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Biographie courte d'Arthur Rimbaud

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Séquence 1 : Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud (1870)

Parcours associé : émancipations créatrices

Problématique :

Séance 1 : Introduction à l’œuvre

I. Rimbaud, une vie et son œuvre

Consignes :
1. Lisez la biographie de Rimbaud ci-jointe (document 1) et trouvez au moins 3 mots
caractérisant la vie et la personnalité d’Arthur Rimbaud. Pour chacun, justifiez.

2. Complétez cette synthèse :

→ Événements personnels qui ont marqué ses œuvres :

→ Événements politiques qui ont marqué ses œuvres :

→ Influences littéraires :

→ Style de vie :
Document 1 : courte biographie d’Arthur Rimbaud
Arthur est d’abord et avant tout un précoce. A l’école, dans ses lectures, dans son écriture comme dans
l’apprentissage des langues mortes ou rares Rimbaud apprend tout avant tout le monde. « Rien de
banal ne germe dans cette tête, écrivait le principal du collège de Charleville, ce sera le génie du Mal
ou le génie du Bien ».

Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville dans


les Ardennes.

Arthur est le deuxième d’une famille de cinq enfants dont le


père, Frédéric Rimbaud, est capitaine d’infanterie, et la
mère, Vitalie Rimbaud, paysanne. Dès 1860, après la
naissance de leur cinquième enfant Isabelle, le couple se
sépare. Le père d’Arthur ne reviendra plus à Charleville.
Sa mère, malgré la sagesse de son fils, se montre
particulièrement stricte, voire étouffante. En 1865, alors âgé
de 11 ans, Arthur entre au collège municipal de Charleville
où il se montre très rapidement excellent élève, remportant
notamment de nombreux prix de littérature et de
traduction latine.

C’est en janvier 1870 qu’Arthur fait la rencontre de Georges Izambard. Ce dernier, professeur de
rhétorique de cinq ans son ainé, deviendra l’un de ses plus fidèles amis. Il commence par lui prêter de
nombreux livres tels que Les Misérables de Victor Hugo. Arthur écrit de plus en plus. « Les Étrennes
des orphelins », publié dans la revue Revue pour tous, date de cette période. Le 24 mai de cette même
année, Arthur rédige une lettre à Théodore de Banville, alors chef de file de l’école poétique du
Parnasse1, dans laquelle il affirme vouloir « devenir Parnassien ou rien » et se faire publier. Pour cela,
il joint à cette lettre trois poèmes « Ophélie », « Sensation » et « Credo in unam » que Théodore de
Banville ne fera pas paraître.

Face à cette première déconvenue, le jeune Arthur décide de rejoindre Paris. C’est quelques jours
avant la bataille de Sedan, le 29 août, qu’il parvient à tromper la vigilance de sa mère et à prendre un
train pour Paris. Mais à son arrivée à Paris, il est contrôlé puis emprisonné dans la prison de Mazas
pour avoir présenté un billet de transport irrégulier. De sa cellule, il écrit à Georges Izambard de lui
payer sa dette. Celui-ci s’exécute et lui propose même de venir le rejoindre à Douai. Arthur y reste trois
semaines. Jusqu’ici antimilitariste, Arthur tente par tous les moyens, et finalement en vain, de
rejoindre la Garde nationale pour affronter l’armée prussienne qui encercle alors la capitale. C’est à
cette période qu’il rencontre le poète et éditeur Paul Demeny à qui il présente un feuillet de quinze
poèmes. Avant que ce dernier ne puisse répondre, Arthur retourne à Charleville, accompagné de son
professeur. À leur arrivée, gifles pour l’un, reproches pour l’autre.

Malgré son retour au foyer familial, Arthur a des envies d’ailleurs et fugue à nouveau dès le 6 octobre,
soit une semaine seulement après son retour. Paris étant assiégé, il gagne Charleroi où il essaie en vain
d’être embauché comme rédacteur au Journal de Charleroi. Il relatera cette arrivée dans son poème «
Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir ». Il quitte finalement Charleroi et part pour Douai, notamment
pour déposer à Paul Demeny sept poèmes qu’il lui demandera par la suite de brûler. « … brûlez tous
les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai ». Lorsque Georges Izambard

1
Ecole poétique qui prône une poésie formellement exigeante et érudite.
le retrouve à Douai, il le contraint à rentrer chez lui, ce qu’il fera, escorté de gendarmes. À son arrivée,
il découvre que le collège qu’il fréquente n’ouvrira pas avant avril 1871.

Impatient et curieux de voir les événements se dérouler dans la capitale, Arthur fait une nouvelle fugue
le 25 février 1871. Il cherche alors à rentrer en contact avec Jules Vallès et Eugène Vermesch, tous
deux communards, mais aussi avec le milieu des poètes. Lorsqu’il rentre à Charleville, le 10 mars, il
décide de ne pas retourner au collège et se consacre alors pleinement à la poésie.

