Moments d'une Variable Aléatoire
Moments d'une Variable Aléatoire
Plan de cours
Dans tout ce chapitre, (Ω, A , P) désignera un espace probabilisé quelconque et X une variable aléatoire – sauf
spécification contraire – à valeurs dans R ou C.
X n
X
E(X ) = x · P(X = x ) = xk · P(X = xk ) où X (Ω) = {xk }1⩽k ⩽n
x ∈X (Ω) k =1
L’espérance s’interprète naturellement dans les jeux de hasard comme le gain espéré, d’où la dénomination.
Il n’est guère difficile d’étendre la définition précédente
Xaux variables aléatoires discrètes à valeurs réelles ou
complexes. Encore faut-il pouvoir donner un sens à x · P(X = x ) et s’assurer que l’espérance ne dépend
x ∈X (Ω)
pas de l’ordre d’indexation choisi pour X (Ω). D’où la définition suivante.
On note L 1 (Ω, P), ou plus simplement L 1 , l’ensemble des variables aléatoires d’espérance finie.
Exemples
• Toute variable aléatoire bornée admet une espérance. En effet, si |X | ⩽ a avec a ∈ R+ , alors, pour tout
X
x ∈ X (Ω), |x P(X = x )| ⩽ a P(X = x ). Donc |E(X )| ⩽ E(|X |) ⩽ a P(X = x ) = a .
x ∈X (Ω)
X X
• Si A est un événement, 1A est d’espérance finie et E(1A ) = x P(1A = x ) = P(ω ∈ A) = P(A).
x ∈{0,1} ω∈Ω
Exercice 1
Dans un concours de sauts, la probabilité qu’un sauteur passe la n e barre est 1/n et est indépendante des
sauts précédents. On note X la dernière barre que le sauteur a franchi avant d’échouer et A n l’événement
« le sauteur a franchi n e barre ».
1. Déterminer la probabilité de l’événement « le sauteur a franchi une infinité de barres ».
2. Calculer P(X ⩾ n) pour tout n ∈ N puis déterminer la loi de X .
3. En déduire l’espérance de X .
Toute variable aléatoire suivant une des lois usuelles figurant au programme est d’espérance finie.
Démonstration
Pour les deux dernières lois, on s’assure de la sommabilité d’une famille de réels positifs pour justifier
l’existence de l’espérance.
(ii) Si X ∼ B(p ), E(X ) = 0 × P(X = 0) + 1 × P(X = 1) = p . Comme 1A ∼ B(P(A)), on retrouve E(1A ) = P(A).
Supposons maintenant que X ∼ B(n , p ). Grâce aux formules du binôme de Newton et du capitaine,
n n n−1
X n k n−k X n − 1 k n −k X n −1
E(X ) = k p q =n p q = np p k q n−1−k = n p (p + q )n −1 = np
k =1
k k =1
k − 1 k =0
k
En interprétant X comme le temps d’attente du premier succès, ce résultat ne surprend pas : il nous
faut en moyenne 1/p tirages pour espérer l’apparition du premier succès.
λn
(iv) Supposons que X ∼ P (λ). X (Ω) = N et pour tout n ∈ N, P(X = n ) = e−λ .
n!
+∞
X +∞
X λn−1
E(X ) = n P(X = n ) = λe−λ = λ < +∞
n=1
(n − 1)! n=1
■
Lorsque la variable X est à valeurs positives entières, on dispose d’une autre expression de l’espérance qui
peut dans certains cas simplifier les calculs.
Proposition 11.3
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N ∪ {+∞}. Alors :
+∞
X +∞
X
E(X ) = P(X > n ) = P(X ⩾ n ) (égalité dans [0, +∞])
n=0 n=1
Démonstration
+∞
X
La variable X étant à valeurs dans N ∪ {+∞}, si k ∈ N, P(X ⩾ k ) = P(X = n ). D’où l’égalité dans R+ :
n =k
+∞
X +∞
XX n +∞
X +∞
X +∞
X
E(X ) = n P(X = n ) = P(X = n ) = P(X = n ) = P(X ⩾ k )
n=0 n=0 k =1 k =1 n=k k =1
X +∞
X
Par sommation par paquets, si la série P(X ⩾ k ) converge, X ∈ L 1 et E(X ) = P(X ⩾ n ). ■
k ∈N∗ n=1
Exemple
Appliquons ce résultat à la loi géométrique. Si X ∼ G (p ) avec p ∈]0, 1], P(X ⩾ n ) = q n−1 . Or q ∈ [0, 1[, donc
+∞ +∞
X X X 1 1
q n−1 converge et X ∈ L 1 . De plus, E(X ) = P(X ⩾ n) = q n −1 = = .
