Géométrie Euclidienne et Algèbre
Géométrie Euclidienne et Algèbre
ALGÈBRE ET GÉOMÉTRIES
Boyer Pascal
ALGÈBRE ET GÉOMÉTRIES
Boyer Pascal
5
Introduction
ramener à une situation plus simple (par exemple transformer un triangle quelconque en un
triangle équilatéral, une conique en un cercle...) puis utiliser les outils d’une autre géométrie
à cette nouvelle configuration.
La mise en oeuvre de cette technique repose essentiellement sur une des idées développées
par Klein : toutes les géométries peuvent être obtenues à partir de la géométrie projective et
d’une donnée supplémentaire. Le cas le plus simple est celui de la géométrie affine que l’on
récupère comme complémentaire d’une droite choisie arbitrairement et qualifiée de droite à
l’infini. Quand on est dans le plan affine, la géométrie euclidienne s’obtient en se donnant une
forme quadratique définie positive sur le plan vectoriel associé ou encore en se donnant deux
points imaginaires à l’infini : les fameux points cycliques.
Invariants d’une géométrie : comme une géométrie au sens du programme d’Erlangen est
un groupe G opérant sur un ensemble, on s’intéresse à l’action de G sur certains ensemble
construits à partir de X comme par exemple l’ensemble de ses points, de ses droites, de ses
drapeaux ou de uplets de points, droites et drapeaux. On s’intéresse alors à la transitivité de
cette action afin de transformer des figures en d’autres plus simples : ainsi l’action du groupe
affine en dimension 2 est transitive sur les triangles du plan affine. Quand cette action n’est
pas transitive, on essaie de paramétrer l’ensemble des orbites X/G.
Rappelons que deux points x, x0 ∈ X sont dans la même orbite sous G et on écrit x ∼G x0 ,
s’il existe g ∈ G tel que x0 = g.x et la stratégie habituelle pour décrire X/G est la suivante :
— repérer des invariants de X sous G, autrement dit on construit une application Φ :
X → Y avec pour Y un espace numérique , par exemple du type Rn de sorte que
deux éléments de la même orbite ont la même image par Φ.
— On veut que Φ soit un système complet d’invariants, ce qui signifie qu’on a
l’équivalence
x ∼G x0 ⇔ Φ(x) = Φ(x0 ),
autrement dit deux éléments sont dans la même orbite si et seulement si leurs invariants,
repérés par Φ, sont les mêmes.
— Il reste enfin à préciser l’image de Φ, i.e. déterminer quels sont les invariants possibles.
Pour étudier X/G, on regarde sa dimension en tant que variété algébrique ; intuitivement la
dimension d’un objet géométrique est le nombre de paramètres dont il dépend. En général
la formule dim X/G = dim X − dim G est correcte et permet de savoir par avance le nombre
d’invariants recherchés. Ainsi dans le cas où X est l’ensemble des triangles du plan euclidien,
qui est donc de dimension 6, et G le groupe des isométries, de dimension 3, on a dim X/G = 3
et on a donc besoin de trois paramètres pour décrire ce quotient qui vont être soit les longueurs
des côtés soit les angles aux sommets et on retrouvera les cas d’isométries des triangles.
Relations entre les invariants : théorèmes : dans le cas où l’on construit un espace
d’invariants Y de dimension > dim X − dim G, l’application de paramètrage Φ ne peut être
injective, autrement dit les invariants ne sont pas indépendants et il y a des relations entre eux.
Ainsi en géométrie euclidienne les longueurs des côtés d’un triangle et ses angles définissent
6 paramètres liés entre eux par les relations :
— les trois formules d’Al-Kashi,
— les deux égalités de la loi des sinus
— et le fait que la somme des angles est égale à π.
Comme on a trop de relations, celles-ci sont aussi liées ; il y a donc des relations entre les
relations. Le coeur de la théorie des invariants consiste à formuler tout théorème de la
géométrie en termes de relations entre des invariants et de donner une méthode systématique
7
pour construire tous ses invariants et les relations entre eux. On pourrait ainsi dire que la
théorie des invariants marque la mort de la géométrie élémentaire , la réduisant à trouver
parmi l’infinité des théorèmes qu’elle peut formuler à volonté, ceux dont l’énoncé géométrique
serait suffisamment simple et élégant.
Dans ce cours nous n’aborderons pas la théorie des invariants proprement dite ; nous nous
limiterons à certaines descriptions des quotients X/G dans le cadre de la géométrie affine
jusqu’à la géométrie hyperbolique en passant par les géométries euclidienne, inversive et
sphérique. Nous chercherons plus particulièrement à mettre l’accent sur la technique dite
de changement de géométrie : plus une géométrie est pauvre plus elle aura des transforma-
tions et moins elle aura d’invariants et de relations. Ainsi partant d’un problème géométrique,
la première étape sera de le considérer dans une géométrie pauvre afin de lui appliquer une
transformation le transportant dans une situation particulière plus simple quand on le regar-
dera dans une autre géométrie plus riche ; celle-ci avec ses nombreux invariants et relations
nous donnera plus d’outils pour attaquer le problème et le résoudre.
Le lecteur trouvera ainsi certains énoncés classiques qui reviendront comme des fils rouges et
dont on donnera de multiples preuves selon qu’on les considère dans telle ou telle géométrie.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
I. Géométrie Affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
I.1. Généralités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
I.1.1. Définition d’un espace affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
I.1.2. Applications affines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
I.1.3. Le groupe affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
I.1.4. Rapport de proportionnalité et théorème de Thalès. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
I.1.5. Théorème de Ménélaüs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
I.2. Coordonnées barycentriques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
I.2.1. Barycentre d’une famille de points pondérés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
I.2.2. relativement à un repère affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
I.2.3. Cas de la dimension 1 et 2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
I.3. Barycentres dans le plan affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
I.3.1. Équations barycentriques de droites. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
I.3.2. Autour du triangle pédal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
I.3.3. Théorème de Pappus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
GÉOMÉTRIE AFFINE
La géométrie affine enseignée dès le collège nous servira de modèle pour la construction
et l’étude d’une géométrie. Nous commencerons par définir l’espace puis son groupe des
transformations et enfin les invariants de la géométrie. Le groupe affine étant gros sa
géométrie ne produit que peu d’invariants : en dimension 1 nous retrouvons le coefficient de
proportionnalité de 3 points que l’on note habituellement de manière abusive sous la forme
AB
AC
alors que ni AB ni AC n’ont de sens. En dimension supérieure, cet invariant se généralise
via la notion de barycentre et de coordonnées barycentriques relativement à une base affine.
Nous développons ensuite le calcul barycentrique à travers tout d’abord les classiques
théorèmes de Céva, Ménélaüs, Pappus et Desargues qui tournent tous autour de la figure
centrale de la géométrie plane : le triangle. Moins classiquement, nous introduisons quelques
constructions autour d’opérations barycentriques simples.
Dans ce chapitre K désignera un corps commutatif éventuellement fini mais que le lecteur
pourra dans un première lecture supposer égal au corps R des nombres réels. On utilisera par
ailleurs les conventions suivantes sur les notations :
— les lettres rondes comme F, E, G, D · · · désignerons des espaces ou des sous-espaces af-
fines ;
— les lettres capitales droites E, F, G, D · · · désignerons des espaces ou sous-espaces vec-
toriels ;
— les lettres minuscules a, b, c, d · · · désignerons des points de l’espace affine ;
— les lettres grecques α, β, γ · · · ainsi que x, y, z, t désignerons des scalaires de K ;
— les vecteurs d’un espace vectoriel seront systématiquement décorés d’une flèche,
→
−u,→−
v ···.
I.1. Généralités
I.1.1. Définition d’un espace affine. —
Définition I.1.1. — Un espace affine E est un ensemble muni d’une action libre et transitive
→
− →
−
d’un espace vectoriel E . La dimension de E est celle de E .
T
Démonstration. — Si l’intersection est vide, il n’y a rien à prouver. Sinon pour a, b ∈ i∈I Fi ,
→
−
le vecteur ab appartient à tous les Fi et donc à leur intersection. Réciproquement pour a ∈
T →
− T →
−
i∈I Fi et u ∈ i∈I Fi , le point a + u appartient à tous les Fi d’où le résultat.
Définition I.1.8. — Soit S une partie de E ; l’intersection de tous les sous-espaces affines
contenant S est le plus petit sous-espace affine contenant S, on le note < S > et on l’appelle
le sous-espace engendré par S.
Définition I.1.9. — Un repère affine de E est une suite (a0 , a1 , · · · , an ) de points de E telle
→
−
que (−
a−→ −−→
0 a1 , · · · , a0 an ) est une base de E .
Remarque : un point a ∈ E est uniquement déterminé par des scalaires α1 , · · · , αn tels que
a = a0 + α1 − a− → −−→
0 a1 + · · · + αn a0 an ; on dit que (α1 , · · · , αn ) sont les coordonnées de a dans le
repère (a0 , · · · , an ).
Système d’équations cartésiennes d’un sous-espace affine de Kn . Soit E un sous-
→
−
espace affine de Kn , de sorte que E en tant que sous-espace vectoriel de Kn de dimension k
admet un système linéaire homogène de n − k équations cartésiennes :
p1 (x1 , · · · , xn ) = 0
···
pn−k (x1 , · · · , xn ) = 0
Proposition I.1.14. — Soient (F, F ) et (G, G) deux sous-espaces affines de (E, E).
1. F et G se coupent si et seulement si →
−
pq ∈ F + G pour tout (p, q) ∈ F × G.
2. E = F +G si et seulement si F ∩H =6 ∅ pour tout sous-espace H parallèle à G et qu’alors
F ∩ G est un sous-espace de E de direction F ∩ G.
3. Si F et G sont supplémentaires alors F ∩ G est réduit à un point.
→
−
W et fixant a, est l’application affine fixant a et de partie linéaire la projection sur V
parallèlement à W .
— Les symétries affines : avec les notations ci-avant, la symétrie affine par rapport à
V parallèlement à W est définie comme l’application fixant V et de partie linéaire la
→
−
symétrie par rapport à V parallèlement à W .
→
− →
−
— Affinité : soit H un hyperplan affine et D un supplémentaire de H dans E. Pour λ ∈ K,
→ est l’application fixant a ∈ H et de partie linéaire Id−
l’affinité aH,− → ⊕λ Id−→.
D ,λ H D
Remarque : de même qu’une application linéaire est déterminée par l’image des vecteurs d’une
base, une application affine est déterminée par l’image des points d’un repère affine.
Remarque : en particulier la seule transformation affine d’un espace de dimension n qui fixe
n + 1 points indépendants est l’identité.
Corollaire I.1.17. — En dimension 2, l’action du groupe affine sur les triangles non plats
(resp. sur les parallélogrammes non plats) est transitive.
Démonstration. — Un triangle non plat du plan affine en détermine une base et réciproquement ;
le résultat découle alors de la proposition précédente. En ce qui concerne les parallélogrammes,
→
− →
−
il suffit de remarquer qu’une application affine f conserve les vecteurs , i.e. si ab = cd
−−−−−→ −−−−−→
alors f (a)f (b) = f (c)f (d).
En ce qui concerne les points fixes d’une application affine, citons les deux résultats suivants.
Lemme I.1.18. — Soit φ une application affine possédant un point fixe a ; alors l’ensemble
→
−
des points fixes de φ est le sous-espace affine a + Ker( φ − Id).
→
− →− →
−
Démonstration. — Soit b un point fixe de φ ; on a alors φ(b) = φ(a) + φ (ab) et donc ab ∈
→
−
Ker( φ − Id) et réciproquement.
Proposition I.1.19. — Une application affine φ possède un unique point fixe si et seulement
→
−
si 1 n’est pas valeur propre de φ .
Démonstration. — Si φ possède un unique point fixe alors d’après le lemme précédent 1 n’est
→
− →
−
pas valeur propre de φ . Réciproquement supposons que 1 n’est pas valeur propre de φ , il
suffit alors de montrer que φ possède un point fixe, il sera unique d’après ce qui précède. Soit
18 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE
→
− →
− − −−−→
a ∈ E et comme φ − Id est surjective soit →
−
v tel que φ (→
v)=→ −v + φ(a)a. Posons c = a + →
−
v
et calculons
→
− −
φ(c) = φ(a) + φ (→ v ) = φ(a) + →
−
v + a − φ(a) = a + →
−
v = c,
d’où le résultat.
Application : les transformations affines de partie linéaire une homothétie de rapport distincts
de 1, sont exactement les homothétiques. En effet d’après la proposition précédente, elles
possèdent un unique point fixe o et sont donc données par la formule h(m) = o + λ− →
om.
Définition I.1.20. — On note GA(E) l’ensemble des bijections affines de E ; c’est un groupe
dit le groupe affine de E. Pour a ∈ E, GAa (E) ⊂ GA(E) désigne le sous-ensemble des bijections
affines fixant le point a.
Proposition I.1.22. — L’ensemble HT (E) des homothéties de rapport non nul et des trans-
→
−
lations de E, est un sous-groupe distingué de GA(E). Il est formé des φ ∈ GA(E) tels que φ
est une homothétie vectorielle de rapport non nul, ou encore tels que pour toute droite D,
φ(D) est une droite parallèle.
Remarque : d’après ce que l’on vient de rappeler sur la transitivité de l’action de G sur les
couples de points d’une droite affine, les mesures algébriques ab et ac ne sont pas des invariants
affines.
Proposition I.1.25. — Les orbites de l’action du groupe affine de dimension 1 sur l’en-
semble des triplets de points distincts d’un espace affine de dimension 1, sont en bijection
avec K − {0} via l’application qui à un tel triplet (a, b, c) associe le coefficient de proportion-
nalité ac
ab
.
Démonstration. — Il s’agit donc de vérifier qu’étant donnés deux triplets (a, b, c) et (a0 , b0 , c0 )
de points distincts, il existe une application affine, nécessairement unique, envoyant a, b, c
0 0
respectivement sur a0 , b0 , c0 si et seulement si λ = ac
ab
est égal à λ0 = aa0 cb0 .
