L'espace en géographie
Plan
• 1) L'espace, étendue terrestre
• 2) L'espace géométrique de localisation
• 3) L'espace comme construit
• 4) L'espace social, vécu et perçu
L'espace, une vue de l'esprit?
« L'espace, en effet, est parfois considéré comme ce que la géographie étudie, ou ce
dont elle explique l'organisation. Mais ce concept d'espace est flou (Scheibling dit
"creux et vide", Lipietz en 1977 parle de "bric à brac informe" et Derruau en 1996
"d'auberge espagnole".)
Il est particulièrement remarquable de constater que, dans la géographie physique, et
au contraire de la géographie humaine, l'espace est rarement défini, ni comme objet
d'étude (géographie = science de l'espace), ni comme outil pour étudier la terre
(géographie = science de la spatialisation des phénomènes), pas plus que comme
mesure (géographie = science de la localisation). (...)
C'est en fait un mot qui désigne à la fois l'irréductible originalité de la géographie (elle
serait incontestablement spécialiste de l'espace comme l'histoire serait spécialiste du
temps), et, en même temps, un vocable flou, puisque aucun géographe n'est, en fait,
réellement d'accord avec son voisin sur la signification du terme. »
Hervé Regnauld, L'espace, une vue de l'esprit, PUR, Rennes, 1998, p. 7.
L'espace, étendue terrestre
L'espace étendu
• L'espace géographique désigne d'abord une portion de la surface terrestre.
• Étendue physique concrète qui ne se réduit pas aux milieux naturels, mais qu'il leur
sert de support.
• Cette étendue terrestre concrète porte un certain nombre d'objets (milieux naturels,
activités, peuples, civilisations, etc.).
• La démarche géographique a consisté, en partie, dans le repérage à la surface du
globe de ces objets, la description et la localisation servant de préalable à
l'explication de la répartition spatiale de ces éléments.
• Pour effectuer ce travail de localisation, on a utilisé les propriétés géométriques de
l'espace physique.
L'espace géométrique de localisation
L'espace géométrique de localisation
• Toute étendue physique présente des propriétés géométriques.
• L'espace géométrique est une construction mentale. Il est homogène,
isotrope (toutes les directions y ont les même propriétés), continu et illimité.
• Cet espace est mesurable. Cette qualité permet de localiser en son sein
n'importe quel objet. Elle pose le problème de la distance.
• La localisation se fonde sur la définition de coordonnées qui permettent de
repérer un point.
– Cette position absolue définit le site. L'un des repères les plus connus est
celui des coordonnées terrestres (longitude/latitude/altitude) qui permet de
définir la position absolue de n'importe quel point du globe.
– On peut également déterminer la position relative d'un point par rapport à un
autre et définir ainsi sa situation.
L'espace, point de départ du raisonnement géographique
« Comme beaucoup d'autres, nous pensons que l'objet de la géographie
contemporaine porte sur l'espace et son organisation. (...)
L'espace est formé, soit par des lieux définis par leurs coordonnées
géographiques, soit par des portions plus ou moins étendues de la surface
terrestre dont les éléments sont des lieux unis par des relations
fonctionnelles que leur confèrent ou leur ont conféré les sociétés
humaines. (...)
Quelques propositions susceptibles de servir de point de départ au raisonnement
géographique :
- L'espace est organisé (la géographie est donc une science sociale).
- L'espace est le champ de relations de proximité (il est donc construit).
- L'espace n'est pas uniforme.
- Il existe des régularités dans les distributions spatiales. »
H. Chamussy, J. Charre, M.-G. Durand, M. Le Berre, « Espace, que de brouillons
commet-on en ton nom », Brouillons Dupont, n°1, 1977, pp. 15-30.
L'organisation de l'espace (D. Pumain), Hypergéo
• L’expression désigne à la fois l’action qui produit une certaine
configuration, et son résultat.
• L’organisation de l’espace définit l’objet de la géographie comme la
structuration des aménagements humains à la surface de la
terre.
• La notion est associée aux concepts de centre, de polarisation, flux et
réseaux, hiérarchies (réseaux urbains), villes et régions.
