8 DESCRIPTION DE LA CATALOGNE.,.
L'habillement des hommes est le mème qu'en France, et celui des rien de r emarquable; elle est construite de larges pierres qui
femmes le même que dans le reste de l'Espagne; mais ce dernier contrastent avec les autres édifices. Les tow·s CJUÎ la défendent
costume changeant tous les ans de forme, nous nous réservons de communiquoient ensemble par une galerie supérieure, ainsi que
le donner avec plus de précision dans la quatrieme partie de cet nous en donnerons un modele dans celles de L érida. Cette porte
ouvrage, où les costumes, les usages, seront dépeints avec exacti- est située sm le marché aux légumes, et attenante au palais épis-
tude. Le manteau et le chapeau rond ne sont point usités en Cata- copal.
logne comme dans le reste de l'Espagne; à peine y voitron un habit ~
de majo. L es paysans seuls ont quelque chose de distinctif; ils PLANCHE X.
portent ordinairement un gilet à manches, une ceinture rouge,
Reste du temple a:Hercule et des Bains [Link] à Barcelone.
la resille, et des especes de sandales de cordes attachées aux pieds
avec des rubans; on les appelle esparagas; ce genre de chaussure Dans la rue du Paradis, derriere la cathédrale et vers le centre
est particulier à la Catalogne et au royaume de Valence: quelque- de l'ancienne ville, se voient les restes d'un grand ; t superbe mo-
fois aussi ils ont pardessus le hau~ de la jambe jusqu'au genou des nument, connu dans le pa ys sous le nom de temple d'H ercule
guêtres de cuir bmn. Les gens du peuple et les calechieros s'en- (voyez 1, 2, 3 de la planche X). Ce sont six grosses colonnes can-
tortillent dans de larges couvertures de laine, qu'ils drapent sur nelées, à chapiteaux corinthiens, et de la piet'l'e de Mont-Joui; cinq
leur tête et sm lem corps, et portent des bonnets de laine rouge ou sont sur la même ligne vers le midi , et la [Link] fait un retour à
bleue. Le costume des femmes n'a rien de particulier; leur chaus~ angle droit vers le levant. L e fût de ces colonnes est encombré au
sure est la même que celle des hommes. milieu des maisons, et l'on ne peut bien distinguer que leurs cha-
En parcourant cette 'Promenade et celle de la Rambla, on aime piteaux et leurs bases; les chapiteaux même sont engagés dans le
à se rappeler que c'est un établissement de bienfaisance qui a mur, et ne se montrent que par lew·s faces principales. L es canne-
fourni les moyens de l'exécuter. L a gu eue avoit jeté le peuple dans lures sont au nombre de C{!:latorze, et mordent un peu sur le torse
la plus grande misere; les atteliers étoient supprimés ou languis- supériew· de la base qui est sans filet: cette base n'a point de socle
sants, les ou vriers ordinairement employés dans ces atteliers étoient sur le gros torse. Le stylobate est surmonté cl'une moulure très sim-
réduits à la mendicité: don Augustin, depuis duc d~ Lancastre, ple, et se trouve coupé entre la deuxieme et la troisieme colonne;
alors capitaine général de la Catalogne, et dont le nom ne doit jamais il pourroit bien se faire qu'il s'arrêtât au milieu de cet entre-colon-
mourir dans cette ville, entœp1·it d'occuper un grand nombre de nement, et crue des marches joignissent le péristile : alors cette
ces individus, et de pourvoir à la subsistance des autres. Ce gé-- face se trouveroit composée de huit colonnes, et auroit beaucoup
néral obtint du roi la p;rmission de donner des bals publics; il d'analogie avec le Panthéon de Rome; peut-être n'en avoit-elle
établit des loteries de clilférentes especes; il consacra le produit que six, alors elle t•essembleroit ùavantage à la Maison carrée de
de l'un et de l'autre au soulagement des malheureux; il employa N ismes.
