Perturbations singulières en mathématiques
Perturbations singulières en mathématiques
François ALOUGES,
Professeur à l’École Polytechnique (Palaiseau) / examinateur
Monique DAUGE,
Directrice de Recherches à l’IRMAR (Rennes) / examinatrice
Arnaud DEBUSSCHE,
Professeur à l’ENS Cachan - Bretagne (Bruz) / examinateur
Michel PIERRE,
Professeur à l’ENS Cachan - Bretagne (Bruz) / examinateur
2
Table des matières
Introduction 5
Références bibliographiques 49
3
4
Introduction
5
applications : problèmes de partitions minimales [BNHV10], analyse de la supraconduc-
tivité dans des sections polygonales [BNDMV07], résolution numérique de l’équation de
Cahn-Hilliard [GMV10] ou encore optimisation de la forme d’un réseau d’électrodes pour
le matriçage cellulaire [PV10].
6
Chapitre 1
Analyse asymptotique de problèmes
elliptiques
1.1 Contexte
7
LD91, LT92, GKL99, MS03, KMO04, AMM06, RV08, Rah08]. On peut citer aussi les pro-
blèmes de frontière rugueuse, qui relèvent de la même problématique cf. [APV98, JM01,
ACG06, MV07, BFNW08, Mil09, BM10]. Mentionnons enfin les problèmes d’homogénéi-
sation qui sont apparentés aux précédents même si des techniques de nature différente
sont généralement employées, voir par exemple [CD99, DM93, All02].
Le chapitre qui suit expose quelques contributions de l’auteur et ses collaborateurs à
l’étude asymptotique de perturbations géométriques pour des problèmes elliptiques. La
première partie concernant les techniques de développement asymptotique dans un cas
modèle est volontairement détaillée pour permettre de s’y appuyer dans la suite en vue
de traiter des problèmes plus complexes.
On fait ici la synthèse des articles [Via05, CCDV06, RV08, DTV09, RV10] avec G. Ca-
loz, M. Costabel, M. Dauge, L. Rahmani et S. Tordeux, qui font suite à mes travaux de
thèse, et [DV05, DV07, BNDTV07] effectués en collaboration avec V. Bonnaillie-Noël, M.
Dambrine et S. Tordeux dans le cadre du projet M ACADAM.
8
intrinsèques au problème. En revanche, il est plus aisé de donner un sens précis à la
formule (1.2) en raison de son caractère global.
Dans [DTV09], avec M. Dauge et S. Tordeux, nous avons construit les développements
asymptotiques selon les deux techniques, et les avons comparés. Le problème modèle
étudié est volontairement simple : uε ∈ H10 (Ωε ) est la solution du problème de Laplace
−∆uε = f dans un ouvert bidimensionnel Ωε , polygone dont un des coins – supposé
situé en l’origine – a été “rabotté” ou “arrondi” à l’échelle ε, cf. F IG . 1.1. La solution u0 du
problème limite présente des singularités en l’origine, dépendant de l’angle α du domaine
Ω0 en ce sommet ; suivant la théorie de la régularité des problèmes à coins [Kon67, Gri85,
Dau88, NP94], elles sont données en coordonnées polaires par skλ (x) = r kλ sin(kλθ ), où
λ = π/α :
K
u0 ( x ) = ∑ bk0 skλ (x) + Ox→0 (|x|K ). (1.3)
k =1
Les scalaires bk0 sont appelés coefficients de singularité. L’exposant de singularité λ fournit
l’échelle du développement asymptotique, comme on va le voir ci-dessous.
Ω0 α Ωε
α H∞ α
r∗ r∗
• • •
0 0 R∗ 0 εR∗
Superposition multi-échelle
La méthode de superposition est constructive, et peut être assimilée à une prédiction-
correction : partant de la solution limite v0 = u0 , on forme le reste r0ε = uε − v0 qui satisfait
−∆r0ε = 0 dans Ωε mais présente une trace non-nulle au voisinage de l’origine. Précisé-
ment, en utilisant le développement (1.3) et l’homogénéité des fonctions singulières, on
peut écrire pour ε petit
r0ε (εX) = −u0 (εX) ! −ελ b10 sλ (X).
Pour corriger ce premier terme résiduel, on introduit un profil, défini dans le domaine
limite en variable rapide X = x/ε :
Ωε
H∞ = lim ,
ε →0 ε
solution du problème
−∆V λ = 0 dans H∞ ,
V λ (X) = −b10 sλ (X) pour X ∈ ∂H∞ , (1.4)
λ
V (X) → 0 lorsque |X| → ∞.
Ainsi, on peut former un début de développement asymptotique sous la forme
u0 (x) + χ(x)εV λ ( xε ),
9
où la fonction χ permet de localiser le profil au voisinage de l’origine afin de conserver
la condition de Dirichlet homogène sur le reste du bord du domaine. Posant r1ε = uε −
u0 (x) − χ(x)εV λ ( xε ), on vérifie aisément que
si bien que la condition de Dirichlet est satisfaite à un ordre supérieur par rapport à r0ε .
Bien sûr, la troncature induit une erreur dans l’équation de Laplace, qu’il faut corriger à
son tour. On peut développer le profil V λ lorsque X tend vers l’infini :
K
V λ (X) = ∑ Bk1 s−kλ (X) + O|X|→∞ |X|−K , (1.5)
k =1
Ici encore, un cran est gagné dans les puissances de ε. En itérant le processus, on construit
le développement complet sous la forme
K K
uε (x) = ∑ εkλ vkλ (x) + χ(x) ∑ εkλ V kλ ( xε ) + rKε ,
k =0 k =1
où le reste rKε satisfait (rKε (H1 (Ωε ) = O (εKλ ), cette dernière étant obtenue à l’aide d’esti-
mations a priori 1 . Notons que seule une fonction de troncature est ici nécessaire grâce à
l’inclusion Ωε ⊂ Ω0 . Dans le cas général, la partie du développement en variable lente
est multipliée par ζ ( xε ) pour en gommer le comportement local en l’origine.