• Par exemple : distinction entre régions homogènes, définies par
similitude d’attributs et bien délimitées, et régions polarisées selon
des gradients d’intensité ds relations.
L'organisation de l'espace (suite)
• La notion est consacrée dans le Dictionnaire de la géographie de Pierre
George, 1970, où l’espace géographique est ainsi distingué des notions de
paysage et de milieu.
• Cette notion marque :
– la reconnaissance de l’importance des relations économiques et des
décisions politiques dans la formation des régions géographiques
– le passage d’une conception surtout verticale des relationst sociétés-
milieux à une conception horizontale, qui s’intéresse davantage aux
relations entre les lieux
– un nouvel essor de l’urbanisation et des problèmes d’aménagement
du territoire
L'analyse spatiale (D. Pumain)
• Le projet de l’analyse spatiale est d’expliquer la localisation et la
distribution des activités humaines.
• L’analyse spatiale met en évidence des structures et des formes
d’organisation spatiale récurrentes :
– modèles centre-périphérie
– les champ d’interaction de type gravitaire
– les trames urbaines hiérarchisées, etc...
L'analyse spatiale (D. Pumain)
• Elle analyse des processus qui sont à l’origine de ces structures, à
travers des concepts comme ceux de distance, d’interaction spatiale, de
portée spatiale, de polarisation, de centralité.
• La position théorique générale de l’analyse spatiale consiste à proposer
une explication partielle et des possibilités de prévision, quant à l’état
et à l’évolution probable des objets/unités géographiques.
• L’analyse spatiale raisonne à partir de la connaissance de leur situation
par rapport à d’autres objets géographiques.
• Elle se réfèrent au rôle majeur que joue la distance, qui d’une part freine
les interactions et d’autre part fait varier la valeur des lieux en fonction de
leur situation géographique relative.
L'analyse spatiale (D. Pumain)
• L’espace géographique est ici un espace relatif, produit, défini par les
relations entre les lieux.
• Ces relations entre les lieux s’établissent du fait des interactions entre des
acteurs sociaux localisés.
• Le développement de théories et de modèles spécifiques s’appuie sur une
position épistémologique qui suppose :
– une certaine autonomie du fait spatial,
– une spécificité de cette composante de l’organisation de la vie sociale
– l’existence de lois ou de règles générales de la spatialité
• Par la suite la notion d’organisation de l’espace recule au profit des
concepts de perception (puis représentation), production de l’espace (H.
Lefebvre, 1974)et des expressions d’organisation spatiale.
L'espace, construit social
La production de l'espace géographique
• L'espace géographique est considéré par la majorité des
géographes comme irréductible à l'étendue physique ou
géométrique.
• Contrairement à l'espace géométrique qui est homogène, uniforme et
neutre, l'espace géographique est « unique »: il a un horizon, de la
densité, une épaisseur.
• Plus qu'un simple décor ou un simple support à l'action humaine, il
est une production des sociétés.
La production de l'espace géographique
• P. Pinchemel parle de spatialisation (ou mise en espace) pour désigner l'action
volontaire qui conduit à transformer l'étendue en un espace organisé.
– Les sociétés organisent leur espace de façon plus ou moins consciente afin
de le mettre en valeur et d'en exploiter les ressources.
– Lorsque cette action est consciente, on parle d'aménagement.
• Chaque organisation spatiale est unique : elle résulte de la rencontre entre
une société donnée et son espace physique, à un moment donné.
• Etudier une organisation spatiale revient donc à étudier le rapport espace/
société.
• Une organisation spatiale est en particulier le produit d'une histoire
singulière.
H. Lefebvre, La production de l'espace
• Texte qui date de 1974
• Sociologue urbain marxiste : son oeuvre, trans/pluridisciplinaire s'organise à
partir de ses recherches sur la ville et l'urbain et propose une pensée de
l'espace qui va inspirer de nombreux géographes.
• La réflexion est inspirée par le travaux sur l'urbanisme et par l'analse de la
planification spatiale qui fonde l'aménagement des années 1960.
• L'espace est politique et stratégique : il faut trouver les stratégies anciennes qui
ont constitué l'espace.