n=1 n=1
1−q p
Le calcul de l’espérance d’une variable aléatoire repose sur la connaissance a priori de sa loi, loi qui peut être
très délicate à déterminer. Le résultat suivant permet de calculer l’espérance de f (X ) en s’appuyant seulement
sur la loi de X .
Théorème 11.4 : Formule de transfert
Soient X une variable aléatoire discrète sur l’espace probabilisé (Ω, A , P) et f : X (Ω) → C.
f (X ) est d’espérance finie si et seulement si la famille f (x )P(X = x ) x ∈X (Ω) est sommable. Dans ce cas,
X
E(f (X )) = f (x )P(X = x )
x ∈X (Ω)
Ce théorème précise les conditions d’existence d’une espérance (finie) pour f (X ) et constitue un outil formi-
dable pour la calculer.
Démonstration
Justifions la sommabilité de la famille à la condition (nécessaire et suffisante) que f (X ) ∈ L 1 .
G
Posons Y = | f (X )|. Pour y ∈ Y (Ω), on introduit I y = {x ∈ X (Ω) | y = | f (x )|}. X (Ω) = I y et,
y ∈Y (Ω)
X X X X X
| f (x )|P(X = x ) = | f (x )|P(X = x ) = y P(X = x )
x ∈X (Ω) y ∈Y (Ω) x ∈I y y ∈Y (Ω) x ∈I y
X X
= y P(X ∈ I y ) = y P(Y = y )
y ∈Y (Ω) y ∈Y (Ω)
D’après le théorème de sommation par paquets, f (X ) est d’espéranceX finie si et seulement si la famille
f (x )P(X = x ) x ∈X (Ω) est sommable. En cas de sommabilité, E(f (X )) = f (x )P(X = x ). ■
x ∈X (Ω)
Exercice 2
Soient X une variable aléatoire et A un événement. Calculer de deux manières E(1A (X )).
On observera dans les hypothèses de la formule de transfert, qu’aucune spécification n’est faite sur la nature de
X (Ω) (autre que sa dénombrabilité). Souvent, X (Ω) ⊂ C. Mais on peut aussi choisir de considérer deux variables
discrètes complexes X 1 , X 2 et poser X = (X 1 , X 2 ). X (Ω) ⊂ C2 , si bien que la formule de transfert devient :
X
E(f (X 1 , X 2 )) = f (x1 , x2 ) · P (X 1 = x1 , X 2 = x2 ) (sous réserve de sommabilité)
(x1 ,x2 )∈(X 1 ,X 2 )(Ω)
Exemple
On considère une urne contenant n boules numérotées de 1 à n . On tire successivement deux boules avec
remise. On note X le numéro de la 1ère boule, Y le numéro de la 2nde . Déterminons E(Z ), où Z = max(X , Y ).
X (Ω) = Y (Ω) = Z (Ω) = ⟦1, n ⟧ ; X , Y ∼ U (⟦1, n ⟧) et sont indépendantes. De plus,
n X n n i n
X 1 X 1 X X X
E(Z ) = max(i , j )P X = i , Y = j = max(i , j ) = i+ j
n 2 n 2
1⩽i , j ⩽n i =1 j =1 i =1 j =1 j =i +1
n n
1 X 2 n (n + 1) i (i + 1) 1 X (n + 1)(4n − 1)
= i + − = n(n + 1) + i 2 − i =
n 2 i =1 2 2 2n 2 i =1 6n
Démonstration
(i) La linéarité découle du théorème de transfert en considérant f : (x , y ) 7→ λx + µy .
