THEORIES ET MODELES DE DEVELOPPEMENT
Chapitre I : le concept du développement
Le concept du développement est à l’origine de plusieurs analyses des économistes. En effet
avec la R.I qui marque l’avènement d’un processus continu d’accroissement de l’activité
économique, l’intérêt de certains penseurs s’est porté sur l’étude des phénomènes économiques.
D’un économiste à un autre, d’une époque à une autre, ce concept a connu diverses explications.
Son origine comme son explication est diversement appréciée.
I- Origine et définition du concept de développement
Le concept de développement est polysémique, il évoque plusieurs dimensions à la fois
théorique et même idéologique.
1- Origine
Le concept de développement est d’apparition relativement récente dans la littérature
économique. En français, le terme développement dans son acception économique est très
récent. Il est encore totalement absent du dictionnaire des sciences économiques publié en 1956
et 1958 sous la direction de Jean ROMEUF. Ce n’est que tout à la fin des années 1950 qu’il
commence à apparaitre dans quelques travaux isolés et sa diffusion est très directement et
explicitement lié au phénomène du sous-développement. François PERROUX fut l’un des
premiers a utilisé et expliciter ce terme.
En définitif, on peut conclure que ce terme, forgé à la fin des année 1950 ne se généralise
réellement qu’à la fin des années 1970. Ainsi, le terme développement se trouve dans le
dictionnaire des sciences économique d’Alain COTTA en 1968.
Dans le monde Anglo-saxon, le terme de développement dans son acception économique
apparaît beaucoup plutôt, mais ne se généralise réellement que dans les années 1950.
En ce qui concerne l’économie classique, le terme n’apparaît que sporadiquement dans les
années 1930 notamment en 1934 grâce au livre de Joseph SCHUMPETER dont le titre en
anglais. « The theory of economic development » est la traduction littérale de l’Allemand paru
en 1911.
En tout état de cause, le courant marxiste utilisera le terme très tôt et serait à l’origine de son
application à l’économie en langue anglaise.
La première traduction anglaise du capital publiée en 1887 utilise ce terme en se référant aux
phases historiques des modes de productions. Cependant même en Anglais, la réelle acceptation
du terme est beaucoup plus tardive et liée comme en français à la prise de conscience des
problèmes du sous-développement. Ainsi par exemple, le terme economic development
n’apparaît pour la première fois dans l’index de la britannica qu’en 1959 à propos d’un article
sur la BIRD (banque internationale pour la reconstruction et le développement) ; et ce n’est que
dans l’édition de 1963 qu’un article spécifique consacré au concept est introduit.
Au total, l’apparition du terme développement est relativement récente.
2- Définition
La définition du développement implique sa comparaison au concept de croissance. Selon
François PERROUX, la croissance est l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs
périodes longues d’un indicateur de dimension : pour une nation, le produit global net en termes
réels. La croissance renvoie donc à l’augmentation du produit.
Par contre le développement est la combinaison des changement mentaux et sociaux d’une
population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel
global. Dans ce cas, les changements de structures sont mis en lumière ainsi que les évolutions
sociales qui conditionnent la croissance et la rendent durable.
La définition fournie par HUGON apparaît encore plus précise : le développement économique
peut se définir comme un processus de changement structurel accompagnant l’accroissement
de la productivité du travail sur une longue période. Le concept de développement apparaît
beaucoup plus englobant que celui de croissance, en ce sens qu’il implique la croissance mais
au-delà, met l’accent sur la satisfaction des besoins fondamentaux, la réduction des inégalités,
du chômage et de la pauvreté. Le développement ne peut s’opérer sans croissance mais une
croissance sans développement est envisageable pour certain.
Le développement est par nature un phénomène qualitatif de transformation sociétale
(éducation, santé, liberté civique et politique…) alors que la croissance économique est
seulement un phénomène quantitatif d’accumulation de richesse.
