0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
21 vues107 pages

Géométrie Euclidienne et Algèbre

Aaa

Transféré par

Mahdi MAHDADE
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
21 vues107 pages

Géométrie Euclidienne et Algèbre

Aaa

Transféré par

Mahdi MAHDADE
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Boyer Pascal

ALGÈBRE ET GÉOMÉTRIES
Boyer Pascal
ALGÈBRE ET GÉOMÉTRIES

Boyer Pascal
5

Introduction

Le thème de ce cours est de faire de la géométrie du point de vue de l’algèbre. Expliquons


cette problématique dans le cas de la géométrie plane. Il y a essentiellement deux façons de
parler de géométrie.
- La première, la plus ancienne, est celle d’Euclide corrigée par Hilbert, et est définie axio-
matiquement ; les axiomes partent de la définition du plan comme un ensemble de points muni
de parties remarquables, les droites, avec des axiomes d’incidence et d’ordre. Il faut ensuite
quelque chose qui assure l’homogénéité du plan (cas d’égalité, existence de symétries, transi-
tivité sur les drapeaux...). Ces axiomatiques jusque là sont aussi valables pour les géométries
non euclidiennes, ce n’est que lorsqu’on introduit l’axiome des parallèles (le fameux postulat
d’Euclide) qu’elles se séparent.
- La seconde est celle qui passe par l’algèbre linéaire sur le corps des réels (ou un autre).
Elle permet de définir à la fois les espaces affines, euclidiens ou non, les espaces projectifs, la
géométrie euclidienne et les autres.
Evidemment c’est cette deuxième approche que nous allons suivre, notamment parce qu’elle
place les nombres au coeur de la géométrie et plus pragmatiquement parce que pour un public
au fait de l’algèbre linéaire, elle est beaucoup plus simple à manipuler.
Depuis le programme d’Erlangen, la géométrie est intimement liée à la théorie des groupes.
Le programme d’Erlangen est la thèse de Felix Klein, soutenue en 1872 dans cette ville et
arrive après l’explosion des géométries survenue dans la première moitié du dix-neuvième
siècle avec la création de la géométrie projective développée par Poncelet, Plücker et d’autres,
des géométries non euclidiennes avec Bolyai et Lobatchevski... Le principe unificateur, adopté
par Klein, est qu’une géométrie consiste pour l’essentiel en la donnée d’un ensemble X et d’un
groupe G de transformations de X, autrement dit d’un groupe opérant sur X. Les éléments de
G sont les transformations permises dans la géométrie en question et elles caractérisent cette
géométrie. Il s’agit par exemple des isométries affines pour la géométrie euclidienne plane,
ou des transformations affines pour la géométrie affine, ou encore des homographies pour la
géométrie projective. Le plus souvent X est muni de données supplémentaires, par exemple
un ensemble D de parties remarquables (les droites, les cercles ....) et les transformations de
G conservent globalement D. Les propriétés relatives à la géométrie en question (propriétés
affines, euclidiennes, projectives...) sont celles qui sont conservées dans l’action du groupe.
Par exemple le théorème de Pappus qui n’emploie que les notions de concours et d’aligne-
ment est un théorème projectif, tandis que Thalès qui utilise des parallèles est un résultat
affine et Pythagore qui met en jeu longueurs et orthogonalité, est un théorème euclidien.
On peut dire en quelque sorte que chaque théorème appartient à une géométrie particulière
dans lequel il s’énonce avec le plus de généralité et où il se démontre avec le plus de facilité.
L’exemple du théorème de Pascal sur l’hexagone inscrit, frère jumeau de Pappus, illustre bien
cette idée. Ce théorème s’énonce d’abord avec un cercle et se démontre dans le cadre euclidien
en utilisant le théorème de l’angle inscrit. Cependant il s’énonce en toute généralité pour une
conique et devient alors un théorème projectif ; dans ce cadre il se prouve très facilement
via le birapport. Moralement c’est une fois débarrassé de la gangue des notions affines et
euclidiennes inutiles, qu’on peut dégager les ingrédients essentiels pour le prouver.
On peut aussi prendre l’exemple précédent dans l’autre sens ; c’est à dire appliquer une
homographie pour transformer la conique en un cercle et le prouver dans le cadre de la
géométrie euclidienne via le théorème de l’angle inscrit. Cela fait apparaitre une technique
très féconde qui consiste à appliquer des transformations de la géométrie considérée pour se
6

ramener à une situation plus simple (par exemple transformer un triangle quelconque en un
triangle équilatéral, une conique en un cercle...) puis utiliser les outils d’une autre géométrie
à cette nouvelle configuration.
La mise en oeuvre de cette technique repose essentiellement sur une des idées développées
par Klein : toutes les géométries peuvent être obtenues à partir de la géométrie projective et
d’une donnée supplémentaire. Le cas le plus simple est celui de la géométrie affine que l’on
récupère comme complémentaire d’une droite choisie arbitrairement et qualifiée de droite à
l’infini. Quand on est dans le plan affine, la géométrie euclidienne s’obtient en se donnant une
forme quadratique définie positive sur le plan vectoriel associé ou encore en se donnant deux
points imaginaires à l’infini : les fameux points cycliques.
Invariants d’une géométrie : comme une géométrie au sens du programme d’Erlangen est
un groupe G opérant sur un ensemble, on s’intéresse à l’action de G sur certains ensemble
construits à partir de X comme par exemple l’ensemble de ses points, de ses droites, de ses
drapeaux ou de uplets de points, droites et drapeaux. On s’intéresse alors à la transitivité de
cette action afin de transformer des figures en d’autres plus simples : ainsi l’action du groupe
affine en dimension 2 est transitive sur les triangles du plan affine. Quand cette action n’est
pas transitive, on essaie de paramétrer l’ensemble des orbites X/G.
Rappelons que deux points x, x0 ∈ X sont dans la même orbite sous G et on écrit x ∼G x0 ,
s’il existe g ∈ G tel que x0 = g.x et la stratégie habituelle pour décrire X/G est la suivante :
— repérer des invariants de X sous G, autrement dit on construit une application Φ :
X → Y avec pour Y un espace  numérique , par exemple du type Rn de sorte que
deux éléments de la même orbite ont la même image par Φ.
— On veut que Φ soit un système complet d’invariants, ce qui signifie qu’on a
l’équivalence
x ∼G x0 ⇔ Φ(x) = Φ(x0 ),
autrement dit deux éléments sont dans la même orbite si et seulement si leurs invariants,
repérés par Φ, sont les mêmes.
— Il reste enfin à préciser l’image de Φ, i.e. déterminer quels sont les invariants possibles.
Pour étudier X/G, on regarde sa dimension en tant que variété algébrique ; intuitivement la
dimension d’un objet géométrique est le nombre de paramètres dont il dépend. En général
la formule dim X/G = dim X − dim G est correcte et permet de savoir par avance le nombre
d’invariants recherchés. Ainsi dans le cas où X est l’ensemble des triangles du plan euclidien,
qui est donc de dimension 6, et G le groupe des isométries, de dimension 3, on a dim X/G = 3
et on a donc besoin de trois paramètres pour décrire ce quotient qui vont être soit les longueurs
des côtés soit les angles aux sommets et on retrouvera les cas d’isométries des triangles.
Relations entre les invariants : théorèmes : dans le cas où l’on construit un espace
d’invariants Y de dimension > dim X − dim G, l’application de paramètrage Φ ne peut être
injective, autrement dit les invariants ne sont pas indépendants et il y a des relations entre eux.
Ainsi en géométrie euclidienne les longueurs des côtés d’un triangle et ses angles définissent
6 paramètres liés entre eux par les relations :
— les trois formules d’Al-Kashi,
— les deux égalités de la loi des sinus
— et le fait que la somme des angles est égale à π.
Comme on a trop de relations, celles-ci sont aussi liées ; il y a donc des relations entre les
relations. Le coeur de la théorie des invariants consiste à formuler tout théorème de la
géométrie en termes de relations entre des invariants et de donner une méthode systématique
7

pour construire tous ses invariants et les relations entre eux. On pourrait ainsi dire que la
théorie des invariants marque la mort de la géométrie  élémentaire , la réduisant à trouver
parmi l’infinité des théorèmes qu’elle peut formuler à volonté, ceux dont l’énoncé géométrique
serait suffisamment simple et élégant.

Dans ce cours nous n’aborderons pas la théorie des invariants proprement dite ; nous nous
limiterons à certaines descriptions des quotients X/G dans le cadre de la géométrie affine
jusqu’à la géométrie hyperbolique en passant par les géométries euclidienne, inversive et
sphérique. Nous chercherons plus particulièrement à mettre l’accent sur la technique dite
de changement de géométrie : plus une géométrie est pauvre plus elle aura des transforma-
tions et moins elle aura d’invariants et de relations. Ainsi partant d’un problème géométrique,
la première étape sera de le considérer dans une géométrie pauvre afin de lui appliquer une
transformation le transportant dans une situation particulière plus simple quand on le regar-
dera dans une autre géométrie plus riche ; celle-ci avec ses nombreux invariants et relations
nous donnera plus d’outils pour attaquer le problème et le résoudre.
Le lecteur trouvera ainsi certains énoncés classiques qui reviendront comme des fils rouges et
dont on donnera de multiples preuves selon qu’on les considère dans telle ou telle géométrie.
TABLE DES MATIÈRES

Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

I. Géométrie Affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
I.1. Généralités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
I.1.1. Définition d’un espace affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
I.1.2. Applications affines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
I.1.3. Le groupe affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
I.1.4. Rapport de proportionnalité et théorème de Thalès. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
I.1.5. Théorème de Ménélaüs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
I.2. Coordonnées barycentriques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
I.2.1. Barycentre d’une famille de points pondérés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
I.2.2. relativement à un repère affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
I.2.3. Cas de la dimension 1 et 2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
I.3. Barycentres dans le plan affine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
I.3.1. Équations barycentriques de droites. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
I.3.2. Autour du triangle pédal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
I.3.3. Théorème de Pappus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

II. Géométrie affine euclidienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35


II.1. Le groupe des isométries affines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
II.1.1. Produit scalaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
II.1.2. Le groupe orthogonal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
II.1.3. Groupe des similitudes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
II.1.4. Isométries affines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
II.1.5. Groupe des similitudes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
II.2. Généralités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
II.2.1. Sphères. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
II.2.2. Orthogonalité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
II.2.3. Angles d’un plan vectoriel orienté. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
II.3. En dimension 2. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
II.3.1. Théorème de l’angle au centre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
II.3.2. Axe radical et autres lignes de niveau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
II.3.3. Relations trigonométriques dans le triangle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
10 TABLE DES MATIÈRES

II.3.4. Triangles semblables. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49


II.4. En dimension 3. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
II.4.1. Produit mixte et produit vectoriel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
II.4.2. Angles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
II.4.3. Formule d’Euler. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
II.5. Algébrisations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
II.5.1. Nombres complexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
II.5.2. Quaternions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

III. Géométrie Inversive et sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61


III.1. Les inversions : définition et premières propriétés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
III.1.1. Définition générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
III.1.2. Sur quelques relations métriques dans C. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
III.1.3. Hyperplans et sphères. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
III.2. Présentation de la géométrie inversive. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
III.2.1. La projection stéréographique de la sphère de Riemann. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
III.2.2. Le groupe circulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
III.3. Invariants conformes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
III.3.1. L’invariant de Möbius. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
III.3.2. Invariant conforme de deux cercles de la sphère de Riemann. . . . . . . . . . . . . . . . 69
III.4. Géométrie sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
III.4.1. Métrique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
III.4.2. Aire d’un triangle sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
III.4.3. Le groupe de la géométrie sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
III.5. Trigonométrie sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
III.5.1. Formule fondamentale de la trigonométrie sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
III.5.2. Triangle polaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
III.5.3. Loi des sinus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
III.5.4. Formulaire de trigonométrie sphérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
III.5.5. Cas d’égalité des triangles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
III.5.6. Problèmes de navigation et triangulation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
III.6. Cartographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
III.6.1. Impossibilité des cartes isométriques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
III.6.2. Projections cylindriques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
III.6.3. Projections azimutales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79

IV. Géométrie projective. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81


Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
IV.1. Généralités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
IV.1.1. Espaces et sous-espaces projectifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
IV.1.2. Repères projectifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
IV.1.3. Groupe projectif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
IV.1.4. Liaison affine-projectif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
IV.1.5. Dualité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
IV.1.6. Incidences, perspectives et réfractions du plan projectif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
IV.1.7. Preuves projectives des théorèmes de Desargues, Pappus, Brianchon. . . . . . . . 90
IV.2. Exemples. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
TABLE DES MATIÈRES 11

IV.2.1. Espaces projectifs d’hyperplans. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94


IV.2.2. L’espace projectif des cercles : faisceaux de cercles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
IV.3. Géométrie projective de dimension 1. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
IV.3.1. Birapport. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
IV.3.2. Homographies involutives. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
IV.3.3. Division harmonique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
IV.3.4. Preuves projectives de Ménélaüs et Céva. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
CHAPITRE I

GÉOMÉTRIE AFFINE

La géométrie affine enseignée dès le collège nous servira de modèle pour la construction
et l’étude d’une géométrie. Nous commencerons par définir l’espace puis son groupe des
transformations et enfin les invariants de la géométrie. Le groupe affine étant  gros  sa
géométrie ne produit que peu d’invariants : en dimension 1 nous retrouvons le coefficient de
proportionnalité de 3 points que l’on note habituellement de manière abusive sous la forme
AB
AC
alors que ni AB ni AC n’ont de sens. En dimension supérieure, cet invariant se généralise
via la notion de barycentre et de coordonnées barycentriques relativement à une base affine.
Nous développons ensuite le calcul barycentrique à travers tout d’abord les classiques
théorèmes de Céva, Ménélaüs, Pappus et Desargues qui tournent tous autour de la figure
centrale de la géométrie plane : le triangle. Moins classiquement, nous introduisons quelques
constructions autour d’opérations barycentriques simples.
Dans ce chapitre K désignera un corps commutatif éventuellement fini mais que le lecteur
pourra dans un première lecture supposer égal au corps R des nombres réels. On utilisera par
ailleurs les conventions suivantes sur les notations :
— les lettres rondes comme F, E, G, D · · · désignerons des espaces ou des sous-espaces af-
fines ;
— les lettres capitales droites E, F, G, D · · · désignerons des espaces ou sous-espaces vec-
toriels ;
— les lettres minuscules a, b, c, d · · · désignerons des points de l’espace affine ;
— les lettres grecques α, β, γ · · · ainsi que x, y, z, t désignerons des scalaires de K ;
— les vecteurs d’un espace vectoriel seront systématiquement décorés d’une flèche,

−u,→−
v ···.

I.1. Généralités
I.1.1. Définition d’un espace affine. —

Définition I.1.1. — Un espace affine E est un ensemble muni d’une action libre et transitive

− →

d’un espace vectoriel E . La dimension de E est celle de E .

Traduisons concrètement les différents termes de cette définition synthétique :




— une action : cela signifie que l’on a un morphisme de groupe φ de E vers les permutations
de E qui à un vecteur →−u associe la permutation φ(→−u ) de E.
14 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Notation I.1.2. — Pour a ∈ E, on note φ(→



u )(a) sous la forme a + →

u.
Comme φ est un morphisme de groupe on a
a + (→

u +→ −
v ) = (a + →

u)+→

v
relation dite de Chasles ;
— libre : a + →
−u = a si et seulement si →−u est le vecteur nul ;


— transitive : pour tout a, b ∈ E, il existe →

u ∈ E tel que b = a + →−
u.


Notation I.1.3. — Pour b = a + → −u , on écrira aussi →

u = b − a = ab.
Remarque : un espace affine n’a pas de point remarquable, en particulier pas d’origine. Un
point a ∈ E étant fixé, l’application


Θa : E → E


qui à b associe le vecteur ab est alors une bijection de sorte que l’on peut considérer l’espace
affine E pointé en a comme un espace vectoriel.
Remarque : réciproquement un espace vectoriel est un espace affine pointé ; ainsi pour n ≥ 1,
Rn est considéré comme un espace affine pointé de dimension n.
Exemples L’ensemble des solutions de l’équation différentielle y 0 = y + 1 est un espace affine
sous l’espace vectoriel de l’équation homogène y 0 = y.
Notation I.1.4. — On notera parfois (E, E) pour désigner un espace affine E de direction
E.
Exemple : espaces affines produit. Si (Ei )i∈I est une famille quelconque de K-espaces affines,
Q Q → −
le produit i∈I Ei est un espace affine de direction i∈I Ei .
Définition I.1.5. — Un sous-ensemble F est un sous-espace affine de E s’il est vide ou s’il

− →

contient un point a tel que F := Θa (F) est un sous-espace vectoriel de E qui est appelé la


direction de F ; la dimension de F est celle de F .
Notation I.1.6. — On notera parfois (F, F ) pour désigner un sous-espace affine F de di-
rection F .

− →

Remarque : de l’égalité F = a + F , on peut vérifier que F ne dépend pas du choix du point

− →

a. En effet pour un autre point b = a + → −u avec → −
u ∈ F , en posant F = b + G , on a pour

− →
− →

v ∈ G, b+→ −
v =a+→ −w et donc →−v =→−
w −→ −u ∈ F . Comme c’est vrai quelque soit → −v , on en

− →
− →
− →

déduit G ⊂ F et par symétrie G = F .

− →

Remarque : étant donné un sous-espace vectoriel F de E et un point a de E, il existe un

− →

unique sous-espace affine dirigé par F et contenant a, on le note a + F .
Remarque : les sous-espaces affines de dimension 0 (resp. 1) sont les points (resp. les droites)
de F.

− →
− →
− →

Exemples Soient E et F deux espaces vectoriels et soit f : E → F une application linéaire.
Pour tout v ∈ Im f , l’image réciproque f −1 (v) est un sous-espace affine pour Ker f .
Lemme I.1.7. — Toute intersection de sous-espaces affines est un sous-espace affine
éventuellement vide et sinon de direction l’intersection des directions des sous-espaces affines
considérés.
I.1. GÉNÉRALITÉS 15

T
Démonstration. — Si l’intersection est vide, il n’y a rien à prouver. Sinon pour a, b ∈ i∈I Fi ,


le vecteur ab appartient à tous les Fi et donc à leur intersection. Réciproquement pour a ∈
T →
− T →

i∈I Fi et u ∈ i∈I Fi , le point a + u appartient à tous les Fi d’où le résultat.

Définition I.1.8. — Soit S une partie de E ; l’intersection de tous les sous-espaces affines
contenant S est le plus petit sous-espace affine contenant S, on le note < S > et on l’appelle
le sous-espace engendré par S.
Définition I.1.9. — Un repère affine de E est une suite (a0 , a1 , · · · , an ) de points de E telle


que (−
a−→ −−→
0 a1 , · · · , a0 an ) est une base de E .

Remarque : un point a ∈ E est uniquement déterminé par des scalaires α1 , · · · , αn tels que
a = a0 + α1 − a− → −−→
0 a1 + · · · + αn a0 an ; on dit que (α1 , · · · , αn ) sont les coordonnées de a dans le
repère (a0 , · · · , an ).
Système d’équations cartésiennes d’un sous-espace affine de Kn . Soit E un sous-


espace affine de Kn , de sorte que E en tant que sous-espace vectoriel de Kn de dimension k
admet un système linéaire homogène de n − k équations cartésiennes :

 p1 (x1 , · · · , xn ) = 0
···
pn−k (x1 , · · · , xn ) = 0

Ainsi pour A = (a1 , · · · , an ) un point de E, un systèmes d’équations cartésiennes de E est



 p1 (x1 , · · · , xn ) = p1 (a1 , · · · , an )
···
pn−k (x1 , · · · , xn ) = pn−k (a1 , · · · , an )

Définition I.1.10. — Soient F et G deux sous-espaces affines de E ; on dit que


— F et G se coupent si F ∩ G est non vide ;

− →
− → −
— F et G sont supplémentaires si E = F ⊕ G ;

− →

— F et G sont parallèles et on note F k G, si F = G ;

− →

— F est faiblement parallèle à G et on note F C G si on a F ⊂ G .
Proposition I.1.11. — Soient (F, F ) et (G, G) des sous-espaces affines de (E, E).
1. F et G sont parallèles si et seulement s’il existe →

u ∈ E tel que G = F + → −
u et que

− →

H = { u ∈ E : G = F + u } est un sous-espace affine de direction F = G.
2. F est faiblement parallèle à G si et seulement si F est parallèle à un sous-espace affine
de G et qu’alors F ⊂ G ou F ∩ G = ∅.
Démonstration. — 1) Soit p ∈ F et q ∈ G tels que F = p + F et G = g + G. Comme F et G
sont parallèles , on a F = G et donc G = p + →

pq + F = F + → −
pq. Par ailleurs pour →

u,→

v ∈ H,

− →
− →
− →

on a p + F + u = G = p + F + v et donc v − u ∈ F . Réciproquement pour u ∈ H et →


− →

f ∈ F , on a p + F + → −u + f =p+F +→ −u = G d’où le résultat.
2) Soit q ∈ G alors comme F est faiblement parallèle à G, K = g + F ⊂ G est parallèle à
F.
Corollaire I.1.12. — Si F CG alors soit ils sont disjoints, soit l’un est contenu dans l’autre.

− →

Démonstration. — S’ils ne sont pas disjoints avec F ⊂ G alors, pour a ∈ F ∩ G, on a

− →

F =a+ F ⊂G =a+ G.
16 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Corollaire I.1.13. — (Postulat des parallèles)


Par tout point a ∈ E, il existe une unique droite parallèle à une droite donnée et passant par
a.

Proposition I.1.14. — Soient (F, F ) et (G, G) deux sous-espaces affines de (E, E).
1. F et G se coupent si et seulement si →

pq ∈ F + G pour tout (p, q) ∈ F × G.
2. E = F +G si et seulement si F ∩H =6 ∅ pour tout sous-espace H parallèle à G et qu’alors
F ∩ G est un sous-espace de E de direction F ∩ G.
3. Si F et G sont supplémentaires alors F ∩ G est réduit à un point.

Démonstration. — 1) Supposons F ∩ G 6= ∅ et soit a ∈ F ∩ G. Pour p ∈ F et q ∈ G, il vient




pq = −
→−−
aq → ∈ F + G. Réciproquement, soit (p, q) ∈ F × G, et soit (→
ap −
u,→

v ) ∈ F × G tels que

− →
− →
− →
− →

pq = u − v ; on a alors p + u = q + v ∈ F ∩ G.
2) Si E = F + G alors F ∩ H 6= ∅ pour H parallèle à G d’après le point précédent ; le
second point en découle alors directement. Réciproquement supposons F ∩ H 6= ∅ pour tout
H parallèle à G. Soient p ∈ F et q ∈ G ; pour → −u ∈ E, comme F ∩ (→ −u + G) 6= ∅ alors

− →

pq + u ∈ F + G d’après 1). De même comme F ∩ G = 6 ∅ alors pq ∈ F + G et donc →

− −
u ∈ F +G
soit E = F + G.


3) Si E = F ⊕ G alors F ∩ G est non vide et de direction F ∩ G = { 0 } d’après ce qui
précède et donc F ∩ G est un singleton.

I.1.2. Applications affines. —

Définition I.1.15. — Soient E et F deux espaces affines ; une application φ : E → F est



− → − →

dite affine s’il existe une application linéaire φ : E → F telle que pour tout m, n ∈ E,

− →
φ(n) = φ(m) + φ (− mn).

Remarque : pour o fixé et f une application linéaire, l’application qui à N ∈ E associe



− →
φ(n) = φ(o) + f (− on) est affine. En effet pour m ∈ E quelconque, on a φ(n) = φ(o) + f (− →+
om
− → −→
mn) = φ(m) + f (mn). Ainsi pour définir une application affine, il suffit de connaitre sa partie
linéaire et l’image d’un point.
Remarque : l’image directe et réciproque d’un sous-espace affine par une application affine
est un sous-espace affine ; en particulier toute application affine envoie trois points alignés sur
trois points alignés.
Donnons quelques exemples Q d’applications affines :
— si E est un produit i∈I Ei d’espaces affines, les projections pi : E −→ Ei sont affines.
— Les formes affines : dans ce cas F est de dimension 1 et on la note h de sorte que
h−1 ({x}), pour x un scalaire, est une famille d’hyperplans affines parallèles.

− −−−−−→ → −
— Les translations : pour E = F et φ = Id, on a φ(a)φ(b) = abde sorte que d’après la
−−−→ −−−→ →

règle du parallélogramme, aφ(a) = bφ(b), autrement dit il existe → −
u ∈ E tel que pour
tout m ∈ E, φ(m) = m + → −u . C’est une translation de vecteur →

u.
u que l’on note t−

— Les homothéties : pour E = F pointé en un point o, l’homothétie h(o, λ) de centre o
et de rapport λ est l’application linéaire définie par φ(m) = o+λ− → On a en particulier
om.


φ = λ Id
— Les projections affines : soit V un sous-espace affine non vide de E = F et W un

− →

supplémentaire de V dans E . Pour a ∈ V, la projection affine sur V parallèlement à
I.1. GÉNÉRALITÉS 17



W et fixant a, est l’application affine fixant a et de partie linéaire la projection sur V
parallèlement à W .
— Les symétries affines : avec les notations ci-avant, la symétrie affine par rapport à
V parallèlement à W est définie comme l’application fixant V et de partie linéaire la


symétrie par rapport à V parallèlement à W .

− →

— Affinité : soit H un hyperplan affine et D un supplémentaire de H dans E. Pour λ ∈ K,
→ est l’application fixant a ∈ H et de partie linéaire Id−
l’affinité aH,− → ⊕λ Id−→.
D ,λ H D
Remarque : de même qu’une application linéaire est déterminée par l’image des vecteurs d’une
base, une application affine est déterminée par l’image des points d’un repère affine.

Proposition I.1.16. — Soit (a0 , · · · , an ) un repère affine de E et soient b0 , · · · , bn des points


quelconques de F. Il existe alors une unique application affine φ telle que pour i = 0, · · · , n,
φ(ai ) = bi .

Démonstration. — Comme (a0 , · · · , an ) est un repère affine, les vecteurs − a− →


0 ak pour k =

− →
− →
− − −→ −−→
1, · · · , n, forment une base de E . Soit alors f : E → F défini par f (a0 ak ) = b0 bk pour


k = 1, · · · , n. On pose alors φ(m) = b0 + f (− a−→
0 m) de sorte que φ est affine avec φ = f et
φ(ak ) = bk .

− →

En ce qui concerne l’unicité, si φ et ψ étaient deux telles applications affines, alors φ = ψ
avec φ(a0 ) = φ(b0 ) et donc φ = ψ.

Remarque : en particulier la seule transformation affine d’un espace de dimension n qui fixe
n + 1 points indépendants est l’identité.

Corollaire I.1.17. — En dimension 2, l’action du groupe affine sur les triangles non plats
(resp. sur les parallélogrammes non plats) est transitive.

Démonstration. — Un triangle non plat du plan affine en détermine une base et réciproquement ;
le résultat découle alors de la proposition précédente. En ce qui concerne les parallélogrammes,

− →

il suffit de remarquer qu’une application affine f conserve  les vecteurs , i.e. si ab = cd
−−−−−→ −−−−−→
alors f (a)f (b) = f (c)f (d).

En ce qui concerne les points fixes d’une application affine, citons les deux résultats suivants.

Lemme I.1.18. — Soit φ une application affine possédant un point fixe a ; alors l’ensemble


des points fixes de φ est le sous-espace affine a + Ker( φ − Id).

− →− →

Démonstration. — Soit b un point fixe de φ ; on a alors φ(b) = φ(a) + φ (ab) et donc ab ∈


Ker( φ − Id) et réciproquement.

Proposition I.1.19. — Une application affine φ possède un unique point fixe si et seulement


si 1 n’est pas valeur propre de φ .

Démonstration. — Si φ possède un unique point fixe alors d’après le lemme précédent 1 n’est

− →

pas valeur propre de φ . Réciproquement supposons que 1 n’est pas valeur propre de φ , il
suffit alors de montrer que φ possède un point fixe, il sera unique d’après ce qui précède. Soit
18 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE


− →
− − −−−→
a ∈ E et comme φ − Id est surjective soit →

v tel que φ (→
v)=→ −v + φ(a)a. Posons c = a + →

v
et calculons

− −
φ(c) = φ(a) + φ (→ v ) = φ(a) + →

v + a − φ(a) = a + →

v = c,
d’où le résultat.
Application : les transformations affines de partie linéaire une homothétie de rapport distincts
de 1, sont exactement les homothétiques. En effet d’après la proposition précédente, elles
possèdent un unique point fixe o et sont donc données par la formule h(m) = o + λ− →
om.

I.1.3. Le groupe affine. — La composée de deux applications affines φ et ψ est une


−−−→ → − → −
application affine telle que φ ◦ ψ = φ ◦ ψ . Dans le cas E = F, φ est bijective si et seulement

− −−→ → −
si φ l’est auquel cas φ−1 est affine avec φ−1 = φ −1 .

Définition I.1.20. — On note GA(E) l’ensemble des bijections affines de E ; c’est un groupe
dit le groupe affine de E. Pour a ∈ E, GAa (E) ⊂ GA(E) désigne le sous-ensemble des bijections
affines fixant le point a.

Proposition I.1.21. — La suite exacte courte




0 → T (E) → GA(E) → GL( E ) → 0
est exacte.

− →

Remarque : en termes concrets cela signifie que l’application φ ∈ GA(E) 7→ φ ∈ GL( E ) est


surjective de noyau le sous-groupe des translations T (E) lequel est isomorphe à E .
Démonstration. — La surjectivité est évidente puisque φ défini par φ(m) = φ(o) + f (− →
om)
convient. En ce qui concerne le noyau on a déjà vu qu’il s’agissait des translations, d’où le
résultat.
Remarque : en tant que noyau T (E) est un sous-groupe distingué ; un calcul direct donne
φt− −1 = t−

→ → −
φ (→
u)
.

Proposition I.1.22. — L’ensemble HT (E) des homothéties de rapport non nul et des trans-


lations de E, est un sous-groupe distingué de GA(E). Il est formé des φ ∈ GA(E) tels que φ
est une homothétie vectorielle de rapport non nul, ou encore tels que pour toute droite D,
φ(D) est une droite parallèle.

Démonstration. — L’ensemble HT (E) est l’image réciproque du sous-groupe distingué des


homothéties vectoriel de rapport non nul, c’est donc un sous-groupe distingué. Par ailleurs
on a vu que toute translation et homothétie transforme une droite en une droite parallèle.


Réciproquement si φ transforme toute droite en une droite parallèle, alors φ envoie tout


vecteur sur un vecteur colinéaire ; il est alors classique d’obtenir que φ est une homothétie.


Remarque : pour a ∈ E, le groupe GAa (E) est isomorphe à GL( E ) et pour tout φ ∈ GA(E),
on a φ = t− −−→ ◦ ψ où ψ := t−−−→ ◦ φ ∈ GAa (E). L’inconvénient de cette écriture est que t−−−→
aφ(a) φ(a)a aφ(a)
−−−→ →

et φ ne commutent pas sauf si aφ(a) ∈ Ker( φ − Id) ; ainsi il sera difficile de composer de
telles écritures. Le théorème suivant fournit une solution partielle à ce problème.
I.1. GÉNÉRALITÉS 19

Théorème I.1.23. — Soit φ une application affine telle que



− →
− →

E = Ker( φ − Id) + Im( φ − Id).
Alors φ s’écrit de manière unique sous la forme t ◦ ψ où ψ admet un point fixe et commute
avec la translation t.
Remarque : par le théorème du rang la somme dans l’énoncé ci-dessus est une somme directe.
−−−→ → dans →

Démonstration. — Soit x ∈ E quelconque et on décompose xφ(x) = → −
vx + −
w x E =

− →
− →

Ker( φ − Id) + Im( φ − Id). Notons que vx ne dépend pas du choix de x ; en effet pour y ∈ E,
avec les mêmes notations, on a

− →
φ(y) − φ(x) = φ (−xy) = −
→+−
xy w→−− →+→
w y

v −→
x

v y x

− →

de sorte que →

vy − →

vx appartient à Im( φ − Id) ∩ Ker( φ − Id) et est donc nul. On note ce
vecteur →

v. −−−→


Fixons alors a ∈ E et comme φ − Id est surjective car injective, soit c tel que aφ(a) =

− →

v − ( φ − Id)(→

ac). On a alors
−−−→ → −−−→ → − −
cφ(c) = − ca + aφ(a) + φ (→
ac) = →

v.