→
−
Vérifions tout d’abord que la condition est bien nécessaire : on a → −
ac = λab de sorte que par
→
− −→ −→
application de φ on a a0 c0 = λa0 b0 et donc λ = λ0 .
20 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE
D D’
H3
a3 a3’
H2
a2 a2’
H1
a1 a1’
Démonstration. — 1 : soit d une équation affine de H1 de sorte que Hi = d−1 (xi ) pour xi des
scalaires. D’après le lemme précédent aa11 aa23 = d(a2) 0
d(a3 ) . Si D est une autre droite alors en notant
a0i = D0 ∩ Hi , on a d(a1 ) = d(a01 ) = 0, d(a02 ) = d(2 ), d(a03 ) = d(a3 ) et donc d’après le lemme
a01 a02 d(a2 )
précédent = d(a3 ) , d’où le résultat.
a01 a03
a’ c’ b’ a’
b’
c’
o
a a b c
b
c
→
−
Démonstration. — Dans le cas où D et D0 sont parallèles, la translation de vecteur ab (resp.
→
−
bc) envoie b0 sur a0 (resp. c0 sur b0 ) de sorte que la composée envoie c0 sur a0 ainsi que a sur c
d’où le résultat.
Si D ∩ D0 = {o} ; soit f (resp. g, l’homothétie de centre o qui envoie a sur b (resp. b sur c).
On a f ◦ g = g ◦ f et comme f (b0 ) = a0 et g(c0 ) = b0 , on en déduit que f ◦ g envoie c0 sur a0 et
a sur c, ce qui donne le résultat.
b’
b
a’
a
c’
b’
c
b
a’
a
o
c
c’
Figure 3. Théorème de Desargues affine
22 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE
Démonstration. — La preuve est similaire à celle de Pappus. Dans le cas où (aa0 ) et (bb0 )
−→
sont parallèles, la translation de vecteur aa0 envoie b sur b0 et la droite (ac) sur (a0 c0 ) et (bc)
sur (b0 c0 ) et donc c sur c0 de sorte que (cc0 ) est parallèle à (aa0 ).
Dans le cas où (aa0 ) et (bb0 ) s’intersectent en o, l’homothétie de centre o qui envoie a sur
a envoie (ab) Sur (a0 b0 ) et (ob) Sur (ob0 ) et donc b sur b0 . De même elle envoie (ac) sur (a0 c0 )
0
a’
c’
b’ c
Figure 4. Ménélaüs
c, c sur a et a sur c de sorte que leur composé est une homothétie de rapport 1 qui laisse
stable le point c, c’est donc l’identité. On en déduit alors que les centres sont alignés d’où le
résultat.
−→ = (Pn α )−
Remarque : la fonction qui à m associe ni=1 αi − →
P Pn
ma i i=1 i mg est surjective si i=1 αi 6=
0. Dans le cas contraire, elle est constante.
Définition I.2.3. — Le point g de la proposition précédente est appelé le barycentre du
système ; dans le cas où tous les αi sont égaux, on parle alors d’isobarycentre.
Remarque : le barycentre n’est pas modifié si on multiplie tous
Pn les coefficients αi par un même
scalaire. Habituellement il est agréable de fixer la somme i=1 αi = 1.
Remarque : dans le cas d’une famille infinie de points pondérée, indexée par un ensemble I,
on considère des barycentres ne faisant intervenir qu’un nombre fini de points ; on dit que la
pondération est à support fini.
Proposition I.2.4. — P 1 , α1 ), · · · , (an , αn ) et (b1 , β1 ), · · · , (bm , βm ) deux systèmes
Soient (aP
de points pondérés avec i αi et j βj non nul. Alors le barycentre g du système
(a1 , α1 ), · · · , (an , αn ), (b1 , β1 ), · · · , (bm , βm )
est le barycentre du système (a1 , α1 ), · · · , (an , αn ), (b, m
P
j=1 βj ) où b est le barycentre du
système (b1 , β1 ), · · · , (bm , βm ).
Remarque : c’est ce que l’on appelle l’associativité du barycentre.
Démonstration. — Il suffit de revenir à la définition
X −→ X →
−
βj )→
− αi − →+ αi −→+(
X X X X
( αi + og = oa i βj obj = oa i βj ) ob.
i j i j i j
a’
o b
b’
c
c’
p
q
— f est affine ;
— f conserve le barycentre, i.e. si g est le barycentre de (a1 , α1 ), · · · , (an , αn ), alors f (g)
est le barycentre de (f (a1 ), α1 ), · · · , (f (an ), αn ).
Les propriétés (iv) ou (v) montrent que si les points a0 , · · · , ak sont affinement
indépendants, il en est de même de toute sous-familles de points ; combiné avec (i) ⇒ (ii)
cela achève de montrer (i) ⇒ (iii).
Remarque : on peut interpréter ces coefficients comme des rapports d’hypervolumes (d’aires
en dimension 2).
développant det(−−→ + − −→ −−→ −−→ Pn
Démonstration. — EnP ma 0 a0 a1 , · · · , ma0 + a0 an ), on obtient i=0 xi = 1.
Ainsi en posant →u = ni=0 xi −
− −→, il suffit de montrer que →
ma i
−
u est le vecteur nul. On calcule
α = det(→
n
−u,−−→, · · · , −
ma 1
−−−→). Par multi-linéarité, on obtient
ma n−1
det(−
a−→ −−→ −−→ −−−−→ −−→ −−→ −−−−→
0 a1 , · · · , a0 an )αn = x0 det(ma0 , · · · , man−1 ) + xn det(man , ma0 , · · · , man−1 ) = 0.
Posons b = m + → − n
P
u = y a de sorte que b appartient au sous-affine engendré
i=0 i i
par {m, a1 , · · · , an−1 }. Par symétrie du problème b appartient à tout sous-espace affine
< m, a0 , · · · , abi , · · · , abj , · · · , an >, où 0 ≤ i < j ≤ n. Montrons alors par récurrence descen-
dante sur k que b appartient au sous-espace affine < m, a0 , · · · , ak−1 >. On vient de prouver
le résultat pour k = n − 1 montrons alors le passage de k + 1 à k. Comme < m, a0 , · · · , ak >
est de dimension inférieure ou égale à k + 1 et que < a0 , · · · , an > est de dimension n, il
existe k < r ≤ n tel que ar 6∈< m, a0 , · · · , ak >. Par symétrie du problème l’hypothèse de
récurrence au rang k + 1, montre que b ∈< m, a0 , · · · , ak−1 , ar > et donc b appartient à
l’intersection X de < m, a0 , · · · , ak > et < m, a0 , · · · , ak−1 , ar > laquelle intersection est
I.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 27
strictement contenu dans < m, a0 , · · · , ak−1 , ar > et contient < m, a0 , · · · , ak−1 > de sorte
que X =< m, a0 , · · · , ak−1 >.
→
−
Au final, on obtient b ∈< m > et donc → −
u = 0 d’où le résultat.
M
A A A
A
M
M B
B
C C
B B A’
A’ C C A’
M
Corollaire I.3.4. — La droite parallèle à (bc) et passant par a a, dans le repère abc, pour
équation barycentrique β + γ = 0.
→
−
Démonstration. — On écrit que la droite cherchée passe par les points a et a + bc = a + c − b,
soit
1 1 α
0 −1 β = 0
0 1 γ
soit β + γ = 0.
Démonstration. — (i) ⇒ (ii) : soit (x, y, z) est un vecteur non nul du noyau de M de sorte
qu’en considérant les formes affines, on a xd1 + yd2 + zd3 = 0. Si D1 et D2 se rencontrent en
un point a, en injectant a dans la relation précédente, on obtient d3 (a) = 0 et donc D3 passe
par a. Si D1 et D2 ne se rencontrent pas, d’après le cas précédent D3 ne rencontre pas D1 et
les trois droites sont donc parallèles.
Réciproquement si les trois droites sont concourantes en a = (x, y, z) alors (x, y, z)M est
le vecteur nul et la matrice m n’est pas inversible. Si les trois droites sont parallèles alors les
trois formes affines sont de la forme d1 , d2 = d1 + a(α + β + γ) et d3 = d1 + b(α + β + γ) et
sont donc liées (a − b)d1 + bd2 − ad3 = 0 et la matrice M n’est pas inversible.
c’=(x:y:0)
c
b’=(x’:0:z’)
−→ −
→ →
− c0 a
Démonstration. — De l’égalité xc0 a + y c0 b = 0 , on en déduit que c0 b
= −y/x. De même
b0 a
b0 c
= −z 0 /x0 de sorte que d’après le théorème de Thalès, (b0 c0 ) est parallèle à (bc) si et
seulement si x0 y = xz 0 .
Dans le cas contraire, le point d’intersection i de (bc) et (b0 c0 ) a pour coordonnées bary-
centriques homogènes (0 : α : β) tel que d’après le lemme I.3.1 en utilisant que i, b0 , c0 sont
alignés
0 x0 x
α 0 y = αxz 0 + βx0 y = 0,
β z0 0
ce qui donne le résultat.
I.3. BARYCENTRES DANS LE PLAN AFFINE 31
Figure 8. Céviennes
b’
c’
b a’ c
0 0 0
Démonstration. — On a α = − aa0 cb , β = − bb0ac , et γ = − cc0 ab . Dans le repère affine (a, b, c)
on note (xa , xb , xc ) les coordonnées d’un point ; une équation de la droite (aa0 ) (resp. (bb0 ),
resp. (cc0 )) est xb − αxc = 0 (resp. xc − βxa , resp. xa − γxb ) de sorte que les droites sont
concourrantes ou parallèles si et seulement si
0 −β 1
1 0 −γ = 1 − αβγ = 0.
−α 1 0
a
q p
D
r
a’
D’ b’
c’
→
−
On considère toujours un espace affine E mais on suppose désormais que E = E est un
R-espace vectoriel muni d’un produit scalaire ; on demande alors à nos transformations af-
fines d’avoir une partie linéaire qui conserve le produit scalaire et on parle du groupe affine
orthogonal. Ainsi bien que l’espace soit le même qu’en géométrie affine, le groupe des trans-
formations considéré est plus petit de sorte que l’on s’attend à avoir plus d’invariants.
Considérons par exemple l’ensemble des couples de points distincts de l’espace affine ; nous
avons vu que l’action du groupe affine produisait une unique orbite. En revanche si on restreint
l’action au sous-groupe euclidien, les orbites sont paramétrées par R× /{±1} et on retrouve
la notion de longueur. Si on considère des couples de droite du plan affine euclidien, une
orbite sous l’action du groupe affine orthogonal est appelé un angle non orienté de droites
et on peut définir sa mesure à l’aide de la description du groupe orthogonal euclidien. Ainsi
on associe à tout triangle du plan affine euclidien ses trois longueurs et ses trois angles au
sommet ; l’ensemble des triangles non plats du plan étant de dimension 6 et comme le groupe
affine orthogonal est de dimension 3, on s’attend à décrire l’ensemble des orbites des triangles
sous l’action du groupe orthogonal avec 3 paramètres parmi les 6 définis par ses longueurs et
angles aux sommets : c’est ce que l’on appelle classiquement les cas d’isométries des triangles.
En outre on doit pouvoir donner 3 relations indépendantes entre ces 6 quantités, qui seront
la loi des sinus, le théorème d’Al Kashi et la somme des angles égale à π.
Au lieu de demander à nos applications linéaires de conserver le produit scalaire, on peut aussi
simplement leur demander de conserver sa nullité, i.e. considérer le sous-groupe des éléments
g du groupe linéaire tels que (x|y) = 0 ⇒ (g(x)|g(y)) = 0. On obtient alors le groupe des
similitudes et la géométrie associée s’appelle la géométrie semblable. Le groupe des similitudes
étant de dimension 4, on devrait pouvoir paramétrer les classes de similitudes des triangles
du plan affine euclidien à l’aide de 2 paramètres parmi les 6 constitués des longueurs et des
angles.
II.1.1. Produit scalaire. — Dans la suite E désignera un espace vectoriel réel de dimen-
sion n.
Remarque : une base (e1 , · · · , en ) étant donnée, la matrice de ϕ dans cette base est la matrice
M = (mi,j )1≤i,j≤n avec mi,j = (ei |ej ). Si X et Y désigne les matrices colonnes des coordonnées
des vecteurs x et y alors (x|y) = tXM Y . En outre si P désigne la matrice de passage de la
base (e1 , · · · , en ) vers une base (e01 , · · · , e0n ), alors la matrice de ϕ dans cette nouvelle base est
M 0 = tP M P .
Remarque : la fameuse inégalité de Cauchy-Schwarz |(x|y)| ≤ ||x|| ||y||, relie le produit scalaire
de deux vecteurs avec leur norme.
Remarque : une autre définition d’orthogonalité est donnée par le théorème de Pythagore
vectoriel, i.e. x et y sont orthogonaux si et seulement si on a ||x + y||2 = ||x||2 + ||y||2 .
Remarque importante : la donnée de ϕ fournit un isomorphisme canonique entre E et
son dual E ∗ via l’application x 7→ (y 7→ (x|y)). On peut ainsi voir l’orthogonal d’une partie
comme un sous-espace de E, d’où la définition suivante.
Remarque : en particulier on a dim V ⊥ = dim E − dim V . Citons aussi les faits élémentaires
suivants :
(V ⊥ )⊥ = V, (V + W )⊥ = V ⊥ ∩ W ⊥ , (V ∩ W )⊥ = V ⊥ + W ⊥ .
Définition II.1.6. — Une base orthonormée de E est une famille (e1 , · · · , en ) telle que pour
tout 1 ≤ i, j ≤ n, (ei |ej ) = δi,j .
Remarque : une façon de construire une base orthonormée est de partir d’une base quelconque
et d’appliquer le procédé d’orthonormailsation de Gram-Schmidt.
