Politique forestière à Madagascar
Politique forestière à Madagascar
Article premier - Est adopté dans toutes ses dispositions le document d'orientation de la
politique forestière malagasy et dont le texte figure en annexe.
I. PREAMBULE
4. Enfin, les orientations majeures prises par le pays depuis l'avènement de la troisième
République se traduisent par des changements profonds qui sont en train de s'opérer dans le
contexte économique, politique et institutionnel au niveau national : relance des activités
économiques dans une optique de libéralisation, nouvelle répartition des rôles au sein de la
société à la faveur du désengagement de l'Etat du secteur productif, redéfinition de l'équilibre des
pouvoirs entre les différents niveaux de l'administration à travers la décentralisation effective.
8. D'une manière générale, l'économie rurale est aujourd'hui encore caractérisée par le
maintien de pratiques agricoles extensives, principalement sous l'effet des défrichements de
grande ampleur, le recul du couvert forestier. Dans les zones forestières, la pratique traditionnelle
de la culture de subsistance sur brulis ou tavy par un nombre croissant de paysans, alors que la
superficie des forêts naturelles a diminué, ne garantit plus leur reconstitution. Dans l'Ouest,
l'extension de la culture du maïs est une cause importante de défrichement des forê ts restantes.
Parallèlement, les effets néfastes des feux de brousse, liés entre autre à la vaine pâture des zébus,
se répercutent également sur la superficie boisée. Ce phénomène, qui garde des proportions
inquiétantes particulièrement dans l'Ouest et sur les hautes terres centrales, reste difficile à
maîtriser pour des raisons aussi bien techniques que politiques.
9. Les méthodes d'exploitation forestière en vigueur, qui n'ont guère évolué, n'intègrent
pas la notion du long terme. L'écrémage des espèces les plus demandées, l'absence d'opérations
sylvicoles destinées à compenser les prélèvements, l'importance du gaspillage de matière, sont
autant de facteurs qui contribuent à la dégradation des ressources forestières. Il convient de
souligner que ce phénomène se trouve aggravé par des pratiques d'exploitation illicite qui, selon
les régions, peuvent prendre une ampleur considérable. Globalement, dans les conditions
actuelles de leur gestion, le niveau de prélèvement sur les ressources boisées est bien supé rieur à
leur capacité de renouvellement.
12. En 1985, l'administration forestière s'est attachée à préciser sa stratégie d'action dans
un document de politique forestière. Toutefois, alors que les problèmes forestiers s'intensifiaient,
l'administration forestière n'a connu d'évolution significative ni dans ses moyens, ni dans ses
modalités d'intervention. En outre, son rôle est rendu plus difficile dans un contexte politique
marqué par l'affaiblissement de l'autorité de l'Etat. Il en résulte que l'action de l'administration
forestière, devenue plus facile à contourner, ne constitue plus aujourd'hui un garde- fou suffisant à
la déforestation. La situation qui prévaut est celle d'un accès facile et sans réel contrôle aux
ressources forestières.
15. La politique suivie jusqu'à ce jour a considéré l'Etat comme l'acteur essentiel sinon
unique de la lutte contre la dégradation forestière. Cela apparaît dans la nature exclusive de la
législation forestière en vigueur. L’Etat, propriétaire de la forêt naturelle, n'a jamais cherché à
associer les communautés locales à sa gestion. D'où le désintérêt qu'elles manifestent
généralement quant à une prise de responsabilité dans ce domaine.
16. Même si des initiatives de prise de responsabilité existent elles se heurtent à des
difficultés liées aux nécessités économiques qui tiennent une grande part dans les pratiques
rurales en vigueur. Du fait de la situation de paupérisation que connaît une grande partie de la
population, la perception de la fonction écologique de la forêt se trouve reléguée au second plan
par rapport aux préoccupations du quotidien. Les espaces boisés sont le plus souvent considérés
non pas comme une ressource à gérer mais comme une réserve vitale de terres dont l'occupation
aboutit à la déforestation. Les défrichements effectués pour une agriculture de subsistance ou
encore la recherche de revenus supplémentaires à travers une exploitation anarchique et souvent
illégale des produits de la forêt en sont des illustrations. Cette situation rend plus difficile la prise
de conscience en faveur de la lutte contre la dégradation forestière et donc la prise de
responsabilité dans ce domaine.
17. Dans les conditions actuelles de fonctionnement de la filière bois, les exploitants
forestiers, qui sont rarement des professionnels, se comportent comme des opérateurs
économiques soucieux avant tout de profit à court terme. C'est pourquoi les méthodes
d'exploitation qu'ils mettent en œuvre n'intègrent aucun souci de gestion à long terme de la
ressource. De plus, ils disposent d'une grande latitude dans la conduite de leurs activités en raison
de la faiblesse du contrôle exercé par le service forestier quant au respect des clauses
d"exploitation.
18. Du fait des multiples usages dont ils font l'objet (énergie, médecine traditionnelle,
produits de cueillette et chasse, matériaux de construction, matière première pour l'artisanat et les
activités de transformation, etc.), les produits de la forêt occupent une place non négligeable dans
la vie économique du pays. Toutefois leur importance réelle est difficile à évaluer car les activités
correspondantes ne relèvent que partiellement du secteur formel. Une part importante est opérée
soit au niveau de l'économie domestique soit au niveau du secteur informel qui s'est fortement
développé dans la filière du bois. Mais dans l'ensemble, bien qu'il présente un réel potentiel, la
contribution du secteur forestier au développement économique national reste limitée.
