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Tourisme et croissance économique à Anguilla

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Introduction

1. Le rôle potentiel du tourisme dans la croissance économique et la réduction de


la pauvreté
2. La performance économique du tourisme à Anguilla
2.1. Application du concept de performance du tourisme (PDT) à Anguilla
2.2. Évaluation des « fuites » et du contenu en importation de l'activité
touristique
2.3. Évaluation de la performance compétitive du tourisme à Anguilla par rapport
aux autres destinations touristiques de la Caraïbe
2.4. Indice « d'une semaine de vacances à la plage »
3. Spécification et estimation des modèles : cadre méthodologique
3.1. Spécification du modèle de la relation entre tourisme et croissance économique
3.2. Spécification du modèle de la relation entre tourisme et développement
économique inclusif
3.3. Estimation du modèle de la relation entre tourisme et croissance économique
3.3.1. Première étape : les tests de racine unitaire
3.3.2. Deuxième étape : le test de cointégration
3.3.3. Troisième étape : le modèle à correction d'erreur et le test de causalité de
Granger
3.4. Estimation du modèle de la relation entre tourisme et développement économique
inclusif
Conclusion et implications politiques
Haut de page
TEXTE INTÉGRAL
Introduction
1De nombreux pays en développement, notamment dans la Caraïbe, considèrent que le
tourisme est un puissant vecteur de croissance, de développement économique et de
réduction de la pauvreté. Cependant, le lien entre tourisme, croissance et
développement économique n'est pas un mécanisme automatique, car la croissance est
une condition nécessaire, mais non suffisante pour amplifier le développement. La
croissance du tourisme peut même comporter des effets pervers et s'avérer en
définitive une croissance « appauvrissante » si elle n'entraîne pas un
développement inclusif et durable. Autrement dit, cette relation ne peut exister
que si le tourisme crée de nouveaux emplois, établit des liens, en particulier avec
l'agriculture et l'agro-transformation, avec la pêche, l'industrie manufacturière,
les secteurs de prestations de services, et stimule le développement de
l'infrastructure de base par la construction en particulier de routes et
d'installations portuaires et aéroportuaires, d'équipements divers, etc. Par
conséquent, ce lien n'est pertinent que si l'activité touristique engendre de la
croissance et développement un effet d'entraînement et de « contagion » sur les
autres secteurs d'activité.

2Qu'en est-il par exemple dans les toutes petites destinations insulaires en
développement, et notamment dans celles qui, comme Anguilla, Saint-Barthélemy,
Moustique, les îles Caïman, Turques-et-Caïques, Tobago dans la Caraïbe, l'île
Maurice, les Seychelles, et les Maldives dans l'océan indien ont adopté un
positionnement haut de gamme et une stratégie de luxe, et de ce fait reste en
quelque sorte des « paradis » préservés des vols charters, des « nuisances »
induites par l'effet de masse, et dont les niveaux de fréquentation et les
capacités d'accueil sont volontairement réduits grâce à des critères financiers et
avec l'appui d'arguments écologiques ? Le tourisme international bénéficie-t-il
véritablement à ces petites économies insulaires ? Quelle est la relation réelle
entre tourisme, croissance et développement économique dans ces microterritoires ?
L'hypothèse de la croissance menée par le tourisme est-elle une option vérifiable
pour la plupart d'entre eux ? Pour les principales institutions internationales, le
tourisme constitue un moteur de croissance important pour les pays en
développement, leur permettant de s'attaquer aux principaux défis d'aujourd'hui.
Mais selon certaines critiques, une trop faible partie de la dépense touristique
des visiteurs atteint ces pays insulaires en développement, le nombre de visiteurs
dans ces pays s'accroît souvent plus rapidement que les recettes touristiques,
principalement en raison de l'importance des « fuites ». », qui serait selon la
CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) de
l'ordre de 80 % dans les Caraïbes. Si ces chiffres sont exacts, l’intérêt du
tourisme au plan économique devient discutable pour ces petites destinations.

3Pour s'en convaincre, Anguilla, petite destination touristique de luxe dans la


Caraïbe nous servira d'exemple pour vérifier le bien-fondé ou non de ces critiques.
Différents outils permettent de conceptualiser les liens entre tourisme et
développement. Cependant, cette étude s'intéresse plus particulièrement à l'impact
du tourisme sur le territoire, l'économie territoriale constitue l'outil théorique
le plus pertinent pour s'interroger sur ces liens. À cet égard, différents travaux
ont été présentés dans un passé récent des analyses théoriques des conséquences
positives ou négatives d'une croissance touristique dans les pays en développement
(Copeland, 1991 ; Chen et Devereux, 1999 ; Hazari et Nowak, 2003 ; Hazari et Ng ,
1993 ; Nowak et al ., 2003). Ces contributions pour la plupart se réfèrent au
concept de « syndrome hollandais » et utilisent pour ce faire des modèles
d'équilibre général. Ce concept est présenté en 1982 et en 1984 par Corden et
Neary, qui distinguent deux effets possibles résultant d'une croissance
exportatrice : un effet dépense et un effet mouvement de ressources.

4Concernant l'effet de dépense, ils considèrent qu'une croissance exportatrice est


de nature à accroître le revenu local, ce qui induit une augmentation à la fois de
la demande des « biens échangeables » et des « biens non échangeables ». Dans
l'hypothèse de « petits pays », les prix des biens échangeables n'augmentent pas,
car ils sont soumis à la concurrence internationale. En revanche, les prix relatifs
des biens non échangeables par rapport aux biens échangeables augmentent,
entraînant une appréciation du taux de changement réel.

