissante sur R+ , donc injective, donc Q a au plus une racine strictement positive (voire
seulement
P positive, car Q(0) < 0). P
Soit r cette unique racine positive. Alors Q(r) = 0, donc
rn = n−1 n−1
k , donc nr n−1 = n k−1 >
Pn−1 k−1 , donc Q0 (r) > 0 et r est
|a
k=0 k |r |a
k=0 k |r k=0 k|ak |r
racine simple.
Pn−1 k
2. En factorisant mn − 1, on obtient mn > (m − 1) k=0 m , donc Q(m) ≥ 0, donc m ≥ r.
3. Soit z une racine (éventuellement complexe) de P . Alors
n−1
X n−1
X
|z n | = ak z k ≤ |ak | · |z|k ,
k=0 k=0

donc Q(|z|) ≤ 0. Or |z| ≥ 0, donc |z| ≤ r.


4. Par le même argument utilisé pour démontrer que Q0 (r) > 0, on montre que Q0 (x) > 0 et
Q00 (x) > 0 pour tout x ∈ [r, +∞). La fonction polynômiale Q est donc strictement convexe
sur [r, +∞). Par conséquent 4 , l’algorithme de Newton partant de m donne une suite à valeurs
dans [r, +∞), strictement décroissante et convergeant vers r.
5. Nous renvoyons pour cette dernière question aux compléments.

4 Application 3 : Fonctions réciproques et homéomorphismes d’in-


tervalles
Une autre application primordiale reste la définition de fonctions réciproques. Soit f : I → J une
fonction continue. Le théorème des valeurs intermédiaires permet deux choses :
. De démontrer, le cas échéant, la surjectivité de f (celle-ci se lit aux extrémités des intervalles).
. Si f est bijective, de démontrer que son inverse est elle aussi continue.
On peut ainsi démontrer l’existence d’une fonction “racine carrée”, inverse de la fonction x 7→ x2
de R+ dans R+ .

4.1 Réciproque partielle du théorème des valeurs intermédiaires


Avant d’étudier les homéomorphismes d’intervalles, faisons un détour par un résultat intermédiaire.
Celui-ci est d’un intérêt indépendant et, bien que non obligatoire, il simplifie notoirement une partie
de l’étude des homéomorphismes.
Proposition 4.1 (Théorème de Howe [FGN·Ana1, Exercice 4.10 ; FGN·3, Exercice 4.17]).
Soit f : I → R vérifiant la propriété des valeurs intermédiaires. Alors f est continue si et seulement
si, pour tout réel y, l’ensemble f −1 ({y}) est fermé dans I.
R x Q0 (t)
4. Cela peut se montrer par récurrence, en utilisant le fait que QQ(x) 0 (x) = r Q0 (x)
dt ≤ (x − r) pour tout x ≥ r
grâce à la croissance de Q0 . Ceci dit, cette proposition est complètement évidente si l’on se souvient de la construction
géométrique de l’algorithme de Newton !

6
Démonstration.
Pour simplifer, nous traitons le cas d’un intervalle I ouvert ; les deux autres cas y ressemblent. Soit
a < b deux réels. Nous allons montrer que f −1 ((a, b)) est ouvert. L’ensemble f −1 ({a, b}) est fermé
dans I comme union de deux fermés ; son complémentaire est donc ouvert dans I, donc F ouvert. Or,
5 −1
les ouverts de R sont des unions disjointes d’intervalles . Soit donc f (R \ {a, b}) = i∈I Ui cette
décomposition en intervalles ouverts.
Soit Ui , i ∈ I un de ces intervalles. Par le théorème des valeurs intermédiaires, f (Ui ) est un intervalle ;
par construction, celui-ci ne contient ni a ni b. Donc ou bien f (Ui ) ⊂ (a, b), ou bien f (Ui )∩(a, b) = ∅.
Par conséquent, G
f −1 ((a, b)) = Ui ,
i∈I
f (Ui )⊂(a,b)

qui est ouvert comme union d’ouverts. Ceci étant vrai pour tout intervalle ouvert (a, b), la fonction
f est continue.

4.2 Caractérisation des homéomorphismes d’intervalles

Théorème 4 (Caractérisation des homéomorphismes).


Une application f : I → J est un homéomorphisme si et seulement si elle est continue, surjective
et strictement monotone.

