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Cadre comptable de l'assurance 2002-2003

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Cadre comptable de l'assurance 2002-2003

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1

CNAM 2002-2003

1 - Cadre contractuel et comptable de l’opération d’assurance

1.1 Le risque préexistant; sa couverture contractuelle

1-1-1: la crainte du risque et les moyens de s'en protéger.

Il y a une demande d'assurance parce que des agents économiques (individus ou entreprises)
sont soumis à des aléas dont ils ne peuvent supporter facilement les conséquences financières; leurs
fortunes ou leurs fonds propres disponibles seraient même dans certains cas insuffisants pour faire
face à ces événements.

Certains ont conscience de ces "risques" et cherchent à s'en préserver en faisant supporter
par d'autres les circonstances dommageables; l'aversion au risque" désigne cette crainte spontanée,
la théorie de l'utilité espérée de Von Neumann&Morgenstein1 étant le cadre théorique dans lequel
s'effectue souvent la modélisation. Nous en donnerons un aperçu plus loin au point numéro 4.

D'autres agents pourraient avoir un comportement plus insouciant, en considérant que les
événements dommageables sont improbables, mais des tiers concernés par leur situation financière,
comme par exemple leurs banquiers, peuvent exiger d'eux des garanties. Enfin la puissance publique
peut estimer que certains risques graves d'insolvabilité entraînent des désordres sociaux qui légitiment
une exigence de garanties; un exemple bien connu est l'obligation pour un conducteur de véhicule
automobile d'être assuré en responsabilité civile, c'est à dire d'avoir la garantie que les dommages
qu'il pourrait occasionner à autrui seront pris en charge par un organisme solvable.

L'opération d'assurance a un objet universel. Elle vise en effet le transfert de tout ou partie
des conséquences financières du risque subi par l'assuré vers une société d'assurance, dans les
conditions et circonstances précisées par un contrat. Les dépenses prises en charge peuvent
correspondre soit à des indemnités à verser à des tiers, au titre de la responsabilité de l'assuré, soit à
la réparation de dommages subis par celui-ci. Il est à noter que c'est une entreprise spécialisée, et
non pas un individu, qui donne une garantie d'assurance; ce principe est inscrit dans la législation et il
y a des raisons profondes à cela, que nous approfondirons plus loin, au point numéro 3. Ainsi
l'opération d'assurance se distingue fondamentalement d'un pari entre deux individus ou d'une
spéculation financière occasionnelle. Elle implique forcément une société d'assurance qui accumule
les risques qu'elle a accepté de prendre en charge et qui, de ce fait, court elle même un risque
d'insolvabilité.

1
John Von Neumann (1903-1957), mathématicien, et Oskar Morgenstern (1902-1977), économiste, ont exposé dans
Theory of games and economic behavior (1944) les fondements de la théorie des jeux.

Page 1 sur 14
2

Le risque qui pourrait être assuré se traduit par des dommages évalués en termes monétaires
(en francs ou en devises, demain en euro). Ces chiffres sont incertains et varient selon les
circonstances. Le mode de description opérationnel de cet ensemble d'éventualités et du lien avec la
valeur des dommages est le calcul des probabilités. On verra précisément ceci au point numéro 2.

1-1-2: le contrat:

Il s'agit d'un accord passé entre, d'une part une entreprise d'assurances, que nous
qualifierons désormais d'assureur , et d'autre part un souscripteur (individu ou collectivité), fixant à
l'avance, pour une période déterminée, des échanges financiers en fonction d'un ensemble bien défini
d'événements aléatoires.
Le risque supporté ou défini par l'assuré peut être totalement ou partiellement transféré à
l'assureur à partir de règles préalablement définies dans le contrat.

Du point de vue de l'actuaire deux particularités de l'assurance "dommages" sont essentielles:


a) l'existence de dispositifs contractuels limitant la prise en charge du risque par l'assureur;
b) le fait que bien souvent le sinistre survenu et déclaré n'est pas connu précisément.