Développements raccordés
L’échelle (εkλ )k ayant été mise en évidence par la méthode précédente, on postule un
ansatz de la forme
& +∞
&
& uε (x) !
&
&
∑ εkλ ukλ (x) loin de l’origine,
k =1
& (1.6)
& +∞
&
& uε (x) ! ∑ ε U ( ε ) près de l’origine.
kλ kλ x
&
k =0
En injectant ces expressions dans le problème satisfait par uε , et en utilisant des dévelop-
pements du type (1.3) et (1.5), on obtient
% %
∆ukλ = f δk0 dans Ω0 , ∆U kλ = 0 dans H∞ ,
ukλ = 0 sur ∂Ω0 . U kλ = 0 sur ∂H∞ .
On a bien sûr u0 = u0 , solution du problème limite. Quant aux termes suivants, ils ne
sauraient être variationnels sans être nuls... Il faut donc autoriser une explosion en l’ori-
gine pour ukλ et une croissance à l’infini pour V kλ . En développant selon les fonctions
1. Insistons sur le fait que les développements asymptotiques présentés sont généralement des séries
non-convergentes. La notion de convergence au sens des développements asymptotiques signifie que le
reste d’ordre K converge vers 0 lorsque ε tend vers 0, ce d’autant plus rapidement que K est grand.
10
singulières (croissantes et décroissantes), on peut rechercher les termes sous la forme
& ' (
& kλ
& u = ∑ akp s− pλ + ckp s pλ ,
& p ≥1
&
& ' (
& U kλ =
&
&
∑ p A k pλ
s + C k − pλ
p s .
p ≥1
Si l’on souhaite que les deux développements (1.6) coïncident dans la zone intermédiaire
|x| * 1 et | xε | + 1, on obtient les conditions de raccord (en utilisant l’homogénéité des
fonctions singulières) &
& k (k− p)
& a p = Cp (0 si k < p),
&
& k
& A p = c(pk− p) (0 si k < p).
Plus précisément, ils diffèrent de la partie non-variationnelle des termes des développe-
ments raccordés :
k −1
vkλ (x) = ukλ (x) − (1 − χ(x)) ∑ akp s− pλ (x),
p =1
k
kλ kλ
V (y) = U (y) − χ(y)
∑ Akp s pλ (y).
p =1
Il existe toute une famille de développements situés entre la situation variationnelle des
vkλ , V kλ et le cas totalement non-variationnel donné par ukλ , U kλ .
11
1.3 Problèmes de couches minces
1.3.1 Motivations
Contrairement au problème modèle du “coin arrondi”, les problèmes de couche mince
ne sont pas des perturbations locales de la géométrie. Elles ne sont pas pour autant néces-
sairement plus difficiles à traiter, notamment dans le cas d’un domaine régulier. Il s’agit
d’effectuer un changement d’échelle pour se ramener à une couche d’épaisseur fixe, le
paramètre ε apparaissant alors dans les équations (dont la complexité peut s’accroître
notablement en raison des termes dus à la courbure).
La motivation principale pour obtenir un développement asymptotique dans le cas
des couches minces est la recherche d’un modèle approché ne faisant plus intervenir la
couche. Cette dernière est remplacée par une condition aux limites approchée (parfois
appelée condition d’impédance) dont l’effet est le même à un ordre donné. Le problème
approché est plus simple à résoudre numériquement car ne nécessite pas de maillage à
l’échelle de la couche mince, voir par exemple [EN93, BL96, HJ01, CCDV06].
chaque sous-domaine :
a(x) = aint dans Ωint , a(x) = aext dans Ωext
ε
,
et la donnée f est nulle dans Ωextε . La couche mince Ωε est obtenue par dilatation de
ext
la frontière Γ dans la direction normale sortante, voir Fig. 1.2. Il s’agit d’un problème de
Ωext
ε Ωext
ε
• ε •
Γ Ωint •0 α
Ωint
ε Γext
ε
Γ
Γext
ε
12
y/ε, le laplacien se développe en puissances de ε : ∆x = ∑k≥0 εk−2 Lks,Y , où les opérateurs
différentiels Lks,Y ne dépendent pas de ε. En injectant l’ansatz
∑ ε u (x)
k k
dans Ωint ,
k ≥0
uε (x) = (1.7)
∑ ε U (s, y/ε)
k k
dans Ωext
ε ,
k ≥0
dans les équations obtenues, on obtient une famille de problèmes définissant uk et U k via
une résolution alternée entre les domaines intérieur et extérieur (les opérateurs associés
sont ∆x et L0s,Y = ∂Y2 , respectivement). À l’aide d’estimations a priori (indépendantes de
ε), on montre des estimations optimales du reste du développement.
L’étude des premiers termes permet d’identifier (et de justifier) des conditions aux
limites approchées rendant compte de l’effet de la couche mince à un ordre plus ou moins
+ ,
élevé. Les trois premiers problèmes approchés s’écrivent − div a(x)∇viε (x) = f (x) dans
Ω (i = 0, 1, *2), avec la condition suivante sur Γ : v0ε = 0 (ordre 0), v1ε + γε∂n v1ε = 0 (ordre 1),
)
κ (x)
1 + 2 ε2 v2ε + γε∂n v2ε = 0 (ordre 2). Le coefficient γ = aint /aext est le ratio des valeurs
de la fonction a(x) entre les deux sous-domaines, et κ (x) la courbure au point x ∈ Γ.
Par comparaison du développement asymptotique de uε avec ceux des viε , on peut
montrer les estimations suivantes en norme d’énergie
) *
(uε − viε (H1 (Ωint ) = O εi+1 .
Ωε
H∞ = lim .
ε →0 ε
Il s’agit d’un secteur angulaire d’ouverture α, avec couche d’épaisseur 1, voir F IG. 1.3.
