La conscience
Résumé (très succinct et incomplet !) du cours
Cette page est surtout l'occasion pour moi de glisser quelques illustrations. Si un jour j'ai le
courage j'essaierai de compléter ce cours !
Table des matières
La conscience de soi est-elle une connaissance ?
La conscience est-elle le propre de l'homme ?
Conscience et inconscient s'opposent-ils ?
La conscience morale
La conscience et le néant
La conscience de soi est-elle une connaissance ?
Aïe aïe aïe, la question qui tue !
L'idée, c'est qu'en un sens non : en effet dans tout acte de conscience il y a, outre la
conscience de l'objet, la conscience (de) soi qui accompagne seulement la conscience de
l'objet. Ce n'est pas une conscience du même genre. Le soi est vu « du coin de l'œil » alors
que l'objet est vu « de face ». Cette distinction permet notamment d'éviter une régression à
l'infini (si je sais que je sais, alors je sais que je sais que je sais, etc.).
On peut donc distinguer le moi empirique et le sujet transcendantal. Le sujet transcendantal
ne peut pas être connu, car il est ce qui connaît toute chose, il est la condition de toute
connaissance. De même l'œil ne peut être vu car il est la condition de la vision. Le mètre-
étalon (barre métallique stockée à Paris et qui définit le mètre) ne peut être mesuré car il est la
condition de toute mesure. Etc.
Pour exprimer cette idée, Wittgenstein disait que « le sujet n'est pas une partie du monde,
mais seulement une limite du monde ». Rien dans le champ visuel ne dit qu'il doit être vu par
un œil. L'œil n'apparaît pas quelque part dans le champ visuel. Bref, je ne me vois pas moi-
même dans le monde, comme une partie du monde. Si je suis « quelque part » dans mon
champ visuel, c'est autour, à la limite, comme l'illustre ce dessin d’Ernst Mach (1838-1916) :
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Ernst Mach, Autoportrait sans miroir
Mach disait : « le moi est insauvable ». Le moi est un mythe, une abstraction, il n'existe pas
vraiment. Voilà donc ce qu'est la conscience, le sujet transcendantal : une abstraction, une
condition logique de la connaissance, mais qui est difficile à saisir. Le « point de vue », peut-
être. Le point de vue ne peut être vu. On ne peut que l'être. De l'« intérieur ».
La conscience est-elle le propre de l'homme ?
Pas facile à dire.
En deux mots :
Il est vrai que nous n'avons pas tout à fait les mêmes devoirs envers les animaux
qu'envers les hommes. Est-ce un signe de racisme, ou plutôt de spécisme, c'est-à-dire
de solidarité entre membres d'une même espèce ? Ou est-ce le signe que les animaux
nous sont inférieurs ?
Remarquons que les animaux ne peuvent être jugés moralement car ils n'ont pas de
conscience morale. Les conditions pour pouvoir être un sujet moral, selon Locke, sont
les suivantes : intelligence, intérêt au bonheur et conscience de la continuité future de
notre existence (prévoyant les conséquences de nos actes, nous pouvons ensuite les
assumer rétrospectivement : l'identification au moi passé repose sur l'identification au
moi futur j'assume mon acte car je l'ai accompli en connaissance de cause).
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Toutefois les animaux sont des êtres sensibles, ils souffrent. (Schopenhauer est le
premier philosophe à avoir véritablement reconnu cela.) Par conséquent nous avons
certains devoirs envers eux.
Dire ce qu'est l'homme, ce n'est pas seulement le distinguer de l'animal : c'est aussi le
distinguer de la machine, de l'ordinateur. Calculer, est-ce penser ? Si vous répondez
oui, dites-moi ce qu'en pense votre calculatrice ! En fait il y a peut-être deux
ingrédients pour que l'on puisse parler de conscience au sens courant : d'une part la
capacité calculatoire, computationnelle, cognitive ; de l'autre, la sensibilité. Les
ordinateurs ont la première qualité, les animaux la seconde, mais seuls les hommes
possèdent les deux !
Cela dit il faut admettre qu'il n'y a pas de rupture nette entre l'homme et l'animal. Sans
doute a-t-on plutôt affaire à un continuum.
Nous en dirons davantage dans le cours sur nature et culture et dans le cours sur le
langage : nous verrons que le langage humain se distingue très nettement des langages
animaux par certaines propriétés précises.
Terminons par ce mot de Pascal : « Pensée fait la grandeur de l'homme. »
Conscience et inconscient s'opposent-ils ?
Cela dépend des cas.
La conscience s'oppose à l'inconscient freudien (le ça) dans les cas pathologiques, c'est-à-dire
quand il y a refoulement. En fait si l'inconscient dynamique existe, alors par définition la
conscience s'y oppose : l'inconscient dynamique est le produit de cette oppposition, de ce
refoulement.