X
E(λX + µY ) = (λx + µy ) · P X = x , Y = y
transfert
(x ,y )∈(X ,Y )(Ω)
X X
= λ x ·P X = x,Y = y +µ y ·P X = x,Y = y
sommabilité
(x ,y )∈(X ,Y )(Ω) (x ,y )∈(X ,Y )(Ω)
X X
= λ x · P (X = x ) + µ y · P Y = y = λE(X ) + µE(Y )
probas totales
x ∈X (Ω) y ∈Y (Ω)
d’après la formule des probabilités totales et par sommabilité des familles (x P(X = x )) et (y P(Y = y )).
X
(ii) E(X ) = x · P(X = x ) ⩾ 0.
x ∈X (Ω)
(iii) Y − X est une variable positive, donc par linéarité, E(Y − X ) = E(Y ) − E(X ) ⩾ 0. ■
Exercice 3
Que vaut en moyenne la somme de deux nombres pris au hasard entre 1 et n ?
Étendons un dernier résultat classique de première année aux variables aléatoires discrètes.
Démonstration
La preuve repose une nouvelle fois sur la formule de transfert, appliquée à la fonction f : (x , y ) 7→ x y .
Sous réserve de sommabilité, par indépendance,
X X
E(X Y ) = x y ·P X = x,Y = y = x y · P(X = x )P(Y = y )
(x ,y )∈X (Ω)×Y (Ω) (x ,y )∈X (Ω)×Y (Ω)
! !
X X
= x · P(X = x ) · y · P(Y = y ) = E(X )E(Y )
x ∈X (Ω) y ∈Y (Ω)
Attention, l’indépendance de deux variables X , Y ∈ L 1 n’est pas pour autant caractérisée par la relation
E(X Y ) = E(X )E(Y ), comme le montre le contre-exemple suivant.
Exemple
Considérons une variable aléatoire X , de loi donnée par :
xi −2 −1 0 1 2
1 1 1 1 1
P(X = xi )
6 4 6 4 6
Par symétrie, E(X ) = E(X 3 ) = 0 donc E(X 3 ) = E(X )E(X 2 ). Pourtant, il est clair que X et X 2 ne sont pas
indépendantes.
Proposition 11.9
Pour tout p ∈ N∗ , L p (Ω, P) est un C-espace vectoriel. De plus, si q ∈ N∗ vérifie p ⩽ q , L q (Ω, P) ⊂ L p (Ω, P).
Démonstration
Soient p ∈ N∗ et X , Y deux variables admettant un moment d’ordre p . Remarquons déjà que par convexité,
x y p x p + y p
∀x , y ⩾ 0, + ⩽ donc (x + y )p ⩽ 2p −1 (x p + y p )
2 2 2
|X + Y |p ⩽ 2p −1 (|X |p + |Y |p ) ∈ L 1 donc X + Y admet un moment d’ordre p . C’est à peu près tout ce qu’il
nous fallait pour prouver que L p (Ω, P) possède une structure d’espace vectoriel.
Soient maintenant un entier q supérieur ou égal à p et X ∈ L q (Ω, P). Si x ∈ R+ , de deux choses l’une :
soit x ⩽ 1 et alors x p ⩽ 1, soit x > 1 et alors x p ⩽ x q . Ainsi, pour tout x ⩾ 0, x p ⩽ max(1, x q ) ⩽ 1 + x q .
|X |p ⩽ 1 + |X |q ∈ L 1 donc X ∈ L p (Ω, P). ■
Corollaire 11.10
Toute variable admettant un moment d’ordre 2 est d’espérance finie.
X 2 +1
On retrouve ce résultat en exploitant directement l’inégalité |X | ⩽ et la condition X 2 ∈ L 1 .
2
B – Variance
Dans toute la suite, on ne considérera plus que des variables aléatoires réelles.
x ∈X (Ω)
Démonstration
Soit X ∈ L 2 . Puisque X ∈ L 1 , (X − E(X ))2 = X 2 − 2E(X )X + E(X )2 ∈ L 1 .
