Garanties institutionnelles des juridictions
Garanties institutionnelles des juridictions
préparée par :
Introduction..........................................................................................................1
Première partie : séparation des fonctions judiciaires........................................2
Chapitre I : La séparation des fonctions judiciaires...........................................2
Section 1 : L’indépendance du magistrat................................................................................2
Section 2 : L’indépendance institutionnelle............................................................................3
Chapitre II : Les magistrats du siège au Maroc..................................................4
Section 1 : Principes communs...............................................................................................4
Section 2 : Statut et rôle du juge de jugement.........................................................................5
Section 3 : Statut et rôle des juges d’instruction.....................................................................7
Chapitre III : le ministère public au Maroc........................................................9
Section 1 : Les organes judiciaires et les magistrats du ministère public au Maroc...............9
Section 2 : La composition du ministère public au sein des juridictions au Maroc..............10
Section 3 : Le statut particulier du ministère public au Maroc.............................................10
Section 4 : Les attributions du ministère public au Maroc....................................................12
Deuxième partie : l’unité et la collégialité des juridictions...............................14
Chapitre I : contexte historique et réforme.......................................................14
Section 1 : unité et collégialité dans l’archive.......................................................................14
Section 2 : réforme de la loi 38-15........................................................................................15
Chapitre II : applications pratiques au sein des juridictions............................17
Chapitre III : avantages et inconvénients des deux systèmes...........................18
Section 1 : système de collégialité.........................................................................................18
Section 2 : Système de juge unique.......................................................................................18
Troisième partie : L’indépendance et l’impartialité des juridictions................20
Chapitre I : Le ministère de la justice : organisation et compétences..............21
Section 1 : Organisation du ministère de la Justice...............................................................21
Section 2 : Les compétences du ministère de la Justice........................................................26
Chapitre II : Indépendance du pouvoir judiciaire............................................30
Section 1 : indépendance du magistrat.................................................................................31
Chapitre III : indépendance institutionnelle.....................................................31
Section 1 : la présidence du ministère public........................................................................31
Section 2 : le conseil supérieur du pouvoir judiciaire...........................................................33
Conclusion..........................................................................................................34
Introduction :
‘’La justice est la première vertu des institutions sociales’’ John Rawls, extrait de la
théorie de la justice ,1971
Depuis les plus anciennes archives, les sociétés humaines ont toujours cherché à édifier des
systèmes judiciaires justes, capables de garantir l’équité et de préserver les droits
fondamentaux des individus. Cette quête de justice repose sur la mise en place de garanties
institutionnelles solides au sein des juridictions, indispensables pour assurer la stabilité et la
crédibilité des décisions judiciaires
Notre système judiciaire, s’appuie sur ces garanties institutionnelles qui visent à garantir une
justice équitable et impartiale. Ces mécanismes jouent un rôle essentiel dans le renforcement
de la confiance des justiciables envers les juridictions et dans la protection de leurs droits.
Parmi ces garanties figure la séparation des fonctions judiciaires, un principe fondamental qui
reflète la démocratisation du système et l’indépendance des différents acteurs judiciaires. À
cela s’ajoutent les concepts de collégialité et d’unité, qui participent à l’amélioration de la
qualité des décisions rendues, tout en consolidant leur légitimité par la diversité des points de
vue et l’harmonie institutionnelle. Enfin, l’indépendance et l’impartialité des juges constituent
le pôle d’un système judiciaire digne de confiance, garantissant que les litiges soient tranchés
de manière équitable, neutre, et sans aucune influence extérieure.
Ce travail met en lumière ces garanties institutionnelles en analysant leur rôle dans le bon
fonctionnement et l’équité du système judiciaire marocain
1
Première partie : séparation des fonctions judiciaires
L’indépendance du magistrat vise à le protéger de toute influence extérieure. Elle repose sur
le principe de l’inamovibilité des magistrats du siège, prévu par l’article 108 de la
Constitution. Ce principe signifie que les magistrats ne peuvent être déplacés, rétrogradés ou
suspendus de leurs fonctions qu’à travers des procédures strictement encadrées par le droit
disciplinaire.
2
De plus, l’article 109 de la Constitution interdit toute intervention dans les affaires soumises à
la justice. Dans l’exercice de ses fonctions, le juge ne peut recevoir aucune injonction, ni
instruction, ni être soumis à une quelconque pression. Si un juge estime que son indépendance
est menacée, il est tenu de saisir le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
Il convient de distinguer entre les magistrats du siège et ceux du parquet quant à la portée de
cette indépendance. En vertu de l’article 110 de la Constitution, les magistrats du siège sont
soumis uniquement à l’application du droit. En revanche, les magistrats du parquet sont à la
fois tenus d’appliquer la loi et de se conformer aux instructions écrites émanant de leur
autorité hiérarchique.
Le statut des magistrats est encadré par la loi organique n° 106-13, qui fixe les règles relatives
à la composition du corps de la magistrature, aux droits et devoirs des magistrats, à leur
position statutaire ainsi qu’aux garanties accordées pour assurer leur indépendance.
L’indépendance du pouvoir judiciaire ne peut être pleinement réalisée que si les institutions
judiciaires elles-mêmes, notamment le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et la présidence
du ministère public, sont indépendantes du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif.
Dans ce cadre, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire a été créé pour remplacer le
Conseil supérieur de la magistrature. Ce Conseil, doté d’une autonomie administrative et
financière, est chargé de veiller à l’application des garanties accordées aux magistrats, en
particulier en matière d’indépendance, de nomination, d’avancement, de mise à la retraite et
de discipline.
La loi organique n° 100-13, relative au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, précise les
règles d’élection et de nomination des membres du Conseil, les modalités de son organisation
et de son fonctionnement, ses compétences, ainsi que les critères relatifs à la gestion des
carrières des magistrats et à la procédure disciplinaire.