La première particularité s'exprime par des limitations de garantie et par des franchises.

La seconde implique une grande importance dans certaines branches des provisions pour sinistres à
payer. L'évaluation des sinistres (une prévision du passé !) est dans le domaine de la responsabilité
civile, au plan de chaque dossier, une affaire de juriste, car les questions de responsabilité et la
connaissance de la jurisprudence y sont essentielles. Les dommages matériels sont pour chaque
sinistre de la compétence d'experts. Mais au plan collectif il existe des régularités statistiques qui font
que l'intervention actuarielle devient nécessaire.

1.2 Les règles comptables

1 - 2.1 : Les principes généraux de la description comptable

Comme pour la plupart des activités l'information la plus riche et la plus fiable est d'origine
comptable, pourvu que la comptabilité réponde à des normes largement répandues et qu'elle
s'attache à fournir une "image fidèle" de l'entreprise concernée.

La première condition, indispensable si on veut que les comptes soient lisibles par tous et
qu'ils soient comparables, est assez bien vérifiée en France, puisqu'il existe un plan comptable
obligatoire, dont la dernière version applicable au 1er janvier 1995 est conforme à une directive
européenne. Néanmoins les normes adoptées ne sont pas universelles et il existe par exemple aux
Etats-Unis des principes différents.

En ce qui concerne l'objectif de restitution d'une image fidèle, il faut retenir que l'assurance a
une comptabilité de "droits constatés", ce qui veut dire qu'elle enregistre dès leur naissance les
engagements donnés, et qu'au surplus elle doit pouvoir montrer que l'assureur est en état de faire
face à ces promesses.

Page 2 sur 14
3

La nature aléatoire des engagements de l'assureur, ainsi que leur durée parfois très longue,
sont deux caractéristiques très gênantes pour arrêter des chiffres comptables.

Il est facile d'enregistrer le montant d'un paiement effectué; c'est un problème beaucoup plus
complexe que d'évaluer des paiements futurs lorsque l'éventualité qui les provoquera est incertaine,
et que les montants sont entachés d'aléas. La solution générale consiste alors à ne pas chercher à
évaluer séparément chaque engagement donné, mais à tenir compte du fonctionnement collectif de
l'assurance en décrivant plutôt la mutualité. Le chiffrage n'est plus une opération comptable classique;
il est de la compétence des actuaires.

Lorsqu'on veut administrer la preuve comptable que les engagements seront tenus,
notamment pour des opérations qui mettront des années à se dénouer, il faut pouvoir anticiper à la
fois les charges futures et les recettes futures. Là encore des techniques actuarielles doivent être
utilisées, avec un souci de prudence et une nécessité de transparence pour le choix des hypothèses.
La difficulté de la tâche et sa technicité peu accessible à une compréhension immédiate impliquent
des vérifications par des spécialistes; c'est une des raisons fondamentales de l'intervention d'un
contrôle, sous la surveillance de l'Etat.

Voyons maintenant successivement les éléments principaux du bilan et du compte de


résultats.

le bilan

Un bilan fournit à une date bien précise, traditionnellement le 31 décembre, d'une part
l'inventaire des avoirs qui constituent l'actif, et d'autre part, au passif, les dettes et l'évaluation des
engagements. La différence, normalement positive, entre les avoirs et les dettes ou engagements,
apparaît au passif sous l'appellation de fonds propres, comme dans l'exemple suivant.

ACTIF (AVOIRS) PASSIF(FONDS PROPRES ET PASSIF


ENGAGE)

Placements 95 Fonds propres 8

Autres actifs 5 Provisions techniques 80


Dettes 12
Total 100 Total 100

L'actif:

Pour l'évaluation des divers éléments d'actif plusieurs conceptions s'affrontent et ne


conduisent pas aux mêmes chiffres.