19. Le fonctionnement du secteur forestier connaît une série de problèmes qui freinent son
développement et qui se traduisent en fin de compte par un manque à gagner considérable.
L'exploitation forestière reste cantonnée aux méthodes traditionnelles qui occasionnent
d'importantes pertes de matière en forêt. Les activités de transformation sont peu développées,
faute d'investissements. Elles sont concentrées sur les premiers stades de transformation qui
n'apportent qu'une faible valorisation aux produits mis sur le marché. Les circuits de
commercialisation sont confrontés à des problèmes liés aux coûts croissants du transport, à la
qualité variable des produits du fait de l'absence de normes adéquates, à la multiplicité des
intermédiaires. L'approvisionnement du marché intérieur n'est pas toujours assuré et la
performance sur les marchés extérieurs reste faible. Enfin, les problèmes d'insécurité foncière
découragent l'investissement dans le reboisement.
20. Le secteur informel a connu une extension importante, allant parfois jusqu'à devenir la
principale source d'approvisionnement des marchés urbains en matériaux bois et en énergie.
Faisant souvent preuve de dynamisme et d'efficacité, le secteur informel apporte des avantages
immédiats, mais cela ne doit pas occulter l'impact négatif qu'il exerce sur le développement de ce
secteur dans son ensemble. Ainsi, la concurrence à laquelle se trouve confronté le secteur formel
sur toute la filière, de l'exploitation à la commercialisation, limite sa rentabilité et freine
l'investissement. De plus les possibilités d'évolution du secteur informel vers une meilleure
valorisation des produits sont faibles. Enfin, il favorise les activités illicites, peu soucieuses de la
pérennité à long terme de la ressource forestière.
21. Etant donné les atouts que constituent les sites naturels et la richesse biologique,
l'écotourisme est reconnu comme étant un potentiel important pouvant contribuer de manière
significative à la diversification des recettes extérieures et à la création d'emplois. Mais ce
potentiel est encore peu exploité, en raison notamment de l'insuffisance des infrastructures.
22. Le bilan préoccupant dressé ci- dessus ne doit cependant pas faire perdre de vue
l'existence d'un ensemble de facteurs favorables à la mise en œuvre d'une politique forestière
mieux adaptée à l'importance de l'enjeu et à la nature des problèmes posés. La nouvelle politique
forestière devra chercher à les mettre à profit afin de renverser les tendances dégagées dans le
bilan de la situation.
23. Tout d'abord, une large prise de conscience s'est opérée au sein des institutions
nationales et internationales face à la gravité du problème posé par la dégradation de
l'environnement à Madagascar, avec ses multiples conséquences à moyen et long terme. La
nécessité de préserver la richesse biologique du pays, dont l'intérêt relève du patrimoine mondial,
a joué en cela un rôle particulier. L'adoption de la Charte de l'environnement en 1990 a marqué
une étape importante car elle fixe les grandes orientations dont la mise en œuvre par des
structures nationales à travers le plan d'action environnemental est largement soutenue par le
financement de la communauté internationale.
L'existence de ce cadre général de l'action environnementale facilite l'élaboration et la mise en
œuvre d'une nouvelle politique forestière. Il faut noter également l' intervention d'un nombre
croissant d'organismes dans le domaine de l'environnement. Si leurs actions ont été dans un
premier temps orientés principalement vers des préoccupations écologiques, l'articulation entre
les problèmes de développement socio-économique et les problèmes de conservation des
ressources est aujourd'hui davantage prise en considération dans la conduite des actions.
25. En milieu rural, notamment sur les hautes terres centrales, des initiatives locales ont
permis de constater une motivation certaine des paysans à mener des activités de reboisement,
d'arborisation ou d'agroforesterie. L'expérience a montré qu'avec un dispositif incitatif adéquat,
pouvant aller jusqu'au transfert de gestio n ou de propriété, les initiatives privées d'extension de la
ressource peuvent se développer rapidement. Il convient de relever que la terre existe en quantité
suffisante à Madagascar pour permettre, dans des conditions à définir, un bon équilibre spatial
entre spéculations agricoles et forestières.
26. Les différents acteurs de la filière bois, exploitants, artisans et industriels, sont eux
aussi davantage conscients des risques que fait peser sur leurs activités la tendance actuelle de
dégradation accélérée des ressources forestières. Ils se montrent disposés à jouer un rôle dans un
processus de redressement de la situation. Ici également, la création d'un environnement
favorable à une meilleure valorisation des ressources et à la transformation des produits sur place
eut contribuer au développement du secteur tout en limitant les effets néfastes sur les ressources.
27. La politique forestière malagasy repose sur six principes de base qui constituent à la fois
des critères permanents pour guider l'action et des références pour l'évaluation des résultats. Ces
principes s'inscrivent dans la perspective du long terme qui caractérise la gestion des ressources
forestières. Ils se réfèrent non seulement au bilan de la situation forestière du pays et au constat
qui en découle, mais aussi aux multiples services que la forêt apporte à la société à travers ses
fonctions écologique, économique et sociale.
3.1. Conformité avec la politique de développement nationale
28. Malgré ses spécificités, la politique forestière nationale doit s'articuler le plus
étroitement possible aux orientations globales du pays. C'est pourquoi la conformité avec les
objectifs des politiques adoptées dans le domaine du développement rural et de l'environnement
constitue un critère de base pour la formulation et la mise en œuvre de la politique forestière. De
même, la stratégie dans le domaine forestier doit s'inscrire dans le cadre des options nationales en
matière de décentralisation, de désengagement de l'Etat du secteur productif et de libéralisation
économique.