− →

On pose alors ψ = t−−
→v ◦ φ de sorte que ψ(c) = c et comme v ∈ Ker( φ − Id), on en déduit
que ψ et t−
v commutent, d’où le résultat.

I.1.4. Rapport de proportionnalité et théorème de Thalès. — Reprenons les no-


tations de l’introduction sur les systèmes complets d’invariants d’un groupe agissant sur un
ensemble dans le cas où G est le groupe affine en dimension 1. Pour X l’ensemble des couples
de points distincts, nous avons vu que l’action de G y était transitive. En ce qui concerne
l’action de G sur l’ensemble X des triplets de points distincts, le quotient X/G est paramétré
par les scalaires distincts de 0 et 1 ; l’invariant affine associé est le rapport de proportionnalité.
Notation I.1.24. — Le rapport de proportionnalité de 3 points a, b, c sur une droite D est le


scalaire λ tels que →

ac = λab. On l’exprime aussi sous forme d’un quotient de mesure algébrique
ac
ab
.

Remarque : d’après ce que l’on vient de rappeler sur la transitivité de l’action de G sur les
couples de points d’une droite affine, les mesures algébriques ab et ac ne sont pas des invariants
affines.
Proposition I.1.25. — Les orbites de l’action du groupe affine de dimension 1 sur l’en-
semble des triplets de points distincts d’un espace affine de dimension 1, sont en bijection
avec K − {0} via l’application qui à un tel triplet (a, b, c) associe le coefficient de proportion-
nalité ac
ab
.

Démonstration. — Il s’agit donc de vérifier qu’étant donnés deux triplets (a, b, c) et (a0 , b0 , c0 )
de points distincts, il existe une application affine, nécessairement unique, envoyant a, b, c
0 0
respectivement sur a0 , b0 , c0 si et seulement si λ = ac
ab
est égal à λ0 = aa0 cb0 .


Vérifions tout d’abord que la condition est bien nécessaire : on a → −
ac = λab de sorte que par

− −→ −→
application de φ on a a0 c0 = λa0 b0 et donc λ = λ0 .
20 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Réciproquement si λ = λ0 , on considère l’unique application affine φ qui envoie a, b sur



− − −→ −→
a0 , b0 . On calcule φ(c) = φ(a) + φ (→
ac) = a0 + λa0 c0 = a0 + a0 b0 = b0 .
Lemme I.1.26. — Soient a, b, c trois points d’une droite D et h une forme affine telle que
h(a) = 0 ; on a alors ac
ab
= h(c)
h(b) .


Démonstration. — C’est immédiat en utilisant la linéarité de h .
Théorème I.1.27. — de Thalès
Soient H1 , H2 , H3 trois hyperplans parallèles distincts d’un espace affine et D une droite non
parallèle à ces hyperplans. Pour i = 1, 2, 3, on note ai = D∩Hi . Le rapport de proportionnalité
de a1 , a2 , a3 ne dépend pas de la droite D considérée.

D D’
H3

a3 a3’
H2
a2 a2’
H1

a1 a1’

Figure 1. Théorème de Thalès

Démonstration. — 1 : soit d une équation affine de H1 de sorte que Hi = d−1 (xi ) pour xi des
scalaires. D’après le lemme précédent aa11 aa23 = d(a2) 0
d(a3 ) . Si D est une autre droite alors en notant
a0i = D0 ∩ Hi , on a d(a1 ) = d(a01 ) = 0, d(a02 ) = d(2 ), d(a03 ) = d(a3 ) et donc d’après le lemme
a01 a02 d(a2 )
précédent = d(a3 ) , d’où le résultat.
a01 a03

Démonstration. — 2 : considérons la projection affine p de E sur D0 parallèlement à H de


−−→ − −−→ −−→
sorte que p(ai ) = a0i et donc a01 a03 = →
p (a1 a3 ) = →

p (λ−
a−→ 0 0
1 a2 ) = λa1 a2 , d’où le résultat.

Corollaire I.1.28. — Soient D1 et D2 deux droites sécantes en a, et D, D0 deux droites


parallèles coupant Di en ai et a0i distincts de a. On a alors
aa1 aa2 a1 a2
= = .
aa01 aa02 a01 a02
Corollaire I.1.29. — théorème de Pappus
Soient a, b, c trois points d’une droite D et a0 , b0 , c0 trois points d’une autre droite D0 . Si (ab0 )
est parallèle à (ba0 ) et si (bc0 ) est parallèle à (cb0 ) alors (ac0 ) est parallèle à (ca0 ).
I.1. GÉNÉRALITÉS 21

a’ c’ b’ a’

b’
c’

o
a a b c
b
c

Figure 2. Théorème de Pappus affine



Démonstration. — Dans le cas où D et D0 sont parallèles, la translation de vecteur ab (resp.


bc) envoie b0 sur a0 (resp. c0 sur b0 ) de sorte que la composée envoie c0 sur a0 ainsi que a sur c
d’où le résultat.
Si D ∩ D0 = {o} ; soit f (resp. g, l’homothétie de centre o qui envoie a sur b (resp. b sur c).
On a f ◦ g = g ◦ f et comme f (b0 ) = a0 et g(c0 ) = b0 , on en déduit que f ◦ g envoie c0 sur a0 et
a sur c, ce qui donne le résultat.

Corollaire I.1.30. — théorème de Desargues affine


Soient abc et a0 b0 c0 deux triangles sans sommet commun et à côtés respectivement parallèles.
Alors les droites (aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ) sont concourantes ou parallèles.

b’
b

a’
a

c’
b’
c
b

a’
a
o

c
c’
Figure 3. Théorème de Desargues affine
22 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Démonstration. — La preuve est similaire à celle de Pappus. Dans le cas où (aa0 ) et (bb0 )
−→
sont parallèles, la translation de vecteur aa0 envoie b sur b0 et la droite (ac) sur (a0 c0 ) et (bc)
sur (b0 c0 ) et donc c sur c0 de sorte que (cc0 ) est parallèle à (aa0 ).
Dans le cas où (aa0 ) et (bb0 ) s’intersectent en o, l’homothétie de centre o qui envoie a sur
a envoie (ab) Sur (a0 b0 ) et (ob) Sur (ob0 ) et donc b sur b0 . De même elle envoie (ac) sur (a0 c0 )
0

et (bc) sur (b0 c0 ) et donc c sur c0 de sorte que o appartient à (cc0 ).

I.1.5. Théorème de Ménélaüs. — Commençons par l’énoncé du théorème de Ménélaüs


qui donne une CNS pour que trois points des côtés d’un triangle soient alignés. Nous donnerons
deux preuves de ce résultat important.
Théorème I.1.31. — de Ménélaüs
Soient a, b, c trois points non alignés et a0 , b0 , c0 trois points, distincts de a, b, c situés res-
pectivement sur les droites (bc), (ca), (ab). Alors a0 , b0 , c0 sont alignés si et seulement si on
a:
a0 b b0 c c0 a
= 1.
a0 c b0 a c0 b

a’
c’

b’ c

Figure 4. Ménélaüs

Démonstration. — utilisant les formes affines


Supposons que a0 , b0 et c0 sont alignés et soit d la forme affine à valeurs dans R telle que
d−1 ({0}) = (a0 b0 ). D’après le lemme I.1.26, on a
a0 b b0 c c0 a d(b) d(c) d(a)
0 0 0
= = 1.
acbacb d(c) d(a) d(b)
Réciproquement, soit c̃ l’intersection de (a0 b0 ) avec (ab) ; d’après ce qui précède on a donc
a0 b b0 c c̃a 0
a0 c b0 a c̃b
= 1 ; de sorte que c̃a
c̃b
= cc0ab et donc c̃ = c0 , d’où le résultat.
Démonstration. — utilisant les homothéties
0 0 0
Considérons les homothéties h(a0 , aa0 cb ), h(b0 , bb0 ac ) et h(c0 , cc0ab ) qui envoient respectivement b sur
I.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 23

c, c sur a et a sur c de sorte que leur composé est une homothétie de rapport 1 qui laisse
stable le point c, c’est donc l’identité. On en déduit alors que les centres sont alignés d’où le
résultat.

I.2. Coordonnées barycentriques


I.2.1. Barycentre d’une famille de points pondérés. —
Définition I.2.1. — On appelle point pondéré un couple (a, α) où a est un point et α un
scalaire appelé la masse de a.
Proposition I.2.2. — Si (a1 , α1 ), · · · , (an , αn ) est un système de points pondérés tel que
Pn Pn −→ → −
i=1 αi 6= 0, alors ilPexiste un unique point g vérifiant l’égalité i=1 αi gai = 0 . Pour tout
point o, on a alors ( i=1 αi )→
n −
og = i=1 αi −
n →.
P
oa i

Démonstration. — On définit g via la formule ( ni=1 αi )→ − −→


P Pn
og = i=1 αi oai . La relation de
Chasles donne alors
n n n n
−→ →
− −→ →
− αi −→=→ −
X X X X
αi gai = αi (go + oai ) = ( αi )go + oa i 0.
i=1 i=1 i=1 i=1

−→ = (Pn α )−
Remarque : la fonction qui à m associe ni=1 αi − →
P Pn
ma i i=1 i mg est surjective si i=1 αi 6=
0. Dans le cas contraire, elle est constante.
Définition I.2.3. — Le point g de la proposition précédente est appelé le barycentre du
système ; dans le cas où tous les αi sont égaux, on parle alors d’isobarycentre.
Remarque : le barycentre n’est pas modifié si on multiplie tous
Pn les coefficients αi par un même
scalaire. Habituellement il est agréable de fixer la somme i=1 αi = 1.
Remarque : dans le cas d’une famille infinie de points pondérée, indexée par un ensemble I,
on considère des barycentres ne faisant intervenir qu’un nombre fini de points ; on dit que la
pondération est à support fini.
Proposition I.2.4. — P 1 , α1 ), · · · , (an , αn ) et (b1 , β1 ), · · · , (bm , βm ) deux systèmes
Soient (aP
de points pondérés avec i αi et j βj non nul. Alors le barycentre g du système
(a1 , α1 ), · · · , (an , αn ), (b1 , β1 ), · · · , (bm , βm )
est le barycentre du système (a1 , α1 ), · · · , (an , αn ), (b, m
P
j=1 βj ) où b est le barycentre du
système (b1 , β1 ), · · · , (bm , βm ).
Remarque : c’est ce que l’on appelle l’associativité du barycentre.
Démonstration. — Il suffit de revenir à la définition
X −→ X →

βj )→
− αi − →+ αi −→+(
X X X X
( αi + og = oa i βj obj = oa i βj ) ob.
i j i j i j

Application : les médianes d’un triangle se coupent en leur tiers.


24 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Notation I.2.5. — Soient a0 , · · · , ak des points ; pour α0 , · · · , αk des scalaires de somme


non nulle, on écrira
k
X Xk
( αi )g = αi ai
i=0 i=0
où g désigne le barycentre du système (a0 , α0 ), · · · , (ak , αk ). que l’on écrira aussi parfois sous
la forme
k
X X k
( αi )g − αi ai = 0.
i=0 i=0

Théorème I.2.6. — Théorème de Desargues


Soient (aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ) trois droites distinctes concourantes en un point o. On suppose que
(ab) et (a0 b0 ) (resp. (ac) et (a0 c0 ), resp. (bc) et (b0 c0 )) se rencontrent en un point r (resp. q,
resp. p). Alors les points p, q, r sont alignés.

a’

o b
b’
c

c’

p
q

Figure 5. Théorème de Desargues

Démonstration. — Soient α, β, γ ∈ [0, 1] tels que


o = αa + (1 − α)a0 = βb + (1 − β)b0 = γc + (1 − γ)c0 .
Le point r0 tel que (α − β)r0 = αa − βb = (α − 1)a0 + (1 − β)b0 appartient aux droites (ab) et
(a0 b0 ) de sorte que r0 = r. De même on a
(α − γ)q = αa − γc et (β − γ)p = βb − γc.
On a alors (α − β)r + (γ − α)q + (β − γ)p = 0 et donc les points p, q, r sont alignés.
Citons enfin le résultat suivant sur les applications affines.
Proposition I.2.7. — Pour f est une application de E dans F, les conditions suivantes sont
équivalentes :
I.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 25

— f est affine ;
— f conserve le barycentre, i.e. si g est le barycentre de (a1 , α1 ), · · · , (an , αn ), alors f (g)
est le barycentre de (f (a1 ), α1 ), · · · , (f (an ), αn ).

Démonstration. — Si f est affine alors


X −−−−−−→ X → − → →
− X −→ →
− →− →

αi f (g)f (ai ) = αi f (−
gai ) = f ( αi gai ) = f ( 0 ) = 0 .
i i i

− − →

Réciproquement, fixons a ∈ E et posons f (→ u ) = f (a + →

u ) − f (a), de sorte que f est

− →

uniquement déterminée sur E . Pour → −
u,→ −
v ∈ E et λ, µ ∈ K, le point a + λ→ −u + µ→

v est le

− →

barycentre de (a, 1 − λ − µ), (a + u , λ), (a + v , µ), de sorte que

− →
f (λ−u + µ→−v ) = f (a + λ→−u + µ→−v)
−−−−−−→ −−−−−−−−−−−→ −−−−−−−−−− −→
= (1 − λ − µ)f (a)f (a) + λf (a)f (a + → u ) + µf (a)f (a + →
v)

− → − →
− →−
= λ f ( u ) + µ f ( v ).

I.2.2. relativement à un repère affine. —

Définition I.2.8. — Des points a0 , · · · , ak sont dits affinement indépendants si la dimension


de l’espace qu’ils engendrent est égale à k.

Proposition I.2.9. — Les assertions suivantes sont équivalentes :


(i) les points a0 , · · · , ak sont affinement indépendants ;
(ii) pour tout i = 0, · · · , k, ai n’est pas barycentre des points {a0 , · · · , abi , · · · , ak } (où la
notation abi signifie qu’on omet le point ai ) ;
(iii) les points a0 , · · · , ak−1 sont affinement indépendants et ak n’est pas le barycentre des
points {a0 , · · · , ak−1 } ;
(iv) pour tout i = 0, · · · , k, les vecteurs −a−→
a ,··· ,−
0 i a−−−→
a ,−
a−−−→
i−1 i a ,··· ,−
i+1 i a−→
a sont linéairement
k i
indépendants ;
(v) il existe i ∈ {0, · · · , k} tel que les vecteurs −
a−→ −−−−→ −−−−→ −−→
0 ai , · · · , ai−1 ai , ai+1 ai , · · · , ak ai sont
linéairement indépendants.

Démonstration. — Montrons (i) ⇒ (ii). On raisonne par l’absurde ; si ai est barycentre


des autres alors l’espace affine engendré par {a0 , · · · , ak } est égale à celui engendré par
{a0 , · · · , âi , · · · , ak } et il est donc de dimension inférieure ou égale à k − 1 ce qui contre-
dit (i).
(iii) ⇒ (i) : par hypothèse < {a0 , · · · , ak−1 } > est de dimension k − 1 et d’après (iii),
< {a0 , · · · , ak } > le contient strictement de sorte qu’il est de dimension k d’où (i).
(ii) ⇒ (i) : on raisonne par récurrence sur k. Pour k = 1 c’est évident, passons alors de k −1
à k. Pour i > 0, le point ai n’appartient pas à < {a1 , · · · , âi , · · · , ak } > ; par hypothèse de
récurrence les points a1 , · · · , ak sont donc affinement indépendants et l’implication précédente
permet de conclure.
(i) ⇒ (iv) : il suffit d’utiliser < {a0 , · · · , ak } >= ai + Vect{− a−→
i aj }. L’implication (v) ⇒ (i)
découle directement de cette même formule.
26 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Les propriétés (iv) ou (v) montrent que si les points a0 , · · · , ak sont affinement
indépendants, il en est de même de toute sous-familles de points ; combiné avec (i) ⇒ (ii)
cela achève de montrer (i) ⇒ (iii).

Définition I.2.10. — Soient E un espace affine de dimension n et F un sous-espace affine


de dimension k. Un repère affine de F consiste en la donnée d’une suite de k + 1 points
a0 , · · · , ak affinement indépendants de F.
Définition I.2.11. — Soient a0 , · · · , an un repère affine de E. Alors tout point m de E
s’écrit comme barycentre des points Ai affectés de masses λi ; en outre si µ0 , · · · , µn sont des
réels de somme non nulle tels que m est le barycentre des points ai affectés de masses µi ,
il existe λ ∈ R∗ tel que (µ0 , · · · , µn ) = λ(λ0 , · · · , λn ). Les coordonnées barycentriques
homogènes de M sur le repère (a0 , · · · , an ) est alors la classe d’un tel n + 1-uplet
 
(µ0 : · · · : µn ) ∈ Pn (K) := Kn+1 − {0} / ∼
où ∼ désigne la relation d’équivalence de proportionnalité.
Remarque : si on fixe ni=0 λi = 1 alors le n + 1-uplet (λ0 , · · · , λn ) est défini de manière
P
unique ; on parle alors de coordonnées barycentriques absolues.
Remarque : on renvoie au chapitre sur la géométrie projective pour de plus amples détails sur
l’espace projectif Pn (K).
Proposition I.2.12. — Soit (a0 , · · · , an ) un reprère affine de E et soit m un point de E dont
on note x0 , · · · , xn ses coordonnées barycentrique absolues dans ce repère. On a alors
det(−−→, · · · , −
ma 1
−→)
ma n
x0 =
det(−
a−→
a ,··· ,−
0 1 a−a→) 0 n
et pour i = 1, · · · , n
det(−−→, · · · , −
ma 1
−−−→, −
ma −→ −−−−→ −−→
i−1 a0 m, mai+1 , · · · , man )
xi = .
det(−a−→ −−→
0 a1 , · · · , a0 an )

Remarque : on peut interpréter ces coefficients comme des rapports d’hypervolumes (d’aires
en dimension 2).
développant det(−−→ + − −→ −−→ −−→ Pn
Démonstration. — EnP ma 0 a0 a1 , · · · , ma0 + a0 an ), on obtient i=0 xi = 1.
Ainsi en posant →u = ni=0 xi −
− −→, il suffit de montrer que →
ma i

u est le vecteur nul. On calcule
α = det(→
n
−u,−−→, · · · , −
ma 1
−−−→). Par multi-linéarité, on obtient
ma n−1

det(−
a−→ −−→ −−→ −−−−→ −−→ −−→ −−−−→
0 a1 , · · · , a0 an )αn = x0 det(ma0 , · · · , man−1 ) + xn det(man , ma0 , · · · , man−1 ) = 0.

Posons b = m + → − n
P
u = y a de sorte que b appartient au sous-affine engendré
i=0 i i
par {m, a1 , · · · , an−1 }. Par symétrie du problème b appartient à tout sous-espace affine
< m, a0 , · · · , abi , · · · , abj , · · · , an >, où 0 ≤ i < j ≤ n. Montrons alors par récurrence descen-
dante sur k que b appartient au sous-espace affine < m, a0 , · · · , ak−1 >. On vient de prouver
le résultat pour k = n − 1 montrons alors le passage de k + 1 à k. Comme < m, a0 , · · · , ak >
est de dimension inférieure ou égale à k + 1 et que < a0 , · · · , an > est de dimension n, il
existe k < r ≤ n tel que ar 6∈< m, a0 , · · · , ak >. Par symétrie du problème l’hypothèse de
récurrence au rang k + 1, montre que b ∈< m, a0 , · · · , ak−1 , ar > et donc b appartient à
l’intersection X de < m, a0 , · · · , ak > et < m, a0 , · · · , ak−1 , ar > laquelle intersection est
I.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 27

strictement contenu dans < m, a0 , · · · , ak−1 , ar > et contient < m, a0 , · · · , ak−1 > de sorte
que X =< m, a0 , · · · , ak−1 >.


Au final, on obtient b ∈< m > et donc → −
u = 0 d’où le résultat.

I.2.3. Cas de la dimension 1 et 2. — En dimension 1 la proposition I.2.12 devient.


Corollaire I.2.13. — Soient A, B, M trois points alignés ; M est alors le barycentre des
points pondérés (A, M
AB
B
) et (B, M
BA
A
).

Remarque : en géométrie euclidienne on formulera ce barycentre sous la forme (A, M B) et


(B, AM ).
Définition I.2.14. — L’isobarycentre de deux points A et B s’appele le milieu de A, B.
Proposition I.2.15. — Dans un parallélogramme ABCD les diagonales se coupent en leur
milieu qui est l’isobarycentre de A, B, C, D.
−→ −−→
Démonstration. — Notons O le milieu de A, C ; l’égalité OA = −OC s’écrit
−−→ −−→ −−→ −−→
OB + BA = −OD − DC
−−→ −−→ −−→ −−→ → −
soit comme BA = −DC, OB + OD = 0 , i.e. O est le milieu de C, D. Par associativité du
barycentre, l’isobarycentre de A, B, C, D est l’isobarycentre des milieux de A, C et de B, D
soit O.
Remarque : on peut aussi utiliser les écritures barycentriques : b − a = c − d que l’on écrit
sous la forme a+c b+d
2 = 2 .

Proposition I.2.16. — Dans un triangle ABC, on note A0 , B 0 , C 0 les milieux respectifs de


[BC], [AC] et [AB]. Les médianes [AA0 ], [BB 0 ] et [CC 0 ] s’intersectent en leur tiers en l’iso-
barycentre G de A, B, C.
Démonstration. — Par associativité du barycentre G est le barycentre de (A, 1) et (A0 , 2) et
−→ −−→ → −
donc G est un point de la médiane tel que GA + 2GA0 = 0 . On procède de même pour les
autres médianes.
En dimension 2, la proposition I.2.12 s’appelle le lemme du chevron.
Corollaire I.2.17. — Lemme du chevron
Soit ABC un triangle et M un point du plan distinct de A ; on suppose que la droite (AM )
coupe (BC) en A0 . On a alors
A(AM B) A0 B
=− 0
A(CM A) AC
−−→ −−→ −−→ −−→
où A(AM B) = det(M A, M B) et A(CM A) = det(M C, M A) s’interprètent en géométrie
euclidienne respectivement comme les aires algébriques des triangles AM B et CM A.

Démonstration. — Rappelons que si (x : y : z) sont les coordonnées barycentriques ho-


mogènes de M dans le repère (A, B, C) alors (y : z) sont celles de A0 dans le repère (B, C) de
0B
la droite (BC) et donc yz = − A
A0 C
. Le résultat découle alors de la proposition précédente.
28 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

M
A A A

A
M

M B
B
C C
B B A’
A’ C C A’
M

Figure 6. Lemme du chevron

I.3. Barycentres dans le plan affine


Un triangle abc non dégénéré du plan affine en définit un repère affine.

I.3.1. Équations barycentriques de droites. —

Lemme I.3.1. — Soient trois points p1 , p2 , p3 de coordonnées barycentriques homogènes res-


pectives (xi : yi : zi ) pour i = 1, 2, 3. Alors p1 , p2 , p3 sont alignés si et seulement si le
déterminant
x1 x2 x3
y1 y2 y3
z 1 z2 z3
est nul.

Démonstration. — Le déterminant est nul si et seulement si ses colonnes C1 , C2 , C3 sont liées


ce qui est équivalent à λ1 C1 , λ2 C2 , λ3 C3 liées pour tout λ1 , λ2 , λ3 non nuls. Ainsi on peut
supposer que les coordonnées barycentriques considérées sont absolues. Étant donnée une
relation de dépendance linéaire α1 C1 + α2 C2 + α3 C3 = 0 en faisant la somme des coordonnées
on obtient α1 + α2 + α3 = 0 et pour α1 6= 0, on vérifie que p1 = −α −α3
α1 p2 + α1 p3 , i.e. p1 est un
2

barycentre de p2 et p3 . En effet on calcule


−→ −→
α2 −
p−→ −−→ − → −→c + α x − → −→c
   
p
1 2 + α p p
3 1 3 = α 2 x p
2 1 a + y p
2 1 b + z p
2 1 3 p
3 1 a + y p
3 1 b + z p
3 1
−→
= (α2 x2 + α3 x3 )p1 a + (α2 y2 + α3 y3 )p1 b + (α2 z2 + α3 z3 )−
−→ p→
1c
− → −→ −
→ →

= −α x p a − α y p b − α z p c = 0 .
1 1 1 1 1 1 1 1 1

Remarque : une égalité α1 C1 + α2 C2 + α3 C3 avec α1 + α2 + α3 = 0 sur les coordonnées


barycentriques homogènes de trois points p1 , p2 , p3 se traduit par l’égalité α1 p1 +α2 p2 +α3 p3 =
0 au sens de la notation I.2.5.
Remarque : soient m1 et m2 deux points distincts de coordonnées barycentriques homogènes
respectives (αi : βi : γi ) pour i = 1, 2. Un point m de coordonnées barycentriques homogènes
I.3. BARYCENTRES DANS LE PLAN AFFINE 29

(α : β : γ) appartient alors à la droite (m1 m2 ) si et seulement si


α1 α2 α
β1 β2 β =0
γ1 γ2 γ
ce que l’on peut considérer, en développant selon la dernière colonne, comme une forme affine
d(α, β, γ) = 0 où d(α, β, γ) = aα + bβ + cγ.

Proposition I.3.2. — Soit D une droite d’équation barycentrique aα + bβ + cγ = 0 ; toute


droite parallèle à D est d’équation
(a + λ)α + (b + λ)β + (c + λ)γ = 0
pour un unique λ ∈ K.

Démonstration. — Notons tout d’abord que si (α, β, γ) ∈ K3 est tel que



aα + bβ + cγ = 0
(a + λ)α + (b + λ)β + (c + λ)γ = 0
pour λ 6= 0 alors α + β + γ = 0 de sorte que les deux droites données par ces équations
barycentriques sont parallèles.
Réciproquement si D0 est une droite parallèle à D passant par un point M de coordonnées
barycentriques (α0 , β0 , γ0 ) alors pour λ = aαα00+bβ 0 +cγ0
+β0 +γ0 la droite d’équation (a + λ)α + (b +
λ)β + (c + λ)γ = 0 passe par ce point et, d’après ce qui précède, est parallèle à D.

Corollaire I.3.3. — Deux droites d’équations aα + bβ + cγ = 0 et a0 α + b0 β + c0 γ = 0 sont


parallèles si et seulement si
a b c
a0 b0 c0 = 0.
1 1 1

Corollaire I.3.4. — La droite parallèle à (bc) et passant par a a, dans le repère abc, pour
équation barycentrique β + γ = 0.


Démonstration. — On écrit que la droite cherchée passe par les points a et a + bc = a + c − b,
soit
1 1 α
0 −1 β = 0
0 1 γ
soit β + γ = 0.

Proposition I.3.5. — Soient trois droites D1 , D2 et D3 deux à deux distinctes et d’équations


respectives ai α + bi β + ci γ = 0. Les propriétés suivantes sont alors équivalentes :
 
a1 a2 a3
(i) la matrice M =  b1 b2 b3  est de déterminant nul ;
c1 c2 c3
(ii) les droites D1 , D2 et D3 sont concourantes ou parallèles.
30 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Démonstration. — (i) ⇒ (ii) : soit (x, y, z) est un vecteur non nul du noyau de M de sorte
qu’en considérant les formes affines, on a xd1 + yd2 + zd3 = 0. Si D1 et D2 se rencontrent en
un point a, en injectant a dans la relation précédente, on obtient d3 (a) = 0 et donc D3 passe
par a. Si D1 et D2 ne se rencontrent pas, d’après le cas précédent D3 ne rencontre pas D1 et
les trois droites sont donc parallèles.
Réciproquement si les trois droites sont concourantes en a = (x, y, z) alors (x, y, z)M est
le vecteur nul et la matrice m n’est pas inversible. Si les trois droites sont parallèles alors les
trois formes affines sont de la forme d1 , d2 = d1 + a(α + β + γ) et d3 = d1 + b(α + β + γ) et
sont donc liées (a − b)d1 + bd2 − ad3 = 0 et la matrice M n’est pas inversible.

I.3.2. Autour du triangle pédal. —


Lemme I.3.6. — Soit abc un triangle non dégénéré et b0 , c0 respectivement sur les droites
(ac) et (ab) de coordonnées barycentriques homogènes (x0 : 0 : z 0 ) et (x : y : 0). La droite
(b0 c0 ) est parallèle à (bc) si et seulement si x0 y = xz 0 et sinon leur point d’intersection i a
pour coordonnées barycentriques homogènes (0 : x0 y : −xz 0 ).

c’=(x:y:0)

c
b’=(x’:0:z’)

Figure 7. Thalès barycentrique

−→ −
→ →
− c0 a
Démonstration. — De l’égalité xc0 a + y c0 b = 0 , on en déduit que c0 b
= −y/x. De même
b0 a
b0 c
= −z 0 /x0 de sorte que d’après le théorème de Thalès, (b0 c0 ) est parallèle à (bc) si et
seulement si x0 y = xz 0 .
Dans le cas contraire, le point d’intersection i de (bc) et (b0 c0 ) a pour coordonnées bary-
centriques homogènes (0 : α : β) tel que d’après le lemme I.3.1 en utilisant que i, b0 , c0 sont
alignés
0 x0 x
α 0 y = αxz 0 + βx0 y = 0,
β z0 0
ce qui donne le résultat.
I.3. BARYCENTRES DANS LE PLAN AFFINE 31

Remarque : si on prend x = x0 alors la condition de parallélisme devient y = z 0 et dans le cas


contraire, i a pour coordonnées barycentriques homogènes (0 : y : −z).
Définition I.3.7. — Une droite issue de a (resp. b, c) est appelée une cévienne issue de a
(resp. b, c). Pour un point p n’appartenant pas aux côtés du triangle abc, les droites issues de
p et passant les sommets du triangle abc sont appelées les céviennes de p.
Soit p un point n’appartenant pas aux côtés du triangle abc ; on note ap , bp , cp les intersec-
tions des céviennes de p avec respectivement (bc), (ac) et (ab).
Lemme I.3.8. — Soit (x : y : z) des coordonnées barycentriques homogènes de p dans le
repère affine a, b, c. Alors (0 : y : z), (x : 0 : z) et (x : y : 0) sont respectivement des
coordonnées barycentriques homogènes de ap , bp et cp .

Figure 8. Céviennes

Démonstration. — Notons a0 de coordonnées barycentriques homogènes (0 : y : z) ; a0 appar-


tient à (bc) ; par ailleurs comme
0 x 1
y y
y y 0 = =0
z z
z z 0
d’après le lemme I.3.1, on en déduit que a, a0 et p sont alignés et donc que a0 = ap . Les cas
de bp et cp sont symétriques.
Définition I.3.9. — Les points ap , bp , cp sont appelés les traces de p sur le triangle abc. Le
triangle ap bp cp est appelé le triangle pédal associé à p.
Le théorème de Desargues appliqué au triangle abc et au triangle pédal ap bp cp fournit la
proposition suivante.
Proposition I.3.10. — Soient abc un triangle et (ap bp cp ) le triangle pédal associé à un point
p. On suppose que les intersections (ab) ∩ (ap bp ), (ac) ∩ (ap cp ) et (bc) ∩ (bp cp ) existent. Alors
ces trois points d’intersection sont alignés.
32 CHAPITRE I. GÉOMÉTRIE AFFINE

Définition I.3.11. — La droite de la proposition précédente associée à p s’appele la droite


pédale de p dans le triangle abc.

Théorème I.3.12. — de Céva


Soit a0 , b0 , c0 des points sur les côtés d’un triangle abc de coordonnées barycentriques dans
le repère affine (a, b, c), a0 (0, α, 1), b0 (1, 0, β) et c0 (γ, 1, 0). Les droites aa0 , bb0 et cc0 sont
concourantes ou parallèles si et seulement si αβγ = 1.

b’
c’

b a’ c

Figure 9. Théorème de Céva

0 0 0
Démonstration. — On a α = − aa0 cb , β = − bb0ac , et γ = − cc0 ab . Dans le repère affine (a, b, c)
on note (xa , xb , xc ) les coordonnées d’un point ; une équation de la droite (aa0 ) (resp. (bb0 ),
resp. (cc0 )) est xb − αxc = 0 (resp. xc − βxa , resp. xa − γxb ) de sorte que les droites sont
concourrantes ou parallèles si et seulement si
0 −β 1
1 0 −γ = 1 − αβγ = 0.
−α 1 0

Exemples Les médianes sont concourantes ; en effet on a alors α = β = γ = 1.