L'approche comptable traditionnelle est de se référer à la valeur historique, c'est à dire au prix
d'achat ou de revient; elle présente l'avantage de ne pas prêter à discussion, mais elle a le grand
inconvénient de ne pas suivre l'évolution des marchés, et encore moins de l'anticiper. Toutefois, en

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4

moyenne, lorsque l'achat est ancien, on est en droit de penser que le prix de vente des actifs sera
supérieur à leur valeur comptable, dans la mesure où sur longue période ils vont s'apprécier.
Le mode d'évaluation retenu par la réglementation française est principalement le prix de
revient, mais avec quelques corrections pour tenir compte de la baisse éventuelle des valeurs de
marché.
Le passif engagé:

Une dette est habituellement de montant certain et son échéance est fixée. Dans un tel cas
son enregistrement au bilan ne pose pas de problème insurmontable pour un comptable classique.
Dans le cas des engagements aléatoires des assureurs on enregistre des provisions techniques dont
l'évaluation requiert le recours à des techniques actuarielles. Elles constituent la partie essentielle du
passif: environ 85% du total du bilan pour les sociétés d'assurance-vie et près de 70% pour les
sociétés non-vie.

Deux types principaux de provisions doivent être distinguées: celles qui concerne des
garanties en cours pour lesquelles les sinistres ne se sont pas encore révélés, et les provisions
correspondants à des sinistres survenus mais non encore payés. Les premières ont d'autant plus
d'importance que la période de garantie est longue; elles dominent en assurance vie. En assurance
non-vie ce sont les provisions pour sinistres à payer qui ont le poids essentiel parce que la
détermination du montant des indemnisations peut être lente et complexe.

Les fonds propres:


Leur niveau relatif est un bon indicateur de la santé de l'entreprise, pourvu que ce chiffre soit
indiscutable. D'ailleurs ils constituent l'essentiel de la marge de solvabilité réglementaire.

Si l'on observe que les fonds propres sont la différence entre, d'une part l'actif réel, et
d'autre part le passif engagé, on doit s'attendre à ce que leur niveau soit très dépendant des principes
d'estimation des deux termes et de la qualité des chiffrages. Dans l'exemple qu'illustre le tableau
précédent, les fonds propres constituent apparemment 10% des provisions techniques.
La sensibilité de ce pourcentage aux évaluations est considérable:

si on envisage de réviser en baisse de 5% l'estimation de l'actif (-4,75) et de réévaluer en


hausse de 5% les provisions (+ 4), les fonds propres deviendraient négatifs de 8-4-4,75=-0,75, et
on devrait constater que l'entreprise n'est plus en état de fonctionner.

le compte de résultats

Il s'agit d'une liste de produits et de charges permettant d'analyser l'activité de l'entreprise


entre deux bilans successifs. Nous allons voir que ce ne sont pas forcément des mouvements de
trésorerie (des recettes et des dépenses) qui figurent dans cette liste et que les chiffres retenus sont
largement dépendants des évaluations au bilan. Les valeurs suivantes d'un compte très simplifié sont
ainsi en rapport avec le bilan présenté précédemment et qui pourrait représenter la situation en fin
d'exercice.

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5

Rubriques Montants
primes acquises 25
+ produits des placements +6
- charge des sinistres payés -10
- charge des provisions -16
- frais de gestion -3
= Résultat de l'exercice +2

Le rattachement à l'exercice de référence s'opère en prenant en considération les événements


envisagés dans les contrats. Un sinistre est ainsi affecté à l'exercice dans lequel est intervenu le fait
générateur, même si le règlement doit intervenir plus tard; dans ce dernier cas les paiements futurs
sont estimés et portés en provision. Symétriquement les primes sont affectés à l'exercice pour la
période de garantie qui y est incluse; si un versement fait dans l'année couvre une période de garantie
allant au delà du 31 décembre; seule la quote-part afférente à l'exercice en cours apparaît dans les
primes acquises.