3.2. Conservation des ressources forestières par une gestion durable appropriée
29. La ressource forestière est renouvelable mais pas intarissable. Il est nécessaire de
garantir le mieux possible les conditions de sa conservation et de son renouvellement, au bénéfice
de la nation et des générations futures. Cela implique une amélioration des modes de gestion
plutôt que dans le renforcement des systèmes d'interdiction. Des modes de gestion durable et
appropriée devront permettre de concilier la satisfaction des besoins économiques et sociaux
d'une part, et la
préservation d'un équilibre global entre prélèvement et reconstitution de la ressource d'autre part.
30. Le couvert forestier joue dans les écosystèmes un rôle important pour la préservation
de certains équilibres dont la rupture se trouve à l'origine de problèmes écologiques de grande
ampleur et parfois irréversibles. Ces problèmes provoquent pour la collectivité, de manière
directe ou indirecte, des coûts sociaux et économiques considérables. La prévention contre
l'apparition à moyen ou long terme de tels problèmes doit guider l'action des autorités publiques.
L'adoption de mesures visant à protéger ou à reconstituer le couvert forestier dans les zones à
risque s'inscrit dans cette optique.
31. La forêt est à la base d'un secteur d'activités économiques qui vise à répondre aux
besoins domestiques des ménages et à approvisionner les marchés en produits forestiers. Le
fonctionnement de ce secteur peut être notablement amélioré tant au niveau de l'exploitation, de
la transformation que de la commercialisation, afin d"accroître sa contribution au développement
économique national. Cette contribution devrait se refléter notamment dans la satisfaction d'une
demande croissante en produits de meilleure qualité, la création d'un plus grand nombre
d'emplois et l'augmentation de la part du secteur forestier dans le revenu national. La mise en
valeur forestière, en tant que source de revenus, peut et doit être conduite de façon à assurer le
maintien voire l'accroissement à long terme du capital que constitue la forêt.
32. La gestion durable des ressources forestières ne peut être envisagée sans une
implication des différents acteurs locaux concernés. La stratégie forestière nationale s'attachera
donc en priorité à les associer à la gestion des ressources forestières en leur conférant des
responsabilités dans le cadre de contrats de gestion.
33. L'efficacité des actions forestières doit être recherchée avant tout dans leur adaptation
aux réalités du pays. Cette adaptation constitue un critère important pour la priorisation des
actions à mener. Cela conduit d'une part à focaliser les actions sur les questions forestières les
plus cruciales qui se posent dans les différentes régions écologiques, et d'autre part à privilégier
les actions dont la mise en œuvre est compatible avec les capacités techniques, économiques et
organisationnelles des acteurs concernés. Enfin, étant donné la limitation des moyens financiers
et humains susceptibles d'être affectés à la mise en œuvre de la politique forestière, leur
utilisation optimale doit être recherchée en se référant à la notion de coûts-avantages.
34. La politique forestière malagasy s'articule autour de quatre grandes orientations. Celles-ci
déterminent les domaines d'intervention à privilégier afin de remédier aux principaux problèmes
énoncés dans le bilan de la situation forestière, tout en se référant aux principes fondamentaux
définis ci-dessus. Ces orientations consistent à :
a. Enrayer le processus de dégradation forestière qui, compte tenu de son ampleur,
constitue une menace pour la pérennité du patrimoine forestier et biologique ;
b. Mieux gérer les ressources forestières en recherchant, dans une optique de
développement durable, la meilleure adéquation possible entre les ressources et les
besoins ;
c. Augmenter la superficie et le potentiel forestiers pour que la forêt puisse mieux
remplir sur le long terme ses fonctions économique, écologique et sociale ;
d. Accroître la performance économique du secteur forestier pour qu'il contribue
davantage au développement économique du pays.
35. En tant que réponse à une problématique forestière globale, ces orientations ne
peuvent être considérées isolément, mais doivent être vues dans leur complémentarité. En effet,
chacune d'entre elles contribue peu ou prou à la poursuite des autres. Ainsi, la première
orientation, d'une portée plus fondamentale, s'inscrit dans une optique de conservation du
patrimoine forestier.
Toutefois, il est indéniable que les trois autres orientations, qui sont principalement tournées vers
une meilleure gestion et valorisation des ressources forestières, contribuent également à leur
préservation. Un autre aspect de leur complémentarité réside dans le fait qu'elles s'efforcent
chacune, sous des angles différents, de contribuer à la résolution de problèmes immédiats tout en
s'inscrivant dans une perspective à moyen et long terme.
36. Chacune de ces orientations est traduite ci-après par une série d'objectifs. Cet ensemble
fournit le cadre de référence pour l'élaboration des principaux instruments de mise en oeuvre de
la politique forestière. Il s'agit :
- sur le plan opérationnel, de se doter d'un plan directeur forestier national et des plans
directeurs forestiers régionaux ;
- sur le plan juridique, d'actualiser la législation forestière ;
- sur le plan institutionnel, de procéder à une réforme de l'administration forestière.
