INTRODUCTION GENERAL : Le rôle de la langue et de la linguistique
dans l’interprétation d’un texte juridique
Le langage est le moyen par lequel le droit se fait et prend corps. L'absence de mots,
d'un langage, rend bien entendu le droit impossible, car c'est à travers eux qu'il existe,
qu'il se crée et qu'il s'ouvre. Chaque norme juridique, qu'il s'agisse d'un statut, d'un
jugement ou d'un contrat, contient un message structuré qui doit être perçu par tous
ceux qui le lisent ou l'utilisent. Il ne peut y avoir un tel texte, cependant, qui ne fasse
pas appel à sa propre interprétation qu'il serait seulement naturel, cette explication est
souvent recherchée par les praticiens du droit leur permettant de connaitre
l'emplacement exact des mots et l'intention des règles et comment ils doivent être
compris et traités en pratique. L'objectif de cette recherche est de faire comprendre le
rôle joué par la linguistique à la phase d'interprétation, en exposant les façons selon
lesquelles les juristes peuvent bénéficier de l'analyse sémantique des termes et textes
de lois et décisions de justice.
La linguistique peut être vue comme une science qui porte sur l'étude et l'analyse du
langage et qui croise plusieurs disciplines. Dans le domaine juridique, elle aide
également à déballer le sens, à interpréter l'espace sémantique et à découvrir des
couches d'implicature et de présupposition qui sont parfois intégrées dans le discours
juridique. Ces nuances linguistiques ne devraient pas être considérées comme
périphériques, elles sont plutôt centrales.
Il est également important de noter que le droit, étant une science sociale, est teinté
de subjectivité. Les mots choisis pour formuler des normes peuvent avoir des
significations différentes selon le contexte, l’époque ou même les cultures juridiques.
Par exemple, un mot comme « raisonnable » peut avoir des interprétations variées
selon les valeurs sociales en vigueur. C'est là que la linguistique entre en jeu. Des
branches comme la sémantique et la pragmatique aident à éclaircir ces zones d’ombre.
La sémantique s’intéresse aux significations précises des mots, tandis que la
pragmatique s'approche de la façon dont le contexte influence la compréhension des
énoncés juridiques, tenant compte des attentes des personnes impliquées dans la
communication.
Par ailleurs, la linguistique aborde des concepts tels que l’ambiguïté, les différentes
manières d’interpréter les textes (littérale ou téléologique), et les registres de langue
utilisés dans le milieu juridique. Une loi qui n’est pas rédigée de manière précise, par
exemple, peut prêter à diverses interprétations, et les méthodes linguistiques peuvent
alors nous aider à clarifier ces ambiguïtés. Cette démarche est particulièrement utile
lorsque les lois sont confrontées aux évolutions sociales, culturelles et technologiques,
car elle aide à trouver des interprétations harmonieuses dans un contexte changeant.
Les travaux de linguistes et de philosophes du langage comme Ferdinand de Saussure,
John Searle et Ludwig Wittgenstein apportent également des éclairages précieux sur le
langage juridique. Par exemple, la théorie des actes de langage de Searle nous aide à
comprendre que certains énoncés juridiques font plus que transmettre une
information : ils ont le pouvoir d'imposer des obligations ou de créer des droits,
comme dans le cas des contrats et des jugements. Ces « actes performatifs » sont au
cœur des interactions juridiques et mettent en évidence l'importance des mots dans le
domaine du droit.
Ainsi, ce projet de recherche souhaite approfondir le rôle de la linguistique dans
l’interprétation des textes juridiques, en mettant l'accent sur les éléments sémantiques
et pragmatiques qui influencent notre compréhension des normes. Nous examinerons
comment des concepts et méthodes issus de la linguistique peuvent résoudre des
ambiguïtés, éclairer les intentions des législateurs et assurer une application cohérente
de la loi. Dans une société de plus en plus globalisée, où les systèmes juridiques se
rencontrent et s’influencent, la linguistique peut contribuer à standardiser la
compréhension des termes juridiques, réduisant ainsi les risques de mauvaise
interprétation.
En conclusion, ce projet vise à apporter une réelle contribution à l’exploration des
interactions entre le langage et le droit. La linguistique n’est pas seulement un outil
d’analyse, mais un élément essentiel pour comprendre, appliquer et interpréter le
droit de manière à la fois rigoureuse et cohérente. En appliquant les concepts
linguistiques aux textes juridiques, nous mettrons en avant comment les mots
façonnent le droit et, en retour, la façon dont la loi organise notre utilisation des mots.
Ainsi, nous démontrerons que la linguistique et le droit ne sont pas des domaines
isolés, mais qu’ils se nourrissent mutuellement pour construire une société avec une
communication juridique plus claire et efficace.