Le résultat final est on l'espère positif; dans ce cas une partie substantielle est conservée dans
l'entreprise pour alimenter les fonds propres et par conséquent la marge de solvabilité. Si le résultat
est déficitaire, il s'imputera sur les fonds propres, dans la mesure où ils sont suffisants.

On comprendra que le solde du compte de résultat dépend largement des méthodes et de la


qualité des évaluations actuarielles: en effet, les sinistres provisionnés sont estimés, tout comme la
part acquise des primes.
Le résultat technique.
Mise à part l'incidence de la réassurance, on peut ainsi définir le résultat technique de
l'assurance non-vie, d'après le nouveau plan comptable de 1994 :
1. Primes acquises:
1a Primes (+)
1b Variations des primes non acquises
et risques en cours(+/-)
2. Produits des placements alloués.

3. Charges des sinistres:


3a Prestations et frais payés (-)
3b Charge des provisions pour sinistres (+/-)
4. Frais d'acquisition et d'administration.
4a Frais d'acquisition (-)
4b Frais d'administration (-)

En ce qui concerne les sinistres, le résultat global de l'exercice N accumule des chiffres
relatifs à l'année de survenance N et des éléments correspondants à des années de survenance
antérieures (règlements et jeu des provisions). Aux fins d'analyse du résultat de l'exercice comptable

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6

les entreprises doivent ventiler les règlements et mouvements de provisions par exercices d'origine
des sinistres (survenance), et notamment dans les états C10 et C11 destinés à l'autorité de contrôle.

Le résultat d'exploitation des garanties données dans un exercice comptable est estimé en fin
d'année, mais l'appréciation qu'on peut en avoir sera progressivement rectifiée au cours des années
suivantes. Ainsi le taux de sinistres à primes (S/P) d'un exercice de garantie N est différent suivant
qu'on l'apprécie à la fin de l'année N, ou de l'année N+1, ou encore N+2.

2 - Le risque et sa description

2.1 Ensemble des événements assurés

Il s'agit tout à la fois d'organiser rationnellement l'inventaire a priori des événements en cause,
de qualifier leur importance de manière chiffrée et de définir clairement la correspondance entre les
événements et les dommages correspondants.

On va d'abord supposer qu'on peut à l'avance envisager toutes les éventualités possibles au
regard de leur conséquences financières, et que ces divers aléas sont dénombrables, c'est à dire
qu'on pourrait leur affecter un numéro .

exemple: On s'intéresse à la survie ou au décès de M.X sur une période future d'un an, en
supposant évidemment que la personne en cause est aujourd'hui vivante, sachant que le décès, pour
quelque cause que ce soit, occasionnera le versement d'un capital dans les quinze jours de
l'événement. Les seules éventualités à prévoir sont: soit le décès, l'un quelconque des 365 jours à
venir, soit la survie au bout d'un an. Si l'on devait prévoir un versement différent suivant que le décès
est accidentel ou non, il faudrait scinder l'hypothèse de la disparition de M.X tel ou tel jour en deux
sous-hypothèses, "décès accidentel" et "décès non-accidentel".

On comprendra sur cet exemple :


1° que l'analyse des événements dépend de la définition des dommages à
payer,
2° que la description doit être exhaustive mais sans double-emploi.

D'un point de vue formel l'ensemble des événements E conditionnant le risque peut être décomposé
en une collection d'événements élémentaires Ei tels que:
- deux événements élémentaires distincts Ei et Ej sont incompatibles, c'est à dire que leur
réalisation simultanée est impossible;
- toute circonstance E envisageable du point de vue du coût qu'elle occasionne est la
réunion d'un certain nombre fini d'événements élémentaires Ei1, Ei2,...,Eik , ce qui veut dire que
c'est la réalisation soit de Ei1, soit de Ei2,..., soit de Eik ;
- toutes les possibilités sont envisagées. Si E est prévu, non-E (la non réalisation de E ou
encore le complémentaire de E) l'est également. La réunion de la totalité des Ei correspond à la
certitude notée Ω.