37. Il convient enfin de souligner que ces orientations ne se limitent pas à l'action des
autorités publiques. Leur poursuite nécessitera l'implication active de tous les acteurs concernés,
sous l'impulsion de l'administration forestière. Ce nouveau mode de relation entre les différents
acteurs est une condition indispensable pour relever le défi posé par la situation forestière
actuelle. C'est pourquoi il constitue la clé de voûte de la stratégie de mise en oeuvre de la
politique forestière.
44. Les mesures à prendre viseront principalement à réduire la pratique des feux sauvages
et incontrôlés. Une plus grande maîtrise des feux de brousse sera recherchée par une gestion
appropriée des différents modes d'utilisation : feux de contre-saison, feux précoces, feux
contrôlés, pare-feux.... de façon à limiter autant que possible les conséquences sur
l'environnement. Cette gestion passe nécessairement par la responsabilisation des collectivités
locales à différents stades, notamment l'analyse du phénomène, l'élaboration des modes de
gestion appropriés et le contrôle de leur application. Elle constituera une considération essentielle
à prendre en compte lors de l'élaboration des schémas d'aménagement des terroirs.
46. Une série de mesures visera à préserver, à l'échelle du pays, une superficie suffisante
de massifs de forêts naturelles de façon à garantir la pérennité des différents types d'écosystèmes
forestiers. Elle implique l'établissement, sur la base des résultats de l'inventaire écologique et
forestier à l'échelle national, d'un schéma de gestion des forêts naturelles selon la vocation
(conservation ou production) qui leur est affectée, puis la délimitation et le classement des forêts
naturelles dont la protection devra être assurée de manière prioritaire et impérative. Une telle
priorisation est dictée par un souci de réalisme, compte tenu des moyens nécessaires. Une
attention particulière sera accordée à l'extension du réseau d'aires protégées existant vers des
écosystèmes spécifiques (écosystèmes marins, mangroves, zones humides), et à la limitation de la
dégradation de formations particulières telles que les raphières et le tapia. Enfin, il importe de
favoriser la régénération des essences autochtones par des actions sylvicoles en forêt naturelle.
47. Par ailleurs, il est nécessaire de revoir la réglementation concernant la gestion de la
faune et de la flore, puis d'adopter les mesures permettant d'en assurer le respect. Le domaine
concerné s'étend à la chasse ou la collecte, la production par l'élevage ou en pépinières ainsi que
la commercialisation des produits sur le marché local ou extérieur. Sur le plan international, il
s'agira de participer activement aux négociations visant à renforcer la protection juridique des
droits du pays d'origine des ressources génétiques.
48. Il convient d'améliorer les modalités de gestion des différents types d'espaces boisés afin que
les ressources forestières qui deviennent rares profitent de façon optimale à la société. Cette
amélioration de la gestion visera à favoriser un développement durable des resso urces forestières
dans des conditions qui concilient leur mise en valeur et leur conservation à long terme.
Les objectifs consisteront à :
- mettre en œuvre des plans d'aménagement des ressources forestières ;
- gérer rationnellement l'exploitation des ressources forestières ;
- réorganiser le système de recettes forestières ;
- instituer le professionnalisme forestier.
49. Dans un souci de gestion à moyen et long terme des ressources forestières, il faut
dorénavant limiter l'accès à la forêt naturelle comme réserve foncière et mettre fin aux
prélèvements anarchiques qui s'y opèrent. Dans cette perspective, le domaine forestier de l'Etat
devra faire l'objet de plans d'aménagement. Ceux-ci devront tenir compte de l'ensemble des
utilités possibles de ces espaces boisés pour les différents intéressés, et en particulier les
populations riveraines, qui seront associées à leur élaboration puis à leur mise en oeuvre.
L'élaboration des plans d'aménagement forestier nécessite entre autre :
- la délimitation et le classement préalables du domaine forestier de l'Etat ;
- une meilleure connaissance des écosystèmes forestiers et de leur potentiel de
production basée sur un inventaire écologique et forestier ;
- une identification des diverses relations entre les populations riveraines et la forêt, de
manière à en tenir compte dans les plans d'aménagement, et la maîtrise des techniques
sylvicoles appropriées.
50. Ces plans d'aménagement forestier, qui définissent les principes de gestion des
ressources forestières, devront être suffisamment précis pour prévoir les interventions sylvicoles
et les niveaux de prélèvement ultérieurs. Par ailleurs, ils veilleront à ce que le plus grand nombre
d'emplois locaux soit créé et à ce que les revenus diversifiés profitent de façon plus équitable aux
différents acteurs concernés, tant au niveau local que national. Les plans d'aménagement forestier
viendront utilement compléter les mesures qui seront prises dans le cadre de l'aménagement des
terroirs villageois.
52. L'exploitation forestière sera cantonnée dans les zones prescrites dans les plans
d'aménagement. Les exploitants seront associés à cet aménagement de façon contractuelle. Leur
responsabilisation dans l'amélioration de l'infrastructure sera recherchée et l'obligation de
reboiser sera maintenue. Les normes d'exploitation seront reformulées avec précision afin de
promouvoir l'utilisation de produits adéquats. La procédure d'attribution des permis d'exploitation
sera revue en conséquence et simplifiée.
54. Une meilleure gestion des ressources forestières exige que les différents métiers
concernés soient progressivement exercés par des professionnels. C'est pourquoi l'institution de
véritables métiers sera favorisée aux différents niveaux de la filière, de la récolte à la
transformation des produits de la forêt.