Démonstration.
Soit f : I → J un homéomorphisme. Alors f est continue et surjective. Supposons f non strictement
monotone. Comme f est injective, on peut trouver a < b tels que f (a) < f (b) (f est injective mais
pas strictement décroissante) et c < d tels que f (c) > f (d) (f est injective mais pas strictement
croissante).
Soit x le point minimisant f dans {a, b, c, d}. Alors x ∈ {a, d}. Nous distinguons quatres cas pos-
sibles 6
. Si x = a, alors a 6= c (sinon, on aurait f (a) = f (c) > f (d), contredisant la minimalité de
f (a)).
. Si de plus a < c, on aurait a < c < d et f (a) < f (c), f (d) < f (c). Mais alors, par le
théorème des valeurs intermédiaires, un point t ∈ (max{f (a), f (d)}, f (c)) aurait au moins
deux préimages, une dans (a, c) et une dans (c, d), ce qui contredirait l’injectivité de f .
. Si c < a, on aurait c < a < b et f (a) < f (c), f (a) < f (b), conduisant à une contradiction
similaire.
Le cas x = d conduit à des contradictions similaires.
Nous avons donc démontré par l’absurde que f est strictement monotone.
Supposons maintenant que f est continue, surjective et strictement monotone. Comme f est stric-
tement monotone, elle est injective, donc bijective. Soit a < b dans I. L’image d’un intervalle par f
est un intervalle, donc f ((a, b)) est un intervalle. Par stricte monotonie, les extrémités de f ((a, b))
sont f (a) et f (b), qui n’appartiennent pas à f ((a, b)) par injectivité, donc f ((a, b)) est un intervalle
ouvert. De même, f ((−∞, a)), f ((a, +∞)) et f (I) sont ouverts dans J pour tout a ∈ I, donc l’image
de tout intervalle ouvert de I est ouvert dans J. Or l’image d’un intervalle ouvert par f est l’image
réciproque d’un intervalle ouvert par f −1 , donc f −1 est continue et f est un homéomorphisme.
5. Il s’agit d’un cas particulier de décomposition en composantes connexes. Le nombre d’intervalles dans cette
décomposition est dénombrable, mais cela ne sert pas ici.
6. Exercice : Faites des dessins correspondant à chaque cas.

7
Remarque 4.2.
La propriété de la Sous-section précédente simplifie la seconde partie de la démonstration. On a
montré que f est bijective. Comme f est strictement monotone, f −1 (I) est un intervalle pour tout
intervalle I, donc f −1 a la propriété des valeurs intermédiaires. De plus, (f −1 )−1 ({x}) = {f (x)}
pour tout x, donc est fermé pour tout x. Par la proposition, f −1 est continue.

Attention : Certaines références oublient la surjectivité ! Sans cette condition, l’application f est un
homéomorphisme de I dans f (I), mais il n’y a aucune raison pour que f (I) coı̈ncide avec J. Grâce
au théorème des valeurs intermédiaires, la surjectivité peut se lire “aux extrémités des intervalles”,
mais la condition précise dépend du type d’intervalle ainsi que de la croissance ou décroissance de
f.

4.3 Intervalles homéomorphes


Définition 4.3 (Homéomorphisme).
Une application f : I → J est un homéomorphisme lorsque f est continue sur I, bijective,
et f −1 est continue sur J. S’il existe un homéomorphisme de I dans J, on dit que I et J sont
homéomorphes.

La relation “Être homéomorphes” est une relation d’équivalence sur les parties de R, et en particulier
sur les intervalles.
On peut grâce au précédent théorème classifier les intervalles à homéomorphisme près.

Propriété 4.4.
Soient I et J deux intervalles non réduits à des points.
. Si I et J sont des segments, ils sont homéomorphes.
. Si I et J sont ouverts, ils sont homéomorphes.
. Si I et J sont semi-ouverts, ils sont homéomorphes.