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7

2.2 Mesure de probabilité; variables aléatoires

Une deuxième étape consiste à affecter à chaque événement élémentaire une probabilité. La
définition rigoureuse de cette notion subtile est du domaine des mathématiques. Toutefois on peut en
avoir une très bonne idée en se référant à l'intuition du parieur. C'est d'ailleurs de là qu'est partie la
réflexion de Blaise Pascal qui , à la demande du chevalier de Méré, joueur de cartes passionné,
imagina en 1654 une "géométrie du hasard" .

Ainsi la probabilité d'un événement E est simplement la somme p(E) que l'on accepterait de
parier si, en cas de réalisation de E, on devait recevoir 1 franc, pourvu toutefois qu'on accepte de se
tenir à la démarche rationnelle suivante:

1 - Axiome d'additivité: Si E et F sont 2 événements incompatibles pour lesquels on a


défini des probabilités p(E) et p(F) (on a accepté de parier ces dernières sommes si 1 est l'enjeu
commun en cas de survenance de E ou de F), alors p(E ou F) = p(E)+p(F), puisque c'est au total la
somme pariée sur la survenance de E ou F, avec un enjeu de franc;

2 - Axiome d'équité: Si p(E) et p(non-E) sont les probabilité de 2 événements


complémentaires, p(E) + p(non-E) = 1. En effet on a parié sur un événement et son contraire, c'est à
dire qu'on est sûr de gagner 1 franc, et il serait inéquitable que pour cette opération certaine on ait
parié au total moins ou plus que 1 franc.

A partir de ces deux seules propositions intuitivement évidentes, on peut développer


logiquement des conséquences nombreuses, qui pourtant ne permettraient que rarement de donner
une valeur chiffrée précise aux probabilités théoriques. En effet c'est uniquement dans le cas des jeux
de hasard créés par l'homme que des considérations de symétrie autorisent à attribuer a priori des
mesures de probabilités aux événements élémentaires. Ainsi dans le jeu de pile ou face on peut
penser que les probabilités de tirage de l'une ou l'autre face d'une pièce sont égales, et comme on
élimine l'idée d'un troisième événement (l'équilibre sur la tranche), il s'ensuit que chacune des
probabilités vaut ½.

Pour résumer simplement, on cherche à attribuer à toute éventualité une mesure de


probabilité, nombre compris entre 0 et 1, d'autant plus faible que l'événement est rare, et tel que la
somme des probabilités des événements élémentaires soit égale à 1.

Dans la pratique habituelle, lorsqu'on s'intéresse à autre chose que des jeux, il n'est pas
possible de déterminer les probabilités sans recours à l'observation statistique , c'est à dire à la
constatation de fréquences issues d'expériences nombreuses portant sur des événements de même
nature. En effet la théorie probabiliste nous apprend que si on fait n observations indépendantes, en
s'intéressant à la survenance d'un événement de probabilité p, et si on constate que le nombre de
réalisations est k, la fréquence k/n est la meilleure estimation de p, et si n augmente indéfiniment la
différence absolue entre la fréquence et la probabilité théorique p tend vers 0. Cette convergence de
la fréquence vers la probabilité est le premier aspect de la loi des grands nombres.

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8

Après la définition claire de l'ensemble des événements conditionnant un risque, et si possible


la détermination des mesures de probabilité correspondantes, on va devoir préciser les valeurs des
pertes financières occasionnées par les événements. Ces pertes sont, dans le langage des
probabilistes, des variables aléatoires et la description du risque se présentera formellement ainsi:

- un ensemble d'événements E,
- des variables aléatoires X(E),
- des probabilités telles que p[X(E) = x], définies pour l'ensemble des valeurs possibles des
pertes x.

Une variable aléatoire plus générale aura sa distribution de probabilité décrite par sa fonction
de répartition F, ainsi définie: F(x) = P(X ≤ x) .