55. Pour cela, des mesures touchant aux conditions de fonctionnement du secteur sont à
envisager fin d'inciter les opérateurs à se professionnaliser. Elles consisteront notamment à
accorder des avantages aux opérateurs du secteur formel qui se professionnalisent. Il peut s'agir
par exemple d'avantages fiscaux, d'appui à l'installation de jeunes professionnels, d'un accès
facilité au financement des investissements, ou encore de priorité dans l'attribution des permis
d'exploitation.
56. D'autre part, des unités de formation professionnelle forestière seront créées ou
redynamisées dans les différentes régions écologiques du pa ys. Leurs activités porteront à la fois
sur la formation initiale et sur le recyclage des opérateurs déjà en activité, afin de contribuer à
professionnaliser un nombre croissant d'opérateurs à travers le pays.
4.3. Augmenter la superficie et le potentiel forestiers
59. Le système d'appui aux initiatives de reboisement devra être redéfini afin de pouvoir
répondre d'une manière adaptée aux différents types d'acteur et de reboisement. En effet, la nature
des appuis demandés et leurs modalités seront différentes selon les cas. Ils porteront entre autre
sur l'approvisionnement en matière végétale de qualité correspondant aux besoins exprimés et
aux conditions écologiques de chaque région. La mise en oeuvre de ce système d'appui
nécessitera une coordination entre le service forestier et les structures opérationnelles telles que
les projets et
les ONG.
60. L'insécurité foncière constitue un obstacle de taille freinant les initiatives en matière
de reboisement. Certes, la question foncière est délicate et complexe du fait de la superposition
du droit coutumier et du droit foncier moderne. Mais il serait vain de vouloir encourager les
initiatives privées de reboisement si elles ne sont pas assurées d'en tirer les avantages escomptés.
L'autorité publique devra donc mettre en œuvre les mesures permettant de garantir' la sécurité
foncière à ceux qui reboisent.
64. L'ampleur du phénomène d'érosion sur l'ensemble du pays est tel qu'il risque de
compromettre les perspectives de développement économique et social durable. Le couvert
forestier joue un rôle crucial dans la protection des terres arables contre l'érosion et dans la
régulation des cours d'eau. Aussi les stratégies forestières régionales devront-elles accorder une
placez importante au reboisement conduit dans le cadre de l'aménagement des bassins versants.
Ces reboisements de protection constituent en effet une composante essentielle dans les systèmes
de défense et de restauration des sols, et plus généralement dans le maintien des grands
équilibres, écologiques. Dans les régions le s plus affectées par le phénomène des lavaka,
affaissement des sols sous l'effet de l'érosion, leur stabilisation prendra une importance
particulière.
La conduite de ces actions de reboisement devra s'intégrer dans l'ensemble du dispositif
d'aménagement des bassins versants qui comporte d'autres volets (systèmes anti- érosifs,
amélioration des systèmes de culture sur tanety et des pâturages suivant les courbes de niveau,
etc...).
65. Pour que le secteur forestier, dont le potentiel demeure insuffisamment mis en valeur,
contribue davantage au développement du pays, il est nécessaire d'améliorer sa performance
économique dans une perspective à moyen et long terme. Parallèlement, il est utile d'amé liorer
système d'information économique sur le secteur forestier afin de pouvoir apprécier l'évolution de
contribution réelle à l'économie nationale.
Les objectifs consisteront à :
- mieux valoriser les produits de la forêt ;
- consolider les structures de transformation ;
- améliorer le fonctionnement des circuits commercialisation ;
- développer l'écotourisme.
66. Les produits de la forêt feront l'objet d'une meilleure valorisation. Elle visera à la fois
une adaptation aux besoins en offrant des produits meilleure qualité, un frein au gâchis actuel
dans l'utilisation de la ressource et un accroissement valeur ajoutée au bénéfice de l'économie
nationale.
67. Pour cela, un ensemble de mesures d'incitation à la valo risation des produits de la forêt
devront être prises, en veillant à ce qu'elles soient adaptées aux diverses situations régionales.
Elles porteront notamment sur :
- l'exploitation d'une plus large gamme d'espèces ligneuses ;
- la récupération et l'utilisatio n des sous-produits jusqu'ici délaissés ;
- la promotion des produits non ligneux ;
- l'utilisation adéquate des produits en fonction leurs caractéristiques technologiques ;
- la normalisation des produits ;
- la réglementation de l'exportation des produits forestiers ;
- la réglementation de l'exploitation des produits de la faune et de la flore.
68. Une attention particulière devra être accordée au bois énergie, principale source
d'énergie domestique, étant donné le volume de produit ligneux ainsi utilisé. Celui-ci pourrait être
réduit par la mise en oeuvre de techniques appropriées en ce qui concerne la production et
l'utilisation du charbon de bois.
72. Toutefois, cette amélioration restera fortement tributaire du secteur informel qui
occupe une place prépondérante dans la commercialisation. Il ne s'agit pas de chercher à le
contrôler à tout prix, mais plutôt d'adopter des mesures visant dans un premier temps à améliorer
son fonctionnement puis à l'inciter à s'intégrer progressivement dans les circuits commerciaux
formels.
73. Les sites naturels ainsi que la richesse de la faune et de la flore constituent pour le
pays un important potentiel touristique. Celui-ci sera mis en valeur en favorisant le
développement progressif des activités d'écotourisme. Pour cela, les mesures appropriées seront
prises, en relation avec le département ministériel chargé du tourisme. Elles porteront notamment
sur la mise en indispensables pour éviter que ces activités ne portent atteinte aux écosystèmes et
aux valeurs socioculturelles locales. Toutefois la conduite des activités elles mêmes relèvera pour
l'essentiel du secteur privé.