II.1. LE GROUPE DES ISOMÉTRIES AFFINES 37
Définition II.1.8. — Le noyau de l’application det : O(E) → {±1} est noté O+ (E) ou
encore SO(E) et ses éléments sont dits des isométries positives ou directes.
Définition II.1.9. — Une réflexion est une symétrie orthogonale f telle que Ker(f − Id)
est un hyperplan.
Théorème II.1.10. — Tout isométrie de E est produit de n − dim Ker(f − Id) réflexions,
ce nombre étant optimal.
→
− →
− →
−
Démonstration. — D’après I.1.23, il suffit de vérifier que E = Ker( f − Id) ⊕ Im( f − Id).
D’après le théorème du rang, il suffit de vérifier qu’ils sont en somme directe ce qui résultera
du fait qu’ils sont orthogonaux. En effet soit → −
x dans le noyau et → −
y dans l’image ; on a
→
− →− →
− →
− →
− →
− →
− →
−
f ( x ) = x et il existe z tel que f ( z ) − z = y . On a alors
→
− − → − − →
− − → − −
(→
−
x |→
−
y ) = ( f (→
x )| f (→z )−→−z ) = ( f (→ x )| f (→
z )) − (→
−
x |→
−
z ) = 0.
Remarque : ainsi outre les isométries admettant un point fixe, correspondant donc à des
isométries vectorielles, en dimension 2 on obtient les symétries glissées et en dimension 3 les
vissages.
Théorème II.1.16. — Toute isométrie est produit de réflexions orthogonales.
→
−
Remarque : en ce qui concerne le nombre, il est ≤ n − dim Ker( f − Id) + 2.
II.2. GÉNÉRALITÉS 39
II.2. Généralités
→
−
Dans la suite E désigne un espace affine de dimension n tel que E est un espace euclidien,
i.e. un R-espace vectoriel muni d’un produit scalaire.
II.2.1. Sphères. —
−−→
Définition II.2.1. — On définit une distance d sur E par la formule d(A, B) = ||AB|| que
l’on notera aussi AB.
Définition II.2.2. — Soit O un point de E et r un réel positif ou nul. La sphère (resp. la
boule fermée) de centre O et de rayon r est l’ensemble
S(O, r) = {M ∈ E, OM = r}, (resp. B(O, r) = {M ∈ E, OM ≤ r}).
Remarque : en dimension 2 on parle habituellement de cercle et de disque.
Remarque : l’équivalence des normes en dimension finie se traduit dans notre contexte en
disant qu’étant donnée deux structures euclidiennes sur E, il existe r ≤ t tel que B(0, r) ⊂
B 0 (O, 1) ⊂ B(O, t), où B 0 (O, 1) est la boule unité pour le deuxième produit scalaire.
40 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE
II.2.2. Orthogonalité. —
→
− −
→
Définition II.2.9. — Deux sous-espaces affines V et W sont dits orthogonaux si V et W
le sont ; il sont dits perpendiculaires s’ils sont orthogonaux et d’intersection non vide.
−−−→ −−−→
Définition II.2.10. — Un repère affine A0 , · · · , An est dit orthonormé si (A0 A1 , · · · , A0 An )
→
−
est une base orthonormée de E .
Définition II.2.11. — Soient V un sous-espace affine de dimension k, M un point de E et
W le sous-espace affine de dimension n − k passant par M et perpendiculaire à V . L’unique
point d’intersection de V et W est appelé le projeté orthogonal de M sur V. L’application qui
à M associe son projeté orthogonal sur V est appelé la projection orthogonale de E sur V et
notée pV .
II.2. GÉNÉRALITÉS 41
Remarque : le projeté orthogonal A de M sur V vérifie les propriétés suivantes qui le ca-
ractérise :
−−→ −−→
— pour tout B ∈ V, on a (AB|AM ) = 0 ;
— pour tout B ∈ V, on a M A ≤ M B ;
— pour tout B ∈ V − {A}, on a M A < M B.
Définition II.2.12. — On appelle distance de M à V la distance de M à son projeté or-
thogonal sur V ; c’est la plus courte distance de M à un point de V.
Définition II.2.13. — Soient A et B deux points distincts de E, alors l’ensemble des points
M équidistants de A et B est l’hyperplan affine perpendiculaire à (AB) passant par le milieu
de A et B. On l’appelle l’hyperplan médiateur ou la médiatrice en dimension 2.
Proposition II.2.14. — Dans un triangle ABC du plan affine euclidien, les médiatrices
sont concourantes.
Démonstration. — Si O est l’intersection de deux de ces médiatrices, alors O est à égale
distance de A, B et C et appartient donc à la troisième médiatrice.
Définition II.2.15. — Soient A et B deux points distincts de E ; pour C un point de E
n’appartenant pas à (AB), l’hyperplan parallèle à l’hyperplan médiateur et passant par C est
appelée la hauteur de AB issue de C.
Proposition II.2.16. — Dans un triangle ABC du plan affine euclidien, les hauteurs sont
concourantes.
Démonstration. — Considérons comme sur la figure 1, la droite DA passant par A et parallèle
C’ A B’
B C
A’
II.2.3. Angles d’un plan vectoriel orienté. — On cherche à définir la notion d’angle,
de droites ou de demi-droites, orienté ou non, se coupant en un point O. On se ramène pour
cela en vectoriel en pointant notre espace affine en O ; en considérant alors l’espace vectoriel
engendré par ces droites, on se ramène au cas de R2 muni du produit scalaire usuel et d’une
orientation.
Définition II.2.17. — Un angle orienté (reps. non orienté) de droites de R2 est une classe
d’équivalence de l’ensemble des couples de droites de E sous l’action de O2+ (R) (resp. O2 (R)).
On définit de la même la notion d’angle orienté ou non orienté de demi-droites.
la matrice d’une rotation r ∈ O2+ (R) est donnée par un
Dans la base canonique de R2 ,
cosθ −sinθ
élément θ ∈ R/2πZ par la formule . Le paramètre θ est appelé l’angle de la
sinθ cosθ
rotation.
Définition II.2.18. — La mesure d’un angle orienté de deux demi-droites de R2
est le paramètre θ ∈ R/2πZ de l’unique rotation r qui envoie la première demi-droite sur
la deuxième. La mesure d’un angle orienté de deux droites de R2 est le paramètre
θ ∈ R/πZ, tels que θ, θ + π ∈ R/2πZ correspond aux angles des deux rotations qui envoient
la première droite sur la deuxième.
Proposition II.2.19. — Soient D1 , D2 , D3 trois demi-droites (resp. droites) de R2 ; la me-
sure de l’angle entre D1 et D2 est la somme de la mesure des angles entre D1 et D2 avec celui
entre D2 et D3 .
Démonstration. — Le résultat découle directement de la définition de la mesure d’un angle
de demi-droites (resp. de droites) et de l’isomorphisme de groupe SO(2, R) ' R/2πZ. Dans
le cas des droites il suffit de remarquer que pour r1 et r2 deux rotations alors l’angle de
(±r1 ) ◦ (±1r2 ) est bien défini modulo π.
Notation II.2.20. — Si A, B, C désignent trois points distincts du plan affine euclidien,
−−→
\ −→ −−→ −→
on note (AB, AC) la mesure de l’angle orienté entre les demi-droites (A, AB) et (A, AC).
L’angle orienté des droites associées sera noté BAC.
\
Dans un triangle ABC on notera
−−→
\ −→ −−→\ −−→ −→\ −−→
α = (AB, AC), β = (BC, BA), γ = (CA, CB)
et Â, B̂, Ĉ les angles orientés de droites correspondant.
Lemme II.2.21. — Soit O une point du plan affine euclidien ainsi que trois points A, B, C
distincts de O. On a alors la formule
−→
\ −−→ −→
\ −−→ −−→
\ −−→
(OA, OC) ≡ (OA, OB) + (OB, OC) mod 2π
[ ≡ AOB
AOC \ + BOC
\ mod π.
Démonstration. — Le résultat découle directement de la définition de la mesure d’un angle
et de la structure de groupe de SO(2, R) ' R/2πZ.
II.2. GÉNÉRALITÉS 43
Lemme II.2.22. — Trois points distincts A, B, C du plan affine euclidien sont alignés si et
−−→
\ −→
seulement si (AB, AC) ≡ 0 mod π.
Proposition II.2.23. — Soit ABC un triangle de E dont on note α, β, γ les angles orientés
respectivement en A, B et C. On a alors α + β + γ = π mod 2π.
C D
A’
A B
C’
de sorte que
−−→
\ −−→ −−\
→ −−→ −−→
\ −−→ −−\
→ −−→
α + β + γ = (BC 0 , BA0 ) + (BA0 , BD) + (BD, BC) = (BC 0 , BC) = π mod 2π.
En ce qui concerne les angles non orientés, commet la réflexion par rapport à la bissectrice
échange l’ordre, la mesure n’est définie qu’au signe près ; parfois on choisit comme la mesure
d’un angle orienté son unique représentant dans [0, π]. Notons aussi, comme ±α ± β n’est
pas égal à ±(α + β) que la propriété d’additivité des angles n’est plus valide. Leur utilisation
correspondra au cas où seul intervient le cosinus de l’angle de sorte que l’orientation n’est pas
nécessaire. Citons une de ces situations.
44 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE
Remarque : la mesure de l’angle non orienté θ entre deux cercles est aussi celui entre les
tangentes en un point de leur intersection. On note aussi que les cercles sont tangents
intérieurement (resp. extérieurement) si et seulement si θ ∈ [0, π] est égal à 0 (resp. π).
II.3. En dimension 2
II.3.1. Théorème de l’angle au centre. —
Théorème II.3.1. — Soit A, B, C sont trois points distincts d’un cercle de centre O et
T 6= B un point de la tangente en B alors
−−→
\ −−→ −−→
\ −→ −→
\ −−→
(OB, OC) = 2(AB, AC) = 2(BT , BC) mod 2π.
Démonstration. — Les notations sont celles de la figure 3 : le triangle A0 OB étant isocèle, on
−−\
→ −−→ −−\
→ −−→ −−\
→ −−→
a d’après II.2.23 (OA0 , OB) = π − 2(π/2 − (AA0 , AB) = 2(AA0 , AB). De même pour le point
−−→
\ −−→ −→\ −−→ −→\ −−→
C, on obtient (OC, OA0 ) = π − 2(π/2 − (AC, AA0 ) = 2(AC, AA0 ) et le résultat en découle par
addition des angles.
Corollaire II.3.2. — Critère de cocyclicité Quatre points distincts deux à deux,
A, B, C, D sont cocycliques ou alignés si et seulement si
CAD
\ = CBD
\ mod π.
II.3.2. Axe radical et autres lignes de niveau. — Nous avons déjà rencontré un certain
nombre de lignes de niveaux :
— {M ∈ E : OM = r}, i.e. celle du cercle de centre O ∈ E et de rayon r ;
−−→ −−→
— {M ∈ E : (M A | M B) = 0}, i.e. le cercle de diamètre [AB] ;
— {M ∈ E : M A = M B}, soit la médiatrice de [AB] ;
— {M ∈ E : AM \ B = α mod π} est le cercle passant par A, B et de centre O tel que
−→
\ −−→
(OA, OB) = 2α mod 2π.
On peut préciser le dernier point en considérant les angles des vecteurs.
II.3. EN DIMENSION 2 45
A A’
O
Proposition II.3.3. — Soient A, B deux points distincts de E et α ∈ [0, 2π] un réel. L’en-
−−→
\ −−→
semble des points M ∈ E tels que (M A, M B) = α est un arc de cercle passant par les points
−→
\ −−→
A et B de centre O tel que (OA, OB) = 2α et délimité par (AB), cf. la figure 4. L’autre arc
−−→
\ −−→
de cercle correspond à la ligne de niveau (M A, M B) = α + π.
Remarque : avec les angles non orientés de vecteur, la ligne de niveau correspondante est la
réunion de l’arc de cercle de la proposition précédente avec son symétrique par rapport à
(AB).
M
a
2a
A a
pi-a B
−−→
1. Si ni=1 λi = 0 alors on rappelle que → −
u = ni=1 λi OAi est un vecteur indépendant du
P P
point O considéré :
→
− −−→ −
(a) si →
−
u 6= 0 , la ligne de niveau Lk = {M ∈ E : (OM , →
u ) = f (O)−k
2 , soit une droite
orthogonale à (O, →
−u);
→
−
(b) si →
−
u = 0 alors f est une fonction constante et toutes les lignes de niveaux sont
vides sauf une égale à tout l’espace.
Pn
2. Si i=1 λi 6= 0 alors on note G le barycentres des pointsqpondérés (Ai , λi ). Alors les
k−f (G)
lignes de niveau sont des cercles centrés en G et de rayon P n étant entendu qu’ils
i=1 λi
k−f (G)
sont vides dans le cas où la fraction P n est < 0.
i=1 λi
Démonstration. — On a clairement S = bcsinα 2 ce qui donne les trois premières égalités. Pour
la dernière, on considère dans le cercle circonscrit le point A0 diamétralement opposé à A. Le
triangle AA0 C étant rectangle en C, on en déduit alors b = 2Rsinβ, en utilisant le théorème
de l’angle au centre (en effet sinβ = sinAA \ 0 C).
AB 2 AC 2
+ = 1.
BC 2 BC 2
Démonstration. — On note AH la hauteur menée de A sur BC, les triangles ABC et AHB
AB
sont semblables de sorte que BC = BH 2 2
AB . De même on a CH = [Link] et donc AB +AC =
2
(BH + HC)BC = BC ; 2
II.4. En dimension 3
On suppose désormais que l’espace affine euclidien E est de dimension 3 muni d’une orien-
tation.