5L'effet mouvement des ressources résultant d'une augmentation du produit marginal


du travail dans le secteur en expansion, ce qui se traduit par un afflux de travail
en provenance des autres secteurs. Cela dit, les études sur la relation entre
développement touristique et croissance économique peuvent être réparties en trois
groupes : la moitié de ces études utilisées dans leur approche, l'analyse de
régression ainsi que le test de causalité de Granger, notamment les travaux de
Balaguer et Cantavella-Jorda (2002), Durbarry (2004), Dritsakis 2004), Oh (2005),
Kim et al . (2006), Lee et Chang (2008), Brida et al. (2008), Chen et Chiou-Wei
(2009), Tang et Jang (2009), Belloumi (2010), Lean et Tang (2010), Kasimati, 2011 ;
Kreishan (2011), Tang (2011a, 2011b), Ridderstaat, Croes et Nijkamp (2013). Les
variables touristiques utilisées dans ce type d'études ne furent pas toutes
identiques. Par exemple, Oh (2005) a utilisé les recettes touristiques comme proxy
de la spécialisation touristique, tandis que Kim et al. (2006) de même que Lean et
Tang (2010) ont employé les arrivées touristiques comme variable de la
concentration touristique. L'organisation mondiale du tourisme (OMT) indique qu'en
période de crise, la relation entre les arrivées touristiques et les recettes
touristiques est souvent faussée. Ces deux variables en raison de la conjoncture
n'évoluent pas essentiellement dans le même sens. Les recettes touristiques sont
dans ce cas souvent plus affectées que les arrivées touristiques (en cas de crise,
on observe une tendance à la baisse dans les dépenses de consommation des
visiteurs).

6Rappelons que l'industrie touristique a été touchée dans le passé par diverses
crises notamment par les conséquences de la crise asiatique (1997), par celles des
attaques terroristes du 11 septembre 2001, et par celles de la crise financière
mondiale de 2007-2010. Ces crises ont entraîné des divergences d'interprétation et
de comparaison entre la croissance des arrivées touristiques et la croissance des
recettes touristiques. Un autre problème de comparaison rencontré concerne le
nombre et la fréquence des observations relatives aux séries étudiées. Par exemple,
Balaguer et Cantavella-Jorda (2002) ont utilisé dans leurs estimations des données
trimestrielles sur la période 1975-1997, tandis que Tang (2011a) a employé des
données mensuelles sur la période 1995-2009. Selon Otero et Smith, lorsque l'on
recherche une relation d'équilibre à long terme, on devrait faire reposer les
données sur une longue période de temps plutôt que sur un grand nombre
d'observations recueillies sur une courte période. Un deuxième groupe d'études a
utilisé dans leurs estimations, la technique de régression en données de panel
notamment, en particulier, celles de Modeste(1994), Lanza et al . (2003), Eugenio-
Martin et Martin Morales (2004), Lee et Chang (2008), Sequeira et Nunes (2008),
Figini et Vici (2010), Amadou et Clerides (2010), Croes (2011), Du et Ng (2011). La
plupart de ces études ont, dans leur conclusion confirmé l'hypothèse de la
croissance tirée par le tourisme, à l'exception toutefois de celle de Lee et Chang
(2008) qui a trouvé l'existence d'une relation réciproque entre tourisme et
croissance économique. De plus, on constate que les deux niveaux de ces études
utilisent dans leurs estimations les données de la Banque mondiale ( World
Development Indicators ). Or, beaucoup de ces données émanent des systèmes
statistiques nationaux dont la qualité dépend de la manière dont ces systèmes sont
conçus et fonctionnent. Certains pays par exemple utilisent différentes définitions
et techniques de collecte des données, qui peuvent à leur tour avoir une influence
sur la comparaison des résultats. Un troisième groupe d'études, comprenant celles
de Ghali (1976), Gunduz et Hatemi (2005), Lee et Chien (2008), Katircioglu (2009)
et Lean et Tang (2010) applique une méthode combinant les deux approches
précédentes. Par exemple, Ghali (1976) a employé une méthode de type keynésien pour
tester la relation entre développement touristique et croissance économique à
Hawaii, tandis que Gunduz et Hatemi (2005) ont, dans le cas de la Turquie, effectué
un test de causalité, basé sur sur les techniques de simulation boostrap. Enfin, on
constate que dans leurs estimations, plusieurs études n'utilisent pas les mêmes
variables indépendantes pour déterminer l'incidence du tourisme sur la croissance
économique. Par exemple, Gunduz et Hatemi (2005), Katircioglu (2009) et Lean et
Tang (2010) utilisent les arrivées touristiques internationales comme principale
variable indépendante de la croissance économique, tandis que pour Lee et Chien, ce
sont les recettes touristiques.

7Le reste du papier est organisé comme suit : la section 2 est consacrée à
l'analyse du rôle potentiel du tourisme dans la croissance économique et la
réduction de la pauvreté. La section 3 passe en revue les principaux ratios et
indices permettant de déterminer la performance économique du tourisme à Anguilla.
La section 4 aborde la spécification et l'estimation des deux modèles de régression
: le modèle de la relation entre tourisme et croissance économique d'une partie ;
et le modèle de la relation entre tourisme et développement économique inclusif
d'autre part. La section 5 présente la conclusion générale de l'étude et les
implications politiques correspondantes.

1. Le rôle potentiel du tourisme dans la croissance économique et la réduction de


la pauvreté
8Le potentiel du tourisme en tant que facteur de développement local est souvent
contesté, car cette activité est fortement consommatrice de produits importés et
n'exercerait que des effets de liaison limités sur les producteurs locaux. Tel est
le cas dans des microdestinations comme Anguilla, considérées comme des « enclaves
touristiques », contrôlées par le capital étranger et les tours opérateurs qui
n'entretiennent que des rapports restreints avec la société locale, sauf sous la
forme de créations d'emplois non qualifiés.

9Dans des destinations de dimension plus importante et notamment dans les pays
développés, le tourisme est un secteur d'activité qui fait intervenir divers
acteurs, allant des pouvoirs publics aux principaux protagonistes du secteur privé.
Ces différents acteurs tissent entre eux des liens, en amont comme en aval, qui ont
une influence sur la croissance et le développement économique. Selon la CNUCED
(2013), la contribution du secteur du tourisme à la croissance économique, à la
création d'emplois, au renforcement des capacités nationales et à la réduction de
la pauvreté dépend des facteurs suivants :

La mesure dans laquelle le secteur du tourisme est intégré dans l'économie


nationale du fait de ses relations en amont et en aval avec d'autres secteurs et de
son intégration dans les chaînes de valeur régionales et mondiales ;

La mesure dans laquelle les revenus provenant du tourisme, y compris les


investissements, sont utilisés pour financer le développement de l'infrastructure,
soutenir les entreprises locales, en particulier les petites et moyennes
entreprises (PME), et développer les compétences et les institutions nécessaires
pour créer une économie locale dynamique ;

Les politiques et stratégies adoptées par les pouvoirs publics et la mesure dans
laquelle celles-ci incitent à faire progresser les investissements nationaux et
étrangers dans le tourisme et à procéder à des transferts de technologie et de
savoir-faire, favorisant ainsi les activités de main-d 'œuvre, et visant les
régions dans lesquelles vit et travaille une population pauvre ;

Les efforts nationaux pour faire en sorte que les activités touristiques soient
exercées de manière durable et répondent aux objectifs économiques, sociaux et
environnementaux.

