MP1 Lycée Janson de Sailly Mécanique quantique
MÉCANIQUE QUANTIQUE Dans l’expérience des trous d’Young, la lumière reçue en un
point M est la somme des deux ondes qui sont passées respec-
En 1892, Lord Kelvin écrivait : "La physique est définitivement tivement par le trou T1 et par le trou T2 :
constituée dans ses concepts fondamentaux. Tout ce qu’elle peut dé-
sormais apporter, c’est la détermination précise de quelques décimales a1 (M, t) = t1 a(S, t − τ1 ) = t1 eiω0 τ1 a(S, t)
supplémentaires. Il y a bien deux petits problèmes : celui du résultat et
négatif de l’expérience de Michelson et celui du corps noir, mais ils a2 (M, t) = t2 a(S, t − τ2 ) = t2 eiω0 τ2 a(S, t)
seront rapidement résolus et n’altèrent en rien notre confiance ...".
où τ1 et τ2 sont les temps de propagation de S à M en passant
par T1 et en passant par T2 respectivement. On a donc (on
I Fonction d’onde suppose t1 = t2 = t0 ) :
1) Le cas de la lumière : onde ou corpuscule ? a(M, t) = a1 (M, t) + a2 (M, t) = t0 eiω0 τ1 + eiω0 τ1 a(S, t)
Les expériences d’optique peuvent être interprétées par deux théo-
L’intensité lumineuse détectée en M est alors :
ries qui semblent s’exclurent mutuellement :
|a(M, t)|2 2 |a(S, t)|2
• La théorie ondulatoire qui assimile la lumière à une onde : cette I(M ) = = t20 eiω0 τ1 + eiω0 τ1
théorie est très efficace pour décrire les phénomènes d’interfé- 2 2
rences. ce qui donne, tous calculs faits (Formule de Fresnel) :
• La théorie corpusculaire qui assimile la lumière à un ensemble
de particules appelées photons. Cette façon de voir permet d’ex- δ(M ) ax
I(M ) = 2 t20 IS [ 1+cos(ω0 τ ) ] avec τ = τ1 −τ2 = ≈
pliquer les spectres d’émission et d’absorption des atomes. c cD
• De plus, l’énergie d’un photon s’écrit : E = hν, où ν est la I(x)
i = λ0 D/a
fréquence de l’onde de la théorie ondulatoire. Comment l’énergie
d’une particule peut-elle dépendre de la fréquence d’une onde ?
2) Retour sur l’expérience des trous d’Young
• Dans la théorie ondulatoire, la lumière émise par une source x
(ponctuelle) S est une onde a(S, t). Si on modélise celle-ci par
une vibration sinusoïdale de pulsation ω0 alors on peut l’écrire • Dans la théorie corpusculaire, la source S est censée émettre des
en complexes sous la forme : particules (photons) ayant tous la même énergie E = hν0 = ~ω0 .
L’intensité lumineuse IS de la source est alors proportionnelle
a(S, t) = AS eiϕS e−iω0 t au nombre de photons qu’elle émet par unité de temps.
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Une des nombreuses questions qui se posent est de savoir ce • Chaque photon ayant traversé le dispositif produit sur le détec-
qu’il se produit si, dans l’expérience des trous d’Young, on réduit teur un impact ponctuel : aussi petits que soient les pixels,
le nombre de photons émis par seconde jusqu’au point où ceux-ci un seul pixel génère un signal électrique, à l’exclusion de tous
sont envoyés un à un dans le dispositif. MP1 LycéelesJanson
autres. de Sailly
! L’écran d’observation est remplacé par un capteur CDD dont • Les impacts des différents photons se produisent de façon aléa-
la surface est divisée en petits éléments rectangulaires (pixels) toire. Individuellement, les photons se répartissent au hasard
permettant d’enregistrer l’impact des photons. lentille mince
sur convergente. Les deux
la surface du capteur, prismes
sans ordre dévient l’onde dans
apparent. deux
directions•symétriques
Ce n’est qu’au et
furon
et observe
à mesure desque interférences dansdela zone où
le nombre d’impacts
Réducteur
Capteur CDD ces deux faisceaux se superposent.