Démonstration. — Notons f (→ −
x ) le membre de droite de la formule de Rodrigues ; l’applica-
3 3
tion f : R → R est une combinaison linéaire des trois applications linéaires :
— l’identité →
−
x 7→ →
−
x;
— la projection orthogonale sur la droite dirigée par →
−
u :→−x 7→ (→
−x,→
−
u )→
−u;
→
− →
−
— x 7→ u ∧ x . →
−
On complète →−u en une base orthonormée (→
−u,→−
v ,→−
w ) de sorte que la matrice de f dans cette
base est
1 0 0 1 0 0 0 0 0
cosθ 0 1 0 + (1 − cosθ) 0 0 0 + sinθ 0 0 −1
0 0 1 0 0 0 0 1 0
1 0 0
qui est bien la matrice de rotation 0 cosθ −sinθ de l’axe orienté par → −
u et d’angle
0 sinθ cosθ
θ.
II.4.2. Angles. — On suppose que E est un R espace vectoriel de dimension 3 muni d’une
orientation. Comme en dimension 2, l’angle de deux vecteurs → −u,→
−
v de E est une orbite sous
le groupe orthogonal SO(3, R).
Remarque : on notera bien que les orbites sous SO(3, R) et O(3, R) des couples de vecteurs
de E, sont les mêmes ; en effet le retournement selon la bissectrice de → −u,→
−v dans le plan
→
− →
− →
− →
−
P =< u , v > échange u et v . Ainsi il n’y a pas de distinction entre les angles orientés et
non orientés de vecteurs.
La mesure de l’angle (→ −
u,→
\ −
v ) se définit en le considérant comme un angle non orienté du
→
− →
−
plan P =< u , v >.
Remarque : la relation de Chasles sur l’additivité des mesures des angles, n’est valide que
pour des vecteurs coplanaires.
On définit de même les angles de demi-droites, de droites ainsi que leurs mesures.
52 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE
Définitions II.4.6. — — L’angle dièdre est l’orbite sous SO(3, R) de deux demi-plans
limités par une droite commune orientée : les deux demi-plans P, P 0 sont appelés les
faces et la droite commune − → l’arête du dièdre P.−
xy → 0.
xy.P
— On appelle mesure de l’angle d’une face, la mesure de l’angle non orienté des deux arêtes
la définissant.
— On appelle rectiligne du dièdre l’angle plan orienté obtenu en coupant le dièdre par
un plan perpendiculaire Q à son arête. L’orientation de l’espace et de l’arête munit Q
d’une orientation et la mesure de l’angle dièdre est alors la mesure de l’angle orienté
des droites P ∩ Q et P 0 ∩ Q du plan orienté Q.
— On définit la somme de deux dièdres en faisant coı̈ncider leur arête orientée et en
additionnant leur rectiligne ; on peut ainsi parler de plan bissecteur d’un dièdre.
— Plus généralement on appelle angle polyèdre la figure formée par plusieurs plans pas-
sant par un même point S appelé sommet, et limités à leurs intersections successives,
lesquelles sont des demi-droites appelées arêtes.
— Un angle polyèdre est dit convexe s’il est tout entier d’un même côté par rapport au
plan d’une quelconque de ses faces.
Remarque : les trièdres sont nécessairement convexes.
Pour mesurer l’angle θ que font deux demi-droites d’extrémité O, on trace un cercle de
centre O, de rayon r > 0 de sorte que θ = l(r) r où l(r) est la longueur de l’arc de ce cercle
délimité par ces deux demi-droites. Plus généralement l’angle pan sous lequel on voit de O la
courbe Γ est défini par l’intégrale
Z −−→ −−→
(OM , dM )
θ= −−→ .
Γ ||OM ||2
II.4.3. Formule d’Euler. — On nomme polyèdre un volume limité par des surfaces toutes
planes : les portions de plan qui le délimitent sont appelés ses faces. Il est dit convexe s’il est
situé tout entier d’un seul et même côté par rapport au plan d’une quelconque d’une de ses
faces.
Proposition II.4.8. — Formule d’Euler
Soient F (resp. A, resp. S) le nombre de faces (resp. d’arêtes, resp. de sommets) d’un polyèdre
convexe, on a alors F − A + S = 2.
II.5. ALGÉBRISATIONS 53
où fi désigne le nombre de faces formées de polygones à i côtés. Le résultat découle directement
de l’égalité de ces deux calculs.
II.5. Algébrisations
II.5.1. Nombres complexes. — L’ensemble C des nombres complexes est un R-espace
vectoriel de dimension 2. L’application
ϕ : C2 → R
définit un produit scalaire sur C ' R2 tel que (1, i) est une base orthonormée. Par convention
le plan vectoriel C est orienté de sorte que la base (1, i) est directe.
Définition II.5.1. — Si z est un nombre complexe de module 1 alors son écriture dans la
base orthonormée (1, i) est de la forme a + ib avec a2 + b2 = 1 et il existe donc θ ∈ R/2πZ tel
que (a, b) = (cosθ, sinθ). Le paramètre θ s’appelle l’argument de z.
Ainsi pour z ∈ C, non nul, on peut l’écrire sous la forme r cosθ + isinθ , où r = |z| est le
z
module de z et θ l’argument de |z| qu’on appelle encore l’argument de z.
Remarque : on note U l’ensemble des nombres complexes de norme 1 ; l’application argument
défini alors un morphisme de groupe U → R/ZπZ, i.e. l’argument de z1 z2 est la somme des
arguments de z1 et z2 . Via la notion d’exponentielle, on a aussi cosθ + isinθ = eiθ .
Revenons à la géométrie euclidienne affine ; étant donné un point O du plan affine euclidien,
les points du plan sont alors repérés par leur affixe qui sont un nombre complexe. Le produit
scalaire s’interprète via l’application ϕ ci-dessus.
Lemme II.5.2. — Soient (A1 , α1 ), · · · , (An , αn ) des points pondérés du plan affine euclidien
pointé en O repérés par les affixes a1 , · · · , αn . Si α := α1 + · · · + αn 6= 0 alors le barycentre
1 Pn
de ce système a pour affixe α i=1 αi ai .
−−→ P −−→
Démonstration. — Le résultat découle de l’écriture αOG = ni=1 αi OAi .
En ce qui concerne le groupe des similitudes directes, on a la description suivante.
54 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE
Proposition II.5.3. — L’ensemble des isométries affines positives du plan affine vectoriel
pointé en O est en bijection avec C× × C via l’application (a, b) 7→ (z 7→ az + b) :
— pour a = 1, on obtient la translation de vecteur d’affixe b ;
— pour a 6= 1, la transformation z 7→ az + b admet un unique point fixe ω = b/(1 − a) :
— si |a| = 1 avec a 6= 1, on écrit alors az + b sous la forme eiθ (z − ω) + ω et on obtient
la rotation d’angle θ et de centre le point Ω d’affixe ω ;
— si |a| = λ 6= 1 alors az + b = λeiθ (z − ω) + ω est la similitude directe de centre ω, de
rapport λ et d’angle θ.
Remarque : la structure de groupe sur C× × C par celle du groupe des similitudes directes se
décrit comme suit : (a, b).(a0 , b0 ) = (aa0 , ab0 + b).
II.5.2. Quaternions. —
Définition II.5.5. — L’ensemble H des quaternions est un R-espace vectoriel de dimension
4 muni d’une base {1, i, j, k} que l’on munit d’une loi interne H×H → H définie par bilinéarité
à partir des relations suivantes :
12 = 1, 1.i = i.1 = i, 1.j = j.1 = j, 1.k = k.1 = k
i2 = −1, j 2 = −1, k 2 = −1
ij = k, jk = i, ki = j
ji = −k, kj = −i, ik = −j.
La partie réelle (resp. imaginaire) d’un quaternion a.1 + b.i + c.j + d.k est le nombre réel a
(resp. b.i + c.j + d.k) ; il sera dit réel (resp. imaginaire pur) si sa partie imaginaire (resp. réelle)
est null.
Proposition II.5.6. — Le R-espace vectoriel H muni de la loi interne . est un anneau non
commutatif.
Démonstration. — La première solution un peu fastidieuse consiste à vérifier un à un les
axiomes qui font de (H, +, .) un anneau non commutatif. Une autre solution consiste à réaliser
(H, +, .) comme un sous-anneau de l’ensemble de matrices M2 (C). Explicitement notons
n o
z −w
Hmat = ⊂ M2 (C)
w̄ z̄
et considérons l’application
f : H → Hmat
a + ib −c − di
a.1 + b.i + c.j + d.k 7→
c − di a − ib
56 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE
Remarque : en particulier,
— pour u, v ∈ H on a u + v = ū + v̄ et uv = v̄ū ;
— pour u ∈ H et λ ∈ R, on a λu = λū ;
¯ = u.
— pour u ∈ H, ū
Proposition II.5.9. — L’anneau (H, +, .) est un corps non commutatif de centre R.1.
1
Démonstration. — Soit u ∈ H non nul ; son inverse est ||u|| ū. Par ailleurs si u = a+bi+cj +dk
est dans le centre alors ui = ai − b − ck + dj et iu = ai − b + ck − dj et donc c = d = 0. De
même l’égalité ju = uj fournit b = 0 et donc u est réel. Réciproquement tout quaternion réel
est bien dans le centre.
Définition II.5.11. — On identifie l’ensemble Him des quaternions imaginaires purs à l’es-
pace R3 en identifiant x = x1 i + x2 j + x3 k au vecteur →
−
x = (x1 , x2 , x3 ) ∈ R3 .
Démonstration. — On calcule
xy = −(x1 y1 + x2 y2 + x3 y3 ) + (x2 y3 − x3 y2 )i + (x3 y1 − x1 y3 )j + (x1 y2 − x2 y1 )k
et le résultat en découle de la formule qui exprime les coordonnées du produit vectoriel de
deux vecteurs.
Remarque : en particulier pour un quaternion imaginaire pur x, on a x2 = −||→ −
x ||2 .
Corollaire II.5.13. — Des vecteurs → −x,→−y ,→
−z forment une base orthonormée si et seulement
si les quaternions imaginaires purs associés x, y, z vérifie les relations suivantes :
x2 = y 2 = z 2 = −1, xy = −yx = z, yz = −zy = x, zx = −xz = y.
Démonstration. — Les premières relations s’interprètent d’après la remarque précédente en
disant que les vecteurs →−
x,→ −
y ,→
−
z sont unitaires. Les relations d’anticommutation sont auto-
matiques car x, y, z sont imaginaires purs. Enfin le fait que xy, yz, zx soient imaginaires purs
est équivalent à demander que →−x,→
−y ,→
−
z sont orthogonaux deux à deux et l’égalité xy = z
s’interprète en x ∧ y = z et donc la base (→
→
− →
− →
− −
x,→−y ,→−
z ) est directe.
Notation II.5.14. — Soit U = {u ∈ H : ||u|| = 1} l’ensemble des quaternions unitaires.
Définition II.5.15. — Pour u ∈ U un quaternion unitaire, soit Φu : H → H définie par
Φu (x) = uxū.
Remarque : pour tout u ∈ U, l’application Φu est un morphisme d’anneau tel que
Φu (x) = Φu (x̄), Φu|R = IdR , ||Φu (x)|| = ||x||
de sorte que la partie réelle de Φu (x) est égale à celle de x. Par ailleurs l’application Φ : u ∈
U 7→ Φu est un morphisme de groupe de noyau égal à {±1} soit l’ensemble des quaternions
unitaires réels.
Corollaire II.5.16. — La restriction Ψu de Φu aux quaternions imaginaires purs est, via
l’identification de Him avec R3 , un automorphisme unitaire positif que l’on notera Rotu :
R3 → R3 . L’application u 7→ Rotu est alors un morphisme surjectif de U sur SO(3, R) de
noyau {±1}.
Démonstration. — Nous avons déjà vu que Ψu était unitaire, il reste donc à voir qu’il est
positif. Soient donc x, y, z des quaternions imaginaires purs tels que leurs images → −
x,→−
y ,→
−
z
3
forment une base orthonormée de R . D’après le corollaire II.5.13 cela équivaut à demander
la liste des relations de loc. cit. lesquelles sont clairement conservées par Ψu et donc Ψu est
bien positif.
Nous avons déjà noté que u 7→ Rotu était un morphisme de groupe dont le noyau était
{±1} ; en ce qui concerne la surjectivité elle découle du lemme suivant en notant que pour
→
−x ∈ R3 de norme 1 et θ réel z = cosθ + sinθx appartient à U :
(cosθ + sinθx)(cosθ − sinθx) = 1.
→
− α β→ − β α− α β− → −
v = cos sin b + cos sin → a + sin sin → a ∧ b.
2 2 2 2 2 2
Notation II.5.21. — On notera les quaternions sous la forme a + → −p avec a ∈ R et →
−
p ∈ R3
que l’on identifie respectivement à sa partie réelle et imaginaire.
Remarque : avec ces notations le produit quaternionique de deux vecteurs est alors
→
−p .→
−
q = −(→−
p |→−
q )+→ −
p ∧→−q.
Corollaire II.5.22. — Pour a + → −
p un quaternion unitaire, la rotation associée est
Rot −→ ( x ) = (2a2 − 1)→
→
−
a+ p
−
x + 2(→
−
p |→−
x )→
−p + 2a→ −
p ∧→ −x.
II.5. ALGÉBRISATIONS 59
Jusqu’à présent les cercles ont été définis dans le cadre de la géométrie euclidienne et
possède une nature bien distincte des droites. Cependant il existe de nombreuses situations
où les droites et les cercles semblent se confondre. Que l’on se rappelle par exemple le critère
de cocyclitité en termes de birapport : 4 points sont alignés ou cocycliques si et seulement si
leur birapport est réel. Dans le paragraphe suivant nous allons donner d’autres exemples où
des droites sont changées en cercle sans que la conclusion du théorème en soit modifiée.
L’explication de ce phénomène réside dans une nouvelle géométrie dite inversive où :
— l’espace est la sphère unité S 2 de R3 ;
— son groupe, appelée le groupe circulaire, est constitué des bijections de S 2 qui conservent
les cercles, i.e. qui envoient un cercle de S 2 , obtenu comme l’intersection de S 2 avec un
plan, sur un cercle de S 2 .
Via la projection stéréographique, on envoie 2 2
2
` S privé de son pôle2 nord N sur le plan R
identifié à C de sorte que S s’identifie à C {∞}. Un cercle C de S devient alors soit :
— un cercle si N 6∈ C ;
— une droite si N ∈ C.