Cette loi affirme également le principe, posé par l’article 107 de la Constitution, selon lequel
le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs législatif et exécutif. Le Roi, en sa qualité
de garant de cette indépendance, joue un rôle central dans la préservation de cet équilibre
institutionnel.
En outre, la présidence du ministère public a été transférée au procureur général du Roi près
la Cour de cassation, en vertu de la loi n° 33-17. Ce transfert marque la fin de la tutelle
3
traditionnelle exercée par le ministère de la Justice sur le parquet général. Ce changement,
4
conforme à l’article 117 de la loi organique n° 106-13 portant statut des magistrats, s’inscrit
dans le cadre d’un processus global de réforme du système judiciaire.
Les magistrats du siège comprennent les juges d’instruction et les juges de jugement. Ils sont
appelés "magistrats assis" parce qu’ils accomplissent leur mission en étant assis,
contrairement aux magistrats du parquet, qui présentent leur réquisitoire en étant debout.
Sous-section 1 : L’indépendance
L’indépendance des magistrats du siège s’étend aussi bien vis-à-vis du pouvoir exécutif et
législatif que vis-à-vis du ministère public et des justiciables.
L’indépendance des magistrats découle du principe de séparation des pouvoirs. Elle signifie
que les magistrats, dans l’exercice de leurs fonctions, doivent être protégés de toute ingérence
des autorités parlementaires ou administratives. Ils ne peuvent recevoir d’injonctions ni subir
de pressions.
Ce principe est consacré par l’article 82 de la Constitution, qui dispose :
« L’autorité judiciaire est indépendante du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. »
Le Code pénal incrimine les actes, paroles ou écrits publics visant à exercer une pression sur
les décisions des magistrats ou à discréditer les décisions juridictionnelles, portant ainsi
atteinte à l’autorité ou à l’indépendance de la justice. Les peines prévues sont
l’emprisonnement d’un mois à un an et une amende de 250 à 5 000 dirhams (articles 263 et
266 du Code pénal).
5
1
[Link]
6
b) Vis-à-vis du parquet et des justiciables :
L’indépendance des magistrats du siège repose sur le fait que leurs décisions doivent être
guidées uniquement par leur intime conviction, basée sur les éléments du dossier et les
preuves présentées. Cela implique qu’ils ne sont pas tenus de se conformer aux réquisitions du
parquet ni aux demandes de l’inculpé ou de la partie civile.
Les articles 263 et 266 du Code pénal soutiennent cette indépendance en incriminant l’outrage
aux magistrats.
Sous-section 2 : L’inamovibilité
Ce principe est consacré par l’article 85 de la Constitution, qui dispose : « Les magistrats du
siège sont inamovibles. »
Cela signifie qu’ils ne peuvent être déplacés, suspendus ou révoqués, sauf dans le cadre d’une
procédure disciplinaire prévue par le statut des magistrats (Dahir du 11 novembre 1974,
modifié et complété) et relevant du Conseil supérieur de la magistrature.
L’inamovibilité protège les juges des pressions hiérarchiques et garantit une administration
impartiale de la justice.
Les juges de jugement, aussi appelés magistrats professionnels, occupent une position centrale
dans l’organisation judiciaire. Ils interviennent principalement dans les juridictions de droit
commun (tribunaux de première instance, cours d’appel et Cour de cassation) ainsi que dans
certaines juridictions spécialisées. Leur mission essentielle est de trancher les litiges en
appliquant le droit, tout en veillant au respect des principes de justice et d'équité.
7
Sous-section 1 : Rôle du juge de jugement
Le rôle des juges de jugement est fondamental dans l’administration de la justice, car ils
interviennent pour :
Résoudre les litiges civils et commerciaux : Ils examinent les différends entre parties
(personnes physiques ou morales) et tranchent sur la base des preuves fournies et des
arguments juridiques présentés.
Statuer sur les affaires pénales : Les juges de jugement se prononcent sur la
culpabilité ou l’innocence des accusés. Ils évaluent les faits en fonction des éléments
de preuve et décident des sanctions ou des réparations.
Garantir un procès équitable : Ils veillent à ce que les droits de toutes les parties
soient respectés, notamment le droit de la défense, et à ce que la procédure soit
conforme aux normes légales.
Dans le système juridique marocain, le rôle du juge de jugement est encadré par plusieurs
principes procéduraux visant à garantir une justice équitable :
8
Section 3 : Statut et rôle des juges d’instruction
Les juges d’instruction jouent un rôle central dans l’administration de la justice pénale au
Maroc. Leur mission principale est de conduire l’instruction préparatoire, une phase cruciale
pour déterminer si une affaire doit être portée devant une juridiction de jugement. Ils
interviennent à un stade précoce de la procédure pour collecter des preuves, établir les faits et
garantir que les droits de toutes les parties sont respectés.
Les juges d’instruction sont nommés parmi les magistrats du siège par arrêté du ministre de la
Justice, sur proposition du président de la juridiction concernée (tribunal de première instance
ou cour d’appel), conformément à l’article 52 du Code de procédure pénale.
Durée du mandat :
Ils sont désignés pour une période de trois ans, renouvelable. Leurs fonctions peuvent être
révoquées ou modifiées selon les mêmes modalités que leur nomination.
Indépendance et garanties statutaires :
Bien qu’ils bénéficient des principes d’indépendance et d’inamovibilité garantis à tous les
magistrats du siège, leur indépendance peut être perçue comme limitée dans certains cas. En
effet, le parquet désigne le juge d’instruction chargé d’une affaire (article 90 du Code de
procédure pénale), ce qui peut soulever des interrogations quant à l’autonomie réelle de ce
dernier.
9
b) Décisions juridictionnelles :
Le juge d’instruction peut émettre divers types de décisions sous forme d’ordonnances :
Ordonnance de non-lieu : Si les faits ne sont pas établis ou si les preuves sont
insuffisantes, le juge peut décider de mettre fin aux poursuites.