2.3 Exemple:

Fonction de répartition des sinistres


pour un seul contrat

100%

98%

96%
Probabilités

94%

92%

90%
88%

86%

84%
20

40

60

80

100

120

140

160

180

200
0

montants (en KF)

Tranches de coûts % % cumulés


0 (aucun sinistre) 90,25% 90,25%
1 à 20 6,16% 96,41%
21 à 50 2,79% 99,20%
51 à 100 0,73% 99,93%
101 à 200 0,07% 100,00%

Page 8 sur 14
9

1 - F(x)

10%
9%
8%
7%
6%
Probabilités

5%
4%
3%
2%
1%
0%
0

20

40

60

80

100

120

140

160

180

200
-1%
Montants (en KF)

3 - La mutualité

3.1 Moyennes de variables indépendantes; lois des grands nombres

Le secret universel de l'assurance est le regroupement d'un grand nombre de contrats


d'assurance au sein d'une mutualité, pour que se réalisent des compensations entre les risques
sinistrés et ceux pour lesquels l'assureur aura perçu des primes sans avoir dû régler des prestations.
Il n'y a pas ici de différence de technique entre les "mutuelles" et les sociétés anonymes d'assurance.
Précisons maintenant par le calcul les effets de cette mise en commun des risques, et nous en
percevrons alors les conditions et limites.

Faisons masse de l'ensemble des charges annuelles de sinistres relatives à n risques a priori
identiques, mais indépendants entre eux.

Deux risques sont a priori identiques lorsque, en l'état de la connaissance de l'assureur, la


distribution de la charge aléatoire de sinistres X (la probabilité P(X=x)) est la même pour chacun
d'eux; c'est par exemple le cas de deux risques "automobile" caractérisés par le même véhicule
assuré, roulant dans la même zone de circulation, avec deux conducteurs ayant les mêmes
caractéristiques.

Deux risques sont indépendants, lorsque la survenance d'un sinistre pour l'un d'entre eux n'a
pas d'action sur la survenance des sinistres de l'autre. A l'inverse deux risques peuvent être corrélés,
lorsque par exemple, dans le domaine de l'assurance incendie, il existe entre eux une proximité ou
une contiguï té: le feu peut en effet se propager d'un local assuré à l'autre.

Page 9 sur 14
10

En particulier pour déterminer le tarif, a priori identique pour chacun des n risques, l'assureur
va s'intéresser à la charge moyenne de sinistres qui interviendront au sein du groupe homogène qu'il a
constitué.

Pour un risque pris au hasard la distribution des sinistres est définie par l'ensemble des
probabilités px = P(X=x) , où x varie de 0 (cas d'absence de sinistre indemnisé) à L, limite
supérieure d'indemnisation. Sur le graphique numéro 1 on a représenté par la courbe relative à n=1
les probabilités pour que X dépasse un seuil x exprimé en milliers de francs, dans une hypothèse où il
y aurait une chance sur 10 d'enregistrer un sinistre dont la valeur pourrait atteindre L = 200 000 F.
On voit ici une grande dispersion des sinistres possibles, puisque la probabilité de dépassement du
seuil x décline très faiblement et qu'en particulier elle est encore de 5,92% pour x=10.

Tranches de coûts %
1 risque 2 risques 10 risques 50 risques
0 sinistre 90.25% 81.45% 35.84% 0.59%
1 à 10 3.84% 11.37% 62.07% 99.41%
11 à 20 2.33% 4.41% 2.05% 0.00%
21 à 30 1.41% 1.71% 0.04% 0.00%
31 à 50 1.38% 0.91% 0.00%
51 à 80 0.62% 0.15% 0.00%
81 à 200 0.18% 0.01% 0.00%

Si on considère maintenant n=10 risques et qu'on s'intéresse à la charge moyenne de sinistres


(courbe en tirets), on constate que la probabilité de dépassement du seuil x diminue très rapidement,
et qu'en particulier pour x=10 elle ne vaut que 2,1%. Pour n=50 le phénomène est encore plus net: la
probabilité de dépassement du seuil x=10 est nulle.