Enfin, l’écart type est bien défini par positivité de l’espérance : V(X ) = E((X − E(X ))2 ) ⩾ 0. ■
La variance, qui n’est rien d’autre que la moyenne du carrée de la distance entre les valeurs de X et la moyenne
de X , mesure la dispersion de X par rapport à son espérance. Il en va de même pour l’écart type qui a l’avantage
d’être homogène à X . Les variables aléatoires de variance nulle sont les variables presque sûrement constantes :
Démonstration
Par linéarité, V(X ) = E((X − E(X ))2 ) = E(X 2 − 2E(X )X + E(X )2 ) = E(X 2 ) − 2E(X )2 + E(X )2 = E(X 2 ) − E(X )2 . ■
Démonstration
Pour les deux dernières lois, on s’assure de la sommabilité pour justifier l’existence d’un moment d’ordre 2.
(i) Supposons que X ∼ U (⟦1, n ⟧).
n n
k2 (n + 1)(2n + 1) n + 1 2 n2 − 1
X X
2 2 2 2 2
V(X ) = E(X ) − E(X ) = k P(X = k ) − E(X ) = − E(X ) = − =
k =1 k =1
n 6 2 12
2q 1 1 q
D’où V(X ) = E(X (X − 1)) + E(X ) − E(X )2 = + − = .
p2 p p2 p2
λn
(iv) Supposons que X ∼ P (λ). X (Ω) = N et pour tout n ∈ N, P(X = n ) = e−λ . Par transfert,
n!
+∞
X λn−2
V(X ) = E(X (X − 1)) + E(X ) − E(X )2 = λ2 e−λ + λ − λ2 = λ2 + λ − λ2 = λ
n=2
(n − 2)! ■
Proposition 11.14
Soient λ, µ ∈ R. Alors, V(λX + µ) = λ2 V(X ).
Démonstration
V(λX + µ) = E((λX + µ)2 ) − E(λX + µ)2 = E(λ2 X 2 + 2λµX + µ2 ) − (λE(X ) + µ)2 = λ2 (E(X 2 ) − E(X )2 ) = λ2 V(X )
Exercice 5
(b − a )(b − a + 2)
Montrer que si X ∼ U (⟦a , b ⟧), V(X ) = .
12
X − E(X )
Lorsque σ(X ) = 1, on dira que la variable X est réduite. Si V(X ) ̸= 0, est centrée réduite :
σ(X )
X − E(X ) V(X − E(X )) V(X )
V = = =1
σ(X ) V(X ) V(X )
C – Covariance
X2+Y 2
Remarquons que si X , Y ∈ L 2 , alors X Y ∈ L 1 grâce à l’inégalité |X Y | ⩽ . On définit alors la covariance
2
de X et Y comme l’espérance du produit des variables centrées.
Démonstration
Par linéarité de l’espérance,
cov(X , Y ) = E [(X − E(X ))(Y − E(Y ))] = E [X Y − E(X )Y − E(Y )X + E(X )E(Y )]
= E(X Y ) − 2E(X )E(Y ) + E(X )E(Y ) = E(X Y ) − E(X )E(Y ) ■
Si X et Y sont indépendantes, E(X Y ) = E(X )E(Y ) donc cov(X , Y ) = 0. En revanche, deux variables peuvent être
décorrélées sans être indépendantes ; nous avons déjà rencontré un contre-exemple.
Exercice 6
Retour à l’exemple de l’urne avec 4 boules, Z = (X 1 , Y ) avec Y = max(X 1 , X 2 ). Que vaut cov(X 1 , Y ) ?
La covariance est une forme bilinéaire symétrique positive (mais non définie).
n
X
En particulier, si les variables sont décorrélées, V(X 1 + · · · + X n ) = V(X i ).
i =1
Proposition 11.19
Si X et Y sont deux variables aléatoires admettant un moment d’ordre 2 et a , b ∈ R, alors :
Démonstration
V(a X + b Y ) = cov(a X + b Y , a X + b Y ) = a cov(X , a X + b Y ) + b cov(Y , a X + b Y )
= a 2 cov(X , X ) + b 2 cov(Y , Y ) + 2a b cov(X , Y ) = a 2 V(X ) + b 2 V(Y ) + 2a b cov(X , Y )
■
Démonstration
Soient X , Y ∈ L 2 et λ ∈ R. Alors, E((λX + Y )2 ) = λ2 E(X 2 ) + 2λE(X Y ) + E(Y 2 ) ⩾ 0.