Démonstration.
Il suffit de trouver des homéomorphismes dans chacun de ces cas. Par exemple, tout segment non
réduit à un point I = [a, b] est homéomorphe à [0, 1] ; il suffit de choisir f (x) = x−a
b−a . Par compositions
d’homéomorphismes, deux segments non réduits à des points sont toujours homéomorphes 7 . Le cas
d’intervalles semi-ouverts ou ouverts bornés est identique, éventuellement en renversant l’orientation
dans le cas d’intervalles semi-ouverts.
Il faut traiter à part les intervalles non bornés. Or :
. Pour tout a, l’intervalle [a, +∞) est homéomorphe à (0, 1] par x 7→ e−(x−a) .
. Pour tout a, l’intervalle (−∞, a] est homéomorphe à (0, 1] par x 7→ ex−a .
. L’intervalle (−∞, +∞) est homéomorphe à (−π/2, π/2) par arctan.

Théorème 5.
Deux intervalles homéomorphes sont de même nature, et les homéomorphismes envoient les
extrémités fermées sur des extrémités fermées.

Démonstration.
Soient I, J deux intervalles et f : I → J un homéomorphisme.
Remarquons que f est bijective (surjective et strictement monotone). Quitte à remplacer J par −J,
on peut supposer que f est strictement croissante. Étudions le cas où I = [a, b) avec a < b deux
7. On pourra expliciter un homéomorphisme de [a, b] dans [c, d]

8
réels, les autres étant similaires. Alors α = f (a), et β = limb− f = supI f = sup J existe dans R par
croissance de f .
Soit y ∈ J, et x := f −1 (y). Soit x0 ∈ (x, b). Alors y = f (x) < f (x0 ) ≤ β, donc β ∈
/ J : l’intervalle J
est ouvert supérieurement. De plus, α = f (a) = min J. Donc J = [α, β) est bien du même type que
[a, b).

5 Application 4 : Existence de points fixes


Propriété 5.1 ([FGN·Ana1, Exercice 4.8 ; FGN·3, Exercice 4.12 ; Ska, Exercice 7.1]).
Soit I un segment et f : I → I continue. Alors f admet un point fixe, i.e. il existe x0 ∈ I tel que
f (x0 ) = x0 .
Démonstration.
Écrivons I = [a, b] et posons g(x) := f (x) − x pour tout x ∈ I. Alors g(a) = f (a) − a ≥ 0 et
g(b) = f (b) − b ≤ 0, donc il existe c ∈ [a, b] tel que g(0) = 0. Mais alors f (c) = c.

Remarque 5.2.
Ce théorème admet une généralisation très puissante, le théorème du point fixe de Brouwer. Ce
théorème affirme qu’étant données une boule fermée B ⊂ Rn et f : B → B continue, l’application
f admet un point fixe.
Propriété 5.3 ([FGN·Ana1, Exercice 4.8 ; FGN·3, Exercice 4.12]).
Soit I un segment et f , g : I → I continues. Supposons que f et g commutent, i.e. que f ◦ g = g ◦ f .
Alors il existe x0 ∈ I tel que f (x0 ) = g(x0 ).
Démonstration.
On procède par l’absurde. Supposons que f et g n’ont pas de point fixe commun. Alors, par le
raisonnement précédent, ou bien f < g, ou bien f > g ; quitte à intervertir f et g, plaçons-nous
dans le premier cas. Une fonction continue sur un segment atteignant son maximum, soit ε :=
− maxI {f − g} > 0. Alors on démontre par récurrence que, pour tout n ≥ 0. on a f (n) ≤ g (n) − nε.
Cela est vrai pour n = 0 et, par récurrence, si cette égalité est vraie au rang n,

f (n+1) = f ◦ f (n) ≤ g ◦ f (n) − ε = f (n) ◦ g − ε ≤ g (n) ◦ g − nε − ε = g (n+1) − (n + 1)ε.

Pour n > b−aε , on en déduit que a ≤ f


(n) ≤ g (n) − nε ≤ b − nε, ce qui est absurde. Donc f et g ont

un point fixe commun.

Ces deux propriétés tombent en défaut si on enlève la condition de compacité sur I, par exemple en
prenant I = R. Il suffit alors de prendre par exemple f : x 7→ x + 1 sur R (et f = g pour la seconde
propriété).
Exercice 5.4.
Soit I un intervalle ouvert ou semi-ouvert. En partant de f : x 7→ x+1 (définie sur R) et en utilisant
des homéomorphismes explicites, construisez une fonction g : I → I sans point fixe.