Mais en un autre sens conscience et inconscient vont main dans la main et sont à inséparables,
comme l'ombre et la lumière. Car la conscience ne peut exister que sur fond d'un « arrière-
plan » de facultés conceptuelles (et pratiques !) inconscientes. Car la pensée repose sur
l'action. Pour savoir il faut ignorer. Pour qu'il y ait une forme il faut qu'il y ait un fond. Pas de
premier plan sans arrière-plan. Pas d'être sans néant. C'est ce qu'on expérimente dans le
phénomène de la concentration : pour penser (ex : rédiger une dissertation de philosophie) il
faut se concentrer, c'est-à-dire ignorer tout le reste du monde !
Enfin au sens plus général l'inconscient désigne l'inconscient social : notre éducation, notre
culture, et tous les déterminismes sociologiques du même ordre. Ici la conscience peut
s'opposer à cet inconscient, mais il s'agit surtout d'en prendre conscience pour s'en libérer - ou
au contraire pour assumer pleinement cet héritage. Cas du révolutionnaire et du conservateur.
La conscience morale
La conscience morale est cette petite voix qui nous dit (généralement sans se tromper !) le
bien et le mal. Hergé a donné une représentation magistrale de cette voix de la conscience :
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On peut interpréter le diable comme le ça et l'ange comme le surmoi, c'est-à-dire la
conscience morale.
L'énigme est de savoir ce qui permet à ce petit ange, bien gentil mais si faible, de gagner la
bataille contre ce méchant diable qui a tous les désirs de son côté ! Cela s'éclaire si on pense
que la conscience morale est aussi au service de notre intérêt : si elle sacrifie l'intérêt
immédiat ce n'est jamais que pour nous assurer un bonheur futur. De même, si elle sacrifie
nos intérêts égoïstes en faveur de ceux d'autrui, c'est généralement pour sauver d'autres
intérêts égoïstes : ne pas recevoir de punition ou de réprobation ; c'est-à-dire, plus
profondément, ne pas perdre l'amour des autres. Freud disait : « Le mal est au début ce pour
quoi on est menacé de perte d'amour. » (Le Malaise dans la culture)
La conscience et le néant
Ou comment (essayer de) comprendre le charabia des philosophes.
L'idée, c'est que la conscience est un pouvoir de négation. Nous sommes capables
d'imaginer ce qui n'est pas. Et c'est même grâce à cette faculté d'imagination que nous
pouvons voir que ce qui est ! L'être ne peut apparaître que sur fond de néant. Une idée n'a de
sens que si on peut imaginer et comprendre son contraire. Une présence ne peut être perçue
que pour celui qui est capable d'imaginer l'absence - et inversement. Pour voir qu'une chose
est là, il faut comprendre qu'elle pourrait ne pas être là !
Voir la forme, c'est voir le fond... Autant dire que le fond est lui-même une forme, et le néant
un être !
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Gravure de M. C. Escher
Ce qui est beau (et puissant, peut-être), c'est que cela se relie à la notion d'action et de
possibilité.
D'abord, il en va de même pour l'action : on ne peut agir que si on peut ne pas agir. Il n'y a
action que quand on aurait pu ne rien faire. L'acte ne prend sens que sur fond de néant, c'est-à-
dire sur fond d'une inaction possible.
Or précisément, la conscience se fonde sur l'action. On ne comprend le monde qu'à partir de
nos sensations et de nos actions. Plus exactement, une chose (ex : un crayon, un court de
tennis) se ramène à un ensemble d'actions (et de réactions) possibles.
Ce qui permet à Heidegger de dire que la conscience est au fond projection de possibilités.
C'est-à-dire, si vous voulez, imagination. Le néant, c'est le possible : le possible, c'est ce qui
n'est pas, ce qui pourrait seulement être, ou ce qui aurait pu être.
Donc finalement la projection de possibilités est le fondement commun à la pensée et à
l'action !
C'est ce qui fait dire à Heidegger (encore lui !) que le néant, le possible, est en quelque sorte
« plus réel » que le réel lui-même. Car il est très efficace, pour ainsi dire, d'avoir rapport au
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possible, c'est-à-dire de penser. Pour s'en convaincre il suffit de voir ce que l'homme en a fait.
Terriblement efficace, ce « trou dans l'être », cette « clairière » qu'est la conscience, non ?
Cette faculté de négation...
Et le plus dingue de tout, le bouquet final, c'est que tout cela se rattache à ce que disaient les
vieux taoïstes il y a bien longtemps : ils avaient déjà compris cette efficacité du vide. C'est par
son vide qu'une roue ou une cruche est utile : car le vide est la condition du mouvement.
Le taquin, un genre de puzzle où on fait coulisser les pièces, ne fonctionne que s'il manque
une case :
De même en économie, il faut un vide pour que le système fonctionne : ce vide qui permet la
circulation, c'est la dette. Rabelais en faisait déjà l'éloge aux livres III et IV du Tiers Livre, il
est vrai pour des raisons pantagruéliques assez différentes de nos considérations présentes.