13
Gext
H∞,ext
0 α
H∞,int
où u0 est la solution du problème limite (comme dans le cas régulier), λ = π/α le premier
exposant de singularité, χ une fonction de troncature de localisation au coin, et W λ est
défini par ) *
− div A(X)∇W λ (X) = 0 dans H∞ ,
qui fait apparaître une perte d’ordre par rapport au cas régulier pour des angles ren-
trants (α > π). Ce résultat peut toutefois être considéré positivement, puisqu’il valide
la convergence des conditions aux limites approchées pour des domaines non-réguliers
(certes avec un taux moins élevé), situation dans laquelle elles sont utilisées fréquemment
dans les applications.
La question de modifier la condition d’impédance pour retrouver une convergence
en ε2 est toujours ouverte.
14
Ωext
ε Γext
ε
O1 ε Ωext
ε
O
• • • 2
Γ
Γ Ωint
Γ0
Ωint
Γ0
ε Γext
ε
de la figure 1.4 (cas régulier, à gauche) : le domaine Ωint représente la plaque, et Ωext
ε
la condition d’encastrement sur Γ0 est ajoutée pour éviter la prise en compte – technique
– des déplacements rigides. Les opérateurs M et T sont dits moment de flexion et force de
cisaillement, respectivement :
- + ,.
M = D ∆ + (1 − ν) 2n1 n2 ∂12 − n21 ∂22 − n22 ∂21 ,
- + ,.
T = D ∂n ∆ + (1 − ν)∂τ (n21 − n22 )∂12 + n1 n2 (∂22 − ∂21 ) .
le raidisseur est ainsi à la fois très mince et très raide. Le problème (1.8) est associé à une
forme bilinéaire coercive sur H2 (Ωε ). Ici encore, on a une estimation a priori uniforme
en ε.
15
on peut encore construire un développement asymptotique complet de la forme (1.7). Il
permet d’identifier et de valider, de la même manière que dans [Via05], des conditions
aux limites approchées. Le première d’entre-elles s’écrit
Gext
G1 1 H∞,ext
G0 • G
O
H∞,int
rateur que pour le laplacien. L’ensemble des exposants de singularité du problème limite
est donné par – voir [Kon67, BR80, Gri85, Dau88, Nic93]
/ 0
1
S= + k ± iη0 ; k ∈ Z ,
2
où η0 est défini par
34
52
1 4 4
η0 = log + −1 .
π (1 − ν ) (3 + ν ) (1 − ν ) (3 + ν )
16
Pour un exposant de singularité λ ∈ S donné, on note sλ la fonction singulière associée.
Le profil V λ résout alors le problème
Dint ∆2 V λ = f dans H∞,int ,
Dext ∆2 V λ = 0 dans H∞,ext ,
[ M(V λ )] = [ T (V λ )] = 0 sur G,
(1.9)
M ( V λ ) = T (V λ ) = 0 sur G ext ,
V λ = ∂n V λ = 0 sur G0 ∪ G1 ,
V λ ∼ sλ à l’infini.
On peut montrer que ce problème est bien posé dans l’espace à poids
%
V ∇V
V= V; 2
∈ L2 (H∞ ), ∈ L2 (H∞ ), ∂α V ∈ L2 (H∞ ) pour |α| = 2,
2x3 2x3
8
et V = 0 ; ∂ν V = 0 sur G+ ∪ G− .
À l’aide d’une transformation de Mellin (polaire dans H∞,int , cartésienne dans H∞,ext ), on
peut obtenir le développement suivant pour V λ (écrit ici dans le domaine intérieur) :
V λ = sλ + ∑ V λ,µ + O( R− P ), lorsque R → ∞,
µ ∈S
− P<Re µ<Re λ
où V λ,µ sont donnés en coordonnées polaires par V λ,µ (r, θ ) = r µ ∑!, finie φ! (θ ) log! r avec
des fonctions φ! régulières (tous les exposants de S n’apparaissent en fait pas dans la
somme).
Le développement asymptotique de la solution uε du problème (1.8) prend alors la
forme suivante : pour tout entier K (fixant la précision-cible),
9 :
K 2 K
k,N −k λ ri
uε,int (x) = ∑ εk uint (x) + ∑ χ (ri ) ∑ ε k
∑ ck,λ [log ε] ε λ
Vint ( ε , θi )
k =0 i =1 k =0 λ ∈S( N − k )
K
+ rε,int ( x ),
9 :
K 2 K
uε,ext (x) = ∑ε k k,N −k
Uext ( x, yε ) + ∑ χ (ri ) ∑ ε k
∑ ck,λ [log ε] ε λ λ ri
Vext ( ε , θi )
k =0 i =1 k =0 λ ∈S( N − k )
K
+ rε,ext ( x ),
k,N −k
où x = ( x, y) et (ri , θi ) sont les coordonnées polaires centrées en Oi . Les termes uint et
k,N −k N −k
Uext sont réguliers jusqu’aux bord, plats au voisinage des points Oi comme ri . Les
scalaires ck,λ [log ε] présentent une dépendance polynomiale en ε. Enfin, on a les estima-
tions suivantes (optimales) pour les restes d’ordre K :
K
(rε,int (H2 (Ωε ) = O(εK logK ε).
17
1.4 Interaction entre perturbations
Considérons le problème simple suivant : soient Ω0 et ω deux domaines bornés conte-
nant l’origine. Pour ε > 0 petit, on pose
Ωε = Ω \ εω.
Le domaine Ωε obtenu est une perturbation du domaine initial Ω0 par une petite inclu-
sion de taille ε et de forme ω, cf. F IG . 1.6 (gauche).
d
x−
ε•
2ηε
•0 •
Ωε εω Ωε xε +εω
− −
0 •x+
ε
x+
ε + εω +
Γ Γ
Le problème est très similaire à celui présenté au paragraphe 1.2, le domaine “explosé”
étant ici le domaine extérieur H∞ = R2 \ ω.
Dans [DV05], on a décrit l’influence d’une telle perturbation au bord, i.e. l’origine 0
est ici supposée située au bord du domaine Ω0 , sur l’énergie de Dirichlet
;
1
j(ε) = − |∇uε |2 dx.
2 Ωε
où le scalaire AH∞ est une quantité géométrique ne dépendant que de la forme du do-
maine modèle ω.