6 Applications 5 : Un théorème de Lévy


Application 6.1 (Théorème de Lévy [FGN·Ana1, Exercice 4.9 ; FGN·3, Exercice 4.16 ; Moi, Exer-
cice A-2 p. 138]).
Un cycliste parcourt 20 km en une heure. Montrer qu’il existe un intervalle de temps d’une demi-
heure pendant lequel il parcourt exactement 10 km. Même question avec un intervalle de 3 min et
une distance de 1 km, puis avec un intervalle de 45 min et une distance de 15 km.

9
Démonstration.
Soit f (x) la distance (en kilomètres) parcourure après x minutes, et g(x) = f (x + 30) − f (x). Alors
g(0) + g(30) = f (60) − f (0) = 20, donc :
. Ou bien g(0) = g(30) = 10, auquel cas les intervalles [0, 30] et [30, 60] conviennent tous deux ;
. Ou bien g(0) et g(30) = 20−g(0) sont de part et d’autre de 10, auquel cas, par le théorème des
valeurs intermédiaires, il existe x ∈ (0, 30) tel que g(x) = 10, ce qui veut dire que le cycliste a
parcouru 10 kilomètre entre les instants x et x + 30.
Pour des intervalles de 3 minutes, on pose g(x) = f (x + 3) − f (x). Les sommes télescopiques
impliquent que g(0) + . . . + g(57) = 20. Si toutes ces valeurs sont égales à 1, on a terminé. Sinon,
la plus petite, disons g(a), est strictement inférieure à 1 et la plus grande, disons g(b), strictement
supérieure à 1. Là encore, par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe x tel que g(x) = 1,
c’est-à-dire que le cycliste parcourt 1 kilomètre entre les instants x et x + 3.
Si le cycliste roule très vite 8 pendant les 5 premières et 5 dernières minutes, parcourant 10 kilomètre
dans chacun de ces intervalles, alors on ne peut pas trouver d’intervalle de 45 minutes pendant lequel
il parcourerait exactement 15 kilomètre ; plus précisément, au cours de tout intervalle de 45 minutes,
le cycliste ne parcourt pas plus de 10 kilomètres.

Plus généralement, pour tout entier n ≥ 1, il existe un intervalle de 60/n minutes pendant lequel
le cycliste parcourt 20/n kilomètres. De plus, pour tout r > 1 réel suffisamment grand, il existe
un intervalle de 60/r minutes pendant lequel le cycliste parcourt 20/r kilomètres. Cependant, ce
“suffisamment grand” dépend de f : pour tout r > 1 réel non entier fixé, on peut construire une
fonction f telle qu’il n’existe pas d’intervalle de 60/r minutes pendant lequel le cycliste parcourt 20/r
kilomètres. Ces précisions sont plus difficiles à démontrer ; voir à ce sujet [FGN·Ana1, Exercice
4.9].

7 Applications 6 : Un théorème des fonctions implicites

Théorème 6 (Théorème des fonctions implicites, approche élémentaire).


Soient U un voisinage de l’origine dans R2 et f : U → R une application continue. Supposons
que f admette sur U une dérivée partielle ∂y f par rapport à sa seconde variable, continue en (0, 0).
Supposons de plus que f (0, 0) = 0 et ∂y f (0, 0) 6= 0.
Alors il existe un voisinage rectangulaire V × W ⊂ U de (0, 0) et une fonction ϕ : V → W telles
que
{(x, y) ∈ V × W : f (x, y) = 0} = {(x, ϕ(x)), x ∈ V },
et de plus ϕ est continue.

Autrement dit, l’ensemble des solutions de l’équation f = 0 est, sur V × W , le graphe d’une fonction
continue ϕ.

Démonstration.
Quitte à remplacer f par −f , on peut supposer que ∂y f (0, 0) > 0. Par continuité de ∂y f , on peut
trouver m > 0 et un tel voisinage V 0 × W de (0, 0) tel que ∂y f ≥ m sur V 0 × W . En particulier,
pour tout x ∈ V 0 , la fonction y 7→ f (x, y) est strictement croissante, donc injective, donc l’équation
f = 0 a au plus une solution sur {x} × W .
Soit a > 0 tel que [−a, a] ⊂ W . Alors f (0, −a) < 0 et f (0, a) > 0. Par continuité, il existe un
voisinage V ⊂ V 0 de 0 tel que f (x, −a) < 0 et f (x, a) > 0 pour tout x ∈ V . Par le théorème des
valeurs intermédiaires, pour tout x ∈ V , l’équation f = 0 a au moins une solution sur {x} × W .
8. À environ 120 kilomètres par heure, ce qui est possible dans une descente très raide.