Remarque : une formulation équivalente consiste à dire que a0 , b0 , c0 ont respectivement des
coordonnées barycentriques homogènes de la forme (0 : y : z), (x : 0 : z) et (x : y : 0).
On renvoie au paragraphe ?? pour des coordonnées barycentriques des points remarquables
d’un triangle euclidien.

I.3.3. Théorème de Pappus. —

Théorème I.3.13. — de Pappus Soient deux droites distinctes D et D0 du plan affine


s’intersectant en un point o. Soient des points a, b, c ∈ D et a0 , b0 , c0 ∈ D0 tous distincts. Alors
les points r = (ab0 ) ∩ (ba0 ), q = (ac0 ) ∩ (ca0 ) et P = (bc0 ) ∩ (cb0 ) sont alignés.

Démonstration. — On choisit (o, a, a0 ) comme repère affine et on note (1 : β : 0) et (1 : γ : 0)


(resp. (1 : 0 : β 0 ) et (1 : 0 : γ 0 )) les coordonnées barycentriques homogènes de b et c (resp. b0
I.3. BARYCENTRES DANS LE PLAN AFFINE 33

a
q p
D
r

a’
D’ b’
c’

Figure 10. Théorème de Pappus

et c0 ). L’équation de la droite (ab0 ) est donnée par


0 1 x
1 0 y =0
0 β0 z
soit z − xβ 0 = 0. Par symétrie celle de (a0 b) est y − xβ = 0 de sorte que les coordonnées
barycentriques homogènes de r sont (1 : β : β 0 ). Par symétrie des données, celles de q sont
(1 : γ : γ 0 ).
En ce qui concerne le point p, une équation de (bc0 ) est donnée par
1 1 x
β 0 y =0
0 γ0 z
soit xβγ 0 − yγ 0 − zβ = 0. Par symétrie celle de (cb0 ) est xβ 0 γ − yβ 0 − zγ = 0. On trouve alors
les coordonnées barycentriques homogènes de p : (ββ 0 − γγ 0 : βγ(β 0 − γ 0 ) : γ 0 β 0 (β − γ)). On
introduit alors la matrice
1 1 ββ 0 − γγ 0
β γ βγ(β 0 − γ 0 )
β 0 γ 0 γ 0 β 0 (β − γ)
dont on note Ci pour i = 1, 2, 3 les vecteurs colonnes. On observe alors que C3 = ββ 0 C2 −γγ 0 C1
et donc le déterminant est nul et les points p, q, r sont alignés.
CHAPITRE II

GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE



On considère toujours un espace affine E mais on suppose désormais que E = E est un
R-espace vectoriel muni d’un produit scalaire ; on demande alors à nos transformations af-
fines d’avoir une partie linéaire qui conserve le produit scalaire et on parle du groupe affine
orthogonal. Ainsi bien que l’espace soit le même qu’en géométrie affine, le groupe des trans-
formations considéré est plus petit de sorte que l’on s’attend à avoir plus d’invariants.
Considérons par exemple l’ensemble des couples de points distincts de l’espace affine ; nous
avons vu que l’action du groupe affine produisait une unique orbite. En revanche si on restreint
l’action au sous-groupe euclidien, les orbites sont paramétrées par R× /{±1} et on retrouve
la notion de longueur. Si on considère des couples de droite du plan affine euclidien, une
orbite sous l’action du groupe affine orthogonal est appelé un angle non orienté de droites
et on peut définir sa mesure à l’aide de la description du groupe orthogonal euclidien. Ainsi
on associe à tout triangle du plan affine euclidien ses trois longueurs et ses trois angles au
sommet ; l’ensemble des triangles non plats du plan étant de dimension 6 et comme le groupe
affine orthogonal est de dimension 3, on s’attend à décrire l’ensemble des orbites des triangles
sous l’action du groupe orthogonal avec 3 paramètres parmi les 6 définis par ses longueurs et
angles aux sommets : c’est ce que l’on appelle classiquement les cas d’isométries des triangles.
En outre on doit pouvoir donner 3 relations indépendantes entre ces 6 quantités, qui seront
la loi des sinus, le théorème d’Al Kashi et la somme des angles égale à π.
Au lieu de demander à nos applications linéaires de conserver le produit scalaire, on peut aussi
simplement leur demander de conserver sa nullité, i.e. considérer le sous-groupe des éléments
g du groupe linéaire tels que (x|y) = 0 ⇒ (g(x)|g(y)) = 0. On obtient alors le groupe des
similitudes et la géométrie associée s’appelle la géométrie semblable. Le groupe des similitudes
étant de dimension 4, on devrait pouvoir paramétrer les classes de similitudes des triangles
du plan affine euclidien à l’aide de 2 paramètres parmi les 6 constitués des longueurs et des
angles.

II.1. Le groupe des isométries affines


L’espace de la géométrie affine euclidienne est celui de la géométrie affine de sorte que pour
définir cette géométrie il ne nous reste plus qu’à en préciser le groupe des transformations.
Comme dans le cas affine, celui-ci s’obtient à partir du cas vectoriel en lui adjoignant les
translations.
36 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

II.1.1. Produit scalaire. — Dans la suite E désignera un espace vectoriel réel de dimen-
sion n.

Définition II.1.1. — Un produit scalaire sur E est une application ϕ de E × E dans R


qui à un couple de vecteurs (x, y) associe un réel noté (x|y) ; cette application est bilinéaire,
symétrique et définie positive. Un espace vectoriel muni d’un produit scalaire est dit euclidien.

Remarque : une base (e1 , · · · , en ) étant donnée, la matrice de ϕ dans cette base est la matrice
M = (mi,j )1≤i,j≤n avec mi,j = (ei |ej ). Si X et Y désigne les matrices colonnes des coordonnées
des vecteurs x et y alors (x|y) = tXM Y . En outre si P désigne la matrice de passage de la
base (e1 , · · · , en ) vers une base (e01 , · · · , e0n ), alors la matrice de ϕ dans cette nouvelle base est
M 0 = tP M P .

Définition II.1.2. — On appelle norme euclidienne d’un vecteur x de E, le réel positif


p
||x|| = (x|x).

Remarque : la fameuse inégalité de Cauchy-Schwarz |(x|y)| ≤ ||x|| ||y||, relie le produit scalaire
de deux vecteurs avec leur norme.

Définition II.1.3. — Deux vecteurs x et y de E sont dits orthogonaux, et on note x ⊥ y


si leur produit scalaire est nul. On dit que deux sous-espaces vectoriels V et W de E sont
orthogonaux si tout vecteur de V est orthogonal à tout vecteur de W .

Remarque : une autre définition d’orthogonalité est donnée par le théorème de Pythagore
vectoriel, i.e. x et y sont orthogonaux si et seulement si on a ||x + y||2 = ||x||2 + ||y||2 .
Remarque importante : la donnée de ϕ fournit un isomorphisme canonique entre E et
son dual E ∗ via l’application x 7→ (y 7→ (x|y)). On peut ainsi voir l’orthogonal d’une partie
comme un sous-espace de E, d’où la définition suivante.

Définition II.1.4. — Soit A ⊂ E, l’orthogonal de A est


A⊥ = {x ∈ E : ∀a ∈ A, (x|a) = 0}.
C’est un sous-espace vectoriel de E.

Remarque : A 7→ A⊥ est une application décroissante pour l’inclusion.

Proposition II.1.5. — Soit V un sous-espace vectoriel de E ; on a alors


E = V ⊕ V ⊥.

Remarque : en particulier on a dim V ⊥ = dim E − dim V . Citons aussi les faits élémentaires
suivants :
(V ⊥ )⊥ = V, (V + W )⊥ = V ⊥ ∩ W ⊥ , (V ∩ W )⊥ = V ⊥ + W ⊥ .

Définition II.1.6. — Une base orthonormée de E est une famille (e1 , · · · , en ) telle que pour
tout 1 ≤ i, j ≤ n, (ei |ej ) = δi,j .

Remarque : une façon de construire une base orthonormée est de partir d’une base quelconque
et d’appliquer le procédé d’orthonormailsation de Gram-Schmidt.
II.1. LE GROUPE DES ISOMÉTRIES AFFINES 37

II.1.2. Le groupe orthogonal. —

Définition II.1.7. — Un endomorphisme f de E est une isométrie vectorielle (ou un auto-


morphisme orthogonal) si f conserve le produit scalaire, i.e.
∀x, y ∈ E, (f (x)|f (y)) = (x|y).
L’ensemble des isométries de E est un groupe appelé le groupe orthogonal de E et noté O(E),
où O(n).

Remarque : une définition équivalente est de demander que f conserve la norme.


Remarque : f est une isométrie si et seulement si sa matrice O dans une base orthonormée
vérifie tOO = I.

Définition II.1.8. — Le noyau de l’application det : O(E) → {±1} est noté O+ (E) ou
encore SO(E) et ses éléments sont dits des isométries positives ou directes.

Remarque : les éléments de O(E) de déterminant −1 sont dits négatifs ou indirects et on


note O− (E) l’ensemble des isométries négatives : on notera bien que O− (E) n’est pas un
sous-groupe de O(E) puisqu’il ne contient même pas l’élément neutre.
Exemples Symétries orthogonales : il s’agit d’une involution f telle que V+ = Ker(f − Id)
est orthogonal à V− = Ker(f + Id). On dit que f est la symétrie par rapport à V+ . On notera
que tout endomorphisme orthogonal qui est diagonalisable est nécessairement une symétrie.

Définition II.1.9. — Une réflexion est une symétrie orthogonale f telle que Ker(f − Id)
est un hyperplan.

Théorème II.1.10. — Tout isométrie de E est produit de n − dim Ker(f − Id) réflexions,
ce nombre étant optimal.

Remarque : la preuve procède par récurrence sur la dimension de Ker(f − Id).


En dimension 2 : les isométries
— positives sont les rotations et sont donc en bijection avec R/2πZ ; une orientation du
plan étant donnée à θ ∈ R/2πZ on associe la rotation rθ d’angle θ.
— négatives sont les réflexions σD par rapport à une droite vectorielle D.
On rappelle par ailleurs que la composée σD2 ◦ σD2 est la rotation d’angle le double de l’angle
entre D1 et D2 .
En dimension 3 :
— les isométries positives sont les rotations relativement à un axe D. Explicitons leur
description : l’espace étant orienté le choix d’un vecteur directeur de D fournit une
orientation de l’orthogonal D⊥ et la rotation d’axe D et d’angle θ est la somme directe
IdD ⊕rθ,D⊥ .
Remarque : parmi ces rotations celles d’angle π sont appelées des retournements ; en
utilisant qu’une rotation du plan est le produit de deux réflexions, on en déduit que
toute rotation qui n’est pas un retournement est le produit de deux retournements.
— Les isométries négatives sont d’une part les réflexions (lesquelles sont donc en bi-
jection avec les plans de l’espace) et les  anti-rotations  que l’on peut écrire, avec les
notations précédentes, − IdD ⊕rθ,D⊥ .
38 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

II.1.3. Groupe des similitudes. —


Définition II.1.11. — Un similitude de E est un endomorphisme f tel qu’il existe un
nombre réel positif λ, appelé le rapport de f , tel que ||f (x)|| = λ||x||. Autrement dit f = g ◦ h
où h est une homothétie de rapport λ et g est une isométrie.
Remarque : pour tous x, y ∈ E, on a (f (x)|f (y)) = λ2 (x|y) ; en particulier une similitude
conserve l’orthogonalité. Matriciellement f est une similitude si et seulement si sa matrice S
dans une base orthonormée vérifie tSS = λ2 I.
Définition II.1.12. — Le groupe des similitudes de E se note GO(E) ; les positives forment
un sous-groupe noté GO+ (E).
Remarque : GO(E) est le produit direct de O(E) avec R∗ .

II.1.4. Isométries affines. —




Définition II.1.13. — Une isométrie affine est une application affine f telle que f est une
isométrie vectorielle. On note Is(E) le sous-groupe de GA(E) des isométries affines.
Remarque : une application qui conserve les distances est nécessairement une isométrie affine.
Remarque : les isométries affines conservent l’alignement, les barycentres, les milieux, l’or-
thogonalité, les distances, les angles non orientés, transforment projeté orthogonal en projeté
orthogonal.
Exemples les translations, les symétries orthogonales par rapport à un sous-espace affine.
Définition II.1.14. — On dit qu’une isométrie affine f est positive ou un déplacement


(resp. négative ou un anti-déplacement) si f est positive (resp. négative).
Théorème II.1.15. — de décomposition canonique Soit f une isométrie affine alors f
v ◦ g où :
s’écrit de manière unique sous la forme t−


− →

— v ∈ Ker( f − Id) ;
— g est une isométrie admettant un point fixe ;
— g et t−v commutent.


− →
− →

Démonstration. — D’après I.1.23, il suffit de vérifier que E = Ker( f − Id) ⊕ Im( f − Id).
D’après le théorème du rang, il suffit de vérifier qu’ils sont en somme directe ce qui résultera
du fait qu’ils sont orthogonaux. En effet soit → −
x dans le noyau et → −
y dans l’image ; on a

− →− →
− →
− →
− →
− →
− →

f ( x ) = x et il existe z tel que f ( z ) − z = y . On a alors

− − → − − →
− − → − −
(→

x |→

y ) = ( f (→
x )| f (→z )−→−z ) = ( f (→ x )| f (→
z )) − (→

x |→

z ) = 0.

Remarque : ainsi outre les isométries admettant un point fixe, correspondant donc à des
isométries vectorielles, en dimension 2 on obtient les symétries glissées et en dimension 3 les
vissages.
Théorème II.1.16. — Toute isométrie est produit de réflexions orthogonales.


Remarque : en ce qui concerne le nombre, il est ≤ n − dim Ker( f − Id) + 2.
II.2. GÉNÉRALITÉS 39

II.1.5. Groupe des similitudes. —


Définition II.1.17. — Un similitude de E est un endomorphisme f tel qu’il existe un
nombre réel positif λ, appelé le rapport de f , tel que ||f (x)|| = λ||x||. Autrement dit f = g ◦ h
où h est une homothétie de rapport λ et g est une isométrie.
Remarque : pour tous x, y ∈ E, on a (f (x)|f (y)) = λ2 (x|y) ; en particulier une similitude
conserve l’orthogonalité. Matriciellement f est une similitude si et seulement si sa matrice S
dans une base orthonormée vérifie tSS = λ2 I.
Définition II.1.18. — Le groupe des similitudes de E se note GO(E) ; les positives forment
un sous-groupe noté GO+ (E).
Remarque : GO(E) est le produit direct de O(E) avec R∗ .
Définition II.1.19. — Une similitude affine s est une application affine telle que →

s soit une
similitude vectorielle. L’ensemble Sim(E) des similitudes de E est un sous-groupe de GA(E).
Remarque : on définit de même les similitudes positives et négatives.
Théorème II.1.20. — Soit s une similitude qui n’est pas une isométrie ; alors s admet un
unique point fixe appelé le centre de la similitude.
Démonstration. — D’après la proposition I.1.19, il suffit de voir que →

s n’admet pas la valeur
propre 1 ce qui est trivial puisque toutes les valeurs propres complexes sont de module le
rapport de la similitude qui par hypothèse n’est pas égal à 1.
Corollaire II.1.21. — Soit s une similitude qui n’est pas une isométrie et soit λ son rapport
et A son centre. Alors s s’écrit sous la forme s = h(A, λ) ◦ f = f ◦ h(A, λ) où h(A, λ) est
l’homothétie de centre A et de rapport λ et f une isométrie admettant A pour point fixe.
Démonstration. — Il suffit de poser f = h(A, λ−1 ) ◦ s qui est alors une isométrie laissant A
fixe.

II.2. Généralités


Dans la suite E désigne un espace affine de dimension n tel que E est un espace euclidien,
i.e. un R-espace vectoriel muni d’un produit scalaire.

II.2.1. Sphères. —
−−→
Définition II.2.1. — On définit une distance d sur E par la formule d(A, B) = ||AB|| que
l’on notera aussi AB.
Définition II.2.2. — Soit O un point de E et r un réel positif ou nul. La sphère (resp. la
boule fermée) de centre O et de rayon r est l’ensemble
S(O, r) = {M ∈ E, OM = r}, (resp. B(O, r) = {M ∈ E, OM ≤ r}).
Remarque : en dimension 2 on parle habituellement de cercle et de disque.
Remarque : l’équivalence des normes en dimension finie se traduit dans notre contexte en
disant qu’étant donnée deux structures euclidiennes sur E, il existe r ≤ t tel que B(0, r) ⊂
B 0 (O, 1) ⊂ B(O, t), où B 0 (O, 1) est la boule unité pour le deuxième produit scalaire.
40 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

Lemme II.2.3. — Soit A, B deux points distincts de E. L’ensemble


n −−→ −−→ o
M ∈ E : (M A | M B) = 0
est la sphère de centre l’isobarycentre de A, B et passant par A, B.
Démonstration. — Notons I l’isobarycentre de A, B. On écrit
−−→ −−→ −−→ − → −−→ −→
(M A | M B) = (M I + IA | M I + IB) = M I 2 − IA2
de sorte que la ligne de niveau de l’énoncé est l’ensemble des points M ∈ E tels que M I =
r = IA2 , i.e. S(I, IA).
Proposition II.2.4. — Soit V un sous-espace affine de E, O un point de projeté orthogonal
Ω sur V. L’intersection de S(O, r) avec V est :
— vide si r < OΩ ; √
— la sphère de V de centre Ω et de rayon s = r2 − OΩ2 sinon.
−−→ −→
Démonstration. — On rappelle que si M ∈ V alors (ΩM |ΩO) = 0 ; le résultat découle alors
du théorème de Pythagore.
Définition II.2.5. — On dit qu’un sous-espace affine V est tangent à une sphère S en un
point A si V ∩ S = {A}.
Corollaire II.2.6. — Soit S une sphère et A ∈ S ; il existe alors un unique hyperplan
tangent à S en A, noté Ta (S). C’est l’hyperplan orthogonal à la droite (OA) passant par A
où O est le centre de S.
Définition II.2.7. — La puissance d’un point A par rapport à S(O, r) est la quantité
p(A, S) = OA2 − r2 .
Lemme II.2.8. — Soit O ∈ E et r > 0 un réel strictement positif. Pour A ∈ E et D une
droite passant par A qui coupe S(O, r) en M et N . Alors p(A, S) = AM .AN .
Démonstration. — Notons M 0 tel que [M M 0 ] est un diamètre de S(O, r) et on écrit
−−→ −−→ −−→ −−→ −−−→ −−→ −−→
(AM | AN ) = (AM | AM 0 + M 0 N ) = (AM |AM 0 )
d’après le lemme II.2.3. En développant le dernier terme comme dans la preuve de II.2.3, on
obtient AO2 − r2 d’où le résultat.

II.2.2. Orthogonalité. —

− −

Définition II.2.9. — Deux sous-espaces affines V et W sont dits orthogonaux si V et W
le sont ; il sont dits perpendiculaires s’ils sont orthogonaux et d’intersection non vide.
−−−→ −−−→
Définition II.2.10. — Un repère affine A0 , · · · , An est dit orthonormé si (A0 A1 , · · · , A0 An )


est une base orthonormée de E .
Définition II.2.11. — Soient V un sous-espace affine de dimension k, M un point de E et
W le sous-espace affine de dimension n − k passant par M et perpendiculaire à V . L’unique
point d’intersection de V et W est appelé le projeté orthogonal de M sur V. L’application qui
à M associe son projeté orthogonal sur V est appelé la projection orthogonale de E sur V et
notée pV .
II.2. GÉNÉRALITÉS 41

Remarque : le projeté orthogonal A de M sur V vérifie les propriétés suivantes qui le ca-
ractérise :
−−→ −−→
— pour tout B ∈ V, on a (AB|AM ) = 0 ;
— pour tout B ∈ V, on a M A ≤ M B ;
— pour tout B ∈ V − {A}, on a M A < M B.
Définition II.2.12. — On appelle distance de M à V la distance de M à son projeté or-
thogonal sur V ; c’est la plus courte distance de M à un point de V.
Définition II.2.13. — Soient A et B deux points distincts de E, alors l’ensemble des points
M équidistants de A et B est l’hyperplan affine perpendiculaire à (AB) passant par le milieu
de A et B. On l’appelle l’hyperplan médiateur ou la médiatrice en dimension 2.
Proposition II.2.14. — Dans un triangle ABC du plan affine euclidien, les médiatrices
sont concourantes.
Démonstration. — Si O est l’intersection de deux de ces médiatrices, alors O est à égale
distance de A, B et C et appartient donc à la troisième médiatrice.
Définition II.2.15. — Soient A et B deux points distincts de E ; pour C un point de E
n’appartenant pas à (AB), l’hyperplan parallèle à l’hyperplan médiateur et passant par C est
appelée la hauteur de AB issue de C.
Proposition II.2.16. — Dans un triangle ABC du plan affine euclidien, les hauteurs sont
concourantes.
Démonstration. — Considérons comme sur la figure 1, la droite DA passant par A et parallèle

C’ A B’

B C

A’

Figure 1. Hauteurs ou médiatrices


42 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

à (BC) et de même pour les autres sommets B et C. Les droites DA , DB et DC déterminent


un triangle A0 B 0 C 0 dans lequel les hauteurs de ABC en sont les médiatrices. Le résultat
découle alors de la proposition précédente.

II.2.3. Angles d’un plan vectoriel orienté. — On cherche à définir la notion d’angle,
de droites ou de demi-droites, orienté ou non, se coupant en un point O. On se ramène pour
cela en vectoriel en pointant notre espace affine en O ; en considérant alors l’espace vectoriel
engendré par ces droites, on se ramène au cas de R2 muni du produit scalaire usuel et d’une
orientation.
Définition II.2.17. — Un angle orienté (reps. non orienté) de droites de R2 est une classe
d’équivalence de l’ensemble des couples de droites de E sous l’action de O2+ (R) (resp. O2 (R)).
On définit de la même la notion d’angle orienté ou non orienté de demi-droites.
la matrice d’une rotation r ∈ O2+ (R) est donnée par un
Dans la base canonique de R2 , 
cosθ −sinθ
élément θ ∈ R/2πZ par la formule . Le paramètre θ est appelé l’angle de la
sinθ cosθ
rotation.
Définition II.2.18. — La mesure d’un angle orienté de deux demi-droites de R2
est le paramètre θ ∈ R/2πZ de l’unique rotation r qui envoie la première demi-droite sur
la deuxième. La mesure d’un angle orienté de deux droites de R2 est le paramètre
θ ∈ R/πZ, tels que θ, θ + π ∈ R/2πZ correspond aux angles des deux rotations qui envoient
la première droite sur la deuxième.
Proposition II.2.19. — Soient D1 , D2 , D3 trois demi-droites (resp. droites) de R2 ; la me-
sure de l’angle entre D1 et D2 est la somme de la mesure des angles entre D1 et D2 avec celui
entre D2 et D3 .
Démonstration. — Le résultat découle directement de la définition de la mesure d’un angle
de demi-droites (resp. de droites) et de l’isomorphisme de groupe SO(2, R) ' R/2πZ. Dans
le cas des droites il suffit de remarquer que pour r1 et r2 deux rotations alors l’angle de
(±r1 ) ◦ (±1r2 ) est bien défini modulo π.
Notation II.2.20. — Si A, B, C désignent trois points distincts du plan affine euclidien,
−−→
\ −→ −−→ −→
on note (AB, AC) la mesure de l’angle orienté entre les demi-droites (A, AB) et (A, AC).
L’angle orienté des droites associées sera noté BAC.
\
Dans un triangle ABC on notera
−−→
\ −→ −−→\ −−→ −→\ −−→
α = (AB, AC), β = (BC, BA), γ = (CA, CB)
et Â, B̂, Ĉ les angles orientés de droites correspondant.
Lemme II.2.21. — Soit O une point du plan affine euclidien ainsi que trois points A, B, C
distincts de O. On a alors la formule
−→
\ −−→ −→
\ −−→ −−→
\ −−→
(OA, OC) ≡ (OA, OB) + (OB, OC) mod 2π
[ ≡ AOB
AOC \ + BOC
\ mod π.
Démonstration. — Le résultat découle directement de la définition de la mesure d’un angle
et de la structure de groupe de SO(2, R) ' R/2πZ.
II.2. GÉNÉRALITÉS 43

Lemme II.2.22. — Trois points distincts A, B, C du plan affine euclidien sont alignés si et
−−→
\ −→
seulement si (AB, AC) ≡ 0 mod π.

Démonstration. — Il suffit de noter que l’homothétie vectorielle de rapport −1 est la rotation


d’angle π, i.e. cosπ = −1 et sinπ = 0.

Proposition II.2.23. — Soit ABC un triangle de E dont on note α, β, γ les angles orientés
respectivement en A, B et C. On a alors α + β + γ = π mod 2π.

C D

A’

A B

C’

Figure 2. Somme des angles d’un triangle euclidien

Démonstration. — Considérons le point D tel que ABDC soit un parallélogramme ; on note


A0 (resp. C 0 ) un point de (AB) (resp. (AC)) tel que B ∈ [AA0 ] (resp. B ∈ [CC 0 ]). On a alors
−−\
→0 −−→

−−→
\ −→
 (AB, AC) = (BA , BD)



−−→
\ −−→ −−→
\ −−→
 (BC, BA) = (BC 0 , BA0 )
 −→

\ −−→ −−→
\ −−→
(CA, CB) = (BD, BC)

de sorte que
−−→
\ −−→ −−\
→ −−→ −−→
\ −−→ −−\
→ −−→
α + β + γ = (BC 0 , BA0 ) + (BA0 , BD) + (BD, BC) = (BC 0 , BC) = π mod 2π.

En ce qui concerne les angles non orientés, commet la réflexion par rapport à la bissectrice
échange l’ordre, la mesure n’est définie qu’au signe près ; parfois on choisit comme la mesure
d’un angle orienté son unique représentant dans [0, π]. Notons aussi, comme ±α ± β n’est
pas égal à ±(α + β) que la propriété d’additivité des angles n’est plus valide. Leur utilisation
correspondra au cas où seul intervient le cosinus de l’angle de sorte que l’orientation n’est pas
nécessaire. Citons une de ces situations.
44 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

Proposition II.2.24. — Soient C1 et C2 deux cercles de centre respectifs O1 , O2 et de rayons


R1 , R2 . Dans le cas où C1 et C2 s’intersectent, tout point M de l’intersection définit, avec O1
et O2 , un angle non orienté θ de vecteurs tel que
R12 + R22 − (O1 O2 )2
cosθ = .
2R1 R2
Remarque : on renvoie le lecteur au chapitre suivant pour l’utilisation de la quantité cosθ
dans le contexte de la géométrie inversive.
−−→ −−→
Démonstration. — Notons que si N est un autre point de l’intersection avec N O1 et N O2
−−−→ −−−→
s’obtiennent comme l’image par la réflexion par rapport à (O1 O2 ) des vecteurs M O1 et M O2 ;
−−−→ −−−→
autrement dit l’angle non orienté des vecteurs M O1 et M O2 est bien indépendant du point
M de C1 ∩ C2 choisi. On calcule alors
−−−→ −−−→ −−−→ −−−→ −−−→
||O1 O2 ||2 = ||O1 M ||2 + ||M O2 ||2 − 2(O1 M | O2 M ) = R12 + R22 − 2R1 R2 cosθ.

Remarque : la mesure de l’angle non orienté θ entre deux cercles est aussi celui entre les
tangentes en un point de leur intersection. On note aussi que les cercles sont tangents
intérieurement (resp. extérieurement) si et seulement si θ ∈ [0, π] est égal à 0 (resp. π).

II.3. En dimension 2
II.3.1. Théorème de l’angle au centre. —
Théorème II.3.1. — Soit A, B, C sont trois points distincts d’un cercle de centre O et
T 6= B un point de la tangente en B alors
−−→
\ −−→ −−→
\ −→ −→
\ −−→
(OB, OC) = 2(AB, AC) = 2(BT , BC) mod 2π.
Démonstration. — Les notations sont celles de la figure 3 : le triangle A0 OB étant isocèle, on
−−\
→ −−→ −−\
→ −−→ −−\
→ −−→
a d’après II.2.23 (OA0 , OB) = π − 2(π/2 − (AA0 , AB) = 2(AA0 , AB). De même pour le point
−−→
\ −−→ −→\ −−→ −→\ −−→
C, on obtient (OC, OA0 ) = π − 2(π/2 − (AC, AA0 ) = 2(AC, AA0 ) et le résultat en découle par
addition des angles.
Corollaire II.3.2. — Critère de cocyclicité Quatre points distincts deux à deux,
A, B, C, D sont cocycliques ou alignés si et seulement si
CAD
\ = CBD
\ mod π.

II.3.2. Axe radical et autres lignes de niveau. — Nous avons déjà rencontré un certain
nombre de lignes de niveaux :
— {M ∈ E : OM = r}, i.e. celle du cercle de centre O ∈ E et de rayon r ;
−−→ −−→
— {M ∈ E : (M A | M B) = 0}, i.e. le cercle de diamètre [AB] ;
— {M ∈ E : M A = M B}, soit la médiatrice de [AB] ;
— {M ∈ E : AM \ B = α mod π} est le cercle passant par A, B et de centre O tel que
−→
\ −−→
(OA, OB) = 2α mod 2π.
On peut préciser le dernier point en considérant les angles des vecteurs.
II.3. EN DIMENSION 2 45

A A’
O

Figure 3. Preuve du théorème de l’angle au centre

Proposition II.3.3. — Soient A, B deux points distincts de E et α ∈ [0, 2π] un réel. L’en-
−−→
\ −−→
semble des points M ∈ E tels que (M A, M B) = α est un arc de cercle passant par les points
−→
\ −−→
A et B de centre O tel que (OA, OB) = 2α et délimité par (AB), cf. la figure 4. L’autre arc
−−→
\ −−→
de cercle correspond à la ligne de niveau (M A, M B) = α + π.

Remarque : avec les angles non orientés de vecteur, la ligne de niveau correspondante est la
réunion de l’arc de cercle de la proposition précédente avec son symétrique par rapport à
(AB).

Proposition II.3.4. — Soient S = S(O, r) et S0 = S0 (O0 , r0 ) deux cercles non concen-


triques. L’ensemble des points M ∈ E qui ont même puissance par rapport à S et S0 est la
droite orthogonale à (OO0 ) en le point H ∈ (OO0 ) défini par
−−→ r2 − (r0 )2 + O0 O2 −−0→
OH = O O.
2O0 O2
Remarque : pour deux cercles concentriques, la ligne de niveau considérée est clairement vide.

Démonstration. — On cherche donc les points M ∈ E tels que OM 2 − r2 = O0 m2 − (r0 )2 . Si


M ∈ (OO0 ) alors on écrit
−−→ −−→ −−→ −−→
OM 2 − (O0 O + OM )2 = O0 O2 + 2OO0 .OM
−−→ −−→
qui doit donc être égal à r2 − (r0 )2 . Pour H ∈ (OO0 ) tel que OH = hO0 O, on obtient alors
−h.O0 O2 = r2 − (r0 )2 − O0 O2
46 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

M
a

2a

A a
pi-a B

Figure 4. Lignes de niveau : arcs capables

−−→ r2 −(r0 )2 +O0 O2 −−→


et donc OH = 2O0 O2
O0 O. Pour M un
point de la ligne de niveau, on note P son
−−→ −−→ −−→ −−−→ −−→ −−→
projeté orthogonal sur (OO0 ) ; en décomposantOM = OP + P M et O0 M = O0 P + P M , on
obtient OP 2 − O0 P 2 = r2 − (r0 )2 et donc P = H. Ainsi les points M cherchés sont ceux dont
la projection orthogonale sur (OO0 ) est H, d’où le résultat.
Remarque : la proposition précédente et sa preuve sont valables en toute dimension, condui-
sant à la définition suivante.
Définition II.3.5. — L’hyperplan associée à la ligne de niveau de la proposition précédente
s’appelle l’hyperplan radical de S et S0 . En dimension 2 on parle plutôt d’axe radical.
Corollaire II.3.6. — Soient C1 , C2 , C3 trois cercles dont les centres ne sont pas alignés ;
il existe alors un unique point du plan, appelé centre radical de C1 , C2 , C3 , ayant même
puissance par rapport à ces trois cercles.