Ordonnance de renvoi : Si les charges sont suffisantes, il renvoie l’affaire devant une
juridiction compétente pour jugement.
Mandats judiciaires : Il peut délivrer des mandats (mandat de recherche, mandat
d’arrêt, mandat de dépôt, etc.) pour assurer le bon déroulement de l’enquête.
Le juge d’instruction est également garant des droits de l’accusé, de la victime et des autres
parties impliquées. Il veille à :
Assurer le respect du droit à la défense,
Éviter toute détention arbitraire,
Garantir un traitement équitable des parties.
Bien que le juge d’instruction dispose d’un large éventail de pouvoirs, ses décisions peuvent
être contestées. Par exemple, les ordonnances qu’il rend peuvent faire l’objet d’un appel
devant la chambre correctionnelle de la cour d’appel.
2
[Link]
10
Chapitre III : le ministère public au Maroc
Les organes judiciaires sont investis de fonctions d’ordre judiciaire au sein des juridictions
créées à cet effet, à l’exception de certaines juridictions particulières. Certaines juridictions
font appel à des juges dits « populaires », élus par la communauté, comme c’est le cas des
juridictions communales et d’arrondissement, tandis que d’autres recourent à des juges dits «
parlementaires », comme dans le cas de la Haute Cour. Les autres juridictions sont composées
de magistrats professionnels, c’est-à-dire de juges de carrière, relevant du statut de la
magistrature. Ce statut, issu du Dahir portant loi du 11 novembre 1974, a subi plusieurs
modifications au fil du temps. Les magistrats soumis à ce statut sont des lauréats de l’Institut
supérieur de la magistrature
11
Outre leur fonction répressive, les magistrats du ministère public veillent à ce que les
poursuitesrespectent les principes fondamentaux du droit, notamment le droit à un procès
équitable. Ils doivent également garantir que la société, représentée par l’État, soit
protégée contre les atteintes aux lois et à la sécurité publique. Ce double rôle, à la fois en
tant que défenseurs de l’intérêt public et responsables des poursuites, confère aux
magistrats du parquet une position stratégique au sein de l’appareil judiciaire marocain3
Les magistrats du ministère public obéissent à un statut particulier, distinct de celui des
magistrats du siège. En effet, dans l’exercice de leurs fonctions, les membres du
ministère publicforment un corps hiérarchisé, indivisible, indépendant, irrévocable et
irresponsable.
12
3
[Link]
13
Sous-section 1 : Le caractère hiérarchisé du ministère public
Les magistrats du parquet sont placés sous la direction et le contrôle de leurs
supérieurs hiérarchiques. Ainsi, le procureur général du Roi est le supérieur
hiérarchique du procureur duRoi, qui est lui-même le supérieur des substituts. Ces
magistrats sont aussi sous l’autorité du ministère de la Justice, qui peut leur adresser
des circulaires ou des injonctions. En tant que représentants du pouvoir exécutif auprès
des juridictions répressives, ils sont en principe tenusde se conformer aux ordres et
injonctions de leurs supérieurs, ce qui n’est pas le cas des magistrats du siège qui
statuent en toute indépendance. Toutefois, les magistrats du parquet peuvent, dans
l’intérêt de la justice, développer oralement un point de vue différent de celui qu'ils ont
soutenu par écrit, conformément aux instructions reçues (art. 38 du Code de procédure
pénale marocain). Ce principe est fondé sur l’adage : « l’écrit est servile, mais la
parole est libre ».
14
Sous-section 5 : L’irresponsabilité du ministère public
À la différence des parties privées, le ministère public ne peut être condamné aux frais de
justice ni à des dommages-intérêts en cas d’acquittement de l’inculpé. Cette immunité
témoigne du fait que le ministère public agit au nom de la société. Toutefois, cette
irresponsabilité a des limites : en cas de faute lourde, le magistrat du parquet engage sa
responsabilité civile (art. 391 du Code de procédure civile)4.
D’autres prérogatives ont été introduites par le nouveau Code de procédure pénale
marocain. Par exemple, en cas de crime ou délit punissable d’une peine
d’emprisonnement d'au moins deux ans, le procureur général du Roi ou le procureur du
Roi peuvent ordonner le retrait du passeportde la personne suspectée et son interdiction
de quitter le pays (art. 40 et 49). De plus, sous certaines conditions, le procureur général
du Roi peut demander l’ordonnance de mesures d’écoutes téléphoniques et
d’interception du courrier (art. 108).
4
Code procédure civile
15
attributions sont définies par plusieurs dispositions légales qui précisent les
circonstances et les modalités de son intervention.
Selon l’article 6, le ministère public peut agir comme partie principale, notamment lorsqu’il
est demandeur ou défendeur dans les cas déterminés par la loi. Par ailleurs, il peut intervenir
commepartie jointe dans des litiges où son rôle se limite à défendre l’intérêt général ou à
assurer l’équitédu procès.
Lorsque le ministère public agit d’office, il dispose des mêmes prérogatives
procédurales que les autres parties, y compris la possibilité de saisir les juridictions
compétentes et de participer activement aux débats. Cependant, lorsqu’il agit comme
partie jointe, il ne dispose d’aucune voiede recours.
Enfin, l’article 8 impose une communication obligatoire des dossiers au ministère
public dans certaines affaires. Il peut ainsi intervenir de manière proactive après
avoir pris connaissance de la procédure, ou le tribunal peut lui communiquer le
dossier d’office.
- Affaires nécessitant la communication au ministère public (Article 9)
L’article 9 liste les cas dans lesquels la communication des affaires au ministère public
est obligatoire. Il s’agit notamment des dossiers liés :
Selon l’article 10, le ministère public n’est obligé d’assister aux audiences que
lorsqu’il agitcomme partie principale ou dans les cas où la loi exige sa
présence. Dans d’autres cas, saprésence est facultative.5
5
Code procédure pénale
16
Sous-section 2 : Le ministère public, partie principale au procès pénal
Le ministère public, contrairement aux instances civiles, agit généralement comme partie
principale au procès pénal. Il engage l’action publique, ce qui déclenche le procès.