74. L'organisation de ces activités veillera à une répartition équilibrée de leurs retombées
économiques, en particulier entre les opérateurs privés, les populations riveraines et le
financement des actions de protection de la nature. Au niveau de l'économie nationale, un apport
considérable est attendu du développement de ces activités en terme de diversification des
recettes extérieures et de création d'emploi.
75. Une fois définis les orientations et objectifs de la politique forestière, il convient de
préciser la stratégie qui va guider sa mise en œuvre concrète.
La stratégie forestière malagasy indique donc, dans leurs grandes lignes, les voies et moyens
considérés comme les plus appropriés pour réaliser les objectifs fixés. Elle comporte différents
éléments liés les uns aux autres, à savoir :
a. Une gestion durable des ressources forestières, tenant compte à la fois de la nécessité
de préservation et des besoins de production, de la pression du court terme et des
impératifs du long terme ;
b. Un nouveau mode de relation entre les acteurs, visant à les impliquer activement dans
la résolution du problème forestier, sous l'impulsion de l'Administration forestière ;
c. La réforme de l'Administration forestière, qui sera amenée à se retirer des actions
opérationnelles afin de se concentrer sur les fonctions de conception et d'orientation,
d'incitation et de coordination, de contrôle et d'évaluation ;
d. Une gestion décentralisée des actions forestières au niveau régional, pour assurer la
prise en compte des spécificités régionales ainsi que l'engagement des différents
acteurs concernés dans la mise ne oeuvre de la politique forestière ;
e. Une gestion locale et participative des ressources forestières, pour permettre la
responsabilisation des collectivités locales ;
f. L'articulation entre la mise en oeuvre de la politique forestière et celle des autres
politiques sectorielles, afin d'assurer la cohérence et la synergie nécessaires à
l'efficacité des actions ;
g. La mise en place d'un mécanisme de financement soutenu, afin de garantir la
nécessaire continuité des actions forestières sur le moyen et long terme.
76. La gestion durable des ressources forestières doit tenir compte à la fois de l'urgence
des problèmes posés par la dégradation forestière et de la nécess ité de produire des biens
indispensables à la société. Elle ne pourra répondre à ces exigences à priori contradictoires qu'en
se plaçant dans une optique de développement durable. Celle-ci conduit à ne pas opposer, ni
même séparer, la protection de ressources forestières et leur mise en valeur, mais au contraire à
les considérer dans leur interdépendance. Ainsi, une meilleure valorisation de ces ressources au
bénéfice de la société contribuera d'une façon ou d'une autre à leur préservation. Cette optique
conduit par ailleurs à s'attacher à résoudre des problèmes immédiats tout en s'inscrivant dans une
perspective à long terme, indissociable de la foresterie.
77. Dans cette perspective de gestion durable, les objectifs et les modalités d'intervention
dans le domaine environnemental doivent être rapprochés et coordonnés avec ceux du
développement forestier et rural. Ainsi, les projets à vacation de conservation du patrimoine
forestier seront encouragés à mettre en oeuvre des approches qui prennent également en
considération les problèmes de développement socio-économique dans leurs zones d'action. A
l'inverse, les projets de développement forestier et rural devront intégrer des préoccupations de
conservation à long terme des ressources naturelles. Par ailleurs, un équilibre adéquat est à
trouver dans la répartition des actions, notamment entre les projets orientés vers la conservation
et les projets orientés vers la production et le développement.
78. La gestion durable impliquera prise en compte systématique de l'impact des actions
menées sur l'évolution des, ressources forestières. Elle nécessite la mise en place d'un système de
suivi et d'évaluation de la dégradation forestière afin d'en assurer la maîtrise. Les collectivités
locales y seront associées progressivement pour favoriser la prise de conscience et de
responsabilité collective face à ce problème. Une telle démarche sera appliquée d'abord dans les
zones se trouvant en périphérie des aires protégées avant de s'étendre aux autres catégories de
forêt.
79. Des actions d'information et d'éducation à tous les niveaux sont nécessaires pour
sensibiliser à la nécessité d'une gestion durable des ressources forestières et pour garantir sur le
moyen et long terme la pérennisation des efforts déployés. Elles pourront s'inscrire dans le cadre
des actions d'information et d'éducation menées dans le domaine environnemental. Une attention
particulière devra être accordée aux jeunes générations. Elle se traduira par l'intégration d'un
programme d'éducation forestière et environnementale dans le système scolaire.
5.2. Un nouveau mode de relation entre les acteurs
80. Deux raisons majeures conduisent à l'instauration d'un nouveau mode de relation entre
les différents acteurs concernés par la problématique forestière. D'une part, la prise en compte des
grandes options de développement définies au niveau national (libéralisation économique,
désengagement de l'Etat du secteur productif, décentralisation) amène l'Administration forestière
à redéfinir son rôle par rapport aux autres acteurs opérant dans ce secteur. D'autre part, la mise en
oeuvre d'une gestion durable des ressources forestières pour relever le défi posé par la situation
forestière ne peut en aucun cas être du ressort exclusif de l'Etat. L'implication active des autres
acteurs concernés, notamment des collectivités locales, des opérateurs privés et des organismes
d'intervention, est indispensable.