10Dès lors, ces facteurs génèrent une croissance qualifiée d'inclusive qui
constitue une approche relativement nouvelle, destinée à présenter les bénéfices
économiques des destinations et réduire les fuites économiques ; cette démarche
partage certains principes d'un tourisme pro-pauvre. Ce concept de croissance
inclusive, en mettant l'accent sur les aspects économiques et sociaux, différencie
quelque peu du développement durable qui repose sur trois piliers (l'environnement,
l'économie et la société). Cependant, au niveau national, la croissance inclusive
fonctionne parfaitement en parallèle avec les principes du développement durable.

11En bref, une des caractéristiques importantes du tourisme est sa capacité à


établir des relations fortes et diverses avec les autres secteurs d'activité.
Cependant, établir des liens ne peut se faire sans stratégie régionale ou nationale
efficace, comprenant des politiques ciblées, des cadres réglementaires et
institutionnels, et des incitations suffisantes pour stimuler l'investissement
privé et le renforcement des capacités nationales dans le domaine de l'offre. .

12Or, dans de nombreux pays en développement, les relations au tourisme restent


tenues et sous-exploitées. Par conséquent, les investisseurs étrangers, les
voyagistes internationaux et les compagnies aériennes étrangères ont tendance à
accaparer la plus grande partie de la valeur ajoutée dans le secteur du tourisme,
dont les pauvres ne tirent qu'un profit limité. D'où la préoccupation au sujet des
fuites et d'autres composantes entrant dans la performance économique du tourisme,
analysée dans la section suivante.

2. La performance économique du tourisme à Anguilla


13D'une superficie de 102 km2 et peuplée aujourd'hui de 16 000 habitants, Anguilla
est, après Monserrat, l'île la moins peuplée des pays membres de l'organisation des
états de la Caraïbe orientale (OECO). En revanche, le revenu par habitant de ce
microterritoire est supérieur à celui des autres pays de cette sous-région. Son
potentiel de diversification économique et de croissance est limité, en raison de
l'exiguïté de sa superficie et de la petitesse de sa population. Par conséquent,
cette île dépend étroitement des importations pour répondre aux demandes
matérielles du secteur touristique. Beauté naturelle, plages de rêve, hôtellerie de
luxe, inaccessibilité relative, et stabilité politique font de ce petit territoire
britannique de la Caraïbe une destination touristique haut de gamme. Possédant peu
de ressources naturelles, son économie se concentre essentiellement sur le tourisme
de luxe, la banque offshore , l'immobilier, et la pêche aux langoustes. Dans ces
conditions, le tourisme constitue le principal pourvoyeur de devises de l'île. Les
recettes touristiques d'Anguilla couvrent plus de la moitié de son PIB et procurent
les deux niveaux des emplois. Sur la période 1990-2013, le taux de croissance
annuel moyen des recettes touristiques à Anguilla a été de 5 % tandis que le nombre
de touristes de séjour a progressé en moyenne annuelle de 3 %. Par conséquent,
l'élasticité des recettes touristiques par rapport à la fréquentation de séjour
s'est élevée durant cette période à 1,7. Cela signifie que les recettes
touristiques à Anguilla ont augmenté proportionnellement et rapidement que le
nombre de touristes de séjour. Néanmoins, malgré l'importance des flux financiers
qui traversent ce territoire, la part des revenus qui contribuent véritablement au
développement de cette île est considérée comme insuffisante. Plusieurs raisons
expliquent la faiblesse de l'effet d'entraînement attendu : tout d'abord,
l'importance du séjour tout-compris, principalement conçu et acheté dans les pays
émetteurs ; la part la plus confortable des revenus appartient à ceux qui
contrôlent alors le marché, sans oublier l'importance des capitaux étrangers dans
la région et les enjeux autour de l'approvisionnement des lieux. Par conséquent, il
est nécessaire de prendre en compte ces différents facteurs pour déterminer de
manière pertinente le rôle exact du tourisme dans l'économie de ce territoire.
Aussi, la performance économique de ce secteur est appréhendée ci-dessous à l'aide
de plusieurs paramètres, notamment par l'application du concept PDT (performance du
tourisme) exprimé à l'aide d'un tableau, impliquant divers indicateurs et ratios
économiques. et touristiques.

2.1. Application du concept de performance du tourisme (PDT) à Anguilla

14Le concept de performance du tourisme (PDT) est souvent utilisé pour évaluer et
comparer la performance économique du tourisme entre destinations. Les recettes
directes du tourisme ne donnant qu'une idée partielle de la contribution du
tourisme au revenu national, certains auteurs comme Singh et Jayawardena (2003)
ainsi que le World Travel & Tourism Council (2013) proposent un tableau
relativement complet dans lequel figurent les Principaux ratios et indices destinés
à apprécier le niveau de performance économique du tourisme. Pour illustrer le PDT
d'Anguilla, nous présentons ci-dessous deux tableaux : l'un extrait du rapport 2013
de la WTTC qui affiche les principales contributions économiques du tourisme à
Anguilla, et l'autre qui présente une synthèse, intégrant des données de
fréquentation , recettes touristiques brutes, niveau de fuites, recettes
touristiques nettes par habitant d'Anguilla par rapport aux autres destinations
touristiques de l'OECO.

Tableau 1. Contributions économiques du tourisme à Anguilla en 2012.

Zoom d'origine (png, 432k)


Source : WTTC, 2013.

15Ce tableau présente six grands indicateurs ou ratios (exprimés en %) : la


contribution directe du tourisme au PIB, la contribution totale du tourisme au PIB,
la contribution directe du tourisme à la création d'emplois, la contribution totale
du tourisme à la création d'emplois, la part des investissements touristiques dans
le total des investissements, le ratio dépenses touristiques/exportations totales.
Il convient de souligner que la contribution directe du tourisme au PIB exprime la
dépense initiale effectuée par les visiteurs à l'intérieur du pays, notamment dans
les hôtels, restaurants, agences de voyages, compagnies de transport, de même que
la dépense publique — dépense lié au tourisme, effectué par les gouvernements dans
des secteurs comme la culture (par exemple les musées) ou les loisirs (tels les
parcs nationaux).