C’est à cette même période que la critique envers les Romantiques et les Parnassiens s’exacerbe.
Arthur les juge trop peu radicaux. Il affirme notamment, dans une lettre du 13 mai 1871 à Georges
Izambard, appelée première lettre du Voyant, son rejet de la « poésie subjective ». Il souhaite en effet,
comme il l’écrit dans sa deuxième lettre dite du Voyant, du 15 mai destinée à Paul Demeny, se faire «
voyant », et cela par un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. »

À la recherche d’un travail dans la capitale grâce auquel il pourrait exercer son activité de poète, il suit
le conseil de l’un de ses amis de l’époque, Charles Auguste Bretagne, et écrit au poète Paul Verlaine.

Ce dernier n’a besoin de la lecture que de deux poèmes du tout jeune poète pour le prier de le
rejoindre à Paris. « Venez chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ! ». Très rapidement,
Arthur découvre le milieu parisien de la poésie. Très bien accueilli par ses pairs plus âgés, notamment
lors du dîner des « Vilains Bonshommes » du 30 septembre durant lequel il rencontre une part
essentielle des grands poètes de son temps, il trouve facilement à se loger chez Paul Verlaine, rue
Nicolet, puis chez Charles Cros, André Gill, Ernest Cabaner et puis même quelques jours chez Théodore
de Banville. Le 20 octobre 1871, à tout juste dix-sept ans, Arthur lit « Les Premières communions » et
« Le Bateau ivre » à l’ensemble des poètes rassemblés autour du dîner des Vilains Bonshommes. Mais
à partir de novembre, lui et Verlaine rejoignent un nouveau groupe informel de poètes mené par
Charles Cros et nommé le Cercle des poètes zutiques.

Néanmoins, l’appartenance d’Arthur à ce groupe est fragile tant son comportement provocateur
excède ses pairs déjà bien plus âgés. Le 2 mars 1872, lors d’un dîner des Vilains Bonshommes, Arthur,
saoul, franchit la limite de l’acceptable en blessant Étienne Carjat d’un coup de canne-épée. Il est exclu
du groupe. Paul Verlaine, pour sauver son couple d’une part et rassurer ses amis d’autre part, se charge
d’éloigner Rimbaud de Paris et de le renvoyer à Charleville quelques temps. Cette absence est de
courte durée puisqu’Arthur revient dès le mois de mai à Paris, rejoignant ainsi Verlaine avec qui il part
pour la Belgique le 7 juillet de la même année. Lassée des deux amants, la femme de Verlaine rompt
alors avec lui et effectue une demande de séparation de corps et de biens.

Rimbaud et Verlaine partent ainsi vivre leur liaison amoureuse à Londres. Ils mènent une vie très
agitée. Durant l’été 1873, alors que les amants proposent des cours de français pour vivre, Verlaine
quitte brusquement Rimbaud le 3 juillet, affirmant vouloir rejoindre sa femme. Il retourne ainsi à
Bruxelles et réside dans un hôtel. Persuadé que Verlaine n’aura pas le courage de mettre fin à ses jours,
Rimbaud annonce qu’il repart seul pour Paris. Le 10 juillet 1873, Verlaine, ivre, tire sur Rimbaud à deux
reprises avec un revolver, le blessant légèrement au poignet. Rimbaud se fait soigner et, craignant pour
sa vie, demande la protection d’un agent de police de la ville. Verlaine est incarcéré à la prison de
Bruxelles puis transféré à Mons. Même si Rimbaud a retiré sa plainte, Verlaine est condamné en août
1873 à deux ans de prison pour blessure avec arme à feu.

Fin juillet 1873, Rimbaud rejoint la ferme familiale de Roche où il s’isole pour écrire Une saison en
enfer. C’est après avoir remis ce manuscrit à Paul Verlaine alors sorti de prison, afin que celui-ci le
remette à Germain Nouveau, qu’Arthur met un terme à sa carrière de poète, au profit de la lecture et
de l’apprentissage des langues. Il commence par apprendre l’allemand, puis l’italien.
À partir de 1874, il voyage dans de nombreux pays d’Europe où il occupe divers petits emplois. En
1879, la fièvre typhoïde qu’il contracte le contraint de rentrer en France. En 1880, Arthur Rimbaud part
en Afrique où il passe les dernières années de sa vie dans le commerce des peaux et du café à Aden
(Yémen) et à Harar (Ethiopie) et dans le négoce en Abyssinie. De 1885 à 1888, il fait du trafic d’armes.