Démonstration. — Un tel point appartient nécessairement à l’axe radical de C1 et C2 ainsi


qu’à celui de C2 et C3 . Ceux-ci étant deux droites non parallèles, puisque les centres des trois
cercles ne sont pas alignés, ils s’intersectent en un unique point qui a donc même puissance
par rapport à C1 , C2 et C3 .
on appelle ligne de niveau de Liebnitz les lignes de niveau suivantes.
Proposition II.3.7. — Soient A1 , · · · , AP
n des points de E et λ1 , · · · , λn ∈ R des scalaires ;
on note f : E → R définie par f (M ) = ni=1 λi M A2i et pour k ∈ R on note Lk = {M ∈
E : f (M ) = k}.
II.3. EN DIMENSION 2 47

Figure 5. Centre radical de trois cercles

−−→
1. Si ni=1 λi = 0 alors on rappelle que → −
u = ni=1 λi OAi est un vecteur indépendant du
P P
point O considéré :

− −−→ −
(a) si →

u 6= 0 , la ligne de niveau Lk = {M ∈ E : (OM , →
u ) = f (O)−k
2 , soit une droite
orthogonale à (O, →
−u);


(b) si →

u = 0 alors f est une fonction constante et toutes les lignes de niveaux sont
vides sauf une égale à tout l’espace.
Pn
2. Si i=1 λi 6= 0 alors on note G le barycentres des pointsqpondérés (Ai , λi ). Alors les
k−f (G)
lignes de niveau sont des cercles centrés en G et de rayon P n étant entendu qu’ils
i=1 λi
k−f (G)
sont vides dans le cas où la fraction P n est < 0.
i=1 λi

−−−→ −−→ −−→


Démonstration. — On décompose M Ai = M O + OAi et on calcule
n
−−→ −
λi )OM 2 + 2(M O | →
X
f (M ) = ( u ) + f (O)
i=1
−−→ −
de sorte que si i=1 λi = 0 alors f (M ) = f (O) + 2(M O | →
Pn
u ) et on retrouve les situations (i)
et (ii) de l’énoncé.
Dans le cas (2) pour O = G, on obtient f (M ) = ( ni=1 λi )GM 2 + f (G) et on retrouve
P
l’affirmation de l’énoncé.

II.3.3. Relations trigonométriques dans le triangle. — Étant donné un triangle ABC,


on note :
48 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

— a, b, c les longueurs respectives des segments [BC], [CA] et [AB] et on pose p = (a +


b + c)/2 le demi-périmètre ;
— S l’aire de ABC ;
— R le rayon du cercle circonscrit ;
— α, β, γ les angles aux sommets.
Comme déjà observé cela fait 8 invariants euclidiens associés à un triangle alors que l’espace
des tels triangles modulo l’action du groupe euclidien est de dimension 3, d’où l’existence de
relations entre ces paramètres que l’on se propose d’expliciter dans ce paragraphes. Rappelons
que la première relation entre ces paramètres était α + β + γ = π.

Proposition II.3.8. — La loi des sinus est la relation suivante


a b c abc
= = = = 2R.
sinα sinβ sinγ 2S

Démonstration. — On a clairement S = bcsinα 2 ce qui donne les trois premières égalités. Pour
la dernière, on considère dans le cercle circonscrit le point A0 diamétralement opposé à A. Le
triangle AA0 C étant rectangle en C, on en déduit alors b = 2Rsinβ, en utilisant le théorème
de l’angle au centre (en effet sinβ = sinAA \ 0 C).

Proposition II.3.9. — La formule d’Al-Kashi est la relation suivante


b2 + c2 − a2
cosα = .
2bc
−−→ −−→ −−→ −→ −−→ −→
Démonstration. — On écrit simplement a2 = [Link] = (BA + AC).(BA + AC) = c2 −
2bccosα + b2 .

Remarque : on peut aussi exprimer la puissance de A par rapport au cercle de centre B


passant par C : cette puissance est égale à c2 − a2 et aussi à [Link] où D est le deuxième
point d’intersection de (AC) avec ce cercle, soit b(b−2acosγ) d’où le résultat. Il existe d’autres
démonstrations qui utilisent des découpages d’aires.
A ce stade nous avons trouvé 8 relations (une pour la somme des angles, 4 pour la loi
des sinus et 3 pour Al-Kashi) sur nos 8 paramètres de sorte que ces relations ne sont pas
indépendantes entre elles. Remarquons tout d’abord que :
— si a, b, c sont donnés alors on retrouve α, β, γ grâce à Al-Kashi puis S et R via la loi des
sinus.
— si a, b, γ sont donnés alors c se calcule par Al-Kashi puis les autres paramètres en
utilisant le point précédent.
— si a, β, γ sont donnés, les deux relations d’Al-Kashi pour β et γ permettent de calculer
b et c et on conclut comme précédemment.
— si a, b, R (resp. α, β, R, resp. a, β, R)) sont donnés alors la loi des sinus donne α (resp.
a, resp. α) et on conclut comme avant.
— si a, b, S sont donnés alors la loi des sinus donne γ et on conclut comme avant.
— si a, β, S sont donnés alors c se calcule par la loi des sinus et on conclut comme avant.
— si α, β, S sont donnés alors le triangle est défini à similitude près et S fixe le rapport de
similitude donc tous les paramètres sont fixés.
— si α, S, R sont fixés alors, d’après le théorème de l’angle au centre cela fixe a et on se
ramène à un des cas déjà étudiés.
II.3. EN DIMENSION 2 49

— si a, S, R sont fixés alors le théorème de l’angle au centre fixe α et on conclut comme


ci-avant.
— si a, β, R sont fixés alors le théorème de l’angle au centre donne α et on se ramène à
une des situations déjà étudiées.
— si α, β, R sont donnés alors d’après le théorème de l’angle au centre on obtient a et b
soit une situation déjà traitée.
Ainsi pour choix de paramètres fondamentaux, tous les choix raisonnables, i.e. en écartant
ceux où les trois paramètres sont dans une même relation, conviennent et les relations données
sont génératrices au sens où elles permettent d’obtenir tous les autres paramètres.

II.3.4. Triangles semblables. — Le groupe des similitudes étant de dimension 4, il nous


faut 2 paramètres pour classifier les triangles à similitude près. Nous disposons des invariants
numériques suivants :
— α, β, γ les trois angles aux sommets ;
— les rapports ab , cb et ac des longueurs des côtés.
En ce qui concerne les relations, nous avons :
— α+β +γ = π;
— ab . cb . ac = 1 ;
— les formules d’Al-Kashi que l’on écrit sous la forme
b c a a
2cosα = + − . .
c b b c
S
Remarque : ab = 12 sinγ est aussi un invariant numérique de la géométrie semblable ainsi donc
S S
que bc et ac . De la loi des sinus on en déduit alors que Ra = 4S bc
est un invariant ainsi donc
R R r r r
que b et c ; il en est de même pour a , b et c .
En ce qui concerne la description des triangles du plan affine à similitudes près il sont
classifiés par :
— l’ensemble des couples (α, β) d’éléments de R/πZ tels que α + β ≤ π. On récupère les
longueurs des côtés à homothéties près en procédant comme dans le cas euclidien ; par
exemple la donnée de a = 1, α, β permet de préciser toutes les autres données. On peut
aussi décrire l’ensemble des paramètres comme (a : b : c) ∈ P2 (R)/S3 avec les notations
πa πb πc
du §??, en associant à (a : b : c) le triplet ( a+b+c , a+b+c , a+b+c ).
b ×
— l’ensemble des couples (α, c ) ∈ R/πZ × R+ ; la formule d’Al-Kashi pour cosα permet
d’obtenir ab et donc ac puis on procède comme dans le cas isométrique.
— l’ensemble ( ab , ac ) ∈ (R× 2
+ ) ; pour a = 1 cela donne b, c et on continue comme dans le cas
isométriques en libérant à la fin le paramètre a.

Corollaire II.3.10. — Théorème de Pythagore


Pour tout triangle rectangle en A, on a la relation

AB 2 AC 2
+ = 1.
BC 2 BC 2

Remarque : partant de l’algèbre linéaire euclidienne, le théorème de Pythagore est intrinsèque


à la théorie. La preuve que nous présentons ici n’a de sens que dans une présentation axio-
matique de la géométrie euclidienne à la Euclide.
50 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

Démonstration. — On note AH la hauteur menée de A sur BC, les triangles ABC et AHB
AB
sont semblables de sorte que BC = BH 2 2
AB . De même on a CH = [Link] et donc AB +AC =
2

(BH + HC)BC = BC ; 2

II.4. En dimension 3
On suppose désormais que l’espace affine euclidien E est de dimension 3 muni d’une orien-
tation.

II.4.1. Produit mixte et produit vectoriel. — Étant donnés 3 vecteurs de E, leur


déterminant dans une base orthonormée directe ne dépend pas du choix de cette base ce qui
permet de poser la définition suivante.
Définition II.4.1. — L’application qui à trois vecteurs de E associe leur déterminant dans
une base orthonormée directe définit une forme 3-linéaire alternée
(u1 , u2 , u3 ) ∈ E 3 7→ [u1 , u2 , u3 ] ∈ R
que l’on appelle le produit mixte.
Remarque : on rappelle que si f ∈ L(E) alors [f (u1 ), f (u2 ), f (u3 )] = det f [u1 , u2 , u3 ].
Définition II.4.2. — Soient →−u,→
−v ∈ E, la forme  linéaire → −
w 7→ [→−u,→−
v ,→−w ] s’identifie via
∗ →
− →
− →
− →

l’isomorphisme canonique E → E défini par x 7→ y 7→ ( x , y ) , à un vecteur que l’on
note →

u ∧→

v ∈ E appelé le produit vectoriel de →

u par →−v :
∀ w ∈ E, ( u ∧ v , w ) = [ u , →

− →
− →
− →
− →
− −
v ,→

w ].
Remarque : cette construction du produit vectoriel de deux vecteurs est particulier au cas de
la dimension 3 ; l’équivalent en dimension n serait le produit vectoriel de n − 1 vecteurs.
On a les propriétés simples suivantes :
— l’appplication (→ −u,→−
v ) 7→ →−
u ∧→ −
v est bilinéaire, alternée ; en particulier →

u ∧→
−v est


orthogonal à u et v ; →

— →
−u ∧→ −v est le vecteur nul si et seulement si →
−u et → −
v sont liés ;

− →
− →
− →
− →
− →

— si u et v sont libres alors ( u , v , u ∧ v ) est une base directe ; elle est orthogonale si
et seulement si → −u et →
−v sont orthogonaux.
Remarque : dans une base orthonormale,
   0  
yz 0 − zy 0

x x
 y  ∧  y 0  =  zx0 − xz 0  .
z z0 xy 0 − yx0
Corollaire II.4.3. — Pour tout → −
u,→−v ∈ E, on a
||→

u ∧→−
v || = ||→

u ||.||→

v ||.|sin(→

u,→
\ −
v )|,

− →

où l’angle est pris dans le plan engendré par u , v .

Remarque : en utilisant que |(→



u,→−v )| = ||→

u ||.||→

v |||cos(→

\u,→ −v )|, on en déduit que
(→

u,→−v )2 + ||→

u ∧→ −v ||2 = ||→
−u ||2 .||→
−v ||2 ,
de sorte que ||→

u ∧→

v || ≤ ||→

u ||.||→

v || avec égalité si et seulement si →

u et →

v sont orthogonaux.
II.4. EN DIMENSION 3 51

Proposition II.4.4. — Formule du double produit vectoriel


Pour tous vecteurs →

u,→

v ,→

w ∈ E, on a

−u ∧ (→

v ∧→

w ) = (→

u,→

w )→

v − (→

u,→

v )→

w.

Démonstration. — Les applications E 3 → E


(→

u,→−
v ,→−
w ) 7→ →

u ∧ (→

v ∧→

w)
et
(→

u,→−
v ,→
−w ) 7→ (→−
u,→ −
w )→
− v − (→ −
u,→ −v )→
−w
sont trilinéaires, à valeurs dans Vect(→ −v ,→
−w ). Pour (→ −
e1 , →

e2 , →

e3 ) une base de E, une base de E 3

− →
− →

est ( ei , ej , ek ) avec 1 ≤ i, j, k ≤ 3 et on vérifie aisément que ces deux applications coı̈ncident
sur cette base et donc sont égales.

Théorème II.4.5. — Formule de Rodrigues


Soit →
−u ∈ R3 un vecteur unitaire ; la rotation d’axe orienté par →

u et d’angle θ s’exprime par
la formule


x 7→ cosθ→−x + (1 − cosθ)(→ −u,→
−x )→

u + sinθ→ −
u ∧→
−x.

Démonstration. — Notons f (→ −
x ) le membre de droite de la formule de Rodrigues ; l’applica-
3 3
tion f : R → R est une combinaison linéaire des trois applications linéaires :
— l’identité →

x 7→ →

x;
— la projection orthogonale sur la droite dirigée par →

u :→−x 7→ (→
−x,→

u )→
−u;

− →

— x 7→ u ∧ x . →

On complète →−u en une base orthonormée (→
−u,→−
v ,→−
w ) de sorte que la matrice de f dans cette
base est
     
1 0 0 1 0 0 0 0 0
cosθ  0 1 0  + (1 − cosθ)  0 0 0  + sinθ  0 0 −1 
0 0 1 0 0 0 0 1 0
 
1 0 0
qui est bien la matrice de rotation  0 cosθ −sinθ  de l’axe orienté par → −
u et d’angle
0 sinθ cosθ
θ.

II.4.2. Angles. — On suppose que E est un R espace vectoriel de dimension 3 muni d’une
orientation. Comme en dimension 2, l’angle de deux vecteurs → −u,→

v de E est une orbite sous
le groupe orthogonal SO(3, R).
Remarque : on notera bien que les orbites sous SO(3, R) et O(3, R) des couples de vecteurs
de E, sont les mêmes ; en effet le retournement selon la bissectrice de → −u,→
−v dans le plan

− →
− →
− →

P =< u , v > échange u et v . Ainsi il n’y a pas de distinction entre les angles orientés et
non orientés de vecteurs.
La mesure de l’angle (→ −
u,→
\ −
v ) se définit en le considérant comme un angle non orienté du

− →

plan P =< u , v >.
Remarque : la relation de Chasles sur l’additivité des mesures des angles, n’est valide que
pour des vecteurs coplanaires.
On définit de même les angles de demi-droites, de droites ainsi que leurs mesures.
52 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

Définitions II.4.6. — — L’angle dièdre est l’orbite sous SO(3, R) de deux demi-plans
limités par une droite commune orientée : les deux demi-plans P, P 0 sont appelés les
faces et la droite commune − → l’arête du dièdre P.−
xy → 0.
xy.P
— On appelle mesure de l’angle d’une face, la mesure de l’angle non orienté des deux arêtes
la définissant.
— On appelle rectiligne du dièdre l’angle plan orienté obtenu en coupant le dièdre par
un plan perpendiculaire Q à son arête. L’orientation de l’espace et de l’arête munit Q
d’une orientation et la mesure de l’angle dièdre est alors la mesure de l’angle orienté
des droites P ∩ Q et P 0 ∩ Q du plan orienté Q.
— On définit la somme de deux dièdres en faisant coı̈ncider leur arête orientée et en
additionnant leur rectiligne ; on peut ainsi parler de plan bissecteur d’un dièdre.
— Plus généralement on appelle angle polyèdre la figure formée par plusieurs plans pas-
sant par un même point S appelé sommet, et limités à leurs intersections successives,
lesquelles sont des demi-droites appelées arêtes.
— Un angle polyèdre est dit convexe s’il est tout entier d’un même côté par rapport au
plan d’une quelconque de ses faces.
Remarque : les trièdres sont nécessairement convexes.
Pour mesurer l’angle θ que font deux demi-droites d’extrémité O, on trace un cercle de
centre O, de rayon r > 0 de sorte que θ = l(r) r où l(r) est la longueur de l’arc de ce cercle
délimité par ces deux demi-droites. Plus généralement l’angle pan sous lequel on voit de O la
courbe Γ est défini par l’intégrale
Z −−→ −−→
(OM , dM )
θ= −−→ .
Γ ||OM ||2

On généralise ces définitions en dimension 3 avec l’angle solide :


Définition II.4.7. — L’angle solide, mesuré en stéradian, d’un cône de sommet O est la
quantité
s(r)
Ω=
r
où s(r) est l’aire de la sphère de centre O et de rayon r délimité par le cône S.
L’angle solide sous lequel on voit de O la surface S est l’intégrale
Z Z −−→ →
(OM , −n )ds
Ω= −−→ 3
S ||OM ||


où n est le vecteur normal à S en M .
Exemple : l’angle solide de tout l’espace est 4π.

II.4.3. Formule d’Euler. — On nomme polyèdre un volume limité par des surfaces toutes
planes : les portions de plan qui le délimitent sont appelés ses faces. Il est dit convexe s’il est
situé tout entier d’un seul et même côté par rapport au plan d’une quelconque d’une de ses
faces.
Proposition II.4.8. — Formule d’Euler
Soient F (resp. A, resp. S) le nombre de faces (resp. d’arêtes, resp. de sommets) d’un polyèdre
convexe, on a alors F − A + S = 2.
II.5. ALGÉBRISATIONS 53

Démonstration. — Choisissons un point s à l’extérieur du polyèdre P , au dessus de l’une de


ses faces f . Soit alors la projection stéréographique à partir de s sur un plan H parallèle à
f à l’extérieur de P et de l’autre côté par rapport à s. Par convexité de P et si s est assez
proche de f , l’image P 0 de P est un polygone de points extrémaux les images des sommets de
f , découpé par d’autres polygones qui sont les images des autres faces. Soit k le nombre de
sommets de la face f ; on rappelle que dans un polygone convexe à 3 ≤ i sommets, la somme
de ses angles est égale à (i − 2)π. On calcule alors la somme de tous les angles de P 0 de deux
façons différentes :
2
(S − k)2π + kπ(1 − ) = π(2S − k − 2)
k
qui est aussi égale à
X 2
(fi − δi,k )iπ(1 − ) = π(2A − k − 2F + 2)
i
i

où fi désigne le nombre de faces formées de polygones à i côtés. Le résultat découle directement
de l’égalité de ces deux calculs.

II.5. Algébrisations
II.5.1. Nombres complexes. — L’ensemble C des nombres complexes est un R-espace
vectoriel de dimension 2. L’application
ϕ : C2 → R


(z1 , z2 ) 7→ z1 z̄2 +z̄


2
1 z2

définit un produit scalaire sur C ' R2 tel que (1, i) est une base orthonormée. Par convention
le plan vectoriel C est orienté de sorte que la base (1, i) est directe.

Définition II.5.1. — Si z est un nombre complexe de module 1 alors son écriture dans la
base orthonormée (1, i) est de la forme a + ib avec a2 + b2 = 1 et il existe donc θ ∈ R/2πZ tel
que (a, b) = (cosθ, sinθ). Le paramètre θ s’appelle l’argument de z.

Ainsi pour z ∈ C, non nul, on peut l’écrire sous la forme r cosθ + isinθ , où r = |z| est le
z
module de z et θ l’argument de |z| qu’on appelle encore l’argument de z.
Remarque : on note U l’ensemble des nombres complexes de norme 1 ; l’application argument
défini alors un morphisme de groupe U → R/ZπZ, i.e. l’argument de z1 z2 est la somme des
arguments de z1 et z2 . Via la notion d’exponentielle, on a aussi cosθ + isinθ = eiθ .
Revenons à la géométrie euclidienne affine ; étant donné un point O du plan affine euclidien,
les points du plan sont alors repérés par leur affixe qui sont un nombre complexe. Le produit
scalaire s’interprète via l’application ϕ ci-dessus.

Lemme II.5.2. — Soient (A1 , α1 ), · · · , (An , αn ) des points pondérés du plan affine euclidien
pointé en O repérés par les affixes a1 , · · · , αn . Si α := α1 + · · · + αn 6= 0 alors le barycentre
1 Pn
de ce système a pour affixe α i=1 αi ai .
−−→ P −−→
Démonstration. — Le résultat découle de l’écriture αOG = ni=1 αi OAi .
En ce qui concerne le groupe des similitudes directes, on a la description suivante.
54 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

Proposition II.5.3. — L’ensemble des isométries affines positives du plan affine vectoriel
pointé en O est en bijection avec C× × C via l’application (a, b) 7→ (z 7→ az + b) :
— pour a = 1, on obtient la translation de vecteur d’affixe b ;
— pour a 6= 1, la transformation z 7→ az + b admet un unique point fixe ω = b/(1 − a) :
— si |a| = 1 avec a 6= 1, on écrit alors az + b sous la forme eiθ (z − ω) + ω et on obtient
la rotation d’angle θ et de centre le point Ω d’affixe ω ;
— si |a| = λ 6= 1 alors az + b = λeiθ (z − ω) + ω est la similitude directe de centre ω, de
rapport λ et d’angle θ.

Remarque : la structure de groupe sur C× × C par celle du groupe des similitudes directes se
décrit comme suit : (a, b).(a0 , b0 ) = (aa0 , ab0 + b).

Corollaire II.5.4. — Soient A, B, C, D quatre points distincts du plan affine euclidien


pointé en O repérés par leurs affixes respectives a, b, c, d ∈ C. La mesure de l’angle de vecteur
−−→
\ −−→ d−c
(AB, CD) est donnée par l’argument du nombre complexe b−a .
−−→ d−c
Démonstration. — Le vecteur AB est repéré par l’affixe b − a de sorte que si on écrit b−a
sous la forme reiθ , on voit que la rotation vectorielle d’angle θ envoie la demi-droite dirigée
−−→ −−→
par AB sur celle dirigée par CD, d’où le résultat.
−−→ −−→
Remarque : en particulier les vecteurs AB et CD sont colinéaires (resp. orthogonaux) si et
d−c
seulement si b−a est réel (resp. imaginaire pur).
Remarque : la symétrie par rapport à la droite passant par O et dirigée par le vecteur d’affixe
1 ∈ C s’exprime en complexe sous la forme z 7→ z̄, de sorte que tout similitude indirecte est
de la forme z 7→ az̄ + b. En particulier le groupe des similitudes du plan affine euclidien est
isomorphe au produit direct des groupes C× × C et Z/2Z.
Applications géométriques :
— l’équation complexe d’une droite :
— passant par M0 d’affixe z0 et orthogonale à → −v d’affixe a est (z − z0 )ā + (z̄ − z̄0 )a = 0 ;
— passant par z1 6= z2 est, en utilisant le corollaire précédent, zz−z 2 −z1
1
= z̄z̄−z̄ 1
2 −z̄1
soit
(z̄2 − z̄1 )z − (z2 − z − 1)z + z̄1 z2 − z1 z̄2 = 0. Ainsi comme l’équation d’une droite est
de la forme az + bz̄ + c = 0, l’équation de la droite passant z1 et z2 est
1 1 1
z z 1 z2 = 0.
z̄ z̄1 z̄2
En effet en développant ce déterminant par rapport à la première colonne, on trouve
une équation de la forme az + bz̄ + c = 0 qui est bien une équation de droite qui
passe par z1 et z2 car le déterminant s’annule clairement pour z = z1 , z2 .
— l’équation d’un cercle :
— centré en M0 d’affixe a et de rayon r est donnée par z z̄ − az̄ − āz + aā − r2 = 0 ;
— passant par z1 , z2 , z3 distincts est donnée par
1 1 1 1
z z1 z2 z3
= 0.
z̄ z̄1 z̄2 z̄3
z z̄ z1 z̄1 z2 z̄2 z3 z̄3
II.5. ALGÉBRISATIONS 55

En effet en développant par rapport à la première colonne on trouve une équation


de la forme az z̄ + bz̄ + cz + d = 0 qui est bien une équation d’un cercle si a 6= 0 et
sinon d’une droite et qui passe clairement par z1 , z2 , z3 . Le coefficient de z z̄ est nul
si et seulement si, d’après ce qui précède, les points z1 , z2 , z3 sont alignés.
On note aussi que l’affixe de son centre s’obtient en faisant le quotient des coefficients
de z̄ et de z z̄, i.e.
1 1 1
z1 z2 z3
z1 z̄1 z2 z̄2 z3 z̄3
a=− .
1 1 1
z1 z 2 z3
z̄1 z̄2 z̄3
En remarquant qu’une conique a une équation de la forme az z̄ + bz̄ 2 + cz 2 + dz̄ + ez + f = 0,
on en déduit que l’équation de la conique passant par z1 , z2 , z3 , z4 , z5 est donnée par
1 1 1 1 1 1
z z1 z2 z3 z4 z5
z̄ z̄1 z̄2 z̄3 z̄4 z̄5
= 0.
z 2 z12 z22 z32 z42 z52
z̄ 2 z̄12 z̄22 z̄32 z̄42 z̄52
z z̄ z1 z̄1 z2 z̄2 z3 z̄3 z4 z̄4 z5 z̄5

II.5.2. Quaternions. —
Définition II.5.5. — L’ensemble H des quaternions est un R-espace vectoriel de dimension
4 muni d’une base {1, i, j, k} que l’on munit d’une loi interne H×H → H définie par bilinéarité
à partir des relations suivantes :
12 = 1, 1.i = i.1 = i, 1.j = j.1 = j, 1.k = k.1 = k
i2 = −1, j 2 = −1, k 2 = −1
ij = k, jk = i, ki = j
ji = −k, kj = −i, ik = −j.
La partie réelle (resp. imaginaire) d’un quaternion a.1 + b.i + c.j + d.k est le nombre réel a
(resp. b.i + c.j + d.k) ; il sera dit réel (resp. imaginaire pur) si sa partie imaginaire (resp. réelle)
est null.
Proposition II.5.6. — Le R-espace vectoriel H muni de la loi interne . est un anneau non
commutatif.
Démonstration. — La première solution un peu fastidieuse consiste à vérifier un à un les
axiomes qui font de (H, +, .) un anneau non commutatif. Une autre solution consiste à réaliser
(H, +, .) comme un sous-anneau de l’ensemble de matrices M2 (C). Explicitement notons
n o
z −w
Hmat = ⊂ M2 (C)
w̄ z̄
et considérons l’application

 f : H → Hmat  
a + ib −c − di
 a.1 + b.i + c.j + d.k 7→
c − di a − ib
56 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

Ainsi la base de H devient


       
1 0 i 0 0 −1 0 −i
1= , i= , j= , k= .
0 1 0 −i 1 0 −i 0
On vérifie alors aisément que f est un isomorphisme d’espace vectoriel qui transforme la mul-
tiplication de H en la multiplication matricielle de Hmat . La non commutativité est immédiate
puisque par définition i.j = −j.i.

Remarque : la description de H en termes de matrices à coefficients complexes permet d’in-


troduire naturellement la conjugaison complexe en considérant l’application A 7→ tĀ de Hmat .

Définition II.5.7. — Le conjugué a + bi + cj + dk d’un quaternion a + bi + cj + dk est


a − bi − cj − dk.

Remarque : en particulier,
— pour u, v ∈ H on a u + v = ū + v̄ et uv = v̄ū ;
— pour u ∈ H et λ ∈ R, on a λu = λū ;
¯ = u.
— pour u ∈ H, ū

Définition II.5.8. — La norme d’un quaternion u = a + bi + cj + dk est le réel positif


√ p
||u|| = uū = a2 + b2 + c2 + d2 .

Proposition II.5.9. — L’anneau (H, +, .) est un corps non commutatif de centre R.1.
1
Démonstration. — Soit u ∈ H non nul ; son inverse est ||u|| ū. Par ailleurs si u = a+bi+cj +dk
est dans le centre alors ui = ai − b − ck + dj et iu = ai − b + ck − dj et donc c = d = 0. De
même l’égalité ju = uj fournit b = 0 et donc u est réel. Réciproquement tout quaternion réel
est bien dans le centre.

Remarque : si u ∈ H est de norme 1 alors u−1 = ū.


Remarque : la norme est multiplicative, i.e. ||uv|| = uvuv = uvv̄ū = (vv̄)uū = ||u||.||v||.

Proposition II.5.10. — Le corps H est une extension de degré 2 de C.

Démonstration. — On injecte tout d’abord C dans H en envoyant a + ib ∈ C sur a + ib ∈ H.


La multiplication de H permet ainsi de définir une action

C×H→H
(z, u) 7→ uz
de C sur H. De l’égalité (u + v).z = uz + vz, on en déduit que H est ainsi muni d’une structure
de C-espace vectoriel avec (1, j) comme base, d’où le résultat.

Définition II.5.11. — On identifie l’ensemble Him des quaternions imaginaires purs à l’es-
pace R3 en identifiant x = x1 i + x2 j + x3 k au vecteur →

x = (x1 , x2 , x3 ) ∈ R3 .

Proposition II.5.12. — Soient x, y ∈ H im des quaternions imaginaires purs et → −


x,→ −
y les
3 →
− →

vecteurs de R correspondant. La partie réelle de xy est égale à −( x | y ) et sa partie imagi-
naire s’identifie au vecteur →

x ∧→

y.
II.5. ALGÉBRISATIONS 57

Démonstration. — On calcule
xy = −(x1 y1 + x2 y2 + x3 y3 ) + (x2 y3 − x3 y2 )i + (x3 y1 − x1 y3 )j + (x1 y2 − x2 y1 )k
et le résultat en découle de la formule qui exprime les coordonnées du produit vectoriel de
deux vecteurs.
Remarque : en particulier pour un quaternion imaginaire pur x, on a x2 = −||→ −
x ||2 .
Corollaire II.5.13. — Des vecteurs → −x,→−y ,→
−z forment une base orthonormée si et seulement
si les quaternions imaginaires purs associés x, y, z vérifie les relations suivantes :
x2 = y 2 = z 2 = −1, xy = −yx = z, yz = −zy = x, zx = −xz = y.
Démonstration. — Les premières relations s’interprètent d’après la remarque précédente en
disant que les vecteurs →−
x,→ −
y ,→

z sont unitaires. Les relations d’anticommutation sont auto-
matiques car x, y, z sont imaginaires purs. Enfin le fait que xy, yz, zx soient imaginaires purs
est équivalent à demander que →−x,→
−y ,→

z sont orthogonaux deux à deux et l’égalité xy = z
s’interprète en x ∧ y = z et donc la base (→

− →
− →
− −
x,→−y ,→−
z ) est directe.
Notation II.5.14. — Soit U = {u ∈ H : ||u|| = 1} l’ensemble des quaternions unitaires.
Définition II.5.15. — Pour u ∈ U un quaternion unitaire, soit Φu : H → H définie par
Φu (x) = uxū.
Remarque : pour tout u ∈ U, l’application Φu est un morphisme d’anneau tel que
Φu (x) = Φu (x̄), Φu|R = IdR , ||Φu (x)|| = ||x||
de sorte que la partie réelle de Φu (x) est égale à celle de x. Par ailleurs l’application Φ : u ∈
U 7→ Φu est un morphisme de groupe de noyau égal à {±1} soit l’ensemble des quaternions
unitaires réels.
Corollaire II.5.16. — La restriction Ψu de Φu aux quaternions imaginaires purs est, via
l’identification de Him avec R3 , un automorphisme unitaire positif que l’on notera Rotu :
R3 → R3 . L’application u 7→ Rotu est alors un morphisme surjectif de U sur SO(3, R) de
noyau {±1}.
Démonstration. — Nous avons déjà vu que Ψu était unitaire, il reste donc à voir qu’il est
positif. Soient donc x, y, z des quaternions imaginaires purs tels que leurs images → −
x,→−
y ,→

z
3
forment une base orthonormée de R . D’après le corollaire II.5.13 cela équivaut à demander
la liste des relations de loc. cit. lesquelles sont clairement conservées par Ψu et donc Ψu est
bien positif.
Nous avons déjà noté que u 7→ Rotu était un morphisme de groupe dont le noyau était
{±1} ; en ce qui concerne la surjectivité elle découle du lemme suivant en notant que pour

−x ∈ R3 de norme 1 et θ réel z = cosθ + sinθx appartient à U :
(cosθ + sinθx)(cosθ − sinθx) = 1.