On donne ainsi un sens à l’expression largement répandu qu’une droite est un cercle passant
par ∞ . Par projection stéréographique,
` les éléments du groupe circulaire s’identifie alors à
des transformations de C {∞} qui conservent les cercles/droites. Celles qui conservent ∞
doivent ainsi conserver :
— les droites de C et sont, d’après le théorème fondamental de la géométrie affine, des
applications affines ;
— les cercles de C et étant affines, ce sont donc des similitudes.
Le groupe des similitudes de R2 est donc un sous-groupe du groupe circulaire ; il reste alors à
étudier les transformations circulaires qui ne stabilisent pas ∞ ce qui nous amène à introduire
des transformations classiques de la géométrie du lycée : les inversions.
Ainsi des énoncés de géométrie planes qui ne font intervenir que des cercles et des droites
peuvent être considérés comme des énoncés de géométrie inversive, i.e. comme la projection
stéréographique d’une figure dessinée sur la sphère S 2 . L’avantage de ce point de vue est
que l’on peut appliquer les transformations de cette nouvelle géométrie, particulièrement
des inversions puisqu’elles n’étaient pas présentes dans la géométrie semblable, le but étant
d’obtenir une figure plus simple que l’on considèrera dans le cadre de la géométrie euclidienne,
géométrie avec un groupe plus petit et possédant donc plus d’invariants, angles, distances,
permettant d’attaquer le problème.
62 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE
Cette stratégie s’appelle le changement de géométrie : on part d’une géométrie pauvre avec
un gros groupe de transformations afin de modifier le problème pour le ramener dans une
configuration plus simple, puis on résoud ce nouvel énoncé dans une géométrie plus riche
possédant plus d’invariants ; on renvoie le lecteur au §?? pour une illustration de cette
stratégie.
Dans un deuxième temps, de manière similaire au passage de la géométrie affine à la
géométrie euclidienne, nous introduirons une métrique sur S 2 de sorte que muni de son sous-
groupe des transformations circulaires conservant cette métrique, nous obtenons une nouvelle
géométrie appelée géométrie sphérique. L’étude des triangles de cette géométrie est à la
fois :
— très similaire à celle de la géométrie euclidienne, que l’on regarde par exemple l’analogue
de la loi des sinus ou de la formule d’Al-Kashi ;
— et aussi très différente : par exemple la somme des angles d’un triangle sphérique n’est
pas fixe et toujours > π.
Une application classique de ces formulaires de trigonométrie sphérique sont les problèmes de
navigation terrestre : déterminer un cap revient à calculer un angle d’un triangle.
Définition III.1.1. — La puissance d’un point A par rapport à une sphère S(Ω, R) centré
en Ω et de rayon R, est la quantité
µS (A) := AΩ2 − R2 .
Introduisons à présent les inversions, introduites dès 1831 par Magnus dans le cadre de la
géométrie plane.
Remarque : une involution est une application involutive et donc bijective. Afin de réintroduire
le point A, on considère un point nommé ∞ échangé avec A par une inversion de pôle A.
Remarque : on dira par fois inversion par rapport au cercle C(A, ρ) pour désigner l’inversion
de centre A et de rapport ρ2 .
III.1. LES INVERSIONS : DÉFINITION ET PREMIÈRES PROPRIÉTÉS 63
III.1.2. Sur quelques relations métriques dans C. — Étant donnée une inversion de
centre A, on se propose de donner des relations métriques et angulaires relativement à deux
points M, N et leurs images respectives M 0 , N 0 ; on peut ainsi sans restriction se limiter au
cas de la dimension d = 2.
Proposition III.1.3. — Soit P, Q des points distincts du centre O d’une inversion i ; on
note P 0 , Q0 les images respectives de P et Q. On a alors
QP
\ \
O = OQ0P 0.
Démonstration. — On écrit QP \ R = QP
\ O − RP\ O qui d’après la proposition précédente est
\
alors égal à OQ0 0
P − OR
\ 0 0 0
P = R\ 0 0
P Q d’où le résultat.
P’
P
O Q R R’ Q’
Proposition III.1.7. — Une sphère S(Ω, R) telle que µC (A) = ρ2 est globalement invariant
par l’inversion de pôle A et de rapport ρ2 .
Corollaire III.1.8. — L’image d’une sphère S ne passant pas par A par l’inversion iA,ρ de
pôle A et de rapport ρ2 est la sphère S 0 obtenue à partir de S par homothétie de centre A et
2
de rapport µSρ(A) .
Démonstration. — Notons iA,ρ (S) = iA,ρ ◦ iA,µS (A)1/2 (S) et le résultat découle du fait que
iA,ρ ◦ iA,ρ0 est l’homothétie de centre A et de rapport ( ρρ )2 .
Remarque : on notera bien que le centre de S 0 n’est pas l’image par l’inversion du centre de
S.
Corollaire III.1.11. — L’image d’un hyperplan ne contenant pas A par une inversion de
pôle A est une sphère passant par A.
Remarque : d’après II.2.4, l’intersection d’une sphère S(Ω, R) de Rd avec un sous-espace affine
F de dimension r est la sphère de dimension r − 1 de F centrée au projeté orthogonal ω de
Ω sur F et de rayon r tel que R2 = Ωω 2 + r2 .
Remarque : autrement dit, la droite qui joint le pôle Nord N (0, 0, 1) au point (u, v, 0) du plan
de l’équateur z = 0 recoupe S au point
2u 2v u2 + v 2 − 1
x= , y = , z = .
u2 + v 2 + 1 u2 + v 2 + 1 u2 + v 2 + 1
Inversement étant donné un point (x, y, z) de S distinct de N , la droite qui le joint à N coupe
le plan de l’équateur au point de coordonnées
x y
u= , v= .
1−z 1−z
On obtient ainsi une bijection du plan de l’équateur que l’on identifie avec C, avec la sphère
privée du pôle Nord. Ainsi via la projection stéréographique on peut voir la sphère de Riemann
S 2 comme Ĉ = C ∪ {∞} ; nous verrons au chapitre suivant qu’il s’agit de P1 (C). La topologie
sur S est alors celle de C à laquelle on rajoute les ouverts du type (C\K) ∪ {∞} où K est un
compact de C ; par définition la projection stéréographique est un homéomorphisme.
III.2.2. Le groupe circulaire. — Comme précédemment, les cercles de S 2 sont ses inter-
sections avec les plans et rappelons que d’après III.1.13, l’image d’un cercle par la projection
stéréographique est une droite ou un cercle selon que le cercle de S 2 passe ou ne passe pas
par le pôle nord N .
Définition III.2.2. — Le groupe circulaire est le sous-groupe G du groupe des permutations
de S 2 qui envoient tout cercle de S 2 sur un cercle de S 2 .
Remarque : une façon simple de décrire les bijections de S 2 est de d’identifier S 2 avec C {∞}
`
via la projection `
stéréographique, et` de décrire les permutations de S 2 comme des fonctions
complexes z ∈ C {∞} 7→ f (z) ∈ C {∞}.
Lemme III.2.3. — Via l’identification de S 2 avec C {∞} par la projection stéréographique,
`
toute bijection de S 2 qui stabilise le pôle nord d’image ∞, induit une similitude de C2 .
Démonstration. — Par hypothèse une telle bijection stabilise les cercles de S 2 passant par ∞
(resp. ne passant pas par ∞), i.e. les droites de C2 (resp. les cercles de C). D’après le théorème
fondamental de la géométrie affine, une telle bijection est donc affine et conserve les cercles :
c’est donc une similitude.
Exemples :
z + b si z 6= ∞
— Translations de vecteur b ∈ C : z 7→ .
∞ si z = ∞
iθ
e z si z 6= ∞
— Rotations d’angle θ par rapport à 0 : z 7→ .
∞ si z = ∞
az + b où |a| = 1 si z 6= ∞
— Isométries directes : z 7→ .
∞ si z = ∞
z̄ si z 6= ∞
— Symétrie par rapport à l’axe réel : z 7→ .
∞ si z = ∞
az̄ + b où |a| = 1 si z 6= ∞
— Isométries inverses : z 7→ .
∞ si z = ∞
kz si z 6= ∞
— Homothéties de centre O et de rapport k ∈ R× : z 7→ .
∞ si z = ∞
III.2. PRÉSENTATION DE LA GÉOMÉTRIE INVERSIVE 67
az + b si z 6= ∞
— Similitudes directes : z 7→ .
∞ si z = ∞
az̄ + b si z 6= ∞
— Similitudes inverses : z →
7 .
∞ si z = ∞
k
z−a si z 6= a, ∞
— Inversion de pôle a et de puissance k : z 7→ ∞ si z = a .
a si z = ∞
az+b
cz+d si c 6= 0 et z 6∈ {∞, −d/c}
a/c si c 6= 0 et z = ∞
— Homographie : z 7→ ∞ sic 6= 0 et z = −d/c .
a b
z + si c = 0 et z 6
= ∞
d d
∞ si c = 0 et z = ∞
— Anti-homographie : une homographie composée avec la symétrie par rapport à l’axe des
réels.
Théorème III.2.4. — Le groupe circulaire G est le groupe engendré par les similitudes et
les inversions. Plus précisément, un élément f de G est de la forme f = s ou f = s ◦ i, où s
est une similitude et i une inversion.
Démonstration. — Soit a tel que f (a) 6= ∞ et considérons une inversion i de pôle a ; on pose
−−−→
g = i ◦ t−1 ◦ f ◦ i où t est la translation de vecteur af (a). Il vient g(∞) = ∞ de sorte que g
induit une bijection h de C qui conserve :
— les droites et donc h est un élément du groupe affine ;
— les cercles et donc h est un similitude affine.
On a donc f = t ◦ i ◦ g ◦ i = t ◦ g ◦ j ◦ i où j est une inversion. Si i et j ont le même pôle que i
alors j ◦ i est une homothétie et sinon j ◦ i = σ ◦ i0 où σ est une isométrie et i0 une inversion.
On a donc obtenu le résultat.
Corollaire III.2.5. — Le groupe circulaire est la réunion des homographies et des anti-
homographies.
Proposition III.2.6. — L’application
z 7→ az+b
a b cz+d
7→ −c/d 7→ ∞
c d
∞ 7→ a/c
induit un isomorphisme de groupe entre P GL2 (C) et sous-groupe du groupe circulaire réunion
des homographies.
Démonstration. —
En se rappelant que S 2 est plongé dans R3 et que celui-ci possède des inversions, on peut
introduire le sous-groupe suivant du groupe circulaire.
Définition III.2.7. — On note M ob le sous-groupe des transformations de R3 engendré par
— les inversions conservant globalement la sphère unité S 2 et
— les réflexions par rapport à des plans passant par O et donc conservant S 2 globalement.
Proposition III.2.8. — Le morphisme du groupe de Möbius vers le groupe circulaire qui à
un élément de M ob associe sa restriction à S 2 , est un isomorphisme.
68 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE
III.3.1. L’invariant de Möbius. — On commence donc par regarder le cas d’un uplet
de points de S 2 . Notons que comme P GL2 (C), le groupe circulaire est une variété réelle de
dimension 6. On s’attend donc à ce que son action sur les triplets de points distincts de S 2
soit transitive.
Proposition III.3.1. — L’action du groupe circulaire est transitif sur les triplets de points
distincts de S 2 ; plus précisément l’action du sous-groupe des homographies est simplement
transitive.
Démonstration. — Quitte à appliquer une translation on peut se ramener au cas où les deux
triplets ont un point commun qui après inversion est le point ∞. On conclut alors en utilisant
que l’action du groupe semblable (resp. des similitudes directes) sur les couples de points
distincts de R2 est (resp. simplement) transitive.
Toujours pour des raisons de dimension, les orbites des quadruplets de points de S 2 sous
l’action du groupe circulaire devrait être paramétrées par R2 i.e. par un nombre complexe.
Par définition et simple transitivité des homographies sur les triplets de points distincts de
S 2 , on en déduit la proposition suivante.
Proposition III.3.3. — Les orbites du groupe de Möbius sur les quadruplets de points dis-
tincts de S 2 sont en bijection avec S 2 via l’invariant de Möbius.
Proposition III.3.5. — Soient C, C 0 deux cercles du plan affine euclidien, de rayon respectifs
0
|R2 +R 2 −d2 |
R, R0 et de centre O, O0 avec d = OO0 . La quantité c = 2RR0 est invariante par une
inversion de pôle P 6∈ C ∪ C 0 .
Démonstration. — Dans le cas où C et C 0 s’intersectent en un point P , dans le triangle OO0 P ,
0 0
on a OO 2 = P O2 + P O 2 − 2.P O.P O0 .cosOP \ O0 et donc l’invariant en question n’est autre
que que le cosinus de l’angle OP \ O0 qui est aussi celui entre les tangentes en P de C et C 0
lequel est conservé par inversion.
Dans le cas général, soit P n’appartenant ni à C ni à C 0 le pôle de l’inversion et µ son
rapport ; on note Γ et Γ0 les cercles images de C et C 0 , de centre ω, ω 0 et de rayon ρ, ρ0 . On
rappelle que Γ (resp. Γ0 ) est l’image de C (resp. C 0 ) par l’homothétie de centre P et de rapport
µ µ 0 0
s (resp. s0 ) où s (resp. s ) est la puissance de S par rapport à C (resp. C ) de sorte que la
2 2
puissance de P par rapport à Γ (resp. Γ0 ) est σ = µs (resp. σ 0 = µs0 ). Dans les triangles P OO0
et P ωω 0 , on écrit
0 02 0
d2 = P O2 + P O 2 − 2.P O.P O0 .cosOP
\ O0 , ωω = δ 2 = P ω 2 + P ω 2 − 2P ω.P ω 0 .cosωP
\ ω0
0 0
avec α = OP\ O0 = ωP \ ω 0 , de sorte qu’en utilisant s = P O2 − R2 et s0 = P O 2 − R 2 (resp.