À nouveau souffrant, cette fois-ci d’une douleur au genou, Arthur est une nouvelle fois contraint de
rentrer en France, à Marseille, où on lui découvre une tumeur. Il est amputé de la jambe droite

Il meurt quelques mois plus tard, le 10 novembre 1891, alors âgé de trente-sept ans.

Consignes : voici des extraits de la correspondance de Rimbaud, rattachez


chaque lettre à un moment de la vie de Rimbaud et à un trait de sa
personnalité :
Par exemple :
Dans cette lettre, Rimbaud parle de ……
Il apparaît comme quelqu’un de ….

Document 2 : Lettre de Rimbaud à Théodore de Banville

Charleville (Ardennes), le 24 mai 1870.

Cher Maître,

Nous sommes aux mois d’amour ; j’ai dix-sept ans. L’âge des espérances et des chimères, comme on dit, – et
voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, – pardon si c’est banal, – à dire mes bonnes
croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes – moi j’appelle cela du printemps.
Que si je vous envoie quelques-uns de ces vers, – et cela en passant par Alph. Lemerre, le bon éditeur, – c’est
que j’aime tous les poètes, tous les bons Parnassiens, – puisque le poète est un Parnassien, – épris de la beauté
idéale ; c’est que j’aime en vous, bien naïvement, un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un
vrai romantique, un vrai poète. Voilà pourquoi. – c’est bête, n’est-ce pas, mais enfin ?...
Dans deux ans, dans un an peut-être, n’est-ce pas, je serai à Paris.

Document 3 : Lettre de Rimbaud à Georges Izambard

Charleville, 25 août 1870.

Monsieur, Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! – Ma ville natale est supérieurement idiote
entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n’ai plus d’illusions. Parce qu’elle est à côté de Mézières,
– une ville qu’on ne trouve pas, – parce qu’elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious,
cette benoîte population gesticule, prud’hommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz
et de Strasbourg ! C’est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l’uniforme ! C’est épatant comme ça a du
chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres, qui, chassepot au cœur, font du
patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !... Moi j’aime mieux la voir assise : ne remuez pas les
bottes ! c’est mon principe. Je suis dépaysé, malade, furieux, bête, renversé ; j’espérais des bains de soleil, des
promenades infinies, du repos, des voyages, des aventures, des bohémienneries enfin ; j’espérais surtout des
journaux, des livres... Rien ! Rien ! Le courrier n’envoie plus rien aux libraires ; Paris se moque de nous joliment :
pas un seul livre nouveau ! c’est la mort ! Me voilà réduit, en fait de journaux, à l’honorable Courrier des Ardennes,
– propriétaire, gérant, directeur, rédacteur en chef et rédacteur unique : A. Pouillard ! Ce journal résume les
aspirations, les vœux et les opinions de la population : ainsi jugez ! c’est du propre !... On est exilé dans sa patrie
!!!
Document 4 : Lettre de Rimbaud à Verlaine

Londres, vendredi apr-midi [4 juillet 1873],

Reviens, reviens, cher ami, seul ami, reviens. Je te jure que je serai bon. Si j' étais maussade avec toi, c'est une
plaisanterie où je me suis entêté, je m' en repens plus qu'on ne peut dire. Reviens ce sera bien oublié. Quel
malheur que tu aies cru à cette plaisanterie. Voilà deux jours que je ne cesse de pleurer. Reviens. Sois
courageux, cher ami. Rien n'est perdu. Tu n'as qu'à refaire le voyage. Nous revivrons ici bien courageusement,
patiemment. Ah, je t'en supplie. C'est ton bien d'ailleurs. Reviens, tu retrouveras toutes tes affaires. J'espère que
tu sais bien à présent qu'il n'y avait rien de vrai dans notre discussion, l'affreux moment ! Mais toi, quand je te
faisais signe de quitter le bateau, pourquoi ne venais-tu pas? Nous avons vécu deux ans ensemble pour arriver à
cette heure là ! Que vas-tu faire? Si tu ne veux pas revenir ici, veux-tu que j'aille te trouver où tu es?
Oui c'est moi qui ai eu tort.
Oh tu ne m'oublieras pas, dis ?
Non tu ne peux pas m'oublier.
Moi je t'ai toujours là.
Dis, réponds à ton ami, est-ce que nous ne devons plus vivre ensemble ?
Sois courageux. Réponds-moi vite.
Je ne puis rester ici plus longtemps.
N'écoute que ton bon cœur.
Vite, dis si je dois te rejoindre.
À toi toute la vie.

Rimbaud.