II- La mesure du développement
1- La mesure par le PIB/habitant
Le PIB ou Produit Intérieur Brut chiffre des activités génératrices de revenu et le taux de
croissance économique permet de comptabiliser sa progression annuelle. Cependant, ces deux
indicateurs macroéconomiques révèlent une vue partielle et souvent tronquée de la réalité. Pour
affiner l’analyse, on utilise le PIB/hbt. Ce dernier est un indicateur du niveau de vie du pays qui
permet d’évaluer ce qui serait la part de chacun si les fruits de la croissance étaient
équitablement distribués. Le PIB/hbt ne mesure pas la qualité de la vie mais la quantité de biens
produits.
2- La mesure par les indicateurs de développement
Le niveau de développement d’un pays ne se limite pas à son niveau de richesse économique
étant donné que le développement ne se mesure pas à la croissance économique. C’est pourquoi
d’autres indicateurs sont souvent utilisés. Au nombre de ceux-ci, nous avons le taux de mortalité
infantile. Il est l’un des plus pertinent puisqu’il est affecté par le niveau d’éducation des femmes,
le niveau d’exposition à maladie de la population et le niveau du système de santé. On considère
qu’un pays ayant un taux de mortalité infantile supérieur à 5% est en sous-développement.
Cet indicateur est encore très limité car il ne prend pas en compte suffisamment les facteurs de
développement.
Le PNUD a donc créé en 1990 un indicateur synthétique, à savoir l’indicateur de
développement humain (IDH). Considérons que le développement traduit l’expansion des
possibilités humaines, celles-ci nécessitent 3 conditions :
- La possibilité de vivre longtemps et en bonne santé
- La possibilité de s’instruire
- La possibilité d’accéder aux ressources permettant de vivre convenablement
Pour représenter ces dimensions de développement (santé, éducation, niveau de vie), l’IDH
synthétise 3 indicateurs mesurés de 0 à 1 (plus l’IDH est élevé, plus le pays est développé) :
- L’indicateur de longévité est mesuré pas l’espérance de vie à la naissance
- L’indicateur d’instruction, mesuré pour 2/3 par le taux d’alphabétisation des adultes et
pour 1/3 par le taux de scolarisation
- L’indicateur du niveau de vie du PNB/hbt en parité du pouvoir d’achat.
Tout comme le PIB/hbt, l’IDH rencontre des limites puisqu’il ne montre pas si le niveau de
développement atteint, qui est dû à une aide extérieure ou au progrès réel du pays qui traduit
alors l’effectivité…. L’IDH n’indique pas le niveau des inégalités internes du pays.
Chapitre II : Les théories du développement
Introduction
Le concept du développement a été pendant longtemps l’objet de recherche de plusieurs
économistes. Ces derniers ont développé différentes théories pour expliquer ce concept.
I- Les principes des théories du développement
1- Les premiers principes
Les théories du développement s’appuient sur des principes qui relèvent en effet de la théorie
économique. Il y a la circulation constante des échanges qui favorisent l’accumulation, laquelle
accumulation est un facteur de la production et de la croissance. D’autres principes se sont
ajoutés comme la division du travail, qui est induite par l’accumulation, la production de masse
qui est favorisée par la division du travail, le progrès et l’innovation sont aussi des moteurs du
développement économique et de la croissance. Autant de principes de bases sur lesquels
reposent les théories économiques et les théories du développement. Ainsi, pendant une longue
période de temps, les principes de l’économie élaborés par les premiers théoriciens de
l’économie classique, soit Adam SMITH, David RICARDO et Jean-Baptiste SAY, ont servi de
base aux théories du développement économique et au développement tout court, puisqu’à cette
époque, le développement sera assimilé au développement économique. Ainsi, les principes du
« laisser-faire » remontent aux physiocrates et à François Quesnay, i.e au commencement du
libéralisme dans l’économie.
L’importance de la division du travail comme facteur de croissance de la production a été
démontré notamment par Adam SMITH. La loi de l’harmonie des intérêts qui favorise la
production et l’échange en raison de l’intérêt mutuel, a été élaboré par J.B SAY. La loi des
avantages comparatifs qui favorise la spécialisation de la production et l’accroissement des
échanges a été énoncé par David RICARDO. Toutes ces lois représentent les premiers principes
de l’économie classique. Elles se sont incarnées dans la théorie du libéralisme économique, une
théorie encore une fois inspirée du naturalisme, i.e d’un système inspiré de l’ordre naturel où la
loi du laissé faire domine, car l’ordre des choses, en l’occurrence ici l’ordre économique,
s’instaure de lui-même de façon naturelle. Ces principes ont vu leur concrétisation et même leur
apogée avec l’arrivé de la révolution industrielle où s’effectuera la mise en place d’un système
organisé de production économique.