Le cas d’un bord courbe est plus délicat puisque le domaine Ω0 n’est alors plus lo-
calement stable par l’homothétie X = x/ε. Dans [DV07], on a validé un développement
asymptotique à l’ordre 2 qui permet de justifier encore la formule (1.11).
Ces développements sont fréquemment utilisés dans les calculs numériques pour
l’optimisation de forme, via la méthode dite optimisation topologique, voir [SŻ99, LS00].
Il s’agit d’évaluer la pertinence d’effectuer une inclusion en un point du domaine dans
le but de faire décroître une certaine quantité. Une formule asymptotique du type (1.11)
18
permet de répondre à cette question 2 . Dans la pratique, le calcul est effectué pour tous
les points de Ω0 situés sur une grille, et un trou est percé en chacun de ceux où la formule
asymptotique prédit que c’est favorable. Toutefois, on peut s’interroger sur le fait que
les contributions des différentes perforations ont été traitées individuellement. Lorsque
deux inclusions sont proches, un couplage peut avoir lieu, et avoir une influence sur
l’asymptotique. Cette remarque, ainsi que d’autres motivations issues des applications en
mécanique cf. § 2, nous ont conduits à étudier les interactions entre inclusions proches.
Il est aisé d’obtenir quelques premiers résultats en exploitant l’analyse précédente
du cas d’une seule inclusion. Considérons deux inclusions εω + , εω − distantes de 2ηε
(centrées en x− +
ε et xε , respectivement), cf. F IG . 1.6 (droite).
où la fonction χ est une troncature qui vaut 1 près de 0 et les profils V ± sont définis par
−∆V ± = 0 dans R2 \ ω ± ,
∂n V ± = −∇u0 (0) · n sur ∂ω ± , (1.13)
V± → 0 à l’infini.
où W résout un problème similaire à (1.13) dans le plan privé des deux inclusions à
l’échelle 1.
2. Dans le cas de l’énergie de Dirichlet, la formule (1.11) laisse penser que la réponse est la même quelle
que soit la position du trou, i.e. de l’origine 0. En fait, il faut garder à l’esprit que les problèmes d’optimisation
de forme comportent généralement des contraintes, par exemple de volume et qu’il faut donc prendre en
compte la perte de volume entre Ω0 et Ωε .
19
troncature, les traces sur le bord ∂Ω0 étant relevées par les termes v p+αq ) :
' + −, + +,
(
uε (x) = u0 (x) + ε V0− x−εxε + V0+ x−εxε
' ' + −, + +,
( ' + −, + +,
((
+ ε εα Vα− x−εxε + Vα+ x−εxε + ε V1− x−εxε + V1+ x−εxε
' + −, + +,
(
+ ∑ ε p+αq v p+αq (x) + ε ∑ ε p+αq Vp−+αq x−εxε + Vp++αq x−εxε rεn (x),
( p,q)∈Kn ( p,q)∈Kn
avec
< =
Kn = ( p, q) ∈ Z2 | p ≥ 0, q ≥ − 32 p + 2, q ≥ − p et p + αq ≤ n .
On a l’estimation suivante du reste :
1.5 Perspectives
De nombreuses pistes restent à explorer. Dans le cadre de l’interaction entre inclu-
sions, le cas de deux inclusions très proches, i.e. de taille ε et distantes de εα avec α > 1
est en cours. Trois domaines limites sont à considérer :
4 le domaine sans inclusion :
Ω0 = lim Ωε ,
ε →0
20
4 le domaine “explosé” à l’échelle εα , qui est une bande d’épaisseur 1 (les droites la
définissant correspondant aux plans tangents des inclusions) :
Ωε
B∞ = lim ,
ε →0 εα
Par ailleurs, on peut poursuivre l’étude de l’asymptotique du problème (1.8) dans
le cas non-régulier avec un module d’Young en ε−1 dans le raidisseur. Les problèmes
définissant les profils dépendent alors eux-mêmes du paramètre, et l’on doit gérer un
double développement (ε → 0 et X → +∞). La question de l’efficacité des conditions
aux limites approchées doit aussi être quantifiée dans ce cas, comme il a été fait pour le
laplacien.
En outre, même dans le cas de l’équation de Laplace, il serait particulièrement utile
pour les applications de déterminer une modification des conditions aux limites appro-
chées au voisinage d’un point singulier, afin de retrouver un ordre de convergence plus
élevé. Cette question est difficile et pourrait être envisagée d’un point de vue numérique,
en lien avec les développements à l’infini des profils.
21
22
Chapitre 2
Méthodes numériques pour la prise en
compte de micro-défauts en
mécanique
2.1 Contexte
Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet ANR Jeunes Chercheurs M ACADAM et plus
particulièrement dans une collaboration avec D. Brancherie, mécanicienne à l’UTC. Il
concerne la mécanique de la rupture, domaine particulièrement actif du point de vue nu-
mérique. De nombreuses méthodes pour décrire l’initiation et la propagation de fissures
ont été développées, voir par exemple [WI90, Oli95, DBDI05, CLP+ 07, KMZ08, BFM08,
CFM09]. La très utilisée méthode XFEM consiste en une méthode d’éléments finis où l’es-
pace d’approximation est enrichi de fonctions indicatrices pour traiter les discontinuités
dues à la fissuration, et de fonctions singulières en front de fissure.
Notre objectif est d’étudier le comportement à rupture des structures comportant des
petits défauts de surface. Ces perturbations ont un effet important sur l’apparition des
zones de fissuration. Afin de ne pas mailler la géométrie réelle – qui en nécessiterait une
description fine – on souhaite utiliser un modèle asymptotique (voir § 2.2) dont l’approxi-
mation peut être calculée sur un maillage assez grossier. L’information obtenue est alors
couplée à un modèle d’endommagement (cf. § 2.3). Au paragraphe 2.4, on s’intéresse
plus particulièrement à l’approximation des profils apparaissant dans la représentation
asymptotique.
Ce chapitre fait la synthèse des articles [DV07, BNDTV09, BNDHV10b] et [BDVV08,
BNBD+ 10], en collaboration avec V. Bonnaillie-Noël, D. Brancherie, M. Dambrine, F. Hé-
rau, S. Tordeux et P. Villon.