Graphique n°1

P[moyenne>x]
%
90%

80%

70% n=1

60% n=10

50%
n=50
40%
Espérance
mathématique
30%

20%

10%

0%
0 E(X) 5 10 15 20 25

Page 10 sur 14
11

La théorie montre que, sous des conditions très larges, ce qu'on a visualisé peut être
généralisé: lorsque le nombre de risques n augmente la probabilité pour que la valeur moyenne des
sinistres dépasse un seuil élevé tend à diminuer. Le risque global est pour l'assureur de plus en plus
évaluable.

Plus précisément, lorsque n augmente indéfiniment, la charge moyenne des sinistres a très
peu de chances de s'écarter d'une valeur E(X), appelée "espérance mathématique" de X, et ainsi
définie:

E(X) = somme des produits ([Link] ) pour toutes les valeurs possibles de x.

Remarques:

Les conditions d'une bonne efficacité de la mutualité sont:

a) un regroupement d'effectifs suffisamment nombreux de risques a priori semblables,


et ce n'est pas le cas pour des risques exceptionnels, ou insuffisamment connus, dans la mesure où
leur homogénéité n'est pas suffisante;
b) l'indépendance des risques, car la compensation statistique dans une moyenne
suppose qu'il y ait dans le même intervalle de temps peu ou pas de sinistres sur certains contrats, et
des sinistres importants pour d'autres.

Le graphique n°2 montre les effets de la compensation, sur les mêmes bases chiffrées que
dans l'exemple précédent, dans une mutualité de 2 risques, d'une part s'ils sont indépendants, et
d'autre part s'ils sont complètement corrélés (identité des valeurs des sinistres). La corrélation fait
que la probabilité d'avoir en moyenne des sinistres importants est plus grande.

Graphique n°2

n=2
%

20%

risques indépendants

15%

risques corrélés
10%

5%

0%

0 5 10 15 20 25 30 35

Page 11 sur 14
12

4 - La demande d’assurance

4.1 Notion d’utilité de VNM; critère de maximisation


de l’utilité espérée

Le point de départ de notre analyse de tarification était une vision comptable des résultats et
la préoccupation de connaître le prix de revient pour l'assureur. C'est ainsi que la prime pure doit
être en rapport avec le coût des prestations, et cette attitude conditionne l'offre de garanties par
l'assureur.

En dehors peut-être du cas des assurances obligatoires, si l'on s'assure c'est que l'on craint
les conséquences financières d'un aléa, et le choix que l'on fait d'une modalité d'assurance est un
compromis entre cette aversion au risque et le désir de faire des économies sur la prime d'assurance.
L'aversion n'est pas une notion absolue, elle est en rapport avec la situation de fortune de l'agent
économique; ainsi une grande entreprise aux fonds propres importants sera plus tentée qu'une autre
de pratiquer l'auto-assurance.

On verra plus tard que les considérations de prix de revient et de solvabilité font que les
assureurs offrent normalement des tarifs supérieurs à ceux qui résulteraient de l'application du
principe de l'espérance mathématique. Cependant il y a demande d'assurance. Un modèle explicatif
est celui de la théorie de l'Utilité espérée de Von Neumann et Morgenstein, qu'on peut ainsi
présenter:

On s'intéresse à la situation de fortune W d'un agent économique (individu ou entreprise). La


"satisfaction" de l'agent, l'utilité de la détention de W, lorsque ce dernier chiffre est connu, se
"mesure" par une fonction u(W). A priori il est certain que u est une fonction croissante de W, et si
on suppose qu'elle est dérivable u'(W) > 0.