2- Le fordisme et le keynésianisme
Le fordisme est un régime d’accumulation capitaliste qui fera son apparition lors de la deuxième
révolution industrielle. Il s’épanouira avec la mise en place des chaînes de montage et d’un
système de production de masse. Il s’agit en fait de l’extension de la division du travail prôné
par Adam SMITH. Le fordisme est non seulement un régime d’accumulation mais aussi un
modèle d’organisation du travail et un mode de régulation. Il touche aussi le partage salarial,
i.e les gains de productivité associés à l’accumulation, ainsi que les liens que régissent la
production des moyens de production et celle des biens de consommation. Le fordisme apparait
comme un modèle de développement qui a perduré jusqu’à la crise des années 80.
La crise qui a eu lieu dans les années 30 a montré les limites du fordisme notamment par un
déséquilibre entre l’offre et la demande. C’est ainsi que les mesures keynésiennes
d’intervention de l’Etat pour rétablir et soutenir la demande qui s’était effondré lors du Krach
de 1929 a permis au régime keynéso-fordisme de se maintenir à la fin des années 70. Avec les
mesures keynésiennes de l’économie, l’Etat fera son apparition comme nouvel acteur du
développement économique, notamment pour la régulation du système de production. De plus,
la demande deviendra un concept important dans la théorie économique alors qu’auparavant,
elle était plutôt basée sur l’offre (la production).
II- Les théories du développement dans l’espace
La théorie du développement dans l’espace a fait son apparition peu à peu avec la prise de
conscience de l’inégalité de la diffusion du développement dans l’espace. Autrement dit, les
théoriciens du développement se sont aperçus que les territoires ne se développent pas tous de
la même façon et que certains territoires demeurent en dehors du rayonnement du
développement. Cette prise de conscience s’est élaborée d’abord au plan international lorsqu’il
est devenu évidant qu’il y avait des déséquilibres de développement entre les pays du nord et
les pays du sud. Par la suite, les analystes du développement ont constaté que des déséquilibres
se produisaient aussi à l’intérieur des territoires des pays dits développés.
1- La théorie du décollage ou des étapes de la croissance
Elle fait référence à la théorie élaborée par Walt ROSTOW en 1961 qui renvoie aux étapes de
la croissance économique pour marquer l’évolution de société ou des espaces non développés
vers le développement économique. Ces étapes sont :
- La société traditionnelle
- Les conditions préalables du démarrage ou du décollage
- Le démarrage
- Le progrès de la maturité
- L’ère de la consommation de masse
Selon ROSTOW, ces étapes de la croissance économique peuvent s’appliquer à toutes les
sociétés et dans tous les pays non développés. Dans l’optique de cette théorie, les écarts de
développement entre les différentes sociétés sont transitoires et l’égalisation des conditions est
inéluctable. Cette théorie est aussi appelée théorie de la convergence.
Dans cette théorie, on retrouve la pensé évolutionniste qui a marqué les débuts des théories
économiques. Le développement y est vu comme un processus d’évolution vers une finalité,
soit la consommation de masse qui est présentée comme l’étape ultime.
On retrouve aussi l’idéal uniformisant du développement qui propose que toutes les sociétés du
monde puissent et doivent passer par les mêmes étapes pour accéder au développement, en
l’occurrence le développement orienté vers la croissance et la production économique.
2- La théorie de la dépendance
Si la théorie du décollage a nourri les espoirs et les illusions sur le développement pendant
plusieurs années, dans une perspective opposée, la théorie de la dépendance, dénommée aussi
théorie du centre et de la périphérie, a mis en lumière les phénomènes d’accumulation des pays
développés aux dépens des pays en développement.