– « les classes dominantes se servent aujourd'hui (1970's) de l'espace comme
d'un instrument. Instrument à plusieurs fins : disperser la classe ouvrière, la
répartir dans des lieux assignés, organiser les flux divers... »
H. Lefebvre, La production de l'espace
• L'espace (social) est un produit (social) :
– L'espace social n'est ni l'espace mental, ni l'espace physique
– L'espace-nature s'éloigne
– Chaque société produit un espace, le sien.
• Le terme de production renvoie à Hegel et se « dialectise »:
– L'espace intervient dans la production : il est productif et
producteur, il entre dans les rapports de production et les forces
productives
– L'espace est le support des rapports économiques et sociaux
– L'espace entre dans la reproduction de l'appareil productif, la
reproduction sociale
« Notre espace et prométhéen, car c'est l'humanité qui l'a
fait » R. Brunet
• « L'espace est une oeuvre humaine. »
• « Aucune société n'existe sans espace : toute société existe dans un
espace qui lui préexiste et qu'elle transforme. »
• « La société produit de l'espace : de l'espace matériel, visible, tangible dans
ses implantations, équipements, infrastructures, paages, mais aussi de
l'organisations patiale. »
• « L'espace organisé est donc une dimension intrinsèque des sociétés et
non pas seulement un produit. »
• « Résultat largement involontaire, il n'est cependant pourtant de ces sous-
produits que l'on oublie et dont on se débarasse : il est constamment
réincorporé par la pratique sociale, qu'il influence et que parfois il contraint. »
L'espace social, vécu et perçu
De l’espace de vie à l’espace vécu
• L'espace de vie est "l'aire des pratiques spatiales d'un individu" (Di Méo).
– Il est l'espace d'usage qui correspond à l'étendue sur laquelle les hommes
se déplacent.
– L'espace de vie est en ce sens très proche de l'espace physique.
– Toutefois, à la différence de ce dernier, il est déjà un construit social, ou plus
exactement mental, dans la mesure où il représente l'expérience concrète
que les hommes ont de l'étendue.
• L'homme construit l'espace au sens où il l'organise. Mais il construit également
l'espace en le vivant et en se le représentant.
• L'espace est en effet vécu par les sociétés : la production d'espace est
production de valeurs et de connaissances.
Espace vécu, espace social
• L'espace vécu est non seulement l'espace de vie, celui que l'on pratique, mais il
est l'espace tel qu'il est vécu, ressenti bien plus que perçu par l'individu.
• L'espace vécu renvoie à l'espace concret travaillé par l'imaginaire, investi de
significations sociales ou culturelles.
– Il est fait de lieux, d'édifices et de personnes, mais aussi de signes, de
repères, de sentiments, de souvenirs, de projets.
– L'espace vécu relève tout à la fois de la connaissance consciente, de
l'imaginaire et de l'inconscient.
– L'espace vécu est à l'échelle de l'individu percevant qui projette sur lui ses
représentations.
• L'espace social se distingue de l'espace vécu en ce qu'il est dépourvu de sa
dimension psychologique et de sa charge imaginaire (G. Di Méo).
La position constructiviste (O. Orain)
• Le terme de constructivisme désigne une posture philosophique pour laquelle toute
réalité n’est connaissable qu’à travers des catégories préalables.
• Notre monde serait toujours pré-construit par des filtres, des grilles de lecture, des
systèmes de représentation ou des façons d’agir qui configurent notre inscription en son
sein et nos interactions avec lui.
• Le constructivisme désigne le refus d’une réalité sociale naturalisée en un état de
chose immuable - et partant non révisable - par un discours officiel (religieux, étatique,
bourgeois, scientifique...).
• Le constructivisme repose sur l’idée que l’on ne peut en aucun cas accéder directement à
la réalité en soi.
La position constructiviste
• L'émergence d’une géographie anthropocentrée s’intéressant au « vécu », aux
« représentations », au « bien-être », à la « justice spatiale » remet en cause
l’idée que les « réalités objectives » sont accessibles à (ou simplement
intéressent) la géographie.
