A table !
S’il y a bien un moment qui ponctue nos journées, c’est celui où nous passons à table, c’est-à-dire l’heure du repas !
Que disent les dictionnaires ?
Dictionnaire de l’Académie Française : « À table ! se dit familièrement pour inviter à se mettre à table ».
Robert : locution qui signifie « passons, passez à table ».
Larousse : expression dont le sens est « invitation à se mettre à table ».
Comment définir le repas ?
Avant tout, un repas est constitué d’aliments que nous choisissons la plupart du temps. Le choix de notre
alimentation nous distingue peut-être d’ailleurs de l’animal. C’est ce qu’affirmait le célèbre gastronome et auteur
culinaire Brillat-Savarin (1755-1826) « Les animaux se repaissent, l’homme mange. »
Manger est une nécessité biologique, un besoin vital, quotidien. Il s’agit d’un acte physiologique
C’est d’ailleurs ce qui fait dire à l’Avare de Molière «Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. »
Se mettre à table est aussi un rite socio-culturel propre à notre humanité et au cœur de toutes les civilisations. Se
mettre à table est une pratique universelle, qu’on soit seul, l’homme ou la femme d’affaires déjeunant au
restaurant, à deux, un couple d’amoureux, entre amis, un barbecue dans le jardin, en famille, un déjeuner
d’anniversaire. Un repas s’organise, on fait une liste de courses, on achète les denrées, on cuisine, d’ailleurs la
préparation et la cuisson des aliments distinguent une nouvelle fois l’homme de l’animal.
Se mettre à table est donc à la fois un acte individuel nécessaire à notre survie et un acte souvent collectif. Se
nourrir et échanger entre individus, créer du lien social sont les bases d’un repas. Il s’agit d’un moment heureux,
«Les repas sont beaux, sont sacrés (et) font vivre les hommes » (Apollinaire, Alcools, « le repas).
Quelles formes peut prendre le repas ?
A travers l’histoire, les formes du repas ont évolué.
L’homme préhistorique mange de façon irrégulière et ses repas sont basés sur la chasse et la cueillette. Le feu,
découvert entre -800 000 et -400 000, lui permet de cuire ses aliments. Ainsi, cela lui procure plus d’énergie et une
meilleure digestion, son cerveau devient plus gros. Le feu, le foyer rapprochent également pour la première fois les
individus qui mangent et qui cuisinent ensemble.
Au IIème siècle après JC, en Gaule, la Cena, le banquet est inventé. Ce dernier débute à 14h30 en hiver et à 16h en
été, il se déroule dans le Triclinium, une salle de réception où les convives allongés mangent avec une cuillère ou
avec leur main droite.
Au Moyen Age, les banquets opulents se développent pour les nobles, la cuisine médiévale voit le jour avec une
mode pour les pâtés (préparation à base de pâte avec de la viande ou du poisson), les rôtis et les sauces. Le cuisinier
Taillevent rédige Le Viandier, le premier livre de recettes paru vers 1300 qui sera une référence pendant des années.
Il sera imprimé au moins vingt-quatre fois entre 1486 et 1615.
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A la Renaissance, la gastronomie française, comme tous les arts, est influencée par l’Italie, les épices et les légumes
s’imposent sur les tables. Catherine de Médicis raffole d’ailleurs de l’artichaut. Le XVIIème et le XVIIIème siècles
sont l’âge d’or de la gastronomie française. Citons le chef Vatel (1631-1671) incroyable cuisinier et maître d’hôtel
qui se suicide, tant la pression est énorme, après une fête donnée le 23 avril par le prince de Condé au château de
Chantilly pour le roi Louis XIV.
Le XIXème siècle voit le développement du restaurant, on en compte 3000 à Paris à cette époque. Le concept, des
tables individuelles et des plats à choisir dans un menu, est créé en 1765 par Mathurin Roze de Chantoiseau.
Le pique-nique apparait à la fin du XIXème siècle, le déjeuner sur l’herbe devient une pratique à la mode surtout le
dimanche. Le mot « pique-nique » apparaît au XVIIIe siècle, il ne désigne pas forcément un repas pris à l’extérieur
mais un repas où chacun apporte sa part. L’expression pourrait provenir du verbe « piquer » (picorer) et du terme
« nique » (chose de peu de valeur)
Le repas gastronomique est inscrit depuis 2010 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. C’est
une pratique sociale qui célèbre des moments importants comme une naissance, un anniversaire, un succès, il a
pour but de renforcer les liens sociaux. Ce repas festif met l’accent sur le plaisir de se retrouver et le plaisir de
goûter des mets choisis. Il répond à un schéma standardisé : un apéritif, une entrée, un plat de viande ou du poisson
avec des légumes, du fromage, un dessert et un digestif.
Le mot repas a de nombreux synonymes qui désignent des formes différentes de repas : déjeuner, dîner, souper,
banquet, festin, gueuleton. Le repas quotidien se décline souvent en petit-déjeuner, déjeuner, dîner, ils rythment
nos journées. Notons qu’au XVIIIème siècle, on déjeune le matin, on dîne à la mi-journée et on soupe le soir.
Où prend-t-on ses repas ?