16Toutes ces dépenses sont réalisées par rapport au PIB. En revanche, la


contribution totale du tourisme au PIB contient des impacts plus larges sur
l'économie (impacts indirects et induits). Les impacts indirects sont engendrés
notamment par les dépenses d'investissement telles que les achats de nouveaux
avions ainsi que la construction de nouveaux hôtels, sans oublier les dépenses
publiques qui soutiennent l'activité touristique au sens large tel que les dépenses
de marketing et de promotion , les dépenses de sécurité, etc. À cela, il faut
ajouter les dépenses locales en biens et services en lien avec l'activité
touristique, telles que les achats effectués localement en aliments et boissons par
les hôtels pour reconstituer leurs stocks. Quant aux impacts induits, ils résultent
des impacts directs et indirects précédents. L'augmentation de la consommation
locale entraîne de nouveaux revenus distribués dans le tourisme en est un exemple.

17Il ressort de ce tableau qu'Anguilla est l'une des destinations qui, au plan
mondial, dépendent du plus du secteur pour sa survie économique, puisque les
dépenses touristiques représentaient en 2012 jusqu'à 86,4 % du total de ses
exportations contre 14,1 % à l'échelon mondial. De plus, le tourisme procure 68,1 %
du total des emplois contre 13 % au niveau mondial.

18En outre, très souvent, le succès d'une destination est jugé sur la base de la
croissance des visiteurs accueillis, de celle du nombre moyen de nuitées effectuées
sur place ou de la dépense touristique brute. Or, la plupart des travaux sur ce
thème considèrent que la performance touristique d'une destination est mieux
appréhendée lorsqu'elle s'effectue sous l'angle des recettes touristiques nettes
par habitant. Ces dernières représentent la part des recettes qui restent dans
l'économie locale lorsque, des recettes brutes, on soustrait les diverses fuites
(importations dérivées, rapatriement de bénéfices, dépenses de promotion à
l'étranger, etc.,). Par conséquent, le raisonnement en matière de performance
touristique devient plus crédible par la prise en compte à la fois de ces fuites
ainsi que du nombre d'habitants. De ce fait, les petits états ou microterritoires
avec de faibles niveaux de population ont tendance à enregistrer des recettes par
habitant plus élevées que celles de pays de taille démographique plus importante.
Par conséquent, l'approche en matière de recettes touristiques nettes par habitant
est adoptée dans le tableau ci-dessous pour déterminer, à l'aide du concept PDT, le
niveau de performance touristique d'Anguilla par rapport aux autres destinations
touristiques de l' OECO (à l'exception toutefois de Montserrat pour lequel nous ne
disposons pas de données suffisamment fiables).

Tableau 2. Performance touristique d'Anguilla en 2012 par rapport aux autres


destinations de l'OECO :
Anguilla
Antigua-et-Barbuda
Dominique
Grenade
Sainte-Lucie
Saint-Kitts-et-Nevis
Saint-Vincent – et-les — Grenadines
Nombre de touristes de séjour
64 698
246 926
85 980
112 335
306 801
104 240
74 364
Durée moyenne des séjours
8,0
7,3
10,5
8,4
8,8
9,6
11,7
Nombre total de nuitées
517 584
1 802 560
902 790
943 614
2 699 849
1 000 704
870 059
Dépenses touristiques par visiteur (en EC$)
4 707
3 488
2 390
2 922
2 968
2 461
3 418
Dépenses par nuitée (en EC$)
588
478
228
348
337
256
292
Recettes touristiques brutes (en milliers d'EC$)
304 520
861 300
205 540
328 270
910 650
256 510
254 200
Taux de fuite (%)
66
56
45
55
62
60
33
Recettes touristiques nettes (en milliers d'EC$)
103 536,8
378 972
113 047
147 721,5
346 047
102 604
170 314
Recettes touristiques nettes par habitant (en EC$)
6 471
4 253
1 570
1 331
2 012
2 000
1 686
Classement
1
2
6
7
3
4
5
Source : Banque centrale de l'OECO et calculs de l'auteur.

19Ce tableau montre clairement qu'Anguilla, avec une recette touristique nette par
habitant de 6471 EC$ (soit 2388 $ US) en 2012, est la destination touristique de
l'OECO qui affiche la meilleure performance touristique de cette sous-région,
suivie d' Antigua-et-Barbuda, Sainte-Lucie et Saint-Kitts-et-Nevis. Cependant, on
observe également qu'Anguilla avec un ratio de 4 touristes de séjour par habitant
est la destination de l'OECO qui présente la densité touristique la plus élevée,
contre un ratio de 2,7 à Antigua-et-Barbuda, 1, 7 à Sainte-Lucie, 2 à Saint-Kitts-
et-Nevis et 1 à Grenade. Selon l'OMT, un touriste par habitant serait le seuil de
fréquentation à ne pas dépasser pour éviter les différentes pressions et nuisances,
notamment sur l'environnement, le foncier et le niveau des prix domestiques. De
plus, un tel seuil de fréquentation à Anguilla peut à terme avoir une incidence
néfaste sur la capacité de charge de cette destination, capacité au-delà de
laquelle les équipements sont saturés (capacité physique), l'environnement dégradé
(capacité environnementale), le plaisir du visiteur diminué (capacité
psychologique). La capacité de charge est donc un rapport de densité touristique à
ne pas dépasser. Elle s'exprime quelquefois par le nombre de visiteurs-jour au Km 2
reçus dans la destination. Whitehall et Craigwell (2005) l'ont évalué à 481
touristes/jour au km 2 à Anguilla contre 1 260 à la Barbade, 3 836 à Aruba, 5 952
aux Bermudes, et 12 714(!) à Sint-Maarten. Outre ce rapport de densité à ne pas
dépasser, il faut ajouter les conséquences négatives possibles que le changement
climatique peut provoquer dans le futur sur les ressources touristiques de l'île et
donc sur son attractivité. On pense en particulier à l'augmentation de l'activité
cyclonique et à l'érosion de la biodiversité, au manque d'eau, au blanchiment des
coraux, à la destruction de plages, à l'élévation du niveau de la mer, à
l'augmentation de maladies tropicales et en définitive à une réduction du nombre de
visiteurs et des recettes touristiques correspondantes. Par conséquent, la
performance économique future du tourisme à Anguilla risque d'être affectée par de
tels événements si, d'une part, les principes du développement durable ne sont pas
suivis (développement économiquement viable, écologiquement soutenable et
humainement acceptable) et, d D'autre part, si des plans d'urgence ne sont pas mis
en œuvre pour prévenir le changement climatique, ce que les experts appellent «
atténuation » plutôt que de pallier ses effets.