• La géographie des représentations (Armand Frémont, Antoine Bailly) n’a pas
été en reste pour critiquer l’idée de réalités géographiques données.
• C’est alors que diffusent dans la géographie française des thématiques typiques
(jeux d’acteurs, construction sociale des territoires, négociation des
représentations urbaines, etc.).
• « Peut-on au final parler d’un basculement de la communauté des géographes
du réalisme au constructivisme ? Il y a sans doute plutôt coexistence que
substitution, et une gamme de positionnements très divers, la plupart du temps
implicites. »
CONCLUSION:
L'espace appartient-il aux
géographes? (café de géographie)
Oui, l'espace appartient au géographe (P. Gervais-Lambony)
• Considérons d’abord l’espace naturel. La géographie est la seule discipline
à la jonction entre sciences humaines et sciences de la terre (cf. la
géographie « science carrefour » comme on disait jusque dans les années
1970).
• La géographie étudie l’organisation de l’espace. C’est la seule discipline de
sciences humaines la plaçant au centre de sa réflexion.
• L’espace est un construit, un élément de la société. Au-delà, on peut même
dire qu’il y a une dimension spatiale des sociétés, qui est l’objet même de la
géographie. Les autres disciplines étudiant la dimension spatiale des
sociétés humaines font donc de la géographie...
• Le géographe a un attachement aux lieux. Gilles Sautter disait : « que me
reste-t-il de la géographie que l’on m’a enseignée ? Un certain attachement
pour les lieux ! »
• Enfin les outils : seuls les géographes ont des outils spatiaux (cartes,
échelles) étudiant spécifiquement l’espace.
Non, l'espace n'appartient pas en propre au géographe (F.
Dufaux)
• Dangers d’écartèlement en définissant la géographie comme une discipline hybride.
• D’autres disciplines peuvent revendiquer l’attachement et l’étude des lieux.
• Les outils du géographe, s’ils sont puissants, autant les partager !
• Position de principe : la géographie ne doit pas et n’a jamais été séparée des autres
sciences. Toutes les sciences sociales pensent aussi l’espace qui est bien souvent une
dimension latente chez elles. C’est pourquoi dans de nombreux pays, la géographie
n’existe pas en tant que telle.
• Demeure une question : quel noyau dur pour négocier avec d’autres disciplines ? Peut-
être une position par rapport au réel : la géographie comme rappel au rugueux du concret.
Comme l’écrivait Jean-Louis Tissier, "être géographe, c’est penser ces réalités têtues que
sont les milieux et les lieux, les paysages et les territoires (...) La pensée géographique
s’inscrit dans un rapport au monde : elle permet l’approche de celui-ci.", [in Jean-Louis
Tissier, Entre image, langage et voyage, essai de géographie particulière, Habilitation à
diriger des recherches, Paris X, 1997, p.46-47]
PAUSE!!!!
LE TERRITOIRE
EN
GEOGRAPHIE
Plan
1. Un concept polysémique
• Quelques définitions
• Une notion récente?
1. L’approche politique
• Définition
• L’approche sackienne
1. L’approche sociale
• Définition
• Le lieu et le territoire
1. Territoire et réseaux : retour sur J. Lévy
1. Proposition de plan : « le territoire, objet géographique »
Un concept polysémique
Littré « étendue de terre qui dépend d’un Empire, d’une province, d’une ville, d’une juridiction »
Claude Raffestin « Le territoire est généré à partir de l’espace, il est le résultat d’une action conduite par un acteur
syntagmatique (acteur réalisant un programme) à quelque niveau que ce soit. En s’appropriant concrètement ou
abstraitement (par exemple, par la représentation) un espace, l’acteur « territorialise » l’espace ».