photons s’élève qu’on voit se dessiner progressivement la figure
d’interférence classique, formée de franges rectilignes alternati-
d’intensité
T1 vement brillantes et sombres.
z La densité d’impact de photons est très élevée dans les zones
O qui donnent des franges brillantes, alors qu’elle est nulle dans
Source S les zones donnant des franges sombres.
ponctuelle T2
monochromatique 3) Cas de la matière "usuelle" : électrons, protons
(!).
Cette expérience peut être répétée avec des particules comme des
électrons, protons, etc... : il est possible de concevoir des expériences
Résultat :
4
analogues au dispositif des trous d’Young.
issue Exemple : expérience de Tonomura en 1989
les écl Dispositif de Tonomura :
De
Bipri
V=0V
y
Faisceau
qui re
x
d’électrons
par e
V>0
O
monocinétiques
férenc
ment Zone de
Les recouvrement des
V=0V deux faisceaux
de pe dans les zones donnant des franges sombre.
chose zones qui donnent des franges brillantes, alors qu’elle est nulle !
qu’en sombre. La densité d’impact de photons est très élevée dans les • Un faisceau d’électrons monocinétiques (de même vitesse)
2
˛v0 = v0 ˛ux arrive sur un ensemble de trois électrodes métal-
On sique, formée de franges rectilignes alternativement brillantes et
liques : deux électrodes planes latérales reliées à la Terre, ce qui
on voit se dessiner progressivement la figure d’interférence clas-
• Au fur et à mesure que le nombre d’impacts de photons s’élève,
les porte au potentiel V = 0 volts et une électrode cylindrique
3)
rent.
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• On produit un faisceau d’électrons monocinétiques (de même N
vitesse) →
− ez donc de même énergie cinétique Ec = 12 mv02
v 0 = v0 →
−
⇐⇒ Faisceau de photons de même énergie dans une onde lu-
mineuse monochromatique.
• Ce faisceau arrive sur un dispositif formé de trois électrodes mé-
x
talliques : deux électrodes planes latérales reliées à la Terre, ce
0
qui les porte au potentiel V = 0 V et une électrode cylindrique
centrale portée à un potentiel positif (V > 0). • Si on suppose que le faisceau d’électrons émis par la source S
est en fait une onde monochromatique de pulsation ω0 :
Cela crée un champ électrique qui "rabat" les deux demi-
faisceaux passés en haut et en bas du dispositif vers la région a(S, t) = As eiϕS e−iω0 t
centrale ou ils se superposent, après avoir emprunté deux che-
et qu’on fait un calcul classique de différence de marche δ(x)
mins différents ⇐⇒ dispositif interférentiel.
entre les deux ondes qui viennent se superposer, on trouve la
• On place dans la zone du recouvrement un détecteur sensible bonne valeur de l’interfrange i à condition que la fréquence ν0
aux impacts des électrons, qui joue un rôle analogue à celui d’un soit liée à l’énergie des électrons par une relation du type :
écran d’observation en optique. Ce détecteur est constitué de 1
petites cellules sensibles formant des "pixels" et qui sont reliées mv 2 = hν0 = ~ω0
2 0
à des compteurs : on peut donc compter le nombre d’impacts
sur chaque cellule. où h est la constante de Planck...
Résultat : 4) L’interprétation de la théorie quantique
Les observations sont identiques à ce qui se passe pour les photons : Comment concilier ces deux aspects ? La réponse de la théorie quan-
tique formulée par Max Born, Werner Heisenberg et Erwin Schrödin-
• Lorsque les électrons arrivent un à un, leur impact sur les cap-
ger dans les années 1925 - 1926 est la suivante :
teurs se produit de façon aléatoire.