Dans une pièce dédiée ou non, à l’extérieur, au bureau, dans la rue, dans sa voiture … Dans la villa gallo-romaine,
existe le Triclinium, la salle à manger. Cette pièce fait partie de la maison romaine au IIe siècle avant J.-C. Au Moyen
Age, on mange sur une grande planche posée sur des tréteaux, d’où l’expression dresser la table, cette table est
installée dans la pièce la plus adaptée de la maison, par exemple, la pièce la plus chaude l’hiver.
Au 18ème siècle, l’usage d’une pièce réservée aux repas se répand et la table de la salle à manger devient un
meuble à part entière. En 1829, Horace Raisson fait paraître son Code Gourmand, un manuel du savoir manger et
au chapitre II, article 9, il écrit « il est important que la salle à manger soit parfaitement chauffée, elle doit être
également bien éclairée ».
Le repas est donc pris chez soi. A partir du XIXème, on peut prendre un repas à l’extérieur, dans un restaurant pour
y manger mieux ou autre chose que ce que l’on mange chez soi. C’est une véritable révolution culturelle.
D’où vient le mot restaurant ?
A la fin du XVIIIème siècle, le restaurant est un choix de bouillons qui « restaurent », c’est-à-dire qui fortifient et
qui sont servis dans les cabarets. En 1765, un 1er établissement parisien propose un choix de « restaurants », de
plats servis sur des tables individuelles. C’est la naissance du restaurant moderne !
Comment mange-t-on ?
« Manger avec la main, c’est naturel, manger avec une fourchette, c’est culturel », [Link], spécialiste de la
cuisine et de la gastronomie. En effet, au XXIème siècle, 3.3 milliards de personnes mangent avec des couverts et
3.5 milliards avec leurs doigts !
Que ce soit avec des baguettes, des couverts, ses doigts, les pratiques varient en fonction de l’époque et de
l’endroit. C’est au XVIème siècle que la vaisselle apparaît sur les tables. D’abord, l’assiette est présente dès 1536 à
la cour de François 1er, puis la fourchette à la cour d’Henri II (1547-1559). C’est Catherine de Médicis qui l’importe
d’Italie. La fourchette était utilisée afin de saisir plus facilement les pâtes. Cette dernière s’impose à la cour de
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France seulement au XVIIIème siècle. Couverts et verres apparaissent à la table d’Henri III, à partir de 1574.
Cependant, cette vaisselle s’impose définitivement seulement au XIXème siècle.
Assis, débout, allongé, accroupi ?
Dans l’Antiquité, seuls les riches romains mangeaient allongés sur des canapés. Manger accroupi, c’est normal dans
de nombreux pays d’Asie comme en Inde, aux Philippines ou en Chine.
La street food, très populaire en Asie, favorise de manger débout voire en marchant. Mais manger debout n’est
pas sans risques, cela augmente les reflux acides, les brûlures d’estomac et les ballonnements. En outre, cela
encourage les gens à manger rapidement et à ne pas mâcher suffisamment.
Manger assis serait la meilleure position à condition d’avoir le dos bien droit, les fesses bien assises sur la chaise et
les deux pieds au sol. Il faut également éviter d’avoir les jambes croisées ou une ceinture trop serré.
Les plaisirs du repas ?
Manger est un plaisir sensoriel, un plaisir gustatif et un plaisir lié au partage, à la convivialité, à la détente,
au réconfort. Le repas est souvent associé à la gastronomie. Ce mot apparaît d’ailleurs vers 330 avant JC dans une
ode d’un poète grec, il s’agit de « l’art de déguster et d’apprécier les mets ». (Dictionnaire Larousse). Elle peut être
définit comme « L’art d’utiliser la nourriture pour créer le bonheur » selon Thedore Zeldin, historien, sociologique
et philosophe britannique.
Le repas est apprécié par les gourmets et les gourmands. La gourmandise est un vilain défaut, le 7ème péché capital
de la religion chrétienne, elle désigne l’envie débridée de manger (ou de boire) quelque chose dont on raffole. Par
exemple, Catherine de Médicis était très gourmande et mangeait de nombreuses pâtisseries, ce qui explique son
embonpoint.
Un repas est plaisant parce qu’il est convivial. Il est une activité sociale. Autour d’une table, on discute, on échange.
En France, cela fait partie de notre patrimoine culturel. D’ailleurs, la durée moyenne d’un repas en famille est de
2h22 contre 27 minutes aux Etats-Unis !
Entre fast-food et slow-food, street-food et cuisine traditionnelle, uniformisation et cuisine régionale, le repas
évolue mais il reste au centre de nos préoccupations à en croire les nombreuses émissions de télévision (Top Chef,
Cauchemar en Cuisine, Masterchef), la prolifération des sites internet et des vidéos publiées sur Instagram et Tik
Tok.
Se mettre à table et manger est une de nos occupations préférées, soyons en fiers car selon un proverbe français : «
Qui a honte de manger a honte de vivre »
On peut également souligner l’évolution des mets : végétariens, végétaliens, végan, etc…
Sources : STUDYRAMA + différents sites Web
Références culturelles : (fichier « Œuvres »)
Les noces de Cana de Véronèse (1563),
Le déjeuner de paysans de Vélasquez (1622)
Le déjeuner des canotiers de Renoir (1880-1881).
Le pique-nique (1876), James Tissot.
Le repas, Paul Gauguin (1891)