10
Par les deux paragraphes précédents, pour tout x ∈ V , l’équation f = 0 a exactement une solution
sur {x} × W . Notons ϕ(x) cette solution. Il reste à démontrer que ϕ est continue sur V . Soient x,
x0 ∈ V . Alors f (x, ϕ(x)) = f (x0 , ϕ(x0 )) = 0, donc

0 = f (x0 , ϕ(x0 )) − f (x, ϕ(x)) = f (x0 , ϕ(x0 )) − f (x, ϕ(x0 )) + f (x, ϕ(x0 )) − f (x, ϕ(x)) .
   

Par conséquent,

f (x, ϕ(x0 )) − f (x0 , ϕ(x0 )) = f (x, ϕ(x0 )) − f (x, ϕ(x))


Z ϕ(x0 )
= ∂y f (x, t) dt
ϕ(x)

≥ m|ϕ(x) − ϕ(x0 )|.

Soient x ∈ V et ε > 0. Soit δ > 0 tel que m−1 |f (x, ϕ(x0 )) − f (x0 , ϕ(x0 ))| ≤ ε pour tout x0 ∈
(x − δ, x + δ). Alors |ϕ(x) − ϕ(x0 )| ≤ ε pour tout x0 ∈ (x − δ, x + δ) : la fonction ϕ est bien
continue.

Remarque 7.1.
Le “vrai” théorème des fonctions implicites 9 a une hypothèse plus forte : f doit être de classe C 1 .
Sa conclusion est elle aussi plus forte : la fonction ϕ est non seulement continue, mais de classe C 1 .

8 Applications 7 : Formule de la moyenne


Propriété 8.1 (Formule de la moyenne).
Soit I = [a, b] un segment et f , g : I → R continues. Supposons g de signe constant. Alors il existe
c ∈ [a, b] tel que
Z b Z b
f (x)g(x) dx = f (c) g(x) dx.
a a

Démonstration.
Quitte à multiplier chaque côté de l’égalité par −1, on peut supposer que g est positive. Mais alors
 Z b   Z b
min f g(x) dx = min f g(x) dx
I a I a
Z b
≤ f (x)g(x) dx
a
 Z b
≤ max f g(x) dx
I a
 Z b 
= max f g(x) dx ,
I a

le minimum et le maximum Rétant tous deux atteints par compacité. R b Par le théorème des valeurs
b
intermédiaires à la fonction f a g(x) dx, définie sur I, et à la valeur a f (x)g(x) dx, il existe c ∈ [a, b]
Rb Rb
tel que f (c) a g(x) dx = a f (x)g(x) dx.

Remarque 8.2. Rb
Quitte à diviser g par a g(x) dx, on peut supposer que g est positive et d’intégrale 1 sur [a, b], et
donc est la densité d’une mesure de probabilité sur [a, b]. Dans ce cadre, si f est continue sur [a, b],
la formule de la moyenne affirme qu’il existe c tel que f (c) = E(f ), ce qui justifie son nom.
9. En dimension 2.

11
9 Complément : Fonctions dérivables et difféomorphismes
9.1 Monotonie des fonctions dérivables
La condition de stricte monotonie apparaissant dans la caractérisation des homéomorphismes se lit
sur les dérivées.

Proposition 9.1.
Soit f : I → R une fonction de continue et dérivable. f est strictement croissante (respectivement,
strictement décroissante) si et seulement si f 0 ≥ 0 (respectivement, f 0 ≤ 0), et s’il n’existe pas
d’intervalle non réduit à un point J ⊂ I tel que f 0 = 0 sur J.

Démonstration.
Montrons le sens direct par sa contraposée. S’il existe un point x tel que f 0 (x) < 0, alors on peut
trouver h > 0 tel que f (x + h) < f (x) (ou f (x − h) > f (x)), donc f n’est pas croissante. De plus,
s’il existe un tel intervalle J, alors, pour tous x, y ∈ J,
Z y
f (y) = f (x) + f 0 (t) dt = f (x),
x

donc f n’est pas strictement croissante.