L'Etat, à travers l'administration forestière, doit jouer un rôle d'impulsion et d'orientation
d'ensemble, en vue de l'efficacité globale des actions.
81. Dans cette perspective, la redéfinition du rôle de l'Administration forestière aura pour
corollaire la délégation des activités opérationnelles à d'autres entités telles que les organisations
non gouvernementales ou les structures privées à participation étatique, la dynamisation du
secteur privé pour développer les activités économiques, et la participation des collectivités
locales à la gestion des ressources forestières.
82. Les activités opérationnelles que l'Administration forestière assumait jusqu'à présent
en régie directe seront déléguées progressivement à d'autres entités sur une base contractuelle. Il
s'agit notamment des activités liées à l'aménagement et à la gestion des forêts publiques tels que
les trava ux de reboisement et d'entretien sylvicole, à l'aménagement des bassins versants, et à la
lutte contre les feux de brousse. Ces entités pourront relever de différents statuts (organismes du
secteur privé, organisations non gouvernementales, structures liées à l'Etat mais dotées d'une
autonomie de gestion ...), le principal critère recherché étant l'efficacité des actions conduites.
84. Le développement des activités économiques, aux différents niveaux des filières de
produits forestiers, est attendu des initiatives du secteur privé. L'Administration forestière jouera
à cet égard un rôle incitatif en créant un environnement qui leur soit favorable, tout en veillant à
ce que leurs pratiques ne soient pas contraires à l'intérêt général.
85. La gestion durable des ressources forestières ne peut pas être envisagée sans une prise
de responsabilité au niveau des collectivités locales. Ces dernières y seront donc associées chaque
fois que cela est possible. Ainsi, l'Administration forestière pourra leur transférer, sur une base
contractuelle, la gestion de certaines forêts appartenant au domaine de l'Etat. Toutefois, ce
transfert de gestion n'implique en aucun cas un transfert de propriété. La forêt demeure
inaliénable et imprescriptible.
86. Condition essentielle de réussite, ce nouveau mode de relation entre les acteurs
constitue la clé de voûte de la stratégie de mise en oeuvre de la politique forestière. C'est pour
s'en assurer que la présente politique forestière, ainsi que ses principaux instruments de mise ne
oeuvre, ont fait l'objet d'un processus d'élaboration participatif Toutefois, sa mise en place ne
pourra se faire que de manière progressive. Une période de transition devra être envisagée pour
que chaque catégorie d'acteur s'installe dans son nouveau rôle et pour que puisse évoluer
concrètement le mode de relation entre eux.
87. L'instauration d'un nouveau mode de relation entre les différents acteurs passe
nécessairement par la redéfinition de la mission de l'Administration forestière. D'une manière
générale, celle-ci sera amenée à se retirer des activités opérationnelles et à se concentrer sur les
fonctions essentielles qui doivent être assumées par les autorités publiques en tant que garantes
de l'intérêt général et du long terme. Ainsi, l'Administration forestière se chargera plus
particulièrement de trois types des fonctions. Celles-ci consistent à concevoir et orienter, puis à
inciter et coordonner, enfin à contrôler et évaluer les actions conduites dans le secteur forestier.
90. La fonction de contrôle porte sur l'application de la, législation forestière et des
normes techniques. La fonction de suivi et d'évaluation concerne les activités menées par les
différents acteurs dans le cadre de la mise en oeuvre de la politique forestière, et d'une manière
plus générale l'impact de celle-ci sur la situation des ressources et sur le développement
écono mique.
94. Une fois ses attributions redéfinies, il convient de doter l'Administration forestière des
ressources budgétaires nécessaires à leur accomplissement, en veillant à une répartition adéquate
entre les différents niveaux. Le Fonds forestier national, alimenté par les redevances forestières,
en constituera le principal instrument.
95. La politique forestière nationale constitue un cadre global qui définit les grandes
orientations d'action pour faire face aux principaux problèmes, et assure une cohérence
stratégique d'ensemble au niveau national. Toutefois, sa mise en œuvre dans une optique de
gestion durable des ressources rend indispensable la prise en compte de la diversité des situations
écologiques et socioéconomiques régionales. Il convient en effet de privilégier la recherche de
solutions au niveau régional car, outre les problèmes qui sont propres à chaque région écologique
du pays, même les problèmes généraux se posant à l'échelle du pays sont à resituer dans les
différents contextes régionaux.
96. La souplesse requise pour cette adaptation de la politique forestière aux spécificités
des situations régionales et locales passe nécessairement par une gestion décentralisée des actions
forestières au niveau régional. Elle doit permettre non seulement la fixation de priorités
différentes selon les régions écologiques, en fonction de l'importance relative des problèmes
posés et des moyens disponibles, mais aussi de favoriser l'implication et la responsabilisation des
acteurs régionaux et locaux (populations rurales, collectivités locales, associations, opérateurs
privés, autres administrations ...) sous l'impulsion du service forestier. La déconcentration de
l'Administration forestière constitue pour cela une condition préalable.
98. Aux différentes étapes de cette gestion décentralisée que sont l'élaboration, l'exécution
et l'évaluation des actions conduites dans le cadre des stratégies régionales, une attention
permanente sera accordée à leur articulation avec le cadre global fixé par la politique et la
stratégie forestière nationale. Dans le même ordre d'idée, l'application de la législation forestière
tiendra compte égale ment des spécificités régionales.