Joël Bonnemaison « Le territoire est lié à l’ethnie et à la culture qui le mettent en forme. Traduit en termes d’espaces, le terme de
culture renvoie immanquablement à celui de territoire. L’existence de la culture crée en effet le territoire et
c’est par le territoire que s’incarne la relation symbolique qui existe entre la culture et l’espace. Le territoire
devient dès lors un « géosymbole », c’est-à-dire un lieu, un itinéraire, un espace, qui prend aux yeux des
peuples et groupes ethniques, une dimension symbolique et culturelle, où s’enracinent leur valeurs et se
confortent leur identité. »
Roger Brunet « Le territoire est une œuvre humaine. Il est espace approprié. Approprié se lit dans les deux sens : propre à soi
et propre à quelque chose. Il est la base géographie de l’existence sociale. Toute société a du territoire, produit
du territoire. En fait, elle en en général plusieurs territoires, voire une multitude : pour habiter, pour travailler,
pour se recréer et même pour rêver ; des espaces vécus et des espaces subis ; des cellules locales, et des réseaux
ramifiés ».
Guy Di Méo « portion d’espace contrôlée et appropriée, y compris symboliquement, par une société donnée. Le territoire
national est ainsi l’étendue contrôlée par le pouvoir de l’Etat correspondant. »
« appropriation à la fois économique, idéologique et politique (sociale donc) de l’espace par des groupes qui se
donnent une représentation particulière d’eux-mêmes, de leur histoire »
Bernard « Agencement de ressources matérielles et symboliques capable de structurer les conditions pratiques de
Debarbieux l’existence d’un individu ou d’un collectif social et d’informer en retour cet individu et ce collectif sur sa
propre identité »
Jacques Lévy « Espace à métrique topographique »
Un concept polysémique
• Territoire est un espace, une étendue de terre. En ce sens, il y a une
matérialité du territoire.
• Le territoire n’est pas réductible à l’espace étendue : c’est un espace
approprié.
• Le territoire est un construit social.
• Appropriation peut être :
– Concrète, matérielle
– Juridique
– Symbolique, culturelle, idéelle
– Individuelle
– Collective
• Appropriation peut être le fait :
– d’un Etat
– d’un groupe social, individu, acteur
LE TERRITOIRE, NOTION RECENTE DE LA GEOGRAPHIE?
• Le territoire renvoie à une terre et non à un espace géométrique.
Le territoire a une localisation, une dimension, une forme, des
caractères physiques, des propriétés, des contraintes, des
« aptitudes ».
• Le territoire a une dimension sociale que ne possède pas l’espace :
Construction territoriale
• Pour C. Grataloup, territoire correspond à un troisième moment de la
pensée géographique :
– 1) le « milieu » empreint d’un naturalisme lamarckien
– 2) « l’espace », où règne spatialisme cartésien à dominante
géométrique
– 3) Le territoire, qui prend en compte l’identité des individus et des
sociétés
LE TERRITOIRE, NOTION RECENTE DE LA GEOGRAPHIE?
• Le territoire est généré par l’espace, comme l’indique la définition de Claude
Raffestin, mais ce n’est qu’un point de départ.
• Le territoire, selon G. Di Méo serait l’espace auquel on ajoute tous les
niveaux d’analyse ou d’interprétations qui se surimposent à l’espace
mathématique ou espace kantien, « forme pure de notre intuition sensible ».
• Le territoire fait référence à l’espace de vie qui correspond à l’aire des
pratiques spatiales de chaque individu, et à l’espace vécu qui possède
trois dimensions à savoir :
– l’ensemble des lieux fréquenté par un individu
– les interrelations sociales qui s’y nouent
– les valeurs psychologiques qui y sont projetées et perçues.
Bilan
• Dans les deux cas, le territoire est un espace approprié, c’est-à-dire, un
construit social.
• En ce sens, territoire et espace géographique sont proches.
• Il existe deux définitions complémentaires mais distinctes du territoire
:
– Une première définition met en avant la dimension politique de l’appropriation
– Une seconde définition insiste sur la dimension individuelle et psychique de
l’appropriation et renvoie à l’espace vécu
LE TERRITOIRE DANS SA DIMENSION
POLITIQUE
Une conception inspirée de l’éthologie
• Pour l’éthologie, le territoire est l’aire géographique dans les limites de
laquelle la présence permanente ou fréquente d’un sujet exclut le séjour
simultané des congénères appartenant tantôt au même sexe, tantôt aux deux
sexes.