23
géométrie comporte deux échelles et, comme on l’a déjà souligné, un calcul numérique
direct requiert un raffinement de maillage important au voisinage des défauts, qui peut
alourdir fortement la durée de simulation. On préfère recourir à un modèle simplifié
faisant intervenir le matériau sans défaut.
Dans [DV07, BDVV08], on a étendu les résultats asymptotiques présentés dans le pa-
ragraphe 1.4 aux équations de l’élasticité linéaire. Précisément, on considère les équations
de Navier dans un domaine borné Ωε présentant un défaut en son bord :
−µ∆uε − (λ + µ)grad div uε = f sur Ωε ,
uε = u D sur Γ D , (2.1)
σ (u) · n = g sur ∂Ωε \ Γ D .
Ici encore, le domaine Ωε est obtenu à partir du domaine limite Ω0 à l’aide d’un motif
auto-similaire centré en 0, donné par le domaine semi-infini H∞ : Ωε = Ω0 \ εH∞ , cf.
Fig. 2.1. Pour des raisons techniques, on suppose que le bord de Ω0 coïncide avec un
ΓD ΓD
Ω0 H∞ Ωε
• •
0 •0 0
24
méthodes ad hoc peuvent être employées cf. [BNDTV09], ce n’est pas le cas pour les équa-
tions de Navier. Notons aussi que les solutions de (2.4) ne sont pas connues explicitement
même dans le cas où l’inclusion est semi-circulaire.
Pour résoudre (2.4), on tronque le domaine H∞ au rayon R > 0 en posant
R
H∞ = { x ∈ H ∞ ; | x | < R }.
Nous avons pour l’instant utilisé la méthode la plus naïve, consistant à imposer une
condition de Dirichlet homogène sur la frontière artificielle Γ R = ∂H∞ R \ ∂H . Cette
∞
condition peut être considérée comme une condition aux limites approchée d’ordre 0,
voir § 2.4 pour une discussion autour de conditions d’ordre plus élevé. On pourrait en-
visager d’autres approches, vu la décroissance des profils en l’infini, comme le couplage
avec une méthode de représentation intégrale, voir par exemple [LVLH92].
La formule (2.2) fournit une approximation à l’ordre ε2 du champ de déplacement
à partir de celui dans le domaine non perturbé et des profils, qui sont intrinsèques au
motif de perturbation. Dans le cas de plusieurs inclusions, on peut étendre les résultats
obtenus dans [BNDTV09] pour l’équation de Laplace au cas des équations de Navier :
si les inclusions sont relativement proches les unes des autres – i.e. à distance εα avec
α < 1 – il suffit de superposer leurs contributions respectives (l’erreur commise est certes
détiorée, mais reste négligeable vis-à-vis de ε).
Afin de valider la stratégie numérique, on considère le cas-test de la figure 2.2, où le
matériau est sollicité en traction selon l’axe horizontal. Les deux défauts en 01 , 02 sont
de forme semi-circulaire, de rayons respectifs de 2 mm et 1 mm ; la distance 01 02 vaut
30 mm. Notons que les profils sont calculés une seule fois pour les deux inclusions, car
200 mm
u
100 mm
Ωε
E = 38 × 104 MPa, ν = 0.18
01 02
elles partagent le même motif H∞ . Il suffit donc de superposer les contributions selon la
formule (2.2).
Le calcul des profils a été effectué avec la bibliothèque de calculs éléments finis M É -
LINA [Mar10] (voir chapitre suivant pour plus de détails). L’approximation du déplace-
ment uε a utilisé un code de calcul développé par D. Brancherie. Si la formule de super-
position (2.2) est commode du point de vue mathématique, il est apparu qu’il était plus
simple techniquement de reconstruire l’approximation de uε un peu différemment. On
a procédé à un enrichissement cinématique de la base éléments finis par les profils, la
perturbation étant prise en compte par des formules de quadrature adaptées localement.
25
Afin d’assurer la stabilité du schéma, on doit relier les degrés de liberté additionnels par
une stratégie “maître-esclave”. Notons que ce calcul ne nécessite pas l’évaluation des
contraintes limites α! , voir formules (2.3).
La figure 2.3 montre deux maillages : le premier, fin, discrétise le domaine perturbé Ωε
et est utilisé pour calculer la solution de référence uε à des fins de comparaison. Le second
maille Ω0 assez grossièrement et permet de mettre en œuvre la méthode numérique basée
sur la représentation asymptotique (2.2). Les solutions sont comparées sur la figure 2.4 :
l’erreur relative (calculée à l’aide de la solution de référence uε ) est de l’ordre de 0.25%.
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
100
80
60
40
20
0
0 50 100 150 200
(b) maillage grossier
26
(a) Calcul de référence sur maillage fin
(a) Calcul de référence (b) Calcul avec enrichiss
80 400 80
60 300 60
40 200 40
(c) Carte de l’erreur relative
(c) Erreur relative (c) Erreur relative
20 100 20
!2
400 80 400
Two-scale appro
210
100
d’un déchargement
Comme dans les méthodes XFEM,
80 élastique de
la base nodale desl’ensemble du
éléments finis est enrichie
fonctions de Heavyside pour prendre en compte les discontinuités de fissures. De ce fait,
domaine,
de la p 208 80
206
pas une
l’espace deuxième
d’approximation
60 fissuration.
ne coïncide pas avec celui utilisé pour le calcul de u , où l’en- 204ε 60
richissement utilisait les profils pré-calculés. On a donc adopté une stratégie 202
de transfert
40
de champ entre les deux discrétisations, basée sur un critère énergétique. 40
200
198
20 !1 (maximum principal stress) 20
100 196
100
0 194
210 0
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200 0 20 40 60 80
80 192 80
20
field u
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200 0
0 20
5 Conclusion
(a) Structured mesh
F IGURE 2.6 – Discontinuités introduites et ouverture de fissure.