2.2. Évaluation des « fuites » et du contenu en importation de l'activité


touristique

20Pour comprendre pourquoi le tourisme est quelquefois décrié et jugé comme un


exemple de domination des pays du nord sur les pays du sud, il est nécessaire
d'évaluer et d'analyser à l'aide d'un indicateur précis, l'importance des fuites
que provoque cette activité dans certaines destinations touristiques. De toute
évidence, un tel indicateur est important, car il permet de mesurer l'influence
réelle du tourisme sur le développement. Cet indicateur ou taux de fuite montre
dans quelle proportion l'économie locale est en mesure de conserver sur place les
recettes du tourisme. Cette évaluation est d'autant plus importante que le risque
est grand de voir l'expansion du tourisme se traduire par une baisse du bien-être
des résidents, dès lors que la part des bénéfices distribués aux non-résidents est
supérieure aux dépenses effectuées par les visiteurs. Le taux de fuite de
l'activité touristique à Anguilla est évalué ci-après, puis comparé à celui des
autres destinations de la Caraïbe. Rappelons que l'essentiel de ces fuites est dû à
:
l'importation de matériaux et d'équipements pour la construction destinée à
l'activité touristique ;

l'importation de biens de consommation, en particulier de produits alimentaires et


de boissons pour le même objet ;

le rapatriement de bénéfices réalisés dans le secteur du tourisme par les


investisseurs étrangers ;

les dépenses de marketing et de promotion des organismes nationaux de tourisme à


l'étranger ;

l'amortissement de la dette extérieure contractée lors de la construction des


hôtels et des stations touristiques.

21L'impact de ces fuites varie considérablement d'un pays à l'autre, selon leur
capacité à produire les biens et services nécessaires à l'industrie du tourisme.
Les estimations disponibles montrent que ce sont les économies les plus petites qui
enregistrent les fuites les plus importantes.

22Pour évaluer l'importance de ces fuites à Anguilla, nous allons utiliser


l'approche de Singh (2006) : pour déterminer le taux de fuite, cet auteur emploie
l'équation suivante :

23Recette touristique retenue localement (en %) = (contribution du tourisme au


PIB/recette touristique)*100 ;

24d'où :

25Taux de fuites = [1 – (contribution du tourisme au PIB/recette touristique)*100]

26En appliquant cette formule aux données du tableau suivant, il nous est possible
de déterminer le taux de fuites résultant de l'activité touristique à Anguilla.

Tableau 3. Anguilla : la contribution du tourisme au PIB et le taux de fuite


Contribution du tourisme au PIB
PIB en 2002
Contribution actuelle au PIB
Recette touristique
Recette touristique retenue localement
Taux de fuite
58 %
37 545 126 $ US
21 776 173 $ US
63 504 000 $ US
34 %
66 %
Source : Singh (2006)

27En remplaçant les lettres par leur valeur, on obtient le taux de fuites suivant
pour Anguilla :

28[1 – (21 776 173/63 504 000)*100] = (1 – 0,34)*100 = 66 %

29Soit un taux de fuites à Anguilla de 66 %, et donc un taux de recette touristique


retenu localement de 34 %. En utilisant la même formule, l'auteur évalue et compare
le taux de fuites d'autres destinations touristiques du monde par rapport à
Anguilla. Le tableau suivant montre qu'Anguilla est, après les Bahamas, la
destination qui affiche le taux de fuites le plus élevé de cet échantillon.
Tableau 4. Taux de fuites dans quelques destinations touristiques
Pays
Taux de fuite
Anguilla
66 %
Antigua-et-Barbuda
56 %
Barbade
66 %
Bahamas
85 %
Bermudes
59 %
Îles Caïman
65 %
Dominique
45 %
Les îles Fidji
56 %
Grenade
55 %
Jamaïque
50 %
Maurice
43 %
Nouvelle-Zélande
12 %
Seychelles
30 %
Sainte-Lucie
62 %
Saint-Kitts-et-Nevis
60 %
Saint-Vincent-et-les-Grenadines
33 %
Turques-et-Caïques
60 %
Trinité-et-Tobago
22 %
Îles Vierges américaines
35 %
Source : Singh, DHR 200

2.3. Évaluation de la performance compétitive du tourisme à Anguilla par rapport


aux autres destinations touristiques de la Caraïbe

30Le développement du tourisme est étroitement lié à l'attractivité et à la


compétitivité des destinations. Aussi, pour assurer le succès d'une destination,
deux paramètres importants doivent être pris en compte : compétitivité et
durabilité. Ces deux paramètres se soutiennent mutuellement. La compétitivité
touristique désigne alors la capacité d'une destination à faire face à la
concurrence de manière efficace et rentable sur le marché touristique, et découle
de son aptitude à préserver la qualité de ses ressources physiques, sociales,
culturelles et environnementales, tout en restant performant sur le marché. En nous
basant sur ce principe, nous allons dans cette section, évaluation à l'aide d'un
indice synthétique, la performance compétitive du tourisme à Anguilla par rapport
aux autres destinations touristiques de la Caraïbe. Pour ce faire, on appliquera la
méthodologie utilisée par R. Croes (2011) qui a évalué à l'aide d'un modèle de
régression sur données de panel, l'indice de compétitivité touristique de quinze
pays de la Caraïbe (y compris Anguilla ). Croes a employe trois variables pour
déterminer l'indice de compétitivité touristique : la dépense touristique moyenne
par habitant, le taux de croissance de la dépense touristique, et la valeur ajoutée
du tourisme dans l'économie. Ces trois variables ont été affectées respectivement
des pondérations suivantes : 40 %, 30 %, et 30 %. L'indice ainsi calculé figure sur
une échelle de 0 à 1. Par conséquent, les destinations touristiques les plus
compétitives sont celles qui réalisent les plus forts indices. Le tableau suivant
présente les résultats de cette évaluation.

Tableau 5. Indice de compétitivité touristique d'Anguilla par rapport aux autres


destinations de la Caraïbe.

Zoom d'origine (png, 174k)


Source : Croes. R Journal of Travel Research (juin 2011)

31Ainsi, avec un indice de compétitivité touristique de 0,639, Anguilla se classe à


la troisième place des destinations touristiques les plus compétitives de notre
échantillon, après Aruba (0,752) et les Îles Vierges britanniques (0,751).