Toutefois, devant la Cour de cassation, il intervient souvent en tant que partie jointe au
pourvoi formé parles parties, bien qu’il puisse aussi intervenir comme partie principale,
notamment lorsqu'il introduit un pourvoi dans l’intérêt de la loi.
L’article 37 de code de procédure pénale précise que le procureur du Roi, représentant
le ministère public, agit soit personnellement, soit par ses substituts, sous l’autorité du
chef du parquet général, et est chargé de l’exercice de l’action publique, que ce soit
d’office ou sur dénonciation d’une personne lésée. En vertu de l’article 38, ses missions
essentielles incluent laréception des plaintes, la recherche et la poursuite des infractions,
la saisine des juridictions compétentes pour des mesures d’instruction, la requête en
application des peines, ainsi que l’exécution des décisions judiciaires. Les articles 41 à
44 définissent ses compétences et son fonctionnement, en établissant sa compétence
territoriale selon le lieu de l’infraction, sa direction des agents de la police judiciaire, les
mécanismes de remplacement en cas d’empêchement, et son autorité sur les officiers du
ministère public près les tribunaux de paix etde proximité.
On entend par la justice individuelle ou système du juge unique le fait que la décision soit
rendue par un seul juge qui statut pour l’affaire (juge chargé de l’affaire), alors que le principe
de collégialité désigne le fait que l’affaire soit jugée par plusieurs juges, siégeant et délibérant
ensemble, pour qu’à la fin la décision soit rendue par l’ensemble d’eux. La cour de cassation
s’est prononcée sur ce point dans un arrêt de cassation n°1/13 dans un dossier foncier
affirmant que ‘’ la formation des juridictions est une question d’ordre public, ainsi, la
validité de la décision rendue exige que les magistrats qui ont pris part à cette décision
en l’examinant et l’ayant mis en délibération soient ceux qui l’ont rendue,
conformément aux dispositions de l’article 345 du code de procédure civile’’ concernant
17
cette affaire, l’un des deux moyens
18
de défense soulevait une violation de l’ordre public en raison d’une irrégularité dans la
composition de la juridiction ayant rendue la décision. Ce moyen invoquait que les noms des
magistrats mentionnés sur la décision finale sont différents de ceux qui ont participé à
l’audience et ayant mis l’affaire en délibération6.
Au Maroc, le principe du juge unique et de la collégialité a été toujours l’un des sujets les plus
instables pour le législateur, parfois il considère le système du juge unique comme règle
générale et la collégialité comme exception, et des fois le contraire.
En vertu du dahir du 15 juillet 1974, l’organisation judiciaire au Maroc a opté pour le système
du juge unique et l’oralité comme principe au niveau des tribunaux de première instance7,
c’est ce qui est mentionné dans son article 4 : « les tribunaux de première instance siègent à
juge unique, avec l’assistance d’un greffier »8. Les critiques qu’a connu cette loi en raison de
la complexité de la tâche confiée à un seul juge et du risque élevé d’erreur judiciaire ainsi que
la nécessité exigée dans certaines affaires d’un avis collégial pour trancher, ont conduit à une
nouvelle réforme, celle du 19939 qui va généraliser la collégialité pour tous les tribunaux de
première instance10.
Cependant, en 2003, le législateur par le biais du dahir du 11 Novembre a modifié et complété
l’article 4 de la loi antérieure fixant l’organisation judiciaire du Royaume en définissant de
nouveau le système de juge unique comme principe pour toutes les affaires relevant des
tribunaux de première instance tout en délimitant les cas où la collégialité est exigée à savoir ;
« les actions de statut personnel et de successions à l’exception de la pension alimentaire, les
actions immobilières de droits réels et mixtes, les actions de conflit de travail, les délits
sanctionnés par une peine d’emprisonnement supérieure à deux ans et dont la compétence est
dévolue par le code de procédure pénale au tribunal de première instance »11.
6
Arrêt n°1/13 rendu en 14 Mars 2023 dans le dossier foncier n°2020/4/1/1093.
7
Droit de l’organisation judiciaire au Maroc, Dr. DOURHANI Yassine, 2021.
8
Dahir portant loi n°1-74-338 du 24 joumada II 1394 (15 juillet 1974) fixant l’organisation judiciaire du Royaume, publié au bulletin officiel
n° : 3220 du 17/07/1974 – page : 1081
9
Dahir portant loi n°1-93-206 du 10 septembre 1993 modifiant le code de procédure civile publié au Bulletin Officiel le 15/09/1993, n° 4220
pages 476-477.
10
Droit de l’organisation judiciaire au Maroc, Dr. DOURHANI Yassine, 2021.
11
Premier article du Dahir n°1-03-177 du 16 ramadan 1421 (11 Novembre 2003) portant promulgation la loi
n°15-03 ; Bulletin officiel n°5170 du 23 chaoual 1424 (18 Décembre 2003), p.1448.
19
secret. Ce même article souligne que l’avis divergent d’un magistrat doit, à son initiative,
être rédigé dans un procès-verbal secret signé par le collège judiciaire et placé dans une
enveloppe scellée à conserver auprès du président de la juridiction concernée, après avoir
été inscrits sur un registre spécial créé à cet effet, et ne peut être consulté par des tiers que
sur décision du CSPJ. Ce procès-verbal secret, et toujours d’après l’article 16, doit être
conservé pendant dix ans à compter de la date de son établissement et la divulgation de
son contenu est considérée comme une faute grave12.
- Parmi les nouveautés au niveau des juridictions, on peut citer la création au niveau des
tribunaux de première instance, des sections spécialisées dans les affaires commerciales
ainsi que de sections spécialisées dans le droit administratif, compétentes pour statuer en
vertu de la loi, sur les affaires confiées à des tribunaux administratifs et commerciaux 13.