Montrons le sens indirect. Soient x < y deux points de I. Par le théorème des accroissements finis,
il existe z ∈ (x, y) tel que f (y) − f (x)(y − x)f 0 (z) ≥ 0, donc f est croissante. De plus, il existe
z ∈ (x, y) tel que f 0 (z) > 0. Soit donc h suffisamment petit tel que f (z + h) > f (z) et z + h ≤ y.
Alors f (x) ≤ f (z) < f (z + h) ≤ f (y). La fonction f est donc bien strictement croissante.

La condition de cette proposition garantit que f est strictement monotone, ce qui suffit, à surjectivité
près, à montrer que f est un homéomorphisme, donc que f −1 est continue. Cependant, cela ne suffit
pas pour montrer que f −1 est dérivable, comme le montrer l’exemple de la fonction carré en 0.

9.2 Caractérisation des difféomorphismes d’intervalles de R


Définition 9.2 (Difféomorphisme).
Une application f : I → J est un difféomorphisme lorsque f est C 1 sur I, bijective, et f −1 est C 1
sur J. S’il existe un difféomorphisme de I dans J, on dit que I et J sont difféomorphes.

La relation “Être difféomorphes” est une relation d’équivalence sur les parties de R, et en particulier
sur les intervalles. Elle coı̈ncide, pour les intervalles, avec la relation “Être homéomorphes” – mais
il s’agit là d’un phénomène propre à la dimension 1, et faux même en dimension 2 !

Proposition 9.3.
Soit f : I → J un difféomorphisme. Alors f 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈ I. De plus, pour tout y ∈ J,
1
(f −1 )0 (y) = .
f 0 (f −1 (y))
Démonstration.
Pour tout y ∈ J, on sait que f ◦ f −1 (y) = y. Les fonctions f et f −1 étant dérivables, la formule de
dérivation en chaı̂ne implique que, pour tout y ∈ J,

f 0 (f −1 (y)) · (f −1 )0 (y) = 1.

En particulier, f 0 (f −1 (y)) 6= 0 et (f −1 )0 (y) est donné par la formule annoncée. Enfin, en appliquant
cela à y = f (x), on en déduit que f 0 (x) 6= 0 pour tout x ∈ I.

12
Théorème 7.
Soit I un intervalle d’extrémités a < b dans R, et f : I → J une fonction de classe C 1 , surjective
et dont la dérivée ne s’annule pas. Alors :
. J est un intervalle de même nature que I, d’extrémités α = lima+ f et β = limb− f ;
. f −1 est C 1 , sa dérivée ne s’annule pas et est du même signe que f 0 . En particulier, f est un
difféomorphisme.

Démonstration.
Comme la dérivée de f ne s’annule pas, par le théorème des valeurs intermédiaires, f est strictement
monotone. Le premier point découle alors du théorème correspondant pour les homéomorphismes.
Il reste à démontrer le second point. Il y a pour cela plusieurs stratégies.
Première stratégie : On encadre à la main les taux d’accroissement de f −1 pour montrer que
ceux-ci convergent vers f 0 ◦f1 −1 . On sait déjà que f −1 est bien définie et continue. Soit y ∈ I et h
suffisamment petit. Alors

f (f −1 (y)) + h = y + h = f (f −1 (y + h)),

et donc Z f −1 (y+h)
h= f 0 (t) dt.
f −1 (y)

Soit ε > 0. Soit δ > 0 tel que |f 0 (t) − f 0 (f −1 (y))| ≤ ε pour tout |t| ≤ δ. Soit ν > 0 tel que
|f −1 (y + h) − f −1 (y)| ≤ δ pour tout |h| ≤ ν. Alors, si |h| ≤ ν, en supposant pour simplifier que f
est croissante et h ≥ 0,
 0 −1
f (f (y)) − ε f −1 (y + h) − f −1 (y) ≤ h ≤ f 0 (f −1 (y)) + ε f −1 (y + h) − f −1 (y) ,
    

et donc
1 f −1 (y + h) − f −1 (y) 1
0 −1
≤ ≤ 0 −1 .
f (f (y)) + ε h f (f (y)) − ε
Par conséquent, en faisant tendre ε vers 0, on montre que f −1 est dérivable en 0, et on retrouve la
formule de sa dérivée.
Deuxième stratégie : On construit f −1 d’une façon qui implique directement que cette fonction
est de classe C 1 . Soit y ∈ J. Posons, pour tout z ∈ J,
Z z
1
g(z) := f −1 (y) + 0 (f −1 (t))
dt.
y f