• Si E(X 2 ) = 0, alors X est nulle presque sûrement et il en va de même pour X Y .
L’(in)égalité est établie et l’on remarque que X = 0 · Y presque sûrement
• Si E(X 2 ) ̸= 0, le trinôme en λ est de signe constant donc son discriminant ∆ = 4(E(X Y )2 − E(X 2 )E(Y 2 ))
est négatif, d’où l’inégalité. Il y a égalité ssi ∆ = 0, i.e. s’il existe λ0 ∈ R tel que E((λ0 X + Y )2 ) = 0. Cela
signifie que la variable λ0 X + Y est nulle presque sûrement, i.e. Y = −λ0 X presque sûrement. ■
En appliquant ce résultat aux deux variables centrées X − E(X ) et Y − E(Y ), pour peu qu’elles admettent un
moment d’ordre 2, il vient : p p
|cov(X , Y )| ⩽ V(X ) V(Y ) = σ(X ) · σ(Y )
Définition 11.21
Soient X et Y deux variables aléatoires discrètes définies sur un espace probabilisé (Ω, A , P) et admettant
un moment d’ordre 2. On suppose de plus leurs écarts types non nuls.
cov(X , Y )
On appelle coefficient de corrélation linéaire de X et Y le réel ρ(X , Y ) = .
σ(X ) · σ(Y )
La grandeur ρ(X , Y ) est sans unité. On déduit de l’inégalité de Cauchy-Schwarz probabiliste les propriétés :
Proposition 11.22
Si X , Y ∈ L 2 sont d’écart types non nuls, alors :
+∞
X
G X : t 7→ E t X = P(X = n )t n
n=0
+∞
X
On appelle série génératrice la série entière associée. Cette série converge pour t = 1 et G X (1) = P(X = n ) = 1
n=0
puisque la famille ((X = n)n ∈N ) est un système complet d’événements. D’où le résultat suivant.
Proposition 11.24
X
Le rayon de convergence de la série entière P(X = n)t n est supérieur ou égal à 1.
n∈N
En fait, pour tout t ∈ D f (0, 1), |P(X = n )t n | ⩽ P(X = n ) donc la série converge normalement sur D f (0, 1).
Rajoutons que lorsque la variable aléatoire est finie, la fonction génératrice est polynomiale et R = +∞.
Le recours aux séries génératrices est particulièrement avisé lorsque l’on souhaite déterminer la loi de la
somme de variables aléatoires indépendantes.
Démonstration
Par produit de Cauchy de séries absolument convergentes,
+∞ +∞
X X
n n
G X (t )G Y (t ) = P(X = n )t · P(Y = n )t
n =0 n=0
+∞
XX n +∞
X
= P(X = k )P(Y = n − k )t n = P(X + Y = n )t n = G X +Y (t )
n =0 k =0 n=0 ■
Exercice 7
Retrouver la loi d’une somme de variables indépendantes suivant des lois de Bernoulli / de Poisson.
Démonstration
Justifions seulement la première assertion.
=⇒ Supposons que X ∈ L 1 . G X est dérivable sur ] − 1, 1[ et :
+∞
X
∀t ∈] − 1, 1[, G X′ (t ) = n P(X = n)t n −1
n=1
X X
n P(X = n ) converge donc la série nP(X = n )t n −1 converge normalement sur [−1, 1]. Donc
n⩾1
G X′ (t ) −−−→ E(X ). D’après le théorème de la limite de la dérivée, G X est dérivable en 1 et G X′ (1) = E(X ).
t →1−
⇐= Raisonnons par contraposée en supposant que X n’est pas d’espérance finie. G X′ est croissante sur
[0, 1[ donc admet une limite (finie ou infinie) en 1. Par positivité,
p
X +∞
X
∗
∀p ∈ N , ∀t ∈ [0, 1[, nP(X = n )t n−1 ⩽ n P(X = n)t n −1
n=1 n=1
p
X
En faisant tendre t vers 1− , n P(X = n) ⩽ lim G X′ (t ). En faisant tendre p vers +∞, lim G X′ (t ) = +∞.
t →1− t →1−
n=1
Si G X était dérivable en 1, G X′ serait continue en 1 par convergence normale, d’où la contradiction.
+∞
X
Rajoutons que sous réserve de dérivabilité, G X′′ (1) = n(n − 1)P(X = n ) = E(X (X − 1)).
n =0
Comme V(X ) = E(X 2 ) − E(X )2 = E(X (X − 1)) + E(X ) − E(X )2 , V(X ) = G X′′ (1) + G X′ (1) − G X′ (1)2 . ■
IV | Inégalités de concentration
Démonstration
Soit a > 0. X ∈ L 1 et X (Ω) ⊂ R+ donc :
X X X X X
E(X ) = x P(X = x ) = x P(X = x ) + x P(X = x ) ⩾ x P(X = x ) ⩾ a P(X = x ) = a P(X ⩾ a )
x ∈X (Ω) x ⩾a x <a x ⩾a x ⩾a
Exercice 8
1
Soit X une variable aléatoire d’espérance finie et à valeurs dans R+ . Montrer que P(X ⩾ n ) = o .
n→+∞ n
V(X )
∀ϵ > 0, P (|X − E(X )| ⩾ ϵ) ⩽
ϵ2
Démonstration
On applique l’inégalité de Markov à la variable (X − E(X ))2 , positive et d’espérance finie, en prenant a = ϵ 2 .
Cette inégalité, bien que grossière comme nous pourrons le constater dans l’exercice ci-dessous, estime la
probabilité qu’une variable aléatoire s’écarte de sa moyenne. La variance est donc un indicateur de dispersion.
Exercice 9
(i) Comparer P(|X − E(X )| ⩾ 1) et V(X ) dans le cas où X représente la somme des chiffres obtenus lors du
lancer de deux dés non pipés.
(ii) Trouver n ∈ N tel que P(X ⩽ n ) ⩽ 12 .
Cette inégalité a avant tout un intérêt théorique, nous allons en particulier l’utiliser pour prouver la loi faible
des grands nombres.
Considérons une suite de variables aléatoires (X n )n⩾1 indépendantes et de même loi. On suppose qu’elles
admettent toutes un moment d’ordre 2 (cadre commode pour la démonstration). Posons alors :
X1 + · · · + Xn
Mn =
n
M n s’interprète comme une moyenne empirique, celle des résultats observés au cours des n premiers « tirages ».
Remarquons qu’il n’y a aucune raison que M n suive une loi semblable aux variables aléatoires X i . Nous allons
cependant montrer que la probabilité que M n s’écarte de l’espérance commune E(X i ) tend vers 0 quand n
tend vers l’infini. C’est la loi faible des grands nombres.
Démonstration
D’après l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev et par indépendance des variables aléatoires,
S
V nn n σ2 σ2
Sn
∀ϵ > 0, P −m ⩾ϵ ⩽ = = −−−−→ 0
n ϵ2 n 2 ϵ 2 n ϵ 2 n→+∞
■
L’espérance d’une variable aléatoire s’interprète donc comme le résultat moyen obtenu lors d’une succession
d’expériences identiques répétées une infinité de fois. Cette loi faible des grands nombres s’apparente à un
théorème de réconciliation des points de vue : l’axiomatique mise en place par Kolmogorov valide l’approche
fréquentiste que l’on peut avoir des probabilités.
p si k = 1
Bernoulli B(p ) {0, 1} p pq q +pt
q si k = 0
n k n−k
Binomiale B(n , p ) ⟦0, n ⟧ p q np npq (q + p t )n
k
1 n +1 n2 − 1 t − t n+1
Uniforme U (⟦1, n⟧) ⟦1, n ⟧
n 2 12 n (1 − t )
1 q pt
Géométrique G (p ) N∗ q k −1 p
p p2 1−qt
λk
Poisson P (λ) N e−λ λ λ eλ(t −1)
k!