(b) U
ne and crack2.4opening
Conditions aux limites approchées pour les profils
On a vu plus haut que le calcul des profils – voir équations (1.13) et (2.4) – est un
point essentiel des méthodes numériques proposées. Il faut tout à la fois une approxi-
mation précise et peu coûteuse. Le fait d’utiliser une conditions aux limites artificielle de
type “Dirichlet homogène” impose de prendre de grands rayons de troncature, et donc
un temps de calcul plus important. On résume ici un travail effectué dans [BNDHV10b]
qui représente un premier pas vers l’obtention et la validation d’une condition aux li-
mites améliorée pour les équations de Navier. La recherche de telles conditions est liée
aux problèmes de couches minces, voir [EN93, BL96, HJ01], ou de parois rugueuses,
voir [APV98, JM01, ACG06], ou encore de conditions absorbantes pour les phénomènes
o methods and their coupling allowing to describe the be-
propagatifs, voir par exemple [EM77, Giv91, HR95].
d’où un choix de R très grand si l’on souhaite obtenir une bonne précision. Une méthode
pour déterminer des conditions aux limites approchées d’ordre plus élevé consiste à uti-
liser un développement précisé en l’infini du type (1.5), qui peut être obtenu dans le cas
particulier de l’équation de Laplace à l’aide de séries de Fourier :
a1 b1 a2 b2
V (X) = cos(θ ) + sin(θ ) + cos(2θ ) + sin(2θ ) + · · ·
|X| |X| | X |2 | X |2
On cherche alors une relation différentielle qui annule les premiers termes de ce déve-
loppement. Le domaine étant borné par une boule, la dérivée normale est radiale si bien
qu’un calcul simple conduit aux conditions suivantes :
4 Ordre 1 : V 1 + R∂n V 1 = 0,
3R R2
4 Ordre 2 : V 2 + 2 ∂n V
2 − 2 ∆τ V
2 = 0.
La condition d’ordre 1 est de type Robin-Fourier, celle d’ordre 2 de type Ventcel. Toutes-
deux conduisent à des problèmes variationnels bien posés, et on a les estimations
Dans [BNDTV09], des calculs numériques ont été menés pour comparer ces conditions
(une méthode basée sur l’inversion conforme z 6→ z−1 est aussi testée).
La forme bilinéaire associée n’est plus coercive et le problème ne relève plus de la théo-
rie variationnelle. Dans [BNDHV10b], on a étudié un cas modèle qui présente la même
difficulté : %
−∆u = f dans Ω,
(2.8)
∂n u + αu + β∆τ u = 0 sur ∂Ω,
30
avec α, β > 0. Il s’agit encore d’un problème de type Ventcel, mais le coefficient β a le
“mauvais” signe. Si Ω est le disque unité de R2 , un calcul direct à l’aide de séries de Fou-
rier montre que le problème (2.8) admet une unique solution sous la condition (nécessaire
et suffisante)
α∈/ { βn2 − n ; n ∈ N }.
Pour étudier le cas général, on note Λ l’opérateur de Dirichlet à Neumann sur ∂Ω : si v
désigne le relèvement harmonique de g dans Ω, alors Λg = ∂n v|∂Ω . Après relèvement du
second membre f , le problème (2.8) se récrit comme une équation non-locale sur le bord
∂Ω :
β∆τ u + Λu + αu = ϕ. (2.9)
De cette manière, le problème apparaît comme une perturbation pseudo-différentielle de
l’opérateur de Laplace Beltrami. La théorie de Fredholm s’applique et le problème (2.9)
admet une unique solution en dehors d’une condition sur les coefficients, du type α 7= αn ,
où (αn ) est une suite croissant vers l’infini (qui dépend de β, supposé fixé).
Dans le contexte des conditions aux limites artificielles, on considère le problème
−∆u = 0 dans H∞ R,
∂n u + αu + β∆τ u = 0 sur ∂BR , (2.10)
u = g sur ∂ω,
2.5 Perspectives
Il reste à étudier la condition (2.7) dans le cadre de l’élasticité linéaire. Les techniques
pseudo-différentielles utilisées pour le problème modèle Laplace-Ventcel doivent pou-
voir s’étendre, et on attend des résultats similaires. Une étude numérique est aussi en
cours pour valider l’ordre de la condition aux limites approchée. Le calcul des profils
ainsi amélioré sera alors intégré à la méthode numérique pour l’étude complète de fissu-
ration.
Une extension au cas tri-dimensionnel est aussi envisagée, permettant de considérer
des problèmes plus proches de la réalité. Si les aspects théoriques semblent se prolonger
dans difficulté majeure, il n’en va pas de même des codes de calcul pour lesquels un
investissement important est nécessaire.
31
32
Chapitre 3
Programmation pour le calcul
scientifique
3.1 Contexte
Les travaux de nature théorique présentés dans les deux parties précédentes trouvent
leur motivation dans la nécessité de simplifier le modèle mathématique en vue du calcul
numérique. Ainsi une grande partie de mon activité de recherche consiste en la mise
en place de codes de calcul pour tester les méthodes proposées ou valider des résultats
asymptotiques.
La plupart des calculs numériques effectués s’appuie sur la bibliothèque de calcul élé-
ments finis M ÉLINA [Mar10], développée par D. Martin. Si une partie des résultats pré-
sentés ici concernent naturellement les thèmes développés précédemment (mécanique de
la rupture, modèles asymptotiques – voir § 3.3 et § 3.4.1), d’autres calculs ont été menés,
issus de rencontres scientifiques et n’ayant d’autre lien entre-eux que la nécessité d’un
calcul robuste et précis. Ainsi, ont été abordés des problèmes aussi différents que l’ana-
lyse de la supraconductivité en domaine polygonal (§ 3.4.2), la séparation de phase dans
un mélange binaire (§ 3.4.3), l’optimisation de forme pour le matriçage cellulaire (§ 3.5.1)
ou l’utilisation de simulations numériques pour tester des conjectures dans un problème
de partitions minimales (§ 3.5.2).