Les auteurs de la théorie des dépendances d’inspiration marxiste ont notamment proposé les
concepts d’échanges inégales et de la division internationale pour expliquer le cycle de la
dépendance économique des pays en voie de développement par rapport aux pays dits
développés.
La théorie de la dépendance touchait à la fois aux dimensions internes et externes de
l’exploitation des sociétés qu’elle analysait. i.e qu’il ne s’agissait pas simplement de montrer
les mécanismes de l’exploitation capitaliste des PVD par des sociétés transnationales et
multinationales mais également de démontrer que le système d’exploitation capitaliste des
économies nationales des pays dominés servait de supports et de relais à l’exploitation
capitaliste et monopolistique par des firmes internationales.
3- La théorie des pôles de croissance
Elle a été développée par l’économiste François PERROUX dans les années 50. Elle postule
que la croissance n’apparait pas uniformément dans l’espace, mais qu’elle se concentre plutôt
en pôle ou en zone de croissance dont les effets se diffusent sur l’économie immédiate.
L’avènement de la théorie des pôles a marqué un changement important dans l’approche
classique du développement économique, car selon cette conception, la vie économique ne
résulte pas de l’action d’agents isolés en situation de concurrence mais l’action spécifique
d’unités économiques qui par leur position et leur dimension peuvent jouer un rôle dominant.
14/03/2024
4- La théorie du développement endogène
Elle a été élaborée par John Friedmann. Le développement endogène est né avec la nécessité
de freiner les inégalités du développement dans l’espace et de territorialiser le développement.
Selon les principes de Friedmann, le développement endogène est territorial, communautaire et
démocratique. Ainsi, le territoire est à la base du développement. Autrement dit, c’est dans un
espace particulier que le développement s’incarne et prend sa source. Il est le fruit de chacune
des composantes territoriales d’un espace, i.e les composantes naturelles, culturelles,
économiques et sociales. Le développement est communautaire puisqu’il fait appel à la
participation de la population. Le développement est aussi démocratique puisqu’il suppose des
structures démocratiques pour sa mise en œuvre.
Le développement endogène est basé sur les besoins fondamentaux des personnes et non sur
les besoins de la croissance du marché. Il est axé sur la valorisation des ressources locales au
plan des ressources naturelles, au plan de la culture locale ainsi qu’au plan des savoir-faire
locaux.
5- L’approche des districts industriels et des milieux innovateurs
Cette approche met l’accent sur l’inscription dans un territoire donné ou dans un milieu donné
d’un potentiel de développement selon les filières productives ou des systèmes
d’entrepreneuriat. Ainsi, les districts industriels sont définis comme un système de production
localisé géographiquement qui fait appel au potentiel de développement endogène sur un
territoire donné. Concernant la théorie des milieux innovateurs, la perspective nouvelle est de
montrer que le développement des entreprises est le résultat des forces innovatrices dans un
milieu donné ; l’accent est donc mis sur le territoire et sur les conditions qui existent dans ce
territoire qui permettront de développer l’entrepreneuriat local.
III- Les théories néo-classiques et marxiste du développement
1- Les théories néoclassiques
L’un des théorèmes fondamentaux de ce courant de pensé est que dans une économie de
marché, tous les participants aux échanges tirent profit de leurs actes volontaires e participation,
si non des échanges n’auraient pas lieux.
2- Les théories néomarxistes
Elles reposent sur 2 idées principales. D’une part les relations économiques et financières entre
le centre capitaliste développé et la périphérie sous développée ont toujours été caractérisé par
des rapports d’exploitation. D’autre part, cette exploitation permanente a façonné la structure
politico-économique des pays de la périphérie si bien que cette structure diffère profondément
de celles que connaissent ou ont pu connaitre des structures développées. Dans ces conditions,
le développement de la périphérie ne saurait emprunter les mêmes étapes.
3- La théorie du développement par l’ouverture
C’est une théorie néoclassique inspirée par Ricardo et repose sur le principe des avantages
comparatifs. Il faut se spécialiser dans le domaine où on est le plus compétitif. Le commerce
international devient le facteur de croissance.