Lemme II.5.17. — Soit →



x ∈ R3 de norme1 ; pour θ ∈ R, on pose
θ θ
u(→

x , θ) = cos + sin x
2 2
58 CHAPITRE II. GÉOMÉTRIE AFFINE EUCLIDIENNE

où x est le quaternion imaginaire pur associé à →



x . Alors Rotu(−
→ 3 3
x ,θ) : R → R est la rotation
d’axe →−
x et d’angle θ.
Démonstration. — Complétons → −x en une base orthonormée directe (→ −x,→

y ,→

z ) de sorte que
les quaternions associés x, y, z vérifient les relations du corollaire II.5.13. Comme x commute
avec tout combinaison linéaire de 1 et x, on a Ψu(− →x ,θ) (x) = x. En utilisant la relation xy = −yx
on calcule
θ θ θ θ
Ψu(−
→x ,θ) (y) = (cos + sin x)y(cos − sin x)
2 2 2 2
θ θ θ θ
= (cos + sin x)(cos + sin x)y = (cosθsinθx)y = cosθy + sinθz.
2 2 2 2
De même on obtient Ψu( x ,θ) (z) = (cosθ + sinθx)z = −sinθy + cosθz et on retrouve la rotation


d’axe →
−x et d’angle θ.
Notation II.5.18. — Pour x ∈ Him et θ ∈ R, on note
eθx := cosθ + sinθx.
On notera que le quaternion imaginaire pure x joue un rôle identique à celui du nombre
complexe i :
(cosθ + sinθx)(cosφ + sinφx) = cos(θ + φ) + sin(θ + φ)x.
Corollaire II.5.19. — La rotation Rotu : R3 → R3 induite par un quaternion unitaire
u = a + bi + cj + dk ∈ U avec u 6= ±1 est la rotation d’angle θ = arccos a autour de


x = √b2 +c1 2 +d2 (b, c, d).

Démonstration. — Ce sont des valeurs de θ et →



x qui donnent u(→

x , θ) = a + bi + cj + dk.
On peut utiliser la paramétrisation suivante pour expliciter la composition de deux rotations
vectorielles à partir de la définition de la multiplication des quaternions sous la forme eθx .


Corollaire II.5.20. — Soient → −
a , b ∈ R3 de norme 1 et soient α, β ∈ R. Si Rot− a ,α ◦

Rot−→ 6= Id alors
b ,β
Rot−a ,α ◦ Rot−
→ → = Rot−
b ,β

c ,γ
avec 0 < γ < 2π vérifiant
γ α β α β − → −
cos = cos cos − sin sin (→
a, b)
2 2 2 2 2
et avec →
−c = 1 →
||−

v ||

v pour


− α β→ − β α− α β− → −
v = cos sin b + cos sin → a + sin sin → a ∧ b.
2 2 2 2 2 2
Notation II.5.21. — On notera les quaternions sous la forme a + → −p avec a ∈ R et →

p ∈ R3
que l’on identifie respectivement à sa partie réelle et imaginaire.
Remarque : avec ces notations le produit quaternionique de deux vecteurs est alors

−p .→

q = −(→−
p |→−
q )+→ −
p ∧→−q.
Corollaire II.5.22. — Pour a + → −
p un quaternion unitaire, la rotation associée est
Rot −→ ( x ) = (2a2 − 1)→


a+ p

x + 2(→

p |→−
x )→
−p + 2a→ −
p ∧→ −x.
II.5. ALGÉBRISATIONS 59

Démonstration. — On calcule Ψu (x) = (a + p)x(a − p) = a2 x + a(px − xp) − pxp ce qui en


utilisant la notation ci-dessus

−p .→

x −→−x .→

p = −(→−
p ,→

x)+→

p ∧→−x + (→
−x |→−
p)−→ −x ∧→−
p = 2→−
p ∧→ −
x.
De même on a
−→−p .→

x .→

p = −→ −
p . −(→−
x |→
−p)+→ −x ∧→ −
 
p
= (→ −
x |→−p )→

p + (→

p ,→

x ∧→ −p)−→ −
p ∧ (→

x ∧→−p)

− →
− →
− →

=(x | p)p + p ∧(p ∧ x)→
− →

ce qui en utilisant la formule du double produit vectoriel donne 2(→ −p | →



x )→

p − ||→

p ||2 →

x et

− 2 2
donc comme u est unitaire || p || = 1 − a d’où le résultat.
CHAPITRE III

GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

Jusqu’à présent les cercles ont été définis dans le cadre de la géométrie euclidienne et
possède une nature bien distincte des droites. Cependant il existe de nombreuses situations
où les droites et les cercles semblent se confondre. Que l’on se rappelle par exemple le critère
de cocyclitité en termes de birapport : 4 points sont alignés ou cocycliques si et seulement si
leur birapport est réel. Dans le paragraphe suivant nous allons donner d’autres exemples où
des droites sont changées en cercle sans que la conclusion du théorème en soit modifiée.
L’explication de ce phénomène réside dans une nouvelle géométrie dite inversive où :
— l’espace est la sphère unité S 2 de R3 ;
— son groupe, appelée le groupe circulaire, est constitué des bijections de S 2 qui conservent
les cercles, i.e. qui envoient un cercle de S 2 , obtenu comme l’intersection de S 2 avec un
plan, sur un cercle de S 2 .
Via la projection stéréographique, on envoie 2 2
2
` S privé de son pôle2 nord N sur le plan R
identifié à C de sorte que S s’identifie à C {∞}. Un cercle C de S devient alors soit :
— un cercle si N 6∈ C ;
— une droite si N ∈ C.
On donne ainsi un sens à l’expression largement répandu  qu’une droite est un cercle passant
par ∞ . Par projection stéréographique,
` les éléments du groupe circulaire s’identifie alors à
des transformations de C {∞} qui conservent les cercles/droites. Celles qui conservent ∞
doivent ainsi conserver :
— les droites de C et sont, d’après le théorème fondamental de la géométrie affine, des
applications affines ;
— les cercles de C et étant affines, ce sont donc des similitudes.
Le groupe des similitudes de R2 est donc un sous-groupe du groupe circulaire ; il reste alors à
étudier les transformations circulaires qui ne stabilisent pas ∞ ce qui nous amène à introduire
des transformations classiques de la géométrie du lycée : les inversions.

Ainsi des énoncés de géométrie planes qui ne font intervenir que des cercles et des droites
peuvent être considérés comme des énoncés de géométrie inversive, i.e. comme la projection
stéréographique d’une figure dessinée sur la sphère S 2 . L’avantage de ce point de vue est
que l’on peut appliquer les transformations de cette nouvelle géométrie, particulièrement
des inversions puisqu’elles n’étaient pas présentes dans la géométrie semblable, le but étant
d’obtenir une figure plus simple que l’on considèrera dans le cadre de la géométrie euclidienne,
géométrie avec un groupe plus petit et possédant donc plus d’invariants, angles, distances,
permettant d’attaquer le problème.
62 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

Cette stratégie s’appelle le changement de géométrie : on part d’une géométrie  pauvre avec
un gros groupe de transformations afin de modifier le problème pour le ramener dans une
configuration plus simple, puis on résoud ce nouvel énoncé dans une géométrie plus riche
possédant plus d’invariants ; on renvoie le lecteur au §?? pour une illustration de cette
stratégie.
Dans un deuxième temps, de manière similaire au passage de la géométrie affine à la
géométrie euclidienne, nous introduirons une métrique sur S 2 de sorte que muni de son sous-
groupe des transformations circulaires conservant cette métrique, nous obtenons une nouvelle
géométrie appelée géométrie sphérique. L’étude des triangles de cette géométrie est à la
fois :
— très similaire à celle de la géométrie euclidienne, que l’on regarde par exemple l’analogue
de la loi des sinus ou de la formule d’Al-Kashi ;
— et aussi très différente : par exemple la somme des angles d’un triangle sphérique n’est
pas fixe et toujours > π.
Une application classique de ces formulaires de trigonométrie sphérique sont les problèmes de
navigation terrestre : déterminer un cap revient à calculer un angle d’un triangle.

III.1. Les inversions : définition et premières propriétés


Avant de définir la géométrie inversive, son espace et ses transformations, nous allons
introduire et étudier les de nouvelles transformations de l’espace, qui ne sont pas affines et
qui sont directement reliés au groupe de notre nouvelle géométrie d’au moins deux façons :
— les éléments de ce groupe peuvent être vus comme la restriction d’inversions en dimen-
sion supérieure, cf. la proposition III.2.6 ;
— si on ne veut pas utiliser des transformations  externes  à notre espace, ce groupe est
constitué de similitudes et d’inversions, cf. le théorème III.2.4.

III.1.1. Définition générale. — Considérons momentanément l’espace euclidien Rd pour


d ≥ 1 que l’on considère comme un espace affine pointé en O. On rappelle la définition de la
puissance d’un point par rapport à un cercle, cf. II.2.7.

Définition III.1.1. — La puissance d’un point A par rapport à une sphère S(Ω, R) centré
en Ω et de rayon R, est la quantité
µS (A) := AΩ2 − R2 .

Introduisons à présent les inversions, introduites dès 1831 par Magnus dans le cadre de la
géométrie plane.

Définition III.1.2. — Pour A ∈ Rd , on appelle inversion de pôle A et de rapport ρ2 ,


l’application de Rd \{A} dans lui même qui à tout point M 6= A fait correspondre le point M 0
de la droite (AM ) tel que AM .AM 0 = ρ2 .

Remarque : une involution est une application involutive et donc bijective. Afin de réintroduire
le point A, on considère un point nommé ∞ échangé avec A par une inversion de pôle A.
Remarque : on dira par fois inversion par rapport au cercle C(A, ρ) pour désigner l’inversion
de centre A et de rapport ρ2 .
III.1. LES INVERSIONS : DÉFINITION ET PREMIÈRES PROPRIÉTÉS 63

III.1.2. Sur quelques relations métriques dans C. — Étant donnée une inversion de
centre A, on se propose de donner des relations métriques et angulaires relativement à deux
points M, N et leurs images respectives M 0 , N 0 ; on peut ainsi sans restriction se limiter au
cas de la dimension d = 2.
Proposition III.1.3. — Soit P, Q des points distincts du centre O d’une inversion i ; on
note P 0 , Q0 les images respectives de P et Q. On a alors
QP
\ \
O = OQ0P 0.

Démonstration. — Notons r2 le rapport de l’inversion i de sorte que [Link] 0 = OQ.OQ0 = r2 .


0
OP
On en déduit alors que OQ = OQ 0 0
OP 0 et donc que les triangles OP Q et OQ P sont semblables
d’où le résultat.
Corollaire III.1.4. — Soit i une inversion de centre O. Pour M, N des points distincts de
O et M 0 , N 0 leur image respective par i, les triangles OM N et ON 0 M 0 sont semblables.
Corollaire III.1.5. — Avec les notations de la proposition précédente, pour R ∈ (OQ)
d’image R0 par i, on a
QP
\ R = −Q\ 0 P 0 R0 .

Démonstration. — On écrit QP \ R = QP
\ O − RP\ O qui d’après la proposition précédente est
\
alors égal à OQ0 0
P − OR
\ 0 0 0
P = R\ 0 0
P Q d’où le résultat.

P’
P

O Q R R’ Q’

Figure 1. Inversion et triangles semblables

Corollaire III.1.6. — Soit i l’inversion de centre O et de rapport ρ2 . Pour M, N des points


distincts de O, et M 0 , N 0 leurs images respectives par i, on a
ρ2 M N
M 0N 0 = .
[Link]
Démonstration. — Les triangles OM N et ON 0 M 0 étant semblables on a
M 0N 0 ON 0 ρ2
= =
MN OM [Link]
d’où le résultat.
64 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

Remarque : on peut aussi utiliser le théorème d’Al-Kashi dans les triangles AM N et AM 0 N 0 :


M A2 +N A2 −M N 2
cos = 2M A.N A
M 0 A2 +N 0 A2 −(M 0 N 0 )2
= 2M 0 A.N 0 A
ρ4 (M A2 +N A2 )−(M 0 N 0 )2 M A2 .N A2
= 2ρ4 M A.N A
ρ4 M N 2
ce qui donne de nouveau (M 0 N 0 )2 = AM 2 .AN 2
.

III.1.3. Hyperplans et sphères. — Commençons par quelques remarques simples :


— un hyperplan passant A est globalement invariant ;
— une sphère centrée en A et de rayon ρ est invariant point par point.

Proposition III.1.7. — Une sphère S(Ω, R) telle que µC (A) = ρ2 est globalement invariant
par l’inversion de pôle A et de rapport ρ2 .

Démonstration. — Soit M ∈ S(Ω, R) et soit M 0 le deuxième point d’intersection de la droite


(AM ) avec S. Soit alors N le point de C diamétralement opposé à M ; on a
−−→ −−→ −−→ −−→ −−−→
AM .AM 0 = AM .AM 0 = AM .(AN + N M 0 )
−−→ −−→ −→ −−→ −→ −−→
= AM .AN = (AΩ + ΩM ).(AΩ + ΩN )
= AΩ2 − R2
et donc M 0 est l’image de M par l’inversion de pôle A et de rapport µC (A).

Corollaire III.1.8. — L’image d’une sphère S ne passant pas par A par l’inversion iA,ρ de
pôle A et de rapport ρ2 est la sphère S 0 obtenue à partir de S par homothétie de centre A et
2
de rapport µSρ(A) .

Démonstration. — Notons iA,ρ (S) = iA,ρ ◦ iA,µS (A)1/2 (S) et le résultat découle du fait que
iA,ρ ◦ iA,ρ0 est l’homothétie de centre A et de rapport ( ρρ )2 .

Remarque : on notera bien que le centre de S 0 n’est pas l’image par l’inversion du centre de
S.

Proposition III.1.9. — Soit S une sphère passant par A et soit B le point de C


diamétralement opposé à A. L’image de S par l’inversion de pôle A et de rapport ρ2 ,
est l’hyperplan passant par l’image B 0 de B et perpendiculaire à (AB).
−−→ −−→ −−→ −−→
Démonstration. — Pour tout point M de S, on a AM .AB = AM .AM = AM 2 . Ainsi, on a
−−→0 −−→0 ρ2 −−→ ρ2 −−→
AM .AB = AM . AB = (AB 0 )2
AM 2 AB 2
d’où le résultat.

Corollaire III.1.10. — Théorème de Ptolémée


Étant donné un triangle ABC et P un point du plan, on a
[Link] ≥ [Link] + [Link]
avec égalité si et seulement si P appartient au cercle circonscrit à ABC.
III.2. PRÉSENTATION DE LA GÉOMÉTRIE INVERSIVE 65

Démonstration. — Soit donc ABC un triangle et P un point du cercle circonscrit à ABC


appartenant à l’arc délimité par A et B. Une inversion de centre P et de rapport k trans-
forme A, B, C en trois points A0 , B 0 , C 0 alignés dans cet ordre. D’après III.1.6, l’égalité
A0 C 0 = A0 B 0 + B 0 C 0 se traduit par [Link] + [Link] = [Link].

Pour P n’appartenant pas au cercle circonscrit à ABC, les points A0 , B 0 , C 0 appartiennent à


un cercle de sorte que l’inégalité triangulaire A0 C 0 ≤ A0 B 0 +B 0 C 0 est stricte et donc [Link] ≥
[Link] + [Link] .

Remarque : en utilisant l’involutivité des inversions, on en déduit alors le corollaire suivant.

Corollaire III.1.11. — L’image d’un hyperplan ne contenant pas A par une inversion de
pôle A est une sphère passant par A.

Remarque : d’après II.2.4, l’intersection d’une sphère S(Ω, R) de Rd avec un sous-espace affine
F de dimension r est la sphère de dimension r − 1 de F centrée au projeté orthogonal ω de
Ω sur F et de rayon r tel que R2 = Ωω 2 + r2 .

Définition III.1.12. — Étant donnée une sphère S de Rd , ses sphères de dimension r − 1


seront les intersections de S avec les sous-espaces affines de dimension r.

Corollaire III.1.13. — Soit S une sphère de l’espace affine Rd et A un point de S. L’image


d’une sphère de dimension r − 1 de S par une inversion iA de pôle A est une sphère de
dimension r − 1 de l’hyperplan H = iA (S).

Remarque : pour d = 2, une inversion s’exprime comme une anti-homographie involutive


et transforme les birapports en leur conjugué complexe. Comme quatre points sont alignés
ou cocycliques si et seulement si leur birapport est réel, on retrouve bien que les inversions
conservent les cercles droites du plan.

Démonstration. — Une telle sphère de dimension r est l’intersection de S avec un sous-espace


affine F de dimension r. D’après ce qui précède l’image de F par iA est une sphère Sr de
dimension r de sorte que l’image cherchée est l’intersection de Sr avec H et donc une sphère
de dimension r − 1 de H.

III.2. Présentation de la géométrie inversive


Le but de ce paragraphe est d’introduire la géométrie inversive et donc de décrire à la fois
l’espace et son groupe. Comme précédemment notre présentation n’est pas axiomatique mais
repose sur notre connaissance de l’algèbre linéaire et nous renvoyons au §?? pour une brève
présentation axiomatique.

III.2.1. La projection stéréographique de la sphère de Riemann. — Soit S 2 la


sphère unité, x2 + y 2 + z 2 = 1 de R3 appelée la sphère de Riemann.

Définition III.2.1. — La projection stéréographique est l’inversion de centre le pôle nord


et de rapport 2 de sorte que l’image de S est le plan de l’équateur.
66 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

Remarque : autrement dit, la droite qui joint le pôle Nord N (0, 0, 1) au point (u, v, 0) du plan
de l’équateur z = 0 recoupe S au point
2u 2v u2 + v 2 − 1
x= , y = , z = .
u2 + v 2 + 1 u2 + v 2 + 1 u2 + v 2 + 1
Inversement étant donné un point (x, y, z) de S distinct de N , la droite qui le joint à N coupe
le plan de l’équateur au point de coordonnées
x y
u= , v= .
1−z 1−z
On obtient ainsi une bijection du plan de l’équateur que l’on identifie avec C, avec la sphère
privée du pôle Nord. Ainsi via la projection stéréographique on peut voir la sphère de Riemann
S 2 comme Ĉ = C ∪ {∞} ; nous verrons au chapitre suivant qu’il s’agit de P1 (C). La topologie
sur S est alors celle de C à laquelle on rajoute les ouverts du type (C\K) ∪ {∞} où K est un
compact de C ; par définition la projection stéréographique est un homéomorphisme.

III.2.2. Le groupe circulaire. — Comme précédemment, les cercles de S 2 sont ses inter-
sections avec les plans et rappelons que d’après III.1.13, l’image d’un cercle par la projection
stéréographique est une droite ou un cercle selon que le cercle de S 2 passe ou ne passe pas
par le pôle nord N .
Définition III.2.2. — Le groupe circulaire est le sous-groupe G du groupe des permutations
de S 2 qui envoient tout cercle de S 2 sur un cercle de S 2 .
Remarque : une façon simple de décrire les bijections de S 2 est de d’identifier S 2 avec C {∞}
`
via la projection `
stéréographique, et` de décrire les permutations de S 2 comme des fonctions
complexes z ∈ C {∞} 7→ f (z) ∈ C {∞}.
Lemme III.2.3. — Via l’identification de S 2 avec C {∞} par la projection stéréographique,
`
toute bijection de S 2 qui stabilise le pôle nord d’image ∞, induit une similitude de C2 .
Démonstration. — Par hypothèse une telle bijection stabilise les cercles de S 2 passant par ∞
(resp. ne passant pas par ∞), i.e. les droites de C2 (resp. les cercles de C). D’après le théorème
fondamental de la géométrie affine, une telle bijection est donc affine et conserve les cercles :
c’est donc une similitude.
Exemples : 
z + b si z 6= ∞
— Translations de vecteur b ∈ C : z 7→ .
∞ si z = ∞
 iθ
e z si z 6= ∞
— Rotations d’angle θ par rapport à 0 : z 7→ .
 ∞ si z = ∞
az + b où |a| = 1 si z 6= ∞
— Isométries directes : z 7→ .
∞ si z = ∞

z̄ si z 6= ∞
— Symétrie par rapport à l’axe réel : z 7→ .
∞ si z = ∞

az̄ + b où |a| = 1 si z 6= ∞
— Isométries inverses : z 7→ .
∞ si z = ∞

kz si z 6= ∞
— Homothéties de centre O et de rapport k ∈ R× : z 7→ .
∞ si z = ∞
III.2. PRÉSENTATION DE LA GÉOMÉTRIE INVERSIVE 67


az + b si z 6= ∞
— Similitudes directes : z 7→ .
∞ si z = ∞

az̄ + b si z 6= ∞
— Similitudes inverses : z →
7 .
∞ si z = ∞
 k
 z−a si z 6= a, ∞
— Inversion de pôle a et de puissance k : z 7→ ∞ si z = a .
a si z = ∞

 az+b

 cz+d si c 6= 0 et z 6∈ {∞, −d/c}
 a/c si c 6= 0 et z = ∞


— Homographie : z 7→ ∞ sic 6= 0 et z = −d/c .
a b
z + si c = 0 et z 6
= ∞


 d d


∞ si c = 0 et z = ∞
— Anti-homographie : une homographie composée avec la symétrie par rapport à l’axe des
réels.
Théorème III.2.4. — Le groupe circulaire G est le groupe engendré par les similitudes et
les inversions. Plus précisément, un élément f de G est de la forme f = s ou f = s ◦ i, où s
est une similitude et i une inversion.
Démonstration. — Soit a tel que f (a) 6= ∞ et considérons une inversion i de pôle a ; on pose
−−−→
g = i ◦ t−1 ◦ f ◦ i où t est la translation de vecteur af (a). Il vient g(∞) = ∞ de sorte que g
induit une bijection h de C qui conserve :
— les droites et donc h est un élément du groupe affine ;
— les cercles et donc h est un similitude affine.
On a donc f = t ◦ i ◦ g ◦ i = t ◦ g ◦ j ◦ i où j est une inversion. Si i et j ont le même pôle que i
alors j ◦ i est une homothétie et sinon j ◦ i = σ ◦ i0 où σ est une isométrie et i0 une inversion.
On a donc obtenu le résultat.
Corollaire III.2.5. — Le groupe circulaire est la réunion des homographies et des anti-
homographies.
Proposition III.2.6. — L’application
 z 7→ az+b

 
a b cz+d
7→ −c/d 7→ ∞
c d
∞ 7→ a/c

induit un isomorphisme de groupe entre P GL2 (C) et sous-groupe du groupe circulaire réunion
des homographies.
Démonstration. —
En se rappelant que S 2 est plongé dans R3 et que celui-ci possède des inversions, on peut
introduire le sous-groupe suivant du groupe circulaire.
Définition III.2.7. — On note M ob le sous-groupe des transformations de R3 engendré par
— les inversions conservant globalement la sphère unité S 2 et
— les réflexions par rapport à des plans passant par O et donc conservant S 2 globalement.
Proposition III.2.8. — Le morphisme du groupe de Möbius vers le groupe circulaire qui à
un élément de M ob associe sa restriction à S 2 , est un isomorphisme.
68 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

III.3. Invariants conformes


Selon le principe général il s’agit de décrire les orbites sous l’action du groupe circulaire,
ou conforme, d’un uplet de points ou de cercles de S 2 .

III.3.1. L’invariant de Möbius. — On commence donc par regarder le cas d’un uplet
de points de S 2 . Notons que comme P GL2 (C), le groupe circulaire est une variété réelle de
dimension 6. On s’attend donc à ce que son action sur les triplets de points distincts de S 2
soit transitive.

Proposition III.3.1. — L’action du groupe circulaire est transitif sur les triplets de points
distincts de S 2 ; plus précisément l’action du sous-groupe des homographies est simplement
transitive.

Démonstration. — Quitte à appliquer une translation on peut se ramener au cas où les deux
triplets ont un point commun qui après inversion est le point ∞. On conclut alors en utilisant
que l’action du groupe semblable (resp. des similitudes directes) sur les couples de points
distincts de R2 est (resp. simplement) transitive.

Toujours pour des raisons de dimension, les orbites des quadruplets de points de S 2 sous
l’action du groupe circulaire devrait être paramétrées par R2 i.e. par un nombre complexe.

Définition III.3.2. — Pour a, b, c, d ∈ S 2 , tels que a, b, c sont distincts, d’après la propo-


sition précédente, il existe une unique homographie qui envoie (a, b, c) sur (∞, 0, 1) ; on note
alors [a, b, c, d] ∈ S 2 l’image de d par cette homographie ; [a, b, c, d] est appelé invariant de
Möbius des points a, b, c, d.

Par définition et simple transitivité des homographies sur les triplets de points distincts de
S 2 , on en déduit la proposition suivante.

Proposition III.3.3. — Les orbites du groupe de Möbius sur les quadruplets de points dis-
tincts de S 2 sont en bijection avec S 2 via l’invariant de Möbius.

Corollaire III.3.4. — Soient a, b, c, d quatre éléments de S 2 identifié avec`C {∞} via la


`
projection stéréographique, avec a, b, c distincts. Le birapport [a, b, c, d] ∈ C {∞} est donné
par la formule
(c − a)(d − b)
[a, b, c, d] =
(c − b)(d − a)
avec les conventions de calcul usuelles sur 0 et ∞, i.e.
z ∞
∀z, z + ∞ = ∞, z 6= 0, z.∞ = ∞, et pour z 6= ∞ z − ∞ = ∞, = 0, = ∞.
∞ z
Démonstration. — L’homographie h de S 2 sur S 2 qui amène a, b, c en ∞, 0, 1 admet a pour
pôle et b pour zéro. Elle est donc de la forme h(t) = k(t − b)/(t − a). Comme h(c) = 1, on a
nécessairement k = (c − a)/(c − b) d’où le résultat.

Remarque : on renvoie le lecteur au §IV.3.1 pour de plus amples développements sur le


birapport en notant que S 2 s’identifie avec P1 (C).
III.3. INVARIANTS CONFORMES 69

III.3.2. Invariant conforme de deux cercles de la sphère de Riemann. — Rappelons


que pour deux cercles C et C 0 , l’axe radical de C, C 0 est l’ensemble des points d’égale puissance
0 −−−→ −−→
par rapport à C et C 0 donné par l’équation OM 2 − O0 M 2 = R2 − R 2 soit 2.O0 M .O0 O =
0
R 2 − R2 + O0 O2 qui est donc la droite perpendiculaire à OO0 et passant par I ∈ (OO0 ) tel
0
R 2 −R2 +O0 O2
que O0 I = 2O0 M
.

Proposition III.3.5. — Soient C, C 0 deux cercles du plan affine euclidien, de rayon respectifs
0
|R2 +R 2 −d2 |
R, R0 et de centre O, O0 avec d = OO0 . La quantité c = 2RR0 est invariante par une
inversion de pôle P 6∈ C ∪ C 0 .
Démonstration. — Dans le cas où C et C 0 s’intersectent en un point P , dans le triangle OO0 P ,
0 0
on a OO 2 = P O2 + P O 2 − 2.P O.P O0 .cosOP \ O0 et donc l’invariant en question n’est autre
que que le cosinus de l’angle OP \ O0 qui est aussi celui entre les tangentes en P de C et C 0
lequel est conservé par inversion.
Dans le cas général, soit P n’appartenant ni à C ni à C 0 le pôle de l’inversion et µ son
rapport ; on note Γ et Γ0 les cercles images de C et C 0 , de centre ω, ω 0 et de rayon ρ, ρ0 . On
rappelle que Γ (resp. Γ0 ) est l’image de C (resp. C 0 ) par l’homothétie de centre P et de rapport
µ µ 0 0
s (resp. s0 ) où s (resp. s ) est la puissance de S par rapport à C (resp. C ) de sorte que la
2 2
puissance de P par rapport à Γ (resp. Γ0 ) est σ = µs (resp. σ 0 = µs0 ). Dans les triangles P OO0
et P ωω 0 , on écrit
0 02 0
d2 = P O2 + P O 2 − 2.P O.P O0 .cosOP
\ O0 , ωω = δ 2 = P ω 2 + P ω 2 − 2P ω.P ω 0 .cosωP
\ ω0
0 0
avec α = OP\ O0 = ωP \ ω 0 , de sorte qu’en utilisant s = P O2 − R2 et s0 = P O 2 − R 2 (resp.
0 0
σ = P ω 2 − ρ2 et σ 0 = P ω 2 − ρ 2 ), on obtient
0
d − R2 − R 2 = s + s0 − 2P O.P O0 cosα
 2
02 0
ωω − ρ2 − ρ 2 = σ + σ 0 − 2P ω.P ω 0 cosα
σ+σ 0 µ2 P ω.P ω 0
En utilisant les égalités s+s0 = ss0 = P O.P O0 , on obtient
02
R2 + R − d2 s + s0 − 2.P O.P O0 cosα ss0 RR0
0 = = =
ρ2 + ρ 2 − δ 2 σ + σ 0 − 2.P ω.P ω 0 .cosα µ2 ρρ0
ce qui donne le résultat.
Remarque : C et C 0 sont non sécants (resp. sécants, resp. tangents) si et seulement si c >
(resp. c < 1, resp. c = 1).
Définition III.3.6. — Soient deux cercles C0 et C00 de S ; l’invariant conforme c(C0 , C00 ) est
défini comme suit :
— si N n’appartient pas à C0 ∪ C00 , alors c’est l’invariant conforme de leurs images par la
projection stéréographique au sens de la proposition précédente ;
— sinon, pour A 6∈ C0 ∪ C00 , on considère un élément du groupe circulaire qui envoie A sur
N et on note C1 et C10 les cercles de S images de C0 et C00 ; on pose c(C0 , C00 ) comme
l’invariant conforme de C1 , C10 au sens du tiret précédent.
Remarque : comme le groupe circulaire est engendré par les inversions et les similitudes et
que celles-ci, conservent l’invariant conforme, on voit que la définition précédente ne dépend
pas des constructions.
70 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

Proposition III.3.7. — Soient C(O, R) et C 0 (O0 , R0 ) deux cercles non sécant ; les cercles
orthogonaux à C et C 0 sont ceux centrés sur l’axe radical et passant par les points L, L0 tels
0 0
que LI 2 = L0 I 2 = IO2 − R2 = IO 2 − R 2 .
0
Démonstration. — Soit C”(ω, ρ) un tel cercle de sorte que R2 + ρ2 = Oω 2 et R 2 + ρ2 = O0 ω 2
0
et donc Oω 2 − R2 = O0 ω 2 − R 2 = ρ2 et donc ω appartient à l’axe radical. Notons L, L0
l’intersection de C” ∩ (OO0 ) : LI 2 + Iω 2 = Lω 2 = ρ2 = Oω 2 − R2 et donc LI 2 = OI 2 − R2 et
0
de même L0 I 2 = O0 I 2 − R 2 avec LI = LI 0 .
Corollaire III.3.8. — Soient deux cercles C, C 0 non sécants ; il existe alors une inversion f
telle que f (C) et f (C 0 ) soient deux cercles concentriques.
Démonstration. — Soit f une inversion de pôle L et de puissance µ quelconque. Les images
f (C) et f (C 0 ) sont des cercles qui sont orthogonaux à tous les f (Σ) où Σ est un cercle quel-
conque centré sur l’axe radical de C, C 0 et passant par L. Or les f (Σ) sont des droites qui
passent donc par les centres de f (C) et f (C 0 ) lesquels sont donc dans l’intersection de tous les
f (Σ) et sont donc confondus.
Remarque : ainsi dans chaque orbite de l’action du groupe circulaire sur les couples de cercles
de S, il existe un couple de la forme suivante :
— les deux cercles ont le même centre A ;
2
— le rayon du premier cercle est égal à 1 et celui du deuxième R vérifie R2R+1 = c.

III.4. Géométrie sphérique


Rappelons que la géométrie euclidienne consiste à munir l’espace affine d’une métrique et
à n’en considérer que les transformations affines qui conservent cette métrique. Parallèlement
la géométrie sphérique est la géométrie inversive munie d’une métrique que nous allons définir
dans le paragraphe suivant.