On fait ici la synthèse des articles [CDMV03, Via05, BNDMV07, BDVV08, BNDTV09,
BNHV10, PV10, GMV10], en collaboration avec V. Bonnaillie-Noël, D. Brancherie, M. Cos-
tabel, M. Dambrine, M. Dauge, L. Goudenège, B. Helffer, D. Martin, M. Pierre, S. Tordeux,
P. Villon.
33
La caractéristique principale de M ÉLINA est sa modularité, qui permet à l’utilisateur
de personnaliser cet outil en un logiciel dédié à une tâche particulière. Les problèmes
sont définis directement à l’aide de leur formulation faible, et ne sont pas choisis parmi
une liste pré-définie. De nouveaux intégrands peuvent être introduits, de même que de
nouveaux éléments finis ou d’autres méthodes de résolution. Ainsi, il est possible de
traiter une gamme très large de problèmes.
Parmi les bibliothèques éléments finis, M ÉLINA est une des rares à proposer des élé-
ments de haut (voire très haut) degré (jusqu’à 64 pour les éléments tensoriels). Cette fonc-
tionnalité a été introduite lors de mes travaux de thèse, et a été utilisée sur de nombreux
problèmes. Ce chapitre expose les résultats obtenus avec cet outil dans différents do-
maines d’application.
M ÉLINA a été utilisé dans bien d’autres applications (en électromagnétisme en parti-
culier). Pour plus de détails, on renvoie au site web [Mar10], section “Pressbook”.
34
Sur la figure 3.1 (gauche), on représente un maillage utilisé pour une méthode de
conditions aux limites approchées avec R = 10 (dans le cas d’une inclusion circulaire).
La représentation géométrique est réalisée avec des polynômes Q8 . L’utilisation d’un
maillage de haut degré permet la réduction du nombre d’éléments (ici 128) tout en as-
surant une excellente précision géométrique.
Dans le cas de l’équation de Laplace (2.5), on a testé une méthode particulière basée
sur l’inversion ϕ : z 6→ z−1 . L’équation −∆V = 0 reste inchangée, la donnée de Neu-
mann est transportée, et la condition à l’infini devient une condition de Dirichlet ponc-
tuelle en l’origine. L’intérêt est évidemment d’être ramené à un domaine borné, dont un
maillage Q8 est représenté sur la figure 3.1 (droite).
Sur la figure 3.2, on représente l’erreur commise (par rapport à la solution exacte,
connue explicitement dans le cas d’une inclusion circulaire) dans le calcul du profil en
fonction du degré d’interpolation de la méthode de Galerkin (le degré d’approximation
géométrique, quant à lui, reste égal 8). Les conditions aux limites approchées sont celles
données page 30.
0
10
−1
10
−2
Relative maximum error
10
−3
10
−4
10
−5
10
35
3.4 Utilisation des éléments finis de haut degré
Dans cette partie, on présente trois situations où l’utilisation d’éléments finis de haut
degré a permis un calcul précis en temps court, là où l’emploi d’éléments P1 aurait né-
cessité un temps de calcul prohibitif.
la discrétisation directe nécessite l’emploi des éléments d’arête introduits dans [Néd80].
Une méthode classique pour permettre l’utilisation d’éléments finis nodaux consiste en la
régularisation par un terme en div u div v, cf. [HL96]. Toutefois, dans le cas d’un domaine
Ω non-régulier, il a été montré dans [Cos91] que l’espace d’approximation discret n’est
pas dense dans l’espace continu. Une méthode introduisant un poids lié à la distance aux
points de singularité dans le terme de régularisation est proposée dans [CD02].
La figure 3.3 montre les résultats d’approximation obtenus pour le calcul de la pre-
mière valeur propre dans un domaine bi-dimensionnel avec un coin rentrant pour diffé-
rents degrés d’approximation géométrique et fonctionnel. Weighted Regularization of Maxwell Equations 7
0 1
10
2
2
3
-2 3
10 4 5
6 7 8 9 10
4
Geo. deg. 1
5
-4
10 Geo. deg. 2
6
Geo. deg. 3
7
Geo. deg. 4 8
-6
10 8 9 10
Geo. deg. 5
9
Geo. deg. 6 9
10
-8 10
10 2 3 4
10 10 10
(a) Maillage du domaine. (b) Erreur relative sur la première valeur propre.
Fig. 6. Relative errors for the 1st eigenvalue
-2 2
3 4
10 2
5 6 7 8 9 10
Ici encore, le fait de travailler avec des maillages de haut degré (la frontière du do-
3
maine discret est polynomiale par morceaux) 10
-4
permet de retrouver une approximation
4
aussi bonne que prévue par la théorie. Comme souvent, la mauvaise représentation
Geo. deg. 1
5
5
6 de la
7 8 9 10
-6
géométrie au niveau discret est un facteur limitant. Notons aussi que les points
10 Geo. deg. 2
6 d’interpo-
lation sont choisis aux abscisses de Gauss-Lobatto
-8
pour éviter
Geo. deg. 3
un phénomène 7de Runge
8 9 10
10 7 8
(qui apparaît à partir des degrés 6-8) détériorant significativement les résultats. 9
Geo. deg. 4
36 Geo. deg. 6
-12
10 2 3 4
10 10 10
F IGURE 3.4 – Première fonction propre avec 3969 éléments Q1 (module et phase).
F IGURE 3.5 – Première fonction propre avec 4 éléments Q20 (module et phase).
37
On voit ainsi que la méthode numérique Q1 fournit un résultat qui n’est pas celui
attendu : la fonction approchée correspond à un mode propre faiblement oscillant, mais
d’un niveau plus élevé que la fonction oscillante obtenue par calcul Q20 .
l’ordre 3 s’écrit !1
ψ(u) = u3 − u.
!2
!3
On a utilisé une méthode d’éléments finis mixte pour éviter la programmation d’éléments
!4
Log10 (Energy2n ! Energylog)
conformes-H2 (par exemple nodaux C 1 , présents dans très peu de codes numériques).