Les pays sous-développés doivent mettre en valeur leurs avantages comparatifs pour s’insérer
dans l’économie mondial et ainsi se développer. Le libre-échange est donc indispensable au
développement du tiers monde
21/03/2024
CHAPITR III : MODELE DE DEVELOPPEMENT DANS LE SUD
Introduction
La question du développement a toujours été au cœur de plusieurs débats dans le domaine
économique. Lors de ces débats, différents points étaient abordés concernant le choix de modèle
de développement. Les débats portent par ailleurs sur le modèle choisi par les PVD.
I- Le développement par l’industrialisation
1- Les fondements des stratégies d’industrialisation
a. Le choix de l’industrie
La plus-part des pays du tiers monde ont choisi de privilégier l’industrie au détriment de
l’agriculture. Un consensus se met en place pour lier de manière forte développement et
industrialisation. En effet, beaucoup de pays ont en mémoire les dégâts provoqués par leurs
spécialisations dans les produits primaires. De plus, le secteur industriel est supposé être des
facteurs d’externalité positive par les effets d’entrainement sur les autres secteurs de
l’économie, suscitant ainsi le progrès technique. De l’autre côté, l’agriculture est considérée
comme un potentiel archaïque à faible potentiel de productivité qui se développera grâce aux
effets d’entrainement de l’industrie.
b. Croissance équilibrée ou déséquilibrée
Il faut cependant choisir dans quelle branche de l’industrie investir. À ce sujet, deux thèses
s’opposent :
▪ Ragnar NURSKE et Paul Rosenstein RODAN considèrent qu’il faut développer une
croissance équilibrée, i.e repartir les investissements dans toutes les branches
industrielles afin d’assurer simultanément une offre et une demande pour éviter tout
déséquilibre.
▪ Albert HIRSCHMAN et François PERROUX pensent qu’il faut faire la promotion de
la croissance déséquilibrée, i.e qu’il faut concentrer les investissements dans les secteurs
moteurs de l’économie. Afin de susciter une croissance généralisée par la suite à travers
les effets d’entrainement et de liaison. Il ne faut donc pas gaspiller dans les branches qui
n’auront de retombés positifs pour l’économie.
2- Développement Autocentré
Le premier type de stratégie de développement regroupe les industrialisations basées sur le
développement du marché intérieur : c’est le développement Autocentré.
a. L’industrialisation par substitution aux importations
Elle est mise en œuvre par la majorité des pays en développement. Il s’agit de se libérer de la
dépendance au commerce international en substituant progressivement la production nationale
aux importations. Elle nécessite des politiques protectionnistes et le financement
d’investissement massif.
b. Les industries industrialisées
Cette stratégie amène l’Etat à orienter les investissements à la place du marché dans la mesure
où la faible rentabilité de ceux-ci découragerait les acteurs privés. Ainsi, les investissements
dans les secteurs stratégiques permettent de constituer les pôles industriels de croissance qui
par effet d’entrainement, propageront le développement dans tous les autres secteurs en avals.
Ces acteurs privilégiés sont ceux de l’industrie lourde en amont du processus productif qui en
dégageant les gains de productivité favoriseront la croissance de l’économie toute entière avec
en prime une mécanisation de l’agriculture par exemple
18/04/2024
3- Le développement extraverti
Une autre partie du tier monde va suivre une autre stratégie d’industrialisation passant par une
participation croissante au commerce international (développement extraverti).
a. L’exportation des produits primaires
Dans cette optique, les ressources financières tirées des exportations doivent permettre
d’importer les biens d’équipement pour favoriser l’industrialisation des produits. Cependant,
cette stratégie s’est avérée ruineuse pour des pays spécialisés dans une monoculture du fait de
la détérioration des termes de l’échange. De plus, la volatilité des cours des produits primaires
ainsi que la concurrence et les pratiques protectionnistes des pays du NORD rendent ces
processus de développement instables.
b. La promotion des exportations
Il s’agit de substituer progressivement aux exportations de produit primaire, les produits de plus
en plus labourés par la remontée des filières c’est-à-dire remplacer les d’exportations
traditionnelles par les nouvelles plus intensives en capital et en plus forte valeur ajoutée, passer
de l’industrie légère à l’industrie lourde en intégrant progressivement le progrès technique et
en assurant la formation de la main d’œuvre.