• A l’image des animaux, les institutions et les appareils politiques marquent,
bornent, délimitent, défendent et conquièrent des territoires.
• Le chercheur anglo-saxon E.W. Soja écrit d’ailleurs que l’homme est un
animal territorial et que la territorialité affecte le comportement humain à
toutes les échelles de l’activité sociale.
Les caractéristiques du territoire politique
• Caractère objectif
• Idée de construit social par l’appropriation
• Territoire désigné par un nom
• Territoire associé à un pouvoir (et donc des acteurs)
• Territoire associé à une forme de contrôle
• Limites
• Institutionnalisation
Le territoire politique,
une utilisation historique du terme
• Le territoire se définit comme la marque essentielle de l’Etat. Il s’agit du cadre
spatial dans lequel est établie une communauté humaine, matérialisant de la sorte sa
fixation au sol tout en délimitant les contours ainsi que les limites de sa
souveraineté. (S. Beucher)
• La notion de territoire est historiquement attachée à des enjeux de pouvoir et de
domination. (A. Faure).
• En France, à partir du XIXe siècle, le territoire est pensé dans une acception militaire,
unifiée et quadrillée de la nation sur le plan administratif (A. Faure)
• En France, indissociable de l’idée d’Etat-nation
Les territoires selon R. Sack
« Territoriality will be defined as the attempt by an individual or a group to
affect, influence or control people, phenomena, and relationships, by
delimiting an asserting control over a geographic area. This area will be
called the territory. »
« On peut définir le territoire comme la tentative d’un individu ou d’un
group d’agir sur, d’influencer ou de contrôler des gens, des phénomènes
et des relations, en délimitant ou en imposant un contrôle sur un espace
géographique. On peut appeler cet espace territoire. »
Les territoires selon R. Sack
• La territorialisation sackienne est définie comme un moyen par lequel des
individus ou des groupes construisent et maintiennent des organisations
spatiales
• Les territoires sackiens réclament un effort constant, tant pour leur
établissement que pour leur maintien : ce ne sont pas des objets concrets
autonomes.
• La territorialisation, c’est-à-dire ici, la production d’un territoire, peut
s’analyser en termes de stratégies d’acteurs, qui elles-mêmes s’expriment
dans :
– Discours qui exprime des objectifs
– Objectifs affichés ou non
– Moyens mis en œuvre
– Pratiques
– Résultantes concrètes
Problématiques posées par la définition
sackienne
• Comment fabrique-t-on un territoire?
– Appropriation comme conquête : définition de limites à l’intérieur
desquelles un pouvoir exerce son contrôle.
• Question des frontières, de l’intégration des marges, des
fronts pionniers
• Question des conflits et des luttes
– Comment un acteur maintient-il son territoire, c’est-à-dire son
pouvoir sur un espace?
Les territoires selon R. Sack
• Il existe un continuum de situations que l’on peut organiser sur une échelle
de territorialisation :
– les degrés inférieurs relèvent de la spatialisation : déclinaison
contractualisée des règles et normes nationales en fonction des
contingences locales
– les degrés supérieurs relèvent de la territorialisation proprement dite :
création de systèmes autonomes d’action collective, chacun doté de
son propre mode de gouvernance en fonction de valeurs et
comportements localisés.
Deux acceptions du territoire
• Territoire est d’abord synonyme de local :
– Territorialiser, c’est gérer localement un problème défini à l’échelon national
– Territorialiser, c’est décliner à l’échelle locale des principes et des mesures
établis à l’échelon national
– Territorialiser, c’est ancrer dans la spécificité concrète du terrain
• Territoire peut aussi désigner un système autonome d’action collective :
– Territorialiser, c’est prendre en compte la responsabilisation croissante des
collectivité locales
– Territorialiser, c’est créer les conditions locales de la gouvernance d’un problème
donné
– Territorialiser un problème, c’est créer les conditions de la discussion, de la
négociation, de la gestion collective d’un problème
Le territoire dans sa dimension
symbolique
Le territoire dans sa dimension subjective
• Pour certains auteurs, le territoire se rapproche d’espace vécu et perçu
sans être totalement synonyme.
