Approximation polynomiale : compléments
On propose ici différents compléments au devoir 7. Les parties sont dans une très grande mesure
indépendantes (mais utilisent possiblement les résultats ou notations du devoir 7). Les dépendances
sont les suivantes.
- La question 10 peut être abordée uniquement avec le théorème de Weierstrass et la question 11
de la même partie en admettant le théorème de Stine-Weierstrass.
- Les questions 12 et 13 sont indépendantes mais utilisent la notion de polynôme trigonométrique
introduite dans le devoir 7.
- La partie sur l’équirépartition peut être abordée avec les théorèmes d’approximation du cours.
Sauf la question 17 qui utilise le théorème de Weierstrass trigonométrique avec des fonctions
1-périodiques.
- La dernière partie développe la question 4 du devoir 7.
Il est conseillé de s’attarder sur une partie donnée : faire des bouts de parties ne semble pas vraiment
intéressant.
Théorème de Stone-Weierstrass
Soit E un sous-espace vectoriel de C 0 ([0, 1], R) tel que
- t 7→ 1 ∈ E
- E est stable par produit
- ∀x, y ∈ [0, 1] tels que x 6= y, il existe f ∈ E telle que f (x) 6= f (y).
- E est fermé dans C 0 ([0, 1]) pour k.k∞ .
On veut alors montrer que E = C 0 ([0, 1]).
Dans un premier temps, on admet ce théorème.
1. Déduire de ce résultat le théorème de Weierstrass.
On passe desormais à la preuve du résultat (et on ne suppose pas connu le théorème de Weierstrass).
2. Pour t ∈ [0, 1], on pose f0 (t) = 0 et
1
fn+1 (t) = fn (t) + (t − fn2 (t))
2
√
(a) Montrer que (fn ) converge simplement sur [0, 1] vers f : t 7→ t.
(b) Prouver la convergence uniforme sur tout segment de ]0, 1]. On pourra poser δn (t) = |f (t) −
fn (t)| et exhiber une constante k telle que δn+1 (t) ≤ kδn (t).
(c) Prouver la convergence uniforme sur [0, 1]. On propose de revenir à la définition avec des ε
et d’utilier la question précédente.
3. Montrer que pour tout M , il existe une suite de fonctions polynomiale qui approche uniformément
x 7→ |x| sur le segment [−M, M ].
4. Montrer que ∀P ∈ R[X], ∀f ∈ E, P (f ) ∈ E.
5. Montrer que ∀f ∈ E, |f | ∈ E.
6. Montrer que ∀f, g ∈ E, sup(f, g) ∈ E.
7. Soient u, v ∈ [0, 1] tels que u 6= v. Soient a, b ∈ R. Montrer que
∃f ∈ E, f (u) = a et f (v) = b
1
On admet ici le résultat suivant : si (Oi )i∈I est une familleSd’ouverts de R dont la réunion contient
[0, 1], alors il existe une partie J ⊂ I finie telle que [0, 1] ⊂ j∈J Oj (propriété de Borel-Lebesgue).
8. Soit h continue sur [0, 1] (à valeurs dans R). Soient t ∈ [0, 1] et ε > 0. Montrer, avec la propriété
de Borel-Lebesgue, que
∃ft ∈ E, ∀x ∈ [0, 1], ft (x) ≥ h(x) − ε et ft (t) = h(t)
9. Montrer que E = C 0 ([0, 1], R) (on utilisera encore la propriété de Borel-Lebesgue).
D’autres approximations
10. Soit (λn )n∈N est une suite strictement croissante d’éléments de R+ de limite infinie et avec
P 1
λ0 = 0. On suppose en outre que λn 7 xλn et on veut montrer
diverge. On note fn : x →
n∈N
que (fn )n∈N engendre un espace F dense dans (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ) (forme faible du théorème de
Müntz).
Soit m ∈ N. On définit par récurrence la suite (Rn ) par ∀x ∈]0, 1], R0 (x) = xm et
Z 1
∗
∀n ∈ N , ∀x ∈]0, 1], Rn (x) = (λn − m)x λn
Rn−1 (t)t−1−λn dt
x
(a) Montrer que pour tout n, Rn est bien définie et que
n
X
n+1 m
∀n, ∃(a0 , . . . , an ) ∈ R , ∀x ∈]0, 1], Rn (x) = x + a k x λk
k=0
(b) Montrer que
n
Y m
kRn k∞,]0,1] ≤ 1−
λk
k=1
(c) Conclure.
11. On s’intéresse ici à l’approximation par des polynômes à coefficients entiers. On se propose de
prouver que Z[X] est dense dans C 0 ([a, 1 − a]) pour la norme infinie quand a ∈]0, 1/2[.
(a) Etudier la limite (au sens de k.k∞ ) de la suite définie de manière récurrente par
P0 = X, Pn+1 = 2(1 − Pn )Pn
(b) Justifier que toute fonction constante est approchable au sens voulu.
(c) Conclure avec le théorème de Stone-Weirstrass.
Retour sur le théorème de Weierstrass trigonométrique
La preuve donnée dans le devoir 7 du théorème n’est pas vraiment constructive. On propose ici deux
approches différentes. La première reprend l’idée de la convolution. La seconde se place dans le cadre
de l’analyse de Fourier.