III.4.1. Métrique. — On pourrait munir S 2 de la métrique induite par R3 mais alors


pour tout courbe de S 2 reliant M à N , la longueur de cette courbe serait toujours strictement
supérieure à la distance entre M et N , ce n’est pas vraiment ce que l’on attend d’une bonne
métrique au sens de la définition suivante.
Définition III.4.1. — Un espace métrique est dit intrinsèque s’il est connexe par arcs et si
d(x, y) = inf{longueur des courbes reliant x à y}.
La bonne solution est plutôt considérer la distance suivante.
Définition III.4.2. — On munit S 2 de la distance
−−−→ −−−→
M1 , M2 ∈ S 2 7→ d(M1 , M2 ) = arccos OM1 | OM2 .
Remarque : cette métrique est bien intrinsèque, le plus court chemin allant de M1 à M2 étant
alors le plus petit arc de grand cercle reliant M1 à M2 . La topologie induite sur S 2 est celle
induite par R3 avec sa métrique naturelle.
−→
Remarque : un vecteur unitaire → −x définit un point A ∈ S 2 via la formule →

x = OA ; on notera
− → −−

alors d(→
−x,→−
y ) la distance d(A, B) pour A, B ∈ S 2 tels que → −
x = OA et → −
y = OB.
III.4. GÉOMÉTRIE SPHÉRIQUE 71

III.4.2. Aire d’un triangle sphérique. — Pour M ∈ S 2 , le plan tangent à S 2 en M est


−−→
muni de sa structure euclidienne et orienté à l’aide de OM , i.e. (→−
x,→

y ) en forme une base

− →
− −−→ 3
directe si et seulement si ( x , y , OM ) est une base directe de R .
La mesure de Lebesgue des plans tangents permet de définir un volume infinitésimal et
donc une aire pour les parties mesurables de S 2 .
Définition III.4.3. — On appelle fuseau d’angle α de S 2 , la partie de S 2 comprise entre
deux demi-grands cercles de mêmes extrémités ±M et dont les vecteurs normaux aux plans
les définissants font un angle α.
Proposition III.4.4. — L’aire d’un fuseau d’angle α est égale à 2α.
Démonstration. — Prenons des coordonnées de sorte que ±M soient les pôles de sorte que
l’aire cherchée est égale à
Z α Z π/2 Z α
cosθdφdθ = 2dφ = 2.
0 −π/2 0

Remarque : le vecteur tangent à une courbe de S 2 est un vecteur du plan tangent à S 2 en M .


En particulier l’angle α d’un fuseau est l’angle entre les vecteurs tangents aux grands cercles.
Définitions III.4.5. — — Un triangle de S 2 est un triplet (A, B, C) de points de S 2 tels
que les vecteurs

− −→ − −−→ − −−→
x = OA, → y = OB, → z = OC,
sont linéairement indépendants.
— Ses cotés sont les morceaux de grand cercle qui relient les points entre eux ; leur longueurs
sont définies par d(→
−x,→−
y ).
— Les angles aux sommets sont définis par l’angle entre les vecteurs tangents dans le plan
tangent euclidien à S en A : α = d(− →, −
x → −
→ −

y xz ) où xy (resp. xz ) est le deuxième vecteur
fourni après →−
x par l’orthonormalisation de Schmidt appliqué à {→ −
x,→− →= −
y }, i.e. −
x

λ
y −

|| λ ||


avec λ = →−y − (x | y).→

x (cela correspond aussi à l’angle dièdre formé par les plans
correspondants).

Proposition III.4.6. — Formule de Girard L’aire d’un triangle sphérique est égale à
α + β + γ − π.
Démonstration. — Soit D la demi-sphère délimitée par le grand cercle y, z et contenant x
dans son intérieur. A des ensembles de mesure nulle près, D admet la partition en quatre
ensembles T, A, B, C où T est le triangle considéré, T ∪ B (resp. T ∪ C) est un fuseau d’angle
β (resp. γ) tandis que T ∪ A a même aire que A ∪ (−T ) qui est un fuseau d’angle α ce qui
donne
2π = A(D) = A(T ) + A(A) + A(B) + A(C) = A(T ) + 2α − A(T ) + 2β − A(T ) + 2γ − A(T )
ce qui donne le résultat.
CorollaireP III.4.7. — L’aire d’un polygone sphérique convexe à n sommets et d’angles αi
est égale à ni=1 αi − (n − 2)π.
72 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

x_y

c
y

x_z

x b

Démonstration. — Le résultat découle directement de la proposition précédente en triangu-


lant le polygone.
Remarque : le calcul de l’aire d’un triangle sphérique est un cas particulier de la formule
générale de Gauss-Bonnet, valable pour toute variété riemannienne de dimension 2R et qui dit
que, pour un triangle T dont les côtés sont des géodésiques alors α + β + γ − π = T Kdσ où
K désigne la courbure de la variété et dσ sa mesure canonique. Dans le cas de la sphère la
courbure est constante égale à 1 et pour le plan euclidien, elle est nulle.
Remarque importante : la somme des angles d’un triangle sphérique  non plat  est
toujours > π.

III.4.3. Le groupe de la géométrie sphérique. — Selon le processus désormais habituel,


pour définir la géométrie sphérique il nous reste à caractériser son groupe des transformations.
Proposition III.4.8. — Le sous-groupe Is(S 2 ) des transformations de S 2 qui préservent sa
métrique est isomorphe à O(3, R).
Remarque : l’isomorphisme de l’énoncé ci-dessus consiste à restreindre à S 2 une isométrie de
R3 .
Démonstration. — Soit f ∈ Is(S) ; comme d(A, B) = 2 caractérise les points diamétralement
opposés, on en déduit que pour tout x ∈ S, on a f (−A) = −f (A) ce qui permet de prolonger
f à l’espace affine R3 pointé en O :
−→ A
f˜(A) = ||OA||f ( −→ , et f˜(O) = O.
||OA||
Ce prolongement conserve alors les distances et donc appartient à O(3, R). On conclut alors
en notant que l’application f 7→ f˜ est injective et que réciproquement tout fˆ restreint à S
induit un élément f de Is(S) tel que f˜ = fˆ.
Corollaire III.4.9. — 2-transitivité
Quels que soient A, B, A0 , B 0 ∈ S tels que d(A, B) = d(A0 , B 0 ), il existe f ∈ Is(S) tel que
f (A) = A0 et f (B) = B 0 .
III.5. TRIGONOMÉTRIE SPHÉRIQUE 73

Démonstration. — Le cas d(A, B) = 0 ou 2 étant évidents, supposons 0 < d(A, B) < 1 de


−→ − −−→
sorte que les vecteurs →

x = OA et → y = OB sont indépendants. Pour →

z =→ −
x ∧→−y , on définit

− →
− →
−0 →
− →
− 0 →
− →
−0 →

f en envoyant x sur x , y sur y et z sur z , de sorte que f est une isométrie de R3 .

Remarque : on peut montrer, cf. [?] 18.5.8, que d est caractérisée par O(3, R).

III.5. Trigonométrie sphérique


D’après le corollaire précédent, l’invariant associé à un couple de points sous l’action du
groupe sphérique est simplement la longueur du  segment  de S 2 qu’ils définissent. Pour
un triplet de points nous avons déjà défini 6 invariants, les 6 angles du triangle sphérique.
Le groupe de la géométrie étant de dimension 3, on cherche donc 3 relations indépendantes
entre ces données, ce qui devrait nous permettre de choisir 3 angles parmi ces 6 qui définissent
uniquement la classe d’équivalence des triangles sphériques : c’est le pendant sphérique des
cas d’isométries des triangles euclidiens.

III.5.1. Formule fondamentale de la trigonométrie sphérique. — A l’aide des pro-


duits scalaires et vectoriels, les 6 angles d’un triangle sphérique ABC s’expriment comme
suit.

Lemme III.5.1. — Avec les notations de la définition III.4.5, on a


 →

y |→−
 cosa =< →

− →
z >;

cosb =< z | x >;



cosc =< →−x |→−

y >;

 cosα =< → −
x ∧→ −
y |→
−x ∧→ −
z >;


 →
− →
− →

cosβ =< y ∧ z | y ∧ x >; →

cosγ =< → −
z ∧→ −
x |→
−z ∧→ −


y >.

Démonstration. — Les trois premières égalités sont une simple réécriture de la définition de
a, b, c. Le vecteur →

x ∧→−
y (resp. →−
x ∧→ −z ) est un vecteur du plan tangent à S au point A et
−→ −

directement orthogonal à xy (resp. xz ) de sorte que l’angle entre ces deux vecteurs est égal à
α. Les cas de β et γ se traitent de même.

Théorème III.5.2. — Pour tout triangle sphérique on a :



 cosa = cosb cosc + sinb sinc cosα
cosb = cosc cosa + sinc sina cosβ
cosc = cosa cosb + sina sinb cosγ

Démonstration. — On a → −
y = cosc.→

x +sinc.−
→ et →
x y

z = cosb.→ −
x +sinb.−
→ avec (−
x z
→|−
x →
y xz ) = cosα.
En utilisant que (→
−x,−→) = (→
x y
−x,−
→) = 0 on obtient par définition de a :
x z

cosa = (→−
y |→−z ) = cosc.→

x + sinc−
→ | cosb.→
x y

x + sinb.−
→ = [Link] + [Link]α.
x z

Les autres relations s’obtiennent de la même façon ou en faisant tourner les lettres.

Remarque : on peut ainsi calculer α, β, γ à partir de a, b, c.


74 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

Corollaire III.5.3. — Inégalités triangulaires


Pour tout triangle sphérique on a
|b − c| < a < b + c et a + b + c < 2π.
Réciproquement si trois réels a, b, c vérifient les inégalités précédentes, il existe alors un tri-
angle de côtés égaux à a, b, c.
Démonstration. — D’après la formule fondamentale de la trigonométrie sphérique, en utili-
sant que |cosα| < 1, on a donc
cosa − [Link]
<1
[Link]
ce qui équivaut à cos(b + c) < cosa < cos(b − c) et comme 0 < a, b, c < π ceci entraı̂ne
a < b + c < 2π − a. Ainsi on obtient a + b + c < 2π puis b < c + a et c < a + b par permutation
d’où |b − c| < a. Réciproquement si a, b, c vérifient les deux conditions de l’énoncé alors
cosa−[Link]
[Link] < 1 d’où l’existence de 0 < α < π tel que cosa = cosbcosc + sinbsinccosα. On
prend alors x ∈ S quelconque puis deux vecteurs unitaires dans le plan tangent à S formant
un angle α de sorte qu’avec y, z sur les grands cercles correspondant à distance respective de
b et c, on a bien d(y, z) = a, d’où le résultat.

III.5.2. Triangle polaire. — Pour A, B, C un triangle sphérique ; on note comme


−→ − −−→ − −−→
précédemment →−
x = OA, → y = OB, → z = OC.
On se fixe une orientation de l’espace ce qui permet alors de définir le produit vectoriel


u ∧→ −v de deux vecteurs de R3 .
Définition III.5.4. — Soit A∗ , B ∗ , C ∗ les points de S définis par
−−→ − → −−→ − → −−→ − →
sina OA∗ = →
y ∧−z , sinb OB ∗ = → z ∧− x , sinc OC ∗ = →
x ∧−
y.

→ −−→ → − −−→ → − −−→
Remarque : on note x∗ = OA∗ , y ∗ = OB ∗ , z ∗ = OC ∗ .
Définition III.5.5. — On pose s(ABC) = 1 (resp. s(ABC) = −1) si (→ −
x,→

y ,→

z ) est direct
(resp. indirect).
Lemme III.5.6. — Avec les notations précédentes, on a

→ →
− →

(x∗ )∗ = s→

x , (y ∗ )∗ = s→−y , (z ∗ )∗ = s→

z.
Démonstration. — D’après la formule du produit, on a

− → −
sinb sinc y ∗ ∧ z ∗ = → −
y ∧→ −x ∧ → −x ∧→−
   
y
= (→ −
y ∧→ −x ).→

y → −x − (→−z ∧→

x ).→

x → −
   
y

− →
− →
− →

= det( x , y , z ) x .


Ainsi comme sinb sinc est positif, (x∗ )∗ est dans la direction de →

x si s = 1 et sinon dans la
direction opposée, d’où le résultat.
Proposition III.5.7. — On a les relations suivantes entre les 6 angles d’un triangle et ceux
de son triangle polaire :
 a + α∗ = α + a∗ = π

b + β ∗ = β + b∗ = π
c + γ ∗ = γ + c∗ = π

III.5. TRIGONOMÉTRIE SPHÉRIQUE 75

Démonstration. — L’orientation de l’espace et le vecteur →−


x fournissent une orientation du

−∗ →
−∗
plan tangent à S en A ; ainsi z (resp. y ) est un vecteur directement (resp. indirectement)
orthogonal à −
→ (resp. −
x y
→). On en déduit donc que
x z


− → −
cosa∗ = (y ∗ | z ∗ )
= −(− →|−
x →
z xy )
= −cosα

et donc a∗ + α = π. Par permutation circulaire on obtient aussi b∗ + β = π et c∗ + γ = π.


Enfin d’après le lemme III.5.6, on a (a∗ )∗ = a, (b∗ )∗ = b, (c∗ )∗ = c et de même pour les angles
α, β, γ, on en déduit que a + α∗ = b + β ∗ = c + γ ∗ = π.

Les inégalités triangulaires sur le triangle polaire fournissent alors le résultat suivant.

Corollaire III.5.8. — Pour tout triangle sphérique, on a les inégalités

α + β + γ > π, α + π > β + γ, β + π > γ + α, γ + π > α + β.

Corollaire III.5.9. — Pour tout triplet d’angle α, β, γ vérifiant les conditions du corollaire
précédent, il existe un triangle dont les angles aux sommets sont α, β, γ.

Corollaire III.5.10. — Loi des cosinus


Soit ABC un triangle sphérique ; avec les notations précédentes on a

 cosα = −cosβ cosγ + sinβ sinγ cosa
cosβ = −cosγ cosα + sinγ sinα cosb
cosγ = −cosα cosβ + sinα sinβ cosc

III.5.3. Loi des sinus. —

Proposition III.5.11. — Étant donné un triangle de côtés de longueur a, b, c et d’angle α,


β et γ, on a la relation :

sina sinb sinc det(→



x,→ −
y ,→ −
z)
= = =s −
→ →
− →
− .
sinα sinβ sinγ det(x∗ , y ∗ , z ∗ )

Démonstration. — Comme le terme le plus à droite des égalités de l’énoncé est invariant par


x ,−

y ,−

permutations circulaires il suffit de montrer que s det(−
→∗ −

z)
∗ −
→∗
sina
= sinα . Pour cela on calcule
det(x ,y ,z )


→ → − → − −
→ → − → −
det(x∗ , y ∗ , z ∗ ) = x∗ . y ∗ ∧ z ∗
−
→∧− → ∗→


= ysina z
. sina
s x

→ − → − →
sina∗ x .( y ∧ z )
= sina s −

→ →− →
sina∗ det( x , y , z )
= sina s

et on conclut en utilisant III.5.7.


76 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

III.5.4. Formulaire de trigonométrie sphérique. — On pose


 p = a+b+c p∗ = α+β+γ

2 2
δ = 1
| det(→
−x , →

y , →

z )| δ ∗ = 1 | det(−
→ → − → −
x∗ , y ∗ , z ∗ )|
2 2
σ = α + β + γ − π = 2p∗ − π

On a alors
δ 2 = sinp sin(p − a) sin(p − b) sin(p − c)


δ ∗ = sinp∗ sin(p∗ − α)sin(p∗ − β)sin(p∗ − γ)





tan2 σ4 = tan p2 tan p−a tan p−b
2 tan 2
p−c



 2
 sina sinb sinc δ
sinα = sinβ = sinγ = δ ∗






 2δ = sinb sinc sinα
2δ ∗ = sinβsinγsina

sin b−c
tan β−γ α
2 = cot 2 sin b+c
2




 2
cos b−c

tan β+γ
 α
2 = cot 2 cos b+c
2




 2
cosα = cosa−cosb cosc




 sinb sinc
sin(p−b) sin(p−c)
tan2 α2 = sinpsin(p−a)


Remarque : le lecteur pourra faire tourner les lettres ou considérer le triangle polaire pour
trouver d’autres relations.

III.5.5. Cas d’égalité des triangles. — Soient deux triangles sphériques sur S dont on
note A, B, C et A0 , B 0 , C 0 les sommets et (a, b, c, α, β, γ) et (a0 , b0 , c0 , α0 , β 0 , γ 0 ) les six angles
associés comme ci-avant.
Définition III.5.12. — On dit que les triangles A, B, C et A0 , B 0 , C 0 sont isométriques s’il
existe une rotation de l’espace r ∈ O(3, R) telle que r(A) = A0 , r(B) = B 0 et r(C) = C 0 .
Proposition III.5.13. — Les triangles sphériques A, B, C et (A0 , B 0 , C 0 ) sont isométriques
si et seulement si l’une des propriétés équivalentes suivantes est vérifiée :
(i) a = a0 , β = β 0 et γ = γ 0 ;
(ii) b = b0 , c = c0 et α = α0 ;
(iii) a = a0 , b = b0 et c = c0 ;
(iv) α = α0 , β = β 0 et γ = γ 0 .
Démonstration. — Bien entendu si les triangles sont isométriques alors ces quatre propriétés
sont vérifiées. En raisonnant sur les triangles polaires (i) et (ii) sont équivalentes ainsi que (iii)
et (iv). Il suffit donc de montrer que si (ii) est vérifiée alors les triangles sont isométriques.
On définit une isométrie f par les conditions suivantes :


— f (→−x ) = x0 ;
— f (−→=−
x

x0y ;
y

— f (−→=−
x

x0z .
z
Remarque : on utilise ici que les produits scalaires < → −
x |−
→ >, < →
x y

x |−→ > et < −
x z
→ |−
x → > sont
x y z
égaux à leur version primée : c’est évident pour les deux premiers qui sont nuls et pour le


troisième on utilise l’hypothèse α = α0 . Alors comme c = c0 , on en déduit que f (→

y ) = y 0 et


comme b = b0 , on a aussi f (→−
z ) = z 0 d’où le résultat.
III.5. TRIGONOMÉTRIE SPHÉRIQUE 77

III.5.6. Problèmes de navigation et triangulation. — Un navigateur est confronté


au problème de géométrie sphérique suivant : connaissant sa position A(θ, φ) sur la surface
du globe en termes de latitude θ repéré par rapport à l’équateur et longitude φ repéré par
le méridien de Greenwich, et souhaitant se rendre en un point B(θ0 , φ0 ) repéré de même en
termes de latitude et longitude, voudrait connaı̂tre le cap à suivre. Pour ce faire introduisons
le pôle nord N et considérons le triangle sphérique ABN . Les coordonnées de A et B donnent
les distances d(A, N ) et d(B, N ) respectivement égal à ( π2 − θ)R et ( π2 − θ0 )R où R est le rayon
\ est égal à φ − φ0 de
de la Terre à peu près égal à 6373 kilomètres. Par ailleurs l’angle ABN
sorte que l’analogue de la formule d’Al-Kashi
cosa = cosb cosc + sinb sinc cosα
sinN AB
\ \AN B
permet de calculer la distance AB. La loi des sinus sind(N,B) = sind(A,B) donne donc l’angle
N
\ AB, i.e. le cap à suivre.
Remarque : malheureusement l’utilisation des radians est peu usité dans l’univers de la navi-
gation où on utilise plutôt les degrés et les secondes : π étant égal à 180 degré et 60 secondes
égalent 1 degré. Ainsi 30◦ N (resp. 30◦ S) signifie θ = π6 (resp. θ = − π6 ) ; de même 30◦ W (resp.
30◦ E) correspond à φ = − π6 (resp. φ = π6 ).
Exemple : navigation de New Orleans à New York : dont les coordonnées respectives sont 30◦ N
(resp. 41◦ N ) de latitude et 90◦ W (resp. 74◦ W ) de longitude. On forme un triangle sphérique
en y ajoutant le pôle nord. On note A pour le point de la sphère unité correspondant à
New Orleans, B pour New York et C pour le pôle nord. Avec les notations des paragraphes
précédents, on a alors a = 90 − 41 = 49◦ , b = 90 − 30 = 60◦ et γ = 90◦ − 74◦ = 16◦ . D’après
la formule fondamentale de la trigonométrie sphérique, on a alors
cosc = cos49◦ cos60◦ + sin49◦ sin60◦ cos16◦ ≈ 0.95631
et donc a ≈ 17◦ ce qui en multipliant par le rayon terrestre donne 1891 kilomètres.
En ce qui concerne l’angle α, on a
cos49◦ − cos17◦ cos60◦
cosα = ≈ 0.70266
sin17◦ sin60◦
ce qui donne α ≈ 45.359◦ = 45◦ 220 direction que les navigateurs notent sous la forme
N 45◦ 220 E.

La triangulation consiste étant donné deux récepteurs repérant un émetteur, savoir po-
sitionner ce dernier. Concrètement pour A et B les positions des récepteurs et C celle de
l’émetteur, sont connus d(A, B) et les angles α, β en A et B du triangle ABC. La loi des
cosinus
−cosγ = cosα cosβ − sinα sinβ cosc
donne alors le troisième angle γ. La loi des sinus
sinγ sinα
=
sinc sina
donne alors la distance d(B, C) = a et donc la position de C. Si on veut connaı̂tre les
latitudes et longitudes de C, on peut introduire le pôle nord et le triangle sphérique BCN .
De la connaissance de d(B, C), d(B, N ) et de l’angle en B, l’analogue d’Al-Kashi donne
d(B, N ) ; puis la loi des sinus donne l’angle en N et donc la longitude de C. Pour déterminer
78 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

la latitude, on introduit le point M sur l’équateur et de même longitude que C ; la distance


d(M, C) détermine alors la latitude.
Exemple : des récepteurs radio à Boston (B lat : 42◦ 210 N , long. 71◦ 040 W ) et Norfolk (N :
lat. 36◦ 500 N , long. 76◦ 180 W ) détectent un signal d’un bateau ennemi venant des directions
S83◦ 150 E de Boston et N 73◦ 300 E de Norfolk.
On calcule comme précédemment dans le triangle BP N , où ici P désigne le pôle nord :
on note n, b, p les distances respectives d(B, P ), d(P, N ) et d(B, N ) et n̂, b̂, p̂ les angles aux
sommets. On a alors n = 47◦ 390 = 47, 65◦ = 0, 83 radians, b = 53◦ 100 = 53, 17◦ = 0, 927
radians et p̂ = 5◦ 140 = 5, 23◦ = 0, 091 radians. De la formule
cosp = cosbcosn + sinbsinncosp̂
on tire cosp = 0, 9916 soit p = 7◦ 260 = 7, 43◦ = 0, 13 radians. On calcule enfin
cosb − cospcosn
cosb̂ =
sinbsinn
ce qui donne b̂ = S47◦ 150 E. De même on calcule N̂ = N 142◦ 500 W .
On considère alors le triangle BXN , où X est la position à déterminer, dont on note
b, n, x, b̂, x̂, n̂ les 6 angles (on oublie les notations précédentes). On a x = 0, 13 radians, b̂ =
36◦ = 0.628 radians et n̂ = 69◦ 200 = 1, 21 radians. De la formule
cosx̂ = −cosb̂cosn̂ + sinb̂sinn̂cosx
on tire x̂ = 105◦ = 1, 83 radians. On calcule enfin
cosn̂ + cosb̂cosx̂
cosn =
sinb̂sinx̂
ce qui donne n = 75◦ 80 = 1.31 radians soit 8348 kilomètres.

III.6. Cartographie
On paramètre la sphère via deux angles (θ, φ) respectivement appelés latitude et longitude ;
on étudie alors les applications f : (φ, θ) ∈ S 7→ (x, y) ∈ R2 . Selon la situation, on s’intéresse
plus particulièrement aux applications f :
— équivalentes, i.e. qui conservent les surfaces ; c’est utilisé en particulier pour le cadastre.
Cela revient à demander que
∂x ∂y ∂x ∂y
− = cosθ.
∂φ ∂θ ∂θ ∂φ
En effet, l’aire d’un élément infinitésimal sur la sphère est cosθ dθdφ et, sur R2 ,
∂x ∂y
∂φ ∂φ dφdθ ;
∂x ∂y
∂θ ∂θ
— conformes, i.e. qui conservent les angles ; ces cartes sont utilisées par les marins afin de
déterminer le cap. Cela revient à demander que
( ∂x ∂x ∂y ∂y
∂φ ∂θ + ∂φ ∂θ = 0  
∂x 2 ∂y 2 2θ ∂x 2 ∂y 2
 
∂φ + ∂φ = cos ∂θ + ∂θ ·
En effet, l’application f est conforme si, et seulement si, l’image du rectangle dφ(cosθdθ)
est un rectangle semblable, i.e. le rapport des longueurs des côtés est égal à cosθ ;
III.6. CARTOGRAPHIE 79

— équidistantes, i.e. qui conservent les distances, sur les méridiens, ce qui revient à de-
mander que
∂x 2 ∂y 2
+ = 1.
∂θ ∂θ
III.6.1. Impossibilité des cartes isométriques. — Le lecteur peut légitimement se de-
mander pourquoi, dans le paragraphe précédent, on se limite aux cartes équidistantes le long
des méridiens. Une réponse est donnée par la proposition suivante.

Proposition III.6.1. — Si U est un ouvert quelconque de S, il n’existe pas d’application


f : U → R2 qui soit isométrique.

Démonstration. — Soit, dans U , un triangle sphérique équilatéral, et soit t l’intersection


des médiatrices (ce sont des grand-cercles), de sorte que r = d(x, t) = d(y, t) = d(z, t) et
a = d(x, y) = d(x, z) = d(y, z). Soit m le milieu de yz : le triangle sphérique mty est rectangle
en m et, par symétrie, l’angle en t de ytm est π3 . La loi des sinus donne alors
sin a2

sinr
= ,
sin π2 sin π3
 √
et donc sin a2 = 23 sinr. En prenant 0 < r < π/2 et en utilisant la stricte décroissance de sinx x
sinr
sur ]0, π/2[, on en déduit que sin(a/2) < sinr, et donc 0 < a/2 < r ; avec sin(a/2) = √23 < 2r/a,

on obtient a < 3r. Raisonnons alors par l’absurde : soient x0 , y 0 , z 0 , t0 les images respectives
0 0
de x, y, z, t, de sorte que t0 est le centre du triangle équilatéral x0 y 0 z 0 , avec yt 0xz 0 = √13 , d’où la
contradiction.

III.6.2. Projections cylindriques. — On considère un cylindre tangent à l’équateur,


sur lequel on projette la sphère ; on déroule alors le cylindre pour obtenir une carte.
Mathématiquement, les projections considérées sont de la forme

(θ, φ) ∈ S 7→ φ, f (θ) ∈ [0, 2π] × R.
— Projection cylindrique perspective : l’image d’un point M de la sphère est l’intersection
du cylindre tangent à l’équateur avec la droite OM , soit f (θ) = tan θ. Elle n’est ni
conforme ni équivalente et n’est jamais utilisée dans la pratique (les pôles sont envoyés
à l’infini !).
2
— Projection cylindrique équidistante : la condition est f 0 (θ) = 1, ce qui donne f (θ) =
θ ; on l’appelle la projection des cartes plates carrées.
— Projection cylindrique équivalente : la condition est f 0 (θ) = cosθ, soit f (θ) = sinθ ;
concrètement, on projette orthogonalement la sphère sur le cylindre : cette projection
s’appelle aussi la projection cylindrique de Lambert.
— Projection
 cylindrique
 conforme : la condition est f 0 (θ) = 1/cosθ, soit f (θ) =
ln tan 2θ + π4 ; c’est la fameuse projection de Mercator.


III.6.3. Projections azimutales. — Il s’agit de projeter la sphère sur le plan tangent


à son Pôle nord selon la coutume héritée de l’histoire ; mathématiquement, on considère les
applications
 (φ, θ) ∈ S 7→ ρ(θ)eiφ ∈ R2 , point que l’on note avec ses coordonnées polaires
φ, ρ(θ) .
80 CHAPITRE III. GÉOMÉTRIE INVERSIVE ET SPHÉRIQUE

— Projection gnomonique : on considère l’intersection du plan avec la droite passant par


O, soit ρ(θ) = tan( π2 − θ). Elle ne peut représenter qu’un hémisphère, elle déforme
beaucoup, mais l’image des grand-cercles sont des droites, et réciproquement, ce qui est
particulièrement pratique pour trouver le plus court chemin, par exemple dans l’avia-
tion.
— Projection orthographique : on projette la sphère orthogonalement sur le plan, soit
ρ(θ) = sin( π2 − θ) ; en particulier, les parallèles ne sont pas déformés. C’est la vision qu’a
de la Terre un extra-terrestre approchant du Pôle.
— Projection azimutale équidistante : on trouve ρ(θ) = π2 − θ.
— Projection azimutale équivalente : la condition est ρ( π2 − θ)ρ0 ( π2 − θ) = sin( π2 − θ), ce
qui donne r
π π
ρ( − θ) = 2 − 2cos( − θ).
2 2
Celle-ci est appelée projection azimutale de Lambert et s’obtient par report de la lon-
gueur de la corde joignant le point au pôle.
— Projection azimutale conforme : la première condition donne
π π π
ρ( − θ)2 = sin2 ( − θ) × ρ0 ( − θ)2 ,
2 2 2
π π θ
et donc ρ( 2 − θ) = 2 tan( 4 − 2 ). Il s’agit de la projection stéréographique, c’est-à-dire
de l’intersection avec le plan de la droite passant par le pôle sud.
CHAPITRE IV

GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Introduction
Comme précédemment notre présentation de la géométrie projective passera par l’utili-
sation de l’algèbre linéaire sur le corps des nombres réels ou un autre. Cette approche plus
récente possède plusieurs avantages :
— elle permet de relier la géométrie affine, euclidienne ou non directement à la géométrie
projective ;
— elle met en son coeur les nombres ;
— elle permet d’introduire rapidement les transformations de la géométrie au sens du
programme d’Erlangen.
L’idée essentielle développée par Klein, c’est que toutes les géométries peuvent être obte-
nues à partir de la géométrie projective et d’une donnée supplémentaire. Le cas le plus simple
est celui de la géométrie affine : le plan affine s’obtient à partir du plan projectif en regardant
le complémentaire d’une droite projective. La structure euclidienne s’obtient ensuite en se
donnant une forme quadratique définie positive, ou encore en se donnant deux points imagi-
naires à l’infini : les fameux points cycliques. On obtient aussi à partir du plan projectif P(E),
les géométries non euclidiennes en se donnant une forme quadratique q non dégénérée sur E :
pour q définie positive on obtient la géométrie elliptique, et sinon la géométrie hyperbolique.

Approche axiomatique du plan projectif : on appelle plan projectif la donnée d’un ensemble
P d’éléments appelé points et une famille non-vide de parties distinctes de P et non vides,
appelées droites. On suppose vérifiés les axiomes suivants dits d’incidence :
— par deux points distincts de P passe une droite et une seule ;
— deux droites distinctes ont exactement un point commun ;
— il existe trois points non alignés ;
— toute droite contient au moins trois points.
Le plan est dit arguésien si le théorème de Desargues y est vérifié (c’est un axiome que l’on
peut rajouter). On montre alors qu’un plan arguésien est isomorphe à P2 (K) où K est un
corps lequel sera commutatif si et seulement si le théorème de Pappus est vérifié (c’est donc
un axiome que l’on peut encore ajouter). Si on veut que le corps K soit le corps des nombres
réels, on reprend les axiomes d’ordre présentés dans le cadre de la géométrie euclidienne.
82 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

IV.1. Généralités
IV.1.1. Espaces et sous-espaces projectifs. —

Définition IV.1.1. — Étant donné un espace vectoriel E, on appelle espace projectif associé
à E et on note P(E), le quotient E − {0} par la relation d’équivalence de proportionnalité.
La dimension de P(E) est dim E − 1.

Remarque : autrement dit P(E) est l’ensemble des droites vectorielles de E.

Notation IV.1.2. — On note p la projection E − {0}  P(E).

Définition IV.1.3. — On appelle sous-espace projective (sep) de P(E), l’image par p d’un
sous-espace vectoriel V de E.

Remarque : on devrait dire p(V − {0}) mais on écrira p(V ).


Remarque : une droite (resp. un plan) projective de P(E) est un sep de dimension 1 (resp.
2). Des points de P(E) sont ainsi dits alignés (resp. coplanaires) s’il existe une droite (resp.
un plan) projective les contenant.

Proposition IV.1.4. — Soit P(E) un espace projectif de dimension n ≥ 2. On a les pro-


priétés suivantes :
— par deux points distincts a, b passe une droite projective et une seule que l’on note (ab) ;
— par trois points a, b, c non alignés passe un plan et un seul que l’on note (abc).

Démonstration. — Notons ã et b̃ deux vecteurs de E relevant a et b. Comme a 6= b, les


vecteurs ã et b̃ sont non colinéaires et déterminent donc un unique plan vectoriel dont l’image
par p détermine l’unique droite projective contenant a et b. Le raisonnement est analogue
dans le cas de 3 points.

Proposition IV.1.5. — Soit A une partie quelconque de P(E). L’ensemble des sep conte-
nant A possède un plus petit élément relativement à l’inclusion que l’on note < A > et que
l’on appelle le sep engendré par A.