• P. Gervais-Lambony propose une définition du terme territoire qui
indiquerait une relation particulière des hommes et de leur environnement.
• Pour lui, territoire renvoie à l’espace en ce qu’il est l’instrument qui permet
la double inscription :
• horizontale dans la société : relation avec les autres, être à la
société humaine
• verticale dans le monde : mise en relation avec la terre et le ciel,
« être au monde »
• autrement dit un habiter collectif : mise en adéquation d’une portion
d’espace et d’un discours identitaire sur cette portion d’espace qui
permet aux hommes de l’habiter.
• Ces approches insistent donc sur le rapport individuel ou collectif,
psychique, symbolique, idéel, à la terre
La territorialité
• La territorialité inscrit l’homme dans son rapport à la terre.
• La territorialité raconte la spatialisation progressive des identités
individuelles et collectives au fur et à mesure que ces dernières contrôlent
effectivement un espace donné. (S. Beucher)
• La nature subjective du territoire renvoie à l’expérience individuelle,
sensible, affective de l’espace.
• Elle résulte « des pratiques individuelles, des cheminements et des
itinéraires personnels, des ces fourmillements du quotidien qui produisent
des bassins de vie et d’action » (G. Di Méo, 2004).
• Il y a donc une composante identitaire très forte dans le territoire : le
territoire renvoient aux représentations, aux symboles du groupe qui le
construit.
Territoire et lieu
• Pour G. Di Méo territorialiser un espace consiste à y multiplier les lieux, à
les installer en réseaux à la fois concrets et symboliques.
• Pour les chercheurs français, la différence entre lieu et territoire tient le plus
souvent à l’échelle et à la lisibilité géographique :
– Le territoire englobe des lieux
– Les lieux se singularisent par leur valeur d’usage à l’intérieur d’un
territoire
• Toutefois, pour B. Debarbieux, le lieu est une figure rhétorique du territoire :
– importance des hauts lieux qui sont les symboles d’une mémoire
collective.
– cf. l’équipe de Pierre Nora avec la notion de « lieu de mémoire » : la
désignation de lieux symboliques chargés d’ancrer la mémoire d’un
peuple et les pratiques cérémonielles et rituelles auxquelles elles
donnent lieu participe de la construction du territoire national
– Cf. B. Collignon et les Inuits
Le lieu
• Concept central de la géographie humaine contemporaine, notamment dans
le monde anglophone.
• Paul Vidal de La Blache a décrit la géographie comme étant la science des
lieux plutôt que celle des hommes, mais il n’a pas véritablement exploré le
concept.
• D’autres géographes ont aussi défini la géographie comme chorologie
• Le lieu a donc toujours fait partie du lexique des géographes, mais a
longtemps été peu défini.
• Synonyme commode et vague de région, de territoire, de site, d’endroit…
bref des espaces d’échelles et de substances fort variées.
Le lieu (1)
• Deux acceptions précises du terme.
• La première relève du champ de l’analyse spatiale.
• Le lieu y est défini comme une unité spatiale élémentaire dont la position
est à la fois, repérable dans un système de coordonnées et dépendante des
relations avec d’autres lieux dans le cadre d’ interactions spatiales(Béguin,
1979).
• Les lieux sont l’endroit où se localisent les phénomènes géographiques, que
ceux-ci soient des populations, des objets matériels ou des fonctions.
Le lieu (2)
(hypergéo)
• En 1974, la revue Progress in geography publie un article de Yi-Fu Tuan
"Space and place : humanistic perspective".
• À travers une approche dite « humaniste » , il montre que lieu est l’endroit où
la relation homme-terre est la plus étroite.
• Le lieu et l’homme se fondent mutuellement ; le lieu participe de l’identité de
celui qui en est - chacun se définit, et définit son environnement, notamment
par son appartenance spatiale - et les individus donnent une identité, et
même plus fondamentalement une existence, au lieu.
• Vidal de la Blache dans Le tableau de la géographie de la France (1903)
étudie la France comme un lieu : la "personnalité" du territoire national, le
genius loci (il emploie l’expression) propre à celle-ci, renvoient assez
précisément aux approches contemporaines du concept.