12. On considère pour tout entier n ∈ N la fonction un définie par
Z 2π
n 1
∀t ∈ R, un (t) = cn (1 + cos(t)) avec = (1 + cos(t))n dt
cn 0
On se donne une fonction continue et 2π-périodique f et on pose
Z 2π
∀x ∈ R, fn (x) = f (x − t)un (t) dt
0
2
(a) Montrer que fn est un polynôme trigonométrique.
(b) Justifier que (fn ) converge uniformément vers f sur R.
0 (R, C). On introduit pour tout entier n > 1 la fonction K : R → C d’expression
13. Soit f ∈ C2π n
n−1 k
1 X X
Kn = ej
n
k=0 j=−k
où ej : x 7→ eijx et pour tout entier n > 1 et tout x ∈ R, on pose :
Z π
1
fn (x) = Kn (x − t)f (t) dt
2π −π
(a) Démontrer que pour tout entier n > 1 et tout x ∈ R, on a :
Z π
1
fn (x) = Kn (t)f (x − t) dt
2π −π
1
Rπ
(b) Montrer que 2π −π Kn (t) dt = 1 pour tout entier n > 1.
(c) Démontrer que pour tout entier n > 1 et tout x ∈ R\(2πZ), on a :
sin2 nx
2
Kn (x) =
n sin2 x2
(d) Démontrer que pour tout entier n > 1 et tout x ∈ R :
Z π
1
fn (x) − f (x) = (f (x − t) − f (x))Kn (t) dt
2π −π
(e) Soit ε > 0. Justifier l’existence d’un réel η ∈]0, π[ tel que, pour tout (x, x0 ) ∈ R2 , si
|x − x0 | 6 η alors |f (x) − f (x0 )| 6 ε. Trouver alors δ (dépendant de f et η seulement) tel
que pour tout entier n > 1 et tout x ∈ R :
δ
|fn (x) − f (x)| 6 ε +
n
(f) Démontrer que la suite de fonctions (fn )n>1 est une suite de polynômes trigonométriques
qui converge uniformément vers f sur R.
Equirépartition
Soit (un )n≥1 une suite à valeurs dans [0, 1]. Si [a, b] ⊂ [0, 1], on pose
χn,[a,b] = |{k ∈ [[1, n]], uk ∈ [a, b]}|
χn,[a,b]
On dit que (un )n≥1 est équirépartie si pour tout [a, b] ⊂ [0, 1], n −→ b − a.
n→+∞
On veut trouver des propriétés équivalentes à l’équirépartition (critère de Weyl).
Si p est un entier, on note ep : x 7→ e2iπpx .
14. On suppose (un ) équirépartie. Montrer que pour toute fonction f : [0, 1] → R continue :
n Z 1
0 1X
∀f ∈ C ([0, 1], R), lim f (uk ) = f (t) dt (i)
n→+∞ n 0
k=1
Indications : on pourra commencer par le cas où f est la fonction indicatrice d’un segment.
3
15. Prouver la réciproque. Indication : on pourra travailler “avec des ε” et encadrer χn,[a,b] .
16. Montrer que si (un ) est équirépartie, alors
n
∗ 1X
∀p ∈ Z , lim ep (uk ) = 0 (ii)
n→+∞ n
k=1
17. Justifier la réciproque. Indication : en supposant (ii) vraie, commencer par montrer que (i) est
vraie quand f (0) = f (1). Puis passer au cas général.
18. Soit θ ∈ R. Montrer que ({nθ})n≥1 est équirépartie si et seulement si θ 6∈ Q, où {x} est la partie
fractionnaire de x.
Unicité du meilleur polynôme d’approximation de degré n.
n ∈ N et f ∈ C 0 ([a, b]) étant fixés, on a vu qu’il existe un meilleur polynôme p de degré n qui
réalise la meilleure approximation de f (au sens de k.k∞ ). On prouve ici son unicité. On note toujours
dn = kf − pk∞ = d(f, Rn [X]).
19. Soit k le nombre de solutions dans I de l’équation |f (x) − p(x)| = dn . Pourquoi a-t-on k ≥ 1 ?
On suppose que k ≤ n + 1 et on note x1 < · · · < xk ces solutions (éléments de I).
Montrer qu’il existe q ∈ Rn [X] tel que q(xi ) = f (xi ) pour tout i ∈ [[1, k]].
20. Pour δ > 0, on pose
Uδ = {x ∈ I/ ∃i ∈ [[1, k]], |x − xi | < δ}
Soit ε > 0. Montrer qu’il existe δ > 0 tel que |f (x) − q(x)| < ε pour tout x ∈ Uδ .
21. Soit ` = kp − qk∞ et soit ε > 0. On choisit δ comme ci-dessus.
Pour t ∈]0, 1[, on pose pt = (1 − t)p + tq. Montrer que
(1 − t)dn + tε si x ∈ Uδ
|f (x) − pt (x)| ≤ t` + sup |f (y) − p(y)| si x ∈ I \ U
δ
y∈I\Uδ
22. Montrer que si K est un fermé borné non vide de R et si g ∈ C 0 (K, R), g admet un maximum
sur K.
23. En faisant un choix convenable de ε > 0, montrer qu’il existe t ∈]0, 1[ tel que kf − pt kI < dn .
En déduire que l’équation |f (x) − p(x)| = dn admet au moins n + 2 solutions distinctes dans I.
24. Montrer que la distance dn est atteinte en un unique élément de Rn [X]