Démonstration. — Comme d’habitude, il suffit de remarquer qu’une intersection quelconque


de sep est un sep, éventuellement vide, de sorte que < A > est l’intersection de tous les sep
contenant A.
Remarque : < A > est aussi l’image par p du sous-espace vectoriel de E engendré par p−1 (A).

Proposition IV.1.6. — Si L et L0 sont deux vlp de P(E), on a la formule des dimensions :


dim L + dim L0 = dim(L ∩ L0 ) + dim v(L ∪ L0 ).

Démonstration. — C’est une simple traduction de la formule de Grassman pour les espaces
vectoriels.

Corollaire IV.1.7. — Si dim L + dim L0 ≥ dim P(E) alors L ∩ L0 est non vide.

Remarque : on retrouve ainsi que dans le plan projectif toutes les droites s’intersectent, donc
pas de droites parallèles. On peut dire en quelque sorte que la géométrie projective correspond
au cas  générique  de la géométrie affine, le cas où il n’y a pas de parallèles.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 83

IV.1.2. Repères projectifs. — Tout comme en géométrie vectorielle, les calculs relative-
ment aux sep reposent sur les équations des hyperplans projectifs :
Définition IV.1.8. — Soit H un hyperplan vectoriel de E défini comme noyau d’une forme
linéaire f ∈ E ∗ ; on dit que f est une équation de l’hyperplan projectif p(H), laquelle est
définie à un scalaire multiplicatif près.
Remarque : un point a ∈ P(E) appartien à p(H) si et seulement si f (ã) = 0 pour un
représentant quelconque ã ∈ E de a. La mise en place de calculs explicites nécessitera alors
le choix d’un repère projectif .
Avant de donner la définition formelle d’un repère projectif, essayons d’en donner une
justification vectorielle. Soit (e0 , e1 , · · · , en ) une base de E ; si A est un point de P(E), il
lui correspond une droite de E et donc un système de coordonnées homogènes de la forme
{λ(x0 , · · · , xn ) : λ ∈ K × }. Pour décrire cette donnée purement intrinsèquement en termes
de P(E) il suffit de se donner :
— des points P0 , · · · , Pn de P(E) qui sont les images des éléments d’une base de E ;
— un point Pn+1 de coordonnées homogènes (1, · · · , 1).
La donnée des points P0 , · · · , Pn détermine les droitesP Kei et donc la base cherchée est
de la forme (a0 e0 , · · · , an en ). Le point Pn+1 associé à ni=0 ai ei détermine la droite K(e0 +
· · · + en ) ce qui impose que tous les ai sont égaux. Ainsi les bases associées à ces données sont
λ(e0 , . . . , en ) de sorte que si les coordonnées de M dans la base (e0 , . . . , en ) est (x0 , · · · , xn ),
dans la base λ(e0 , · · · , en ) est (λ−1 x0 , · · · , λ−1 xn ).
Définition IV.1.9. — Un repère projectif de P(E) consiste en la donnée de n + 2 points
x0 , · · · , xn+1 tels qu’il existe une base (e1 , · · · , en+1 ) de E vérifiant :
— p(ei ) = xi pour i = 1, · · · , n + 1 et
— p(e1 + · · · + en+1 = x0 .
On peut donner une caractérisation géométrique d’un repère.
Proposition IV.1.10. — Un n + 2-uplet de points de P(E) est un repère si et seulement si
n + 1 quelconques d’entre eux sont projectivement indépendants, i.e. n’appartiennent pas à un
même hyperplan.
Démonstration. — Notons d’abord qu’il est équivalent de dire que (e1 , · · · , en ) est une base
de E ou que leurs images xi = p(ei ) ne sont pas dans un même hyperplan. Dans le sens direct,
le résultat vient du fait que n + 1 quelconques vecteurs parmi e0 = e1 + · · · + en+1 , e1 , · · · en+1
forment une base de E.
Réciproquement si x0 , · · · , xn+1 vérifient les conditions de la proposition, on note e1 , · · · , en+1
des antécédents par p alors par hypothèse, ils forment une base de E. On relève x0 en un
vecteur e0 qui se décompose alors en e0 = λ1 e1 + · · · + λn+1 en+1 . On note alors que les λi sont
tous non nuls car si λi0 = 0 alors la famille (ei )i6=i0 serait liée et les (xi )i6=i0 appartiendraient
à un même hyperplan. Quitte à changer ei en λi ei , x0 , · · · , xn+1 vérifient bien la propriété
d’être un repère.
Exemples Un repère projectif d’une droite projective est la donnée de trois points distincts ;
un point y est repéré par un système {λ(x0 , x1 ); λ ∈ K × } de coordonnées homogènes. Pour
le plan projectif il faut 4 points dont les 3 premiers forment un vrai triangle et le quatrième
n’appartient à aucune des trois droites déterminées par les côtés de ce triangle.
84 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Remarque : L’équation d’un hyperplan de E a une équation de la forme a0 x0 + · · · + an xn =


0 ; cette équation exprime que le point de coordonnées homogènes (x0 , · · · , xn ) de P(E) st
dans l’hyperplan projectif p(H). Un sep étant l’intersection d’hyperplans, sera définie par un
système d’équations homogènes.

IV.1.3. Groupe projectif. — Pour définir les transformations d’un espace projectif P(E),
il est naturel de partir des endomorphismes de E ; comme par ailleurs on ne veut pas obtenir
0, il faut se restreindre aux automorphismes. Ainsi, une application linéaire injective u sta-
bilise E − {0} et passe au quotient par la relation de proportionnalité ; elle définit donc une
application P(u) de P(E). Plus généralement pour E et E 0 deux espaces vectoriels on définit
la notion d’homographie.
Définition IV.1.11. — Soit u : E → E 0 une application linéaire bijective, l’application
bijective P(u) : P(E) → P(E 0 ) définie par P(u)(a) = p u(ã) où a = p(ã), est appelée une
homographie.
Remarque : on a P(u ◦ v) = P(u) ◦ P(v), de sorte que l’ensemble des homographies de P(E)
est un groupe noté P GL(E).
Proposition IV.1.12. — Le groupe projectif P GL(E) de P(E) est isomorphe à GL(E)/K × .
Démonstration. — L’application P : GL(E) → P GL(E) est clairement surjective et son
noyau est l’ensemble des applications linéaire u ∈ GL(E) telles que pour tout x ∈ E il existe
λx ∈ K × avec u(x) = λx x. Montrons que la fonction x 7→ λx est constante ce qui prouvera
que le noyau de P est K × identifié aux homothéties non nulles.
Si y = µx alors u(y) = λy y = λy µx et comme u(y) = µu(x) = µλx x on en déduit que
λy = λx . Si désormais (x, y) est une famille libre, on a
u(x + y) = λx+y (x + y)
= u(x) + u(y) = λx x + λy y
et comme (x, y) est libre, on en déduit que λx+y = λx = λy , d’où le résultat.
Remarque : l’image par une homographie d’un sep est un sep de même dimension. En particu-
lier les homographies conservent l’alignement, on dit encore que ce sont des collinéations. La
réciproque est donnée par le théorème fondamental de la géométrie projective dont le lecteur
intéressé pourra trouver une preuve dans la bonne littérature, par exemple dans [?].
Théorème IV.1.13. — Soient E et E 0 deux espaces vectoriels de même dimension et f :
P(E) → P(E 0 ) une bijection conservant l’alignement, i.e. une collinéation. Alors f est une
semi-homographie, i.e. de la forme P(u) pour u : E → E 0 une application semi-linéaire.
Proposition IV.1.14. — Soient P(E) et P(E 0 ) deux espaces projectifs de même dimension
n, (P0 , · · · , Pn+1 ) et (P00 , · · · , Pn+1
0 ) des repères projectifs de P(E) et P(E 0 ). Il existe alors
une unique homographie h de P(E) sur P(E 0 ) telle que h(Pi ) = Pi0 pour i = 0, . . . , n + 1.
Démonstration. — On relève P0 , · · · , Pn en une base (e0 , · · · , en ) de E telle que p(e0 + · · · +
en ) = Pn+1 ; idem pour (e00 , · · · , e0n ). Si h existe et est de la forme P(u) alors u(ei ) = ai e0i avec
ai 6= 0. Comme h(Pn+1 ) = Pn+1 0 , on doit aussi avoir u(e0 + · · · + en ) = a0 e00 + · · · + an e0n =
0 0
b(e0 + · · · + en ) de sorte que tous les ai sont égaux à b ce qui détermine u à homothétie prés
et donc h = P(u) est unique.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 85

1
(x,1)

O x

Figure 1. Bijection entre les droites vectorielles du plan et la droite projective

IV.1.4. Liaison affine-projectif. — Supposons que l’espace vectoriel E de dimension n+1


est muni d’une base de sorte que l’on a P(E) = Pn (K) avec les coordonnées (x0 , · · · , xn ). Soit
H l’hyperplan vectoriel d’équation x0 = 0 et posons U = P(E) − P(H). On a alors une
bijection φ : U → K n qui à un point x = (x0 , · · · , xn ) associe (x1 /x0 , · · · , xn /x0 ). Cette
application est bien définie car sur U , x0 est non nul et l’image de x par φ ne dépend pas du
système de coordonnées homogènes choisi. Elle est évidemment bijective, la réciproque étant
donnée par (x1 , · · · , xn ) 7→ (1, x1 , · · · , xn ).
On a ainsi décrit Pn (K) comme la réunion disjointe de l’espace affine K n et d’un espace
projectif de dimension n−1, autrement dit on a plongé l’espace affine dans un espace projectif
de même dimension en lui rajoutant des points  à l’infini .
La droite projective : il s’agit du cas n = 1 et on appelle (x, t) les coordonnées de K 2 avec
t = 0 comme hyperplan à l’infini ce qui donne un unique point ∞ = (1, 0) de P1 (K). Ainsi
la droite projective est une droite affine à laquelle on a adjoint un unique point à l’infini. La
figure 1 illustre la construction précédente : on associe à chaque droite de K 2 son intersection
avec la droite affine D d’équation t = 1.  En ce qui
 concerne les homographies, l’image de (x, 1)
a b
par l’application linéaire de matrice est (ax + b, cx + d) de sorte qu’en projectif
c d
l’image de (x, 1) est le point ( ax+b
cx+d , 1) si x 6= −d/c et sinon le point ∞, lequel s’envoie sur a/c.

Les droites du plan projectif : utilisons les coordonnées (x, y, t) avec t = 0 comme hyperplan
à l’infini de sorte que P2 (K) est la réunion du plan affine U = {(x, y, 1)} et de la droite
projective D∞ d’équation t = 0. Soit alors D une droite projective de P2 (K) d’équation
ux + vy + wt = 0 avec (u, v, w) non nul.
— Si u = v = 0 alors on peut imposer w = 1 et D n’est autre que la droite de l’infini D∞ .
— Sinon, la trace de D sur le plan affine U de P2 (K) consiste en les points (x, y) tels que
ux + vy + w = 0 et on retrouve bien une droite affine. La trace de D sur D∞ est donnée
par les points (x, y, 0) tels que ux + vy = 0 ce qui correspond à un unique point de
coordonnées homogènes (v, −u, 0) que l’on peut appeler la pente de D. On remarque
alors que les traces dans le plan affine U de deux droites projectives distinctes D et D0
sont d’intersection vide si et seulement si elles ont la même pente ; dans ce cas D et D0
se coupent à l’infini, au point de D∞ défini par leur pente.
86 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Remarque : la notion de point à l’infini n’est pas intrinsèque et dépend de l’hyperplan de


E considéré qui n’est pas nécessairement donné par l’annulation d’une coordonnée dans un
repère donné. Nous donnons à présent une construction générale quel que soit l’hyperplan H
choisi.
Proposition IV.1.15. — Soit P(E) un espace projectif de dimension n et P(H) un hyper-


plan de P(E). Alors E = P(E) − P(H) est un espace affine tel que E ' H.
Démonstration. — On définit tout d’abord une action de H sur E comme suit : soit A =
P(x) ∈ E alors h.A = P(x + h). C’est licite car x + h 6∈ H et donc P(x + h) ∈ E et h.(h0 .A) =
(hh0 ).A. Il faut ensuite vérifier que cette action est simplement transitive. Pour la transitivité,
soit D tel que E = H ⊕D de sorte que pour B = P(y) ∈ E, il existe λ ∈ K × tel que λy = x+h
et donc B = h.A. Enfin si h.A = h0 .A alors il existe λ ∈ K × tel que x + h = λ(x + h0 ) ; or
comme x 6∈ H, on doit avoir λ = 1 et donc h = h0 .
Définition IV.1.16. — Soit E un espace affine sur K ; la clôture projective de E est l’espace


Ê = P( E × K).

Pour A un point de E, on définit une injection jA : E ,→ Ê par jA (M ) = p(M − A, 1).




L’image est le complémentaire de l’hyperplan P( E × {0}) de Ê.

Définition IV.1.17. — Soit f une application affine injective de E sur F ; on définit fˆ =




P( f × IdK ) : Ê → F̂.

Remarque : fˆ prolonge f au sens où fˆ(jA (M )) = jf (A) (f (M )).


Ainsi tout espace affine peut être vu comme le complémentaire P − H d’un hyperplan
projectif ; cet hyperplan et ses points, droites etc, sont dits à l’infini. Dans ce langage deux
sous-espaces affines sont parallèles si et seulement si ils ont les mêmes points à l’infini. In-
versement lorsqu’on choisit un hyperplan H d’un espace projectif P et que l’on regarde la
structure affine de P − H, on dit qu’on a envoyé H à l’infini ; on choisit alors les systèmes
de coordonnées homogènes (x0 , · · · , xn ) de sorte que H soit l’hyperplan d’équation x0 = 0.
Ainsi pour un point M de P − H, (x−1 −1
0 x1 , · · · , x0 xn ) est un système de coordonnées affines
de M .
Si un sep non situé à l’infini est défini par le système d’équation homogènes
aj,0 x0 aj,1 x1 + · · · + aj,n xn = 0, j = 1, · · · , q
son intersection avec P −H est le sous-espace affine défini par les équations aj,0 +aj,1 y1 +· · ·+
aj,n xn = 0. Dans l’autre sens un sous-espace affine défini par les équation aj,1 y1 +· · ·+aj,n yn =
bj pour j = 1, · · · , q, sa clôture projective a pour équations aj,1 x1 + · · · + aj,n xn = bj x0 .

IV.1.5. Dualité. — On rappelle que pour un espace vectoriel E de dimension n + 1, son


dual E ∗ est l’espace des formes linéaires sur E. Un hyperplan de E s’identifie au noyau d’une
forme linéaire ou plus exactement à une droite vectorielle de E ∗ . Plus généralement pour F
un sous-espace vectoriel de E, on définit l’orthogonal de F comme le sous-espace vectoriel de
E ∗ défini par
F ⊥ = {f ∈ E ∗ : ∀x ∈ F, f (x) = 0}.
Réciproquement on défini l’orthogonal d’un sous-espace vectoriel F de E ∗ par
F ⊥ = {x ∈ E : ∀f ∈ F, f (x) = 0}.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 87

Dans les deux cas, on a les formules


dim F ⊥ = n + 1 − dim F et F ⊥⊥ = F.
Rappelons enfin que si u : E → F est une application linéaire, elle induit une application
linéaire transposée tu : F ∗ → E ∗ définie par la formule tu(f ) = f ◦ u. La correspondance
u 7→ tu est fonctorielle, i.e. vérifie t IdE = IdE ∗ et t(u ◦ v) = tv ◦ tu.
Définition IV.1.18. — Pour p = 0, · · · , n − 1, on note Gp (P(E)) la grassmanienne d’indice
p, i.e. l’ensemble des sous-espaces projectifs de dimension p de P(E).
Proposition IV.1.19. — L’application ΦE : P(E ∗ ) → Gn−1 (P(E)) qui associe à l’image f
d’une forme linéaire non nulle le sous-espace projectif associé à Ker f , est une bijection.
Démonstration. — Il suffit de remarquer que Ker f = Ker g si et seulement si f et g sont
proportionnelles.
Remarque : la bijection précédente permet donc de munir Gn−1 (P(E)) d’une structure d’es-
pace projectif de dimension n.
Définition IV.1.20. — Si V est un sep de P(E), on pose
V ∗ = {H ∈ Gn−1 (P(E)) : V ⊂ H}.
Proposition IV.1.21. — On a les formules suivantes :
1. pour tout sous-espace vectoriel F non nul de E ∗ , ΦE (p(F )) = (p(F )⊥ )∗ ;
2. pour un sous-espace vectoriel G non nul de E ; p(G)∗ = ΦE (p(G)⊥ ).
Démonstration. — (1) Soit f ∈ F ; par définition de F ⊥ , on a F ⊥ ⊂ Ker f d’où ΦE (p(f )) ∈
(p(F )p erp)∗ .
(2) Le résultat découle de (1) appliquée à G⊥ .
Remarque : dans le cas n = 1, l’ensemble des hyperplans de la droite projective n’est autre que
l’ensemble de ses points. Ainsi Gn−1 (P(E)) = P(E) est déjà muni d’une structure projective
que l’on peut comparer à celle provenant de ΦE .
Proposition IV.1.22. — Pour n = 1, l’application ΦE : P(E ∗ ) → P(E) est une homogra-
phie.
Démonstration. — Soit (e1 , e2 ) une base de E et (e∗1 , e∗2 ) sa base duale. Soit f = x1 e∗1 +
x2 e∗2 ∈ E ∗ non nulle ; son noyau admet pour vecteur directeur x2 e1 − x1 e2 de sorte que
ΦE n’est autre que l’homographie associée à l’application linéaire u : E ∗ → E définie par
u(x1 e∗1 + x2 e∗2 ) = x2 e1 − x1 e2 .
En dimension 2, i.e. dans le cas d’un plan projectif, un point m∗ de P(E ∗ ) correspond à une
droite vectorielle < f > de E ∗ et on lui associe par ΦE la droite projective Dm∗ = p(Ker f )
de P(E). Une droite D∗ de P(E ∗ ) correspond à un plan vectoriel F de E ∗ dont l’orthogonal
F ⊥ est de dimension 1 dans E et définit donc un point mD∗ = p(F ⊥ ) de P(E). Partant
dans P(E ∗ ), d’un point m∗ appartenant à une droite D∗ , dualement dans P(E), la droite
Dm∗ contiendra le point mD∗ . En utilisant la bidualité canonique E ' (E ∗ )∗ , on obtient les
constructions dans l’autre sens, i.e. on associe à un point m de P(E) appartenant à une droite
D, une droite m∗ de P(E ∗ ) contenant le point D∗ . Ainsi toute propriété dans P(E) admet par
dualité sa traduction dans P(E ∗ ). Par exemple, trois points a, b, c de P(E) sont alignés sur
88 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

D
D’
i(D’)

d i(d)

Figure 2. Les incidences entre m∗ et D

une droite D si et seulement si les trois droites duales a∗ , b∗ , c∗ sont concourantes au point
D∗ de P(E ∗ ). Ainsi pour chaque théorème portant sur les points et droites de P(E), on peut
en obtenir une variante duale, appelé théorème corrélatif, en l’appliquant à P(E ∗ ) et en
traduisant l’énoncé sur les points et les droites de P(E ∗ ).

IV.1.6. Incidences, perspectives et réfractions du plan projectif. — Dans ce para-


graphe on suppose que n = 2, i.e. que P(E) est un plan projectif.

Définition IV.1.23. — Soit m ∈ P(E), un point de la droite projective m∗ de P(E ∗ ) définit


une droite de P(E) passant par m et réciproquement tout droite projective de P(E) passant
par m défini dans P(E ∗ ) un point appartenant à m∗ . La droite m∗ s’appelle le pinceau des
droites de P(E) passant par m.

Remarque : on renvoie au §IV.2.1 pour le cas de la dimension quelconque.

Définition IV.1.24. — Pour D une droite de P(E) et m 6∈ D, on définit l’application


bijective
i : m∗ −→ D
appelée incidente, en associant à une droite ∆ passant par m l’unique point d’intersection
d de D et ∆. La réciproque de cette application, appelée aussi incidence, associe à un point
d de D la droite (md).

Proposition IV.1.25. — L’incidence est une homographie.

Démonstration. — On choisit une base (x, y, z) de E avec p(x) = m et p(y), p(z) ∈ D. Si


(x∗ , y ∗ , z ∗ ) est la base duale, m∗ est l’image par ΦE du sous-espace de P(E ∗ ) image de (y ∗ , z ∗ ).
Soit δ = λy ∗ + µz ∗ dans ce sous-espace avec (λ, µ) non nul. L’intersection d de la droite ∆
définie par δ avec D est donnée par les αy + βz vérifiant (λy ∗ + µz ∗ )(αy + βz) = λα + µβ = 0
ce qui donne d = µy − λz à un scalaire près, de sorte que i provient de l’application linéaire
λy ∗ + µz ∗ 7→ µy − λz et est donc bien une homographie.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 89

a=p(a)

m
D’
D

Figure 3. La perspective de centre m de D sur D0

M’
M

m’
m
D

Figure 4. La réfraction d’axe D de m∗ sur (m0 )∗

Corollaire IV.1.26. — Soient D et D0 deux droites de P(E) et soit m 6∈ D ∪ D0 . L’appli-


cation
pm : D → D0
qui à x ∈ D associe l’unique point d’intersection de (mx) et de D0 , est une homographie.

Démonstration. — Considérons la droite m∗ de P(E ∗ ), i.e. l’ensemble des droites de P(E)


passant par m. L’application pm est alors la composée des deux incidences suivantes :
— celle de D dans m∗ qui à x associe (mx) ;
— celle de m∗ dans D0 qui à une droite ∆ associe l’unique point de ∆ ∩ D0 .
Comme les incidences sont des homographies, le résultat en découle.

Définition IV.1.27. — L’application pm de la proposition précédente s’appelle la pers-


pective de centre m de D sur D0 .

Remarque : pm est bijective, c’est l’identité si D = D0 et le point d’intersection de D et D0


est fixe. Par dualité, on définit :

Définition IV.1.28. — Soient m 6= m0 deux points de P(E) et D une droite ne contenant


ni m ni m0 . La réfraction d’axe D de m∗ sur (m0 )∗ associe à une droite M passant par m,
l’unique droite M 0 qui coupe M sur D.
90 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Remarque : on peut évidemment définir des perspectives (resp. des réfractions) en dimension
quelconque d’un hyperplan sur un autre en copiant les constructions précédentes ; ce sont
encore des homographies.

IV.1.7. Preuves projectives des théorèmes de Desargues, Pappus, Brianchon. —


Rappelons tout d’abord l’énoncé du théorème de Desargues.

Théorème IV.1.29. — de Desargues


Dans un plan projectif, soient D1 , D2 et D3 trois droites distinctes ayant en commun un point
o. On prend sur chacune deux points distincts ai , bi tous distincts de o. Alors les trois points
d’intersection k = (a1 a2 ) ∩ (b1 b2 ), j = (a1 a3 ) ∩ (b1 b3 ) et i = (a2 a3 ) ∩ (b2 b3 ) sont alignés.

A1 B1
K
D3 A2
B2
D2 I

D1 A3
B3

Figure 5. Desargues projectif

Démonstration. — par changement de géométrie


On envoie la droite (ij) à l’infini de sorte que dans le plan affine associé, les droites (a1 a3 ) et
(a2 a3 ) sont respectivement parallèles à (b1 b3 ) et (b2 b3 ). La nouvelle figure 6 est alors celle du
§?? et on reprend la démonstration de ??.

Démonstration. — par un détour dans la troisième dimension


On considère l’énoncé en dimension 3 en supposant les trois droites non coplanaires ; ainsi les
plans a1 a2 a3 et b1 b2 b3 ont une droite en commun qui contient i, j, k. Le résultat en dimension
2 s’obtient alors par projection.
Nous proposons désormais une preuve purement projective.

Lemme IV.1.30. — des trois perspectives


Soient A, B, C trois droites distinctes concourantes en un point o et soient u, v, w trois points
distincts tels que u 6∈ B ∪ C, v 6∈ C ∪ A et w 6∈ A ∪ B. On considère les trois perspectives pu ,
pv et pw respectivement de B sur C, C sur A et A sur B. Alors si on a pw ◦ pv ◦ pu = IdB
alors les points u, v, w sont alignés.
IV.1. GÉNÉRALITÉS 91

Figure 6. Desargues par changement de géométrie

Démonstration. — Si les droites (uv) et (vw) passent par o, elles sont toutes deux égales à
(ov) et les trois points sont alignés. Sinon, supposons par exemple que (uv) ne passe pas par
o, alors (uv) coupe A, B, C (car u 6∈ B ∪ C et v 6∈ A) en a, b, c respectivement et on a a 6= b
(sinon on aurait a = b = o), de sorte qu’on a (uv) = (ab). Mais on a pu (b) = c et pv (c) = a et
comme pw pv pu = IdB , on a aussi pw (a) = b et donc w est sur (ab) = (uv).
Remarque : le fait que u, v, w soient alignés n’implique pas que la composée des perspectives
soit l’identité, mais si pour un point y ∈ B distinct de o et du point b défini dans la preuve du
lemme, on a pw pv pu (y) = y alors la composée est l’identité (regarder sur le repère (o, b, y)) ;
on est alors dans la configuration de Desargues.
Démonstration. — projective du théorème de Desargues
On considère la composée des perspectives f = pi ◦ pj ◦ pk ; on a f (o) = o, f (a2 ) = a2 et
f (b2 ) = b2 de sorte que, les points o, a2 , b2 définissant une base de D2 , f est égale à l’identité
et le résultat découle du lemme des trois perspectives.
Remarque : l’énoncé du théorème de Desargues est autodual.
Corollaire IV.1.31. — réciproque du théorème de Desargues
Soient deux triangles a1 a2 a3 et b1 b2 b3 tels que les points i = (a2 a3 )∩(b2 b3 ), j = (a1 a3 )∩(b1 b3 )
et k = (a1 a2 ) ∩ (b1 b2 ) sont alignés ; alors les droites (a1 b1 ), (a2 b2 ) et (a3 b3 ) sont concourantes.
Démonstration. — Comme toujours dans ces situations d’énoncés réciproques, on utilise le
sens direct. Notons o = (a1 b1 )∩(a2 b2 ) et soit b03 l’intersection de (oa3 ) avec (b1 j). On applique
le théorème de Desargues aux triangles a1 a2 a3 et b1 b2 b03 ; les points k et j restent les mêmes
92 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

a’

u
b

o v

Figure 7. Lemme des trois perspectives

et le point i devient un point i0 appartenant aux droites (jk), (a2 a3 ) et (b2 b03 ). Comme i =
(jk) ∩ (a2 a3 ) on en déduit que i = i0 mais alors (b2 b03 ) = (b2 b3 ) soit b03 = (b2 b3 ) ∩ (b1 b3 ) = b3
et donc o ∈ (a3 b3 ).
Corollaire IV.1.32. — Les médianes d’un triangle sont concourantes.
Démonstration. — Notons a0 , b0 , c0 les milieux respectifs des segments [bc], [ac] et [ab]. D’après
le théorème de Thalès les droites (ab) et (a0 b0 ) sont parallèles de même que (bc) et (b0 c0 ) (resp.
(ac) et (a0 c0 )). Ainsi avec les notations du théorème de Desargues les points i, j, k sont alignés
sur la droite de l’infini et donc, d’après la réciproque du théorème de Desargues, les droites
(aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ) sont concourantes.
Théorème IV.1.33. — de Pappus
Soient deux droites distinctes D et D0 munis des points a, b, c et a0 , b0 , c0 tous distincts. Les
points k = (ab0 ) ∩ (ba0 ), j = (ac0 ) ∩ (ca0 ) et i = (bc0 ) ∩ (cb0 ) sont alignés.

Démonstration. — en envoyant la droite (ij) à l’infini


Dans le plan affine associé, les droites (bc0 ) et (ac0 ) sont respectivement parallèles à (cb0 ) et
(ca0 ) ; la nouvelle figure est alors celle de ?? et on conclut via la proposition ??.

Démonstration. — par composition d’application projective


Considérons la projection pa de centre a de la droite (a0 b) sur D0 ; en notant u = (a0 b) ∩ (ac0 ),
le quadruplet (a0 , i, u, b) est envoyé sur (a0 , b0 , c0 , o). La projection pc de centre c de D0 sur
IV.1. GÉNÉRALITÉS 93

A
J I
D K

A’
D’ B’
C’

Figure 8. Pappus projectif

Figure 9. Pappus projectif par changement de géométrie

(bc0 ) envoie (a0 , b0 , c0 , o) sur (v, k, c0 , b) où v = (bc0 ) ∩ (ca0 ). Ainsi pc ◦ pa envoie (a0 , i, u, b) sur
(v, k, c0 , b).
La projection pj de centre j qui envoie (a0 b) sur (bc0 ) envoie (a0 , i, u, b) sur (v, k 0 , c0 , b), où
k = (ij) ∩ (bc0 ).
0

Ainsi comme pj et pc ◦ pa coincident sur trois points distincts a, u, b, elles sont égales et
donc k = k 0 ∈ (ij).

Remarque : le théorème corrélatif de Pappus est le théorème de Biranchon.

Théorème IV.1.34. — de Brianchon Soient d et d0 deux points distincts de P(E) et


D = (dd0 ). Soient A, B, C (resp. A0 , B 0 , C 0 ) trois droites distinctes passant par d (resp. d0 ) et
94 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

V C
B’ B

A’

d’

d
W
C’
A

Figure 10. Le théorème de Brianchon

distinctes de D. On appelle respectivement U, V, W les droites qui joignent les points d’inter-
section de B, C 0 et de B 0 , C et de C, A0 et de C 0 , A et de A, B 0 et de A0 , B. Alors U, V, W sont
concourantes.