!5
!6
Parmi les aspects abordés, on en distingue ici deux. f !7 4
f6
!8 f8
Influence du remplacement du logarithme par un polynôme dans le terme non linéaire !9
f10
f12
hal-00461231, version 1 - 4 Mar 2010
f14
commise par une approximation polynomiale du logarithme (l’abscisse est le temps, l’or-
!11
0 100 200 300 400 500 600
Time iterations
700 800 900 1000
!1
!2
!3
f4
f6
!4 f8
f10
f12
f14
!5 f16
!6
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000
Figure 11: L2 errors between the polynomial solutions and the logarithmic solution.
F IGURE 3.6 – Erreur L2 entre la solution avec logarithme et la solution avec approximation
polynômiale f k de degré k − 1. 14
38
Décomposition spinodale
Sur la figure 3.7, on présente l’état du mélange en 6 instants différents. Partant d’une
répartition aléatoire des deux composants, on assiste à une séparation de phase, nommée
décomposition spinodale. Par la suite, la longueur de l’interface va tendre à être minimisée,
jusqu’à devenir une ligne droite. Notons que les calculs doivent être précis (on a utilisé ici
des éléments finis quadrangulaires de degré jusqu’à 10), ce d’autant que le paramètre ε
est petit (ε mesure l’épaisseur de l’interface).
(a) (a)
t=0t=0 (b) (b)
t=0.01
t=0.01
4 Mar 2010
4 Mar 2010
(a) (a)
t=0t=0 (b) (b)
t=0.01
t=0.01
(a) (a)
t=0t=0 (b) (b)
t=0.01
t=0.01
4 Mar
Mar
1 -2010
version
version
- 4
1 - 4 Mar
version 1 - 4 Mar
1
versionversion
version
hal-00461231,
hal-00461231,hal-00461231,
hal-00461231,
hal-00461231,
(c) (c)
t=0.05
t=0.05 (d) (d)
t=0.2
t=0.2
hal-00461231,
(c) (c)
t=0.05
t=0.05 (d) (d)
t=0.2
t=0.2
Figure
Figure
3: Spinodal
3: Spinodal
decomposition
decomposition
under
under
a logarithmic
a logarithmic
potential.
potential.
(e) (e)
t=0.6
t=0.6 (f) (f)
t=1t=1
8398
Figure
Figure
3: Spinodal
3: Spinodal
decomposition
decomposition
under
under
a logarithmic
a logarithmic
potential.
potential.
8 8
3.5 Exploitation de résultats numériques
3.5.1 Réseau d’électrodes et matriçage cellulaire
Dans [PV10], on s’est intéressé à un microsystème permettant le positionnement de
cellules selon un réseau en vue d’un traitement individuel (transfert de gène, par exem-
ple), voir [HP91, MHG99, FFP+ 03]. La méthode s’appuie sur la force de diélectropho-
rèse que subit une cellule lorsqu’elle est soumise à un champ électrique non-uniforme.
Précisément, pour une cellule sphérique de rayon r dans un milieu de permittivité ε m , la
force de diélectrophorèse s’exprime en fonction du carré du champ appliqué E comme
F = 2πε m r3 Re [K ]∇( E2 ),
40
•
•
• • • •
• • • •
λ1 ( ω ) < λ2 ( ω ) ≤ λ3 ( ω ) ≤ · · ·
et Λ(D) est défini comme la plus grande première valeur propre sur la partition D :
Λ(D) = max λ1 ( Di ).
i =1,...,k
Ce problème a été largement étudié d’un point de vue théorique, voir [BBH98, CTV03,
HHOT09] par exemple. On peut montrer qu’il existe une partition minimale selon la dé-
finition précédente, ainsi que des propriétés qualitatives : les frontières de la partition
minimale sont des courbes régulières, sauf en un nombre fini de points, où elles sont des
unions de telles courbes se coupant à angles égaux.
Une des questions intéressantes concerne les liens entre partitions minimales et parti-
tions nodales (i.e. partitions fournies par les changements de signe des vecteurs propres
sur Ω). S’il est facile de vérifier que ces notions coïncident lorsque k = 2 :
L2 = λ 2 ( Ω ) ,
la question reste ouverte dès que k ≥ 3, même pour des géométries simples comme le
carré ou le disque. Dans [BNHV10], on a effectué des calculs numériques visant à étudier
cette question.
On décrit ici un des résultats obtenus : considérons un domaine Ω présentant un
axe de symétrie. On se restreint aux partitions symétriques (il n’est pas évident toutefois
que la partition minimale le soit...). En coupant selon l’axe de symétrie, on considère le
problème mixte Dirichlet-Neumann posé sur le demi-domaine Ω+ , voir F IG . 3.10 :
−∆ϕ = λϕ dans Ω+ ,
∂n ϕ = 0 sur [ x0 , b], (3.2)
ϕ = 0 ailleurs.
41
Ω+
a• • •b
x0
Si on parvient à trouver x0 tel que la ligne nodale du deuxième vecteur propre pour
le problème (3.2) parte de x0 pour atteindre le bord de Ω, alors on aura un candidat pour
la 3-partition minimale de Ω après symétrisation.
Dans le cas du carré unité Ω = (0, 1)2 , les partitions données sur la figure 3.10 sont
proposées comme partitions minimales du carré unité – elles ont même valeur Λ(D).
3.6 Perspectives
Une version C++ de la bibliothèque M ÉLINA sera bientôt rendue publique par D. Mar-
tin. Un travail de test sur des applications variées sera nécessaire, ainsi que des contribu-
tions dans le domaine du maillage : création et visualisation de maillages de haut degré,
projection entre maillages, etc. Ce travail de soutien d’un code de calcul pérenne est es-
sentiel, il permet la mise en œuvre de calculs numériques conséquents sans en imposer
la programmation complète.
Concernant les applications décrites, de nombreux prolongements sont envisagés ;
certains sont déjà en cours de développement. Citons, entre autres, le cas de l’équation
de Cahn-Hilliard avec bruit blanc, la validation d’une condition aux limites approchée
d’ordre 1 pour le calcul de profils en élasticité, l’étude de la supraconductivité en dimen-
sion 3, etc.
42
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École normale supérieure de Cachan - Antenne de Bretagne
Campus de Ker Lann - Avenue Robert Schuman - 35170 BRUZ