1. Les particules microscopiques (électrons, protons, photons,
• Lorsque le nombre des impact devient important, la courbe qui
etc...) sont ponctuelles et indivisibles car elles provoquent des
représente le nombre d’impacts N en fonction de l’abscisse x
impacts ponctuels les capteurs.
devient sinusoïdale avec une période spatiale i (interfrange) ca-
ractéristique d’une figure d’interférences à deux ondes : 2. Cependant, l’aspect aléatoire de ces impacts fait qu’on ne peut
formuler que des lois de nature probabiliste quant à la position
x de ces particules.
N = N0 1 + cos 2π
i
3
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3. Comme on observe que lorsque le nombre d’impacts devient P2 (Probabilité)
élevé, ceux-ci reproduisent la figure d’interférence donnée par La probabilité pour que le quanton se trouve à l’instant t dans un
la théorie ondulatoire, on doit admettre que certaines positions petit élément de volume dτM entourant un point M est donnée par :
sont plus probables que d’autres. La probabilité que l’impact se
produise à l’abscisse x sur l’écran est proportionnelle à : δP(M, t) = |Ψ(M, t)|2 dτM
2πx |Ψ(M, t)|2 est la densité de probabilité de présence.
1 + cos
i
La probabilité pour que le quanton soit dans un volume V à l’instant
4. Or cette formule provient du carré du module d’une onde com- t s’obtient en sommant les probabilités. On a donc :
plexe a(M, t). Ainsi : ZZZ
P(V, t) = |Ψ(M, t)|2 dτM
La probabilité que la particule se trouve en M est donc propor- V
tionnelle à |a(M, t)|2 Remarques :
• Au concept classique de trajectoire il faut substituer celui
5) Fonction d’onde d’état quantique. L’état quantique d’une particule (électron,
Dans la suite, nous appellerons quanton tout objet microscopique proton,...) est caractérisé par une fonction d’onde Ψ(M, t) qui
comme un électron, un proton, un atome, un photon, etc ... contient toutes les informations qu’il est possible d’obtenir sur
la particule.
La mécanique quantique adopte le point de vue énoncé ci-dessous :
• Cette fonction d’onde ne représente pas la propagation d’un
À tout quanton est associé une fonction d’onde à valeurs com- signal physique. Il s’agit d’une onde de probabilité. Ψ(M, t)
plexes Ψ(M, t), dont le carré du module décrit la probabilité de pré- est appelée amplitude de probabilité de présence du quanton au
sence du quanton au point M. Plus précisément : point M et à l’instant t.
P1 (Fonction d’onde) • Comme le quanton est nécessairement présent quelque part dans
l’espace, la probabilité totale, obtenue par intégration sur tout
À tout quanton non relativiste, de masse m et sans spin, on associe
l’espace, vérifie :
une onde scalaire décrite par un champ scalaire Ψ(M, t) à valeurs
complexes. Ψ(M, t) est la fonction d’onde du quanton.
ZZZ
∀ t, |Ψ(M, t)|2 dτM = 1
Espace
Dans la suite, il nous arrivera souvent pour simplifier de considérer
le cas où la fonction d’onde ne dépend que d’une seule coordonnée
d’espace, x par exemple. On dira que le problème est alors unidimen-
sionnel.
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• La probabilité pour que le quanton possède à l’instant t une
abscisse comprise dans l’intervalle élémentaire [x, x + dx] est
donnée par :
δP(x, t) = |Ψ(x, t)|2 dx
|Ψ(x, t)|2 est la densité linéique de probabilité de présence.
• La probabilité pour que le quanton possède à l’instant t une
abscisse appartenant à l’intervalle [xa , xb ] est donnée par :
Z xb
P([xa , xb ], t) = |Ψ(x, t)|2 dx
xa
• Normalisation de la probabilité :
Z +∞
∀ t, |Ψ(x, t)|2 dx = 1
−∞