99. La gestion durable des ressources forestières ne peut être envisagée sans une prise de
responsabilité au niveau des collectivités locales. Cette responsabilisation passera par
l'instauration d'un mode de gestion local et participatif des ressources forestières. Cela se traduira
par le transfert, de l'Administration forestière vers les collectivités locales, de tout ou partie de
l'autorité de gestion sur certaines forêts appartenant au domaine de l'Etat. 100. Ce transfert de
gestion sera opéré dans le cadre d'une démarche de cogestion contractuelle entre l'Administration
forestière d'un côté et les collectivités locales de l’autre. Le principe de ces relations
contractuelles ainsi que leurs principales modalités seront définis dans la législation forestière
comme un cadre fondamental de l'action publique dans le domaine forestier. Les collectivités
locales agiront à travers des formes d'organisation ou des entités locales appropriées, dont - le
statut devra être préalablement défini.
101. Un statut particulier de gestion forestière communautaire sera élaboré pour servir de
base au transfert de la gestion de certaines catégories de forêts. Les contrats de gestion qui seront
établis entre les entités locales et l'Administration forestière préciseront les modalités du transfert
de gestion, notamment les rôles, les attributions et les responsabilités de chaque partie et, d'une
manière générale, leurs droits et devoirs respectifs. Ils devront s'adapter aux situations locales par
la prise en compte des motivations et des pratiques des acteurs locaux, notamment des modes de
gestion traditionnels ou des us et coutumes qui s'inscrivent dans la perspective d'une gestion
durable des ressources naturelles. Ils pourront prendre au besoin des formes techniques et
juridiques différentes selon les lieux. Dans tous les cas, ils seront assortis de cahiers des charges
se référant aux règles définies dans les plans d'aménageme nt forestier.
5.6. L'articulation entre la mise en œuvre de la politique forestière et celle des autres
politiques sectorielles
103. La nature des problèmes forestiers est telle que leur résolution dépasse le cadre
d'intervention de la seule politique forestière. Inversement l'impact des actions forestières
influence la situation dans d'autres secteurs. En raison de cette interdépendance, l'Administration
forestière devra accorder une attention particulière à la cohérence nécessaire entre la mise en
oeuvre de sa propre politique et celle des autres politiques sectorielles. Il s'agit notamment de
l'environnement, l'agriculture, l'élevage, la pêche, le foncier, l'énergie, l'eau, l'exploitation
minière, le développement industriel et artisanal, l'aménagement du territoire, le tourisme, la
justice, l'éducation et de la lutte contre la pauvreté. La mise en cohérence et la coordination entre
les actions forestières et celles qui sont menées dans les domaines susmentionnés devra porter
aussi bien sur les objectifs poursuivis que sur les modalités d'intervention, tant au niveau national
que régional et local.
104. Cette cohérence ne pourra être assurée sans un rôle actif joué par l'Administration
forestière dans le cadre d'une concertation régulière avec les autres administrations concernées
par la problématique forestière.
L'Administration forestière devra déployer un effort permanent pour informer les autres
administrations sur la politique et la stratégie forestière, ainsi que sa mise en oeuvre, et pour
prendre connaissance des autres politiques sectorielles et de leurs évolutions respectives.
L'analyse des principaux points d'articulation avec la politique forestière devrait lui permettre de
formuler des propositions concrètes en vue d'une amélioration de ses relations fonctionnelles
avec les autres services techniques et administratifs, d'une coordination plus étroite et d'un
synergie des actions.
105. Cette concertation pourrait se faire, au niveau national, au sein d'une structure souple
de coordination interministérielle, et au niveau régional et local, au sein des Comités régionaux et
locaux de développement. Dans la mesure où la question forestière et environnementale nécessite
la mobilisation non seulement des diverses administrations mais aussi des autres composantes de
la société (associations, opérateurs, leaders d'opinion ...), cette concertation pourra être utilement
élargie grâce à la mise en place de Comités sur la forêt et l'environnement au niveau national,
régional et local.
106. Compte tenu de la perspective à moyen et long termes dans laquelle s'inscrit
nécessairement la mise en œuvre d'une politique forestière, il est essentiel de mettre en place un
mécanisme de financement soutenu, garantissant la continuité des actions. Pour cela,
l'Administration forestière devra d'abord déployer tous les efforts nécessaires pour que le Fonds
forestier national, alimenté par les redevances forestières, devienne un instrument privilégié pour
le financement des actions dans le secteur forestier. Ensuite, elle sera amenée privilégier les
négociations avec les organismes extérieurs qui sont susceptibles de prendre des engagements
financiers à moyen ou long terme. Enfin, elle s'efforcera de sensibiliser les institutions financières
à l'importance de l'économie forestière afin qu'elles contribuent, à travers des systèmes de crédit
adaptés, au financement des activités du secteur privé.
107. Un tel mécanisme de financement doit permettre d'orienter l'ensemble des ressources
financières disponibles ; qu'il s'agisse de ressources locales ou des financements extérieurs, vers
la réalisation des objectifs de la politique forestière. Le plan directeur forestier national et les
planifications forestières régionales serviront de cadre pour une allocation équilibrée des
ressources financières. Des modalités de concertation périodique devront être instaurées entre
l'Administration forestière, les différents organismes de financement extérieurs, qu'ils soient
multilatéraux, bilatéraux ou non gouvernementaux, et éventuellement des institutions financières,
au sujet de l'exécution et du financement de la politique forestière.