2.4. Indice « d'une semaine de vacances à la plage »

32À l'exemple de l'indice Big Mac utilisé en 1986 par le magazine The Economist
pour expliquer la notion de parité de pouvoir d'achat (PPA), le FMI, dans une étude
récente (décembre 2014) s'est inspiré de ce concept pour déterminer et comparer en
2014, le coût ou la valeur indiquée d'une semaine de vacances dans 16 destinations
touristiques de la Caraïbe dont les recettes touristiques dépassent 8 % de leur
PIB. Il s'agit d'Anguilla (37 %), Antigua-et-Barbuda (26 %), les Bahamas (27 %), la
Barbade (24 %), Belize (19 %), la Dominique (20 %), la République Dominicaine (8
%), la Grenade (14 %), la Jamaïque (15 %), St-Kitts-et-Nevis (13 %), Sainte-Lucie
(25 %), Saint-Vincent-et-les-Grenadines (13 %). Ont été exclus de l'échantillon :
Guyane (4 %), Haïti (3 %), Suriname (1 %) et Trinidad et Tobago (2 %). L'évaluation
de cet indice est basée sur un panier de biens et services offerts sur place et
dont les prix sont constitués de : (i) le tarif moyen d'une chambre dans les hôtels
3 étoiles déterminé à partir d'une commune source ( ici Travelocity) ; (ii) le prix
de trois repas quotidiens dont deux à prix modique et un à prix moyen (source :
Numbeo), (iii) le tarif moyen des taxis pour un transport entre l'hôtel et
l'aéroport (source : Worldcabfare) ; (iv) le prix de deux litres d'eau, d'une bière
importée et d'une tasse de café par jour (source : Numbeo). En raison des
caractéristiques des destinations en question, une distinction est établie entre
destinations haut de gamme et destinations low-cost . Deux critères ont été
utilisés pour ce faire : le nombre d'hôtels classés 4-5 étoiles en pourcentage du
parc hôtelier global, et le PIB par habitant. Ces deux critères font ressortir la
capacité des pays hôtes à fournir les équipements et les services requis aux
visiteurs à ceux les plus fortunés.

33La formule suivante a été employée pour le calcul de l'indice :

34Coût d'une semaine de vacances à la plage = 7*(hôtel 3 étoiles)+2*(tarif de taxi


de l'hôtel à l'aéroport)+7*(2 repas à tarif réduit + 1 repas à tarif moyen) + 7*2
litres d'eau + 7*0,3 bouteille de bière importée + 7*tasse de café).

35Afin de pouvoir évaluer cet indice, les Bahamas ont été choisis, en termes de
coût et donc d'indice comme destination de base (indice=100). D'une part, le calcul
de l'indice montre que les destinations haut de gamme dans lesquelles les hôtels 4-
5 étoiles représentent au moins 30 % de leur capacité d'accueil sont : Anguilla,
les Bahamas, la Barbade, et Saint- Kitts-et-Nevis, le reste étant composé de
destinations low-cost. D'autre part, ce calcul révèle que les coûts d'une semaine
de vacances dans les destinations-plage de la Caraïbe (dont Anguilla) sont en
moyenne plus élevées que dans celles des autres régions du monde comme les
Seychelles, les Maldives, Fidji ou les destinations méditerranéennes de l'Europe
(Portugal, Espagne, Italie, Grèce). L'indice s'élève à 79 pour le groupe d'iles de
la Caraïbe contre 40 pour les autres régions du monde. La figure ci-dessous
reproduite à titre d'illustration la valeur de l'indice pour une semaine de
vacances effectuée dans les destinations-plage caribéennes par rapport à celles des
autres destinations-plage du monde.

Figure 1. Indice « d'une semaine de vacances à la plage » dans la Caraïbe et dans


les autres régions du monde.

Zoom d'origine (png, 155k)


3. Spécification et estimation des modèles : cadre méthodologique
36Cette section comprend au plan méthodologique les étapes suivantes : d'une
partie, la spécification du modèle de la relation entre tourisme et croissance
économique, et la spécification du modèle de la relation entre tourisme et
développement économique inclusif. D'autre part, l'estimation des deux modèles
précédents avec les tests de racine unitaire ; les tests de cointégration ; le
modèle vectoriel à correction d'erreur et les tests de causalité de Granger.

3.1. Spécification du modèle de la relation entre tourisme et croissance économique

37Pour apprécier les relations qui existent entre l'activité touristique et la


croissance économique à Anguilla, nous allons détailler le modèle de la relation
entre ces deux variables. Le modèle comprend donc deux variables : le PIB réel par
habitant (Y), proxy de la croissance économique, et le ratio des recettes
touristiques réelles au PIB (DT), proxy du développement touristique. Les données
sont annuelles et sont fournies par la Banque centrale des états de la Caraïbe
orientale (OECO), elles couvrent la période 1985-2012 et sont exprimées en dollars
de la Caraïbe orientale (EC$).

38En termes économétriques, l'équation s'exprime comme suit :

39logY = α0 + α1logDT + ε

40Y et DT sont exprimés en logarithme naturel, par conséquent leurs coefficients


sont rapprochés comme des élasticités. ε Représente le terme d'erreur. Ensuite,
nous estimerons le modèle à correction d'erreur, après avoir dans un premier temps
effectué les tests de diagnostic sur les données annuelles (stationnarité et
cointégration), et ce, à l'aide de la version 8 du logiciel Eviews. Pour finir,
nous utiliserons les tests de causalité de Granger pour déterminer le sens de la
causalité entre les deux variables.

3.2. Spécification du modèle de la relation entre tourisme et développement


économique inclusif

41Ce modèle a pour mais de vérifier si la croissance du secteur touristique à


Anguilla a une influence sur les autres secteurs d'activité. L'approche de Feder
(1982) et de Ram (1986) est employée à cet effet afin de tester, à l'aide d'un
modèle de régression, la nature des liens à court terme et à long terme entre le
secteur touristique et l'agriculture ainsi qu'avec le secteur manufacturier et les
autres activités de services. Pour ce faire, on part de l'hypothèse que l'économie
est divisée en deux secteurs : le secteur touristique (T) et le secteur non
touristique (N). Dans le secteur touristique, le revenu dépend des entrants en
main-d'œuvre et en capital, tandis que dans le secteur non touristique, il dépend
de ces deux entrants de l'activité touristique elle-même. Dans les deux cas, les
fonctions de production s'expriment comme suit :

42(1) T = G (Kt, Lt)


43(2) N = F (Kn, Ln, T)

44Où

45T = production, N = production non touristique, Kn, Kt = représentent


respectivement le stock de capital des secteurs non touristiques et touristiques,
et Ln, Lt = expriment respectivement la population active dans les secteurs non
touristiques et touristiques.