Dans un univers incertain, W est une variable aléatoire et l'utilité de cette situation est définie
comme l'espérance mathématique de u(W):

U = E[u(W)]. Il est supposé que les choix de l'agent économiques tendent à maximiser U, et
en particulier le choix d'une formule d'assurance se fait sur ce critère.

4.2 L’autoassurance; les franchises

Dans l'exemple suivant on suppose:

Une fortune initiale W = 50 000

une fonction d'utilité U(W) = W0,6

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13

Cette fonction est croissante, mais la rapidité de cette croissance décroît lorsque W augmente, ce
qui caractérise l'aversion au risque.

Le risque est ainsi défini:

pas de sinistre avec une probabilité de 90%,


sinistre de 10 000 avec une probabilité de 5%,
sinistre de 30 000 avec une probabilité de 3%,
sinistre de 50 000 avec une probabilité de 2%, annihilant complètement la fortune
initiale.

La représentation de la fonction d'utilité est la suivante:

Fonction d'utilité
(sans assurance)
800

700
90%
600
5%
500
Utilité

400 3%
300

200

100

0 2%
20000

40000
0

Fortune (en MF)

L'intervention d'une assurance peut améliorer l'utilité espérée, pourvu qu'elle ne coûte pas
trop cher. Dans le tableau suivant on a examiné plusieurs solutions de couverture du risque et calculé
les utilités espérées correspondantes.
La meilleur est ici, compte-tenu d'un chargement de 20% des primes, une assurance avec
franchise de 10 000.

Sans assurance Assurance Assurance pour Assurance avec


complète une part franchise
Prime 0 2 880 1 440 1 680
Observations Chargement à Quote part Franchise
assurée
20.00% 50.00% 10 000
Utilité 634,05 636,68 635,37 637,97

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5 - Approche du calcul de la prime

5.1 Prime pure et chargements

Le prix de vente d'une garantie d'assurance est déterminé en prenant en considération trois
types de facteurs:

a) le coût de revient incompressible des prestations à servir, sachant qu'on ne peut que le
prévoir avec des incertitudes;

b) les conditions de gestion de l'assureur et ses contraintes de financement;

c) l'état du marché, sachant qu'il est de plus en plus ouvert à toutes les concurrences.

En fonction de ces considérations le prix global (net de taxes éventuelles) s'écrit:

P" = prime pure + chargements de gestion et de commercialisation + marge de sécurité

La prime pure notée P désigne le coût incompressible des prestations, dans les meilleures
conditions de fonctionnement de la mutualité, c'est à dire dans l'hypothèse d'une parfaite
compensation entre des risques nombreux. On a vu au § 3-2 que ce coût moyen limite est E(X),
l'espérance mathématique de la charge des sinistres. Le graphique n°1 montre que pour des effectifs
limités il y a une probabilité non négligeable que le coût moyen soit supérieur à la prime pure E(X).

Les chargements désignent les parts de primes absorbées par les frais de gestion et les
commissions versées à divers intermédiaires de l'assureur en rémunération des apports commerciaux
ou d'actes de gestion. Les premiers éléments sont éventuellement compressibles, dans la mesure où
la société d'assurance a des frais fixes qu'elle peut d'autant mieux répartir que son activité est
importante. En revanche les commissions sont la plupart du temps proportionnelles à la prime
globale P" en vertu des conventions qui lient l'assureur et ses intermédiaires.

La marge de sécurité est très variable d'un assureur à l'autre. Sa première nécessité résulte du
fait que des écarts de coût entre la charge future de sinistre X et la prime pure se manifesteront, avec
une probabilité d'autant plus grande que les effectifs de risques gérés sont faibles. Une deuxième
motivation à l'existence d'une marge de tarification est l'incertitude parfois considérable sur
l'évaluation de la prime pure. Enfin les dispositions réglementaires sur la marge de solvabilité , ainsi
que le nécessité de rémunérer des bailleurs de fonds (actionnaires ou prêteurs), obligent à dégager
une marge bénéficiaire suffisante.

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