Avec la création des tribunaux de première instance administratifs et des tribunaux de
première instance commerciaux en cas de nécessité d’après ce qui prévoit l’alinéa 2 de
l’article 48 Et le dernier alinéa de l’article 43. La formation pour toutes ces juridictions est
collégiale selon le dernier alinéa de l’article 10.
Le juge unique ne peut statuer sur une affaire qui revient à la collégialité, sous peine de
nullité, alors que le contraire est permis ; c’est ce qui est mentionné dans le dernier alinéa de
l’article 51 et par l’article 10, ce dernier qui prévoit que la participation d’un ou plusieurs
juges lors d’une audience n’entraine pas la nullité, c’est une règle d’ordre public.
12
Article 16 de la loi 38-15
13
Article 43 de la loi 38-15
20
Chapitre II : applications pratiques au sein des juridictions
Tableau explicatif :
21
Chapitre III : avantages et inconvénients des deux systèmes
Les deux systèmes (juge unique et collégialité) présentent des avantages et des inconvénients,
commençant tout d’abord par le système de juge unique pour aborder par la suite celui de la
collégialité.
On traitera les avantages et les inconvénients de chacun des deux systèmes ; commençant tout
d’abord par le système de collégialité (section 1) pour passer ensuite à celui du juge unique
(section 2).
Section 1 : système de
collégialité Sous-section 1 :
avantages :
Sous-section 2 : inconvénients :
Comme point négative, en peut dire que la diversité des idées n’est pas toujours quelque
chose de bien, sous prétexte que ce cela va élever le risque de désaccord, ce qui peut entrainer
des décisions moins cohérentes, de Plus, la question de rapidité peut poser un souci, les
partisans de juge unique estiment que ce dernier rend des décisions plus rapidement
22
prudence et la rigueur sont primordiales dans la prise de décision. Le juge est tenu de prendre
le temps nécessaire pour examiner profondément chaque dossier en effectuant une vérification
minutieuse et bien détaillée de l’affaire.
23
Ainsi, ce système confère au juge un sentiment de reconnaissance du public pour le travail
accompli, ce qui constitue un facteur déterminant l’encourageant à fournir plus d'effort et à
perfectionner constamment son travail.
D’autre part, le système de juge unique est bénéfique aussi pour l’Etat en réduisant ses
charges à travers la répartition des affaires entre les juges d’une manière raisonnable et
équilibrée ce qui assure une rapidité dans le traitement des dossiers et le règlement des
conflits.
Sous-section 2 : Inconvénients :
Le recours au système du juge unique présente plusieurs inconvénients notamment en ce qui
concerne les affaires sensibles ou complexes. L’un des principes risques réside dans la
concentration du pouvoir décisionnel entre les mains d’un seul juge ce qui peut augmenter le
risque d’erreur judiciaire, contrairement à la collégialité où les délibérations permettent aux
juges d’échanger leurs idées sur l’affaire.
Par ailleurs, le manque d’expérience pour les juges fraichement diplômés du conseil supérieur
du pouvoir judiciaire et qui n’ont pas été suffisamment confronter à des affaires complexes
peut aussi être considéré comme un désavantage du système du juge unique.
Ce système augment aussi la charge de travail du juge, chose qui peut le rendre plus exposé
au stress et plus dépassé ce qui peut nuire à la qualité des jugements rendus.
24
Troisième partie : L’indépendance et l’impartialité des juridictions
Le ministère de la Justice a été organisé pour la dernière fois par le décret n° 385-98-2 du 23
Juin 1998, relatif à la détermination des attributions et de l'organisation de ce ministère. Ce
décret précise le nombre de services rendant compte au ministère ainsi que le nombre de ses
directions, qui comprennent, en plus du cabinet du ministre, le Secrétariat du Conseil
supérieur de la magistrature, l'Inspection générale, et l'Institut national des études judiciaires,
qui sont placés sous l'autorité directe du ministre, ainsi que l'administration centrale et les
directions régionales dont nous parlerons dans la section suivante.
Ce décret a été modifié par le décret n° 400-22-2 du 18 octobre 2022, relatif l’organisation du
ministère de la justice avec l’émergence du nouveau gouvernement. Ce décret indique donc le
nombre de services du ministère, qui comprend le cabinet du ministre, une direction centrale
et des services décentralisés .14 Ainsi L'administration centrale comprend :La secrétariat
général
;L'inspection générale ;La direction des affaires civiles et des métiers juridiques et judiciaires
;La direction des affaires pénales, de la grâce et de la surveillance de la criminalité ;La direction
14
Art 2 du decret 400-22-2
21
de la législation et des études ;La direction de la modernisation et des systèmes d'information
;La direction des ressources humaines ;La direction du budget ;La direction des équipements
et de la gestion des biens ;La direction de la coopération et de la communication ;L'Institut
national de la gestion des actes et des métiers juridiques et judiciaires.15
L'article premier du décret précité au début stipule : "Le ministère de la Justice comprend, en
plus du secrétariat général, le Secrétariat du Conseil supérieur de la magistrature, l’Inspection
générale et l’Institut national des études judiciaires – placés sous l’autorité directe du ministre
– ainsi que l’administration centrale et les directions régionales."
Ce texte indique qu'il existe plusieurs entités sous l’autorité directe du ministre, à savoir : le
cabinet du ministre (paragraphe 1), le Secrétariat du Conseil supérieur de la magistrature
(paragraphe 2), et l’Inspection générale et l’Institut national des études judiciaires (paragraphe
3), sur lesquels nous allons nous concentrer principalement dans cette section, notamment
l'Inspection générale.
En l'absence d'études sur l’institution du ministre de la Justice, nous allons nous concentrer
uniquement sur l’organisation du cabinet du ministre, qui est placé sous son autorité directe,
conformément aux dispositions du dahir n° 331-74-1 du 11 Rabia al-Thani 1395 (23 avril
1975),
modifié et complété par le dahir n° 162-95-1 du 14 Jumada al-Thani 1416 (10 octobre 1995).