II- Tournant libéral des modèles de développement
Les années 80 ont été le cadre du tournant libéral qui concerne aussi les stratégies de
développement. Ces dernières vont être uniformisées selon les normes de développement
théorisées par les institutions de Bretton Wood.
1- Les origines : la crise de la dette
La fin des année 1970 fait apparaître le problème de la dette du tiers monde. En 1968 et 1980,
cette dette a été multipliée par 12. L’endettement extérieur est contracté par les agents publics
ou privés auprès de l’Etat, des institutions international ou d’organisme de prêt privé. Le prêt
ou la dette est une ressource légitime pour financer un investissement à l’absence d’épargne
interne. La dette est utile en particulier si le rendement de l’investissement excède le montant
de l’endettement et si elle finance les projets industriels à forte externalité positive. Cependant,
dans plusieurs pays pauvres, en particulier en Afrique subsaharienne, une partie de la dette
contractée a servie à financer des dépenses somptuaires ou peu favorable au développement.
Du côté de l’offre, le recours à l’endettement avait été facilité dans les années 60 et 70 par
l’abondance du dollar au niveau mondial avec des taux d’intérêt bas, voir négatif $ et une
abondance des prêteurs. Or, en octobre 1979 intervient le choc monétariste qui fait que le
directeur de la Federal Reserve décide de remonter le taux directeur pour lutter contre
l’inflation, ce qui renchérit le remboursement des prêts des pays pauvres dont la plupart ont été
contracté à des taux variables
2- Les Programmes d’Ajustement Structurels (PAS)
Face aux défaillances des pays pauvres, et pour les aider à remonter leurs locales structurels et
rembourser leurs dettes, les institutions financières internationales réagissent en soumettant les
prêts des pays en développement à des conditionnalités : ce sont les Programmes d’Ajustement
Structurels (PAS).
A l’origine, ces plans sont des mesures conjoncturelles édictées par le FMI pour garantir le
remboursement des prêts : c’est la stabilisation. Mais avec le temps, les PAS vont devenir un
modèle de développement libérale s’appliquant à n’importe quel pays sous développé renouant
ainsi avec le modèle de ROSTOW. Les PAS illustrent le changement de rôle des institutions
financières international au cours des années 80. Ainsi, de garant de stabilité financières, ces
institutions se donnent pour objectif nouveau d’assurer la sortie du sous-développement des
pays pauvres par l’application des mesures structurelles modifiant en profondeur l’organisation
de ces pays. Ce corpus est basé sur 2 hypothèses forte :
- Le sous-développement et l’échec des stratégies autocentré sont causé par une place
trop importante de l’Etat en économie.
- Les PED ont une ouverture trop faible au commerce international. Ces plans vont donc
prôner l’adaptation de mesures structurelles pour favoriser le développement des
économies sous développées : c’est le consensus de Washington.
Les politiques de développement des IBW vont bénéficier de l’appui du GATT et de l’OMC
dans la mesure où elles partagent le même postulat qui est que le développement passe par une
ouverture croissante au commerce international.
CHAPITRE IV : LES NOUVEAUX MODELES DE DEVELOPPEMENT : LA BONNE
GOUVERNANCE
La mise en cause du modèle libéral qui fait suite aux échecs des stratégies autocentrés emmène
à traiter de nouvelles pistes pour les stratégies de développement à mener.
I- Droit et lutte contre la pauvreté
1- Réforme institutionnelle et lutte contre la pauvreté
À la fin des années 90, les IBW se sont engagé sur la voie du développement intégré dont les
fondements sont les suivants :
- Assurer un environnement macroéconomique stable et ouvert
- Bâtir des institutions publiques responsables et inclusives
- Investir dans la santé, l’éducation et la sécurité sociale
Cette nouvelle approche était censée de répondre aux critiques émises à l’encontre des PAS.