IV.2. Exemples
IV.2.1. Espaces projectifs d’hyperplans. — On rappelle que l’ensemble des hyperplans
de E ou de P(E) s’identifie à P(E ∗ ).
Définition IV.2.1. — Un sep S de P(E ∗ ) s’appelle un système linéaire d’hyperplans ;
si dim S = 1 on l’appelle un faisceau linéaire d’hyperplans.
Théorème IV.2.2. — Étant donné un système linéaire S d’hyperplans de P(E), il existe
un sep B(S), appelé la base de S, telle que S soit l’ensemble des hyperplans contenant B(S) ;
on a dim B(S) = dim P(E) − dim S − 1.
Remarque : ce résultat généralise le cas déjà étudié en dimension 2 où un faisceau de droite
est l’ensemble des droites passant par un point B ∈ P(E).
Démonstration. — Raisonnons au niveau des espaces vectoriels ; soit T le sous-espace de E ∗
associé à S. Par bidualité E = (E ∗ )∗ , T 0 s’identifie à l’ensemble des zéros communs aux formes
de T et (T 0 )0 = T . En posant B(S) = p(T 0 ), on voit donc que les hyperplans de S ne sont
autres que ceux qui contiennent B(S). Comme dim B(S) = dim T 0 − 1 = dim e − dim T − 1,
on obtient bien le résultat.
Remarque : comme dans le cas de la dimension 2 avec la dualité points-droites, tout théorème
sur les sep d’un espace projectif s’applique aux systèmes linéaires d’hyperplans, i.e. à P(E ∗ ).
IV.2. EXEMPLES 95

IV.2.2. L’espace projectif des cercles : faisceaux de cercles. — Dans un repère


orthonormé, un cercle du plan affine euclidien a une équation de la forme x2 +y 2 +bc+cy +d =
0. Bien entendu une telle équation n’a pas toujours de solutions réelles, considérer par exemple
x2 + y 2 + 1 = 0 ; pour autant on aimerait bien identifier un cercle du plan euclidien à son
équation, une façon de contourner le problème consiste à regarder les solutions complexes
d’une telle équation. Mais alors s’introduisent naturellement de telles équations à coefficients
complexes. Par ailleurs pour être certain que l’on aura tous les points, il est plus prudent de
se placer dans le plan projectif. On introduit alors la notion suivante.
Définition IV.2.3. — Nous appellerons cercle généralisé, l’ensemble des points de P2 (C)
dont les coordonnées homogènes (x, y, t) satisfont à une équation de la forme
a(x2 + y 2 ) + bxt + cyt + dt2 = 0
où (a, b, c, d) 6= (0, 0, 0, 0) est défini à proportionnalité près.
Ainsi un cercle généralisé est soit
— un vrai cercle complexe si a 6= 0 ;
— la réunion de la droite de l’infini et d’une autre droite si a = 0 et (b, c) 6= (0, 0) ;
— la droite de l’infini comptée deux fois si (a, b, c) = (0, 0, 0).
Dans ce contexte l’ensemble des cercles généralisés est un espace projectif complexe de di-
mension 3.
Définition IV.2.4. — Soient C et C 0 deux cercles généralisés de coordonnées homogènes
respectives (a : b : c : d) et (a0 : b0 : c0 : d0 ). Leur axe radical est la droite d’équation :
— bx + cy + dt si a = 0 (resp. b(x + c0 y + d0 t = 0 si a0 = 0) ;
— pour aa0 6= 0
b b0 c c0 d d0
( − 0 )x + ( − 0 )y + ( − 0 )t = 0.
a a a a a a
Remarque : cette définition généralise celle de ?? : en effet x2 +y 2 −2ax−2by +a2 +b2 −r2 = 0
est une équation du cercle de centre O = (a, b) et de rayon r et la puissance d’un point
M = (x0 , y0 ) par rapport à celui-ci est, par définition M O2 − r2 soit (x0 − a)2 + (y0 − b)2 − r2 .
Ainsi pour deux cercles C et C 0 d’équations respectives C(x, y) = x2 + y 2 + ax + by + c = 0 et
C 0 (x, y) = x2 + y 2 + a0 x + b0 y + c0 = 0, l’ensemble des points (x0 , y0 ) ayant même puissance par
rapport à C et C 0 est ceux tels que C(x0 , y0 ) − C 0 (x0 , y0 ) = (a − a0 )x0 + (b − b0 )y0 + d − d0 = 0.
Proposition IV.2.5. — Deux cercles C et C 0 de coordonnées homogènes (a, b, c, d) et
(a0 , b0 , c0 , d0 ) sont orthogonaux si et seulement si
bb0 + cc0 − 2(ad0 + da0 ) = 0.
Démonstration. — Un cercle d’équation affine x2 + y 2 − 2ux − 2vy + w = 0 a (u, v) pour
centre et u2 + v 2 − w pour carré du rayon. L’orthogonalité de ce cercle avec celui d’équation
x2 +y 2 −2u0 x−2v 0 y +w0 = 0 s’exprime par (u−u0 )2 +(v −v 0 )2 = u2 +v 2 −w +(u0 )2 +(v 0 )2 −w0
soit 2(uu0 + vv 0 ) − (w + w0 ) = 0, d’où le résultat.
En tenant compte des cercles dégénérés, on a :
— C de rayon nul et C 0 quelconque 6= 2D0 , sont orthogonaux si et seulement si le centre
de C est sur C 0 ;
— un vrai cercle C et D + D0 sont orthogonaux si et seulement si D passe par le centre
de C ;
96 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

— D + D0 et D0 + D0 sont orthogonaux si et seulement si D et D0 sont orthogonales ;


— C est orthogonal à 2D0 si et seulement si C est de la forme D + D0 .
Définition IV.2.6. — Un faisceau de cercles est une droite de l’espace projectif P3 (C).
Proposition IV.2.7. — Soient C1 et C2 deux cercles généralisés distincts d’un faisceau F
de cercles et soient D leur axe radical au sens de la définition IV.2.4. Alors F est l’ensemble
des cercles généralisés tels que D est l’axe radical de C1 et C.
Démonstration. — Si (a1 : b1 : c1 : d1 ) et (a2 : b2 : c2 : d2 ) sont respectivement les co-
ordonnées homogènes de C1 et C2 alors tout cercle C de F a pour coordonnées homogènes
(αa1 + βa2 : αb1 + βb2 : αc1 + βc2 : αd1 + βd2 ). Avec la définition IV.2.4, l’axe radical de C1
et C est donné par l’équation
 αb + βb b1   αc + βc c1   αd + βd d1 
1 2 1 2 1 2
− x+ − y+ − t=0
αa1 + βa2 a1 αa1 + βa2 a1 αa1 + βa2 a1
 
soit βa1 a2 ( ab22 − ab11 )x + ( ac22 − ac11 )y + ( ad22 − ad11 )t = 0 d’où le résultat.

Étant donné un cercle C, une droite D lui est soit sécante, tangente ou extérieure. On
obtient ainsi trois types de faisceau de cercles F contenant C et d’axe radical D ; notons tout
d’abord que tous les cercles de F sont nécessairement centrés sur la droite D0 perpendiculaire
à D et passant par le centre o de C.
— Si D est sécante à C en a 6= b ; alors tout cercle du faisceau F doit passer par a et
b puisque la puissance de a et b par rapport à chacun de ces cercles doit être nulle.
Réciproquement si C 0 est un cercle centré sur D0 et passant par a et b, d’après ??,
l’axe radical de C et C 0 est D et donc C 0 appartient au faisceau F. On dit que F est le
faisceau de points base a et b et d’axe radical D, cf. la figure 11.

Figure 11. Faisceau de cercles à points base


IV.2. EXEMPLES 97

— Si D est tangente à C en un point a, le raisonnement précédent montre que tous les


cercles de F passent par {a} = D ∩ D0 et comme ils sont centrés sur D0 , ils sont alors
obligatoirement tangents à D en a. Réciproquement si C 0 est un cercle tangent à D en
a alors l’axe radical de C et C 0 est D et donc C 0 appartient à F, cf. la figure 12.

Figure 12. Faisceau de cercles tangents

— Si D ne rencontre pas C d’après les cas précédents il en est donc de même pour tous les
cercles de F. On note h le projeté orthogonal de o sur D ; d’après ??, le cercle C0 de
centre h et orthogonal à C est orthogonal à tous les cercles de F. Réciproquement si C 0
est un cercle centré sur D0 et orthogonal à C0 , d’après ??, le point h appartient à l’axe
radical de C et C 0 et comme cet axe radical est orthogonal à D0 , il est égal à D. Notons
j, k les points d’intersection de C0 avec D0 ; les cercles centrés en j, k et de rayon nul
sont des cercles limites de F, on dit que F est le faisceau de points limites j et k,
cf. la figure 13.
Remarque : dans P2 (C), les points cycliques appartiennent à tous les cercles mais on ne
les compte pas comme points base.
Lemme IV.2.8. — Soit D(x, y) = αx + βy + γ = 0 une équation cartésienne de D et
C(x, y) = x2 + y 2 − 2ax − 2by + c = 0 une équation de C. L’équation d’un cercle C 0 de F est
C(x, y) + λD(x, y).
Démonstration. — Rappelons que la puissance d’un point M (x0 , y0 ) par rapport à C est
donnée par C(x0 , y0 ) de sorte que tout cercle d’équation C(x, y) + λD(x, y) appartient à F.
Réciproquement si C 0 (x, y) est une telle équation alors C 0 (x, y) = C(x, y) + f (x, y) = 0 où
f (x, y) est de la forme α0 x+β 0 y +γ 0 . Or pour tout point M (x0 , y0 ) on a C 0 (x0 , y0 ) = C(x0 , y0 )
et donc f (x0 , y0 ) = 0, autrement dit f est une équation de D et donc de la forme λD(x, y).
Remarque : en particulier par tout point (x0 , y0 , z0 ) n’appartenant pas à D, il passe un cercle
de F, ce que l’on pouvait vérifier directement à partir de la description des trois types de
faisceaux.
98 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Figure 13. Faisceau de cercles à points limites

Lemme IV.2.9. — Soit C un cercle orthogonal à deux cercles C1 , C2 distincts d’un faisceau
F. Alors C est orthogonal à tous les cercles de F.
Démonstration. — D’après le corollaire ??, le centre de C appartient à l’axe radical de C1 et
C2 qui est aussi l’axe radical de tout couple de cercles de F et donc d’après loc. cit., C est
orthogonal à tout cercle de F.
Proposition IV.2.10. — Soit F un faisceau de cercles ; l’ensemble F 0 des cercles ortho-
gonaux à tous les cercles de F est un faisceau de cercles et on dit que F et F 0 sont deux
faisceaux orthogonaux ou conjugués.
Démonstration. — Soient C10 et C20 deux cercles orthogonaux à deux cercles C1 et C2 de F. On
a O10 O12 − (R10 )2 = R12 = O20 O12 − (R20 )2 , où O1 , O10 et O20 (resp. R1 , R10 et R20 ) sont les centres
(resp. rayons) respectifs de C1 , C10 et C20 . On en déduit donc que O1 appartient à l’axe radiccal
de C10 et C20 . Il en est de même du centre O2 de C2 de sorte que (O1 O2 ) est l’axe radical de
tout couple de cercles distincts de F 0 ont (O1 O2 ) comme axe radical ; F 0 est donc un faisceau
de cercles.
Remarque : le conjugué d’un faisceau de cercles tangents (resp. à points base) est un faisceau
de cercles tangents (resp. à points limites).

IV.3. Géométrie projective de dimension 1


IV.3.1. Birapport. — Désormais E désigne un K-espace vectoriel de dimension 2 muni
d’une base (e1 , e2 ) et D = P(E) désigne la droite projective associée. Dans le cas où E = K2
muni de la base canonique, tout point de D = P1 (K), admet des systèmes de coordonnées
homogènes (x, y) tous non nuls et proportionnels. Si x 6= 0, ces systèmes sont uniquement
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 99

déterminés par le rapport t = y/x ; d’autre part il y a un seul point de D tel que x = 0 et
on pose t = ∞ pour celui-ci. L’élément t ainsi défini s’appelle l’abscisse projective dans le
repère considéré. L’ensemble des abscisses projectives est donc la réunion du corps K et d’un
symbole noté ∞ ; nous noterons cet ensemble K̂ qui est en bijection canonique avec P1 (K).
Exemples dans le cas d’un faisceau de droites du plan projectif, cette abscisse projective
s’appelle la pente.
Remarque : si h est une homographie entre deux droites projectives, elle est alors donnée en
termes d’abscisses projectives par une formule t 7→ at+b
ct+d avec ad − bc 6= 0.

Définition IV.3.1. — Étant donnés 4 points a, b, c, d d’une droite projective D, les 3 pre-
miers étant distincts, on appelle birapport de ces points et on note [a, b, c, d], l’élément
h(d) ∈ K̂ où h est l’unique homographie de D sur K̂ qui amène a, b, c en ∞, 0, 1.

Remarque : l’action du groupe projectif sur les triplets de points alignés distincts admet une
unique orbite de sorte qu’on ne peut pas affecter un invariant associé à ces trois points. Pour
4 points dont 3 ne sont pas alignés, les orbites sont par contre en bijection avec K̂, d’où la
notion de birapport. Précisons ce résultat.

Proposition IV.3.2. — Soient D, D0 deux droites projectives, a, b, c, d des points de D et


a0 , b0 , c0 , d0 ) des points distincts de D0 . Alors il existe une homographie u de D sur D0 telle
que u(a) = a0 , u(b) = b0 , u(c) = c0 , u(d) = d0 ssi les birapports [a, b, c, d] et [a0 , b0 , c0 , d0 ] sont
égaux.

Démonstration. — Soit h (resp. h0 ) l’unique homographie de D (resp. D0 ) sur K̂ qui amène


a, b, c (resp. a0 , b0 , c0 ) en ∞, 0, 1. Si u est l’homographie qui amène a, b, c en a0 , b0 , c0 , alors
h(m) = h0 (u(m)) pour tout m ∈ D d’après l’unicité. Ainsi si u(d) = d0 , on en déduit
[a, b, c, d] = h(d) = h0 (d0 ) = [a0 , b0 , c0 , d0 ].
Réciproquement si ces birapports sont égaux on a h(d) = h0 (d0 ) et aussi h(d) = h0 (u(d))
d’où u(d) = d0 car h0 est injective.

Notation IV.3.3. — Pour x, y ∈ E − {0} avec x = x1 e1 + x2 e2 et y = y1 e1 + y2 e2 on pose


y1 x 1
xy = = y1 x 2 − y2 x 1 .
y2 x 2

Remarque : la quantité xy dépend du choix de la base ; par un changement de base de matrice


P , xy est alors multiplié par det P . En outre si on remplace x, y par λx et µy alors xy est
multiplié par λµ.

Proposition IV.3.4. — Soient ā, b̄, c̄, d¯ quatre points de P(E), les trois premiers étant dis-
tincts, on a la formule
¯ = ca : da ∈ K̂
[ā, b̄, c̄, d]
cb db
avec la convention λ/0 = ∞ ∈ K̂ pour tout λ 6= 0.

Remarque : d’après la remarque précédente la quantité ca


cb
: da
db
ne dépend pas des représentants
a, b, c, d choisis ni de la base de E dans laquelle on le calcule.
100 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

¯ et r0 = ca : da . Comme b̄ 6= c̄, on en déduit que cb


Démonstration. — Notons r = [ā, b̄, c̄, d] cb db
est non nul de sorte que r et r0 sont tous deux infinis si et seulement si ā = d¯ cas que l’on
écarte à présent.
Comme ā, b̄, c̄ forment un repère, on choisit des représentants a, b, c de telle sorte que
c = a + b et (a, b) est une base de E dans laquelle nous travaillons désormais. On a ainsi
d = λa + µb avec µ 6= 0. On considère l’homographie h : P(E) −→ P( K) qui définit le
¯ = r. Elle provient de l’application linéaire u
birapport : h(ā) = ∞, h(b̄) = 0, h(c̄) = 1 et h(d)
¯ = r = λ.
définie par u(xa + yb) = (x, y) ; on a donc u(d) = (λ, µ) et h(d) µ
En ce qui concerne r0 , on a ca = 1, cb = −1, da = µ, db = −λ et donc r0 = µλ d’où le
résultat.
Remarque : dans le cas où E = K2 muni de la base canonique et x, y des éléments de la forme
(x, 1), (y, 1), on a xy = y − x ; la proposition précédente s’écrit alors comme suit.

Corollaire IV.3.5. — Soient a, b, c, d quatre éléments de K̂, les trois premiers étant dis-
tincts. Le birapport [a, b, c, d] est donné par la formule
[a, b, c, d] = (c − a)(d − b)/(c − b)(d − a)
avec les conventions de calcul usuelles sur 0 et ∞.
Démonstration. — L’homographie h de K̂ sur K̂ qui amène a, b, c en ∞, 0, 1 admet a pour
pôle et b pour zéro. Elle est donc de la forme h(t) = k(t − b)/(t − a). Comme h(c) = 1, on a
nécessairement k = (c − a)/(c − b) d’où le résultat.

Corollaire IV.3.6. — Soient a, b, c, d quatre points distincts de D et r = [a, b, c, d] ∈ K ⊂ K̂.


On a les formules suivantes :
1
1. [b, a, c, d] = [a, b, d, c] = r ;
2. [a, c, b, d] = 1 − r.
Démonstration. — Plutôt que d’établir ces formules à partir de l’expression précédente,
considérons l’homographie u : P1 (K) −→ P1 (K) qui à z associe 1/z. Cette homographie
échange ∞ et 0 et fixe 1. Si h (resp. h0 ) est l’homographie de D dans P1 (K) qui envoie
a, b, c (resp. b, a, c) en ∞, 0, 1, on a h0 = u◦ h. Comme  par définition [a, b, c, d] = h(d) et
0
[b, a, c, d] = h (d) on en déduit [b, a, c, d] = u [a, b, c, d] .
En ce qui concerne le calcul de [a, b, d, c] (resp. [a, c, b, d]), le raisonnement est analogue en
considérant l’homographie v(z) = z/[a, b, c, d] (resp. w(z) = 1 − z).
Remarque : lorsque d = ∞ la relation [a, c, b, d] = 1 − [a, b, c, d] s’écrit ba = bc + ca : c’est la
relation de Chasles sur les mesures algébriques.
Remarque : l’action des permutations sur les birapports donne une opération du groupe des
permutations S4 sur P1 (K) − {∞, 0, 1} tel que le groupe de Klein formé des permutations
(12)(34), (13)(24), (14)(23) et de l’identité, opère trivialement. Les orbites dans cette actions
sont formées de six éléments :
1 1 r−1 r
{r, , 1 − r, , , }
r 1−r r r−1
sauf pour deux orbites exceptionnelles : {−1, 2, 12 } (si K n’est pas de caractéristique 2) et
{−j, −j 2 } (si K contient une racine cubique primitive de l’unité notée j).
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 101

Corollaire IV.3.7. — Birapport de quatre droites


Soit m un point d’un plan projectif P(E) et soient A, B, C, D quatre droites du faisceau linéaire
m∗ . Pour ∆ une droite ne passant pas par m, le birapport [a, b, c, d] des traces de A, B, C, D
sur ∆ ne dépend pas de la droite ∆ considérée.
Démonstration. — On rappelle que m∗ est muni d’une structure de droite projective ce qui
permet de définir le birapport [A, B, C, D] des quatre droites. Comme l’incidence est une
homographie, on en déduit alors que [a, b, c, d] = [A, B, C, D] d’où le résultat.
Remarque : on aurait pu aussi utiliser une autre droite ∆0 et considérer la perspective pm de
centre m de ∆ sur ∆0 qui est une homographie.
Toute fraction rationnels sur K définit une application partout définie de K̂ dans K̂ pro-
longeant la fonction rationnelle usuelle. Si r = p/q est écrite sous forme réduite, on note
deg r = max(deg p, deg q) le degré de r. On vérifie aisément que deg r ◦ s = deg r deg s et que
K(T ) est une extension de K(r(T )) de degré deg r. Ainsi on en déduit le résultat fort pratique
suivant.
Théorème IV.3.8. — Si une application rationnelle de K̂ dans K̂ admet une application
réciproque qui est rationnelle, alors elle est homographique.

IV.3.2. Homographies involutives. — Comme trois points d’une droite projective


forment un repère, nous avons vu qu’une homographie de la droite projective distincte de
l’identité admet au plus deux points fixes. Par ailleurs en écrivant l’homographie sous la
forme f (z) = az+b
cz+d , avec c 6= 0 si on choisit comme point infini un point non fixe par f , les
points fixes sont donnés par la relation
cz 2 + (d − a)z − b = 0
de sorte que sur un corps algébriquement clos, on a exactement deux points fixes comptés
avec multiplicité. Précisons les différentes situations.
Proposition IV.3.9. — Soit f une homographie de P1 (K) :
— si f admet un unique point fixe, elle est conjuguée, dans P GL(2, K), d’une translation
z 7→ z + b avec b 6= 0 ;
— si f admet deux points fixes distincts a, b, elle est conjuguée d’une homothétie z 7→ λz
avec λ 6= 0, 1. Dans ce cas on a [a, b, m, f (m)] = λ pour tout m distinct de a, b ou encore
avec les conventions usuelles :
f (m) − b m−b
=λ .
f (m) − a m−a
Démonstration. — Si f admet un unique point fixe m, on choisit une homographie qui envoie
m sur ∞, par exemple h(z) = z−m 1
. Alors g = hf h−1 a pour unique point fixe ∞ de sorte que
c = 0 et donc g(z) = az + b. Comme g n’a que ∞ comme point fixe alors a = 1 et g est bien
une translation.
z−b
Si f fixe a et b, on choisit h telle que h(a) = ∞ et h(b) = 0, par exemple h(z) = z−a . Alors
−1
g = hf h a pour points fixes ∞ et 0 et on vérifie que g est une homothétie de rapport λ 6= 1.
On a alors [a, b, m, f (m)] = [h(a), h(b), h(m), hf (m)] = [∞, 0, z, λz] = λ.
Remarque : pour une application de ce résultat aux suites récurrentes homographiques, cf.
l’exercice ??.
102 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Définition IV.3.10. — Une involution est une homographie h 6= 1 telle que h2 = 1.

Proposition IV.3.11. — Soit h une homographie d’une droite projective D sur elle-même.
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(a) h est une involution ;
(b) si K n’est pas de caractéristique 2, h est de la forme P(u) où u est une application linéaire
de trace nulle ;
(c) il existe un point m ∈ D tel que h(m) 6= m et h2 (m) = m.

Démonstration.  — Les applications


 linéaires u telles que h = P(u) ont des matrices propor-
d c
tionnels à M = où en termes d’abscisses projectives h(t) = (at + b)/(ct + d). Ainsi
b a
h est une involution si et seulement si l’expression ctt0 + dt0 − at − b = 0 est symétrique en t
et t0 soit ssi d = −a d’où l’équivalence entre (a) et (b).
Il est clair que (a) implique (c) ; supposons donc (c) vraie. On prend m, h(m) pour points
base ∞, 0 : h(∞) = 0 et h(0) = ∞. On a alors a = d = 0 ce qui s’écrit tt0 = b/c relation qui
est bien symétrique en t et t0 .

Corollaire IV.3.12. — Soit D une droite projective et f : D → D une homographie. Alors


f est produit d’au plus deux involutions.

Démonstration. — Le résultat est évident si f est l’identité. Sinon comme f a au plus deux
points fixes, on choisit a 6= b non fixes par f ; en caractéristique 2 il ne reste qu’un point qui
est obligatoirement fixe. Soit c un troisième point et on note a0 , b0 , c0 leur image par f . Si on
a a = b0 et b = a0 alors f 2 (b) = f (b0 ) = f (a) = a0 = b et f (b) 6= b de sorte que f est une
involution.
Sinon on a, disons, a 6= b0 et on définit l’homographie i sur le repère a, b, b0 par i(a) = b0 ,
i(b) = a0 et i(b0 ) = a. Comme i échange a et b0 c’est une involution. Soit alors c” = i(c) qui est
donc distinct de b0 et a0 . On peut donc définir j sur le repère b0 , a0 , c” par j(b0 ) = a0 , j(a0 ) = b0
et j(c”) = c0 . Comme j échange a0 et 0 , c’est une involution et on a j ◦ i(a) = a0 , j ◦ i(b) = b0
et j ◦ i(c) = c0 ce qui montre que f = j ◦ i.

Corollaire IV.3.13. — Une involution h est uniquement déterminée par la donnée de deux
couples (p, p0 ), (q, q 0 ) de points homologues non fixes.

Démonstration. — Il existe une unique homographie qui envoie (p, p0 , q) sur (p0 , p, q 0 ) qui
est donc h ; le fait que h soit une involution découle alors du point (c) de la proposition
précédente.

Remarque : les points fixes d’une homographie ont pour abscisses projectives les racines finies
ou infinies de l’équation ct2 + (d − a)t − b = 0 de sorte que pour h 6= 1, il y en a au plus deux.

Corollaire IV.3.14. — L’unique homographie h d’une droite projective D vers une autre
D0 qui envoie le repère projectif (P1 , P2 , P3 ) sur un repère (P10 , P20 , P30 ), où P1 6= P10 , est une
involution si et seulement si
[P1 , P2 , P3 , P10 ] = [P10 , P20 , P30 , P1 ].
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 103

Démonstration. — Dans le sens direct, comme h conserve le birapport, on a


[P1 , P2 , P3 , P10 ] = [h(P1 ), h(P2 ), h(P3 ), h(P10 )] = [P10 , P20 , P30 , P1 ].
Réciproquement si [P1 , P2 , P3 , P10 ] = [P10 , P20 , P30 , P1 ], alors comme h préserve le birapport on
en déduit que P1 = h(P10 ) et donc h est une homographie avec un couple de points homologues
distincts, c’est donc une involution d’après la troisième propriété de la proposition IV.3.11.
Corollaire IV.3.15. — Soit abc un triangle non dégénéré et D une droite ne passant pas
par a, b, c ; on note p, q, r son intersection avec respectivement (bc), (ac) et (ab). Étant donnés
trois points distincts a0 , b0 , c0 de respectivement (bc), (ca) et (ab), on note p0 , q 0 , r0 les points
d’intersection de D avec respectivement (aa0 ), (bb0 ) et (cc0 ). Alors l’unique homographie de D
qui envoie (p, q, r) sur (p0 , q 0 , r0 ) est une involution si et seulement si les droites (aa0 ), (bb00 )
et (cc0 ) sont concourantes.

r b’
r’
c’

q’

b p a’ c

p’

Figure 14. Involution sur une droite projective

Démonstration. — Supposons tout d’abord que les droites sont concourantes en un point m.
La projection de centre m de D sur (ac) envoie (p0 , q 0 , r0 , r) sur (a, b0 , c, q). La projection de
centre b de (ac) sur D envoie alors (a, b0 , c, q) sur (r, q 0 , p, q) de sorte qu’au final
[p0 , q 0 , r0 , q] = [a, b0 , c, q] = [r, q 0 , p, q] = [p, q, r, q 0 ]
104 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

et on conclut en utilisant la proposition précédente.


Corollaire IV.3.16. — Les hauteurs d’un triangle sont concourantes.
Démonstration. — L’orthogonalité induit un homographie involutive tt0 = −1 sur la droite à
l’infini ; le résultat découle alors directement du corollaire précédent.

IV.3.3. Division harmonique. —


Définition IV.3.17. — On dit que 4 points forment une division harmonique si [a, b, c, d] =
−1.
Remarques :
— si on a [a, b, c, d] = −1 alors on a aussi [b, a, c, d] = [a, b, d, c] = [c, d, a, b] = −1 de sorte
que le fait pour a, b, c, d d’être une division harmonique est une propriété de la double
paire : {a, b}, {c, d}. On dit que a et b sont conjugués harmoniques par rapport à c
et d.
— dans P1 (K) avec a = ∞, on a
d−b
[∞, b, c, d] = = −1 ⇔ c + d = 2b
c−b
autrement dit b est alors le milieu du segment [cd] : le conjugué harmonique de ∞ par
rapport à c, d est le milieu de c, d.
— si a, b, c, d sont tous dans la droite affine K, leur birapport vaut −1 si et seulement si
on a c−a d−a
c−b = − d−b ou encore en termes de mesures algébriques

ca da
=− .
cb db
On peut aussi l’écrire sous la forme moins mnémotechnique suivante : 2(ab + cd) =
(a + b)(c + d).
— [a, −a, c, d] = −1 équivaut à cd = a2 .
— dans le plan projectif, pour m un point, quatre droites A, B, C, D de m∗ sont en division
harmonique si et seulement si pour toute droite ∆ 6∈ m∗ , les traces a, b, c, s le sont sur ∆.
On parle alors de pinceau harmonique : un exemple classique en géométrie eucidienne
est celui de deux droites et de leurs deux bissectrices, cf. l’exercice ??.
Proposition IV.3.18. — Soit f : D → D une homographie admettant deux points fixes a, b
distincts.
1) Si f est une involution on a, pour tout m ∈ D distinct de a et b :
[a, b, m, f (m)] = −1
autrement dit m et f (m) sont conjugués harmoniques par rapport à a, b.
2) Réciproquement s’il existe m 6= a, b tel que l’on ait [a, b, m, f (m)] = −1 alors f est une
involution.
Démonstration. — 1) Posons r = [a, b, m, f (m)] et appliquons f : on a r = [a, b, f (m), m] =
1/r de sorte que r = ±1 et comme f (m) 6= m, on a r = −1.
2) Le même argument montre que l’on a f 2 (m) = m et on concult par la proposition
IV.3.11.
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 105

Corollaire IV.3.19. — Soient a 6= b ∈ P1 (K), il existe alors une unique involution f ad-
mettant a et b comme points fixes. Cette involution est conjuguée de l’application z 7→ −z,
symétrie de centre 0.

Proposition IV.3.20. — Polaires et construction du quatrième harmonique Soit


a, b, c trois points alignés du plan projectif ; avec les notations de la figure 15, on joint a et b
à un point m hors de D ; une droite par c coupe (ma) et (mb) en a0 et b0 ; si p est le point
commun à (ab0 ) et (ba0 ) alors (mp) coupe D en un point d tel que [a, b, c, d] = −1.

a’

b’

a b c
d

Figure 15. Construction du quatrième harmonique

Démonstration. — On prend a, b, m pour point base et on envoie (am) à l’infini ; en notant


(−u, 0) les coordonnées affines de c et (0, v) celles de b0 , l’équation de (cb0 ) est y = (x+u)u−1 v ;
celle de (bp) qui lui est parallèle est y = xu−1 v ; les coordonnées de p sont donc (u, v) et donc
celles de d sont (u, 0) et on a [a, b, c, d] = [∞, 0, −u, u] = −1.

IV.3.4. Preuves projectives de Ménélaüs et Céva. —

Lemme IV.3.21. — Soient a, b, c, d, e cinq points d’une droite projective, on a alors la for-
mule
[b, c, d, e] × [c, a, d, e] × [a, b, d, e] = 1.

Démonstration. — Cela résulte de la formule qui donne le birapport


db eb dc ec da ea
[b, c, d, e] × [c, a, d, e] × [a, b, d, e] = : × : × : = 1.
dc ec da ea db eb

Lemme IV.3.22. — dit des trois birapports Soient a, b, c trois points non alignés d’un
plan projectif. On considère deux droites distinctes D et ∆ ne passant pas par a, b, c et coupant
respoectivement (bc), (ca) et (ab) en a0 , b0 , c0 et α, β, γ. On a alors l’égalité
[b, c, a0 , α] × [c, a, b0 , β] × [a, b, c0 , γ] = 1.
106 CHAPITRE IV. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Réciproquement si on a trois points a, b, c non alignés et des points a0 , α, b0 , β et c0 , γ situés


respectivement sur (bc), (ca) et (ab) tels que a0 , b0 , c0 soient alignés et que le produit des
birapports ci-dessus soit égal à 1 alors les points α, β, γ sont alignés.
Démonstration. — Soit o = D ∩ ∆ et posons A = (oa), B = (ob) et C = (oc). L’incidence
entre o∗ et les droites (bc), (ca) et (ab) donne :
[b, c, a0 , α] = [B, C, D, ∆], [c, a, b0 , β] = [C, A, D, ∆], [a, b, c0 , γ] = [A, B, D, ∆]
et le résultat découle du lemme précédent.
La réciproque s’obtient en appliquant le sens direct avec γ 0 = (ab) ∩ (αβ).
Application à la preuve du théorème de Ménélaüs : dans le sens direct, on applique le lemme
des trois rapports avec c0 ∈ D = (a0 b0 ) et ∆ la droite de l’infini. Le produit des trois birapports
du lemme précédent s’écrit alors
a0 b b0 c c0 a
× × =1
a0 c b0 a c0 b
ce qui est le résultat cherché.
Réciproquement si on a cette relation, appelons c” = (ab)∩(a0 b0 ) ; le sens direct et l’hypothèse
donnent [a, b, c0 , γ] = [a, b, c”, γ] où γ = (ab) ∩ ∆ et donc c0 = c” d’où le résultat.
En ce qui concerne le théorème de Céva, nous allons utiliser le corollaire suivant de IV.3.15.
Corollaire IV.3.23. — Avec les notations du corollaire IV.3.15, les droites (ap0 ), (bq 0 ) et
(cr0 ) sont concourantes si et seulement si on a la relation
[p, q, r, r0 ] × [q, r, p, p0 ] × [r, p, q, q 0 ] = −1.
ou encore
(1) [b, a, r, c0 ] × [c, b, p, a0 ] × [a, c, q, b0 ] = −1
Démonstration. — Considérons l’homographie f qui envoie p, q, r sur p0 , q 0 , r0 . La première
relation de l’énoncé s’écrit
r 0 q p0 r q 0 p
× × =1
r 0 p p0 q q 0 r
ce qui en multiplisant en haut et en bas par r0 r conduit à
[r0 , p0 , q, r] = [r0 , q 0 , r, p]−1 = [r0 , q 0 , p, r] = [r, p, q 0 , r0 ]
de sorte que l’homographie qui envoie r0 , p0 , q sur r, p, q 0 envoie aussi r sur r0 ; c’est donc une
involution mais alors elle envoie aussi p sur p0 et donc est égale à f et le résultat découle de
IV.3.15.
Pour la seconde relation, on montre successivement les égalités :
[p, q, r, r0 ] = [b, a, r, c0 ], [q, r, p, p0 ] = [c, b, p, p0 ], [r, p, q, q 0 ] = [a, c, q, b0 ]
en utilisant les perspectives de centre c, a, b.
Application à la preuve projective du théorème de Céva : on applique le corollaire précédent
en prenant pour D la droite à l’infini. La formule (1) s’écrit alors
a0 b b0 c c0 a
× × = −1,
a0 c b0 a c0 b
d’où le résultat.
IV.3. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE DE DIMENSION 1 107

Remarque : afin de projectiver la conclusion du théorème de Céva, on choisit une droite D


quelconque et on note p, q, r ses intersections avec les côtés de abc. D’après Ménélaüs on a
rb pc qa
× × =1
ra pb qb
de sorte qu’en multipliant la conclusion de Céva par cette quantité, on obtient le produit de
birapport de (1).

Vous aimerez peut-être aussi