L’intégrand est bien défini et continu, donc g est de classe C 1 . De plus,


. g ◦ f (f −1 (y)) = g(y) = f −1 (y) ;
0
. (g ◦ f )0 = g 0 ◦ f · f 0 = f 0 ◦ff−1 ◦f = 1 sur I.
Par conséquent, g(f (x)) = x pour tout x ∈ I. L’application f étant surjective, f (g(y)) = y pour
tout y ∈ J, donc g est bien l’inverse de f . En particulier, f −1 est de classe C 1 .
Troisième stratégie : On utilise la “vraie” version du théorème des fonctions implicites, d’après
la Remarque 7.1. Soit x0 ∈ I. Soit F (x, y) := x − f (y) pour tous x ∈ I et y ∈ R. Alors F est
de classe C 1 , et sa dérivée partielle par rapport à la seconde variable est exactement −f 0 , donc ne
s’annule pas. Par le théorème des fonctions implicites, il existe un voisinage rectangulaire V × W
de (f (x0 ), x0 ) et une fonction ϕ de classe C 1 sur V telles que

{(x, y) ∈ V × W : x = f (y)} = {(x, ϕ(x)), x ∈ V }.

13
Mais alors f (ϕ(x)) = x pour tout x ∈ V , donc ϕ est l’inverse de f sur U . Donc ϕ et f −1 coı̈ncident
sur U . Or ϕ est de classe C 1 , donc f −1 est de classe C 1 sur le voisinage U de f (x0 ). Le point x0
étant arbitraire, f −1 est de classe C 1 .

Remarque 9.4.
L’utilisation du théorème des fonctions implicites peut être vue comme une forme de triche. Ce
théorème se démontre typiquement à partir du théorème d’inversion locale, qui implique directement
le résultat souhaité.
Exercice 9.5.
Reprendre la deuxième méthode ci-dessus, en modifiant la définition de la fonction g afin d’obtenir
directement (f ◦ g)0 = 1.
Application 9.6.
La fonction racine carrée est un difféomorphisme de R∗+ dans R∗+ . Sa dérivée en y ∈ R∗+ vaut bien
√0 1
(y) = √ .
2 y
En 0, la dérivée de la fonction carré est nulle, donc la fonction racine carrée n’est pas dérivable.
Remarque 9.7.
Ce théorème a des analogues en dimension supérieure (théorème d’inversion locale, d’inversion
globale, dérivée de l’inverse...). Ces analogues ne seront pas traités ici ; ils méritent une leçon à
part entière.

9.3 Dérivabilité d’ordre supérieur


La caractérisation des homéomorphismes et des difféomorphismes est différente : une fonction peut
être un homéomorphisme de classe C 1 sans être un difféomorphisme. Cette différence n’apparaı̂t
qu’entre ces deux ordres de différentiabilité : il n’y a pas de nuan supplémentaire pour des fonctions
plus dérivables.
Proposition 9.8.
Soit f : I → J un difféomorphisme de classe C k , avec k ≥ 1. Alors f −1 est de classe C k .
En particulier, si f est surjective et f 0 ne s’annule pas, alors f −1 est de classe C k .
Démonstration.
On procède par récurrence sur k. L’assertion est vraie pour k = 1. Supposons-la vraie au rang k ≥ 1,
et soit f de classe C k+1 . Alors f est un difféomorphisme, et
1
f0 = .
f0 ◦ f −1
Par hypothèse, f 0 est de classe C k ; par hypothèse de récurrence, f −1 est de classe C k . Donc (f −1 )0
est de classe C k , donc f −1 est de classe C k+1 .

10 Références

[FGN·Ana1] : Oraux X-ENS. Analyse 1. S. Francinou, H. Gianella, S. Nicolas.


[FGN·3] : Oraux X-ENS. 3. Nouvelle série. S. Francinou, H. Gianella, S. Nicolas.
[Gou] : Les maths en tête, Analyse. X. Gourdon.
[Moi] : Mathématiques supérieures, Analyse. J. Moisan, F. Chanet, F. Delmas, N. Tosel.
[Ska] : Analyse. G. Skandalis.

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