Vite, réponds, je ne puis rester ici plus tard que lundi soir. Je n'ai pas encore un penny, je ne puis mettre ça à la
poste. J'ai confié à Vermersch tes livres et tes manuscrits.
Si je ne dois plus te revoir, je m'engagerai dans la marine ou l'armée.
Ô reviens, à toutes les heures je repleure. Dis-moi de te retrouver, j'irai, dis-le moi, télégraphie-moi — Il faut
que je parte lundi soir, où vas-tu, que veux-tu faire ?

Document 5 : Lettre de Rimbaud à sa sœur Isabelle

Marseille, le 15 juillet 1891.


Ma chère Isabelle,

Je reçois ta lettre du 13 et trouve occasion d'y répondre de suite. Je vais voir quelles démarches je puis faire avec
cette note de l'intendance et le certificat de l'hôpital. Certes, il me plairait d'avoir cette question réglée, mais,
hélas ! je ne trouve pas moyen de le faire, moi qui suis à peine capable de mettre mon soulier à mon unique jambe.
Enfin, je me débrouillerai comme je pourrai. Au moins, avec ces deux documents, je ne risque plus d'aller en prison
; car l'admon militaire est capable d'emprisonner un estropié, ne fût-ce que dans un hôpital. Quant à la
déclaration de rentrée en France, à qui et où la faire ? Il n'y a personne autour de moi pour me renseigner ; et le
jour est loin où je pourrai aller dans des bureaux, avec mes jambes de bois, pour aller m'informer.

Je passe la nuit et le jour à réfléchir à des moyens de circulation : c'est un vrai supplice ! Je voudrais faire ceci et
cela, aller ici et là, voir, vivre, partir : impossible, impossible au moins pour longtemps, sinon pour toujours ! Je ne
vois à côté de moi que ces maudites béquilles : sans ces bâtons, je ne puis faire un pas, je ne puis exister.

Prolongement
Pour en savoir plus sur la vie de Rimbaud et son œuvre, lire au choix :
- BD de Xavier Coste, Rimbaud l'indésirable
- Ecouter l’un des podcasts « Rimbaud en mille morceaux » sur France Culture :
[Link]
multidiffusion/rimbaud-le-genie-7122908
II. Rimbaud vu par écrivains contemporains : le mythe Rimbaud

Document 1 : René Char, Fureur et mystère (1948)


Ce recueil est formé d’un ensemble de poèmes en prose

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi
qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les
éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison
d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets 2 des pisse-lyres, pour l’enfer des bêtes, pour
le commerce des rusés et le bonjour des simples.
Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant
éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme ! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment
étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde
et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le
bonheur possible avec toi.

Document 2 : Sylvain Tesson, Un Eté avec Rimbaud (2021)


Ecrivain et globe-trotter, Sylvain Tesson a écrit de nombreux récits de voyage. En 2021, il rédige un
ouvrage intitulé Un été avec Rimbaud, dans lequel il raconte l’expérience qu’il a faite au sortir du
confinement dû à la crise sanitaire : il est parti avec un ami sur les traces de l’une des fugues
rimbaldiennes. Au fil des différentes étapes et tout en racontant son périple, il revient sur l’œuvre du
poète grâce à des citations et des références précises à ses textes, qu’il prend le temps d’analyser et de
commenter.

Au début de l’année 2021, nous pouvions nous mouvoir à peu près librement sur le territoire
européen à condition de prouver à l’administration que nous étions sains de corps. Avec mon ami
Olivier Frébourg, nous décidâmes de partir quatre jours répéter à pied la fugue d’Arthur Rimbaud
d’octobre 1870. C’était un projet simple. Le lundi, on prit le train de huit heures vingt de Paris à
Charleville-Mézières. Après le test sanitaire, passé dans un laboratoire du centre-ville, il suffisait
ensuite de rejoindre Bruxelles par Charleroi, en nous appuyant sur les quelques éléments
biographiques dont nous disposions. Rimbaud était allé en train à Fumay, puis il était passé par Givet,
avait franchi la frontière discrètement, s’était arrêté à Charleroi et avait marché vers Bruxelles. Nous
avions peu d’informations, mais cela suffisait.
Lire Arthur Rimbaud vous condamne à partir un jour sur les chemins. Chez le poète des
Illuminations et d’Une saison en enfer, toute la vie s’organise dans le mouvement. Il s’échappe hors de
l’Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l’amour en Belgique, se promène à Londres puis
s’aventure à mort sur les pistes d’Afrique.
La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, change de point de
vue. Ses poèmes sont des projectiles. Cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore. Quand
le monde se fige, c’est la mort. Aucune poésie ne survit au formol. Voyez les quarantaines sanitaires.

Questions :
1. Quels aspects de l’existence de Rimbaud ces deux écrivains retiennent-ils ?
2. Surlignez les métaphores utilisées pour qualifier la vie et la poésie de Rimbaud.

2
Petit café populaire

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