46Le montant total des entrants s'exprime comme suit :

47(3) Kn + Kt = K

48(4) Ln + Lt = L

49Dans ces conditions, la production totale (Y) correspond à la somme de la


production du secteur touristique et de celle du secteur non touristique, si bien
que :

50(5) Y = N + T

51En conséquence, les variations de la production (Y) s'interprètent comme des


variations à la fois de la production touristique et de la production non
touristique.

52Compte tenu des externalités générées dans le secteur touristique, on pose


l'hypothèse que les productivités relatives dans les deux secteurs sont supérieures
à l'unité, en d'autres termes :

53(6) (Gk/Fk) = (Gt/Ft) = 1 + σ

54Les indices expriment les dérivées partielles de la fonction par rapport à


l'intrant correspondant. Après arrangements des équations (3) à (6), l'équation de
la croissance devient :

55(7) Y = α0L + α1K + α2T

56Le point situé sur chaque variable est l'expression d'un taux de croissance. Pour
déterminer l'impact de la croissance du tourisme sur le développement économique,
cette étude suit l'approche de Salvatore et Hatcher, en divisant l'équation (7) par
la population active. Dans ce cas, nous avons fait figurer deux points sur chacune
des variables afin de distinguer l'équation (8) de l'équation (7). L'équation (8)
s'exprime alors comme suit :

57(8) Y = α0 + α1K + α2T

58Y = la croissance du revenu réel par habitant

59K = la croissance par tête du capital

60T = la croissance par tête de la production touristique

61En définitive, l'équation (8) signifie que la croissance du revenu par habitant
découle de la croissance par tête du capital et de la croissance par tête de la
production touristique.

62Enfin, l'étude analyse à l'aide d'un modèle à correction d'erreur la nature de la


relation entre la croissance à court terme et la croissance à long terme du secteur
touristique et celle des autres secteurs de l'économie. Ce modèle s'exprime alors
comme suit :

63(9) Yt = ao + a1Xt + Ut

64et

65(10) ΔYt = bo + b1ΔXt + b2ΔX(-1) + b3ΔY(-1) + b4Ư(-1) + εt

66où

67Yt = logarithme de la partie d'un secteur donné dans le PIB ;

68Xt = logarithme de la part de la production touristique dans le PIB ;

69Δ = variation

70Ut et εt = termes d'erreur

3.3. Estimation du modèle de la relation entre tourisme et croissance économique

71Pour étudier la relation de cause à effet entre développement touristique et


croissance économique, nous allons utiliser l'analyse de cointégration et le modèle
à correction d'erreur. La méthodologie adoptée est une approche en trois étapes :
la première étape consiste à vérifier les propriétés des séries chronologiques
(stationnarité et ordre d'intégration) de la croissance économique et du
développement touristique, et ce, à l'aide des tests de racine unitaire de Dickey-
Fuller et de Phillips-Perron. La deuxième étape utilise la théorie de la
cointégration d'Engle et Granger pour examiner les relations de long terme entre le
développement touristique et la croissance économique. Enfin, dans la troisième
étape, les tests de causalité de Granger sont utilisés dans le cadre d'un modèle à
correction d'erreur pour déterminer la direction de la causalité entre le
développement touristique et la croissance économique.

3.3.1. Première étape : les tests de racine unitaire

72Ces tests permettent d'identifier la présence de racine unitaire dans une série.
Une série chronologique est stationnaire si elle ne comporte ni tendance ni
saisonnalité. Les tests de Dickey-Fuller et de Phillips-Perron sont employés à
cette fin. Dans ces deux tests, on cherche à vérifier l'hypothèse nulle contre
l'hypothèse alternative.

73Les tests de stationnarité (ADF et PP) consignés dans le tableau ci-dessous


indiquent qu'en niveau, aucun retard n'est significatif, et que les différences
premières de ces séries sont toutes stationnaires. Ces variables sont donc
intégrées d'ordre un, I(1), ce qui nous permettra de vérifier s'il existe une
relation de cointégration entre elles.

Tableau 6. Résultats des tests de Dickey-Fuller et de Phillips-Perron


LDT
Nombre de retardés
LUI
Nombre de retardés
Niveau
ADF
-27 295*
1
-33 397*
1
PP
-25 471*
1
-26 807*
1
Différence première
ADF
-42 776*
0
-21 503*
2
PP
-42 776*
0
-17 988**
2
74*= seuil de 5 % ; **= seuil de 10 %

3.3.2. Deuxième étape : le test de cointégration

75Le test de cointégration est effectué à partir du résidu d'estimation du modèle :

76Yt = a1 Xt + a0 + εt

77Soit : LY = 0,60*LDT + 0.035 + e

78Par conséquent, l'équation d'équilibre à long terme indique qu'une augmentation


de 1 % de la dépense touristique devrait se traduire, toutes choses égales par
ailleurs, par une augmentation du PIB de 0,6 %.

79Par ailleurs, nous pouvons vérifier que le résidu est bien stationnaire, il
existe donc un risque de cointégration entre les deux variables.

Variable
Coefficient
Erreur standard
t-Statistique
Probablement.
E(-1)
-0,428 949
0,209 746
-20 450
0,055 7
3.3.3. Troisième étape : le modèle à correction d'erreur et le test de causalité de
Granger

80Nous procédons donc maintenant à l'estimation du modèle à correction d'erreur.