Le secrétariat général du ministre est composé de :
15
Art 3 du decret 400-22-2
22
Le cabinet actuel du ministère de la Justice comprend :
L’inspection, telle qu'elle est définie dans l'article 13 du dahir du 15 juillet 1974 relatif à
l'organisation judiciaire, a pour objectif principal l’évaluation de la gestion des tribunaux,
ainsi que de la gestion des services qui y sont associés, des systèmes employés et de la
manière dont les employés (juges et greffiers) accomplissent leur travail.
L’inspection peut être centralisée, menée par le ministère de la Justice à travers les juges
désignés à cet effet, ou locale, exercée par les présidents des tribunaux qui veillent à la bonne
performance des juridictions.
23
Dans le cadre de cette section, il s'agit de l’inspection centralisée, comme le prévoit l’article
13 du dahir du 15 juillet 1974, qui stipule que "l’inspection des tribunaux vise spécifiquement
à évaluer leur gestion, ainsi que celle des services qui y sont associés, les systèmes utilisés, et
la manière dont les juges et les greffiers accomplissent leur travail." À cet effet, le ministre de
la Justice peut nommer un ou plusieurs juges du Conseil supérieur de la magistrature ou de
l’administration centrale pour effectuer l’inspection des tribunaux, à l’exception du Conseil
supérieur de la magistrature, ou enquêter sur des faits spécifiques.
L’Inspection générale se compose d'un inspecteur général nommé par dahir et d'inspecteurs
désignés par le ministre. Les inspecteurs doivent être des juges et leur grade administratif,
lorsqu’ils enquêtent sur un juge, doit être égal ou supérieur à celui du juge concerné par
l’enquête. Cela suppose que l'inspecteur dispose de qualifications et d’expérience supérieures
à celles du juge qu’il inspecte. En pratique, l'Inspection générale effectue des inspections soit
périodiques, générales ou spécifiques.
L’inspection périodique a lieu au moins une fois par an, mais les ressources matérielles et
humaines ne sont pas toujours suffisantes pour respecter ces délais. Quant à l'inspection
générale, elle porte sur les juges et les greffes, et son objectif est de garantir le bon
fonctionnement de la justice, en tirant parti de l’expérience des juges inspecteurs.
L’inspection spécifique, quant à elle, est menée pour un juge ou un président de greffe en
réponse à une plainte d'avocats, d'experts, de citoyens ou de parties prenantes.
24
Paragraphe 1 : Pôle judiciaire
Ce pôle comprend la Direction des affaires civiles, la Direction des affaires pénales et de la
réconciliation, la Direction des prisons et de la réinsertion, ainsi que le département des
tribunaux des communes et des arrondissements. Ce pôle est chargé de la mise en œuvre des
compétences du ministère dans les domaines judiciaires et du secteur pénitentiaire.
Le pôle judiciaire reste structuré autour des directions existantes tout en intégrant des
réformes et des ajustements dans leur gestion. Il se compose de :
Direction des affaires civiles : Composée de trois sections : la section des affaires
judiciaires, la section de la nationalité et de l’état civil, et la section des auxiliaires de
justice et des professions juridiques et judiciaires.
Direction des affaires pénales et de la réconciliation : Composée de quatre sections,
dont celle du droit pénal et des affaires spéciales.
Direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion : Composée de cinq
sections, dont celle des affaires pénitentiaires et celle de la réinsertion.
Département des tribunaux des communes et des arrondissements : Composé de
quatre sections.
25
département de la formation, du suivi et de l’évaluation, qui comprend deux services ;
et le service des litiges.
La Direction du Budget et des Equipements : Elle se compose de quatre départements :
le département du budget et de la comptabilité, qui comprend cinq services ; le
département des bâtiments et de l'aménagement et de l'entretien des bâtiments, qui
comprend trois services ; le département des équipements et du matériel, qui
comprend deux services ; et le département de la surveillance, qui comprend trois
services, ainsi que le service des technologies de l'information, des statistiques et du
suivi et de l’évaluation.
Les principales compétences du ministère de la Justice résident dans les fonctions attribuées
aux différents organismes qui le composent, comme suit :
Les organes placés sous l'autorité directe du ministre de la Justice, comme mentionné
précédemment, sont le cabinet du ministre de la Justice, le secrétariat du Conseil supérieur du
pouvoir judiciaire, et l'inspection générale du ministère de la Justice.
26
Paragraphe 1 : Les compétences du cabinet du ministre de la Justice
Le cabinet du ministre de la Justice est chargé de mener des études générales, de suivre les
questions à caractère politique ou particulier, qui ne relèvent pas des autres structures du
ministère. Il veille à l'organisation des événements présidés par le ministre et à la diffusion
des informations relatives au ministre et aux activités du ministère.
L'inspection des tribunaux, selon ce même dahir, vise à évaluer et gérer les tribunaux
spécifiquement et leurs services, les systèmes utilisés, ainsi que la performance des employés,
y compris les greffiers. Le ministre de la Justice peut nommer un ou plusieurs juges pour
procéder à des inspections des tribunaux, à l'exception du Conseil supérieur du pouvoir
judiciaire, ou pour enquêter sur des faits spécifiques.
Les inspecteurs ont une large autorité pour mener des enquêtes, vérifier et surveiller, et
peuvent, entre autres, convoquer les juges et les employés des tribunaux, les interroger, et
examiner tous les documents pertinents. Toutefois, lorsqu'une enquête concerne un juge,
l'inspecteur doit être d’un rang égal ou supérieur. L'article 17 de la loi sur le statut des juges
permet au ministre de la Justice de suivre la fortune des juges et de leurs familles, après
l'approbation du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
27
Les inspections se divisent en deux catégories : inspection générale et inspection spécifique.