Elle visait la conduite de changements significatif afin de pouvoir attaquer les causes profondes
de la pauvreté, de se concentrer sur la condition nécessaire à un DD.
Deux grands axes de recherche émergent clairement des synthèses réalisées par les experts des
IBW à savoir les liens entre institution et développement et les définitions de la pauvreté
La définition du juste rôle de l’Etat i.e le juste équilibre entre l’Etat et le marché, entre l’action
collective locale nationale et mondiale, entre le gouvernemental et non gouvernemental sont
des sujets sensibles auxquelles les IBW s’adaptent par le biais de la réforme institutionnelle et
de la gouvernance. La BM est parvenue en 2000 à la conclusion de la lutte contre la pauvreté
en supposant qu’il faut accroitre les ressources à la distribution des pauvres est nécessaire mais
pas de prise … il faut également les aider à transformer ces ressources, i.e accroître leurs
capacités. La notion de capacité devient donc centrale et avec elle l’idée d’un renforcement des
droits et des libertés, c’est ainsi que va s’opérer l’articulation des axes de réflexion de IBW pour
affirmer que les droits et les libertés assureront le lien entre institution et pauvreté dans le cadre
des reformes de la seconde génération mise en place à la fin des années 90.
2- Liberté, droits et politiques économique
Au cours des années 90, de nombreux travaux tentent d’appréhender dans quelle mesure les
libertés civiles et politiques influencent la performance des politiques économiques. La
problématique de la bonne gouvernance se met alors en place à partir de 2 axes :
D’une part, les liens entre démocratie et performance économique et d’autre part les liens entre
démocratie et réduction de la pauvreté. Les effets de la démocratie sur la croissance sont dus à
la transparence et à la responsabilité des institutions, lesquelles permettent à la fois un climat
favorable à l’investissement et une limitation des ressources détournées au profit des intérêts
privés par le biais de la corruption. De plus, parce qu’elles sont sensibles à la pression par le
bas, les démocraties faciliteraient les politiques de lutte contre la pauvreté.
Cependant, il est démontré que la démocratie joue aussi de façon négative sur le choix des
politiques. De plus, en période de crise, l’obtention du consensus démocratique fait perdre un
temps précieux qui fragilise les démocraties. Par ailleurs, la pression par le bas peut conduire à
choisir des politiques efficaces à court terme mais pas à long terme. La démocratie réduirait la
capacité de réponse aux crises et donc le traitement de situation dans lesquels les pauvres sont
les plus vulnérables, d’où la nécessité de mise en place des filés de sécurité pour mieux gérer
les dimensions sociales de la crise.
II- L’initiative PPTE : Acquis et limites
La question de l’annulation de la dette des pays pauvres revient de manière récurrente depuis
1976. Depuis 1996, il a été lancé une procédure d’annulation de la dette par les PPTE. À ce
propos, il existe plusieurs arguments à ce propos :
- L’endettement des pays pauvres relève aussi de la responsabilité des prêteurs, i.e les
pays riches qui fixent les conditions de prêt
- La notion de la dette odieuse pour traduire que la dette a été contractée par les pays alors
que ceux-ci étaient dirigés par une dictature ou une élite corrompue qui a mal utilisé les
fonds
- La thèse de l’insoutenabilité de la dette pour expliquer que la plupart des pays endettés
se trouvent dans la situation où le service de la dette est supérieur à la recette fiscale de
l’Etat
Des arguments des tiers mondistes trouvent plusieurs objections développées par les opposants
que l’argument de la dette odieuse n’est pas pertinent dans la mesure où les dictatures peuvent
avoir contractée des dettes qui ont servie à des investissements favorables au développement.