Le lieu (2)
(hypergéo)
• Les travaux de Marc Augé sur les "non-lieux" (1992) éclairent en creux cette
approche : il les définit comme des espaces mono-fonctionnels et cloisonnés
caractérisés par une circulation ininterrompue et in fine peu propices aux relations
sociales.
• Des valeurs peuvent être affectées aux lieux ; ainsi, toute une littérature a été
consacrée aux hauts lieux, lieux symboliques ou autres lieux exemplaires.
• Le lieu de la géographie humaniste est plus qu’un point, un nom ou une localisation : il
signifie. Il a un sens (sense of place), une identité, une personnalité écrivent certains
auteurs.
Le Lieu (3)
J. Lévy
• Le noyau central du concept de lieu porte sur la coprésence, c’est-à-dire
sur la cospatialité poussée jusqu’au bout.
• Pour la physique, en un point il ne peut y avoir qu’un objet. Le concept de
lieu se fonde sur l’idée inverse : il y a lieu quand au moins deux réalités sont
présentes sur le même point d’une étendue.
• Espace dans lequel la distance n’est pas pertinente. d=0
• Résultat paradoxal : la même réalité peut être traitée comme aire
(ensemble de lieux) si l’on active ses distances internes.
Le Lieu (3)
J. Lévy
• Dans un lieu, la position relative des phénomènes les uns par rapport aux
autres perd donc toute signification.
• En l’identifiant comme lieu, on privilégie d’une part les interactions au
contact en son sein et les relations distantes avec d’autres espaces.
• Le lieu peut se manifester à n’importe quelle échelle ou, plus exactement :
on peut toujours trouver un principe d’échelle qui fasse d’un espace un lieu.
• Ainsi le Monde peut-il être considéré comme un lieu du point de vue de
certains phénomènes : mondialisation
Intégrer les deux approches :
G. Di Méo, Géographie sociale et territoires, Paris, Nathan, 1998.
Territoire et réseaux:
retour sur J. Lévy
Territoires et réseaux
• Dans l’approche politique, le territoire est continu
• Dans l’approche subjective, le territoire peut-être discontinu :
– Territoire archipel, fait d’un réseau de lieux
– Territoire du nomade, constitué par la pratique
• Lévy propose alors de distinguer deux métriques :
– La métrique territoriale, pour renvoyer à des espaces continus
– La métrique réticulaire pour renvoyer à des espaces discontinus
Attention, les termes topologiques et topographiques sont à éviter : tous les
géographes ne les utilisent pas et de plus, les mathématiciens utilisent ces
termes dans une toute autre signification
Espace à métrique topographique vs espace à métrique
topologique
• J. Lévy oppose l’espace à métrique topographique (territoire) et l’espace à
métrique topologique (réseau)
• La distinction de J. Lévy cherche à rendre compte de l’idée qu’il n’existe pas
une mais des distances :
– L’espace à métrique topographique qui mobilise la distance euclidienne.
• Cet espace peut être considéré comme une aire continue. Il existe
toujours un lieu situé à une distance aussi petite que l’on souhaite
d’un autre lieu. Continuité : pas de rupture
• Cet espace est caractérisé par la contiguïté de ses éléments : deux
espace ou lieu sont continus s’ils possèdent une limite commune.
Contiguïté : pas de lacune
– L’espace à métrique topologique, mobilise une distance non euclidienne
• Cet espace est discontinu, lacunaire
• Dans cette espace, la proximité est fondée non pas sur la contiguïté
mais la connexité
Plan
1. Le territoire, un concept polysémique
• Le territoire comme espace approprié
• La dimension politique de l’appropriation
• La dimension subjective de l’appropriation
1. Le territoire ouvre la voie à de nouvelles pistes de recherche
• L’analyse politique et géopolitique des modes de territorialisation
• Une approche « humaniste » du territoire : lieu, identité, sacré
• Du territoire aux territoires : les échelles de la territorialité
1. Un concept fédérateur?
• De l’analyse spatiale à l’approche territoriale
• De la théorie à la pratique : l’aménagement des territoires
• Une passerelle transdisciplinaire