Inspection générale : Un programme est établi en début d'année pour déterminer les
institutions judiciaires à inspecter, avec un processus en plusieurs étapes, comprenant
la notification aux responsables de la cour, l'envoi de questionnaires, des réunions
avec les responsables judiciaires et les avocats, ainsi que l’évaluation des conditions
de travail et des infrastructures.
Inspection spécifique : Cela se fait à la demande du ministre de la Justice, sur la base
de plaintes ou d’informations relatives à des actes compromettant la réputation du
pouvoir judiciaire, qu’il s’agisse de comportements professionnels ou d’atteintes aux
règles légales. L’inspection dispose de l'autorité pour enquêter et analyser toutes les
informations pertinentes.
Après l'enquête, un rapport est rédigé et envoyé au ministre de la Justice, qui le transmet au
Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ou à la direction des affaires civiles si l'affaire
concerne un juge.
Le pôle judiciaire comprend la direction des affaires civiles, la direction des affaires
criminelles et des grâces, la direction des prisons et de la réinsertion, et la section des
tribunaux de communes et de quartiers. Ce pôle exerce les fonctions judiciaires du ministère
et gère le secteur pénitentiaire.
Direction des affaires civiles : Elle veille à l'élaboration des décisions légales dans les
domaines du droit de la nationalité, de l'état civil, des mineurs et des personnes
incapables, et à la gestion des affaires civiles, commerciales et administratives. Elle
évalue également les activités du ministère et rédige des rapports pour le ministre.
28
Direction des affaires criminelles et des grâces : Cette direction met en œuvre la
politique criminelle du ministère, suit les affaires pénales et traite des demandes de
pardon ou de libération conditionnelle.
Direction des prisons et de la réinsertion : Cette direction gère les établissements
pénitentiaires, l’administration des prisons et l’encadrement des programmes de
réinsertion des anciens détenus, tout en évaluant les activités et en établissant des
rapports pour le ministre.
Section des tribunaux de communes et de quartiers : Elle assure la gestion des
activités des juges de ces tribunaux et surveille leur bon fonctionnement, en
coopération avec le secrétariat du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
29
Paragraphe 2 : Les compétences des directions régionales
Ce processus de réforme a été couronné par la promulgation des lois organiques relatives au
Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et au statut des magistrats, et par l’installation, le 6
avril 2017, des membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire par Sa Majesté le Roi.
Cette réforme a également été renforcée par la création de l’Institution de la présidence du
Ministère public, marquant ainsi l'achèvement de l'indépendance du pouvoir judiciaire.
Cette indépendance s’appuie sur les dispositions de la loi n° 17.33, qui transfère les
compétences de l’autorité gouvernementale chargée de la justice au Procureur général du Roi
près la Cour de cassation en tant que président du Ministère public, définissant ainsi ses
attributions, notamment la supervision des magistrats du parquet, la surveillance de leur
action, et la conduite des affaires publiques.
Ainsi, la justice est désormais un domaine partagé entre l’autorité gouvernementale chargée
de la justice, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, et le Ministère public, dans une
architecture de gouvernance fondée sur la coordination, la coopération et le respect des
compétences de chacun, conformément aux principes constitutionnels du Royaume relatifs à
la séparation, l’équilibre et la coopération des pouvoirs (article 1 de la Constitution).
En s’appuyant sur les orientations fondamentales définies par Sa Majesté le Roi, notamment
son message adressé aux participants à la première édition de la Conférence sur la Justice
tenue à Marrakech le 2 avril 2018, l’accent est mis sur la modernisation des législations, leur
harmonisation avec les engagements internationaux du Royaume, et l’amélioration de la
transparence de l’administration judiciaire à travers le recours aux technologies numériques.
Cela s’inscrit dans la vision royale d’une réforme globale et profonde de la justice, visant à
renforcer l'indépendance du pouvoir judiciaire, à moderniser l’administration judiciaire et à
faire du citoyen justiciable le centre de ses préoccupations16.
16
وزارة العدل
30
L’indépendance du pouvoir judiciaire repose sur deux principes fondamentaux ;
l’indépendance individuelle du magistrat et l’indépendance institutionnelle de la
magistrature.2 Maroc : l’indépendance du pouvoir judiciaire, garantie de la justice et de
l’équité.Par Ilias Belbachir, Juriste.
Il faut toutefois distinguer entre les magistrats du siège et les magistrats du parquet (ou
ministère public) quant à la portée de cette indépendance. En effet, selon l’article 110 de la
constitution, les magistrats du siège ne sont astreints qu’a la seule application du droit. Tandis
que les magistrats du parquet sont tenus à l’application du droit et doivent en même temps se
conformer aux instructions écrites qui émanent de l’autorité hiérarchique.
Le statut des magistrats est régi par la loi organique 106-13, elle comprend les dispositions
relatives à la composition du corps de la magistrature, aux droits et devoirs des magistrats, à
leurs positions statuaires ainsi qu’aux garanties qui leur sont accordées.
31
l’assiste, qui a défini la feuille de route des magistrats du ministère public dans le Dahir de
nomination du Procureur général du Roi près la Cour de cassation. Cette feuille de route
consiste à défendre l’intérêt général, à protéger l’ordre public et à veiller à son maintien, tout
en respectant les principes de la primauté du droit et de la justice équitable. Ces principes,
adoptés par Sa Majesté, visent à achever la construction de l’État de droit, garantissant les
droits et libertés des citoyens et citoyennes, individuellement et collectivement, dans un cadre
où les droits et les devoirs sont intimement liés.
Tous les membres du ministère public sont des magistrats appartenant au corps judiciaire. Le
Conseil supérieur du pouvoir judiciaire décide de leur situation professionnelle (depuis leur
nomination jusqu’à leur mise à la retraite). Le ministère public est présent dans toutes les
juridictions du Royaume, à l’exception des tribunaux administratifs et des cours d’appel
administratives. Il joue un rôle essentiel dans la protection des droits et libertés, ainsi que dans
le maintien de la sécurité et de l’ordre public. Il initie l’action publique contre les
contrevenants et les délinquants, soumet des réquisitions appropriées au tribunal et exerce les
voies de recours pour assurer une application juste et équitable de la loi dans les affaires
pénales. De plus, il
32
intervient dans les litiges pour défendre l’ordre familial, économique ou social, en tant que
partie principale ou jointe dans certaines affaires civiles, commerciales ou familiales.