0 0
σ = P ω 2 − ρ2 et σ 0 = P ω 2 − ρ 2 ), on obtient
0
d − R2 − R 2 = s + s0 − 2P O.P O0 cosα
2
02 0
ωω − ρ2 − ρ 2 = σ + σ 0 − 2P ω.P ω 0 cosα
σ+σ 0 µ2 P ω.P ω 0
En utilisant les égalités s+s0 = ss0 = P O.P O0 , on obtient
02
R2 + R − d2 s + s0 − 2.P O.P O0 cosα ss0 RR0
0 = = =
ρ2 + ρ 2 − δ 2 σ + σ 0 − 2.P ω.P ω 0 .cosα µ2 ρρ0
ce qui donne le résultat.
Remarque : C et C 0 sont non sécants (resp. sécants, resp. tangents) si et seulement si c >
(resp. c < 1, resp. c = 1).
Définition III.3.6. — Soient deux cercles C0 et C00 de S ; l’invariant conforme c(C0 , C00 ) est
défini comme suit :
— si N n’appartient pas à C0 ∪ C00 , alors c’est l’invariant conforme de leurs images par la
projection stéréographique au sens de la proposition précédente ;
— sinon, pour A 6∈ C0 ∪ C00 , on considère un élément du groupe circulaire qui envoie A sur
N et on note C1 et C10 les cercles de S images de C0 et C00 ; on pose c(C0 , C00 ) comme
l’invariant conforme de C1 , C10 au sens du tiret précédent.
Remarque : comme le groupe circulaire est engendré par les inversions et les similitudes et
que celles-ci, conservent l’invariant conforme, on voit que la définition précédente ne dépend
pas des constructions.
70 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE
Proposition III.3.7. — Soient C(O, R) et C 0 (O0 , R0 ) deux cercles non sécant ; les cercles
orthogonaux à C et C 0 sont ceux centrés sur l’axe radical et passant par les points L, L0 tels
0 0
que LI 2 = L0 I 2 = IO2 − R2 = IO 2 − R 2 .
0
Démonstration. — Soit C”(ω, ρ) un tel cercle de sorte que R2 + ρ2 = Oω 2 et R 2 + ρ2 = O0 ω 2
0
et donc Oω 2 − R2 = O0 ω 2 − R 2 = ρ2 et donc ω appartient à l’axe radical. Notons L, L0
l’intersection de C” ∩ (OO0 ) : LI 2 + Iω 2 = Lω 2 = ρ2 = Oω 2 − R2 et donc LI 2 = OI 2 − R2 et
0
de même L0 I 2 = O0 I 2 − R 2 avec LI = LI 0 .
Corollaire III.3.8. — Soient deux cercles C, C 0 non sécants ; il existe alors une inversion f
telle que f (C) et f (C 0 ) soient deux cercles concentriques.
Démonstration. — Soit f une inversion de pôle L et de puissance µ quelconque. Les images
f (C) et f (C 0 ) sont des cercles qui sont orthogonaux à tous les f (Σ) où Σ est un cercle quel-
conque centré sur l’axe radical de C, C 0 et passant par L. Or les f (Σ) sont des droites qui
passent donc par les centres de f (C) et f (C 0 ) lesquels sont donc dans l’intersection de tous les
f (Σ) et sont donc confondus.
Remarque : ainsi dans chaque orbite de l’action du groupe circulaire sur les couples de cercles
de S, il existe un couple de la forme suivante :
— les deux cercles ont le même centre A ;
2
— le rayon du premier cercle est égal à 1 et celui du deuxième R vérifie R2R+1 = c.
Proposition III.4.6. — Formule de Girard L’aire d’un triangle sphérique est égale à
α + β + γ − π.
Démonstration. — Soit D la demi-sphère délimitée par le grand cercle y, z et contenant x
dans son intérieur. A des ensembles de mesure nulle près, D admet la partition en quatre
ensembles T, A, B, C où T est le triangle considéré, T ∪ B (resp. T ∪ C) est un fuseau d’angle
β (resp. γ) tandis que T ∪ A a même aire que A ∪ (−T ) qui est un fuseau d’angle α ce qui
donne
2π = A(D) = A(T ) + A(A) + A(B) + A(C) = A(T ) + 2α − A(T ) + 2β − A(T ) + 2γ − A(T )
ce qui donne le résultat.
CorollaireP III.4.7. — L’aire d’un polygone sphérique convexe à n sommets et d’angles αi
est égale à ni=1 αi − (n − 2)π.
72 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE
x_y
c
y
x_z
x b
Remarque : on peut montrer, cf. [?] 18.5.8, que d est caractérisée par O(3, R).
Démonstration. — Les trois premières égalités sont une simple réécriture de la définition de
a, b, c. Le vecteur →
−
x ∧→−
y (resp. →−
x ∧→ −z ) est un vecteur du plan tangent à S au point A et
−→ −
→
directement orthogonal à xy (resp. xz ) de sorte que l’angle entre ces deux vecteurs est égal à
α. Les cas de β et γ se traitent de même.
Démonstration. — On a → −
y = cosc.→
−
x +sinc.−
→ et →
x y
−
z = cosb.→ −
x +sinb.−
→ avec (−
x z
→|−
x →
y xz ) = cosα.
En utilisant que (→
−x,−→) = (→
x y
−x,−
→) = 0 on obtient par définition de a :
x z
cosa = (→−
y |→−z ) = cosc.→
−
x + sinc−
→ | cosb.→
x y
−
x + sinb.−
→ = [Link] + [Link]α.
x z
Les autres relations s’obtiennent de la même façon ou en faisant tourner les lettres.
b + β ∗ = β + b∗ = π
c + γ ∗ = γ + c∗ = π
III.5. TRIGONOMÉTRIE SPHÉRIQUE 75
→
− → −
cosa∗ = (y ∗ | z ∗ )
= −(− →|−
x →
z xy )
= −cosα
Les inégalités triangulaires sur le triangle polaire fournissent alors le résultat suivant.
Corollaire III.5.9. — Pour tout triplet d’angle α, β, γ vérifiant les conditions du corollaire
précédent, il existe un triangle dont les angles aux sommets sont α, β, γ.
Démonstration. — Comme le terme le plus à droite des égalités de l’énoncé est invariant par
−
→
x ,−
→
y ,−
→
permutations circulaires il suffit de montrer que s det(−
→∗ −
→
z)
∗ −
→∗
sina
= sinα . Pour cela on calcule
det(x ,y ,z )
−
→ → − → − −
→ → − → −
det(x∗ , y ∗ , z ∗ ) = x∗ . y ∗ ∧ z ∗
−
→∧− → ∗→
−
= ysina z
. sina
s x
−
→ − → − →
sina∗ x .( y ∧ z )
= sina s −
−
→ →− →
sina∗ det( x , y , z )
= sina s
On a alors
δ 2 = sinp sin(p − a) sin(p − b) sin(p − c)
δ ∗ = sinp∗ sin(p∗ − α)sin(p∗ − β)sin(p∗ − γ)
tan2 σ4 = tan p2 tan p−a tan p−b
2 tan 2
p−c
2
sina sinb sinc δ
sinα = sinβ = sinγ = δ ∗
2δ = sinb sinc sinα
2δ ∗ = sinβsinγsina
sin b−c
tan β−γ α
2 = cot 2 sin b+c
2
2
cos b−c
tan β+γ
α
2 = cot 2 cos b+c
2
2
cosα = cosa−cosb cosc
sinb sinc
sin(p−b) sin(p−c)
tan2 α2 = sinpsin(p−a)
Remarque : le lecteur pourra faire tourner les lettres ou considérer le triangle polaire pour
trouver d’autres relations.
III.5.5. Cas d’égalité des triangles. — Soient deux triangles sphériques sur S dont on
note A, B, C et A0 , B 0 , C 0 les sommets et (a, b, c, α, β, γ) et (a0 , b0 , c0 , α0 , β 0 , γ 0 ) les six angles
associés comme ci-avant.
Définition III.5.12. — On dit que les triangles A, B, C et A0 , B 0 , C 0 sont isométriques s’il
existe une rotation de l’espace r ∈ O(3, R) telle que r(A) = A0 , r(B) = B 0 et r(C) = C 0 .
Proposition III.5.13. — Les triangles sphériques A, B, C et (A0 , B 0 , C 0 ) sont isométriques
si et seulement si l’une des propriétés équivalentes suivantes est vérifiée :
(i) a = a0 , β = β 0 et γ = γ 0 ;
(ii) b = b0 , c = c0 et α = α0 ;
(iii) a = a0 , b = b0 et c = c0 ;
(iv) α = α0 , β = β 0 et γ = γ 0 .
Démonstration. — Bien entendu si les triangles sont isométriques alors ces quatre propriétés
sont vérifiées. En raisonnant sur les triangles polaires (i) et (ii) sont équivalentes ainsi que (iii)
et (iv). Il suffit donc de montrer que si (ii) est vérifiée alors les triangles sont isométriques.
On définit une isométrie f par les conditions suivantes :
→
−
— f (→−x ) = x0 ;
— f (−→=−
x
→
x0y ;
y
— f (−→=−
x
→
x0z .
z
Remarque : on utilise ici que les produits scalaires < → −
x |−
→ >, < →
x y
−
x |−→ > et < −
x z
→ |−
x → > sont
x y z
égaux à leur version primée : c’est évident pour les deux premiers qui sont nuls et pour le
→
−
troisième on utilise l’hypothèse α = α0 . Alors comme c = c0 , on en déduit que f (→
−
y ) = y 0 et
→
−
comme b = b0 , on a aussi f (→−
z ) = z 0 d’où le résultat.
III.5. TRIGONOMÉTRIE SPHÉRIQUE 77
La triangulation consiste étant donné deux récepteurs repérant un émetteur, savoir po-
sitionner ce dernier. Concrètement pour A et B les positions des récepteurs et C celle de
l’émetteur, sont connus d(A, B) et les angles α, β en A et B du triangle ABC. La loi des
cosinus
−cosγ = cosα cosβ − sinα sinβ cosc
donne alors le troisième angle γ. La loi des sinus
sinγ sinα
=
sinc sina
donne alors la distance d(B, C) = a et donc la position de C. Si on veut connaı̂tre les
latitudes et longitudes de C, on peut introduire le pôle nord et le triangle sphérique BCN .
De la connaissance de d(B, C), d(B, N ) et de l’angle en B, l’analogue d’Al-Kashi donne
d(B, N ) ; puis la loi des sinus donne l’angle en N et donc la longitude de C. Pour déterminer
78 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE
III.6. Cartographie
On paramètre la sphère via deux angles (θ, φ) respectivement appelés latitude et longitude ;
on étudie alors les applications f : (φ, θ) ∈ S 7→ (x, y) ∈ R2 . Selon la situation, on s’intéresse
plus particulièrement aux applications f :
— équivalentes, i.e. qui conservent les surfaces ; c’est utilisé en particulier pour le cadastre.
Cela revient à demander que
∂x ∂y ∂x ∂y
− = cosθ.
∂φ ∂θ ∂θ ∂φ
En effet, l’aire d’un élément infinitésimal sur la sphère est cosθ dθdφ et, sur R2 ,
∂x ∂y
∂φ ∂φ dφdθ ;
∂x ∂y
∂θ ∂θ
— conformes, i.e. qui conservent les angles ; ces cartes sont utilisées par les marins afin de
déterminer le cap. Cela revient à demander que
( ∂x ∂x ∂y ∂y
∂φ ∂θ + ∂φ ∂θ = 0
∂x 2 ∂y 2 2θ ∂x 2 ∂y 2
∂φ + ∂φ = cos ∂θ + ∂θ ·
En effet, l’application f est conforme si, et seulement si, l’image du rectangle dφ(cosθdθ)
est un rectangle semblable, i.e. le rapport des longueurs des côtés est égal à cosθ ;
III.6. CARTOGRAPHIE 79
— équidistantes, i.e. qui conservent les distances, sur les méridiens, ce qui revient à de-
mander que
∂x 2 ∂y 2
+ = 1.
∂θ ∂θ
III.6.1. Impossibilité des cartes isométriques. — Le lecteur peut légitimement se de-
mander pourquoi, dans le paragraphe précédent, on se limite aux cartes équidistantes le long
des méridiens. Une réponse est donnée par la proposition suivante.
GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
Introduction
Comme précédemment notre présentation de la géométrie projective passera par l’utili-
sation de l’algèbre linéaire sur le corps des nombres réels ou un autre. Cette approche plus
récente possède plusieurs avantages :
— elle permet de relier la géométrie affine, euclidienne ou non directement à la géométrie
projective ;
— elle met en son coeur les nombres ;
— elle permet d’introduire rapidement les transformations de la géométrie au sens du
programme d’Erlangen.
L’idée essentielle développée par Klein, c’est que toutes les géométries peuvent être obte-
nues à partir de la géométrie projective et d’une donnée supplémentaire. Le cas le plus simple
est celui de la géométrie affine : le plan affine s’obtient à partir du plan projectif en regardant
le complémentaire d’une droite projective. La structure euclidienne s’obtient ensuite en se
donnant une forme quadratique définie positive, ou encore en se donnant deux points imagi-
naires à l’infini : les fameux points cycliques. On obtient aussi à partir du plan projectif P(E),
les géométries non euclidiennes en se donnant une forme quadratique q non dégénérée sur E :
pour q définie positive on obtient la géométrie elliptique, et sinon la géométrie hyperbolique.
Approche axiomatique du plan projectif : on appelle plan projectif la donnée d’un ensemble
P d’éléments appelé points et une famille non-vide de parties distinctes de P et non vides,
appelées droites. On suppose vérifiés les axiomes suivants dits d’incidence :
— par deux points distincts de P passe une droite et une seule ;
— deux droites distinctes ont exactement un point commun ;
— il existe trois points non alignés ;
— toute droite contient au moins trois points.