De plus, annuler la dette d’un pays pauvre ne veut pas dire que l’homme n’améliore les
situations des pays pauvres. Enfin, annuler la dette est une récompense pour les mauvais
payeurs et une sanction pour les bons prêteurs et débiteurs. En définitive, il semble que la voie
d’une annulation sous condition soit préférable à une annulation généralisée. Et depuis 1996, la
procédure d’annulation de la dette des PPTE a été mise en œuvre
02/05/2024
III- Le développement durable
1- La genèse du DD
En 1972 est organisé par l’ONU la conférence de Stockholm sur l’environnement humain qui
donnera un sens à la naissance au Programme des Nations Unis pour l’Environnement (PNUE),
première conférence internationale sur les liens entre enjeux environnementaux et sociaux
économiques. Elle pose les jalons d’une nouvelle approche du développement à savoir
l’économie du développement. Par ailleurs, l’intérêt pour les enjeux environnementaux
disparait très rapidement avec l’avènement des chocs pétroliers et le début de la crise
économique des années 70.
Ce n’est qu’en 1983 qu’une commission mondiale pour l’environnement et le développement
créé par l’ONU et placé sous la présidence du 1er ministre norvégien Gro Harlem Brundtland
reprend la réflexion initiale de Stockholm 11 ans plus tôt. Elle publie en 1987 un rapport intitulé
« notre avenir à tous » dont l’idée majeur est que l’exploitation des ressources naturelles et la
dégradation de l’environnement constituent un danger pour les perspectives futures de
croissance économique de développement.
Le DD repose sur 3 piliers à savoir :
- Le pilier économique,
- Le pilier environnemental et
- Le pilier social
2- L’enjeu du DD pour les pays pauvres
Le développement durable engage des enjeux spécifiques pour les pays pauvres pour 3 raisons :
- Leur développement constitut la principale menace sur l’environnement et les
ressources naturelles à l’avenir
- Leur développement est en parti empêché par les atteintes des pays du nord à
l’environnement mondial, en particulier le processus du réchauffement climatique.
- Ce sont les pays pauvres qui ont le plus à gagner au renouvellement de la réflexion sur
l’équité intragénérationnelle concernant la distribution des ressources économiques ou
écologiques.
Cependant, à la conférence de Stockholm en 1972, les pays pauvres se sont opposés à la
dimension écologique du DD au nom de leur droit au progrès économique. Ils considèrent qu’ils
ont un droit légitime à exploiter leurs ressources naturelles en fonction des besoins nécessaires
à leur croissances au même titre que les pays du nord lors de leur révolution industrielle. En
conséquence, les différentes tentatives à leur imposer des normes environnementales au niveau
international sont contrecarré par le refus des pays pauvres de sacrifier leur développement pour
réparer les dégâts environnementaux généré par les pays développés depuis 2 siècles.
Néanmoins, ils souhaitent préserver la dimension humaine et sociale.
L’adhésion des pays pauvres au DD ne pourra donc se faire que dans le cadre d’un nouveau
partenariat international qui rompt avec la tradition de l’ajustement structurel d’imposer un
modèle de développement par le haut.
IV- Un nouveau partenariat international
Les stratégies de développement ne peuvent être des modèles uniques définis par les grandes
institutions internationales et appliqué sans discernement à tous les pays pauvres. Le nouveau
partenariat international consiste à accroître la participation des pays pauvres à la définition des
stratégies de développement dans les institutions internationales dans le cadre du
développement durable. Pour se faire, 2 instruments peuvent favoriser l’émergence de ce
partenariat : il s’agit de la notion du bien public mondiale et la redéfinition des modalités de
l’aide au développement.
1- La notion du bien public mondial
Il s’agit des biens dont les humains ne peuvent être privé parce qu’ils couvrent les besoins
essentiels. C’est pourquoi leur accès doit être garantie à tous les habitants de la terre par les
Etats ou les institutions internationales : ce sont la santé, l’éducation, l’environnement,
l’alimentation ….
2- Représenter l’aide au développement
L’APD (aide publique au développement) correspond à l’ensemble des moyens financiers mis
à la disposition des pays pauvres par les pays développés à travers des états des institutions ou
des organismes publics. Elle doit avoir pour but le développement des pays pauvres et est en
grande partie constituée de dons, de prêt et d’aide financière ou technique. La plupart de cette
aide a été consacrée à des dépenses improductives. C’est pourquoi les institutions
internationales ont privilégiées l’émergence d’une gouvernance globale, la mondialisation et le
développement humain à l’échelle internationale.
Il est donc nécessaire de revoir les règles du commerce.