Le ministère public est représenté dans les tribunaux de première instance et les tribunaux de
commerce par les Procureurs du Roi, personnellement ou par l'intermédiaire de leurs
substituts. Dans les cours d'appel ordinaires et commerciales, il est représenté par les
Procureurs généraux du Roi ou leurs substituts. À la Cour de cassation, le ministère public est
représenté par le Procureur général du Roi, personnellement ou par l’intermédiaire du Premier
avocat général ou des avocats généraux.
33
Conclusion :
En somme, l'étude des garanties institutionnelles des fonctions judiciaires et des magistratures
au Maroc met en lumière l'importance de l'indépendance et de l'impartialité dans le
fonctionnement des juridictions. L'indépendance du magistrat, soutenue par des réformes
institutionnelles comme la création du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, constitue un
pilier essentiel pour préserver l'équité et la transparence du système judiciaire.
De plus, l'analyse des rôles et statuts des magistrats du siège, ainsi que des attributions
spécifiques du ministère public, illustre la complexité des fonctions judiciaires et leur
complémentarité pour assurer une justice efficace et accessible. La réforme de la loi 38-15 et
la discussion autour de l'unité et de la collégialité des juridictions montrent que l'équilibre
entre tradition et modernité est au cœur des préoccupations législatives.
Enfin, l'organisation et les compétences du ministère de la Justice jouent un rôle crucial dans
la mise en œuvre de politiques judiciaires qui garantissent une réelle indépendance
institutionnelle. Ces réformes et principes renforcent le pouvoir judiciaire, le rendant plus
résilient face aux pressions extérieures, tout en assurant une justice impartiale au service des
citoyens.
34
Listes des références bibliographiques :
Ouvrages :
Jurisprudence :
Sites web :
[Link]
equite,[Link]
[Link]
[Link]
Textes juridiques :
35
L'inspection générale assure le bon fonctionnement de la justice au Maroc en effectuant des inspections périodiques, générales ou spécifiques. Les inspections périodiques se déroulent au moins une fois par an pour examiner les institutions judiciaires, tandis que les inspections spécifiques sont conduites en réponse à des plaintes ou des faits compromettant la réputation de la justice. L'inspection vise à garantir le respect des règles et à améliorer les conditions de fonctionnement du système judiciaire .
Les magistrats du siège au Maroc jouissent d'une indépendance totale en étant soumis uniquement à l'application du droit, selon l'article 110 de la Constitution. Ils ne peuvent donc recevoir aucune injonction ou instruction extérieure. En revanche, les magistrats du parquet doivent non seulement appliquer la loi mais aussi suivre les instructions écrites de leur autorité hiérarchique . Cette différence souligne une divergence fondamentale dans leurs statuts et responsabilités, les magistrats du parquet ayant une position subordonnée par rapport à la hiérarchie judiciaire .
L'administration centrale du ministère de la Justice marocaine est structurée autour de trois pôles : le pôle judiciaire, le pôle organisationnel, et le pôle stratégique. Chaque pôle a ses propres directions, telles que la Direction des affaires civiles, la Direction du budget, et la Direction des ressources humaines, garantissant une gestion efficace des différents domaines de compétence .
La modernisation des législations judiciaires et l'usage des technologies numériques visent à renforcer l'indépendance du pouvoir judiciaire et à améliorer la transparence de l'administration judiciaire au Maroc. Cette initiative, partie de la vision royale pour une réforme globale et profonde de la justice, place le citoyen au centre des préoccupations judiciaires en facilitant l'accès à une justice moderne et conforme aux standards internationaux .
Le ministère public marocain est hiérarchisé, chaque magistrat étant sous la direction et le contrôle de ses supérieurs : le procureur général du Roi étant le supérieur du procureur du Roi, qui à son tour supervise les substituts. Cette hiérarchie permet au ministère de la Justice de donner des circulaires ou injonctions. De plus, le caractère indivisible signifie que les membres peuvent se remplacer sans affecter la procédure, reflétant une entité unique représentant le pouvoir exécutif .
Les trois principes fondamentaux régissant la magistrature assise au Maroc sont l’indépendance, l’inamovibilité, et la séparation des juridictions d’instruction et de jugement .
Au niveau des juridictions de droit commun au Maroc, le ministère public se compose devant le tribunal de première instance d'un procureur du Roi et de substituts. Devant la Cour d'appel, il comprend un procureur général du Roi et plusieurs substituts. Devant la Cour suprême, ou parquet général, le ministère public est constitué d'un procureur général du Roi et d'avocats généraux .
L'indépendance institutionnelle du pouvoir judiciaire au Maroc est assurée par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, qui remplace l'ancien Conseil supérieur de la magistrature. Ce Conseil est doté d'autonomie administrative et financière, chargé de garantir l'application des garanties accordées aux magistrats en termes d'indépendance, de nomination, d'avancement, et de discipline .
Le Roi du Maroc joue un rôle central et garantit l'indépendance du pouvoir judiciaire, tel qu'affirmé par l'article 107 de la Constitution et soutenu par la loi organique n° 100-13. En sa qualité, il assure l'équilibre institutionnel et le respect du principe de séparation des pouvoirs législatif et exécutif .
La réforme introduite par la loi n° 33-17 transfère la présidence du ministère public au procureur général du Roi près la Cour de cassation, mettant fin à la tutelle traditionnelle exercée par le ministère de la Justice sur le parquet général. Ce changement renforce l'indépendance du parquet général, s'inscrivant dans un processus de séparation claire des pouvoirs au Maroc .