Le plan est dit arguésien si le théorème de Desargues y est vérifié (c’est un axiome que l’on
peut rajouter). On montre alors qu’un plan arguésien est isomorphe à P2 (K) où K est un
corps lequel sera commutatif si et seulement si le théorème de Pappus est vérifié (c’est donc
un axiome que l’on peut encore ajouter). Si on veut que le corps K soit le corps des nombres
réels, on reprend les axiomes d’ordre présentés dans le cadre de la géométrie euclidienne.
82 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
IV.1. Généralités
IV.1.1. Espaces et sous-espaces projectifs. —
Définition IV.1.1. — Étant donné un espace vectoriel E, on appelle espace projectif associé
à E et on note P(E), le quotient E − {0} par la relation d’équivalence de proportionnalité.
La dimension de P(E) est dim E − 1.
Définition IV.1.3. — On appelle sous-espace projective (sep) de P(E), l’image par p d’un
sous-espace vectoriel V de E.
Proposition IV.1.5. — Soit A une partie quelconque de P(E). L’ensemble des sep conte-
nant A possède un plus petit élément relativement à l’inclusion que l’on note < A > et que
l’on appelle le sep engendré par A.
Démonstration. — C’est une simple traduction de la formule de Grassman pour les espaces
vectoriels.
Corollaire IV.1.7. — Si dim L + dim L0 ≥ dim P(E) alors L ∩ L0 est non vide.
Remarque : on retrouve ainsi que dans le plan projectif toutes les droites s’intersectent, donc
pas de droites parallèles. On peut dire en quelque sorte que la géométrie projective correspond
au cas générique de la géométrie affine, le cas où il n’y a pas de parallèles.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 83
IV.1.2. Repères projectifs. — Tout comme en géométrie vectorielle, les calculs relative-
ment aux sep reposent sur les équations des hyperplans projectifs :
Définition IV.1.8. — Soit H un hyperplan vectoriel de E défini comme noyau d’une forme
linéaire f ∈ E ∗ ; on dit que f est une équation de l’hyperplan projectif p(H), laquelle est
définie à un scalaire multiplicatif près.
Remarque : un point a ∈ P(E) appartien à p(H) si et seulement si f (ã) = 0 pour un
représentant quelconque ã ∈ E de a. La mise en place de calculs explicites nécessitera alors
le choix d’un repère projectif .
Avant de donner la définition formelle d’un repère projectif, essayons d’en donner une
justification vectorielle. Soit (e0 , e1 , · · · , en ) une base de E ; si A est un point de P(E), il
lui correspond une droite de E et donc un système de coordonnées homogènes de la forme
{λ(x0 , · · · , xn ) : λ ∈ K × }. Pour décrire cette donnée purement intrinsèquement en termes
de P(E) il suffit de se donner :
— des points P0 , · · · , Pn de P(E) qui sont les images des éléments d’une base de E ;
— un point Pn+1 de coordonnées homogènes (1, · · · , 1).
La donnée des points P0 , · · · , Pn détermine les droitesP Kei et donc la base cherchée est
de la forme (a0 e0 , · · · , an en ). Le point Pn+1 associé à ni=0 ai ei détermine la droite K(e0 +
· · · + en ) ce qui impose que tous les ai sont égaux. Ainsi les bases associées à ces données sont
λ(e0 , . . . , en ) de sorte que si les coordonnées de M dans la base (e0 , . . . , en ) est (x0 , · · · , xn ),
dans la base λ(e0 , · · · , en ) est (λ−1 x0 , · · · , λ−1 xn ).
Définition IV.1.9. — Un repère projectif de P(E) consiste en la donnée de n + 2 points
x0 , · · · , xn+1 tels qu’il existe une base (e1 , · · · , en+1 ) de E vérifiant :
— p(ei ) = xi pour i = 1, · · · , n + 1 et
— p(e1 + · · · + en+1 = x0 .
On peut donner une caractérisation géométrique d’un repère.
Proposition IV.1.10. — Un n + 2-uplet de points de P(E) est un repère si et seulement si
n + 1 quelconques d’entre eux sont projectivement indépendants, i.e. n’appartiennent pas à un
même hyperplan.
Démonstration. — Notons d’abord qu’il est équivalent de dire que (e1 , · · · , en ) est une base
de E ou que leurs images xi = p(ei ) ne sont pas dans un même hyperplan. Dans le sens direct,
le résultat vient du fait que n + 1 quelconques vecteurs parmi e0 = e1 + · · · + en+1 , e1 , · · · en+1
forment une base de E.
Réciproquement si x0 , · · · , xn+1 vérifient les conditions de la proposition, on note e1 , · · · , en+1
des antécédents par p alors par hypothèse, ils forment une base de E. On relève x0 en un
vecteur e0 qui se décompose alors en e0 = λ1 e1 + · · · + λn+1 en+1 . On note alors que les λi sont
tous non nuls car si λi0 = 0 alors la famille (ei )i6=i0 serait liée et les (xi )i6=i0 appartiendraient
à un même hyperplan. Quitte à changer ei en λi ei , x0 , · · · , xn+1 vérifient bien la propriété
d’être un repère.
Exemples Un repère projectif d’une droite projective est la donnée de trois points distincts ;
un point y est repéré par un système {λ(x0 , x1 ); λ ∈ K × } de coordonnées homogènes. Pour
le plan projectif il faut 4 points dont les 3 premiers forment un vrai triangle et le quatrième
n’appartient à aucune des trois droites déterminées par les côtés de ce triangle.
84 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
IV.1.3. Groupe projectif. — Pour définir les transformations d’un espace projectif P(E),
il est naturel de partir des endomorphismes de E ; comme par ailleurs on ne veut pas obtenir
0, il faut se restreindre aux automorphismes. Ainsi, une application linéaire injective u sta-
bilise E − {0} et passe au quotient par la relation de proportionnalité ; elle définit donc une
application P(u) de P(E). Plus généralement pour E et E 0 deux espaces vectoriels on définit
la notion d’homographie.
Définition IV.1.11. — Soit u : E → E 0 une application linéaire bijective, l’application
bijective P(u) : P(E) → P(E 0 ) définie par P(u)(a) = p u(ã) où a = p(ã), est appelée une
homographie.
Remarque : on a P(u ◦ v) = P(u) ◦ P(v), de sorte que l’ensemble des homographies de P(E)
est un groupe noté P GL(E).
Proposition IV.1.12. — Le groupe projectif P GL(E) de P(E) est isomorphe à GL(E)/K × .
Démonstration. — L’application P : GL(E) → P GL(E) est clairement surjective et son
noyau est l’ensemble des applications linéaire u ∈ GL(E) telles que pour tout x ∈ E il existe
λx ∈ K × avec u(x) = λx x. Montrons que la fonction x 7→ λx est constante ce qui prouvera
que le noyau de P est K × identifié aux homothéties non nulles.
Si y = µx alors u(y) = λy y = λy µx et comme u(y) = µu(x) = µλx x on en déduit que
λy = λx . Si désormais (x, y) est une famille libre, on a
u(x + y) = λx+y (x + y)
= u(x) + u(y) = λx x + λy y
et comme (x, y) est libre, on en déduit que λx+y = λx = λy , d’où le résultat.
Remarque : l’image par une homographie d’un sep est un sep de même dimension. En particu-
lier les homographies conservent l’alignement, on dit encore que ce sont des collinéations. La
réciproque est donnée par le théorème fondamental de la géométrie projective dont le lecteur
intéressé pourra trouver une preuve dans la bonne littérature, par exemple dans [?].
Théorème IV.1.13. — Soient E et E 0 deux espaces vectoriels de même dimension et f :
P(E) → P(E 0 ) une bijection conservant l’alignement, i.e. une collinéation. Alors f est une
semi-homographie, i.e. de la forme P(u) pour u : E → E 0 une application semi-linéaire.
Proposition IV.1.14. — Soient P(E) et P(E 0 ) deux espaces projectifs de même dimension
n, (P0 , · · · , Pn+1 ) et (P00 , · · · , Pn+1
0 ) des repères projectifs de P(E) et P(E 0 ). Il existe alors
une unique homographie h de P(E) sur P(E 0 ) telle que h(Pi ) = Pi0 pour i = 0, . . . , n + 1.
Démonstration. — On relève P0 , · · · , Pn en une base (e0 , · · · , en ) de E telle que p(e0 + · · · +
en ) = Pn+1 ; idem pour (e00 , · · · , e0n ). Si h existe et est de la forme P(u) alors u(ei ) = ai e0i avec
ai 6= 0. Comme h(Pn+1 ) = Pn+1 0 , on doit aussi avoir u(e0 + · · · + en ) = a0 e00 + · · · + an e0n =
0 0
b(e0 + · · · + en ) de sorte que tous les ai sont égaux à b ce qui détermine u à homothétie prés
et donc h = P(u) est unique.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 85
1
(x,1)
O x
Les droites du plan projectif : utilisons les coordonnées (x, y, t) avec t = 0 comme hyperplan
à l’infini de sorte que P2 (K) est la réunion du plan affine U = {(x, y, 1)} et de la droite
projective D∞ d’équation t = 0. Soit alors D une droite projective de P2 (K) d’équation
ux + vy + wt = 0 avec (u, v, w) non nul.
— Si u = v = 0 alors on peut imposer w = 1 et D n’est autre que la droite de l’infini D∞ .
— Sinon, la trace de D sur le plan affine U de P2 (K) consiste en les points (x, y) tels que
ux + vy + w = 0 et on retrouve bien une droite affine. La trace de D sur D∞ est donnée
par les points (x, y, 0) tels que ux + vy = 0 ce qui correspond à un unique point de
coordonnées homogènes (v, −u, 0) que l’on peut appeler la pente de D. On remarque
alors que les traces dans le plan affine U de deux droites projectives distinctes D et D0
sont d’intersection vide si et seulement si elles ont la même pente ; dans ce cas D et D0
se coupent à l’infini, au point de D∞ défini par leur pente.
86 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
D
D’
i(D’)
d i(d)
une droite D si et seulement si les trois droites duales a∗ , b∗ , c∗ sont concourantes au point
D∗ de P(E ∗ ). Ainsi pour chaque théorème portant sur les points et droites de P(E), on peut
en obtenir une variante duale, appelé théorème corrélatif, en l’appliquant à P(E ∗ ) et en
traduisant l’énoncé sur les points et les droites de P(E ∗ ).
a=p(a)
m
D’
D
M’
M
m’
m
D
Remarque : on peut évidemment définir des perspectives (resp. des réfractions) en dimension
quelconque d’un hyperplan sur un autre en copiant les constructions précédentes ; ce sont
encore des homographies.
A1 B1
K
D3 A2
B2
D2 I
D1 A3
B3
Démonstration. — Si les droites (uv) et (vw) passent par o, elles sont toutes deux égales à
(ov) et les trois points sont alignés. Sinon, supposons par exemple que (uv) ne passe pas par
o, alors (uv) coupe A, B, C (car u 6∈ B ∪ C et v 6∈ A) en a, b, c respectivement et on a a 6= b
(sinon on aurait a = b = o), de sorte qu’on a (uv) = (ab). Mais on a pu (b) = c et pv (c) = a et
comme pw pv pu = IdB , on a aussi pw (a) = b et donc w est sur (ab) = (uv).
Remarque : le fait que u, v, w soient alignés n’implique pas que la composée des perspectives
soit l’identité, mais si pour un point y ∈ B distinct de o et du point b défini dans la preuve du
lemme, on a pw pv pu (y) = y alors la composée est l’identité (regarder sur le repère (o, b, y)) ;
on est alors dans la configuration de Desargues.
Démonstration. — projective du théorème de Desargues
On considère la composée des perspectives f = pi ◦ pj ◦ pk ; on a f (o) = o, f (a2 ) = a2 et
f (b2 ) = b2 de sorte que, les points o, a2 , b2 définissant une base de D2 , f est égale à l’identité
et le résultat découle du lemme des trois perspectives.
Remarque : l’énoncé du théorème de Desargues est autodual.
Corollaire IV.1.31. — réciproque du théorème de Desargues
Soient deux triangles a1 a2 a3 et b1 b2 b3 tels que les points i = (a2 a3 )∩(b2 b3 ), j = (a1 a3 )∩(b1 b3 )
et k = (a1 a2 ) ∩ (b1 b2 ) sont alignés ; alors les droites (a1 b1 ), (a2 b2 ) et (a3 b3 ) sont concourantes.
Démonstration. — Comme toujours dans ces situations d’énoncés réciproques, on utilise le
sens direct. Notons o = (a1 b1 )∩(a2 b2 ) et soit b03 l’intersection de (oa3 ) avec (b1 j). On applique
le théorème de Desargues aux triangles a1 a2 a3 et b1 b2 b03 ; les points k et j restent les mêmes
92 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
a’
u
b
o v
et le point i devient un point i0 appartenant aux droites (jk), (a2 a3 ) et (b2 b03 ). Comme i =
(jk) ∩ (a2 a3 ) on en déduit que i = i0 mais alors (b2 b03 ) = (b2 b3 ) soit b03 = (b2 b3 ) ∩ (b1 b3 ) = b3
et donc o ∈ (a3 b3 ).
Corollaire IV.1.32. — Les médianes d’un triangle sont concourantes.
Démonstration. — Notons a0 , b0 , c0 les milieux respectifs des segments [bc], [ac] et [ab]. D’après
le théorème de Thalès les droites (ab) et (a0 b0 ) sont parallèles de même que (bc) et (b0 c0 ) (resp.
(ac) et (a0 c0 )). Ainsi avec les notations du théorème de Desargues les points i, j, k sont alignés
sur la droite de l’infini et donc, d’après la réciproque du théorème de Desargues, les droites
(aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ) sont concourantes.
Théorème IV.1.33. — de Pappus
Soient deux droites distinctes D et D0 munis des points a, b, c et a0 , b0 , c0 tous distincts. Les
points k = (ab0 ) ∩ (ba0 ), j = (ac0 ) ∩ (ca0 ) et i = (bc0 ) ∩ (cb0 ) sont alignés.