Nous calculons d'abord le résidu (provenant du modèle précédent) décalé d'une
période, puis nous estimons (par les MCO) le modèle :

81D(Y) = α1*D(Xt) + α2*e(-1) + ε

82Soit : D(LY) = 0,747*D(LDT) — 0,031*e(-1) + ε

83(0,15)

84Le coefficient (terme de rappel) de e(-1) est bien significativement négatif, la


représentation à correction d'erreur est validée. Nous pouvons donc effectuer les
tests de causalité de Granger.
85Les tests de causalité de Granger : au niveau théorique, la mise en évidence de
relations causales entre les variables économiques fournissent des éléments de
réflexion propices à une meilleure compréhension des phénomènes économiques ;
Connaître le sens de la causalité est aussi important que de mettre en évidence une
liaison entre des variables économiques. Granger a proposé les concepts de
causalité et d'exogénéité : la variable Y est la cause de DT, si la prédictibilité
de DT est améliorée lorsque l'information relative à Y est incorporée dans
l'analyse. Le tableau ci-dessous a pour mais d'indiquer la direction de la
causalité au sens de Granger entre LDT et LY.

86Les résultats démontrent l'existence à Anguilla d'une causalité bidirectionnelle


entre dépenses touristiques et croissance économique.

Tableau 7. Tests de causalité de Granger


Hypothèse nulle :
Observations
Statistique F
Probablement.
LDT ne provoque pas de LY selon Granger
18
9 18696
0,0033
LY ne provoque pas de LDT à Granger
6,25457
0,0125
3.4. Estimation du modèle de la relation entre tourisme et développement économique
inclusif

87Pour évaluer empiriquement l'importance de la relation entre la croissance du


tourisme et le reste de l'économie, nous nous sommes inspirés des travaux de
Modeste (1994) qui a été utilisé dans un cadre de cointégration, un modèle à
correction d'erreur sur des données de panel relatives à trois pays : Anguilla, la
Barbade, et Antigua-et-Barduda. Dans cet exercice, les séries X et Y de chaque pays
sont stationnaires en différence première. Aussi, on admet que ces séries sont
intégrées d'ordre un, I(1). Cependant, les variables dans les équations relatives
au secteur fabricant et à celui des services n'étant pas cointégrées, seules les
estimations pour le secteur agricole (Xt) seront prises en compte. Pour considérer
les paramètres dans le modèle à correction d'erreur, la procédure en deux étapes
d'Engle-Granger est appliquée. Dans la première étape, l'équation (9) est estimée.
Les résidus sont calculés et testés pour la stationnarité. Dans la deuxième étape,
l'équation à court terme de la production sectorielle est estimée avec les résidus.

88Les estimations à long terme et à court terme des équations de production


sectorielle sont présentées dans le tableau 8.

Tableau 8. Résultats du modèle à correction d'erreur*


Variables
À : estimation de la relation de long terme
Terme constant
7 363
Xt
-1 645
R2 ajusté
0,938
B : estimation de la relation de court terme
Terme constant
-0,028 (-2 034)
ΔXt
-1 063 (5 061)
ΔX(-1)
0,325 (1,525)
ΔY(-1)
0,106 (0,523)
U(-1)
-0,843 (-4 065)
*Les nombres figurant entre parenthèses expriment les t-statistics.

Source : Modeste (1994)

89Ces estimations montrent qu'à long terme comme à court terme, l'augmentation du
secteur touristique s'accompagne d'une contraction du secteur agricole (-1 645 et -
1 063). Elles montrent également que le terme de rappel de U(-1) possède le signe
attendu, par conséquent le modèle à correction d'erreur est validé.

90Enfin, le tableau 9 suivant présente les coefficients de corrélation entre les


principaux secteurs de l'économie à Anguilla ainsi que les t-statistics
correspondants. Selon ces résultats, tous les coefficients de corrélation affichés
sont statistiquement significatifs, à l'exception de trois d'entre eux. Ils
montrent qu'avec un coefficient de -0,73, la production touristique à Anguilla est
corrélée négativement à la production agricole. De même, avec un coefficient de -
0,94, la production touristique dans ce territoire est corrélée négativement à la
production de services.

Tableau 9. Coefficients de corrélation entre les principaux secteurs de l'économie


à Anguilla, Barbade et Antigua-et-Barbuda*
Corrélation entre :
Barbade
Antigua-et-Barbuda
Anguilla
Production agricole et production touristique
-0,76* (-3,87)
-0,89* (6,47)
-0,73* (-2,74)
Production manufacturière et production touristique
-0,52* (-2,01)
-0,51* (-1,96)
0,07 (0,18)
Production de services et production touristique
0,09 (0,29)
0,09 (0,29)
-0,94* (-7,28)
* Les données figurant entre parenthèses sont les t-statistics. Les astérisques
indiquent que les valeurs sont statistiquement significatives au seuil de 5 %.

Source : Modeste (1994)

Conclusion et implications politiques


91La présente étude s'est efforcée d'explorer les relations complexes entre le
tourisme et la problématique du développement local dans les petites destinations
touristiques de luxe. Le mais étant d'évaluer l'impact du tourisme sur les
différentes dimensions du développement, en tentant d'appréhender les différentes
facettes des liaisons entre tourisme, croissance économique et développement
inclusif. Anguilla, petite destination touristique de luxe des Caraïbes a été
choisie comme étude de cas pour un tel exercice. Pour ce faire, on s'est fixé deux
objectifs : en premier lieu, vérifier si l'hypothèse de la croissance tirée par le
tourisme est une option envisageable à Anguilla. En second lieu, vérifiez également
si l'activité touristique exerce un impact positif sur le développement économique
inclusif dans ce microterritoire. À cet effet, deux modèles de régression ont été
employés successivement, dans un cadre de cointégration : le premier est un modèle
qui analyse la relation entre dépense touristique et croissance économique, et le
second entre activité touristique et développement économique inclusif.

92Deux enseignements majeurs ressortent de l'étude : d'une part, les résultats


montrent que la croissance économique et l'activité touristique à Anguilla sont
liés à long terme. Cette relation se caractérise par un impact positif du tourisme
sur la croissance économique de long terme, avec une élasticité de 0,6, et par
l'existence, au sens de Granger d'une causalité bidirectionnelle entre dépense
touristique et croissance économique, confirmant ainsi l'hypothèse de la croissance
tirée par le tourisme à Anguilla. D'autre part, ces résultats révèlent que la
croissance du secteur touristique s'accompagne par une contraction de l'activité
agricole à Anguilla, contraction qui se traduit par une perte de ressources pour le
pays, et par une augmentation des « fuites » liées. aux importations dérivées. En
conséquence, le potentiel du tourisme en tant que facteur de développement
économique inclusif devient une hypothèse irrécevable dans le cas de ce petit
territoire, et ce, en raison des effets multiplicateurs et de liaison limités sur
les producteurs locaux.

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BIBLIOGRAPHIE

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