aux travaux publics cette troupe d'indigents, et dans le nombre Quoi qu'il en soit il est vraisemblable que ces ruines faisoient
des ouvrages qu'ils exécuterent on compte la promenade de l'es- partie du portique d'un temple qui occupoit l'emplacement de la
planade et celle de la Rambla. cathédrale; c'est l'opinion du docteur Puj~des dans son Histoire
Les secours que le corps des négociants donna à cette époque de la Catalogne, celle du savant Grégoire Mayans dans ses Lettres,
rivaliserent avec les soins du gouvernement, et ne fw·ent p as bornés et de M. le comte de Caylus, qui en a fait graver le dessin dans son
aux individus pouvant travailler, ils s'étendirent sur toutes les classes Recueil d'antiquités; enfin de don Antonio Pons dans son Voyage
de pauvres, [Link] on distribua pendant tous les temps mallleu- d'Espagne. Reste à savoir à qui étoit consacré cet édifice: la tra-
reux des soupes et autres aliments. dition indiqueroit qu'ille fut à H ercule, auquel on attribuoit la
fondation de la ville.
1\IONUliiEN T S n'ANTIQUITÎ.S A BARCELONE.
Plusieurs autres temples existoient à Barcelone; l'un, dédié à
Quoique Barcelone ne fùt pas aussi importante que Tarl'agone du . Jupiter, sur le Mont-Joui ou mons lavis, qui en a conservé le nom;
temps des Romains, cependant elle avoit le titre de colonie, et un à Neptw1e sur l'emplacement qu'occupe l'église de S. Michel ,
vers le milieu du rn·
l siecte elle s'agrandit par la ruine de diffé- dont nous l'Cndrons compte; enfin celui-ci dont aucune inscription
rentes villes voisines. ancienne ou autre document ne fixe l'époque de la fondation.
La plupa~·t de ses édifices ont péri. On croit qu'un amphithéâtre Sa masse imposante nous auroit donné l'idée qu'il étoit du temps
occupoit l'emplacement, couvert aujourd'hui de maisons, entre des empereurs Trajan et Adrien; mais son. exécution est [Link] foible;
la rue de la Boqueria et la place de la Trinité: le terrain en a long- ses chapiteaux n'ont point ce caractere distingué de ceux des tem-
temps conservé le nom d'Arenaria; mais il n'en existe aucune trace. ples de Jupiter Stator et de Mars le Vengeur, que l'on prenoit pour
Celles d'un aqueduc se voyoient à l'entrée de la rue des Capel- modele à Rome; la base et l'entablement ne sont ni d'un beau profil
lans; il en reste un arc très élevé, et d'une construction massive; ni d'un beau dessin. Il me paroît donc qu'il faut fixer l'époque de '
il paroît se diriger vers la cathétlrale, située dans l'enceinte de sa construction vers le rn• siecle, lorsque les arts comroençoient
l'ancienne ville et le point le plus élevé: il est vraisemblable qu'il à se dégrader sans pourtant déchoir entièrement.
alloit chercher les eaux à la montagne de Colserola, où l'on trouve
BAI NS ARABES.
des vestiges d'un aqueduc de la même construction.
. L es planches suivantes donneront une idée de quelques monu- ll y avoit autrefois des bains publics à Bar~elone; une inscrip-
ments mieux. conservés-qui s'y trouvent encore. tion conservée près de l'église de saint Just ne laisse aucun doute
à cet égard. On y voit queL. Cœcilius Optatus a voit destiné un
PLAN CHE IX. fonds pour qu'il fût fait tous les ans une illumination dans les bains
de cette ville au mois de juin: cet usage se continua après ces peu-
Vue de la Place Neuve, et cl:une des portes antiques de Barcelone.
ples. Deux rués de la ville en ont pris leurs norns; on les appelle
Cette 'POrte, ainsi que plusiems autres semblables dont nous carrer dels B ans en catalan, et caUe de los Banos en espagnol. Une
avons déja parlé en décrivant l'ancienne enceinte de la ville, n'a maison dans cette rue, au coin de ceUe de la Boqueria, apparte-
nant à M. Estivan Marti, contient les restes d'un édifice qui ne
( r) Sous l'empire de Valérien et Galien. Paul Orose cite à ce sujet Tarragone. ' peut avoir servi à d'autre usage qu'à des bains publics.
Lib. VIL cap. aa et 41. Ce sont plusieurs. salles contigues, dont la premiere et la plus