A
J I
D K
A’
D’ B’
C’
(bc0 ) envoie (a0 , b0 , c0 , o) sur (v, k, c0 , b) où v = (bc0 ) ∩ (ca0 ). Ainsi pc ◦ pa envoie (a0 , i, u, b) sur
(v, k, c0 , b).
La projection pj de centre j qui envoie (a0 b) sur (bc0 ) envoie (a0 , i, u, b) sur (v, k 0 , c0 , b), où
k = (ij) ∩ (bc0 ).
0
Ainsi comme pj et pc ◦ pa coincident sur trois points distincts a, u, b, elles sont égales et
donc k = k 0 ∈ (ij).
V C
B’ B
A’
d’
d
W
C’
A
distinctes de D. On appelle respectivement U, V, W les droites qui joignent les points d’inter-
section de B, C 0 et de B 0 , C et de C, A0 et de C 0 , A et de A, B 0 et de A0 , B. Alors U, V, W sont
concourantes.
IV.2. Exemples
IV.2.1. Espaces projectifs d’hyperplans. — On rappelle que l’ensemble des hyperplans
de E ou de P(E) s’identifie à P(E ∗ ).
Définition IV.2.1. — Un sep S de P(E ∗ ) s’appelle un système linéaire d’hyperplans ;
si dim S = 1 on l’appelle un faisceau linéaire d’hyperplans.
Théorème IV.2.2. — Étant donné un système linéaire S d’hyperplans de P(E), il existe
un sep B(S), appelé la base de S, telle que S soit l’ensemble des hyperplans contenant B(S) ;
on a dim B(S) = dim P(E) − dim S − 1.
Remarque : ce résultat généralise le cas déjà étudié en dimension 2 où un faisceau de droite
est l’ensemble des droites passant par un point B ∈ P(E).
Démonstration. — Raisonnons au niveau des espaces vectoriels ; soit T le sous-espace de E ∗
associé à S. Par bidualité E = (E ∗ )∗ , T 0 s’identifie à l’ensemble des zéros communs aux formes
de T et (T 0 )0 = T . En posant B(S) = p(T 0 ), on voit donc que les hyperplans de S ne sont
autres que ceux qui contiennent B(S). Comme dim B(S) = dim T 0 − 1 = dim e − dim T − 1,
on obtient bien le résultat.
Remarque : comme dans le cas de la dimension 2 avec la dualité points-droites, tout théorème
sur les sep d’un espace projectif s’applique aux systèmes linéaires d’hyperplans, i.e. à P(E ∗ ).
IV.2. EXEMPLES 95
Étant donné un cercle C, une droite D lui est soit sécante, tangente ou extérieure. On
obtient ainsi trois types de faisceau de cercles F contenant C et d’axe radical D ; notons tout
d’abord que tous les cercles de F sont nécessairement centrés sur la droite D0 perpendiculaire
à D et passant par le centre o de C.
— Si D est sécante à C en a 6= b ; alors tout cercle du faisceau F doit passer par a et
b puisque la puissance de a et b par rapport à chacun de ces cercles doit être nulle.
Réciproquement si C 0 est un cercle centré sur D0 et passant par a et b, d’après ??,
l’axe radical de C et C 0 est D et donc C 0 appartient au faisceau F. On dit que F est le
faisceau de points base a et b et d’axe radical D, cf. la figure 11.
— Si D ne rencontre pas C d’après les cas précédents il en est donc de même pour tous les
cercles de F. On note h le projeté orthogonal de o sur D ; d’après ??, le cercle C0 de
centre h et orthogonal à C est orthogonal à tous les cercles de F. Réciproquement si C 0
est un cercle centré sur D0 et orthogonal à C0 , d’après ??, le point h appartient à l’axe
radical de C et C 0 et comme cet axe radical est orthogonal à D0 , il est égal à D. Notons
j, k les points d’intersection de C0 avec D0 ; les cercles centrés en j, k et de rayon nul
sont des cercles limites de F, on dit que F est le faisceau de points limites j et k,
cf. la figure 13.
Remarque : dans P2 (C), les points cycliques appartiennent à tous les cercles mais on ne
les compte pas comme points base.
Lemme IV.2.8. — Soit D(x, y) = αx + βy + γ = 0 une équation cartésienne de D et
C(x, y) = x2 + y 2 − 2ax − 2by + c = 0 une équation de C. L’équation d’un cercle C 0 de F est
C(x, y) + λD(x, y).
Démonstration. — Rappelons que la puissance d’un point M (x0 , y0 ) par rapport à C est
donnée par C(x0 , y0 ) de sorte que tout cercle d’équation C(x, y) + λD(x, y) appartient à F.
Réciproquement si C 0 (x, y) est une telle équation alors C 0 (x, y) = C(x, y) + f (x, y) = 0 où
f (x, y) est de la forme α0 x+β 0 y +γ 0 . Or pour tout point M (x0 , y0 ) on a C 0 (x0 , y0 ) = C(x0 , y0 )
et donc f (x0 , y0 ) = 0, autrement dit f est une équation de D et donc de la forme λD(x, y).
Remarque : en particulier par tout point (x0 , y0 , z0 ) n’appartenant pas à D, il passe un cercle
de F, ce que l’on pouvait vérifier directement à partir de la description des trois types de
faisceaux.
98 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
Lemme IV.2.9. — Soit C un cercle orthogonal à deux cercles C1 , C2 distincts d’un faisceau
F. Alors C est orthogonal à tous les cercles de F.
Démonstration. — D’après le corollaire ??, le centre de C appartient à l’axe radical de C1 et
C2 qui est aussi l’axe radical de tout couple de cercles de F et donc d’après loc. cit., C est
orthogonal à tout cercle de F.
Proposition IV.2.10. — Soit F un faisceau de cercles ; l’ensemble F 0 des cercles ortho-
gonaux à tous les cercles de F est un faisceau de cercles et on dit que F et F 0 sont deux
faisceaux orthogonaux ou conjugués.
Démonstration. — Soient C10 et C20 deux cercles orthogonaux à deux cercles C1 et C2 de F. On
a O10 O12 − (R10 )2 = R12 = O20 O12 − (R20 )2 , où O1 , O10 et O20 (resp. R1 , R10 et R20 ) sont les centres
(resp. rayons) respectifs de C1 , C10 et C20 . On en déduit donc que O1 appartient à l’axe radiccal
de C10 et C20 . Il en est de même du centre O2 de C2 de sorte que (O1 O2 ) est l’axe radical de
tout couple de cercles distincts de F 0 ont (O1 O2 ) comme axe radical ; F 0 est donc un faisceau
de cercles.
Remarque : le conjugué d’un faisceau de cercles tangents (resp. à points base) est un faisceau
de cercles tangents (resp. à points limites).
déterminés par le rapport t = y/x ; d’autre part il y a un seul point de D tel que x = 0 et
on pose t = ∞ pour celui-ci. L’élément t ainsi défini s’appelle l’abscisse projective dans le
repère considéré. L’ensemble des abscisses projectives est donc la réunion du corps K et d’un
symbole noté ∞ ; nous noterons cet ensemble K̂ qui est en bijection canonique avec P1 (K).
Exemples dans le cas d’un faisceau de droites du plan projectif, cette abscisse projective
s’appelle la pente.
Remarque : si h est une homographie entre deux droites projectives, elle est alors donnée en
termes d’abscisses projectives par une formule t 7→ at+b
ct+d avec ad − bc 6= 0.
Définition IV.3.1. — Étant donnés 4 points a, b, c, d d’une droite projective D, les 3 pre-
miers étant distincts, on appelle birapport de ces points et on note [a, b, c, d], l’élément
h(d) ∈ K̂ où h est l’unique homographie de D sur K̂ qui amène a, b, c en ∞, 0, 1.
Remarque : l’action du groupe projectif sur les triplets de points alignés distincts admet une
unique orbite de sorte qu’on ne peut pas affecter un invariant associé à ces trois points. Pour
4 points dont 3 ne sont pas alignés, les orbites sont par contre en bijection avec K̂, d’où la
notion de birapport. Précisons ce résultat.
Proposition IV.3.4. — Soient ā, b̄, c̄, d¯ quatre points de P(E), les trois premiers étant dis-
tincts, on a la formule
¯ = ca : da ∈ K̂
[ā, b̄, c̄, d]
cb db
avec la convention λ/0 = ∞ ∈ K̂ pour tout λ 6= 0.
Corollaire IV.3.5. — Soient a, b, c, d quatre éléments de K̂, les trois premiers étant dis-
tincts. Le birapport [a, b, c, d] est donné par la formule
[a, b, c, d] = (c − a)(d − b)/(c − b)(d − a)
avec les conventions de calcul usuelles sur 0 et ∞.
Démonstration. — L’homographie h de K̂ sur K̂ qui amène a, b, c en ∞, 0, 1 admet a pour
pôle et b pour zéro. Elle est donc de la forme h(t) = k(t − b)/(t − a). Comme h(c) = 1, on a
nécessairement k = (c − a)/(c − b) d’où le résultat.
Proposition IV.3.11. — Soit h une homographie d’une droite projective D sur elle-même.
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(a) h est une involution ;
(b) si K n’est pas de caractéristique 2, h est de la forme P(u) où u est une application linéaire
de trace nulle ;
(c) il existe un point m ∈ D tel que h(m) 6= m et h2 (m) = m.
Démonstration. — Le résultat est évident si f est l’identité. Sinon comme f a au plus deux
points fixes, on choisit a 6= b non fixes par f ; en caractéristique 2 il ne reste qu’un point qui
est obligatoirement fixe. Soit c un troisième point et on note a0 , b0 , c0 leur image par f . Si on
a a = b0 et b = a0 alors f 2 (b) = f (b0 ) = f (a) = a0 = b et f (b) 6= b de sorte que f est une
involution.
Sinon on a, disons, a 6= b0 et on définit l’homographie i sur le repère a, b, b0 par i(a) = b0 ,
i(b) = a0 et i(b0 ) = a. Comme i échange a et b0 c’est une involution. Soit alors c” = i(c) qui est
donc distinct de b0 et a0 . On peut donc définir j sur le repère b0 , a0 , c” par j(b0 ) = a0 , j(a0 ) = b0
et j(c”) = c0 . Comme j échange a0 et 0 , c’est une involution et on a j ◦ i(a) = a0 , j ◦ i(b) = b0
et j ◦ i(c) = c0 ce qui montre que f = j ◦ i.
Corollaire IV.3.13. — Une involution h est uniquement déterminée par la donnée de deux
couples (p, p0 ), (q, q 0 ) de points homologues non fixes.
Démonstration. — Il existe une unique homographie qui envoie (p, p0 , q) sur (p0 , p, q 0 ) qui
est donc h ; le fait que h soit une involution découle alors du point (c) de la proposition
précédente.
Remarque : les points fixes d’une homographie ont pour abscisses projectives les racines finies
ou infinies de l’équation ct2 + (d − a)t − b = 0 de sorte que pour h 6= 1, il y en a au plus deux.
Corollaire IV.3.14. — L’unique homographie h d’une droite projective D vers une autre
D0 qui envoie le repère projectif (P1 , P2 , P3 ) sur un repère (P10 , P20 , P30 ), où P1 6= P10 , est une
involution si et seulement si
[P1 , P2 , P3 , P10 ] = [P10 , P20 , P30 , P1 ].
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 103
r b’
r’
c’
q’
b p a’ c
p’
Démonstration. — Supposons tout d’abord que les droites sont concourantes en un point m.
La projection de centre m de D sur (ac) envoie (p0 , q 0 , r0 , r) sur (a, b0 , c, q). La projection de
centre b de (ac) sur D envoie alors (a, b0 , c, q) sur (r, q 0 , p, q) de sorte qu’au final
[p0 , q 0 , r0 , q] = [a, b0 , c, q] = [r, q 0 , p, q] = [p, q, r, q 0 ]
104 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
ca da
=− .
cb db
On peut aussi l’écrire sous la forme moins mnémotechnique suivante : 2(ab + cd) =
(a + b)(c + d).
— [a, −a, c, d] = −1 équivaut à cd = a2 .
— dans le plan projectif, pour m un point, quatre droites A, B, C, D de m∗ sont en division
harmonique si et seulement si pour toute droite ∆ 6∈ m∗ , les traces a, b, c, s le sont sur ∆.
On parle alors de pinceau harmonique : un exemple classique en géométrie eucidienne
est celui de deux droites et de leurs deux bissectrices, cf. l’exercice ??.
Proposition IV.3.18. — Soit f : D → D une homographie admettant deux points fixes a, b
distincts.
1) Si f est une involution on a, pour tout m ∈ D distinct de a et b :
[a, b, m, f (m)] = −1
autrement dit m et f (m) sont conjugués harmoniques par rapport à a, b.
2) Réciproquement s’il existe m 6= a, b tel que l’on ait [a, b, m, f (m)] = −1 alors f est une
involution.
Démonstration. — 1) Posons r = [a, b, m, f (m)] et appliquons f : on a r = [a, b, f (m), m] =
1/r de sorte que r = ±1 et comme f (m) 6= m, on a r = −1.
2) Le même argument montre que l’on a f 2 (m) = m et on concult par la proposition
IV.3.11.
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 105
Corollaire IV.3.19. — Soient a 6= b ∈ P1 (K), il existe alors une unique involution f ad-
mettant a et b comme points fixes. Cette involution est conjuguée de l’application z 7→ −z,
symétrie de centre 0.
a’
b’
a b c
d
Lemme IV.3.21. — Soient a, b, c, d, e cinq points d’une droite projective, on a alors la for-
mule
[b, c, d, e] × [c, a, d, e] × [a, b, d, e] = 1.
Lemme IV.3.22. — dit des trois birapports Soient a, b, c trois points non alignés d’un
plan projectif. On considère deux droites distinctes D et ∆ ne passant pas par a, b, c et coupant
respoectivement (bc), (ca) et (ab) en a0 , b0 , c0 et α, β, γ. On a alors l’égalité
[b, c, a0 , α] × [c, a, b0 , β] × [a, b, c0 , γ] = 1.
106 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE