Arbitrage OHADA : Régionalisme ou Universalisme ?
Arbitrage OHADA : Régionalisme ou Universalisme ?
Avocats du Sénégal
Dakar - Sénégal
19 février – 20 février 2010
Amadou DIENG
Avocat à la Cour
CIMADEVILLA AVOCATS
104 avenue Raymond Poincaré, 75116 Paris, France,
Tel. 33 (0)1 45 00 24 19 / Fax. 33 (0)1 45 00 33 48
Email : Cimadevilla@[Link]
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PLAN
INTRODUCTION
2.4.1. Droit commun : exécution des sentences arbitrales OHADA en vertu de l’Acte
uniforme relatif à l’arbitrage
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2.5. Le besoin d’harmonisation des textes sur l’arbitrage OHADA
CONCLUSIONS
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L’ARBITRAGE DANS L’OHADA : REGIONALISME OU
UNIVERSALISME ?
Amadou DIENG
Avocat à la Cour
CIMADEVILLA AVOCATS
104 avenue Raymond Poincaré, 75116 Paris, France,
Tel. 33 (0)1 45 00 24 19 / Fax. 33 (0)1 45 00 33 48
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INTRODUCTION
Situant l’arbitrage international « à cheval entre old economy et new economy », un auteur
signale que l’effort conjoint des opérateurs de tous les pays du globe doit aller vers une
adaptation de cette merveilleuse «machine» qu’est l’arbitrage aux exigences de notre temps,
afin de le rendre apte à satisfaire les besoins d’utilisateurs faisant désormais partie d’un
véritable village global.1
Comme en écho, un autre auteur, traitant des « aspects philosophiques du droit de l’arbitrage
international », expose la troisième représentation de l’arbitrage en la définissant comme
étant celle qui accepte de considérer que la juridicité de l’arbitrage puisse être puisée non dans
un ordre juridique étatique, qu’il s’agisse de celui du siège ou de celui du ou des lieux
d’exécution, mais dans un ordre juridique tiers, susceptible d’être qualifié d’ordre juridique
arbitral.2
C’est dans ce contexte mondial composé d’acteurs provenant de pays et de cultures les plus
éloignés que nous situons la réponse à notre interrogation sur l’arbitrage dans l’OHADA :
Universalisme ou régionalisme ?
Ce choix d’un régime dualiste qui consacre un droit uniforme de l’arbitrage dans les Etats
membres, et institutionnalise un centre autonome d’arbitrage, comporte des conséquences
qu’il convient d’apprécier tant au niveau de la cohérence interne au sein de l’OHADA que du
point de vue de la compatibilité avec les standards internationaux en la matière.
Sous ce rapport, nous présenterons, dans un premier temps, les éléments statistiques en
matière d’arbitrage commercial au sein de l’OHADA, ce qui nous permettra d’en avoir une
idée plus concrète et d’en mesurer l’effectivité (I).
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Ensuite, nous apprécierons le système à « double vitesse » mis en place en indiquant les points
de divergences qu’il conviendrait d’aplanir à la lumière des tendances actuelles en matière
d’arbitrage commercial international. (II)
L’examen des faits et chiffres sur l’arbitrage OHADA confirme, au sein de cet espace, la
valorisation de l’arbitrage institutionnel par rapport à l’arbitrage ad hoc.
En matière d’arbitrage OHADA, les statistiques se référent au nombre d’affaires traitées par
les institutions d’arbitrage évoluant au sein de l’espace OHADA.
Ce critère doit cependant être relativisé en tenant compte, dans le contexte des Etats membres
de l’OHADA, du degré de promotion de la culture de l’arbitrage et du niveau d’insertion de
clauses compromissoires dans les contrats.
Une fois le dispositif légal et institutionnel mis en place, il faut du temps pour que les
opérateurs, avertis des vertus du mécanisme d’arbitrage, commencent à insérer des clauses
compromissoires dans leurs contrats.
Il faut également du temps pour que ces contrats soient exécutés, et pour qu’un éventuel litige
puisse survenir.
Il s’agit d’arbitrages dont le siège du tribunal se trouve dans l’un des Etats parties, et qui ne se
déroulent pas sous l’égide de la CCJA.
Quelques exceptions peuvent cependant être relevées lorsque les parties à l’arbitrage Ad Hoc
sollicitent le juge d’appui compétent à l’occasion de difficultés dans la constitution du tribunal
arbitral.5
On peut d’ailleurs signaler ici, que la CCJA a eu à annuler une sentence Ad Hoc pour
irrégularité de la composition du tribunal arbitral.6
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1.1.2. Peu de sentences rendues par les Centres nationaux d’arbitrage
L’arbitrage institutionnel par le biais des Centres nationaux d’arbitrage s’est développé à la
faveur de l’encouragement au recours à l’arbitrage prôné par le Traité OHADA.
Ces institutions, souvent logés au sein des Chambres de commerce et d’industrie, mettent
également en œuvre des procédures de médiation et/ou de conciliation.7
Les statistiques du CAMC- O du Burkina Faso, l’un des Centres les plus dynamiques de la
sous région, indiquent qu’en 2007 le Secrétariat permanent a enregistré vingt deux demandes
d’arbitrage, dont la moitié a fait l’objet de sentences définitives.8
l
En 2008, le nombre de dossiers d’arbitrage était de seize. En 2009, le CAMC-O a enregistré
onze dossiers. Soit un total d’une cinquantaine de dossiers depuis 2007. On ignore cependant
le nombre total de sentences définitives rendues sous l’égide du CAMC-O.
Au plan financier, les dossiers d’arbitrage ont permis au CAMC-O d’engranger près de 750
millions de F CFA de recettes, dont 6.750.000 ont été versé aux arbitres au titre de leurs
honoraires, soit 0,91 % et 5. 448.000 F CFA au Centre, au titre des frais d’arbitrage, soit
0,73%.
Les parties concernées par ce type d’arbitrage sont des personnes physiques, des personnes
morales, des syndicats, des sociétés privées ou des entreprises publiques de droit national. Il
s’agit le plus souvent d’arbitrages que l’on pourrait qualifier de domestiques ou internes car
n’opposant que des sociétés de droit local.
Hormis certaines sentences rendues par la Cour d’Arbitrage de Côte d’Ivoire (CACI), un des
premiers Centres nationaux d’arbitrage, qui ont déjà fait l’objet de recours, dont l’un a été
rejeté, je ne connais pas d’autres cas de recours contre une sentence rendue par un Centre
national d’arbitrage.
Au 31 décembre 2007, le secrétariat général de la CCJA avait enregistré vingt sept demandes
d’arbitrage.
L’administration de ces vingt sept procédures s’est faite sans difficulté majeure, excepté
lorsque la procédure mettait en présence une personne morale de droit privé et un Etat, lequel
a tergiversé à désigner son représentant pour le suivi de la procédure.
Sur ces vingt sept affaires, onze ont été définitivement réglées, deux retirées du registre pour
erreur de saisine, quatre sont en attente pour règlement de frais d’arbitrage par les parties et
dix en cours d’instance.
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Nous n’avons aucune indication sur l’aspect financier dossiers d’arbitrage CCJA, c'est-à-dire
sur les montants en cause ou sur les recettes engrangées.
La première affaire a été enregistrée en 1999, alors qu’aucune action de promotion n’était
encore entreprise en direction des opérateurs économiques sur l’arbitrage CCJA.
De 1999 à 2005 la CCJA a traité 11 affaires, soit une moyenne d’une demande et demie par
an.
En 2006 et 2007, 8 affaires ont été enregistrées chaque année. Ces bons chiffres de 2006 et
2007 apparaissent comme le couronnement des efforts de vulgarisation fournis par la CCJA.
Ils s’expliquent aussi par le travail fait par la doctrine pour faire connaître l’arbitrage CCJA.
Nous n’avons pas les chiffres de 2008 et 2009 mais la tendance semble s’être confirmée.
Parmi les parties impliquées dans les arbitrages CCJA, on peut relever la présence
d’associations de type politique, de sociétés commerciales de droit local, d’entreprises
personnes morales privées, de filiales de groupes internationaux, de sociétés étrangères, de
banques et de personnes physiques.
Les sentences définitives ont été rendues, d’abord au bout de quatre ans, puis de deux ans et la
dernière au bout d’un an.
Cette progression dans la limitation de la durée des procédures d’arbitrage CCJA est la preuve
d’une professionnalisation croissante de l’institution arbitrale sous-régionale.
Les grandes instituions d’arbitrage telles que la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre
de commerce internationale ou le CIRDI procèdent à une publication régulière de leurs
statistiques sur leurs sites internet.
Ces statistiques constituent un signe, un indice qui permet de confirmer que l’arbitrage vit et
se porte bien.
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Aussi, les institutions d’arbitrage qui existent au sein de l’OHADA se doivent-elles de
communiquer sur leurs résultats statistiques même si ceux-ci peuvent être, à tort ou à raison,
considérés comme peu significatifs.
Par exemple, l’écho donné à la sentence arbitrale CCJA qui condamne un Etat membre à
payer 76 millions d’euros à des sociétés privées constitue une bonne publicité pour l’arbitrage
de la CCJA qui, semble t-il, peine à entrer dans les mœurs africaines malgré ses avantages
reconnus.11
Par ce canal, les décisions judiciaires concernant l’arbitrage OHADA sont publiées, mais elles
ne reflètent qu’un aspect particulier de l’arbitrage, celui de l’intervention du juge étatique
dans la procédure arbitrale.
En revanche, les extraits de sentences arbitrales rendues au sein de l’OHADA ne sont souvent
pas publiés, ou très peu, contrairement à la pratique habituelle des grandes institutions
d’arbitrages qui produisent régulièrement des recueils de jurisprudence arbitrale.
Ces publications sont d’une très grande utilité pour les praticiens de l’arbitrage car elles
permettent un examen de l’intérieur, apte à révéler les différences de régimes juridiques aux
quelles l’arbitrage peut être soumis.
Il est certainement exact que le volume des affaires traitées par les grandes institutions
d’arbitrage comme la Cour internationale d’arbitrage de la CCI ou le CIRDI est loin d’être
comparable à celui des institutions arbitrales OHADA, mais il tout aussi vrai que la
publication des extraits de sentences arbitrales constitue une bonne pratique qui mérite d’être
suivie.
Le système d’arbitrage OHADA, tel qu’il a été institué, accorde une importance privilégiée à
l’arbitrage spécifique de la CCJA par rapport aux autres types d’arbitrages possibles au sein
de cet espace.
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Le régime privilégié de l’arbitrage CCJA se manifeste à plusieurs niveaux.
Dans le cadre de l’arbitrage de droit commun, sont considérés comme arbitrables les litiges
portant sur « des droits dont on a la libre disposition » (article 2 de l’Acte uniforme).
Alors que l’Acte uniforme est susceptible de s’appliquer à un arbitrage entre des parties non
résidantes ou à un arbitrage à propos d’un litige qui n’a aucun lien de rattachement territorial
avec l’OHADA, l’arbitrage CCJA comporte des restrictions liées au champ spatial.
Les critères du domicile et de la résidence ainsi que celui du lieu d’exécution du contrat,
même s’ils sont largement définis, constituent des limitations qui peuvent paraître
regrettables.
Quid des litiges n’entrant pas dans le cadre de l’article 21 du Traité, pour lesquels les parties
ont prévu une convention d’arbitrage visant expressément la CCJA ?
Cette solution offrirait à la CCJA l’opportunité d’élargir son champ de compétence dans
l’accomplissement de ces fonctions d’administration des procédures d’arbitrage, sans pour
autant heurter les dispositions du Traité et du règlement d’arbitrage.
Aux termes de l’article 49 du Traité, « les fonctionnaires et employés … de la CCJA, ainsi que
les juges de la Cour et les arbitres désignées par cette dernière jouissent dans l’exercice de
leur fonction des privilèges et immunités diplomatiques ».
Cette disposition met les arbitres CCJA à l’abri d’actions fantaisistes ou malveillantes.
Ainsi, l’arbitre qui commet des fautes dans l’exercice de ses fonctions ne pourra être
poursuivi que si son immunité est levée, ce qui relève, selon le nouveau Traité, de la
compétence du Conseil des Ministres.
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La solution a d’abord été critiquée car elle laissait sous entendre que seuls les arbitres
désignés par la CCJA bénéficiaient de ce traitement. Cette discrimination injustifiée a été
corrigée avec la révision du Traité dont le nouvel article 49 étend le bénéfice des immunités
aux arbitres confirmés par la CCJA.
Il n’en demeure pas moins que la solution étonne par son radicalisme car, allant plus loin que
la solution classique, le système de la CCJA dresse une véritable forteresse autour des
arbitres.
Concrètement, toute action en responsabilité contres les arbitres confirmés par la CCJA
buterait sur une fin de non recevoir. Cela constitue une grave entorse au « contrat d’arbitre »
liant les parties à celui-ci.
De plus, l’immunité des arbitres constitue une solution exorbitante, et les systèmes étrangers
peuvent difficilement admettre une immunité diplomatique au bénéfice d’un arbitre, fut-il
désigné par un organe d’une organisation internationale.
Les sentences rendues par des tribunaux arbitraux Ad Hoc ayant leur siège dans l’un des Etats
parties de l’OHADA, celles rendues par des tribunaux arbitraux jugeant sur le fondement de
l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage et celles rendues sur le fondement d’un Règlement
d’arbitrage des Centres nationaux peuvent faire l’objet d’un recours en annulation.
Ce recours, doit, en vertu de l’article 25 de l’Acte uniforme, être porté devant le juge
compétent dans l’Etat partie, juge dont la décision n’est susceptible que de pourvoi en
cassation devant la CCJA.
Les six moyens du recours en annulation sont limitativement fixés par l’article 26 du même
Acte uniforme. Les cas d’ouverture sont classiques et portent sur l’absence, l’expiration ou la
nullité de la convention d’arbitrage, sur la composition irrégulière du tribunal arbitral, sur le
non respect par le tribunal arbitral de sa mission, sur le non respect du principe du
contradictoire, sur la violation par les arbitres d’une règle d’ordre public international des
Etats signataires et sur l’absence de motivation de la sentence.
A ce stade, il convient également d’indiquer que l’existence d’un droit uniforme de l’arbitrage
dans les Etats membres de l’OHADA exclut la possibilité qu’une sentence annulée dans un
des Etats membres puisse être reconnue dans un autre Etat membre.
Le droit de l’arbitrage est donc inclus dans le champ communautaire. Il s’agit là d’une
avancée considérable lorsque l’on sait que cette question fait aujourd’hui l’objet de vifs débats
pour ce qui est de l’arbitrage au sein de l’Union européenne.14
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2.3.2. Les recours en contestation de la validité des sentences CCJA
Traditionnellement, la phase post arbitrale n’est pas organisée par les règlements d’arbitrage,
d’autant qu’elle fait généralement appel au juge étatique.
Compte tenu du double rôle de la CCJA, les dispositions relatives aux voies de recours et à
l’exécution de la sentence ont été intégrées dans le Règlement d’arbitrage. La CCJA,
organisme d’arbitrage, est appelée à changer de statut et devient ainsi un organe
juridictionnel.
Cette spécificité du système d’arbitrage de la CCJA est sans précédent aussi bien en Afrique
que dans le monde. Il constitue une « construction arbitrale nouvelle »15 qui synthétise toutes
les opérations d’arbitrage, depuis la requête introductive jusqu’à la décision finale des
juridictions étatiques sur la sentence.
En vertu de l’article 29 de son Règlement, toute partie qui entend contester la validité d’une
sentence arbitrale rendue sous l’égide de la CCJA centre d’arbitrage, doit saisir la CCJA,
Cour de justice par une requête qu’elle notifie à la partie adverse.
Ce recours n’est ouvert que dans les hypothèses limitativement prévues par le Règlement. Les
quatre griefs qui peuvent être opposés à la sentence tiennent à l’absence, la nullité ou
l’expiration de la convention d’arbitrage, à l’absence de conformité de la décision de l’arbitre
à sa mission, à la violation du principe du contradictoire et à la contrariété de la sentence à
une règle d’ordre public international.
Ces motifs d’annulation de la sentence sont identiques à ceux qui justifient le refus
d’exequatur.
En l’espèce la requérante alléguait qu’en convenant que tous différends seront tranchés
« définitivement » par un tribunal arbitral, les parties avaient expressément renoncé au recours
en contestation de validité prévu par l’article 29 du Règlement d’arbitrage de la CCJA.
La Cour rejette l’argument au motif que « la locution adverbiale « définitivement », qui est
purement usuelle, ne saurait impliquer à elle seule, la renonciation au recours en contestation
de validité auquel les parties ne peuvent renoncer que par une disposition expresse de la
convention d’arbitrage. »
S’agissant du moyen tiré du non respect par l’arbitre de la mission qui lui est confiée, la
demanderesse reprochait au tribunal arbitral d’avoir violé sa mission, en jugeant en amiable
compositeur, alors que l’obligation lui était faite d’appliquer la loi ivoirienne.
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La CCJA a admis le bien fondé du grief évoqué en considérant que « le tribunal arbitral a
statué en équité, alors que celle-ci comme moyen de rendre une décision, n’est admise que
lorsque l’arbitre a reçu des parties le pouvoir de statuer en amiable compositeur ; que ce
faisant, ledit tribunal a violé la mission qui lui avait été conférée, et qui était de statuer selon
la loi ivoirienne. »
Dans un autre arrêt, par lequel la CCJA confirme une sentence arbitrale CCJA, le contrôle du
respect de la mission confiée à l’arbitre a été effectué au regard des dispositions de la
convention d’arbitrage et du Règlement d’arbitrage de la CCJA.17
Il était fait grief à la sentence attaquée d’avoir été rendue par les arbitres en application des
usages du commerce, alors que les arbitres avaient pour mission de statuer exclusivement en
droit.
Il apparaît ainsi que sur deux recours en contestation de validité de sentences, le premier a été
rejeté comme non fondé alors que le second faisait l’objet d’une annulation pour non respect
de la mission confiée aux arbitres.
Dans ce contexte, la crainte de voir la CCJA réticente à annuler une sentence arbitrale rendue
sous l’égide de son Règlement nous semble devoir être écartée. La Cour a bien su distinguer
entre ses tâches d’organisation de l’arbitrage, y compris le contrôle du projet de sentence, et
sa fonction de juridiction de contrôle dans la phase post arbitrale.
2.4.1. Droit commun : exécution des sentences arbitrales OHADA en vertu de l’Acte
uniforme relatif à l’arbitrage
Comme nous l’avons indiqué, l’Acte uniforme régit l’arbitrage de droit commun dans
l’espace OHADA, c'est-à-dire l’arbitrage administré par les Centres privés d’arbitrage
implantés dans les Etats membres de l’OHADA et l’arbitrage Ad Hoc.
Le bénéficiaire d’une telle sentence doit s’adresser au juge étatique compétent pour solliciter
l’exequatur en vue de l’exécution forcée de la sentence dans l’Etat membre considéré. (article
30 de l’Acte uniforme)
La désignation du juge compétent en la matière, visé par l’Article uniforme, n’a pas encore
été effectuée dans tous les Etats parties. Ce qui constitue une grave lacune dont il faut
remédier.18
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Aux termes de l’article 31 de l’Acte uniforme, la partie qui se prévaut de la sentence arbitrale
doit en établir l’existence en produisant l’original de celle-ci accompagné de la convention
d’arbitrage ou des copies de ces documents, réunissant les conditions requises pour leur
authenticité.
Le juge compétent ne doit procéder qu’à un contrôle purement formel de la sentence et ne doit
refuser l’exequatur que si la sentence est manifestement contraire à l’ordre public
international des Etats parties.
Cet ordre public international des Etats parties, en réalité un ordre public communautaire ou
régional, doit être défini par la CCJA.19
L’article 32 de l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage stipule que la décision du juge étatique
compétent qui refuse l’exequatur est susceptible de pourvoi devant la CCJA, tandis que celle
qui accorde l’exequatur n’est susceptible d’aucun recours. Toutefois, le recours en annulation
de la sentence emporte de plein droit recours contre la décision ayant accordée l’exequatur.20
Les sentences arbitrales rendues sous l’égide de la CCJA peuvent faire l’objet d’une exécution
forcée en vertu d’une décision d’exequatur.
Le Traité donne compétence exclusive à la CCJA pour rendre cette décision d’exequatur dans
l’espace OHADA. Il s’ensuit que les juridictions nationales des Etats signataires du Traité ne
peuvent être valablement saisies d’exequatur relativement à des sentences CCJA.
Aux termes de l’article 30.6 du Règlement d’arbitrage CCJA, « l’exequatur ne peut être
refusé et l’opposition à exequatur n’est ouverte que dans les cas suivants :
Il convient de remarquer que le Règlement d’arbitrage CCJA fait état de « l’ordre public
international », à la différence de l’Acte uniforme qui fait référence à « l’ordre public
international des Etats parties ».
Cette différence de formule semble indiquer un champ plus large de l’ordre public
international, sans qu’il soit certain qu’il s’agisse de l’ordre public « véritablement » ou
encore « réellement » international comme le désigne souvent la doctrine.12
13
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L’exequatur n’est pas accordé et le Président de la CCJA ne se prononce pas sur la requête
aux fins d’exequatur, si la Cour se trouve déjà saisie, pour la même sentence, d’une requête en
contestation de validité. Les deux requêtes sont jointes d’autant que les points de contrôle sont
identiques.
L’opposition à exequatur étant ouverte dans les mêmes hypothèses que celles du refus
d’exequatur ou de l’action en contestation de validité, on peut se poser la question de savoir si
le demandeur qui a négligé de faire opposition dans les quinze jours peut introduire une
requête aux fins de contestation de validité de ladite sentence, en prétendant être dans le délai
de deux mois prévu pour sa recevabilité.
L’exequatur de la CCJA confère à la sentence arbitrale un caractère exécutoire dans tous les
Etats parties. L’exequatur communautaire constitue une véritable révolution, qui permet au
plaideur de solliciter directement des mesures d’exécution forcée dans tous les Etats de
l’OHADA.21
Aux termes de l’article 22.1 du Règlement d’arbitrage de la CCJA « sauf accord contraire des
parties, et sous réserve qu’un tel accord soit admissible au regard de la loi applicable, toutes
les sentences doivent être motivées. »
Il en résulte que l’arbitrage CCJA admet qu’une sentence ne soit pas motivée, pour autant que
cela soit permis par la loi applicable à l’arbitrage. Or l’Acte uniforme sur l’arbitrage pose
l’obligation de motivation sanctionnée par la nullité de la sentence. (articles 20 et 26 de l’Acte
uniforme).
14
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A notre avis, l’obligation de motivation devrait être étendue à toutes les sentences arbitrales.
Toutefois, on peut relever que l’arbitrage CCJA n’est pas a priori réservé aux seuls arbitrages
dont le siège est situé dans un Etat membre. (Cf. 2.1.)
L’article 24 de l’Acte uniforme stipule que « les arbitres peuvent accorder l’exécution
provisoire de la sentence arbitrale, si cette exécution a été sollicitée ou la refuser, par une
décision motivée. »
Cette faculté n’est, curieusement, pas prévue par le Règlement d’arbitrage de la CCJA. Or,
même si ce Règlement ne l’indique pas expressément, l’on peut considérer que le recours en
contestation de validité suspend l’exécution de la sentence arbitrale.
Aux termes de l’article 54 de la Convention CIRDI, « chaque Etat contractant reconnaît toute
sentence rendue dans le cadre de la présente Convention comme obligatoire et assure
l’exécution sur son territoire des obligations pécuniaires que la sentence impose, comme s’il
s’agissait d’un jugement définitif d’un tribunal fonctionnant sur le territoire dudit Etat.
Pour obtenir la reconnaissance et l’exécution d’une sentence sur le territoire d’un Etat
contractant, la partie intéressée doit en présenter la copie certifiée conforme par le Secrétaire
Général au tribunal compétent ou à tout autre autorité que ledit Etat contractant aura
désigné à cet effet. Chaque Etat contractant fait savoir au Secrétaire Général le tribunal
compétent ou les autorités qu’il désigne à cet effet et le tient informé des changements
éventuels. »
A ce jour, quinze Etats parties à l’OHADA sont également parties à la Convention CIRDI.
Seule la Guinée Equatoriale n’est pas encore partie à cette Convention.
L’exécution des sentences CIRDI, qui est spécifique et autonome, n’a pas soulevé de
difficultés particulières au sein des Etats de l’OHADA.
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2.6.2. L’exécution en vertu de la Convention New York
A ce jour, dix Etats parties à l’OHADA sont également partie à la Convention de New York.
Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Centrafrique, de la Côte d’Ivoire, du
Gabon, de la Guinée Conakry, du Mali, du Niger et du Sénégal.
Ainsi, les parties sollicitant l’exequatur des sentences arbitrales étrangères dans ces dix pays
ont le choix de s’appuyer, à cet effet, soit sur la Convention de New York, soit sur l’Acte
uniforme relatif à l’arbitrage.
En revanche, dans les Etats membres de l’OHADA n’ayant pas ratifié la Convention de New
York (Guinée Bissau, Tchad, Comores, Congo, Guinée Equatoriale et Togo) la
reconnaissance et l’exécution de la sentence arbitrale étrangère se fera nécessairement en
vertu de l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage, qui prévoit un système de reconnaissance plus
souple que celui de la Convention.
De ce fait, l’article 34 de l’Acte uniforme paraît peu compatible avec l’article VII.1 de la
Convention de New York qui stipule que « les dispositions de la présente convention … ne
privent aucune partie intéressée du droit qu’elle pourrait avoir de se prévaloir d’une sentence
arbitrale de la manière et dans la mesure admises par la législation ou les traités du pays où
la sentence est invoquée. »
Comme le fait remarquer le Pr. Pierre MEYER, quand on sait que les dispositions
conventionnelles sur la reconnaissance et l’exequatur des sentences arbitrales (article V) sont
beaucoup plus sévères que celles prévues par l’Acte uniforme (article 31), alors que l’article
34 soumet l’efficacité des sentences étrangères aux dispositions conventionnelles dans les
Etats de l’OHADA parties à la Convention de New York, on aura compris que l’article 34
heurte directement le but poursuivi par l’article VII.1 de la Convention de New York.21
Avec le système de l’article 34 de l’Acte uniforme, on aboutit ainsi à cette conséquence tout à
fait paradoxale que les sentences étrangères seront plus facilement efficaces dans les Etats de
l’OHADA non parties à la Convention de New York.
Cette situation est d’autant plus regrettable quand on sait que c’est sur le fondement de
l’article VII.1 de la Convention que la jurisprudence Hilmarton, Bechtel et Putrabali a été
développée en France et qu’a été posée par la Cour de cassation l’affirmation selon laquelle
« la sentence arbitrale n’est rattachée à aucun ordre juridique étatique et qu’elle constitue
une décision de justice internationale. »22
16
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L’arbitrage au sein de l’OHADA, en particulier l’arbitrage spécifique de la CCJA, ne relève
pas de cette représentation philosophique de l’arbitrage international, mais il est certain que
celle-ci fait aujourd’hui l’objet d’une acceptation croissante, tant dans la jurisprudence
arbitrale que dans les ordres juridiques internes. 23
Dès lors, il importe de bien garder à l’esprit que les sentences arbitrales rendues au sein de
l’OHADA, même lorsqu’elles y sont annulées, pourront être reconnues et/ou exécutées en
dehors de l’espace OHADA.24
CONCLUSIONS
1.
Au regard du bilan, il apparaît que le mécanisme d’arbitrage OHADA, malgré son originalité
et sa nouveauté, a bien fonctionné pendant sa première décennie d’existence.
Certes, le volume statistique est relativement faible, mais le rythme de l’évolution des affaires
traitées, notamment par la CCJA, est source d’espoir d’autant que certaines modifications du
mécanisme d’arbitrage OHADA sont d’ores et déjà effectuées tandis que d’autres sont
souhaitées.
2.
L’un des réaménagements institutionnels de l’arbitrage CCJA envisagés avec la révision du
Traité porte sur la création d’un poste de Secrétaire général de la CCJA qui devra
exclusivement s’occuper d’arbitrage et contribuer ainsi à mieux séparer les deux fonctions de
la CCJA.
3.
Les réaménagements souhaitables concernent l’éventuelle révision à la baisse du coût de
l’arbitrage CCJA (barème des frais administratifs et honoraires des arbitres).
S’agissant du délai pendant lequel le recours contre une sentence arbitrale peut être exercé
(article 27 de l’Acte uniforme et article 23.3 su Règlement d’arbitrage CCJA), il serait
souhaitable, comme cela l’a été pour le droit français de l’arbitrage international, de revoir le
point de départ qui est fixé à partir de la date de la signification de la sentence.
En effet, il ressort de ces dispositions que, si une partie ne signifie pas la sentence rendue
exécutoire, le délai (d’un mois AUA ou de deux mois RA CCJA) pour exercer le recours ne
court pas. Une menace pèse alors sur l’autre partie pendant tout le délai de prescription,
pouvant aller de deux à trente ans, ce qui n’est certes pas une solution satisfaisante.25
17
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4.
Enfin, il convient de rappeler que l’un des obstacles principaux au développement du
mécanisme d’arbitrage OHADA est la méconnaissance de ce mode de règlement des litiges
par les acteurs potentiels que sont les opérateurs économiques et les juristes.
A cet égard, les possibilités de recours à l’arbitrage CCJA, prévues dans les Codes des
investissements des Etats membres de l’OHADA ou dans les Traités de promotion et de
protection des investissement que ces derniers concluent, constituent d’importantes voies
d’accès à l’arbitrage CCJA qui pourra ainsi trouver l’occasion de développer son expérience
et de confirmer son efficacité.26
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NOTES
1.
Cf. Renzo MORERA, L’arbitrage dans le prochain futur : problèmes et réflexions. Les cahiers de
l’arbitrage. Gazette du Palais, Edition Juillet 2002, pp : 13-16
2
Cf. Emmanuel Gaillard. Aspects philosophiques du droit de l’arbitrage international. Les livres de
Poche de l’Académie de Droit International de la Haye. Leiden/Boston, 2008
3
Cf. Philippe FOUCHARD, l’arbitrage et la mondialisation de l’économie. Ecrits, Droit de
l’arbitrage, Droit du commerce international. Comité Français de l’Arbitrage. 2007, pp. 471-484.
4
Article 1erdu Traité OHADA
5
Cf. CCJA Arrêt No 044/2008 du 17 juillet 2008
Cf. Affaire Société E.R.C.(Etudes – Réalisations – Contrôle) S.A. c/ VIMAT SARL. Ordonnance
de référé No 140 du 4 décembre 2000. Note Gaston KENFACK DOUAJNI. Revue Camerounaise
de l’Arbitrage, No 25, avril-mai-juin 2004.
Cf. également Affaire NGANDO BEBEY c/ Société AXA Assurances Sentence arbitrale partielle
du 20 octobre 2004. Note. Roger SOCKENG. Revue Camerounaise de l’Arbitrage, No 26, juillet-
août-septembre 2004.
6
Cf. CCJA Arrêt No 044/2008 du 17 juillet 2008
7
La médiation n’a pas été incluse dans le champ du droit communautaire par le législateur OHADA.
Ce choix de l’exclusion ne nous semble pas être en phase avec le succès que connaît ce mode amiable
de règlement des litiges. L’adoption de la nouvelle Directive 2008/52/CE du Parlement européen et du
Conseil du 21 mai 2008 sur certains aspects de la médiation en matière civile et commerciale en est
une illustration. Cf. Amadou DIENG, Approche culturelle des ADR en OHADA. Texte intervention
lors du Workshop organisé par CERCLE HORIZON CLUB OHADA ORLEANS & NORTON ROSE
sur « Les Modes Alternatifs de Règlement de Conflits (MARC) en OHADA. » 17 et 18 mars 2009 à
Paris
8
Les statistiques du CAMC-O nous ont été aimablement livrées par son Secrétaire Permanent, Mme
Bintou BOLI DJIBO.
9
Cf. Lettre d’information OHADA. [Link]/info@[Link] du 19 février 2009.
10
Les statistiques CCJA proviennent de :
19
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12
Cf. CCJA Arrêt 045/2008 du 17 juillet 2008.
13
Cf. Seydou BA, L’arbitrage CCJA OHADA : une construction arbitrale nouvelle. Intervention lors
du Séminaire de formation à l’Arbitrage commercial international Co organisé par le Centre
d’Arbitrage et de Médiation de Dakar et l’Institut du Droit des Affaires Internationales de la CCI –
PIDA du 5 - 7 avril 2004. Inédit
14
Cf. Les discussions autour de la jurisprudence Hilmarton (Cass. 1ère civ. 29 juin 2007) et Putrabali
(Cass. 1ère civ. 23 mars 1994) ainsi que le projet de la Commission européenne de révision du
Règlement 2001. (Rapport SCHLOSSER)
Philippe Fouchard, La portée internationale de l’annulation de la sentence arbitrale dans son pays
d’origine. Revue de l’arbitrage, 1998, 329
Cf. Pierre Meyer, OHADA, Droit de l’arbitrage, Bruyant Bruxelles, 2002. Il donne l’exemple
d’un litige relatif à un contrat d’agence commerciale à caractère international, régi par une loi
étrangère, tranché par un arbitre siégeant dans un pays de l’OHADA.
20
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22.
Cf. Gaston KENFACK DOUAJNI. Le contentieux de l’exécution provisoire dans l’acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage. Revue Camerounaise de l’Arbitrage, No 16, janvier février mars 2002.
23
Cf. Pierre MEYER, op. cit. , pp. 149-150
24
Cf. Philippe PINSOLLE, L’ordre juridique arbitral et la qualification de la sentence arbitrale de
décision de justice internationale. A propos de l’arrêt Putrabali. Cahiers de l’arbitrage. Gazette du
Palais 21-22 novembre 2007
25
Emmanuel Gaillard. Aspects philosophiques du droit de l’arbitrage international. (op. cit.)
26
Cf. C. Paris (1ère ch. C), 31 janvier 2008, Société Ivoirienne de Raffinage c/ Teekay Shipping
Norway AS- RG no 06/07787
27
Cf. Serge LAZAREFF, De quelques réformes souhaitables du droit de l’arbitrage. Les Cahiers de
l’Arbitrage. Gazette du Palais, Edition juillet 2002, pp. 7-8.
28
Cf. Amadou DIENG, Arbitrage commercial international et protection des investissements : quels
enjeux pour l’OHADA ? , in Ordre des Avocats de Paris. Le Barreau Autour du Monde. Numéro
spécial Afrique. No 3 juin 2007, p 15.
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